Obstination ou déraison ? Une variante de l’affaire Vincent Lambert bientôt devant le Conseil d’Etat

 

Bonjour

Soigner encore ou laisser faire la mort ? S’obstiner au risque de la déraison 1 ? Deux questions au cœur de « l’affaire Marwa ». L’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) a, jeudi 9 février, annoncé qu’elle saisissait le Conseil d’État. Elle conteste la décision du tribunal administratif de Marseille l’enjoignant de poursuivre les soins de Marwa, bébé d’un an plongé dans un coma artificiel et atteint d’un déficit moteur irréversible. La veille ce tribunal avait ordonné (comme le demandaient ses parents) la poursuite des soins de cet enfant qui souffre d’une atteinte neurologique irréversible et qui a été placée sous assistance respiratoire. Les médecins de l’hôpital de La Timone avaient en revanche plaidé pour un arrêt des soins.

Point n’est besoin d’être spécialiste pour comprendre la nature du drame. « L’AH-HM partage la douleur de la famille et tient à soutenir l’équipe médicale et le personnel soignant dans cette situation difficile et inédite », écrit l’AP-HM dans un communiqué. C’est « compte-tenu des conséquences et de la portée générale de la décision du tribunal administratif » que l’AP-HM a décidé de saisir le Conseil d’État.

Arrêt des soins prématurés

L’AFP précise qu’après une expertise diligentée dans le cadre de la procédure judiciaire, le tribunal avait jugé que la décision d’arrêt des soins était « prématurée car prise au terme d’un délai qui n’était pas suffisamment long pour évaluer, de manière certaine, l’inefficacité des thérapeutiques en cours et la consolidation de l’état de santé de l’enfant ». Cette expertise n’avait pas véritablement tranché la question éthique mais avait toutefois qualifié le pronostic « d’extrêmement péjoratif » tout en décrivant « quelques éléments d’amélioration constatés ». Pour sa part le tribunal avait mis en avant « l’avis des parents qui revêt une importance toute particulière ».

Marwa avait été admise à l’hôpital de la Timone le 25 septembre dernier pour une infection virale d’une particulière gravité. Selon les parents les médecins marseillais décident, le 4 novembre, d’arrêter les thérapeutiques mises en œuvre et de débrancher l’assistance respiratoire. La famille s’y oppose, saisit la justice. En référé, le tribunal administratif ordonne à la Timone la poursuite des soins, et diligente une expertise confiée à deux neurologues, et un neuropédiatre.

Incertitudes nombreuses

 Le Quotidien du Médecin précise que ce tribunal considère alors que « de nombreuses incertitudes demeurent sur la pathologie initiale de l’enfant, sur les séquelles dont elle est atteinte, sur les examens pratiqués et sur son état actuel ». « La fiche de traçabilité des décisions prises de façon collégiale comporte une motivation très lacunaire », souligne-t-il, et des « indications divergentes » ont été données par l’hôpital.

Selon le rapport des experts, relayé par l’AFP, l’évolution de la maladie de Marwa « va conduire à un handicap majeur ». Elle « est consciente mais atteinte d’un déficit moteur majeur et irréversible », écrivent ces médecins, qui confirment « une atteinte neurologique sévère et définitive ». Partageant le « pronostic clinique extrêmement négatif » des médecins de l’hôpital de la Timone, les experts estiment que Marwa sera « incapable de faire des gestes de la vie courante et de pouvoir se déplacer, même en fauteuil électrique, restera dépendante d’une suppléance respiratoire, d’une alimentation artificielle et d’un nursing intensif ». Selon eux « l’évolution va conduire à un handicap majeur chez une enfant grabataire ».

Point notable, les experts ont rencontré les parents de Marwa. Ils témoignent que ces derniers « disent accepter tous les deux le handicap de leur enfant en pleine connaissance de cause et accepter qu’elle puisse mourir de façon naturelle et par suite à l’arrêt des traitements de suppléance ».

