Un « déséquilibré ensanglanté » meurt après avoir reçu des coups de taser policiers. Et après?

Bonjour

Un homme présenté comme «déséquilibré» qui « déambulait ensanglanté » dans les rues des Lilas, près de Paris, est mort dans l’après-midi du 12 décembre 2019 après avoir reçu des coups de taser lors de son interpellation par la police. Information glanée par l’AFP de source policière confirmant une information du Point.

Prévenue par des témoins en fin de matinée, la police municipale avait d’abord tenté d’intervenir auprès de cet homme. Il arpentait la commune des Lilas, en Seine-Saint-Denis, le visage ensanglanté et menaçait de «tuer tout le monde», a expliqué cette source policière.

L’homme «visiblement déséquilibré» criait «Allah akbar» et se «frappait le visage avec une brique». Il avait fini par entrer dans une boulangerie. Alertés par la police municipale, des fonctionnaires de police dépêchés sur les lieux ont fait usage de leur pistolet à impulsion électrique pour l’interpeller.

L’un des agents a été « mordu », précise cette source. L’homme, en arrêt cardio-respiratoire, a été transporté vers un hôpital, où il est décédé quelques heures plus tard. La police judiciaire a été saisie. Cet homme avait 36 ans.

Qui, quel média, quel journaliste, quel écrivain, se penchera sur le « déséquilibré ensanglanté » mort après des coups de taser policiers dans les rues des Lilas, près de Paris?

A demain @jynau

Contre les mafias : désormais, sans souci, pensez à n'acheter que du cannabis d'AOC Italie

 Bonjour

Vive l’Europe ! En France une photographie disant tout du développement du marché des psychotropes illicites et de l’incurie de l’exécutif. Tout d’une « Ubérisation-Numérisation En marche ». En Italie le Parlement adopte un amendement au projet de budget 2020 légalisant la production et la vente de cannabis light (- de 0,5% de THC) après des mois d’incertitude pour les agriculteurs et commerçants de ce produit.

L’AFP nous précise que cet amendement dispose que ce cannabis « pourra être vendu librement dans les bureaux de tabac et magasins spécialisés à partir du 1er janvier » – une seule condition : ne pas contenir plus de 0,5% de THC. Et nous rappelle qu’en mai 2018, le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, chef de la Ligue (extrême droite) « avait lancé une croisade contre les magasins vendant du cannabis light en vertu d’une loi votée deux ans plus tôt ». Il affirmait alors « qu’il les fermerait les uns après les autres ». Et la Cour de cassation italienne avait paru lui donner raison, affirmant que la vente ou la culture de cannabis étaient illégales. Mais dans le même instant la même Cour avait confié à l’appréciation de chaque juge, devant s’occuper de cas concrets, de vérifier «l’effet stupéfiant» de la substance détenue par la personne incriminée (sic).

Un geste d’Emmanuel Macron

Outre ce pouvoir discrétionnaire donné au pouvoir judiciaire, la Cour avait, dans sa sagesse, rappelé que le Parlement pouvait intervenir dans ce domaine dans le respect des principes constitutionnels. C’est chose faite. «C’est la fin d’un cauchemar. Après la chasse aux sorcières de Salvini, j’ai dû licencier 10 personnes et j’ai perdu 68% de mon chiffre d’affaires», a déclaré à La Stampa, Luca Fiorentino, fondateur de la société Cannabidiol Distribution. Il assure qu’une étude de l’Université de New York a démontré que la vente légale de cannabis light avait permis de soustraire 200 millions d’euros à la criminalité organisée. Et l’Italie sait de quoi il retourne. Quant au syndicat des agriculteurs Coldiretti, il a qualifié d’«opportun» ce geste du législateur italien, assurant que les terres cultivées avec du cannabis en Italie étaient passées de 400 hectares en 2013 à 4000 hectares en 2018.

