Transhumanisme : pour Testart le smartphone est une « prothèse obligatoire et généralisée »

Bonjour

On n’en sortira donc jamais. En 2018, bientôt un demi-siècle après les faits,  le biologiste Jacques Testart, bientôt 80 ans, demeure l’indépassable « père scientifique du premier bébé-éprouvette français ». Et depuis bientôt un demi-siècle celui qui ne s’est jamais réconcilié avec le « père médical » du même bébé alerte le monde entier – contre les dérives croissantes de la médecine, de la biologie, de la génétique et de ce cocktail mortel baptisé « transhumanisme ».

« Le transhumanisme est une idéologie infantile » explique aujourd’hui  Testart dans Libération (Erwann Cario). Où l’on entend, à nouveau, ce lanceur d’alerte atypique et souvent délicieusement bougon reprendre ses thèmes de prédilection. (« Au péril de l’humain. Les promesses suicidaires des transhumanistes ». Editions du Seuil) :

« Le transhumanisme est une idéologie qui prospère sur les innovations extraordinaires de la technoscience, que ce soit autour de la génétique, du cerveau, de l’intelligence artificielle. Il y a des trucs assez fantastiques qui donnent une prise pour faire croire que tous les mythes anciens, qu’on traîne depuis le début des temps, l’immortalité, l’intelligence supérieure ou le héros imbattable, vont devenir réels. Ce ne sont rien d’autre que des rêves enfantins, une idéologie infantile. »

Eglise catholique

Et  le déjà vieux Libé de revenir, une fois de plus à la charge. « On vous connaît pour être à l’origine du premier bébé-éprouvette, n’est-ce pas contradictoire de s’opposer à ces ‘’progrès’’ » demande-t-il à l’ancien militant d’extrême-gauche. Réponse de celui qui partage, avec José Bové, certaines des positions de l’Eglise catholique :

« Vous pensez bien que je suis habitué à cette question. La fécondation in vitro, c’est une intervention pour les gens qui ne peuvent pas faire d’enfants. Il s’agissait, en 1982, de restituer un état de normalité qui est la possibilité de fonder une famille. Ça ne dépassait pas ce cadre, on ne faisait pas de bébé sur-mesure.

 « Quand je me suis aperçu, quatre ans plus tard, que cette technique pouvait permettre à terme de faire des bébés de «meilleure qualité», j’ai écrit L’Œuf transparent. J’expliquais qu’on allait pouvoir trier parmi les embryons pour choisir celui qui convient le mieux. Ça a finalement été inventé par des Anglais et ça s’appelle le diagnostic génétique préimplantatoire. Je me suis battu contre et je continue à me battre. Alors oui, on peut me dire qu’il fallait que les gens restent stériles parce que c’est la nature. Mais à ce titre, on n’aurait pas inventé la médecine, on n’aurait pas de médicaments, de vaccins… Ce n’est pas ma façon de voir. Moi, je veux que les gens puissent vivre une bonne vie, en bonne santé, et que ça vaille le coup, qu’ils puissent être créatifs. »

On lira avec intérêt, dans Libé, les réflexions de cet élève du biologiste-moraliste Jean Rostand (1894-1977) sur l’origine et la portée de idéologie transhumaniste – et sur la marche de notre humanité vers le « post-humain ». Et ses confidences quant à son amour pour les petits félins qualifiés de domestiques :

 « Je parle du monde tel qu’on le conçoit aujourd’hui, avec la nature et ses relations à l’homme. Ce monde qu’on peut admirer tous les jours. Quand on regarde un chat, par exemple. Pour moi, le chat, c’est la perfection. C’est un animal fabuleux. Un animal qui a cette grâce, et en même temps cette distance, cette espèce de mépris… Si on regarde une abeille, c’est la même chose. Je suis émerveillé par la nature.

« La fin du monde, ça veut dire que tout ça disparaît. On le constate déjà. On voit que la moitié des insectes a disparu en vingt ans. On le voit aussi au niveau de l’humanité, avec des comportements induits par la technologie, comment les gens ont changé leurs relations aux autres. On est en train d’infantiliser la population, de la déresponsabiliser, de lui faire perdre son autonomie en la mettant sans arrêt à la merci de ‘’spécialistes’’ qui dictent le bon comportement. »

Entre Orwell et Rostand

 L’Œuf transparent (préface de Michel Serres) a aujourd’hui près de vingt ans. Présentation :

« La séparation établie en son temps par Poincaré entre la science qui dit « ce qui est » et la morale « ce qui doit être » s’est fissurée. La morale désormais accompagne la science dans chacun de ses gestes, dans chacune de ses avancées. L’évolution rapide des techniques de procréation assistée confère ainsi au scientifique une responsabilité à laquelle il ne saurait se dérober, à moins de se comporter en Faust des temps modernes. C’est en ce sens que Jacques Testart, spécialiste français de la fécondation in vitro, s’interroge ici sur les conséquences éthiques d’un contrôle systématique de l’identité de l’oeuf produit en éprouvette. Voici donc un livre sérieux et grave, frappé du double sceau de la compétence et du scrupule. Pour Testart, en effet, « l’éthique n’est pas cette crème informe qu’on repasse souvent sur le gâteau de la science », mais devrait constituer le moteur même de la science. Un ouvrage exigeant mais sans illusion qui passionne et inquiète à la fois. (Paul Klein) ».

