Urgences : la relecture, par Martin Hirsch, de l’affaire de la femme morte de Cochin

 

Bonjour

C’était le 15 février 2014. Une femme de 61 ans avait été transférée à 16h 48 par les sapeurs-pompiers aux urgences de l’hôpital Cochin « pour une plaie au pied » à la suite d’une « chute sans signe de gravité ». Elle était retrouvée morte six heures plus tard – morte dans un fauteuil d’une salle des urgences de ce célèbre hôpital. Une enquête interne  avait  été ouverte par l’AP-HP. La règle de l’entre-soi.

« A ma connaissance (…), il n’y a pas de faute individuelle qui justifierait des sanctions individuelles, il y a des erreurs d’organisation suffisamment graves pour qu’on prenne des corrections, pour qu’on les prenne au sérieux et qu’on rende des comptes », déclarait le 25 février 2014, sur France Inter, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP

 Il dira encore : « Dans l’état actuel de l’enquête, même si [la patiente] avait été tout de suite prise en charge correctement, ça n’aurait pas eu d’influence, ça ne l’aurait pas sauvée ». Sans jamais apporter la preuve de cette affirmation.

Suivit une invraisemblable affaire de cache-cache marquée par l’incompréhensible absence d’une autopsie médicolégale, l’inaction, le silence et l’embarras du procureur de la République de Paris, la fuite et l’effacement des responsabilités, l’écriture d’une impossible vérité 1.

Quatre ans plus tard

Nous sommes le 21 novembre 2017. Le directeur général de l’AP-HP est l’invité des « Matins » de France Culture. Il y parle de l’hôpital et de son nouvel ouvrage « à cœur ouvert ». Guillaume Erner l’interroge sur les urgences et leurs abcès. Martin Hirsch :

« Je raconte dans ce livre que quand je suis arrivé [à la tête de l’AP-HP] il n’était pas possible qu’on laisse des temps d’attente qui soit en moyenne de quatre heures. J’ai entendu le discours habituel – pas de tous mais de certains – me disant et bien finalement c’est pas si mal d’attendre, c’est ce qui permet d’identifier ceux qui en ont vraiment besoin, de les discriminer par rapport aux autres. Un discours aussi absurde que le discours d’il y a vingt ans quand on disait que la douleur c’était bien, qu’il ne fallait pas la calmer, parce qu’elle était l’auxiliaire de la médecine ; parce qu’elle apportait des informations tout à fait utiles (…)

 « Malheureusement les faits m’ont donné raison puisque … une patiente est morte, en attendant, au milieu d’une salle d’attente … Vous vous rappelez peut-être, c’était il y a trois ans et demi, et on a mis trois heures pour s’apercevoir  qu’elle était morte au milieu des autres patients dans une salle d’attente. Donc attendre n’est pas bon. »

 Près de quatre ans plus tard, à quelques éléments près, la démonstration est parfaite. Où il est démontré que les faits, ainsi racontés, donnent raison au directeur général de l’AP-HP. Où il est aussi confirmé qu’en matière d’urgences trop attendre n’est jamais très bon.

A demain

1 Tous les articles de ce blog consacrés à cette affaire sont disponibles ici : https://jeanyvesnau.com/?s=cochin+femme+morte. Et sur Slate.fr : « Urgences de Cochin: faute d’autopsie, on ne saura jamais la vérité » (1er mars 2014) ; « Décès de Cochin: le Parquet ouvre une enquête. Enfin » (10 mars 2014).

VIH et sexualité : à combien faut-il condamner les hommes qui ont sciemment contaminé ?

Bonjour

Aléas du droit confronté à la sexualité. C’est une information italienne. Une première dans le pays, reprise notamment par le  Quotidien du Médecin (Ariel F. Dumont). Valentino Talludo vient, à Rome, d’être condamné à vingt-quatre ans de prison. Cet italien séropositif âgé de 33 ans était accusé d’avoir contaminé trente-deux femmes séduites via la Toile.

