Parfum d’apocalypse : une bactérie résistante à vingt-six antibiotiques a tué aux Etats-Unis

Bonjour

Agée de 70 ans, la femme est morte en septembre dans le Nevada, mais les CDC américains ne révèlent son dossier qu’aujourd’hui :  « Notes from the Field: Pan-Resistant New Delhi Metallo-Beta-Lactamase-Producing Klebsiella pneumoniae — Washoe County, Nevada, 2016 ». L’affaire est reprise par la BBC : « Bug resistant to all antibiotics kills woman ». Et cette femme morte du Nevada fait froid dans le dos : elle était devenue résistante à tous les antibiotiques disponibles aux Etats-Unis – soit vingt-six principes actifs 1.

Cette malade avait effectué un voyage en Inde au cours duquel une fracture à la jambe s’était compliquée d’une infection. Hospitalisée aux Etats-Unis le 18 août elle y est décédée début septembre. Différents prélèvements biologique furent adressés aux CDC pour analyses approfondies.

Post-antibiotiques

Il est acquis que cette femme était infectée par une souche de  Klebsiella pneumoniae  avec présence de la redoutable New Delhi metallo-beta-lactamase (NDM). « Il est encore assez inhabituel pour une infection bactérienne d’être résistant à un si grand nombre d’antibiotiques, a expliqué à la BBC Dr David Brown Antibiotic Research UK  Heureusement, c’est un cas extrême, mais il pourrait bientôt devenir trop commun. Cela s’est produit ici en raison d’une histoire personnelle avec de multiples hospitalisations en Inde . Pour autant la facilité des voyages mondiaux fait que le nombre de ce type de cas va augmenter. »

Reste le cas de la fosfomycine, indisponible sous une forme injectable aux Etats-Unis. Pour la Pr Laura Piddock (Antibiotic Action, University of Birmingham) dans de telles circonstances, quand les médecins sont confrontés à l’incapacité de traiter une infection potentiellement mortelle, ils ont besoin de la souplesse nécessaire pour utiliser des antibiotiques autorisés dans d’autres pays et dont on a démontré qu’ils sont encore, eux, actifs contre la bactérie qui infecte le malade.

Certes. Et quand plus rien d’efficace n’existera, que fera-t-on ? Que fait-on pendant l’annonce de l’apocalypse ?  Comment vivra-t-on aux temps du post-antibiotiques ?

A demain

1 Extrait, éclairant, de la note des CDC : « Antimicrobial susceptibility testing in the United States indicated that the isolate was resistant to 26 antibiotics, including all aminoglycosides and polymyxins tested, and intermediately resistant to tigecycline (a tetracycline derivative developed in response to emerging antibiotic resistance). Because of a high minimum inhibitory concentration (MIC) to colistin, the isolate was tested at CDC for the mcr-1 gene, which confers plasma-mediated resistance to colistin; the results were negative. The isolate had a relatively low fosfomycin MIC of 16 μg/mL by ETEST.* However, fosfomycin is approved in the United States only as an oral treatment of uncomplicated cystitis; an intravenous formulation is available in other countries. »

Ubu roi : l’inénarrable affaire du vaccin DTP rebondit soudain devant le Conseil d’Etat.

 

Bonjour

Le vieux quotidien continue à suivre certains de ses dossiers. Parmi eux celui, chaque jour plus épais, des vaccins. Aujourd’hui Le Monde (François Béguin) nous révèle que l’Etat français pourrait être contraint de trouver (avant l’élection présidentielle) une solution pratique pour assurer la disponibilité des seuls vaccins obligatoires : ceux contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP). Aussi étrange que cela puisse paraître au citoyen ces trois vaccins sont introuvables depuis 2008. Plus précisément ces vaccins sont introuvables seuls : ils existent, certes, mais toujours associés à d’autres valences : coqueluche, hépatite B et Haemophilus influenzae de type b…

On peut le dire autrement : les prescripteurs et les parents se voient contraints d’utiliser des spécialités associant les trois vaccins obligatoires à des vaccins simplement recommandés. Il y a là une incohérence qui alimente la suspicion croissante contre le geste vaccinal. Cette anomalie jamais expliquée par la ministre en charge de la santé publique laisse aussi supposer que les multinationales vaccinales ont tout fait pour parvenir à cette vente forcée. A ce titre force est de constater que les menaces de Marisol Touraine vis-à-vis des fabricants (formulées il y a un an) sont restées sans effets 1.

