Après ses accusations devant les enquêteurs, le Pr Raoult sera-t-il poursuivi pour diffamation?

Bonjour

24/06/2020. Ainsi donc, le Pr Didier Raoult face aux députés de la commission d’enquête sur la gestion politique de la lutte contre l’épidémie de Covid-19. On attendait un spectacle, ce fut aussi un réquisitoire nourri du soupçon de conflits d’intérêts. Du jamais entendu dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Un mitraillage général mais visant aussi, nommément, plusieurs personnalités médicales – à commencer par le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique du gouvernement.  Nous y reviendrons. Premiers extraits :

« Vous me demandez pourquoi je ne suis pas resté dans ce conseil scientifique. C’est parce que je considérais que ce n’était pas un conseil scientifique et que je ne fais pas. Je ne fais pas de la présence, j’ai pas de temps. Je sais ce que c’est un conseil scientifique. Moi, j’ai un conseil scientifique qui fait rêver le monde entier de qualité. Ce n’était que des stars de leur domaine. Là ce n’était pas ça.Il n’y avait aucun de ceux qui connaissaient le coronavirus dans le conseil scientifique.

« Il se trouve que dans ce conseil scientifique, j’étais un ovni, un extraterrestre. Il n’y avait pas de compatibilité génétique entre nous, ce n’était pas possible. C’était un groupe qui se connaissait entre eux, qui travaillait depuis des années ensemble. Je pense que c’est le président qui a souhaité que je fasse partie de ce groupe. Ils avaient des idées très précises, qui avaient déterminé ce qu’il fallait faire avant que j’arrive et je n’étais pas d’accord. On ne travaillait jamais avec les papiers sur la table, jamais avec les données sur la table. Et je ne travaille pas comme ça. Je ne suis pas un homme de réunion, un homme de données.

Interrogé par le rapporteur Eric Ciotti sur les personnes qui influenceraient de façon néfaste le ministre de la Santé, Olivier Véran, le Pr Raoult donne des noms. Le directeur de l’ANSM (l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), Dominique Martin, et le président de la Haute Autorité de santé, Dominique Le Guludec. « C’est eux qui ont pris les décisions » a-t-l dit.

« Le problème n’est pas résolu. Le problème reviendra. Donc, si vous refaites un groupe en disant (…) ‘pour faire la recherche médicale, on va prendre les gens de l’Inserm, des gens de Pasteur, qui vont se partager les manières de réfléchir et qui vont gérer des hôpitaux, plus deux ou trois personnes qui travaillent avec l’industrie pharmaceutique, je vous le dis, vous retomberez dans la même crise.

« Quand j’ai commencé à parler pour la première fois de la chloroquine. Il y a quelqu’un qui m’a menacé à plusieurs reprises de manière anonyme. Je vous recommande de faire une véritable enquête sur Gilead (un laboratoire pharmaceutique américain producteur d’un médicament expérimenté contre la Covid-19), j’ai porté plainte et j’ai fini par découvrir qu’il s’agissait de la personne qui avait reçu le plus d’argent de Gilead depuis 6 ans ».  

Le Pr Raoult n’a pas donné le nom de celui qui l’a menacé. Il a, aussi, rappelé qu’il est en contact régulier avec l’Elysée.

A demain @jynau

Pandémie: Agnès Buzyn accusée par le patron du Lancet de ne pas avoir réagi dès le 30 janvier

Bonjour

23/06/2020. C’est la tragique rançon shakespearienne de la politique : être ou ne pas être dans les médias. Aujourd’hui Agnès Buzyn se retrouve deux fois dans Le Monde, un quotidien auquel elle s’était imprudemment confiée après avoir quitté son puissant ministère des Solidarités et de la Santé. L’affaire du « cauchemar » et de la « mascarade ». D’abord dans un papier politique signé  Denis Cosnard qui évoque le chemin de croix de celle qui sait qu’elle ne sera pas maire de Paris. Extrait :

« Cela commence mal. A peine arrivée place Blanche pour faire campagne dans le 18e arrondissement de Paris, voici qu’Agnès Buzyn se tord la cheville dans un nid-de-poule. ‘’C’est cela, les chaussées de madame Hidalgo !’’, s’exclame sa tête de liste locale, Pierre-Yves Bournazel. ‘’ C’est un coup monté !’’, dit en souriant la candidate La République en marche (LRM) à la Mairie de Paris. Toute à son début d’entorse, elle ne fait pas attention à la piste cyclable et manque de heurter un vélo. Heureusement, un passant la reconnaît et lui déclare, tout miel : ‘’Je vous ai vue à la télé, mais vous êtes encore plus belle en vrai.’’ Agnès Buzyn : ‘’Vous habitez Paris ?’’ Hélas, non, de passage seulement. Il ne pourra pas voter pour elle. »

« Qu’elle est rude cette campagne pour l’ex-ministre de la santé ! Depuis qu’elle est repartie malgré tout à la conquête de la Mairie de Paris, les polémiques n’ont pas faibli, que ce soit sur sa gestion passée du Covid-19, son alliance ambiguë avec Les Républicains (LR) dans le 5e arrondissement, ou encore l’utilisation par une de ses candidates, Laetitia Avia, des moyens du Parlement pour faire campagne dans le 12e arrondissement, selon Mediapart. »

On retrouve l’ancienne ministre quelque pages plus loin. C’est dans le corps d’un entretien accordé au quotidien  (Hervé Morin et Paul Benkimoun) par le Dr Richard Horton, patron du Lancet qui poursuit la campagne de promotion de son dernier ouvrage polémique 1 : « Le Covid-19 montre une faillite catastrophique des gouvernements occidentaux ». Le puissant rédacteur en chef  y dénonce l’impéritie de nombreux pays face à la menace pourtant annoncée de la pandémie. Et après l’avoir fait pour Libération, il revient sur la rétractation récente d’une étude controversée sur l’hydroxychloroquine publiée dans ses colonnes.