Budget hospitalier marseillais

Selon eux, « la volonté des parents de maintenir Marwa en vie à tout prix » et leur opposition à un arrêt de l’assistance respiratoire « introduit un débat éthique » avec « l’idée que l’équipe soignante se fait de l’intérêt de l’enfant ». Volonté des parents vs intérêt de leur enfant. Mais les experts se gardent de trancher ce dilemme éthique. Ils rappellent néanmoins que dans ce type de situation, les médecins « ne procèdent pas à un arrêt des soins contre l’avis des parents ». Dans le cas où les traitements seraient poursuivis, ils mettent en garde sur « l’importance et la difficulté d’évaluer au mieux la douleur et l’inconfort de Marwa qui devra être suivie sans ‘’réaugmenter’’ le niveau de soins ».

Mohamed Bouchenafa, le père de Marwa a mis en ligne sur Facebook une vidéo de sa fille, qu’il légende ainsi : « Ma petite fille va mieux, elle reprend des forces ». Les experts, eux, voient là des « mouvements réflexes, non volontaires ». A l’audience, le père a demandé qu’on laisse à sa fille « une chance de vivre ». Face à lui, inversant étrangement les termes et la charge de la preuve, l’avocat de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, Me Olivier Grimaldi, a mis en avant « une obstination déraisonnable des parents ».

La famille a également lancé une pétition en ligne sur la plateforme change.org « Jamais sans Marwa » où des raisons budgétaires hospitalières sont, pour la première fois dans une affaire de ce type, évoquées 2. A l’heure où nous écrivons ces lignes (le vendredi 10 février) cette pétition avait réuni plus de 168 000 signatures.

Que nous dira, cette fois, le Conseil d’Etat ?

A demain

1 La loi du 2 février 2016 « Leonetti-Claeys », définit ainsi l’obstination déraisonnable :

« [Les soins et traitements actifs] ne doivent être ni mis en œuvre, ni poursuivis au titre du refus d’une obstination déraisonnable lorsqu’ils apparaissent inutiles ou disproportionnés. Dans ce cadre, lorsque les traitements n’ont d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, alors et sous réserve de la prise en compte de la volonté du patient, et selon la procédure collégiale définie par le code de déontologie médicale, ils sont suspendus ou ne sont pas entrepris. Dans ce cas, le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa vie en dispensant les soins palliatifs. »

2 Voici le texte de cette pétition :

 « Mon petit bébé, ma fille Marwa est la jumelle de Safa, un an. Marwa est actuellement admise à l’hôpital La Timone à Marseille sous assistance respiratoire et risque d’être débranchée et perdre la vie, malgré les progrès et les améliorations visibles depuis son admission : elle est consciente, bouge, nous reconnaît. Elle a besoin de temps pour réussir à respirer par elle-même, car elle a subi des traitements lourds qui n’ont pas porté leurs fruits notamment huit séances de plasmaphérèse consécutives, ce qui l’a visiblement épuisée. Elle s’est accrochée pour aller de mieux en mieux aujourd’hui grâce à dieu. Seulement les médecins pensent qu’elle n’arrivera jamais à respirer seule et estiment que c’est une raison suffisante pour la débrancher sous une semaine.

On demande à lui laisser plus de temps au moins un mois de plus, et voir si son état continue de s’améliorer..qu’elle reste sous assistance respiratoire jusqu’à ce quelle réussisse un jour à respirer seule. Sa jumelle Safa, sa maman ses frères et soeurs ont besoin d’elle.

On ne débranche pas un bébé vivant et complètement conscient tout de même. D’autant plus que c’est le premier cas d’enterovirus grave que l’hôpital rencontre, donc si on ne sait pas comment soigner un patient, comment peut-on affirmer qu’il faut le laisser partir !!

La Timone compte parmi les meilleurs médecins et personnels qualifiés de la région, si ce n’est le meilleur de l’Europe entière.  Seulement, l’hôpital victime de sa renommée et de son succès est saturé par les cas les plus graves envoyés par les autres villes, comme le cas de ma fille qui a été transférée par l’hôpital Lenval de Nice.

