Fumeur, savais-tu que ta Nicorette-Skin® te sera bientôt remboursée par la collectivité ?

 

Bonjour

C’est un communiqué rédigé par des publicitaires et destiné aux journalistes qui œuvrent dans le vaste champ de la santé. Leurs confrères politiques et économiques ne semblent pas conviés. Ce qui ne manque pas d’interroger. Un communiqué de presse qui ne manque pas de sel – accroché à une publication du Journal Officiel  du 16 mai.

Nous sommes ici dans un domaine nouveau en France : le « remboursement des substituts nicotiniques  par la sécurité sociale ».

« Egalité pour tous face au sevrage tabagique : NICORETTESKIN®16h, deviennent suite à cette publication les premiers et seuls patchs nicotiniques à date, à répondre à l’appel ! » assure le fabricant : le « laboratoire Johnson & Johnson Santé Beauté France ». Ce dernier  s’engage désormais dans l’accès au sevrage tabagique pour tous en inscrivant au remboursement ses patchs NICORETTESKIN® 16h, premiers et seuls patchs nicotiniques à date, à être remboursés ».

Et de nous éclairer : « Dans le cadre du nouveau plan santé « priorité prévention », présenté le 26 mars dernier par le gouvernement, la prise charge ‘’classique’’ des substituts nicotiniques par la sécurité sociale a été annoncée. Il a toutefois été spécifié que « ce mouvement est progressif car il implique une démarche des laboratoires ». Et le laboratoire Johnson & Johnson Santé Beauté France est le premier. Pourquoi ? Comment ? Et, surtout, pourquoi si tard ? Nous ne le saurons pas à la lecture de ce communiqué….

Cigarette électronique

En savoir plus ? Le Dr Anne-Laurence Le Faou, responsable du centre ambulatoire d’addictologie, à l’hôpital européen Georges-Pompidou (APHP) à Paris et Présidente de la Société Francophone de Tabacologie, ainsi que le laboratoire Johnson & Johnson Santé Beauté France s’exprimeront (peut-être) sur ces sujets. Rendez-vous gratuit le 24 mai prochain, vers midi, dans un grand hôtel parisien.

Le « laboratoire Johnson & Johnson Santé Beauté France » y révélera « en avant-première » les résultats d’un sondage réalisé sur un panel de mille Françaisun sondage ayant pour objectif « d’évaluer l’impact du remboursement par la sécurité sociale des substituts nicotiniques ». La question aurait pu être posée différemment : les esclaves aimeraient-ils être aidés par la collectivité pour briser leurs chaînes addictives tabagiques qui, pour partie, profitent à l’Etat ?

On pourrait, aussi, s’intéresser, ici, à la cigarette électronique.

A demain

Cannabis thérapeutique et éthique : de quel droit l’Etat français peut-il l’interdire ?

 

Bonjour

« Cannabis à usage thérapeutique » : celles et ceux qui aimeraient y voir clair peuvent dès maintenant se reporter à la remarquable synthèse que vient de publier le Pr Nicolas Authier, psychiatre, pharmacologue et addictologue (Université Clermont Auvergne) sur le site The Conversation : « Pourquoi nous devrions expérimenter le cannabis thérapeutique en France ». Une mine.

Résumons, ici, son propos. On sait que le cannabis (ou des extraits de cannabis) est de nature à soulager les personnes souffrant de certaines affections chroniques. On sait aussi que ces effets antalgiques restent à démontrer de manière codifiée et que, sur ce sujet, de nombreuses études cliniques sont en cours. Elles portent notamment sur l’usage qui pourrait être fait dans la douleur, la sclérose en plaque, l’épilepsie, les nausées induites par certaines chimiothérapies anticancéreuses, les troubles du sommeil, la cachexie, le glaucome et certains troubles psychiques comme l’anxiété chronique.