Patriarche médical du naturel

Tout cela n’avait pas échappé à l’Institut de la protection pour une santé naturelle (IPSN), une jeune association énergétique. Basée rue de Clichy à Paris et dirigée par Augustin de Livois, l’IPSN « défend le droit de se soigner librement, et notamment par des solutions naturelles ». Il a aussi « vocation à informer les citoyens, défendre les médecins ou thérapeutes et à changer les législations dans le domaine au niveau national et européen ». C’est aussi l’un des (puissant) relais du célèbre Pr Henri Joyeux  patriarche médical du naturel dont l’idéologie est moins lisse qu’on pourrait le penser.

Or le Pr Joyeux réclame de longue date le retour des seuls vaccins trivalents DTP. Et son appel à Marisol Touraine a réuni plus d’un million de signatures. Il en va de même pour l’ISPN. Et faute de réponse de la ministre de la Santé plus de deux mille personnes ont déposé une requête devant le Conseil d’Etat. Cette requête était examinée ce lundi 16 janvier. Et que croyait vous qu’il arriva ?

Applaudissements au Palais Royal

« La discordance actuelle entre l’obligation vaccinale et l’impossibilité de la mettre en œuvre conduit à une situation d’illégalité », a fait valoir Rémi Decourt-Paolini , rapporteur public de la plus haute juridiction administrative française. Il a  estimé que « la ministre de la santé est en capacité de prendre diverses mesures pour assurer la disposition des seuls vaccins obligatoires ». Il a notamment expliqué que Marisol Touraine pouvait demander à l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) « d’acquérir, de fabriquer ou d’importer les vaccins en cause ». 2

On entend les applaudissements sous les ors et dans la cour du Palais Royal.  « C’est un énorme soulagement pour ceux qui veulent juste prendre le vaccin DTP », a réagi Augustin de Livois. « La première étape est gagnée, il y a un rééquilibrage des forces », s’est pour sa part félicitée Me Jacqueline Bergel, l’avocate des requérants.

Refus de l’aluminium

Et maintenant ?  La décision du Conseil d’Etat devrait être annoncée à la fin de janvier ou au début de février. En toute hypothèse elle ne réglera rien. Car les attaques anti-vaccinales du Pr Joyeux, de l’IPSN et des centaines de milliers de signataires ne se bornent pas à la seule question de la mise à disposition d’un vaccin trivalent DTP. Il faut aussi que ce vaccin soit sans aluminium.

Sans aluminium, sans adjuvants, purement naturels en somme – ce que par définition, ils ne sont pas. On attend (avec le plus vif intérêt) de savoir comment tranchera le Conseil d’Etat.

A demain

« Vaccin «DTPolio» : Marisol Touraine a entendu le Pr Henri Joyeux. Reste la question de l’aluminium » Journalisme et santé publique 28 janvier 2016

Lire sur ce thème: « Vaccination DTPolio : le raisonnement vicié du Pr Henri Joyeux. Nouvelles menaces de pénurie » Journalisme et santé publique  (13 août 2015). L’ANSM nous expliquait alors qu’une solution avait été trouvée:

« Pour pallier l’indisponibilité du vaccin DTVax®, nous avons autorisé l’importation des doses d’une spécialité similaire du Canada « Vaccin diphtérique et tétanique adsorbé » début février 2015. Ce vaccin se présente sous forme de flacon unidose (contrairement au DTVax® qui se présentait sous forme de flacons multidoses). Il dispose d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) aux USA.

Le laboratoire Sanofi Pasteur MSD met à disposition à titre gracieux sur demande des médecins prescripteurs (comme préalablement pour le DT Vax®) le vaccin diphtérique et tétanique adsorbé « canadien » sous forme d’un « kit » contenant également Imovax Polio®, (vaccin poliomyélitique inactivé du même laboratoire).