Gilets jaunes et ambassade de France

Le Monde lui demande en quoi, selon lui, la France failli, dans sa gestion de l’épidémie de Covid-19. Sa réponse :

« Lorsqu’il y a eu proclamation d’une urgence de santé publique de portée internationale, le 30 janvier, pourquoi la ministre de la santé [d’alors, Agnès Buzyn] n’a-t-elle pas immédiatement envoyé un message à l’ambassade de France à Pékin pour lui demander son aide pour comprendre ce qui se passait à Wuhan, quel était ce virus, à quel point il était inquiétant, s’il était aussi préoccupant que l’indiquaient des articles dans The Lancet ?

« Si l’ambassade avait fait correctement son travail, elle aurait rassemblé en quarante-huit heures les informations du bureau de l’OMS à Pékin, de la Commission nationale de santé du gouvernement chinois. Elle aurait compris la nature de la menace, l’aurait immédiatement transmise au ministère de la santé et au Palais de l’Elysée et, à la fin de la première semaine de février, le gouvernement aurait disposé d’une vision très claire du danger.

« Si cela ne s’est pas produit, c’est une faillite catastrophique du gouvernement français et les Français doivent demander pourquoi le gouvernement n’a pas protégé les près de 30 000 vies qui ont été perdues, comme nous en avons perdu 40 000. C’étaient des morts évitables. Ces personnes devraient être en vie aujourd’hui.

Pourquoi les gens ne sont-ils pas davantage en colère à ce sujet ? J’ai vu les manifestation des ‘’gilets jaunes’’ dans les rues de Paris. Elles m’ont frappé. Pourquoi les ‘’gilets jaunes’’ ne manifestent-ils pas dans la rue contre l’échec du gouvernement français à protéger les vies des près de 30 000 de ses citoyens ? Qui demande des comptes au gouvernement ? »

Plus loin il ajoute ne vouloir « blâmer aucun individu ». « Il n’y a pas une personne en France ou dans aucun autre pays européen qui soit responsable à elle seule d’une faillite nationale, ajoute-t-il. C’est le système qui a failli, le système de conseils scientifiques qui a failli dans votre pays comme dans le mien. Le système de riposte politique a failli dans votre pays comme dans le mien. »

Le 30 janvier 2020 Agnès Buzyn a-t-elle on non immédiatement envoyé un message à l’ambassade de France à Pékin ?

A demain @jynau

1 The Covid-19 Catastrophe. What’s Gone Wrong and How to Stop It Happening Again, par Richard Horton, 120 pp., éditions Polity Press

Chloroquine et déontologie : l’Ordre des médecins condamnera-t-il le Pr Christian Perronne ?

Bonjour

21/06/20020. Au départ, un pamphlet doublé d’un premier entretien médiatisé pour le lancer : « Covid et chloroquine: un spécialiste dénonce ‘’l’union de l’incompétence et de l’arrogance’’ ». Auteur : le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches, personnalité controversée, a été président de la Commission spécialisée Maladies Transmissibles du Haut Conseil de santé publique.  

C’est un pamphlet nourri d’une colère tenant à la «chloroquine» : l’administrer sous une forme préventive aux patients fragiles aurait selon lui permis de réduire le nombre de morts. « J’en suis convaincu. Il était criminel de ne pas la prendre au sérieux, alors qu’on savait par la Chine et par les résultats, certes insuffisants au début, de Raoult, qu’elle était efficace. Encore fallait-il l’administrer de la bonne manière. J’ai été sidéré par le nombre d’études bidon qui étudiaient ses effets dans des conditions défiant tout bon sens. »

Le Pr Perronne accuse d’autre part des membres du Conseil scientifique ou du Haut Conseil de la santé publique d’avoir écarté la chloroquine à cause de liens d’argent avec des laboratoires concurrents. Puis il s’attaque au Conseil scientifique du gouvernement (et à son président) dont il moque les « avis contradictoires » et les « commentaires évasifs ».

« Quelles suites pourront connaître ces différentes accusations ? » nous demandions-nous le 14 juin.  Une semaine plus tard voici qu’une pétition cible l’auteur.  

« Nous interpellons le Conseil National de l’Ordre des Médecins sur les propos inacceptables du Professeur Perronne, chef du service de maladies infectieuses à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Celui-ci affirme que « 25 000 morts » auraient pu être évités en France si la combinaison hydroxychloroquine et l’azithromycine avait été prescrite massivement. Il poursuit en prétendant que le service de maladies infectieuses du CHU de Nantes et les médecins de l’hôpital auraient « laissé crever son beau-frère ». Christian Perronne accuse ainsi directement, à de multiples reprises, sans aucune retenue ni preuve médicale ou scientifique, des collègues médecins d’avoir refusé de prescrire un traitement et laissé « crever » des gens du fait d’intérêts financiers, entretenant ainsi l’idée que ses collègues sont des « criminels » au service de l’industrie pharmaceutique. »
 
Et de citer Sud Radio le 16/06 (https://www.youtube.com/watch?v=crbITXQTo24&feature=youtu.be ainsi que  
C News le 18/06 (https://www.youtube.com/watch?v=j_oR4gXc4WA .

