Covid-19 alerte : l’OMS tire la sonnette d’alarme tandis que la fenêtre de tir se rétrécit

Bonjour

Soirée du 21/02/20. On use des métaphores que l’on trouve dans sa besace militaire. A Genève le directeur général de l’OMS vient d’affirmer que la « fenêtre de tir » pour enrayer l’épidémie du nouveau coronavirus « se rétrécit », alors que les cas détectés en dehors de la Chine continuent de progresser.

Le directeur général de l’OMS a fait part de son inquiétude face à des cas du nouveau coronavirus en dehors de Chine « sans lien épidémiologique clair ». »Bien que le nombre total de cas à l’extérieur de la Chine reste relativement faible, nous sommes préoccupés par le nombre de cas sans lien épidémiologique clair, tels que les antécédents de voyage ou les contacts avec un cas confirmé », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, en conférence de presse.

« Notre fenêtre de tir se rétrécit, et c’est pourquoi nous avons appelé la communauté internationale à agir rapidement, y compris en matière de financement. Ce n’est pas ce que nous voyons », a-t-il ajouté, assurant toutefois qu’il était encore possible de contenir l’épidémie. Jusqu’à quand ?

Même jour à Paris, un « urgent» de la Direction générale de la santé. Les évolutions épidémiologiques constatées concernant l’émergence du nouveau coronavirus Covid-19 en Chine ont conduit Santé publique France à élaborer une nouvelle définition des cas : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/articles/cas-de-pneumonies-associees-a-un-nouveau-coronavirus-2019-ncov-a-wuhan-en-chine

Modifications suivantes ont été apportées par rapport à la version du 04/02/2020 : la restriction aux infections respiratoires basses pour les personnes ayant voyagé ou séjourné dans une zone d’exposition à risque a été retirée ; la mention d’une zone d’exposition à risque renvoie désormais vers une liste qui sera régulièrement mise à jour ; en dehors de ces zones, une mention a été ajoutée concernant la possible prise en compte d’une exposition dans certaines situations particulières ; mention d’avoir travaillé ou séjourné dans un hôpital en Chine a été retirée de la liste des expositions à prendre en compte ; définition d’un contact étroit a été complétée ; la définition d’un cas confirmé inclut dorénavant les personnes asymptomatiques.

« La zone d’exposition à risque au 21/02/20 concerne désormais la Chine (Chine continentale, Hong Kong, Macao) ainsi que Singapour. »

« Afin de préparer l’ensemble du système de santé français au risque épidémique Covid-19, le ministère chargé de la santé a rédigé un guide méthodologique destiné à l’ensemble des professionnels de santé. Ce document a pour objectif d’accompagner les acteurs du système de santé dans leur démarche locale pour se préparer à la prise en charge de patients classés cas suspect, possible ou confirmé d’infection à COVID-19. Ce document est téléchargeable par ce lien :
https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/guide_methodologique_covid-19-2.pdf. »

Aucune métaphore, à Santé publique France. Mais comme une inquiétude montante, palpable, encore contrôlable.

A demain @jynau

Covid-19 et liberté : comment Pékin va-t-il traiter ses milliers de prisonniers contaminés ?

Bonjour

Pékin a fait état,  vendredi 21 février, de quelque 500 cas de contamination au coronavirus survenus dans ses prisons – dont au moins 200 dans le même établissement pénitentiaire : Rencheng, à Jining dans la province du Shandong (est du pays). Ceci alimente les craintes sur de nouveaux foyers de propagation, ont indiqué les autorités sanitaires provinciales lors d’une conférence de presse. « La mise en oeuvre des mesures de prévention et de contrôle n’a pas été efficace », a reconnu Wu Lei, chef de l’administration pénitentiaire au Shandong. Sera-t-il limogé ?

Dans le même temps la diaspora ouïghoure alerte sur les risques d’une « contagion massive » par le virus dans les centres d’internement du Xinjiang dans le nord-ouest de la Chine. Des ONG et des experts affirment que des centaines de milliers de membres de cette ethnie musulmane sont détenus dans cette région, frappée pendant longtemps par de nombreux attentats djihadistes sanglants.

