Michel Houellebecq, Jean-Michel Blanquer et ses très étranges «ventilateurs à angoisses»

Bonjour

Pour ce que l’on en perçoit, il incarne l’archétype gouvernemental de la raison raisonnante éducatrice. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse au sein du gouvernement Philippe-Macron. Sans doute est-ce plus complexe. Scolarité privée au collège Stanislas, étudiant à Sciences Po, auteur avec François Baroin d’une « Déclaration du troisième millénaire » modeste version actualisée de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789,  étudiant à l’université Harvard, grâce à la bourse d’excellence Lavoisier du ministère des Affaires étrangères, DEA de droit public, maîtrise de philosophie, DEA de science politique, docteur en droit, agrégé de droit public …

Execrcices professionnels divers à Paris, Bogota, Tours, Lille etc. Puis retour dans la capitale et ascension constante dans la hiérarchie centrale de l’Education nationale. Souvent étiqueté (à gauche) « réac de droite ». Jusqu’à sa nomination par Emmanuel Macron. Auteur, parmi de nombreux ouvrages, de « Construisons ensemble l’école de la confiance », Odile Jacob, 2018.

3 février 2019 Jean-Mihel Blanquer a donné un long entretien au Journal du Dimanche (Hervé Gattegno, Marie Quenet, David Revault d’Allonnes). Titre peu banal « La réforme du lycée permet de compenser les inégalités » et quelques images ou néologismes osés. Un ministre en service commandé ?

Selon Jean-Michel Blanquer, la crise et les violences inhérentes des Gilets Jaunes révèlent surtout l’attente de plus de considération de la part des Français. « Il y a un besoin d’attention, d’amour, de lien social. Autrefois, les gens admiraient Stendhal et voulaient ‘’stendhaliser’’ le monde. Aujourd’hui, on admire Houellebecq mais on veut ‘’déhouellebecquiser’’ le monde » professe-t-il.

Opposer les pauvres et les riches

 Combien d’enseignants français, sans parler de leurs élèves, pourraient aujourd’hui rendre une dissertation acceptable sur la stendhalisation de l’ancien monde et la déhouellebecquisation du nouveau ? Et qu’en dirait l’auteur de l’impayable Sérotonine hier passé à la moulinette de France Culture : « Le mystère Houellebecq.  Que signifie être houellebecquien ? Alain Finkielkraut s’entoure d’Agathe Novak-Lechevalier et Frédéric Beigbeder pour l’éclairer ».

Ce n’est pas tout. Le ministre Blanquer  revient aussi sur la réforme du lycée et tente de rassurer alors que certains s’inquiètent des inégalités entre établissement. « Aujourd’hui, 92% des lycées proposent au moins sept enseignements de spécialités au-delà du tronc commun. Auparavant, seuls 84% des lycées offraient les trois séries L, S et ES. C’est une palette de choix qui s’ouvre pour les lycéens, professe-t-il. La réforme permet au contraire de compenser les inégalités. (…) Concrètement, chaque lycéen de la voie générale aura le choix parmi une vingtaine ou une trentaine de combinaisons, contre deux ou trois seulement aujourd’hui. C’est un progrès considérable! Il ne faut pas écouter les habituels ventilateurs à angoisses ; ce serait hallucinant qu’ils réussissent à faire passer l’or pour du plomb. »

Ventilateurs à angoisses ? Faut-il parler ici d’image ou de métaphore ? Nous n’en saurons pas plus, ni sur la marque, ni sur la puissance, ni sur la source d’énergie. Une question de fond, toutefois. Pourquoi user du verbe « écouter » à propos de ventilos ? Et comment comprendre l’association de cette image électrique – psychiatrique avec une malversation métallique.

