Un cadeau original, discret et urgent : pour les fêtes de fin d’année, un peu de votre sang

Bonjour

Qui écrit les communiqués de presse de l’Établissement français du sang (EFS) ? Jadis c’était du copié-collé : il fallait donner. Avec le temps le texte a évolué. Aujourd’hui on pianote sur plusieurs claviers, pour toucher plusieurs « cibles ». Cela donne :

« Engagez-vous ! Prenez le temps de sauver des vies. Partagez votre pouvoir ! »

S’engager, comme dans l’armée. Prendre un peu de son temps, contre la mort. Reste le partage du pouvoir ? Voilà qui est plus complexe. Plus dangereux aussi, qui pourrait paradoxalement nous rapprocher de la marchandisation des éléments du corps humain. Pour l’heure nous sommes toujours dans un pays laïc qui, contre les vents capitalistes mauvais, maintient son credo du don corporel anonyme bénévole et gratuit. Notamment à l’approche des « fêtes de Noël ».

Moins d’une heure

Et puis l’essentiel : les réserves de sang sont en baisse depuis une dizaine de jours et sont désormais trop fragiles pour aborder en sécurité le début de l’année nouvelle.

« Alors que la fin de l’année est marquée par une baisse de la collecte de sang du fait des congés, des phénomènes météorologiques et des épidémies saisonnières, l’EFS en appelle à la générosité de toutes et tous en cette période de fêtes en les conviant dans l’un de ses 128 centres de collecte ou dans l’une des nombreuses collectes mobiles qui se tiennent en décembre. Vous êtes surbooké ? Cela ne prendra que 45 minutes de votre temps (dont seulement une dizaine pour le prélèvement).

« Engagez-vous ! Prenez le temps de sauver des vies. Partagez votre pouvoir ! »

A demain

Démocratie vaccinale : choisirez-vous le Prévanar® (Pfizer) ou le Synflorix® (GSK) ? 

Bonjour

D’un côté l’opération fractale « obligation vaccinale » voulue par le gouvernement – entreprise généralement mal comprise, souvent contestée : onze vaccinations avant l’âge de deux ans.  De l’autre une opération séduction, baptisée « consultation publique », menée par  la Haute Autorité de Santé (HAS). Depuis le mois de mai dernier cette institution a en effet, aussi, pour mission de « participer à l’élaboration de la politique vaccinale » 1. Exclue de l’opération gouvernementale, la HAS expérimente et le fait savoir à la presse :

« Compte tenu des enjeux que représente la vaccination, la HAS a décidé de mettre en consultation publique tous les projets de recommandations vaccinales visant à établir ou modifier une stratégie vaccinale. Ainsi, du 12 décembre 2017 au 5 janvier 2018, la HAS invite pour la première fois tous les acteurs concernés à s’exprimer sur la place du vaccin Synflorix® (GSK) dans la prévention des infections à pneumocoques chez l’enfant de moins de 5 ans. »
 
Démocratie : la HAS a décidé que les acteurs concernés « seraient systématiquement sollicités pour exprimer leur avis sur un projet de recommandation avant d’aboutir à une version finalisée ». Elle soumet ainsi aujourd’hui à consultation publique la version préliminaire de sa première recommandation vaccinale concernant le vaccin pneumococcique Synflorix®

Coup de griffe

Contexte : afin de réduire la fréquence des pneumonies et des infections invasives à pneumocoque, la stratégie vaccinale cible aujourd’hui l’ensemble des prématurés et nourrissons. Un seul vaccin conjugué est aujourd’hui disponible : il s’agit du Prévanar 13 ® (Pfizer) vaccin comportant 13 sérotypes de pneumocoques. Il s’agit ici de déterminer la place devant être accordée à un nouveau, le Synflorix® (qui ne comporte que 10 sérotypes).

En pratique : cette consultation publique est ouverte (du 12 décembre 2017 au 5 janvier 2018). Les acteurs concernés : associations agréées de patients et d’usagers du système de santé, collèges nationaux professionnels et sociétés savantes, institutions publiques, agences sanitaires, syndicats, industriels, centres de vaccination… Mode d’emploi. Le Prévanar® est commercialisé au prix de 56,24 € TTC. Le Synflorix® n’a pas encore de prix. GSK versus Pfizer, on espère que les conflits d’intérêts seront évités.

