Interdiction est faite aux dauphins français de se reproduire en captivité (Conseil d’Etat)

Bonjour

Pour qui connaît, à Paris, la splendide sécheresse de la Place Colette l’affaire ne manque pas de sel. Ni de chlore. Les hauts magistrats en hermine du Conseil d’Etat ont tranché dans le vif animal, comme le rapporte la plus que spécialiste Audrey Garric dans Le Monde :

« Mardi 1er août, le Conseil d’Etat, saisi par trois parcs marins, a suspendu une mesure de l’arrêté interministériel sur les delphinariums, celle qui interdit l’usage du chlore pour traiter l’eau. Il a estimé que la date d’entrée en vigueur de cette obligation, dans un délai de six mois, était trop courte pour réaliser les travaux nécessaires.

« La juridiction administrative suprême n’a en revanche pas ajourné l’interdiction de reproduction des dauphins et des orques en captivité, ce que demandaient en premier lieu les trois établissements hexagonaux : le Marineland d’Antibes (Alpes-Maritimes), le plus grand d’Europe avec un million de visiteurs par an, le parc Astérix (Oise) et Planète sauvage (Loire-Atlantique). »

Tout est là, chers lecteurs, miracle d’écriture et du droit à la française : « Établissements présentant au public des spécimens de cétacés ». En toile de fond, concept toujours rêvé- jamais explicité : le « bien-être animal ». Où l’on retrouve Ségolène Royal : un arrêté du 3 mai 2017 de la ministre de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer interdisait « la détention des dauphins et des orques » (à l’exception des spécimens régulièrement détenus à la date de son entrée en vigueur) ; ce qui impliquait « l’interdiction de leur reproduction en captivité ».

Contraception animale, hormonale et orale

On imagine le drame programmé pour les trois « delphinariums », ces centres aquatiques hébergeant en France des dauphins ou des orques : ils ont aussitôt demandé au juge des référés du Conseil d’État de suspendre l’exécution dudit arrêté. L’ordonnance du Conseil d’Etat calmera-t-elle les angoisses ? La voici, traduite et résumée:

« Le Conseil d’Etat estime que la mise sous contraception hormonale par voie orale des animaux (…) n’est pas de nature à créer une situation d’urgence, les éléments produits par les parties ne faisant pas état de ce que l’administration d’une telle contraception aurait des conséquences négatives sur la santé ou le bien-être des cétacés. »

Le Monde ajoute que les « associations » se félicitent de cette « victoire pour les dauphins ». « Cette étape est fondamentale dans la prise en compte, par le droit, des besoins physiologiques et psychologiques des animaux, estiment dans un communiqué commun les ONG « C’est assez ! », la « Fondation droit animal, éthique et sciences » et « l’Association pour la protection des animaux sauvages ». Nous espérons profondément que Nicolas Hulot aura à cœur de veiller au maintien et à la bonne application de cet arrêté. »

Delphineau

Lors de l’audience devant la haute juridiction du Palais Royal les établissements marins tricolores avaient défendu leur survie face au ministère de la transition écologique et aux associations. « Interdire la reproduction constitue un traitement cruel des animaux, a avancé Emmanuel Piwnica. Les dauphins sont des êtres sociables. On ne peut pas séparer les mâles des femelles si on veut bien les traiter.  » Quant à la contraception, a-t-il estimé, elle est  » possible mais ne peut pas être une solution définitive’’. »

Les associations animalières ont quant à elles réfuté l’argument du bien-être animal mis en avant par les delphinariums. « Ne pas donner naissance n’entraîne pas de souffrance, assure Arielle Moreau, l’avocate de « One Voice ». Les animaux ne peuvent exprimer aucun de leurs comportements naturels en captivité. La reproduction n’a qu’un but lucratif pour les parcs ». «  La contraception, de même que l’isolement, est déjà pratiquée chez les cétacés, en particulier les orques », ajoute Christine Grandjean, présidente de « C’est assez ! »

Mme Grandjean rappelle, nous dit Le Monde,  que « depuis deux ans, dix cétacés sont morts dans des parcs marins français », dont un delphineau au parc Astérix (sic). C’était  fin juillet. Qui en a parlé ?

A demain

 

 

 

 

Perturbateurs endocriniens : et à la fin, le petit Paris s’inclina devant le très grand Berlin

Bonjour

Après les deux discours remonte-en-ligne du Président et du Premier Ministre, c’est une solide défaite qu’enregistre la France sur le front mouvant des perturbateurs endocriniens. Le Monde s’en indigne (Stéphane Horel et Stéphane Foucart) qui a fait de ce sujet un militantisme environnemental éditorial. Résumons: la Commission européenne a obtenu, mardi 4 juillet lors d’un « comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale », un vote favorable des Etats membres quant à son projet de définition réglementaire des perturbateurs endocriniens.