Libé à Testart : «  Vous expliquez qu’on manque d’un récit alternatif pour un futur différent de celui proposé par le transhumanisme, très populaire dans les œuvres de science-fiction. Quel pourrait être ce nouveau récit ? » Réponse du biologiste devenu moraliste :

« Je ne vais pas l’écrire. Mais il est indispensable parce que le récit transhumaniste est tout à fait recevable, surtout par les jeunes. Ils sont très réceptifs. Ça recoupe à la fois leurs relations sociales, leur imagination, leur jouissance, même… Ça me glace de voir ces gamins devant un écran d’ordinateur quinze heures par jour, mais on ne peut rien faire. On ne peut pas interdire ces choses-là.

« Je parle beaucoup du téléphone portable [NDLR : smartphone]. Aujourd’hui, les gens ne pourraient plus s’en débarrasser. C’est une prothèse obligatoire et généralisée. C’est un exemple assez fort de quelque chose qui s’est imposé en quinze ou vingt ans et qui est devenu indispensable dans le monde entier, jour et nuit, pour toutes les activités. Et il y a aussi les montres connectées, les assistants domestiques, tous ces projets de médecine prédictive et personnalisée à partir du génome. On ne peut pas espérer arrêter ça de façon autoritaire. Il faut pouvoir montrer que ce n’est pas comme ça que nous avons envie de vivre. Il faut donner autre chose à rêver. »

Quel gamin glaçant devant son écran d’ordinateur écrira bientôt ce qu’Orwell pressentit et que Testart n’écrira pas ?

A demain

 

Jeu de rugby : les traumatismes sont désormais similaires à ceux de la circulation routière

Bonjour

« Si les médias s’emparent du dossier, cela peut évoluer. confiait-il il y a quelques jours au Figaro. Pour le moment, je suis le seul à dire les choses. J’ai reçu les témoignages de tas de gens mais ils ne s’expriment pas dans le presse. Je suis tout seul. Certains ne veulent pas perdre leur truc… »

Aujourd’hui le Pr Jean Chazal, neurochirurgien et ancien doyen de la faculté de Clermont-Ferrand est toujours aussi seul. Il reprend la parole dans Centre Presse. A la veille des obsèques de Louis Fajfrowski, 21 ans, un rugbyman d’Aurillac mort le 10 août après un choc reçu lors d’un match amical – une mort qui pourrait constituer une salutaire prise de conscience dans un sport qui, sinon, court à sa perte.

La parole du Pr Chazal fait autorité. « Il a opéré plus d’une trentaine de joueurs de rugby. Ainsi qu’un grand nombre de sportifs de haut niveau, rappelle Centre Presse (Caroline Devos). Le skieur Luc Alphand (après un accident de moto), les rugbymen Damien Chouly et Wesley Fofana sont ainsi passés entre ses mains au CHU de Clermont-Ferrand. Jean Chazal est un neurochirurgien réputé mais aussi un vrai spécialiste de la traumatologie du sport. Et depuis des années, il tire la sonnette d’alarme pour dénoncer les dérives qui rendent la pratique sportive – et surtout celle du rugby – de plus en plus dangereuse. »

Ce lanceur d’alerte dérange les gros pardessus de l’Ovalie autant que nombre de ses confrères confortablement installés sous les ors des institutions rugbystiques nationales. Et le président Bernard Laporte vient d’obtenir son exclusion…  de l’Observatoire médical du rugby 1.

Les instances du rugby français et international ont certes pris la mesure du péril des commotions cérébrales (Le « protocole commotion », « carton bleu », renforcement de l’encadrement médical) mais rien n’est fait pour que ces « commotions » ne surviennent pas.

« Dès 2005,  avec le médecin du club de Clermont, nous avons commencé à nous préoccuper de la violence sur les terrains, précise-t-il. Aujourd’hui, on a une augmentation des blessures et notamment celles qui touchent le crâne, le thorax et l’abdomen.

