Dopage, football et douleurs acceptées : après la finale du Mondial, voici le livre à dévorer

Bonjour

Demain la finale. Et ensuite ? « Le Sport dans la Douleur : de l’Automédication au Mental » T. Bujon, F. Mougeot. Training. 2017. Presses Universitaires de Grenoble. 1 vol. 108 pp.

Exposé des motifs :

« La pratique intensive du sport expose les athlètes au risque de blessure et à des douleurs. Apprendre à gérer ces douleurs physiques et morales fait partie intégrante de la carrière des sportifs de haut niveau. Pour les faire disparaître, les atténuer, les soulager ou les contrôler, les jeunes athlètes sont conduits à consommer des antalgiques, à recourir à des traitements multiples et variés, mettant en danger leur santé. Ces pratiques se situent à la frontière entre le thérapeutique et le dopage.

« Cet ouvrage, basé sur des récits de jeunes sportifs, de leur entourage (parents, staff, médecins) et d’athlètes de haut niveau s’intéresse aux normes de santé que les sportifs transgressent, à leur perception de la douleur. Il se penche aussi sur leurs parcours de soins et leurs pratiques thérapeutiques, les risques qu’ils prennent et qu’on leur autorise à prendre au nom du sport et de la performance.

Il propose une réflexion renouvelée sur l’entrée dans le dopage et éclaire un phénomène émergeant : la consommation de médicaments antidouleur et des pratiques de Mental training dans le sport intensif. »

A demain

Cigarettes thérapeutiques de cannabis : Agnès Buzyn fait travailler le sujet par ses services 

Bonjour

 10 juillet 2018. Agnès Buzyn sur RMC -BFMTV . Discret mea culpa sur sa manière de dire que la présence persistante de la France au Mondial avait retardé le plan de lutte contre la pauvreté. Nouvelles dénonciations des médecins mercenaires hospitaliers. Propos sur des sujets divers et variés comme à chacune des interventions médiatiques de la ministre. Puis Bourdin Jean-Jacques aborde le chapitre du cannabis thérapeutique – autorisé dans trente-trois pays à travers le monde. Agnès Buzyn :

« Il existe aujourd’hui des médicaments à base de cannabis, c’est du cannabis médical sous forme de gélules, ces médicaments sont autorisés mais ils sont en négociation de prix. Lorsque le prix sera fixé, des personnes vont avoir accès à ces médicaments ».

 Agnès Buzyn évoque ici  l’interminable affaire Sativex® (médicament à base du principe actif THC – sous la forme Delta-9-tétrahydrocannbinol/cannabidiol). Rappelons que  cette « négociation de prix » ultra-secrète dure depuis plus de quatre ans déjà – quatre années durant lesquelles les malades concernés ont été privés d’une possibilité thérapeutique 1. Agnès Buzyn :

« D’autres voudraient aller vers l’autorisation d’utiliser la ‘’cigarette de cannabis’’ comme du cannabis médical et là, un certain nombre de recherches sont en cours dans différents pays (sic) pour savoir si vraiment cela apporte un plus par rapport aux médicaments en comprimés.

« Je l’ai dit au Parlement, j’attends des notes de mes services pour savoir quelle est la différence entre le cannabis  »en comprimés » et le cannabis  »en cigarettes » pour savoir si nous devons aller plus loin (…)  Je n’ai absolument pas de doctrine arrêtée sur le sujet. Soit c’est utile et nous le ferons, soit les médicaments sous forme de comprimés suffisent et on s’arrêtera là. »

Nous sommes en juillet 2018. « Notes de services » … « Comprimés » …  « Gélules » … Cannabis en « cigarettes » (sic) …  Le Sativex®, est un spray qui a obtenu une autorisation de mise sur le marché français en janvier 2014. Voici ce que publiait alors le service de presse de Marisol Touraine :

« L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient d’accorder au SATIVEX®, par décision de ce 8 janvier 2014, une autorisation de mise sur le marché (AMM). Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la santé, avait ouvert la possibilité, par un décret du 5 juin dernier, que des médicaments dérivés du cannabis sollicitent une AMM en France.

