L’inexcusable «corrélation» du préfet de Police de Paris entre le confinement et la réanimation

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04/04/2020. Il ne s’agissait nullement, ici, d’un lapsus. Comment le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a-t-il pu s’exprimer ainsi, déclenchant en un instant autant de réactions justement indignées ?

« Ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, ceux qu’on trouve dans les réanimations, ce sont ceux qui, au début du confinement, ne l’ont pas respecté, c’est très simple, il y a une corrélation très simple », a-t-il déclaré lors d’un point presse sur un contrôle routier pour dissuader les départs en vacances.

Ces propos ont aussitôt provoqué un début de polémique le contraignant, phénomène sans précédent, à s’excuser par deux fois : dans un communiqué et en direct lors d’une courte allocution. « Au-delà de l’inexactitude c’est une erreur et je la regrette à plusieurs titres. D’abord parce que je sais avoir heurté de nombreuses personnes qui ont des proches en réanimation ou qui ont perdu récemment l’un des leurs. Je n’avais pas l’intention de rajouter la culpabilité à leur peine », a-t-il ainsi déclaré. 

Puis il rappelé le « courage » des « citoyens exposés à cette maladie » : soignants, sapeurs-pompiers, policiers, gendarmes, services publics, caissiers, employés de commerce, routiers, taxis… « Je veux leur dire à tous mon profond respect. (…) Ce qui compte c’est l’unité nationale », a précisé celui dont certains responsables politiques ont aussitôt réclamé la démission.

Le corollaire et la corrélation

Sur BFMTV, le Pr Frédéric Adnet, du Samu de Seine-Saint-Denis : .« Je n’ai pas de mots (…) Insulter, traiter les malades qui sont en danger de mort de délinquance c’est vraiment un scandale».

Plusieurs élus de la France Insoumise ont aussi rapidement pris la parole dont le président Jean-Luc Mélenchon : « L’état d’urgence sanitaire ne doit pas avoir ce visage insultant. Les gens doivent être respectés! » Toujours à gauche, le premier secrétaire du Parti socialiste, a évoqué des « propos absolument scandaleux ».

A l’autre extrémité,  Marine Le Pen a qualifié ces propos de « totalement stupides (…) de surcroît d’une froideur et d’une méchanceté qui donnent la nausée ». Non loin d’elle, Nicolas Dupont-Aignant, président de Debout La France : « Les personnes en réanimation luttent contre la mort, elles ont souvent attrapé le coronavirus avant le confinement ou pendant leur travail car l’État ne leur a pas fourni de masques (soignants, policiers, salariés…). Je demande la démission du Préfet ».

Jusqu’au sein des députés LREM et apparentés, les propos du préfet ont choqué. L’élue des Hauts-de-Seine, Laurianne Rossi, évoque des « jugements moraux à répétition et la culpabilisation des Français » ; Aurélien Tâché, député de la majorité dans le Val-d’Oise, estime que le préfet de police, « aux méthodes très contestables et contestées » est à nouveau « sorti de son devoir de réserve ». 

Enfin, pour l’ancien député LREM, Matthieu Orphelin, toujours proche de la majorité, la déclaration préfectorale est à la fois « lamentable et grave ». Corollaire, sinon simple corrélation : « Il doit lui-même en tirer les conclusions qui s’imposent ».

A demain @jynau

Le pouvoir exécutif va-t-il bientôt rendre obligatoire le port du masque «grand public» ?

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03/04/2020. C’est une prescription qui devrait faire du bruit : le port du masque devrait être rendu obligatoire pour les sorties pendant la période de confinement mais aussi lors de sa levée. Prescription-recommandation de l’Académie nationale de médecine (qui a dû fermer son siège, rue Bonaparte, à Paris mais qui continue de publier en ligne des avis, communiqués et prises de position sur son site).

On sait que des personnes en période d’incubation (ou en état de portage asymptomatique) excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection. Aussi, dans ce contexte, le port généralisé d’un masque par la population française constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur.

