«Confinement renforcé dans la durée» : la demande du Conseil scientifique au gouvernement

Bonjour

07/03/2020. C’est un document d’une grande importance : le gouvernement vient enfin de rendre public le dernier avis en date des membres du Conseil scientifique 1 : « COVID-19, 2 avril 2020 Etat des lieux du confinement et critères de sortie ». Un texte remis au gouvernement il y a cinq jours. C’est une analyse documentée, large et édifiante sur laquelle nous reviendrons et qui soulève bien des questions auxquelles devra répondre l’exécutif.

Cœur du sujet et du questionnement : Sur quels critères baser la sortie du confinement ? Réponse du Conseil au gouvernement (nous soulignons) :

« Tout d’abord, le Conseil scientifique tient à clarifier que la sortie du confinement ne signifie pas que toutes les mesures de contrôle contre covid19 seront levées. La sortie du confinement vise à remplacer le confinement par des stratégies de contrôle de l’épidémie plus facilement supportables et moins couteuses pour la société française. Ces mesures resteront néanmoins fortes. Elles seront amenées à évoluer en fonction de la situation épidémiologique et le cas échéant des avancées de la recherche. Un avis détaillant les stratégies de contrôle pouvant être considérées après le confinement paraîtra prochainement. La sortie du confinement peut être décidée en considérant trois éléments distincts.

· L’objectif à court terme du confinement était de soulager les services de réanimation français, en réduisant le nombre de formes graves nécessitant un séjour en service de réanimation. Avant d’envisager une sortie du confinement, le gouvernement devra s’assurer que l’objectif de l’intervention est atteint. Cette décision pourra être prise sur la base d’indicateurs épidémiologiques indiquant notamment que la saturation des services hospitaliers, et des services de réanimation en particulier, est jugulée. Les équipes de soignants devront également bénéficier d’une période suffisante pour récupérer de l’effort considérable fourni pendant les semaines qui viennent de s’écouler, et les stocks de matériel, traitements spécifiques à la réanimation, et équipement de protection devront être reconstitués.

· Ensuite, le confinement devrait conduire à une réduction du nombre de cas Covid19 sur le territoire national. Idéalement, cette réduction devra être suffisamment importante pour que la détection des nouveaux cas de façon systématique redevienne possible. (….)

· Enfin, le gouvernement devra s’assurer que les éléments d’une stratégie post-confinement seront opérationnels, incluant notamment : – le choix des mesures de distanciation sociale qui seront maintenues pendant la période de post-confinement ; – la disponibilité des protections matérielles comme les gels hydro-alcooliques et les masques à l’usage des personnels soignants, des personnes en situation d’exposition au virus en priorité, puis à l’ensemble de la population, comme en Asie. – des capacités hospitalières et de médecine de ville restaurées dans les régions qui ont été les plus touchées ; – un système de surveillance épidémiologique opérationnel pour les indicateurs les plus sensibles comme le nombre de nouveaux cas sur le territoire national et dans les lieux à risque d’épidémie; – des capacités de diagnostic rapide d’infection aiguë et de rendu des résultats aux patients avec transfert des données en temps réel aux systèmes de surveillance épidémiologique ; – de nouveaux outils numériques permettant de renforcer l’efficacité du contrôle sanitaire de l’épidémie; – des modalités d’isolement des cas et de leurs contacts adaptées au contexte personnel ; – la protection des personnes vulnérables et susceptibles de faire des formes graves de la maladie ; – la protection des populations les plus à risque d’épidémie du fait de leur situation d’habitat (ex : migrants, prisons, personnes en institution) ; – Une politique de contrôle aux frontières ; –

« Se rajouteront éventuellement des traitements efficaces contre le virus, ou à plus long terme un vaccin, qui pourraient bien entendu modifier considérablement ces stratégies. La participation de l’immunité collective au contrôle de l’épidémie n’est pour l’instant pas prise en compte, dans la mesure où elle est très vraisemblablement inférieure à 15%, y compris dans les zones les plus touchées par la première vague de l’épidémie.

