Christophe Castaner : la gendarmerie française est désormais chargée de lutter contre la haine

Bonjour

Qui nous dira pourquoi les mots et le phrasé de Christophe Castaner, ministre français de l’Intérieur, nous font (parfois) songer à la novlangue de George Orwell ? On en connaît le mortel principe développé dans « 1984 » : une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées potentiellement subversives, à prévenir toute formulation de critique de l’Etat. Objectif ultime : éradiquer l’« idée » même de cette critique. On diminue le nombre de mots et de concepts, on élimine les finesses… et la mauvaise maîtrise de la langue transforme alors rapidement les citoyens éclairés en sujet stupides et dépendants, aisément manipulables par les médias de masse, puis auto-manipulés par les réseaux sociaux.

L’idée fondamentale est de supprimer toutes les nuances d’une langue afin de ne conserver que des dichotomies qui renforcent l’influence de l’État : « si tu n’es pas pour, tu es contre », « il n’y a pas de milieu ». Ce type de raisonnement binaire permet de favoriser les « raisonnements à l’affect », d’éliminer tout « débat », toute « discussion », et donc toute critique du pouvoir exécutif. Outre la suppression des nuances, le novlangue est une incarnation de la « double-pensée » : la double signification des mots survivants interdit bientôt toute pensée spéculative, tout germe de contestation. Le « Ministère de la Vérité » est en réalité celui de la propagande ? Et celui de la guerre est rebaptisé « Ministère de l’Amour ». Le tour est joué. Big Brother et ses écrans ont (presque) triomphé.

Nous n’en sommes pas là, bien évidemment, en France où le ministre de l’Intérieur a annoncé, mercredi 4 décembre, la création d’un « Office national de lutte contre la haine » logé au sein de la gendarmerie française. « Il sera chargé de coordonner pour la gendarmerie nationale, pour que tous les moyens soient mobilisés, l’ensemble des enquêtes sur les actes antisémites, antimusulmans, antichrétiens que nous connaissons sur notre territoire, a expliqué le ministre de l’Intérieur. Il sera chargé aussi d’accompagner l’ensemble des acteurs de tous les territoires et de faire le lien avec la police, la justice, pour que les auteurs de ces actes ignobles soient condamnés ».

« Lutter contre la haine » ? L’exécutif a-t-il choisi le bon terme ? « Haine » : Sentiment de profonde antipathie à l’égard de quelqu’un, conduisant parfois à souhaiter l’abaissement ou la mort de celui-ci. Synon. exécration, ressentiment; anton. amour. « .Je vais enfin dire ma manière de penser, exhaler mon ressentiment, vomir ma haine, expectorer mon fiel, éjaculer ma colère, déterger mon indignation (Flaub., Corresp.,1872, p. 57). Que fera, contre Flaubert, la gendarmerie française ?

A demain @jynau

L’unité de la France est sauvée : le tilde breton de Fañch est définitivement autorisé par Paris

Bonjour

Sait-on à quel degré la France, ses provinces, sa langue et sa justice sont riches ? « La Cour de cassation a jugé irrecevable, jeudi 17 octobre, le pourvoi en cassation formé par le parquet général de Rennes contre un arrêt de la cour d’appel autorisant le petit Fañch à garder son tilde (~), un signe utilisé dans les prénoms bretons 1» (AFP). Après la naissance de Fañch, l’officier d’état civil de Quimper avait refusé de retenir la graphie bretonne, avant d’être désavoué par l’adjointe au maire. Le procureur avait alors saisi le tribunal de Quimper « au nom du respect de la langue française ».

 « Le parquet général s’est pris les pieds dans le tapis », a estimé Jean-René Kerloc’h, avocat de la famille de Fañch, 2 ans ½, expliquant cette décision par un « vice de forme ». « L’arrêt de la cour d’appel de Rennes devient définitif. Maintenant, il va être difficile de refuser le tilde à un autre enfant », a ajouté l’avocat.