Ce kit est indiqué pour les patients présentant une contre-indication à la valence coquelucheuse et ce afin de satisfaire aux obligations vaccinales. Ces deux vaccins doivent être administrés simultanément en deux sites d’injection différents. Ce vaccin importé est disponible depuis mai 2015. »

 

Brouillards tabagiques : comment ne pas interpréter les statistiques de l’année 2016

Bonjour

« Après une hausse en 2015, l’année 2016 marque un recul de 1,2 % des ventes de cigarettes en France. » Comment ne pas se réjouir ?  Juste sous la barre de 45 milliards de cigarettes livrées l’an dernier aux buralistes dans l’Hexagone – soit une baisse de 1,2 % par rapport à l’année précédente. Ce sont là les chiffres officiels du distributeur unique, Logista. En valeur, le recul des ventes de cigarettes est similaire et atteint 15,17 milliards d’euros.

 « Toute baisse de la vente de tabac correspond à une baisse de la consommation, donc on ne peut que s’en féliciter mais elle pourrait baisser encore plus vite si on augmentait les prix, si on appliquait les lois avec l’interdiction de fumer dans les lieux publics ou encore l’interdiction de vente aux mineurs » commente, auprès de l’AFP, le Pr Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNCT).

L’or et l’argent de la contrebande 

Pour le Pr Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT), « ce recul des ventes est un bon signe, il y a un frémissement mais nous sommes encore en dessous des autres pays européens, qui voient leurs ventes de cigarettes et la consommation diminuer plus rapidement ». Il ajoute que « l’arrivée des paquets neutres sur le marché français dès l’automne, l’opération « Moi(s) sans Tabac » en novembre et l’essor de la cigarette électronique n’ont pas été sans avoir eu un effet sur les ventes de 2016.

Les Prs Dautzenberg et Martinet parlent d’or. Les professionnels du secteur parlent argent. Pour expliquer ces baisses ils accusent leur bête noire : la contrebande, le marché parallèle qui, selon eux, « ne cesse d’augmenter ». Selon une étude de KPMG publiée en juin 2016, il s’établissait, en 2015, à 27,1% de la consommation française. Ce qui est proprement ahurissant.  « Nous avons vraiment le sentiment qu’il s’agit d’un transfert de consommation qui se fait au profit des réseaux officieux car des études montrent que la consommation de tabac ne baisse pas tant que ça en France », observe Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes.

M. Montredon est toutefois quelque peu contredit par le « tableau de bord tabac » de l’Observatoire français des Drogues et Toxicomanies (OFDT). Novembre 2016 (correspondant à la première campagne « Moi(s) sans tabac ») aurait été marqué par une baisse de 3,1 % des ventes (officielles) de cigarettes et de 9,1 % sur le tabac à rouler. Mais l’OFDT pondère :

« Cette baisse doit cependant être interprétée avec précaution car novembre 2015 avait été marqué par une augmentation sensible des ventes de tabac liée probablement en partie à la déclaration de l’état d’urgence qui a réduit les déplacements dans les pays limitrophes ».

Emmanuel Macron et les addictions

Même les buralistes reconnaissent que, concernant les aides au sevrage, l’effet « Moi(s) Sans Tabac », « semble moins discutable ». Les ventes de substituts nicotiniques ont progressé de 28 % par rapport à novembre 2015 « poursuivant la tendance des derniers mois et aboutissant à une hausse en cumul depuis janvier qui atteint 17 % », précise l’OFDT. En novembre 2016, les Français ont aussi été plus nombreux à consulter un tabacologue. Le nombre de patients accueillis a ainsi augmenté de 24,4 % et les nouveaux patients ont également été plus nombreux (+ 6,3 %). La part de démarches personnelles à l’origine de ces visites est à la hausse (44 % en novembre 2016, contre 36 % en moyenne depuis le début de l’année 2016).

On peut voir là un nouveau symptôme de la volonté d’un nombre croissant de fumeurs de briser les chaînes qui les attachent à une substance dont l’Etat détient le monopole de la vente. Et regretter une nouvelle fois l’absence de réelle volonté politique et sanitaire de les aider massivement.