« La majorité qualifiée a été obtenue grâce au revirement de la France, résume le quotidien vespéral. Elle s’opposait pourtant depuis plus d’un an, aux côtés du Danemark et de la Suède, à un texte jugé trop peu protecteur de la santé publique et de l’environnement par les sociétés savantes et les organisations non gouvernementales. Berlin, favorable à une réglementation peu contraignante pour l’industrie, a eu gain de cause. » Et voici la lecture qu’en fait Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne :

« Après des mois de discussion, nous avançons vers le premier système réglementaire au monde pourvu de critères légalement contraignant, définissant ce qu’est un perturbateur endocrinien. C’est un grand succès. Une fois mis en œuvre, ce texte assurera que toute substance utilisée dans les pesticides et identifiée comme perturbateur endocrinien pour les humains ou les animaux pourra être évaluée et retirée du marché. »

Particulière virulence

C’est, pour tout dire un sujet d’une grande complexité scientifique, médicale, réglementaire et politique. Un sujet où les oppositions sont d’une particulière virulence et qui n’est pas sans faire songer aux polémiques inhérentes au dossier du réchauffement climatique.

Et d’abord de quoi parle-t-on ? L’exécutif européen avait proposé des critères de définition des perturbateurs endocriniens en juin 2016. Un an et quelques amendements plus tard, le texte est accepté par le comité technique chargé du dossier, au sein duquel siègent des experts représentant les Vingt-huit. Une fois appliqué, il « assurera que toute substance active (utilisée dans les pesticides) identifiée comme perturbateur endocrinien pour les personnes ou les animaux pourra être évaluée et retirée du marché », a expliqué le commissaire européen à la Santé Vytenis Andriukaitis.

Un certain nombre de scientifiques demandaient quant à eux qu’une échelle graduée soit mise en place, distinguant les perturbateurs endocriniens « suspectés », « présumés » et « avérés » – sur le modèle de la classification des substances cancérogènes par le CIRC. Qui plus est le texte adopté conserve une clause (ajoutée à la demande expresse de Berlin) permettant d’empêcher un retrait des pesticides « conçus spécifiquement pour perturber les systèmes endocriniens des insectes ciblés ». « Et ce, alors qu’ils sont aussi susceptibles d’atteindre ceux d’autres espèces animales, dont les humains » assure Le Monde.

Exemption allemande

Et le ministre d’Etat, ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot ? Il a déclaré sur France Info que l’Allemagne avait « obtenu cette exemption parce que [son] industrie tient évidemment à les conserver le plus longtemps possible ». Le tout nouveau ministre a assuré que les experts français plancheraient sur ces pesticides et que « si leur dangerosité est avérée, nous les sortirons unilatéralement du marché ». M. Hulot a néanmoins salué l’adoption de ces critères comme « une avancée considérable », ouvrant « une brèche qui ne va pas se refermer ». Et en même temps la « Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme » (aujourd’hui dirigée par l’ancienne journaliste Audrey Pulvar) d’évoquer « une définition au goût amer ».

Dans le camp des géants industriels la colère n’est pas moins vive. « Les critères ne fournissent aucune protection supplémentaire pour la santé et l’environnement et ne servent qu’à avoir un impact disproportionné et discriminatoire sur les agriculteurs européens qui vont souffrir d’une nouvelle réduction arbitraire du nombre d’outils à leur disposition », a réagi Graeme Taylor, porte-parole de l’ECPA, organisation européenne qui réunit les grands du secteur (BASF, Dow, DuPont, Monsanto, Syngenta etc.).

Et les deux camps d’en appeler le Conseil (représentant les Vingt-huit) et le Parlement européen à rejeter le texte adopté. Réponse avant la fin de l’été.

A demain

 

 

 

Va-t-on abattre tous les macaques infectés par l’Herpès B vivant dans les zoos français ?

 

Bonjour

L’affaire a été révélée par Sud Ouest : plus de 160 macaques de Java d’un parc animalier français viennent d’être « euthanasiés ». Cela s’est passé le 18 mai à Labenne (Landes), à la « Pinède des singes ». Quelques explications ont été données par la sous-préfecture de Dax : « Il ne s’agit pas d’une suite du redressement judiciaire. Les singes ne sont pas euthanasiés pour des raisons économiques mais sanitaires, après des tests réalisés par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) ».