Jean-Michel Blanquer est-il loin de de Pierre Dac et de Coluche quand il ose : « On cherche toujours à opposer les riches et les pauvres, mois je fais l’inverse ». Les Gilets Jaunes ? La crise lui fait songer à une phrase dont bien peu se souviennent : « L’amour n’est pas un feu que l’on tient dans la main ». Un alexandrin signé de Marguerite d’Angoulème (1492-1549). Sur un tème voisin on peut également citer, de Pierre Dac (1893-1975) : « Quand le clairon de l’amour sonne l’extinction des feux amoureux, la démobilisation générale des sens n’est pas loin d’être décrétée ».

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@jynau

 

Les amphétamines de Bernard-Henri Lévy et les injections sanguines de la star Neymar

Bonjour

Du pain et des bleus. « 19-24 Désespérant » titre justement L’Equipe au lendemain d’un match catastrophe du XV de France cintre le XV de Galles. Où l’on pressent que le jeu de rugby, à l’échelon français, est une éponge du moral national. Et sans jamais pouvoir le démontrer on pourrait soutenir l’hypothèse que les violences inhérentes aux Gilets Jaunes ne sont pas étrangères aux malheurs des Bleus. Un vrai chef vous manque, et c’est le désespoir.

Nous avions laissé  Neymar da Silva Santos Júnior, 26 ans, souffrant d’une « élongation des adducteurs droits ». C’était en novembre. Nous voici en février, le gracile génie est à nouveau blessé. L’Equipe nous apprend que l’homme vient de faire un aller-retour en urgence à Barcelone. Là il a « reçu une injection de plasma riche en plaquettes (PRP) par leDr Ramón Cugat Bertomeu, chirurgien orthopédiste et spécialiste international de cette pratique régénératrice».

Traitement des tendinopathies chroniques

Chacun sait que Neymar s’est blessé contre Strasbourg (2-0) en Coupe de France, le 23 janvier. La star brésilienne salariée par le Qatar à Paris « souffre d’une pseudarthrose, c’est-à-dire un défaut de consolidation de la fracture du cinquième métatarsien du pied droit opéré en pars dernier par Rodrigo Lasmar, le médecin de la sélection brésilienne ». Pas d’intervention, cette fois, mais « un traitement conservateur à base de kiné, de magnétothérapie et d’injection de PRP ».

User ou pas du PRP ? On lit ceci dans la précieuse Revue Médicale Suisse, sous la signature de Jean-Luc Ziltener, Maxime Grosclaude et Lara Allet (Service d’orthopédie et traumatologie de l’appareil moteur, Hôpitaux Universitaires de Genève).

« Les tendinopathies chroniques chez le sportif sont fréquentes et pour certaines difficiles à traiter. La guérison et la régénération tendineuse sont sous le contrôle, entre autres, de nombreux facteurs de croissance. Il est actuellement possible de concentrer quelques facteurs de croissance autologues dans une fraction plasmatique du sang prélevé chez un sujet (plasma riche en plaquettes – PRP), et de la réinjecter au site lésionnel. La recherche de base et animale paraît plutôt prometteuse. Néanmoins, en clinique, le nombre d’études scientifiquement acceptables dans cette indication est faible. Actuellement, il n’est ainsi pas possible de recommander formellement ce type d’injections sanguines pour le traitement des tendinopathies chroniques chez l’homme. »

Passer chez Ruquier ou descendre une piste noire ?

L’Equipe, toujours (supplément papier glacé) et un « auto-portrait » glaçant (propos recueills par Estelle Lenartowicz – photo Roberto Frankenberg) de « Bernard-Henri Lévy, 70 ans, écrivain ». Où l’on en apprend un peu plus encore sur ses centaines de chemises toujours portées sans cravate (peur d’étouffer, « vieux truc d’enfant asthmatique ») ; sur ses modalités d’écriture dans une piscine (magnétophone, brasse papillon, un peu de dos crawlé) ; sur sa pratique, jeune, des sports de combat (judo, ju-jitsu, bâton japonais) ; sur le ski (« Passer chez Ruquier, c’est comme descendre une piste noire à ski » – sic).