« La France réfléchit actuellement aux modalités d’une expérimentation nationale de l’utilisation à visée thérapeutique du cannabis, voire de certains cannabinoïdes – les substances extraites du cannabis précise le Pr Authier. Des auditions d’experts cliniciens, patients et autorités sanitaires se sont tenues à ce sujet le 12 avril à l’Assemblée nationale, à l’initiative du député et médecin Olivier Véran. »

Divrses pesanteurs françaises font que, sur ce thème, le principe même d’une expérimentation nationale fait débat. Pourquoi ? Il faut ici compter avec diverses oppositions, plus idéologiques que scientifiques, au sein d’Académies que l’on pourrait imaginer plus éclairées : académies de médecine et de pharmacie. « Cette expérimentation pourrait pourtant permettre de mieux accompagner des patients qui utilisent actuellement le cannabis sans contrôle médical, et d’évaluer les bénéfices et les risques de cet usage » estime Nicolas Authier.

Il faut ici savoir que des médicaments cannabinoïdes sont – en théorie- disponibles en France. Un seul possède une autorisation de mise sur le marché (AMM) : le Sativex®, autorisé depuis 2014 associant le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et de cannabidiol (CBD). Il est indiqué dans les raideurs et contractures musculaires, appelées spasticité, de la sclérose en plaques (SEP), en dernière intention. Néanmoins, ce médicament n’est toujours pas commercialisé en France faute d’accord sur le prix avec le laboratoire pharmaceutique. C’est là une forme de scandale, souvent ignoré des médias généralistes 1 et mis sous le tapis depuis quatre ans par le pouvoir exécutif – Marisol Touraine, puis Agnès Buzyn.

Le cas exemplaire de Madame A.

Mais on peut aussi, sur le fond, aborder le sujet par une autre face : l’interdiction de principe, par l’Etat français, du recours au cannabis à des fins thérapeutiques  est-elle contraire à l’éthique ? Et ici, une éclaircie : le  Comité ethique et cancer, dispositif consultatif collégial qui émet des avis publics, examinera aussi cette question après la saisine récente d’une patiente sur le caractère « inéthique » de l’interdiction du cannabis dans un contexte thérapeutique. Les sujet est parfaitement résumé sur le site de ce Comité :

« Madame A a saisi le Comité éthique et cancer au sujet de l’usage thérapeutique du cannabis pour soulager la douleur dans un contexte de soins. Madame A a été diagnostiquée d’un cancer lorsqu’elle avait 27 ans. A la suite de nombreuses interventions (tumorectomie, radiothérapie, double mastectomie prophylactique) ou traitements (chimiothérapie, hormonothérapie), elle a été confrontée à des douleurs intenses et chroniques que l’équipe soignante n’a pu endiguer dans de bonnes conditions, proposant anxiolytiques et antalgiques opiacés que Madame A supporte mal.  

Pour soulager ses douleurs, un proche, par ailleurs soignant, lui a suggéré l’utilisation de cannabis sous diverses formes. Cette dernière a constaté un apaisement des douleurs, des nausées, a retrouvé de l’appétit ; et sa qualité de vie a, de ses propres dires, été largement améliorée. Depuis, Madame A évoque ouvertement cette consommation dans le cadre de ses soins, le personnel médical ne s’y opposant pas, au contraire parfois.

Cependant, Madame A s’interroge sur les barrières à l’usage thérapeutique du cannabis. D’abord, le produit en lui-même, porteur de représentations sociales fortes, peut rendre difficile la capacité des personnes à en parler sans craindre diverses formes de jugements. Par ailleurs, le caractère illicite de cette consommation expose les personnes malades souhaitant s’en procurer à divers risques, y compris juridiques, pour un usage permettant pourtant d’améliorer leur qualité de vie. Enfin, si un produit à base de THC, le Sativex® a une autorisation de mise sur le marché, les difficultés sur la négociation du prix et la restriction importante des pathologies concernées par ce traitement rendent, à ce jour, l’accès impossible en France.

Dès lors, Madame A interroge le Comité éthique et cancer sur le caractère « inéthique » de l’interdiction du cannabis dans un contexte thérapeutique, notamment au regard du principe de non-malfaisance, comparant cette interdiction à « un refus de soins » de la part des autorités. C’est ce que le Comité éthique et cancer se propose d’examiner, en restreignant son analyse à un cadre médical : intérêt de l’utilisation du cannabis pour soulager la douleur et améliorer la qualité de vie, et risques afférents à ce type de consommation dans le contexte actuel. »

On attend, avec le plus vif intérêt, la réponse de ce Comité.

A demain

1 Tous les article de ce blog consacrés au  Sativex® sont disponibles à cette adresse : https://jeanyvesnau.com/?s=sativex

 

Cannabis et Ascension : Emmanuel Macron autorisera-t-il la culture du Pantagruélion ?

