Inséminations artificielles pour femmes homosexuelles: troublant raccourci ministériel

Bonjour

Résumé des épisodes précédents. Le 27 juin, le Comité Consultatif National d’Ethique  se prononçait, sous conditions, en faveur de l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Ou plus précisément en faveur de l’accès de ces femmes à la pratique de l’insémination artificielle médicalisée avec sperme de donneur anonyme (IAD).

Peu de temps après le porte-parole du gouvernement, Christophe Casaner expliquait que cette position laissait entrevoir une possible « évolution de la législation » – une évolution conforme au discours de campagne d’Emmanuel Macron. Sans entrer dans les arrgumentaires éthiques et les dimensions financières ce dernier s’était « prononcé en faveur de l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires ».

 Tour de bonneteau logique

Mais encore ? Aujourd’hui, mardi 11 juillet, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, s’exprimait sur France Inter . Voici ses propos :

« C’est le président de la République qui avait porté ce sujet durant la campagne. Nous allons voir quand il convient d’ouvrir ce sujet ; en sachant qu’en fin 2018 nous devons de façon systématique réouvrir les lois de bioéthique. Il est donc il est probable que cette discussion aura lieu durant les Etats Généraux de bioéthique qui se tiendront durant l’année 2018.

Vous y êtes favorable, à titre personnel ?

– J’attends de voir ce que donnent les Etats Généraux. Je n’ai pas d’avis personnel à donner sur les sujets de société. Il faut qu’une société soit prête, dans son ensemble, pour avancer. Donc j’attends de voir ce que disent les Français sur ce sujet

Et elle est prête, la France ?

Il me semble qu’elle est prête. Le Conseil Consultatif National d’Ethique contient en son sein toutes les sensibilités. Donc s’il a rendu un avis favorable, je pense que la société y est prête ».

Codicilles et caricature

Où l’on voit une ministre dire attendre ce que les Français diront et, en même temps, dire que la France est prête. Et, pour légitimer ce petit tour de bonneteau logique, se servir du Comité national d’éthique. C’est oublier que ce Comité ne s’est pas, loin s’en faut, prononcé à l’unanimité 1.

C’est aussi postuler une hérésie : que ce Comité, parce qu’il est tenu « contenir en son sein toutes les sensibilités » légitimerait, dans ses avis, les décisions à venir du pouvoir législatif. Ce serait oublier que ces avis ne sont que consultatifs. Et, en l’occurrence, c’est omettre que l’avis cité comporte nombre de codicilles essentiels qui interdisent toute caricature binaire.

C’est dire, en d’autres termes, que le sujet est un peu plus compliqué que la ministre aimerait le laisser penser.

A demain

1 Onze des trente-neuf membres du Comité n’ont pas voté cet avis : Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kuttenn, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé

Cannabis: Blanquer (Education nationale) dit non à Collomb (Intérieur). Silence de la Santé

Bonjour

Côté cannabis Jean-Michel Blanquer n’est pas Vincent Peillon qui avait un instant prôné sa dépénalisation. Le nouveau ministre de l’Education nationale vient de le dire haut et fort, sur RTL :

« Bien entendu je n’y suis absolument pas favorable. Toutes les études montrent à quel point le cannabis est nuisible. Le cannabis fait du mal au cerveau. Le cannabis est mauvais pour l’être humain. C’est de plus en plus vrai car il est de plus en plus dur. Il ne faut absolument pas laisser courir l’idée que le cannabis peut être quelque chose qu’on doit tolérer dans notre société. C’est mauvais pour nos enfants et donc je serai fou en tant que ministre de l’Éducation de dire autre chose. »

On se souvient qu’il y a une semaine Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, avait annoncé la mise en place de contravention pour les auteurs de trafic de cannabis. Une initiative qui devrait se concrétiser à la rentrée. On précisera que pour l’Observatoire français des drogues et toxicomanies « la dépénalisation peut être définie comme le processus tendant à réduire l’application de sanctions pénales à l’égard d’un comportement déterminé, cette réduction pouvant aboutir à leur suppression pure et simple ». Dont acte.

