Big Pharma prie les médias de ne plus confondre les «cadeaux» et les «avantages» médicaux

Bonjour

Big Pharma vient d’apprendre qu’une étude publiée dans leBritish Medical Journal, (largement relayée par les médias) ose émettre une hypothèse : les médecins qui percevraient des « cadeaux » de la part des entreprises du médicament (Leem) auraient tendance à effectuer des « prescriptions plus chères et de moindre qualité ». Elle tient à préciser que ces entreprises du médicament « font de leurs relations avec les médecins généralistes une priorité absolue » (sic). Aussi émettent-elles « les plus vives réserves sur les conclusions tirées de cette étude et souhaitent apporter des précisions essentielles à sa bonne lecture ».

Tout d’abord que la base www.transparence.sante.gouv.fr inclut « des données composites émanant de plusieurs secteurs d’activité » et qu’elle regroupe sous le terme générique « d’avantages », des invitations à des événements scientifiques ou de formation, des frais d’hébergement, de déplacement ou de restauration… Exemple :

« Un médecin généraliste invité à un congrès orthopédique par une entreprise de dispositif médical et qui n’atteint pas les objectifs de prescription de génériques de l’Assurance maladie, va, selon la méthodologie de l’étude, être considéré exposé à l’influence des laboratoires pharmaceutiques. Pour mémoire, 219 382 avantages ont été accordés par les entreprises du médicament aux médecins généralistes en 2016. Sur ce nombre, seuls 306 dépassent 1 000 euros, ce qui relativise fortement la portée des conclusions de l’étude. »

Restauration de la confiance, alimentation de la suspicion.

Plus généralement le Leem estime que « l’étude ainsi que ses commentateurs entretiennent volontairement une confusion ». Confusion entre la notion de cadeaux [qui sont interdits par la loi depuis 1993] et celle d’avantages [qui sont autorisés, mais strictement encadrés par cette même loi et largement soumis à l’avis des ordres professionnels].

L’étude établit une corrélation entre la perception d’avantages par certains médecins généralistes et leur comportement de prescription ?  Mais comment ne pas souligner (comme les auteurs de l’étude) que cette corrélation n’est pas un lien de causalité – puisque « les données disponibles ne permettent en aucun cas d’établir une relation directe entre la perception d’avantages de la part d’un industriel et la prescription de médicaments proposés par cette même entreprise ». Pour finir :

« Le Leem dénonce fermement ce nouveau dénigrement d’une industrie dont la vocation première est d’apporter aux patients des solutions thérapeutiques toujours plus sûres et toujours plus efficaces. Il souligne que les relations de travail entre les médecins et les entreprises du médicament sont indispensables à une meilleure prise en charge des patients et invite à abandonner les caricatures. Le Leem regrette la vision simpliste et infantilisante des médecins généralistes projetée par certains commentateurs de l’étude. »

Et Big Pharma de souhaiter une restauration de la confiance de préférence à une alimentation de la suspicion.

 A demain @jynau

Baclofène inopérant contre la maladie alcoolique? Pour Prescrire la messe est bel et bien dite

Bonjour

Pourquoi publier maintenant ? C’est un épais dossier 1 du mensuel Prescrire (novembre 2019) qui ne manquera pas, au choix, de faire sourire, d’irriter ou d’enrager : « Baclofène (Baclocur®) : une aide modeste pour certains patients dépendants de l’alcool ». Une « synthèse élaborée collectivement par la rédaction sans acun conflit d’intérêts »). En voici le résumé (nous soulignons) :

« L’alcoolodépendance est une maladie chronique grave, parfois mortelle, caractérisée par la perte de la maîtrise de la consommation d’alcool. Après avoir accompagné les patients vers une démarche de soin, un soutien psychologique et social est souvent utile pour diminuer leur consommation d’alcool ou pour maintenir l’abstinence ou une consommation contrôlée en faible quantité.

« Quelques médicaments, tels que l’acamprosate (Aotal® ou autre) ou la naltrexone (Naltrexone Mylan® ou autre), aident parfois mais leur efficacité est modeste. Après échec de ces traitements, le baclofène (Baclocur®) à doses modérées aide aussi modestement. Parmi la quinzaine d’essais menés chez environ 1 700 patients alcoolodépendants, une synthèse de neuf essais a montré un allongement du délai avant perte de contrôle de la consommation d’alcool avec le baclofène à doses journalières inférieures ou égales à 75 mg, 30 mg par jour étant la dose la plus fréquemment évaluée.

« Deux grands essais, Alpadir et Bacloville, menés chez 320 patients chacun, ont montré un gain d’efficacité incertain avec de fortes doses de baclofène, avec l’apparition d’effets indésirables préoccupants : sensations vertigineuses, somnolences, troubles sensitifs et musculaires, un surcroît d’hospitalisations et de morts à doses supérieures à 80 mg par jour, et des incertitudes sur un éventuel effet tératogène et un syndrome de sevrage chez l’enfant à la naissance. 30 mg de baclofène par jour est une option pour les patients alcoolodépendants en échec des autres traitements, en sachant que son efficacité est limitée et la durabilité de ses effets incertaine.