Sans oublier le dopage aux amphétamines 2 :

« Jusqu’à il y a quinze ans, il m’est arrivé de me doper. Pour rendre plus pertinente cette partie du corps qu’est mon cerveau. Sous amphétamines, on se sent invincible, extralucide, invulnérable. Je ne regrette pas cette époque mais elle est derrière mois. Aujourd’hui j’ai besoin de bouger, de brûler mon énergie, de respirer. Je nage ».

Et L’Equipe de compléter : « 0 cigarette depuis trente ans après avoir fumé 5 paquets par jour. Au théâtre Antoine à Paris, le 20 mai, dans sa pièce ‘’Looking for Europe’’ ».

A demain

@jynau

1 Traitement des tendinopathies chroniques : intérêt des injections de plasma riche en plaquettes (PRP) Rev Med Suisse 2011; volume 7. 1533-1537

2 Dans Le Figaro daté du 3 juillet 2014 (Emilie Geffray), en réponse à la question de savoir s’il avait été gêné des  révélations sur France 2  (par sa femme Arielle Dombasle) de ses prise de « psychotropes » Bernard-Henri Lévy répondait : « Il y a une vraie tradition, vous savez, des écrivains consommateurs de substances. Artaud et le peyotl, Henri Michaux, Baudelaire et Théophile Gautier. À quoi sert un corps, pour un écrivain, sinon à produire le maximum de texte possible? Et de la meilleure qualité? Les amphétamines, parfois, m’y ont aidé. »

 

«Déconner» : pourquoi Emmanuel parle-t-il comme la Zazie de Queneau dans le métro ?

Bonjour

15 janvier 2019. Premières heures du Grand Débat et, déjà, nouvelle polémique après l’usage d’un verbe du premier groupe – un verbe rarement entendu dans une parole présidentielle. Emmanuel Macron, donc, effectuant une visite surprise à Gasny, petite cité historique de l’Eure, où il a participé au conseil municipal. Et le président de la République française, une nouvelle fois comme dangereusement désinhibé, de s’exprimer au risque de choquer :

« Les gens en situation de difficulté, on va davantage les responsabiliser car il y en a qui font bien et il y en a qui déconnent. »

Ainsi donc, en même temps, le beau verbe de « responsabiliser » (« qui doit rendre compte et répondre de ses actes ou de ceux des personnes dont elle a la garde ou la charge ») et cet autre, que l’on peine à réimprimer. Un verbe dont l’utilisation, dans un tel contexte, a aussitôt été dénoncée par plusieurs responsables de l’opposition, dont Olivier Faure (PS) ou Valérie Boyer (LR) avant même la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale.

« Emmanuel #Macron veut «responsabiliser» les gens en ‘’difficulté’’ car ‘’il y en a qui font bien et il y en a qui ‘’déconnent’’ selon lui… l’année 2019 débute comme elle s’est achevée. Des débats s’ouvrent mais toujours le même mépris pour les Français ! »

 Le retour, somme toute, de la jactance, vanité et suffisance. « Déconner » Vulg. Dire ou faire des conneries.  « − Dis donc, tonton, demanda Zazie, quand tu déconnes comme ça, tu le fais exprès ou c’est sans le vouloir ? Queneau, Zazie dans le métro,1959, p. 20. »

Pouvoir et/ou vouloir. Relire Raymond Queneau. S’inquiéter de la tournure des événements et, en même temps, se délecter de l’Oulipo.

A demain

@jynau

 

 

 

Captorix® et sérotonine : acheter le dernier Houellebecq ne suffira pas à votre bonheur

Bonjour

Nous sommes le 4 janvier 2019. Si tout se passe comme annoncé petites librairies, FNAC et autres grandes surfaces seront envahies. Gilets Jaunes ou pas, des files d’attente infinies de citoyens devenus dépendants au génie de Houellebecq Michel, romancier à succès et bientôt chevalier décoré par le président Emmanuel Macron dans l’ordre de la Légion d’honneur 1. Premier tirage de 320 000 et – à l’exception notable du Canard Enchaîné – des critiques littéraires tombés en pâmoison.

