Emmanuel Macron : quel sera le vrai prix de son acte de contrition de La Pitié-Salpêtrière ?

Bonjour

16/05/2020. Ainsi donc hier fut un nouveau jour « historique » dans la petite histoire de la Macronie « Cet épisode sera l’un des marqueurs du quinquennat ! » glissa-t-on, en toute simplicité, à l’attention des médias sous les ors de L’Elysée. De bien grands mots pour une petite surprise présidentielle, sortie semi-secrète et hospitalière. Et finalement le retour en fanfare d’Emmanuel Macron au temple hospitalo-universitaire de la Pitié-Salpêtrière. Même cause, mêmes effets : à  nouveau un chef de l’Etat pris à partie par des soignants exacerbés par de l’incurie récurrente de l’exécutif.  

Il fallait assurer le spectacle. Ce fut comme un étrange acte laïc de contrition/attrition – le besoin soudain de se confesser, d’expier. La grande repentance politique. Où l’on vit ainsi, médusé, le président de la République se présenter comme un « enfant de l’hôpital » : référence à ses attaches familiales, père neurologue au CHU d’Amiens, frère radiologue dans une clinique privée de Seine-Saint-Denis. Et, dans la foulée un mea culpa collectif à très haut risque politique sur la façon dont le système de santé avait été réformé depuis son arrivée à l’Elysée en 2017. « On a sans doute fait une erreur dans la stratégie annoncée il y a deux ans », a-t-il reconnu, en référence à la réforme du système de santé ridiculement baptisé « Ma santé 2022 ».

Ce fut un désaveu cinglant du travail entrepris par son gouvernement – à commencer par Agnès Buzyn qui semble avoir désormais radicalement disparue de la Macronie. Le chef de l’Etat a, rapporte Le Monde, (François Béguin et Cédric Pietralunga) estimé que cette loi « ne portait pas assez de sens » et avait « un rapport au temps et une ampleur qui n’étaient pas du tout suffisants par rapport à l’état où était l’hôpital ». « On mettait fin à quinze ans de baisse des tarifs hospitaliers, on [les] avait même réaugmentés. J’étais convaincu qu’on était en train de changer les choses », et « c’est très cruel pour moi-même », a-t-il ajouté, jugeant que « c’était une super stratégie mais à faire dix ans plus tôt ». Même chose pour les deux plans d’urgence concoctés par Agnès Buzyn à l’automne 2019. « Ils étaient sous-dimensionnés », reconnaît aujourd’hui sans difficultés l’entourage d’Emmanuel Macron.

L’envie, la bonne énergie et le désespoir

Ainsi donc il aura fallu une crise épidémique sanitaire et hospitalière majeure pour susciter une prise de conscience présidentielle – là où, pourtant, tous les feux des soignants étaient au rouge depuis plus d’un an … Où était, alors, le président, cet « enfant de l’hôpital » ? Et comment les mêmes soignants entendront-ils ces nouveaux mots, ce futur « Ségur »de l’organisation du système de santé, du nom de l’avenue parisienne où est situé le ministère de la santé – le type même d’appellation jacobine-administrative  contraire à la révolution girondine-médicale que vient, sous la pression, d’inventer le système de santé français 1

Contrition ? Mea Culpa ?« Il y a un vrai changement de paradigme dans le discours d’Emmanuel Macron, observe le Dr François Salachas, membre du Collectif inter-hôpitaux, qui avait sèchement interpellé le président lors de sa précédente visite à la Pitié le 27 février. Soit on peut être méfiant, soit on peut dire oui, cette crise va permettre de refonder l’hôpital public. »

« Cette soudaine accélération du tempo présidentiel ne doit rien au hasard, souligne Le Monde. Au sein de l’exécutif, les images de cortèges de soignants défilant ces derniers jours devant leur hôpital, à Toulouse, à Saint-Etienne, ou à l’hôpital Robert-Debré à Paris, ont jeté un froid. ‘’On pensait avoir jusqu’à la rentrée pour construire un plan pour l’hôpital, on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas attendre’’, reconnaît un conseiller ministériel. »

Et attendre d’autant moins que les couacs et les impairs s’enchaînent. Comme cette annonce ubuesque de l’attribution d’une « médaille de l’engagement » 2 aux soignants ayant lutté contre le Covid-19. Ou cette annonce d’un défilé de héros en blouses blanches, au pas cadencé, à côté des militaires du 14 juillet déconfiné…

Et puis cette terrible phrase présidentielle, surplombante : « Je n’ai pas envie que la bonne énergie retombe et que le désespoir s’installe ». Il répondait à des infirmières de La Salpêtrière qui l’interpellaient sur leurs trop bas salaires.

