«PMA pour toutes»: François-Xavier Bellamy écartelé entre bioéthique et malédiction

Bonjour

Parler en plein conscience. C’est un document : l’entretien accordé au Journal du Dimanche (David Revault d’Allonnes) par François-Xavier Bellamy. Où l’on perçoit, en pleine lumière et en une phrase la voie qui peut mener du politique à la religion, de l’action à la croyance.

On se souvient de François-Xavier Bellamy, détendu et cortiqué, visage d’ange, bientôt trente-quatre ans, essayiste, professeur agrégé de philosophie ainsi, depuis peu, que député européen dans le camp déserté « Les Républicains ».

« Fils d’un cadre et d’une enseignante de français, passe sa jeunesse à Versailles, effectue sa scolarité à l’école privée Sainte-Marie des Bourdonnais, puis au lycée Notre-Dame-du-Grandchamp, découvre le scoutisme où il occupe des responsabilités en étant assistant du commissaire national éclaireur pour les scouts marins et chef de la Passerelle (équipe responsable du scoutisme marin) en 2009, lycée Henri-IV, intègre l’École normale supérieure,  effectue des stages au sein des rédactions du Times et du Sunday Times. Entre 2009 et 2011, enseigne la philosophie au lycée Auguste-Renoir d’Asnières, puis au lycée Louis-Bascan à Rambouillet et au lycée hôtelier de Guyancourt. Depuis 2011, il en détachement dans le privé et enseigne la philosophie à l’École normale catholique. »

La réalité de nos corps

Quoique incontestablement conservateur de droite l’homme demeure parfois difficile à classer. Aujourd’hui il François-Xavier explique dans le JDD pourquoi il s’oppose à la « PMA pour toutes », actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. Extraits :

« Nous sommes à un carrefour historique. Depuis son apparition, la médecine a pour but de remédier à la maladie. Dans ce cadre, la loi autorisait la PMA pour pallier une infertilité pathologique, qui devait être médicalement constatée. Si nous supprimons ce critère, la technique médicale ne servira plus à rétablir l’équilibre de la condition humaine, mais à dépasser ses limites. Cette nouvelle PMA n’est plus un acte médical, en fait : elle concernerait des femmes en parfaite santé, qui n’ont pas d’enfant non pas à cause d’une pathologie, mais simplement parce que la vie se transmet organiquement par la complémentarité du masculin et du féminin. Ce n’est pas une violence sociale, c’est la réalité de nos corps…

« Si nous voulons nous en affranchir, nous assumerons une rupture inédite dans le principe même de la technique médicale : il ne s’agira plus de rétablir le vivant, mais de le dépasser ; non plus de réparer nos corps, mais de les vaincre. Une fois cette nouvelle logique acceptée, je ne vois pas ce qui nous arrêtera : elle nous conduit directement au transhumanisme, par la transformation technique de nos corps. Le désir d’avoir un enfant est bien sûr légitime, mais il ne permet pas tout. »

Un dévoiement de la médecine, la PMA ?  « C’est un choix de société : rompre avec la condition humaine parce que ses limites frustrent nos désirs. Je crois que ce choix sera notre malédiction. » Ainsi le mot est lâché par celui qui sait le poids et le sens du verbe : « malédiction » 1. Il ne reste plus, ensuite, qu’à développer en élargissant le propos :

« La prise de conscience écologique nous l’a déjà fait comprendre : nous avons transformé le monde pour que tout s’organise autour de la satisfaction de nos désirs, quitte à vaincre les résistances que la nature nous imposait ; cela ne nous a pas rendus plus heureux. Au contraire : notre immense pouvoir technique a produit des catastrophes qu’il ne sait pas résoudre, et une fuite en avant perpétuelle dans l’insatisfaction et la frustration. Voulons-nous faire de nos corps le prochain terrain de cette expérience?

Publicités dans le métro

Puis François-Xavier Bellamy souligne un point fort peu abordé par les médias généralistes : l’autorisation donnée par la commission spéciale dans la nuit du 11 au 12 septembre pour que le secteur privé puisse, aussi, assurer la conservation des ovocytes humains. Traduction : « Le marché peut désormais se saisir de la procréation humaine pour en faire commerce. Demain, nous pourrons avoir des publicités dans le métro proposant aux femmes de conserver leurs ovocytes, et les employeurs par exemple pourront faire pression sur des salariées pour qu’elles reportent leur grossesse si elle n’arrange pas l’entreprise… Nous sommes tous responsables du monde qui se construit sous nos yeux. » 

