Promotion de l’hydroxychloroquine: Philippe Douste-Blazy nie toute forme de conflit d’intérêts

Bonjour

07/04/2020. Comme un bref retour dans un monde ancien. C’est un sous-chapitre dans une affaire moderne devenue tentaculaire. Philippe Douste-Blazy, ancien ministre est aujourd’hui l’un des thuriféraires les plus connus du Pr Didier Raoult (IHU Méditerranée Infection), l’un des promoteurs les plus médiatisés de l’hydroxychloroquine (Plaquenil, Sanofi Aventis) dans le traitement du Covid-19. Il a notamment initié une pétition (#NePerdonsPlusDeTemps) qui a recueilli, en quelques jours, près de 400 000 signatures.

L’ancien ministre était ce matin l’invité d’Europe 1. Il a repris son propos, préconisant le traitement préconisé par le Pr Raoult associant hydroxychloroquine et azithromycine. « Les médecins italiens, portugais et marocains voient que lorsqu’ils donnent ce médicament tôt, ils ont une baisse des symptômes de leurs patients » a-t-il plaidé.  On sait que, pour l’heure, son confrère Olivier Véran, qui occupe le siège qu’il occupa, se refuse à généraliser sur le territoire l’usage de la chloroquine.

« (…) Pardon, mais ce n’est pas monsieur Douste-Blazy, qui a été ministre de la Santé, et qui sait très bien comment les choses fonctionnent,  qui va décider tout seul, contre les sociétés savantes contre des centaines d’experts . Je ne peux pas la prendre seul sans l’aval des sociétés savantes, contre des centaines d’experts de toutes les sociétés savantes….  déclarait-il dans une interview pour Brut (32’) en fin de semaine dernière. Si je le faisais je ferai un pari sur la santé des Français. je suis allé aussi loin que je le pouvais à ce stade pour autoriser la prescription de la chloroquine, j’ai mouillé ma propre chemise (…) »

« Il y aurait conflit d’intérêts si j’avais une rémunération »

Ce matin, sur Europe 1, Philippe Douste-Blazy tacle bien au-delà du ministre en exercice. Il aborde la grande question de l’articulation entre le scientifique et le politique.  « (…) Ma démarche n’est pas politique, elle est purement scientifique. (…) explique-t-il. Est-ce que c’est une société savante qui doit ou pas décider pour le politique ? (….) Le rôle du politique, dans les périodes difficiles, c’est de choisir. »

Il ajoute que « l’Agence Régionale de Santé montre que le taux de mortalité entre les gens hospitalisés et les gens qui décèdent est le plus bas chez les patients que le Pr Raoult traite à Marseille parce que ce traitement y est donné ». Trouve d’autres arguments, plaide, veut convaincre.

Puis viennent les questions des auditeurs, et cette observation, plusieurs fois formulée : le Pr Philippe Douste-Blazy fait partie du Conseil d’administration de l’Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée Infection du Pr Didier Raoult. On perçoit la flèche. Comment comprendre ? L’ancien ministre explique bien volontiers qu’il ne s’en est jamais caché – et qu’il n’est pas le seul. Il en est membre « au même titre que d’autres professeurs de médecine, que d’autres chercheurs et en particulier M. Delfraissy qui est le président du Comité national d’éthique ». 

Un problème ? « Il y aurait conflit d’intérêts si j’avais une rémunération, si j’avais des billets d’avion qui m’étaient payés, si j’avais des restaurants, si j’avais des intérêts… explique-t-il. Or il n’y a aucun. Jamais de ma vie… Personne, personne ne pourra jamais trouver qu’il y a eu un intérêt. Non, je le fais parce que je suis tout simplement un médecin. Parce que je trouve que ce que fait le Pr Raoult est extrêmement remarquable (….) »

A demain @jynau

IVG et confinement : le gouvernement autorisera-t-il les soignants à ne pas respecter la loi?

Bonjour

Volontiers prolixe sur son action contre l’épidémie, le pouvoir exécutif peut aussi étrangement garder le silence. C’est le cas face à l’appel de soignant·es et de personnalités politiques qui s’inquiètent du risque qui pèse sur le droit à avorter pendant le confinement.