 « Aujourd’hui, dans le rugby, on a une traumatologie qui ressemble à celle de la routeEt pour cause. On a mis des moteurs de 1.000 chevaux dans des carrosseries qui ne sont pas faites pour cela. Les joueurs ont pris dix kilos de masse musculaire en quelques années. On a des ailiers de 130 kg qui courent comme des lapins. Mais à l’intérieur, les ligaments, les articulations, les viscères, les os sont restés identiques. Le rugby fabrique des surhommes, des exceptions physiques. »

Exclusion immédiate

Dans Le Figaro Le Pr Chazal mettait aussi en garde les jeunes rugbymen rarement prêts pour le très haut niveau. Des jeunes en pleine maturation de leur système ostéo-ligamentaire et de leur système cérébral. Ce n’est qu’à 25 ans, selon lui, que le cerveau est totalement mature, en particulier pour l’esprit critique, la préhension de l’espace, la gestion de l’émotion.

« C’est une véritable révolution qu’il faut opérer. Se mettre autour de la table et trouver des solutions. Les arbitres aussi doivent être impliqués. Certaines actions dangereuses ne sont pas sifflées. J’ai vu des joueurs se faire ‘’décalquer’’ par derrière, sans ballon, totalement relâchés… Ce devrait être l’exclusion immédiate ! (…)

« Dans l’équipe de France des moins de 20 ans qui a été championne du monde, il y a des gars qui font 2 m et plus de 100 kg. Faire marche arrière pour la génération actuelle, c’est un peu tard… Il faut modifier les règles, voir ça avec les arbitres. Il faut sévir ! (…)

« En Top 14, les joueurs sont gainés, prévenus, ils sont avertis. Mais au niveau professionnel, il n’y a que quatre ou cinq clubs qui ont un médecin permanent. Dans d’autres clubs, ils ne passent que quelques heures par semaine. On nous met de la poudre aux yeux en disant que le rugby est médicalisé. Au Racing, à Toulon, à Clermont, dans quatre ou cinq clubs, c’est médicalisé. J’ai reçu des SMS d’insultes après avoir déclaré dans Midi Olympique que certains clubs faisaient passer des protocoles commotions par visioconférence. Je ne comprends pas comment on peut procéder ainsi… (…)

Le Pr Chazal en est persuadé : « Si les médias s’emparent du dossier, cela peut évoluer. » Il dit aussi : « Je ne suis pas sûr que ce nouveau décès changera quelque chose ». Que feront les médias ?

A demain

1 Sur ce sujet lire la réponse donnée, sur le site Rugbyrama, par le Dr Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR.

 

Homosexualité : en Suisse un médecin français estime pouvoir la traiter par homéopathie 

Bonjour

L’étrange est aussi à nos frontières. Aujourd’hui dans la cité de Calvin, à la Une du quotidien Le Courrier (Rachad Armanios): « ‘’Remèdes contre l’homosexualité’’ : Le chef de la Santé à Genève, choqué par les propos d’un médecin sur l’homosexualité, a saisi la commission de surveillance des professions de la santé et des droits des patients.

Où l’on apprend que les autorités suisses ont, mercredi 15 août, ouvert une enquête concernant un médecin français – un docteur en médecine qui qualifie l’homosexualité  de « symptôme » pouvant faire l’objet d’un traitement homéopathique.

Ce médecin généraliste et naturopathe exerce depuis 2004 à Genève et Lausanne. Il a également créé un télé-enseignement payant sur Internet consacré aux « médecines alternatives ». Sur son site :

« Jean-Yves HENRY est un médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Il développe depuis 1988 des bases de données biologiques et des systèmes-experts d’aide au diagnostic et au choix thérapeutique 

« Installé en Suisse, il coordonne l’enseignement de la FFMI ( www.medecine-integree.com ). Publication d’une dizaine d’ouvrages médicaux, dont : une « Matière Médicale diathésique » et un « Répertoire de Médecine intégrée », qui organisent la pathologie et la thérapeutique, mettant en lumière sur les liens existants entre l’homéopathie, la MTC, la psychologie et la biologie sérique. » 

Conseiller d’Etat du canton de Genève, et alerté via les réseaux sociaux, Mauro Poggia, a demandé l’ouverture d’une enquête. Il estime que le fait que le médecin semble penser que l’homosexualité soit une maladie à guérir est « un élément suffisant pour ouvrir une enquête ». Pour sa part le président de l’Association des médecins genevois, Michel Matter, cité par la RTS, parle de « charlatanisme »Des associations de personnes homosexuelles envisagent pour leur part de saisir la justice.

Joint par téléphone par la télévision publique RTS, le Dr Jean-Yves Henry (né en 1947 et diplômé de l’université de Bordeaux) affirme ne pas comprendre l’effervescence provoquée par son article publié en 2009 sur son site.