De ce point de vue le tout récent intérêt porté, dans les Hauts-de-France, par Emmanuel Macron à l’alcoolo-tabagisme en terres paupérisées pourrait être comme la première esquisse de prolégomènes d’une nouvelle politique de réduction des risques dans le champ prolifique des addictions. Un bulle d’espérance ? Prenons garde. C’est peut-être là prendre le risque de lendemains moins roses que ceux qu’aujourd’hui l’on nous chante.

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Emmanuel Macron n’est pas Zola : comment parler des gens du Nord et de l’alcoolo-tabagisme ?

Bonjour

Né à Amiens la veille de Noël 1977, Emmanuel Macron n’est pas, précisément, un nordiste. C’est un Picard. Pouvait-il, dès lors, parler comme il l’a fait le samedi 14 janvier dans le Nord-Pas-de-Calais ? Toujours en lévitation, sur les nuages des sondages, le candidat d’En marche ! à l’élection présidentielle y a peint, samedi 14 janvier, un tableau sombre de la situation sanitaire et sociale de l’endroit. Il faut, ici, lire, L’Avenir de l’Artois :

« 15h16 : Emmanuel Macron arrive à la cité minière du fond de Sains, rue de Madagascar. (…) L’ancien ministre visite ensuite une deuxième maison, habitée cette fois-ci. La locataire les invite à rentrer. Il prend le temps de s’intéresser à ses conditions de vie. Un troisième logement doit être vu, situé une rue plus loin. Sur le chemin, une riveraine l’interpelle de sa fenêtre. Il prend le temps d’aller lui serrer la main. Discute, et fait de même avec d’autres riverains. « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » demande-t-il. Emmanuel Macron continue de s’intéresser de près à leur situation et les questionne sur leur emploi car « ici, c’est un secteur où il y a beaucoup de chômage».

Selon lui, la région a été délaissée par l’État par le passé et « la République n’a pas toujours été à la hauteur ». L’ancien ministre souhaite changer les choses. « Après la fermeture des mines, rien n’a été fait. Il est très important de rendre hommage aux personnes qui y ont travaillé. » Pour lui, ce territoire est un lieu stratégique car « c’est une région au cœur de l’Europe ». Elle est cependant face à certains problèmes selon lui : « l’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier. Tout comme l’échec scolaire. Il faut traiter cela en urgence afin de rendre le quotidien de ces personnes meilleur. »

Après deux heures de visite, le leader du mouvement « En marche » se rendait à Hénin-Beaumont. »

Front national et Parti communiste français

N’est pas Zola qui veut. « L’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier »… Du « mépris de classe », selon le maire d’Hénin-Beaumont, Steeve Briois, du « mépris social », selon Florian Philippot. « Qui méprise le peuple, méprise la France » pour secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, sur Twitter.

Du mépris ? A coup sûr l’incompréhension, par le bourgeois, de ce que le pauvre supporte ou pas (il y avait déjà eu, en 2015, l’affaire de l’illettrisme salariés de l’abattoir de porcs Gad, dans le Finistère.). A ce titre M. Macron vient de commettre une faute politique. Restait le rationnel épidémiologique. L’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée a tenté de répliquer dans un communiqué, citant les « territoires paupérisés » et un article de La Voix du Nord de 2015 affirmant que la surmortalité dans le Nord et le Pas-de-Calais atteignait « 29 % chez les hommes par rapport à la moyenne nationale et 22 % chez les femmes » ; c’était s’enfoncer.

Maladresse politique

Et l’ancien ministre de l’Economie de citer des propos tenus par le Dr Jean-Yves Grall (un Breton) alors directeur de l’Agence régionale de santé du Nord-Pas-de-Calais : « une forte précarité socio-économique (RSA, chômage), des habitudes de vie, notamment alimentaires, liées à la précarité, avec leurs conséquences (diabète, obésité), beaucoup d’addictions (alcool, tabac, drogue), qui sont d’ailleurs des marqueurs de la précarité ».