« Il n’est pas démontré qu’augmenter les doses journalières de baclofène améliore son efficacité, et sa balance bénéfices-risques est défavorable aux doses supérieures à 80 mg par jour. »

Sur fond de maladie alcoolique et de réduction des risques

Rappel d’une déjà longue polémique sur fond de maladie alcoolique et de réduction des risques. À l’origine, le baclofène (Liorésal®, Baclofène Zentiva®) est indiqué dans le traitement des contractures musculaires d’origine neurologique. Ces dernières années, plusieurs études ont montré qu’avec des doses supérieures à celles habituellement utilisées (jusqu’à 300 mg/j), le baclofène agit sur la libération de dopamine et diminue le plaisir lié à la consommation d’alcool. Il rendrait indifférent à l’alcool et permettrait d’avoir une consommation contrôlée, voire d’être abstinent.

De nombreux patients alcoolo-dépendants ont donc souhaité bénéficier du baclofène, et sa prescription s’est ainsi développée sans autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cette indication. Afin d’encadrer ces prescriptions et de mettre en place un suivi des patients, l’ANSM a accordé le 14 mars 2014 une Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU), qui fixe les conditions de prescription du baclofène (patients pouvant bénéficier du traitement, posologies, prescripteurs, contre-indications…).

En octobre 2018, la spécialité Baclocur® a obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le traitement de l’alcoolo-dépendance. La Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU) est prolongée jusqu’à la commercialisation effective de la spécialité Baclocur® (a priori fin 2019).

Quel sera l’impact de Prescrire sur les ventes à venir ?

A demain @jynau

1 « Baclofène (Baclocur®) et alcoolodépendance » Rev Prescrire 2019 ; 39 (433) : 805-809. (pdf, réservé aux abonnés) ©Prescrire 1er novembre 2019

Faire une croix, dès demain, sur les «cadeaux» de Big Pharma aux médecins généralistes ?

Bonjour

A trop lire Prescrire, on croyait le sujet définitivement bouté hors de la réalité. A tort. « Les médecins généralistes français qui reçoivent des cadeaux des laboratoires pharmaceutiques ont tendance à faire ‘’des prescriptions plus chères et de moindre qualité’’, montre une étude originale à fort potentiel polémique et politique. Elle est publiée mercredi 6 novembre dans le British Medical Journal 1 et résumée sur le fil de l’AFP.

Corollaire : les généralistes  « qui ne reçoivent aucun avantage de la part de l’industrie pharmaceutique sont associés en moyenne à de meilleurs indicateurs établis par l’Assurance-maladie quant à l’efficacité de leurs prescriptions, et celles-ci coûtent globalement moins cher ». Attention toutefois : ces résultats ne démontrent pas de lien de cause à effet. Ils mais « renforcent l’hypothèse selon laquelle l’industrie pharmaceutique peut influencer les prescriptions des médecins généralistes et offrent un aperçu sur l’étendue de cette influence », soulignent l’université, le CHU de Rennes et l’Ecole des hautes études en santé publique dans un communiqué.

Des auteurs qui ne redoutent pas d’ajouter :  « Cette influence, parfois inconsciente chez les médecins, peut conduire à choisir un traitement qui n’est pas optimal, au détriment de la santé du patient et du coût pour la collectivité. »

Ce travail repose sur le croisement de deux bases de données. La première est le portail Transparence Santé, sur lequel doivent être déclarés (à partir d’un montant unitaire de 10 euros) tous les « liens d’intérêt » des professionnels de santé – équipements, repas, frais de transport ou d’hôtel offerts par des entreprises du secteur (laboratoires pharmaceutiques, fabricants de dispositifs médicaux, etc.). Une base qui établirait que « près de 90 % des médecins généralistes ont déjà reçu au moins un cadeau depuis 2013 ».

« Un aperçu sur une étendue« 

La seconde base est le système national des données de santé (SNDS), qui recense consultations, actes médicaux, prescriptions de médicaments et hospitalisations remboursés en conservant l’anonymat des assurés. Les auteurs ont ainsi analysé les prescriptions d’un peu plus de 41 000 médecins généralistes travaillant exclusivement dans le secteur libéral libéral. Puis ils les ont classés en six groupes, en fonction du montant des avantages perçus au cours de l’année 2016.

Résultat ? D’un côté les compromis, plus ou moins conscients de l’impact des cadeaux sur leurs ordonnances. De l’autre côté ceux qui refusent les avantages et qui sont (« en moyenne ») associés à  « des prescriptions moins coûteuses » ; « plus de prescriptions de médicaments génériques par rapport aux mêmes médicaments non génériques » (pour trois types de médicaments : antibiotiques, antihypertenseurs, statines) ; « moins de prescriptions de vasodilatateurs et de benzodiazépines pour des durées longues », dont l’usage est déconseillé par l’Assurance-maladie ; « moins de prescriptions de sartans » par rapport à une autre famille de médicaments, recommandés pour leur efficacité similaire avec un moindre coût.

RAS en revanche pour les prescription d’aspirine, de génériques d’antidépresseurs ou de génériques d’inhibiteurs de la pompe à protons ». Plus étrange encore, au vu de l’absence de relation de causalité : les auteurs montrent que plus le montant total des avantages perçus est élevé, plus le surcoût moyen par prescription augmente – de même que le déficit de prescription des versions génériques pour les antibiotiques, les antihypertenseurs et les statines.