« Non seulement ces propos sont scandaleux, inacceptables et totalement faux, médicalement et scientifiquement, mais ils contreviennent au code de déontologie médicale et au code de la santé publique, écrivent les pétitionnaires. En effet, de tels propos, tenus par un professeur de médecine, chef d’un service hospitalier, sont à même d’attiser la haine du public envers les médecins visés et mettent en danger des collègues, exposés à la vindicte populaire sur la base d’arguments fallacieux. »

Pour eux le Pr  Perronne contrevient à l’article 39 du code de déontologie médicale (article R.4127-39 du code de la santé publique) qui dispose que « les médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. ». De même, ces propos ne tiendraient pas compte de l’article 13 du code de déontologie médicale (article R.4127-13 du code de la santé publique) qui rappelle que « lorsque le médecin participe à une action d’information du public de caractère éducatif et sanitaire, quel qu’en soit le moyen de diffusion, il doit ne faire état que de données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de ses propos auprès du public ».  Tous ces éléments seraient à même de déconsidérer la profession de médecin, ce qui est contraire à l’article 31 (article R.4127-31 du code de la santé publique) : « Tout médecin doit s’abstenir, même en dehors de l’exercice de sa profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci. ». 
 
Et les signataires de demander instamment au Conseil National de l’Ordre des Médecins de « réagir en urgence » en » condamnant les propos de M. Perronne, et en le convoquant afin qu’il s’explique et rende des comptes ».

On peut aussi, sur ce thème, lire le Pr Axel Kahn : « (…) le professeur Christian Perronne, a non seulement pris fait et cause pour le traitement préconisé par Didier Raoult, ce qui est admissible. Mais il a de plus déclaré que ceux qui ne l’utilisaient pas, voire dont les essais cliniques disqualifiaient l’hydoxychloroquine, sont des assassins. Et que les incrédules du conseil scientifique Covid-19 sont vendus aux majeurs de l’industrie pharmaceutique (…)  imaginez ce que représente une telle accusation, dénonciation, calomnie ? Sans doute passible de poursuites pénales, en l’occurrence. Mais auparavant, au plan déontologique ? (…) Il ne me revient pas de me mêler de l’aspect judiciaire de l’affaire. En revanche, j’ai établi, quelque soient les critiques que l’on puisse faire au Conseil de l’Ordre des médecins, l’évidence d’une instance déontologique pour ce métier qu’est la médecine. Et alors expliquer mon incompréhension qu’elle ne se saisisse pas de cette affaire. »

Que fera l’Ordre ? Quelles suites une telle affaire connaîtra-t-elle ? Quelles suites devrait-elle, raisonnablement, connaître ?

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : comme le discret parfum d’un début de commencement de la fin

Bonjour

20/06/2020. Tout se délite, à qui se fier ?  A Marseille Didier Raoult revient sur ses premières annonces quant à une possible « nouvelle vague ». Et à Bâle le géant pharmaceutique suisse Novartis annonce qu’il met fin à l’essai clinique avec l’hydroxychloroquine pour traiter des malades du Covid-19.  Le 20 avril, ce géant avait annoncé avoir conclu un accord la Food and Drug administration américaine, pour procéder à des essais cliniques de phase III de l’hydroxychloroquine sur des malades souffrant de Covid-19 hospitalisés. Ces essais visaient à évaluer l’utilisation de ce traitement auprès d’environ 440 malades sur une dizaine de sites aux Etats-Unis.

Effet ou pas des convictions chloroquinesque de Donald Trump la FDA avait donné le 28 mars son feu vert pour que la chloroquine et l’hydroxychloroquine puissent être prescrits, uniquement à l’hôpital, à des patients souffrant de la Covid-19. contaminés par le nouveau coronavirus.

Or dans un communiqué publié le 19 juin, Novartis explique avoir pris «la décision d’arrêter et de mettre fin à l’essai clinique avec l’hydroxychloroquine contre la Covid-19 – et ce en raison de graves difficultés de recrutement de participants, rendant «impossible» la finalisation de l’étude. Le groupe précise qu’au cours de l’étude, «aucun problème de sécurité n’a été signalé», et qu’elle n’a pas permis «de tirer des conclusions sur l’efficacité» de l’hydroxychloroquine contre le nouveau coronavirus.

Il y a quelques jour l’Organisation mondiale de la santé a renoncé aux essais qu’elle dirigeait, arrivant à la conclusion que l’hydroxucloroqiuen ne réduisait pas le taux de mortalité des malades hospitalisés. « La France, conclut l’AFP, où un médecin controversé, le Pr Didier Raoult, a défendu l’hydroxychloroquine, en a officiellement banni l’usage contre le Covid-19 . » C’était le 27 mai via un décret publié au Journal officiel,  à la suite d’un avis défavorable du Haut Conseil de la santé publique.