En France la Creuse, la pauvre Creuse, se morfond, n’attendant un geste, un seul, d’Emmanuel Macron pour se lancer dans les plantations. Un geste équivalent à celui qui lui avait suffit pour s’opposer au « Dry January » à la française. Psychotropes…. Vive l’Europe

A demain @jynau

Cocaïne en France : baisse constante de nos prix. 71,5 euros le gramme bien dosé et livré

Bonjour

13 décembre 2019. Derniers résultats de « TREND », dispositif national de détection des phénomènes émergents de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT)  1. Ils dessinent une France inédite, une cartographie des souffrances, de la misère et des consommations de substances illicites. A ce titre ils mettent en lumière les impasses du législatif, l’incurie de l’exécutif, l’extension constante de l’ubérisation-numérisation de la société française. Et plus généralement la rémanence de tous les obstacles s’opposant à une véritable politique de réduction des risques. Extraits (nous soulignons) :

« Après le recours aux livraisons à domicile et aux SMS promotionnels des trafiquants en direction des usagers les plus insérés, le dispositif souligne désormais l’importance prise par les « centrales d’achat » (Bordeaux, Lyon, Marseille, Metz, Paris et Seine-Saint-Denis, Toulouse). Ces dernières, de même que de plus en plus de petits réseaux, utilisent des messageries telles que Snapchat, Whatsapp ou Instagram.

« De plus en plus, certains réseaux rationalisent leur activité en reprenant les méthodes d’organisation des entreprises classiques : stratégies marketing, diminution des stocks ou flexibilisation de la main-d’œuvre. Le darknet apparaît quant à lui comme une source croissante d’approvisionnement pour de petits trafics. Internet est également privilégié pour l’achat de NPS dont les cannabinoïdes de synthèse, notamment en vue de la fabrication d’e-liquides, ou pour certaines formes concentrées de cannabis (huile, wax) »

Concernant les usagers, TREND évoque « l’état sanitaire particulièrement dégradé et l’aggravation des difficultés rencontrées par les plus précaires ».

« Plusieurs sites (Lille, Lyon, Paris, Rennes, Toulouse) mentionnent une intensification des opérations policières (contrôles, fouilles corporelles, délogements) alors que les évacuations de squats sont signalées par toutes les coordinations. En parallèle, les professionnels de la prise en charge constatent que l’inexistence ou la saturation des structures adaptées aux personnes sans domicile est un obstacle majeur à la mise en œuvre d’un accompagnement. Parmi les différentes populations précaires repérées, TREND souligne la visibilité accrue de jeunes usagers (15-25 ans) polyconsommateurs. Le dispositif relève aussi l’augmentation des arrivées d’usagers d’Europe de l’Est, singulièrement de Géorgie.

« Beaucoup de ces usagers pratiquent l’injection, particulièrement de médicaments opioïdes. Enfin, après Paris et Rennes, Bordeaux, Lyon et Marseille évoquent la présence accrue de mineurs non-accompagnés originaires d’Algérie ou du Maroc, parfois engagés dans des parcours de délinquance. Consommateurs de médicaments divers, ces jeunes sont également concernés par des usages détournés de prégabaline (Lyrica®), molécule prescrite contre les douleurs neuropathiques, comme anticonvulsivant ou pour certains troubles anxieux. Après Marseille et Lyon, Bordeaux, Rennes, Paris et la Seine-Saint-Denis signalent un développement de ces usages. »

On notera d’autre part la « disponibilité en hausse d’une diversité de produits ».

« TREND insiste sur l’accessibilité élargie de la cocaïne en pointant la visibilité accrue de la cocaïne basée (ou crack). Sur le territoire national la concurrence entre les multiples filières d’approvisionnement et réseaux de revente favorise la circulation d’un produit aux teneurs élevées dont le prix moyen diminue (71,5 euros le gramme). Les sites TREND observent des « transferts » et une intensification des usages de cocaïne chez des personnes déjà consommatrices d’autres psychotropes ou chez des jeunes en errance, alors que l’émergence d’usages chez de très jeunes majeurs, visibles en consultations jeunes consommateurs (CJC), est rapportée à Bordeaux, Lyon ou Metz.

« Cette propagation des usages de cocaïne, qui reste limitée à l’échelle de la population générale, concerne d’abord la forme poudre, sniffée par les usagers les plus insérés et davantage injectée chez les plus précaires ou dépendants. Le produit est aussi de plus en plus consommé sous sa forme base et fumé. Alors que le seul marché organisé et pérenne de crack reste parisien, un élargissement de la pratique du basage est constaté, y compris en zones rurales (Lille, Lyon, Marseille). Certains usagers socialement intégrés parviennent à maîtriser leurs prises en le consommant ponctuellement.