Pour les auteurs ces résultats « observationnels » renforcent l’hypothèse « selon laquelle l’industrie pharmaceutique peut influencer les prescriptions des médecins généralistes ». Et ils « offrent un aperçu sur l’étendue de cette influence ». Mais que dit de la réalité statistique, économique et politique un « aperçu sur une étendue » ?

A demain @jynau

1 Association between gifts from pharmaceutical companies to French general practitioners and their drug prescribing patterns in 2016: retrospective study using the French Transparency in Healthcare and National Health Data System databases. Bruno Goupil, Frédéric Balusson, Florian Naudet, Maxime Esvan, Benjamin Bastian, Anthony Chapron, Pierre Frouard doi: 10.1136/bmj.l6015 | BMJ 2019;367:l6015

Procès du Mediator, ou quand grâce à Servier, certains «experts» roulaient sur de l’or

Bonjour

Cherchez l’argent ! Qui s’intéresse encore aujourd’hui au procès historique du Mediator ? Que reste-t-il à écrire sur cette affaire, ce drame, ce scandale sanitaire ? Quelques médias s’accrochent courageusement à la barre. Comme Le Monde (Henri Seckel) qui nous offre quelques pépites : « ‘’Combien avez-vous été rémunéré par Servier ?’’: au procès du Mediator, le défilé des consultants du laboratoire ». Citation du quotidien vespéral :

« La formidable complexité des débats qui caractérise le procès du Mediator a atteint un pic au cours de la bataille d’experts qui occupe pour quelques jours encore la 31e chambre du tribunal correctionnel de Paris, nous rapporte-t-il. La cinquième semaine du procès avait été celle des experts judiciaires : trois scientifiques, mandatés par les juges d’instruction, auteurs d’un rapport de 700 pages sur la nature et les effets du Mediator, largement défavorable aux laboratoires Servier. La sixième fut celle des contre-experts : une armée de consultants – chimiste, cardiologue, pharmacologue, diabétologue, obésologue – parfois dotés de CV prestigieux, grassement rémunérés par Servier pour décortiquer ou compléter l’étude des experts judiciaires. »

Plus précisément onze d’entre eux (sur dix-sept) sont venus à la barre faire part de leurs observations. Leurs témoignages visaient tous à réhabiliter le médicament, dédouaner les Laboratoires Servier, dénoncer la partialité des experts judiciaires, et expliquer, en substance, que les 700 pages que ces derniers avaient mis deux ans à boucler étaient bonnes à passer à la broyeuse.

Cherchez l’argent ! Comment passer à la vitesse supérieure ? Faire comme Me Charles Joseph-Oudin avocat de plusieurs centaines de parties civiles : poser systématiquement la même question liminaire et douloureuse : « Combien avez-vous été rémunéré par Servier pour votre travail ? ». Quelques exemples assez croustillants cité par Le Monde :  

« Donna Ryan, spécialiste de l’obésité, venue de Bâton-Rouge (Etats-Unis) pour expliquer que le Mediator ne pouvait être classé comme anorexigène, car les études ne montraient pas qu’il entraînait une perte de poids « supérieure de 5 % à celle constatée avec un placebo ». « Combien avez-vous été rémunérée par Servier pour votre travail ? », lui a demandé Me Joseph-Oudin. « 600 euros de l’heure » pour cette mission, et « 77 200 euros » au fil de sa carrière pour des « services » rendus aux laboratoires.

« Judith Korner, spécialiste du diabète, venue de New York, qui a aussi expliqué que le Mediator n’était pas un anorexigène, puisqu’il ne produisait pas « une perte de poids d’au moins 10 % » – ce sont les critères de l’Agence européenne du médicament en 1997. « Ces critères de 1997 étaient-ils identiques au moment de la mise sur le marché du Mediator [en 1976] ? », lui a demandé la procureure. Réponse, symbole de la fragilité de plusieurs témoins de la défense : « Je ne sais pas. »

« Combien avez-vous été rémunérée par Servier pour votre travail ?, a pour sa part demandé MJoseph-Oudin.

– 500 dollars de l’heure.

– Pour combien d’heures ?

– Pour ce rapport, la préparation, le témoignage, je dirais à peu près cinquante heures. » Total : à peu près 25 000 dollars (22 400 euros) »

« Jean-Pol Tassin, grand nom, ancien directeur de recherche à l’Inserm et au Collège de France [neurobiologiste spécialiste de l’addiction bien connu des médias]. « Quand on prend du Mediator et rien d’autre, on peut arriver à ce qu’il ne se passe pas grand-chose », a-t-il affirmé, avant de dérouler sa théorie : seul, le Mediator n’était pas dangereux. C’est combiné au Levothyrox ou au tabac qu’il pouvait l’être.

 « Si je vous comprends bien, on peut donc dire que le Mediator est un cofacteur de valvulopathie ? », a demandé la présidente. Jean-Pol Tassin a hésité, désarçonné : « Euh… Je dirais plutôt que le Levothyrox ou le tabac sont des cofacteurs. »

Me Charles Joseph-Oudin : « Pouvez-vous préciser le montant des honoraires que vous avez perçu de la part de Servier ?

– TTC ?

– Comme vous voulez.

– Depuis 2011, de l’ordre de 300 000 euros. »

Cherchez l’argent ! On comparera tous ces chiffres aux 40 000 euros (d’argent public) versés aux experts judiciaires pour deux ans de travail. 

Le procès du Mediator doit durer jusqu’en avril 2020.

