Vaccinations : la science et les « fake news » sont en compétition. En dire trop ou pas assez ?

 

Bonjour

La pression monte. A la veille de la conférence de presse d’Agnès Buzyn sur les nouvelles obligations vaccinales le Haut Conseil de la Santé Publique (HSCP) monte à son tour en en ligne. Il le fait via un communiqué dans lequel il s’inquiète des couvertures vaccinales insuffisantes en France. Corollaire sans surprise : cette institution soutient l’action du gouvernement. Suit une longue série de chiffres illustrant ce propos.

Une originalité, toutefois, dans ce communiqué : « le HCSP regrette que des faits alternatifs et de fausses nouvelles (fake news) soient en compétition, dans certains médias et dans les réseaux sociaux – en compétition avec des textes scientifiques solidement étayés et validés ». Il faut, ici, lire la suite :

« Le public qui cherche à s’informer sur internet est exposé en première intention à des sites anti-vaccinaux. Force est de constater que le doute qu’installent les militants anti-vaccinaux, bien que minoritaires, influence de nombreuses personnes. »

Vérité versus intoxication ? Comment ne pas regretter que le HCSP n’aille pas plus loin dans l’expression de ses regrets ? Pourquoi ne cite-t-il pas ces « sites anti-vaccinaux », ces médias qui publient, selon lui, des « faits alternatifs  » (sic) et autres  « fake news » immunologiques et vaccinales ? Pourquoi ne pas commencer à détricoter tout ce qui laisse le doute s’installer ?

Belles paroles

Las, le HSCP se borne ici à émettre un souhait : le maintien et l’amélioration de la confiance du public envers les autorités et les acteurs de la santé est un objectif à poursuivre dans la « Stratégie nationale de santé »…. « Dans cette optique, les mesures annoncées dans les suites de la concertation citoyenne sur la vaccination permettent de renforcer la couverture vaccinale et de prévenir les maladies et de nombreux décès, ajoute-t-il. Le HCSP soutient ces mesures et invite les autorités de santé à rechercher par la concertation la mobilisation de l’ensemble des professionnels de santé pour expliquer et accompagner le dispositif afin de restaurer la confiance de tous dans la vaccination. »

Ces belles paroles seront-elles suffisantes face à la menace grandissante des « fake news » jeune concept déjà fourre-tout ? La contestation vaccinale dans un espace démocratique peut-elle être résumée à de simples « fausses nouvelles » ? Faudra-t-il intégrer ce chapitre à la loi promise par Emmanuel Macron devant la presse – loi qui, « en période électorale », étouffera les fausses informations circulant sur Internet ?

Où l’on en revient à cet éternel casse-tête : en dire trop ou pas assez. Il vaut pour les vaccinateurs et les vaccinés.

A demain

Le malodorant écart de langage de M. Benjamin-Blaise Griveaux, membre du gouvernement

Bonjour

A moins de 40 ans, Benjamin-Blaise Griveaux est un petit condensé balzacien de notre époque. Il se murmurerait déjà que l’homme pourrait être le prochain maire de la capitale lorsque cette dernière accueillera les Jeux Olympiques. Fils d’un notaire et d’une avocatediplômé de Sciences Po Paris et de HEC,  le jeune homme plonge précocement en politique : dans les courants rocardiens puis strauss-kahniens. Trouve,  en 2012, un tremplin au sein du cabinet de Marisol Touraine, ministre de la Santé. De 2014 à 2016, l’indispensable passage dans le privé : l’immobilier commercial.

Elu conseiller municipal de Châlons-sur-Saône, puis vice-président du conseil général de Saône-et-Loire sous la présidence d’Arnaud Montebourg il entrera, en 2012, au bureau national du Parti socialiste ; conseiller de la fondation Jean-Jaurès sur les questions sociales, la légende le retrouve, dès la fin 2015, proche d’Emmanuel Macron. Certains journalistes voient alors en lui le « chef de file naturel » d’« apparatchiks » issus du Parti socialiste.