A demain @jynau

1 Sur ce thème, écouter les pertinentes analyses du souvent controversé Pr Philippe Juvin, responsable politique (LR) et chef du service des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou. « Pr Juvin : les leçons d’une crise » BFM-TV, 15 mai 2020

2 Sur ce thème, un chef d’œuvre de Denis Pessin, sur Slate.fr : « Ordre du virus »

Mais pourquoi diable le gouvernement a-t-il limogé le patron de l’ARS du Grand-Est ?

Bonjour

08/04/2020. On ne dit plus n’importe quoi à la presse. Surtout quand il s’agit de l’avenir de l’hôpital français. La démonstration en est faite avec l’affaire Christophe Lannelongue. Ce directeur de l’Agence Régionale de Santé (ARS) du Grand-Est a été démis aujourd’hui de ses fonctions en Conseil des ministres. Il avait osé évoquer dans la presse le plan de restructuration du CHRU de Nancy, plan qui prévoit des suppressions d’emplois.

L’affaire mérite quelques précisions. Plus précisément, comme nous l’évoquions hier, le 2 avril, lors d’une conférence de presse téléphonique concernant la situation épidémique dans le Grand Est, la patron de l’ARS avait expliqué, avec la foi du charbonnier au service de l’Etat, qu’il n’y avait « pas de raison de remettre en cause » le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers. Un « COPERMO ». Ce dernier prévoit notamment la suppression sur cinq ans de 174 lits (sur 1 577 en 2018) et de 598 postes au CHRU de Nancy (sur environ 9 000). « Nous aurons quelques semaines de retard mais la trajectoire restera la même », avait-il osé.

Ignorait-il, ce haut fonctionnaire, que la France découvre les vertus de ses soignants et celles de son hôpital public. Que la France réinvente chaque soir les rites de la communion laïque et solidaire ? Qu’après l’avoir longtemps oublié elle est sur le point de le sacraliser ?

Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran, trois jours plus tard, tweetait : « à Nancy comme partout, l’heure est à la mobilisation de tous pour faire face au #COVID19 ». « L’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent & de refonder notre Hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra ». Puis le ministre, ancien médecin hospitalier récidivait devant les journalistes pour expliquer, en substance, que rien ne serait plus comme c’était prévu et programmé par la majorité à laquelle il appartenait 1.

« D’ici là, il convient de considérer avec humilité les projets, les réorganisations engagées avant cette crise, et d’en suspendre toute la portée, jusqu’à ce que l’inventaire de cette épidémie, tout l’inventaire, ait pu être effectué avec tous les soignants. Car l’hôpital devra s’armer pour répondre avec résilience aux épidémies, tout en poursuivant ses missions fondamentales, notamment vis-à-vis des maladies chroniques ou des pathologies fonctionnelles. »

L’exécutif aurait pu en rester là. Tel ne fut pas le cas et le couperet est tombé qui brise la carrière jusqu’ici exemplaire de Christophe Lannelongue, inspecteur général des affaires sociales, ex-conseiller de l’ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine.

Limogé pour l’exemple ?  