Bonjour

Très bon sujet stupéfiant, lors de la fête de l’Ascension, sur les ondes laïques de France Culture :  « Cannabis, héroïne, opiacés : drogues, la révolution ?  I »; « Cannabis, héroïne, opiacés : drogues, la révolution ?  II »

Où l’on revenait sur l’éternel sujet de la légalisation du cannabis. Invités éclairés : Gaspard Koenig philosophe, enseignant à Science Po, directeur du think-tank Génération Libre et Bertrand Lebeau-Leibovici médecin addictologue.

Avec, en toile de fond problématique : une fois dépénalisé et légalisé comment faire pour prévenir sa cosnommation par des mineurs. L’exemple actuel du tabac, des buralistes et de l’incurie du pouvoir exécutif n’est pas, on en conviendra, de nature à rassurer. On aimerait, ici, entendre un peut plus les libéraux radicaux.

Le même jour, Le Parisien traite d’une autre facette, thérapeutique, du même sujet ; où l’on croit comprendre que la ruée vers l’or aurait commencé. Destination : la cité de Guéret. C’est que la Creuse, département plus excentré que jamais, réclame haut et fort le droit de produire « à titre expérimental » (sic) du cannabis pour usage médicinal. Où l’on apprend, aussi, que sans attendre le feu vert de Paris, un agriculteur « s’est déjà lancé en toute illégalité dans cette production ».

Herbe magique

« C’est une vraie révolution. Pas encore très visible. Mais déjà en marche, s’amuse Elsa Mari. Tout commence fin décembre lorsque Eric Correia, élu PS, demande une dérogation à l’Etat pour faire pousser du chanvre thérapeutique sur les terres de son département. Si Emmanuel Macron n’a pas encore répondu à sa demande d’expérimentation, les paysans du coin (sic) que nous avons rencontrés, excités par ce projet inédit, sont déjà prêts à en planter. L’un d’eux, comme il nous l’annonce, a déjà commencé. »

Une quarantaine de pays ont déjà autorisé le cannabis thérapeutique, délivré sur ordonnance : Espagne, Italie, Royaume-Uni, une partie des Etats-Unis… Même l’Allemagne l’a légalisé l’an dernier. Un dossier tabou et sans fin en France. « Il faut reprendre les études sur le cannabidiol (CBD) dans l’Hexagone, presse William Lowenstein, addictologue et président de SOS Addictions. Cela devrait être l’objectif de ce quinquennat. »

Où l’on retrouve ainsi, cinq siècles plus tard, Emmanuel Macron confronté à cette invention du Dr François Rabelais : le « Pantagruélion » (Tiers-Livre). C’est là une herbe magique. « Elle  possède plusieurs caractéristiques du chanvre, mais elle les dépasse. Ennemie des voleurs, elle s’utilise pour obstruer la bouche de certains d’entre eux. Elle sert aussi de corde pour pendre les hommes fautifs. Ne se consumant pas au contact du feu, elle permet aux flammes comme aux cendres de ne pas se propager. Cette herbe a une puissance immense qui effraie les Dieux, c’est pourquoi ils ont décidé de lui résister. »

Le texte du Dr Rabelais se clôt sur l’éloge du royaume de France, royaume duquel provient le Pantagruélion.

 

 

A demain

 

«Castration chimique»: Laurent Wauquiez la réclame pour tous les «prédateurs sexuels» 

Bonjour

Un drame, une émotion nationale ? Une loi ! Après la tragédie de Wambrechies (Nord) Laurent Wauquiez, président du parti Les Républicains ne veut pas rester « les bras croisé ». Dans un entretien accordé à 20 Minutes il annonce vouloir une nouvelle loi qui imposerait la « castration chimique » aux violeurs.

