Avortement : Olivier Véran refusera-t-il trois aménagements durant le confinement ?

Bonjour

01/03/2020. Où l’on découvre, une fois encore, que l’épidémie met douloureusement à l’épreuve notre système de santé dont il révèle les insuffisances, les failles, l’impréparation. Sans nullement ignorer le courage et la force des soignants, la haute conscience qu’ils ont de leur métier, de leur rôle dans leur métier.

C’est une courte et forte tribune collective, médicale et politique, publiée dans Le Monde : « Il faut ‘’protéger les droits des femmes et maintenir l’accès à l’avortement’’». Plus d’une centaine de professionnels de l’IVG 1 appellent, soutenue par des personnalités du monde politique et de la culture, à des mesures d’urgence et se disent prêts à défier la loi. Extraits :

« Nous, professionnelles de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), avons dès le début de l’épidémie réorganisé la prise en charge des femmes afin de pouvoir répondre à toutes les demandes dans le délai le plus bref et en limitant au maximum tout déplacement. Il est essentiel de protéger les droits des femmes et de maintenir l’accès à l’avortement (…) Malgré cette organisation ultra-précoce et malgré notre investissement collectif, nous sommes confrontés aujourd’hui à trois problèmes dont les femmes sont les premières victimes »

« – Le premier est lié aux questions de ressources humaines avec des soignant(e)s également malades, ce qui met les équipes en tension. Pour limiter la sollicitation des équipes hospitalières, nous souhaitons que les avortements puissent être autorisés par voie médicamenteuse au domicile jusqu’à neuf semaines d’aménorrhée, soit sept semaines de grossesse. Cette option est validée par l’OMS et ne présente pas de danger particulier.

« – Le deuxième est la limitation des déplacements des femmes lors de leur IVG. Pour la respecter au mieux, nous demandons que les mineures soient dispensées du délai de quarante-huit heures qui leur est actuellement imposé avant leur IVG et puissent bénéficier d’une IVG dans la foulée de leur première consultation.

« – Enfin, le confinement aggrave les situations de violences et rend encore plus difficiles les possibilités de consultation pour les femmes qui vivent dans un environnement dangereux. Il s’ensuit des retards de diagnostic et des demandes hors délais. Ces situations donnent en général lieu à une prise en charge à l’étranger (Pays-Bas principalement) à condition que les patientes en aient les moyens, mais cette solution n’est même plus envisageable du fait de la fermeture des frontières (…)  Ces difficultés vont obliger nombre de femmes à conserver leur grossesse contre leur gré, mettant en danger leur autonomie et l’avenir des enfants nés dans ces conditions. Nous souhaitons pouvoir, à titre exceptionnel pendant la durée du confinement, réaliser des aspirations jusqu’à seize semaines d’aménorrhée, soit quatorze semaines de grossesse. »

Il s’agit, en d’autres termes, et pour une période limitée, que l’exécutif donne, au minimum, son feu vert de principe pour que la loi et le règlement ne soit pas toujours pleinement respectés – sans que les soignants puissent en être les victimes. Le gouvernement a prouvé qu’il pouvait prendre des mesures rapides dans la période épidémique que nous connaissons.

« On nous a répondu qu’on ne pouvait pas changer la loi, que c’était compliqué, vient de déclarer sur France Inter  Ghada Hatem, gynécologue-obstétricienne et fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis, Certains politiques, voire des collègues, nous ont même dit que c’était “ignoble” de vouloir profiter de la situation pour faire passer des revendications. On ne profite pas de la situation, on veut juste aider les femmes dans une période encore plus difficile que d’habitude. »

Quatre anciennes ministres soutiennent ces demandes. Or on indique qu’Olivier Véran serait ici fermement opposé à tout changement. Vraiment ? Ce serait d’autant plus surprenant que le nouveau ministre de la Santé a démontré qu’il pouvait (dans le champ des addictions) prendre en urgence des mesures dérogatoires – et ce au nom de la réduction des risques. Et sans avoir besoin de saisir le Comité national d’éthique.

« La loi doit aligner les pratiques médicales sur les besoins sociaux concluent les signataires. Nous y sommes prêt(e)s, et sommes également prêt(e)s à nous mettre hors-la-loi pour appliquer ces trois mesures. » Le Dr Olivier Véran fera-t-il en sorte que l’on puisse ne pas en arriver là ?