Opération de charme

Puis le temps passe, très vite. Elu député macroniste dans la cinquième circonscription de Paris il est, dans la foulée, nommé secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances : Bruno Le Maire. Officiellement M. Griveaux  travaille sur quelques entreprises industrielles en difficulté, sur la préparation du projet de loi « entreprises » et sur l’attractivité financière de la place de Paris.

Agenda de presque ministre. M. Griveaux était en déplacement officiel à Londres les 12 et 13 septembre. Une opération qualifiée « de charme », une offensive médiatique incluant plusieurs interviews dans les médias britanniques, notamment sur la principale matinale de radio de la BBC. Objectif : convaincre banquiers et investisseurs de la City de venir s’installer en France après le Brexit. On imagine les tapis, les thés, le cosy feutré : entrepreneurs français, investisseurs institutionnels, dirigeants de grandes banques… Un seul hic : aucune rencontre avec les autorités britanniques.

Et puis, cette révélation faite par Le Monde (Eric Albert ) : « Je suis comme Saint Thomas, je ne crois qu’à ce que je vois » dira M. GriveauxSaint Thomas l’incrédule ? Poussé à s’expliquer sur cette référence bien peu laïque le secrétaire d’Etat républicain dira, in fine : « C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ».

A n’utiliser qu’entre amis

Où l’on voit l’éventail de la richesse des images métaphoriques de la langue française. Précisons ici que cette dernière expression (à l’évidence d’origine paysanne) fait référence aux antiques foires agricoles où étaient rassemblés de nombreux animaux ruminants. Avec les suites pratiques que l’on imagine. En clair : attendre coûte que coûte la fin d’un événement pour en faire le bilan. Et précisons encore aux plus jeunes de nos lecteurs que c’est là  une expression très familière (à n’utiliser qu’entre amis). A Londres le représentant du gouvernement français eût peut-être été mieux inspiré de glisser que ce n’est qu’à la fin du bal que les musiciens sont payés.

A demain

 

Inséminations artificielles pour femmes homosexuelles: troublant raccourci ministériel

Bonjour

Résumé des épisodes précédents. Le 27 juin, le Comité Consultatif National d’Ethique  se prononçait, sous conditions, en faveur de l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Ou plus précisément en faveur de l’accès de ces femmes à la pratique de l’insémination artificielle médicalisée avec sperme de donneur anonyme (IAD).

Peu de temps après le porte-parole du gouvernement, Christophe Casaner expliquait que cette position laissait entrevoir une possible « évolution de la législation » – une évolution conforme au discours de campagne d’Emmanuel Macron. Sans entrer dans les arrgumentaires éthiques et les dimensions financières ce dernier s’était « prononcé en faveur de l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires ».

 Tour de bonneteau logique

Mais encore ? Aujourd’hui, mardi 11 juillet, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, s’exprimait sur France Inter . Voici ses propos :

« C’est le président de la République qui avait porté ce sujet durant la campagne. Nous allons voir quand il convient d’ouvrir ce sujet ; en sachant qu’en fin 2018 nous devons de façon systématique réouvrir les lois de bioéthique. Il est donc il est probable que cette discussion aura lieu durant les Etats Généraux de bioéthique qui se tiendront durant l’année 2018.

Vous y êtes favorable, à titre personnel ?

– J’attends de voir ce que donnent les Etats Généraux. Je n’ai pas d’avis personnel à donner sur les sujets de société. Il faut qu’une société soit prête, dans son ensemble, pour avancer. Donc j’attends de voir ce que disent les Français sur ce sujet

Et elle est prête, la France ?

Il me semble qu’elle est prête. Le Conseil Consultatif National d’Ethique contient en son sein toutes les sensibilités. Donc s’il a rendu un avis favorable, je pense que la société y est prête ».

Codicilles et caricature

Où l’on voit une ministre dire attendre ce que les Français diront et, en même temps, dire que la France est prête. Et, pour légitimer ce petit tour de bonneteau logique, se servir du Comité national d’éthique. C’est oublier que ce Comité ne s’est pas, loin s’en faut, prononcé à l’unanimité 1.

