Gilets Jaunes, argent et «fibre sociale» : Macron est «le plus lucide de tous» (Agnès Buzyn)

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Quoique directement impliquée, elle ne s’était que rarement exprimée sur les turbulences qui traversent la France. Agnès Buzyn était l’invitée des « Contrepoints de la santé » du 11 décembre 2018. Une occasion pour la ministre des Solidarités et de la Santé de commenter les annonces faites la veille par Emmanuel Macron pour tenter d’apaiser les colères des Gilets Jaunes. Beaucoup voient un « virage social » doublé d’un mea culpa dans les annonces présidentielles. Il ont tort. Agnès Buzyn :

« La demande d’augmentation du pouvoir d’achat par les Gilets Jaunes se retrouvait complètement  dans le programme de campagne du président de la République (….) On nous a beaucoup reproché de commencer par des mesures économiques et d’arriver un peu tard avec les mesures dites sociales. (…) Ce qui nous était demandé c’était avant tout devait réduire le chômage de longue durée (….) Il fallait donc d’abord relancer l’économie (…)

« Les mesures sociales sont arrivées un peu plus tard  parce que j’ai décidé de les mettre en œuvre avec une méthode de concertation et de co-construction. Et notamment avec le plan pauvreté qui visait notamment à éviter l’assignation à résidence des personnes les plus en difficulté, qui vise à redonner de l’espoir aux travailleurs pauvres – ou aux gens au chômage parce qu’ils se sentent aujourd’hui consignées à rester pauvres. Ce plan pauvreté, il a été travaillé pendant neuf mois dans les territoires, avec tous les acteurs (…) La jambe gauche n’est pas arrivée après la jambe droite (…) On ne peut pas reprocher à un gouvernement de ne pas concerter et d’écouter et, quand il écoute et qu’il concerte, considérer qu’il va trop lentement. »

La colère des Gilets Jaunes, leurs impatiences quant à leur pouvoir d’achat ?

« En réalité le président de la République l’a toujours ressentie (…) Il avait en tête l’impatience des Français, le fait que l’on était au bord de la fracture sociale 1 (…) Je pense  que c’est le plus lucide 2, quelque part, de tous. Cette fibre sociale, il l’a complètement en lui. »

A demain

@jynau

1 Fracture sociale : ne pas confondre avec « fibre sociale ». Expression qui désigne généralement le fossé séparant une certaine tranche socialement intégrée de la population d’une autre composée d’exclus. Le philosophe français Marcel Gauchet : « Il est devenu indécent d’en parler, mais ce n’est pas moins elle qui resurgit là où on ne l’attendait pas pour alimenter la poussée électorale continue de l’extrême-droite (…) Un mur s’est dressé entre les élites et les populations, entre une France officielle, avouable, qui se pique de ses nobles sentiments, et un pays des marges, renvoyé dans l’ignoble, qui puise dans le déni opposé à ses difficultés d’existence l’aliment de sa rancœur. »

2 Lucide : Qui a une vue claire et exacte des choses; qui fait preuve de perspicacité, de pénétration d’esprit.  Synon. clairvoyant, pénétrant, perspicace, sagace. « Moi, songeait Thérèse, la passion me rendrait plus lucide; rien ne m’échapperait de l’être dont j’aurais envi »e (Mauriac, Th. Desqueyroux,1927, p. 210)

Panégyrique  Éloge oral ou écrit, enthousiaste et sans restriction d’une personne ou p.anal. d’une chose. « La théorie d’une égalité pacifique, fondée sur la fraternité et le dévouement, n’est qu’une contrefaçon de la doctrine catholique du renoncement aux biens et aux plaisirs de ce monde, le principe de la gueuserie, le panégyrique de la misère » (Proudhon, Syst. contrad. écon., t.1, 1846, p.188):

Gilets Jaunes vs Emmanuel Macron : mettre de l’huile sur le feu vs sortir la tête de l’eau ?

Bonjour

Tragédie médiatisée. Acte IV.  Désormais chaque mot pèse un peu plus lourd que la veille. Avant-hier « diesel », puis vinrent « moratoire », « jactance » et « entourloupe ». Sans oublier le militaire « bololo » d’Edouard Philippe. Hier « rafle ». Et voici, parallèlement à la « goutte d’eau qui fait déborder le vase », le grand retour du « feu » et de « l’huile » – et ce alors que le pays serait « au bord de la guerre civile ».