Enfin le Conseil scientifique souligne un point essentiel : « La réflexion sur la sortie du confinement, les stratégies post-confinement sont nécessaires. La priorité demeure cependant la poursuite d’un confinement renforcé dans la durée ».

A demain @jynau

1 Membres du Conseil scientifique : Jean-François Delfraissy, Président Daniel Benamouzig, Sociologue Lila Bouadma, Réanimatrice Jean-Laurent Casanova, Immunologie/Pédiatrie Simon Cauchemez, Modélisateur Franck Chauvin, Haut Conseil de la Santé Publique Pierre Louis Druais, Médecine de Ville Laetitia Atlani Duault, Anthropologue Arnaud Fontanet, Epidémiologiste Marie-Aleth Grard, Milieu associatif Bruno Lina, Virologue Denis Malvy, Infectiologue Yazdan Yazdanapanah, Infectiologue Correspondant Santé Publique France : Jean-Claude Desenclos En présence de d’un membres en attente de nomination : Aymeril Hoang, Spécialiste des nouvelles technologies

Promotion de l’hydroxychloroquine: Philippe Douste-Blazy nie toute forme de conflit d’intérêts

Bonjour

07/04/2020. Comme un bref retour dans un monde ancien. C’est un sous-chapitre dans une affaire moderne devenue tentaculaire. Philippe Douste-Blazy, ancien ministre est aujourd’hui l’un des thuriféraires les plus connus du Pr Didier Raoult (IHU Méditerranée Infection), l’un des promoteurs les plus médiatisés de l’hydroxychloroquine (Plaquenil, Sanofi Aventis) dans le traitement du Covid-19. Il a notamment initié une pétition (#NePerdonsPlusDeTemps) qui a recueilli, en quelques jours, près de 400 000 signatures.

L’ancien ministre était ce matin l’invité d’Europe 1. Il a repris son propos, préconisant le traitement préconisé par le Pr Raoult associant hydroxychloroquine et azithromycine. « Les médecins italiens, portugais et marocains voient que lorsqu’ils donnent ce médicament tôt, ils ont une baisse des symptômes de leurs patients » a-t-il plaidé.  On sait que, pour l’heure, son confrère Olivier Véran, qui occupe le siège qu’il occupa, se refuse à généraliser sur le territoire l’usage de la chloroquine.

« (…) Pardon, mais ce n’est pas monsieur Douste-Blazy, qui a été ministre de la Santé, et qui sait très bien comment les choses fonctionnent,  qui va décider tout seul, contre les sociétés savantes contre des centaines d’experts . Je ne peux pas la prendre seul sans l’aval des sociétés savantes, contre des centaines d’experts de toutes les sociétés savantes….  déclarait-il dans une interview pour Brut (32’) en fin de semaine dernière. Si je le faisais je ferai un pari sur la santé des Français. je suis allé aussi loin que je le pouvais à ce stade pour autoriser la prescription de la chloroquine, j’ai mouillé ma propre chemise (…) »

« Il y aurait conflit d’intérêts si j’avais une rémunération »

Ce matin, sur Europe 1, Philippe Douste-Blazy tacle bien au-delà du ministre en exercice. Il aborde la grande question de l’articulation entre le scientifique et le politique.  « (…) Ma démarche n’est pas politique, elle est purement scientifique. (…) explique-t-il. Est-ce que c’est une société savante qui doit ou pas décider pour le politique ? (….) Le rôle du politique, dans les périodes difficiles, c’est de choisir. »

Il ajoute que « l’Agence Régionale de Santé montre que le taux de mortalité entre les gens hospitalisés et les gens qui décèdent est le plus bas chez les patients que le Pr Raoult traite à Marseille parce que ce traitement y est donné ». Trouve d’autres arguments, plaide, veut convaincre.

Puis viennent les questions des auditeurs, et cette observation, plusieurs fois formulée : le Pr Philippe Douste-Blazy fait partie du Conseil d’administration de l’Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée Infection du Pr Didier Raoult. On perçoit la flèche. Comment comprendre ? L’ancien ministre explique bien volontiers qu’il ne s’en est jamais caché – et qu’il n’est pas le seul. Il en est membre « au même titre que d’autres professeurs de médecine, que d’autres chercheurs et en particulier M. Delfraissy qui est le président du Comité national d’éthique ». 

