Coronavirus : peut-on désormais, sans danger, utiliser la métaphore de la «Cocotte-minute®»

Bonjour

Tout évolue à très grande vitesse sur le front du « corona » (nouvelle abréviation médiatique). Où l’on voit désormais certains médias interroger avec componction les experts sur le fait de savoir « s’ils en font trop ou pas assez ». Où l’on voit, aussi, se multiplier à l’infini les nouvelles sources d’interrogations : « masques », « portiques », « quarantaine », « incubation », « thermomètre frontal », « mutations », « chambres d’isolement à pression négative/positive » etc.

Où l’on voit, enfin, certains hauts responsables commencer à puiser dans le grand sac des métaphores. Ainsi la ministre Agnès Buzyn user de celle de l’incendie qui, comme chacun sait, doit être au plus vite circonscrit.  Ainsi le Pr Arnaud Fontanet (Institut Pasteur de Paris), qui dans Le Monde, a recours à un outil généralement utilisé en cuisine. Le Monde (Rémi Barroux) lui demande si l’OMS aurait dû décréter un « état d’urgence internationale ».

Ne pas oublier de dépressuriser

«  C’est difficile à dire, répond le pastorien. On se rend compte que la déclaration de l’OMS a été très débattue : retardée d’un jour, avec un communiqué qui indique que les membres du comité avaient des avis différents, ce qui exceptionnel. Pour déclarer une ‘’urgence de santé publique de portée internationale’’, il faut que ce soit soudain, grave, d’une ampleur mondiale et que la réponse nécessite une action coordonnée à l’échelle internationale. Or, pour le moment, la dimension mondiale est encore incertaine, puisque dans tous les pays où des cas ont été enregistrés, il n’y a pas eu de cas secondaire, c’est-à-dire pas de personne secondairement infectée dans l’entourage du cas importé. Même si on se rend compte qu’il y a une cocotte-minute en Chine. Qu’en sera-t-il dans quinze jours ? »

Attendons quinze jours, donc. Dans l’attente, la « Cocotte-minute® » (marque déposée depuis soixante-sept ans par SEB, célèbre acronyme de « Société d’Emboutissage de Bourgogne »). Un objet devenu culte également connue sous le nom d’ « auto-cuiseur » : ustensile de cuisine constitué d’un récipient en métal épais hermétiquement clos par un couvercle équipé d’une valve de dépressurisation. Il permet de cuire les aliments sous haute pression. Où l’on retrouve incidemment la notion de pression, avec tous les risques et dangers qui y sont associés. La Chine a-t-elle su manier comme il convenait la petite valve de dépressurisation ?

A demain @jynau

Mais comment a-t-on réussi à lessiver le corps des soignants hospitaliers? (France Culture)

Bonjour

Il y a le texte, essentiel 1 : le Pr Stéphane Velut, chef de service de neurochirurgie du CHU de Tours éclaire une piste jusqu’ici ignorée (ou très largement sous exploitée) : celle du langage comme symptôme, ce langage « managérial » qui en quatre décennies a envahi la sphère d’un hôpital devenu industrie. Un langage qui l’étouffe 2

« (…) Pourquoi, à l’hôpital, faut-il subir le métalangage du Leader mondial du consulting visant à nous faire avaler un «beau projet»? L’épithète apparaît devant toute perspective risquant de faire grincer des dents. En l’occurrence, il s’agit d’un «nouvel hôpital» dont le nombre réduit de lits devra être compensé par une «optimisation de nos pratiques» qui étaient jusque-là, dit le communicant, «parfaitement inappropriées».

Ce beau projet comportant moins de lits, il faudra concrètement réduire cette fameuse DMS (Durée moyenne de séjour), autrement dit: limiter le stock de gens et en accélérer le flux. C’est pourtant simple. Il nous montre fièrement le plan d’un «hôpital-aéroport». Comment en sommes-nous arrivés là, à devoir subir ce langage repris par l’administration et destiné à nous faire admettre cette perspective intenable? (…) »

« Prière de redimensionner le capacitaire »

Il y a désormais le complément radiophonique 3. Un modèle d’émission où productrice-animatrice laisse (enfin) l’invité parler, accepte ces silences où l’on perçoit la pensée s’élaborer. Trente-trois minutes concentrées durant lesquelles l’auditeur s’approche, au mieux, de la déconstruction en cours du modèle hospitalier français. D’un corps soignant désabusé, puis désenchanté, puis « lessivé », puis en état de désarroi.