« Pour les populations plus vulnérables, le passage à la cocaïne basée, très addictive, coïncide souvent avec une perte de contrôle des consommations, une dégradation rapide de l’état de santé et de la situation socio-économique. L’impact sanitaire de cette situation se traduit par la forte augmentation des demandes de soins, une part croissante des intoxications reportées et une hausse des décès impliquant la cocaïne. »

 A demain @jynau

1 « Tendances récentes et nouvelles drogues » (TREND) a été créé en 1999 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Il assure une veille sur les phénomènes émergents dans le champ des produits psychoactifs et décrit des populations particulièrement consommatrices. Ces éléments de connaissance visent à éclairer les pouvoirs publics et les professionnels en contact avec les usagers. TREND appuie ses investigations sur un réseau de 8 coordinations implantées à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Metz, Paris, Rennes et Toulouse dotées d’une stratégie commune de collecte et d’analyse de l’information. Celles-ci mettent en œuvre des outils d’observation qualitatifs (observations ethnographiques, entretiens…) et recueillent leurs données auprès d’acteurs (usagers, intervenants du secteur socio-sanitaire et de l’application de la loi, etc.) dont l’ancrage local contribue à une meilleure compréhension des spécificités territoriales. Les espaces urbains (rue, squats, structures d’accueil des usagers) et festifs techno (alternatif, commercial, festif gay, gay-friendly) sont les deux principaux champs investigués par les coordinations.

Guerre des tranchées entre les «bons vivants» et ceux qui entendent bien le rester (1)

Bonjour

Terribles ambivalences de l’alcool. Ambivalences sans cesse amplifiées avec le vin. C’est un texte dont on pourrait rire. Un texte que l’on pourrait maudire. Un texte que l’on dénoncera. Un texte que nous aurions sans doute pu (avec quelques coupes et compléments) signer.

On le trouvera dans Le Figaro sons un titre trop éloquent :  «Arrêtez de culpabiliser les amateurs de vin ! ». Signés par un groupe fort hétérogène de personnalités embrassant un vaste horizon – dont le journalisme 1. C’est aussi une tribune de mauvaise foi puisque ces personnalités s’opposent aux associations qui militent pour un ‘’mois sans alcool’’ en janvier prochain » – une opération qu’elles dénoncent pour ce qu’elle n’est pas… 2

Voilà bien le début (ou plus exactement la résurgence) d’une guerre. Une guerre médiatique des tranchées. Un conflit entre les « bons vivants » autoproclamés et ceux désignés comme étant leur profil inversés. Une guerre et des impasses. Comment avancer ?

Pour commencer voici ce texte, porté par le talentueux Philippe Claudel. Il vaut d’être lu (nous soulignons), relu et débattu:

« À quoi reconnaît-on qu’une civilisation s’effondre? Peut-être au désintérêt dont certains font montre à l’égard de son patrimoine et de sa culture, ouvrant ainsi le chemin à un piétinement général de ses valeurs et de son histoire, et au rétrécissement de son champ d’existence et de liberté.

« Certaines voix autorisées – par qui? – s’élèvent aujourd’hui pour stigmatiser la consommation d’alcool et culpabiliser le buveur à chaque fois qu’il s’apprête à caresser les flancs d’un verre avant de le porter à ses lèvres. On évoque même la possibilité d’un «mois sans alcool» dès janvier prochain, suivant en cela, comme les moutons que nous sommes souvent, la toquade anglo-saxonne et puritaine du «dry january».

« Cette initiative me consterne. Et je ne sais si la placer de plus en janvier, mois de Saint-Vincent, patron des vignerons, relève de la simple bêtise ou de la provocation.

« On dit une partie et on oublie un tout, comme si on évoquait seulement les notes et pas la musique, les couleurs et non la peinture, les lettres de l’alphabet et jamais la littérature.

« On parle d’alcool pour accuser. On dit une partie et on oublie un tout, comme si on évoquait seulement les notes et pas la musique, les couleurs et non la peinture, les lettres de l’alphabet et jamais la littérature.

« Certes, la molécule d’éthanol est présente dans un armagnac ou un vieux calvados, dans un chassagne-montrachet, un flacon de la Coulée de Serrant, un pauillac, un côte-rôtie, un champagne, un grand vin du Languedoc, mais à la façon de l’armature interne d’une sculpture, qui soutient un ensemble mais n’en constitue pas la beauté. Reprochera-t-on à celui qui contemple le travail de Bourdelle ou de Maillol d’être un pervers adorateur du grillage à poulets sur lequel la glaise ou le plâtre s’appuient et la grâce s’élève?

