Affaire Geneviève Legay : le procureur de Nice n’est peut-être pas celui que l’on croyait

Bonjour

Nouveau rebondissement dans l’affaire sans fin de la militante Geneviève Legay, 73 ans blessée fin mars lors d’une manifestation interdite. Voici désormais que le ministère de la justice exige des explications de la part de Jean-Michel Prêtre, procureur de la République à Nice. Le voici officiellement mis en cause dans sa gestion controversée de cette affaire dans laquelle se sont très tôt exprimés la ministre de la Justice et le président de la République.

La direction des services judiciaires du ministère « a saisi officiellement le procureur général d’Aix-en-Provence afin de convoquer le procureur de Nice »,pour qu’il s’explique sur « un certain nombre de faits et notamment l’affaire Geneviève Legay », a précisé à l’Agence France-Presse la chancellerie, confirmant une information de Mediapart.

On ne plaisante plus. « Un retour rapide est attendu » au terme de la convocation du procureur de Nice, placé sous l’autorité hiérarchique du procureur général Robert Gelli. « Au vu de l’analyse du procureur général et des explications de l’intéressé, la ministre [de la justice] Nicole Belloubet appréciera les suites à donner », explique-t-on à la chancellerie.

Une forme de sagesse

Rappelons les propos inauguraux de Nicole Belloubet  :

« Je trouve tout de même curieux que lorsqu’une manifestation est interdite, comme c’était le cas à Nice, quelqu’un aille absolument avec la volonté de manifester à cet endroit-là. Il y avait quelques périmètres, dans certaines villes, où les manifestations étaient interdites. A la suite de sommations, une personne qui y reste est susceptible de commettre un délit et c’est dans ce cadre là que les événements se sont passés ».

Et ceux du président de la République qui souhaitait à la victime « un prompt rétablissement» et, « peut-être une forme de sagesse » :

 « Je souhaite d’abord qu’elle se rétablisse au plus vite et sorte rapidement de l’hôpital, et je souhaite la quiétude à sa famille. Mais pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable. Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci.»

Cette affaire avait ravivé la polémique sur les violences policières depuis la crise sociale des Gilets Jaunes. Jean-Michel Prêtre est notamment mis en cause pour avoir changé de versions sur le déroulé des faits mais aussi et surtout pour avoir décidé de confier l’enquête sur les blessures de la septuagénaire à la sûreté départementale, dont la chef est la compagne du commissaire chargé, ce jour-là, du commandement. Un possible conflit d’intérêts soulevé par le journal Nice-Matin puis mis en exergue par le site d’informations Mediapart. Ce à quoi le procureur Jean-Michel Prêtre a répondu qu’il était au courant de ce choix et que l’enquête avait été « bien menée » tandis que le procureur général a estimé qu’une telle décision n’était « pas illogique ». Nous avions pour notre part précisé avoir peut-être trop rapidement estimé que le procureur avait fait preuve d’indépendance et de transparence dans ce dossier.

On appréciera désormais quelles suites seront données. Et qui prononcera, ou pas, un mea culpa.

A demain

@jynau

Le trop maigre mea culpa de Michèle Rivasi, écologiste qui est «pour la vaccination»

Bonjour

Méchamment taclée il y a peu par Agnès Buzyn (Le Parisien), défendue ce matin par Yannick Jadot (RTL) la controversée Michèle Rivasi a finalement choisi de répondre via un communiqué de presse. « Depuis quelques semaines je suis caricaturée en militante anti vaccins, dit-elle. Ce qui s’apparente à une campagne calomnieuse, vise à disqualifier mon combat politique. Je ne peux laisser passer de telles attaques sans mot dire. »

C’est une profession de foi doublée d’un petit mea culpa. Mais d’abord une auto-présentation :

« Scientifique de formation, diplômée de l’Ecole Normale Supérieure et agrégée en biologie, fondatrice du premier laboratoire indépendant sur la radioactivité en France (la CRIIRAD), je rejette depuis toujours l’obscurantisme. J’avance sous le double drapeau de l’intérêt général et de la santé publique. Amiante, levothyrox, prothèses mammaires je me suis battue toute ma vie pour faire respecter la santé des gens et contre les mensonges des lobbies. Mon combat depuis toujours a été pour la transparence et l’information des citoyens. »

Ceci posé, sa réponse d’aujourd’hui « vise à rétablir la vérité et à rassurer celles et ceux qui ont pu être troublés ».