Une partie de la population landaise, qui ne disposait pas de l’ensemble des informations, a été très émue par la situation, certains habitants proposant de prendre des singes chez eux. L’agent d’accueil de la mairie a même été agressée verbalement. Une manifestation a failli être organisée. Sud Ouest :

« ‘’Certaines formes d’herpès peuvent effectivement être très dangereuses pour l’homme en cas de morsure », explique Emmanuel Le Grelle, directeur de La Vallée des singes, dans le département de la Vienne, une des références zoologique du pays. Impossible pour le moment de savoir comment ces macaques de Java ont contracté le virus : « Ce n’est pas une espèce particulièrement fragile. Mais les conditions d’hébergement, et même les conditions de détention, étaient exécrables. Les singes étaient dans des conteneurs non chauffés par exemple. C’était indigne. » »

Dans les Landes les 163 macaques de Java (Macaca fascicularis ou macaque à longue queue) étaient « porteurs sains » du virus de l’herpès B, potentiellement mortel pour l’homme. « A priori, la décision d’abattage semble sage. Mais voilà, la situation est bien plus complexe qu’il n’y paraît et il semble que des motifs économiques se cachent derrière ce choix, croit savoir Le Point (Frédéric Lewino). En effet, la prévalence du virus de l’herpès B parmi les macaques de Java des zoos du monde entier est très forte, sans qu’aucun cas de transmission à l’espèce humaine n’ait jamais pu être constaté. Les seuls cas avérés l’ont été en laboratoire. »

Méningo-encéphalites mortelles

Le risque, en cas de transmission à l’homme, est celui d’une méningo-encéphalite très souvent mortelle. A dire vrai l’affaire est prise très au sérieux par les autorités sanitaires américaines : « B-virus from Pet Macaque Monkeys: An Emerging Threat in the United States ? ». Le Point :

« Pendant des années, La Pinède des singes a attiré nombre de touristes venus observer une colonie de macaques de Java s’ébattant en toute liberté dans une forêt de six hectares. Personne n’a, alors, jamais rien trouvé à redire sur l’état sanitaire des singes qui étaient déjà porteurs du virus de l’herpès B, comme la plupart des autres macaques de Java en captivité. Au fil des années, les installations se sont délabrées. Après différentes procédures administratives suspensives, le parc animalier a été placé en avril 2016, en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Dax.

C’est un zoo voisin, de Labenne, qui a été chargé de s’occuper des macaques. C’est alors que les services vétérinaires départementaux se sont mis subitement à s’inquiéter des risques que pouvaient faire courir les macaques à leur soigneuse. La préfecture a demandé des analyses sanguines sur les singes. »

Deux macaques recherchés

Conclusions : 115 macaques positifs, 24 douteux et 17 négatifs. Confirmation demandée par les services préfectoraux à un laboratoire américain.  La DDCSPP (direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) saisit alors l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail) qui émet un avis daté du 12 avril 2017 : « avis relatif à l’évaluation du risque lié à l’infection d’un groupe de macaques (Macaca fascicularis) par le Macacine Herpesvirus 1 ». On peut y lire ceci :

« L’euthanasie de macaques infectés par le MaHV1 représente un risque particulier d’exposition des personnes chargées de la réaliser. Si une décision d’euthanasie (quel que soit le nombre de singes concernés) était prise par les gestionnaires, les experts soulignent que tous les acteurs associés à une telle procédure devraient être formés à ce type d’opération et être informés du risque et prendre les mesures de précaution adaptées. Au-delà des risques sanitaires, le Groupe d’expertise collective d’urgence souligne le risque psycho-social pour le personnel du parc, en cas d’implication de ce dernier dans une telle opération. »

On apprend aussi que deux macaques ont été transférés dans un autre zoo, zoo fermé depuis. « Il conviendrait de rechercher et d’informer les détenteurs actuels de ces singes sur le risque d’infection par le MaHV1 » souligne l’Anses.

« Ce qui affole les protecteurs des animaux et différentes associations, c’est que la décision de la préfecture des Landes soit étendue à tous les parcs et zoos de France » précise Le Point. Pourquoi ne le serait-elle pas ? Et qui décidera ?

