Stérilisation féminine : Essure® est sans danger; il est donc retiré du marché français

 

Bonjour

C’est un message sanitaire. Il est incompréhensible et rédigé en ces termes : « Le marquage CE de l’implant Essure est suspendu pour 3 mois ». Un cas d’école pour traducteurs, psychologues et sociologues affûtés. Sujet : comment peut-on en arriver à ce degré officiel de non-communication ?

Résumons : Essure® est le nom de marque d’un dispositif médical implantable de stérilisation définitive commercialisé par le géant allemand Bayer Pharma AG. Un dispositif au cœur d’une vive polémique.

En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient d’être informée que ce dispositif faisait désormais l’objet d’une suspension temporaire de son marquage CE par le National Standards Authority of Irelanddans le cadre de sa procédure de renouvellement. Cette suspension prend effet à compter du 3 août 2017 pour une période de 90 jours, soit jusqu’au 2 novembre 2017.

Rappel des stocks

L’ANSM ne dit rien, aux prescripteurs et à leurs patientes concernées, des raisons qui ont conduit à cette décision. Pour autant elle en détaille les conséquences :

« Au vu de cette information, le dispositif Essure® ne peut plus être mis sur le marché en France et en Europe durant la période de suspension temporaire du marquage CE. L’ANSM a demandé à la société Bayer Pharma AG de procéder au rappel des produits en stock auprès de tous les établissements de santé susceptibles de les détenir. En conséquence, il est demandé par mesure de précaution de ne plus implanter dès à présent le dispositif médical Essure. »

Est-ce à ce point urgent et grave ? Est-on ici dans l’administratif abscons ou dans le sanitaire pur et dur ? Voici ce que dit l’ANSM :

« Dans ce contexte, l’ANSM invite les femmes actuellement en attente d’une implantation par cette méthode de stérilisation définitive à se rapprocher de leur gynécologue pour envisager, en concertation, l’alternative la plus appropriée, sur la base d’une information complète relative aux moyens de contraception disponibles et leurs éventuels effets indésirables ».

La balance et l’implant

Où l’on entend que Georges Courteline demeure d’actualité. S’inquiéter ?

« En ce qui concerne les femmes porteuses d’un implant Essure®, l’ANSM rappelle l’avis du comité d’experts qu’elle a réuni le 19 avril 2017. Ce dernier a conclu que les données de la littérature, de la surveillance et les résultats de l’étude épidémiologique, portant sur plus de 100 000 femmes, ne remettaient pas en cause la balance bénéfice/ risque de cet implant. 

« Le comité d’experts rappelle également que les femmes présentant des symptômes (sic) doivent consulter leur médecin pour ne pas méconnaître une pathologie sous-jacente. En l’absence d’un tel diagnostic, l’intérêt d’un retrait peut être envisagé entre la femme concernée et le médecin. Pour les femmes qui n’ont pas de symptômes (re-sic), qui représentent l’immense majorité des femmes porteuses de l’implant Essure®, il n’y a aucun argument à ce jour pour conseiller le retrait. »

Nous n’en saurons pas plus. A cette exception près : « l’ANSM considère que la décision de suspension temporaire de trois mois du marquage CE prise par l’organisme notifié n’est pas de nature à remettre en cause à ce stade les recommandations du comité d’experts relatives à la prise en charge des femmes porteuses d’un implant Essure® ».

Et durant l’été l’ANSM poursuivra ses travaux en étroite collaboration avec les représentants associatifs, les professionnels de santé et les différents acteurs institutionnels concernés.

A demain

 

Alcool – arrogance et baclofène : êtes-vous plutôt un ancien, ou plutôt un moderne ?

Bonjour

Qui nous donnera la meilleure définition de la confraternité ? Comment prendre la mesure du temps qui passe au sein du corps médical ? Une aide substantielle pourra être apportée avec la lecture de l’échange auquel vient de donner lieu le baclofène ; le dernier rebondissement de la jeune histoire de ce (vieux) médicament dans la prise en charge de la dépendance alcoolique.