Recommandations officielles de l’Académie nationale de médecine :

–  en situation de pénurie de masques, que le port d’un masque « grand public », aussi dit « alternatif », soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement ;

– en phase de décroissance de la courbe épidémique, avec décision de levée du confinement à domicile de la population. Cette levée du confinement doit s’accompagner d’un maintien des mesures barrières actuellement préconisées jusqu’au contrôle de la circulation du virus attesté par l’absence de nouveau cas déclaré pendant une période de 14 jours. Dans le cadre de cette levée du confinement, le port obligatoire d’un masque « grand public » ou « alternatif » par la population devrait être maintenu

Masque « grand public » ? Les indications pratiques pour la fabrication d’un tel masque doivent être « largement portées à la connaissance de la population » recommande encore l’Académie. Qui renvoie vers des tutoriels vidéo en ligne, comme celui pédagogique, de la Société française des sciences de la stérilisation.

Puis l’Académie va plus loin :

 « En Extrême-Orient, depuis de nombreuses années, le port d’un masque anti-projection par la population est à la fois une mesure de prévention et un acte de civisme en situation d’épidémie de virus à tropisme respiratoire (notamment dans les pays les plus frappés par le virus du SRAS en 2003). Face à l’épidémie de Covid-19, cette mesure a contribué à une réduction du taux de reproduction à Taïwan, Singapour et en Corée du Sud. »

En France, conclut-elle, l’habitude n’a pas été prise de constituer un petit stock de masques anti-projection dans chaque foyer. Et d’ajouter : la pénurie de masques risquant de durer encore quelques semaines, force est de recourir, actuellement et en vue de la sortie du confinement, à l’utilisation d’un masque « grand public » ou « alternatif ».

 Prendre le temps de les confectionner durant le confinement. Avant que leur port ne soit rendu obligatoire par le gouvernement ?  

A demain @jynau

Hydroxychloroquine: les nouvelles conclusions du mensuel Prescrire quant à son efficacité

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03/04/2020. Le 31 mars Prescrire donnait fort heureusement de la voix dans les turbulences montantes de l’affaire de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19. Voici ce qu’était, alors, la conclusion de de mensuel radicaement indépendant de l’industrie pharmaceutique :

« Avant d’exposer les patients en routine, la conduite d’autres essais comparatifs randomisés, de plus grande ampleur, est justifiée pour explorer cette hypothèse, tel l’essai en cours au niveau européen (essai dit Discovery) ». Où l’on voyait, alors, que Prescrire rejoignait la position et les recommandations de l’Agence nationale de sécurité du médicament.

Le mensuel revient, trois jours plus tard, sur le même sujet. Extraits :

« Des résultats d’un essai comparatif chinois de l’hydroxychloroquine (Plaquénil°) ont été publiés fin mars 2020 sur un site de publication avant relecture par des pairs (peer-review) . Cet essai a comparé un traitement habituel du covid-19 versus l’ajout d’hydroxychloroquine. Le protocole décrit diffère de celui déposé dans le registre chinois des essais cliniques.

« Cet essai a été mené chez 62 patients atteints de covid-19 (âgés en moyenne d’environ 45 ans), avec signe de pneumonie mais sans altération importante de leur saturation en oxygène. Au cours du suivi durant 6 jours, 4 patients ont eu une forme sévère de covid-19 dans le groupe témoin (traitement habituel) versus aucun dans le groupe avec ajout d’hydroxychloroquine (400 mg par jour pendant 5 jours) (absence de différence statistiquement significative). L’évolution des images radiologiques (scanner thoracique) a aussi paru meilleure dans le groupe hydroxychloroquine. »

Mais pour Prescrire trois questions majeures se posent :

  • des patients sont-ils morts en cours d’essai ?
  • la durée de suivi est-elle suffisante pour évaluer la mortalité étant donné la durée habituelle de la maladie ?
  • la durée de suivi est-elle suffisante pour évaluer les effets nocifs du traitement, alors que la demi-vie d’élimination de l’hydroxychloroquine varie de quelques jours à deux mois, d’où par exemple une longue exposition à des interactions médicamenteuses qui contribuent à allonger l’intervalle QT de l’électrocardiogramme ?