Choix de vie « respectable »

Sur son site, le médecin écrit que « l’homosexualité n’est pas une pathologie, mais un symptôme particulier (choix de vie respectable) de patients “border-line” ». Et ajoute:

« Il se trouve que la Matière médicale homéopathique comporte des remèdes présentant ce symptôme (attirance pour une personne d’un même sexe) … parmi beaucoup d’autres.

« Garçons : Argentum nitricum … Don Juanisme (n’a pas pu choisir son sexe !), multiplication des expériences amoureuses par peur de rater quelque chose (et donc infidélité chronique ++) ; Pulsatilla (si) …  immaturité et demande de dépendance : « aimes-moi deux fois moi, puisque moi et l’autre c’est pareil …» ; Platina (au) … problématique de séduction et de domination, NB. si travesti  (cf. les “drag queens”) : aspect hystérique surajouté.

« Filles : Lachesis (ge) … dominatrice et jalouse, revanches à prendre ; Sepia (mg) … par difficulté à « rencontrer » l’altérité et à accepter sa féminité. Souvent dans un parcours de “non-détachement paternel” = sorte d’Amazone au “Sur-moi” très fort, qui ne vit que dans un auto-contrôle strict ; Natrum muriaticum … situation de deuil et mélancolie –> régression : patiente anxieuse, agitée, déteste qu’on la touche. Dysmorphophobie (cellulite ++), désir de “faire comme les autres filles“, mais ne peut pas se décider. »

Réfléchir/Rembourser

Dans une note en bas de la page, le Dr Henry apporte quelques précisions :

« Ce bref article professionnel spécialisé à  ‘’bénéficié’’ d’un traitement médiatique particulier de la part d’une journaliste de la revue « Au féminin », rapidement relayé par certains média qui a fait bondir la fréquentation de notre site ! Le médecin qui guéri l’homosexualité avec l’homéopathie” ! Ce titre accrocheur, destiné à faire le buz sur la toile, est bien éloigné de la réalité.

Nous regrettons bien sûr que cette personne ne nous ai pas d’abord contacté pour se faire expliquer l’approche particulière que constituait l’homéopathie : le symptôme « homosexualité » n’étant pour ces praticiens qu’un des 64 000 symptômes des bases de données sur lesquelles nous travaillons quotidiennement.

Cet article, vieux de dix ans qui n’avait jamais fait polémique au niveau professionnel, était avant tout destiné à faire réfléchir nos étudiants aux rapports entre les remèdes de la matière médicale et les symptômes comportementaux. L’homéopathe attentif recoupera ce symptôme avec d’autres présentés par le patient, dans le but de trouver le remède susceptible de corriger les régulations défaillantes de tous ordres qui peuvent être motifs de consultation (maux de tête, troubles digestifs, etc …). »

L’étrange ? En France la question est de savoir si les prescriptions homéopathiques doivent, ou non, être prise en charge par l’assurance maladie. C’est une très vieille question politique à laquelle n’a toujours pas répondu l’actuelle ministre Agnès Buzyn.

A demain

 

Rugby : plaqué, le jeune Louis Fajfrowski, a-t-il succombé à une «sidération cardiaque» ?

Bonjour

Voici venu le temps des hypothèses. À quoi Louis Fajfrowski a-t-il succombé, le vendredi 10 août dans le vestiaire du stade Jean-Alric d’Aurillac ? « L’examen médico-légal a permis d’éliminer quelques pistes. Mais pasencore de lever le mystère » résume L’Equipe du 15 août (Laurent Compistron, avec A.Ba. et A. Bo.).

 « Qu’a révélé l’autopsie ? Pas grand-chose, dans un premier temps. L’examen à l’oeil nu des organes vitaux de Louis Fajkrowski, décédé vendredi soir après trois malaises dans le vestiaire du stade Jean-Alric d’Aurillac, quelques minutes après un plaquage au thorax subi en plein match contre Rodez, n’a pas éclairé le médecin légiste de l’Institut médico-légal de Clermont-Ferrand. ‘’Les constatations ne sont pas probantes et ne permettent pas de conclure à la cause du décès’’, a déclaré à l’AFP le magistrat d’Aurillac. Conséquence ?