La demande, comme la situation, est sans précédent : obtenir que l’exécutif donne son feu vert de principe pour que la loi et les règlements sur la pratique de l’IVG ne soient pas toujours pleinement respectés – et ce sans que les soignant·es puissent en être les victimes.

Rien d’extravagant dans cet appel soutenu par cinq anciennes ministres. Et le gouvernement a prouvé qu’il pouvait prendre rapidement des mesures sanitaires rapides (notamment dans le champ des addictions), au nom d’une politique de réduction des risques. Pour l’heure Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé garde le silence. Jusqu’à quand ?

A lire, sur Slate.fr : « Urgences et confinement : respecter ou pas la loi sur l’IVG ? »

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : le gouvernement exhorté à autoriser le traitement du Pr Didier Raoult

Bonjour

06/04/2020. Combien de temps encore ? Hier c’était une lettre ouverte de personnalités médicales réunies à l’initiative de Philippe Douste-Blazy – initiative accompagnée d’une pétition ayant, à ce jour, réuni plus de 210 000 signatures.

Aujourd’hui c’est une tribune publiée par Le Figaro : « L’appel de trois grands noms de la santé en faveur des préconisations du PRaoult ». Une tribune qui surprendra car signée de l’ancien directeur scientifique de l’Institut national du cancer, de l’ancien président de la Haute Autorité de santé et de l’ancien directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Soit Fabien Calvo, Jean-Luc Harousseau et Dominique Maraninchi, respectivement professeur émérite de pharmacologie à l’université de Paris-Diderot, ancien professeur d’hématologie à l’université de Nantes et professeur émérite de cancérologie à Aix-Marseille Université.

Les trois recommandent d’appliquer le traitement élaboré par le professeur Didier Raoult – et ce « dès l’apparition des premiers symptômes du coronavirus ». Extraits :

« (…)  Nous souhaitons apporter notre perception à la controverse: nous avons tous trois été cliniciens ou pharmacologues, et investigateurs d’essais cliniques «randomisés», et deux d’entre nous ont dirigé ou présidé l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Haute Autorité de santé (HAS). Ce texte n’est qu’une opinion engagée, que nous voulons contributive à la discussion. Nous savons que les «experts» ont déjà montré qu’ils peuvent se tromper ; la réflexion médicale se doit cependant d’être partagée pour éclairer une décision qui au final sera issue du dialogue médecin-patient. (…)

« La communauté scientifique française et internationale s’est émue que la conception des essais du Pr Raoult ne corresponde pas aux critères classiques de la médecine moderne basée sur les preuves, puisque cette étude n’était pas strictement comparative. Cependant, devant ces premiers résultats «encourageants», et en l’absence de TOUTE autre possibilité dans une crise sanitaire sans précédent depuis un siècle, les autorités françaises ont autorisé l’utilisation de ce traitement chez les malades hospitalisés, donc essentiellement dans les formes graves. La Food and Drug Administration américaine vient de suivre cet exemple pour les patients hospitalisés qui ne participent pas à un essai clinique. (…)

Les auteurs ajoutent que sur la base des dernières observations marseillaises la stratégie serait plutôt « de proposer un traitement précoce avant la survenue de complications respiratoires sévères ». Et ce d’autant que « les cohortes marseillaises rapportées ne montrent pas à l’évidence de survenue d’effets secondaires majeurs liés au traitement, lorsque les règles de prescription et contre-indications sont respectées, après un électrocardiogramme (ECG) et dosage du potassium, ce qui faisait partie des réserves de beaucoup de cliniciens ».

« En l’absence d’autre traitement disponible avéré efficace à ce jour (plus de deux cents essais thérapeutiques enregistrés dans le monde), nous pensons légitime, au vu des résultats préliminaires, de mettre en place une nouvelle stratégie avec, avant tout, un accès élargi aux tests diagnostiques des patients suspects parce que symptomatiques ou ayant été au contact d’un patient infecté. »

Les auteurs vont plus loin : ils demandent  « la mise en place de structures de soins associant les personnels hospitaliers et la médecine de ville pour effectuer le diagnostic, la prescription et la surveillance d’hydroxychloroquine et d’azithromycine chez tous les malades positifs non inclus dans un essai clinique ».