Le contexte. Alors que la tension et l’angoisse sont maximales au sommet de l’Etat, le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, a annoncé, vendredi 7 décembre, à l’AFP que « le président, lucide sur le contexte et la situation », avait décidé d’attendre avant de s’exprimer comme le réclament une partie de l’opposition et des manifestants. Afin de ne « pas mettre d’huile sur le feu », Emmanuel Macron ne s’exprimera qu’« en début de semaine prochaine ».

Faut-il en conclure que la prise de parole du président de la République aurait pour effet immédiat de pousser à la dispute, d’envenimer la situation, d’exacerber les tensions croissantes dans un pays   qui se trouve « au bord de la guerre civile » (si l’on en croit le propos de l’un des représentants des Gilets Jaunes, Benjamin Cauchy, à l’AFP).

Non pas l’huile consolante « versée sur les plaies » pour apaiser les souffrances. Non pas l’huile « mise dans les rouages », pour réduire les antagonismes, les difficultés, se montrer conciliant. (« Il me parut bon de mettre de l’huile aux rouages des relations franco-américaines à l’instant où les Anglais faisaient savoir officiellement qu’ils étaient prêts à attaquer les troupes françaises en Syrie » (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 182))

Huile et carburants

Mais bien l’huile versée sur un incendie né des carburants taxés. Un embrasement redouté avec, pour le 8 décembre, un dispositif « exceptionnel » de 89 000 membres des forces de l’ordre, dont 8 000 à Paris, déployé sur tout le territoire pour tenter d’éviter que ne se reproduisent les scènes d’émeutes qui ont eu le 1er,  à commencer autour et au sein de l’Arc de Triomphe.

Pour de journaliste-essayiste-réalisateur et député (Insoumis, Somme) François Ruffin « ceux qui jettent de l’huile sur le feu sont ceux qui disent que le cap est bon ».  L’AFP rapporte que des élus et leurs familles ont été « intimidés. » Que des  proches collaborateurs de M. Macron ont reçu des menaces de mort – jusque sur leur téléphone.  « La température est montée particulièrement haut », a déclaré sur LCI la bien jeune secrétaire d’Etat à la transition écologique, Brune Poirson, qui dit avoir échangé avec des préfets « dont les familles ont été menacées ». Une « partie du peuple est en train de se soulever », a pour sa part osé le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, allant jusqu’à décrire un président « inquiet ».

Muré en son Palais, le président de la République est plus que jamais la cible privilégiée des Gilets Jaunes. Sur tous les barrages ce ne sont qu’appels à la démission. Sur les réseaux sociaux, milliers de mots d’ordre évoquant un renversement des institutions  : « dissolution de l’Assemblée nationale »« Manu, on arrive ! »« Pot de départ de Macron ! » ou encore « Tous à la Bastille ».

Hugo pure player

Et le pure player Slate.fr de citer Victor Hugo (Les Misérables):

 «De quoi se compose l’émeute? De rien et de tout. D’une électricité dégagée peu à peu, d’une flamme subitement jaillie, d’une force qui erre, d’un souffle qui passe. Ce souffle rencontre des têtes qui parlent, des cerveaux qui rêvent, des âmes qui souffrent, des passions qui brûlent, des misères qui hurlent, et les emporte. Où? Au hasard. À travers l’État, à travers les lois, à travers la prospérité et l’insolence des autres. […] Quiconque a dans l’âme une révolte secrète contre un fait quelconque de l’état, de la vie ou du sort, confine à l’émeute, et, dès qu’elle paraît, commence à frissonner et à se sentir soulevé par le tourbillon.

« L’émeute est une sorte de trombe de l’atmosphère sociale qui se forme brusquement dans de certaines conditions de température, et qui, dans son tournoiement, monte, court, tonne, arrache, rase, écrase, démolit, déracine, entraînant avec elle les grandes natures et les chétives, l’homme fort et l’esprit faible, le tronc d’arbre et le brin de paille.

Malheur à celui qu’elle emporte comme à celui qu’elle vient heurter! Elle les brise l’un contre l’autre. Elle communique à ceux qu’elle saisit on ne sait quelle puissance extraordinaire. Elle emplit le premier venu de la force des événements; elle fait de tout des projectiles. Elle fait d’un moellon un boulet et d’un portefaix un général.»