Dans le même temps, toujours, on apprend que la Chine pourrait lancer fin avril les premiers essais sur l’homme de vaccins contre le nouveau coronavirus. « Plusieurs équipes de recherche font appel à différentes techniques afin de concevoir un potentiel vaccin », a indiqué Xu Nanping, le vice-ministre des Sciences et Technologies. Parmi ces méthodes: l’utilisation d’un coronavirus inactivé, l’utilisation du génie génétique afin de produire des protéines faisant office d’antigènes, ou la modification de vaccins antigrippaux, a détaillé M. Zeng. Il n’a pas dit qui pourrait être désigné pour participer aux premiers essais cliniques.

A demain @demain

«Licence IV»: le gouvernement va créer dix mille sites de consommation de boissons alcooliques

Bonjour

On attend (avec le plus vif intérêt) la réaction d’Olivier Véran, nouveau ministre des Solidarités et de la Santé. Edouard Philippe, Premier ministre entend « revitaliser » les déserts territoriaux français. A cette fin il vien d’annoncer   qu’il allait distribuer gratuitement 10 000 « Licence IV » pour les petites communes de moins de 3 500 habitants.

La licence IV est, dans la réglementation française, une autorisation créée le 24 septembre 1941 sous le régime de Vichy, pour les débits de boisson souhaitant vendre à consommer sur place les boissons de tous les groupes. La création de cette licence était jusqu’à peu interdite. Le seul moyen d’en obtenir consistait à l’acquérir, soit directement sur la commune concernée par le futur débit, soit sur une commune de la même région. Son prix varie en fonction de l’offre et de la demande sur la région ou la commune concernée. 

« Edouard Philippe veut permettre la création de 10 000 bistrots dans les campagnes » résume, en Bretagne, Le Télégramme :

« Edouard Philippe a choisi un café-restaurant, « Le P’tit campagnard », à Girancourt, dans les Vosges. Pas par hasard. D’abord, parce qu’il s’agit d’un établissement rural, situé à 15 minutes d’Epinal, qui était en vente depuis trois ans et qui risquait de disparaître. Et ensuite, parce que ce fameux café-restaurant est l’un des bénéficiaires de la seconde initiative du gouvernement : l’opération 1 000 cafés portée par le groupe d’économie sociale et solidaire SOS. En Bretagne, deux communes ont également été retenues : Guilligomarc’h (29) et Sains (35). »

Bistrots versus soignants

« Là où nous attendons des soignants, du service public de qualité, de l’emploi, de l’aide à la personne, nous aurons donc des bistrots ! Cette décision, qui ravira certainement le lobby alcoolier, envoie un message désastreux sur le plan de la santé publique. Car toutes les études démontrent que le niveau d’alcoolisation d’un pays est directement lié à l’offre et à l’accessibilité en boissons alcooliques. »

Alors que le succès du Défi de janvier/Dry January à la française a montré la prise de conscience de la population quant au risque alcool, le gouvernement a décidé de l’accroitre en incitant les gens à boire davantage sous prétexte de convivialité. Nul doute que les conséquences se feront sentir mécaniquement, de façon immédiate, sur le niveau des ivresses, le nombre d’accidents de la route dans ces zones où la voiture est souvent le seul moyen de locomotion, et à long terme sur les maladies, dont de nombreux cancers.

Un gouvernement en mal d’imagination pour revitaliser les zones rurales qui ne propose en dernier recours que l’alcool, synonyme dans ce cas de désespérance et d’aggravation des inégalités sociales de santé, et à terme de morts, de maladies, de handicaps et de violence. On pouvait souhaiter un meilleur départ au nouveau ministre de la Santé. »

« Convaincre , un peu ivre, son voisin que l’alcool est bon pour la santé. »

On peut aussi élargir la focale politique et addictologique. Comme le Dr William Lowenstein, président de SOS Addiction  qui rapproche cette annonce d’un papier du Monde citant une redoutable étude française (« Prescription Opioid Retail Sales and Socioeconomic Conditions in France »)  établissant un lien entre consommation d’antalgiques majeurs et pauvreté :

« La désertification s’imbrique avec la pauvreté. Retisser un réseau social, digne et protecteur, sans alcool et sans opioïdes, est-il possible pour « les pauvres »?  Notamment ds les campagnes françaises ? La question devrait même s’étendre au cannabis, dont la culture pourrait relancer quelques départements en difficulté.

Le gouvernement a tranché, sociologiquement sûr de sa recette. Comme d’habitude, la prévention des conduites addictives, ne saurait être une priorité. Une licence IV pour faire revivre les déserts français, qu’en penserait Saint-Exupery : « j’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant, quelque chose rayonne en silence. » ?