C’est aussi postuler une hérésie : que ce Comité, parce qu’il est tenu « contenir en son sein toutes les sensibilités » légitimerait, dans ses avis, les décisions à venir du pouvoir législatif. Ce serait oublier que ces avis ne sont que consultatifs. Et, en l’occurrence, c’est omettre que l’avis cité comporte nombre de codicilles essentiels qui interdisent toute caricature binaire.

C’est dire, en d’autres termes, que le sujet est un peu plus compliqué que la ministre aimerait le laisser penser.

A demain

1 Onze des trente-neuf membres du Comité n’ont pas voté cet avis : Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kuttenn, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé

Cannabis: Blanquer (Education nationale) dit non à Collomb (Intérieur). Silence de la Santé

Bonjour

Côté cannabis Jean-Michel Blanquer n’est pas Vincent Peillon qui avait un instant prôné sa dépénalisation. Le nouveau ministre de l’Education nationale vient de le dire haut et fort, sur RTL :

« Bien entendu je n’y suis absolument pas favorable. Toutes les études montrent à quel point le cannabis est nuisible. Le cannabis fait du mal au cerveau. Le cannabis est mauvais pour l’être humain. C’est de plus en plus vrai car il est de plus en plus dur. Il ne faut absolument pas laisser courir l’idée que le cannabis peut être quelque chose qu’on doit tolérer dans notre société. C’est mauvais pour nos enfants et donc je serai fou en tant que ministre de l’Éducation de dire autre chose. »

On se souvient qu’il y a une semaine Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, avait annoncé la mise en place de contravention pour les auteurs de trafic de cannabis. Une initiative qui devrait se concrétiser à la rentrée. On précisera que pour l’Observatoire français des drogues et toxicomanies « la dépénalisation peut être définie comme le processus tendant à réduire l’application de sanctions pénales à l’égard d’un comportement déterminé, cette réduction pouvant aboutir à leur suppression pure et simple ». Dont acte.

Rentrer dans le rang

Dans Révolution (XO éditions) publié en novembre 2016 Emmanuel Macron écrivait au sujet du cannabis : « On pourrait tout à fait considérer que le régime des contraventions serait suffisant pour sanctionner ces comportements ».  Puis, il y a quelques jours Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, allait plus loin dans les explications :

« L’année dernière, 180.000 personnes ont été constatées en infraction d’usage et de stupéfiants. En moyenne c’est six heures de procédure pour le policier ou le gendarme, autant pour le magistrat chargé du dossier. In fine il y a eu 20.000 rappels à la loi ou injonctions thérapeutiques. Est-ce que le système est efficace ? Non.

« Emmanuel Macron candidat (…) avait annoncé qu’on voulait des mesures efficaces : la possibilité de donner une contravention d’une centaine d’euros, avec paiement le plus rapide possible, instantané dans certain cas. Et puis ensuite des mesures coercitives qui peuvent aller jusqu’à la prison si la personne ne paie pas ou ne rentre pas dans le rang.

« Ce qui compte aujourd’hui c’est d’être efficace, et surtout de désengager du temps de travail de nos policiers et de nos gendarmes pour qu’ils soient plus présents sur des affaires essentielles. Ce n’est pas de la dépénalisation, c’est de la contraventionnalisation. On reste dans du pénal. Emmanuel Macron n’a pas souhaité ouvrir ce débat-là car consommer des stupéfiants reste grave et dangereux pour la santé, en particulier pour les plus jeunes. »

Silence d’Agnès Buzyn

Des propos à rapprocher de ceux, sur France Culture du juriste Renaud Colson (maître de conférence à l’Université de Nantes) co-auteur avec Henri Bergeron, de l’ouvrage de référence « Les drogues face au droit (PUF)» :

 « L’annonce du ministre de l’Intérieur peut être soit une désescalade pénale symbolique, soit un tour de vis répressif. C’est seulement dans la mise en œuvre du projet que l’on en saura plus (…) On peut très bien imaginer une amende forfaitaire pour tous les individus qui se feraient attraper avec un joint ou deux sur eux. Dans ce cas on rentre dans une logique d’assouplissement réel, mais une logique qui ne change pas grand-chose au fond puisque ni sur la question des trafics ni sur celle des dangers sanitaires on ne fait bouger les lignes c’est toujours le marché noir qui détermine les approvisionnements et les modes de fonctionnement du marché en général. »

On observera à ce stade qu’Agnès Buzyn, ministre de la Santé (et des Solidarités) n’a toujours pas pris la parole. N’aurait-elle pas (encore) voix au chapitre ?

