Le coronavirus n’est pas l'oeuvre de Big Pharma ! En êtes-vous vraiment bien certain ?

Bonjour

C’est un document présenté comme la démonstration  que l’épidémie débutante de coronavirus n’est due ni au hasard ni à la fatalité. On connaît le discours officiel : le nouveau virus qui commence à générer une psychose en Chine trouve son origine dans l’est du pays.

Le 2019-nCoV a émergé chez l’être humain dans un marché de la ville chinoise de Wuhan, où diverses espèces animales étaient présentes et commercialisées (poissons et produits de la mer, volailles, faisans, chauves-souris, marmottes…). Il est bien établi que c’est là une situation qui favorise grandement les recombinaisons génétiques des virus animaux et qui augmente les risques de transmission de nouveaux virus pathogènes à l’espèce humaine. Ce marché a été fermé le 1er janvier pour limiter la contagion –trop tard.

« Mais sur les réseaux sociaux, certains cherchent une explication ailleurs. Des publications, qui circulent notamment sur Facebook, évoquent un très court extrait d’un brevet déposé aux Etats-Unis en 2003, concernant un coronavirus, qui prouverait que le virus aurait été créé à dessein, rapportent Les Décodeurs du Monde. Selon ce texte, et plusieurs autres, le coronavirus est une création dûment brevetée en 2003 auprès des autorités américaines.

« Je découvre que le Coronavirus n’est pas nouveau, a été créé en 2003 aux USA et que bizarrement quelque chose devrait se passer ce 24 janvier 2020 ! Le coronavirus est un virus breveté américain qui arrive à expiration le 23 janvier 2020. Donc quoi de mieux que de lancer une épidémie pour vendre leurs vaccins avant expiration. C’est une épuration pour gaver des actionnaires. »

Faux, affirment les raisonnables Décodeurs du dernier quotidien vespéral de la capitale. :

« Si l’on regarde la photo du document en question, on peut lire le numéro de « US patent », soit le numéro d’enregistrement du brevet auprès de l’administration américaine. Il est alors très simple d’obtenir le texte dudit brevet grâce à un moteur de recherche. Le brevet porte bien sur un coronavirus et date effectivement de 2003, comme l’affirme la publication Facebook. Sauf que le virus dont il est question – SARS-CoV – est celui qui a sévi entre 2002 et 2003, en Chine, et qui est la cause du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). Le document n’a donc rien à voir avec le coronavirus en cause dans l’épidémie actuelle – et qui porte le nom de 2019-nCoV. »

Le capitalisme peut lui aussi avancer masqué

Faudrait-il encore (comme nous l’avons fait sur Slate.fr avec Antoine Flahault), redire qu’il existe bien des coronavirus dans la Nature ?

« Ces «virus à couronne» doivent leur appellation au fait que, sous l’œil du microscope électronique, ils font étrangement songer à la couronne solaire. Il s’agit d’un genre de virus de la famille des coronaviridæ, dont le génome est fait d’ARN et qui sont dotés d’une enveloppe virale et d’une coque (ou capside) de symétrie hélicoïdale.

Le 2019-nCoV est le septième représentant connu de cette famille capable d’infecter l’être humain par voie pulmonaire. Deux d’entre eux ont été découverts récemment, suscitant aussitôt une grande inquiétude à l’échelon international du fait de leur caractère contagieux. Ce fut tout d’abord le SARS-CoV, responsable de l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). Est ensuite venu le MERS-CoV, à l’origine de l’épidémie du syndrome respiratoire du Moyen-Orient.