De ce fait, Il est clair que l’hôpital la Timone rencontre de sérieux problèmes budgétaires, lui imposant de travailler dans l’urgence et le plus rapidement possible afin de libérer des places. Seulement Marwa nous redonne espoir chaque jour en allant de mieux en mieux..elle a juste besoin de temps.. Aidez nous a préserver ce petit ange svp ! Aussi, si quelqu’un a plus d’informations concernant l’enterovirus qu’il nous contacte au plus vite. Je vous remercie tous pour votre soutien. » 

 

 

Refus de soins affichés aux plus déshérités : à quoi sert le Conseil de l’Ordre des Médecins ?

 

Bonjour

Loin de se cacher ces médecins s’affichent : ils refusent de soigner les personnes prises en charge, via la solidarité nationale par le CMU-C et l’AME. Oublieux de leur serment prononcé avant d’exercer ils ont aussi oublié que la pratique de la médecine réclame le respect d’une déontologie – pour ne pas parler de morale. Ont-ils mal compris le confrère  Louis-Ferdinand Céline sur l’ingratitude de la médecine (« La médecine, c’est ingrat. Quand on se fait honorer par les riches on a l’air d’un larbin ; par les pauvres, on a tout du voleur ») ? Ne s’agit-il, seulement, que de gagner, un peu plus vite, un peu plus d’argent ?

Jusqu’ici l’affaire, bien connue de la profession, ne faisait pas de vagues. La confraternité est une haine vigilante, certes, mais la dénonciation est souvent une souffrance. Jusqu’au jour, récent, où Médecins du Monde, la Fédération des acteurs de la solidarité (Fnars) et le Collectif interassociatif sur la santé (CISS) saisirent le « Défenseur des droits ». Motif : les cas de douze médecins ou chirurgiens-dentistes qui avaient fait figurer « pas de CMU » ou « pas d’AME » sur leur page Doctolib.fr ou Monrdv.com, sites de prise de rendez-vous.

Morale et déontologie

Nous avions, le 27 janvier, rapporté cette initiative en oubliant le rôle de l’Ordre. Nous sommes le 2 février et l’Ordre se rappelle à nous : il rappelle que le refus de prise en charge de patients attributaires de la CMU-C et de l’AME est « déontologiquement et moralement inacceptable ». Et l’Ordre, qui sait tout, veut en savoir plus encore :

Il vient de demander à Jacques Toubon, Défenseur des droits, et aux associations accompagnant des personnes attributaires de la CMU-C et de l’AME « de lui transmettre les informations nominales collectées sur ces médecins afin de pouvoir porter plainte ». Our l’ordre le comportement de ces médecins « est absolument inacceptable, tant sur le plan déontologique que moral ». Dépassera-t-on le blâme ? Et que fait l’Ordre des chirurgiens-dentistes ?

Mais ce n’est pas tout. L’Ordre rappelle (une nouvelle fois) qu’il n’a jamais été saisi directement par les associations qui défendent les plus déshérités. Pourquoi ? Ces associations ne savent-elles par que l’Ordre existe et qu’il a une mission déontologique ? De même l’Ordre proteste contre les injustes accusations d’inaction prononcées à son endroit par Jacques Toubon.

Où l’on voit que l’Ordre ne surveille pas les mentions que font figurer ses adhérents sur leur page Doctolib.fr ou Monrdv.com. Est-ce un manque de moyen (en dépit du montant des cotisations) ? Une faute d’inattention ? Un sursaut préventif déontologique s’impose. D’autant que, pour finir, on lit ceci :

« Au-delà de la saisine de la juridiction professionnelle, l’Ordre des médecins a également usé, et continuera de le faire, de ses moyens d’information pour rappeler aux médecins leurs obligations morales, déontologiques, légales et réglementaires envers l’ensemble des patients, sans aucune discrimination. »

 A demain

Deux graves erreurs hospitalières : deux condamnations financières, à Brest et Flers

Bonjour

Le tribunal administratif de Caen vient de condamner le centre hospitalier Jacques Monod de Flers (Orne). Ce dernier devra verser plus de 90 000 euros de remboursements à la Sécurité sociale ainsi qu’en « préjudice affectif » aux proches d’un patient décédé. Le tribunal administratif a considéré « qu’en l’absence même de toute urgence à intervenir », ce décès est la conséquence d’ «une erreur d’appréciation constitutive d’une faute responsable des complications postopératoires et du décès ».