Le SATIVEX®, commercialisé dans plusieurs pays européens, notamment en Allemagne et au Royaume-Uni, est un médicament utilisé chez certains patients atteints de sclérose en plaques, pour soulager les contractures sévères (spasticité), résistantes aux autres traitements. Le traitement devra être initié par un neurologue et un rééducateur hospitalier. »

 A demain

1 Tous les article de ce blog consacrés au  Sativex® sont disponibles à cette adresse : https://jeanyvesnau.com/?s=sativex

 

Sida : l’IGAS accuse le ministère de la santé de contaminations qui auraient pu être évitées

Bonjour

Reprenons. Hier Le Monde faisait état de l’existence d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) – document qu’il « s’était procuré ». Un rapport laissant entendre qu’« entre 1 666 et 4 000 » contaminations par le VIH auraient été évitées si l’Agence nationale de sécurité du médicament avait autorisé plus vite, en prévention, un médicament commercialisé sous le nom de Truvada® .

Le Monde rappelait que ce rapport résultait de la mission mandatée le 15 mars 2017 par Marisol Touraine, alors la ministre de la Santé – une mission qui fut confiée à deux inspecteurs de la prestigieuse institutions – deux « historiques » (MM. Gilles Duhamel et Aquilino Morelle) dont on aurait pu, dans un autre monde, imaginer qu’ils se seraient déportés. Ce qu’ils n’ont pas fait.

Hier ce document n’était pas disponible. L’IGAS nous apprend qu’il est aujourd’hui  en ligne : « Evaluation de la recommandation temporaire d’utilisation de TRUVADA ® dans la prophylaxie pré-exposition de l’infection par le VIH : un enseignement pour la santé publique ».

Contaminations évitables

Ce document est accompagné d’un « communiqué de presse » qui soulève quelques graves questions inédites. Que s’est-il passé entre janvier 2016 et mars 2017 sur le front de la prévention de la contamination par le VIH ? A priori rien de scandaleux :

« La mission montre que la mise en œuvre de cette RTU s’est déroulée de façon satisfaisante : en particulier, l’élaboration du protocole, les modalités de suivi médical des personnes et la collecte des données ont été convenablement menées ; en termes financiers, la prise en charge à 100 % de la PrEP, jugée nécessaire, a été mise en place. »

C’est en amont, sur le processus de décision lui-même, que la « mission est plus critique ». Elle souligne la longueur de durée d’instruction de la RTU du TRUVADA® . Selon la mission, « ce délai a entraîné des contaminations qui auraient pu être évitées ». On lira, dans ce communiqué, les recommandations formulées par les auteurs du rapport.

Mais ce même communiqué comporte aussi le passage suivant – un cas sans doute unique au sein d’une maison aussi hermétique que celle de l’IGAS :

« En dépit du caractère très documenté et circonstancié de ce rapport, le ton virulent parfois employé par ses auteurs, ainsi que certains propos excessifs, sont regrettables. L’IGAS en tant qu’institution reste cependant fortement attachée à la transparence de ses travaux ainsi qu’à l’indépendance de ses inspecteurs, gage de l’objectivité et de l’impartialité nécessaires à la conduite des missions d’inspection.

« Ceci ne doit pas affecter la prise en considération des analyses et conclusions du rapport concernant la politique de prévention des transmissions du VIH, l’éventuel élargissement de la PrEP à d’autres populations et le devenir de la procédure de RTU. »

Excès, virulence et regrets

On cherchera donc la « virulence » et les « excès » que la direction de l’IGAS reproche à MM Duhamel et Morelle. Sans doute est-ce en partie dans la liste des éléments qui, « aux yeux de la mission, sont intervenus dans la lenteur de la décision publique » :

« 1 la vision erronée, mais érigée en véritable dogme, selon laquelle le « tout préservatif » devait se suffire à lui-même en matière de prévention ;

2 l’influence excessive des associations de lutte contre le VIH sur la décision publique, ayant abouti à une forme de « cogestion » du système de santé VIH en France ;

3 la sous-estimation collective, conséquence de l’efficacité des ARV et du passage de l’infection par le VIH du statut de maladie mortelle à celui de maladie « chronique », de la gravité persistante de toute contamination par le VIH ;

4 la véritable « dictature » des essais randomisés contrôlés en double aveugle sur le raisonnement médical, et partant, sur les décisions et les stratégies de santé publique, et cela au mépris de données observationnelles pourtant solidement établies ;

5 l’insuffisante prise en compte des données cliniques existantes par les médecins du secteur, principalement dans l’attente des résultats de l’essai IPERGAY mené par l’Agence nationale de recherche sur le SIDA et les hépatites (ANRS) ;

