Cancer du sein : l’ANSM se résout finalement à recommander « d’éviter le Docétaxel »

Bonjour

Que d’atermoiements pour en arriver là où elle aurait dû commencer…L’Agence du médicament (ANSM) vient de changer de position. Désormais elle « recommande à titre de précaution  d’éviter temporairement l’utilisation du Docetaxel ». Comment ses responsables n’ont-ils pas compris d’emblée qu’ils n’avaient pas d’autres choix ?

« Dans le prolongement du courrier qui a été adressé aux oncologues le 15 février 2017 et compte tenu de l’existence d’une alternative thérapeutique en situation adjuvante dans cette indication (paclitaxel), l’Institut National du Cancer (INCa) en lien avec l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) recommande à titre de précaution, après consultation de professionnels de santé, d’éviter temporairement l’utilisation du docetaxel dans les cancers du sein localisés, opérables. »

Plus grande vigilance

Corollaire : l’ANSM « veille à garantir l’approvisionnement du territoire national en paclitaxel ». Cette recommandation ne concerne pas l’utilisation du docétaxel dans ses autres indications thérapeutiques. Du moins à ce stade. « La plus grande vigilance reste néanmoins nécessaire et chaque indication doit être individuellement évaluée avec information des patients sur les différentes options thérapeutiques » ajoute l’ANSM.

Informer les patients sur les différentes options thérapeutiques ? On aimerait voir l’Agence à l’œuvre dans le contexte actuel, contexte auquel elle n’est pas étrangère après la relative confusion de ces derniers jours après l’annonce de cinq décès survenus entre l’été 2016 et février 2017. Cinq morts de femmes atteintes de cancer du sein, mais « de bon pronostic », traitées par docétaxel en chimiothérapie adjuvante ou néoadjuvante.

Et ensuite ? L’INCa et l’ANSM reviendront, fin mars, vers les professionnels de santé « pour partager les résultats des différentes investigations actuellement menées ». On attend avec le plus grand intérêt les résultats, notamment ceux concernant la forme générique du Docétaxel commercialisée par la firme indienne Accord (Intas Pharmaceuticals).

A demain

Cigarette électronique : la fin des «tabous» serait politiquement décrétée. Et après ?

 

Bonjour

C’était la conférence de presse 1  qu’il ne fallait pas rater. On y a dit des choses essentielles. A commencer par celle-ci: « [Concernant la cigarette électronique] les choses changent au fur et à mesure que les données scientifiques arrivent, a notamment expliqué le Dr Jérôme Viguier, directeur du pôle santé publique et soins de l’Institut National du Cancer (INCa), aujourd’hui cité par Medscape France (Vincent Bargoin). Des principes de précaution avaient été portés sur le risque potentiel de la nicotine, sur le risque que ce soit un mode d’entrée dans la tabagisme et/ou que cela ne fasse pas diminuer la consommation de tabac par ailleurs. Des données plutôt rassurantes arrivent. Clairement, la cigarette électronique est un outil qui peut rentrer dans le cadre d’un accompagnement à la diminution du tabagisme et au sevrage pour certaines personnes et dans certaines circonstances. Il n’y a plus de tabous à l’égard de l’e-cigarette ».

Les grands moments sont presque silencieux. Ainsi donc, le directeur du pôle santé publique et soins de l’Institut National du Cancer (INCa) le dit sans trompettes : « il n’y a plus de tabous à l’égard de l’e-cigarette ». Prise avec des pincettes, ignorée quand elle n’était pas ostracisée par Marisol Touraine, ministre de la Santé, la cigarette électronique n’est plus tout à fait interdite dans la cité de la santé publique. Quelle belle reconnaissance que le mot prononcé par le Dr Jérôme Viguier. Ainsi donc c’était bien vrai : le e-cigarette avait généré des tabous.

Mode conditionnel

Sans aller jusqu’à « l’interdiction de caractère sacré qui pèse sur une personne, un animal, une chose » le responsable de l’INCa voulait sans doute évoquer une « règle d’interdiction »  décrétée par les hauts responsables sanitaires français.