Il y a quelques jours, dans les colonnes du Quotidien du Médecin le Pr Jean-François Bergman écrivait sa vérité, peu amène, à l’endroit du baclofène et de ses thuriféraires. Retour de volée, aujourd’hui, signée de deux de ses confrères fins connaisseurs de la rhétorique baclofènienne : Renaud de Beaurepaire, psychiatre, chef de service à l’hôpital Paul Guiraud de Villejuif et Bernard Granger, professeur de psychiatrie à l’université Paris Descartes. Deux psychiatres face à un interniste.

Visions et raisons

L’envoi psychiatrique ne manque ni de sel ni d’acide formique :

« Avec une arrogance médicale d’un autre âge, le Pr Jean-François Bergman s’attaque une fois de plus au baclofène. S’attribuant des dons de visionnaire, il soutient que les faits lui donnent raison. Quels faits ? Ceux qu’il sélectionne parce qu’ils nourrissent sa hargne, ou l’ensemble des données disponibles, qui ne vont vraiment pas dans son sens ?

Son analyse des résultats des études Alpadir et Bacloville est sommaire, caricaturale et surtout partiale. Le Pr Bergmann oublie évidemment de citer d’autres études comme l’étude allemande Baclad, positive, et plusieurs essais positifs à faibles doses. »

Vieux clous

Et les deux psychiatres d’enfoncer les vieux clous mandarinaux :

« Comme ces vieux patrons à l’ancienne, il méprise la parole des patients et leurs témoignages. Il ignore aussi les nombreuses études de cohortes montrant elles aussi les effets favorables du baclofène. Le rapprochement avec l’homéopathie est assez ridicule.

« L’efficacité du baclofène dans l’addiction à l’alcool n’est plus vraiment un objet de questionnement car les éléments de preuve sont apportés. Nous en sommes aujourd’hui à définir la meilleure façon de l’utiliser pour maximiser le rapport avantages/inconvénients et ne pas faire courir de risques aux patients atteints d’une maladie qui, rappelons-le, provoque un décès prématuré toutes les onze minutes en France, près de 50 000 par an, et contre laquelle les autres traitements médicamenteux sont sans grande efficacité. »

A la fin de l’envoi

On lira ici la suite de l’envoi  et de l’estocade portée à ce confrère qui, selon les deux psychiatres, ne disposerait d’« aucune expérience de l’addictologie ». « Le vocabulaire qu’il emploie suffit à discréditer ses propos » concluent-ils. L’« arrogance médicale d’un autre âge » est une formule qui marque. Comme marquent tous les combats des vieux anciens et des jeunes modernes.

A commencer par Hernani et la bataille du même nom. « Je m’en vais, Monsieur, et vous venez » aurait alors dit le vieux Chateaubriand au frétillant Hugo. C’était il y aura bientôt deux siècles. Nous n’en sommes pas, heureusement, sortis. Ensuite ? L’ivresse (absolue, définitive, suicidaire) du pouvoir exécutif (1984, Orwell).

A demain

 

 

 

Affaire des vaccins : la ministre Agnès Buzyn et le mépris ressenti par les parents-citoyens 

 

Bonjour

Ce sera la polémique de l’été. Puis celle de l’automne – sans parler des saisons qui suivront. Comment l’exécutif parviendra-t-il (sans mal) à mettre en musique sa décision concernant les nouvelles onze obligations vaccinales ? Le Premier ministre Edouard Philippe II s’expliquera-t-il sur le sujet ? Pour l’heure l’homme est étrangement en tournée de promotion pour vendre un nouveau livre 1 – damant ainsi le pion médiatique à Emmanuel Macron. Et puis soudain, dans le vieux Libé, en ce lundi de tempête et sur le front vaccinal, une peu banale tribune parentale 2 : « Vaccins obligatoires, un geste politique autoritariste au profit des laboratoires ».