Désarroi dont l’auteur redoute qu’il finisse par « avoir raison de son abnégation ». Un monde dont nul ne sait encore s’il résistera au métalangage et à la fabrique du consentement. S’il saura « s’adapter à la transversalité de projet pour parvenir à une meilleure agilité… ». « Se transformer d’hôpital de stocks en hôpital de flux… ». Non pas « réduire le nombre de lits » mais « redimensionner le capacitaire ». Hôpital de demain, hôpital sans humain ?  

A demain @jynau

1 Velut S,  L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme  Editions Gallimard. Collection Tracts. 3,90 euros

2 La novlangue managériale a infesté l’administration hospitalière Slate.fr, 21 janvier 2020

3 Gesbert O, La grande table des idées, Stéphane Velut  France Culture, 24 janvier 2020  Avec la rediffusion du remarquable témoignage du Pr  Agnès Hartemann, chef du service diabétologie de la Pitié-Salpêtrière (16/01/2020)

Christophe Castaner et la «PMA pour toutes»: les préfets sont priés de ne pas «diverger»

Bonjour

Silence de marbre dans les rangs de la préfectorale. C’est une affaire à bien des égards édifiante. Où l’on apprend que Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, vient de convoquerle préfet des Pays de la Loire pour le rappeler à « ses obligations » après des propos critiques sur l’ouverture de la PMA « à toutes les femmes ». Une affaire rapportée dans le détail par Médiacités.  (Anthony Torzec). Extraits :

« La réputation de Claude D’Harcourt n’est plus à faire. Le préfet de Loire-Atlantique et des Pays de la Loire est connu pour son style direct. « Cash », même. Trop ? C’est la question qui se posait, hier soir, à l’issue de son discours de vœux prononcé devant les responsables des services de l’État, les élus locaux, parlementaires, représentants des religions et des associations. Au milieu d’un portrait bien sombre de l’année 2019 – année « de fractures, de violences » qui lui « laisse un sentiment de lassitude, d’impuissance » -, le représentant de l’État dans la Région sort soudain de son devoir de réserve pour exprimer ses doutes à propos du projet de loi du gouvernement sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes. « Le projet de loi bioéthique porte une rupture anthropologique majeure », lâche-t-il, reprenant l’expression employée par l’Académie de médecine en septembre dernier. Un avis « un peu daté » avait jugé, à l’époque, la ministre de la Santé Agnès Buzyn. « A titre personnel, je ne suis pas sûr que cette loi favorise les repères auxquels aspirent nos concitoyens », poursuit le préfet. »

Puis le préfet d’Harcourt poursuit son discours centré autour des malaises de la société française, citant notamment « L’archipel français », récent ouvrage du politologuecentré autour du malaise de notre société, les travaux du philosophe et historien Marcel Gauchet ou encore François Mauriac (1885-1970). Où l’on comprend qu’un préfet peut aussi lire, penser et partager ses idées.

Mais Médiacités de s’interroger. Simple usage de sa liberté d’expression ou entorse à la loyauté dû par le représentant de l’Etat au Gouvernement ? « Le principe de neutralité du service public interdit au fonctionnaire de faire de sa fonction l’instrument d’une propagande quelconque », indique le site fonction-publique.gouv.fr. Cette « obligation de réserve est particulièrement forte pour les titulaires de hautes fonctions administratives en tant qu’ils sont directement concernés par l’exécution de la politique gouvernementale ».      

« Les avis divergents ne sont pas les bienvenus au sein de la fonction publique ».

Médiacités n’en resetra pas là :  « Si personne ne bronche dans le salon de la préfecture aux dorures XVIIIe, chacun a bien retenu la sortie préfectorale. Un élu en particulier ne cache pas sa satisfaction : le vice-président (Les Républicains) du conseil régional des Pays de la Loire Sébastien Pilard. Tout juste rentré de la manifestation parisienne de dimanche « contre la PMA pour toutes », il juge le préfet « courageux » avant d’expliquer à Mediacités qu’il aimerait « que certains politiques aient le même courage ».