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«Sexualité» et «vitalité» : le gouvernement va-t-il gommer les mots qui enchaînent les fumeurs ?

Bonjour

Nouveaux grondements de mâchoires chez les buralistes français. Bruxisme qui fait suite à une annonce médiatiquement filtrée : Europe 1 vient d’évoquer un prochain décret co-signé par Bercy et le ministère de la Santé. Ce texte « actera une hausse des prix du tabac ainsi que la prochaine ‘’disparition’’de certaines marques ». Le Figaro évoque, sans surprise, la colère des buralistes : « Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes, a écrit il y a une dizaine de jours un courrier au Premier ministre Bernard Cazeneuve pour lui faire part de son mécontentement. Les buralistes craignent que les marques interdites de vente chez eux aillent encore alimenter le marché parallèle ».

 Le site des buralistes cite Pierre Kopp (« spécialiste de l’économie du tabac et avocat du Comité national contre le Tabagisme ») invité d’Europe 1 : « C’est un petit pas, certes, mais c’est une bonne chose (…) On ne peut pas vouloir réduire la consommation de tabac et en même temps continuer à faire rêver les gens (…) L’idée c’est d’interdire toute forme de publicité. Si l’on interdit la publicité sur les panneaux, il faut également interdire la publicité sur les paquets. C’est le sens du paquet neutre, c’est le sens de l’interdiction de certaines marques ».

Vingt centimes en moyenne

En pratique, l’augmentation serait, en moyenne, de 20 centimes pour les paquets de cigarettes et « jusqu’à 1,60 euro » pour le paquet de tabac à rouler. « C’est le résultat des deux nouvelles taxes décidées par le gouvernement : hausse de 15 % de la fiscalité du tabac à rouler et la nouvelle taxe sur les fournisseurs qui doit rapporter 130 millions d’euros par an, c’est à dire 5 centimes de plus par paquet » résume Europe 1. Toutes les marques ne vont pas augmenter de la même façon : pour certaines, plus de 20 centimes ; pour d’autres, aucune hausse.

Il faut aussi compter avec l’interprétation française de l’article 13 de la directive européenne sur le tabac. « Sur aucun autre marché du tabac de l’Union européenne on n’aura vu une interprétation de l’article 13 aussi radicale » estime lemondedutabac.com. Ce dernier prophétise que trois noms de marques devraient « disparaître » à terme : Marlboro Gold, Vogue, les cigarillos Café Crème. « En revanche, Lucky Strike ne ferait pas partie de la liste ».

Les fabricants auront un an pour « réinventer » un nom, précise Europe 1. Il s’agit ici de bannir l’usage des noms qui, dans cette sphère addictive, constituent à eux seuls une promotion du tabac

« Attraction sexuelle »

Lemondedutabac.com croit savoir que seize « catégories principales d’interdiction » sont concernées : « alimentaire » (au sens où le nom évoquerait quelque chose d’alimentaire) ; « amaigrissant » ; « avantage économique » ; « bio » ; « économique » ; « élégance » ; « féminité » ; « goût-odeur-arôme » ; « laudatif » ; « masculinité » ; « mode de vie » ; « moindre nocivité » ; « pouvoir d’attraction sexuelle » ; « statut social » ; « vitalisant » ; « vie sociale ».

Au-delà, ce sont deux cents mots « familiers aux fumeurs » qui seraient potentiellement interdits sur les paquets. « Après cela, il ne reste plus que l’interdiction totale du tabac » s’alarme un « proche du dossier ». Où l’on voit que la peur, décidément, n’évite pas le danger.

A demain

Emmanuel Macron n’est pas Zola : comment parler des gens du Nord et de l’alcoolo-tabagisme ?