Il restera aux journalistes d’investigation et autres décodeurs à nous révéler quels sont les responsables de l’instauration de ces tabous. De fait les temps sembleraient changer. Interrogés les spécialistes affirmés de l’addiction tabagique et de la cigarette électronique nous confient observer quelques petits signes d’évolution au sein de l’INCa,  cette institution chargée de coordonner la lutte contre le cancer. Dans son dernier rapport, qui vient d’être publié, on peut découvrir la conclusion suivante au pied de la page 19 :

«  (…) la cigarette électronique pourrait représenter, à terme, un moyen de sevrage supplémentaire pour aider les fumeurs qui décident d’arrêter ou de réduire leur consommation. »

Il reste aux responsables actuels de l’INCa (puis au prochain ministre de la Santé) à nous expliquer ce que signifie concrètement le fait qu’il n’y a plus, en France aujourd’hui, de tabous frappant la cigarette électronique. Et par quel miracle jésuite on peut concilier l’effacement affiché des tabous tout en maintenant l’usage du mode conditionnel.

A demain

1 Conférence de presse de l’INCa, jeudi 2 février. Avec Pr Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer Thierry Breton, directeur général de l’Institut national du cancer Dr Jérôme Viguier, directeur du pôle santé publique et soins, Muriel Dahan, directrice des recommandations et du médicament. Message à la presse :

« Objectif : à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les cancers qui aura lieu le 4 février, Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer, Thierry Breton, directeur général, et le collectif des directeurs de l’Institut, vous invitent à un point presse décryptage afin de dresser un état des lieux de la lutte contre les cancers et des enjeux à venir.  Ce décryptage vous apportera des éléments quantitatifs et qualitatifs nouveaux dans la rédaction de vos articles ou dossiers rédactionnels à l’occasion de cette journée du 4 février » (sic)

 

 

 

Avant de s’envoler en Chine, Marisol Touraine demande aux Français de parler de la fin de vie

 

Bonjour

La publicité envahit toujours tout, à commencer par l’intime. A peine la campagne sur la grippe est-elle terminée que les Françaises et les Français vont devoir s’habituer à être incité, via des spots TV, à parler « fin de vie ». Marisol Touraine a lancé aujourd’hui une « campagne nationale d’information sur la fin de vie ». Il s’agit « d’inviter les Français au dialogue avec leurs proches et les professionnels de santé ». Il s’agit aussi de « les informer sur les droits des personnes malades et des personnes en fin de vie ». Cette opération est organisée avec le tout jeune Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV) – structure qui avait fait parler d’elle lors de la nomination du Dr Véronique Fournier à sa tête.

Que nous dit aujourd’hui, via la presse, Marisol Touraine ? Que chacun peut désormais, en France, exprimer ses volontés sur la fin de vie, qu’il soit en bonne santé ou malade. Que chacun peut « faire valoir ses droits ». Que la loi du 2 février 2016 (dite « Claeys-Leonetti) répond à la demande d’une fin de vie digne, accompagnée et apaisée, par une meilleure prise en charge de la souffrance. Que cette loi a renforcé les droits existants et a créé des droits nouveaux pour les personnes malades et les personnes en fin de vie ; à commencer par l’opposabilité des directives anticipées et le droit à la sédation profonde et continue. Et, pour finir, qu’elle clarifie (de manière qui peut prêter à controverses) l’arrêt de traitement au titre du refus de l’obstination déraisonnable.

Potentiel créatif

Tout cela est vrai, tout cela a été amplement débattu avant d’être inscrit dans le marbre de la loi que nul n’est censé ignorer. Il y a deux mois, une première initiative de Marisol Touraine visait à « inviter les professionnels de santé à parler de la fin de vie avec leurs patients ». On espère que cette invitation a été entendue. Voici aujourd’hui  le deuxième volet de cette campagne nationale :  à partir de ce 20 février et jusqu’au 20 mars la nouvelle campagne d’information  sera « relayée sur plusieurs médias ». Une campagne développée « autour d’une signature » : « La fin de vie, et si on en parlait ? ».

« Si on en parlait ?  » On reste, une nouvelle fois, confondu devant le potentiel créatif des publicitaires retenus par le ministère. S’attendre à : un spot TV de 25 secondes ; deux annonces presse et des bannières sur différents sites internet et sur les réseaux sociaux ; un site internet dédié : parlons-fin-de-vie.fr ; des « événements » organisés « partout en France » par le CNSPFV dès le mois de mars.