« Le pays de France est un faible territoire, en superficie, mais je ne connais au monde nul autre endroit qui offre une marqueterie de paysages aussi divers, posés les uns au côté des autres, et, reliées à ces paysages, enracinées en eux, y tirant leur sève et leur vérité, autant de cultures qui s’incarnent dans l’architecture, la gastronomie, les savoirs, les arts et le vin.

« Je m’inquiète de l’inquiétude dont les politiques font preuve à mon égard »

« Certes il existe quantité de vignobles sur terre, et des vins remarquables. Mais les plus grands vins naissent dans les terroirs de France, grâce à une géographie unique et un savoir séculaire transmis de génération en génération. Sur cela chacun s’accorde. Faudrait-il commencer à en avoir honte?

« Au même titre que les châteaux de la Loire, les Pensées de Pascal, la peinture de Poussin, la poésie de Rimbaud, la musique de Pierre Boulez, le vin est un haut fait culturel français, sur lequel se portent les regards et les désirs du monde. Nous sommes les dépositaires de cette richesse. Nous en sommes les heureux bénéficiaires, les gardiens et les garants.

« Notre responsabilité est considérable. Bien sûr, on peut vivre sans vin, et nul n’est contraint d’en boire. Les censeurs nous diront qu’on peut alors espérer vivre plus longtemps, ce qui reste encore à prouver. Mais qu’on ne contraigne pas non plus quiconque à s’en priver. Et puis vivre sans plaisir et sans joie, sans lumière et sans fête, sans soleil et sans feu, sans mémoire et sans histoire, est-ce vivre?

 « Depuis quelques décennies, je m’inquiète de l’inquiétude dont les politiques font preuve à mon égard. Ils se soucient sans cesse de ma santé et de mon intégrité physique, et paraissent conspirer, en dignes successeurs des grotesques médecins de Molière, à m’amener jusqu’à ma mort en parfaite santé.

« Commencer à interdire, c’est interdire tout court, et à jamais. On commence par un mois, mais un mois, c’est le début de l’éternité. Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas imaginer aussi un mois sans sexe, un mois sans sport, un mois sans paroles, un mois sans pensées, un mois sans imagination, tant on sait combien ces différentes activités peuvent se révéler parfois dangereuses et toxiques pour qui les pratique?

« Plutôt que sur l’interdiction, c’est sur l’éducation qu’il faut mettre l’accent. Apprendre à discerner. Apprendre à connaître. Apprendre à aimer. Apprendre à apprécier le vin, et l’apprécier non pas en fonction de la quantité à boire mais de sa qualité même, car si l’ivresse est à rechercher, c’est bien celle qui naît de l’admiration devant ce qui est singulier, et non celle qui brouille les sens et la raison.

« Le vin est un secret fragile 3. Sa célébration l’est aussi, qui scelle des moments heureux d’amitié et de fête, et des noces mystiques avec des puissances terrestres, géologiques et climatiques, qui nous dépassent. Il n’est pas inutile de rappeler que dans bien des religions polythéistes et monothéistes, le vin se regarde comme un don des dieux, leur boisson aimée, voire leur sang. Tout cela nous dit que le vin n’est en rien banal, qu’il n’est en rien commun, mais qu’il est l’incarnation d’un supplément d’âme dont on voudrait aujourd’hui peu à peu nous priver. »

A suivre : la contre-attaque

A demain @jynau

1 Ce texte a été cosigné par Philippe Claudel, Cyril Lignac, Guy Savoy, Pierre Arditi, Katherine Pancol, Christophe Alévêque, humoriste ; Yannick Alléno, chef restaurateur ; Laurent Batsch, universitaire ; Éric Beaumard, vice-meilleur sommelier du monde (1998) ; Serge Blanco, ancien international de rugby ; Philippe Bourguignon, chef d’entreprise ; Pascal Bruckner, écrivain ; Éric Carrière, footballeur ; Philippe Caubère, comédien ; Antoine de Clermont-Tonnerre, producteur ; Vincent Duluc, journaliste sportif ; Guy Forget, joueur de tennis ; Jean Gachassin, ancien président de la Fédération française de tennis ; Jean-Philippe Girard, PDG d’Eurogerm ; Gérard Idoux, chef cuisinier ; Gaspard Koenig, essayiste ; Emmanuel Krivine, chef d’orchestre ; Jean-Marie Laclavetine, éditeur et romancier ; Christian Le Squer, chef cuisinier ; Dominique Loiseau, présidente du groupe Bernard Loiseau ; Michel Maffesoli, sociologue ; Carole Martinez, écrivain ; Éric Matton, éditeur ; Mathieu Pacaud, chef cuisinier ; Emmanuel Petit, ancien footballeur ; Jean-Pierre Pernaut, journaliste ; Hervé Pierre, sociétaire de la Comédie-Française ; Éric Pras, chef cuisinier ; Denis Robert, journaliste et écrivain ; Jean Sévillia, journaliste et écrivain ;Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie-Française ; Anne Sylvestre, chanteuse ;et Michel Troisgros, chef cuisinier.