« J’écris pour terrasser l’hydre de la rumeur et du soupçon. Que les choses soient claires : je ne remets pas en cause l’utilité de la vaccination, et je sais ce que les vaccins ont apporté en termes de progrès sanitaires au 20ème siècle, de lutte contre la mortalité infantile… »

Et le mea culpa :

« J’ai malheureusement commis une erreur regrettable en invitant il y a deux  ans dans un débat M. Wakefield. Si c’était à refaire, je ne le referais pas : son étude dépubliée [sic] par The Lancet et son film ne m’ont pas convaincue. L’indigence des arguments avancés suffit à discréditer la thèse et l’auteur. »

Précisons. Mme Rivasi parle ici d’Andrew Wakefield, tristement connu à l’échelon international pour avoir volontairement commis une succession de fraudes majeures ayant eu pour conséquences de laisser croire à une relation de cause à effet entre le vaccin rougeole-oreillons-rubéole (vaccin ROR) et une invraisemblable « entérocolite autistique » (autistic enterocolitis).

Invitation malheureuse et inappropriée

Les « travaux » d’Andrew Wakefield furent publiés en 1998 dans The Lancet avant d’être contestés, décryptés, dénoncés. Puis une enquête d’un reporter du Sunday Times (Brian Deer) établit l’existence de conflits d’intérêts d’ordre financier. D’autres investigations furent menées qui conduisirent à la rétractation de la publication du Lancet en février 2010. Et à la mise au ban de la communauté médicale internationale de l’auteur.

Il reste donc à comprendre comment, sept ans plus tard (en février 2017), Mme Rivasi a jugé nécessaire d’inviter Andrew Wakefield à participer à un débat officiel au sein du Parlement européen. Violemment critiquée elle n’avait, alors, visiblement pas pris la mesure de l’ampleur de son erreur.  De ce point de vue les trois lignes de son communiqué de presse de ce jour ne sont pas, loin s’en faut, suffisantes pour lever les doutes qu’elle entretenait depuis deux ans sur ce sujet

« Cette invitation malheureuse et inappropriée a donné une occasion en or aux lobbies de la santé de m’attaquer directement ou indirectement ajoute-t-elle. Qu’ils sachent pour autant que je ne les crains pas et qu’on ne me fera pas taire. »

Il faudra, pour cela, qu’elle revienne avec tous les détails sur cette bien malheureuse invitation qui ruine toujours sa profession de foi :

« Je l’affirme donc haut et fort : je suis pour la vaccination ; pour la protection de la santé. C’est pour cette raison que je réclame depuis des années, et en ai parlé directement avec la ministre de la Santé, des études indépendantes sur les adjuvants (aluminiques notamment) utilisés dans les vaccins, sur l’effet cocktail des onze vaccins sur les nourrissons de moins de 18 mois) et une amélioration de la pharmacovigilance concernant les produits de santé. »

« Chacun doit comprendre que l’opacité crée le doute, conclut-elle. Chacun doit se convaincre que qui veut rétablir la confiance demande la clarté. » En est-elle pleinement convaincue ? Et quand fera-t-elle, concernant Wakefield, la pleine lumière ?

A demain

@jynau

Gilets Jaunes et vanité : les conséquences d’un trop-plein d’intelligence et de subtilité

Bonjour

Suite de la farandole langagière inhérente à la crise sans précédent des Gilets Jaunes. Avec, aujourd’hui, une belle déclinaison de la jactance qui caractérise le macronisme. «Trop intelligents, trop subtils» : la bourde de Le Gendre tourne au bad buzz » observe Libération (Laure Equy). L’histoire d’un mea culpa qui voit son auteur plonger dans l’enfer des réseaux sociaux et de leurs colères épidémiques sinon populaires. Un repentir qui fait que le condamné aura la tête (symboliquement) tranchée

Résumé du sujet. Lundi 17 décembre, sur le plateau de Public Sénat, le chef de file des députés LREM, Gilles Le Gendre, revient sur les raisons du mécontentement engendré par la politique conduite dans les dix-huit premiers mois du quinquennat. Il passe publiquement à confesse : l’exécutif et sa majorité ont «insuffisamment évoqué» leur action et devront «le faire mieux, plus, en étant plus proches de ce que les Français attendent». Il aurait pu en rester là. Mais non. Grisé peut-être par son mea culpa ce député de Paris poursuit l’exercice de contrition publique. Et d’évoquer en évoquant «le fait d’avoir probablement été trop intelligents, trop subtils, trop techniques dans les mesures de pouvoir d’achat».