En 2002 et 2003, le premier avait infecté en Chine plus de 8.000 personnes et causé près de 800 morts. Quant au second, apparu en 2012 au Qatar et en Arabie saoudite, il fut à l’origine de plus de 1.700 cas officiellement recensés, dont plus de 700 mortels. »

Quant à « breveter » une entité virale, cela ne signifie en rien qu’on aurait créé ce chaînon enre le vivant et l’inerte – entre cet inerte qui se nourrit du vivant.  « Lorsqu’on regarde le contenu du document, expliquent nos Décodeurs, on s’aperçoit qu’il s’agit avant tout de décrire le virus en détail, c’est-à-dire de breveter le séquençage de son ADN. D’ailleurs, une bonne partie des 72 pages du document est une longue liste de nucléotides – A, T, G, C – qui forment la séquence ADN du virus, puis une longue liste d’acides aminés. »

On sera en revanche plus dubitatif sur leur chute : «  Quant à l’accusation de ‘’lancer une épidémie pour vendre leurs vaccins avant expiration’’ des vaccins, elle ne correspond pas non plus à la réalité, puisqu’il n’existe aujourd’hui aucun vaccin pour l’épidémie actuelle de coronavirus 2019-nCoV». Ce n’est malheureusement pas là un argument de poids : quel intérêt y aurait-il à proposer dès aujourd’hui un vaccin efficace ? Mieux vaudrait laisser la demande s’envoler. Les complotistes savent que le capitalisme peut, lui aussi, avancer masqué.

A demain @jynau

Toxicomanie : en Suisse, soigner avec de l’héroïne pharmaceutique administrée par voie nasale

Bonjour

Question à mille francs : pourquoi la petite Suisse est-elle à ce point en avance sur la France quant la politique de réduction des risques ? Depuis un quart de siècle la prescription de diacétylmorphine (DAM ou « héroïne pharmaceutique ») fait partie de l’offre thérapeutique ordinaire comme alternative en cas de non-réponse au traitement agoniste opioïde classique.

En Suisse, 8% des personnes devenues gravement dépendantes à l’héroïne sont aisi soignée. Dispensé dans des centres spécialisés, le traitement consiste en l’administration (strictement réglementée et contrôlée) de diacétylmorphine – et ce dans le cadre d’un suivi médical et psychosocial. Il a été expérimenté pour la première fois en Suisse en 1994, dans le cadre d’une étude de cohorte. Et au vu des résultats positifs obtenus, il s’est imposé en tant que mesure thérapeutique. Mieux encore : il  a été inscrit dans la loi sur les stupéfiants en 2011. En 2016 environ 1.600 personnes dépendantes ont suivi un tel traitement dans vingt-et-un centres ambulatoires spécialisés et un centre pénitentier.

Pour autant – et bien que la forme galénique intraveineuse ait été complétée par des comprimés à libération immédiate et à libération prolongée-  une partie du « public cible » n’est pas atteinte. « En premier lieu, il existe souvent de graves lésions veineuses dues à la prise sur le long terme de substances issues du marché noir, peut-on lire dans le dernier numéro de la Revue Médicale Suisse (15 janvier 2020) 1. Certaines personnes s’injectent par voie intramusculaire, ce qui ne produit pas les mêmes effets qu’une injection intraveineuse: diffusion plus lente, effet moindre, et différé. D’autres personnes injectent dans des zones à haut risque comme la veine fémorale commune. Globalement, ces deux options ne sont médicalement pas adaptées. »

Les auteurs ajoutent que l’incidence de la bronchopathie chronique obstructive (BPCO) augmente en raison des années d’exposition à la fumée de tabac ou à d’autres substances. « Lors de l’injection d’opioïdes, une désaturation en oxygène peut alors survenir plus rapidement, expliquent-ils. Le passage aux comprimés n’est souvent pas satisfaisant en raison de l’absence d’effet « flash », avec le risque très important d’un retour à l’héroïne intraveineuse non médicale. »

L’exécutif français allergique à la réduction des risques

Enfin, un troisième groupe d’usagers ne consomme ni par voie intraveineuse ni par voie orale, mais en sniff. L’héroïne inhalée a une diffusion dans l’organisme plus lente que par voie intraveineuse, mais plus rapide que par voie orale, avec un effet subjectif de high. Si la recherche de cet effet est au premier plan, la prescription de comprimés sera perçue comme peu attractive.