« Vous avez le sentiment d’être un fusible ? » vient de lui demander notre confrère Eric Favereau (Libération). « Je ne suis pas en colère, répond le sanctionné. Je ne fais pas de politique, je suis un fonctionnaire loyal. Je ne dis pas que je suis indispensable. On faisait et on fait du très bon travail, avec des équipes et du personnel soignant remarquables. »

Quelques heures avant la sanction officielle le directeur de cabinet du ministre lui avait téléphoné pour le prévenir qu’au Conseil des ministres le gouvernement mettrait fin à mes fonctions. L’homme refuse de reconnaître qu’il aurait été « maladroit ». Il avait simplement répondu en termes de droit à la question d’un journaliste :  «Il n’y a pas de raison de remettre en cause le Copermo pour le CHRU de Nancy. Le dossier devrait être examiné début juin. La trajectoire reste la même.»  « Le lendemain le ministre dit que tout était suspendu, j’ai dit qu’il n’y avait aucune contradiction, ajoute-t-il. J’évoquais juste quels étaient les projets en cours. Après, il m’est reproché de défendre ce projet. »

On lira dans Libération, ses explications sur la nécessité de reconstruire le CHRU de Nancy, les oppositions syndicales et comment la ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn, l’a poussé à poursuivre ce projet. Et comment ce dernier est devenu un enjeu de politique locale.

Le gouvernement a donc limogé le directeur de l’ARS du Grand-Est sans en exposer les motifs. Qui suivra ? Car la vérité est que le Comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers est, jusqu’à nouvel ordre, toujours d’actualité. Et ce y compris durant l’épidémie comme en témoignent des médecins hospitaliers à qui l’administration demande de suspendre leur soins pour participer à des visio-réunions pour préparer la réduction du nombre de lits – suite du travail managérial amorcé avec les cabinets de consulting spécialisés. COPERMO : « Quête de l’efficience dans une démarche globale d’amélioration reposant sur de nombreux leviers de performance ».

A demain @jynau

1 En février dernier nous conseillions à Olivier Véran la lecture du redoutable, « L’Hôpital est une industrie » (Gallimard, Collection Tracts) de son confrère neurochirurgien Stéphane Velut. « Un ouvrage qui se penche sur le foisonnement, rarement exploré, du langage managérial qui a envahi et étouffe l’hôpital public français, écrivions-nous. Où l’on retrouve quelques-unes des perversités de la novlangue imaginée par George Orwell dans son 1984. Une langue que le nouveau ministre ne saurait, sans danger, manier. » Ce conseil de lecture devient plus que jamais d’actualité.

Coronavirus : peut-on désormais, sans danger, utiliser la métaphore de la «Cocotte-minute®»

Bonjour

Tout évolue à très grande vitesse sur le front du « corona » (nouvelle abréviation médiatique). Où l’on voit désormais certains médias interroger avec componction les experts sur le fait de savoir « s’ils en font trop ou pas assez ». Où l’on voit, aussi, se multiplier à l’infini les nouvelles sources d’interrogations : « masques », « portiques », « quarantaine », « incubation », « thermomètre frontal », « mutations », « chambres d’isolement à pression négative/positive » etc.

Où l’on voit, enfin, certains hauts responsables commencer à puiser dans le grand sac des métaphores. Ainsi la ministre Agnès Buzyn user de celle de l’incendie qui, comme chacun sait, doit être au plus vite circonscrit.  Ainsi le Pr Arnaud Fontanet (Institut Pasteur de Paris), qui dans Le Monde, a recours à un outil généralement utilisé en cuisine. Le Monde (Rémi Barroux) lui demande si l’OMS aurait dû décréter un « état d’urgence internationale ».

Ne pas oublier de dépressuriser

«  C’est difficile à dire, répond le pastorien. On se rend compte que la déclaration de l’OMS a été très débattue : retardée d’un jour, avec un communiqué qui indique que les membres du comité avaient des avis différents, ce qui exceptionnel. Pour déclarer une ‘’urgence de santé publique de portée internationale’’, il faut que ce soit soudain, grave, d’une ampleur mondiale et que la réponse nécessite une action coordonnée à l’échelle internationale. Or, pour le moment, la dimension mondiale est encore incertaine, puisque dans tous les pays où des cas ont été enregistrés, il n’y a pas eu de cas secondaire, c’est-à-dire pas de personne secondairement infectée dans l’entourage du cas importé. Même si on se rend compte qu’il y a une cocotte-minute en Chine. Qu’en sera-t-il dans quinze jours ? »

Attendons quinze jours, donc. Dans l’attente, la « Cocotte-minute® » (marque déposée depuis soixante-sept ans par SEB, célèbre acronyme de « Société d’Emboutissage de Bourgogne »). Un objet devenu culte également connue sous le nom d’ « auto-cuiseur » : ustensile de cuisine constitué d’un récipient en métal épais hermétiquement clos par un couvercle équipé d’une valve de dépressurisation. Il permet de cuire les aliments sous haute pression. Où l’on retrouve incidemment la notion de pression, avec tous les risques et dangers qui y sont associés. La Chine a-t-elle su manier comme il convenait la petite valve de dépressurisation ?