Mieux conseillé Emmanuel Macron aurait pu citer le syndrome d’alcoolisation fœtale décrit pour la première fois au monde (après le Dr Paul Lemoine à Nantes) par le Dr P. Dehaene à Roubaix. On pourrait additionner les chiffres et les publications. Ils n’effaceraient ni la maladresse de l’homme politique jamais élu, ni la sensation d’agression vécue par une population ainsi visée.

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Après Jacqueline Sauvage, François Hollande interviendra-t-il dans l’affaire Lambert ?

Bonjour

D’un côté la liberté. De l’autre la mort programmée. On se souvient des atermoiements de François Hollande dans l’affaire de la grâce présidentielle (finalement) accordée à Jacqueline Sauvage. Aujourd’hui c’est à l’affaire Vincent Lambert que le président sortant est personnellement confronté. Voici comment :

Le neveu de Vincent Lambert, patient plongé dans un état végétatif depuis 2008, a écrit à François Hollande. Il lui demande d’ordonner à la direction du CHU de Reims d’obtenir de ses médecins qu’ils reprenent la procédure « d’arrêt des soins ». Pourquoi ? « Pour que la légalité ne soit pas que théorique » plaide l’intéressé. « Rien ne bougera au CHU sans qu’une décision politique courageuse ne soit prise », écrit François Lambert dans un courrier daté du 10 janvier adressé au Palais de l’Elysée et dont l’AFP a obtenu copie, confirmant une information de France Inter :

« Par un arrêt du 16 juin 2016, la cour administrative d’appel de Nancy (…) a enjoint le CHU de Reims (…) de répondre aux obligations lui incombant (…), c’est-à-dire de reprendre et achever la procédure collégiale, en prenant évidemment en compte les souhaits de Vincent tels qu’ils ont été actés par une multitude de décisions de justice (Conseil d’Etat, Cour européenne des droits de l’Homme, juge des tutelles de Reims, cour d’appel de Reims, cour de Cassation) ».

On se souvient que les médecins du CHU de Reims avaient lancé puis stoppé deux procédures d’arrêt des soins, l’une voulue par le Dr Eric Kariger (en 2013), l’autre par son successeur, la Dr  Daniéla Simon (en 2015). François Lambert a saisi en octobre 2016 le juge administratif pour enjoindre, sous peine d’astreinte, au CHU de Reims de reprendre la procédure sur un éventuel arrêt des soins du patient conformément aux décisions (contestées) de la CEDH et du Conseil d’Etat, qui s’étaient prononcés pour un arrêt des soins, soit une condamnation à mort par arrêt d’alimentation et d’hydratation.

Faire pression sur la nouvelle directrice

François Lambert, au président de la République :

« Vous avez vous-même nommé par décret en date du 24 février 2015 Dominique de Wilde à la tête du CHU de Reims. Vous pouvez donc faire pression sur elle pour que la légalité ne soit pas que théorique au sein de l’établissement dont elle a la charge. »

François Lambert à l’AFP :

« Le CHU se prétend victime d’une situation qu’il a créé lui-même, toxique pour tout le monde. Les parents portent plainte à longueur de temps, et le CHU ne respecte pas son patient et ses souhaits. »

Pour ne rien simplifier les parents de Vincent Lambert ont porté plainte fin décembre contre le CHU de Reims pour « délaissement de personne hors d’état de se protéger ». Que fera (ou pas) François Hollande avant de quitter le Palais de l’Elysée ?

A demain

 

Rideau sur la pseudoéphédrine: l’histoire du pharmacien militant qui l’a retirée de ses vitrines

 

Bonjour

Prenons le risque d’irriter Mme Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre national des pharmaciens, avec une petite histoire très exemplaire. Elle nous est rapportée, depuis Bordeaux, par Le Moniteur des Pharmacies ( Matthieu Vandendriessche) ainsi que par Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long).