C’est dans ce contexte que des médecins du programme HegeBe (pour « Heroin gestützte Behandlung ») ont donc exploré la possibilité d’une administration intranasale de la DAM. L’inhalation de comprimés pilés est exclue en raison des excipients potentiellement nocifs. Une autre solution est envisagée: l’administration à l’aide d’un nébuliseur. « Ce traitement devrait être offert dans le cadre d’une étude observationnelle multicentrique » préccisent les Drs Marc Vogel et Hannes Strasser.

Les médecins du programme HegeBe espèrent les effets suivants: réduction des dommages par rapport aux injections intramusculaires ou intraveineuses inguinales, meilleure tolérance chez les personnes souffrant d’une BPCO, acceptabilité du traitement plus élevée qu’avec les comprimés pour le sous-groupe des personnes consommatrices par voie inhalée. Les résultats préliminaires sont attendus courant 2020.

Est-ce la Suisse qui est en avance dans la prise en charge de ces grands malades ? Ou est-ce la France qui tarde ?

« La France ? Léon Schwartzenberg devint le ministre de la Santé le plus éphémère … quand il évoqua la possibilité en France des traitements par DAM se souvient le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Aujourd’hui, de Liverpool à Liège, de l’Allemagne à la Suisse, nous ne manquons ni de recul, ni de travaux sur ce que peut apporter ‘’l’héroïne médicalisée’’ dans des indications précises – notamment après échec méthadone ou buprenorphine. Mais qui lit encore ce raport de l’Inserm ? C’est le même problème que les salles de consommation à moindre risque, le cannabis thérapeutique, la e-cigarette : il nous faut franchir nos résistances, nos morales (françaises) pour pouvoir développer l’accès aux stratégies de réduction des risques …. »

Dépassons la morale, allons jusqu’à l’éthique politique. Qui, au sein de l’exécutif français, s’intéresse encore au beau concept de réduction des risques ?

A demain @jynau

1 «Vers une homologation de l’héroïne pharmaceutique par voie inhélée : un projet pilote », Marc Vogel (Services psychiatriques de Thurgovie, Muensterlingen, Marc.Vogel@stgag.ch) et Hannes Strasser (Cliniques universitaires psychiatriques, Bâle, Hannes.Strasser@upk.ch ).

Cannabis-Urgent : recherche un bon producteur français (s’adresser à l’Agence du médicament)

Bonjour

Pour un peu on en rirait. Résumons. Régulièrement annoncée l’expérimentation (officielle) du cannabis thérapeutique en France devrait débuter en septembre. Cette fois l’annonce en a été faite, le 22 janvier 2020, par Christelle Ratignier-Carbonneil, depuis trois ans directrice générale adjointe de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). C’était sous les ors de l’Assemblée nationale, lors des premières auditions de la « mission d’information commune sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis ».

« Septembre, c’est demain, c’est très proche », a fait observer la directrice générale adjointe, citée par l’AFP. Compte tenu de ce délai, l’ANSM envisage donc « plutôt d’avoir recours à des producteurs étrangers » pour fournir le cannabis nécessaire. Faut-il ici rappeler que la législation française interdit (actuellement) la culture des plants contenant des taux supérieurs à 0,2 % de THC ?

In ViVo et la Creuse bigrement intéressés

Pour autant la directrice générale adjointe ne néglige pas un certain pragmatisme surréaliste . « Si un producteur national est en capacité de répondre aux critères (…) , il pourra être retenu », a osé préciser Mme Ratignier-Carbonneil. Elle a même ajouré que « des réflexions sont actuellement en cours » entre, d’une part, le ministère des Solidarités et de la Santé et, de l’autre celui de l’Agriculture et de l’Alimentation pour permettre une production française. On attend ici, plus que celles d’Agnès Buzyn, les réflexions de Didier Guillaume toujours prolixe quand il s’agit de lutter contre les addictions et l’addictologie.

« Notre seul objectif reste la qualité des produits qui doivent être mis à la disposition des patients » a encore souligné la directrice générale adjointe. Et l’AFP de préciser que « malgré l’interdiction actuelle, InVivo, l’un des premiers groupes agricoles coopératifs français, a déposé une demande auprès de l’ANSM pour se « positionner sur le marché ». On sait aussi que le département de la Creuse est intéressé et qu’à Guéret le Premier ministre n’avait pas dit non. .