A demain @jynau

Mais comment a-t-on réussi à lessiver le corps des soignants hospitaliers? (France Culture)

Bonjour

Il y a le texte, essentiel 1 : le Pr Stéphane Velut, chef de service de neurochirurgie du CHU de Tours éclaire une piste jusqu’ici ignorée (ou très largement sous exploitée) : celle du langage comme symptôme, ce langage « managérial » qui en quatre décennies a envahi la sphère d’un hôpital devenu industrie. Un langage qui l’étouffe 2

« (…) Pourquoi, à l’hôpital, faut-il subir le métalangage du Leader mondial du consulting visant à nous faire avaler un «beau projet»? L’épithète apparaît devant toute perspective risquant de faire grincer des dents. En l’occurrence, il s’agit d’un «nouvel hôpital» dont le nombre réduit de lits devra être compensé par une «optimisation de nos pratiques» qui étaient jusque-là, dit le communicant, «parfaitement inappropriées».

Ce beau projet comportant moins de lits, il faudra concrètement réduire cette fameuse DMS (Durée moyenne de séjour), autrement dit: limiter le stock de gens et en accélérer le flux. C’est pourtant simple. Il nous montre fièrement le plan d’un «hôpital-aéroport». Comment en sommes-nous arrivés là, à devoir subir ce langage repris par l’administration et destiné à nous faire admettre cette perspective intenable? (…) »

« Prière de redimensionner le capacitaire »

Il y a désormais le complément radiophonique 3. Un modèle d’émission où productrice-animatrice laisse (enfin) l’invité parler, accepte ces silences où l’on perçoit la pensée s’élaborer. Trente-trois minutes concentrées durant lesquelles l’auditeur s’approche, au mieux, de la déconstruction en cours du modèle hospitalier français. D’un corps soignant désabusé, puis désenchanté, puis « lessivé », puis en état de désarroi.

Désarroi dont l’auteur redoute qu’il finisse par « avoir raison de son abnégation ». Un monde dont nul ne sait encore s’il résistera au métalangage et à la fabrique du consentement. S’il saura « s’adapter à la transversalité de projet pour parvenir à une meilleure agilité… ». « Se transformer d’hôpital de stocks en hôpital de flux… ». Non pas « réduire le nombre de lits » mais « redimensionner le capacitaire ». Hôpital de demain, hôpital sans humain ?  

A demain @jynau

1 Velut S,  L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme  Editions Gallimard. Collection Tracts. 3,90 euros

2 La novlangue managériale a infesté l’administration hospitalière Slate.fr, 21 janvier 2020

3 Gesbert O, La grande table des idées, Stéphane Velut  France Culture, 24 janvier 2020  Avec la rediffusion du remarquable témoignage du Pr  Agnès Hartemann, chef du service diabétologie de la Pitié-Salpêtrière (16/01/2020)

Christophe Castaner et la «PMA pour toutes»: les préfets sont priés de ne pas «diverger»

Bonjour

Silence de marbre dans les rangs de la préfectorale. C’est une affaire à bien des égards édifiante. Où l’on apprend que Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, vient de convoquerle préfet des Pays de la Loire pour le rappeler à « ses obligations » après des propos critiques sur l’ouverture de la PMA « à toutes les femmes ». Une affaire rapportée dans le détail par Médiacités.  (Anthony Torzec). Extraits :