En septembre 2017, le tribunal avait estimé qu’autoriser le tilde revenait « à rompre la volonté de notre Etat de droit de maintenir l’unité du pays et l’égalité sans distinction d’origine ». Il avait notamment appuyé sa décision sur une circulaire ministérielle de 2014, qui établit une liste limitative de seize signes (accent, tréma, cédille, etc.) « connus de la langue française », pouvant être utilisés dans l’état civil.

Un jugement finalement infirmé par la cour d’appel de Rennes, qui avait estimé en novembre 2018 que le tilde ne portait pas atteinte « au principe de rédaction des actes publics en langue française ». Elle avait souligné que le tilde n’était « pas inconnu de la langue française », puisqu’il figurait dans plusieurs dictionnaires avec les mots « cañon » ou « Doña » mais aussi dans des décrets de nomination, comme celui de l’actuel secrétaire d’Etat à l’intérieur Laurent Nunez (la graphie officielle omet désormais le tilde… ), à différents postes préfectoraux. Mais le procureur général de Rennes avait décidé de se pourvoir en cassation « compte tenu des éventuelles répercussions nationales de l’arrêt ».

L’histoire est finie : Fañch est bien Fañch.

 A demain @jynau

1 Tilde :  ÉCRITURE. Signe diacritique en forme de S couché (~).

A. En espagnol, signe placé au-dessus de la lettre n pour indiquer la palatisation. 

B. Signe placé au-dessus d’une voyelle pour indiquer une prononciation nasale. Nous écrivons une voyelle nasalée par la lettre de la voyelle orale correspondante, surmontée d’un signe spécial appelé tilde qui indique l’abaissement du voile du palais (P. Passy, Les Sons du fr., 1917, p. 83).

PALÉOGR. Au Moyen Âge, signe ayant la forme d’un trait horizontal, recourbé ou non à ses extrémités, et qui était placé au-dessus d’un mot pour indiquer son abréviation. Il est invraisemblable qu’un copiste ait recours à une abréviation par suspension pour faire l’économie d’une nasale, quand telle est la fonction première du tilde (G. Hasenohrds Romaniat. 107 1986, p. 416).

Le père, la mère, la bioéthique et le symbolique : voici ce qu’Agnès Buzyn n’a jamais dit

Bonjour

Pour être parfois, ici, critique avec l’actuelle ministre des Solidarités et de la Santé il importe de rapporter le détournement sémantique dont elle est aujourd’hui la victime – dans un certain champ politique comme sur les « réseaux sociaux » qui les jouxtent. Un sujet opportunément traité par « Les Décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat).

Agnès Buzyn était invitée de l’émission « Ça vous regarde » sur LCP, le 24 septembre. Elle y était interrogée longuement au sujet du projet de loi de bioéthique en cours d’examen à l’Assemblée nationale. Et notamment sur « l’absence de père » quand un couple de femmes ou une femme seule ont recours à une forme de « PMA pour toutes » qui n’est pas (encore) autorisée en France. « Que répondez-vous à cela ? », demande la journaliste Myriam Encaoua.

« Ecoutez, déjà, elles existent déjà [les familles sans père] (…) Il y a une famille sur cinq à une famille sur quatre qui est monoparentale et souvent, les pères sont totalement absents. Donc ces familles existent et les femmes réussissent à élever des enfants qui n’ont pas de problème particulier, de difficultés. »

Agnès Buzyn évoque alors le fait que « beaucoup de femmes font des enfants seules » aujourd’hui, « cette réalité-là, elle existe ». Selon elle, le projet de loi bioéthique vise donc aussi en partie à « sécurise[r] le parcours » de ces femmes. « L’idée n’est évidemment pas que toute la société bascule vers des enfants, voilà…, sans père… » Et c’est à ce moment-là qu’intervient l’échange sur la place « symbolique »du père. C’est une séquence de 24 secondes:

« – Myriam Encaoua, : « Un père, c’est une fonction symbolique. Cela peut être une femme ? »

Agnès Buzyn : « Cela peut être une femme, évidemment. Cela peut être une altérité qui est trouvée ailleurs dans la famille, on le voit, cela peut être des oncles, […] une grand-mère. Je crois que les enfants ont besoin d’amour, tout nous démontre aujourd’hui que ce qui compte c’est la sérénité autour de l’enfant et cela, toutes les familles peuvent le garantir. »

Délire magnifique

C’est cet extrait, explique Le Monde, qui a été mis en avant par des opposants à l’élargissement de la PMA ces derniers jours. Dès le jeudi 26 septembre, Nicolas Dupont-Aignan réécrivait la réponse d’Agnès Buzyn en lui prêtant la phrase : « Un père, ça peut être une femme, évidemment ». Un véritable « délire », selon le chef de file de « Debout la France ». Le Monde rapporte encore que cet extrait a également fait les « choux gras » de plusieurs sites opposés à la PMA, comme Contre-info.com.

« Elle a par la suite fait son chemin jusqu’à Eric Zemmour, qui y a fait allusion dans son intervention à la convention de la droite de Marion Maréchal samedi 28 septembre. Le polémiste, qui dénonçait le monde moderne en maniant l’ironie (à partir de 4 minutes 30 secondes) :

« Comment ne pas être heureux de voir ces hommes au système pileux abondant qui peuvent enfin avouer leur vraie nature de femme ? De ces femmes qui n’ont pas besoin du contact dégoûtant des hommes pour faire des bébés. De ces mères qui n’ont plus besoin d’accoucher pour être mères. Comme dit la magnifique Agnès Buzyn, une femme peut être un père. »

Où l’on perçoit clairement la malignité-perversité du propos. « En résumé, conclut Le Monde, Agnès Buzyn n’a pas dit : « Une femme peut être un père » ou « un père peut être une femme ». Interrogée sur le rôle « symbolique » du père, elle a répondu qu’il pouvait « évidemment » être occupé par une « mère » ou un autre membre de la famille. Mais où l’on perçoit, aussi, la complexité du maniement dans les médias du symbolique par le politique.

A demain @jynau

Christophe Castaner a-t-il commis un attentat véritable contre la langue française ?

Bonjour

C’est la polémique du jour : Christophe Castanet, ancien socialiste aujourd’hui ministre contesté de l’Intérieur est cloué au pilori des puristes politiques. Ces derniers (ils sont souvent loin du centre) l’accusent d’avoir usé du mot « attentat » pour qualifier les dégradations dont sont l’objet un nombre croissant de locaux servant de « permanences » à des élus du parti macroniste. Jusqu’ici le terme « saccage » prévalait.

« En déplacement à Perpignan le 31 juillet, Christophe Castaner a préféré parler d’’’attentat’’,  rapporte Le Figaro (Loris Boichot). En marge d’une manifestation des «gilets jaunes» dans la ville des Pyrénées-Orientales, six hommes cagoulés, vêtus de noir, avaient alors transpercé, à coups de raquette de tennis et de marteau, les vitres du local du député LREM Romain Grau. dans lequel se trouvait l’élu. L’un d’entre eux avait déversé de l’essence sur une chaise, avant d’y mettre le feu et de s’enfuir. Aucune interpellation n’a eu lieu à ce stade. »

«Le principe de l’attentat, c’est de préparer l’acte, s’est justifié Christophe Castaner devant les caméras. Là, on a des gens qui sont venus avec des bidons d’essence. Ils s’étaient équipés et ont tenté notamment d’attenter à la vie d’un parlementaire présent dans la permanence». Selon L’Indépendant, le ministre de l’Intérieur a aussi apporté son «soutien à toutes les autres victimes d’attentats tels que celui qui a été commis samedi dernier. Et ce, quelle que soit leur couleur politique». Une allusion aux plus de soixante-dix actes malveillants commis contre les députés de tous bords depuis juin 2017 –  et particulièrement pendant le mouvement des Gilets Jaunes.