Pour un peu, on en rirait ? Ce serait oublier que l’expérimentation du cannabis « à usage médical » doit concerner trois mille personnes qui souffrent de maladies graves – certaines formes d’épilepsie, de douleurs neuropathiques, d’effets secondaires de chimiothérapie, de soins palliatifs ou de scléroses en plaques. Oublier que le cannabis sera consommé sous forme d’huile ou de fleurs séchées (« la voie fumée a été écartée à cause des effets nocifs de la combustion sur la santé »). Oublier que ce cannabis sera prescrit « en dernière intention » (a rappelé Mme Ratignier-Carbonneil). Oublier, enfin, que les patients concernés « pourront bénéficier du cannabis gratuitement ».

A demain @jynau

Crachats, VIH et sérophobie : précisions et précautions après la diffusion d’une vidéo virale

Bonjour  

C’est un sujet qui avait disparu de l’actualité depuis près de deux décennies. On le retrouve aujourd’hui avec l’émotion suscitée, sur les « réseaux sociaux », par une vidéo – images qui montrent un policier interpeller violemment un manifestant. Le syndicat policier « Alliance » affirme quant à lui que la personne impliquée aurait craché du sang au visage du policier en disant « j’ai le sida, tu vas crever ».  

« L’ampleur de cette actualité engendre fatalement nombre de réactions, au contenu parfois imprécis et stigmatisant sur le VIH/sida » rappelle fort justement l’association AIDES qui « tient à rappeler le poids des mots et ce qu’ils peuvent porter de stigmas et d’informations fausses ». Voici son message :

« La rapidité de traitement de l’actualité implique régulièrement des approximations ou pire, de laisser la place à de fausses croyances. C’est particulièrement vrai concernant le VIH/sida. Or, laissez véhiculer de fausses idées, c’est nourrir la sérophobie qui fait le jeu de l’épidémie. Aux médias, syndicats, policier-es, manifestants-es, citoyens-nes, nous rappelons que :  

VIH ≠ SIDA : Une personne séropositive n’a pas le sida. Lorsqu’elle dispose d’un traitement, elle vit simplement avec le virus, et dispose d’une espérance de vie similaire à une personne séronégative. Aujourd’hui en France, découvrir sa séropositivité n’est pas une condamnation à mort et le VIH ne peut évidemment pas être considéré comme une arme.

Les modes de contaminations sont : les sécrétions sexuelles, le lait maternel, le sang. La salive ne transmet pas le VIH. De plus, le VIH a une très faible résistance à l’air libre. Après cinq à dix secondes à l’air libre, une goutte de sang ne contient plus de virus.

Le TasP (Treatment as Prevention) est une réalité : une personne séropositive sous traitement dont la charge virale est indétectable devient intransmissible (I=I). Cela veut dire qu’elle ne peut plus transmettre le virus, quel que soit le mode de transmission. »  

Pour AIDES, il est de la responsabilité de toutes et tous de rappeler « dès que nécessaire » ces informations. Sans cela, les stigmatisations et fausses croyances ne pourront pas cesser. A fortiori dans un contexte de violences, policières ou pas, et de « vidéo virales », souvent pathogènes.  

A demain @jynau

Il se trompe dans le dosage de Dépakine®, l’interne est condamné à plus de 10 000 euros

Bonjour

On ne commentera pas. « Bavure médicale à La Timone : l’interne condamné ». C’est une information de La Provence (Denis Trossero) reprise par Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos). Où l’on apprend qu’un interne de médecine de l’hôpital de la Timone de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille a récemment été condamné à verser 8 000 euros d’amende avec sursis et à une contravention de 800 euros par la sixième chambre du tribunal correctionnel de Marseille. Il avait «mal dosé » la Dépakine®

Les faits datent de 2017. Fin octobre, un couple arrive aux urgences de l’hôpital de la Timone avec leur bébé de vingt mois. Atteint d’une pathologie oncologique, l’enfant est « traité avec des bêtabloquants et de la Dépakine® pour améliorer l’efficacité de sa chimiothérapie », précisait alors  France Bleu Provence. Les parents alertent les équipes médicales que leur enfant est dans un état comateux après chaque prise de médicaments. 