«La députée macroniste et candidate à la mairie de Nantes Valérie Oppelt exprime pour sa part sa « surprise ». « Peut-être que le préfet devrait rencontrer les acteurs de ce sujet », conseille-t-elle, en précisant qu’elle a voté cette loi en première lecture. D’habitude si prompt à monter au créneau sur ces questions de société, le président du conseil départemental de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, préfère « ne pas faire de commentaire ».

Puis voici que le préfet d’Harcourt est convoqué en urgence à Paris, par le ministère de l’Intérieur, mercredi 22 janvier. Pour Christophe Castaner, ces propos constituent une « faute ». Le ministre « a demandé au préfet d’Harcourt de réagir dans la journée », voulant « lui rappeler ses obligations ». « Les avis divergents ne sont pas les bienvenus au sein de la fonction publique ».

A l’issue de cet entretien, le préfet des Pays de la Loire faisait paraître un communiqué dans lequel « il reconnaît que son expression, même s’il a précisé qu’il s’agissait de son opinion personnelle, dès lors qu’elle était publique, était inadéquate (…). Il a eu ce matin l’occasion de fournir ces explications au ministre de l’Intérieur, qui lui a rappelé ses obligations ».

Pour le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur, un préfet « a tout à fait le droit d’avoir sa conception, mais lorsqu’il exerce une mission officielle, il se doit de représenter le gouvernement. Il ne peut pas dire le contraire de ce que disent Nicole Belloubet ou Agnès Buzyn dans le même temps devant le Sénat ». Où comment inciter à faire durablement silence dans les rangs de la vieille préfectorale.

A demain @jynau

Découvrez comment le langage managérial en vient à étouffer les espaces hospitaliers français

Bonjour

Répétons-nous. Voilà un opuscule (3,90 euros) essentiel pour qui veut comptendre la crise majeure dont souffre le monde hospitalier français : « L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme ». Editions Gallimard, collections Tracts. Un document majeur signé du du Pr Stéphane Velut, chef du service de neurochirurgie du CHU de Tours.

On sait que cette crise ne cesse, depuis un an, de prendre de l’ampleur et d’inquiéter le plus grand nombre. Nous observons aussi que face à ce mouvement sans précédent en France, le président de la République et le gouvernement semblent désormais comme dépassés. Les quelques réponses techniques et financières annoncées au fil des mois par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, sont vite apparues comme déconnectées de la réalité et des ressentis. Et la ministre, formée dans ce monde hospitalier, apparaît désormais sinon comme discréditée du moins comme ne pouvant plus être sérieusement écoutée.

C’est ainsi que nous commençons, collectivement, à prendre conscience d’un mal plus profond : après avoir incarné la charité, puis avoir développé la compétence voici que l’hôpital public français est, pour la première fois de son histoire, en quête de son identité, de sa raison d’être. C’est dans ce contexte que nous est offerte cette analyse originale – une réflexion qui intègre le foisonnement, rarement exploré, d’un  langage managérial qui a envahi et étouffe l’hôpital public français. Où l’on retrouve quelques-unes des perversités du/de la novlangue imaginé.e par George Orwell dans son 1984.

Répétons-nous, une document essentiel dont Slate.fr vient de publier un extrait : « La novlangue managériale a infesté l’administration hospitalière ».

A demain @jynau

Inexpliqué : l’étrange épidémie d’arrêts maladie qui affecte les conducteurs de la RATP

Bonjour

Voici de quoi jaser. Selon des informations économiques du Parisien (Vincent Vérier) – vite confirmées au Figaro par la RATP – le nombre d’arrêts maladie chez les trois mille conducteurs du métro parisien a été multiplié par trois (comparaison entre la première quinzaine de décembre 2018 et celle de cette année).

Très bien informé, le quotidien (filiale du géant LVMH, incluse dans le pôle « Presse et Medias » du groupe) rapporte en détail qu’entre le 10 et le 16 décembre 2018, 141 arrêts maladies étaient dénombrés par jour. En 2019, ce nombre est de 446. Sur la deuxième semaine de grève, l’augmentation est même de 321%. Au 15e jour de grève, jeudi 19 décembre, 646 arrêts maladies ont été décomptés… soit près de 20% des effectifs.