« Cette prescription pourrait être réalisée, en l’absence de contre-indication et avec l’accord du patient, dès le diagnostic confirmé, pendant une durée limitée, et accompagnée de la collecte de données simplifiées. De simples modifications des conditions de prescription et de délivrance peuvent rapidement le permettre. Lors de l’arrivée annoncée de tests en plus grand nombre, la surveillance virologique des patients pourra être mieux documentée pendant et à l’arrêt du traitement. »

Devant l’Ordre, un dossier en béton armé

Et les auteurs d’observer, à l’attention des autorités, que les patients français, « légitimement, ne tolèrent pas que le diagnostic sur leur état de santé soit simplement présumé et qu’il leur soit alors seulement recommandé de rester chez eux avec la crainte de complications, alors même qu’une option thérapeutique simple, sous surveillance médicale, peu onéreuse et possiblement efficace pourrait leur être proposée ».

«  L’accès à l’hydroxychloroquine limité aux seuls malades hospitalisés marque aussi une inégalité dans l’accès aux soins, concluent-ils. Le choix de la précaution est aussi un pari politique. » Est-ce là une tribune aux accents prophétiques ?

Parallèlement à ce texte, après deux tribunes dans Le Monde et Le Quotidien du Médecin, le Pr Didier Raoult a accordé une interview fleuve au  Figaro Magazine (Charles Jaigu).

Il y déclare notamment ceci, à l’adresse de l’exécutif et de ses ennemis :

« Je ne suis pas d’accord quand on interdit aux médecins d’utiliser des médicaments qui sont en circulation depuis des décennies. Je ne suis pas d’accord avec l’interférence de l’État dans la relation entre le médecin et le malade. C’est la responsabilité individuelle des médecins. C’est le serment d’Hippocrate. Ce n’est pas du charlatanisme. Il faut donc que l’exécutif se garde de faire de la médecine à notre place.

« Quand il y a faute médicale, quand le médecin n’a pas agi conformément à l’état du savoir, il est puni. Moi, si quelqu’un m’attaque parce que j’ai donné de l’hydroxychloroquine, mon dossier devant l’Ordre des médecins sera en béton armé. Ce n’est pas de la sorcellerie. Je sais qu’on a beaucoup jasé sur le pouvoir médical. Mais à la fin, la médecine, c’est un rapport entre un médecin et un malade. »

A demain @jynau

Remdesivir: le bien peu banal communiqué de Gilead sur son médicament expérimental

Bonjour

05/04/2020. C’est une « lettre ouverte » de Daniel O’Day, CEO de Gilead Sciences, influente société pharmaceutique américaine spécialisée dans les médicaments antiviraux. Elle nous parle aujourd’hui de son  remdesivir, initialement développé contre la maladie à virus Ebola. Une molécule déjà au cœur des espoirs et de polémiques pharmaceutiques autour du Covid-19. Que nous dit le CEO dans sa lettre ouverte datée du 4 avril ?

« Au cours de la semaine dernière, Gilead a travaillé, en collaboration avec les autorités de santé, à la mise en place de programmes d’accès complémentaires pour mettre à disposition des patients, notre médicament expérimental contre le Covid-19, remdesivir, écrit-il. Ces programmes permettent à certains hôpitaux ou médecins de demander l’utilisation de remdesivir pour plusieurs patients gravement malades qui ne peuvent pas participer aux essais cliniques en cours. »

Il ajoute que l’Agence européenne des médicaments a annoncé hier ses recommandations pour la mise en œuvre par les Etats membres de programmes d’accès complémentaires au remdesivir : « EMA provides recommendations on compassionate use of remdesivir for COVID-19 ». Et le CEO de poursuivre :

« En plus de ces programmes, Gilead continue de mettre à disposition remdesivir pour les enfants et les femmes enceintes, sur la base de demandes individuelles d’usage compassionnel. Au total, depuis le début de la pandémie, ce sont plus de 1 700 patients qui ont déjà été traités dans le monde grâce à ces usages compassionnels individuels. »

Avant de faire œuvre de transparence :

« Le remdesivir reste un médicament expérimental qui n’a été approuvé par les autorités nulle part dans le monde. La sécurité et l’efficacité du traitement ne sont pas encore connues et même si nous connaissons l’urgence, notre responsabilité et notre éthique nous imposent de déterminer si ce médicament est efficace et sûr.