 « Nous avons tous été touchés par le caractère tragique de l’histoire d’Angélique. J’ai aussi un sentiment de colère et d’incompréhension : comment se fait-il que cet homme déjà condamné pour viol ait pu être remis en liberté sans surveillance ? Malheureusement ce fait divers n’est pas isolé. Les chiffres sont terrifiants : chaque année 62.000 femmes sont violées en France, une femme de moins de 35 ans sur vingt est agressée sexuellement chaque année et un violeur sur vingt récidive. On ne peut pas rester les bras croisés face à ces réalités. »

 « Les prédateurs sexuels doivent soit subir une castration chimique, soit rester en prison. Il faut ouvrir la possibilité pour le juge de rendre obligatoire la castration chimique. Cela consiste en une injection de produits, à peu près tous les trois mois, pour diminuer les hormones et les pulsions sexuelles. C’est un traitement réversible. Cela permet de diminuer de manière très importante le risque qu’un violeur récidive. »

Laure Cometti (20 Minutes) fait justement observer à Laurent Wauquiez que nombre de psychiatres spécialisés soulignent que cette mesure est loin d’être totalement efficace pour lutter contre la récidive.

« Ce qui m’importe, c’est la protection des victimes, pas les droits des violeurs. Aujourd’hui, la castration chimique se fait à la demande du violeur lui-même, c’est absurde. Il faut que le juge puisse l’imposer au violeur, avec un accompagnement médical et psychiatrique. Et si le violeur refuse, alors il devra rester en prison, en rétention de sûreté. Les Républicains déposeront une proposition de loi pour défendre cette mesure. »

 Vingt ans après

 L’affaire va-t-elle prendre de l’ampleur ? Sur RTL Virginie Duval, présidente de l’Union Syndicale des Magistrats (USM) explique que « la castration chimique existe mais qu’elle ne peut pas être le remède miracle ». « C’est très particulier, et le passage à l’acte de ces personnes doit être évalué. On doit travailler avec ces personnes individuellement, précise-t-elle. Une fois que la personne a été condamnée, on peut notamment prononcer un suivi socio-judiciaire, qui peut comprendre des obligations de soins pour permettre à la personne de travailler sur ces questions. »

« Castration chimique » ? L’affaire a déjà été longuement débattue, en France. Et on imagine que Laurent Wauquiez le sait. Il suffit, pour cela, de consulter Wikipédia. Il y a vingt ans déjà, dans le cadre du suivi socio-judiciaire  institué par la loi Guigou (no 98-468 du 17 juin 1998 « relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu’à la protection des mineurs ») les détenus peuvent, sur la base du volontariat, suivre un traitement médicamenteux visant notamment à réduire la production de testostérone.

Laurent Wauquiez sait aussi qu’aujourd’hui ce dispositif n’est pas obligatoire, mais que les détenus qui n’y participent pas, ne peuvent prétendre à des remises de peine ou à la libération conditionnelle.  Et Laurent Wauquiez ne peut ignorer qu’en septembre 2007 le député UMP Bernard Debré avait (déjà) déposé une proposition de loi tendant à imposer la castration chimique aux personnes condamnées après avoir commis une agression sexuelle.

Selon les termes de la proposition, le juge pénal aurait eu la faculté d’obliger les intéressés à suivre un traitement. Celui-ci aurait commencé pendant l’exécution de la peine et aurait pu, le cas échéant, se poursuivre après la sortie de prison. En cas de refus, les intéressés auraient en effet été susceptibles d’être réincarcérés ou placés en détention de sûreté. Mais finalement elle a été refusée par l’Assemblée nationale.

Et Laurent Wauquiez se souvient sans doute que ce projet était réapparu en novembre 2009 avec le projet de loi tendant à amoindrir le risque de récidive criminelle et portant diverses dispositions de procédure pénale – un  projet de loi voulu par le gouvernement Fillon et porté par la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie. Cette proche de Laurent Wauquiez avait même annoncé dans Le Figaro Magazine  une « loi pour la castration chimique avant la fin de l’année ».

Nous étions alors au lendemain d’une affaire de viol et de meurtre commis par un homme récidiviste, affaire qui avait suscité une vive émotion en France. L’Assemblée nationale avait adopté un amendement permettant au juge d’imposer cette mesure, mais le Sénat l’avait retiré, laissant au médecin le soin d’apprécier son opportunité en fonction du patient. Laurent Wauquiez sait tout cela. Pourquoi n’en parle-t-il pas ?

A demain

Alzheimer, médicaments et courage politique : Agnès Buzyn va-t-elle les dérembourser ?