 Parler au nom des Français

Quant au vieux et solide Monde, il fait appel à une  professeure de littérature, sémiologue et sémioticienne : « Cécile Alduy : ‘’ Emmanuel Macron manifeste une absence totale d’empathie’’ » (Propos recueillis par Jean-Baptiste de Montvalon). Elle y analyse le choix des mots par le président de la République, leur signification et leur impact sur l’opinion. Eclairant. Précieux extraits :

 « L’action politique n’est visible et intelligible que si elle est dite, traduite et mise en récit. Seule la parole publique peut la faire exister, en enserrant les décisions dans un discours qui leur donne un sens, une logique, une visée. Les actes n’existent que d’être dits… Ce que les poètes de l’Antiquité exprimaient déjà ! Pour aller vite, dire, c’est faire, et faire sans dire, c’est ne rien faire, aux yeux du public. Mais il y a une autre fonction de la parole politique, notamment présidentielle : parler au nom des Français pour dire leur histoire, mettre des mots sur leurs souffrances, leurs espoirs et leurs doutes. Or, il semble que, depuis plusieurs mandats présidentiels, les candidats qui avaient su se faire les porte-parole des aspirations des Français oublient, une fois élus, cette fonction représentative et narrative. »

« Candidat, Emmanuel Macron a pleinement joué ce rôle de porte-voix, de raconteur d’une geste nationale en train de s’écrire, un « roman national » dont il était le dernier héros. Il a aussi su renouveler le discours politique dans la forme et le vocabulaire. Il a privilégié un récit orienté par l’idée même de mouvement – « avancer », « progresser », « marcher », « projet » –, plutôt que par un catalogue de mesures ou de valeurs traditionnelles du langage politique. Et il a emporté l’adhésion autour d’émotions mobilisatrices, comme l’optimisme, la bienveillance, l’espoir. Surtout, il est celui qui a le plus parlé d’un « nous » et donné un rôle à un « vous » qu’il appelait à agir.

« Dans un premier temps, son utilisation des symboles de la monarchie – comme son « intronisation » au Louvre, seul dans la nuit face au peuple – ou d’une autorité verticale lui a permis de balayer les doutes sur sa capacité à « faire président » à seulement 39 ans et sans aucune expérience d’élu. Il a imposé une image de force, de détermination, d’autorité. »

On connaît, ou on pressent, la suite.

« Mais ce qui était tout d’abord la marque d’une trempe de fer est devenu un signe de surdité, voire d’arrogance et de dédain. A force de dire que rien ne le fera plier et de prétendre avoir toujours raison, il a donné l’impression de mépriser les corps intermédiaires, et finalement tous les Français qui ne seraient pas ‘’premiers de cordée’’ . Il a confondu être un chef et être un leader : un chef ne veut qu’être obéi et est la seule source des décisions, au risque de l’arbitraire ; un leader sait faire vivre le groupe et lui insuffler une énergie, une capacité d’action et de dépassement fondée sur la confiance dans l’aptitude de chacun à prendre à bras-le-corps les défis.

« A partir du moment où il a perdu la maîtrise des connotations de classe de son parler supposément « disruptif ». Macron est son meilleur ennemi : avec toutes ces micro-polémiques sur ses apartés (« pognon de dingue », « fainéants », etc.), il a lui-même sapé sa tentative de réécriture d’une grande geste historique où l’action politique aurait eu du sens. (….)

Le Monde : le chef de l’Etat a récemment évoqué « nos classes laborieuses ». Que vous inspire cette expression ?

Cécile Alduy : « Elle m’a profondément choquée en raison de ses connotations. Un classique en histoire sociale, qu’Emmanuel Macron aura forcément lu en khâgne, s’intitule Classes laborieuses et classes dangereuses, de Louis Chevalier. L’expression ‘’classes laborieuses = dangereuses’’ reflète la vision négative, inquiète, des classes bourgeoises du XIXe siècle vis-à-vis des classes populaires en expansion démographique à Paris, et qui sont l’objet d’études « sociologiques » et médicales. On condamne alors leur malpropreté, leur tendance au crime, leur manque de moralité. Recourir à une expression à ce point située historiquement et socialement – même si « classes laborieuses » signifie aussi littéralement « classes qui travaillent » – témoigne bien de cette extériorité du président par rapport aux Français qui travaillent sans parvenir à sortir la tête de l’eau. »

Combien de temps, quand débordent les vases, les têtes peuvent-elles ne pas sortir de l’eau ?

