«PMA pour toutes»: François-Xavier Bellamy écartelé entre bioéthique et malédiction

Bonjour

Parler en plein conscience. C’est un document : l’entretien accordé au Journal du Dimanche (David Revault d’Allonnes) par François-Xavier Bellamy. Où l’on perçoit, en pleine lumière et en une phrase la voie qui peut mener du politique à la religion, de l’action à la croyance.

On se souvient de François-Xavier Bellamy, détendu et cortiqué, visage d’ange, bientôt trente-quatre ans, essayiste, professeur agrégé de philosophie ainsi, depuis peu, que député européen dans le camp déserté « Les Républicains ».

« Fils d’un cadre et d’une enseignante de français, passe sa jeunesse à Versailles, effectue sa scolarité à l’école privée Sainte-Marie des Bourdonnais, puis au lycée Notre-Dame-du-Grandchamp, découvre le scoutisme où il occupe des responsabilités en étant assistant du commissaire national éclaireur pour les scouts marins et chef de la Passerelle (équipe responsable du scoutisme marin) en 2009, lycée Henri-IV, intègre l’École normale supérieure,  effectue des stages au sein des rédactions du Times et du Sunday Times. Entre 2009 et 2011, enseigne la philosophie au lycée Auguste-Renoir d’Asnières, puis au lycée Louis-Bascan à Rambouillet et au lycée hôtelier de Guyancourt. Depuis 2011, il en détachement dans le privé et enseigne la philosophie à l’École normale catholique. »

La réalité de nos corps

Quoique incontestablement conservateur de droite l’homme demeure parfois difficile à classer. Aujourd’hui il François-Xavier explique dans le JDD pourquoi il s’oppose à la « PMA pour toutes », actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. Extraits :

« Nous sommes à un carrefour historique. Depuis son apparition, la médecine a pour but de remédier à la maladie. Dans ce cadre, la loi autorisait la PMA pour pallier une infertilité pathologique, qui devait être médicalement constatée. Si nous supprimons ce critère, la technique médicale ne servira plus à rétablir l’équilibre de la condition humaine, mais à dépasser ses limites. Cette nouvelle PMA n’est plus un acte médical, en fait : elle concernerait des femmes en parfaite santé, qui n’ont pas d’enfant non pas à cause d’une pathologie, mais simplement parce que la vie se transmet organiquement par la complémentarité du masculin et du féminin. Ce n’est pas une violence sociale, c’est la réalité de nos corps…

« Si nous voulons nous en affranchir, nous assumerons une rupture inédite dans le principe même de la technique médicale : il ne s’agira plus de rétablir le vivant, mais de le dépasser ; non plus de réparer nos corps, mais de les vaincre. Une fois cette nouvelle logique acceptée, je ne vois pas ce qui nous arrêtera : elle nous conduit directement au transhumanisme, par la transformation technique de nos corps. Le désir d’avoir un enfant est bien sûr légitime, mais il ne permet pas tout. »

Un dévoiement de la médecine, la PMA ?  « C’est un choix de société : rompre avec la condition humaine parce que ses limites frustrent nos désirs. Je crois que ce choix sera notre malédiction. » Ainsi le mot est lâché par celui qui sait le poids et le sens du verbe : « malédiction » 1. Il ne reste plus, ensuite, qu’à développer en élargissant le propos :

« La prise de conscience écologique nous l’a déjà fait comprendre : nous avons transformé le monde pour que tout s’organise autour de la satisfaction de nos désirs, quitte à vaincre les résistances que la nature nous imposait ; cela ne nous a pas rendus plus heureux. Au contraire : notre immense pouvoir technique a produit des catastrophes qu’il ne sait pas résoudre, et une fuite en avant perpétuelle dans l’insatisfaction et la frustration. Voulons-nous faire de nos corps le prochain terrain de cette expérience?