Le mensuel ajoute qu’ « une équipe française » (celle du Pr Jean-Michel Molina de l’hôpital Saint-Louis, Paris) a rapporté quelques données publiées sur une série de patients traités par hydroxychloroquine (600 mg par jour) et azithromycine (500 mg le 1er jour, puis 250 mg par jour pendant 4 jours). « Après 5 à 6 jours de traitement, la PCR était encore positive pour le SARS-CoV-2 dans les prélèvements nasopharyngés chez 8 des 10 patients étudiés, résume le mensuel. Chez un patient, le traitement a été arrêté au 4e jour en raison d’un allongement de l’intervalle QT de l’électrocardiogramme. »

En conclusion l’incertitude demeure, « qui incite à poursuivre les évaluations comparatives, et à continuer à être très prudent dans le maniement de l’hydroxychloroquine, vu ses dangers cardiaques, entre autres ».

Et, trois jours plus tard la même question : ces nouveaux éléments seront-ils de nature à convaincre ceux qui continuent, sur les ondes et les réseaux,  souvent au nom de l’urgence, à faire la promotion de l’hydroxychloroquine avant même (dans quelques jours ou quelques semaines) de connaître les résultats des évaluations comparatives randomisées ?

A demain @jynau

Le Pr Didier Raoult précise sa position sur les rapports «entre le soin et l’expérimentation»

Bonjour

03/04/2020. Hydroxychloroquine contre le Covid-19 : toujours la polémique – et toujours l’attente des premiers résultats des essais cliniques officiels. Reste le débat de fond. Il y a quelques jours le Pr Didier Raoult s’exprimait dans les colonnes du Monde, dénonçant notamment la « dictature morale » des méthodologistes. Aujourd’hui il revient sur le sujet dans Le Quotidien du Médecin  qui l’avait contacté à plusieurs reprises pour qu’il puisse s’exprimer et s’expliquer.  Il le fait sous la forme d’une tribune. Pour lui l’actuelle épidémie est l’occasion de conduire  « une réflexion sur la morale du choix entre le soin et l’expérimentation ».

Le Pr Raoult revient d’abord sur l’histoire des études comparatives randomisées « qui ont bénéficié depuis le début du XXIe siècle d’un engouement considérable, poussé à la fois par l’industrie pharmaceutique et par un nouveau groupe de chercheurs spécialistes d’analyses des data produites par les autres, que sont les méthodologistes ». « Les méthodologistes ont réussi, dans à un certain nombre de cas, à imposer l’idée que leurs pensées représentaient la raison, mais en pratique, ce n’est jamais qu’une mode scientifique parmi d’autres » souligne-t-il. Avant d’ajouter que « le premier devoir du médecin est le soin, et non l’expérimentation ».

Extraits :

« En pratique, les partisans majeurs des essais randomisés ont fini par les introduire comme la preuve unique de l’efficacité d’un traitement, ce qui signifie que l’on ne devrait plus pouvoir utiliser un traitement en disant qu’il est efficace sans avoir fait un essai randomisé.

« Dans ma propre expérience, j’ai déjà mis au point dix traitements différents, dont la plupart se retrouvent dans tous les livres de médecine rapportant les maladies sur lesquelles j’ai travaillé, sans jamais avoir fait d’essais randomisés. Les éléments, qui amènent, généralement, à la découverte des traitements, sont : l’observation anecdotique et les observations de séries correctement analysées.

« Il est clair, si on a la curiosité de regarder, par exemple, Wikipédia « Randomized Controlled Trial » en anglais (celui en français est, comme souvent, mal fait), que la plupart des gens reconnaissent que la découverte ne vient pas des effets randomisés, mais des initiatives individuelles. C’est ce qu’il s’est passé dans 99 % des traitements de maladies infectieuses. Par ailleurs, pour beaucoup de maladies, comme pour le sida ou pour les hépatites, l’efficacité du traitement est extrêmement facile à évaluer par les dosages dans le sang du virus, qui ne nécessite pas d’étude randomisée mais simplement des dosages réguliers. »

Le Pr Raoult évoque ensuite le nouveau coronavirus et ses travaux. « Dès l’annonce officielle des autorités chinoises de l’efficacité des médicaments du groupe de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine, se posait la question de la légitimité de l’utilisation d’une branche placebo d’expérimentation. C’est-à-dire un groupe sans médicaments, dans l’essai Discovery, rappelle-t-il. Ceci, sur le plan de l’éthique du soin, n’était pas tenable. »

Et de conclure : « Personnellement, je souhaite que l’occasion de cette épidémie permette au pays de remettre sur place réellement ce à quoi le comité d’éthique était destiné au départ, c’est-à-dire une réflexion sur la morale du choix entre le soin et l’expérimentation, et non pas sur les dérives que j’ai pu constater dans mon expérience ».