 « Des prélèvements ont été effectués sur les organes du défunt afin de procéder à des analyses toxicologiques et anatomopathologiques approfondies. Selon le même magistrat, elles devraient permettre de savoir si la disparition du jeune ailier de vingt et un ans n’est pas consécutive à un ‘’arrêt cardiaque lié à des produits dopants’’, ce que personne n’ose imaginer à Aurillac, ou à des ‘’traumatismes du myocarde invisibles à l’oeil nu’’. Ces investigations ne rendront leur verdict que dans une période incompressible de six à huit semaines. »

Mais encore ? Nos confrères de L’Equipe ont enquêté dans les milieux médicaux. Le Pr Jean Chazal, neurochirurgien hospitalo-universitaire réputé, parlant clair et (à ce titre) exclu du premier cercle médical des gros pardessus du rugby français :

« Une commotion peut se produire sans lésion visible. Ensuite le rachis n’a pas été lésé. Et il n’y a pas eu d’hémorragie intra-thoracique, sur les organes comme le cœur ou les poumons, ni intra-abdominale. Si le point d’impact a bien été thoracique, il faut regarder le cœur. On parle beaucoup  de commotions cérébrale dans le rugby, mais on pourrait très bien parler de commotions cardiaques ! Le cœur peut aussi être sidéré, comme le cerveau. »

« Suivi médical assez costaud »

Le cœur sidéré ? Dans L’Equipe le Pr Xavier Jouven, cardiologue parisien réputé, (AP-HP) partage le point de vue de son confrère neurochirurgien :

« Il arrive qu’un choc brutal au niveau du cœur fasse passer quelqu’un en fibrillation ventriculaire. C’est connu dans le base-ball où des joueurs peuvent recevoir la balle à pleine vitesse dans cette zone. Des scientifiques américains ont d’ailleurs fait le test sur des cochons en tirant des balles de tennis dans le cœur. Dans ce cas on constate que le cœur par complètement en vrille (…) Plus le choc est situé près du cœur plus il est grand. Cela peut arriver sur des cœurs sains et à l’autopsie on ne relève aucune anomalie. »

Pour le Pr Xavier Jouven ce phénomène n’est pas connu dans le rugby. Du moins jusqu’à présent.

« Mais selon moi il ne fait pas de doute que le choc a déclenché cette fibrillation. Le joueur a sans doute connu une arythmie durant le temps où il est resté au sol avant de faire une fibrillation dans les vestiaires. »

 Ce phénomène porte un nom : Commotio cordis. D’autres spécialistes restent sur l’hypothèse de la commotion cérébrale et évoquent le « syndrome de second impact ». Quant au président du Stade Aurillacois Cantal Auvergne il précise à L’Equipe que ce jeune joueur « avait un suivi médical assez costaud ». « Des choses ont peut-être échappé aux différents médecins qui l’ont examiné mais, à ma connaissance, il n’avait aucune malformation. »

 A demain

Pour tuer des condamnés, l’opioïde fentanyl est du meilleur effet : premier cas au Nebraska

Bonjour

Fête-t-on l’Assomption dans l’Etat du Nebraska ?

Le mardi 14 août 2018, pour la première fois au Etats-Unis (et sans doute au monde) un condamné à mort a été exécuté dans le Nebraska par une injection létale à base de fentanyl. C’est là un analgésique opioïde, dérivé de la phénylpipéridine, qui interagit principalement sur les récepteurs morphiniques µ du cerveau, de la moelle épinière et des muscles lisses.

« Il présente un effet analgésique rapide et une courte durée d’action, nous apprend le site de l’antique dictionnaire Vidal.  Le fentanyl possède un effet analgésique environ 100 fois plus puissant que celui de la morphine.Ses principaux effets thérapeutiques sont analgésiques et sédatifs. Les concentrations sériques de fentanyl qui induisent un effet analgésique minimal chez les patients non traités antérieurement par des opioïdes fluctuent entre 0,3 et 1,5 ng/ml ; la fréquence des effets indésirables augmente lorsque les concentrations plasmatiques dépassent 2 ng/ml. »

Commercialisé en France sous une dizaine de marques ce médicament est officiellement prescrit dans la prise en charge des accès douloureux paroxystiques d’origine cancéreuse, comme analgésie postopératoire, dans les anesthésies, contre les douleurs chroniques intenses ainsi que dans les neuroleptanalgésies.

Au Nebraska il aura, pour la première fois, servi à tuer. L’affaire est racontée dans The New York Times : « Fentanyl Used to Execute Nebraska Inmate, in a First for U.S. ». Une double première pour cet État situé au cœur de la région des Grandes Plaines et du Midwest. Le Nebraska n’avait pas exécuté de prisonnier depuis 1997. Et il s’agissait de la première mise à mort par injection létale de son histoire. Carey Dean Moore a été tué après avoir été condamné pour deux meurtres commis en 1979. Son exécution a, nous assure-t-on, duré environ une vingtaine de minutes.

Aimer avant d’être tué

« Calme et posé », selon les représentants des médias, M. Moore s’est tourné vers ses proches pour leur adresser ses derniers mots : « Je vous aime ; Je vous aime ; Je vous aime ».

Puis il est mort après l’injection d’une association de quatre substances, dont trois n’avaient encore  jamais été utilisées lors d’une exécution : diazépam, fentanyl et cisatracurium associé au chlorure de potassium.