6 la faiblesse persistante de la santé publique en France, et singulièrement celle de l’administration sanitaire. »

On notera aussi, in fine, ce terrible réquisitoire rédigé par de bons connaisseurs du ministère :

« A cet égard, le contraste entre la réaction remarquable -rapide et pragmatique- qui fut celle de la DGS en 1995-1996 en matière de PEP et son manque d’anticipation action dans le cas de la PrEP est navrant. La DGS n’a pas correctement anticipé les évolutions en termes de prévention de l’infection par le VIH que la chimio-prophylaxie allait susciter. »

« Ce constat est d’autant plus regrettable qu’en l’occurrence, avec le dossier PrEP, elle n’avait pas à traiter la procédure administrative de la RTU –relevant de l’ANSM- et aurait pu, par conséquent, se concentrer sur la stratégie sanitaire, qui représente précisément l’essentiel de sa mission. En réalité, la DGS se trouvait dans l’impossibilité de le faire parce qu’elle connaît toujours, en dépit des réformes successives qui l’ont concernée depuis plus de 20 ans, un déficit –quantitatif et qualitatifde compétences et d’expertises qui continue à la pénaliser. Les cinq anciens directeurs généraux de la Santé que la mission a pu rencontrer ont souscrit de manière univoque à ce constat.

Cette faiblesse explique que, dans le domaine de la politique de prévention et de lutte contre le VIH/SIDA, elle ait, progressivement, renoncé à cette mission et ait adopté une attitude suiviste, en particulier par rapport à une institution puissante, elle, et dotée des moyens intellectuels et humains de sa mission : l’ANRS. »

Pour le dire autrement le feu est bel et bien déclaré au sein du ministère des Solidarités et de la Santé. On attend le nom du chef des pompiers.

A demain

 

 

Dépakine® : l’usine de Sanofi qui la fabrique dans les Pyrénées est soudain mise à l’arrêt

Bonjour

C’est une séquence médiatique, environnementale, médicamenteuse et politique riche d’enseignements, notamment chronologiques.

 I Mediapart -et France Info (8 juillet 2018) : « L’usine Sanofi du bassin de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, émettait au printemps 2018, date des dernières mesures disponibles, jusqu’à 190 000 fois plus que le maximum autorisé d’une substance cancérogène et susceptible d’altérer la fécondité. Représentant·e·s écologistes et syndicaux s’alarment mais l’État ne sanctionne pas. »

II La République des Pyrénées (9 juillet 2018) : « Epinglé par un rapport de la Dreal pour des rejets toxiques trop importants de son usine implantée à Mourenx, le groupe Sanofi a décidé de suspendre sa production sur le site.  « Sanofi Chimie décide d’engager dès aujourd’hui l’arrêt de la production de son site de Mourenx, et d’opérer les améliorations techniques annoncées et indispensables à un retour à la normale », a dévoilé le groupe dans un communiqué ce lundi soir, au terme d’une journée durant laquelle les rejets anormaux de son usine implantée en Béarn ont pris une place importante dans l’actualité nationale (…) Sanofi, qui emploie une quarantaine de salariés à Mourenx, fabrique les principes actifs de la Dépakine®, un épileptique (sic) controversé notamment interdit aux femmes enceintes. Toujours dans son communiqué, le groupe assure qu’il « a diligenté une enquête pour mieux comprendre les causes et l’historique de la situation. »(sic)».

III Communiqué du gouvernement français (10 juillet 2018) :  « Le Gouvernement prend acte de la décision de SANOFI de suspendre immédiatement la production sur son site industriel de Mourenx. Toutes les conditions en matière d’émissions et d’absence de risques pour les salariés et les riverains devront être réunies pour que l’État puisse autoriser une reprise de l’activité du site. Des prélèvements et analyses seront effectués par des laboratoires indépendants sur le site et dans son voisinage pour s’en assurer. »

Où l’on apprend qu’en avril 2018 l’État avait mis en demeure l’industriel, par arrêté préfectoral, de respecter les valeurs limites d’émission de différents composés organiques volatils (COV) – et ce sous 3 mois sous peine de fermeture administrative. « Cette procédure faisait suite à un contrôle de l’inspection des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) qui avait révélé une situation de dépassement inacceptable des normes de rejets pour plusieurs composés organiques volatils et notamment pour le bromopropane. Les mesures et analyses effectués immédiatement ont établi que ces dépassements ne présentaient pas de dangers pour les riverains à court terme » ajoutent les ministres Hulot et Buzyn.