A demain

@jynau

Jactance et Gilets Jaunes : voici soudain venu, pour le pouvoir, le temps du renoncement

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Une maille à l’envers. Une maille à l’envers. Poursuite du détricotage. Jusqu’à quels lambeaux ? Edouard Philippe, Premier ministre, devant le Sénat, le 6 décembre 2018

« Les tensions nous ont conduit à la conclusion qu’aucune taxe ne méritait de mettre en danger la paix civile. Comme je l’ai dit hier à l’Assemblée nationale, nous avons décidé avec le président de la République de renoncer aux mesures fiscales concernant le prix des carburants et le prix de l’énergie qui devaient entrer en vigueur le 1er janvier 2019. Le Sénat ayant voté la suppression de la hausse des taxes [sur le carburant] dans le budget 2019, elles ne seront pas réintroduites. »

Et déjà les médias de jaser sur l’usage de ce douloureux verbe du groupe premier.

« Renoncer » : Cesser de revendiquer, de faire valoir la possession ou la jouissance de, abandonner son droit sur.

Accepter que quelque chose ne se fasse pas, n’ait pas lieu, n’existe plus. Se résigner à ne pas faire ce que l’on projetait ou espérait. Ne plus espérer, ne plus compter sur.

« Renoncer à » Cesser de vouloir, de prétendre à. Abandonner volontairement ce que l’on a. Ne plus se faire le défenseur de ce que l’on pense, de ce que l’on croit, de ce à quoi l’on tient. Exclure de sa vie ce à quoi l’on est attaché. Cesser volontairement de poursuivre un effort.

 Fins lettrés le président de la République et le Premier ministre apprécieront :

« Si elle [la révolutionne renonce pas à ses principes faux pour retourner aux sources de la révolte, elle signifie seulement le maintien (…) d’une dictature totale sur des centaines de millions d’hommes » (Camus, Homme rév., 1951, p. 290).

 « Les autorités françaises qui (…) ont renoncé à la guerre et empêchent ceux qui dépendent d’elles d’y participer, sont dans l’erreur et hors du devoir » (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 674).

A demain

@jynau

 

Vanité et suffisance : « jactance » pourrait-elle être une définition du macronisme ?

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5 décembre 2018. Moratoire ou pas, reddition ou non, la colère nationale, le stress collectif, ne retombent pas. Tensions et jeu de boules à l’Assemblée nationale. Avec l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon : « On ne peut être l’ami des riches et, en même temps, du genre humain ». Avec un Christian Jacob plus vif que jamais – le président du groupe Les Républicains osant se mot : « le macronisme 1 est une jactance » :

« Le macronisme est une jactance : on parle beaucoup, personne ne comprend rien, c’est souvent le but recherché. Ça donne des motifs de colère. Derrière une communication qui a pu donner l’illusion, vous n’avez engagé aucune réforme. Tout l’effort repose sur les Français. (…) Votre méthode repose sur le mépris. »

« Jactance » :  Littér. Attitude arrogante d’une personne imbue d’elle-même, qui cherche à se faire valoir par un ton et des propos suffisants. Synon. outrecuidance, vanité, vantardise; anton. bonhomie, modestie. Homme, discours plein de jactance; air, ton, trait de jactance; rabaisser la jactance de qqn.

«  C’est un défaut des Français, quand ils parlent d’eux-mêmes, de passer d’une jactance irritante à une sorte d’humilité désespérée (Mauriac, Bâillon dén.,1945, p. 416). »

« La jactance fait que beaucoup présument de leurs forces, jusqu’au point de prendre leurs conceptions personnelles pour mesure de toutes choses; (…) rêvent tout haut, et s’en vont philosophant par des sentiers téméraires que chacun se fraie à son gré, s’isolant pour être vuOzanamPhilos. Dante,1838, p. 104. »