Rentrer dans le rang

Dans Révolution (XO éditions) publié en novembre 2016 Emmanuel Macron écrivait au sujet du cannabis : « On pourrait tout à fait considérer que le régime des contraventions serait suffisant pour sanctionner ces comportements ».  Puis, il y a quelques jours Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, allait plus loin dans les explications :

« L’année dernière, 180.000 personnes ont été constatées en infraction d’usage et de stupéfiants. En moyenne c’est six heures de procédure pour le policier ou le gendarme, autant pour le magistrat chargé du dossier. In fine il y a eu 20.000 rappels à la loi ou injonctions thérapeutiques. Est-ce que le système est efficace ? Non.

« Emmanuel Macron candidat (…) avait annoncé qu’on voulait des mesures efficaces : la possibilité de donner une contravention d’une centaine d’euros, avec paiement le plus rapide possible, instantané dans certain cas. Et puis ensuite des mesures coercitives qui peuvent aller jusqu’à la prison si la personne ne paie pas ou ne rentre pas dans le rang.

« Ce qui compte aujourd’hui c’est d’être efficace, et surtout de désengager du temps de travail de nos policiers et de nos gendarmes pour qu’ils soient plus présents sur des affaires essentielles. Ce n’est pas de la dépénalisation, c’est de la contraventionnalisation. On reste dans du pénal. Emmanuel Macron n’a pas souhaité ouvrir ce débat-là car consommer des stupéfiants reste grave et dangereux pour la santé, en particulier pour les plus jeunes. »

Silence d’Agnès Buzyn

Des propos à rapprocher de ceux, sur France Culture du juriste Renaud Colson (maître de conférence à l’Université de Nantes) co-auteur avec Henri Bergeron, de l’ouvrage de référence « Les drogues face au droit (PUF)» :

 « L’annonce du ministre de l’Intérieur peut être soit une désescalade pénale symbolique, soit un tour de vis répressif. C’est seulement dans la mise en œuvre du projet que l’on en saura plus (…) On peut très bien imaginer une amende forfaitaire pour tous les individus qui se feraient attraper avec un joint ou deux sur eux. Dans ce cas on rentre dans une logique d’assouplissement réel, mais une logique qui ne change pas grand-chose au fond puisque ni sur la question des trafics ni sur celle des dangers sanitaires on ne fait bouger les lignes c’est toujours le marché noir qui détermine les approvisionnements et les modes de fonctionnement du marché en général. »

On observera à ce stade qu’Agnès Buzyn, ministre de la Santé (et des Solidarités) n’a toujours pas pris la parole. N’aurait-elle pas (encore) voix au chapitre ?

A demain

«Sexualité» et «vitalité» : le gouvernement va-t-il gommer les mots qui enchaînent les fumeurs ?

Bonjour

Nouveaux grondements de mâchoires chez les buralistes français. Bruxisme qui fait suite à une annonce médiatiquement filtrée : Europe 1 vient d’évoquer un prochain décret co-signé par Bercy et le ministère de la Santé. Ce texte « actera une hausse des prix du tabac ainsi que la prochaine ‘’disparition’’de certaines marques ». Le Figaro évoque, sans surprise, la colère des buralistes : « Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes, a écrit il y a une dizaine de jours un courrier au Premier ministre Bernard Cazeneuve pour lui faire part de son mécontentement. Les buralistes craignent que les marques interdites de vente chez eux aillent encore alimenter le marché parallèle ».

 Le site des buralistes cite Pierre Kopp (« spécialiste de l’économie du tabac et avocat du Comité national contre le Tabagisme ») invité d’Europe 1 : « C’est un petit pas, certes, mais c’est une bonne chose (…) On ne peut pas vouloir réduire la consommation de tabac et en même temps continuer à faire rêver les gens (…) L’idée c’est d’interdire toute forme de publicité. Si l’on interdit la publicité sur les panneaux, il faut également interdire la publicité sur les paquets. C’est le sens du paquet neutre, c’est le sens de l’interdiction de certaines marques ».

Vingt centimes en moyenne

En pratique, l’augmentation serait, en moyenne, de 20 centimes pour les paquets de cigarettes et « jusqu’à 1,60 euro » pour le paquet de tabac à rouler. « C’est le résultat des deux nouvelles taxes décidées par le gouvernement : hausse de 15 % de la fiscalité du tabac à rouler et la nouvelle taxe sur les fournisseurs qui doit rapporter 130 millions d’euros par an, c’est à dire 5 centimes de plus par paquet » résume Europe 1. Toutes les marques ne vont pas augmenter de la même façon : pour certaines, plus de 20 centimes ; pour d’autres, aucune hausse.