A demain @jynau

1 Liste des premiers signataires : Docteur Laurence Danjou, gynécologue Paris ; Docteur Philippe Faucher, responsable CIVG hôpital Trousseau, président de REVHO (Réseau entre la ville et l’hôpital pour l’orthogénie) ; Docteur Danielle Gaudry, gynécologue-obstétricienne, CPEF Maison-Alfort ; Docteur Sophie Gaudu, responsable CIVG, hôpital du Kremlin-Bicêtre ; Docteur Maud Gelly, CIVG, hôpital Avicenne, Bobigny ; Docteur Danielle Hassoun, gynécologue obstétricienne, centre de santé du Square de la Mutualité ; Docteur Ghada Hatem, médecin chef de la Maison des femmes de Saint-Denis. Liste complète des signataires sur le site Internet IVG-Covid.

Ce texte a reçu le soutien de : Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la santé ; Guillaume Gouffier-Cha, député du Val-de-Marne (LRM) ; Anne Hidalgo, maire de Paris, socialiste ; Laurence Rossignol, sénatrice socialiste, ancienne ministre des droits des femmes ; Yvette Roudy, ancienne ministre des droits des femmes ; Marisol Touraine, ancienne ministre de la santé ; Najat- Vallaud-Belkacem, ancienne ministre des droits des femmes. 

Liste complète des soutiens au texte sur le site IVG-Covid.

Hydroxychloroquine : un véritable essai clinique contre placebo est lancé en France

Bonjour

31/03/2020. C’était une demande formulée par les remuants responsables de jeunesmedecins.fr. « En l’état actuel de la science sur le Covid-19, nous savons que la charge virale sur un écouvillon nasopharyngé est corrélée de manière significative à la gravité du tableau clinique, expliquent-ils. En outre, deux études chinoises récentes suggèrent que le traitement des patients avec des symptômes modérés pourrait diminuer le risque d’évolution vers des formes sévères. Les données du Pr Raoult iraient dans ce sens. »

Et d’ajouter que l’essai clinique européen DisCoVeRy en cours actuellement répondra à la question du traitement antiviral chez les patients hospitalisés parmi toutes les molécules testées.  « Il nous semble indispensable de mettre en place rapidement un essai clinique pour les patients ambulatoires, visant en priorité les patients à risque d’évolution vers des formes sévères, ajoutaient-ils. Cet essai permettrait de répondre rapidement à la question de l’intérêt du traitement antiviral chez les patients présentant une forme clinique modérée ne nécessitant pas d’hospitalisation. »

Or voici que l’on apprend que le CHU d’Angers vient d’annoncer la mise en place d’une vaste étude, « Hycovid », destinée à évaluer l’efficacité de l’hydroxychloroquine chez des patients atteints d’une forme non grave d’infection à Covid-19 mais à risque élevé d’évolution défavorable.

« Dans le contexte particulier que nous vivons, les résultats des essais cliniques sur l’hydroxychloroquine menés par l’équipe du Pr Raoult ont généré beaucoup d’espoirs mais ils ont également soulevé des interrogations légitimes quant à leur pertinence clinique et à l’innocuité de l’hydroxychloroquine, a expliqué le Pr Vincent Dubée, investigateur principal de l’étude, lors d’une conférence de presse. L’étude Hycovid, qui correspond aux standards scientifiques, méthodologiques les plus élevés, devrait permettre de répondre de manière définitive à ces questions et de clore, une fois pour toutes, le débat sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine. »

Essai clinique randomisé, contrôlé en double aveugle avec 1 300 patients

A la différence des essais menés à Marseille cette étude sera menée dans 33 centres répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain : un essai clinique randomisé, contrôlé en double aveugle qui prévoit d’inclure 1 300 patients au total, des malades âgés de plus de 75 ans ainsi que des patients de tous âges à risque d’évolution secondaire grave de la maladie.