Bonjour

Né à Amiens la veille de Noël 1977, Emmanuel Macron n’est pas, précisément, un nordiste. C’est un Picard. Pouvait-il, dès lors, parler comme il l’a fait le samedi 14 janvier dans le Nord-Pas-de-Calais ? Toujours en lévitation, sur les nuages des sondages, le candidat d’En marche ! à l’élection présidentielle y a peint, samedi 14 janvier, un tableau sombre de la situation sanitaire et sociale de l’endroit. Il faut, ici, lire, L’Avenir de l’Artois :

« 15h16 : Emmanuel Macron arrive à la cité minière du fond de Sains, rue de Madagascar. (…) L’ancien ministre visite ensuite une deuxième maison, habitée cette fois-ci. La locataire les invite à rentrer. Il prend le temps de s’intéresser à ses conditions de vie. Un troisième logement doit être vu, situé une rue plus loin. Sur le chemin, une riveraine l’interpelle de sa fenêtre. Il prend le temps d’aller lui serrer la main. Discute, et fait de même avec d’autres riverains. « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » demande-t-il. Emmanuel Macron continue de s’intéresser de près à leur situation et les questionne sur leur emploi car « ici, c’est un secteur où il y a beaucoup de chômage».

Selon lui, la région a été délaissée par l’État par le passé et « la République n’a pas toujours été à la hauteur ». L’ancien ministre souhaite changer les choses. « Après la fermeture des mines, rien n’a été fait. Il est très important de rendre hommage aux personnes qui y ont travaillé. » Pour lui, ce territoire est un lieu stratégique car « c’est une région au cœur de l’Europe ». Elle est cependant face à certains problèmes selon lui : « l’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier. Tout comme l’échec scolaire. Il faut traiter cela en urgence afin de rendre le quotidien de ces personnes meilleur. »

Après deux heures de visite, le leader du mouvement « En marche » se rendait à Hénin-Beaumont. »

Front national et Parti communiste français

N’est pas Zola qui veut. « L’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier »… Du « mépris de classe », selon le maire d’Hénin-Beaumont, Steeve Briois, du « mépris social », selon Florian Philippot. « Qui méprise le peuple, méprise la France » pour secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, sur Twitter.

Du mépris ? A coup sûr l’incompréhension, par le bourgeois, de ce que le pauvre supporte ou pas (il y avait déjà eu, en 2015, l’affaire de l’illettrisme salariés de l’abattoir de porcs Gad, dans le Finistère.). A ce titre M. Macron vient de commettre une faute politique. Restait le rationnel épidémiologique. L’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée a tenté de répliquer dans un communiqué, citant les « territoires paupérisés » et un article de La Voix du Nord de 2015 affirmant que la surmortalité dans le Nord et le Pas-de-Calais atteignait « 29 % chez les hommes par rapport à la moyenne nationale et 22 % chez les femmes » ; c’était s’enfoncer.

Maladresse politique

Et l’ancien ministre de l’Economie de citer des propos tenus par le Dr Jean-Yves Grall (un Breton) alors directeur de l’Agence régionale de santé du Nord-Pas-de-Calais : « une forte précarité socio-économique (RSA, chômage), des habitudes de vie, notamment alimentaires, liées à la précarité, avec leurs conséquences (diabète, obésité), beaucoup d’addictions (alcool, tabac, drogue), qui sont d’ailleurs des marqueurs de la précarité ».

Mieux conseillé Emmanuel Macron aurait pu citer le syndrome d’alcoolisation fœtale décrit pour la première fois au monde (après le Dr Paul Lemoine à Nantes) par le Dr P. Dehaene à Roubaix. On pourrait additionner les chiffres et les publications. Ils n’effaceraient ni la maladresse de l’homme politique jamais élu, ni la sensation d’agression vécue par une population ainsi visée.