« L’ensemble des contributions sera analysé et discuté afin d’enrichir et d’aboutir à la version finale de la recommandation vaccinale » assure la HAS. Elle dit aussi, « au-delà de la rigueur scientifique des travaux menés par ses commissions » affirmer ainsi « sa volonté d’ouverture et de transparence dans l’élaboration de ses recommandations vaccinales ». Ces consultations publiques sont pour elle « un moyen de favoriser leur acceptabilité et leur appropriation ».

On pourrait presque lire ici, entre les lignes, un petit coup de griffe contre un exécutif peu soucieux de favoriser « l’acceptabilité » et « l’appropriation » de sa décision. Mais ce serait oublier que la décision gouvernementale avait été précédée d’une « concertation citoyenne ».

A demain

1 Créée en 2017, la commission technique des vaccinations de la HAS est chargée d’évaluer les vaccins et de préparer les décisions de l’institution en matière de recommandation vaccinale. Ces recommandations « ont vocation à éclairer le ministre en charge de la santé en lui apportant des éléments sur les bénéfices et les risques au niveau individuel et collectif des vaccins et sur la stratégie vaccinale à mettre en œuvre (populations susceptibles de bénéficier des vaccins et conditions de leur utilisation). »

Heureux comme un médecin public faisant du privé dans une une AP-HP «à bout de souffle» ?

Bonjour

« Secteur privé à l’hôpital public ». Jadis, au temps des « Hommes en blanc » et des idéologies triomphantes, le sujet enflammait les esprits. Les uns y voyaient une rente honteuse de situation. Pour les autres le juste privilège des sacrifices consentis en restant dans la maison-mère ; et une forme d’attractivité pour cette dernière. Quand les premiers eurent le pouvoir politique ils parlèrent d’y mettre un terme. Quelques broncas firent qu’on en resta là. Et, comme toujours, l’administration encadra.

Aujourd’hui, faute d’idéologie, tout se vaut et l’abcès a pratiquement été vidé. C’est un sujet parmi tant d’autres, jamais plus un objet de débat politique. Aucun ministre de la Santé, depuis des lustres, ne s’y est aventuré. Et surtout pas Agnès Buzyn qui, dans Libération, tente d’expliquer que, selon elle, l’hôpital public est arrivé « au bout d’un système ». Extrait :

« De vrais défis nous attendent, notamment sur la pertinence des soins, et une restructuration de nos hôpitaux est indispensable. Il va falloir recentrer leur activité sur leur valeur ajoutée et la médecine de recours, en renforçant leur capacité à accueillir tout le monde. Il faut surtout redonner confiance aux équipes de l’hôpital et du sens à leur mission. Par ailleurs, nous allons mener la réforme structurelle des retraites, pour qu’enfin on ait confiance dans notre système. Aujourd’hui, celui-ci est illisible, au point que les jeunes ont le sentiment qu’ils n’en bénéficieront pas. Globalement, nous devons repenser l’ensemble. Le système est à bout de souffle. »

C’est ainsi une forme de marronnier glacé que traite Le Quotidien du Médecin. Il nous explique aujourd’hui (Anne Bayle-Iniguez) que les praticiens hospitaliers qui ont exercé une activité libérale à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) en 2016 se sont partagé près de 38,6 millions d’euros d’honoraires, soit 5,8 % de plus que l’année précédente, précise le dernier rapport annuel de la commission centrale de l’activité libérale de l’AP-HP qui veint d’être rendu public.

« Empocher » plus de 450 000 euros

 « Le volume d’activité libérale a progressé en 2016 et cette progression s’est accompagnée d’une augmentation des honoraires perçus », constate la commission présidée par le Dr Alain Faye, chirurgien viscéral à l’hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP).  Le nombre de consultations (100 000, +2,7 %) et d’actes (67 000, +4,5 %) dans ce secteur privé a augmenté moins vite que les sommes facturées, alors que le nombre de médecins concernés est quasi-stable (350 contre 355 en 2015).

Que savoir d’autre ? Que la majorité des praticiens concernés par cette activité libérale sont des PU-PH (243). Qu’ils exercent pour l’essentiel à la Pitié-Salpêtrière, Cochin, l’HEGP et Lariboisière. Que les honoraires moyens tirés de ce secteur privé ont, en 2016, été de 115 203 euros par praticien – contre 108 880 euros l’année précédente dans le CHU francilien. Mais ce montant recouvre de fortes disparités : 106 praticiens ont touché moins de 50 000 euros d’honoraires alors que sept autres ont « empoché plus de 450 000 euros » – sept soit un de plus qu’en 2015.