« La réputation de Claude D’Harcourt n’est plus à faire. Le préfet de Loire-Atlantique et des Pays de la Loire est connu pour son style direct. « Cash », même. Trop ? C’est la question qui se posait, hier soir, à l’issue de son discours de vœux prononcé devant les responsables des services de l’État, les élus locaux, parlementaires, représentants des religions et des associations. Au milieu d’un portrait bien sombre de l’année 2019 – année « de fractures, de violences » qui lui « laisse un sentiment de lassitude, d’impuissance » -, le représentant de l’État dans la Région sort soudain de son devoir de réserve pour exprimer ses doutes à propos du projet de loi du gouvernement sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes. « Le projet de loi bioéthique porte une rupture anthropologique majeure », lâche-t-il, reprenant l’expression employée par l’Académie de médecine en septembre dernier. Un avis « un peu daté » avait jugé, à l’époque, la ministre de la Santé Agnès Buzyn. « A titre personnel, je ne suis pas sûr que cette loi favorise les repères auxquels aspirent nos concitoyens », poursuit le préfet. »

Puis le préfet d’Harcourt poursuit son discours centré autour des malaises de la société française, citant notamment « L’archipel français », récent ouvrage du politologuecentré autour du malaise de notre société, les travaux du philosophe et historien Marcel Gauchet ou encore François Mauriac (1885-1970). Où l’on comprend qu’un préfet peut aussi lire, penser et partager ses idées.

Mais Médiacités de s’interroger. Simple usage de sa liberté d’expression ou entorse à la loyauté dû par le représentant de l’Etat au Gouvernement ? « Le principe de neutralité du service public interdit au fonctionnaire de faire de sa fonction l’instrument d’une propagande quelconque », indique le site fonction-publique.gouv.fr. Cette « obligation de réserve est particulièrement forte pour les titulaires de hautes fonctions administratives en tant qu’ils sont directement concernés par l’exécution de la politique gouvernementale ».      

« Les avis divergents ne sont pas les bienvenus au sein de la fonction publique ».

Médiacités n’en resetra pas là :  « Si personne ne bronche dans le salon de la préfecture aux dorures XVIIIe, chacun a bien retenu la sortie préfectorale. Un élu en particulier ne cache pas sa satisfaction : le vice-président (Les Républicains) du conseil régional des Pays de la Loire Sébastien Pilard. Tout juste rentré de la manifestation parisienne de dimanche « contre la PMA pour toutes », il juge le préfet « courageux » avant d’expliquer à Mediacités qu’il aimerait « que certains politiques aient le même courage ».

«La députée macroniste et candidate à la mairie de Nantes Valérie Oppelt exprime pour sa part sa « surprise ». « Peut-être que le préfet devrait rencontrer les acteurs de ce sujet », conseille-t-elle, en précisant qu’elle a voté cette loi en première lecture. D’habitude si prompt à monter au créneau sur ces questions de société, le président du conseil départemental de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, préfère « ne pas faire de commentaire ».

Puis voici que le préfet d’Harcourt est convoqué en urgence à Paris, par le ministère de l’Intérieur, mercredi 22 janvier. Pour Christophe Castaner, ces propos constituent une « faute ». Le ministre « a demandé au préfet d’Harcourt de réagir dans la journée », voulant « lui rappeler ses obligations ». « Les avis divergents ne sont pas les bienvenus au sein de la fonction publique ».

A l’issue de cet entretien, le préfet des Pays de la Loire faisait paraître un communiqué dans lequel « il reconnaît que son expression, même s’il a précisé qu’il s’agissait de son opinion personnelle, dès lors qu’elle était publique, était inadéquate (…). Il a eu ce matin l’occasion de fournir ces explications au ministre de l’Intérieur, qui lui a rappelé ses obligations ».

Pour le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur, un préfet « a tout à fait le droit d’avoir sa conception, mais lorsqu’il exerce une mission officielle, il se doit de représenter le gouvernement. Il ne peut pas dire le contraire de ce que disent Nicole Belloubet ou Agnès Buzyn dans le même temps devant le Sénat ». Où comment inciter à faire durablement silence dans les rangs de la vieille préfectorale.

A demain @jynau

Découvrez comment le langage managérial en vient à étouffer les espaces hospitaliers français

Bonjour

Répétons-nous. Voilà un opuscule (3,90 euros) essentiel pour qui veut comptendre la crise majeure dont souffre le monde hospitalier français : « L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme ». Editions Gallimard, collections Tracts. Un document majeur signé du du Pr Stéphane Velut, chef du service de neurochirurgie du CHU de Tours.