A demain @jynau

Inespéré : la e-cigarette est «probablement» une aide efficace pour arrêter de fumer

Bonjour

C’est une étape importante dans la -déjà- longue histoire de la Révolution des Volutes. Et la démonstration que petit à petit l’oiseau de la réduction des risques fait son nid dans l’immense jungle du tabagisme et dans méandre du principe politique de précaution. Après nombre d’addictologues, d’esprits éclairés et d’un ancien Directeur général de la Santé, deux sociétés savantes hier encore rétives viennent de progresser dans leur perception du phénomène : la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF) et la Société Francophone de Tabacologie (SFT).

A l’occasion du Mois sans tabac elles « proposent dans un document une information sur la cigarette électronique ; information basée sur l’analyse des données scientifiques publiées ; document destiné avant tout aux fumeurs envisageant d’utiliser la cigarette électronique comme outil d’aide au sevrage tabagique ; document signé du Pr Nicolas Roch, président de la SPLF et de la Dr Anne-Laurence Le Faou, présidente de la SFT. Extraits :

La dépendance. « La dépendance tabagique a deux composantes : 1- Une dépendance physique liée au manque de nicotine (indépendante de la volonté) qui peut être comblée par apport de nicotine non-fumée médicamenteuse (patchs, pastilles, comprimés, inhaleurs, sprays ou comprimés sub-linguaux) et/ou non médicamenteuse (cigarette électronique). La varénicline qui bloque certains récepteurs nicotiniques est aussi un traitement efficace de la dépendance physique à la nicotine. 2- Une dépendance psychologique et comportementale.

Les traitements. « Les traitements médicalement validés sont ceux qui ont fait l’objet d’essais cliniques. Ils ont démontré qu’ils augmentaient les chances de l’arrêt du tabac avec un rapport bénéfice/risque positif. C’est le cas de tous les substituts nicotiniques et de la varénicline, remboursés en France ainsi que du bupropion, non remboursé. Ces traitements (à l’exception de l’inhaleur, des Nicorette Microtab et du spray de nicotine) sont remboursés par l’assurance maladie sans reste à charge pour les patients atteints d’une maladie de longue durée (en particulier dans le domaine des troubles respiratoires pour l’insuffisance respiratoire liée à la BPCO ou à l’asthme, pour le cancer du poumon ou la tuberculose), le reste à charge de 35% est payé par la complémentaire santé dans les autres cas. Ces traitements restent les traitements recommandés par les autorités de santé pour tous les fumeurs dont ceux atteints de maladies respiratoires.

La cigarette électronique. « Que sait-on de la toxicité de la cigarette électronique ? En utilisation normale Les émissions de la cigarette électronique contiennent moins de substances toxiques que la fumée du tabac. Elles peuvent induire toutefois des effets biologiques mesurables. Les conséquences cliniques et épidémiologiques (santé publique) à long terme de l’utilisation des cigarettes électroniques, à ce jour, ne sont pas connues. Les études bien conduites cliniques et épidémiologiques concluantes sont nécessaires pour évaluer le bénéfice et les risques exacts de leur utilisation.

Les cas de toxicité pulmonaire rapportés aux USA. « Ces cas ont concerné 1888 personnes à la date du 31 octobre 2019 dont 37 décès. Ces cas sont liés aux liquides que certains utilisateurs de cigarette électronique ont mis dans le réservoir. Dans 75- 80% des cas, ces liquides étaient fabriqués ou achetés hors du commerce officiel et contenaient des huiles de cannabis, du cannabis synthétique ou d’autres produits assimilés et souvent de l’acétate de vitamine E (produits formellement interdits dans liquides pour cigarettes électroniques en Europe). Il s’agissait donc du détournement d’usage du dispositif c’est-à-dire dans le cadre d’un usage récréationnel et non dans l’objectif de l’arrêt de la consommation du tabac. En absence d’identification de l’agents ou des agents causaux provoquant ces pneumopathies, il est recommandé de n’utiliser que les liquides commercialisés, de ne pas acheter des liquides dans la rue et de pas utiliser des huiles de cannabis ou d’autres produits non commercialisés.  En France le Directeur général de l’ANSES qui assure le contrôle des liquides pour cigarettes électroniques, a affirmé qu’aucun des liquides commercialisés en France ne posait de problème sanitaire. Intérêt de la cigarette électronique dans la sortie du tabac

Mais encore. « La cigarette électronique est utilisée le plus souvent sans aide médicale par des fumeurs qui veulent soit réduire leur tabagisme, soit arrêter de fumer. Selon Santé Publique France,

1) les données recueillies après le Mois sans tabac 2016 montrent que la cigarette électronique est de loin le produit le plus utilisé dans l’arrêt du tabac avec aide : 27% contre 18% pour les substituts nicotiniques et 10% pour le recours aux professionnels de santé.

2) il est estimé que 700 000 fumeurs ont arrêté de fumer en 7 ans avec la cigarette électronique seule ou en association avec d’autres aides.

Mais encore (bis). « Les données scientifiques actuellement disponibles sont toutefois insuffisantes pour conclure avec certitude que la cigarette électronique est un traitement efficace et sûr pour aider les fumeurs à arrêter de fumer. Un essai publié récemment dans le New England Journal of Medicine montre qu’il y a près de deux fois plus d’arrêt à un an avec la cigarette électronique qu’avec les substituts nicotiniques.