Un problème ? « Il y aurait conflit d’intérêts si j’avais une rémunération, si j’avais des billets d’avion qui m’étaient payés, si j’avais des restaurants, si j’avais des intérêts… explique-t-il. Or il n’y a aucun. Jamais de ma vie… Personne, personne ne pourra jamais trouver qu’il y a eu un intérêt. Non, je le fais parce que je suis tout simplement un médecin. Parce que je trouve que ce que fait le Pr Raoult est extrêmement remarquable (….) »

A demain @jynau

A qui faut-il demander quand, et comment, nous serons-nous tous totalement déconfinés ?

Bonjour

07/04/2020 Hier encore inconnu, désormais omniprésent, le mot brûle les lèvres de l’exécutif.  Interviewé une fois encore par Jean-Jacques Bourdin sur RMC/BFMTV, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé a déclaré «Le confinement durera aussi longtemps qu’il sera nécessaire qu’il dure». «C’est à chacun de nous, dans notre comportement quotidien, d’être capable de comprendre qu’en restant chez nous on sauve des vies. Nous devons être patients. Notre patience sauve des vies».

Interrogé sur un probable prolongement de ce confinement, le ministre a répondu : «Ce n’est pas à moi de vous apporter [cette réponse] et je n’ai pas encore la totalité des informations permettant au président de trancher. Vous aurez la réponse rapidement». Puis, face à l’insistance du journaliste, le ministre a déclaré qu’il y aurait «peut-être» une intervention «dans la semaine» du président de la République, du Premier ministre «ou des deux» lors de laquelle la question de la durée du confinement pourrait être abordée.

«Il ne faut pas trop parler du déconfinement, sinon on a l’impression que c’est fini. Nous sommes encore en phase d’aggravation. (…) Il est trop tôt pour parler du déconfinement», a par ailleurs insisté Olivier Véran, qui a cependant rapidement évoqué la cellule chargée «d’étudier toutes les pistes, toutes les solutions» créée au sein de son ministère et dirigée par Jean Castex. C’est ici la troisième structure scientifique crée en quelques semaines et en charge de conseiller l’exécutif  sur des sujets essentiels.

 » C’est un couteau suisse !  »

Les Français vont ainsi, après les Prs Jean-François Delfraissy et Jérôme Salomon, apprendre à découvrir Jean Castex devenu « Mr Déconfinement » : énarque, 54 ans, passé par la Cour des comptes et dernièrement réélu triomphalement maire LR de Prades (Pyrénées-Orientales) quand la France n’était pas encore confinée comme elle l’est désormais. .«Un haut fonctionnaire qui connaît parfaitement le monde de la santé et qui est redoutable d’efficacité», l’a encensé Édouard Philippe. « Jean Castex est un roc, un grand serviteur de l’État qui connaît le monde de la santé sur le bout des doigts » (Gilles Boyer, député européen).

« Depuis longtemps, Jean Castex, un intime d’Alexis Kohler, le plus proche collaborateur d’Emmanuel Macron à l’Élysée, entretient aussi de solides liens d’amitié avec l’entourage du Premier ministre: son directeur de cabinet, Benoît Ribadeau-Dumas, l’adjoint de celui-ci Thomas Fatome ou encore le complice de toujours Gilles Boyer » observe Le Figaro (Marion Mourgue).  «C’est un couteau suisse!», salue Xavier Bertrand qui l’a repéré il y a quinze ans sur les conseils de Philippe Douste-Blazy. 