« Aucune ne savait qu’il était séropositif pour le virus du sida – diagnostiqué en 2006 – et toutes ont accepté d’avoir des rapports sexuels non protégés, précise la correspondante du Quotidien. Certaines de ses ex-partenaires ont, à leur tour, contaminé leurs compagnons et l’une d’elle a transmis le virus à son bébé. Une vingtaine d’autres jeunes femmes en revanche ont échappé à la contamination ainsi que trois hommes ayant eu des rapports avec des femmes contaminées. »

Délit d’ « épidémie »

L’avocat général avait requis la perpétuité et deux ans d’isolement. Dans son dossier, le juge d’instruction avait inscrit le délit d’« épidémie », un chef d’accusation que le tribunal n’a toutefois pas retenu. L’homme a finalement été condamné pour avoir infligé de graves « lésions » à la majorité de ses victimes.

« La cour a rendu son verdict après près de douze heures de délibérations. A sa lecture, certaines victimes se sont enlacées en pleurant, ont constaté des journalistes présents dans la salle, note The Huffpost. Valentino Talluto n’a rien d’un Don Juan, mais sous le pseudonyme « Hearty Style », ce comptable au physique passe-partout a séduit des dizaines de jeunes femmes sur les réseaux sociaux et sites de rencontres. »

 « Ce verdict fera jurisprudence car il crée un précédent important. Avant Valentino Talludo, personne n’a jamais été accusé du délit de contamination en Italie », a souligné l’avocat général. Pour sa part la défense a affirmé que l’accusé au comportement certes irresponsable n’avait jamais voulu infecter ses partenaires. Et de brosser le portrait d’un jeune homme « avide d’affection » qui n’avait jamais connu son père et avait perdu très jeune sa mère, toxicomane et séropositive. L’accusation et la défense ont déjà annoncé un pourvoi en cassation.

Quid de la France ?

Première en Italie ; quid de la France ? En 2015, l’augmentation du nombre d’affaires judiciaires impliquant des séropositifs avait conduit le Conseil national du sida (CNS) à publier des recommandations sur la pénalisation de la transmission du VIH. On avait alors recensé trois affaires entre 1998 et 2007 et vingt de 2008 à 2015.

Parmi les vingt-trois procédures jugées, la majorité relevait d’une juridiction correctionnelle et cinq d’une juridiction d’assises. « La prison constitue la peine de référence, puisque le choix des tribunaux s’est systématiquement porté sur des peines d’emprisonnement, d’une durée d’une à douze années », déplorait le CNS qui rappelait que l’incarcération n’est pas en soi un moyen de limiter la diffusion du VIH. « Il est au contraire démontré que la prison est un lieu de pratiques à risque élevé de transmission », soulignait-il.

Et pour prévenir la récidive, il recommandait de favoriser l’insertion et la réinsertion des personnes condamnées, d’améliorer leur accompagnement et d’appliquer des peines alternatives de privation de liberté.

La justice française ne semble guère avoir été entendu le CNS. Le Quotidien du Médecin rappelle ainsi qu’en décembre 2016, un homme a été condamné à 12 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises du Gard pour avoir transmis le VIH à sa compagne lorsque celle-ci avait 16 ans. Et il y a quelques jours un homme de 54 ans a été condamné à six ans de prison ferme par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis pour avoir « sciemment » contaminé sa conjointe, également mère de ses deux enfants. On observera que ces procès n’intéresse plus guère les médias français. Pourquoi ?

A demain

Obligation des onze vaccins  : la ministre Buzyn n’a pas dit la vérité vraie sur les sanctions  

Bonjour

Mentir… « La ministre de la santé, Agnès Buzyn, ment-elle lorsqu’elle affirme que la volonté du gouvernement n’est pas de poursuivre les parents qui refuseront les onze vaccins obligatoires pour leur enfant » interrogent « Les Décodeurs » du Monde.  C’est là une question essentielle soulevée depuis plusieurs semaines 1; une question à laquelle personne, en haut lieu, n’est en mesure de répondre. Nous sommes ainsi là, citoyens, dans un épais brouillard au sein duquel tout est possible. Une situation on ne peut plus malsaine qui porte ouverte à tous les complotismes.