Depuis  la fin mars, l’hydroxychloroquine pouvait être prescrite à titre dérogatoire en l’absence d’autre traitement, à titre compassionnel ou dans le cadre d’essais cliniques « sous la responsabilité d’un médecin, aux patients atteints de Covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile », selon un premier décret datant du mois de mars. Le nouveau décret annulait cette disposition.

Puis vint la publication, dans  The Lancet, d’une étude pointant son inefficacité et les risques entraînés par ce médicament qui devait précipiter son interdiction en France.  Puis l’étude du Lancet fut contestée, puis finalement rétractée. Puis les arrêts successifs des essais…. Comme le début du commencement de la fin d’une série bien trop mal engagée à Marseille. Une série certes addictive mais qui, finalement, n’aura sans doute que trop duré.

A demain @jyanu

Après la guerre de l’hydroxychloroquine, voici que celle du baclofène est soudain relancée

Bonjour

18/06/2020. Comme un lointain parfum poudré, celui de l’hydroxychloroquine. Toutes proportions gardées.  Nous évoquions il y a quelques heures le rebondissement sans précédent sur le front de la lutte médicamenteuse contre la maladie alcoolique : celle du Baclocur (10, 20 et 40 mg) à peine arrivé dans les pharmacies d’officine et aussitôt retiré du marché suite à une décision de justice. Nous ajoutions que, désavouée, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) gardait le silence. Quelques heures plus tard, changement de politique et communiqué de presse annonçant la saisine du Conseil d’Etat. La guerre du baclofène est relancée. Comprendra qui pourra.

« Par ordonnance du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 17 juin 2020, les autorisations de mise sur le marché des spécialités Baclocur (10, 20 et 40 mg) du laboratoire Etypharm sont suspendues à titre conservatoire dans l’attente d’un jugement définitif, résume l’ANSM. Les spécialités Baclocur (10, 20 et 40 mg) ne doivent plus être dispensées. Le laboratoire Ethypharm procède au rappel des lots en pharmacie. La spécialité Baclocur 30 mg n’est pas concernée. L’ANSM va saisir le Conseil d’Etat d’un pourvoi en cassation contre cette décision de suspension en référé des autorisations de mise sur le marché des spécialités Baclocur. »

Contrairement à ce que prescripteurs, pharmaciens et patients pouvaient redouter l’accès au baclofène dans l’alcoolo-dépendance est toujours possible pour les patients dans le cadre de la recommandation temporaire d’utilisation (RTU) via livrer le Baclofène-Zentiva 

Après des années de polémique, la commercialisation du Baclocur avait été accordée en octobre 2018 sous conditions et à doses limitées. La Haute autorité de Santé (HAS) avait finalement donné un feu vert à son remboursement (à hauteur de 15%) en dépit d’un service médical rendu « faible » et d’une absence « d’amélioration du service médical rendu » … Comprendra qui pourra. Texte officiel de la HAS:

« Avis favorable au remboursement pour réduire la consommation d’alcool, après échec des autres traitements médicamenteux disponibles, chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool et une consommation d’alcool à risque élevé (> 60 g/jour pour les hommes ou > 40 g/jour pour les femmes). Cet avis est conditionné à la collecte de données d’efficacité et de tolérance dans un délai maximal de 3 ans en vue d’une réévaluation.

« Le baclofène, constitue, en association à un suivi psychosocial axé sur l’observance thérapeutique et la réduction de la consommation d’alcool, une option thérapeutique de dernier recours pour réduire la consommation d’alcool chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool avec consommation d’alcool à risque élevé, ne présentant pas de symptômes physiques de sevrage et ne nécessitant pas un sevrage immédiatement. Le bénéfice potentiel du traitement est conditionné par l’observance du patient.

« Son utilisation doit s’accompagner d’un suivi médical rapproché en particulier pendant la phase de titration. La dose journalière maximale de baclofène est de 80 mg par jour. En l’absence d’efficacité après 3 mois de traitement, celui-ci doit être arrêté de façon progressive. »

La mise en vente le 15 juin est aujourd’hui annulée à la suite de l’action du collectif « Baclohelp » qui avait déposé un référé-suspension auprès du tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). Motif de cette action : la dose du traitement limitée à 80 mg par jour, décidée par l’ANSM en raison de « risques accrus d’hospitalisation et de décès » à fortes doses. Or ce collectif et, depuis des années, une fraction des spécialistes de la maladie alcoolique estiment qu’une partie des patients doivent bénéficier d’un traitement compris entre 80 et 300 mg, selon leurs besoins ». ce qui était jusqu’ici toujours officiellement déconseillé mais ouvertement pratiqué. Comprendra qui pourra.

A demain @jynau

Alcoolisme : nouveau et invraisemblable rebondissement dans l’affaire du baclofène

Bonjour

18/06/2020. C’est sans précédent : un médicament à peine arrivé dans les pharmacies d’officine et aussitôt retiré du marché… Au carrefour du soin et de la justice c’est la résultante d’une somme d’incompréhensions, de mauvaises volontés – et, tout bien pesé, du peu d’intérêt que nombre des autorités en charge du médicament portent à la maladie alcoolique, cette délaissée.