On sait que cette crise ne cesse, depuis un an, de prendre de l’ampleur et d’inquiéter le plus grand nombre. Nous observons aussi que face à ce mouvement sans précédent en France, le président de la République et le gouvernement semblent désormais comme dépassés. Les quelques réponses techniques et financières annoncées au fil des mois par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, sont vite apparues comme déconnectées de la réalité et des ressentis. Et la ministre, formée dans ce monde hospitalier, apparaît désormais sinon comme discréditée du moins comme ne pouvant plus être sérieusement écoutée.

C’est ainsi que nous commençons, collectivement, à prendre conscience d’un mal plus profond : après avoir incarné la charité, puis avoir développé la compétence voici que l’hôpital public français est, pour la première fois de son histoire, en quête de son identité, de sa raison d’être. C’est dans ce contexte que nous est offerte cette analyse originale – une réflexion qui intègre le foisonnement, rarement exploré, d’un  langage managérial qui a envahi et étouffe l’hôpital public français. Où l’on retrouve quelques-unes des perversités du/de la novlangue imaginé.e par George Orwell dans son 1984.

Répétons-nous, une document essentiel dont Slate.fr vient de publier un extrait : « La novlangue managériale a infesté l’administration hospitalière ».

A demain @jynau

Inexpliqué : l’étrange épidémie d’arrêts maladie qui affecte les conducteurs de la RATP

Bonjour

Voici de quoi jaser. Selon des informations économiques du Parisien (Vincent Vérier) – vite confirmées au Figaro par la RATP – le nombre d’arrêts maladie chez les trois mille conducteurs du métro parisien a été multiplié par trois (comparaison entre la première quinzaine de décembre 2018 et celle de cette année).

Très bien informé, le quotidien (filiale du géant LVMH, incluse dans le pôle « Presse et Medias » du groupe) rapporte en détail qu’entre le 10 et le 16 décembre 2018, 141 arrêts maladies étaient dénombrés par jour. En 2019, ce nombre est de 446. Sur la deuxième semaine de grève, l’augmentation est même de 321%. Au 15e jour de grève, jeudi 19 décembre, 646 arrêts maladies ont été décomptés… soit près de 20% des effectifs.

Constat identique parmi les 850 conducteurs de RER : les arrêts ont progressé de plus de 300% également. Enfin, chez les 15.000 machinistes du transporteur francilien, on note une augmentation du nombre d’arrêts maladie de plus de 170%.

L’Ordre des médecins sera-t-il saisi ?

La RATP, donc, confirme pleinement les chiffres du Parisien – mais « ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet » (sic). Côté syndicalistes, on dénonce une «chasse aux sorcières». Selon un représentant interrogé par RTL, «les passagers mécontents, la pression des grévistes sur les non-grévistes et la difficulté de travailler dans un trafic dense» pèsent psychologiquement sur les salariés. «Je ne peux pas commenter cette information. Nous n’avons ni accès aux taux de grévistes, ni aux déclarations maladie. Contrairement à la SNCF, la direction de la RATP pratique l’omerta», a commenté Bertrand Hammache à la CGT-RATP, contacté par l’AFP. Quant à l’UNSA,  syndicat majoritaire, n’a pas souhaité réagir.

Toujours selon les informations du Parisien, des vérifications ont été faites pour déterminer si ces arrêts maladies n’ont pas été délivrés par les mêmes médecins. Elles se sont toutefois révélées négatives. À la suite de ces informations, la RATP a décidé « d’approfondir le contrôle des agents malades ». Sur les 380 dossiers contrôlés, 90 ont fait l’objet d’une suspension de l’indemnisation maladie. Dans une grande majorité de ces cas, la sanction se justifie par l’absence du malade à son domicile lors de la visite du médecin de contrôle.

Personne, pour l’heure, n’évoque un lien avec une pathologie infectieuse contagieuse. Faute de disposer de l’ensemble des pièces du dossier, on se gardera de commenter. L’Ordre des médecins sera-t-il saisi ? Voilà bien de quoi jaser.

A demain @jynau