Plusieurs sites internet publient actuellement des articles affirmant que le passage de trois à onze vaccins obligatoires s’accompagnera d’un durcissement des sanctions visant les parents récalcitrants. Ainsi le site militant initiativecitoyenne.be  (« L’horreur: des députés français votent l’obligation vaccinale sans RIEN SAVOIR des conséquences pénales qui vont avec ! ») assure-t-il que les parents ne risqueraient désormais plus seulement six mois de prison et 3 750 euros d’amende, mais bel et bien deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. Michèle Rivasi, députée européenne bien connue des médias (opposée au passage à onze vaccins obligatoires) a relayé ces accusations dans un communiqué de presse : « Vaccination obligatoire : les sanctions seront plus lourdes ! ».

Pot au noir républicain

Comment avancer dans ce pot au noir de la République en marche ? Dans l’ancien monde existait un outil juridique : l’article L3116-4 du code de la santé publique qui disposait : « le refus de se soumettre ou de soumettre ceux sur lesquels on exerce l’autorité parentale ou dont on assure la tutelle aux obligations de vaccination (…) sont punis de six mois d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende. » Or, sous le nouveau soleil macronien, tout sera chamboulé. Le gouvernement prévoit ainsi de supprimer cette disposition.  Les enfants nés à partir du 1er janvier 2018 devront être à jour de leurs vaccins pour être admis en crèche ou à l’école mais, en même temps, aucune sanction ne serait prévue lorsque les parents n’auraient pas répondu à cette obligation…

Ce serait trop simple. En théorie ces parents pourront toujours être poursuivis par une autre voie, plus contraignante Car il existe un autre texte qui pourrait, peut-être, s’appliquer aux parents qui ne vaccineraient pas leurs enfants. Il s’agit de l’article 227-17 du code pénal, qui punit de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende « le fait, par le père ou la mère, de se soustraire, sans motif légitime, à ses obligations légales au point de compromettre la santé, la sécurité, la moralité ou l’éducation de son enfant mineur ».

« Les Décodeurs » ont contacté le cabinet d’Agnès Buzyn. Et ce cabinet reconnaît que ce texte « peut être interprété comme sanctionnant ceux qui ne respectent pas la vaccination obligatoire ». C’est heureux car la ministre avait elle-même évoqué il y a un mois déjà, cette possibilité. C’était sur RMC- BFM-TV.

Discours médiatique dominant

« Il n’y aura pas de sanction pénale, avait répondu Mme Buzyn à l’excellent Jean-Jacques Bourdin. Par contre il existe une mesure générale concernant la protection des enfants. C’est la loi : les parents sont censés protéger leurs enfants. Pénalement, légalement, un enfant pourra se retourner un jour contre ses parents parce qu’il a un handicap, parce qu’il n’a pas été vacciné, amputé par exemple à la suite d’une septicémie à pneumocoque. Et là les parents pourront être condamnés à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. »

Que penser de cette contrainte indirecte ? Qu’en sera-t-il de l’entrée des enfants non vaccinés dans les garderies, les crèches et les écoles ? Des sérologies seront-elles demandées ? Jean-Jacques Bourdin n’avait pas, alors, songé à le demander à la ministre de la Santé. Et cette dernière n’est jamais revenue sur ce sujet essentiel.

Aujourd’hui Michèle Rivasi, interrogée par « Les Décodeurs », veut croire que les (rares) parents qui étaient autrefois poursuivis dans le cadre du code de la santé publique le seront, demain, au titre de l’article 227-17 du code pénal. Tel n’est pas l’avis de plusieurs juristes spécialisés sur ces questions d’obligations et de santé. Où l’on comprend, progressivement, que ce qui est présenté comme une obligation pourrait bien ne renvoyer, de fait enverra, à aucune sanction. Nous serions dans ces zones de convergences intertropicales redoutées des marins comme des citoyens. Les discours médiatiques dominants feraient ainsi office de politique.

Etrange et désagréable situation qui explique le silence gêné de l’exécutif ; un silence qui ressemblera bientôt à un mensonge par omission. C’est dire s’il serait sain que la ministre de la Santé dise, vite, la pleine et entière vérité.