« Il doit démarrer le 1er avril et prévoit d’intégrer aussi bien des malades en ambulatoire qu’hospitalisés dans un des centres participant ou des résidents d’EHPAD, ajoute Le Quotidien du Médecin. La moitié des patients recevra de l’hydroxychloroquine, l’autre moitié un placebo. Le critère de jugement principal, l’efficacité du traitement par hydroxychloroquine, sera évalué de façon binaire : diminution significative du nombre de patients décédés ou du nombre de patients nécessitant d’être placés sous respirateur artificiel. »

Explications du Pr Dubée :  « D’après les données de la littérature, on s’attend à une fréquence de décès ou de passage en réanimation avec intubation autour de 20 % chez ces patients en l’absence de traitement par hydroxychloroquine. Avec Hycovid, on peut raisonnablement espérer qu’un pourcentage de passage en réanimation ou de décès abaissé à 14 % fournira une preuve de l’efficacité de cette molécule. Si l’on constate un nombre élevé d’évènements indésirables graves, notamment cardiaques, on pourra arrêter l’étude »

La durée de l’étude ? « Cela dépendra de l’évolution de l’épidémie, de la capacité des centres à inclure les patients dans l’étude dans un contexte extrêmement tendu ». Pour le Pr Alain Mercat, président de la Commission médicale d’établissement du CHU d’Angers, « la méthodologie utilisée devrait nous permettre, en présence d’une preuve statistique forte de l’efficacité du traitement par hydroxychloroquine, de publier rapidement nos résultats pour en faire profiter l’ensemble de la communauté nationale et internationale ».

Mais encore ? « Si l’effet est très important, la réponse sera probablement très rapide car le nombre de vies sauvées ou de patients non intubés sera rapidement visible ; mais si l’effet est moins puissant, cela prendra un peu plus de temps. Mais si avec 1 300 malades, on n’a pas été capable de montrer une différence d’efficacité entre l’hydroxychloroquine et le placebo, c’est soit que cette différence est a priori très faible, soit qu’elle n’est probablement pas cliniquement pertinente. »

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : la voix du mensuel Prescrire, indépendant de l’industrie pharmaceutique

Bonjour

31/03/2020. C’est, aujourd’hui, une nouvelle pièce à verser au dossier de l’affaire : l’analyse consacrée à l’hydroxychloroquine que vient de publier Prescrire ;  mensuel qui n’est plus à présenter, « indépendant de l’industrie pharmaceutique » et, depuis des années, voix autorisée dans le champ des médicaments, leur efficacité et leur innocuité. Extraits de cette analyse :

« Le 23 mars 2020, nous n’avions pas recensé de résultat publié d’essai randomisé de l’hydroxychloroquine (Plaquénil°) dans l’infection par le SARS-CoV-2, dite covid-19. Or des résultats d’un essai randomisé chez 30 patients ont été publiés en chinois début mars dans un journal universitaire (Chen J et coll. « A pilot study of hydroxychloroquine in treatment of patients with common coronavirus disease-19 (covid-19) » Journal of Zhejiang University mars 2020 : 6 pages). Nous avons traduit ces résultats…

« Cet essai chez seulement 30 patients a comparé deux groupes déterminés par tirage au sort, sans différence majeure des caractéristiques des patients de ces groupes lors de l’inclusion. Entre autres, les patients ayant des antécédents cardiaques ont été exclus de l’essai. En moyenne, les patients étaient âgés d’environ 50 ans, avec une infection covid-19 symptomatique depuis 6 jours, sans détresse respiratoire. Le groupe témoin a reçu les soins courants. Le groupe intervention a reçu en plus 400 mg d’hydroxychloroquine une fois par jour pendant 5 jours.

« Au terme de 2 semaines de suivi, l’état de santé de tous les patients s’est amélioré sans différence notable entre les groupes. Aucun patient n’est mort. Le test de diagnostic virologique par PCR sur prélèvement de gorge est devenu négatif après un délai médian de 4 jours dans le groupe hydroxychloroquine versus 2 jours dans le groupe témoin. Le délai médian de disparition de la fièvre a été d’environ 1 jour dans les deux groupes.