Constat identique parmi les 850 conducteurs de RER : les arrêts ont progressé de plus de 300% également. Enfin, chez les 15.000 machinistes du transporteur francilien, on note une augmentation du nombre d’arrêts maladie de plus de 170%.

L’Ordre des médecins sera-t-il saisi ?

La RATP, donc, confirme pleinement les chiffres du Parisien – mais « ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet » (sic). Côté syndicalistes, on dénonce une «chasse aux sorcières». Selon un représentant interrogé par RTL, «les passagers mécontents, la pression des grévistes sur les non-grévistes et la difficulté de travailler dans un trafic dense» pèsent psychologiquement sur les salariés. «Je ne peux pas commenter cette information. Nous n’avons ni accès aux taux de grévistes, ni aux déclarations maladie. Contrairement à la SNCF, la direction de la RATP pratique l’omerta», a commenté Bertrand Hammache à la CGT-RATP, contacté par l’AFP. Quant à l’UNSA,  syndicat majoritaire, n’a pas souhaité réagir.

Toujours selon les informations du Parisien, des vérifications ont été faites pour déterminer si ces arrêts maladies n’ont pas été délivrés par les mêmes médecins. Elles se sont toutefois révélées négatives. À la suite de ces informations, la RATP a décidé « d’approfondir le contrôle des agents malades ». Sur les 380 dossiers contrôlés, 90 ont fait l’objet d’une suspension de l’indemnisation maladie. Dans une grande majorité de ces cas, la sanction se justifie par l’absence du malade à son domicile lors de la visite du médecin de contrôle.

Personne, pour l’heure, n’évoque un lien avec une pathologie infectieuse contagieuse. Faute de disposer de l’ensemble des pièces du dossier, on se gardera de commenter. L’Ordre des médecins sera-t-il saisi ? Voilà bien de quoi jaser.

A demain @jynau

«Une gouvernance stable, apaisée, médicalisée» dans trois mois, un hôpital français transfusé ?

Bonjour

Pendant l’orage des retraites les travaux hospitaliers se poursuivent. Où l’on en revient à la confrontation entre le monde médical et celui de l’administration, celui du soin et celui du « management ».

C’est un nouveau communiqué, un de plus, adressé à la presse par Agnès Buzyn. Non dénué de jargon. Il est intitulé « Investir pour l’hôpital ». On y apprend que le Pr Olivier Claris « est chargé par la Ministre d’une mission destinée à concrétiser la médicalisation de la gouvernance et à simplifier le fonctionnement de l’hôpital ». On mesure, aux mots, l’ampleur de la tâche. Le Pr Claris est le président de la Commission Médicale d’Établissement des Hospices Civils de Lyon (HCL). Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé l’a chargé de la mission « Gouvernance et simplification de l’hôpital ». Il lui reste trois petits mois pour remettre à la ministre un rapport contenant des propositions concrètes.  

Ah, l’Eldorado de la gouvernance de l’hôpital médicalisée … Soit « garantir dans chaque hôpital un mode de prise de décision inscrit dans une gouvernance stable, apaisée et fédératrice » et pour cela « accroître l’association de la communauté médicale et soignante à la gouvernance de l’hôpital ». Deux objectifs qui sont soudain apparus comme « des priorités absolues ».

L’état des lieux des  ‘’irritants’’

On peut aussi le dire autrement : « La mission confiée au Pr Claris consiste à rendre opérationnels les engagements pris le 20 novembre en matière de codécision entre le président de CME et le directeur sur les domaines relatifs à la stratégie médicale, aux nominations et aux investissements médicaux. Ou encore parler d’un « fonctionnement fluidifié et simplifié de l’hôpital ».

« Au fil des années, le pilotage des hôpitaux s’est alourdi et rigidifié, freinant parfois le quotidien des équipes de soins mais aussi la prise de certaines décisions indispensables pour le bon fonctionnement des services, explique-t-on à la presse.  C’est pourquoi la mission du Pr Claris traitera de la question de la simplification des processus de fonctionnement. Elle s’attachera à dresser un état des lieux des  ‘’irritants’’ (sic)  rencontrés par les professionnels au quotidien au sein des établissements de santé. »

« Tous les champs de la vie hospitalière pourront être travaillés : procédures de contrôle et de reporting au sein de l’établissement mais également auprès des tutelles, outils de contractualisation, pratiques de management, gestion des équipes… La mise en œuvre de la délégation de gestion au sein des pôles et des services de soins fera l’objet d’une attention particulière pour identifier les facteurs de réussite et formaliser des recommandations de bonnes pratiques. »

Trois mois, donc. Trois mois pour savoir comment garantir dans chaque hôpital public français un mode de prise de décision inscrit dans une gouvernance stable, apaisée et fédératrice. Trois mois pour que ce patrimoine national ait une chance de ne pas diparaître.