« Sérotonine », donc, nouvelle manne laïque pour les Editions Flammarion. Nous sommes le 4 janvier et, déjà, une lecture indispensable en complément du roman : un texte à haute valeur pédagogique sur le site de The Conversation. : « Non, la sérotonine ne fait pas le bonheur (mais elle fait bien plus !) ». Il est signé du Pr Antoine Pelisollo, docteur en Médecine et en Sciences Humaines, chef de service à l’hôpital Henri-Mondor/Albert-Chenevier, professeur de psychiatrie à l’Université Paris Est Créteil (UPEC Paris 12) et chercheur à l’INSERM.  On observera que le Pr Pelissolo est aussi, comme Houellebecq, un auteur de la maison Flammarion :« Vous êtes votre meilleur psy ! » (2017).

Ecrit à la première personne du singulier ce texte répond clairement à bien des questions que soulèvera la lecture du dernier opus houellebecquien. Un rappel de données moléculaires simples au carrefour de la dépression carabinée et de l’anxiété généralisée.

Surmoi psychiatrique

« Je ne sais jamais très bien quoi répondre à ces patients qui se disent en manque de sérotonine, confie le psychiatre. Une partie de notre travail de psychiatre consiste à expliquer comment fonctionnent les médicaments que nous prescrivons, afin que les patients puissent se les approprier, et surtout accepter de les prendre quand nous le pensons utile. Ce n’est jamais aisé, car les psychotropes font toujours un peu peur. Les idées reçues sont tellement nombreuses dans ce domaine qu’il est indispensable de dédramatiser voire de déculpabiliser (« si je prends un antidépresseur, c’est que je suis fou »). Alors, nous multiplions les arguments scientifiques, à grand renfort de jolis dessins de cerveau et de synapses multicolores, très simplifiées évidemment. ».

Et voici que ce psychiatre nous parle de son surmoi professionnel, « biberonné à la transparence et à la vérité-due-au-patient (formalisée par la fameuse loi Kouchner, le serment d’Hippocrate, les comités d’éthique, etc.) ». Et le voici sortant le carton jaune anti- #FakeMed ; et menacer d’expulser du terrain le bon petit soldat de l’éducation thérapeutique _ un soldat à qui on a ppris qu’il fallait simplifier l’information pour qu’elle soit compréhensible, « quitte à flirter avec la ligne rouge de la pseudoscience ». Un « conflit de valeur » qui peut déboucher sur un conflit névrotique quand on a quelques prédispositions à la culpabilité hippocratique (sic).

Pratiques frauduleuses

Reste, au-delà de l’ego, le mystère de la sérotonine et de l’effet placebo. Que nous apprend, sur The Conversation, le Pr Pelissolo ? Qu’il est impossible de doser la sérotonine pour en déduire un risque de dépression ou refléter un état psychologique (prendre garde ici aux pratiques frauduleuses). Que l’action de la sérotonine ne dépend pas uniquement de sa quantité brute dans le cerveau. Que la sérotonine ne régule pas uniquement les émotions mais qu’elle intervient dans la dépression et de nombreux autres troubles psychiques.

On apprend aussi que rien n’est jamais perdu.

« Qu’on les nomme résilience, coping (adaptation) ou force de caractère, nous avons tous des capacités de gestion de l’adversité. Nous les mettons en œuvre le plus souvent sans même nous en apercevoir. Pour traiter une dépression, il faut activer ces aptitudes. Cela peut se faire grâce à une aide psychologique ou à une psychothérapie, toujours essentielle pour donner du sens aux épisodes traversés et faciliter la cicatrisation et la prévention, mais aussi par la prise d’un antidépresseur qui va agir sur la sérotonine.

Ce traitement est indispensable quand le désespoir est à son comble, pouvant conduire à des idées ou à des actes suicidaires, et quand la dépression empêche tout simplement de penser, en raison de la fatigue physique et morale, rendant de ce fait illusoire tout travail de psychothérapie. Mais il est également très utile pour réduire la douleur morale propre à toute dépression sévère. »

Une précision toutefois : le Captorix® n’existe pas.