« L’utilisation prolongée de la cigarette électronique De nombreux utilisateurs continuent à fumer tout en vapotant. Cette situation laisse persister les risques du tabagisme. Ces vapo-fumeurs doivent être mieux substitués en nicotine par ajout de patchs et optimisation de la prise de nicotine par la cigarette électronique. Chez les fumeurs sevrés du tabagisme grâce à la cigarette électronique, un avis médical est recommandé en cas de dépendance persistante à la nicotine. En cas de consommation de cigarette électronique au-delà de 12 mois après l’arrêt du tabac 1,2, l’arrêt de la cigarette électronique est conseillé s’il n’existe aucun risque de retour au tabac. Cas particulier des maladies respiratoires chroniques Il est préférable d’utiliser un des traitements médicamenteux recommandés pour l’arrêt du tabac et remboursés en France : substituts nicotiniques ou varénicline, plutôt que la cigarette électronique.

Pour conclure. « Ne plus fumer est le premier objectif à poursuivre chez les fumeurs, notamment porteurs de maladies respiratoires chroniques. La cigarette électronique est probablement une aide efficace pour arrêter de fumer. Elle doit dans ce cas être utilisée de façon transitoire (en l’absence de donnée précise sur ses effets à long terme) en vue de l’arrêt de la consommation tabagique. Elle doit être proscrite chez les non-fumeurs. Fumer et vapoter dans le même temps n’est pas une solution, car cette conduite ne réduit pas les risques liés au tabac. »

Il ne faut probablement jamais désespérer.

A demain

1 Réaction-questions du Dr Anne Borgne (SOS Addictions) :  » 12 mois? Pourquoi pas 6 ou 24 ? D’où sort cette durée, de quelles données de la science? Ces donneurs de leçons frileux de ne pas s’avancer tant que la preuve scientifique de 25 000 études n’est pas faite peuvent-ils nous donner la référence concernant cette durée ? »

2 Réaction- commentaires de Sébastien Béziau, vice-président de #sovape. « Je partage ce point de vue.  AUCUN fondement pour limiter la durée à 12 mois. Ils font appel à une science soit-disant inexistante et incapable de démontrer une innocuité absolument indémontrable par définition. Mais quelle référence pour cette affirmation, à part le doigt mouillé ?

L’emploi permanent des conditionnels / potentiels est insupportable – et ne fait que renforcer les doutes chez les consommateurs, fumeurs, et même vapoteurs. Aucun risque, c’est pas possible, tout le monde est d’accord. Beaucoup moins de risque, c’est une certitude.

La phrase : « L’existence aux USA de cas de toxicité pulmonaire rapportée à l’utilisation de cigarettes électroniques inquiète les fumeurs qui envisagent l’arrêt du tabac et les vapoteurs’’… fait persister l’amalgame entre LA vape et la consommation de produits frelatés et illicites.

Même l’explication est douteuse « Dans 75-80% des cas, ces liquides étaient fabriqués ou achetés hors du commerce officiel’’… Cela laisse à penser que les 20-25% restants sont des produits « normaux ». NON !! Les 20-25% des cas sont seulement des gamins qui n’ont pas « avoué » les produits qu’ils ont consommé.

Pour ce qui est de l’étude ECSMOKE, elle ne démontrera pas grand chose, si ce n’est comparer UN liquide / UN taux de nicotine (12 = trop faible) / UN arôme / UN appareil Vs UN médicament. Soir 1/100000e des possibilités de combinaisons possibles pour utiliser le vapotage, rien à voir avec l’usage courant. Il faudrait cesser de dire que cette étude compare LA vape. C’est FAUX.

Quant aux « non-fumeurs » qui ne doivent pas y toucher… L’expérience américaine avec un taux de tabagisme juvénile qui a plongé à moins de 6% VS 25% en France, ne fait se poser de questions à personne ?

Le problème est très complexe, certes, mais doit-on le trancher sans aucun débat ? Pas de question sociale, éducative, vision globale de santé publique, pas de regard sur les faits ?   J’imagine que ce communiqué a donné lieu à d’âpres échanges en interne, avec beaucoup de bonne volonté, on sent bien la SFT qui veut bien / mieux faire… Mais le résultat est-il vraiment de nature à rassurer ? »

Vaccins, ondes, wifi et homéopathie: est-il encore possible de débattre avec Michèle Rivasi ?

Bonjour

A verser au dossier Rivasi Michèle. C’est un exercice original que vient de réaliser Le Point (Thomas Mahler et Géraldine Woessner) : organiser un entretien avec une eurodéputée Europe Écologie-Les Verts, une élue qui s’estime victime d’une « campagne de déstabilisation » de la part … du Point. Et ce depuis le mois de juin et un dossier de l’hebdomadaire : « Écologie : vérités et fariboles »  qui présentait les positions de Michèle Rivasi – numéro deux de la liste Europe Écologie-Les Verts (EELV) aux élections européennes et agrégée de sciences naturelles – « contre les vaccins, pour l’homéopathie et contre les ondes électromagnétiques ».  soit trois oppositions à des consensus scientifiques. Dans son éditorial, le directeur du Point Étienne Gernelle écrivait, à propos de l’eurodéputée, que «  certaines positions semblent tenir plus du champignon hallucinogène que de la science. Sa posture complotiste contre les vaccins, derrière lesquels elle voit la main des laboratoires, et ses convictions sur la nocivité des ondes, qui vont bien au-delà des faits pour l’instant établis, sont ahurissantes ».