Au sein du Rassemblement national (RN), le mot «attentat» est considéré comme un abus de langage. «Ce ne sont pas des attentats. (…) On voit bien [que Christophe Castaner] essaie de justifier lui-même un mot qui résonne autrement dans l’imaginaire collectif», a affirmé jeudi le porte-parole du parti lepéniste, Sébastien Chenu, sur RMC/BFMTV. Et M. Chenu, néanmoins, d’assurer «condamner» ces actes. Mêmes critiques dans les rangs de la gauche de la gauche. Pour le communiste Ian Brossat, impossible d’«[assimiler] une vitre de permanence cassée à un attentat». La fédération rennaise du parti de Jean-Luc Mélenchon, de son côté, voit dans l’emploi de ce terme l’«injonction émotionnelle disproportionnée d’un pouvoir répressif et autoritaire».

Où l’on en vient à se poser la question de la définition du terme. La « préméditation » justifie-t-elle la qualification ?

Mélenchon, Robespierre et Mme de Staël

Si l’on en reste à l’essentiel, avec le CNRTL, l’attentat est une « entreprise criminelle perpétrée contre une personne ou contre une communauté, et particulièrement dans un contexte politique » . Christophe Castaner, ancien socialiste devenu macroniste appréciera comme il se doit ces deux citations :

1 « Vers ce temps, un homme, auquel il faut épargner son nom, proposa de brûler vifs ceux qui seraient convaincus d’un attentat contre la vie du premier consul. » Mmede Staël, Considérations sur les princ. événements de la Révolution fr.,t. 2, 1817, p. 38.

2. « Quelle paix peut exister entre l’oppresseur et l’opprimé? Quelle concorde peut régner où la liberté des suffrages n’est pas même respectée? Toute manière de la violer est un attentat contre la nation. » Robespierre, Discours,Sur la guerre, t. 8, 1792, p. 198.

Mais nous sommes sous la Vème et il nous faut nous pencher sur le  code pénal (article 412-1) : « Constitue un attentat le fait de commettre un ou plusieurs actes de violence de nature à mettre en péril les institutions de la République ou à porter atteinte à l’intégrité du territoire national ». L’attentat y est alors est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d’amende. Et les peines sont portées à la détention criminelle à perpétuité et à 750 000 euros d’amende lorsque l’attentat est commis par une personne dépositaire de l’autorité publique.

Le débat soulevé est donc le suivant: le saccage/attentat de la permanence d’un député relève-t-il de la «mise en péril des institutions de la République» ? La justice, aveugle, appréciera.

A demain

Journaliste : parviendra-t-il à traiter de l’affaire Vincent Lambert sans céder à la passion ?

Bonjour

« Vincent Lambert et le vol noir des certitudes ». C’est le titre d’un papier peu banal – un éditorial de Marianne signé de la directrice de la rédaction : Natacha Polony,journaliste, femme politique et essayiste. Parcours complexe et pluraliste. Il y a quatre ans a créé le « Comité Orwell », un « laboratoire d’idées » qui a pour objectif de défendre un « souverainisme populaire » contre « l’absence totale de pluralisme sur des sujets comme l’Europe, la globalisation, le libéralisme » :

« Plus encore que les autres citoyens, nous avons, en tant que journalistes, la responsabilité de défendre la liberté d’expression et le pluralisme des idées. Face à une idéologie dominante « libérale-libertaire », qui fait du libre-échange mondialisé un horizon indépassable et du primat de l’individu sur tout projet commun la condition de l’émancipation, l’association entend défendre notre héritage social et politique fondé sur la souveraineté populaire. »

