Parfum d’apocalypse : une bactérie résistante à vingt-six antibiotiques a tué aux Etats-Unis

Bonjour

Agée de 70 ans, la femme est morte en septembre dans le Nevada, mais les CDC américains ne révèlent son dossier qu’aujourd’hui :  « Notes from the Field: Pan-Resistant New Delhi Metallo-Beta-Lactamase-Producing Klebsiella pneumoniae — Washoe County, Nevada, 2016 ». L’affaire est reprise par la BBC : « Bug resistant to all antibiotics kills woman ». Et cette femme morte du Nevada fait froid dans le dos : elle était devenue résistante à tous les antibiotiques disponibles aux Etats-Unis – soit vingt-six principes actifs 1.

Cette malade avait effectué un voyage en Inde au cours duquel une fracture à la jambe s’était compliquée d’une infection. Hospitalisée aux Etats-Unis le 18 août elle y est décédée début septembre. Différents prélèvements biologique furent adressés aux CDC pour analyses approfondies.

Post-antibiotiques

Il est acquis que cette femme était infectée par une souche de  Klebsiella pneumoniae  avec présence de la redoutable New Delhi metallo-beta-lactamase (NDM). « Il est encore assez inhabituel pour une infection bactérienne d’être résistant à un si grand nombre d’antibiotiques, a expliqué à la BBC Dr David Brown Antibiotic Research UK  Heureusement, c’est un cas extrême, mais il pourrait bientôt devenir trop commun. Cela s’est produit ici en raison d’une histoire personnelle avec de multiples hospitalisations en Inde . Pour autant la facilité des voyages mondiaux fait que le nombre de ce type de cas va augmenter. »

Reste le cas de la fosfomycine, indisponible sous une forme injectable aux Etats-Unis. Pour la Pr Laura Piddock (Antibiotic Action, University of Birmingham) dans de telles circonstances, quand les médecins sont confrontés à l’incapacité de traiter une infection potentiellement mortelle, ils ont besoin de la souplesse nécessaire pour utiliser des antibiotiques autorisés dans d’autres pays et dont on a démontré qu’ils sont encore, eux, actifs contre la bactérie qui infecte le malade.

Certes. Et quand plus rien d’efficace n’existera, que fera-t-on ? Que fait-on pendant l’annonce de l’apocalypse ?  Comment vivra-t-on aux temps du post-antibiotiques ?

A demain

1 Extrait, éclairant, de la note des CDC : « Antimicrobial susceptibility testing in the United States indicated that the isolate was resistant to 26 antibiotics, including all aminoglycosides and polymyxins tested, and intermediately resistant to tigecycline (a tetracycline derivative developed in response to emerging antibiotic resistance). Because of a high minimum inhibitory concentration (MIC) to colistin, the isolate was tested at CDC for the mcr-1 gene, which confers plasma-mediated resistance to colistin; the results were negative. The isolate had a relatively low fosfomycin MIC of 16 μg/mL by ETEST.* However, fosfomycin is approved in the United States only as an oral treatment of uncomplicated cystitis; an intravenous formulation is available in other countries. »

Nouveau-né et vitamine D : sur la mer agitée des autorisations interdites et ré-autorisées

 

Bonjour

Y a-t-il un capitaine dans le vaisseau de l’ANSM ? Qu’en dit-on au phare ministériel des médicaments ? Quels commentaires au sein du cabinet de l’armateur ? Pourquoi ces louvoiements à n’en plus finir devant chaque petite tempête médicamenteuse ?

L’affaire de la vitamine D et des nouveau-nés. Ce n’était pas, cette fois, une mer particulièrement agitée. Pour autant, depuis la côte, on voit le bateau ne pas parvenir à rentrer au port. Un cas mortel… un silence organisé… la confirmation d’une information « ayant filtré dans la presse » …  de longues tractations … pour finir par interdire non pas le principe actif mais une spécialité du fait de son mode d’administration (pipette): l’UvestérolD®. Parallèlement les médias firent l’indispensable pédagogie et certains reprirent les éléments (et les failles) du dossier de pharmacovigilance d’un médicament commercialisé depuis un quart de siècle… Quelques autres incidents dont le moindre n’est pas un coup de fil déplacé au média index.

On tenait l’affaire pour réglée quand, nouveau rebondissement : « L’Uvestérol VITAMINE A.D.E.C sera mis à disposition des patients non hospitalisés qui présentent un syndrome de malabsorption ». Où l’on apprend que  l’ANSM met en place une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) pour permettre un accès sécurisé à l’Uvestérol VITAMINE A.D.E.C pour les patients qui ne disposent pas d’alternative en ville.

Se rapprocher de son médecin

Utilisé à l’hôpital l’Uvestérol VITAMINE A.D.E.C a recours au même procédé d’administration (pipette). Son usage est réservé à des situations pathologiques particulières pour lesquelles il n’existe pas d’alternative : chez les enfants souffrant d’un syndrome de malabsorption en vitamine A, D, E et C (mucoviscidose, cholestase, insuffisance intestinale). L’ANSM avait-elle oublié que pour les enfants malades mais non hospitalisés il n’y avait pas d’autres solutions et qu’en classant de médicament sur la liste des substances vénéneuses elle posait un problème majeur aux prescripteurs et aux parents ?

Elle vient d’élaborer une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) pour permettre de « sécuriser l’accès en ambulatoire » :

« En raison de la nécessité, dans certaines situations, de poursuivre ce traitement en ambulatoire, l’ANSM, en lien avec les associations de patients et les sociétés savantes concernées, a instruit une RTU pour Uvestérol VITAMINE A.D.E.C permettant son utilisation en dehors d’une hospitalisation. »

Ce médicament pourra être prescrit à l’hôpital et délivré en rétrocession pour une utilisation restreinte chez les enfants dont l’état de santé font qu’ils en ont grand besoin. Et l’ANSM a ce mot : « Dans l‘attente de sa mise en œuvre prévue d’ici la fin du mois de janvier, il est recommandé de se rapprocher de son médecin ».

A demain

Stilnox®: trente ans après sa mise sur le marché il devient, officiellement, un «stupéfiant»

 

Bonjour

Zolpidem, mieux connu des insomniaques sous le nom de marque Stilnox® de la firme Sanofi-Aventis. Commercialisé depuis trente ans. Vient (enfin) d’être classé parmi les stupéfiants : dans 90 jours, les prescriptions de zolpidem devront se faire sur ordonnances sécurisées. Pourquoi ?  Pour « réduire le mésusage de cette molécule ». Pourquoi si tard ?

Le zolpidem est un sédatifhypnotique de la classe des imidazopyridines. C’est un somnifère puissant qui ne devrait être prescrit uniquement en cas d’insomnies sévères transitoire. Il est classé parmi les psychotropes qui sont bien connus pour faire l’objet « d’abus »  de nature à induire ou faciliter  une toxicomanie. En France le Stilnox® et ses génériques font l’objet d’un suivi renforcé en raison de leurs utilisations détournées (quête de ses effets secondaires à type d’hallucinations et/ou d’euphorie), C’est aussi l’hypnotique le plus prescrit en France.

Campagne médiatique percutante…

En 2014 la Commission de la Transparence de la Haute Autorité de Santé mettait en garde mais ne touchait à rien. Elle écrivait ceci :

« Le service médical rendu des spécialités Stilnox® et génériques est faible dans le traitement des « troubles sévères du sommeil dans les cas suivants : insomnie occasionnelle, insomnie transitoire. » Recommandations La Commission donne un avis favorable au maintien de l’inscription sur la liste des spécialités remboursables aux assurés sociaux dans l’indication « troubles sévères du sommeil dans les cas suivants : insomnie occasionnelle, insomnie transitoire. ».

« La Commission recommande : – une meilleure information du public sur les risques de l’utilisation chronique de ces médicaments et sur leur bon usage par la mise en œuvre d’une campagne médiatique percutante et répétée à destination du grand public, – de renforcer la formation initiale et continue des professionnels de santé sur le bon usage des benzodiazépines et leurs modalités d’arrêt, – de développer l’usage et l’accès aux prises en charge non médicamenteuses (thérapies cognitivo-comportementales), – de soutenir les mesures qui pourront être préconisées par l’ANSM, dans le cadre de ses missions pouvant permettre une meilleure utilisation de ces produits. »

Usage toxicomaniaque

« Campagne médiatique percutante» ? Qui s’en souvient d’avoir été percuté ?   Des centaines de millions de boîtes de Stilnox® /zolpidem) ont été été vendues en France. Plus de 11 millions de Français en auraient consommé au moins une fois.  « Des personnes se sont retrouvées accros malgré elles », explique le Dr William Lowenstein, président de SOS addictions, cité par Le Monde. Des toxicomanes font aussi différents usages de cette spécialité pharmaceutique. Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre national des pharmaciens aimerait voir cette décision sanitaire étendue aux médicaments voisins de la famille des benzodiazépines. « Moins les Français prendront ce type de médicament mieux ils se porteront », affirme-t-elle.

Mme Adenot parle d’or. Question : pourquoi tant de Français sont-ils mal au point d’en prendre si souvent – sur prescription médicale ?

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1 « Arrêté du 7 janvier 2017 portant application d’une partie de la réglementation des stupéfiants »

 

Nouveau-né et vitamine D : la «fausse route» mortelle est l’hypothèse la plus probable

 

Bonjour

Deux informations nouvelles dans l’affaire de l’Uvesterol D. Tout d’abord une « info Le Figaro » (Anne Jouan). Le quotidien a eu connaissance de la « déclaration de pharmacovigilance » rédigée par l’hôpital Saint-Vincent de Paul le 22 décembre le lendemain de la mort du nouveau-né de 10 jours survenue après la prise d’une dose d‘Uvesterol D. Ce nouveau-né (le dernier d’une fratrie de six) pesait 3,2 kg, mesurait 51 centimètres et était en parfaite santé. Il était sorti de la maternité le 14 décembre explique le document consulté par Le Figaro.

« Deux jours plus tard, une sage-femme a effectué une visite à domicile et n’a rien trouvé de particulier. L’enfant va bien. Le 21 décembre, à 9 heures, l’enfant prend le sein. Vers 11 heures, les parents lui donnent une dose de 0,2 ml d’Uvestérol par tétée dans la pipette. Le petit garçon est dans les bras, en position semi-assise à 45°. les parents font ce qui leur a été montré à la maternité. Mais, aussitôt après, survient un blocage respiratoire avec deux efforts de vomissement (probable fausse route, note la déclaration de pharmacovigilance), puis une impression de suffocation/apnée. Les parents appellent alors les secours. Les pompiers puis le Samu constatent un arrêt cardio-respiratoire. L’enfant est intubé puis ventilé. La réanimation échoue. L’enfant est transféré à l’hôpital et le décès est constaté à 14 heures 20. »

« Un protocole de mort inattendue du nourrisson est mis en place. Des examens sont pratiqués sur le corps du bébé. Pas de fièvre. Rien ne mettra en évidence une quelconque anomalie : le dosage de la protéine C permettant de déceler une inflammation est strictement normal (inférieur à 5 mg/l), les recherches de toxiques (amphétamines, barbituriques, benzodiazépines, opiacées, etc.) s’avèrent négatives, le liquide céphalorachidien normal. Il n’y a pas non plus de virus respiratoire. Une radio de squelette et un scanner du corps entier sont ‘’sans particularité’’. Le pédiatre ne propose pas d’autopsie ‘’devant la cause évidente du décès et anticipant un probable refus des parents’’. »

 Erreur

On peut penser que c’est là une erreur, ce pédiatre oubliant que le refus des parents n’est en rien un élément pouvant, in fine, interdire la pratique d’une autopsie. Cette autopsie a-t-elle, depuis, été pratiquée à la demande du procureur de la République ?

La déclaration conclut : «Au total, décès par arrêt cardio-respiratoire sur probable fausse route survenue immédiatement à la suite de l’administration d’une dose d’Uvesterol D, administrée a priori par tétée chez un enfant semi-assis et par des parents sensibilisés aux modalités d’administration».

On connaît la suite, caractérisée par le silence, étrange, des autorités en charge de la sécurité des médicaments. Lundi 2 janvier à 17 heures 52, Le Figaro annonçait la mort de ce bébé. A 22 heures 30, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) confirme l’information, ajoutant que «l’Uvestérol D fait l’objet depuis 2006 d’une surveillance renforcée de la part des autorités sanitaires».

Nous sommes le 6 janvier. Peu après la nouvelle information du Figaro, l’ANSM annonce qu’elle suspend la commercialisation de ce médicament.

« Cette mesure est effective immédiatement. La supplémentation en vitamine D chez les jeunes enfants n’est pas remise en cause. Des alternatives thérapeutiques existent : l’ANSM invite les familles à se rapprocher de leur professionnel de santé. Pour rappel, les enfants qui ont reçu de l’Uvestérol D ne courent aucun danger.

 « En ce qui concerne l’Uvestérol VITAMINE A.D.E.C., dont l’usage est réservé à des situations pathologiques particulières pour lesquelles il n’existe pas d’alternatives, l’ANSM décide de réserver son utilisation à l’hôpital. Tous les lots d’Uvestérol VITAMINE A.D.E.C. disponibles en pharmacie d’officine sont retirés. L’approvisionnement en médicaments contenant de la vitamine D est garanti sur l’ensemble du territoire national. »

A demain

Nouveau-né et vitamine D : les failles de la communication officielle, le regard de la BBC

 

Bonjour

Il arrive que la BBC s’intéresse à la France médicale. C’est le cas aujourd’hui avec l’affaire du nouveau-né mort après l’administration d’une dose d’Uvestérol D : ‘’French baby death linked to vitamin dose’’. Cela donne ceci qui, à quelques erreurs ou omissions près, est un bon résumé :

« France has acted to suspend the sale of a vitamin D supplement after the death of a newborn baby who suffocated hours after being given it. The 10-day-old baby had been given a dose of Uvesterol D, widely given to French children under the age of five to prevent vitamin D deficiency. France’s medical safety agency said there was a « probable link » to that particular supplement. But officials said there were many other products that could be used.

« Health Minister Marisol Touraine said children were not in danger by taking vitamin D supplements in general as « it’s the specific way the product is administered that poses risks ». She promised parents « transparent, objective and reliable information. » In a statement (in French), the national medical safety agency (ANSM) said « only Uvesterol D administered with a pipette is involved ». The product is not sold in the UK.

Orally through a plastic pipette

« The baby died at home on 21 December, apparently after being given a dose of the substance orally through a plastic pipette. It showed immediate signs of suffocation before dying two hours later of cardio-respiratory arrest. News of the baby’s death was not disclosed by France’s health authorities immediately but emerged in French media on Monday.

« ANSM said that in 2006 it had imposed measures to reduce risks from taking Uvesterol D after adverse effects became known. However, until December there had been no deaths since it went on the market in 1990, it added.

The supplement drip-by-drip

« French daily Le Monde has revealed that Uvesterol D has for years been at the centre of fears over how it has been ingested, with several cases documented of serious illness. The paper cited the oily nature of the substance as being different from other types of liquid vitamin D. The supplement’s producer Crinex changed the pipette in 2006 to prevent the liquid being administered too quickly.

« Then, in 2013, the medical safety agency urged parents to give the supplement drip-by-drip before feeding and ensure the baby was in a semi-sitting position. It also reduced the recommended dosage. In 2014, health journal Prescire called for an end to the use of Uvesterol vitamin supplements for newborn babies, complaining of half-measures and procrastination from both the company and the medical safety agency. »

Ainsi donc l’Uvestérol D n’est pas commercialisé au Royaume-Uni. Ce regard de la BBC témoigne du caractère éminemment français de cette affaire. Il souligne les atermoiements d’un système centralisé de pharmacovigilance qui, paradoxalement n’entend pas les faibles bruits du terrain. Un système jacobin perverti qui se replie brutalement sur lui-même quand il est directement mis en cause.

Garder le secret

Aucun responsable de l’ANSM n’est venu, publiquement, exposer de quoi il retournait. On comprend l’embarras. Il ne saurait pourtant justifier de telles failles dans la communication quand il s’agit, avant tout de rassurer des parents inquiets. Comment les rassurer par voie de communiqué ? Pourquoi le secret de la mort était gardé depuis le 21 décembre. Combien de temps l’aurait-il été sans la révélation du Figaro ? Pourquoi est-ce l’ANSM qui (une nouvelle fois) mène l’enquête sur une affaire mortelle qui la concerne au premier chef ?

Face à ces questions le laboratoire Crinex, dont la spécialité va être suspendue du marché, a adopté une attitude responsable et sans emphase – suffisamment rare pour être soulignée. Ses responsables disent « souhaiter que les autorités en charge de la sécurité du médicament fassent toute la lumière sur le décès du nouveau-né ». Ils espèrent « que l’enquête en cours permettra de mettre en lumière tout l’enchaînement des faits qui ont conduit à ce tragique événement ». Ils ne sont pas les seuls

A demain

Nouveau-né : la mort est «probablement» due à l’administration de la vitamine D. Et après ?

 

Bonjour

Au nom de la précaution l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) aimerait désormais en finir avec la pipette de l’Uvestérol D® des laboratoires Crinex. Cette spécialité est indiquée depuis un quart de siècle dans la prévention et le traitement de la carence en vitamine D chez le nouveau-né, le nourrisson et l’enfant jusqu’à 5 ans. Son retrait du marché est évoqué depuis une dizaine d’années du fait des difficultés ici ou là rencontrées lors de son administration au moyen d’une pipette. Mais la mort, le 21 décembre dernier, d’un nouveau-né âgé de 10 jours « par arrêt cardio-respiratoire, à son domicile » a pris de court une direction générale de l’ANSM une nouvelle fois sur la sellette.

Deux semaines après la mort les conclusions des investigations « mettent en évidence un lien probable entre le décès et l’administration de l’Uvestérol D®. « Aussi, en dépit des mesures de réduction des risques mises en place depuis 2006 pour sécuriser l’administration et le renforcement des recommandations », l’ANSM va lancer « par mesure de précaution », une procédure contradictoire auprès du laboratoire Crinex « en vue de la suspension de la commercialisation de sa spécialité Uvestérol D®, dans les prochains jours ». Aucune autocritique ne semble pour l’heure envisagée.

Félicitations du mensuel Prescrire

Attention : l’intérêt de la supplémentation en vitamine D n’est nullement remis en cause. Seule la spécialité Uvestérol D® administrée avec une pipette est concernée. L’ANSM rappelle que d’autres spécialités contenant de la vitamine D sont disponibles pour les nourrissons (comme Zyma D® ou Sterogyl®).

Le petit laboratoire familial Crinex 1 acceptera-t-il sans ferrailler cette mesure lui qui, depuis dix ans, n’a cessé de travailler avec les autorités sanitaires en charge du médicament pour réduire les risques inhérents à l’administration via sa pipette ? Peut-il être tenu pour responsable de la mort du nouveau-né si les règles conjointement édictées n’ont pas été respectées ? Crinex fait valoir que depuis un quart de siècle des dizaines de millions d’enfant ont reçu sa vitamine D sans difficultés particulières.

Il rappelle aussi que la revue indépendante Prescrire l’avait, en 2006, mis à l’honneur de son « Palmarès de l’information » – et ce « pour lui avoir fourni des données pertinentes de pharmacovigilance » – un document signé de Bruno Toussaint, Directeur de la Rédaction de Prescrire. C’était il y a dix ans.

Les conseils de Marisol Touraine

Parallèlement à l’action de l’ANSM, Marisol Touraine a (pour la première fois) pris la parole à l’aube du 4 janvier. Voici la déclaration de la ministre de la Santé :

« Je souhaite rassurer les parents qui ont donné de la vitamine D, sous quelque forme que ce soit, à leurs enfants : ils ne courent aucun danger. Mais je leur demande, à titre de précaution, d’arrêter le traitement par Uvestérol D®. Je leur garantis une information transparente, objective et fiable. Et je mets tout en œuvre pour leur proposer, en lien avec les professionnels de santé, une solution alternative. »

La ministre appelle encore les familles à se rapprocher de leur professionnel de santé, qui leur proposera de la vitamine D sous une autre forme. Les recommandations pour les professionnels de santé leur seront adressées dans la journée.Pour assurer l’information de l’ensemble des familles, la Ministre active, dès aujourd’hui dans la matinée, un numéro vert d’information, joignable au 0800 636 636.

On peut se demander s’il n’est pas, déjà, un peu tard.

A demain

1 Crinex est un laboratoire indépendant familial fondé en 1928 par l’arrière-grand-père de l’actuel dirigeant. Il a pour principale spécialité, la prévention des maladies des nourrissons et l’hygiène buccodentaire. Il emploie 27 salariés et a réalisé, en 2015, un chiffre d’affaire de 20 millions d’euros.

«Vitamine D – nouveau-né décédé»: Le Figaro continue d’attaquer l’Agence du médicament

Bonjour

Vingt-quatre heures ont passé mais Le Figaro (Anne Jouan) ne se lasse pas. Après avoir révélé le décès d’un nouveau-né et dénoncé ce qui peut apparaître comme des atermoiements de l’Agence du médicament le quotidien poursuit son attaque :

« Les autorités sanitaires vont-elles enfin prendre les mesures qui s’imposent après la mort d’un nourrisson de dix jours suite à la prise d’Uvestérol, un produit de supplémentation en vitamine D très prescrit en France?

Le 21 décembre dernier, un enfant est mort à son domicile d’un arrêt cardio-respiratoire avant d’être transporté à l’hôpital sud-francilien de Corbeil-Essonnes. Les parents ont refusé que soit pratiquée une autopsie.

 « Lundi 2 janvier en fin de journée, aussitôt après la publication de cette information sur le site Internet du Figaro, l’agence du médicament (ANSM) a décidé d’organiser une réunion de crise le mardi après-midi. Selon nos informations, l’ANSM envisageait deux mesures. L’Uvestérol serait réservé aux prescriptions hospitalières pour les prématurés, et les autres enfants seraient supplémentés en vitamine D avec un autre produit (Zyma D, Sterogyl…). »

Transparence et réactivité

 Infiltré dans la place le quotidien du boulevard Haussmann explique de mardi 3 janvier, lors de la réunion de crise, le directeur général de l’ANSM, Dominique Martin, « semblait davantage préoccupé par l’urgence de savoir d’où venait la fuite dans la presse que par la question de suspendre ou non le produit suspecté ». « Comme à chaque fois, une chasse aux sorcières est lancée pour trouver le pécheur. Et l’ANSM fait l’économie d’une question récurrente : quels sont ses dysfonctionnements et comment y remédier ? »

Sur le fond le quotidien reformule une question récurrente : celle du rôle et de l’efficacité de cette Agence perturbé par une série d’affaires. Est-elle encore capable de gérer la au mieux sécurité sanitaire médicamenteuses des Français ? « Le ton monte au conseil d’administration et en interne, isolant encore plus Dominique Martin, désormais à la tête d’un navire en pleine tempête » assure le quotidien.

Pour finir Le Figaro observe que le médecin et député (PS, Haute-Garonne) Gérard Bapt, membre du conseil d’administration de l’ANSM, a pris ses distances avec cette dernière en se déclarant «sidéré par le manque de réactivité et de transparence». Pour l’heure Marisol Touraine, tutelle ministérielle, observe vis-à-vis de la presse un silence qui, chez elle, est assez inhabituel.

A demain