Au terme de quelques années de violentes polémiques un médicament contre l’alcoolisme à base de baclofène, le Baclocur, venait d’être autorisé en France et commercialisé à compter du 15 juin. Or la justice a ordonné l’arrêt des ventes, mercredi 17 juin. « Nous apprenons que nos autorisations de mise sur le marché sont suspendues, a annoncé au Parisien (Elsa Mari)  Ethypharm, le fabricant. Ce qui signifie l’arrêt de la commercialisation et le retrait des lots déjà sur le marché. »

La commercialisation du Baclocur avait été accordée en octobre 2018 sous conditions et à doses limitées. Des négociations quant au prix avaient suivi qui conduisirent à l’annonce de sa mise en vente le 15 juin. C’était compter sans l’action du collectif « Baclohelp » qui avait déposé un référé-suspension auprès du tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). Motif de cette action ; la dose du traitement limitée à 80 mg par jour, décidée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en raison de « risques accrus d’hospitalisation et de décès » à fortes doses. Des éléments vivement contestés par ce collectif et, depuis des années, par une fraction des spécialistes de la maladie alcoolique. Selon eux la quantité de 80 mg par jour est insuffisante pour permettre à une majorité de patients de sortir de cet esclavage addictif.  

Exécutif versus décision de justice

Et c’est ainsi que les juges tribunal administratif de Cergy-Pontoise se sont prononcés en faveur de la suspension de mise sur le marché du nouveau comprimé. Cette mise sur le marché « pourrait faire obstacle à la poursuite du traitement à des doses supérieures à 80 mg », selon l’ordonnance, consultée par Le Parisien. « Il existe un risque très élevé de rupture dès lors que les pharmaciens ne voudront plus délivrer le Baclofène-Zentiva pour l’alcoolodépendance en l’absence d’une recommandation temporaire d’utilisation (RTU). »

« C’est une bonne nouvelle ! a aussitôt réagi auprès du Parisien Thomas Maës-Martin, fondateur de l’association, à l’origine de ce référé. Les patients vont pouvoir poursuivre leur traitement au dosage prescrit par leur médecin, entre 80 et 300 mg, selon leurs besoins. » Le baclofène était en effet autorisé dans le traitement de la maladie alcoolique depuis 2014 grâce à une RTU.

En accordant une autorisation de mise sur le marché au Baclocur, l’ANSM avait souligné que « ce médicament n’est pas anodin et doit être manié avec beaucoup de précautions ». Alors même que son efficacité est jugée sans équivalent par ses partisans, l’ANSM n’a de cesse que de souligner les risques inhérents à sa consommation. Selon elle, le baclofène à fortes doses (plus de 180 mg par jour) ferait plus que doubler le risque de mort par rapport aux autres médicaments contre la maladie alcoolique, et accroît de 50 % le risque d’hospitalisation.

C’est pourquoi l’ANSM avait décidé que le Baclocur ne pouvait être prescrit aux alcooliques qu’à la dose maximale de 80 mg/jour …. et après échec constaté des autres traitements médicamenteux. De plus, en l’absence d’efficacité après trois mois de traitement, il devait être arrêté de façon progressive.

Contactée par Le Parisien l’ANSM est restée silencieuse. Que dira-t-elle demain ? Que pourra, ici, l’exécutif contre une décision de justice ? Que feront, demain, prescripteurs et pharmaciens ?

A demain @jynau

Que pensez-vous de l’arrestation «musclée» d’une soignante, ex- héroïne en blouse blanche ?

Bonjour

17/06/2920. Qui en veut à Christophe Castaner, ministre contesté de l’Intérieur ? C’était, hier, l’incident qu’il fallait éviter. Des vidéos virales montrent depuis quelques heures l’interpellation musclée d’une infirmière qui manifestait sur l’esplanade des Invalides. Sur des images diffusées sur Twitter, on aperçoit cette mère de famille, en blouse blanche, vivement saisie par les forces de l’ordre. Les policiers lui tirent les cheveux puis se massent ensuite autour d’elle, avant de la menotter.

La vidéo a déjà été visionnée plus d’un million de fois sur les réseaux sociaux. Conséquence immédiate : un rassemblement réclamant sa libération s’est organisé devant le commissariat du 7e arrondissement de Paris. Conséquences plus lointaines : reprises médiatiques officielles et nouvel embrasement des colères sur les réseaux sociaux. Et c’est ainsi que sanitaire, puis policière l’affaire est devenue politique.

Que sait-on ?  « Une femme, infirmière de profession, a été interpellée pour outrage et jets de projectiles sur les forces de l’ordre », a rapporté à l’Agence France-Presse (AFP) une source policière alors que plusieurs vidéos de son interpellation circulaient sur Twitter. On y voit une femme de petite taille portant une blouse blanche interpellée « sans ménagement » par les forces de l’ordre alors que des échauffourées ont éclaté à l’arrivée du cortège de 18 000 manifestants (selon les chiffres de la préfecture de police) sur l’esplanade des Invalides.

Remy Buisine ✔@RemyBuisineUne femme en blouse blanche, tirée par les cheveux, durant une interpellation, finira évacuée le visage en sang durant la manifestation aux Invalides. Elle réclamera à plusieurs reprises sa Ventoline.

De fait sur certaines vidéos, on entend cette infirmière réclamer sa Ventoline, un médicament utilisé par les personnes souffrant d’asthme. Pour autant d’autres vidéos montrent la même personne quelques minutes avant son interpellation jeter des projectiles en direction des forces de l’ordre.