A demain

@jynau

1 « Houellebecq est constant dans ses répulsions, Macron ne l’en décore pas moins » Claude Askolovitch, Slate.fr,  2 janvier 2019

 

«Sérotonine» et Captorix® : à l’attention des lecteurs du prochain roman de Houellebecq

Bonjour

Nouveau rituel français : le lancement, multimédias et en fanfare, du prochain roman de Houellebecq. Tous ou presque sacrifient à cette nouvelle idole. Un lancement d’autant plus aisé que le plus grand des romanciers français (vivants) leur a offert un marchepied : son entretien à Harper’s avec un panégyrique en trompe l’oeil de Donald Trump : « Donald Trump Is a Good President. One foreigner’s perspective By Michel HouellebecqJohn Cullen (Translator) » 1.

Rituel tristement moutonnier. Voici donc un roman programmé pour devenir un produit de consommation pour masses plus ou moins laborieuses. Michel Houellebecq, « Sérotonine »Flammarion, 348 pp., 22 €. En librairie et dans toutes les bonnes gares dès le 4 janvier 2.

Un rituel où il convient de déflorer avec talent, le recenseur pouvant aisément se mettre en valeur. « Dans ‘’Sérotonine’’, son septième roman qui paraît le 4 janvier, l’écrivain endosse un nouvel avatar du mâle occidental, homophobe à la libido en berne et sous antidépresseur. Une dérive émouvante autour de la perte du désir, sur fond de révolte des agriculteurs. » peut-on lire dans Libération (Claire Devarrieux). Extrait :

« Deux occurrences ne font pas une tradition. Mais depuis que deux romans de Michel Houellebecq ont coïncidé avec une catastrophe, on guette la sortie de ses livres en croisant les doigts. Rentrée littéraire 2001 : des terroristes font un carnage sur une plage de Thaïlande à la fin de Plateforme. Le livre paraît le 3 septembre, le 11 ont lieu les attentats à New York. Un an plus tard, à peu près dans le même contexte que dans Plateforme, 200 touristes sont tués à Bali. Janvier 2015 : Soumission imagine sur un mode ironique l’arrivée au pouvoir en France d’un parti islamiste. Le roman sort le 7, le jour même de la tuerie à Charlie Hebdo. D’où l’impeccable brève publiée la semaine dernière par l’hebdomadaire, au moment où on s’apprête à aborder le quatrième anniversaire de «Charlie». «Trouillards Hebdo : « Le prochain livre de Houellebecq sortira le 4 janvier. On s’abstiendra d’en dire du mal : la dernière fois, ça ne nous a pas franchement réussi. » »

Désirs érotiques

Et Libé d’ajouter que si Sérotonine ne fait que peu de cas de scènes sexuelles c’est, précisément, que Florent-Claude (le narrateur) n’a plus de désirs érotiques. Il prend du Captorix®. Cet antidépresseur lui permet « de moins souffrir, de se laver à nouveau et d’entretenir un minimum de sociabilité », mais il a un effet plus que dévastateur sur la libido : il la supprime.

Et le multimédias de nous dire que ce nouveau roman houellebecquien est l’un des plus « émouvants » de l’auteur. Que sa « tonalité dépressive » est en harmonie avec l’époque que nous traversons. Sans pour autant fermer la porte à la possibilité du bonheur. Le Monde (Jean Birnbaum) :

« Autant Soumission (Flammarion, 2015) tendait à dominer ses lecteurs, à leur forcer la main, autant Sérotonine leur restitue une belle liberté. Ce congé (temporaire ?) donné à l’idéologie marque ainsi le plein retour de Houellebecq à la littérature. A l’heure de la solitude en ligne et des « cœurs » numériques, il fait du texte poétique le lieu où l’amour se réfugie. D’où, pour finir, la portée ironique du titre, Sérotonine. Contrairement à ce qu’il semble indiquer, le bonheur humain n’est pas une affaire d’hormone ou de neurotransmetteur, en réalité il passe par les mots adressés, par la langue à même la peau. »