Une tribune en forme de lettre ouverte adressée à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Où l’on retrouve toutes les trois principales têtes de chapitre d’une affaire multiforme et grossissante. Et des signataires qui qualifient de « scandale » les prochaines onze obligations vaccinales.

1 L’accusation réfutée d’être « sous-informés »

« Non, nous ne sommes ni inconscients ni mal informés. Non, il ne suffira pas de faire auprès de nous de la «pédagogie». Car nous savons que les vaccins ont permis de faire disparaître des épidémies invalidantes, voire mortelles. Nous sommes convaincus de l’importance de faire vacciner massivement les populations. Nous savons aussi que si une part significative de la population cesse de se faire vacciner, des épidémies, jusqu’ici disparues, referont surface. 

« Ce n’est donc pas par ignorance que nous sommes en France des millions de parents, de médecins et de professionnels à nous opposer à votre projet d’élargir l’obligation vaccinale chez les nourrissons et les jeunes enfants de trois à onze – c’est-à-dire à l’ensemble des vaccins recommandés en 2017. »

2 La contestation du discours mandarinal.

 « Non, la ‘’méfiance’’ des Français (médecins généralistes compris) n’est pas le fruit de la ‘’désinformation’’ comme l’explique, avec condescendance, le Pr Alain Fischer, président de la Concertation citoyenne sur la vaccination mise en place en 2016 par l’ex-ministre de la Santé. Elle est liée à un soupçon grandissant – et loin d’être seulement français – quant à l’ampleur des effets indésirables liés aux nouveaux vaccins plurivalents, du fait des adjuvants entrant dans leur composition.

 « Et ce soupçon est nourri par l’inertie des pouvoirs publics, qui se refusent de façon incompréhensible à y répondre par une pharmacovigilance accrue, relayée par des recherches indépendantes de tout intérêt industriel, ainsi que par l’application d’un principe de précaution pour le moins justifié par le climat de méfiance généralisée. »

 « Le 29 juin, dans les colonnes du Parisien, 200 grands médecins prenaient collectivement la parole pour soutenir la ministre de la Santé dans son projet. Ils parlaient à son propos de ‘’courage politique’’ ! Mais quel courage y a-t-il à user de la force pour contraindre le peuple sans lui accorder les lumières ? Le vrai courage ne consisterait-il pas plutôt à poser des limites à un pouvoir industriel et financier, qui agit et s’exprime en toute impunité ? »

 3 Le cadeau fait à quelques multinationales pharmaceutiques

« Mettre des limites aux grandes firmes pharmaceutiques serait-il devenu impossible ? Sinon, comment expliquer qu’une ministre de la Santé préfère rendre obligatoires les vaccins commercialisés par lesdites firmes plutôt que de leur imposer de commercialiser ceux qui sont obligatoires (le vaccin DTPolio, indisponible depuis 2008) ? Comment expliquer qu’elle se refuse à leur demander de réétudier la composition de ceux soupçonnés de présenter des risques pour la santé humaine ?

« La dépendance des pouvoirs publics envers les intérêts macroéconomiques est-elle si forte qu’au projet politique légitime d’une pharmacovigilance accrue et rigoureuse ainsi que d’une recherche de pointe sur les effets des nouveaux vaccins, il faille préférer le mépris et l’abandon des victimes de maladies d’origine vaccinale, et la mise à l’écart des quelques chercheurs courageux qui osent poursuivre la voie que leur indique la science ? »

Seconde citoyenne

Au final, comment conclure cette supplique sur papier et sur site ? En exhortant la ministre à faire preuve du « véritable courage politique » ; un courage qui ne consiste pas à « mépriser les voix citoyennes exprimant leur méfiance envers certaines formes de ces produits évidemment essentiels que sont les vaccins ». Où l’on perçoit l’hétérogénéité de la supplique. Où l’on perçoit, aussi, ce que peut être le profond embarras du politique. Et où l’on revient à la clef de voûte du dispositif désormais affiché par Edouard Philippe II : les modalités de la clause d’exemption : que réserve l’exécutif aux parents rétifs aux immunisations systématiques ?