Le gouvernement précise que cette usine fait aussi l’objet d’une « procédure » concernant ses rejets dans l’environnement de valproate de sodium, principe actif de la Dépakine®. Dans ce cadre, le gouvernement avait déjà saisi en juin à la fois l’ANSES, l’ANSM et l’INERIS pour évaluer les données transmises par SANOFI. Ces agences rendront leurs conclusions le 12 juillet. Et après ?

A demain

Alcoolisme et baclofène : pendant les longs travaux de l’ANSM, la RTU sera maintenue

 

Bonjour

Qui a gagné, qui a perdu ? Dans l’interminable feuilleton du baclofène, on savait que les 3 et 4 juillet seraient des dates-clefs. Match retransmis via la chaîne Dailymotion de l’ANSM. Tacles, cartons, dénonciations, hors-jeu sifflés ou non. Puis, dans la soirée du 5 juillet, ce résultat officiel.

« Dans le cadre de l’instruction de la demande d’AMM pour le baclofène, l’ANSM publie aujourd’hui l’avis de la commission consultative mixte ad hoc  sur l’évaluation de l’utilisation de ce médicament dans le traitement de patients alcoolo-dépendants.

«  La Commission est favorable à l’utilisation du baclofène chez les patients alcoolo‐dépendants. La Commission est défavorable à la demande d’AMM telle que proposée par le laboratoire Ethypharm. La Commission propose que l’utilisation du baclofène puisse se poursuivre selon les conditions suivantes :   ‐ dans l’indication des troubles de l’usage de l’alcool après échec des thérapeutiques disponibles avec l’objectif d’une réduction de la consommation d’alcool jusqu’à un niveau de consommation à faible risque (inférieur ou égal à 40 g/j pour les hommes et inférieur ou égal à 20g/j pour les femmes) ; ‐ une prescription par tout médecin jusqu’à la posologie de 80 mg/jour.

« Au‐delà de cette posologie, le prescripteur doit systématiquement proposer au patient une évaluation et une prise en charge pluridisciplinaire spécialisée en addictologie, compte‐tenu notamment d’une augmentation de la fréquence des effets indésirables graves avec l’augmentation des doses ;   ‐  la prescription de baclofène doit être associée à une prise en charge psychothérapeutique et/ou psychocorporelle et/ou sociale, systématique ; ‐ en cas de troubles psychiatriques associés, quelle que soit la posologie, il est nécessaire d’orienter le patient pour avis ou suivi vers un médecin psychiatre ; ‐ la pertinence de la posologie doit être réévaluée régulièrement ;   ‐ la prescription de baclofène doit être accompagnée d’un livret de suivi et de promotion du bon usage du baclofène. »

L’avis de la commission vient compléter l’expertise conduite par l’Agence et par le Comité scientifique spécialisé temporaire  (CSST) qui a rendu un avis en avril 2018 sur l’évaluation du rapport bénéfice/risque du baclofène dans cette indication.

Et ensuite ? L’ANSM prendra sa décision sur la demande d’AMM du baclofène, « au plus tôt à la rentrée » (sic). Dans l’attente la RTU en cours est maintenue. Rien n’est gagné, rien n’est perdu. Les malades seront soignés. Le combat peut continuer. Le combat continue.

A demain

 

Procès politique : l’histoire du Dr Julien Blain, aujourd’hui allergique aux génériques

Bonjour

C’est l’une de ces affaires exemplaires sur lesquelles les médias généralistes font trop souvent l’impasse. Elle nous est rapportée par Le Quotidien du médecin (Marie Foult). Soit le dossier du Dr Julien Blain, médecin généraliste à Saint-Brice-sous-Forêt (Val-d’Oise) qui devait comparaître ce mercredi devant le tribunal des affaires de Sécurité sociale (TASS) de Pontoise dans une affaire qui l’oppose à sa caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM).