« Le narrateur ne fait que boire et gober des antidépresseurs afin de booster cette hormone qui donne son titre au roman, et que les toxicomanes connaissent bien – la sérotonine est notamment stimulée par la consommation d’ecstasy ou de LSD » croit pouvoir rapporter Frédéric Beigbeder dans Le Figaro où il tresse mille couronnes de lauriers à son mystérieux et dérangeant ami.

Plexus intramuraux du tube digestif

Peut-être faut-il pour comprendre la puissance de Sérotonine se pencher sur le récent essai d’Agathe Novak-Lechevalier : Houellebecq, l’art de la consolation (Stock). Il faudra aussi s’intéresser à la 5-hydroxytryptamine (5-HT) ; sur ce neurotransmetteur dans le système nerveux central et dans les plexus intramuraux du tube digestif. Cette sérotonine impliquée dans la gestion des humeurs et associée à l’état de bonheur lorsqu’elle est à un taux équilibré, réduisant la prise de risque et en poussant ainsi l’individu à maintenir une situation qui lui est favorable.

Le Monde évoqua pour la première fois son existence le 23 mai 1957, dans un papier du Dr Claudine Escoffier-Lambiotte : « La psychopharmacologie et les médicaments psychiatriques » :

« Un certain nombre de travaux récents donnent un nouvel intérêt à l’hypothèse de l’origine chimique des psychoses. Les Allemands, synthétisant un dérivé de l’acide lysergique ou L.S.D. 25, réussissent à provoquer des troubles d’allure hallucinatoire et même schizophrénique par l’injection de doses infinitésimales de ce produit, de l’ordre du microgramme par kilo, remettant ainsi en question tout le problème d’une auto-intoxication de l’organisme par une substance jusqu’ici passée inaperçue.

« Les Américains, s’efforçant d’extraire du sérum des schizophrènes le principe de leur maladie, découvrent que les substances inductrices de troubles psychiques comme la mescaline et le L.S.D. 25 renforcent en réalité l’action d’une hormone nouvelle : la sérotonine, alors que les médicaments réducteurs des psychoses comme la réserpine et la chlorpromazine apparaissent comme des anti-sérotonines.

« Les travaux français ont montré toute la complexité du problème et l’importance primordiale du terrain constitutionnel à l’égard de ces divers produits chimiques, qui permettront peut-être un jour de comprendre mieux le mécanisme de la maladie mentale. »

23 mai 1957. Michel Houellebecq, né Michel Thomas, a vu le jour le 26 février 1956. Ou, selon les sources, deux ans plus tard.

A demain

1 « In all sincerity, I like Americans a lot; I’ve met many lovely people in the United States, and I empathize with the shame many Americans (and not only “New York intellectuals”) feel at having such an appalling clown for a leader.

However, I have to ask—and I know what I’m requesting isn’t easy for you—that you consider things for a moment from a non-American point of view. I don’t mean “from a French point of view,” which would be asking too much; let’s say, “from the point of view of the rest of the world.” (…) »

2 Michel Houellebecq. Sérotonine.  « Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l’amour» écrivait récemment Michel Houellebecq. Le narrateur de Sérotonine approuverait sans réserve. Son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses villes, détruit ses campagnes au bord de la révolte. Il raconte sa vie d’ingénieur agronome, son amitié pour un aristocrate agriculteur (un inoubliable personnage de roman – son double inversé), l’échec des idéaux de leur jeunesse, l’espoir peut-être insensé de retrouver une femme perdue. Ce roman sur les ravages d’un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables, est aussi un roman sur le remords et le regret. »

Hors collection – Littérature française. 352 pages – 139 x 210 mm. Broché. ISBN : 9782081471757 À paraître le 04/01/2019

 

«Il faut qu’Emmanuel Macron cesse d’employer le langage de mabouls» (un proche du Président)

Bonjour

François Sureau, 61 ans, est une riche personnalité atypique du paysage médiatique. On peut en prendre la mesure dans un solide portrait du Monde (Pascale Nivelle): « François Sureau, la mauvaise conscience d’Emmanuel Macron. Gardien des libertés publiques et ardent défenseur des demandeurs d’asile, l’avocat et écrivain tape sur la loi asile-immigration, tout en conservant l’oreille du président de la République. » (Pascale Nivelle).