A demain

1 « Incroyable mais vrai : les parents réfractaires aux vaccins ne seront pas condamnés » Journalisme et santé publique, 28 septembre 2017

Robert Boulin : ministre suicidé ou assassiné ? L’archétype de l’affaire médico-légale sabotée

Bonjour

C’était au temps noir et blanc où Le Monde était imprimé dans les caves parisiennes du 5-7 rue des Italiens. Le 30 octobre 1979 les fidèles lecteurs de la capitales découvraient ces quelques lignes, sous le titre « Un bristol et une petite boîte bleue » :

« C’est dans l’étang de Rompu, l’une des retenues d’eau qui forme les Étangs de Hollande dans la forêt de Rambouillet (Yvelines), qu’a été découvert le corps de Robert Boulin. Il était aux trois quarts immergé. Non loin se trouvait, dans un sentier, sous les bois, la 305 Peugeot bleu métallisé du ministre.

 C’est à 6 heures, mardi 30 octobre, que le groupement de gendarmerie de Versailles a été alerté de la disparition de M. Robert Boulin et chargé de quadriller le secteur des Étangs de Hollande. Cent cinquante hommes ont procédé aux recherches. Le ministre, qui portait un costume bleu sombre, aurait succombé à une forte dose de barbituriques. Les poumons du cadavre étant remplis d’air, la mort par noyade est exclue.

 Pour le colonel Charles Chevallereau, commandant le groupement de gendarmerie des Yvelines, le suicide ne fait aucun doute :  » Le corps du ministre ne portait aucune trace de coups ou de lutte.  » Dans la veste de la victime, les enquêteurs ont retrouvé un bristol sur lequel M. Boulin indiquait où se trouvaient les clefs de sa voiture et, au verso, quelques mots d’affection adressés à sa famille. Dans les poches de la veste, on a également découvert une petite boite bleue ayant vraisemblablement contenu les produits avec lesquels le ministre s’est donné la mort.

La disparition de M. Boulin avait été signalée par sa famille lundi 29 octobre. Le corps a été retrouvé peu après la mort, qui remonte probablement à la nuit de lundi à mardi. Le ministre ne possédait pas de propriété dans la région, mais il venait, semble-t-il, fréquemment y pratiquer l’équitation. »

Médecine légale incapable

Vinrent, dans Le Monde (James Sarazin) et ailleurs, des milliers de papiers, d’accusations, de dénégations-indignations, de rumeurs en cascade, les symptômes récurrents d’une justice aux ordres de l’exécutif, d’une médecine légale incapable de dire la vérité vraie.

Quarante ans, ou presque. 26 octobre 2017, on peut lire ceci, sur un Monde-écran incitant, faute de mieux, à regarder la télévision (France 2) :

« ’Robert Boulin a été tué’Telle est, sans concession, la conclusion dressée par le journaliste Benoît Collombat au terme de l’enquête qu’il a mené pour « Envoyé Spécial » sur cette affaire qui hante les arcanes du pouvoir politique français depuis près de trente-huit ans. Le 30 octobre 1979, Robert Boulin, alors ministre du travail de Valéry Giscard d’Estaing, est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet. « Un assassinat », clame dès le lendemain son ami Jacques Chaban-Delmas à la tribune de l’Assemblée Nationale ; « un suicide », selon le rapport officiel.

Ce sujet, Benoît Collombat, le connaît bien. Il y a consacré plusieurs documentaires. Et il continue de le creuser avec cette nouvelle enquête, extrêmement fouillée et minutieuse dans laquelle il revient sur la thèse officielle du suicide avancée à l’époque par tous les organes officiels de pouvoir. Plus précisément, il reconstruit (ou plutôt déconstruit), pièce par pièce, le puzzle de cette histoire politico-judiciaire complexe, pour mieux établir la thèse inverse. A savoir que Robert Boulin a bel et bien été assassiné. Par qui ? la question, elle, demeure en revanche toujours sans réponse (…)

« Bernard Pons » !

Benoît Collombat entend aussi des témoins précieux, restés silencieux pendant plus de trente ans, à l’image de Bernard Pons, ancien secrétaire général du RPR entre 1979 et 1984, qui s’exprime pour la première fois sur le sujet, à 91 ans. En effet, la plupart des protagonistes de l’époque sont soit décédés, soit dans l’incapacité d’en parler.