« La fin de vie est un enjeu majeur de notre société, a déclaré Marisol Touraine. J’ai voulu agir résolument pour renforcer l’information des Français et leur permettre de s’emparer de leurs nouveaux droits. Cette campagne est une étape importante : engageons le dialogue avec nos proches, avec les professionnels de santé, pour que chaque Français connaisse ses droits et soit en mesure de décider pour sa fin de vie. » Puis la ministre de la Santé est partie, pour un voyage officiel de trois jours, vers la Chine compliquée.

A demain

Arrêter le tabac? Votre pharmacien peut vous aider. Comptez 105 euros («tarif conseillé»)

Bonjour

Il arrive à certains pharmaciens d’officine de faire des cadeaux. C’est le cas des pharmaciens Giphar. Ils offrent volontiers un magazine papier glacé : « Giphar Magazine ». Sa « valeur au numéro » est de 2,50 euros. C’est dire très précisément la valeur de ce cadeau tiré à 320 000 exemplaires et enluminé de publicités.

Le dernier numéro (janvier-février 2017) est assez varié. Il surfe sur la cryothérapie, se penche sur la zoothérapie, expose les vertus du potimarron, donne des conseils pour la litière du chat et les abdos des adolescents. Et puis, pages 28 et 29 on trouve : « J’arrête de fumer avec mon pharmacien Giphar ».

« N’hésitez pas à faire appel à votre pharmacien Giphar pour stopper la cigarette, et pas seulement pour choisir les bons produits. Il peut aussi faire office de coach tout au long de votre processus de sevrage. »

Homéopathie oui, e-cigarette non

De quoi s’agit-il ? Votre coach Giphar pourra vous aider à choisir le bon substitut nicotinique et le bon dosage. Ecoutons Caroline Mazet, docteur en pharmacie :

« Les comprimés à sucer, par exemple, ne doivent être ni croqués, ni avalés. Quant à la gomme à mâcher, dès que’elle devient un peu moins ‘’piquante’’, coincez-la entre vos joues et vos gencives. L’envie de fumer passera vite ! »

Votre coach Giphar vous offrira une grille d’évaluation à remplir avant chaque rendez-vous. Précision : « La phytothérapie (plantes), l’homéopathie, la micro-nutrition ou encore les huiles essentielles peuvent vous aider à passer le cap délicat des premières semaines ». Certains pourraient, ici, percevoir l’ombre d’une possibilité de conflit d’intérêts. Rien n’est dit sur la cigarette électronique. Elle n’existe pas dans les espaces officinaux.

Viendront ensuite le mesure du monoxyde de carbone dans l’air expiré, différentes mesures (poids, tour de taille etc.). « En cas de prise de poids votre pharmacien pourra vous conseiller ».

« Bref, cet accompagnement global qui s’étale sur un an vise à mettre toutes les chances de votre côté pour en finir avec le tabac… une bonne fois pour toutes. »

Ce coaching prévoit des rendez-vous à J-0, J+8, J+30, J+60, J+90, J+180 et J+360. Le tarif Giphar conseillé est de 15 euros par séance. Aucune prise en charge n’est à prévoir.

A demain

«Tuer le cancer® pour 486 euros» : la surprise, le malaise et les questions d’un oncologue

Bonjour

Un mail dominical et confraternel nous apporte des éléments nouveaux dans notre enquête sur l’affaire « Tuer le cancer pour 486 euros » 1. On les trouve dans un entretien original réalisé avec le Pr Jean-Yves Pierga, oncologue à l’Institut Curie de Paris et publié sur le site Medscape France (Aude Lecubrier) : « Test sanguin ISET® pour diagnostiquer un cancer : attention à la surpromesse ». Ce spécialiste, très au fait de ce domaine de recherche, a accepté de répondre à quelques questions soulevées par la médiatisation de la commercialisation du test sanguin de dépistage des cellules tumorales circulantes ISET® – médiatisation assurée via la publication de l’ouvrage du Pr Patrizia Paterlini-Bréchot (Université Paris Descartes, CHU Necker) intitulé « Tuer le cancer ».