Entrer dans la complexité

Natacha Polony, aujourd’hui, tente d’entrer dans l’épaisseur de la complexité de l’affaire Vincent Lambert – entreprise encore rarissime dans les médias généralistes 1.Et cite, d’entrée Friedrich Nietzsche : « Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou ». Une phrase qui selon elle résonne étrangement pour qui a entendu ces derniers jours s’exprimer les certitudes et la bonne conscience autour de Vincent Lambert, comme des corbeaux en vol circulaire, pour qui a entendu les cris de liesse et les expressions de supporteurs de foot de ces militants catholiques apprenant la suspension du processus d’arrêt des traitements sur décision d’une énième cour d’appel. »

Elle cite aussi les « on a gagné » hurlés avec rage, la « remontada » revendiquée par l’un des avocats des parents de Vincent Lambert qui « donnent une idée non pas seulement de l’indécence mais surtout de la folie à laquelle peuvent conduire des convictions quand elles veulent effacer la complexité du réel ». Sans oublier le camp d’en face et ses mortelles évidences, l’obtention d’un droit au suicide médicalement assisté ; la promulgation en France d’une loi belge qui hierarchiserait les personnes ayant à décider de la vie ou pas d’un proche (« la femme avant les parents ») ; ou cette autre loi belge qui autorise l’euthanasie – y compris sur des mineurs ou des majeurs souffrant de dépression et de mélancolie. des personnes.

« L’affaire Vincent Lambert parle à notre humanité commune. La situation tragique de cet homme, les déchirements de sa famille, réveillent en nous des angoisses universelles, écrit encore Natacha Polony.  C’est précisément pour cette raison que les certitudes des uns et des autres nous agressent. Pour cette raison que les discours politiques nous semblent d’un clientélisme déplacé. Quiconque s’aventure en ces contrées intimes et incertaines ne peut le faire qu’avec l’humilité de celui qui ne sait pas. » Or la passion est ici comme ailleurs, radicalement incompatible avec l’humilité.  

« Nous ne savons pas ce que vit, ressent ou ne ressent pas Vincent Lambert. Aucun médecin, même, ne le sait véritablement, tant les contours de la conscience nous sont encore flous. Evitons donc de projeter nos fantasmes sur ce visage dans lequel nous ne pouvons lire que l’insondable mystère du vivant. Quelles que soient nos convictions, ce corps nous bouscule, nous déstabilise, nous pousse dans nos retranchements. La plupart d’entre nous, sans doute, y voient l’image même de ce qu’ils ne veulent pas vivre, de sorte que, si cette affaire a une conséquences, elle sera de faire progresser en France l’adhésion à toute idée de ‘’mort douce’’ et de ‘’droit de mourir dans la dignité’’ sans que toutefois les concepts ne soient analysés. Mais, justement, ce sont ces concepts qu’il nous faut expliciter. »

Collèges des jésuites

On sait, depuis des années que rien n’est simple dans l’affaire Vincent Lambert. Et que rien ne pourra jamais l’être 2. La chronologie de la tragédie (et la faute inaugurale de mai 2013) ; les incertitudes sur son niveau exact de conscience ; la confusion, plus ou moins sciemment entretenue, dans les termes utilisés (« soins », « traitements », « nutrition/hydratation ») – ce qui autorise ou pas d’invoquer l’ « acharnement thérapeutique » ou l’ « obstination déraisonnable ». Or, écrivons-le : on observe, depuis des années, un traitement médiatique de cette affaire qui ne parvient guère à faire la part entre, d’un côté, un exposé des faits et des concepts et, de l’autre, l’exposé de la passion qui pourrait trouver sa place dans des éditoriaux et autres commentaires. La passion s’insinue presque partout, pèse le déroulé de la tragédie et cherche à peser sur son issue, à la précipiter.

Un traitement avec une majorité médiatique soutenant (plus ou moins ouvertement) « l’épouse » contre « les parents », le camp du « non-acharnement » contre les « catholiques traditionnalistes »…. Un traitement emprunt de passion plus ou moins consciente. Un traitement qui, le moment venu, vaudra d’être décrypté et analysé dans les écoles de journalisme – sinon dans les collèges des jésuites. Sans parler des facultés de droit puisque c’est bien in fine cette matière qui (du fait des conflits de ceux qui la servent et des contradictions qui en résultent) est à l’origine de « l’indignation » que vient de manifester  le  Syndicat national des praticiens hospitaliers en anesthésie et réanimation (SNPHARE).

« Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou » ? On trouve cette phrase dans Ecce homo, dernier ouvrage original de avant la période de démence des dernières années de Nietzsche, dix dernières années dans un état mental, dit-on, « quasi végétatif ».

A demain

1 Une exception notable : « Le grand face-à-face » (France Inter, samedi 25 mai) et son invité : Frédéric Worms. « Que dit de nous l’affaire Vincent Lambert ? Pourquoi est-il si difficile d’avoir un débat démocratique sur des sujets qui nous concernent tous ? Nous recevons Frédéric Worms, philosophe, professeur à l’Ecole normale supérieure et membre du Conseil consultatif national d’éthique. »

 2 « Dans l’affaire Vincent Lambert, la bonne réponse n’existe pas. Le dernier rebondissement de ce dossier médico-légal sans précédent impose un constat: la justice ne parviendra pas à parler d’une seule voix et la médecine restera dans l’impasse. » Slate.fr 22 mai 2019

3 En mai 2013, un premier arrêt des traitements avait été interrompu au bout de trente et un jours sur injonction du tribunal administratif, saisi par les parents de Vincent Lambert, au motif qu’ils n’avaient pas été informés de cette décision.

 

«Blitzkrieg» : la tête de liste macroniste aux européennes devrait-elle s’exprimer comme ça ?

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Vouloir gouverner c’est, aussi, savoir s’exprimer. A fortiori quand il s’agit du Vieux Continent. Or voici une nouvelle polémique à mettre au débit de Nathalie Loiseau, 54 ans, ancienne directrice de l’ENA, ancienne ministre des Affaires européennes et tête de liste macronienne pour les élections du 26 mai.

L’affaire, datée du 6 mai, est rapportée par L’Obs (Alexandre Le Drollec) : « Sur le parvis du Mémorial de Caen, Nathalie Loiseau exhume cette phrase de François Mitterrand pour mieux taper sur son ennemi numéro un, le Rassemblement national (RN, ex-Front national). ’Le nationalisme, c’est la guerre’’, dit-elle avant de s’engouffrer dans ce musée consacré à la paix. A l’intérieur, la tête de liste de la majorité présidentielle aux élections européennes s’arrête quelques instants devant une vieille carte du front de 1940 explicitant le principe du ‘’Blitzkrieg’’ ».

Un « Blitzkrieg » ? A moins de trois semaines du scrutin, c’est exactement ce que souhaitent lancer les stratèges de La République en Marche (LREM). « Mais un Blitzkrieg positif (sic), précise Nathalie Loiseau à L’Obs. Car nous sommes là pour proposer et non pour bombarder ! » Un nouveau dérapage verbal de la tête de liste ? Nullement. Présent au Mémorial, Sébastien Lecornu, 32 ans, ministre chargé des Collectivités territoriales, acquiesce : « Les européennes sont traditionnellement une campagne courte. Il faut savoir décoller dans la dernière ligne droite ».

Vouloir le pouvoir c’est, aussi, savoir manier les métaphores. « Bombarder »… « Décoller »… « Blitzkrieg » : Ce terme apparaît pour la première fois en 1935 dans un article de Deutsche Wehr. D’après cette revue militaire, les États pauvres en ressources alimentaires et en matières premières doivent « en finir au plus vite avec une guerre en tentant dès le départ d’emporter la décision par un engagement implacable de toute leur puissance offensive ». En outre, le terme est repris dans un article du Time Magazine (25 septembre 1939) qui relate l’invasion de la Pologne par l’Allemagne : « This is no war of occupation, but a war of quick penetration and obliteration – Blitzkrieg, lightning war » (« Ce n’est pas une guerre d’occupation, mais une guerre de pénétration rapide et de destruction — la Blitzkrieg, la guerre éclair »).