Et l’euro-député LR de citer le député macronien Jean-Louis Touraine, rapporteur du projet de loi, qui aurait selon lui affirmé affirmé en commission : « Il n’y a pas de droit de l’enfant à avoir un père. » « La mère n’est plus celle qui accouche, mais celle qui veut être mère, a expliqué Jean Louis Touraine. C’est une transformation complète de la filiation, qui ne reposera plus sur le lien de la gestation, mais sur la volonté de l’adulte. Or la volonté humaine est fluctuante et fragile, contrairement au fait d’avoir conçu, porté un enfant, qui est irrévocable et définitif… Quand la volonté seule définit la filiation, que se passe-t-il si la mère ne veut plus être la mère? Peut-elle divorcer de son enfant? »

Le JDD demande au catholique conservateur s’il nous décrit « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Réponse :

« C’est toujours en rêvant du « meilleur » des mondes en effet, et même avec les meilleures intentions, que nous préparons un enfer, quand nous acceptons pour cela que la technique remplace le vivant. La promesse du transhumain, c’est la certitude de l’inhumain. Et à la différence d’Huxley, ici il ne s’agit pas de science-fiction. » 2

Politique, pour finir :  oui, il participera au défilé organisé le 6 octobre par la Manif pour tous et par d’autres associations. Au bras de Marion Maréchal ? « Manifester est un droit démocratique. Tout le monde peut y prendre part. Quelle que soit ses convictions politiques. Et je vois des grandes figures issues de la gauche, Sylviane Agacinski ou José Bové, qui s’opposent à cette réforme. » Où l’on comprend, une nouvelle fois ici, le caractère incongru de certains classements.

A demain @jynau

1 « Malédiction » : Action de maudire; résultat de cette action. Paroles par lesquelles on souhaite avec véhémence tout le mal possible à une personne, une famille, une ville, un pays, etc., sans appeler la colère de Dieu mais le plus souvent en l’impliquant

Relig. Parole annonçant un châtiment en punition d’une faute«  (Foi t. 1 1968). Les malédictions du Deutéronome, de Jérémie, des prophètes; Condamnation au malheur prononcé par Dieu; état de celui (ou de ce) qui en est la victime. Malédiction des païens (DG); Imprécations par lesquelles on appelle la colère, la vengeance de Dieu sur quelqu’un. Malédiction divineappeler sur qqn la malédiction de Dieu. 

2 Il faut toutefois, ici, ne pas oublier, du même Aldous Huxley, « Retour au Meilleur des Mondes» (1958) écrit presque trente ans après sa célèbre dystopie, l’auteur cherche à analyser si le monde a évolué dans la direction de la vision du futur qu’il avait eue dans les années 1930 ou s’il s’en était éloigné. Où l’on apprend que si Huxley ne cherchait pas, initialement,  à décrire une vision d’avenir il conclut dans Retour au Meilleur des Mondes, que notre monde se mettait à ressembler à celui de son roman. C’était il y a soixante ans.

Malades mentaux : prédire leur passage à l’acte pour prévenir les fusillades de masse

Bonjour

Aux portes de la folie politique, en écho de « 1984 » ou de « Minority Reports ». C’est un papier de Slate.fr (Claire Levenson) : « Trump veut faire surveiller les personnes atteintes de troubles mentaux » qui développe un sujet du Washington Post (William Wan) : « White House weighs controversial plan on mental illness and mass shootings ». Slate.fr :

« Après les récentes fusillades d’El Paso et de Dayton (trente-et-un morts au total), Donald Trump a préféré évoquer la question du rôle des troubles psychiatriques plutôt que celle de l’accès aux armes à feu. Le président américain avait déclaré juste après les événements: «C’est la maladie mentale et la haine qui appuient sur la gachette. Pas l’arme à feu.» Depuis, l’un de ses proches, l’ancien président de la chaîne NBC, Bob Wright, a proposé de lancer un programme de recherche sur la façon dont l’intelligence artificielle pourrait prédire le passage à l’acte violent de ce type de personnes.