« Quelques années plus tard, c’est au tour d’Emmanuel Macron de le repérer. Le chef de l’État, qui le reçoit en octobre 2018, songe très sérieusement à Jean Castex pour le ministère de l’Intérieur, croit savoir Le Figaro. Le poste lui échappe de peu: certains ténors de la majorité s’y opposent, voyant en l’élu LR la main invisible de Nicolas Sarkozy. En 2010, l’ancien chef de l’État l’avait choisi comme conseiller aux affaires sociales, en remplacement de Raymond Soubie, puis comme secrétaire général adjoint de l’Élysée. »

Emmanuel Macron avait aussi pensé à ce haut fonctionnaire pour prendre la tête de la SNCF. Il l’avait finalement choisi pour organiser les Jeux olympiques de 2024. Si l’on osait nous dirions qu’il lui reste encore quelques haies à sauter.

A demain @jynau

A lire, sur Slate.fr : « À quoi ressemblera le grand déconfinement ? Pour lever le confinement, les expert·es ne disposent d’aucune certitude. Aussi le gouvernement est-il confronté à une situation sans précédent, à très haut risque sanitaire et politique ».

La guerre contre l’épidémie nous fera-t-elle oublier celle pour la survie de l’hôpital public ?

Bonjour

07/04/2020. Mémoire: songer à ne pas la perdre. C’est un épisode de campagne qui, soudain, nous rappelle où nous étions encore il y a quelques semaines. Vendredi 2 avril lors d’une conférence de presse téléphonique concernant la situation épidémique dans le Grand Est, Christophe Lannelongue a expliqué, foi du charbonnier, qu’il n’y avait « pas de raison de remettre en cause » le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers. Un « COPERMO ». Ce dernier prévoit notamment la suppression sur cinq ans de 174 lits (sur 1 577 en 2018) et de 598 postes au CHRU de Nancy (sur environ 9 000). « Nous aurons quelques semaines de retard mais la trajectoire restera la même », a-t-il osé.

C’est peu dire que ces propos ont suscité la colère dans une France qui découvre les vertus des soignants et celles de l’hôpital public ; une France qui réinvente chaque soir les rites de la communion laïque et solidaire. Sur les réseaux sociaux, les déclarations de M. Lannelongue ont déclenché une vague indignée :  de réactions outrées : « incompréhensible », « inadmissible », « irresponsable », « inhumain », « monstrueux ».

Olivier Véran a vite pris le pouls de cette ire : le ministre des Solidarités et de la Santé a dû tweeter le dimanche 5 avril : « à Nancy comme partout, l’heure est à la mobilisation de tous pour faire face au #COVID19 ». « L’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent & de refonder notre Hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra ».

« Coûte que coûte »

Maigre tweet qu’il lui a fallu développer dès le lendemain, lors d’une nouvelle conférence de presse. Où l’on entendit le ministre annoncer, avec l’emphase minimale qui est parfois la sienne, la nécessité de « suspendre la portée » des projets et réorganisations hospitalières engagées avant la crise due au Covid-19, – et ce jusqu’à la réalisation de « l’inventaire de l’épidémie avec les soignants ».

« La crise du Covid-19 change la donne hospitalière. Ce changement s’inscrira, à n’en pas douter, dans la durée. Pour sortir de la crise, il conviendra donc, au-delà de l’indispensable reconnaissance due au personnel hospitalier, […] de réinterroger en profondeur nos réflexes et nos manières de penser en matière de gestion hospitalière, pour préparer grand plan d’investissement de notre système de santé » a-t-il annoncé ; il faisait ici référence au « plan massif » pour l’hôpital après la crise sanitaire promis le 25 mars, à Mulhouse, par Emmanuel Macron.

« D’ici là, il convient de considérer avec humilité les projets, les réorganisations engagées avant cette crise, et d’en suspendre toute la portée, jusqu’à ce que l’inventaire de cette épidémie, tout l’inventaire, ait pu être effectué avec tous les soignants. Car l’hôpital devra s’armer pour répondre avec résilience aux épidémies, tout en poursuivant ses missions fondamentales, notamment vis-à-vis des maladies chroniques ou des pathologies fonctionnelles. »

Où l’on retrouve, dans les mots ministériels, le redoutable concept d’humilité. Il tranche désormais radicalement avec les certitudes assénées, sous les ors de la République, hier encore, par l’exécutif en général, le sanitaire en particulier. Quand il fallait « coûte que coûte » réduire le nombre des lits pour mieux voguer vers « l’hôpital-entreprise ». Quand on avait oublié la réalité du risque épidémique. Il conviendra de s’en souvenir.