Bonjour

C’est une question essentielle et une polémique à venir : la maladie d’Alzheimer existe-t-elle ? Tous les éléments sont à retrouver dans un ouvrage dérangeant 1. L’un des auteurs vient d’en exposer l’essentiel sur les ondes matinales de France Culture. Il s’agit du Pr Olivier Saint-Jean, patron du service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou, membre de la Commission de la Transparence de la Haute Autorité de Santé et enseignant à l’université Paris-Descartes.

Selon lui bien plus qu’une réalité médicale (900 000 personnes en France), la maladie d’Alzheimer serait une « construction sociale pour décrire la vieillesse ». La découverte de la vieillesse et la vieillesse transformée en pathologie. On peut l’entendre ici, sept minutes éclairantes. Et ce spécialiste de poursuivre un combat qu’il mène depuis longtemps : dénoncer l’inefficacité (quand ce n’est pas la toxicité) des médicaments présentés comme « anti-Alzheimer ».  Il redit, sur France Culture, que ces médicaments sont inefficaces et fournit les derniers éléments, politiques, du dossier :

« Pr O.S.-J. : Ces médicaments sont totalement inefficaces. La démonstration scientifique en a été apportée [en octobre 2016] par la Haute Autorité de Santé. Et il y a quelques semaines cette même Haute Autorité de Santé a bouclé le dossier médico-administratif de la radiation, ce qui fait qu’aujourd’hui le dossier est prêt à la signature de la ministre.

France Culture (Florian Delorme) : Mais on se souvient qu’alors la ministre de la Santé Marisol Touraine ne s’était pas rangée à l’avis de la Haute Autorité de Santé. Pensez-vous que l’actuel gouvernement pourrait s’y risquer ? Et je parle bien de risque…

Pr O.S.-J. : Dès lors qu’Agnès Buzyn ne cesse de parler de la ‘’pertinence des actions de soins’’ comme axe de politique de santé, elle se doit de dérembourser. Car ce qui est démontré par la Haute Autorité de Santé, c’est la non pertinence de ces médicaments.

France Culture (Florian Delorme) : Mais cela fait longtemps que c’est le cas, cela fait au moins deux ans 2

Pr O.S.-J. : Oui mais il y a des courages politiques qui existent et d’autres qui n’existent pas. »

Le Pr Olivier Saint-Jean dira encore que c’est là un sujet « terriblement sensible ». Qu’il mesure bien le fait que son regard critique dérange, bouscule. Qu’il est beaucoup plus simple, pour tout le monde, familles et médecins, de dire que le déclin cognitif est une  « maladie ». Que réinsérer la personne dans le parcours du vivant normal c’est bousculer beaucoup de choses. Et que c’est soulever, en même temps, une équation compliquée à l’heure où émerge la question du financement de la dépendance.

Courage politique, donc. Que fera, dans un tel contexte Agnès Buzyn ? Ou que ne fera-t-elle pas ?

A demain

1 « Alzheimer, le grand leurre » Olivier Saint-Jean & Eric Favereau (Editions  Michalon). 

2 A dire vrai le début de l’affaire est bien plus ancien : « Alzheimer: l’astuce (française) du balayeur Bertrand » Slate.fr 2 mai 2012

Lire aussi : « Alzheimer: les malades doivent-ils encore prendre leurs médicaments ? » Slate.fr  20 novembre 2016

 

 

 

Alcoolisme et guerre du baclofène : la supplique de médecins fantassins pour un armistice

Bonjour

Sous la mitraille, l’espoir de l’armistice ?. C’est un message qui nous est adressé des premières lignes médicales 1. « Ni collectif militant, ni baclo-sceptiques mais tout simplement cliniciens accompagnant au quotidien des patients alcooliques en demande de soin, nous avons souhaité nous exprimer dans ce moment crucial où semble se jouer l’avenir du baclofène ou plus précisément l’avenir de sa mise à disposition officielle dans le cadre d’une AMM ».

Que nous disent-ils, ces combattants ?  Sans remettre en cause les données officielles avancées par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ils expliquent « mesurer au quotidien les risques imputables à l’alcool ». Et ils récitent les chiffres bien connus du fléau alcoolique en France – à commencer par 400 000 hospitalisations annuelles pour des comas éthyliques, des hépatites, des cirrhoses ou encore des troubles psychiques dus à l’addiction.