« Morale du choix entre soin et expérimentation ». Voilà un remarquable sujet de réflexion à mener pour le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé. Peut-on imaginer qu’il s’en saisira ?

A demain @jynau

La justice va-t-elle condamner des soignants contaminés qui continuent à travailler ?

Bonjour

02/04/2020. Paradoxes, justice et réduction des risques. Ces sont des informations de l’Agence France Presse reprises par les médias généralistes. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques, Éric Spitz, a annoncé jeudi 2 avril avoir saisi les procureurs de Pau et Bayonne du cas de deux soignants soupçonnés d’avoir poursuivi leurs activités tout en se sachant contaminés par le Covid-19.

Dans le Béarn, «c’est un professionnel du corps paramédical», ni médecin ni infirmier, qui est soupçonné d’avoir exercé en faisant fi du virus, a précisé à l’AFP Cécile Gensac, procureure de la République à Pau. Ce soignant, qui exerce «dans l’agglomération paloise», fait l’objet d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet palois, «pour de premières vérifications».

Au Pays basque, le procureur de la République de Bayonne, Jérôme Bourrier, a été saisi au sujet d’un médecin généraliste qui exerçait dans son cabinet, à Boucau (8300 habitants). «Le signalement fait par le préfet il y a environ une semaine stipule qu’il aurait continué d’exercer après avoir été testé positif au Covid-19», a précisé le procureur. Le mis en cause, le Dr Gilles Lassabe, accusé par un courrier de l’Agence régionale de santé (ARS) de «mise en danger de la vie d’autrui», se dit «choqué» et affirme avoir «fait tout ce qu’il fallait», dans le respect des règles sanitaires.

Il lui est notamment reproché d’avoir fait campagne aux élections municipales, alors même qu’il avait été diagnostiqué Covid+. Testé le 11 mars à l’hôpital de Bayonne, le médecin de Boucau sera déclaré positif deux jours après. Depuis, le maire du Boucau Francis Gonzalez, ainsi qu’un adjoint, sont en réanimation dans le service spécialisé du centre hospitalier de la Côte basque. Dix autres de ses colistiers ont été contaminés et sont (ou ont été) en confinement. Après ses 14 jours d’arrêt, le Dr Lassabe a repris ses activités. «Je suis indigné de ces lettres malveillantes destinées à nuire, dans cette période électorale», a-t-il déclaré à l’AFP.

Une enquête préliminaire, confiée à la gendarmerie de Bayonne, a été ouverte. L’Ordre des médecins a aussi été avisé. Le gouvernement va-t-il saisir, sur le fond, le Comité national d’éthique ?

A demain @jynau

Confinement: inquiet pour les personnes autistes Emmanuel Macron annonce des aménagements

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02/04/2020. Un président humain, une mesure essentielle de réduction des risques. On sait l’intérêt qu’il porte aux personnes qui souffrent de cette pathologie comme à leurs proches. Emmanuel Macron a annoncé, jeudi 2 avril, un aménagement des règles de confinement les concernant. A l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, le chef de l’Etat a adressé un message vidéo aux autistes et à leurs accompagnants, qui connaissent une période « difficile » avec la crise du coronavirus :

« Depuis le confinement qui a débuté le 16 mars, vos habitudes ont changé et vous êtes peut-être un peu perdus. Vous aviez l’habitude d’aller travailler ou d’étudier tous les jours quelque part, et du jour au lendemain tout cela n’était plus possible (…) Vous aviez l’habitude de sortir de chez vous quand vous le vouliez, et du jour au lendemain, vous avez dû rester chez vous. »

« Je sais que vous ne voulez qu’une seule chose : qu’on vous rende votre vie d’avant », a-t-il ajouté, car « pour certains d’entre vous, rester enfermé chez soi est une épreuve » qui « fait parfois monter une angoisse », « dure pour vous et pour vos proches ».

Pouvoir sortir plus souvent

Le président de la République précise qu’un formulaire d’attestation adapté spécialement pour eux et leurs accompagnants leur permettra de « sortir un peu plus souvent », tout en leur demandant de continuer à respecter les gestes barrières. Cet assouplissement est « une bonne chose, c’était très attendu par les associations et les familles », a aussitôt réagi auprès de l’Agence France-Presse Christine Meignien, présidente de la fédération « Sésame Autisme » : « Quand vous changez l’emploi du temps d’une personne autiste, ça génère des angoisses et des troubles du comportement qui peuvent être extrêmement violents ».