« Sans surprise » (Le Qotidien dixit) environ la moitié des contrats d’activité libérale concernent des chirurgiens ; 29 % des contrats en cours sont le fait de spécialités médicales, 11 % proviennent de l’activité d’imagerie, de la médecine nucléaire et de la radiothérapie, 7 % de la gynécologie, 2 % de l’odontologie et … 1 % de la psychiatrie.

S’indigner ? A quel titre ? La redevance reversée à l’AP-HP par les praticiens hospitaliers autorisés à pratiquer une activité libérale s’élève à 9,8 millions d’euros en 2016 , soit 5 % de plus qu’en 2015. Aucun excès, aucune sanction, aucune demande de suppression d’activité au motif (ce n’est qu’un exemple) que l’activité libérale serait supérieure au plafond de 20 % autorisé sur le total des actes – ou que les déclarations d’honoraires seraient « incomplètes ».

A demain

Sevrage tabagique et pharmaciens d’officine : les prix libres et indécents du Nicopass®      

Bonjour

C’est une étude qui ne donnera pas la meilleure image des pharmaciens d’officine. Les prix des médicaments vendus sans ordonnance (prix libres) ont progressé en un an de 4,3 %, avec d’énormes disparités, rapporte le baromètre annuel de l’Observatoire Familles rurales – des résultats barométriques publiés mardi 12 décembre dans Le Parisien et résumés par l’Agence France Presse. L’affaire concerne les sites comme les officines.

« Dans les officines en dur l’association a constaté qu’environ 75% des boîtes de médicaments sans ordonnance sont dépourvues d’étiquette « prix ». Ceux-ci sont inscrits sur des présentoirs « pas toujours accessibles ou lisibles pour les consommateurs », surtout lorsqu’ils sont situés derrière le comptoir, a relevé la fédération qui craint une volonté délibérée de la part des pharmaciens de priver le consommateur d’une « possibilité de comparaison » des prix. Sur les douze médicaments analysés, Familles rurales a relevé un écart de prix moyen allant du simple au triple. »

« Vous pratiquez l’automédication ? N’oubliez surtout pas de comparer les offres, conseille Le Parisien. Car loin d’avoir favorisé la baisse des prix, la loi de 2008 qui autorise la vente en accès libre de médicaments sans ordonnance n’a fait qu’opacifier le marché et désorienter le consommateur. » Selon les relevés effectués dans 40 magasins et sur 43 sites internet en octobre, le prix du « panier » étudié a augmenté de 4,3 % en un an, alors que l’inflation n’était que de 1,1 %. »

« Un produit d’usage fréquent tel que l’Activir, utilisé contre l’herpès, a vu son prix moyen baisser de 7,1 % en 2016 puis s’envoler de 9,8 % cette année. Le Dacryum, solution de lavage oculaire, coûte 9,6 % de plus que l’an dernier. Dans certains endroits, il se trouve à 1,95 euros la boîte et dans d’autres à… 8,50 euros. Soit 3,4 fois plus cher », détaille l’étude. Sur les produits regardés à la loupe par Familles rurales, seuls deux sont en baisse : l’Imodium (− 2,2 %) et le Strepsils (– 1 %).

Affaire doublement politique

 L’étude relève que les variations de prix sont plus importantes dans les officines que sur les sites. Le Maalox oscille entre 2,75 € et… 9,10 € La boîte de Nicopass, « pour cesser de fumer », peut y être facturée 13,90 euros comme … 34,10 euros. C’est là un sujet doublement politique puisque le coût des substituts nicotiniques est (pour partie et de manière forfaitaire) pris en charge par l’assurance maladie 1. Cela s’appelle « accompagner l’arrêt du tabac ».

En pratique l’assurance maladie rembourse, sur prescription, les traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhaleur…) « à hauteur de 150 euros par année civile et par bénéficiaire », depuis le 1er novembre 2016. Point n’est besoin d’être fort en calcul (mental) pour saisir que cet « accompagnement-remboursement » n’est pas du même ordre selon les pharmaciens auxquels s’adressent les malades fumeurs réclamant d’en finir avec leur dépendance.

Où l’on en revient à cette situation incompréhensible, injustifiable : pourquoi, au vu du fléau que constitue le tabagisme, ces médicaments (devant être prescrits) disposent-ils d’un prix libre ? Pourquoi laisse-t-on des pharmaciens disposer d’une telle liberté ? Pourquoi ces médicaments ne sont-ils pas, intégralement pris en charge par l’assurance maladie ?