A demain

Les caméras de vidéosurveillance sur le point de franchir la porte des abattoirs de France

 

Bonjour

Il faut, ce matin, imaginer heureux  Olivier Falorni député ex-PS, Charente-Maritime. L’Assemblée nationale a, dans la nuit et de façon totalement inattendue, voté l’obligation d’installer des caméras de surveillance dans les abattoirs. Le gouvernement ne s’y est pas opposé. Si tout va bien (si la future majorité ne s’y oppose pas) cela se ferait à compter de l’an prochain.

Restera à traiter la question, hautement délicate, des abattages dits « rituels ». « Nous sommes en train de travailler avec les cultes » a fait savoir Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement.

Ainsi donc, à partir du 1er janvier 2018 (et après expérimentation) « des caméras [seront] installées dans tous les lieux d’acheminement, d’hébergement, d’immobilisation, d’étourdissement, d’abattage et de mise à mort des animaux ». C’est ici la suite du combat mené avec constance par l’association L214 et mis en scène par quelques médias dont Le Monde.  Les images-choc diffusées avaient suscité beaucoup d’émotion et poussé le gouvernement à bâtir un plan gouvernemental en faveur du bien-être animal.

Primaire de la gauche

Des députés avaient parallèlement travaillé le sujet, créé une commission d’enquête et rédigé une proposition de loi portée par le député Falorni et comprenant cette « mesure phare » sur les caméras dans les abattoirs. Leur victoire a été acquise malgré l’opposition de quelques députés de droite et du centre. Ces derniers pronostiquent déjà la mort des « petits abattoirs » incapables selon eux de s’acquitter de cette nouvelle charge.

Les minutes de l’Assemblée nationale retiendront que l’obligation d’installer des caméras a été adoptée par 28 voix contre 4. L’hémicycle était plus que dégarni : la France politique regardait alors d’autres images transmises par des caméras : celles du premier débat télévisé de la primaire de la gauche. Il n’y fut aucunement question de souffrances animales.

A demain

 

Grippe aviaire : le gouvernement annonce le sacrifice d’un million de palmipèdes

 

Bonjour

En langage diplomatique on parle, face à « l’influenza aviaire hautement pathogène H5N8 » d’une « évolution de la stratégie de lutte pour éradiquer le virus dans les départements touchés ». En pratique cela se traduira par « un abattage de tous les palmipèdes en parcours extérieur d’une zone définie par le ministre en charge de l’agriculture,  incluant une partie des départements du Gers, des Landes et des Hautes Pyrénées ».

Sans atteindre celle de la Corée du sud (confrontée à une pénurie nationale d’œufs) la situation française est grave.  Depuis le début du mois de décembre 2016, 89 foyers d’infuenza aviaire H5N8 hautement pathogène ont été identifiés dans des élevages français en particulier dans la zone sud-ouest. Ce nouveau virus particulièrement agressif pour les élevages de volailles et se diffuse rapidement. La situation sanitaire évolue de façon différente selon les zones considérées : alors que certaines zones réglementées se stabilisent (notamment dans les départements du Tarn, de l’Aveyron et de Lot-et-Garonne), une zone concentrant la majorité des derniers foyers en date confirmés, incluant une partie des départements du Gers, des Landes et des Hautes-Pyrénées, n’est pas encore stabilisée.

Eradication

La puissante Direction générale de l’alimentation explique avoir réuni, aujourd’hui 4 janvier, les membres du Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale. Ordre du jour :  discuter et valider une évolution de la stratégie d’éradication du virus. Conclusion :

« L’objectif de la stratégie de dépeuplement, qui a été validée, vient compléter les dispositions européennes déjà en place pour protéger les zones à forte densité d’élevages (notamment la zone de Chalosse) et empêcher la progression de la maladie dans les zones qui ne sont pas encore stabilisées.

« Ainsi, un abattage de tous les palmipèdes en parcours extérieur d’une zone définie par le Ministre en charge de l’agriculture, incluant une partie des départements du Gers, des Landes et des Hautes Pyrénées  va être opéré. Le principe est d’abattre rapidement les espèces les plus touchées à ce jour par le virus à savoir les palmipèdes prêts à gaver de cette zone. (…)

Du 5 au 20 janvier

« Devant l’urgence de stopper au plus vite la propagation de ce nouveau virus, les opérations d’abattage des palmipèdes concernés débuteront dès le 5 janvier et se termineront vers le 20 janvier. La réussite de cette stratégie repose sur la mobilisation de l’ensemble des professionnels de la filière, des vétérinaires et des services de l’État afin que les mesures de biosécurité les plus strictes soient appliquées.