« Longtemps, il s’est ennuyé à chercher un sens à sa vie. Il grimpait, grimpait, passant de l’ENA au Conseil d’État, sautant d’un cabinet d’avocats d’affaires à la gestion des affaires, dans les assurances (AXA) ou la finance (MultiFinances International), parfait petit soldat de son milieu. « J’avais le goût assez jésuitique de répondre aux réquisitions du jeu social », explique-t-il. »

Ancien de   Saint-Louis-de-Gonzague et de Sciences Po, officier dans la Légion étrangère, il fut aussi maître des requêtes au Conseil d’Etat ; fils du Pr Claude Sureau (gynécologue-obstétricien de renom, également libre et atypique, qui a marqué son époque), chroniqueur à La Croix, l’homme était ce matin l’invité de la matinale de France Inter  : « François Sureau : « Le gilet jaune est l’expression même de la soumission du peuple français » ».

France Inter qui lui demanda de revenir sur sa formule (nous soulignons) utilisée dans un entretien accordé il y a quelques jours au Figaro (Eugénie Bastié) :

« Je pense aussi que le public, et je ne m’en exempte pas, aimerait que l’État lui dise simplement les choses. Qu’il cesse d’employer le langage de mabouls qu’il affectionne et déploie au long de lois interminables et pour la plupart inutiles, y trouvant l’excuse de son inaction profonde. Il y a dans cette insurrection larvée une protestation contre le «monde virtuel» du gouvernement. »

Aliéné, barjo, cinglé, hurluberlu, insensé, malade.

Connaissez- vous « maboul », cet adjectif populaire et familier?  Qui a perdu la raison, fou. Complètement maboul.  « (…) le troisième « éminent » rédacteur en chef de la Lanterne, était maboul bien avant qu’on le sût. Il était président du conseil au moment de la déclaration de guerre. » (L. Daudet, Brév. journ., 1936, p. 150.)

François Sureau :

« La confiscation de l’activité politique par le langage de l’administration, de la technocratie, est quelque chose d’absolument surprenant. Allez sur YouTube et regardez comment parlaient Mitterrand ou Pompidou, vous serez saisis, sur une autre planète (…) Ce n’était pas une langue différente, c’était la langue d’une époque où il y avait du Victor Hugo chez les ouvriers, chez les paysans (…) Aujourd’hui …. on assiste par exemple aux « Assises de la mobilité » Quand je les ai vu apparaître, j’ai vu quelque chose se dégrader dans le pays  (rires dans le studio) On est assis et on bouge… Cela fait penser à ce que disait un vieux gaulliste qui disait ‘’Pourquoi les assises, la correctionnelle aurait suffi.

 « Après çà il y a eu pire : la Loi d’Orientation des Mobilités … Au plein début de la crise des Gilets Jaunes on fait passer une loi de 80 pages qui prévoit le fichier national des cyclistes… l’interdiction de construire des carrefours en amont des ronds-points … les péages urbains … et tout ça exprimé dans une langue invraisemblable où le maire de Trifouilly-les-Oies se voit qualifié d’AOT pour Autorité Organisatrice de Transports. Il n’y a plus de brigade de gendarmerie, plus de poste, plus de boulangerie, plus de café mais, tenez-vous bien, le maire est une AOT. C’est surréaliste… ! »

 Surréalisme et jactance. Où l’on saisit mieux en quoi la récente « Itinérance Mémorielle » présidentielle a pu être de nature à impacter les esprits d’un pays devenu un conglomérat de « territoires » quand, hier encore, il n’en formait qu’un.