Publicités dans le métro

Puis François-Xavier Bellamy souligne un point fort peu abordé par les médias généralistes : l’autorisation donnée par la commission spéciale dans la nuit du 11 au 12 septembre pour que le secteur privé puisse, aussi, assurer la conservation des ovocytes humains. Traduction : « Le marché peut désormais se saisir de la procréation humaine pour en faire commerce. Demain, nous pourrons avoir des publicités dans le métro proposant aux femmes de conserver leurs ovocytes, et les employeurs par exemple pourront faire pression sur des salariées pour qu’elles reportent leur grossesse si elle n’arrange pas l’entreprise… Nous sommes tous responsables du monde qui se construit sous nos yeux. » 

Et l’euro-député LR de citer le député macronien Jean-Louis Touraine, rapporteur du projet de loi, qui aurait selon lui affirmé affirmé en commission : « Il n’y a pas de droit de l’enfant à avoir un père. » « La mère n’est plus celle qui accouche, mais celle qui veut être mère, a expliqué Jean Louis Touraine. C’est une transformation complète de la filiation, qui ne reposera plus sur le lien de la gestation, mais sur la volonté de l’adulte. Or la volonté humaine est fluctuante et fragile, contrairement au fait d’avoir conçu, porté un enfant, qui est irrévocable et définitif… Quand la volonté seule définit la filiation, que se passe-t-il si la mère ne veut plus être la mère? Peut-elle divorcer de son enfant? »

Le JDD demande au catholique conservateur s’il nous décrit « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Réponse :

« C’est toujours en rêvant du « meilleur » des mondes en effet, et même avec les meilleures intentions, que nous préparons un enfer, quand nous acceptons pour cela que la technique remplace le vivant. La promesse du transhumain, c’est la certitude de l’inhumain. Et à la différence d’Huxley, ici il ne s’agit pas de science-fiction. » 2

Politique, pour finir :  oui, il participera au défilé organisé le 6 octobre par la Manif pour tous et par d’autres associations. Au bras de Marion Maréchal ? « Manifester est un droit démocratique. Tout le monde peut y prendre part. Quelle que soit ses convictions politiques. Et je vois des grandes figures issues de la gauche, Sylviane Agacinski ou José Bové, qui s’opposent à cette réforme. » Où l’on comprend, une nouvelle fois ici, le caractère incongru de certains classements.

A demain @jynau

1 « Malédiction » : Action de maudire; résultat de cette action. Paroles par lesquelles on souhaite avec véhémence tout le mal possible à une personne, une famille, une ville, un pays, etc., sans appeler la colère de Dieu mais le plus souvent en l’impliquant

Relig. Parole annonçant un châtiment en punition d’une faute«  (Foi t. 1 1968). Les malédictions du Deutéronome, de Jérémie, des prophètes; Condamnation au malheur prononcé par Dieu; état de celui (ou de ce) qui en est la victime. Malédiction des païens (DG); Imprécations par lesquelles on appelle la colère, la vengeance de Dieu sur quelqu’un. Malédiction divineappeler sur qqn la malédiction de Dieu. 

2 Il faut toutefois, ici, ne pas oublier, du même Aldous Huxley, « Retour au Meilleur des Mondes» (1958) écrit presque trente ans après sa célèbre dystopie, l’auteur cherche à analyser si le monde a évolué dans la direction de la vision du futur qu’il avait eue dans les années 1930 ou s’il s’en était éloigné. Où l’on apprend que si Huxley ne cherchait pas, initialement,  à décrire une vision d’avenir il conclut dans Retour au Meilleur des Mondes, que notre monde se mettait à ressembler à celui de son roman. C’était il y a soixante ans.

Cigarette électronique : le «mieux» voulu par Donald Trump, ennemi du «bien» public

Bonjour

Dans le précieux ouvrage qu’il consacre au vapotage 1 Sébastien Béziau, militant averti, a placé en exergue, une phrase de Montesquieu : « Le mieux est l’ennemi mortel du bien ». Où l’on retrouve la puissance des aphorismes, ces « haïkus de la pensée » 2.