On peut aussi utiliser « jactancieux » ou « jactancieuse »: « Je laisse le malheureux de Flers payer sa fermeté trop froide du prix de sa tête, et un autre général en chef, Barbantane, jactancieux et incapable, le remplacer (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 2, 1862, p. 57). »

 A demain

@jynau

1 Macronisme : ensemble des doctrines défendues par Emmanuel Macron ; adhésion à celles-ci.

Gilets Jaunes versus Edouard Philippe : moratorium ou moratoire ? Petite leçon du soir

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C’est donc (enfin) fait : l’exécutif semi-jupitérien vient de (tenter de) crever l’abcès français. Trop tard ? A voir. Reddition ou capitulation ? Cela ne saurait trop tarder. Crépuscule du 4 décembre 2018 : Le Figaro (Christine Ducros) :

« ‘’Qu’est-ce qu’on constate depuis trois semaines ?’’, a interrogé Édouard Philippe, entouré lors de son intervention par les ministres Muriel Pénicaud, Jean-Michel Blanquer, François de Rugy et Marc Fesneau: ‘’On voit monter en France une colère profonde qui vient de loin, qui a longtemps été cachée par pudeur et fierté. Aujourd’hui, elle s’exprime de manière collective. Colère de Français qui ont le sentiment d’être dos au mur, qui travaillent et ne veulent pas être relégués’’.

 « Puis toujours pour tenter de juguler la crise, le Premier ministre a fait montre de pédagogie devant les caméras . Il a annoncé ‘’la suspension pour six mois de trois mesures fiscales qui devaient entrer en vigueur au 1er janvier, dont la hausse de la taxe carbone et le gel des augmentations du gaz et de l’électricité’’, à l’origine du mouvement des «Gilets jaunes’’. Justifiant ce qu’il faut bien appeler un recul, il a reconnu: ‘’Aucune taxe ne mérite de mettre en danger l’unité de la Nation’’.

Juguler sans jugulaire

La demande de moratoire avait été faite plus tôt dans la matinée sur RTL-Yves Calvi-première radio de France par Stanislas Guérini, le déjà bien trop jeune général-en-chef des troupes macroniennes, pour l’heure déconfites : «Le temps du débat est venu, on lève le crayon, on fait un gel (…) Il doit y avoir une pause pour mettre en place le débat».

Lever le crayon pour tenter de réduire la température ? Où l’on pressent un inconscient friand des métaphores climatico-politiques. Reste l’histoire de la vieille langue française qui réclame généralement de préférer moratorium à moratoire . Pour autant :

Moratorium : Disposition légale, nécessitée par des raisons impérieuses d’intérêt public, suspendant d’une manière générale l’exigibilité des créances, le cours d’actions en justice; p. méton., cette suspension (d’apr. Cap.1936). En Bourse, depuis deux jours, c’était la panique. Les agents de change et les gros coulissiers s’employaient auprès du gouvernement afin d’obtenir un moratoire qui permît de reporter, à tout hasard, en fin août, la liquidation de juillet (Martin du GARD., Thib., Été 14, 1936, p.468). Il fallut suspendre la vente des biens nationaux et, par un moratoire, sauver les créanciers de la ruine (Lefebvre, Révol. fr., 1963, p.470).

 Acte d’un créancier qui reporte la date d’échéance d’une créance.La «Royal Mail», la «White Star» étaient obligées de solliciter des moratoires de leurs créanciers, tandis que la «Holland Amerika» et sa filiale la «Maildienst» avaient suspendu leurs paiements dès 1930 (M. Benoist, Pettier, Transp. mar., 1961, p.18).

 P. anal. Fait de suspendre une action, un processus (généralement dans un contexte politique). Moratoire nucléaire, contre la guerreAinsi les Nations Unies adoptèrent (…) une résolution demandant un moratoire des essais nucléaires (malgré l’opposition des puissances atomiques militaires) (Goldschmidt, Avent. atom., 1962, p.199).

Littér. Délai, retard. Le désir était, chez Sylla, impétueux et ne souffrait nul moratoire (LEON Daudet, Sylla, 1922, p.44).

Où l’on voit, Gilets Jaunes et Sylla, ou pas, que l’heure est, ce soir, bien grave.

A demain

@jynau

 

 

Gilets Jaunes et drapeau blanc : Emmanuel Macron fait-il acte de reddition  ou de capitulation ?