A demain

@jynau

Gilets Jaunes, argent et «fibre sociale» : Macron est «le plus lucide de tous» (Agnès Buzyn)

Bonjour

Quoique directement impliquée, elle ne s’était que rarement exprimée sur les turbulences qui traversent la France. Agnès Buzyn était l’invitée des « Contrepoints de la santé » du 11 décembre 2018. Une occasion pour la ministre des Solidarités et de la Santé de commenter les annonces faites la veille par Emmanuel Macron pour tenter d’apaiser les colères des Gilets Jaunes. Beaucoup voient un « virage social » doublé d’un mea culpa dans les annonces présidentielles. Il ont tort. Agnès Buzyn :

« La demande d’augmentation du pouvoir d’achat par les Gilets Jaunes se retrouvait complètement  dans le programme de campagne du président de la République (….) On nous a beaucoup reproché de commencer par des mesures économiques et d’arriver un peu tard avec les mesures dites sociales. (…) Ce qui nous était demandé c’était avant tout devait réduire le chômage de longue durée (….) Il fallait donc d’abord relancer l’économie (…)

« Les mesures sociales sont arrivées un peu plus tard  parce que j’ai décidé de les mettre en œuvre avec une méthode de concertation et de co-construction. Et notamment avec le plan pauvreté qui visait notamment à éviter l’assignation à résidence des personnes les plus en difficulté, qui vise à redonner de l’espoir aux travailleurs pauvres – ou aux gens au chômage parce qu’ils se sentent aujourd’hui consignées à rester pauvres. Ce plan pauvreté, il a été travaillé pendant neuf mois dans les territoires, avec tous les acteurs (…) La jambe gauche n’est pas arrivée après la jambe droite (…) On ne peut pas reprocher à un gouvernement de ne pas concerter et d’écouter et, quand il écoute et qu’il concerte, considérer qu’il va trop lentement. »

La colère des Gilets Jaunes, leurs impatiences quant à leur pouvoir d’achat ?

« En réalité le président de la République l’a toujours ressentie (…) Il avait en tête l’impatience des Français, le fait que l’on était au bord de la fracture sociale 1 (…) Je pense  que c’est le plus lucide 2, quelque part, de tous. Cette fibre sociale, il l’a complètement en lui. »

A demain

@jynau

1 Fracture sociale : ne pas confondre avec « fibre sociale ». Expression qui désigne généralement le fossé séparant une certaine tranche socialement intégrée de la population d’une autre composée d’exclus. Le philosophe français Marcel Gauchet : « Il est devenu indécent d’en parler, mais ce n’est pas moins elle qui resurgit là où on ne l’attendait pas pour alimenter la poussée électorale continue de l’extrême-droite (…) Un mur s’est dressé entre les élites et les populations, entre une France officielle, avouable, qui se pique de ses nobles sentiments, et un pays des marges, renvoyé dans l’ignoble, qui puise dans le déni opposé à ses difficultés d’existence l’aliment de sa rancœur. »

2 Lucide : Qui a une vue claire et exacte des choses; qui fait preuve de perspicacité, de pénétration d’esprit.  Synon. clairvoyant, pénétrant, perspicace, sagace. « Moi, songeait Thérèse, la passion me rendrait plus lucide; rien ne m’échapperait de l’être dont j’aurais envi »e (Mauriac, Th. Desqueyroux,1927, p. 210)

Panégyrique  Éloge oral ou écrit, enthousiaste et sans restriction d’une personne ou p.anal. d’une chose. « La théorie d’une égalité pacifique, fondée sur la fraternité et le dévouement, n’est qu’une contrefaçon de la doctrine catholique du renoncement aux biens et aux plaisirs de ce monde, le principe de la gueuserie, le panégyrique de la misère » (Proudhon, Syst. contrad. écon., t.1, 1846, p.188):