Le « mieux », l’ennemi mortel du « bien » ? L’affaire résume à merveille la politique de réduction des risques, cette vision de l’existence à laquelle l’actuelle ministre française des Solidarités et de la Santé semble comme allergique. Une vison à ne pas confondre avec le concept, souvent très mal compris, du « principe de précaution ».

Sir John Falstaff 

Le « bien » public et le « mieux » politique ? On les retrouve avec cette affaire américaine de cigarette électronique où règne la plus grande confusion médiatique. « La confusion si parfaitement organisée entre six morts par pneumopathies lipidiques par introduction d’huile dans la vape (un vrai danger) et interdiction des arômes (qui apportent un vrai bénéfice à la sortie) fait poser la question de savoir à qui profite ‘’le crime’’ » tweete (@parissanstabac) le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue averti plutôt deux fois qu’une.

Dautzenberg ajoute, courbes à l’appui : « Trump s’énerve contre #ecig mais les données US sont têtues : il n’y a jamais eu aussi peu de mineurs fumeurs de cigarettes et l’explosion d’ecig décrite ne s’accompagne pas d’une explosion du taux de fumeurs chez les adolescents. Il faut agir sans faire plus de mal que de bien. »

Trump tweetera-t-il en réponse au pneumologue parisien ? Si oui on lui conseille un aphorisme issu, selon Steiner, de Falstaff (Henry IV 1ère partie, Shakespeare) : « Prudence est mère de sûreté ». Où l’on revient, tout bien pesé, comme par ricochet, au mieux et au bien de Charles Louis de Secondat, qui fut baron de La Brède et de Montesquieu.

A demain @jynau

1 Béziau S Bienvenue dans la vape. 80 pages, 6,90 euros. Renseignements sur https://www.vapyou.com/lancement-livre-bienvenue-dans-la-vape/

2 Sur les aphorismes et la langue française, se reporter à George Steiner : « Lectures, chroniques du New Yorker » (Editions Gallimard) Traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat. Introduction de Robert Boyers



Chats clonés chinois et solitaires: qu’en diront les amoureux fervents et les savants austères ?

Bonjour

Un quart de siècle après Dolly. On nous annonce, depuis la Chine, la création par l’homme du premier chat cloné. Et nous voici comme projeté aux frontières de la transhumanité. Une première de l’entreprise pékinoise (sic) Sinogène. Une première qui n’est percue que comme la marche vers l’objectif ultime : le clonage du panda.

Sept mois seulement après la mort de son chat baptisé ‘’Garlic’’, son propriétaire, Huang Yu, a eu la joie de retrouver son protégé, qui a été cloné. Garlic » est le premier chat cloné par Sinogene, une entreprise qui a déjà réussi le clonage d’une quarantaine de chiens depuis 2017. ‘’Ils se ressemblent à plus de 90 %’’, assure le jeune Chinois de 23 ans. Compter 32 000 euros (contre 48 000 euros pour un berger allemand). Un marché promis à un formidable développement.

Sphinx allongés clonés

Plus de 90 % de ressemblance ? Sera-ce suffisant pour les amoureux fervents, sans parler de tous les savants austères, eux qui, nous écrit Charles Baudelaire, aiment également dans leur mûre saison cette puissante douceur qui fait l’orgueil de leur maison ? Plus de 90 %, certes, mais que restera-t-il de la frilosité et de la sédentarité, de la science et de la volupté, du silence et de l’horreur des ténèbres ?

Un chat cloné n’inclinera-t-il pas au servage ? L’Erèbe le prendra-t-il alors comme son coursier funèbre ? Le cloné prendra-t-il, à 90 % seulement, les nobles attitudes des grands sphinx allongés au fond des solitudes ? Et qui nous dit, d’ailleurs, que ces mêmes sphinx ne seront pas, eux aussi, de pâles copies clonées  incapables de rêver ? Un chat cloné ? Que restera-t-il des reins féconds d’origine, des gerbes d’étincelles magiques, du sable fin et des parcelles d’or ?