A demain @jynau

Une première large opération de dépistage viral va, enfin, être lancée dans les Ehpad

Bonjour

06/04/2020. Le ministre de la santé Olivier Véran vient de donner le bilan quotidien : 8 911 morts sont dues au Covid-19 depuis le 1er mars en France (le bilan a augmenté  de 833 en 24 heures).Le coronavirus a fait 6 494 morts dans les hôpitaux (605 de plus en 24 heures), et 2 417 morts en Ehpad.

Et le ministre d’annoncer qu’une vaste opération de dépistage va être lancée auprès des personnes les plus vulnérables, « en mettant la priorité sur des personnes âgées, les personnes handicapées, les plus fragiles ainsi que les professionnels qui les accompagnent, en établissements comme à domicile ». Selon Olivier Véran, le principe est de tester dans les Ehpad « tous les résidents et tous les personnels à compter de l’apparition du premier cas confirmé de malades de coronavirus au sein de l’établissement ». 

Pourquoi aura-t-il fallu attendre si longtemps ? Le sujet avait été traité, une nouvelle fois, par le Comité national d’éthique (CCNE) dans un document daté du 1er avril. Un document essentiel qui traitait notamment de la préservation, dans les Ehpad, « d’un espace de circulation physique, même limité ». Une mesure qui, aux yeux des sages du Comité, « semblait impératif en dépit des mesures d’isolement, afin d’éviter que le confinement, quelle que soit sa justification au regard des impératifs de santé publique, ne devienne pour ceux qui n’ont plus la liberté de choisir leur cadre et leur mode de vie, une mesure de coercition. » Extraits:

« Pour les résidents ‘’testés négativement’’, la visite de proches, eux-mêmes contrôlés négativement, pourrait être autorisée, dans des conditions strictes de sécurité sanitaires . Cette proposition exige évidemment que des tests puissent être proposés à grande échelle.

« Concernant les familles et les proches aidants qui souhaitent que le résident puisse au moins temporairement les rejoindre à leur domicile, de telles initiatives devraient être encouragées, après avoir bien entendu recueilli l’assentiment du résident et pratiqué des tests permettant de prévenir des risques de contamination intrafamiliale. Ces préconisations ne peuvent être mises en œuvre que si les établissements disposent de la possibilité d’assurer les tests de dépistage du Covid-19 auprès des personnels et des résidents. »

Et le CCNE de rappeler, alors, « l’impérieuse nécessité de faciliter la mise en place des tests de dépistage dans ces établissements et l’accès aux moyens de protection pour le personnel, comme pour les résidents ». Il semble désormais acquis, du moins pour partie, que les « sages » du CCNE ont été entendus. Sans doute est-il trop tôt pour demander pourquoi il aura fallu attendre si longtemps pour que le gouvernement braque ses projecteurs sur ces établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes.

A demain @jynau

 

Comment un médecin peut-il désigner le patient «qui a le plus de chances de survivre» ?

Bonjour

06/04/2020. Sans précédent. C’est une « prise de position » sans précédent connu. Elle dit tout de la tragédie que certains, soignants, patients et familles traversent aujourd’hui ou pourraient traverser demain. En écho elle résonnera largement au sein d’une société française confinée. Elle est signée du Conseil national de l’Ordre des médecins et sobrement titré : « Décisions médicales dans un contexte de crise sanitaire et d’exception ». Extraits (nous soulignons):

« L’état d’urgence sanitaire actuel en France a des conséquences majeures, par une pression inédite, sur le système de santé, notamment sur l’offre de soins et la prise en charge des patients. La situation dans de très nombreux établissements publics et privés de santé, médicosociaux, comme les EHPAD, voire en ambulatoire atteint un niveau alarmant. Certains n’hésitent pas à l’assimiler à une situation de catastrophe sanitaire.