 Demain, on s’assiéra au bar, on entendra une chaîne d’info en continu au dessus des verres, on grattera des jeux dits de hasard et on pourra s’abreuver pour vivre ensemble, et parfois convaincre , un peu ivre, son voisin que l’alcool est bon pour la santé. »

On attend (avec le plus vif intérêt) la lecture d’Olivier Véran, nouveau ministre des Solidarités et de la Santé

A demain @jynau

NB Négrita®. Territoires désertifiés ou pas, les ondes radiophoniques diffusent depuis peu, à la veille des fêtes de Mardi-Gras (25 février) de lourdes incitations publicitaires à user de cette boisson lors l’élaboration de crêpes, beignets et autres gourmandises sucrées. Le site de la marque précise : « Petit-déjeuner, déjeuner, goûter, salée, sucrée, hivernale ou encore estivale : découvrez toutes les occasions pour réaliser des recettes avec le rhum Négrita! »

Covid-19, croisières et religions : après le Diamond-Princess, l'Eglise Shincheonji de Jésus

Bonjour

21/02/2020. Bulletin officiel quotidien : 76 226 cas, 2247 morts. Avec un nouveau foyer en extension : la Corée du Sud vient d’annoncer avoir enregistré 52 nouveaux cas (sur 156) – la plupart liés à une secte chrétienne dans une métropole du pays. Il s’agit ici de «l’Eglise Shincheonji de Jésus» basée à  Daegu, la quatrième plus grandeville  de Corée du Sud (2,5 millions d’habitants), a déclaré le Centre coréen de contrôle et de prévention des maladies (CCDC). Au total, plus de 80 fidèles ont été contaminés.

C’est une femme âgée de 61 ans, membre de cette secte chrétienne et qui ignorait avoir contracté la mala, qui aurait transmis le virus, notamment en assistant à des offices religieux. Le maire de Daegu a invité la population à rester chez elle. De même des précautions ont été prises par le commandement de la garnison de l’armée américaine installée dans la ville – environ 10.000 personnes. Aujourd’hui tous les habitants de la ville portent un masque tout en poursuivant leurs activités.

Les habits de Jésus

Seo Dong-min, 24 ans, a expliqué à l’AFP son inquiétude: «Avec autant de cas confirmés ici, j’ai peur que Daegu devienne un second Wuhan». L’Eglise de Shincheonji est considérée comme une secte. Son fondateur, Lee Man-hee, 88 ans, explique avoir endossé les habits de Jésus Christ et qu’il conduira au Paradis 144.000 personnes le jour du Jugement dernier. Il affirmé que Jésus-Christ lui est apparu comme une « figure céleste brillante ». Il a aussi été accusé d’être un faux prophète.

La municipalité de Daegu a d’ores et déjà fait savoir que 1.001 fidèles de l’Eglise Shincheonji de Jésus pourraient avoir assisté aux mêmes offices que la sexagénéaire contaminée. Le CCDC a indiqué qu’un autre cas a été confirmé dans un hôpital du comté de Cheongdo, non loin de Daegu, portant à 16 le nombre de personnes – des patients et des membres du personnel – contaminées dans cet établissement. Un patient était décédé mercredi du nouveau coronavirus.

Une enquête a été ouverte afin de déterminer si la fidèle de l’Eglise Shincheonji avait un lien avec le foyer d’infection qu’est l’hôpital. Cette femme avait en effet  récemment voyagé dans la province de Cheongdo. Le gouvernement sud-coréen vient de décréter que Daegu et Cheongdo «zones à gestion spéciale». Et Chung Sye-kyun, Premier ministre a indiqué que Séoul allait apporter son soutien à la région touchée en envoyant notamment du personnel médical, des lits pour les malades et du matériel.

Brouillards statistiques

Pour sa part l’Eglise Shincheonji a fermé toutes ses structures en Corée du sud. Elle indique, dans un communiqué, être désolée «que l’un de nos membres, qui considérait avoir un rhume parce qu’il ne s’était pas rendu à l’étranger, ait contaminé de nombreux membres de notre église, suscitant l’inquiétude au sein de la communauté locale».