Cette dernière reprochait au Dr Blain un nombre jugé beaucoup trop élevé de mentions non substituable (NS) sur ses prescriptions (68 % contre 5,4 % de moyenne nationale sur la période du 1er septembre au 31 décembre 2013) – une pratique qui lui a valu une pénalité de 400 euros de sa caisse. Refus de payer, convocation devant le TASS qui qualifie son procès de « politique », une « ateinte » à l’indépendance professionnelle, à la liberté de prescription

« Je ne commets aucune faute. Après avoir prescrit des génériques pendant près de 10 ans, je constate que tous sont moins efficaces que les princeps, au point que neuf de mes patients ont failli mourir. Dans aucun texte de loi, il n’est écrit que le médecin ne doit pas dépasser un pourcentage de mention « non substituable », et les princeps sont légalement en vente. Mais à chaque fois qu’un médecin écrit « non substituable », il s’oppose à la politique du gouvernement et empêche les laboratoires génériques de gagner de l’argent. »

« Oui, chaque patient est unique, aucun médecin ne peut prédire si un patient ne fera pas une endocardite après prescription d’un générique d’antibiotique pour une bronchite, avec remplacement d’une valve. Je l’ai vu deux fois, et bonjour le coût. »

Et peu soucieux du devoir de confraternité le Dr Blain d’épingler les médecins-conseils des caisses qui « n’examinent pas les patients mais se permettent de juger alors qu’ils n’en ont aucune légitimité médicale ».

Offensive nationale

En mars 2015 le Dr Blain avait été entendu pendant quatre heures par deux médecins de sa caisse primaire d’assurance maladie  rapportait alors Le Parisien. « Il a fermé la marche des huit premiers médecins épinglés par la sécurité sociale du Val-d’Oise pour leur trop faible prescription de médicaments génériques, expliquait le quotidien. Une première, selon le Dr Serge Larcher, patron des médecins libéraux du département. ‘’Je suis le champion de France dans ce domaine’’ se vante ce généraliste rappelé à l’ordre pour la première fois en trente ans d’exercice. » Explications, à la CPAM de Cergy, du Dr Sylvaine Galtier, médecin-chef du service médical :

« L’an dernier, la caisse nationale d’assurance maladie a lancé un contrôle des médecins qui prescrivaient plus de 4 % de ‘’non substituables’’. Sur les 1 800 libéraux du Val-d’Oise, nous avons seulement convoqué huit médecins prescrivant, entre 52 % et 72 % de médicaments non substituables. Et le Dr Blain, c’est le record ! ».

« Il s’agit simplement d’inciter les médecins à changer leurs pratiques et à prescrire des médicaments génériques qui coûtent 30 % moins chers, dans un souci d’économie. On a exclu de nos contrôles les ordonnances pour les plus de 80 ans qui risquent de confondre les noms des médicaments princeps et génériques, aussi les enfants à cause du goût différent entre les deux médicaments ».

Et demain ? Le Dr Blain a-t-il connaissance de la récente  décision de la Cour de cassation qui, dans une affaire similaire vient de condamner un médecin à payer à sa CPAM la somme de 3 000 euros. « Je suis jugé et condamné par un fonctionnaire de la sécurité sociale incompétent en médecine et qui me dit que mes 366 prescriptions concernant 159 de mes patients de octobre à décembre 2013 et qui portaient écrite de ma main en toutes lettres comme l’impose la loi la mention ‘’ne pas substituer’’ n’étaient pas justifiées médicalement » expliquait-il avant d’engager un  recours devant le TASS de la Seine-Maritime. Qui lui avait donné raison. Avant que la Cour de cassation juge le contraire.

Question politique : la justice peut-elle décréter que les génériques, tout bien pesé, doivent être automatiques ?

A demain

 

Emmanuel Macron autorisera-t-il la culture du cannabis récréatif au profit des EHPAD ?

Bonjour

 Jacques Pédehontaà est un homme responsable : maire de la commune de Laàs (Béarn des Gaves), conseiller départemental, et président de l’Agence de développement touristique du Béarn et du pays basque. En mars 2016, dans les allées du salon international de l’agriculture, M. Pédehontaà invitait le ministre de l’Economie à venir dans les Pyrénées-Atlantiques. Croisant Emmanuel Macron il l’a salué « comme s’il s’agissait d’un vieil ami ». Puis, l’étreignant, il lui a murmuré quelques mots à l’oreille – l’invitant notamment à venir dans les Pyrénées-Atlantiques. Une scène immortalisée par Francine Trouilh, membre de la confrérie de la Blonde d’Aquitaine de Sauveterre-de-Béarn.