« Au 3e jour après l’inclusion, une amélioration radiologique a été constatée (sur scanner thoracique) chez 5 patients dans le groupe hydroxychloroquine, versus 7 patients dans le groupe témoin. L’état de santé d’un patient s’est aggravé dans le groupe hydroxychloroquine versus aucun dans le groupe témoin. Les différences entre les groupes ne sont pas statistiquement significatives. »

Avant d’exposer les patients en routine

« En somme, écrit Prescrire, ces résultats ne montrent pas d’efficacité de l’hydroxychloroquine, sans l’exclure pour autant vu la faible puissance statistique de l’essai. Étant donné les limites de la PCR sur prélèvement de gorge et le constat qu’elle devient le plus souvent rapidement négative chez les patients atteints de covid-19, y compris en l’absence d’hydroxychloroquine, ce critère semble peu pertinent pour évaluer l’intérêt clinique des traitements. Il en est de même avec les études sans comparaison à un groupe témoin recruté comme le groupe traité. » Et Prescrire d’ajouter :

« Au total, dans cet essai randomisé chinois et dans une étude marseillaise médiatisée mi-mars 2020 (avec des résultats complémentaires rendus publics le 27 mars 2020), l’état de santé de plusieurs patients s’est aggravé, tous parmi les patients exposés à l’hydroxychloroquine. Cette donnée peut être interprétée comme un signal de risque d’aggravation du covid-19 par l’hydroxychloroquine, utilisée par ailleurs comme immunodépresseur faible dans certaines affections auto-immunes. »

 Conclusion : « avant d’exposer les patients en routine, la conduite d’autres essais comparatifs randomisés, de plus grande ampleur, est justifiée pour explorer cette hypothèse, tel l’essai en cours au niveau européen (essai dit Discovery) ». Où l’on voit que Prescrire rejoint ici la position et les recommandations de l’Agence nationale de sécurité du médicament.

Question : cette association sera-t-elle de nature à convaincre ceux qui continuent, sur les ondes et les réseaux,  à faire la promotion de l’hydroxychloroquine avant de connaître les résultats des essais comparatifs randomisés ?

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : l’Agence de sécurité du médicament peut-elle encore se faire entendre ?

Bonjour

31/03/2010. Nouvelle étape dans l’impensable bras de fer : L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) entre sur le champ de bataille. Mais n’est-il pas, là encore, trop tard ? Elle rappelle, dans un communiqué publié lundi 30 mars, qu’aucun médicament n’ayant « apporté la preuve formelle de son efficacité dans le traitement ou la prévention de la maladie Covid-19 », que « les traitements testés pour soigner les patients Covid-19 ne doivent être utilisés qu’à l’hôpital ». 

Trop tard ? Ce rappel au règlement médicamenteux est lancé alors que l’on ne compte plus, sur les ondes et les réseaux, les voix qui prônent dans le recours à l’hydroxychloroquine (Plaquénil, plus ou moins associée à l’azithromycine) au premiers stades du Covid-19 et bien en amont de l’hospitalisation. Des prises de position exprimées dans le plus grand désordre par les personnalités les plus diverses et qui rencontrent un écho grandissant dans la population – avec toutes les conséquences négatives que l’on peut redouter. La Société française de pharmacologie et de thérapeutique a pour sa part mis en ligne un dispositif d’information sur le médicament en situation Covid-19.

Trop tard ? L’ANSM rappelle à qui veut bien l’entendre que le recours à ces « traitements » « doit se faire prioritairement dans le cadre des essais cliniques en cours ». Elle surligne : « En aucun cas, ces médicaments ne doivent être utilisés ni en automédication, ni sur prescription d’un médecin de ville, ni en autoprescription d’un médecin pour lui-même, pour le traitement du Covid-19. » Et l’Agence de mettre en ligne sur son site des fiches téléchargeables sur ces médicaments, destinées aux patients.

« Conformément à l’avis du Haut conseil de santé publique du 24/03/2020  (HCSP) et au  décret du 25 mars 2020  (pris en application de « la loi d’urgence pour faire face à l’épidémie du COVID-19 » ), le recours à ces médicaments peut s’envisager à titre exceptionnel et uniquement dans le cadre d’une prescription et d’une dispensation aux patients hospitalisés.