2  Voir « ‘’Dry January’’ français: une affaire politico-sanitaire en cinq actes »  Slate.fr  4 décembre 2019

3 NDLR : « La vie mystérieuse du vin » de Bruno Quenioux, Editions du Cherche-midi

Vous souhaitez vous enivrer avec un gaz hilarant ? Il vous en coûtera bientôt 3750 euros

Bonjour

La France est triste et rira moins. Le Sénat français a adopté à l’unanimité, mercredi 11 décembre et en première lecture, une proposition de loi transpartisane visant à interdire la vente aux mineurs du protoxyde d’azote, gaz utilisé dans les siphons de cuisine, détourné de son usage culinaire pour ses effets euphorisants. Très facilement accessible dans le commerce, le protoxyde d’azote, ou «gaz hilarant», se vend sous forme de cartouches destinées notamment aux célèbres « siphons à chantilly ».

« Le protoxyde d’azote, aussi connu sous le nom de gaz hilarant, est un gaz d’usage courant stocké dans des cartouches pour siphon à chantilly, des aérosols d’air sec ou des bonbonnes utilisées en médecine et dans l’industrie. Détourné de son usage initial pour ses propriétés euphorisantes, il est transféré dans des ballons de baudruche afin d’être inhalé. Lorsqu’il est expulsé de son conteneur, le protoxyde d’azote devient un gaz très froid, incolore à l’odeur douceâtre. »

Les usagers et les observateurs précisent que quelques inhalations provoquent une euphorie comparable à une ivresse, accompagnée d’un fou rire irrépressible.

Elargir aux majeurs l’esprit de la loi

Mesure phare de la proposition de loi : interdiction de sa vente aux mineurs – y compris sur les sites de commerce en ligne. Non respect de cette interdiction : amende de 3750 euros. Les industriels auraient en outre l’obligation d’indiquer sur l’emballage la dangerosité du produit. Le texte propose aussi de pénaliser l’incitation d’un mineur à faire un usage détourné d’un produit de consommation courante pour en obtenir des effets psychoactifs. Il prévoit encore d’accompagner la politique de prévention menée à l’école.

L’exécutif applaudit des deux mains le législatif sénatorial transpartisan. Adrien Taquet , secrétaire d’Etat auprès d’Agnès Buzyn :  «Nous saluons l’initiative de cette proposition, et nous souhaitons poursuivre le travail pour parfaire collectivement le dispositif proposé. Pour autant, nous devons être lucides, l’interdiction de vente aux mineurs ne permettra pas à elle seule de mettre fin aux pratiques de détournement d’usage de produits de consommation courante».

Valérie Létard, sénatrice (Nord, centre-droit) et auteure de la proposition de loi cosignée par une centaine de ses collègues sur tous les bancs, au premier rang desquels des élus du Nord, département particulièrement touché par le phénomène :  «Nous assistons depuis deux ans à une banalisation de la consommation». Et il y a une quinzaine de jours, les autorités sanitaires se sont alarmées d’une  augmentation des cas de troubles neurologiques graves liés à un usage «récréatif» du gaz hilarant. Depuis le début de l’année près d’une trentaine d’effets sanitaires ont été notifiés, dont des cas graves avec de véritables séquelles.

Reste que la proposition de loi n’atteint pas la cible principale : les «jeunes majeurs ». Adrien Taquet s’est engagé, dans le cadre de la navette parlementaire, à « élargir aux majeurs l’esprit de la proposition de loi » (sic). Fin du récréatif. Interdit à tous et toutes de rire de manière mécanique.