« Afin de mener ces études à bien, des volontaires autoriseraient l’accès aux données de leurs smartphones. Il ne s’agit à ce stade que d’un projet, qui a été présenté au président Trump, à sa fille Ivanka et au ministre de la Santé, mais l’idée est déjà critiquée par plusieurs spécialistes. Interviewée par The Washington Post, une ancienne psychologue des services secrets américains explique que ce genre de technologie donnerait un nombre très élevé de fausses alertes et qu’il serait impossible de déceler les personnes potentiellement dangereuses. Elle ajoute que les recherches actuelles ne permettent pas d’établir de lien direct entre maladie mentale et fusillades de masse. »

Que dire de plus ? Que des études ont montré qu’un quart seulement des responsables de ces tueries était atteint d’un trouble psychiatrique ? Que d’autres facteurs sont partagés par ce genre d’individus: l’impression d’être victime d’injustice, le désir d’être célèbre, la volonté de copier d’autres massacres, un passé de violence conjugale, le narcissisme et l’accès aux armes à feu ? Qu’une étude sur la tuerie de Fort Hood en 2009, au cours de laquelle un commandant militaire avait tué quatorze personnes sur une base au Texas, avait conclu que les tentatives de prédiction de ce genre d’incidents étaient presque impossibles ?

L’intelligence artificielle pour prédire le « passage à l’acte » des « malades mentaux » et prévenir ainsi les « fusillades de masse » ? Et les enfermer pour plus de sûreté ? On pourra toujours soutenir qu’il ne s’agit ici que d’une opération comme une autre de réduction des risques. Combien de temps nous reste-t-il avant que l’exécutif d’outre-Atlantique puisse, sans frein, passer à l’acte ?

A demain @jynau

Cigarette électronique : Michèle Rivasi aimerait assez que l’on fasse savoir qu’elle peut tuer

Bonjour

Rivasi-Trump même combat anti-vape ? On avait appris à faire avec ses ambiguïtés écologiques et citoyennes sur la vaccination et l’aluminium. Il faut désormais ouvrir un nouveau sous-dossier sanitaire : Michèle Rivasi et le vapotage. C’est du moins ce que laissait entendre, à l’aube, RTL (Martial You) :

« Voilà qui va renforcer le débat sur le vapotage en France  et en Europe. Selon nos informations, Michèle Rivasi, la députée Europe Écologie les Verts va demander une révision de la directive tabac au sein de l’Union européenne pour qu’on applique le principe de précaution sur le vapotage, en plein essor dans notre pays.

« En 2018, le marché de la cigarette électronique a décollé en France de 21%. 1,7 million de Français vapotent quotidiennement. La députée s’inquiète du manque d’études sanitaires sur ce produit en Europe. « On a présenté la cigarette électronique comme un bien de consommation mais on n’a pas fait d’études toxicologiques là-dessus », déplore-t-elle au micro de RTL. 

Trébuchet révolutionnaire

« Si on applique les mêmes règles aux e-cigarettes qu’au tabac classique cela signifie qu’il faut mettre en oeuvre des messages sanitaires identiques, des photos, des fioles neutres, des interdictions de publicité, l’impossibilité de mettre ces produits en vitrine. Cela signifie aussi qu’il sera interdit de vapoter dans les lieux publics. 

« « Qu’il y ait des gens qui meurent suite à l’utilisation de la cigarette électronique, il faut absolument que ça soit mentionné quand les gens achètent ce produit. Il faut alerter les ados qu’il peut y avoir plus de risques que de bénéfices », déclare  Michèle Rivasi. »

Vapoter peut tuer ? Alerter les ados ? Où l’on voit que les vertes voix des écologistes politiques ne sont pas mieux armées, conceptuellement, que l’actuel exécutif sanitaire français dès lors qu’il s’agit de manier le trébuchet révolutionnaire de la réduction des risques.

A demain @jynau

Migraine : sans le bon géant Novartis, pourrait-on en parler dans les hôpitaux français ?

Bonjour

Le temps ne passe pas. Réception d’un message adressé par le service de presse du géant pharmaceutique suisse Novartis :

« Dans le cadre du mois’’consacré à la Migraine’’, le Centre Hospitalier Universitaire de Montpellier, en partenariat avec Novartis, organise une  Journée de sensibilisation dédiée à la migraine le jeudi 19 septembre 2019 au Centre Hospitalier Universitaire de Montpellier

« A cette occasion, le Professeur Anne Ducros, Chef du service Neurologie et présidente de la SFEMC (Société Française d’Étude des Migraines et Céphalées) animera la conférence ‘’Migraine : mieux la connaître pour la combattre’’ ».