 «Trop intelligents » ? Voilà bien, pour le coup, trop manquer de « subtilité » – tout particulièrement à l’endroit des Gilets Jaunes. Pour un peu on évoquerait le « langage de mabouls » dénoncé par un proche ambigu du chef de l’Etat. Poussé à préciser son propos, Gilles Le Gendre a regretté que «toutes les mesures favorables au pouvoir d’achat» aient été «saucissonnées dans le temps». Une cadence qui les a rendues peu lisibles. «C’était justifié par la situation des finances publiques mais manifestement ça n’a pas été compris»a encore cru bon d’ajouter le successeur de Richard Ferrand à la tête du groupe LREM de l’Assemblée nationale.

Droite et gauche en même temps, schizophrène électoralement 

Gilles Le Gendre, 60 ans, n’est pourtant pas un jeune novice ignorant du poids des mots. Élève à Neuilly-sur-Seine au collège Sainte-Croix, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et du Centre de formation des journalistes de Paris, il fut successivement journaliste à Europe 1 et à L’Usine nouvelle chef de service, rédacteur en chef adjoint puis rédacteur en chef du Nouvel Économiste, rédacteur en chef adjoint de L’Expansion, directeur de la rédaction de L’Événement du jeudi, directeur de la rédaction de Challenges, nommé président du directoire du groupe Expansion et directeur général des rédactions. De 2002 à 2004, on le retrouve directeur de la communication et membre du comité exécutif de la Fnac, puis entrepreneur dans des activités de conseil à Paris où il fonde, en 2006, « Explora & Cie » puis, en 2011 le réseau de consultants indépendants « Les Company Doctors ».

« Economiquement de droite, et culturellement et sociétalement de gauche, un peu schizophrène électoralement » il rejoint très tôt le mouvement En marche avant d’en être  désigné, à l’automne 2016, référent pour les  deux plus beaux arrondissements de Paris.

Et maintenant ? « L’aveu de Gilles Le Gendre, qui rappelle un peu ‘’la pensée complexe’’ prêtée à Emmanuel Macron par l’entourage du chef de l’Etat, a tourné au bad buzz, observe Libération. L’opposition, sur Twitter, s’en est donné à cœur joie, épinglant ’l’arrogance’’ ou ‘’le mépris de classe’’ de LREM. ’La rengaine n’a pas changé. Si les Français sont en désaccord, c’est parce qu’ils n’ont pas compris ces imbéciles’’, ironise Clémentine Autain, tandis qu’un autre député de La France insoumise, Alexis Corbière tacle : «« En matière de modestie, nous sommes les meilleurs », aurait dit Sacha Guitry avec humour… Mais là c’est le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale qui parle, et lui se prend très au sérieux !». Le communiste Stéphane Peu, lui, s’interroge : ‘’Mais où va LREM ? Que cherche le chef à plume [du groupe LREM à l’Assemblée] quand il assène que l’intelligence supérieure de la macronie est inaccessible au plus grand nombre, au peuple ?’’. ‘’Et une troisième erreur, aussi, conclut Elsa Faucillon, du PCF,prendre les gens pour des cons.’’. »

Ainsi certains mots, sans atteindre toujours la subtilité prisée dans les hautes sphères, ont le mérite de ne pas réclamer d’explications.

Aujourd’hui Gilles Le Gendre a senti le vent du « bad buzz ». Il cause simple, sur Twitter : «Quelques mots sortis de leur contexte… Trop intelligents = trop techniques = trop compliqués. Je n’ai rien voulu dire d’autre : les mesures sur le pouvoir d’achat sont désormais simples et lisibles. Désolé, sincèrement, si j’en ai choqué certains ». Un mea culpa au carré en somme. Il est possible que ce soit un peu tard.

A demain

 

 

Gilets Jaunes: la France aura-t-elle un nouveau «contrat social» providentiel pour Noël ?

Bonjour

On peut considérer Brune Poirson, 38 ans, comme un poisson pilote dans le grand océan politico-médiatique national. Ainsi la secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire vient-elle de parler de « contrat social ». Elle l’a fait en écho des propos de Jean-Yves Le Drian, 71 ans, ancien socialiste  aujourd’hui ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Et – qui sait ? – prochain Premier ministre.