 « On a eu des cas où les pompiers ont dû intervenir pour des crises violentes »« Pour certains, ce qui va les apaiser c’est un tour en voiture, ou une balade de plusieurs heures à pied. Donc on a dit depuis le début qu’il fallait nous autoriser à nous éloigner de plus d’un kilomètre pour aller par exemple courir ou crier dans une forêt… Sinon ça ne sera pas tenable, ni pour les familles ni pour les établissements ».

En écho, l’Académie nationale de médecine souligne que la situation de confinement imposée pendant l’épidémie Covid-19 déstabilise les personnes autistes et leur entourage. « De nombreux enfants, adolescents et adultes autistes, certains avec handicap sévère, habituellement accompagnés par des équipes spécialisées, ont rejoint à temps plein le domicile de leurs parents, souvent dans des conditions de grande promiscuité, observe l’Académie. Les difficultés spécifiques des personnes autistes au quotidien peuvent poser des problèmes complexes de fonctionnement familial notamment pour l’ apprentissage des gestes barrières, la planification de la journée, la gestion des crises comportementales, la continuité de la prise des médicaments, les interventions des professionnels à domicile… »

Et l’Académie de souligner que différentes actions ont été mises en œuvre en urgence par le gouvernement (https://handicap.gouv.fr/) pour répondre au niveau national aux questions et apporter des aides concrètes aux familles, aux personnes autistes ainsi qu’aux professionnels qui les accompagnent et qui les soignent (https://handicap.gouv.fr/actualites/article/covid-19-et-autisme-retrouvez-tous-les-dispositifs-d-appui-mis-en-place). Sans oublier Autisme Info service.

A demain @jynau

«Guerre» et virus : lettre d’Annie Ernaux à Emmanuel Macron, président de la République

Bonjour

02/03/2020. On applaudira ou pas. C’est, aussi, un symptôme. Elle cite Boris Vian et Alain Souchon. « Monsieur le Président/Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps.» Et « Rien ne vaut la vie ». C’est une courte lettre, datée du 30 mars, adressée à Emmanuel Macron, signée Annie Ernaux et publiée au jourd’hui dans la percutante collection Tracts de Gallimard 1.

On ne présente plus Annie Ernaux , « femme de lettres » dont l’œuvre littéraire, pour l’essentiel autobiographique tisse des liens étroits entre sa vie et la sociologie. Aujourd’hui elle s’attaque au président de la République en contestant l’usage qu’il a fait (et qu’il continue de faire) du mot « guerre ».  

« Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières, les conditions sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre, écrit-elle. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, d’infirmières et d’aides-soignants, c’est la recherche médicale. »

L’attaque suit, en règle :

 « Or depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé qui depuis des mois réclamait des moyens et ce qu’on pouvait lire sur la banderole d’une manif en novembre dernier – L’État compte ses sous, on comptera les morts – résonne tragiquement aujourd’hui. Vous préfériez prêter l’oreille aux intérêts privés, à ceux qui prônent le désengagement de l’État, l’optimisation des ressources, dans ce langage technocratique dépourvu de chair qui noie le poisson de la réalité.

Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays, les hôpitaux en premier – les cliniques privées, elles, participent peu à votre effort de guerre – l’Éducation nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, la Poste, EDF.(…) »

Puis la mise en garde :

« Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. (…) Nous sommes nombreux à ne plus vouloir de ce monde dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, le gouffre qui existe entre le confinement d’une famille de sept personnes dans 60 m2 et celui de résidents secondaires à la campagne ou à la mer. Nombreux à vouloir au contraire un monde où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. »

Avant l’espoir :

« Il se dit que vous avez été élu par les puissances d’argent, les grands groupes et les lobbies, que par conséquent vous ne ferez jamais que la politique qui les favorise. Vous pourriez démontrer demain qu’il n’en est rien. »

A demain

1 Des extraits de cette lettre ont été lus par Augustin Trapenard dans le cadre de l’émission « Lettres d’intérieur » sur France Inter le 30 mars 2020.