L’étrange histoire de la pipette de Dépakine® à retirer du marché : hasard ou vraie fatalité ?

Bonjour

Hasard ou fatalité ? Et bien étrange retournement de situation. Hier le géant français accusait les autorités sanitaires françaises d’être responsables, sinon coupables, de l’affaire-scandale Dépakine®. Aujourd’hui voici que ces mêmes autorités annoncent l’embarras dans laquelle se trouve ce même géant avec cette même Dépakine®. Cela prend la forme d’un communiqué de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) : « RAPPEL du lot N° 013097 de Dépakine 200mg/ml et de Valproate de sodium Zentiva 200mg/ml ».

Ce rappel concerne le lot n°013097 (péremption 08/2020) – un lot étrangement commun aux spécialités Dépakine®  200mg/ml solution buvable et Valproate de sodium Zentiva 200mg/ml, solution buvable. Et un rappel « réalisé par le laboratoire Sanofi-Aventis France en accord avec l’ANSM » et ce « suite à la découverte, dans une boite, d’une pipette destinée à un autre dosage (300mg/ml au lieu de 200mg/ml) ». En pratique l’administration du médicament avec cette pipette de 300mg/ml au lieu de la pipette 200mg/ml peut entraîner un sous-dosage en valproate et donc une baisse de l’efficacité du traitement antiépileptique.

« Il est donc demandé aux patients de rapporter les boîtes et pipettes du lot 013097 à leur pharmacie pour échange. Dans cette attente, les patients ne doivent pas arrêter leur traitement. »

Les 88 000 boîtes du lot 013097

Etrange situation quand on sait que la pipette mentionne un dosage à 300mg/ml alors même que ce dosage n’est pas commercialisé en France. Précision : selon le laboratoire Sanofi-Aventis France, ce défaut « ne concerne que quelques-unes des 88 000 boîtes du lot 013097 distribuées en France entre février et août 2018 ». Combien ? Le géant ne le dit pas. Et Sanofi-Aventis France, en accord avec l’ANSM, a demandé aux pharmaciens d’officines et des établissements de santé, de contacter, « par tous les moyens dont ils disposent », les patients susceptibles de détenir et/ou d’avoir utilisé les spécialités des lots concernés par ce rappel.

« Les patients ne doivent en aucun cas arrêter leur traitement. Il est demandé aux patients en possession de boîtes de Dépakine 200mg/ml, ou Valproate Zentiva 200mg/ml, du lot n°013097 de les rapporter, avec la pipette, à la pharmacie dans les plus brefs délais. Les patients peuvent vérifier, s’ils le souhaitent, si les boîtes contiennent ou non la bonne pipette. Il pourront ensuite se faire délivrer gratuitement une boite d’un autre lot.»

Pour simplifier le tout, les pipettes de 300mg/ml et de 200mg/ml ont la même taille et la même couleur. L’effet du hasard, ou la manifestation de la fatalité.

A demain

@jynau

 

Médicaments et pharmacie : voici venu, en France, le temps des tickets de rationnement

Bonjour

C’est une « enquête exclusive » dont les résultats viennent d’être rendus publics par France Assos Santé – une enquête réalisée par l’institut BVA « auprès d’un échantillon de 955 personnes représentatif de la population française ». Ce sont aussi des résultats qui confirment une série d’informations récurrentes quant aux « tensions » et autres « pénuries » dont fait régulièrement état l’Agence nationale de sécurité du médicament.

« Des résultats inquiétants, qui pointent les difficultés récurrentes d’accès à certains vaccins et médicaments pour des millions de Français, et leurs conséquences directes sur leur santé et leur qualité de vie » résume l’association. Nous sommes face à un phénomène récurrent et massif. 25% des répondants se sont en effet déjà vus refuser la délivrance d’un médicament ou d’un vaccin pour cause de pénurie.Ce taux monte à 31 % pour les personnes atteintes par une affection longue durée (ALD). »

Tout ceci n’est pas sans conséquences, parfois graves, sur le suivi des prescriptions médicales. « 45% des personnes confrontées à ces pénuries ont été contraintes de reporter leur traitement, de le modifier, voire d’y renoncer ou de l’arrêter complètement, explique France Assos Santé. Une situation jugée anxiogène par 21% des répondants (41% pour les personnes en ALD). Avec à la clé des conséquences potentiellement graves : augmentation des symptômes dans 14% des cas, erreurs dans la prise de médicaments de substitution (4%) et plus inquiétant encore, hospitalisation nécessaire pour une personne sur vingt (4% en population générale, 5% pour les personnes en ALD). »

Recherche en culpabilité

Nous sommes ici non pas dans une politique de réduction des risques mais dans une situation d’incurie avec augmentation des risques individuels et collectifs.

Les coupables ? Pour 56 % des personnes interrogées ce sont les industriels de la pharmacie (qui privilégieraient la production de certains médicaments ou vaccins au détriment d’autres)  loin devant les pouvoirs publics (13%) et les grossistes répartiteurs (14%).

Pour France Assos Santé aucun doute : les industriels sont  très largement responsables de ces pénuries, principalement dues à des stratégies financières contestables, à un désengagement de certains médicaments et à une concentration des sites de productions. L’association réclame une régulation plus efficace de la part des autorités sanitaires nationales et européennes, une information claire sur les causes de ces ruptures, sur les plans de gestion des pénuries mis en place, ainsi que sur les sanctions imposées en cas de manquement aux obligations de notification et de mise en œuvre de ces plans.

Tout ceci porte un nom, un beau nom, un nom que n’a jamais goûté Big Pharma : la transparence.

A demain

@jynau

 

Dépakine® Rebondissement dans l’affaire : le géant Sanofi accuse les autorités sanitaires

Bonjour

Coup de tonnerre dans un ciel que seuls les naïfs imaginaient serein. Tonnerres et éclairs sous la forme d’une dépêche de l’Agence France Presse. Où l’on mesure les limites de la solidarité nationale quand il est question de morale, de justice et dividendes. Où l’on apprend que le géant pharmaceutique français Sanofi a refusé, mercredi 16 janvier, de donner suite aux premières demandes d’indemnisation de victimes de son médicament antiépileptique Dépakine®. En d’autres termes il rejette sur les autorités sanitaires française l’entière responsabilité de ce qui est désormais médiatiquement présenté comme un « scandale sanitaire ».

Le Monde rappelle que la Dépakine® est accusée d’avoir provoqué des malformations et des retards de développement chez des milliers d’enfants dont la mère prenait cet antiépileptique (principe actif : acide valproïque) durant sa  grossesse.

Réaction officielle du géant pharmaceutique : le dispositif mis en place par l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) fait peser « principalement sur le laboratoire la charge de l’indemnisation » sans prendre en compte « les preuves établissant que Sanofi a informé les autorités en toute transparence » sur les risques de la Dépakine pour les femmes enceintes, au fur et à mesure de l’avancée des connaissances scientifiques.

Et le géant de poursuivre : depuis la fin des années 1980, les autorités sanitaires françaises  « ont à plusieurs reprises rejeté les demandes de Sanofi qui visaient, en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques, à mentionner dans la notice patient les risques pour le fœtus pouvant être liés à la prescription de ce médicament dans le cadre d’une grossesse ».

« Solliciter » Sanofi pour « contribuer »

Selon les estimations de l’Assurance-maladie et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, la Dépakine®  et ses dérivés sont directement responsable (depuis 1967) de malformations (entre 2 150 et 4 100 cas suspectés) et de troubles du neuro-développement (entre 16 600 et 30 400 cas).

Les risques de malformations liées au valproate de sodium ont été mis en lumière par des études scientifiques dès les années 1980 et  les risques neuro-développementaux l’ont été à partir du début des années 2000. L’AFP se souvient aussi qu’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a déclaré à plusieurs reprises (l’an dernier) que l’Etat allait « solliciter » Sanofi pour « contribuer » à indemniser les victimes de la Dépakine®.

La ministre connaît désormais la réponse du géant. Mais que pèse, face à lui, le pouvoir exécutif ?

A demain

@jynau

Un Doliprane® avait été prescrit à la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière 

Bonjour

Transparence a minima. Le 18 décembre dernier l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) avisait le procureur de la République de Paris de la survenue du « décès inexpliqué » d’une patiente, 55 ans – état sans gravité apparente, au sein du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière. Ce décès avait été constaté à 6h20 le même jour. Cette femme avait été prise en charge la veille par la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris et amenée à l’hôpital Lariboisière vers 18h45. Elle a été accueillie par l’infirmière d’accueil et d’orientation et enregistrée dans le circuit de prise en charge du service. L’affaire de la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière commençait.

Un mois plus tard, l’AP-HP publie un long communiqué politiquement plus que correct. Une ombre de mea culpa et la pleine lumière sur tout ce qui sera mis en œuvre faute de l’avoir été auparavant. Où l’on découvre les résultats de l’enquête interne diligentée par l’AP-HP et l’Agence Régionale de Santé Ile de France. Enquête menée par le Pr Dominique Pateron, président de la collégiale des urgences de l’AP-HP et le Dr Pierre Charestan, chef de service des urgences de l’hôpital d’Aulnay-Sous-Bois – ainsi que par Anne-Gaëlle Daniel, directrice de l’inspection régionale autonomie santé de l’ARS, et Véronique Marin-La Meslée, directrice des soins à la direction de l’inspection  et de l’audit de l’AP-HP. Rapport remis le 12 janvier 2019.

Causes du décès inconnues

La mission a notamment établi la chronologie officielle des faits -étant bien entendu que « les causes du décès de la patiente n’étant pas à ce jour connues (et relevant de l’enquête judiciaire) ne figurent pas dans ce rapport ».

« Le rapport met en évidence un certain nombre de non conformités dans le processus de prise en charge de la patiente. Elles touchent l’identification de la patiente, sa surveillance, le délai de prise en charge très long pour un patient orienté en « tri 3 », l’enregistrement de sa procédure de sortie. Le tri et l’orientation par l’infirmière d’accueil et d’orientation ont été conformes aux procédures du service et aux recommandations nationales.

« Le rapport souligne que ces écarts aux bonnes pratiques ont eu lieu dans un contexte où l’activité était supérieure à la moyenne avec 249 passages enregistrés (moyenne 230/jours). Dans les zones d’attente de ce service d’urgences, cohabitent par ailleurs de nombreuses personnes : patients du circuit court, patients du circuit long en attente de prise en charge ainsi que des personnes en hébergement social [comme l’avait très tôt évoqué sur France Inter Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP]

« Au-delà de ces problématiques d’organisation du service, le rapport pointe en outre un problème global d’insuffisance de surface des urgences de l’hôpital Lariboisière et du nombre de boxes d’examen aboutissant souvent en soirée à un phénomène « d’entonnoir » et de fait à un nombre important de patients en attente d’examen médical. La présence du personnel paramédical était conforme au planning prévisionnel et au planning cible du service d’accueil des urgences..

« Ce jour-là, le poste de 2ème médecin de circuit court en journée étant vacant, cela a généré ensuite une surcharge sur l’activité de garde. Plus généralement, le rapport pointe que le ratio des effectifs médicaux du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière, au regard de l’activité, est inférieur à celui des autres urgences de l’AP-HP. »

Suivent dix recommandations – à commencer par la redéfinition des critères de présence des personnes (patients, accompagnants, hébergés) en zone d’attente circuit court et les faire respecter. D’ores et déjà, depuis le 2 janvier 2019, seuls les patients orientés vers le circuit court par l’infirmière d’accueil et d’orientation peuvent accéder à cette zone d’attente, avec un seul accompagnant autorisé (identifié par badge à partir du 15 janvier 2019).

Mieux encore, les personnes « hébergées pour raisons sociales » ne sont pas autorisées à accéder à cette salle d’attente ni dans aucun secteur de soins. Un vigile assure 24h/24h la surveillance de l’accès à cette salle d’attente et veille au respect de cette procédure.

Connaître la vérité

Et puis ces informations, données par Le Monde (Cécile Bouanchaud) : la famille de la défunte devait déposer une plainte, lundi 14 janvier, pour « homicide involontaire » et « omission de porter secours à personne en danger ». Dénonçant une « absence d’information », la sœur de la victime et ses enfants espèrent désormais « connaître la vérité », afin que « les responsabilités soient identifiées », fait savoir leur avocat, MEddy Arneton. Ce dernier regrette que le rapport de l’AP-HP  ne « permette pas à la famille de comprendre les causes du décès », en employant « un langage administratif qui tente d’atténuer la faute de l’administration ».

Le Monde précise que c’est après avoir tenté de joindre un centre médical que la quinquagénaire, célibataire et sans enfant, est prise en charge par une brigade de Sapeurs-Pompiers. Elle souffrait alors « de violents maux de tête et de douleurs aux mollets depuis la veille ». Sur le dossier médical, dont Le Monde a eu connaissance, il est rapporté que la patiente se plaint de douleurs aux jambes. Il n’est toutefois pas fait mention de ses céphalées. La victime, originaire de Martinique et vivant à Paris, est ensuite reçue par un médecin qui lui administre un Doliprane, avant de l’orienter vers un « circuit court » de prise en charge. Selon le personnel médical, l’état de santé de la victime, considéré comme « parmi les moins graves », ne nécessitait en effet qu’une simple consultation.

On connaît la suite, tragique. « A l’évidence, la victime a purement et simplement été oubliée dans le service d’urgences de l’hôpital, plaide MArneton. Nul ne saurait prétendre qu’un règlement intérieur ou la moindre règle d’un service d’urgence autoriserait que l’on puisse laisser dépérir un malade durant 12 heures. »

A demain

@jynau

Sartans contaminés : pendant les traitements, on continue à retirer des lots du marché

Bonjour

Officiellement il s’agit de « défaut de qualité ». On parle aussi de médicaments essentiels contenant une substance « probablement cancérigène pour l’homme »  – sans que les autorités sanitaires nationales puissent plus précisément se prononcer.

Nous sommes ici dans la famille des « sartans », une des clefs de voûte du traitement de l’hypertension artérielle. Et après les affres récentes concernant les nombreuses spécialités à base de valsartan contaminé, voici un nouveau dossier, celui de l’ibésartan. Même cause, même effets, mêmes inquiétudes et nouveaux grands embarras pour les prescripteurs et leurs patients – sans oublier les pharmaciens.

Derniers développements communiqués par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Cette dernière a été informée par le laboratoire Arrow Génériques de l’identification « d’impuretés » à des taux supérieurs aux limites fixées par l’agence européenne du médicament (EMA) dans des lots d’irbésartan. Un rappel des lots concernés est organisé le jeudi 10 janvier 2019. Cette action s’inscrit dans le cadre  des investigations en cours concernant le défaut de qualité de certains médicaments appartenant à la classe des sartans.

Rappel officiel : depuis l’identification, à l’été 2018, « d’impuretés » (NDMA puis NDEA) 1 dans des lots de valsartan, des investigations sont conduites au niveau mondial. En premier lieu, elles ont porté sur le valsartan car le défaut de qualité pourrait être lié à son procédé de fabrication. Les analyses ont ensuite été élargies à quatre autres sartans : l’irbesartan, le candesartan, le losartan et l’olmesartan, ces substances ayant la particularité d’être fabriquées selon un procédé de fabrication similaire à celui du valsartan.

« Ainsi, depuis juillet 2018, dès lors que les contrôles révèlent la présence de NDMA ou de NDEA dans ces médicaments à des teneurs supérieures aux limites définies par l’EMA, des rappels de lots sont réalisés dans les pays commercialisant les spécialités concernées. En France, des rappels ont été organisés en juillet, août, septembre, novembre et décembre 2018 » précise l’ANSM.

Communication minimaliste

Pour sa part le laboratoire Arrow a réalisé des contrôles sur des lots de spécialités à base d’irbésartan qui ont révélé la présence de NDEA à des taux supérieurs aux limites acceptables. Arrow, en accord avec l’ANSM, procède donc au rappel des lots non conformes des spécialités à base d’irbésartan. « En France, il s’agit du premier rappel de lots de sartan, autre que le valsartan » dit l’ANSM sans informer sur les situations qui prévalent à l’étranger. Une ASM qui se borne ici à une communication étrangement minimaliste – le ministère des Solidarités et de la Santé étant quant à lui totalement absent.

L’Agence France Presse rappelle que pour la France, deux sociétés chinoises (Zhejiang Huahai Pharmaceuticals, Zhejiang Tianyu Pharm.) et trois indiennes (Mylan Laboratories Limited à Hyderabad, Heterolabs, Aurobindo Pharma) fabriquant le principe actif « ont été épinglées dans cette affaire ».

« Des contrôles continuent d’être réalisés sur les spécialités à base de sartan déjà présentes sur le marché et susceptibles d’être concernées par la présence de NDMA ou NDEA, ajoute l’Agence. Il n’est pas exclu que d’autres sartans puissent donc faire l’objet de prochains rappels de lots. » Elle ajoute que la « présence potentielle de NDMA et de NDEA » (sic) n’induit pas de risque aigu pour la santé des patients. C’est pourquoi les patients ne doivent, en aucun cas, stopper leur traitement sans avis médical, tout arrêt brutal de ce type de traitement exposant à un risque de poussées hypertensives, décompensations cardiaques, accidents neurologiques…

Dernière information distillée : « un processus complet d’évaluation des risques cliniques est maintenu au niveau national et européen ».

A demain

@jynau

1 La nitrosodiméthylamine (NDMA) et la N-nitrosodiéthylamine (NDEA) sont classées « cancérogènes probables pour l’homme » par l’OMS. L’ANSM précise que l’on peut « également les retrouver dans l’environnement (aliments, ainsi que, dans une moindre mesure, dans l’eau et l’air ».

 

Homéopathie : une médecine « ésotérique » à dérembourser et à bouter hors de l’université ?  

Bonjour

Dans la polémique récurrente sur l’homéopathie la parole est au Collège national des généralistes enseignants (CNGE). Ce dernier vient de publier un communiqué de presse d’une particulière virulence :  « Il est temps de dérembourser les médicaments homéopathiques ».

 Le CNGE y explique avoir « sollicité l’expertise de son conseil scientifique (CS) sur l’état de la science concernant l’efficacité spécifique de l’homéopathie ». Et le CS du CNGE a produit une synthèse sans ambiguïté qui vient publiée  dans la revue « exercer » 1. Résumé :

« Les principes de l’homéopathie ont été édictés par le Dr Samuel Hahnemann en 1810. Ils reposent sur les hypothèses de pathogénésie (ou similitude) des hautes dilutions (pour éviter la toxicité du principe actif-poison), de la dynamisation (ou succussion), et de l’individualisation relative à chaque patient. Passée au tamis de l’expérimentation scientifique, il est solidement démontré que l’efficacité de l’homéopathie sur les symptômes et les signes qu’elle entend éliminer ou soulager n’est pas différente de celle d’un placebo.

En France, le remboursement des médicaments est décidé par le ministère de la Santé après avis de la commission de la Transparence sur le service médical rendu. Les remèdes homéopathiques bénéficient d’un remboursement à 30 % par dérogation ministérielle datée de 1984 alors qu’ils n’ont jamais été évalués par la commission de la Transparence. L’homéopathie relève de principes théoriques qui sont en totale contradiction avec les données issues des sciences fondamentales, expérimentales et cliniques modernes. La saisine du collège de la Haute Autorité de santé par le ministère de la Santé pour se   »prononcer sur le bien-fondé de la prise en charge des médicaments (remèdes) homéopathiques au regard des données existantes » devrait le confirmer ».

Autonomiser les patients

On peut le dire autrement. Pour le CNGE la médecine générale s’appuie sur une définition européenne sur la médecine fondée sur les preuves (EBM), et sur un référentiel avec de grandes compétences génériques. Or la pratique de l’homéopathie arguant d’une activité spécifique n’apparaît pas compatible avec cet ensemble et donc avec la discipline.

« Elle vient en opposition avec tout le courant moderne et important de la médecine générale qui promeut les approches non médica­menteuses, les démarches d’éducation, d’autonomisation du patient, et le travail sur les changements d’habitude et de comportement, indispensables pour suivre des patients présentant des situations complexes, parfois fonctionnelles, ajoute-t-il. La médecine générale est une spécialité scientifique utilisant aussi bien les avancées techniques et les progrès de la thérapeutique médicamenteuse que les sciences humaines et la com­munication pour mieux prendre soin des patients. Il est nécessaire d’abandonner les méthodes ésotériques [réservées aux seuls initiés ndlr] qui appartiennent à l’histoire et qui aujourd’hui trompent les patients comme encore certains professionnels. »

Au vu des conclusions de son expertise le CNGE est radical : il n’y a aucun élément pour justifier encore aujourd’hui le remboursement de ces « médicaments » par la collectivité. Mieux : il n’y a de même aucune justification à l’enseignement de ce type de « pratique mystérieuse » à l’université ni au moindre label universitaire.

Le Syndicat national des médecins homéopathes français a déposé une soixantaine de plaintes disciplinaires devant l’Ordre des médecins contre des signataires d’une tribune anti-homéopathique publiée en mars 2018 dans Le Figaro. Ce syndicat va-t-il édsormais attaquer ses confrères généralistes ? Quant à Agnès Buzyn, ministre des Solidarité et de la Santé, après avoir longtemps tergiversé, elle a saisi la Haute Autorité de santé (HAS) pour évaluer l’efficacité de l’homéopathie et le bien-fondé de son remboursement. Initialement prévu pour février, l’avis de la HAS devrait finalement être rendu au printemps.

A demain

@jynau

1 Pouchain D, Le Roux G, Renard V, Boussageon R, Conseil scientifique du CNGE. Approches théorique, scientifique et règlementaire de l’homéopathie. exercer 2018 ;148 : 460-4.

 

 

 

 

Sex-shop, justice et «pilules à visées érectiles»: rien ne vaut, au fond, la pharmacie d’officine

Bonjour

Effet placebo vs Justice. Glané dans La Nouvelle République (Julien Coquet) de ce 10 janvier 2019. Il vient d’être condamné par le tribunal correctionnel de Tours à six mois de prison (assortis du sursis) pour avoir illégalement exercé  la profession de pharmacien – sans oublier et une peine d’amende.

Ce gérant d’un sex-shop ligérien aura donc, durant trois ans (entre 2014 et 2017) réussi à vendre « discrètement» des gélules bleues « à visées érectiles » à certains de ses clients. Des produits composés de thiosildenafil aux effets présentés comme pouvant être équivalents  à ceux du principe actif du célèbre Viagra. « Une pratique interdite » souligne La Nouvelle République. Qui ajoute:

« Cachées dans des boîtes à bougies ou des jaquettes de DVD, les pilules « miracle » étaient cédées 10 € l’unité. Une manœuvre pensée pour tenter de résoudre des problèmes financiers, expliquera le gérant du sex-shop aux enquêteurs.  Présentées en boutique comme des compléments alimentaires – elles n’exigeaient donc pas d’autorisation de mise sur le marché –, les gélules, commercialisées depuis La Ciotat par la société Sovae, ont finalement été classées dans la catégorie ‘’ médicaments’’.»

Ces gélules ? Etaient-elles fabriquées en Chine, ou en Californie, comme l’a soutenu un des prévenus lors d’un procès en novembre à Marseille (Bouches-du-Rhône) ? « Ces produits sont sans doute des contrefaçons. Nous n’avons strictement aucune traçabilité ni aucune certitude quant aux matières premières utilisées » a déclaré, à Tours, l’avocat de l’Ordre national des pharmaciens.

Et si  une difficulté sanitaire surgissait ? Et bien il serait tout simplement  impossible de retirer les lots de gélules/pilules concernées.  Or le gérant-vendeur aurait pris des précautions : « Avant la vente, nous prévenions les clients des risques encourus en cas de soucis cardiaques » (une salariée lors de son audition).

Quid de la caisse enregistreuse ? Un revenu de 400 € par mois, répond le gérant qui n’est pas pharmacien. « La bonne foi de monsieur s’arrête dès lors que l’on sort la calculatrice, regrette Pierre Gérard, vice-procureur, écartant la pertinence des chiffres. Quand on se penche sur les chiffres, il en manque ! ».

Des chiffres ? Six mois de prison (assortis du sursis), donc. Le même jour le même tribunal correctionnel de Tours (avec le même vice-procureur) a condamné à la même peine un homme âge de 42 ans ; un homme soupçonné d’avoir eu des gestes inappropriés vis-à-vis de sa nièce, alors âgée de 15 ans. Alcool et jeu « comportant des contacts avec les parties génitales de l’adolescente ». L’oncle ne devra plus tenter d’entrer en contact avec la jeune victime.

A demain

@jynau