Le Pr Pierga 2 rappelle tout d’abord qu’il existe d’autres techniques proches. Celle développée par le Pr Patrizia Paterlini-Bréchot s’appuie sur un système de filtre qui permet de récupérer les cellules cancéreuses en raison de leur plus grosse taille par rapport aux autres : il s’agit du test ISET® (Isolation by SizE of Tumor cells, Rarecells). « En parallèle, d’autres technologies utilisent des anticorps pour repérer les biomarqueurs exprimés à la surface de ces cellules tumorales circulantes, comme le test CellSearch® (Janssen Diagnostics). En tout, il existe une cinquantaine de technologies basées sur ces deux grands principes », précise le Pr Pierga.

Malaises

Que retenir des conséquences de la médiatisation actuelle vantant les mérites d’ISET® ?

« Le message qui semble avoir été entendu est que ce test permet de dépister le cancer. Depuis, nous [oncologues] sommes tous sollicités par des patients qui souhaitent réaliser un test de dépistage des cellules cancéreuses circulantes pour savoir s’ils ont un cancer. Nous sommes mal à l’aise car pour le moment nous ne savons pas si engager une action thérapeutique en cas de test positif présente un bénéfice pour le patient.

« Il existe une marge importante entre dire qu’il s’agit d’une perspective de recherche intéressante et commercialiser un test qui doit démontrer une utilité clinique en termes de curabilité ou de durée de survie pour les patients. Faire une chimiothérapie à visée préventive est loin d’être anodin… »

Pour le Pr Pierga le risque de sur-diagnostic est ici clairement en jeu

« Cela n’est pas sans rappeler les discussions sur l’intérêt de la généralisation de certaines méthodes de dépistage comme le dosage du PSA dans le cancer de la prostate ou le scanner de dépistage du cancer du poumon. Rappelons-nous aussi que, pendant longtemps, les oncologues ont demandé des dosages de marqueurs dans le sang pour les personnes en rémission d’un cancer du sein avec l’idée de dépister au plus tôt les métastases. Or, nous n’avons jamais pu montrer que traiter plus tôt ces métastases prolongeait la survie. Les recommandations internationales ont donc changé et préconisent de ne plus doser ces marqueurs. Cela fait réfléchir.

« Un autre exemple qui devrait inciter à la prudence est celui du test CellSearch® qui détecte les CTC grâce à des anticorps. Alors que ce test existe depuis plus de 15 ans, il n’a pas été encore montré que les patients tiraient un bénéfice clinique des résultats obtenus. Le fabricant est en train de désinvestir du projet. Mais, des études, financées par l’INCa, pour évaluer l’intérêt clinique des CTC sont toujours en cours. »

Surprise

Que répondre au fait que le test ISET® soit, d’ores et déjà commercialisé ?  « Je suis aussi assez surpris que l’on puisse commercialiser ce type de test sans plus de contrôle et d’encadrement. Ce qui est sûr, c’est que la sécurité sociale ne va pas rembourser un test qui n’est pas validé. Après, les autorités de santé devraient-elles communiquer sur ce test ? Nous nous posons la question. Est-ce le rôle d’un organisme comme l’INCa de se prononcer par rapport à ce type d’annonce ? »

Ce sont là, précisément les questions que nous nous posons. Sans jamais obtenir de réponses de l’INCa. Certains ont eu plus de chance qui ont recueilli il y a peu quelques éléments précieux de la présidence. Nous les rapporterons sous peu en soulevant de nouvelles et dérangeantes interrogations. Grâce à la confraternité, l’enquête progresse.

A demain

1 « ‘’Tuer le cancer’’ pour 486 euros : sur France Inter, l’affaire du Pr Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 19 janvier 2017

« Peut-on « tuer le cancer pour 486 euros » ? Interrogé l’INCA ne répond pas. Pourquoi ? » Journalisme et santé publique, 5 février 2017

« ‘’Tuer le cancer pour 486 euros’’ ? Le bon sens médical selon Patrizia Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 18  février 2017

« ’Tuer le cancer pour 486 euros ‘’ : l’Académie de médecine se saisira-t-elle de l’affaire ? » Journalisme et santé publique, 18  février 2017

2  Au chapitre des liens d’intérêts le Pr Pierga mentionne : « financements de recherche par Janssen Diagnostics qui commercialise le test CellSearch. Autres : Amgen, AstraZeneca, Ipsen Innovation, Roche, Merk, GSK, Novartis, Eisai SAS. »

 

« Tuer le cancer pour 486 euros » : l’Académie de médecine se saisira-t-elle de l’affaire ?