« Les problèmes posés aux médecins concernés s’avèrent effectivement de plus en plus difficiles à gérer, en raison du déséquilibre entre les moyens humains, thérapeutiques, matériels, voire médicamenteux disponibles et les situations, souvent complexes, graves et urgentes, auxquelles ils doivent faire face. Il en résulte pour les médecins des conditions d’exercice en rupture avec le mode normal de prise en charge des patients, qui peuvent les placer devant des interrogations déontologiques majeures et des cas de conscience face auxquels ils se trouvent désemparés. »

L’Ordre des médecins explique « être bien décidé à ne pas les laisser ces médecins seuls devant les choix qu’ils ont à faire, et à les accompagner ». Choix entre

1 d’une part leurs obligations déontologiques, tout spécialement de soins consciencieux, dévoués et conformes aux données acquises de la science, dont il doit être rappelé qu’elles restent les mêmes quel que soit le contexte, y compris en période d’état d’urgence sanitaire, « en toutes circonstances » dit le code de déontologie ;

2  d’autre part la réalité des situations rencontrées, qui conduit nécessairement à des conditions d’application qui en tiennent compte.

On sait que la difficulté se pose tout particulièrement à propos de la question de la priorisation entre des patients à laquelle, dans divers territoires, des médecins pourraient se trouver (ou se trouvent d’ores et déjà) confrontés, du fait de l’impossibilité de prise en charge de leurs malades. L’Ordre :

« Une telle réponse extrême ne saurait être retenue qu’en l’absence avérée de toute autre possibilité et s’il est constaté qu’aucune autre alternative ne se présente au terme d’une appréciation collégiale tracée dans le dossier, fondée sur l’état du patient, prenant en compte notamment ses comorbidités. L’âge du patient, sa situation sociale, son origine, une maladie mentale, un handicap ou tout autre facteur discriminant ne peuvent être l’élément à retenir. »

Puis, après avoir rappelé l’essentiel déontologique et éthique (Des décisions médicales qui doivent rester guidées par l’intérêt du patient ; Les principes éthiques et déontologiques qui entourent toute décision médicale ; L’accompagnement des patients) l’Ordre écrit ceci :

« Dans ce contexte d’exception, et devant une possible situation de rupture, en l’absence de toute alternative, faute de pouvoir faire mieux, le plus douloureux pour un médecin, après avoir épuisé toutes ses ressources, est d’avoir à déterminer, parmi ses patients, non pas une personne, non pas un âge, mais celui d’entre eux qui a le plus de chances de survivre. »

Et d’ajouter :

« Dans ce moment de solitude, même assortie d’une appréciation collégiale, la décision repose sur le médecin et seule peut lui servir de guide sa conscience, éclairée par ses pairs. Nous l’affirmons, aucune contrainte politique, administrative, organisationnelle, ne peut imposer à un médecin des critères de prise en charge pré déterminés par d’autres acteurs. L’Ordre est là pour guider les médecins dans l’intérêt des patients et sera à leurs côtés pour les accompagner. »

Sans précédent.

A demain @jynau

IVG et confinement : le gouvernement autorisera-t-il les soignants à ne pas respecter la loi?

Bonjour

Volontiers prolixe sur son action contre l’épidémie, le pouvoir exécutif peut aussi étrangement garder le silence. C’est le cas face à l’appel de soignant·es et de personnalités politiques qui s’inquiètent du risque qui pèse sur le droit à avorter pendant le confinement.

La demande, comme la situation, est sans précédent : obtenir que l’exécutif donne son feu vert de principe pour que la loi et les règlements sur la pratique de l’IVG ne soient pas toujours pleinement respectés – et ce sans que les soignant·es puissent en être les victimes.

Rien d’extravagant dans cet appel soutenu par cinq anciennes ministres. Et le gouvernement a prouvé qu’il pouvait prendre rapidement des mesures sanitaires rapides (notamment dans le champ des addictions), au nom d’une politique de réduction des risques. Pour l’heure Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé garde le silence. Jusqu’à quand ?

A lire, sur Slate.fr : « Urgences et confinement : respecter ou pas la loi sur l’IVG ? »

A demain @jynau