Réplique. Sur le site de Politis Michèle Rivasi évoqua une « campagne calomnieuse » en raison de « son combat contre les lobbys ». « Alors qu’elle nous réclamait, par avocats interposés, un droit de réponse, nous lui avons proposé à la place un grand entretien, estimant que le débat était toujours plus fécond, précise l’hebdomadaire. La rencontre s’est faite dans l’antenne parisienne du Parlement européen. De notre point de vue, ce fut courtois, pour ne pas dire sympathique sur le plan humain, mais scientifiquement totalement surréaliste. Michèle Rivasi a présenté sa position sur les vaccins et, après un semblant de mea culpa, a défendu les ‘’travaux’’ d’Andrew Wakefield, chef de file des anti-vaccins mis au ban de la communauté scientifique. Elle a aussi maintenu ses positions sur l’homéopathie, ravivant la fumeuse mémoire de l’eau de Jacques Benveniste. » Extraits.

I Vaccins.

Michèle Rivasi est-elle ou non « antivaccins » quand elle déclare : « Aujourd’hui, les vaccins créent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent » ? Que répond-elle à Agnès Buzyn qui l’accuse de diffuser des « fake news » ?

« C’est une phrase sortie de son contexte. Je rencontrais une délégation des pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). On me disait que pour résoudre les problèmes de santé en Afrique, il faut des vaccins. J’ai répondu que, parfois, la vaccination ne résout pas tous les problèmes ; qu’il faut plutôt réfléchir à des dispensaires, à assainir la qualité de l’eau… Cette phrase ne doit ainsi pas être généralisée.

« Il y a deux ans, Mme Buzyn m’avait convoquée au ministère de la Santé, à propos de l’obligation vaccinale. Je lui ai dit que je préférais des recommandations à l’obligation, comme ce qui se fait dans beaucoup de pays européens. Je l’avais avertie que l’obligation vaccinale allait faire monter le nombre des antivaccins… Mon objectif en matière de politique vaccinale, ce n’est pas de contraindre, mais de convaincre en restaurant la confiance (…) La perte de confiance est pour moi liée aux scandales, comme la campagne vaccinale contre l’hépatite B et la grippe H1N1 et les 90 millions de doses commandées. Il y a aussi une épidémie de conflits d’intérêts. Les experts ne doivent pas être payés par les laboratoires. Il faut aussi qu’on évalue le rapport bénéfices-risques pour chaque vaccin et que l’on fasse plus de pédagogie plutôt que de l’imposer en infantilisant l’usager. Pour retrouver la confiance, je réclame également une meilleure vaccinovigilance, des études indépendantes sur les adjuvants en aluminium et la multivaccination chez le nourrisson de moins de 18 mois. Ne risque-t-on pas, en vaccinant trop tôt, de fragiliser le système immunitaire des enfants ? En Allemagne, suite à une étude épidémiologique, l’hexavalent a été retiré du marché. En quoi mon discours est-il alarmiste ? »

Pourquoi a-t-elle déclaré qu’il existait un lien de causalité entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques ?

« Non ! Sous le gouvernement de Lionel Jospin  j’étais députée à l’Assemblée nationale. Bernard Kouchner avait demandé qu’on ne vaccine plus les adolescents au niveau du collège, suite à la campagne vaccinale menée par Philippe Douste-Blazy au milieu des années 1990. Le directeur général de la Santé, Lucien Abenhaïm, m’a dit en 1999 qu’il n’y a à l’heure actuelle pas d’élément de preuves entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques, mais qu’il avait deux infirmières qui, après vaccination et rappel, ont déclaré une sclérose en plaques. Il m’a confié être menacé si jamais il évoquait ce lien de causalité…

« Certes, établir un lien de causalité direct est très difficile à faire. En l’espèce, il n’y a que des présomptions de preuves. Saisie en 2015, la Cour de cassation décide alors de surseoir à statuer et de renvoyer une série de questions préjudicielles à la Cour de justice de l’Union européenne. Celle-ci a ouvert la voie en 2017 à des indemnisations dans des procédures entre malades et fabricants de vaccins. L’affaire peut être résumée ainsi : en l’absence de consensus scientifique quant à une relation de causalité, la «  proximité temporelle » entre l’administration d’un vaccin et la survenance d’une maladie et «  l’absence d’antécédents médicaux personnels et familiaux (ainsi que l’existence d’un nombre significatif de cas répertoriés de survenance de cette maladie à la suite de telles administrations) peuvent constituer des indices suffisants pour justifier une indemnisation. »

« Agnès Buzyn, elle-même, m’a dit qu’on s’est aperçu qu’il y a plus de risques à vacciner des ados que des bébés. Voilà ce que m’a déclaré la ministre ! Sur le fond, le lien de causalité est un principe juridique et non scientifique. De même, pour votre gouverne, la justice s’appuie sur des expertises scientifiques. Il faut reconnaître, en l’espèce, qu’il n’y a pas de consensus scientifique, mais vous ne pouvez pas dire que « toutes les études disent le contraire ». Ce serait un déni. » 

II Homéopathie

Pourquoi être contre le déremboursement de l’homéopathie alors que son efficacité n’a pas été scientifiquement prouvée ?