 « Les opérations de dépeuplement seront financées par l’Etat.  Les services de l’Etat sont mobilisés pour aider les professionnels à faire face à cette nouvelle crise sanitaire. »

Aucun chiffre précis n’est donné quant au nombre de palmipèdes concernés mais on estime que celui d’un million peut être raisonnablement avancé. Aucun détail n’est fourni quant aux techniques utilisées pour « dépeupler ».

A demain

Foie gras : Nagui et Marcela Iacub n’en veulent plus. Et ils réclament que nous n’en mangions pas

 

Bonjour

Un malheur peut ne pas arriver seul. Ainsi, aujourd’hui en France la multiplication des foyers de grippe aviaire H5N8 qui tétanise les élevages du grand Sud-Ouest. Et puis ces propos signés de Nagui et de Marcella Iacub dans une tribune que vient de publier  Le Monde. Une tribune exclamative simplement titrée : « Interdisons la production de foie gras en France ! ».

Marcella Iacub, 52 ans, est une personnalité atypique dans le paysage médiatique français. Juriste, essayiste, paradoxale sur le féminisme elle est, pour tout dire, inscrite dans une longue quête provocatrice. En 2013, cette directrice de recherches au CNRS avait gagné en notoriété à la suite de la publication de son livre Belle et Bête — inspiré de sa relation avec Dominique Strauss-Kahn. Ses lecteurs la retrouvèrent ensuite dans la célèbre émission  Les Grosses Têtes, sur RTL.

On ne présente pas Nagui. Les deux signent, dans Le Monde,  une tribune avec un « collectif » médiatique assez hétéroclite 1 que réunit la détestation de l’existence, en France, dufoie gras (de canard).

Berceau français

La provocation ne manque pas de sel. Les auteurs font d’emblée valoir que les premières victimes de l’épizootie de grippe aviaire « sont d’abord et avant tout, les canards ! » – animaux qui meurent, par milliers, des suites de la maladie ou des campagnes d’abattage menées à titre ‘’préventif’’. » Lisons la suite :

« Quand on sait que le foie gras est un foie malade – les canards étant atteints de la stéatose hépatique –, la filière du foie gras – et donc du canard gras – n’en est plus à une maladie près ! Certains d’entre nous ont grandi dans le sud de la France, berceau français du foie gras. En tout cas, depuis notre tendre enfance, nous avons tous été bercés par une petite musique sur la place importante du foie gras sur la table des fêtes de fin d’année et tout l’imaginaire qui va avec : convivialité, gastronomie, tradition – même si la production de foie gras ne prend son essor qu’au XIXe siècle. Des fêtes sans foie gras ne seraient pas des fêtes dignes de ce nom ! »

De fait, pour certains, non ! Et pas les plus aisés de notre société.

Inséminations forcées

Suit un passage pédagogique où le collectif explique comment est produit le foie gras : canes « inséminées de force artificiellement » (sic) ; canetons femelles tués à la naissance, « généralement par broyage » ; vingt-trois millions de femelles chaque année qui sont broyées ou gazées à la naissance ; quarante millions de canards  gavés par pompe hydraulique ou pneumatique à l’aide d’un embuc métallique d’une vingtaine de centimètres enfoncé dans l’œsophage.

Et que l’on ne fasse pas de différence entre l’industriel sadique et le gentil gaveur producteur : « il n’y a pas de gavage heureux ».

Vient la confession collective :

«  Nous aussi, nous aimons partager des moments conviviaux en famille et entre amis durant cette période particulière que sont les fêtes de fin d’année. A une époque pas si lointaine, le foie gras en faisait partie et était bien présent sur nos tables. Pourtant, nous avons fait le choix de ne plus en consommer pour ne plus soutenir et encourager une activité tout entière fondée sur l’immense souffrance des canards. Pour mettre fin à cette souffrance, nous demandons que la production de foie gras soit interdite en France, comme elle l’est déjà dans de nombreux pays européens. »

Travail des enfants

Les auteurs ne nous disent malheureusement par quoi ils remplacent la stéatose hépatique. Ont-ils versé dans le végétarisme ? Sinon comment résolvent-ils leurs contradictions ?  Ils disent « souhaiter profondément que les relations que nous entretenons avec les animaux changent ». Ils entendent « construire une société bienveillante où les animaux auraient une véritable place dans une société fondée sur la justice ».