 Aujourd’hui Jacques Pédehontaà « que l’on dit proche de Francois Bayrou » – vient d’écrire à Emmanuel Macron pour lui exposer un projet original : lancer, à titre expérimental et pendant trois ans, la culture du cannabis (à usage thérapeutique et récréatif) sur 10 à 20 hectares dans le Territoire du Béarn des Gaves (cinquante-trois communes des Pyrénées-Atlantiques). Le 26 juin il a détaillé sa proposition, reprise par  France Bleu). Objectif : « préserver les services de proximité et améliorer le revenu des exploitations agricoles » ;  permettre aux paysans locaux la culture et la transformation ; aux pharmaciens, la vente du cannabis thérapeutique ; aux buralistes, la vente du cannabis récréatif. Le tout sous le contrôle des autorités républicaines. Jacques Pédehontaà :

« Nous, ce qu’on propose au président de la République, c’est de lui dire qu’on est prêt à maîtriser toute la filière et faire une expérimentation dans l’attente de la légalisation. Vous pourrez contrôler, mesurer l’efficience du dispositif et de l’expérimentation. Il y a un enjeu majeur en termes de fiscalité pour l’État à s’emparer de ce débat et à l’encadrer. Parce que ce sont des milliards … d’une économie qui est aujourd’hui souterraine en France.

« Cette économie permettrait aux agriculteurs de mieux vivre, aux buralistes de mieux vivre, aux pharmaciens de mieux vivre, et surtout, l’argent perçu par l’État pourrait être réorienté vers l’école et la prévention, l’agriculture ou encore les EHPAD, le monde médical et la ‘’silver économie’’. Il y a là une possibilité importante de réorienter et de redresser les choses ».

Piment d’Espelette

A  la différence des responsables de la communauté d’agglomération du « Grand Guéret « (Creuse) qui réclame le droit de cultiver du cannabis à usage thérapeutique, l’édile béarnais mise aussi sur l’usage du cannabis récréatif  – qui ne serait vendu que chez les buralistes. Jérôme Récapet, président de la chambre syndicale des buralistes de Béarn et Soule,  est prêt « à jouer le jeu » :

« Aujourd’hui, il y a de moins en moins de fumeurs. On sait très bien qu’il va falloir faire d’autres choses, être dynamiques, être de vrais commerçants et non plus seulement des débitants de tabac. Alors pourquoi pas le cannabis ? C’est très avancé de vous dire ça, mais participer au projet, se poser les bonnes questions …oui. Après on verra ce qui peut être fait ».

Le maire de Laàs assure aussi avoir obtenu l’accord d’une vingtaine d’agriculteurs, prêts à cultiver le cannabis et à en assurer la transformation. Jean-Marc Maisonnave, producteur de kiwis et responsable de la FDSEA dans le canton de Sauveterre-de-Béarn :

« On veut essayer de développer notre agriculture, mais franchement j’aurais préféré que ça reste thérapeutique parce que fumer du cannabis, ce n’est pas bon pour la santé, ce n’est pas bon pour nos jeunes. Mais ça se développe dans tous les pays – et nous avons déjà fait de la culture de chanvre, qui était très encadrée ».

Opium, cocaïne et Hospices de Beaune

Au moment où le Palais de l’Elysée recevait la lettre postée à Laàs, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime annonçait que la production mondiale de cocaïne (essentiellement en provenance de Colombie) et celle d’opium (principalement d’Afghanistan) venait d’atteindre son plus haut niveau historique. La production mondiale d’opium a bondi de 65 % de 2016 à 2017 pour atteindre 10 500 tonnes. Et la fabrication mondiale de cocaïne s’approche des 1500 tonnes.

Corollaire : les surfaces de culture de pavot à opium ont progressé de 37 % au niveau mondial entre 2016 et 2017, atteignant aujourd’hui 420 000 hectares.  Quant à la la culture de feuille de coca elle se fait aujourd’hui sur 213 000 hectares au niveau mondial, dont 69 % se trouvent en Colombie.

Vérité au-delà des Pyrénées, erreur en deçà ? Autoriser la culture du cannabis au profit des EHPAD ? On espère que le maire de Laàs aura expliqué au président de la République que cette entreprise ne serait pas très éloignée du maillage solidaire qui, jadis, voyait la culture de la vigne soutenir le budget des hospices. Une solidarité dont on retrouve encore la trace, aujourd’hui, ici ou là. Comme lors de la vente annuelle de quelques grands crus bourguignons au profit des malades des Hospices de Beaune.

A demain