A demain @jynau 

Le Dr Agnès Buzyn va-t-elle rejoindre les rangs de ceux qui veulent sauver l'hôpital public ?

Bonjour

A chacun sa métaphore. Agnès Buzyn voyait en lui un « trésor national ». Six cent soixante de ses confrères hospitaliers n’ayant pas, comme elle, fait le choix de la politique l’accuse aujourd’hui de laisser ce trésor dépérir. Pire, ces six cent soixante médecins chefs de service (toutes spécialités, tous hôpitaux, toutes régions) d’accuser aujourd’hui cette minitre de laisser se mourir l’hôpital public, celui où elle a été formée, se mourir faute de moyens à même d’assurer la qualité des soins et de garantir la sécurité des patients. Ecoutons-les à la lecture de leur tribune dans le Journal du Dimanche 1 :

« Les médecins hospitaliers ont eu beau sonner l’alarme, la rigueur est devenue austérité, puis l’austérité, pénurie. La ministre actuelle ne manque pas de témoigner sa compassion, mais le vrai ministère de la Santé est désormais à Bercy. Nous devons donc nous résoudre aujourd’hui à un mouvement de ‘désobéissance’ inédit.

 « Comment forcer le gouvernement à ouvrir un Grenelle de l’hôpital public avec un vrai plan financé répondant aux besoins? Respectant leur éthique professionnelle, les médecins hospitaliers se refusent à la grève des soins. Il y a deux mois, à l’appel du Collectif Inter-Hôpitaux (CIH), rassemblant médecins, personnels non médicaux et représentants des usagers, s’est mise en place dans plusieurs établissements une ‘grève du codage’, c’est‑à-dire un blocage de la facturation des séjours hospitaliers à la Sécurité sociale. Le 14 novembre, les médecins ont manifesté dans la rue avec l’ensemble des personnels.

Le Dr Agnès Buzyn rejoindra-t-elle bientôt le Collectif Inter-Hôpitaux ? 

Las : les mesures gouvernementales se résument pour 2020 à moins de 300 millions supplémentaires alors que de l’avis général il manque 1,3 milliard d’euros pour répondre à la seule augmentation programmée des charges. L’hôpital se meurt et la ministre ne lui administre que des soins palliatifs.

Afin de crier leur désespoir, des chefs de service, responsables d’unités de soins et médecins participant à la gestion des hôpitaux nommés ou élus, ne demandant rien pour eux-mêmes, s’engagent à démissionner si la ministre n’ouvre pas de réelles négociations pour desserrer la contrainte imposée à l’hôpital public. À ce jour, nous sommes plus de 660 signataires de toutes spécialités, de tous hôpitaux et de toutes régions. Lorsque nous serons 1.000, nous adresserons notre lettre à la ministre pour lui enjoindre d’ouvrir les négociations avec le CIH… ou de nous rejoindre. »

La question ne manque pas de sel politique : le Dr Agnès Buzyn rejoindra-t-elle bientôt le Collectif Inter-Hôpitaux ? Ce serait là, au-delà de la métaphore, un symbole médical hautement signifiant.

A demain @jynau

1 Premiers signataires, pour le Collectif Inter-Hôpitaux : André Grimaldi, professeur émérite, et les chefs de service André Baruchel (hôpital Robert-Debré), Stéphane Dauger (hôpital Robert-Debré), Jean-Luc Jouves (hôpital de la Timone), Philippe Lévy (hôpital Beaujon), Agnès Linglart et Xavier Mariette (hôpital Bicêtre), Gilles Montalescot (hôpital Pitié-Salpêtrière), Antoine Pelissolo (hôpital Henri-Mondor), Ronan Roussel (hôpital Bichat).