«Cette femme, c’est ma mère. 50 ans, infirmière, elle a bossé pendant 3 mois entre 12 et 14 heures par jour. A eu le Covid. Aujourd’hui, elle manifestait pour qu’on revalorise son salaire, qu’on reconnaisse son travail. Elle est asthmatique. Elle avait sa blouse. Elle fait 1m55», s’est indignée sa fille sur les réseaux sociaux.

Commissaires de police – SICP@SICPCommissaire « Nous rétablissons la vérité par une vidéo de @BFMTV. La gentille infirmière, qui avait besoin de sa Ventoline, et qui est présentée comme une victime de la #Police! Elle jetait des projectiles, juste avant son interpellation! Alors on continue à parler de #PoliceViolence ? »

« Un policier atteint par un de ces projectiles déposera plainte » mercredi 17 juillet a précisé à l’AFP la même source policière. A la fin de la manifestation, la préfecture de police a fait état de trente-deux interpellations liées aux  « échauffourées ».

 Le rassemblement réclamant la libération de l’infirmière, dans un contexte de dénonciation des violences policières en France s’est tenu  devant le commissariat du 7e arrondissement en présence d’Eric Coquerel, de Mathilde Panot et de Danièle Obono, députés de La France insoumise. « Liberté pour Farida l’infirmière », a tweeté leur chef de file Jean-Luc Mélenchon. Les députés @MathildePanot, @Deputee_Obono et @ericcoquerel sont entrés dans le commissariat. Liberté pour Farida l’infirmière ! #LiberezFarida #16juin.

Farida jetant des projectiles sur les forces de l’ordre ? Farida jadis applaudie chaque soir aux balcons des villes de France ? Farida saluée par le président Emmanuel Macron comme par l’ensemble de l’exécutif. Farida, ex-héroïne en blouse blanche en attente d’une condamnation.

A demain @jynau

Covid-19: la dexaméthasone vient de démontrer son efficacité. Oublier la chloroquine ?

Bonjour

16/06/2020. Avancée thérapeutique significative et communication en urgence : la dexaméthasone réduit d’un tiers la mortalité chez les malades les plus gravement atteints par le Covid-19 – selon les premiers résultats de Recovery vaste essai clinique britannique respectant les règles scientifiques habituelles. La dexaméthasone est largement utilisée dans diverses indications thérapeutiques depuis un demi-siècle. C’est  une hormone glucocorticoïde de synthèse dotée d’effets anti-inflammatoires et immunosuppresseurs. 

 Des données sont d’ores et déjà disponibles via la BBC (Michelle Roberts) : Coronavirus: «  Coronavirus : Dexamethasone proves first life-saving drug ».« Dans l’essai, dirigé par une équipe de l’Université d’Oxford, environ 2 000 patients hospitalisés ont reçu de la dexaméthasone et ont été comparés à plus de 4 000 qui n’ont pas reçu le médicament, explique la BBC. Pour les patients sous respirateur, le risque de décès est passé de 40% à 28%. Pour les patients ne nécessitant que de l’oxygène, le risque de décès  est passé de 25% à 20%. Le Pr Peter Horby, l’un des responsables de l’essai, « c’est le seul médicament jusqu’à présent dont on a montré qu’il réduisait la mortalité – et il la réduit considérablement. C’est une percée majeure. » »

Urgence et pragmatisme. On attend Olivier Véran

Pour le Pr Martin Landray, autre responsable, «’il y a un avantage clair et net. Le traitement dure jusqu’à 10 jours de dexaméthasone et coûte environ 5 £ par patient. Donc, il en coûte essentiellement 35 £ pour sauver une vie. C’est un médicament qui est disponible dans le monde entier.» Toujours ce charme du pragmatisme britannique.

Urgence : selon lui les patients hospitalisés devraient maintenant le recevoir sans délai. Sans pour autant se précipiter dans les pharmacies lorsqu’ils ne sont pas hospitalisés : la dexaméthasone ne semble pas aider les personnes présentant des symptômes plus légers de coronavirus – celles qui n’ont pas de difficultés respiratoires majeures.

Pragmatisme: les services de santé britanniques vont utiliser dès aujourd’hui la dexaméthasone, a annoncé le ministre de la santé, Matthew Hancock, dans une vidéo postée sur Twitter, précisant que le Royaume-Uni disposait de 200 000 traitements prêts à l’emploi stockés depuis mars.

Qu’en est-il de la France ? Quel message sanitaire en urgence ? On attend les réponses d’Olivier Véran. Saura-t-il ne pas tarder ?

A demain @jynau

L’hydroxychloroquine et le scandale du Lancet : la royale impunité d’un rédacteur en chef

Bonjour

16/06/2020. Il est unique, le sait, en profite. Le Dr Richard Charles Horton, 58 ans, empereur éditorial planétaire car rédacteur en chef du Lancet. Depuis 1995. Un règne d’un quart de siècle Le hasard veut qu’il publie (déjà) un ouvrage dans lequel il donne des leçons quant à la gestion de la pandémie 1 au moment où son prestigieux hebdomadaire est au cœur d’un scandale éditorial. On le retrouve sur les deux fronts dans Libération (Sonia Delesalle-Stolper)  – un entretien avec Richard Horton, rédacteur en chef du Lancet ;

The Lancet : hebdomadaire médical vieux de bientôt deux siècles, propriété du géant néerlandais Elsevier depuis 1991. Il tire son pouvoir, son prestige et ses substantiels revenus de la « relecture par les pairs » ; un filtre censé garantir la véracité, la qualité et le caractère novateur des textes originaux qui sont publiés. Un filtre en somme, une autorégulation assurée (gratuitement et avec joie) par les membres qualifiés d’une profession donnée. Une méthode qui n’est pas, non plus, sans danger – comme en témoigne la toute récente affaire/scandale de l’hydroxychloroquine.