Quand elle en aura fini avec son « Des hommes qui lisent » dédicacé par le Premier ministre, la ministre des Solidarités et de la Santé aura-t-elle une petite seconde citoyenne pour jeter un œil sur Libé ?

A demain

1 Message de France Culture : « Le Premier ministre Edouard Philippe sera en exclusivité dans les Matins d’été produits par Lucas Menget mardi 11 juillet de 8h20 à 8h40 pour la sortie de son livre Des hommes qui lisent (éditions JC Lattès) » (…) Edouard Philippe est Premier ministre. Il a été député et maire du Havre. Il est l’auteur de deux romans écrits avec Gilles Boyer : L’heure de vérité et Dans l’ombre. Interview à suivre en facebook live www.facebook.com/franceculture. Entretien à réécouter et podcaster sur franceculture.fr »

2 Cette tribune est signée de Mmes et Mrs Séverine et Christophe Angebault-Rousset, Miguel Benasayag, François Cam, Bastien Cany, Angélique Del Rey, Géraldine Gaudefroy-Demomby.

 

Le « paquet de tabac bientôt à dix euros » ne verra pas le jour avant la fin du quinquennat

Bonjour

Toujours se méfier du politique, du novlangue consubstantiel à l’exécutif. On se souvient encore de l’enthousiasme soulevé, chez les officiers de santé, par l’annonce du paquet de cigarettes bientôt à dix euros. C’était le 4 juillet dernier -il y a trois jours. Edouard Philippe II, devant des députés énamourés : « Ne rien faire est exclu. Nous porterons progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros ». Et plus précisément :

« En matière de lutte contre le tabac, là encore, il nous faut assumer des choix courageux. Chaque année, le tabac, en France, est la cause de 80 000 décès par an. C’est la première cause de mortalité évitable et la consommation quotidienne de tabac augmente chez les adolescents.

« Ne rien faire est exclu. Nous porterons progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros en luttant sans merci contre les trafics qui minent cette politique de santé, autant qu’ils fragilisent ceux qui respectent la loi ».

Enthousiasme, vraiment, que d’entendre un Premier ministre donner le chiffre de 80 000 décès (il aurait dû ajouter « prématurés »), de reprendre à son compte le formule « la première cause de mortalité évitable » tout en reconnaissant l’incurie absolue reflétée par les chiffres de consommation des adolescents. « Finalement nous avons là la démonstration que nous avons, collectivement, fait du bon boulot » nous confiait un haut responsable de la santé publique persuadé que la situation qui prévalait depuis cinq ans avec Marisol Touraine et François Hollande allait, enfin, se débloquer. C’était pécher par naïveté.

Négociations avec les buralistes

 Novlangue ? Agnès Buzyn était l’invitée de RTLce jeudi 6 juillet. Et voici ce qu’elle a déclaré (lisant son texte) quant à la hausse du prix du tabac :

« Les négociations débutent. Nous allons recevoir les buralistes. Il est évident que cette mesure n’est pas faite pour pénaliser cette profession. Bien au contraire, il faut les accompagner dans une diversification. Nous allons travailler. Mais ce qui est clair pour la santé publique c’est que pour que la hausse du tabac soit efficace et que les gens arrêtent de fumer il faut que cette hausse soit importante ; ça ne peut pas être des hausses de dix centimes.

 « Tous les pays qui ont vu une baisse importante de leur tabagisme sont passé par des hausses notables de leur prix du tabac. L’Angleterre par exemple. Les Anglais fumaient autant que nous ; 30% de prévalence du tabagisme en 2005. Ils sont maintenant à moins de 20%, nous sommes encore à 29%. Et ils sont passés par un prix à 11 euros. Il y aura une hausse du prix en 2018. Dix euros quand ? Tout cela est en négociation. Dix euros quand ? J’espère y arriver en trois ans. Tout cela sera négocié. »