Soucieux d’élargir la perspective du sujet les médias rapportent que la consommation de fentanyl, est responsable aux Etats-Unis d’un épidémie de morts par overdoses – plus de 20 000 décès en 2016. Sans oublier quelques célébrités dont Prince (2016) et Dolores O’Riordan (2018), égérie des Cranberries.

Carey Dean Moore, lui, ne chantait pas. Ou rarement. Ses avocats arguaient que sa condamnation à mort avait été commuée en peine de prison à perpétuité en 2015 quand le Nebraska avait aboli la peine capitale. C’était un an an avant que les électeurs la rétablissent par référendum.  Le condamné aura passé 38 ans de sa vie dans le couloir de la mort. On dit qu’il avait fait savoir qu’il ne voulait plus que son exécution soit repoussée.

Il semble, tout bien pesé, que l’Assomption ne soit pas fêtée dans l’Etat du Nebraska.

A demain

Cigarette électronique : à quel titre pourrait-on interdire de vapoter au grand air ?

Bonjour

Qui dira les vertus démocratiques et pédagogiques de la presse écrite ? Le Parisien / Aujourd’hui en France du 14 août 2018 (Elsa Mari avec Ch. B.) consacre sa Une à la la vague montante, dans l’Hexagone, des interdictions de fumer en plein air. Et le site des buralistes français ne cache pas son intérêt pour le sujet. En soulignant que « créer de l’interdit n’est pas une solution ».

C’est ici la dernière étape en date d’un processus de prohibition spatiale vieux de plus de quarante ans.1976 : une loi défendue par Simone Veil interdit de fumer dans certains espaces (hôpitaux, ascenseurs…) et impose la mention « abus dangereux » (sic) sur les paquets de cigarettes. 1991 : une loi défendue par Claude Evin crée des zones fumeurs et non-fumeurs dans les lieux et les transports publics. 2006 : un décret prohibe la cigarette dans tout les « lieux publics » – y compris les entreprises. La mesure prendra également effet l’année suivante, saufs exceptions, dans les cafés, restaurants bars et discothèques. Dans les lycées et collèges, l’interdiction est étendue aux cours de récréation.

Parc Georges-Brassens

Puis le mouvement continue : la consommation de tabac sera bientôt interdite dans les aires de jeux et dans les voitures transportant des enfants de moins de 12 ans – de même que le vapotage dans certains lieux publics. Et en juin dernier Strasbourg est devenue la première ville française à interdire totalement le tabac dans ses parcs et jardins.

Depuis le mois dernier, Paris fait de même dans six parcs et squares : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Un mouvement encouragé par le gouvernement. « Cela fait partie des stratégies inscrites dans le Programme national de lutte contre le tabac 2018-2022 », a indiqué le ministère de la Santé au Parisien. Agnès Buzyn compte sur les municipalités pour « augmenter le nombre d’espaces sans tabac (plages, installations sportives, parcs…) relevant de leurs compétences ».

« Le mouvement est déjà bien lancé. Dans le Sud, Cannes (Alpes-Maritimes) a pris un arrêté pour interdire jusqu’à fin septembre narguilés et chichas sur une large partie de son territoire, y compris les plages. Plus de clope non plus sous le parasol à Nice, Menton, Saint-Malo, Royan… précise encore Le Parisien. Sur l’ensemble de la France, on compte désormais 973 « espaces sans tabac », le label officiel décerné par la Ligue contre le cancer et reconnu par le ministère de la Santé. Une cinquantaine de plages, des parcs, jardins mais aussi des zones de loisirs, des entrées d’école ou d’hôpitaux. »

Puis l’on entend Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes français : « Quel est le sens de ces actions ? On est face à des gens qui font du spectacle. Créer de l’interdit n’est pas une solution. » M. Coy n’en dira pas plus.

Cigarette, bonheur et vapotage

On connaît le premier objectif de ces interdictions : lutter contre la pollution des mégots – sujet avec lequel un proche d’Emmanuel Macron tentait il y a peu de faire rire.  « Il faut dénormaliser la présence de tabac dans les lieux publics, explique encore le Dr Alexandre Feltz, addictologue et adjoint (SE) au maire de Strasbourg. Les enfants qui voient des adultes fumer dans des espaces de loisirs associent la cigarette au bonheur. » Le Dr Feltz est-il bien certain quant au lien de causalité ? Il ne nous le dit pas.

Le Parisien nous conduit aussi à La Ciotat (Bouches-du-Rhône) – première commune française à avoir interdit la cigarette sur le sable d’une plage. Sept ans plus tard, son maire (LR) Patrick Boré s’en félicite. « On a longtemps distribué des cendriers que l’on retrouvait enfouis dans le sable. Depuis, les enfants ne font plus des châteaux de mégots, c’est redevenu familial. » Ces mesures visent aussi à aider ceux qui n’arrivent pas à décrocher. « La contrainte entraîne l’arrêt », assure-t-il. Punir pour sanver, en somme. C’est là un bien beau sujet de philosophie médicale et politique.