« C’est pour cela que de nombreux essais cliniques sont en cours avec le remdesivir, pour des milliers de patients atteints de Covid-19 à travers le monde. Nous savons l’urgence à trouver des solutions larges et efficaces. Ainsi, notre engagement est total et nous mettons tout en œuvre par tous les moyens possibles pour donner accès au remdesivir : essais cliniques, programmes d’accès complémentaires, usage compassionnel individuel.

Encore faut-il que l’intendance suive :

« Pour fournir suffisamment de produit pour les essais cliniques, l’usage compassionnel individuel et le programme d’accès complémentaire, nous avons dû augmenter nos stocks en partant de zéro. Depuis le mois de janvier, nous avons accéléré la production du traitement. Dès que nous avons eu connaissance du fait que le remdesivir pourrait être un traitement potentiel contre le nouveau coronavirus, nos équipes ont travaillé pour mettre en place une production à grande échelle. Et ceci alors même qu’ils existent encore de nombreuses inconnues concernant la durée de l’épidémie, son ampleur et alors même que nous ne savons pas encore si le remdesivir est un médicament sûr et efficace contre le Covid-19. »

A quand une lettre ouverte de Sanofi-Aventis sur son hydroxychloroquine ?

Suit une longue description des efforts consentis par Gilead Sciences pour développer la production d’un médicament qui n’a toujours pas fait la preuve de son efficacité  – « parce que nous devons être prêts au cas où les patients auraient besoin du remdesivir ».

« Nous savions qu’il serait difficile de produire les quantités nécessaires dans un laps de temps si court. L’un de nos défis est le temps nécessaire pour produire le remdesivir. Il s’agit, en effet, d’une production longue, nécessitant de recourir à des techniques chimiques spécialisées comportant de multiples réactions chimiques, dont certaines peuvent prendre plusieurs semaines. Avant d’obtenir des unités de traitements prêts à être administrés aux patients, nous devons nous procurer des matières premières rares et avoir accès à des usines de fabrication en conditions stériles dont les capacités sont limitées au niveau mondial. »

Et dans ce contexte les  équipes de Gilead Sciences sont arrivées à diminuer le temps de production « qui devait être d’environ un an à environ six mois ». Mieux : en deux mois Gilead Sciences a considérablement augmenté sa capacité de production du remdesivir. Son stock s’élève aujourd’hui à 1,5 million de doses individuelles – ce qui pourrait permettre à plus de 140 000 patients d’être traités. Mieux encore :

« Les 1,5 million de doses individuelles seront mises à disposition pour l’usage compassionnel individuel, les programmes d’accès complémentaires et les essais cliniques et seront données pour une distribution plus large, après obtention d’éventuelles autorisations réglementaires dans le futur. Nous sommes, encore une fois, conscients de la responsabilité qui est la nôtre en disposant d’un traitement potentiel et nous pensons que le mettre à disposition des patients gratuitement est une nécessité pour faciliter l’accès aux patients le plus rapidement possible, face à l’urgence sanitaire causée par cette pandémie. »

Plus loin un objectif ambitieux : produire plus de 500 000 traitements d’ici octobre et plus d’un million d’ici la fin de cette année. « Nous maintenons un effort constant et intense, tout en attendant de connaître les données cliniques qui permettront de savoir si remdesivir est un médicament sûr et efficace » conclut le CEO.

Ne pas pécher par naïveté, certes. Mais observer néanmoins, en temps de pandémie, l’évolution rapide de la communication de l’un des géants de Big Pharma. Et attendre que le même phénomène se produise à la direction de Sanofi Aventis, toujours aussi ambiguë quant à l’usage qui peut ou non être fait de son hydroxychloroquine (Plaquénil) contre le Covid-19.