Il faut aussi compter avec l’interprétation française de l’article 13 de la directive européenne sur le tabac. « Sur aucun autre marché du tabac de l’Union européenne on n’aura vu une interprétation de l’article 13 aussi radicale » estime lemondedutabac.com. Ce dernier prophétise que trois noms de marques devraient « disparaître » à terme : Marlboro Gold, Vogue, les cigarillos Café Crème. « En revanche, Lucky Strike ne ferait pas partie de la liste ».

Les fabricants auront un an pour « réinventer » un nom, précise Europe 1. Il s’agit ici de bannir l’usage des noms qui, dans cette sphère addictive, constituent à eux seuls une promotion du tabac

« Attraction sexuelle »

Lemondedutabac.com croit savoir que seize « catégories principales d’interdiction » sont concernées : « alimentaire » (au sens où le nom évoquerait quelque chose d’alimentaire) ; « amaigrissant » ; « avantage économique » ; « bio » ; « économique » ; « élégance » ; « féminité » ; « goût-odeur-arôme » ; « laudatif » ; « masculinité » ; « mode de vie » ; « moindre nocivité » ; « pouvoir d’attraction sexuelle » ; « statut social » ; « vitalisant » ; « vie sociale ».

Au-delà, ce sont deux cents mots « familiers aux fumeurs » qui seraient potentiellement interdits sur les paquets. « Après cela, il ne reste plus que l’interdiction totale du tabac » s’alarme un « proche du dossier ». Où l’on voit que la peur, décidément, n’évite pas le danger.

A demain

Emmanuel Macron n’est pas Zola : comment parler des gens du Nord et de l’alcoolo-tabagisme ?

Bonjour

Né à Amiens la veille de Noël 1977, Emmanuel Macron n’est pas, précisément, un nordiste. C’est un Picard. Pouvait-il, dès lors, parler comme il l’a fait le samedi 14 janvier dans le Nord-Pas-de-Calais ? Toujours en lévitation, sur les nuages des sondages, le candidat d’En marche ! à l’élection présidentielle y a peint, samedi 14 janvier, un tableau sombre de la situation sanitaire et sociale de l’endroit. Il faut, ici, lire, L’Avenir de l’Artois :

« 15h16 : Emmanuel Macron arrive à la cité minière du fond de Sains, rue de Madagascar. (…) L’ancien ministre visite ensuite une deuxième maison, habitée cette fois-ci. La locataire les invite à rentrer. Il prend le temps de s’intéresser à ses conditions de vie. Un troisième logement doit être vu, situé une rue plus loin. Sur le chemin, une riveraine l’interpelle de sa fenêtre. Il prend le temps d’aller lui serrer la main. Discute, et fait de même avec d’autres riverains. « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » demande-t-il. Emmanuel Macron continue de s’intéresser de près à leur situation et les questionne sur leur emploi car « ici, c’est un secteur où il y a beaucoup de chômage».

Selon lui, la région a été délaissée par l’État par le passé et « la République n’a pas toujours été à la hauteur ». L’ancien ministre souhaite changer les choses. « Après la fermeture des mines, rien n’a été fait. Il est très important de rendre hommage aux personnes qui y ont travaillé. » Pour lui, ce territoire est un lieu stratégique car « c’est une région au cœur de l’Europe ». Elle est cependant face à certains problèmes selon lui : « l’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier. Tout comme l’échec scolaire. Il faut traiter cela en urgence afin de rendre le quotidien de ces personnes meilleur. »

Après deux heures de visite, le leader du mouvement « En marche » se rendait à Hénin-Beaumont. »

Front national et Parti communiste français

N’est pas Zola qui veut. « L’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier »… Du « mépris de classe », selon le maire d’Hénin-Beaumont, Steeve Briois, du « mépris social », selon Florian Philippot. « Qui méprise le peuple, méprise la France » pour secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, sur Twitter.

Du mépris ? A coup sûr l’incompréhension, par le bourgeois, de ce que le pauvre supporte ou pas (il y avait déjà eu, en 2015, l’affaire de l’illettrisme salariés de l’abattoir de porcs Gad, dans le Finistère.). A ce titre M. Macron vient de commettre une faute politique. Restait le rationnel épidémiologique. L’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée a tenté de répliquer dans un communiqué, citant les « territoires paupérisés » et un article de La Voix du Nord de 2015 affirmant que la surmortalité dans le Nord et le Pas-de-Calais atteignait « 29 % chez les hommes par rapport à la moyenne nationale et 22 % chez les femmes » ; c’était s’enfoncer.