Si l’on exclut le foyer d’infection du paquebot Diamond-Princess au Japon, la Corée du Sud devient ainsi le pays présentant le plus grand nombre de cas au niveau national après la Chine. Au Japon précisément les critiques sont d’une particulière virulence quant à la quarantaine imposée au paquebot, toujours amarré à Yokohama. Un homme et une femme octogénaires qui y faisaient une croisière ont perdu la vie. Ce sont les premiers décès enregistrés parmi les 634 personnes aujourd’hui  infectées sur ce navire.

En Chine, où nombre de citoyens restent cloîtrés à leur domicile par peur de la contagionle pouvoir politique et sanitaire communiste vient à nouveaudemodifier la méthode de comptage des patients : ne seront retenus que ceux ayant passé un test de laboratoire – une décision qui, précise l’AFP, pourrait « brouiller les statistiques » et « compliquer le suivi de la propagation de la maladie ». Voilà qui est bien dit.

A demain @jynau

Coma «dépassé» ou pas : le septuagénaire victime d’un AVC ne sera pas «débranché»

 Bonjour

Comme un écho lointain de l’affaire Vincent Lambert. Et, toujours, ces questions hautement troublantes, sur la définition exacte du coma déapssé, sur l’irréversibilité des lésions cérébrales, sur l’articulation entre la vision médicale et la décision judiciaire.

On apprend ici, via l’AFP, que le fils d’un septuagénaire s’est opposé à l’arrêt de son alimentation et de son hydratation. L’homme est dans le coma depuis le 17 janvier, suite à un accident vasculaire cérébral hémorragique dans un contexte de surdosage en antivitamines K. A l’issue d’une procédure collégiale, le médecin en charge de ce malade a conclu, le 30 janvier dernier, à une « absence d’amélioration neurologique » sans « solution thérapeutique curative possible ». Il a en a décidé que la poursuite de son alimentation et son hydratation relevait, de ce fait,  de l’acharnement thérapeutique (sic).

Savoir raison garder

Mais dans une ordonnance rendue le 19 février, le juge des référés a enjoint le centre hospitalier René-Dubos de Pontoise (Val d’Oise) de « ne pas mettre en œuvre » cette décision. La justice administrative avait désigné un expert chargé de délivrer un deuxième  avis sur l’état du patient. Celui-ci a remis ses conclusions le 10 février : il estime qu’un arrêt de l’alimentation et de l’hydratation serait « difficile à envisager », car le patient n’est pas dans un coma « dépassé ». 

Conclusion du tribunal administratif : « La seule circonstance qu’un patient, âgé, soit dans un état de coma profond sans espoir d’amélioration ne saurait caractériser, par elle-même, une situation dans laquelle la poursuite du traitement apparaîtrait injustifiée au nom du refus de l’obstination déraisonnable ». On ne peut commenter une décision de justice. Mais on peut poser une question. Un mois seulement après l’entrée dans le coma, et dans un contexte de réduction générale des budgets hospitaliers, n’est-ce pas là, tout bien pesé, un jugement raisonnable ?

A demain @jynau

Covid-19 et fausses nouvelles franco-chinoises : fumer pour être protégé contre l’infection

Bonjour

Tout est permis, par temps de pandémie. A commencer par les écrans de fumée. Comme cette « rumeur » évoquée par le site des buralistes français. Une rumeur dont l’écho serait véhiculé via l’application chinoise de messagerie et de réseau social WeChat. En substance : les fumeurs de tabac sont moins susceptibles d’être contaminés par l’agent du Covid-19 que les non-fumeurs. Ceci aurait émergé « d’un article faisant état d’une statistique basée sur 1 085 patients contaminés en cours de traitement : 927 étant non-fumeurs, 21 anciens gros fumeurs et 137 fumeurs ».

« Cette relativement faible représentation des fumeurs a conduit à certaines conclusions qui se sont vite répandues dans le contexte émotif que l’on devine là-bas » explique le site de nos buralistes. Site qui évoque une réaction immédiate des milieux anti-tabac chinois dénonçant que ces données soient diffusées hors de leur contexte. Pour Zhang Jiangshu (président de Beijing Cigarette Control Association), il est scandaleux que l’on puisse utiliser « le climat de panique actuel pour faire la promotion de l’industrie du tabac ».

« Et un pneumologue de Pékin de se répandre dans les médias pour affirmer qu’aucune donnée ne pouvait permettre d’établir que la nicotine puisse avoir un effet anti-viral ou de prévention » ajoute le site des buralistes français. Pourquoi, ici, user du « se répandre » ? Pourquoi oublier que se tromper de mot c’est, souvent, ajouter au malheur du monde ?