Enjeux médicaux et sociétaux

Sans doute ne combat-on bien que ce que l’on connaît. Aussi le géant suisse mettra-t-il à disposition des visiteurs, un stand d’information sur la migraine dans le hall du CHU. Les « patients migraineux » mais aussi le « grand public » pourront-ils ainsi « se documenter » sur cette pathologie. Pour résumer l’affaire :

« Le Centre Hospitalier Universitaire de Montpellier et Novartis s’engagent à accompagner les patients migraineux dans la prise en charge et l’accompagnement médical de leur pathologie et à sensibiliser le plus grand nombre en réalisant ensemble cette journée de sensibilisation dédiée à la migraine. »

D’autres établissements hospitaliers français sont concernés. Ainsi la même opération, le même jour, sera organisée grâce à Novartis avec le Centre d’Évaluation et de Traitement de la Douleur du Centre Hospitalier de Valenciennes. A cette occasion, plusieurs stands d’information, de prévention et de dépistage seront tenus par des professionnels de santé et des experts au sein de cet établissement hospitalier – et ce « afin d’aborder les enjeux médicaux et sociétaux de cette maladie comme, notamment, la migraine au travail ou le risque d’abus médicamenteux ».

Ne pas abuser, voilà la clef.

A demain @jynau

Fraude au fisc : Patrick Balkany condamné à quatre ans de prison avec mandat de dépôt

Bonjour

Hier l’affaire Ferrand. Aujourd’hui un éclair dans la nuit sur le fil de l’AFP : le maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, a été condamné, vendredi 13 septembre à Paris, à quatre ans de prison ferme pour fraude fiscale. Il a été immédiatement incarcéré à la Santé. Son épouse et première adjointe Isabelle a elle été condamnée à trois ans de prison ferme – sans mandat de dépôt.

Le Parquet national financier est suivi : il avait requis quatre ans de prison ferme assortis d’une incarcération immédiate contre M. Balkany. Le tribunal correctionnel a également condamné les deux élus célèbres élus (LR) de cette commune cossue de l’ouest parisien à dix années d’inéligibilité. La justice, parallèlement à l’éthique, une morale en marche ?

A demain @jynau

Maladie de la «vache folle » : que fera l’Etat après la mort d’Emilie, chercheuse à l’INRA ?

Bonjour

Nous rapportions en juin dernier le cas douloureux d’une chercheuse âgée de 33 ans, qui venait de mourir de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Sa famille avait porté plainte contre l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) où elle avait travaillé et où elle aurait été contaminée, en 2010, par un prion responsable de cette maladie. L’affaire avait été révélée, le vendredi 21 juin, par Mediapart (Pascale Pascariello) et confirmée par les avocats de la famille de même que par l’INRA. Ce dernier affirmait alors, que « tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiqués aux autorités sanitaires et à la justice ».

L’accident qui pourrait être à l’origine de la contamination date de 2010, lorsque la jeune femme travaillait (en contrat à durée déterminée) à l’unité de virologie et immunologie moléculaire de Jouy-en-Josas (Yvelines), un laboratoire sécurisé spécialisé dans l’étude des prions. Sous certaines conditions ces structures protéiques naturelles peuvent devenir hautement pathogènes : l’un des variants est responsable d’une forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob: l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB ou maladie de la « vache folle »).

« Le 31 mai 2010, la jeune femme, assistante-ingénieure âgée de 24 ans, participait à des études sur la neurotoxicité de ces agents pathogènes sur différentes lignées de souris transgéniques. Elle s’est alors piqué le pouce droit avec une pince, qui a traversé ses deux gants en latex et entraîné un saignement, rapportaient encore plusieurs médias -dont Le Monde (Hervé Morin). Dans la ‘’déclaration d’accident de service’’ rédigée le même jour, il est précisé que la ‘’plaie saignante’’ a été soignée après contact téléphonique avec l’infirmière du centre, le médecin étant absent. »

L’INRA, qui ne contestait pas l’accident en 2010, avait rendu public, vendredi 21 juin, un communiqué. Extrait :

« L’INRA a répondu à la famille et aux autorités sanitaires en transmettant les pièces qui étaient demandées, et réaffirme son engagement de transparence : tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiquées aux autorités sanitaires et à la justice. Car il est essentiel que toute la vérité soit faite, c’est essentiel pour sa famille, mais aussi pour l’ensemble de la communauté scientifique..»