 

Bonjour

Le temps fait (parfois) bien les choses. Prenons l’exemple de l’Académie nationale de médecine. A l’ombre des Deux Magots cette institution prérévolutionnaire (historiquement parlant) traverse de nouveaux tourments. Après avoir étonnement su se renouveler la voici à nouveau tourmentée par ses vieux démons. Transcendance ou immanence ? Se sanctifier ou tenter la sécularisation ? Des questions qui font immanquablement songer aux propos tenus il y a quelques jours par Emmanuel Macron – candidat dont on attend toujours sa vision de la médecine, de sa pratique et de son éthique.

L’Académie nationale de médecine entend aujourd’hui évoluer pour mieux peser sur la politique et la société. C’est ainsi que, mardi 21 février, elle innove : un débat magistral intitulé « Le Droit de savoir ». Mieux : le « premier débat public de l’Académie nationale de médecine ». Son thème : « Dépistage des cancers. Pour ou contre ». L’affaire sent la poudre. Claude Jaffiol, actuel président de l’Académie, sera suivi de Hélène Sancho-Garnier (membre correspondant), Frédéric de Bels, (responsable du Département Dépistage de l’INCa), Brigitte Séradour (radiologue), Catherine Hill (Institut Gustave Roussy), Jacques Rouëssé (membre), Guy Launoy (épidémiologiste) ….. Stéphanie Barré (Département Dépistage du Pôle Santé Publique et Soins de l’INCa) et Grégoire Moutel (ancien responsable du groupe de recherche sur l’éthique du dépistage et ancien membre du Comité d’éthique et de déontologie de l’INCa).

Financement public

Or on sait que depuis quelques semaines une technique se proposant de mieux dépister les cancers pour « les tuer » fait l’objet d’une promotion médiatique intensive touchant de larges pans de la population 1 Si cette technique soulève certaines espérances la médiatisation de sa commercialisation ne va pas sans soulever quelques problèmes médicaux, économiques et, corollaire, éthiques. Sa mise au point et son développement  doivent beaucoup au financement (public) de l’INCa. Or, précisément, l’INCa se refuse obstinément à répondre aux questions qui peuvent lui être posées sur ce sujet. Sans fournir l’ombre d’une explication. Pourquoi ?

« Tuer le cancer pour 486 euros » n’est certes pas au programme de la séance académique du 21 février. Pour autant le thème retenu, la qualité des intervenants et la présence de trois représentants de l’INCa (Frédéric de Bels, Stéphanie Barré, Grégoire Moutel) laisse penser que le sujet pourrait être enfin publiquement abordé. Cela serait aussi, pour la vieille et noble Académie, une première.

A demain

1 « ‘’Tuer le cancer’’ pour 486 euros : sur France Inter, l’affaire du Pr Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 19 janvier 2017

« Peut-on « tuer le cancer pour 486 euros » ? Interrogé l’INCA ne répond pas. Pourquoi ? » Journalisme et santé publique, 5 février 2017

 « ‘’Tuer le cancer pour 486 euros’’ ? Le bon sens médical selon Patrizia Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 18  février 2017

« Tuer le cancer pour 486 euros » ? Le bon sens médical selon Patrizia Paterlini-Bréchot

Bonjour

Poursuivons notre contre-enquête 1 sur l’affaire de la commercialisation du nouveau test « anti-cancer »  ISET  et des assertions du sa créatrice, le Pr Patrizia Paterlini-Bréchot. Et poursuivons en dépit du silence plus que troublant de l’Institut National du Cancer. Tout se passe comme depuis plus d’un mois comme si les autorités sanitaires fermaient les yeux sur une pratique qui, en toute logique, se devrait, en France, d’être autrement régulée : la mise sur le marché d’un test de diagnostic biologique qui n’a nullement satisfait aux exigences d’efficacité (aucune demande auprès de la Haute Autorité de Santé n’a été formulée).