Pour l’heure, face aux Gilets Jaunes, le ministre Jean-Yves Le Drian, comme tous ses collègues du gouvernement, est inquiet. Très inquiet « pour la démocratie et les institutions françaises ».  Il l’a amplement dit au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI. :

« Je suis ministre des Affaires étrangères, je voyage partout dans le monde et je sais, pour le constater dans certains pays, combien la démocratie est fragile; elle peut être aussi fragile chez nous et donc j’appelle au ressaisissement, par le dialogue, parce que c’est notre manière d’être. Quand j’entends un certain nombre de déclarations, je suis inquiet.

« Lisez l’ensemble des déclarations y compris d’un certain nombre d’acteurs majeurs de la France Insoumise (…) J’entends dire ‘’l’insurrection est là, l’insurrection est en marche’’: c’est pas la République ça, à ma connaissance« .  « Quand j’entends des propos tenus sur le rond-point des Champs-Elysées comme quoi Macron finirait comme Kennedy, je dis qu’il y a des risques pour la RépubliqueC’est insupportable qu’un élu reçoive une balle dans une enveloppe, ce sont des méthodes de mafia, il faut qu’on les condamne collectivement.

« Le danger c’est la mise en cause de nos propres institutions, de notre vivre ensemble (…) Le président de la République doit fixer maintenant le grand cap de ce mouvement pour aller vers le nouveau contrat social indispensable »

Elément de langage

Et peu après heures plus tard, Brune Poirson, de faire de ce concept historique 1 un nouvel « élément de langage ».

« Cela ne doit pas être un débat d’entourloupes, de leurres, mais de propositions qui puissent ensuite être remontées, regroupées pour faire en sorte que l’on marche vers un nouvel Etat providence, un nouveau contrat social dans le pays, a encore expliqué Jean-Yves Le Drian. On ne réforme par un pays uniquement par le haut (…) Je pense que l’heure des territoires est arrivé. Je pense que l’on ne prend pas suffisamment en compte l’impact social et politique des mesures que nous sommes amenés à prendre. »

Autant de mots qui, dans la bouche d’un poids lourd de la Macronie, sonne comme un désaveu de la majorité à laquelle il avait fait le choix d’adhérer et qu’il avait aidé à constituer.  Comment comprendre ? Jean-Yves Le Drian s’est refusé à toute conjecture sur l’avenir politique du Premier ministre Edouard Philippe.

La Bretagne, après Le Havre,  à Matignon ? « Ce n’est pas mon sujet, dit aujourd’hui cet enfant de Lorient.  Je suis ministre des Affaires étrangères. J’ai beaucoup de travail dans un monde très compliqué où il y a des tensions majeures. Je remplis ma tâche avec beaucoup de plaisir. » Pour un peu on en douterait.

A demain

@jyau

1 « Du contrat social » : « Le contrat social ou Principes du droit politique » est un ouvrage de philosophie politique de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762. Cette œuvre « a constitué un tournant décisif pour la modernité et s’est imposée comme un des textes majeurs de la philosophie politique, en affirmant le principe de souveraineté du peuple fondé sur  les notions de liberté, d’égalité, et de volonté générale. » On connaît la suite.

 

Demain, grâce aux «corps intermédiaires», Macron va retrouver le cœur des Français

Bonjour

Tous l’exhortaient, c’est fait. Au lendemain de l’acte IV des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron s’adressera à la Nation. Ce sera le lundi 10 décembre à 20 heures. L’Elysée n’a pas donné dans l’immédiat de précisions, mais chacun sait que le président est sommé de toutes parts d’apporter une « réponse politique forte » pour « faire retomber la fièvre » qui parcourt le pays.

Et d’ici là ? Du concentré de symbolique. Le président de la République recevra « l’ensemble des forces politiques, territoriales, économiques et sociales ». L’heure est plus que grave. Il recevra Gérard Larcher, président du Sénat, Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, Patrick Bernasconi, président du Conseil économique, social et environnemental – mais aussi les présidents des associations d’élus, les responsables confédéraux des syndicats représentatifs (CGT, CFDT, FO, CFE-CGE et CFTC), ainsi que trois organisations patronales (Medef, CPME et U2P).