François Couchouron est pharmacien d’officine, titulaire à la « Pharmacie du Lac », préfecture de la Gironde. Depuis septembre 2016 il ne commercialise plus en « libre service » les « anti-rhumes » contenant de la pseudoéphédrine. Le pharmacien, installé à Bordeaux, a placardé une affiche dans son officine pour alerter les patients : « Stop à la pseudoéphédrine. Un rhume ne vaut pas un accident cardiovasculaire. »

Selon le Vidal, les médicaments suivants contiennent de la pseudoéphedrine : Actifed rhume®, Dolirhume®, Fervex®, Humex®, Nurofen rhume®, Rhinadvil®, Rhumagrip®, Rhinureflex® et Sudafed® .

« Le pharmacien se fonde dans sa démarche sur un rapport de la Commission nationale de pharmacovigilance, en date de 2008, qui met en garde contre les effets indésirables rares mais graves » rapporte Le Moniteur.

Retrait du marché

Il a pris cette décision radicale sans attendre « une hypothétique décision de retrait du marché » par les autorités sanitaires. Il précise cependant qu’il ne refuse pas la délivrance sur prescription. M. Couchouron développe son choix dans un courrier publié dans le forum du mensuel Prescrire de janvier 1. La revue médicale demandait dès 2009 aux pharmacies de bannir ces produits. « Les risques, lors de la prise de ces médicaments, sont trop grands. Les effets indésirables graves, avance-t-il, sont sous-déclarés à la pharmacovigilance. »

Le pharmacien Coucheron s’appuie sur les résultats de pharmacovigilance. Il rappelle que plusieurs mises en garde ont été émises depuis 2008 par les autorités sanitaires qui ont relevé des effets indésirables cardiologiques et neurologiques rares, mais très graves. La question de réserver à la prescription ces spécialités administrées par voie orale s’est d’ailleurs posée au sein de la commission nationale de pharmacovigilance. C’est aussi ce que réclame l’Académie de médecine depuis juin 2015. Dans une note destinée aux professionnels diffusée en 2011, l’Agence du Médicament rappelait les risques liés aux vasoconstricteurs et s’alarmait de leur mésusage par les patients dans 25 % des cas.

« Battage médiatique »

« J’ai déjà vu deux patients coronariens qui ont fini en soins intensifs. Je me sens mieux de ne pas vendre ces médicaments, d’autant plus qu’il existe des alternatives », précise-t-il au Quotidien. Attention toutefois aux nouvelles alternatives 1. Tout cela ne va pas sans égratignures aux voilages de la confraternité.  « Il y a des précautions à prendre, des questions à poser aux patients, des conseils à prodiguer… et ce n’est pas toujours fait ».

 Pour la présidente de l’Ordre des pharmaciens ce confrère est parfaitement libre de refuser de délivrer ce médicament. En revanche il serait sanctionnable s’il refusait de le faire en cas de prescription. Combien de temps pourra-t-on encore prescrire ? « Je suis surprise par ce battage médiatique car c’est ce que nous faisons au jour le jour, ajoute la présidente. Il y a des tas de produits que nous ne référençons pas ! » Combien ?

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 1 Prescrire qui précise que les extraits de Pelargonium n’ont pas d’efficacité démontrée pour soulager le rhume au-delà d’un effet placebo. Et qu’ils exposent à des saignements et des réactions d’hypersensibilité.

« En France, des extraits de racine de deux espèces de Pelargonium sont désormais autorisés en comprimés et en solution buvable avec le statut de médicament, dès l’âge de 6 ans. Les données du dossier d’évaluation clinique ne démontrent pas que ces extraits de racine de Pelargonium réduisent la durée d’un rhume, ni qu’ils aient une efficacité symptomatique probante au-delà d’un effet placebo.

 « Les extraits de racine de Pelargonium exposent à des troubles digestifs, et plus rarement à des réactions d’hypersensibilité, ainsi qu’à de rares saignements de nez et des gencives. Des atteintes du foie, parfois graves, ont été rapportées. La solution buvable d’extrait de racine de Pelargonium (Activox pelargonium rhume°) contient de l’alcool, et sa consommation est donc à risque pour certains patients, notamment les enfants.