Maladresse politique

Et l’ancien ministre de l’Economie de citer des propos tenus par le Dr Jean-Yves Grall (un Breton) alors directeur de l’Agence régionale de santé du Nord-Pas-de-Calais : « une forte précarité socio-économique (RSA, chômage), des habitudes de vie, notamment alimentaires, liées à la précarité, avec leurs conséquences (diabète, obésité), beaucoup d’addictions (alcool, tabac, drogue), qui sont d’ailleurs des marqueurs de la précarité ».

Mieux conseillé Emmanuel Macron aurait pu citer le syndrome d’alcoolisation fœtale décrit pour la première fois au monde (après le Dr Paul Lemoine à Nantes) par le Dr P. Dehaene à Roubaix. On pourrait additionner les chiffres et les publications. Ils n’effaceraient ni la maladresse de l’homme politique jamais élu, ni la sensation d’agression vécue par une population ainsi visée.

A demain

Anaphore d’Evry : « Je ne veux pas que les déremboursements de médicaments …. »

 

Bonjour

Nul ne sait, précisément ce qu’est le « vallsisme ». C’est, pour l’heure, un néologisme en gestation, aux frontières du sarkozysme de gauche, du pragmatisme revendiqué, du laïcisme affiché, du rocardisme simplifé. Pour les plus anciens cela pourrait faire songer à Georges Clémenceau (1841-1929). Clémenceau dont on oublie généralement fut stagiaire à l’hôpital psychiatrique de Bicêtre avant de devenir docteur en médecine avec une thèse positiviste intitulée De la génération des éléments anatomiques. C’était il y a, déjà, un siècle et demi.

Clémenceau oblige c’est aussi, sans les moustaches vendéenne, un discours martial, une éternelle gabardine de retour des tranchées républicaines. Ce fut encore, le 5 décembre à Evry, un cocktail de figures de style, un bouquet lyrique. L’Agence France Presse s’est piquée au jeu et repris le travail commencé sous l’ancien quinquennat avec l’inénarrable anaphore hollandienne. Qui a oublié le « Moi président de la République », syntagme repris à quinze reprises. C’était il y a, déjà, presque cinq ans. Depuis, et par synecdoque, ce syntagme désigne l’anaphore en question.

Soins dispensés aux plus modestes

Le désormais célèbre discours d’Evry ne résiste pas au procédé, assez facile, de l’anaphore.

« Je ne veux pas que les fonctionnaires travaillent plus pour gagner moins, je ne veux pas que les déremboursements massifs de médicaments empêchent les plus modestes de se soigner, je ne veux pas que nos enfants aient moins de professeurs, que nos villes et nos campagnes aient moins de policiers ou de gendarmes, je ne veux pas que l’on casse notre sécurité sociale, l’hôpital public, que nos aînés aient moins de protection, et que les salariés attendent 70 ans… 70 ans… pour toucher une retraite à taux plein. Ma candidature est aussi une révolte. »

Une fois de plus il apparaît que la médecine, la santé et la sécurité sociale seront au cœur des batailles politiques qui attendent la France. Mais il apparaît, aussi, que dans l’esprit de l’ancien maire d’Evry le médicament ne peut être que massivement « déremboursé » par ses adversaires. Il semble ici oublier que c’est l’Etat français qui (jusqu’à présent) fixe le prix des médicaments pris en charge par la solidarité nationale. Et qu’à ce titre il peut en moduler les montants sans que les malades les plus modestes aient à en souffrir.

Rien n’est écrit

Le discours d’Evry vit aussi fleurir les épiphores, ces groupes de mots répété en fin de phrase. L’épiphore, comme son nom l’indique est une sorte d’anaphore des antipodes:

« On nous dit que la gauche n’a aucune chance mais rien n’est écrit. On nous dit qu’elle ne rassemblera jamais, qu’elle en est incapable, rien n’est écrit. On nous dit que l’extrême droite est qualifiée d’office pour le second tour, rien n’est écrit. On nous dit que François Fillon est déjà le prochain président de la République, rien n’est écrit. »

Observons, ici, que ce défenseur de la laïcité s’oppose en public au concept de « prédétermination » 1. Et l’on observera aussi que ce discours fit la part belle à la métonymie. La métonymie est un jeu dangereux, proche du novlangue orwellien. Le 5 décembre, en la mairie d’Evry, cela donna ceci :

« La réussite ne se mesure pas au montant du compte en banque, elle se mesure à la lumière que l’on a dans les yeux et je veux que mes compatriotes retrouvent tous, tous cette lumière dans les yeux. »

Chacun voit, déjà, l’usage que pourront faire de cette formule les adversaires de l’ancien Premier ministre. Qu’il s’agisse de l’aveuglement produit pas la lumière que l’on a dans les yeux ou encore de la couleur rouge du montant de son compte en banque.