Robert Boulin était devenu l’homme à abattre – celui qui en savait trop ? – dans un contexte politique tendu. Passé notamment par les ministères stratégiques du budget et des finances, l’homme était au courant des financements plus ou moins licites des partis politiques. « Envoyé Spécial » revient à ce propos sur les affaires de corruption liées à de gros contrats de la Françafrique sur le nucléaire, l’armement ou encore le pétrole. Robert Boulin devait avoir eu connaissance de cet argent sale. Il aurait même, dit-on, conservé des dossiers à propos de ces contrats ; dossiers restés bien évidemment introuvables.

Les circonstances de sa mort et surtout l’identité de ses probables responsables restent, eux, opaques, malgré les nombreux éclairages apportés par le documentaire. En 2015, une nouvelle information judiciaire a été ouverte pour arrestation, enlèvement et séquestration suivie de mort ou d’assassinat (…). »

Bientôt quarante ans.

A demain

 

Accouchement et IVG : l’ubuesque affaire du Cytotec prend une dimension politique

Bonjour

Une nouvelle fois voici Ubu-roi dans le champ du médicament. Le Parisien Aujourd’hui en France consacre deux pages au Cytotec (misoprostol). Ce médicament de la multinationale américaine Pfizer a obtenu en France son AMM en 1986. Indication officielle : traitement de l’ulcère gastrique ou duodénal évolutif, lésions gastro-duodénales induites par les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou (à titre préventif)  lésions gastriques et duodénales et complications graves induites par les AINS.

Or tous les spécialistes savent que ce même médicament est depuis très longtemps utilisé en obstétrique pour déclencher l’accouchement à partir de 37 semaines d’aménorrhée. L’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) assurait pour sa part « avoir  pris connaissance d’un usage hors AMM » en mars 2013 – comme nous l’avions rapporté sur ce blog (« L’affaire Cytotec reste à écrire »). Des alertes avaient déjà été lancées les années précédentes. Un médicament détourné de son usage au vu et au sus de tous. Que croyez-vous qu’il arriva ? Rien.

Octobre 2017. Dans le cadre de ses 6es états généraux des infections nosocomiales et de la sécurité du patient, l’association Le Lien a décidé de dévoiler, ce 19 octobre, le « scandale du misoprostol ». Elle le fait en phase avec plusieurs médias généralistes (dont Le Parisien et Le Monde) qui citent le cas de la mère d’un enfant, né en 2012 au centre hospitalier intercommunal de Poissy et souffre de lourdes séquelles notamment neuromusculaires, à la suite de violentes contractions (après usage du Cytotec) ayant entraîné une rupture utérine et une privation d’oxygène. En décembre 2016, le tribunal administratif a conclu à des fautes de nature à engager la responsabilité de l’hôpital, et a condamné celui-ci à indemniser l’enfant et sa famille. L’hôpital et son assureur ont fait appel de la décision.

Ne pas interdire ce qui n’est pas autorisé

Le Dr Christelle Ratignier-Carbonneil, directrice générale adjointe de l’ANSM déclarait au Parisien qui lui demandait pourquoi, après tant d’alertes et de mises en garde, ne pas avoir tout bonnement interdit cette pratique :  « Nous ne pouvons pas interdire quelque chose qui n’est pas autorisé mais avons été clairs ». Une phrase hautement symptomatique, proprement extraordinaire, dont il faudra se souvenir.

Et puis il y a cette autre dimension, bien embarrassante, exposée par Le Monde (Paul Benkimoun) :

« En France, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) avec des médicaments est possible en médecine de ville depuis 2004. L’assurance-maladie la couvre par un forfait d’environ 190 euros incluant le prix des médicaments, une combinaison de mifépristone (RU 486) et de misoprostol. Sur le marché coexistent le Cytotec de Pfizer et le Gymiso de Linepharma. L’un comme l’autre contiennent la même quantité de misoprostol : 200 µg par comprimé. En revanche, leur prix varie spectaculairement : 0,30 euro le comprimé de Cytotec contre 12 euros pour le Gymiso, soit quarante fois plus cher.