A demain @jynau

« Coviplasm » : l’espoir de la transfusion de plasma de patients convalescents à des malades

Bonjour

05/04/2020.L’hydroxychloroquine, et après ? Voici une perspective thérapeutique que les médias généralistes n’ont pas encore beaucoup parlé. C’est, en France, un essai clinique original : la transfusion de plasma de patients guéris du Covid-19 à des patients souffrant du Covid-19. Postulat schématique :  le plasma des personnes qui ont guéri du Covid-19 contient des anticorps spécifiques que leur organisme a développés ; ces anticorps, transfusés, pourraient aider les patients en phase aiguë de la maladie à lutter contre le virus.

Receveurs. Soixante malades seront inclus dans l’essai clinique « Coviplasm » organisé dans différents hôpitaux de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. La moitié d’entre eux recevra un apport en « plasma-convalescent ». Deux unités de plasma de patient convalescent de 200 à 220 ml chacune seront transfusées au jour 6 (+/- 1 jour) après le début des symptômes cliniques. En l’absence d’événements indésirables aigus et imprévus chez les trois premiers patients, deux unités seront transfusées 24 heures après les deux premières, soit un total de quatre unités par patient.

Donneurs. Ils devront être guéris depuis au moins 14 jours. Le prélèvement se fera comme habituellement pour les dons de plasma par plasmaphérèse. Les prélèvements ciblés par l’Etablissement Français du Sang (EFS) débuteront le mardi 7 avril dans trois régions (Ile-de-France, Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté) chez les premiers malades français guéris du Covid-19. Les patients guéris du Covid-19 seront ainsi invités personnellement à donner leur plasma à l’EFS, unique collecteur de sang en France. Ce dernier prélèvera 600 ml de plasma chez près de 200 patients guéris, permettant ainsi la mise à disposition de 600 unités de 200 ml de plasma pour l’essai clinique chez les malades.

Cet essai clinique est mené sous la direction du Pr Karine LACOMBE, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP) et le Pr Pierre Tiberghien (EFS, Université de Franche Comté). « Une première évaluation pourra être rendue deux à trois semaines après le début de l’essai clinique, précise-t-on auprès de l’EFS. En fonction de l’efficacité du traitement et de l’absence d’apparition d’effets secondaires délétères, l’essai clinique pourra être élargi à un nouveau groupe de patients. »

 Plus largement l’EFS va mener, avec l’Institut Pasteur, dans des études de séroprévalence qui permettront de suivre l’immunité collective contre le coronavirus. En recherchant la présence d’anticorps contre le virus dans un échantillon représentatif des donneurs de sang venant faire un don pendant une période précise, il sera possible d’obtenir une image de la propagation du virus en France. Précision : ces test seront réalisé de manière aléatoire et il n’est pas prévu que les résultats individuels soient communiqués aux donneurs. On est en droit de se demander pourquoi.

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : le gouvernement cèdera-t-il aux nouvelles pressions médicales?

Bonjour

04/04/2020. C’est une nouvelle étape, médicale, pharmaceutique et politique. Lancé par l’ex-ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy un appel de personnalités médicales demandant aux autorités sanitaires d’assouplir d’urgence les possibilités de prescription d’hydroxychloroquine contre le Covid-19. Un appel peu banal réunissant des personnalités que rien, jusqu’ici, ne réunissait hormis le titre de docteur en médecine 1. Un appel relayé par une pétition baptisée «#NePerdonsPlusDeTemps», qui a recueilli en quelques heures plusieurs dizaines de milliers de signatures soutiens sur la plateforme Change.org. Extraits de cet appel :

« Nous vivons une crise sanitaire mondiale d’une grande ampleur et notre pays est fortement frappé par la vague épidémique de Covid-19. Chaque jour, nous déplorons de nombreux décès. Contre cette maladie, nous ne disposons ni de vaccins, ni de traitement antiviral même si les données scientifiques actuelles sont parcellaires et discordantes.

« Des données chinoises récentes ont suggéré l’efficacité de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine au laboratoire et chez les malades. Une étude publiée par Chen et coll. (Efficacy of hydroxychloroquine in patients with Covid-19 : results of a randomized clinical trial) montre l’efficacité de l’hydroxychloroquine chez les malades atteints par le Covid-19 souffrant de pneumonie moyennement sévère ; les quelques patients qui se sont aggravés ne recevaient pas le traitement.