La Sécurité sociale obtient le remboursement de l’intégralité des frais médicaux engagés par les soins apportés au patient, soit plus de 57 000 euros. La mère du malade, décédé à l’âge de 53 ans et avec lequel elle vivait, obtient notamment 15 000 euros au titre du « préjudice affectif ».

Vésicule biliaire en bon état

Le patient avait initialement subi, en septembre 2013, une opération sous célioscopie de la vésicule biliaire. Il avait dû être réopéré trois semaines plus tard, avant de décéder le 25 octobre, dix jours après la seconde intervention.

Le tribunal administratif avait examiné cette affaire le 5 janvier dernier. Le 24 septembre 2013, l’homme souffrant de violentes douleurs abdominales est hospitalisé.  Plusieurs extraits du rapport d’expertise ont été lus  lors de l’audience : « les douleurs n’ont pas été précisées avant l’opération. Il est inconcevable de ne pas avoir fait un nouveau bilan de la paroi vésiculaire avant l’opération (…) il n’y avait aucune urgence ».

L’homme était d’une grande fragilité souffrait de plusieurs pathologies dont une cirrhose et une obésité morbide (160 kg pour 1,60 m). Il était suivi par des spécialistes de l’hôpital de Flers… Le 24 septembre 2013 il semble personne n’aurait pris soin de consulter son dossier médical. « La vésicule biliaire était en bon état », devait juger l’expert. C’est le chirurgien, seul à temps complet dans ce service dont il est le chef, qui avait pris la décision après, dit la justice, « une erreur d’appréciation ».

Muscle utérin perforé, aspiration intestinale

Autre ville, autre hôpital, autre erreur. Le tribunal administratif de Rennes vient de condamner le Centre hospitalier universitaire de Brest à verser plus de 285.000 € à une patiente victime d’une grave erreur médicale, lors d’une interruption médicale de grossesse. En 2009, une femme de 29 ans, déjà mère d’un petit garçon, doit interrompre sa seconde grossesse en raison « d’une embryopathie d’origine génétique ».  Au cours de l’intervention sous anesthésie générale, « le muscle utérin a été perforé et une partie des intestins aspirés par la canule », précise le jugement du tribunal administratif. La patiente doit alors subir deux interventions chirurgicales, les 12 et 19 février, avant de passer plus d’un mois à l’hôpital, relate Le Télégramme.

Quatre opérations chirurgicales, un séjour hospitalier de plus d’un mois, des séquelles importantes et une altération de la vie quotidienne sur le long terme, tant pour la patiente que pour sa famille : tels sont les motifs qui ont amené le tribunal administratif de Rennes à condamner le CHU de Brest, seul responsable, à verser plus de 285.000 € à la victime et sa famille. Pour les frais d’hospitalisation, d’honoraires pharmaceutiques et médicaux, et pour les indemnités journalières, le CHU devra d’autre part verser 359.272 € à la CPAM du Finistère. Un montant total de 644.447 €.

A demain

 

Grippe et « hécatombe » : les révélations du Parisien, les ombres de la canicule de 2003

 

Bonjour

Grippe, Marisol  Touraine est redevenue seine ; Le Parisien ne l’est pas qui nous promet des « révélations sur une hécatombe » (Elsa Mari, Florence Méréo et Vincent Mongaillard) :

« Sur la dernière semaine de 2016, le nombre de décès est bien supérieur à la moyenne, déjà habituellement élevée en janvier. Un diagnostic confirmé par l’Observatoire européen de la mortalité, dont les derniers chiffres sont tombés jeudi. Pour la première semaine de janvier, la France est en « excès important » de décès, tout comme l’Italie. Le Portugal traverse, lui, un phénomène ‘’très important’’ ».