Toujours rien sur la cigarette électronique

 « Les hausses doivent être importantes pour qu’elles aient un impact de santé publique, dira encore la ministre.  La France fait partie des plus mauvais élèves au monde pour ce qui est de la prévalence du tabagisme des jeunes et des femmes. Donc nous avons besoin de mesures spécifiques [par rapport aux pays frontaliers]. »

Ce n’est certes pas le novlangue de George Orwell 1 mais c’est tout aussi désespérant. Ainsi donc voilà une ministre qui sait tout du dossier, qui avait (timidement mais publiquement), réclamé des hausses drastiques de prix quand elle était en charge de la lutte contre les cancers. Et nous la retrouvons déjà dans une position identique à celle de Marisol Touraine, corsetée entre Bercy, Matignon, l’Elysée et le lobby des buralistes-Big Tobacco. Et venir à RTL pour confier des espérances menacées par les futurs arbitrages du chef de son gouvernement – sans parler de l’Elysée.

Cinq ans …. Cinq longues années pour espérer parvenir à augmenter (au mieux) de trois euros le prix du paquet de cigarettes, seule mesure efficace pour réduire le nombre de morts prématurées causées par le tabagisme. Où est le drastique ? Sans oublier que, comme depuis cinq ans, rien n’est dit quant à une possible ouverture politique sur le levier anti-tabac que constitue la cigarette électronique. Et ce à la différence, notable, du remarquable exemple britannique. Quel est le pouvoir de cette ministre ? Il suffira, pour cela, d’observer l’évolution du prix du tabac durant ce quinquennat.

A demain

1 Remarquable : « Avoir raison avec Orwell », par Brice Couturier, sur France Culture

I-Phones : l’étrange et dérangeante publicité du président Macron pour la marque à la pomme

Bonjour

29 juin 2017. La photo officielle du nouveau président de la République française vient d’être publiée via le compte Twitter du Palais. Une photo en majesté.  On peut la découvrir ici. C’est un cliché à haute valeur symptomatique, une mine d’ores et déjà explorée et désacralisée comme nous le révèle Slate.fr : « Le portrait officiel d’Emmanuel Macron: le meilleur placement produit pour Apple ».

« La marque à la pomme ne pouvait pas rêver mieux. Négligemment appuyé contre son bureau, fenêtre ouverte sur le jardin ensoleillé de l’Elysée: Emmanuel Macron ne choisit ni le jardin de l’Elysée comme François Hollande ou Jacques Chirac, ni la bibliothèque à la manière de Nicolas Sarkozy ou François Mitterrand. Ce n’est pas la présence du drapeau européen qui choque sur cette photo –Nicolas Sarkozy avait lui même posé avec en 2007–, ni même le faible nombre de livres –on en aperçoit deux à sa gauche, et un ouvert à sa droite.

« La photo tout juste sortie est pourtant déjà historique car, à la droite d’Emmanuel Macron, ce sont bien ses deux iPhones qui sont posés sur le bureau. Des smartphones qui ne sont pas là par hasard, puisqu’une vidéo postée par sa responsable de communication Sibeth Ndiaye le montre en train de les disposer méticuleusement pour la photo. On y voit même le reflet du coq, l’emblème français. »

Le Parisien rappelait en janvier dernier que Bruno Le Roux (aujourd’hui oublié) affirmait en 2015 qu’Emmanuel Macron ne se séparait « jamais de ses deux iPhone. Il envoie des SMS très tard et très tôt ! ».

Stendhal, Gide et De Gaulle

Dans le documentaire sur la campagne du candidat En Marche! réalisé par Yann L’Hénoret, on voyait régulièrement le candidat les yeux sur ses téléphones. Comme le montre cette photo de  Soazig de la Moissonière photographe de la Présidence, que Slate.fr avait  publiée au lendemain de son élection.