« Des cartes publiées par Santé Publique France montrent un taux de mortalité chez les personnes hospitalisées beaucoup plus faible à Marseille que dans le reste du territoire. Au vu des données scientifiques internationales ainsi que des expériences de terrain remontant de médecins au contact direct de l’infection et en l’attente de nouvelles données scientifiquement contrôlées, les autorités italiennes, puis américaines ont pris, dans ce domaine, des décisions thérapeutiques hardies (…).

« Le 29 mars, après avis favorable de la FDA (agence américaine du médicament), le ministère de la santé des Etats-Unis d’Amérique (US Department of HHS) a décidé de mettre de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine à la disposition des pharmacies hospitalières sur l’ensemble du territoire fédéral. Le Gouvernement américain utilisera sa réserve stratégique faite de millions de traitements constitués depuis plusieurs semaines.

«  Dès maintenant, la FDA autorise tous les médecins hospitaliers américains à prescrire ces deux médicaments y compris en dehors d’essais thérapeutiques. Elle demande, comme en Italie, que toutes les données médicales des malades traités soient collectées afin de les analyser. Le Portugal vient de recommander ces traitements pour les cas de Covid-19 avec pneumonie (…).

« En attente de nouvelles données scientifiquement contrôlées, dans la situation aigüe que nous connaissons, de plus en plus de médecins pensent que cette stratégie s’impose, conforme à leur serment d’Hippocrate, de traiter leurs malades en leur âme et conscience. »

Que doit faire le pouvoir sanitaire exécutif ?

Les signataires ajoutent que le gouvernement français a pris un décret (n° 2020/337 du 26 mars 2020) qui  ne permet l’utilisation de l’hydroxychloroquine (Plaquenil de Sanofi) qu’ « après décision collégiale, dans le respect des recommandations du Haut-Conseil de la Santé Publique et, en particulier de l’indication pour les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d’une défaillance d’organe ».

Selon eux, à ce stade trop tardif de la maladie, ce traitement risque d’être inefficace. « Si l’efficacité de l’hydroxychloroquine se confirme, il faudra rapidement ouvrir le protocole aux médecins libéraux pour éviter la saturation des hôpitaux » ajoutent-ils encore. Conclusion :

« Nous demandons donc au Premier ministre et à son Ministre de la Santé  de modifier d’urgence ce décret et de mettre à disposition immédiate dans toutes les pharmacies hospitalières de l’hydroxychloroquine ou, à défaut, de la chloroquine pour que chaque médecin hospitalier puisse en prescrire à tous les malades atteints de forme symptomatiques de l’affection à Covid-19, particulièrement à ceux atteints de troubles pulmonaires si leur état le requiert.  Nous appelons l’Etat à effectuer des réserves ou des commandes d’hydroxychloroquine afin que, si l’efficacité se confirmait dans les prochains jours, nous ne soyons pas en manque de traitement. »

Olivier Véran a expliqué à plusieurs reprises ces derniers jours pourquoi il avait pris ce décret (qui reprend les recommandations alambiquées du Haut Conseil de Santé publique. Va-t-il, sous la pression de cet appel, céder ? Si oui comment ne pas voir que de nouvelles demandes d’élargissement seront aussitôt formulées (à commencer par les prescriptions de ville) – et ce toujours en l’absence de certitudes scientifiques.

Que peut, que doit, dans une telle situation, faire le pouvoir sanitaire exécutif ? Saisir ses deux Conseils scientifiques ? Le Comité national d’éthique ?

A demain @jynau

1 Pr. Philippe Douste-Blazy, Professeur de santé publique et d’épidémiologie, ancien Ministre de la Santé ; Pr. Christian Perronne, Chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches ; Dr. Michèle Barzach, ancienne Ministre de la Santé ; Pr. Isabelle Bourgault Villada, Professeur de dermatologie à l’hôpital Ambroise Paré ; Pr. François Bricaire, ancien Chef du service de maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Membre de l’Académie de Médecine ; Pr. Marc Gentilini, Professeur de parasitologie, de santé publique et de clinique des maladies infectieuses, Membre de l’Académie de Médecine ; Pr. Olivier Goulet, Professeur de pédiatrie de l’hôpital Necker ; Pr. Jacques Marescaux, Président Fondateur de l’IRCAD, Membre de l’Académie de Médecine ; Pr. Catherine Neuwirth, Professeur de microbiologie au CHU de Dijon ; Dr. Patrick Pelloux, Président de l’Association des médecins urgentistes de France ; Pr. Paul Trouillas, Professeur de neurologie au CHU de Lyon ; Dr. Martine Wonner, psychiatre, députée LREM du Bas Rhin.