Où retrouverons-nous, chinois transhumanistes ou pas, l’insondable de leurs prunelles mystiques ?

A demain @jynau

Alcool avec cannabis ? Faute de pouvoir s’abstenir ne serait-il pas plus judicieux de choisir ?

Bonjour

C’est une interrogation contemporaine de première ampleur : dépénaliser/légaliser la consommation de canabis réduit-il celle des boissons alcooliques ? Et qu’en est-il des effets des prises conjointes ? Publiée dans Substance Use & Misuse et reprise par la rédaction de santelog.com une étude fournit des éléments édifiants : « Simultaneous Use of Alcohol and Marijuana: Patterns and Individual Differences ». Elle a été dirigée par Ashley Linden-Carmichael, professeure au the Edna Bennett Pierce Prevention Research Center (Pennsylvania State University).

Ce travail a été conduit auprès de 1.017 participants âgés de 18 à 25 ans ayanf fourni des données quant à leur fréquence de consommation d’alcool, de cannabis et des deux substances combinées. Ils étaient également volontaires pour répondre à des questionnaires visant à évaluer leurs (éventuels) problèmes liés à l’alcool, leurs traits de personnalité et leur perception des habitudes de consommation d’alcool de leurs proches. Résultats, résumés par santelog.com :

  • environ 70% des personnes qui consomment simultanément de l’alcool et du cannabis, sont des usagers très réguliers des 2 substances : c’est le cas au moins une fois par semaine.
  • comparés aux personnes qui ne consomment que de l’alcool, les personnes qui consomment simultanément de l’alcool et du cannabis sont susceptibles de boire plus et plus souvent ; ces personnes sont également plus susceptibles de présenter des problèmes liés à l’alcool dont des troubles du comportement associés, comme l’impulsivité, par exemple ;
  • globalement, les personnes qui consomment simultanément de l’alcool et du cannabis encourent un risque disproportionné de consommation excessive, fréquente et problématique de substances.
  • les personnes qui consomment simultanément de l’alcool et du cannabis sont plus susceptibles d’être en recherche de sensations ; ils pensent également que leurs amis consomment de plus grandes quantités d’alcool, ce qui suggère que cette consommation est favorisée aussi par celle de leurs amis.

Expression d’un moine ermite breton

On peut le dire autrement : « Les personnes qui consomment plus de cannabis sont aussi celles qui consomment plus d’alcool, plus souvent et sur de plus longues périodes. La combinaison simultanée des deux substances est associée à des traits spécifiques de personnalité et à un risque plus élevé de troubles de l’humeur et de la maîtrise de soi. Ainsi, le cannabis semble exacerber les effets dangereux des excès d’alcool ».

Pour Ashley Linden-Carmichael, les programmes de prévention et d’intervention devraient prendre en compte non seulement l’alcool, mais également les autres substances consommées : « Actuellement, de nombreux programmes se concentrent sur l’abus d’alcool, et bien que parfois les patients soient interrogés sur leur consommation d’autres substances, ces substances ne sont pas prises en compte ensuite dans les interventions ».

C’est une autre manière de plaider en faveur d’une conception élargie et pragmatique de la réduction des risques. Et peut-être est-ce aussi une raison de se convaincre que, tout bien pesé, mieux vaudrait en France, autant que faire se peut 1, un cannabis légalisé de préférence à un un cannabis officiellement interdit mais massivement consommé.

A demain @jynau

1 On la retrouve cette expression dès 1486 dans «Le livre des prouffits champestres et rurauls» de Pietro de Crescenzi, sous la forme de «la meilleure apparence que faire se peut». À cette époque «se peut» représente le verbe pouvoir sous sa forme conjuguée. L’expression doit se comprendre comme «si jamais il est possible de faire quelque chose, alors faisons ce qui est en notre pouvoir». Certains érudits la prêtent, à l’ermite et moine breton Robert d’Arbrissel interrogé, à l’approche de sa mort sur sa pratique de la chasteté .