Que sait-on ? Qu’Emmanuel Macron annoncera des « mesures concrètes » et « immédiates ». Sans pour autant  annoncer de « coup de pouce » supplémentaire au Smic, au-delà de la hausse de 1,8 % attendue en janvier. Mais encore ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, devenue fidèle parmi les fidèles, a pour sa part assuré qu’Emmanuel Macron allait « vouloir tester un certain nombre d’hypothèses » avec ces « corps intermédiaires » qu’il ignorait ostensiblement jusqu’à présent.

« Très, très bien » (Agnès Buzyn)

« Je trouve ça très, très bien, avant de faire des annonces, qu’il échange avec les corps intermédiaires qui représentent la nation. Et je pense que c’est important de rappeler le fait que les corps intermédiaires sont indispensables », a déclaré la ministre sur le plateau de LCI. En écho, nouveau mea culpa de Benjamin Griveaux porte-parole du gouvernement :

« Nous avons sous-estimé le besoin de nos concitoyens de prendre la parole, de dire les difficultés qui sont les leurs et d’être associés à la construction des solutions (…) [Le président] saura retrouver le chemin du cœur des Français ».

Comme un parfum de fin du Nouveau Monde politique et la résurgence, étrange, des deux corps du RoiPatrick Boucheron :

« Parce qu’il est naturellement un homme mortel, le roi souffre, doute, se trompe parfois : il n’est ni infaillible, ni intouchable, et en aucune manière l’ombre de Dieu sur Terre comme le souverain peut l’être en régime théocratique. Mais dans ce corps mortel du roi vient se loger le corps immortel du royaume que le roi transmet à son successeur. »

A demain

@jynau

Ethique sans frontières : un médecin français peut-il euthanasier en Belgique ?

Bonjour

Plus jamais de repos dominicaux ?  C’est une information de La Croix (Loup Besmond de Senneville). Le Conseil national de l’Ordre des médecins français se prononcera bientôt sur une question d’une particulière originalité : un médecin français est-il libre d’adresser (certains de) ses patients en Belgique (dans une  »maison de repos ») afin de pouvoir librement, ensuite, les euthanasier ? On connaît des sujets géo-éthiques moins compliqués.

C’est pourtant bien la question dont vient de se saisir, jeudi 8 novembre, le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom). « C’est une question qui est à l’ordre du jour de notre réflexion » , a confié à La Croix le Dr Jean-Marie Faroudja, président de la section éthique et déontologie du Cnom. » Pourquoi à La Croix ? On ne le saura pas. En écho, La Croix, dans sa sagesse :

« Disons-le d’emblée : la question est pour l’instant purement théorique, et l’Ordre ne recense aucun médecin français exerçant de telles pratiques. Mais c’est un texte publié fin octobre en Belgique qui a poussé l’instance médicale française à engager la réflexion. Le Comité consultatif d’éthique de Belgique a en effet publié le 22 octobre un avis sur cette épineuse question.

« Dix-huit mois auparavant, il avait en effet été saisi par le ministre wallon de la santé, à la suite d’« un cas concret, qui lui a été signalé par ses services » : « Un médecin établi en France peut-il venir en Belgique avec son patient et le faire admettre dans un centre de court séjour belge ou dans une maison de repos et de soins belge afin de l’y euthanasier, à sa demande ? »

Et La Croix de nous expliquer que, dans un texte de trois pages, les experts du Comité d’éthique belge font état de leurs divisions. Les uns affichent leurs réticences, affirmant qu’un tel cas poserait « de sérieuses questions »« Le fait d’envoyer [dans un centre de repos belge] un patient dans le seul but d’y pratiquer une euthanasie ne correspond pas aux objectifs poursuivis par ces centres. » De même, craignent-ils encore, « l’acceptation occasionnellement donnée dans ces centres ouvre la porte à une pratique qui pourrait rapidement devenir une habitude ».

Assurance maladie, démocratie et euthanasie

A l’opposé d’autres estiment au contraire « qu’il n’y a aucun inconvénient éthique à ce qu’un médecin, de nationalité belge ou non, autorisé à exercer en Belgique, pratique en Belgique une euthanasie dans les conditions prévues par la loi ». Reste la dimension financière – sur laquelle rien ne nous est dit. Qu’en dira notre Assurance Maladie ?