« Un sacré coup de pub pour Apple, dont Macron avait visité le siège à Cupertino en janvier 2016, ajoute Slate.fr. D’autant que c’est la première fois qu’il y a un outil technologique sur une photo présidentielle, les internautes n’ont pas manqué de le remarquer. Et cela tombe vraiment bien pour Apple qui fête les dix ans de son produit phare aujourd’hui, le tout premier iPhone a été vendu le 29 juin 2007. »

Jehan Fouquet

Quant aux livres, les autres stars papier, le palais de l’Elysée en a communiqué les titres à un journaliste de ReutersLes Mémoires du Général de GaulleLe Rouge et le Noir de Stendhal et Les Nourritures terrestres d’André Gide. Naturel ? Pas vraiment. La photo a demandé trois jours de retouche, précise un journaliste du Figaro qui a pris le temps d’analyser les métadonnées du cliché officiel.

Bien d’autres éléments passionneront les citoyens curieux des asymétries d’un visage ou, à l’inverse, du port des bagues et de la présence des hampes. Sans oublier l’Horloge dont le locataire des lieux entend, on le sait, être le maître. Le tout sous un ciel de France d’un bleu trop délavé pour faire raisonnablement songer à l’immense Jehan Fouquet.

A demain

Cigarettes et post-vérité : dénoncer la perversité des horreurs imprimées sur les paquets

Bonjour

« Le bonheur des petits poissons » est un petit ouvrage dont l’élégance se double d’un rare plaisir de lecture. Publié chez Jean-Claude Lattès il rassemble des « lettres des antipodes » signées de Simon Leys (1935-2014). A ceux qui ne le connaissent pas précisons que cet écrivain (essayiste, critique littéraire, traducteur, historien de l’art, sinologue et professeur d’université) de nationalité belge fut l’un des premiers intellectuels à dénoncer les horreurs de la Révolution culturelle chinoise – ainsi que le culte de Mao célébré en Occident. Quelques puissants intellectuels français maoïstes surent, alors, lui faire payer.

« Le bonheur des petits poissons » fut vanté par un autre esprit libre : Jean-François Revel (1924-2006) :

« Depuis toujours Simon Leys a privilégié les textes courts, incisifs pour défendre ses idées, pour livrer ses observations sur notre monde. Il a composé ainsi ses célèbres essais politiques et visionnaires sur Mao et la Chine, des textes purement littéraires et des recueils à lire comme des promenades où voisinent sans logique apparente réflexions sur l’art et chroniques de notre temps, sur ses excentricités, ses paradoxes, ses idées fausses.
« Le bonheur des petits poissons appartient à cette dernière catégorie. Des réflexions sur les rapports qu’entretiennent les écrivains avec la réalité, l’art de la litote, la critique, l’angoisse de la page blanche, l’argent s’entrecroisent avec une diatribe contre l’interdiction de fumer, une comparaison entre les livres qui doivent accompagner les expéditions polaires, le mal de mer de Conrad ou encore un paradoxal éloge de la paresse… Avec cependant un extraordinaire point commun ‘’des pages où la science et la clairvoyance se mêlent merveilleusement à l’indignation et à la satire’’. »

Bureaux de la pensée correcte

L’interdiction de fumer ? Simon Leys en parle dans un texte intitulé « Les cigarettes sont sublimes ». Il reprend des arguments connus, généralement avancés par les personnes devenues dépendantes du tabac – lui qui « ne fume presque plus ». Mais il va plus loin. « D’un certain point de vue, les fumeurs bénéficient d’une sorte de supériorité spirituelle sur les non-fumeurs : ils ont une conscience plus aiguë de notre commune mortalité, écrit-il. Mais sur ce point ils doivent de la gratitude au lobby anti-tabac. En effet les avertissements que la loi ordone d’imprimer sur les paquets de tabac et de cigarettes font involontairement écho à un très beau rite ancien de l’Eglise catholique. »

Et Simon Leys de citer, au début du carême, les gestes du mercredi des Cendres qui font que chaque fidèle est marqué au front avec les cendres bénites (« Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. » L’auteurs fait un détour par l’oblitération contemporaine de la pensée de la mort, le culte morbide fasciste de celle-ci. « Mozart a confié dans une lettre qu’il pensait chaque jour à la mort, et que cette pensée était la source profonde de toute sa création musicale, ajours Leys. Elle explique certainement la joie inépuisable de son art. »