 « Les conditionnements de ces médicaments mettent davantage en avant les noms des gammes « ombrelles » Activox® et Belivair® que les substances contenues, ce qui apporte des confusions en les distinguant mal des autres produits de ces gammes. Pas d’efficacité démontrée, et risques, certes rares, mais parfois graves : il est préférable de s’en passer. »

« Extraits de racine de Pelargonium et rhume » Rev Prescrire 2017 ; 37 (399) : 8. (pdf, réservé aux abonnés)

Cannabis : sur BFM-TV, la gauche socialiste en est restée aux questions de boutiquiers

 

Bonjour

Sympathique, le clown sympathique a assuré : « Oui j’en ai fumé… » Rires dans l’assemblée… « Mais pas ce soir… » Applaudissements dans les travées…. Le clown a pour fonction de faire redescendre la pression et Jean-Luc Bennahmias, décravaté, Vert aux yeux bleus délavés, y excelle.  M. Behnamias avait quatorze ans en 1968. Ancien  du Parti socialiste unifié (PSU) sans oublier la Ligue communiste il fut journaliste avant de s’exercer à la politique centriste et écologiste. C’est dire si on lui pardonne tout, et le reste. Il fait partie de la famille sans vraiment en être. Il fait le clown, aussi, pour y être admis, fût-ce sur une banquette.

Le cannabis ? On ne saura pas si les six autres candidats à la primaire en ont tâté. Encore trop risqué d’avouer, en 2017 et en France, quand on postule au poste suprême. Dimanche 15 janvier, sur BFMTV, on en est donc resté aux questions de boutiquiers qui, depuis l’adolescence de M. Bennahmias, déchirent les gauches françaises. Deux camps en présence avec un seul point fixe : Manuel Valls qui prône, crânement, les valeurs de l’interdit. Pour le reste c’est le ballet de la dépénalisation/légalisation, de la mainmise de l’Etat ou pas, de la vente en pharmacie ou dans les bureaux de tabac, de la commercialisation associée à la prévention de la consommation…

Trafics asséchés

On retiendra ce mot de Sylvia Pinel, envoyée à 39 ans sous la mitraille par la direction du PRG : « La vente de cannabis doit être encadrée pour assécher les trafics ».  Les dealers au rang des marais, en somme. François Henri Goullet de Rugy, ancien écologiste devenu socialiste et vice-président de l’Assemblée nationale : « On n’imagine pas une seconde de la prohibition sur le tabac et l’alcool (…) Dans les bureaux de tabac, on trouve tout ce qu’il faut pour faire un joint, sauf le cannabis ».

Benoît Hamon , né en 1967 : « Il faut légaliser la distribution de cannabis et mettre les moyens sur la prévention (…) Le cannabis peut conduire à des addictions extrêmement graves (…) ». Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education nationale (mai 2012-mars 2014) que l’on connut plus vaillant se borne à proposer un « débat sur la dépénalisation du cannabis avec les Français, en écoutant les personnels de santé et de sécurité ».

Hypocrisie psychoactive

Et puis Arnaud Montebourg. Il avait six ans en 1968. Aujourd’hui il botte en touche : « Ce n’est pas aux politiques publiques d’autoriser la consommation de produits nocifs (…) Je pense inutile que l’élection présidentielle se déroule autour d’un sujet de cette nature. »

On en restera là. Rien sur la réduction des risques et, au final la consommation massive d’un produit illicite considérée comme une fatalité. Aucune question sociologique et médicale sur les raisons qui, en amont, font que l’on en vient à fumer cette substance psychoactive. Aucune interrogation sur le fait que la consommation française est la plus importante du Vieux Continent. Est-ce l’offre qui nourrit la demande ? Serait-ce l’inverse ? Pourquoi fume-t-on… ? Pourquoi ce besoin de planer? Quand et chez qui survient le danger ? Non: la seule question : comment faire avec l’existant.

On rit quand Jean-Luc Bennahmias dénonça « 40 ans d’hypocrisie » face à ces « millions » de Français qui en ont déjà fumé. Et on rit de plus belle quand le clown fit mine de s’agacer : « La police a autre chose à faire que de s’occuper de petits dealers et de petits fumeurs ! ». Sacré Bennahmias… La pression redescendait. Le spectacle allait bientôt s’achever.

A demain