 « La grippe va faire des milliers de morts cet hiver. Impossible pour l’heure de savoir si le bilan de 18 300 décès supplémentaires pendant l’épidémie de 2014-2015 sera dépassé. Mais ce qui est sûr, c’est que le fléau frappe très fort en cette saison de froid, alors même que son pic n’a pas encore été atteint à l’échelle nationale. » 

 Funéraire et marbrerie

Le quotidien cite le virologiste Bruno Lina (omniprésent dans tous les médias) qui évoque la virulence et la prégnance du A(H3N2), contemporain des pavés latins de 1968. Et Le Parisien d’aller plus loin que le marronnier des urgences et de s’intéresser à l’activité des entreprises de pompes funèbres et des crématoriums. A commencer par la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie (CPFM) :

« On est à l’extrême limite mais, pour le moment, on tient. Il ne faudrait surtout pas que ça s’amplifie, sinon on ne pourrait plus avoir un accompagnement idéal. Une agence nous a dit que son activité habituelle du mois de janvier avait été cette année réalisée en moins de deux semaines. Par rapport à 2015, soit c’est plus fort, soit c’est plus concentré dans le temps. »

 Certification électronique des décès

Et Le Parisien de décliner : «  Un centre funéraire : «On a dû rappeler des employés en vacances» » ; « A Lyon, les familles doivent patienter » ;  « Le crématorium du Père-Lachaise saturé » ; « Un prêtre en Essonne constate «Un tiers d’enterrements en plus» ».

Tout ceci n’est pas sans rappeler les premières alertes (non entendues) des entreprises funéraires de la petite et de la grande couronne parisienne lors de la canicule de 2003 – lorsque Jean-François Mattei, alors ministre de la Santé (gouvernement Raffarin), témoignait de sa sérénité au journal télévisé. Ces interrogations sur la surmortalité qui sera enregistrée imposent, aussi, de soulever une nouvelle fois la question de la numérisation des certificats médicaux de décès.

En toute logique les autorités sanitaires devraient, dans un pays aussi moderne et centralisé que la France, pouvoir disposer en temps réel des causes médicales de décès et des chiffres associés. Quatorze années après la canicule de sinistre mémoire, la grippe de 2017 vient nous le rappeler.

A demain

 

Crash-Germanwings : les médecins allemands d’Andréas Lubitz blanchis par la justice allemande

Bonjour

La justice allemande a, lundi 9 janvier, annoncé qu’elle classait sans poursuites son enquête dans le crash de l’avion de Germanwings dans les Alpes françaises en mars 2015. « Les investigations n’ont pas apporté d’indices suffisants ni tangibles sur des responsabilités extérieures de personnes encore vivantes » dans l’entourage familial ou médical du pilote et au sein de son entreprise, a indiqué à l’Agence France Presse Christoph Kumpa, porte-parole du parquet de Düsseldorf, qui dirigeait l’enquête en Allemagne.

Cette même enquête a déterminé que le crash de l’avion a bel et bien été délibérément provoqué par le copilote Andreas Lubitz, 27 ans dépressif et suicidaire de longue date. C’est lui qui a profité de l’absence momentanée du commandant de bord pour s’enfermer dans le cockpit et précipiter l’avion sur la montagne. Le crash de l’appareil, qui reliait Barcelone à Düsseldorf, a fait 150 morts (dont 144 passagers).

Fin sanglante

Les enquêteurs allemands ont tenté de déterminer s’il y avait eu des « négligences » de la part des nombreux médecins qui ont examiné le pilote dépressif et suicidaire. Entendre par « négligences » des médecins qui n’auraient pas fait part de ses troubles dépressifs de leur patient à son employeur Germanwings, filiale low cost de Lufthansa.

Le copilote, Andreas Lubitz, 27 ans  avait été embauché par Germanwings en septembre 2013. Il passait régulièrement une visite médicale pour renouveler son certificat médical de classe 1. On connaît la suite, les épisodes dépressifs, le syndrome « d’épuisement professionnel », le refus de renouvellement de son certificat médical, puis l’acceptation avec une mention signalant la nécessité d’« examens médicaux spécifiques réguliers ». Jusqu’à la fin, sanglante.