Qui ne le souhaiterait ? Mais en quoi la croix sur le foie gras aidera-t-elle à la construction de ce temple de la bienveillance ? On est d’autant plus dérangé par le propos que les auteurs avancent un argument redoutable. Le voici :

«  L’argument économique n’est souvent que le paravent du conservatisme aveugle. Défendant le travail des enfants, la chambre de commerce de Mulhouse affirmait déjà en 1837 : ’Leur coopération est d’une nécessité absolue et la question de leur admission en général en serait une question de vie ou de mort pour nos fabriques.’’  Cependant, nous avons été capables en Europe d’évoluer vers d’autres pratiques et l’économie ne s’est pas pour autant effondrée. »

Osons le mot : ce parallèle historique entre le travail des enfants et le gavage des canards est assez délicat à avaler.

A demain

1 Françoise Armengaud, philosophe ; Aurélien Barrau, astrophysicien, professeur, université Grenoble-Alpes ; Pierre-Emmanuel Barré, humoriste ; Adélaïde De Clermont-Tonnerre, romancière et journaliste ; Jean-Baptiste Del Amo, écrivain ; GiedRé, chanteuse ; Marcela Iacub, juriste, CNRS ; Thomas Lepeltier, historien et philosophe des sciences ; Guillaume Meurice, humoriste ; Nagui, animateur, producteur et comédien ; Philippe Reigné, juriste, Conservatoire national des arts et métiers ; Matthieu Ricard, biologiste et fondateur de Karuna-Shechen ; Mathieu Vidard, journaliste

Oiseaux infectés de mauvais augure : tout le territoire métropolitain est désormais menacé

 

Bonjour

L’Histoire repasse rarement les plats mais les mêmes causes produisent (assez souvent) les mêmes effets. Il y eut le Pas-de-Calais. Puis, peu après, le Tarn.  Le Nord, le Sud-Ouest. Puis la faune sauvage de la Haute-Savoie. Aujourd’hui, 6 décembre 2016 les doutes ne sont plus permis : celui ou celle qui remplacera le Premier ministre sortant devra faire avec une nouvelle menace, virale et animale.

A la suite de la découverte de plusieurs foyers d’influenza aviaire hautement pathogène H5N8 dans des élevages du Sud-Ouest et de cas dans la faune sauvage dans le Pas-de-Calais et la Haute-Savoie, le ministère de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la Forêt vient de « relever le niveau de risque vis-à-vis de la maladie au niveau « élevé » sur l’ensemble du territoire national ».

Virus meurtrier

C’est là une conséquence directe de la qualité de surveillance des services déconcentrés de l’Etat. Mais c’est aussi la prise en compte de « l’évolution rapide de la situation sanitaire en France et dans plusieurs pays d’Europe » et, surtout, de « la dynamique de propagation du virus ». Un virus hautement meurtrier.

Le niveau de risque avait déjà, à la mi-novembre, été relevé de « négligeable » à « modéré » sur l’ensemble du territoire national. Et dans les zones humides considérées comme des zones à risque particulier (elles constituent des arrêts sur la route des oiseaux migrateurs) le risque avait atteint  niveau « élevé ». Mais rien n’y a fait : certains des foyers découverts ces derniers jours se situent en dehors de ces zones..

Filets, lâchers et marchés

Le risque « élevé » sur l’ensemble du territoire national entraîne la mise en place de mesures de protection renforcées sur l’ensemble du territoire national, à savoir :

– l’obligation de confinement ou de pose de filets permettant d’empêcher tout contact avec les oiseaux sauvages pour tous les élevages commerciaux de volailles (sauf dérogation précisée par arrêté) et toutes les basses-cours (sans dérogation possible)

– l’interdiction de tout rassemblement de volailles vivantes, et en particulier des marchés de volailles vivantes. Les rassemblements peuvent avoir lieu sous dérogation, si notamment des dispositions sont mises en œuvre pour éviter tout risque de contamination par les oiseaux sauvages d’eau (oiseaux de la faune sauvage susceptibles d’être infectés par l’influenza aviaire) et entre volailles issues de différents élevages.

– l’interdiction de lâchers de gibiers à plume sur tout le territoire national. Les lâchers de faisans et de perdrix peuvent être, eux, autorisés sous certaines conditions, tout comme l’utilisation des appelants.

Guerre

Plus précisément le ministère rappelle que des mesures de biosécurité strictes doivent être respectées dans toutes les exploitations de volailles et par toutes les personnes susceptibles de rentrer dans les élevages de volailles du territoire national. « La gestion de ce nouvel épisode d’influenza aviaire dépend de la mobilisation et l’engagement de tous les acteurs du secteur » dit-il.

Cela ressemble à une déclaration de guerre. C’en est une.

A demain