« En aucun cas ces médicaments ne doivent être utilisés ni en automédication, ni sur prescription d’un médecin de ville, ni en auto-prescription d’un médecin pour lui-même, pour le traitement du COVID-19 .
Pourtant, des informations recueillies par les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) font état d’utilisation de hydroxychloroquine, seule ou en association, en ville. Nous alertons les professionnels de santé et les patients sur les risques connus liés à l’utilisation de ces médicaments, dont le risque cardiaque, qui, sans suivi médical approprié, peuvent conduire à une hospitalisation. »

Doublement des ventes de Plaquénil

Trop tard ? Tout, ici aussi, est allé beaucoup plus vite que l’on pouvait le redouter. En cause : la publicité donnée aux travaux et aux résultats préliminaires (amplement critiqués) du Pr Didier Raoult. Mais pas seulement. « Au total, nous avons eu pour l’instant une trentaine de cas signalés en pharmacovigilance relatifs à des médicaments utilisés dans la Covid-19, précise le Dr Dominique Martin, directeur général de l’ANSM. Les plus nombreux concernent le Kaletra (association lopinavir/ritnavir). L’hydroxychloroquine (Plaquenil), seule ou association avec un autre produit, est impliquée dans cinq cas dont trois mortels. Ces dossiers sont en cours d’analyse par un centre régional de pharmacovigilance. » 

Le directeur général de l’ANSM souligne que dans le cas du patient décédé à Paris, « cette molécule avait été prise en association avec un anti-inflammatoire, et il reste à déterminer si le décès est dû à un trouble de conduction, ou à un infarctus massif du myocarde qui n’aurait rien à voir avec le traitement ».

« Concernant le Plaquenil, l’alerte a été double, précise le Dr Dominique Martin cité par Le Monde, avec d’une part un quasi-doublement des ventes dans les pharmacies ces derniers jours ; et de l’autre, des alertes de pharmacovigilance. Seule, cette molécule peut être responsable d’effets indésirables, mais l’association avec d’autres médicaments − azithromycine mais pas seulement − fait prendre des risques supplémentaires. » 

Face à ces débordements médicamenteux des voix s’expriment aussi, sur les ondes et dans certains médias, pour en appeler à la raison : attendre les résultats de plusieurs essais cliniques menés en urgence mais en respectant la méthodologie habituelle ; résultats attendus dans deux à trois semaines. On en saura plus sur les vertus  de l’hydroxychloroquine dans le Covid-19. Trop tard, pour les partisans et adeptes du Pr Didier Raoult qui, déjà contestent la méthodologie de ces essais et qui, au nom de l’urgence, revendiquent la liberté de se traiter comme ils l’entendent.

A demain @jynau

Johnson & Johnson annonce un «candidat vaccin» et, déjà, un milliard de doses en 2021

Bonjour

30/03/2020. C’est la première annonce massue du genre https://www.jnj.com/coronavirus. Est-ce la dernière ? La multinationale américaine Johnson & Johnson (J&J) annonce un « candidat vaccin » contre le COVID-19 et ce grâce à un partenariat historique avec le Ministère de la santé américain. Elle s’engage aussi à fournir  milliard de doses de vaccins dans le monde pour une utilisation d’urgence afin de faire face à la pandémie.

Que l’on se comprenne bien : il s’agit d’un « candidat vaccin » dont les essais de phase 1 chez l’homme sont prévus « au plus tard en septembre 2020 ». Extraits de l’annonce :

« Johnson & Johnson a commencé ses efforts de recherche en janvier 2020, dès que la séquence du coronavirus (COVID-19) est devenue disponible, pour rechercher des candidats vaccins potentiels. Les équipes de recherche de Janssen, en collaboration avec le Beth Israel Deaconess Medical Center, qui fait partie de la Harvard Medical School, ont identifié et testé plusieurs candidats vaccins en utilisant la technologie Janssen AdVac®.

« Grâce à des collaborations avec des scientifiques de plusieurs institutions universitaires, les vaccins identifiés ont ensuite été testés pour sélectionner ceux qui étaient les plus prometteurs pour produire une réponse immunitaire lors des essais précliniques. Sur la base de ces travaux, Johnson & Johnson a identifié un candidat vaccin COVID-19 de premier plan. Grâce à un calendrier accéléré, J&J vise à lancer une étude clinique de phase 1 en septembre 2020, avec des données cliniques sur la sécurité et l’efficacité qui devraient être disponibles d’ici la fin de l’année. »