Le 4 juin dernier, coup de théâtre: la direction de l’hebdomadaire annonçait la rétractation d’une étude publiée le 22 mai dans ses propres colonnes ; étude désormais célèbre qui suggérait que l’hydroxychloroquine, associée ou non à un antibiotique comme l’azithromycine, augmentait la mortalité et les arythmies cardiaques chez les patients hospitalisés pour Covid-19 ; étude qui avait aussitôt été suivie en France d’une abrogation de la dérogation qui permettait l’utilisation de cette molécule contre le nouveau coronavirus SARS-CoV-2, ainsi que la suspension d’essais cliniques destinés à tester son efficacité.

Où l’on mesurait le poids planétaire du Lancet. La médiatisation internationale de cette publication avait conduit l’OMS à suspendre  le recrutement de patients qui auraient reçu de l’hydroxychloroquine dans un le vaste essai clinique international, Solidarity. En France, les seize essais cliniques expérimentant les effets de l’hydroxychloroquine avaient aussi été immédiatement suspendus à la demande de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM). Et Olivier Véran ministre des Solidarités et de la Santé avait aussitôt abrogé la dérogation qui permettait de prescrire dans certaines circonstances cette molécule en milieu hospitalier.

Puis la bombe de la « rétractation », événement de taille qui jetait un discrédit majeur sur la revue britannique et, au-delà, sur l’ensemble du système des publications médicales et scientifiques. Dans un communiqué, The Lancet indiquait que le retrait de l’article a été demandé par trois des quatre coauteurs – mais pas par le Dr Sapan Desai, chirurgien et fondateur de la société Surgisphere qui était supposée avoir collecté les données médicales de 96 000 patients « dans 671 hôpitaux sur six continents » – données qui avaient fondé leur analyse.

Les trois autres co-signataires, Mandeep Mehra (Harvard Medical School), MD, Frank Ruschitzka (hôpital universitaire de Zurich) et Amit Patel (Université de l’Utah)« avouaient au monde entier leur coupable légèreté : ils n’avaient pas été en mesure d’effectuer un audit indépendant des données qui sous-tendent leur analyse ; et de reconnaître qu’ils « ne peuvent plus garantir la véracité des sourcede données primaires ». Dans le texte de la rétractation, les trois coauteurs tentent de s’expliquer et présentent leurs excuses à la revue comme à ses lecteurs « pour tout embarras ou désagrément que cela aurait pu causer ».

Nullement responsable, encore moins coupable

Qu’allait bien pouvoir dire à Libération, sur un tel sujet, le rédacteur en chef du Lancet ? Ceci :

« L’évaluation par les pairs est un très mauvais détecteur de fraudes. Elle ne teste pas la véracité d’une étude. Le seul moyen de tester la véracité de ce qui est écrit dans un article serait de recommencer toutes les expériences. L’évaluation par les pairs consiste à tester l’acceptabilité d’un papier. Cet article apparaissait plausible. Les pairs auraient dû vérifier s’il y avait des données fiables, mais avant eux, les auteurs aussi auraient dû étudier les données ! Trois d’entre eux ne l’ont manifestement pas fait. Le quatrième, Sapan Desai, également PDG de Surgisphere, le collecteur de données, a refusé de partager ces données avec une société d’audit indépendante et a disparu des radars. Le papier a été retiré et c’est une bonne chose. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, il faut une enquête complète sur comment l’étude a été conduite. »

On peut le dire autrement : The Lancet n’est aucunement responsable -encore moins coupable. Il est tout simplement victime du système sur lequel il a bâti sa gloire et son pouvoir – système qui autorise les fraudes. On croirait rêver. Ecoutons encore le Dr Horton :  

« Cet épisode représente un échec complet pour la science. C’est une leçon qui se présente à chaque retrait d’un article. Des auteurs accolent leur nom à une étude parce qu’ils veulent être associés à une grande découverte. Mais le revers de la pièce qui vous apporte la notoriété est la responsabilité. Vous ne pouvez pas clamer la responsabilité d’une découverte à moins d’être absolument certain que ce que vous clamez est vrai. Or, dans ce cas précis, ce qui est vrai, c’est que trois des quatre auteurs n’avaient aucune idée de ce sur quoi ils apposaient leur nom et c’est, en soi, extraordinaire. »

Extraordinaire est le mot 

The Lancet accepte, en somme, de publier des données qu’il ne peut vérifier…. Libération lui fait observer qu’au cours des dix dernières années, le nombre de retraits d’articles scientifiques, limité par rapport aux articles maintenus, a augmenté. Y a-t-il plus de cas de fraude ou plus de vérifications sérieuses ? Réponse, « extraordinaire », du rédacteur en chef :

« La réponse honnête est qu’on ne sait pas. J’aurais tendance à dire que les gens sont aujourd’hui plus conscients du risque de fraude dans la science et qu’il y a une pression pour plus de transparence quand il y a des occurrences de fabrication ou de falsification. Il y a vingt ans, face à ce type de situation, on aurait eu tendance à enterrer l’histoire. Ce n’est plus acceptable. »

Comment ne pas l’interroger sur l’autre grand scandale de l’histoire du Lancet, l’affaire Andrew Wakefield qui établissait un lien, prouvé faux depuis, entre la vaccination contre la rougeole et l’autisme. Cette étude, publiée en 1998, a entraîné une forte chute du nombre d’enfants vaccinés, une recrudescence de la rougeole et une viralité accrue des mouvements anti-vaccinaux. Or  The Lancet n’a retiré l’article que douze ans plus tard… Pourquoi ?