Et demain ? Les promoteurs de l’interdit ont déjà d’autres cibles : les terrasses, les lieux de concerts et spectacles en plein air. « Nous, on ne fera rien de plus. Ce sera aux futurs élus de s’en charger, il faut y aller progressivement », temporise Alexandre Feltz. Quant au ministère, il se contente d’indiquer qu’« il n’est pas prévu de nouvelle mesure législative ». Pour l’instant.

Et Le Parisien va un peu plus loin en donnant la parole au Pr Alexandre Duguet, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). Extrait :

 « La liberté individuelle est magnifique quand elle n’a pas d’impact sur les autres. Or, fumer dans les lieux publics, c’est priver les non-fumeurs de respirer un air pur. Le tabac est le seul produit autorisé qui tue un consommateur sur deux. Il rapporte 15 milliards d’euros par an à l’Etat et en coûte 120 milliards. Ce n’est pas une question de liberté car les fumeurs ne sont pas libres. 80 % d’entre eux aimeraient arrêter mais ils n’y parviennent pas, ils sont dépendants. Et pourquoi ? Car le tabac est une drogue. Avec l’héroïne, c’est celle dont il est plus le difficile de se débarrasser. Si on l’interdisait, on pourrait sauver 78 000 vies par an, l’équivalent d’un Stade de France.

  « Je suis par exemple pour interdire la cigarette sur les terrasses. Demandez aux non-fumeurs ce qu’il s’y passe ? Il y a une gêne très importante. Je ne suis pas non plus pour instaurer des trottoirs fumeurs et non-fumeurs comme aux Etats-Unis ou l’interdire dans la rue. Il faut un peu de répression, prendre des mesures sur les prix et surtout une vraie aide au sevrage. Cela veut dire rembourser tous les substituts nicotiniques, rendre les consultations gratuites. On n’a rien à inventer, juste à suivre ce qui a été fait ailleurs et qui a fonctionné. C’est une question de courage politique. »

Courage  politique ? Quel dommage que le Pr Alexandre Duguet omette de traiter de la cigarette électronique…. Et dans l’attente une question : à quel titre, de quel droit, les interdits frappant le tabac, les cigarettes et leurs mégots devraient-ils concerner le vapotage et ses volutes ? Par quel méchant syllogisme politique pourrait-on assimiler les conséquences sanitaires publiques d’une affection de longue durée (le tabagisme ) à des pratiques qui ont précisément pour objet d’en réduire les risques (le vapotage)– et ce sans aucun danger pour le voisinage immédiat ?

Courage politique : combien faudra-t-il encore attendre, sur ce point, pour entendre Agnès Buzyn ?

 A demain

 

 

 

 

Jeu de rugby : qui a tué Louis Fajfrowski, qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

Bonjour

Ecouter Graeme Allwright dans « Qui a tué Davy Moore ? ».

Louis Fajfrowski, 21 ans joueur de rugby du club d’Aurillac est mort le 10 août dernier. Mort après avoir subi un choc lors d’un match amical. Un placage « viril mais correct ». On apprend aujourd’hui que l’autopsie pratiquée le 13 août à l’institut médico-légal de Clermont-Ferrand n’a pas permis de déterminer la cause exacte du décès.

« Les constatations du médecin légiste ne sont pas probantes et ne permettent pas de conclure à la cause du décès, a précisé Mars Rous, substitut du procureur de la République. Des prélèvements ont été effectués en vue de réaliser des analyses toxicologiques et anatomo-pathologiques ». On sait déjà que les résultats de ces nouvelles analyses ne seront pas connus avant un mois et demi ou deux mois.

« Wouhhhh »

La Montagne avait rapporté que le jeune joueur, titulaire au centre de l’attaque du Stade aurillacois (Pro D2), était sorti du terrain en seconde période du match contre le club de Rodez (Fédérale 1) après avoir été l’objet d’un plaquage. Sonné, il avait pu se relever avec l’aide des soigneurs avant de se rendre par ses propres moyens aux vestiaires, accompagné d’un médecin. C’est aux vestiaires qu’il a perdu connaissance à plusieurs reprises. Pris en charge par le service médical et les secours supplémentaires arrivés sur place, il n’a pas pu être ranimé. Midi Olympique rapporte les faits :

« 50e minute : lancer en touche pour Rodez, sur les 22 mètres aurillacois. Le ballon, cafouillé, retombe chez les locaux. Relance immédiate. Une passe, puis une deuxième vers Louis Fajfrowski qui s’empare du ballon. Et, presque immédiatement, il prend un énorme tampon. Une clameur, de ces « Wouhhhh » qui résonnent dans les stades sur les chocs destructeurs, s’élève de la tribune garnie de la jeunesse cantalienne. Les copains, les copines, les familles, les joueurs de la veille sont là. Sur l’action, les Ruthénois récupèrent le ballon abandonné au contact et filent à l’essai, en contre.