« Depuis plus de 20 ans, Johnson & Johnson a investi des milliards de dollars dans les antiviraux et les vaccins. Le programme de vaccins COVID-19 s’appuie sur les technologies éprouvées AdVac® et PER.C6® de Janssen qui permettent de développer rapidement de nouveaux candidats vaccins et de produire à grande échelle le candidat vaccin optimal. La même technologie a été utilisée pour développer et fabriquer le vaccin Ebola et construire nos candidats vaccins Zika, RSV et VIH qui sont en phase 2 ou 3 de développement clinique. »

Dans la meilleure des hypothèses « cela pourrait permettre la disponibilité du vaccin « pour une utilisation d’urgence au début de l’année 2021 ». À titre de comparaison, le processus classique de développement d’un vaccin implique un certain nombre d’étapes de recherche différentes, s’étendant sur 5 à 7 ans, avant même qu’un candidat ne soit considéré pour approbation.

D’ores et déjà Johnson & Johnson et BARDA (Biomedical Advanced Research and Development Authority) s’engagent ensemble plus d’1 milliard de dollars. J & J va « mettre en œuvre de nouvelles capacités de production de vaccins aux États-Unis et une capacité supplémentaire à l’extérieur des États-Unis pour commencer cette production et assurer l’approvisionnement mondial en vaccin ».

C’est la première annonce massue du genre. Qui parmi les géants de Big Pharma, dira mieux ?

A demain @jynau

Chloroquine : Olivier Véran va-t-il céder face à Marine Le Pen et à Philippe Douste-Blazy ?

Bonjour

30/03/2020. L’affaire « de la chloroquine » prend une nouvelle fois de nouvelles et inquiétantes dimensions. Une situation qui met soudain en difficulté les autorités en charge du médicament et, plus encore, le gouvernement. Nous sommes plus que jamais aux confins du politique et du sanitaire, du scientifique et de l’irrationnel. Nouvelles pièces à verser au dossier :

1 Marine Le Pen vient de juger nécessaire que tous les médecins de ville puissent prescrire le Plaquenil (hydroxychloroquine) de Sanofi-Aventis pour des symptômes « peu graves » du coronavirus. Objectif : prévenir la saturation des hôpitaux et le risque de « tri des malades. » « Je pense qu’il faut tout de suite donner la possibilité à tous les médecins de ville, qui savent ce qu’ils font et connaissent les effets secondaires possibles de ce médicament, la capacité de le prescrire à ceux qui sont contaminés avec des symptômes peu graves », a expliqué la présidente du Rassemblement national sur France Info.

 « Si on peut éviter l’aggravation des cas, si on peut éviter ne serait-ce que 10 % des cas graves, cela voudra dire qu’on ne sera pas obligé de trier les gens à la sortie, qu’on ne laissera pas sur le côté, sans respirateur, sans aide, des personnes âgées parce qu’on n’a pas les moyens matériels de les soigner, a-t-elle fait valoir. Je ne comprends pas que le professeur Raoult qui indique que la chloroquine est utile dès les premiers symptômes, précisément pour éviter l’aggravation d’un certain nombre de cas, se retrouve avec une réponse du gouvernement qui lui dit : on va [l’]utiliser pour les cas très graves ».

2 Philippe Douste-Blazy, médecin et ancien ministre de la Santé partage cette opinion. « L’hydroxychloroquine est un médicament connu depuis longtemps et pris par des millions de gens. Il s’agit d’en donner 600 mg pendant dix jours, donc il n’y aura aucun effet secondaire , assure l’ancien cardiologue sur France Info. Il demande «  au ministre de la Santé de changer le décret pour que les médecins puissent prescrire ce médicament. Plus on le donne tôt, plus ça marche, a prouvé le Pr Raoult. Il a prouvé qu’il n’y a plus de charges virales chez ces malades et qu’ils ne sont plus contagieux au bout de huit jours ».

Et d’insister : « Je préférerais un essai clinique parfait, mais il n’y a pratiquement plus de lits en réanimation disponibles en Île-de-France. On ne va pas attendre. Le ministre de la Santé l’a autorisé pour les cas graves, mais on sait que ça ne marche pas sur ces cas ».