Un test mis au point grâce à un financement public ; un test facturé 486 euros l’unité (non remboursé par la Sécurité Sociale) par deux laboratoires privés français (l’un à Paris, l’autre à Nice) ; un test vanté par sa créatrice dans un ouvrage grand public qui fait l’objet d’une intense promotion dans de nombreux médias « grand public », à commencer par France Inter lors d’un échange à bien des égards ahurissant.

Dernière opération en date : Télérama (Vincent Rémy) « Cancer, on t’a repéré ! » :

« Filtrer le sang pour y détecter le tueur en série tant qu’il n’a pas encore frappé : c’est le combat de Patrizia Paterlini-Bréchot, hématologue et figure de proue de la médecine préventive. Patrizia Paterlini-Bréchot est une guerrière. Le titre de son livre, Tuer le cancer, donne le ton. Hématologue, chercheuse, professeur en biologie moléculaire à la faculté de médecine Necker-Enfants malades, elle traque depuis plusieurs décennies sans relâche ce « tueur de masse ». La mise au point par son équipe du test ISET, qui permet de détecter les cellules tumorales dans le sang avant même l’existence de métastases, révolutionne les perspectives thérapeutiques. Et pose de nouvelles questions éthiques et philosophiques au chercheur, au médecin et au malade. Les avancées futures de cette médecine préventive compenseront-elles l’angoisse née de ce nouveau savoir sur les dérèglements incessants de la vie ? »

 « Enorme espoir ! »

« Que faites-vous quand vous découvrez grâce à ce test une ou deux cellules tumorales ? » demande-t-on à Patrizia Paterlini-Bréchot :

« Si le patient à un cancer diagnostiqué, on sait qu’il y a 99,9% de chances que ces cellules viennent de ce cancer, qu’il est invasif, et qu’il faut donc l’attaquer très vite »

« Et s’il n’y a pas de cancer diagnostiqué ? »

« C’est un nouveau domaine de la médecine qui s’ouvre ! Et un espoir énorme. Car seuls les cancers très invasifs diffusent dans le sang, dès qu’ils sont petits, des cellules tumorales. Mais il nous faut encore du travail pour mettre au point un test qui détecterait de quel organe elles dérivent. Un an et demi de travail. Et beaucoup d’argent, pas loin de deux millions d’euros. Tous les droits d’auteur de mon livre seront consacrés à ce financement… »

 Patrizia Paterlini-Bréchot est préoccupée par le fait que cette « médecine prédictive » puisse être un « facteur d’angoisse ». C’est pourquoi elle estime qu’il faut que son test soit « usuel, fait dans le cadre d’une prise de sang ». « Le coût serait alors très bas » explique-t-elle. En toute hypothèse il ne pourrait être qu’inférieur à celui auquel il est facturé aujourd’hui.

Bon sens

 Télérama demande, prosaïquement, ce que peut aujourd’hui faire une personne avec le résultat de ce test. Réponse :

« La médecine est souvent guidée par le bon sens. Je trouve des cellules tumorales dans mon sang. Je fais une mammographie, une coloscopie. On ne trouve rien. Je fais un scanner complet. S’il n’y a pas encore de masse visible, je vais continuer à traquer le cancer dans les mois qui suivent sachant que j’arriverai de toute façon plus tôt que si je n’avais pas fait le test, et que je m’étais retrouvée avec des métastases partout. »

 Les responsables de l’INCa sont-ils abonnés à Télérama ? La question vaut pour tous ceux, nombreux, qui tentent d’élaborer des politiques de dépistage (du sein, de la prostate etc.) fondées sur une approche aussi rationnelle que possible. Elle vaut aussi pour ceux qui critiquent, souvent de manière acerbe, ces politiques. Elle vaut, enfin pour les sociétés savantes concernées. Le silence des autorités peut-il durer ? Nous reviendrons prochainement sur le sujet.

A demain

1 « ‘’Tuer le cancer’’ pour 486 euros : sur France Inter, l’affaire du Pr Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 19 janvier 2017

2 « Peut-on « tuer le cancer pour 486 euros »? Interrogé l’INCA ne répond pas. Pourquoi ? » Journalisme et santé publique, 5 février 2017