Plainte déposée pour homicide involontaire

Trois mois après la mort l’affaire rebondit aujourd’hui dans les colonnes de La Nouvelle République (Julien Coquet). Où l’on apprend qu’une audience s’est tenue le 3 septembre au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche – une autre deux jours plus tard avec les conseillers du président de la République, au palais de l’Élysée :

« Armel Houel, veuf d’Émilie Jaumain, veut voir en ces rencontres au sommet de l’État des premiers signes de ‘’considération’’. Trois jours avant son décès, la diplômée en génie biologique de l’IUT de Tours, son époux et ses parents ont déposé plainte pour « homicide volontaire » (…)  Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a confirmé, la semaine dernière, avoir diligenté une mission d’inspection nationale sur la sécurité des laboratoires confinés manipulant des prions. ‘’Si cet audit vient à dire que les réglementations, bien que draconiennes, ne sont pas toujours appliquées par les scientifiques, cela nous concerne’’, présente Me Julien Bensimhon, conseil de la famille. »

L’avocat nourrit l’espoir de voir un juge d’instruction nommé d’ici la fin de l’année. L’enclenchement d’un travail judiciaire qui s’annonce long 1. En parallèle, une procédure de référé a été initiée pour obtenir la désignation d’un expert. Il sera chargé de vérifier si un lien entre l’accident de travail d’Émilie Jaumain et la déclaration de sa maladie (donc de son décès) est établi. C’est, explique le quoidien régional, « une étape dans le bras de fer qui oppose leurs clients à l’Inra quant aux responsabilités engagées. Et puis on lit cet encadré :

« Suite au décès d’Émilie Jaumain, Santé publique France a eu à se prononcer sur les causes du décès de la laborantine tourangelle. Les conclusions de l’établissement public, placé sous la tutelle du ministère de la Santé, renvoient à ‘’un cas probable de variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob’’ dû ‘’possiblement à une exposition dans son enfance par voie alimentaire à l’instar de la population générale’’. La lecture des travaux de Santé publique France évoque également ‘’une possible exposition à des protéines prions d’origine humaine dans un contexte professionnel’’.»

Une mort due « possiblement à une exposition dans son enfance par voie alimentaire à l’instar de la population générale ». « Une possible exposition à des protéines prions d’origine humaine dans un contexte professionnel ». A trop élargir le champ des possibles on dépasse, parfois, celui du raisonnable, sinon de l’acceptable.

A demain @jynau

1 Un groupe de soutien à Émilie Jaumain a été créé: « Justice pour Emilie. Collectif de soutien à Emilie décédée de la maladie Creutzfeldt-Jakob »

Cigarette électronique : le «mieux» voulu par Donald Trump, ennemi du «bien» public

Bonjour

Dans le précieux ouvrage qu’il consacre au vapotage 1 Sébastien Béziau, militant averti, a placé en exergue, une phrase de Montesquieu : « Le mieux est l’ennemi mortel du bien ». Où l’on retrouve la puissance des aphorismes, ces « haïkus de la pensée » 2.

Le « mieux », l’ennemi mortel du « bien » ? L’affaire résume à merveille la politique de réduction des risques, cette vision de l’existence à laquelle l’actuelle ministre française des Solidarités et de la Santé semble comme allergique. Une vison à ne pas confondre avec le concept, souvent très mal compris, du « principe de précaution ».

Sir John Falstaff 

Le « bien » public et le « mieux » politique ? On les retrouve avec cette affaire américaine de cigarette électronique où règne la plus grande confusion médiatique. « La confusion si parfaitement organisée entre six morts par pneumopathies lipidiques par introduction d’huile dans la vape (un vrai danger) et interdiction des arômes (qui apportent un vrai bénéfice à la sortie) fait poser la question de savoir à qui profite ‘’le crime’’ » tweete (@parissanstabac) le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue averti plutôt deux fois qu’une.

Dautzenberg ajoute, courbes à l’appui : « Trump s’énerve contre #ecig mais les données US sont têtues : il n’y a jamais eu aussi peu de mineurs fumeurs de cigarettes et l’explosion d’ecig décrite ne s’accompagne pas d’une explosion du taux de fumeurs chez les adolescents. Il faut agir sans faire plus de mal que de bien. »

Trump tweetera-t-il en réponse au pneumologue parisien ? Si oui on lui conseille un aphorisme issu, selon Steiner, de Falstaff (Henry IV 1ère partie, Shakespeare) : « Prudence est mère de sûreté ». Où l’on revient, tout bien pesé, comme par ricochet, au mieux et au bien de Charles Louis de Secondat, qui fut baron de La Brède et de Montesquieu.

A demain @jynau

1 Béziau S Bienvenue dans la vape. 80 pages, 6,90 euros. Renseignements sur https://www.vapyou.com/lancement-livre-bienvenue-dans-la-vape/

2 Sur les aphorismes et la langue française, se reporter à George Steiner : « Lectures, chroniques du New Yorker » (Editions Gallimard) Traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat. Introduction de Robert Boyers