3 « Plusieurs cas mortels d’usage de la chloroquine en France » révèle Le Point (Jérôme Vincent).  Le pharmacien d’un grand CHU français, correspondant du Centre de pharmacovigilance de sa région, a lancé l’alerte vendredi 27 mars auprès de médecins infectiologues et pharmaciens de son établissement. « Des cas de patients Covid-19 positifs [c’est-à-dire dont l’infection a été validée par un test] présentent, sous hydroxychloroquine associée ou non à l’azithromycine [un antibiotique], des troubles du rythme ou de la conduction cardiaque, des arrêts cardiaques dans d’autres centres hospitaliers français. » Certains de ces arrêts se révèlent « fatals ».

« Ces cas sont en cours d’évaluation », a indiqué au Point ce pharmacien, et « seront ensuite transmis à l’ANSM [Agence nationale de sécurité des médicaments] ». L’information a vite circulé en direction d’infectiologues d’autres CHU, d’anesthésistes-réanimateurs, tous ces soignants en première ligne pour sauver des malades victimes de cette épidémie inédite et fulgurante.Selon Le Point, des centres régionaux de pharmacovigilance avaient déjà observé il y a un mois une « recrudescence des commandes de spécialités à base de chloroquine et d’hydroxychloroquine sur le territoire national », à la suite « d’ annonces mirobolantes reposant sur des études d’une extrême faiblesse ».

Les centres de pharmacovigilance appellent le public et les professionnels de santé à ne pas utiliser la chloroquine et l’hydroxychloroquine contre le coronavirus, en raison de ses bénéfices inconnus et de ses risques avérés. Et demandent aux médecins hospitaliers la testant dans un cadre protocolaire comme un essai clinique de procéder à un électrocardiogramme sur leurs patients avant l’instauration du traitement, puis 3-4 heures après, puis deux fois par semaine.

4 « Dans les officines, la ruée sur l’hydroxychloroquine » (Béatrice Gurrey, Le Monde du 31 mars)

A demain @jynau

Hydroxychloroquine: alerte française après des accidents graves d’automédication

Bonjour

30/03/2020. Nouveau rebondissement. Au moment où la Food and Drug Administration américaine annonçait son autorisation en milieu hospitalier, l’Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine lançait dimanche 29 mars, une « alerte danger » concernant des cas de toxicité cardiaque signalés à la suite de prises en automédication de Plaquenil (hydroxychloroquine) chez des patients craignant d’être infectés par le nouveau coronavirus. Ces cas ont « parfois nécessité une hospitalisation en réanimation », indique l’ARS, qui souligne que l’hydroxychloroquine « ne doit en aucun cas être prise en automédication ».

Mais l’alerte dépasse cette région. L’emploi de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine, « en particulier en association, fait courir des risques d’effets indésirables graves, en particulier cardiaque », souligne dans un communiqué, la Société française de pharmacologie et de thérapeutique. Plusieurs cas viennent d’être rapportés aux centres régionaux de pharmacovigilance. De plus, selon l’Agence France Presse, des suspicions de décès liés à ces automédications sont à l’étude. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) devait se réunir à ce sujet aujourd’hui 30 mars.

Incitations-médiatisation

On sait que le Plaquenil (Sanofi-Aventis) est disponible sur prescription médicale obligatoire uniquement, dans des indications comme le lupus, de polyarthrite rhumatoïde ou encore, à titre préventif, pour les allergies au soleil (lucite). Mais on redoutait aussi les conséquences de la médiatisation des incitations à son utilisation contre le Covid-19 par l’équipe du Pr Didier Raoult (Institut hospitalo-universitaire Méditerranée infections, Marseille).

Des incitations qui auraient conduit certains à se l’administrer en dehors d’un cadre médical contrôlé dans un établissement de santé, tel que préconisé par un décret récent du ministre de la Santé. Or « cette molécule n’est pas anodine car elle peut provoquer des troubles du rythme cardiaque graves pouvant être fatals, précise l’ARS de Nouvelle-Aquitaine. La prescription de cette molécule est systématiquement accompagnée d’une surveillance médicale (notamment par monitoring cardiaque) permettant d’adapter son dosage et de limiter ainsi les risques. »

Limiter les risques : comment, dans un tel contexte d’incitation-médiatisation, parvenir à interdire l’automédication ? Telle est désormais la question.

A demain @jynau