Or, l’ordonnance rédigée par un interne comporte une erreur de conversion entre milligrammes et millilitres ayant conduit à un dosage de Dépakine® , dix fois supérieur à la normale. Un lavage d’estomac fut pratiqué d’urgence. Puis les parents portèrent plainte contre l’hôpital.

Outre l’amende et la contravention, l’interne devra verser à chacun des parents le somme de 1 000 euros en réparation de leur préjudice moral. Magnanime, la justice n’inscrira pas cette condamnation au casier judiciaire de l’interne.  La pharmacienne qui était également poursuivie a été relaxée. On ne commentera pas.

A demain @jynau

A l’attention des malades souffrants et des toxicomanes : la nouvelle donne du Tramadol®

Bonjour

C’est une nouvelle étape dans la politique de réduction des risques inhérents aux médicaments. Après avoir (enfin) obtenu le retour du paracétamol et de l’aspirine derrière le comptoir du pharmacien d’officine, le directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient de réussir à réduire la durée de prescription de la pléiade de spécialités contenant du tramadol :

BIODALGIC, CONTRAMAL, MONOALGIC, MONOCRIXO, OROZAMUDOL, TAKADOL, TOPALGIC, ZAMUDOL, ZUMALGIC et TRAMADOL GENERIQUESIXPRIM, ZALDIAR, TRAMADOL/PARACETAMOL GENERIQUES. SKUDEXUM.

Détail : en 2017, 6,8 millions de Français avaient consommé au moins une fois dans l’année l’une de ces spécialités.

On rappelle à cette occasion que le tramadol est indiqué uniquement indiqué « dans le traitement des douleurs modérées à intenses » mais qu’il « ne doit pas être prescrit dans le traitement de la migraine ». « Pour limiter le risque de dépendance, il doit être prescrit pendant la durée la plus courte possible, ajoute l’ANSM. Pour éviter un syndrome de sevrage, la posologie doit être diminuée progressivement avant l’arrêt du traitement. » Sans oublier qu’il « expose à des risques de convulsions ».

Décision : la durée maximale de prescription des médicaments contenant du tramadol est réduite de 12 mois à 3 mois. Elle sera applicable à compter du 15 avril 2020. Au-delà de 3 mois, la poursuite d’un traitement par tramadol (voie orale) nécessitera une nouvelle ordonnance.
 

Il s’agit ici de « limiter le mésusage » ainsi que les risques de dépendance. Cette mesure découle notamment des enseignements émergents de l’Etat des lieux sur la consommation des opioïdes et de la feuille de route 2019-2022 publiée par le Ministère de la Santé « Prévenir et agir face aux surdoses d’opioïdes ». 

Il s’agit surtout de (tenter de) lutter contre ce que montrent plusieurs enquêtes du réseau d’addictovigilance (CEIP-A). Le tramadol est ainsi devenu, en France le premier antalgique opioïde cité à la fois chez les usagers de drogue mais également dans la population générale pour le traitement de la douleur.

Les « usages problématiques » observés sont notamment une dépendance avec des signes de sevrage survenant même lors de prises à doses recommandées et sur une courte période – dépendance entraînant « une prise persistante par des patients qui ne présentent plus de douleur ». C’est aussi le premier antalgique impliqué dans les décès liés à la prise d’antalgiques, devant la morphine. C’est encore le deuxième antalgique le plus fréquemment retrouvé sur les ordonnances falsifiées présentées en pharmacie, derrière la codéine.

« Les médecins connaissent mal la molécule et les patients ne reconnaissent pas toujours les signes de dépendance  explique, dans Le Monde (Chloé Hecketsweiler) Nathalie Richard, directrice adjointe des médicaments antalgiques et stupéfiants à l’ANSM. Nous souhaitons débanaliser la prescription du Tramadol, notamment à la sortie de l’hôpital, où l’on donne souvent des ordonnances pré-imprimées aux patients. ».