« Une enquête sur l’utilisation du misoprostol en gynécologie-obstétrique réalisée en 2012 par le centre régional de pharmacovigilance de Tours montrait que 76 % des médecins utilisaient Cytotec, 16 % Cytotec et Gymiso, 8 % le seul Gymiso. Contrairement à la présentation la plus chère pour laquelle l’IVG est une indication reconnue, Pfizer n’a jamais demandé à élargir au-delà de la gastro-entérologie l’AMM de son produit. ‘’Laboratoire américain, Pfizer ne veut pas cautionner l’IVG, analyse le Dr Thierry Harvey, chef du service d’obstétrique à la maternité des Diaconesses (Paris). On ferme les yeux à l’hôpital car cela permet des économies, mais on sait aussi que certains médecins réalisent une marge avec le Cytotec en empochant le forfait comme s’ils avaient employé le Gymiso.’’ »

L’Ordre, enfin, attaque

Et maintenant ? Vendredi 20 octobre, l’ANSM présentera un « Plan d’action visant à garantir la continuité de l’accès aux traitements en prévision de l’arrêt de commercialisation du Cytotec ». Pfizer a annoncé son intention de retirer le Cytotec du marché français, un retrait qui devrait intervenir le 1er mars 2018.

Ce n’est pas tout. Pour la première fois un président du Conseil national de l’ordre des médecins (le Dr Patrick Bouet a publiquement critiqué l’ANSM que s’ouvrait, ce 19 octobre, le congrès de l’Ordre. « Au cours d’un aparté avec des journalistes, il est revenu sur l’affaire Cytotec, nous révèle Le Parisien. ‘’Sur ce dossier, comme sur d’autres, nous nous étonnons que les médecins, et le Conseil de l’ordre, n’aient pas été mis dans la boucle, a-t-il déclaré. Au minimum il y a un déficit de communication de l’ANSM à notre égard. Nous allons nous retrouver avec une crise sanitaire, liée au retrait de ce médicament, avec des femmes qui vont être inquiètes, et nous aurions dû être prévenus’’. »

Devant la ministre des Solidarité et de la Santé, Agnès Buzyn, qui intervenait lors du congrès de l’Ordre, le Dr Bouet s’est interrogé à haute voix, devant une assemblée de plusieurs centaines de médecins : « Quand on voit comment s’est développée cette crise du Levothyrox, comment acceptez-vous, madame la ministre, une si grande impéritie des autorités de santé ? ». La ministre n’a pas souhaité évoquer le sujet. Silence ministériel ou pas, Levothyrox et Cytotec, l’affaire est devenue politique.

A demain

 

 

Comment mourir à 20 ans dans un camping breton à l’occasion d’un « week-end d’intégration »

 

Bonjour

Le dimanche 1er octobre un étudiant rennais était retrouvé mort dans un camping de Pénestin (Morbihan), où il participait à un week-end d’intégration. Agé de 20 ans le jeune homme était inscrit en 2année de chirurgie dentaire à l’université de Rennes-1.  Une enquête avait naturellement été ouverte. « Sa mort est inexpliquée »  alors déclaré le procureur de Vannes, François Touron. « Aucun élément n’indique une piste criminelle, rapportait le quotidien Ouest-France. Sur place, un porte-parole du groupe d’étudiants affirme ‘’qu’il ne s’agit pas d’un bizutage’’réagissant à ce qu’il voyait circuler sur les réseaux sociaux au sujet du décès. »

Le jeune homme faisait partie d’un groupe d’environ 300 étudiants observant un rituel moderne dans cette commune de la côte sud de la Bretagne. Des agents de la sécurité étaient présents à cet événement, organisé par une association étudiante.

Alcoolisation massive

A leur retour à Rennes les étudiants avaient été accueillis par le président de l’université et par la doyenne de la faculté d’odontologie, ainsi que par des enseignants et des parents, écrit Ouest-France. Lors de la reprise des cours, lundi matin, la doyenne était de nouveau présente. Une minute de silence a rassemblé le personnel et les étudiants à la mi-journée.