« Ce n’est pas parce qu’on ne comprend pas le mode d’action que cela signifie qu’il n’y a pas d’effets ! Ceux de l’homéopathie s’expliqueraient par une vibration. La molécule laisse une trace, en quelque sorte, dans le liquide de dilution… Par ailleurs, je ne comprends pas pourquoi on s’acharne à vouloir dérembourser l’homéopathie, qui ne coûte pas beaucoup à la Sécu, quand on sait que notre pharmacopée contient sur le marché un quart de médicaments coûteux pour la Sécu et dangereux pour la santé comme l’ont dit les professeurs Bernard Debré et Philippe Even. Peut-être faudrait-il commencer par dérembourser ceux-ci !

« Il existe aujourd’hui six ou sept modèles théoriques différents tentant d’expliquer pourquoi l’homéopathie marche (…)

On sait que la science avance et progresse au fil du temps. Il faut bien se garder d’avoir des avis définitifs sur les choses, parce qu’on a d’abord des phénomènes, et après des théories ou des modèles explicatifs pour décrire les choses. Il existe aujourd’hui six ou sept modèles théoriques différents tentant d’expliquer pourquoi l’homéopathie marche : la mémoire de l’eau en est un, l’approche quantique en est un deuxième, des Italiens travaillent sur la notion de nanopharmacologie… Il y a aussi d’autres recherches en cours sur l’homéopathie appliquée aux plantes.

« Mon argumentaire est simple : on utilise l’homéopathie depuis environ deux cents ans. Et cela fonctionne ! L’homéopathie a un effet chez certains patients et sur certaines maladies, sinon on n’aurait pas autant de patients qui se soignent à l’homéopathie. Les gens observent que lorsqu’ils donnent des granules à leurs enfants atteints d’otites ou de maladies ORL, les symptômes disparaissent. Je me dis : c’est très bien ! J’ai aussi rencontré des vétérinaires qui ont montré l’effet positif des granules dans des élevages de poules. Cela interroge sur le seul effet placebo de l’homéopathie. (…)

« Je suis pour la sécurité du patient bien entendu. Supprimer la formation d’homéopathie à l’université me pose d’ailleurs un problème : il faut qu’un médecin puisse dire à quel instant l’homéopathie ne suffit plus, et qu’il faut passer aux antibiotiques. Si on supprime cette formation, on laisse la porte ouverte aux charlatans, aux « guérisseurs » d’antan qui n’auront pas fait d’études de médecine pour administrer l’homéopathie. Pour moi, la sécurité du patient passe par un médecin.

« Et pour tout vous dire, je pense que dans l’homéopathie, il y a un effet placebo. Comme dans tout médicament. Mais si les gens préfèrent recourir à de l’homéopathie plutôt que de consommer d’autres médicaments chimiques, c’est leur droit, quand même ! On a soigné des gens à l’homéopathie, et des études le prouvent, même s’il n’y a pas assez d’études cliniques. »

II Ondes, Linky, wifi

Dénoncer les effets nocifs des ondes électromagnétiques ? Croire en une réalité biologique de l’électrosensibilité ?

« Je suis pour qu’on établisse une liste des symptômes qui ont été autorapportés par ceux qui en souffrent : perte de mémoire, problèmes cognitifs, problèmes cardiaques, problèmes de peau, dépression… Quand bien même l’origine de la maladie n’est pas établie, on est confronté à cette réalité : à l’heure actuelle, des milliers de personnes souffrent en présence des émissions électromagnétiques rayonnées par nos appareils sans fil et le réseau électrique. Essentiellement des femmes parfois jeunes. En tant que politique, vous vous demandez comment aider ces personnes-là. Et c’est mon éthique : je dois aider les plus démunis, les personnes qui se disent victimes de facteurs environnementaux émergents. En ce moment, j’essaie de trouver une zone blanche dans laquelle reloger ces gens. Dans cette zone sera mis en place un suivi médico-social, et une recherche européenne, pour identifier des bio-indicateurs spécifiques pour cette maladie.

« Si une personne électrosensible me dit : je ne peux pas vivre avec Linky, je dois l’écouter. Ce sont des « ondes sales » : vous avez des micro-sautes de tension qui correspondent à des interférences que l’on injecte dans le réseau électrique et qui se « surajoutent » au courant domestique. Et la justice a condamné Énédis à poser un filtre protecteur chez treize personnes électrosensibles ou à laisser le compteur initial. La justice se doit de faire respecter nos droits fondamentaux dont le principe de précaution, inscrit dans notre bloc de constitutionnalité. Il existe de nombreux scientifiques différents. On ne peut considérer la science comme un bloc monolithique. De surcroît, la justice est fondée sur un principe important : celui du contradictoire qui permet dans la transparence entre les parties de faire vivre des controverses scientifiques. »

Pour finir Le Point demande à Michèle Rivasi si elle « éteint son wifi le soir. « Je n’en ai pas chez moi, répond-elle. Je suis câblée. Attention, j’ai aidé le département de la Drôme à avoir la fibre optique. Je suis à fond pour Internet, mais sans ondes ! Le principe de précaution doit guider nos choix politiques et techno-scientifiques. Il y va de la protection de la santé de nos concitoyens. »

Question journalistique et citoyenne, au terme de ce long entretien : est-il encore utile (nécessaire, possible) de débattre avec la députée écologiste Michèle Rivasi ? Que répondrait, ici, Sisyphe ?