A demain @jynau

Cigarette électronique : à la veille de Noël, la lucidité retrouvée de l’Académie de médecine

Bonjour

On avait (parfois) pris l’habitude de se gausser de la vieille Académie. Notamment quand elle s’égarait sur le cannabis et l’augmentation des risques. Tel n’est pas le cas aujourd’hui avvec le tabac et la cigarette électronique. Comment ne pas saluer cette lucidité retrouvée. Extraits de ce message mandé depuis la rue Bonaparte, Paris (nous soulignons):

« La confiance en la cigarette électronique est aujourd’hui ébranlée par l’observation d’une soudaine épidémie de pathologies pulmonaires localisée aux Etats-Unis ainsi que par le rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui sans argumenter, qualifie la cigarette électronique ‘’d’indiscutablement nocive’’.  La position exprimée par l’Académie en 2015 conseillait de garantir la sûreté des produits, de déclarer les substances présentes dans les e-liquides et surtout d’en interdire la vente aux mineurs ainsi que la publicité et l’usage là où il est interdit de fumer. C’est le cas aujourd’hui en France où les cigarettes électroniques relèvent de normes de qualité et de sécurité, à l’inverse des Etats-Unis.  
 
« Cette crise de confiance pourrait causer la mort de milliers de fumeurs alors que le tabac tue la moitié de ses fidèles consommateurs. Ne pas confondre le contenant nocif avec la toxicité du contenu
 
« L’épidémie américaine d’atteintes pulmonaires est due à un détournement de son usage car, après avoir mis en cause le vapotage en tant que tel, le Center for Disease Control and Prevention (CDC) et la Food and Drug Administration (FDA) reconnaissent que ce détournement est la cause principale de cette épidémie dont sont atteintes en quatre mois près de 2200 personnes avec 42 décès. Il ne faut pas accuser le contenant d’être nocif alors que c’est le contenu qui est en réalité nocif et responsable de l’alerte américaine. 
 
La vaporette moins dangereuse que la cigarette aide à l’arrêt et à la diminution de la consommation de tabac. 700 000 fumeurs ont décroché grâce à elle. 
 
(…) Si l’inquiétude est totalement fondée aux USA, ce n’est pas ce qui est constaté en France car les études de Paris Sans Tabac montrent que la consommation globale de nicotine chez les jeunes – vaporette plus tabac – diminue grâce à la réglementation française et européenneL’épidémie de mésusage par les jeunes rappelle aux américains qu’ils ont insuffisamment réglementé son usage. Ce défaut de réglementation explique cette crise, comme celle des opioïdes. En France, nombre de fumeurs qui s’apprêtaient à passer à la vaporette au lieu du tabac ne doivent pas hésiter puisque l’HAS en a fait un produit utile à l’arrêt du tabac et qui a fait ses preuves. » 

L’Académie nationale de médecine conclut en rappelant qu’il « ne faut pas se tromper d’ennemi ». Il n’est pas désagréable de la savoir dans le camp de la politique raisonnée de la réduction des risques. En espérant qu’elle pèse désormais de tout son poids sur le pouvoir exécutif en général et sur la politique menée par Agnès Buzyn.

A demain @jynau

Personnes intersexuées : les écouter, les informer, les soigner, ne jamais plus les mutiler

Bonjour

Longtemps la médecine les ignora. L’intersexualité n’avait de place que dans la mythologie, sous les traits d’Hermaphrodite et des androgynes. Ou dans les religions monothéistes avec les anges et les discussions éternelles quant à leur sexe. Puis, bien après la Renaissance, les considérables avancées de l’anatomie, de la chirurgie et de l’endocrinologie bouleversèrent progressivement la donne.

On redessina les frontières du normal et du pathologique; on entreprit de corriger ce qui était désormais perçu comme insupportable; on postulait qu’il y avait urgence à modifier l’apparence corporelle de personnes que l’on ne pouvait classer dans l’un des deux genres; que ces interventions leur permettraient de retrouver l’une des deux identités dont elles étaient privées depuis la naissance, privation qui ne pouvait être que source de souffrances.

Mais tout cela, c’était avant que l’on ne découvre, assez récemment, qu’en réalité tout était nettement plus compliqué, que la correction médico-chirurgicale était loin d’être la panacée, que l’on n’avait pas assez écouté les premièr·es concerné·es. Et que l’heure était venue de mieux entendre, collectivement, les différences.

A lire, sur Slate.fr : « Personnes intersexes: informer et soigner, sans jamais plus mutiler »

A demain @jynau