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Ombres et lumières du 31ème Téléthon, les thérapies géniques, Big Pharma, Johnny Hallyday 

Bonjour

Quel est l’avenir du Téléthon? Pour sa 31e édition cette manifestation caritative n’a pas atteint les promesses attendues: 75,6 millions d’euros de promesses de dons contre 80,31 millions il y a an à la même heure. Les organisateurs veulent voir ici la conséquence d’«un contexte difficile» du fait de l’hommage national rendu, le même jour à Johnny Hallyday. Une explication discutable puisque ce même Téléthon avait été placée sous l’égide du chanteur et que les organisateurs expliquent que «la France qui a pleuré Johnny Hallyday est en grande partie celle qui donne aussi pour le Téléthon».

On peut aussi percevoir ici le symptôme d’une forme d’essoufflement, les appels récurrents à la charité publique n’étant pas suivis de réalisation thérapeutiques substantielles. Plus d’un quart de siècle de surplace médical. Ou presque. Un quart de siècle de Téléthon pré-hivernaux, de mises en scène télévisées parfois outrancières, de spectacles associatifs, d’appels parfois poignants au don, de promesses chaque année reportées à des lendemains qui, eux, chanteraient.

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Sanofi condamné à trois millions d’euros dans un premier dossier Dépakine. Paiera ou pas ?

Bonjour

Dépakine: pour la première fois la multinationale française Sanofi a été condamnée, au civil, pour la «défectuosité de son produit». La cour d’appel d’Orléans confirme ainsi de fait la responsabilité de la firme qui devra «indemniser les dommages subis par une famille du fait de l’exposition in utero d’un enfant au valproate de sodium». L’information vient d’être donnée par Libération (Eric Favereau).

 La justice a estimé que ce médicament est «un produit qui n’offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre». « C’est une magnifique décision», a commenté Marine Martin présidente de l’ Association des parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant (Apesac) qui donne l’information en même temps que Libération. « Cela confirme nos positions . Sanofi a manqué à son devoir d’ information et doit assumer sa responsabilité vis-à-vis des milliers de victimes de la Dépakine » dit-elle.

En 2016, un fonds d’indemnisation avait été créé. Parallèlement, différentes poursuites judiciaires ont été engagées, aussi bien au civil qu’au pénal et des actions collectives sont en cours. Libération précise que le cas que vient de juger la cour d’appel d’Orléans est « terriblement classique » : un un couple dont la femme prend de la Dépakine depuis l’âge de 11 ans contre son épilepsie. La cour d’appel :

 « (…) envisageant une grossesse, il lui a été conseillé de poursuivre ce traitement (…) sans qu’aucune information ne lui ait été donnée par le corps médical  ou le laboratoire sur le danger de la Dépakine, et qu’à l’issue d’une grossesse sans problèmes, elle a mis au monde, le 24 novembre 2002, un enfant, Camille , présentant un syndrome malformatif général, anomalies des membres supérieurs et microphtalmie en particulier».

 « (…)  «la présentation du produit au patient n’offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre». Sanofi « ne peut davantage tenter de se dédouaner […] en invoquant la mise à disposition de l’information au médecin qu’elle présente comme un vecteur essentiel de l’information ou en invoquant un défaut de diagnostic extérieur au produit imputable aux médecins en charge du contrôle échographique alors qu’il lui incombait de présenter le produit à la patiente en s’attachant à la sécurité qu’un patient, quel qu’il soit, pouvait légitimement en attendre». 

Pour la cour d’appel, Sanofi ne peut pas se retrancher derrière le fait que le laboratoire est soumis au contrôle des autorités de santé. A final la cour d’appel d’Orléans impose à Sanofi de fortes indemnisations, non seulement pour l’enfant victime de la Dépakine, mais également pour ses proches, c’est-à-dire ses parents et sa sœur : au total, près de trois millions d’euros. La firme a également été condamné à rembourser l’intégralité des frais préalablement versés par l’Assurance maladie.

Sanofi a, sans surprise, décidé de se pourvoir en cassation.