« Dans le cas Wakefield, les auteurs ne voulaient pas retirer leur article. Le problème est alors que vous devez disposer de très bonnes preuves de fabrication ou falsification et à ce moment-là, nous ne les avions pas. En soi, l’article décrivait simplement un groupe d’enfants atteints de ce qui semblait être une nouvelle pathologie. La possibilité d’un lien avec le vaccin était évoquée, mais il était clairement écrit, noir sur blanc, que ce lien n’avait pas été prouvé.

« Ce qu’a fait Andrew Wakefield dans les médias, en public, c’est de lancer une campagne contre le vaccin, dire qu’il était dangereux et devait être retiré de la circulation. S’il avait alors dit très clairement qu’il n’y avait absolument aucune preuve d’un lien entre le vaccin et cette pathologie, et que des recherches supplémentaires étaient nécessaires, il est probable qu’il n’y aurait pas eu cette panique. Ce qu’on a appris après, c’est qu’il était partie prenante dans un projet de mise au point d’un vaccin rival, donc il avait un conflit d’intérêts financiers dans cette histoire. Ensuite, nous avons fait partie du processus officiel qui a apporté toutes les preuves sur la fraude. Ça a pris beaucoup de temps (sic). Mais bien sûr que j’aurais aimé retirer l’article plus tôt (re-sic). »

Autrice : Marisol Touraine

Dans son ouvrage (encore non traduit en français) le rédacteur en chef du Lancet a des mots très durs envers Donald Trump et Boris Johnson. Vous accusez le premier de «crimes contre l’humanité» et le second d’avoir «manqué à ses devoirs de serviteur du public ou d’avoir menti» ? Il dénonce dans le même temps « l’arrogance de l’Occident ».  Propos d’un spécialiste :

« Cette arrogance est responsable de dizaines de milliers de morts. Les décès ont été provoqués par un virus, mais ils ont aussi été causés par un orgueil d’exceptionnalisme occidental. C’est même pire que cela parce que, si vous regardez en arrière – je ne sais pas bien en France – mais certainement au Royaume-Uni, nous savions depuis quatre ans que nous n’étions pas prêts en cas de pandémie, et nous n’avons rien fait pour nous préparer. Le 24 janvier, au moment où nous avons publié un premier article sur le Covid-19, on savait. On savait qu’il fallait distribuer en urgence du matériel de protection, qu’il fallait appliquer le principe de tester, retracer et isoler les patients contaminés, on savait qu’il fallait élargir la capacité d’accueil en soins intensifs. Et qu’est-ce qui a été fait en février pour se préparer ? Rien, absolument rien ! »

C’est démontré : les responsables politiques ne lisent pas assez The Lancet. A l’exception de Marisol Touraine qui publia dans ces prestigieuses colonnes. C’était en avril 2014 et la ministre de la Santé de François Hollande annonçait un « nouveau contrat social pour la santé ». Six ans après son papier n’a pas encore été rétracté

.A demain @jynau

1 The Covid-19 Catastrophe. What’s Gone Wrong and How to Stop It Happening Again, par Richard Horton, 120 pp., éditions Polity Press

Chloroquine : les autorités sanitaires américaines interdisent son usage contre la Covid-19

Bonjour

15/06/2020. Que s’est-il passé ? La « raison » retrouvée ? Les autorités sanitaires américaines viennent d’annoncer retirer l’autorisation d’utiliser en urgence deux traitements contre le Covid-19 : la chloroquine et l’hydroxychloroquine, deux spécialités défendues avec vigueur par Donald Trump, un président aujourd’hui de plus en plus contesté.

«Il n’est plus raisonnable de croire que l’administration par voie orale d’hydroxychloroquine et de chloroquine soit efficace dans le traitement du Covid-19 , explique, dans un courrier la responsable scientifique de l’Agence américaine du médicament (FDA) Denise Hinton. Il n’est pas non plus raisonnable de croire que les bénéfices connus et potentiels de ces produits dépassent leurs risques connus et potentiels » En d’autres termes :

« FDA has concluded that, based on this new information and other information discussed in the attached memorandum, it is no longer reasonable to believe that oral formulations of HCQ and CQ may be effective in treating COVID-19, nor is it reasonable to believe that the known and potential benefits of these products outweigh their known and potential risks. Accordingly, FDA revokes the EUA for emergency use of HCQ and CQ to treat COVID-19, pursuant to section 564(g)(2) of the Act. As of the date of this letter, the oral formulations of HCQ and CQ are no longer authorized by FDA to treat COVID-19. »

Et pour en savoir plus : Frequently Asked Questions on the Revocation of the Emergency Use Authorization for Hydroxychloroquine Sulfate and Chloroquine Phosphate.

On attend avec le plus grand intérêt la réaction des promoteurs marseillais.

A demain @jynau