« C’était un week-end d’intégration classique, comme il en existe plein d’autres, où les premières années font la découverte des autres élèves. On a fait plein d’activités, comme courir avec des palmes ou avec un verre d’eau à la main, c’était très bon enfant, a rapporté une étudiante à 20 Minutes. On a dansé toute la soirée. Certains ont peut-être abusé de l’alcool, mais il y avait des équipes de la sécurité civile pour les prendre en charge. »

Courir avec des palmes et un verre d’eau à la main ? Pas de bizutage. Pas de criminel. « L’autopsie a établi que ce décès était consécutif à un arrêt cardiaque dû à un syndrome asphyxique en lien avec une détresse respiratoire (…) provoquée par une alcoolisation massive », précise aujourd’hui, le communiqué du procureur de la République de Vannes. Où étaient les équipes de la sécurité civile ?

A demain

 

Rebondissement dans l’affaire Vincent Lambert : nouvelle polémique médicale et scientifique

Bonjour

L’affaire réunira, une nouvelle fois, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas. Les uns y verront la providence ou la fatalité ; les autres le simple effet du hasard.  Dans un courrier daté du 22 septembre, le Dr Vincent Sanchez (CHU de Reims) a informé la famille de Vincent Lambert qu’ une nouvelle procédure collégiale médicale allait être engagée à la demande de François Lambert, le neveu du malade favorable à un arrêt des soins qui lui sont prodigués.

Trois jours plus tard une équipe de chercheurs et de médecins lyonnais publiait dans une revue scientifique comment elle était parvenue à faire qu’un homme aujourd’hui âgé de 35 ans plongé depuis quinze ans dans un « état végétatif » (état « d’éveil non répondant ») retrouve un état de « conscience minimale » via la stimulation électrique répétée du nerf vague.

« Cette avancée très importante ouvre une nouvelle piste thérapeutique pour des patients à l’état de conscience altéré », déclarait dans Le Monde le Pr Lionel Naccache, (Institut du cerveau et de la moelle épinière, hôpital de la Pitié-Salpêtrière). « Un vieux dogme voudrait qu’il n’existe aucune chance d’amélioration chez les patients sévèrement cérébrolésés depuis plus d’un an. Mais ce dogme est faux, comme le confirme cette étude. La plasticité cérébrale, cette capacité de remodelage et d’adaptation de notre cerveau, est parfois étonnante. C’est un traitement chirurgical très prometteur » estimait le très mesuré Pr Steven Laureys (Coma Science Group, Liège) l’un des meilleurs experts mondiaux du domaine.

Idéologie et ingéniosité

A l’âge de 20 ans, le patient lyonnais avait été victime d’un accident de la circulation qui avait provoqué de graves lésions cérébrales. Qui établirait le parallèle avec le cas de Vincent Lambert, victime d’un accident de la circulation en 2008 et aujourd’hui âgé de 41 ans ? C’est aujourd’hui chose faire, sur le site Gènéthique, par Me  Me Jean Paillot, avocat des parents de Vincent Lambert : « Vers une 4ème procédure collégiale contre les avancées de la science ? ».

Pour l’avocat la proximité des dates est un « signe » :

« Elle témoigne dans un cas d’une volonté acharnée et en réalité idéologique de faire disparaître Vincent Lambert ; elle témoigne dans l’autre de l’ingéniosité humaine pour venir en aide aux meurtris de la vie. Supprimer celui qu’on n’arrive pas à guérir ? Ou le soigner, le dorloter, le choyer, parce que personne n’est maître de la vie de son patient et qu’une avancée de la science, ou de l’individu lui-même, est toujours possible dans le cas de lésions cérébrales ? C’est en réalité le défi éthique et juridique majeur de l’affaire Vincent Lambert. »

De fait de nouvelles questions ne peuvent pas, selon cet avocat, ne pas être soulevées. Le CHU de Reims, où se trouve Vincent Lambert, est-il capable de reproduire sur ce patient le protocole réalisé à Lyon ? À défaut, ne faudrait-il pas transférer Vincent Lambert dans une unité capable de tenter un protocole similaire ? On peut aussi aujourd’hui raisonnablement s’interroger, à la lumière du résultat lyonnais, sur le jugement prononcé par le Conseil d’Etat saisi de l’affaire Lambert. Selon les hauts magistrats la poursuite de la nutrition et de l’hydratation pouvait, désormais, être considérée comme une «obstination déraisonnable». Est-ce toujours vrai ?

A demain