A demain

1 « Tout le monde a vu de ces transports de l’âme qui décident tout à coup une vocation, un acte d’héroïsme. La liberté n’y périt pas; mais, par ses prédéterminations, on peut dire qu’il était inévitable qu’elle se décidât ainsi » (Proudhon, Syst. contrad. écon., t.1, 1846, p.350). Pierre-Joseph Proudhon était un anarchiste français  (1809-1865). On lui doit la célèbre formule paradoxale selon laquelle la propriété n’est rien d’autre, tout bien pesé, que le vol.

«Réconciliation sur la vaccination»: serions-nous déjà dans le «Meilleur des Mondes» ?

Bonjour

Dans un billet d’une particulière virulence 1 Anne Chailleu, membre du Formindep dénonce les conditions dans lesquelles a été réalisée la « Concertation nationale sur la vaccination » voulue par Manuel Valls, alors Premier ministre et Marisol Touraine ministre de la Santé :

« La concertation sur les vaccins, dont la feuille de route était de relever le niveau de confiance dans les vaccins et le taux de couverture vaccinale, s’avère un échec complet. Le rapport final est un exemple de médiocrité intellectuelle, de déontologie approximative, de transparence douteuse, et sa rédaction est la négation d’un exercice démocratique. Avec de tels défenseurs, la vaccination n’a hélas pas besoin d’ennemis. »

Cette analyse-dénonciation vaut d’être lue. L’auteure observe que la perte de confiance dans les vaccins est « pour partie un des symptômes d’une perte de confiance plus générale dans les institutions ». Elle estime que l’un des moteurs de la défiance envers les vaccins tient au fait que « les recommandations vaccinales sont édictées de façon non transparente, et fréquemment grevées de conflits d’intérêts ». Et elle soutient que
pour répondre à cette critique, légitime dans une démocratie, il faut « des institutions irréprochables dans leur transparence et leur indépendance ». Qui ne signerait ces prolégomènes ?

Triple fiasco

Suivent une série d’éléments tendant à démontrer que cette entreprise aura, in fine, été un triple fiasco :  déontologique, scientifique et démocratique. Ce qui fait beaucoup.

« Cet exercice est un échec complet qui peint un tableau alarmant de notre ‘’démocratie sanitaire’’, écrit l’auteure. Le dernier clou du cercueil de la confiance dans la vaccination étant apporté par la représentation des usagers. Le CISS, représentant monopolistique des usagers et patients en France, qui co-présidait cette concertation, affirme dans un communiqué de pure novlangue orwellienne que l’obligation c’est l’autonomisation du patient ».

Il s’agit ici d’un communiqué du Collectif interassociatif sur la santé (CISS) 2. On connaît les ravages du novlangue (la rigueur impose le masculin) inventé en 1948 et prophétisé pour l’année 1984 : « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. ».

Idées subversives

Nous sommes en 2016 et l’éclairant Wikipédia est là :

« Plus on diminue le nombre de mots d’une langue, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir, plus on réduit les finesses du langage, moins les gens sont capables de réfléchir, et plus ils raisonnent à l’affect. La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les gens stupides et dépendants. Ils deviennent des sujets aisément manipulables par les médias de masse tels que la télévision.

« C’est donc une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées potentiellement subversives et à éviter toute formulation de critique de l’État, l’objectif ultime étant d’aller jusqu’à empêcher l’« idée » même de cette critique. »

Chacun jugera

Le communiqué du CISS qualifié d’orwellien est ici : « Conciliation sur la vaccination : une recommandation de compromis ». Le grand George Orwell/Eric Arthur Blair  est-il de retour parmi nous ? On pourrait, sous les lignes, parfois le penser. A chacun de juger :

« La recommandation retenue par le Comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination – présidé par le Pr Alain Fischer et Claude Rambaud et dont le rapport a été rendu public ce mercredi 30 novembre – répond à l’impératif de santé publique comme à la volonté d’autonomisation du choix revendiquée par les usagers/citoyens.