L’objectif du Blitzkrieg est de déstabiliser l’ennemi pour l’empêcher de rétablir un front solide une fois sa ligne initiale percée. Les trois éléments essentiels sont l’effet de surprise, la rapidité de la manœuvre et la brutalité de l’assaut. L’exemple le plus connu est la première phase de la campagne de France de 1940. Un Blitzkrieg qui, du point de vue allemand, fut positif. Déstabiliser. Pénétrer. Détruire. Vouloir gouverner c’est aussi, surtout, se souvenir.

A demain

@jynau

Tweeter ou ne pas tweeter pour qualifier l’inqualifiable série d’attentats au Sri Lanka ?

Bonjour

Tweeter ? Dimanche de Pâques. Au moins 158 personnes ont été tuées et plus de 400 ont été blessées, aujourd’hui, au Sri Lanka, dans une série d’attentats. Visés : trois hôtels de luxe et trois églises où les fidèles assistaient à la messe pascale. Aucune revendication n’a encore été faite pour cette vague d’attaques d’une violence que l’île n’avait pas connue depuis la fin de la guerre civile, il y a une décennie. Le bilan, communiqué par différentes sources policières, est provisoire et devrait encore évoluer – on dénombre des dizaines de blessés dans un état critique dans tous les lieux touchés.

Comment, aujourd’hui, les grands de ce monde pourraient-ils en parler en urgence sans tweeter ? Au Vatican, après sa bénédiction urbi et orbi au Vatican, le pape François s’est exprimé à l’ancienne :

« J’ai appris avec tristesse la nouvelle des graves attentats, qui précisément aujourd’hui, jour de Pâques, ont porté deuil et douleur dans plusieurs églises et autres lieux de réunion au Sri Lanka. Je désire exprimer ma proximité affectueuse à la communauté chrétienne, touchée pendant qu’elle était recueillie et en prière, et à toutes les victimes d’une si cruelle violence. Je confie au Seigneur ceux qui ont tragiquement disparu et je prie pour les blessés et tous ceux qui souffrent à cause de cet événement dramatique. »

En France le président Emmanuel Macron, a quant à lui fait part de sa « profonde tristesse ». « Nous condamnons fermement ces actes odieux, a écrit le chef de l’Etat sur Twitter.Toute notre solidarité avec le peuple sri lankais et nos pensées pour tous les proches des victimes en ce jour de Pâques. »

« Odieux » : qui suscite la haine, l’indignation, le dégoût.

Tweeter et la haine. Vaste sujet.

En plus d’un couvre-feu illimité sur l’ensemble de l’île, le gouvernement du Sri Lanka a aussitôt décrété le blocage temporaire « les plateformes de réseaux sociaux ». Officiellement, il s’agit « d’empêcher la propagation d’informations incorrectes et fausses. Ceci est seulement une mesure temporaire »a dit la présidence dans un communiqué.

Quelques heures après les attentats, Facebook et Whatsapp, tout comme Twitter, étaient bloqués ou ralentis. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement sri-lankais décide de bloquer l’accès à Facebook.  En mars 2018 des militants de ce pays ravagé par près de trois décennies de guerre civile avaient, en vain, alerté Facebook au sujet de plusieurs messages haineux contre la minorité musulmane, en vain.

« En 2012, Facebook avait déjà servi de véhicule à la propagation de la haine sur l’île, contribuant à des émeutes entre bouddhistes et musulmans qui avaient causé la mort, officiellement, de plus de deux cents personnes, rappelle l’AFP. La page Facebook du moine bouddhiste islamophobe (sic) Ashin Wirathua a été supprimée en février 2018 mais un certain nombre d’associations pointaient encore récemment l’instrumentalisation répétée du réseau social. Tweeter ?

A demain

@jynau