« Je ne veux pas dire que l’inspiration qu’on peut tirer des avertissements funèbres lancés par les divers bureaux de la santé et de la pensée correcte va transformer tous les fumeurs en autant de Mozart, mais certainement ces rappels stridents viennent paradoxalement parer l’usage du tabac d’une séduction neuve -sinon d’une signification métaphysique. Chaque fois que j’aperçois une de ces menaçantes étiquettes sur un paquer de cigarettes, je me sens sérieusement tenté de me remettre à fumer. »

A demain

 

Un utérus artificiel pour mouton mis au point aux Etats-Unis. Demain chez l’humain ?

Bonjour

C’est une publication scientifique qui renvoie immanquablement au chef d’œuvre d’Aldous Huxley. On trouve la publication dans Nature Communications du 25 avril 2017 : « An extra-uterine system to physiologically support the extreme premature lamb ». Le chef d’œuvre date de 1931 : «Le Meilleur des mondes »

La BBC (Michelle Roberts) développe le sujet de même que Le Monde (Hervé Morin). Soit un incubateur/couveuse qui reproduit au plus près la physiologie d’un utérus – et ce pour y placer les très grands prématurés. Un travail mené par l’équipe d’Alan Flake (Center for Fetal Research, Department of Surgery, The Children’s Hospital of Philadelphia).

C’est là une étape majeure qui laisse présager la mise au point d’un « utérus artificiel » qui pourrait être utilisé dans l’espèce humaine. Testé sur le mouton, le dispositif a permis de faire se développer des fœtus d’agneaux durant quatre semaines et apparemment sans séquelles. « Le but est de répondre au défi de l’extrême prématurité », explique sans détour Alan Flake. Soit en amont de vingt-trois semaines de gestation placer les embryons dans un espace entre l’utérus maternel et le monde extérieur.

« Nous avons été surpris par la qualité de la réponse physiologique des animaux, fait valoir Emily Partridge, premier auteur de l’article de Nature Communications. Les fœtus régulent eux-mêmes ces échanges. » Pour autant les animaux, après avoir été extraits et après avoir montré qu’ils pouvaient respirer spontanément ont été « humainement euthanasiés » – et leurs organes analysés. Epargné, l’un d’entre eux est aujourd’hui la preuve vivante du succès de l’opération. Des recherches pré-cliniques plus poussées seront menées et, un jour prochain, aux Etats-Unis et ailleurs, on passera à l’essai sur l’homme.

Frontière éthique

Des réactions de ce côté-ci de l’Atlantique ? Le Monde cite René Frydman qui salue « un pas supplémentaire, une étude incontestablement sérieuse » et soulève quelques objections techniques quant au passage à l’espèce humaine – sans oublier les impacts psychologiques.  Pour sa part Alan Flake estime que mission de son utérus artificiel ne visera rien d’autre que la maturation des poumons des très grands prématurés. Aucune envie « de tenter de remonter plus tôt dans la grossesse. Et aucune possibilité, assure-t-il, d’établir un pont entre l’embryon l’extrême prématurité – clef de voûte de la dystopie d’Huxley. C’est aussi le point de vue du philosophe et médecin auteur d’un remarquable ouvrage sur le sujet (L’Utérus artificiel, Seuil, 2005). 

 On rappellera toutefois qu’il y a un an une équipe dirigée par Anna Hupalowska et Magdalena Zernicka-Goetz, de l’Université de Cambridge, une équipe de biologistes annonçait être parvenue à cultiver in vitro des embryons humains jusqu’à un stade jamais atteint : treize jours 1. Ces biologistes auraient pu poursuivre leur culture. Mais ils avaient alors choisi de ne pas franchir le seuil des quatorze jours, frontière éthique mise en place il y a une quarantaine d’années et, depuis, jamais officiellement dépassée. Jusqu’à quand ?

 A demain

1 « Les premiers pas de l’utérus artificiel » Slate.fr, 12 mai 2016