 Faudrait-il, ici,  rappeler que chez nos amis vivant de l’autre côté de la minuscule bourgade de Quiévrain la pratique de l’euthanasie est légale depuis une quinzaine d’années ? Et que depuis 2005, une directive européenne permet aux médecins d’exercer dans les différents pays de l’Union. On peut le dire autrement : au plan strictement juridique, rien n’interdit aujourd’hui à un médecin français de franchir la frontière, la main dans la main avec un patient, pour euthanasier ce dernier. Puis de revenir dans exercer dans son cabinet français.Avant de recommencer.

Si l’on en croit La Croix (et le dernier rapport de la commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie) vingt-trois personnes/patients sont venus de l’étranger pour se faire euthanasier en Belgique en 2016 et 2017. Et le quotidien catholique, en cette fin de dimanche de 11 novembre 2018, de citer le Pr Paul Cosyns, coprésident du Comité d’éthique belge, professeur émérite de psychiatrie de l’université d’Anvers :

 « Ce n’est pas du tout dans l’esprit de la loi de permettre ce genre de pratique. Cela s’assimilerait à une forme de tourisme d’euthanasie. »

Tourisme ? La belle affaire qui nous conduira bientôt, en charters offerts, au bord du Styx …  Où l’on voit, une nouvelle fois, que la Belgique  n’est pas la Suisse. Mais qu’elle pourrait bientôt, sous d’autres masques démocratiques et déontologiques, y faire songer.

A demain

@jynau

Homosexualité à traiter par la psychiatrie : le pape François irresponsable ou coupable ?

Bonjour

La démonstration vient d’en être faite par le pape François : il est désormais possible de faire le buzz depuis un aéroplane. A un journaliste qui, dans son avion, lui demandait ce qu’il répondrait à des parents découvrant les orientations homosexuelles de leur enfant, le souverain pontife a répondu qu’« il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses ». Plus précisément :

« Je leur dirais premièrement de prier, ne pas condamner, dialoguer, comprendre, donner une place au fils ou à la fille. Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après vingt ans. Je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. »

Ceci fut dit entre Ciel et Terre, le 26 août 2018, entre Dublin et Rome. Acté par des journalistes qui, statistiquement, ne peuvent tous être mécréants. Des mots qui, depuis quelques heures, alimentent le subconscient des infernaux réseaux sociaux internationaux. Dans ce ciel mêlé, au grand jour français : les associations tricolores de défense des droits LGBT (lesbiennes, gays, bi, trans). Elles viennent de dénoncer des propos papaux « irresponsables ».

Où l’on en revient au gouffre, religieux et républicain, séparant la responsabilité assumée de la culpabilité auto-refusée (Georgina Dufoix – affaires du sang contaminé).

Et les LGBT de rappeler, fort justement et avec le soutien de l’AFP, que l’homosexualité ne figure plus sur la liste des maladies mentales de l’OMS. Depuis longtemps ? Pas vraiment…  Depuis 1990. Pour Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT, les propos du pape « renvoient à l’idée que l’homosexualité est une maladie. Or, s’il y a une maladie, c’est cette homophobie ancrée dans la société qui persécute les personnes LGBT ».

Soigner sans savoir

Clémence :  « Ces paroles sont choquantes car elles ciblent les enfants. Des études ont démontré que le risque de suicide était plus élevé que la moyenne chez les jeunes LGBT ». « Graves et irresponsables ces propos incitent à la haine des personnes LGBT dans nos sociétés déjà marquées par des niveaux élevés d’homophobie et de transphobie », a par ailleurs réagi #SOS Homophobie.

 « J’aimerais que le pape François n’utilise pas les homosexuels pour qu’on cesse de parler des prêtres pédophiles », commente encore Catherine Michaud, présidente de GayLib, mouvement LGBT de centre droit, qualifiant les mots papaux « d’irresponsables, outranciers et homophobes ». Quant à l’Association des familles homoparentales :

« Il est très étonnant d’entendre régulièrement des conseils et des jugements moraux de l’Eglise au sein de laquelle certaines personnes sont incapables de dénoncer des actes pédo-criminels commis par des prêtres, qui devraient être les premiers à bénéficier de soins psychiatriques ».

On attend désormais la lecture des propos papaux par les servants de la pratique psychiatrique. Une discipline que l’on espère, loin du Vatican, sinon athée, du moins solidement agnostique – à des fins thérapeutiques.

A demain