A demain

Anaphore d’Evry : « Je ne veux pas que les déremboursements de médicaments …. »

 

Bonjour

Nul ne sait, précisément ce qu’est le « vallsisme ». C’est, pour l’heure, un néologisme en gestation, aux frontières du sarkozysme de gauche, du pragmatisme revendiqué, du laïcisme affiché, du rocardisme simplifé. Pour les plus anciens cela pourrait faire songer à Georges Clémenceau (1841-1929). Clémenceau dont on oublie généralement fut stagiaire à l’hôpital psychiatrique de Bicêtre avant de devenir docteur en médecine avec une thèse positiviste intitulée De la génération des éléments anatomiques. C’était il y a, déjà, un siècle et demi.

Clémenceau oblige c’est aussi, sans les moustaches vendéenne, un discours martial, une éternelle gabardine de retour des tranchées républicaines. Ce fut encore, le 5 décembre à Evry, un cocktail de figures de style, un bouquet lyrique. L’Agence France Presse s’est piquée au jeu et repris le travail commencé sous l’ancien quinquennat avec l’inénarrable anaphore hollandienne. Qui a oublié le « Moi président de la République », syntagme repris à quinze reprises. C’était il y a, déjà, presque cinq ans. Depuis, et par synecdoque, ce syntagme désigne l’anaphore en question.

Soins dispensés aux plus modestes

Le désormais célèbre discours d’Evry ne résiste pas au procédé, assez facile, de l’anaphore.

« Je ne veux pas que les fonctionnaires travaillent plus pour gagner moins, je ne veux pas que les déremboursements massifs de médicaments empêchent les plus modestes de se soigner, je ne veux pas que nos enfants aient moins de professeurs, que nos villes et nos campagnes aient moins de policiers ou de gendarmes, je ne veux pas que l’on casse notre sécurité sociale, l’hôpital public, que nos aînés aient moins de protection, et que les salariés attendent 70 ans… 70 ans… pour toucher une retraite à taux plein. Ma candidature est aussi une révolte. »

Une fois de plus il apparaît que la médecine, la santé et la sécurité sociale seront au cœur des batailles politiques qui attendent la France. Mais il apparaît, aussi, que dans l’esprit de l’ancien maire d’Evry le médicament ne peut être que massivement « déremboursé » par ses adversaires. Il semble ici oublier que c’est l’Etat français qui (jusqu’à présent) fixe le prix des médicaments pris en charge par la solidarité nationale. Et qu’à ce titre il peut en moduler les montants sans que les malades les plus modestes aient à en souffrir.

Rien n’est écrit

Le discours d’Evry vit aussi fleurir les épiphores, ces groupes de mots répété en fin de phrase. L’épiphore, comme son nom l’indique est une sorte d’anaphore des antipodes:

« On nous dit que la gauche n’a aucune chance mais rien n’est écrit. On nous dit qu’elle ne rassemblera jamais, qu’elle en est incapable, rien n’est écrit. On nous dit que l’extrême droite est qualifiée d’office pour le second tour, rien n’est écrit. On nous dit que François Fillon est déjà le prochain président de la République, rien n’est écrit. »

Observons, ici, que ce défenseur de la laïcité s’oppose en public au concept de « prédétermination » 1. Et l’on observera aussi que ce discours fit la part belle à la métonymie. La métonymie est un jeu dangereux, proche du novlangue orwellien. Le 5 décembre, en la mairie d’Evry, cela donna ceci :

« La réussite ne se mesure pas au montant du compte en banque, elle se mesure à la lumière que l’on a dans les yeux et je veux que mes compatriotes retrouvent tous, tous cette lumière dans les yeux. »

Chacun voit, déjà, l’usage que pourront faire de cette formule les adversaires de l’ancien Premier ministre. Qu’il s’agisse de l’aveuglement produit pas la lumière que l’on a dans les yeux ou encore de la couleur rouge du montant de son compte en banque.

A demain

1 « Tout le monde a vu de ces transports de l’âme qui décident tout à coup une vocation, un acte d’héroïsme. La liberté n’y périt pas; mais, par ses prédéterminations, on peut dire qu’il était inévitable qu’elle se décidât ainsi » (Proudhon, Syst. contrad. écon., t.1, 1846, p.350). Pierre-Joseph Proudhon était un anarchiste français  (1809-1865). On lui doit la célèbre formule paradoxale selon laquelle la propriété n’est rien d’autre, tout bien pesé, que le vol.