 Le contexte français rend particulièrement risquée la levée immédiate de toute obligation vaccinale : les projections indiquent qu’elle aurait de grandes chances de se traduire par une baisse dangereuse de la couverture vaccinale à des niveaux qui pourraient voir se développer des foyers épidémiques graves. Tout en préservant cet objectif à terme d’une levée générale de l’obligation vaccinale, la voie étant apparue comme la plus cohérente à une majorité de membres du comité consultatif consiste à passer par une étape intermédiaire pendant laquelle l’obligation sera maintenue, et même étendue aux principales vaccinations aujourd’hui recommandées… mais en permettant à ceux qui le souhaitent, de façon assumée et transparente, de s’opposer individuellement à cette obligation pour leur(s) enfant(s).

 Face à une question où l’on doit réussir à concilier choix individuel et enjeu collectif, il n’y a jamais de solution idéale. La méthodologie utilisée pour mettre à plat l’encadrement des pratiques vaccinales en France et cette recommandation à laquelle elle a abouti offrent différents avantages :

 

  • Cela nous a montré que les attentes de nos concitoyens sont très partagées entre souhait de voir l’obligation vaccinale levée ou maintenue.
  • Cela a souligné que le contexte actuel ne paraît pas le plus approprié pour un retournement radical des pratiques alors que l’hésitation vaccinale est particulièrement élevée dans un environnement polémique qui ne favorise pas une prise de décision sereine, tant individuellement que collectivement.
  • Cela permet d’appeler à la poursuite des recherches en matière de vaccination, qu’il s’agisse d’investiguer ses effets bénéfiques comme ses effets néfastes sur la santé du point de vue de l’individu comme de celui du groupe.
  • Cela permet en parallèle de demander que soit mise en œuvre une nette amélioration du niveau d’information des publics (grand public, mais aussi professionnels de santé) sur les tenants et aboutissants de la vaccination, sans en nier les possibles effets indésirables mais en cherchant à rétablir la confiance collective vis-à-vis de cette pratique médicale existant depuis près de 100 ans et qui nous a permis de faire un bond qualitatif colossal sur de nombreuses causes de mortalité liées aux maladies infectieuses.
  • Cela apporte les garanties, en l’état actuel, du maintien d’une couverture vaccinale suffisante pour réduire le risque d’une grave crise sanitaire.
  • Cela ouvre la voie vers l’autonomisation du choix des patients / usagers / citoyens en leur laissant la possibilité de contourner l’obligation vaccinale sans avoir à le faire de façon dissimulée et non traçable, dans l’intérêt des enfants concernés, de leurs parents et des professionnels de santé qui les accompagnent.
  • Cela permet de dépasser la distinction ambigüe et pernicieuse entre vaccination obligatoire et vaccination recommandée. Toutes les vaccinations prévues pour les enfants s’inscrivent dans le même cadre reposant a priori sur une obligation, avec la possibilité de la contourner en cas de refus convaincu et assumé des parents.
  • Cela oblige à ce que soit réévalué, à moyen terme, c’est-à-dire d’ici 2 à 3 ans, le cadre de la politique vaccinale française en fonction de l’évolution des pratiques et représentations en la matière.

 Par ailleurs, la mise en œuvre de cette recommandation devra s’accompagner de la prise en charge à 100% par l’assurance maladie obligatoire du coût d’achat des vaccins, ainsi que de la possibilité de recourir à un régime d’indemnisation pour les personnes qui souffriraient d’effets indésirables. »

5 décembre 2016. Cuba vient d’en finir avec  les obsèques de Fidel Castro. On peut lire, relire et faire lire, d’Orwell,  La Ferme des animaux.

 A demain

 1 « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. George Orwell, ‘1984’ L’obligation, c’est la décision éclairée. Le CISS, 2016 »

2  Le Collectif interassociatif sur la santé (CISS) regroupe quarante-trois  associations « intervenant dans le champ de la santé à partir des approches complémentaires de personnes malades et handicapées, de personnes âgées et retraitées, de consommateurs et de familles ». Son budget s’est, en 2015, élevé  à 3 173 013 €.