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« Révolution » : auteur Emmanuel Macron. Applaudissements. C’était il y a -seulement- deux ans. 4 décembre 2018 :  l’heure est médiatiquement grave. Peu après l’Angélus. Edouard Philippe, Premier ministre d’Emmanuel Macron vient de prendre la parole. « Moratoire ». Virage à 180°. Suspension (pour six mois) de toutes les taxes programmées (4 milliards d’euros). Recul dans le désordre, incohérences généralisés. Avec, dramatique première émanant du pouvoir macronien, une forme émergente de mea culpa.

Rien ne permet encore de prendre la mesure des conséquences de ce drapeau blanc et, en même temps, bleu-blanc-rouge.

On peut le dire autrement : notre pouvoir exécutif vacille. Ce pouvoir qui ne cesse de dire  « entendre la colère ». Quelle sera la réponse des violents-colériques à l’écoute d’Edouard Philippe ? Pour l’heure, médiatique, la métaphore guerrière fait florès. Et reviennent, déjà, les vieux mots.

A commencer par celui de reddition : « Action de se rendre; acte par lequel on met bas les armes, conformément à une capitulation, signée ou non avec l’ennemi ». « Capitulation » : Dans le domaine militaire : convention établie entre nations belligérantes en vue de la reddition de la partie vaincue.

Mais la « reddition » est aussi, génie de la langue française,  un « remboursement » :

« Reddition d’une somme d’argent ». Je préparai un acte par lequel le comte reconnut avoir reçu de l’usurier une somme de quatre-vingt cinq mille francs, intérêts compris, et moyennant la reddition de laquelle Gobseck s’engageait à remettre les diamants au comte (Balzac, Gobseck, 1830, p. 418).

« Reddition des comptes ». Acte par lequel un comptable public présente les comptes de sa gestion à l’autorité devant laquelle il en est responsable. Génie de la langue et de l’histoire françaises :

Capitulation : « Le 20 juin, j’écrivis à Weygand, qui avait pris dans la capitulation le titre étonnant de « Ministre de la Défense nationale ».  (De Gaulle, Mémoires de guerre,1954, p. 71). Par métaphore : Action d’abandonner, en tout ou en partie, une attitude, une opinion intransigeantes. « Se laisser aller aux capitulations lâches ( Zola, L’Argent, 1891, p. 257) ». Généralement la capitulation conclue avec l’ennemi est regardée comme « déshonorante ». Question : en France, à l’heure de l’Angélus du 4 décembre 2018, où est notre ennemi ?

A demain

@jynau

 

 

Martin Hirsch n’annoncera pas sur France Inter qu’il prend, demain, sa retraite hospitalière

Bonjour

Hier, 2 décembre, une centaine de médecins de l’AP-HP poussaient leur médiatique DG à la démission. Sous la houlette du Pr André Grimaldi et avec de bonnes raisons. C’était dans le Journal du Dimanche. Nous sommes lundi et nous lisons Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez ) :

« À l’occasion du congrès des cadres de l’AP-HP, ce lundi à Paris, le directeur général a répondu en creux aux médecins contestataires en présentant les grands axes de sa politique – avec plus ou moins de succès auprès des 500 personnels venus l’écouter. »

Nullement fatigué de sa tâche le DG en a « assez de voir l’AP-HP considéré comme un grand ensemble, un monobloc rigide, qui ne pourrait pas se transformer (…) L’idée que l’AP-HP se rétrécit comme peau de chagrin est fausse ».  Relire Balzac.

Peau de chagrin

Comédie humaine.  Le toujours DG entend prouver qu’il a  les « moyens de ses ambitions ». 2,5 milliards d’euros sont ainsi prévus dans les cinq prochaines années pour moderniser  (investissement dans la robotique, l’immobilier, etc.). Les dépenses de personnels ? Martin Hirsch dessine les limites de son pouvoir : il n’est en mesure de « créer des emplois quand [il le] veut ». Il confesse : « Parfois, on est même obligé d’en supprimer, mais c’est plus souvent à la tête du CHU, dont je suis d’ailleurs en train de réduire le siège ».

Réduire le siège ? Jusqu’à quelles extrémités ? Relire La Peau de chagrin. Thème central : le conflit entre le désir et la longévité. Conflit toujours douloureux. Surtout vers la fin.

A demain

@jynau