« Les évaluateurs du rapport bénéfices-risques ont-ils inclus ces données, demandent-ils. Il faudrait tenir compte du poids de cette maladie. Il ne s’agit pas d’un traitement de la migraine ou de la fatigue passagère pour lequel la survenue d’effets indésirables délégitimeraient une demande d’AMM. Les patients alcooliques meurent par dizaines de milliers chaque année ! Ils se détruisent et parfois détruisent leur entourage. Nous en sommes témoins au quotidien. »

Credo monté des tranchées

 Ils ajoutent que le baclofène est utilisé depuis des décennies par des neurologues, souvent à des posologies supérieures à celle de l’AMM, et ce dans le monde entier. Et que si des « signaux » ont émergé depuis son utilisation dans les troubles liés à l’usage d’alcool, c’est surtout parce que « cette population est particulièrement comorbide ».  Et puis ce credo monté des tranchées :

« Pour nous, l’efficacité du baclofène ne fait guère de doute, comparée aux autres traitements existants (malgré la difficulté de l’établir clairement dans les études contrôlées, souvent trop éloignées de la vraie vie). Tous les cliniciens qui l’utilisent correctement sont de cet avis. Ceux qui disent qu’il n’est pas efficace ne l’ont jamais prescrit (soit parce qu’ils ne sont pas médecins, soit parce qu’ils sont ‘contre’ le baclofène depuis toujours [pour des raisons parfois étranges]). Ou soit encore parce qu’ils l’ont mal prescrit (posologie trop basse ou augmentée trop rapidement), ce qui en font des détracteurs ‘expérimentés’ ! Autant dire, les plus redoutables… 

 « Des centaines de prescripteurs expérimentés, comme nous, prescrivent du baclofène à des milliers de patients depuis des années. Certes, nous avons eu quelques échecs, comme pour tout traitement, mais globalement nous considérons que c’est un des meilleurs traitements à notre disposition depuis des années, quand il est correctement prescrit et au bon patient. »

Sans oublier que le baclofène est une occasion permettant de « faire entrer les patients dans le soin ». Avec, là aussi, l’enseignement des consultations. Une chance offerte de réduire le fossé abyssal entre le nombre de patients au contact de professionnels du soin (à peine plus de 100 000) et les deux millions de personnes ayant des problèmes en lien avec une dépendance à l’alcool.

Qu’espèrent les signataires au terme de leur plaidoyer 2 ? Une AMM avec un accès non limité au médicament (posologie et type de prescripteurs), un appel à la coopération entre la médecine générale et le milieu spécialisé et un soutien vers la formation des médecins quel que soit le milieu d’exercice. Est-ce trop demander ? Que diront, à Saint-Denis, les généraux ?

A demain

1 Dr Alain Morel, Paris ; Pr Olivier Cottencin, Lille ; Pr Christophe Lançon, Marseille ; Dr Maroussia Wilquin, Abbeville ; Dr Antoine Gérard, Le Puy-en-Velay ; Dr Laurent Michel, Paris ; Dr Jean-François Aubertin, Thionville ; Dr Beatrice Cherrih-Pavec, Charleville-Mézières Dr Grégoire Caracotch, Archamps ; Dr Didier Bry, Avignon ; Dr Claude Bronner, Strasbourg ; Dr Christophe Cutarella, Marseille ; Dr Jean-Jacques Pik, Creil ; Dr Eliane Herran, Bayonne ; Dr Dominique Jourdain de Muizon, Chauny ; Dr Ariane MA, Montreuil ; Dr Frédéric Fry, Cergy Dr Véronique Vosgien, St-André-lez-Lille ; Dr Philippe Masson, Pont-à-Mousson ; Dr Christian Michel, Strasbourg ; Dr Patrick Vogt, Mulhouse ; Dr Pierre Bodenez, Brest ; Dr Pascal Vesproumis, St-Brieuc ; Dr Jean Levy, Charleville-Mézières ; Dr Françoise Etchebar, Pau ; Dr May Boumendjel, Versailles ; Dr Pierre Polomeni, Sevran ; Dr Philippe Grunberg, Montfermeil ; Dr Eric Doudet, Tours ; Dr Catherine Caron, Paris ; Dr Richard Lopez, St-Denis.

2 Les auteurs de cette tribune (à paraître dans le n° de mai de la revue Le Flyer) précisent « n’avoir aucun lien d’intérêt avec une firme qui commercialise le baclofène (Zentiva et Liorésal®) ni avec celle qui a demandé une AMM (Ethypharm) ».

 

Nouvelle escalade dans la guerre du baclofène contre l’alcoolisme : « l’ANSM se déconsidère »

Bonjour

Il faudra bien, après-demain, décrypter les fondements de cette passion-alcool que nourrit le baclofène. Tenter de comprendre la déraison de cette guerre à laquelle se livrent des personnalités que l’on imagine par ailleurs pleinement raisonnables. Pourquoi tant d’énergies flambées autour de la prise en charge de la maladie alcoolique ?

Mandé de Paris, le 27 avril 2018, ce communiqué de presse 1 :

« L’Agence nationale de sécurité de médicament (ANSM)  a mis sur pied un comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) après la vague de contestation soulevée par sa décision de juillet 2017 limitant la dose maximale de baclofène à 80 mg au lieu des 300 mg jusqu’alors permis par la recommandation temporaire d’utilisation accordée à ce médicament dans l’addiction à l’alcool, au vu d’un rapport bénéfice/risque présumé favorable. »

On sait que ce CSST a rendu un avis publié sur le site de l’ANSM le 24 avril 2018. Avis a priori consensuel mais, en même temps, à haut potentiel polémique.

« Construit pour justifier l’ANSM dans sa décision de juillet 2017, ce comité n’a fait que reprendre l’opinion et les erreurs d’appréciation de l’agence du médicament. Composé d’experts dont aucun n’est en réalité spécialiste de l’addiction à l’alcool, il a rapidement effectué sa mission sans entendre ceux qui contestent avec des arguments scientifiques solides et plus d’une décennie de pratique professionnelle l’évaluation des risques mise en œuvre par la CNAMTS, l’ANSM et l’Inserm. Cette évaluation a été menée à partir de données massives médico-administratives non fiables et sans pertinence clinique, et selon une méthodologie qui ne permet en aucun cas de conclure à une quelconque relation de causalité.

Sur le banc des accusés

Pour le dire autrement, selon ses opposants, « l’évaluation de l’efficacité du baclofène dans l’addiction à l’alcool effectuée par le CSST n’a pas pris en compte l’ensemble de la littérature sur le sujet, globalement favorable au baclofène ». Plus encore, « les éléments communiqués dans l’avis du CSST à propos des études cliniques randomisées en double aveugle du baclofène contre placebo Alpadir et Bacloville sont truffés d’erreurs, qu’il s’agisse des données d’efficacité ou des données de sécurité ».

Ces opposants résument leur réquisitoire en ces termes, d’une particulière virulence :

« Ce travail téléguidé et superficiel discrédite une fois de plus l’agence du médicament française, qui, dans ce dossier comme dans d’autres, se distingue par sa légèreté scientifique, ses manipulations, sa désinvolture à l’égard de la recherche équitable et contradictoire de la vérité, son arrogance à l’égard des spécialistes de terrain, son mépris de la parole et de l’intérêt des patients ».

 Au final, selon les auteurs, l’ANSM « se déconsidère ».  « Se déconsidérer » : perdre l’estime de ses pairs. Etre discrédité. Avec cette menace : être, après-demain, au banc des accusés.

A demain

1 Communiqué signé Renaud de BEAUREPAIRE, psychiatre, chef de servi à l’hôpital Paul-Guiraud, Villejuif ; Amine BENYAMINA, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’Université Paris-Sud ; Samuel BLAISE, président de l’association Olivier-Ameisen ; Pascal GACHE, addictologue, Genève ; Bernard GRANGER, professeur de psychiatrie à l’Université Paris Descartes ; Sylvie IMBERT, présidente de l’association Baclofène ; Philippe JAURY, professeur de médecine générale à l’Université Paris Descartes ; Bernard JOUSSAUME, président de l’association Aubes ; Patrick de LA SELLE, président du Réseau Addiction Baclofène ; Jean-Roger LE GALL, membre de l’Académie nationale de médecine ; Thomas MAES-MARTIN, responsable du collectif Baclohelp ; Didier SICARD, professeur émérite de médecine interne à l’Université Paris Descartes, président honoraire du Comité consultatif français national d’éthique.