Pourquoi ne connaît-on pas les noms des élus macroniens qui veulent alcooliser les stades ?

Bonjour

L’hydre et le brouillard. Ont-ils peur pour leur « permanence » ? Se terrent-ils loin des journalistes ? Sont-ils soixante-douze ou cent-cinq ? Pour l’heure on n’en connaît que trois : François-Cormier-Bouligeon député (LREM, Cher), 46 ans ; Cédric Roussel député (LREM, Alpes-Maritimes), 46 ans; Belkhir Belhadad député, 50 ans (LREM, Moselle). Trois députés et une proposition de loi qui alimente une violente polémique sanitaire et politique depuis quelques jours.

Un texte qui, sous couvert de faire de la France une grande nation sportive, « vise à assouplir, de manière encadrée, l’application de la loi Evin dans les stades en étendant l’octroi d’autorisations temporaires de vente d’alcool aux sociétés sportives ». « Sous le prétexte du soutien au sport, ces députés se font le relais fidèle du lobby alcoolier qui, année après année, rogne progressivement la plus grande loi de santé publique dont la France se soit dotée, dénonce   l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA). Après avoir élargi les possibilités de communication publicitaire lors de la précédente mandature, le lobby parlementaire de l’alcool repart à l’assaut en faisant sauter un des derniers verrous de la loi Evin qui interdit le sponsoring du sport par les cigarettiers et les alcooliers. »

Stéphane Mallarmé

Puis  la Fédération française d’addictologie (FFA) adressa une lettre ouverte d’une particulière virulence à Agnès Buzyn. Cette dernière ne pouvait plus ne pas réagir. Elle le fit  a minima via Twitter : « L’alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays. Chacun de ces décès est évitable. Ne laissons pas de nouvelles incitations à la consommation d’alcool se rendre complices de ce bilan. La ferveur n’a pas besoin d’alcool pour s’exprimer dans nos stades. »

Ah, la « ferveur » … Au-delà de ces trois généraux, où sont les noms des godillots en marche ? Rien sur le site dédié de l’Assemblée nationale. Des fragments de listes sur Twitter. Des lambeaux sur d’autres réseaux sociaux. RAS sur En Marche ! Et rien d’autre. Pourquoi ? Enquêtons. Mallarmé. Divagations:

« Aidons l’hydre à vider son brouillard (…) Oh, qui leurra vers ici une émeute affamée ? »

A demain @jynau

Christophe Castaner a-t-il commis un attentat véritable contre la langue française ?

Bonjour

C’est la polémique du jour : Christophe Castanet, ancien socialiste aujourd’hui ministre contesté de l’Intérieur est cloué au pilori des puristes politiques. Ces derniers (ils sont souvent loin du centre) l’accusent d’avoir usé du mot « attentat » pour qualifier les dégradations dont sont l’objet un nombre croissant de locaux servant de « permanences » à des élus du parti macroniste. Jusqu’ici le terme « saccage » prévalait.

« En déplacement à Perpignan le 31 juillet, Christophe Castaner a préféré parler d’’’attentat’’,  rapporte Le Figaro (Loris Boichot). En marge d’une manifestation des «gilets jaunes» dans la ville des Pyrénées-Orientales, six hommes cagoulés, vêtus de noir, avaient alors transpercé, à coups de raquette de tennis et de marteau, les vitres du local du député LREM Romain Grau. dans lequel se trouvait l’élu. L’un d’entre eux avait déversé de l’essence sur une chaise, avant d’y mettre le feu et de s’enfuir. Aucune interpellation n’a eu lieu à ce stade. »

«Le principe de l’attentat, c’est de préparer l’acte, s’est justifié Christophe Castaner devant les caméras. Là, on a des gens qui sont venus avec des bidons d’essence. Ils s’étaient équipés et ont tenté notamment d’attenter à la vie d’un parlementaire présent dans la permanence». Selon L’Indépendant, le ministre de l’Intérieur a aussi apporté son «soutien à toutes les autres victimes d’attentats tels que celui qui a été commis samedi dernier. Et ce, quelle que soit leur couleur politique». Une allusion aux plus de soixante-dix actes malveillants commis contre les députés de tous bords depuis juin 2017 –  et particulièrement pendant le mouvement des Gilets Jaunes.