Il a été financé pour 86,70% par des fonds publics (Direction générale de la Santé, 60,00 % ; Assurance maladie, 25,40 % ; Fonds Développement Vie Associative : 1,30 %) ainsi que par le Conseil national de l’Ordre des Pharmaciens (0,50 %), Malakoff-Médéric  (0,80 %), le Crédit Mutuel (0,50 %), ADREA (0,30 %), d’autres subventions privées (0,35 %) et les cotisation des associations membres (0,80 %).
 

 

 

 

Délices politiques : après le «chipoter» de Touraine, le «chochottes» de Juppé

Bonjour

Lacan Jacques n’a pas précisé si, chez les politiques aussi, l’inconscient était comme un langage structuré. Reste que certains de leurs mots en disent long sur leur volonté, leur âge, leur CSP. Il y avait eu, début septembre, le désormais célèbre « chipoter », verbe assez familier (premier degré) de Marisol Touraine.

« Chipoter » que la ministre de la Santé, ennemie du tabac,  avait préférer à « mégoter ». Elle s’exprimait alors au micro du « Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro. Et parlait de la future indemnisation des quelques milliers de victimes de la Dépakine®. Un dossier de quelques milliards d’euros. L’Etat ne saurait chipoter, ne chipotera pas.

La gomme est mise

Aujourd’hui c’est au tour d’Alain Juppé, 71 ans, énarque, agrégé de lettres classiques et candidat pour un seul quinquennat à la Présidence de la République. Les tours de pistes imposés par la « Primaire de la Droite et du Centre » l’avaient conduit à user de termes rarement usités par les plus jeunes des futurs électeurs. Il y eut ainsi le délicieux Prisunic®, enseigne disparue au tournant du millénaire. Une boulette dont il s’était expliqué le lendemain sur RTL. Il avait alors « battu sa coulpe » et juré vivre dans notre monde, le vrai monde, le monde réel :

« Je voudrais vous rassurer tout à fait. Je fais mes courses moi-même à Bordeaux. Je ne vais pas à Prisunic, je vais à Monoprix, je vais à Auchan®, je vais à Simply® et Carrefour Market®. (…) Je vis dans le monde réel et je fais la queue à la caisse de ces magasins (…) de ces superettes de proximité. »

Puis, rebondissement. Après le choc Fillon une rumeur circula : Juppé avait envisagé de « jeter l’éponge ». Rumeur tuée dans l’œuf : « Je n’ai jamais hésité une seconde à continuer le combat assura l’intéressé au 20 Heures de France 2. Je vais mettre toute la gomme. »

« Mettre la gomme » ? Ce fut jadis, au temps des moteurs à explosions,  une expression assez populaire  signifiant que l’on allait « accélérer l’allure », « se dépenser dans une activité ». Cette formule était déjà datée au milieux du siècle passé comme en témoigne le roman Tournez jolies gosses de Paul Vialar paru en 1956 : « [dans l’auto(…). Le garçon mettait, comme on disait, ‘’toute la gomme’’ ».

 Flaubert revisité

Sommes-nous passés de gomme à « gommeux » ? Mystère et boule de. Hier 23 novembre, à la veille d’un face à face tragique Alain Juppé à osé un « chochotte » de derrière les fagots. C’était à la messe du 20 heures de TF1. :

« Je n’ai jamais attaqué en dessous de la ceinture, j’ai posé des questions pour demander des clarifications. J’en ai d’autres. Sur la santé, par exemple. François Fillon veut-il vraiment que les infirmières dans les hôpitaux travaillent demain 39 heures payées 37 ? (…) Disons des choses crédibles, sérieuses, qui sont réalistes, plutôt que d’annoncer des choses qu’on ne fera pas. (…) Il ne faut pas avoir l’épiderme trop sensible… Il ne faut pas jouer les chochottes ».

Dans la même séquence le candidat Juppé a argué avoir subi des attaques d’une rare bassesse  évoquant notamment des « scuds » et une « campagne dégueulasse ».

« Sous la ceinture » ? « Chochotte » ? En anglais se dit  sissywusspansy voire pansy. En français,  évoque un garçon chouchouté, douillet, maniéré. On parle aussi de tendance bêcheuse, snob, mijaurée voire chichiteuse.

Alain Juppé ou Flaubert revisité : « Prisunic® : supérette de quartier, existait au siècle passé ». « Gomme : jadis, on en mettait ». « Chochotte : sutout, ne pas les jouer ».

A demain