A demain @jynau

Papillomavirus : quand Mme Buzyn imposera-t-elle la vaccination de tous les petits garçons?

Bonjour

On attend la réaction de Michèle Rivasi et des anti-vaccination : la Haute Autorité de santé (HAS) souhaite étendre aux garçons la recommmandation vaccinale contre les papillomavirus humains (HPV) responsables de plusieurs types de cancers – dont celui du col de l’utérus. Etendre cette vaccination à  « tous les garçons de 11 à 14 ans, avec un rattrapage possible pour tous les adolescents et jeunes adultes de 15 à 19 ans révolus » 1.

En France, la vaccination est aujourd’hui recommandée et remboursée pour toutes les jeunes filles de 11 à 14 ans et entre 15 et 19 ans en cas de rattrapage. Elle est aussi recommandée jusqu’à l’âge de 26 ans chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) et chez des patients immunodéprimés. Or c’est un échec considérable : une couverture vaccinale inférieure à 20%  à rapprocher de l’objectif de 60 % du plan cancer 2014-2019.

Certains pays, comme les Etats-Unis, recommandent déjà que tous les préadolescents soient vaccinés contre les HPV avant d’y être exposés, à l’âge de 11 ou 12 ans. L’Académie nationale française de médecine ainsi qu’une cinquantaine de sociétés savantes et de syndicats médicaux se sont déjà récemment prononcés en faveur d’une extension de la vaccination aux garçons – sans craindre parfois d’être accusés de conflits d’intérêts.

Etendre la vaccination aux garçons ?

La HAS avait été saisie par Agnès Buzyn. Sa commission technique des vaccinations (CTV) élabore sur ce sujet une « recommandation vaccinale ».

« Cette recommandation vise à réévaluer le bien-fondé d’élargir aux garçons la vaccination contre les papillomavirus humains, alors que la couverture vaccinale des populations actuellement ciblées (jeunes filles et hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) par cette vaccination reste insuffisante en France. Elle a été élaborée avec l’appui d’un groupe préparatoire multidisciplinaire à l’issue d’une revue de la littérature. »

En pratique nous sommes au stade de la « consultation publique » ; l’une des dernières étapes de l’élaboration de cette recommandation avant la délibération du Collège de la HAS. « La HAS met ainsi en œuvre une réflexion concertée permettant d’établir un processus d’élaboration de recommandation vaccinale associant rigueur scientifique, transparence et concertation avec l’ensemble des acteurs de la vaccination » dit la HAS qui ne craint pas de vanter son travail. .

 Au travers de cette consultation publique, la HAS souhaite : recueillir l’expression des avis, y compris divergents, sur le projet de recommandation ; confronter les réflexions des experts réunis par la HAS aux opinions et aux pratiques des patients, usagers ou professionnels ; apprécier la lisibilité de la recommandation.

A qui s’adresse la consultation publique ? La démocratie sanitaire a ses limites :

« Tous les acteurs concernés par la politique vaccinale sont invités à donner leur avis : associations agréées ou non de patients et d’usagers du système de santé, collèges nationaux professionnels et sociétés savantes, institutions publiques, agences sanitaires, syndicats, industriels, centres de vaccination (centres de protection maternelle et infantile, centres de vaccination) et autres structures de santé publique, … »

« Un seul avis par organisme, association ou institution est attendu et sera pris en compte. Les particuliers ne peuvent pas répondre à titre individuel et sont donc invités à se rapprocher de leurs organisations associatives ou professionnelles. Tous les avis recueillis serviront à aboutir à la version finale de la recommandation. La consultation publique se déroule du 30 octobre 2019 au 27 novembre 2019. Les réponses ne seront pas prises en compte si elles parviennent à la HAS après la date limite du 27 novembre 2019. »

Démocratie ? A dire vrai tout indique que les jeux sont déjà faits. La HAS appuie ainsi sa recommandation sur des arguments médicaux, soulignant que « les premières données disponibles sont en faveur d’une possible efficacité des vaccins dans la prévention des cancers de la sphère ORL ». Mais elle soulève aussi le fait que « la vaccination contre les HPV limitée aux filles et aux HSH pose des questions d’éthique, d’égalité d’accès à la vaccination et de stigmatisation liée à l’orientation sexuelle et au non-respect de la vie privée ».

Les coûts en santé des infections aux HPV en France représentent plus de 500 millions d’euros par an, insistait  l’Académie de médecine dans un rapport publié fin septembre et  déplorant que la vaccination des filles – inférieure à 20 % –, soit « la plus basse d’Europe ». 

Où l’on en vient à cette interrogation : quand Agnès Buzyn imposera-t-elle la vaccination de toutes les petites filles et de tous les petits garçons ? Pourquoi, en d’autres termes en rester à la recommandation quand on impose, déjà, onze vaccinations ? La HAS répondra-t-elle à cette question essentielle ? Si tel ne devait pas être le cas, on attendra les explications de la ministre des Solidarités et de la Santé.

A demain @jynau

1 Sur ce thème : Nau J-Y : « Papillomavirus et vaccination : l’heure a-t-elle sonne pour les garçons ? » Rev Med Suisse 2019; volume 15. 406-407