Au sein du Rassemblement national (RN), le mot «attentat» est considéré comme un abus de langage. «Ce ne sont pas des attentats. (…) On voit bien [que Christophe Castaner] essaie de justifier lui-même un mot qui résonne autrement dans l’imaginaire collectif», a affirmé jeudi le porte-parole du parti lepéniste, Sébastien Chenu, sur RMC/BFMTV. Et M. Chenu, néanmoins, d’assurer «condamner» ces actes. Mêmes critiques dans les rangs de la gauche de la gauche. Pour le communiste Ian Brossat, impossible d’«[assimiler] une vitre de permanence cassée à un attentat». La fédération rennaise du parti de Jean-Luc Mélenchon, de son côté, voit dans l’emploi de ce terme l’«injonction émotionnelle disproportionnée d’un pouvoir répressif et autoritaire».

Où l’on en vient à se poser la question de la définition du terme. La « préméditation » justifie-t-elle la qualification ?

Mélenchon, Robespierre et Mme de Staël

Si l’on en reste à l’essentiel, avec le CNRTL, l’attentat est une « entreprise criminelle perpétrée contre une personne ou contre une communauté, et particulièrement dans un contexte politique » . Christophe Castaner, ancien socialiste devenu macroniste appréciera comme il se doit ces deux citations :

1 « Vers ce temps, un homme, auquel il faut épargner son nom, proposa de brûler vifs ceux qui seraient convaincus d’un attentat contre la vie du premier consul. » Mmede Staël, Considérations sur les princ. événements de la Révolution fr.,t. 2, 1817, p. 38.

2. « Quelle paix peut exister entre l’oppresseur et l’opprimé? Quelle concorde peut régner où la liberté des suffrages n’est pas même respectée? Toute manière de la violer est un attentat contre la nation. » Robespierre, Discours,Sur la guerre, t. 8, 1792, p. 198.

Mais nous sommes sous la Vème et il nous faut nous pencher sur le  code pénal (article 412-1) : « Constitue un attentat le fait de commettre un ou plusieurs actes de violence de nature à mettre en péril les institutions de la République ou à porter atteinte à l’intégrité du territoire national ». L’attentat y est alors est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d’amende. Et les peines sont portées à la détention criminelle à perpétuité et à 750 000 euros d’amende lorsque l’attentat est commis par une personne dépositaire de l’autorité publique.

Le débat soulevé est donc le suivant: le saccage/attentat de la permanence d’un député relève-t-il de la «mise en péril des institutions de la République» ? La justice, aveugle, appréciera.

A demain

Homards réfrigérés et nouilles instantanées : Victor Hugo, le gouvernement, sa diversité

Bonjour

25 juillet 2019. La France en alerte caniculaire violacée. Tous prié.e.s de ne plus bouger, de boire allongé.e.s. Le spectre de 2003 est dans toutes les têtes gouvernementales, dans toutes les préfectures, toutes les mairies des villes et des villages. Seul le Tour de France est autorisé à rouler – ainsi que la ministre des Solidarités et de la Santé qui multiplie les déplacements caniculaires dans les lointains déserts.

Pendant ce temps là les médias batifolent, régalent les foules, aidés en par les appétits des ministres intègres  (image hugolienne 1). « Presque entièrement blanchi par les conclusions de deux enquêtes portant sur l’affaire qui porte son nom le ministre démissionnaire entend désormais prendre sa revanche sur ceux qui ont provoqué sa chute, rapporte Le Figaro.  Invité au 20H de France 2, l’écologiste a fustigé le «journalisme de diffamation», soutenant: ‘’Il n’y aurait jamais dû y avoir d’affaire Rugy. Et aujourd’hui, en revanche, c’est sûr, il y aura une affaire Mediapart’’. » Et François Goullet de Rugy d’affirmer, une nouvelle fois, devant une France en nage, qu’il ne goûte ni les homards de Bretagne ni le caviar de Sologne.