« Assis en tribunes, Latuka Maïtuku et Kevin Savea, troisième ligne et talonneur du Stade, ont assisté à la scène. Leur analyse ? Rien de condamnable, sur l’action« Le plaquage était régulier. Dans le mouvement, sec. Dur, même. Mais rien de répréhensible, effectivement. Le genre d’impact qu’on voit tous les week-ends, en Top 14 et en Pro D2″ se souviendra Maxime Petitjean, le lendemain. « Le joueur d’Aurillac a hérité du ballon avec peu de vitesse. Le troisième ligne de Rodez, lui, arrivait à pleine vitesse. Il l’a plaqué au niveau de la zone poitrine-sternum, confirme Jérémy Rozier, arbitre de cette rencontre. Avec l’écart de vitesse, c’était impressionnant. L’impact a fait un gros bruit, mais il n’y avait rien de répréhensible. Le défenseur touche la bonne zone et encercle avec les bras. Des plaquages comme ça, j’en vois tous les week-ends. Même au 7, que j’arbitre souvent. » »

Deux pistes considérées sont aujourd’hui évoquées dans le milieu médical spécialisé : un arrêt cardiaque lié à des produits dopants (rien, à ce stade, ne soutient cette hypothèse) ou une pathologie cardiaque méconnue et indécelable à l’autopsie. D’où les prélèvements destinés à la toxicologie et à l’anatomopathologie.

Simple corrélation ou lien de causalité entre le placage et le décès, l’affaire commence à faire grand bruit dans le monde du rugby. Cette mort fat suite à celle d’Adrien Descrulhes, 17 ans, qui a succombé à un traumatisme crânien après un match, en mai dernier. Deux morts qui relancent comme jamais la polémique sur les nouveaux risques liés à l’inquiétante évolution de ce sport – un sport qui ne cesse de gagner en violence, en chocs et en commotions cérébrales.

Le courage de Midi Olympique

Il faut lire, ici, l’éditorial signé Emmanuel Massicard dans le Midi Olympique du 13 août. Intitulé « La nausée » il dénonce courageusement un sport « de plus en plus destructeur », mettant « ses propres acteurs en danger à force de collisions à très grande vitesse »

« Nous ne fermerons pas les yeux. Pas question de céder à la complicité. Midi Olympique continuera ainsi de donner la parole à tous les Chazal du monde 1 qui viendront éclairer le débat, prêts à se pencher sur la santé des joueurs et sur l’avenir de ce jeu évoluant contre sa propre nature. Un jeu de plus en plus destructeur, qui met ses propres acteurs en danger à force de collisions à très grande vitesse. Un jeu de plus en plus con – on se répète, hélas – à force d’oublier la moitié de son ADN: la recherche de l’évitement qui lui conféra longtemps une force créatrice enviée par tant d’autres disciplines.

Il n’est plus temps de se bercer d’illusions sans quoi, c’est sûr, nous risquons d’avoir d’autres nausées et de pleurer d’autres Louis. Il n’est plus temps de croire que les seules mesures mises en place feront des miracles et nous protègeront du danger qui plane. Il y a désormais urgence et il faut agir pour voir, demain, le rugby changer radicalement dans son approche du jeu, en assumant ses maux actuels et la propre menace qu’il génère pour avoir cédé au tout physique. »

Dans « Qui a tué Davy Moore ? » Graeme Allwright s’interroge, après Bob Dylan, sur les responsables de la mort à 29 ans, d’un champion du monde de boxe (poids plume). C’était le 21 mars 1963. Après un violent crochet Davy Moore chute, se heurte la tête et décède deux jours plus tard. En 1963 la boxe était florissante. Un demi siècle plus tard elle ne fait plus recette.

A demain

1 Il s’agit ici du Pr Jean Chazal, neurochirurgien et doyen honoraire de la faculté de médecine de Clermont-Ferrand. Cet « ancien référent » de la Ligue nationale de rugby (LNR) en matière de commotions, s’était alarmé face à ces drames. Lanceur d’alerte atypique, il redoutait depuis des mois dans les médias la mort d’un joueur sur le terrain, une liberté de ton guère du goût des instances du rugby français qui lui avaient fait savoir qu’il avait, sur ce sujet, tout intérêt à se taire.  Une réponse bien peu confraternelle vient de lui être donnée, sur le site Rugbyrama, par le Dr Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR.