Médicaments en or : qu’attend notre gouvernement pour s’inviter au bal des brevets ?

Bonjour

Tambours. Médecins sans Frontières et Médecins du Monde repartent en guerre. Ils annoncent aujourd’hui 27 mars « une nouvelle opposition au brevet, portant sur le composant de base qui permet de fabriquer le sofosbuvir, médicament commercialisé à prix d’or par la firme américaine Gilead Sciences sous le nom de Sovaldi®, désormais synonyme des pires dérives capitalistiques.

Le sofosbuvir est un élément-clé de la plupart des combinaisons thérapeutiques pour le traitement de l’hépatite C. Il fait partie des antiviraux à action directe qui, depuis leur arrivée sur le marché il y a quatre ans, ont permis d’améliorer de manière spectaculaire les taux de guérison. Pour autant les prix pratiqués par Gilead en Europe atteignent les 55 000 € pour un traitement de douze semaines – et aux Etats-Unis le prix initialement fixé par Gilead était de 84 000 dollars par traitement (1 000 dollars le comprimé). Or des études ont montré que le coût de production d’un comprimé de sofosbuvir est …. inférieur à un euro. On peut voir là un scandale doublé d’une pathologie interne au capitalisme devenu sauvage.

« Ce brevet majeur protège le sofosbuvir et a été accordé à Gilead en juin 2016. Il semble souffrir de manquements aux règles de la brevetabilité telles qu’elles sont définies par la convention sur le brevet européen de 1973, nous explique MDM.  Par cette action, nous continuons notre combat mené depuis plusieurs années pour faire baisser le prix exorbitant des médicaments innovants contre l’hépatite C en France et en Europe. Ce sont ces prix qui empêchent un accès pour tous à des médicaments qui guérissent. »

Factures aux prix trop forts

MDM avait déjà mené, il y a deux ans, une opposition à un autre brevet important protégeant le sofosbuvir. En octobre 2016, l’Office européen des brevets (OEB) avait statué que l’industriel n’avait pas respecté toutes les règles de la brevetabilité. Cette décision avait conduit à retirer de la protection du brevet la formule chimique définissant le médicament sofosbuvir. Pour autant, l’industriel continue de facturer au prix fort un médicament qui n’a plus la même protection et les pouvoirs publics à accepter ce prix. Que fait le gouvernement français ? Qui, en son sein, est en charge de ce dossier ?

MDM œuvre ici de conserve avec MSF et d’autres organisations de la société civile (dont Aides) qui, dans dix-sept pays ont toutes présenté des oppositions au brevet détenu par Gilead sur le sofosbuvir, afin de lever les obstacles qui empêchent à des millions de personnes de recevoir ce traitement. « L’opposition déposée en 2015 était une première : la société civile en Europe n’avait en effet jamais contesté un brevet sur un médicament. Nous avons démontré que nous pouvions, avec succès, nous inviter dans le système des brevets pour en dénoncer les failles » souligne le Dr Françoise Sivignon, présidente de MdM. Que fait le gouvernement français ? Qui, en son sein, décidera de s’inviter au bal ?

Capitalisme sauvage

Ni MSF ni MDM ne succombent ici par angélisme. Ils ne contestent pas (ou plus) le fait qu’il existe un marché et que ce marché est régi par la toile des brevets. « Mais il existe des règles. Or les règles du brevet ne sont pas toujours respectées par les industriels et celles du marché ne sont pas appliquées dans leur totalité par les gouvernements » dénonce déclare Olivier Maguet, responsable de la campagne prix du médicament à MDM. La stratégie des deux ONG est de « mettre en tension » le système. De fournir des arguments de droit pouvant aider les gouvernements dans leur rapport de force, aujourd’hui inégal, avec les industriels pour réduire les prix des médicaments innovants. Cette action devrait les inciter à utiliser la licence d’office, mesure légale prévue de longue date dans le droit français. Qui incitera le gouvernement français à agir et à le dire ?

« Le brevet sur le sofosbuvir garantit une situation de monopole à Gilead, et empêche l’accès à des traitements abordables, y compris par des médicaments génériques, en Europe et ailleurs, précise Aliénor Devalière, spécialiste des politiques européennes pour la CAME de MSF. Or ce brevet peut – et doit – être attaqué : les connaissances scientifiques qui ont permis la mise au point du sofosbuvir ne sont pas nouvelles. »

Attaquer le brevet ou s’y opposer, c’est espérer qu’il soit ainsi révoqué ou que sa durée de validité soit raccourcie, permettant l’arrivée de médicaments génériques et une réduction drastique des prix. Des brevets sur le sofosbuvir ont déjà été révoqués en Chine et en Ukraine, tandis que d’autres jugements sont attendus en Argentine, en Inde, au Brésil, en Russie et en Thaïlande, entre autres. Le gouvernement français sera-t-il  bon dernier ? Où sont, dans ce dossier exemplaire, les responsabilités ?

A demain

Addiction alcoolique : trois ans après, l’Agence du médicament lâche la bride sur le baclofène

 

Bonjour

Il faut savoir démonter une usine à gaz. Tel pourrait être le commentaire spontané de l’information que vient de délivrer l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Une information d’importance en ce qu’elle concerne le baclofène comme aide à la prise en charge des personnes devenues dépendantes à l’alcool.

Rappel : il y a trois ans (en mars 2014) après de longs atermoiements, l’ANSM mettait en place (pour une durée de trois ans, une Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU) du baclofène dans la prise en charge des patients alcoolo-dépendants. Puis les atermoiements continuèrent. Passons. Il s’agissait d’encadrer l’utilisation hors AMM du baclofène (Liorésal 10 mg, comprimé sécable, Baclofène Zentiva 10 mg, comprimé sécable) dans le traitement de l’alcoolo-dépendance.

Bureaucratie soviétique

Dès le départ plusieurs professionnels et anciens patients devenus experts dénoncèrent la complexité bureaucratique de type soviétique du système. De fait, au cours de ces trois dernières années, seuls 7 000 patients environ ont été enregistrés sur le « portail de la RTU ». Une donnée sans rapport avec la réalité. D’où la nécessité, reconnue, de démonter le portail. Cela se dit ainsi :

« Compte-tenu de ce faible taux d’adhésion des professionnels de santé au dispositif et de la notion d’une utilisation persistante non encadrée (hors RTU) du baclofène chez des patients alcoolo-dépendants, l’ANSM a entamé un travail de révision de la RTU gardant pour objectif de sécuriser l’accès au baclofène.

« L’ANSM a constitué un Comité Scientifique Spécialisé Temporaire (CSST) composé de médecins addictologues, généralistes et de psychiatres impliqués dans la prise en charge des patients alcoolo-dépendants. Ce comité a été chargé de réviser le protocole de la RTU dans un but d’optimisation et de meilleure adhésion des professionnels de santé à ce dispositif pour la sécurité des patients concernés. »

En pratique une nouvelle version du protocole de la RTU baclofène entre (pour un an) en vigueur aujourd’hui. Et le fameux  portail d’inclusion des patients est supprimé car trop complexe par les professionnels de santé et, surtout, n’ayant pas permis d’identifier de nouveaux signaux de pharmacovigilance.

Prescriptions enfin facilitées

Concrètement le baclofène pourra désormais être prescrit en première intention comme « aide au maintien de l’abstinence après sevrage » et « réduction de la consommation d’alcool ». Attention toutefois :

« Une très grande prudence est demandée en cas de prescription de baclofène chez les patients présentant des troubles psychiatriques, en raison du risque d’aggravation d’une pathologie psychiatrique sous-jacente et/ou du potentiel risque suicidaire. »

Attention encore :

« D’une part le traitement par baclofène doit être instauré très progressivement et la posologie doit être adaptée en fonction de la tolérance et de l’efficacité observée chez le patient ; d’autre part, que la posologie du baclofène doit également être diminuée très progressivement lors de l’arrêt du traitement, compte-tenu du risque de survenue d’un syndrome de sevrage au baclofène.

« Enfin, l’ANSM rappelle que toute utilisation du baclofène en dehors des situations cliniques couvertes par l’AMM ou la RTU engendre des risques et engage la responsabilité des professionnels de santé. »

Pour le reste on est toujours dans l’attente des résultats de l’étude CNAMTS-ANSM portant sur la sécurité, et des rapports définitifs des deux études cliniques, Alpadir et Bacloville. L’usine à gaz est démontée, le terrain est toujours miné.

A demain

Tensions : faut-il parler ou non de l’affaire du Pr Mourad, conseiller santé d’Emmanuel Macron ?

Bonjour

Nous traversons des temps médiatiquement bien étranges. Hier, dimanche 12 mars, la France a été abreuvée d’une affaire de vestes de garde-chasse de haute confection offertes à François Fillon. Et après ? Nul ne sait.

Quelques jours avant c’était une affaire de conflit d’intérêts qui venait jeter une ombre sur la marche vers le pont d’Arcole d’Emmanuel Macron : l’affaire dite Jean-Jacques Mourad, du nom d’un spécialiste de l’hypertension artérielle qui occupait un poste de « conseiller santé » dans le mouvement « En Marche ! ». Une semaine après l’agitation est retombée. Que peut-on raisonnablement penser de cette affaire – affaire justement résumée par site Medscape (Jean-Bernard Gervais) : « Fin de campagne pour le Pr Jean-Jacques Mourad pour cause de conflits d’intérêt ».

« Avatars anonymes »

On peut, ici, voir une affaire symptomatique de l’évolution considérable des rapports de force dans le champ du sanitaire. Medscape observe ainsi qu’il aura suffi d’un simple tweet du Formindep (Association pour une Formation et une information médicales indépendantes) pour allumer la mèche et « jeter la suspicion sur l’un des soutiens d’Emmanuel Macron » dans sa campagne.

« A propos du Pr Jean-Jacques Mourad, le Formindep écrit, dans un tweet daté du 5 mars : « Qui parle ? Le porte-parole de Macron ou le speaker de Servier » ?  Et d’accompagner son propos d’une capture d’écran de la page transparence.sante.gouv. Ce site, mis en place après le scandale Servier, recense les liens d’intérêt des médecins qui travaillent pour l’industrie pharmaceutique. Le Pr Jean-Jacques Mourad y figure. Chef de l’unité médecine interne-HTA au CHU Avicenne depuis 2004, professeur de médecine à Paris 13 depuis la même année, Jean-Jacques Mourad fut aussi secrétaire scientifique de la société française d’HTA (SFHTA) en 2015.

« Entre 2012 et 2016, le site transparence.sante.gouv recense 165 avantages et 97 conventions , au nom de Jean-Jacques Mourad. La plupart lie le cardiologue à Servier, justement. En termes de frais de restaurant et de transport, Jean-Jacques Mourad aura été défrayé de plus de 80 000 euros, et aura donc participé à une ou deux conférences par mois en moyenne en l’espace de deux ans. »

Et le Pr Mourad de reconnaître bien vite « ne pas avoir fait état de ses liens avec le laboratoire Servier », ni au moment d’intégrer ce groupe, ni au cours des travaux qu’il avait pu commencer à y mener. Quelques « articles de presse » et l’homme démissionnait.  Il s’en expliqua dans un communiqué de presse publié le 7 mars. Qualifiant le Formindep « d’avatars anonymes », le Pr Mourad apporte cet éclairage qui pourr être perçu comme une confession :

« Depuis des années, comme beaucoup d’experts, j’ai une activité de consultance et d’orateur pour plusieurs labos, dont Servier en particulier. Très tôt et bien avant les lois Bertrand, j’ai fait le choix du non-mélange des genres en démissionnant de toute fonction dans les agences publiques (commission de publicité du médicament et expertises pour l’ANSM). Je trouve normal et sain qu’il y ait des experts à la recherche et à l’innovation qui collaborent avec les labos d’un côté, et d’autres, à la vigilance et à l’évaluation dans les instances dédiées.»

Missions dans l’Orient compliqué

Medscape ajoute que sur le montant des frais de transport constatés sur le site Formindep, et payés par Servier (certains de ces frais sont de l’ordre de plusieurs milliers d’euros), le spécialiste de médecine interne évoque « plusieurs missions en Asie ». Sur son engagement dans le pôle santé d’Emmanuel Macron, le Pr Mourad rappelle qu’il s’est borné à s’investir dans quatre thèmes : « le remboursement à 100% des trois déficiences, le service sanitaire, la délivrance à l’unité et le rétablissement à 100% de l’HTA sévère, ce dernier point étant l’une des revendications qu’a porté le CISS (collectif de patients) à l’époque devant le Conseil d’Etat » 1.

Quant à ses liens avec le laboratoire Servier, il se cantonne, écrit-il, à « avoir une communication éthique sur leurs produits dans l’HTA ». Et d’ajouter : « Cette activité n’a aucune connexion avec le médicament Médiator bien entendu ». Que peut bien être une communication éthique rémunérée par un laboratoire pharmaceutique ? Nul ne le sait. Et comment de tels propos sont-ils interprétés dans la sphère de la confraternité ? Le Dr Olivier Véran, neurologue et homme politique était hier proche de Marisol Touraine. Il est aujourd’hui aux côté d’Emmanuel Macron et ne voit pas d’inconvénient dans cette situation. Aux antipodes du neurologue, la Dr Irène Frachon est estomaquée par cette collusion : « C’est du jamais-vu ! Je suis sidérée par le niveau d’avantages, de cadeaux et de conventions menées quasi exclusivement avec Servier, dit-elle. Ce serait bien que les candidats à la présidentielle sachent que la transparence est en marche », déclare-t-elle dans un article du Monde .

Kauf Mich ! (Achète-moi !).

Transparence ? Le candidat Emmanuel Macron, inspiré par ses conseillers, a proposé un meilleur remboursement des médicaments contre l’hypertension artérielle. C’était le 6 janvier dernier. Transparence ? « S’il perd Jean-Jacques Mourad, Emmanuel Macron conserve Bernard Mourad, nous apprend Medscape.  Le frère du médecin démissionné fait lui aussi partie de la team d’En Marche ! Ancien de la banque Morgan Stanley, ancien conseiller de Patrick Drahi et patron d’Alice media group (L’Express entre autres), directeur général de SFR, Bernard Mourad a démissionné de toutes ses fonctions pour devenir le conseiller spécial de Macron en octobre 2016. Il apporte au mouvement En Marche ! sa connaissance des milieux d’affaire, et sera actif dans la levée de fonds pour mener campagne. »

Nous avons vérifié. Tout est vrai. Mais c’est aussi incomplet. En 2006 Bernard Mourad a publié un roman Les Actifs corporels. Il y met en scène un capitalisme poussé à l’extrême, où les êtres humains peuvent être cotés en Bourse sous la forme de « sociétés-personnes » dans le cadre de la « Nouvelle Économie individuelle ». Le héros, Alexandre Guyot, un consultant trentenaire, est le premier homme introduit sur le marché. L’ouvrage développe une perspective entre dystopie et critique socio-économique, que l’auteur place dans la lignée de Michel Houellebecq et de Bret Easton Ellis.

Ce roman a été traduit en allemand par la maison d’édition Ullstein, sous le titre Kauf Mich ! (Achète-moi !). Il est sorti en poche en 2007 aux éditions J’ai Lu (collection « Nouvelle génération »). Puis, en mai 2008 est publié le deuxième roman de Bernard Mourad, Libre échange. « Dans la même veine d’anticipation réaliste, l’ouvrage développe une analyse psychologique et sociale de la recherche du bonheur et de l’identité, dans un contexte d’emprise croissante du pouvoir médiatico-politique, dit la Toile. On y suit le parcours sombre et inquiétant d’un héros suicidaire qui se voit proposer d’échanger sa vie contre celle d’un autre homme. »

A demain

1 Il faut ici rappeler que l’hypertension artérielle sévère avait, par voie de décret, été sortie de de la liste des affections de longue durée (ALD) en 2011- au motif qu’elle était un « facteur de risque » et non une « maladie avérée ». Un argument alors massivement contesté par les associations de patients et les professionnels de santé. Voir « L’hypertension, nouveau symbole d’une politique de santé court-termiste et choquante » de Nicolas Postel-Vinay Slate.fr 30 juin 2011.

Avant l’enfer du post-antibiotiques, l’Organisation Mondiale de la Santé prêche dans le désert

Bonjour

Quels sont, aujourd’hui, les noms de nos pires ennemis ?  Acinetobacter baumannii, Pseudomonas aeruginosa, et toutes les entérobactéries résistance aux carbapénèmes. Qui sont ceux qui suivront ? Enterococcus fæcium, Staphylococcus aureus, Helicobacter pylori, Campylobacter spp., Salmonella, Neisseria gonorrhoeae. Et après, pour ceux qui seront encore là ? Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae, Shigella spp.,

L’Organisation mondiale de la santé a, lundi 27 février, publié la liste des familles de bactéries contre lesquelles elle juge urgent de développer de nouveaux antibiotiques en raison des risques que fait peser leur résistance aux traitements actuels. Adoptant sa posture traditionnelle l’OMS souhaite « orienter » et « promouvoir la recherche-développement de nouveaux antibiotiques ». Que ne le fait-elle ? L’organe des Nations-Unies aimerait empêcher la résurgence de maladies infectieuses incurables. Qui ne le voudrait ?

« La résistance aux antibiotiques augmente et nous épuisons rapidement nos options thérapeutiques. Si on laisse faire le marché, les nouveaux antibiotiques dont nous avons le besoin le plus urgent ne seront pas mis au point à temps », prévient le Dr Marie-Paule Kieny, sous-directrice générale à l’OMS pour les systèmes de santé et l’innovation. C’est là une alerte dont on aimerait pouvoir tenir compte. Mais la « sous-directrice générale de l’OMS pour l’innovation » a oublié de nous dire comment on ne laisse pas faire le marché.

Rituel diplomatique

La nouvelle liste des bactéries « super-résistantes prioritaires » ? « Cette liste est un nouvel outil pour veiller à ce que la recherche-développement réponde aux besoins urgents de la santé publique », indique le Dr Kieny. On peine à comprendre le raisonnement de la sous-directrice. La publication de cette liste, évoquée par la BBC, est aussi une manière d’attirer l’attention sur un rituel diplomatique : le ballet des rencontres placées à l’agenda du G 20 cette année présidé par l’Allemagne.

Dans ce cadre des « experts de la santé » vont se réunir à Berlin. « Nous avons besoin d’antibiotiques efficaces pour nos systèmes de santé et nous devons prendre des mesures communes pour un avenir en meilleure santé, a déclaré Hermann Gröhe, ministre fédéral allemand de la Santé. C’est pourquoi, nous allons discuter et attirer l’attention du G20 sur la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. La première liste mondiale de l’OMS sur les agents pathogènes prioritaires est un nouvel outil important pour assurer et orienter la recherche-développement en relation avec les nouveaux antibiotiques. »

Cette fameuse liste a été établie en collaboration avec la division des maladies infectieuses de l’Université de Tübingen (Allemagne) au moyen d’une technique d’analyse décisionnelle multicritère. Le Pr Evelina Tacconelli, chef de la division des maladies infectieuses de cette université : « Si on attend plus longtemps, les problèmes de santé publique vont s’aggraver et auront un impact dramatique sur les soins des patients ».

Pas plus que le Dr Kieny à Genève, le Pr Tacconelli ne nous dit à Tübingen, comment on contraint Big Pharma l’amorale à travailler dans un secteur qui ne l’intéresse pas.

A demain

 

Qui abonnera à la «Revue du Praticien» le président du Comité économique du médicament ?

Bonjour

Nous évoquions il y a peu l’opacité antidémocratique du Comité économique du médicament – et la nécessité d’offrir une attachée de presse à son président. Complétons notre suggestion avec un abonnement à l’excellente Revue du Praticien. Dans sa dernière livraison (février 2017) elle consacre à la colère des professionnels de la cancérologie une tribune qui vaut d’être lue. Tribune signée de trois voix fédératrices 1. Au chapitre de la transparence on y lit ceci concernant la fixation des nouvelles et insupportablement coûteuses molécules anticancéreuses :

« L’élément notable de ce processus complexe est que l’étape pratique et ultime de fixation du prix se fait dans un face-à-face entre l’administration publique et l’industriel sous le sceau de l’opacité la plus totale : opacité sur les coûts de R&D du médicament candidat, opacité sur les termes de la négociation, et en l’absence de tout représentant des médecins et des patients.

« L’un des éléments clefs de toute réforme à venir est donc l’obtention de la part des industriels de la transparence sur les coûts de R&D des médicaments. Cette information permettrait de prendre en compte les investissements réels dans ce domaine, mais aussi la contribution d’un financement public lorsque celui-ci a participé à la recherche ou à des étapes du développement thérapeutique, et donc d’aboutir à la définition d’un prix juste et équitable.

Colère montante

« Il faut noter qu’une telle approche, loin d’être maximaliste, est actuellement sérieusement considérée par de nombreux États des États-Unis, certains proposant même de rendre publics les profits effectivement réalisés par les compagnies pharmaceutiques, pour rendre l’évaluation encore plus transparente. La transparence doit également concerner la procédure permettant de définir les prix en y associant des représentants des médecins et des patients. La tenue récente d’un débat public autour de cette question, le 28 janvier 2016 à l’institut Paoli-Calmettes de Marseille, a permis de constater l’intérêt d’une confrontation démocratique sur le sujet. »

On rappellera que plusieurs spécialistes en onco-hématologie ont, ces dernières années, collectivement exprimé leur crainte que les prix exorbitants des nouveaux anticancéreux puissent menacer l’accès universel aux progrès thérapeutiques émergents. En France, un appel de 110 professeurs des universités, cancérologues et hématologues, a été suivi par plusieurs pétitions et campagnes d’interpellation publique portées par la Ligue contre le cancer ou plus récemment (et de manière spectaculaire) Médecins du Monde.

La colère monte. Elle a, ici, de nobles raisons médicales et éthiques. Il serait bon qu’on le sache au sein bunker du Comité économique des produits de santé .  Il est grand temps d’offrir un abonnement à la Revue du Praticien à son président,  Maurice-Pierre Planel. Demain il sera trop tard.

A demain

1 « Médicaments du cancer : les raisons de la colère » Anthony Gonçalves, Dominique Maraninchi (Département d’oncologie médicale et centre de recherche sur le cancer, institut Paoli-Calmettes, Inserm U1068, CNRS 7258, Aix-Marseille Université, Marseille) Jean-Paul Vernant (Service d’hématologie clinique, hôpital Pitié-Salpêtrière, université Pierre-et-Marie-Curie, Paris –  jean-paul.vernant @aphp.fr). Revue du Praticien, février 2017.

L’auteur de ces lignes tient une chronique dans La Revue du Praticien Médecine Générale.

Qui offrira une attachée de presse au président du Comité économique des médicaments ?

Bonjour

On sait que l’on ne sait rien sur les coulisses de la fixation des prix des médicaments. C’est un espace où le dogme contemporain de la transparence n’est encore jamais parvenu à s’imposer. Trop d’enjeux, trop d’argent, trop d’impossibilités de dire la vérité vraie.

Au cœur de la machinerie secrète : le bunker du Comité économique des produits de santé (CEPS).  Il est, depuis un an, présidé par Maurice-Pierre Planel. M. Planel parle peu. Quelques étranges confidences en juin dernier  autour du charismatique Sovaldi®. Et puis, il y a quelques jours, une sortie rapportée par Le Quotidien du Médecin qui, avec la chaire santé de l’ESSEC et l’Association des cadres de l’industrie pharmaceutique, organisait les « Amphis de la santé ».

Ironies

M. Planel fut  alors (enfin) interrogé sur les « accusations d’opacité » visant son Comité – accusations régulièrement formulées par des associations de patients ou de professionnels de santé. Le président du Comité a « répondu sans détour » : « Mes critères d’appréciation du prix des médicaments et mon discours technique sont inaudibles par rapport aux campagnes de communication menées.Je n’ai pas d’attaché de presse ». Sans doute était-ce là une forme de douce ironie.

Car, autre ironie, l’action du CEPS est « très encadrée », a précisé Maurice-Pierre Planel. Le code de la Sécurité sociale détermine les critères de fixation des prix, et l’accord-cadre triennal du CEPS et du LEEM  définit les modalités de négociation avec chaque entreprise des prix des médicaments remboursables par la Sécurité sociale. Sans oublier les éventuelles « lettres d’orientation » du ministère de la Santé. Où l’on comprend que le citoyen ne sait rien de ce qui se trame avec cette forme d’argent public et solidaire qui est consacré au médicaments remboursés.

Coulisses démocratiques

Transparence ? « Maurice-Pierre Planel a également répondu à un autre grief formulé de façon récurrente, la non-publicité des débats du CEPS, rapporte Le Quotidien du Médecin. Des institutions comme la Haute Autorité de santé (HAS) ou l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) y sont soumises, mais pas le CEPS, a rappelé son patron. Un apparent paradoxe lié au fait que les procès-verbaux des travaux du Comité font référence à des secrets industriels des laboratoires, dont la confidentialité est garantie par la loi. » Nous ne saurons donc jamais rien, comme toujours quand le capital, les actionnaires anonymes et les retours sur investissements priment tout. Et encore :

« Les récentes avancées dans le domaine de l’oncologie interpellent le comité. Jusqu’à présent, le CEPS acceptait de payer cher un nouveau médicament offrant quelques mois de survie. Mais aujourd’hui, les nouveaux produits offrent une durée de survie bien supérieure. « On va vers la chronicisation de ces pathologies », rappelle Maurice-Pierre Planel qui assure ne pas vouloir payer au prix fort des produits qu’on prend durant des années. »

Où l’on comprend que des questions éthiques, médicales et économiques essentielles se règlent dans les sombres coulisses démocratiques. Proche, dit-on, de Marisol Touraine, titulaire d’une maîtrise de droit public à l’université de Nice, M. Planel est un ancien administrateur du Sénat. Qui lui offrira, au plus vite, une attachée de presse ?

A demain

 

 

Alerte au paludisme : le parasite résistant à l’artémisine est présent sur le continent africain

 

Bonjour

C’est une correspondance inquiétante. A lire dans la dernière livraison du New England Journal of Medicine : « Emergence of Indigenous Artemisinin-Resistant Plasmodium falciparum in Africa ».  Vingt-et-un auteurs dirigés par Jun Cao (Jiangsu Institute of Parasitic Diseases Wuxi, China) parmi lesquels Didier Menard, Institut Pasteur du Cambodge, Phnom Penh).

Correspondance inquiétante : elle établit l’émergence de la résistance du principal parasite du paludisme à l’artémisine sur le continent africain, plus précisément en Guinée équatoriale. L’identification du parasite résistant a été faite en Chine sur un citoyen chinois. Agé de 43 ans ce dernier avait contracté le paludisme en Guinée où il avait travaillé durant vingt mois. Le diagnostic avait été porté à l’hôpital de Jiangsu deux mois après son retour en Chine.

Confrontés à des difficultés thérapeutiques, l’équipe chinoise a voulu en savoir plus en nouant une collaboration internationale. Par séquençage il a pu être démontré que le Plasmodium falciparum était porteur de la mutation K13. Les chercheurs ont cherché à établir si cette souche était bien originaire de Guinée équatoriale. Après avoir séquencé le génome entier du parasite, l’équipe du laboratoire du Pr Arnab Pain (King Abdullah University of Science and Technology, Thuwal, Saudi Arabia) a conclu à l’origine africaine de la souche parasitaire.

Euphémisme

Les premières souches résistantes de ce type sont apparues en 2008 au Cambodge. Puis le rôle du gène mutant K13 (principal agent de résistance en Asie du Sud-Est) a été démontré en 2014 par des chercheurs de l’Institut Pasteur à Paris et au Cambodge. « La propagation de la résistance à l’artémisinine en Afrique serait un revers dans la lutte contre le paludisme », craint le Pr Arnab Pain qui, ici, a identifié l’origine africaine. Revers est ici un euphémisme.

En octobre 2015 nous rapportions la très vive inquiétude des spécialistes au vu de l’évolution des données et de résultats expérimentaux : « Paludisme : le spectre asiatique de la résistance à l’artémisinine se rapproche de l’Afrique » (Journalisme et santé publique, 21 octobre 2015). Pour l’heure la résistance observée en Asie du Sud-Est reste partielle, nécessitant d’associer l’artémisinine à d’autres antipaludéens et de prolonger la durée de traitement, l’OMS redoute que le Plasmodium falciparum ne finisse pas développer une résistance totale à l’artémisinine. Si tel devait être le cas la situation serait, tout simplement, catastrophique.

A demain