Mais, insiste le vieux Figaro  tous les membres du gouvernement ne semblent pas d’accord avec leur ancien collègue. 

C’est tout particulièrement le cas de la médiatiquement omniprésente Marlène Schiappa. Au micro de RTL, après sa sortie diabolique sur la GPA ; la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les Femmes et les Hommes et de la lutte contre les discrimination s’est désolidarisée (euphémisme) de l’ex-ministre. «Je comprends très bien que François de Rugy se sente harcelé et dénonce, de son point de vue, une tentative de démolition, a-t-elle distillé. Mais je pense qu’il faut prendre de la hauteur, et prendre le point de vue du journaliste d’enquête qui fait son travail. Je crois qu’on ne peut pas plaider pour la transparence d’un côté et fustiger cette transparence de l’autre. ».

Poursuivant sur la question de la transparence, la secrétaire d’État auprès du Premier ministre a regretté que la vie des membres du gouvernement «fasse l’objet de beaucoup de mythes». Et Marlène Schiappa, nouveau Ruy Blas :

 «La vérité, c’est que lorsque nous faisons un dîner de travail, le soir, nous buvons des carafes d’eau et mangeons des nouilles chinoises instantanées, qui coûtent 1,73€ en supermarché. Dans mon appartement de fonction, j’ai un portant à vêtement Ikea à 9€, que j’ai payé moi-même».

Dans l’attente de connaître le prix des vêtements du portant, le géant suédois appréciera. Quant à Marlène Schiappa elle ne porte «aucun jugement» sur les travaux réalisés par le ministre François Goullet de Rugy quand il était locataire à titre gracieux d’un des palais de la République/ Elle conclut : «Il ne faut pas s’imaginer qu’on a un compte ouvert avec lequel on peut réaliser toutes les dépenses qu’on souhaite réaliser». Qui, à dire vrai, aurait pu imaginer une telle générosité ?

A demain @jynau

1 RUY BLASsurvenant. 
Bon appétit, messieurs !

Tous se retournent. Silence de surprise et d’inquiétude. Ruy Blas se couvre, croise les bras, et poursuit en les regardant en face.

                    Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !
– Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.
L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et sa grandeur,
Tout s’en va. – nous avons, depuis Philippe Quatre,
Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre ;
En Alsace Brisach, Steinfort en Luxembourg ;
Et toute la Comté jusqu’au dernier faubourg ;
Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues
De côte, et Fernambouc, et les montagnes bleues !
Mais voyez. – du ponant jusques à l’orient,
L’Europe, qui vous hait, vous regarde en riant.
Comme si votre roi n’était plus qu’un fantôme,
La Hollande et l’Anglais partagent ce royaume ;
Rome vous trompe ; il faut ne risquer qu’à demi
Une armée en Piémont, quoique pays ami ;
La Savoie et son duc sont pleins de précipices.
La France pour vous prendre attend des jours propices.
L’Autriche aussi vous guette. Et l’infant bavarois
Se meurt, vous le savez. – quant à vos vice-rois,
Médina, fou d’amour, emplit Naples d’esclandres,
Vaudémont vend Milan, Leganez perd les Flandres.
Quel remède à cela ? – l’État est indigent,
L’état est épuisé de troupes et d’argent ;
Nous avons sur la mer, où Dieu met ses colères,
Perdu trois cents vaisseaux, sans compter les galères.
Et vous osez ! … – messieurs, en vingt ans, songez-y,
Le peuple, – j’en ai fait le compte, et c’est ainsi ! –
Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie,
Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie,
Le peuple misérable, et qu’on pressure encor,
A sué quatre cent trente millions d’or ! (…)