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Rebondissement massif dans l’affaire du géant Lactalis contaminé par des salmonelles

Bonjour

Il sera dit que l’exécutif français  ne plaisante pas avec la santé des bébés. On croyait l’affaire Lacatlis bouclée depuis le 3 décembre – il n’en est rien. Le gouvernement a annoncé, une semaine plus tard, un retrait massif de laits infantiles du premier groupe laitier mondial en raison d’un risque de contamination par des salmonelles. Mieux : il exige des « mesures correctives » avant toute reprise de la production.

On se souvient peut-être que le géant Lactalis avait initialement rappelé douze références de ses laits infantiles fabriqués dans son usine de Craon (Mayenne). Or le ministère de l’Économie et des Finances vient de publier une liste beaucoup plus importante (plus de 600 lots) qui sont rappelés – interdits à la consommation et à l’exportation. Aucune possibilité d’ « écoulement des stocks ».

Incertitudes

« Le rappel concerne près de 7.000 tonnes de produits fabriqués , a précisé Michel Nalet, directeur de la communication du groupe, cité par Le Figaro. Je ne suis pas capable de dire ce qui a déjà été consommé ». Les exportations sont également bloquées. De nombreux pays sont concernés: Algérie, Maroc, Grande-Bretagne, Taïwan, Roumanie, Grèce, Bangladesh, Chine, Pérou, Géorgie ou encore le Pakistan. Les quantités concernées sont «énormes», a reconnu un porte-parole du leader mondial des produits laitiers.

Le Pr Benoît Vallet, directeur général de la Santé a pour sa part indiqué à l’AFP qu’il était « assez rare de prendre des dispositions massives comme on le fait là ». Pourquoi cette rareté ? Bercy estime que les mesures prises par le groupe depuis le 2 décembre ne sont « pas de nature à maîtriser le risque de contamination ».  De fait le précédent rappel avait été ordonné après la contamination par des salmonelles de vingt bébés de moins de six mois, qui avaient consommé ces produits. Or cinq nouveaux cas ont été déclarés cette semaine, dont un qui avait consommé un « lait de riz » ne figurant pas parmi les produits rappelés le 2 décembre.

Et toujours la même source potentielle de contamination : l’une des tours de séchage de l’usine Lactalis de Craon dans la période du 1er au 6 mai. Par précaution, il a été décidé de procéder à un rappel plus large de l’ensemble des produits fabriqués depuis le 15 février. Et toujours par précaution Lactalis a mis à l’arrêt ses installations le 8 décembre « afin d’y engager des mesures de nettoyage, de désinfection additionnelles, renforcées, pour le futur ».  y compris dans l’autre tour de séchage. Des précautions encadrées par un arrêt préfectoral pris dans la foulée.

Risque de pénurie ?

« Il faut que l’entreprise fasse un plan de correction de sa production pour être capable de rouvrir sa production de laits en poudre » insiste le Pr Vallet – qui ajoute qu’en août et en novembre, des « prélèvements internes à Lactalis » s’étaient révélés positifs aux salmonelles sur le site de Craon. Lactalis confirme : des traces ont été trouvées « sur du petit matériel de nettoyage et sur les carrelages », et pas dans l’appareil de production. « La première information sur ces problèmes de possible contamination nous est arrivée la semaine dernière », a noté le porte-parole du groupe laitier. Sans plus de précisions sur cet étrange retard de transmission.

Rien, en pratique, de dramatique : dans l’immédiat, le ministère a demandé aux parents, « dans la mesure du possible, de ne pas (…) utiliser » les produits concernés, essentiellement vendus sous les marques Milumel et Picot, mais aussi Carrefour ». Ils peuvent aussi faire bouillir le lait pendant deux minutes.

Le liste des lots concernés est disponible sur le site du ministère de la Santé, www.solidarites-sante.gouv.fr. Sont désormais concernés une large gamme de laits premier et deuxième âge, lait-relais, poudres, avec ou sans lactose, à base de protéines de riz… Certains ne sont disponibles qu’en pharmacie. Le géant Carrefour a de son côté décidé « par mesure de précaution » d’élargir son rappel à tous les produits infantiles fabriqués sous son nom à Craon – et pas seulement aux seuls lots concernés par la mesure de Bercy.

La direction générale de la Santé a ouvert le numéro d’information gratuit 0800 636 636 (7 jours sur 7, de 09H00 à 20H00), Lactalis le 0800 120 120 et le service client de Carrefour est joignable au 0969 397 000 (appel non surtaxé). Reste une question : peut-on rappeler 7 000 tonnes de lait infantiles sans créer une situation de pénurie ?

A demain