La codéine et la poudre d’opium

« Certains patients présentent des symptômes de dépendance après seulement un mois » ajoute le Pr Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie et du centre de la douleur du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand. En outre, le sevrage est complexe, car le tramadol agit à la fois comme un antidouleur et un antidépresseur.»

Des prescriptions, donc, qui ne pourront plus être de douze mois mais de trois seulement. Sera-ce suffisant face à un mal national qui semble autrement plus profond ?

«Cette décision fait suite à un avis de 2019 de la commission des stupéfiants et psychotropes, nous a précisé le Pr Authier. L’alternative de mettre le tramadol en prescription sur ordonnancé sécurisée a été discuté mais pas retenue car cela aurait entraîné un report majeur des (primo)prescriptions d’antalgiques opioïdes vers la codéine et la poudre d’opium. Et donc une majoration des complications liées à ces deux molécules. Par ailleurs, passer les trois molécules sur ordonnances sécurisées risquait aussi de réduire significativement l’accès aux antidouleurs et provoquer une régression dans la prise en charge de la douleur en France.»

En revanche, il faudra selon lui probablement harmoniser cette mesure de limitation du renouvellement d’ordonnance à 3 mois à la codéine et à la poudre d’opium. Pour le Pr Authier cette mesure « rappelle la responsabilité du médecin, qui expose un patient à une substance potentiellement à risque de mésusage et pharmacodépendance, de réévaluer fréquemment la pertinence de ce traitement .»

Dont acte.

A demain @jynau

Loterie médicamenteuse pour enfants condamnés: les explications de Novartis à Slate.fr

Bonjour

Comment et pourquoi? Comment un géant de Big Pharma peut-il prendre la décision d’organiser une sorte de tirage au sort destiné à sauver, grâce à l’un de ses médicaments au prix ahurissant, une centaine d’enfants condamnés par une maladie génétique? Et pourquoi s’engage-t-il dans cette voie sans précédent?

Ce sont là les deux questions au cœur de l’affaire Zolgensma®, du nom du médicament de la multinationale pharmaceutique suisse Novartis. Une affaire d’autant plus spectaculaire qu’elle concerne le médicament le plus coûteux du monde (près de deux millions d’euros l’injection, unique). Une affaire d’autant plus emblématique qu’elle concerne une substance issue de travaux initiaux novateurs conduits en France grâce aux sommes recueillies via les initiatives caritatives de l’AFM-Téléthon. Après avoir, sur ce blog et sur Slate.fr exposé les différentes pièces du dossier, nous avons, pour mieux comprendre, interrogé le géant Novartis – qui a accepté de nous répondre par la voix de Marilise Marcantonio, porte-parole de Novartis France (sans demander  – point notable- à relire les propos rapportés).

A lire sur Slate.fr : « Loterie médicamenteuse pour enfants condamnés: Novartis s’explique »

Aussi audibles qu’ils puissent être, ces arguments peuvent-ils être compris? Pour l’heure, Novartis, en adoptant une telle démarche, prend un risque majeur: oser la gratuité tout en gardant pleinement les commandes d’un dispositif jouant avec le hasard –le tout dans l’attente d’une commercialisation à des prix qui battront des records. Il y a là, de manière quelque peu paradoxale, matière à conforter l’image d’une industrie pharmaceutique enfermée dans sa logique capitalistique et ses appétits de profits.

«À mon sens, la seule réponse possible à cette affaire, si ce traitement est réellement efficace et bien toléré, serait de le rendre accessible à tous les enfants atteints de cette maladie rare, estime le Pr Antoine Flahaultspécialiste de santé publique (directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’Université de Genève). Et ce quitte à créer un instrument (du type Fonds mondial contre le sida) pour la coordination internationale de son financement et de sa distribution, en mettant le laboratoire pharmaceutique, les acteurs politiques, les soignants et les représentants des patients et leurs familles autour de la table.»

Voilà une proposition de bon sens. Mais cette table, en 2020, existe-t-elle ?

A demain @jynau