Hydroxychloroquine: les nouvelles conclusions du mensuel Prescrire quant à son efficacité

Bonjour

03/04/2020. Le 31 mars Prescrire donnait fort heureusement de la voix dans les turbulences montantes de l’affaire de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19. Voici ce qu’était, alors, la conclusion de de mensuel radicaement indépendant de l’industrie pharmaceutique :

« Avant d’exposer les patients en routine, la conduite d’autres essais comparatifs randomisés, de plus grande ampleur, est justifiée pour explorer cette hypothèse, tel l’essai en cours au niveau européen (essai dit Discovery) ». Où l’on voyait, alors, que Prescrire rejoignait la position et les recommandations de l’Agence nationale de sécurité du médicament.

Le mensuel revient, trois jours plus tard, sur le même sujet. Extraits :

« Des résultats d’un essai comparatif chinois de l’hydroxychloroquine (Plaquénil°) ont été publiés fin mars 2020 sur un site de publication avant relecture par des pairs (peer-review) . Cet essai a comparé un traitement habituel du covid-19 versus l’ajout d’hydroxychloroquine. Le protocole décrit diffère de celui déposé dans le registre chinois des essais cliniques.

« Cet essai a été mené chez 62 patients atteints de covid-19 (âgés en moyenne d’environ 45 ans), avec signe de pneumonie mais sans altération importante de leur saturation en oxygène. Au cours du suivi durant 6 jours, 4 patients ont eu une forme sévère de covid-19 dans le groupe témoin (traitement habituel) versus aucun dans le groupe avec ajout d’hydroxychloroquine (400 mg par jour pendant 5 jours) (absence de différence statistiquement significative). L’évolution des images radiologiques (scanner thoracique) a aussi paru meilleure dans le groupe hydroxychloroquine. »

Mais pour Prescrire trois questions majeures se posent :

  • des patients sont-ils morts en cours d’essai ?
  • la durée de suivi est-elle suffisante pour évaluer la mortalité étant donné la durée habituelle de la maladie ?
  • la durée de suivi est-elle suffisante pour évaluer les effets nocifs du traitement, alors que la demi-vie d’élimination de l’hydroxychloroquine varie de quelques jours à deux mois, d’où par exemple une longue exposition à des interactions médicamenteuses qui contribuent à allonger l’intervalle QT de l’électrocardiogramme ?

Le mensuel ajoute qu’ « une équipe française » (celle du Pr Jean-Michel Molina de l’hôpital Saint-Louis, Paris) a rapporté quelques données publiées sur une série de patients traités par hydroxychloroquine (600 mg par jour) et azithromycine (500 mg le 1er jour, puis 250 mg par jour pendant 4 jours). « Après 5 à 6 jours de traitement, la PCR était encore positive pour le SARS-CoV-2 dans les prélèvements nasopharyngés chez 8 des 10 patients étudiés, résume le mensuel. Chez un patient, le traitement a été arrêté au 4e jour en raison d’un allongement de l’intervalle QT de l’électrocardiogramme. »

En conclusion l’incertitude demeure, « qui incite à poursuivre les évaluations comparatives, et à continuer à être très prudent dans le maniement de l’hydroxychloroquine, vu ses dangers cardiaques, entre autres ».

Et, trois jours plus tard la même question : ces nouveaux éléments seront-ils de nature à convaincre ceux qui continuent, sur les ondes et les réseaux,  souvent au nom de l’urgence, à faire la promotion de l’hydroxychloroquine avant même (dans quelques jours ou quelques semaines) de connaître les résultats des évaluations comparatives randomisées ?

A demain @jynau