A demain @jynau

Cigarette électronique, médias et manquements à l’éthique: questions à propos d’une «rétractation »

Bonjour

Tout n’est pas toujours glorieux en matière de science et de publications scientifiques. Dans ce monde la faute, le manquement à l’éthique a un méchant nom, celui de « rétractation ». En voici un exemple éclairant, parfaitement résumé sur le site vapolitique.blogspot par Philippe Poirson.  

Ainsi donc il aura fallu huit mois pour que le Journal of American Heart Association (JAHA) rétracte une publication centrée sur « le vapotage et les crises cardiaques ». « Le manuscrit de Bhatta et Glantz a fait l’objet d’un examen approfondi et complet au cours des 7 derniers mois et le processus est désormais terminé. Au 18/02/20, JAHA a rétracté le document », a déclaré Michelle Kirkwood, porte-parole de l’American Heart Association (AHA), l’association de cardiologie américaine qui édite la revue JAHA, au site Reason

« Très médiatisée à sa sortie, l’étude 1 affirmait de manière erronée un lien de causalité entre vapotage et crise cardiaque, résume Philippe Poirson. Les chercheurs Stanton Glantz et Dharma Bhatta, de l’Université de San Francisco, avaient comptabilisé dans leurs calculs les crises cardiaques survenues chez des vapoteurs avant qu’ils ne se mettent à vapoter pour incriminer le vapotage. Une violation du principe basique selon lequel la cause précède l’effet. 

Dans un premier temps, Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, de l’Université de Louisville, avaient mis en évidence l’incohérence. « Les principales conclusions de l’étude Bhatta-Glantz sont fausses et invalides », avaient écrit Rodu et Plurphanswat le 11 juillet au JAHA. La revue avait répondu mollement fin octobre. Le statisticien Pr Andrew Gelman avait ensuite confirmé l’erreur méthodologique. Enfin, début janvier, seize chercheurs de renoms avaient à leur tour écrit à la revue pour demander des clarifications sur cette publication. La plupart des commentaires d’experts se trouvent sur le site PubPeer. »

Aujourd’hui, JAHA rétracte enfin la publication frauduleuse. L’explication des éditeurs est, pour Philippe Poirson,  « confondante » :

« Lors de l’examen par les pairs, les examinateurs ont identifié la question importante de savoir si les infarctus du myocarde se sont produits avant ou après que les répondants ont commencé à utiliser la cigarette électronique et ont demandé aux auteurs d’utiliser des données supplémentaires dans le livre de codes PATH (âge du premier IM et âge de la première utilisation de vapotage) pour répondre à cette préoccupation », explique la revue JAHA

« En d’autres termes, même avant la publication, les  éditeurs et les examinateurs du JAHA ont reconnu qu’il y avait un problème logique à affirmer un lien de causalité entre l’utilisation du vapotage et les crises cardiaques sur la base de cas antérieurs à l’utilisation du vapotage, commente Jacob Sullum sur le site ReasonIls ont demandé à Bhatta et Glantz de résoudre ce problème crucial, et les auteurs n’ont pas réussi à le faire, bien que la base de données PATH contenait les informations nécessaires ».

Et Philippe Poirson de soulever une question bien délicate, celle de la responsabilité des nombreux organes de presse et des organisations qui ont repris les conclusions frauduleuses de cette étude. En premier lieu, dit-il, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), notamment lors du 146e Conseil exécutif devant les délégués à Genève le 4 février.  Et, d’autre part, le « pool santé » de l’Agence France Presse ainsi que « les nombreux médias » qui ont répandu cette désinformation durant ses huit derniers mois, sans tenir compte des critiques fondées contre cette fraude. 

« Que vont-ils faire, demande-t-il, pour réparer les torts causés au public, en particulier aux millions de fumeurs abusés par cette désinformation et qui ont renoncé à arrêter de fumer avec le vapotage ? » C’est une bonne question. Qui y répondra ?

A demain @jynau

1. Bhatta DN, Glantz SA. Electronic Cigarette Use and Myocardial Infarction Among Adults in the US Population Assessment of Tobacco and Health. J Am Heart Assoc. 2019;8:e012317. DOI: 10.1161/JAHA.119.012317.