Que croyait-vous qu’il arriva ? « L’enquête a montré que les médecins savaient que Lubitz était dans un état de souffrances psychiques, état qui n’a toutefois pas été diagnostiqué comme « cliniquement dépressif » » explique aujourd’hui M. Kumpa. Mieux encore : selon M. Kumpa « le copilote n’a parlé de ses pulsions suicidaires ni à ses médecins, ni à ses proches, ce qui implique qu’aucun d’entre eux n’était en mesure d’en parler à Germanwings, qui ne savait donc rien de son état réel ». Et voilà pourquoi votre fille est muette : la justice allemande referme le dossier. La médecine du travail ne sera pas inquiétée, pas plus que la compagnie.

Quarante-et-un médecins, dont plusieurs psychiatres

On verra bientôt si la lecture si la même lecture prévaut de ce côté-ci du Rhin : une enquête pour homicides involontaires est toujours instruite à Marseille afin de déterminer le niveau de connaissance de la compagnie concernant l’état mental du copilote, une procédure – ce qui pourrait (le cas échéant) déboucher sur un procès.

Les proches des victimes ont également introduit une procédure aux Etats-Unis contre l’école de pilotage par laquelle est passée Andreas Lubitz, habilité à voler alors qu’il avait été examiné par de nombreux médecins les années avant la catastrophe. Persuadé qu’il était en train de perdre la vue, ce que les analyses n’ont en rien confirmé, il avait consulté quarante-et-un médecins dans les cinq années précédentes, dont plusieurs psychiatres. Quarante-et-un médecins qui ne se sont pas parlés, n’ont pas parlé.

Suite à la catastrophe, l’Agence européenne de sécurité aérienne (AESA) avait préconisé un meilleur suivi médical des pilotes, notamment par le biais d’examens psychologiques et toxicologiques renforcés. Qui, aujourd’hui, sait ce qu’il en est ? Une certitude, toutefois : une certaine proportion de pilotes confient, sous le sceau de l’anonymat, avoir des idées suicidaires.

A demain

Vitamine D et nouveau-né décédé : le mystère de l’autopsie, un coup de fil déplacé au Figaro

Bonjour

Il est des affaires qui n’en finissent pas. Et est des pratiques antiques que l’on pensait définitivement abandonnées. On peut, aujourd’hui 7 janvier, lire quelques lignes peu banales dans Le Figaro – quotidien qui a révélé la mort du nouveau-né à qui on venait d’administrer quelques gouttes d’Uvestérol D.

Le journal raconte ainsi avoir reçu, jeudi 5 janvier un coup de téléphone de Claude Pigement, vice-président du Conseil d’administration de l’Agence du médicament (ANSM).

Le Dr Claude Pigement est une personnalité bien connue dans les milieux médicaux comme des journalistes spécialisés. Il a, très longtemps, été le « monsieur santé » du Parti socialiste (successivement délégué puis responsable national à la santé entre 1985 et 2008). Ce médecin gastro-entérologue, a été élu en 2013 à la vice-présidence de l’ANSM.

« Go-between » 

Le Quotidien du Médecin expliquait alors qu’à ce poste non exécutif, il seconderait la présidente et devrait jouer un rôle de « go-between » entre le Pr Dominique Maraninchi, alors directeur général de l’Agence et la ministre de la Santé Marisol Touraine. « L’ANSM est une  jeune agence en construction, qui devra trouver ses marques entre le « travail de fond et la gestion des urgences » déclarait-il. « À son poste de vice-président, le Dr Pigement entend prendre sa part à ces nouveaux défis » ajoutait Le Quotidien du Médecin.

Trois ans plus tard le « go-between » entre en action : il appelle Le Figaro. Et Le Figaro entend une sonnerie politique : « il s’agit de défendre l’ANSM et la ministre Marisol Touraine dans la gestion calamiteuse de l’affaire Uvestérol D ». Que dit le Dr Pigement ?

« Les choses ont été faites en temps et en heure. L’ANSM a été transparente (…) Je ne réponds pas aux si. Avec des si, on mettrait l’Agence en bouteille (…) On n’est pas là pour refaire le match ou pour rejouer la partie. »

 « Go-between » ou pas, il est des métaphores que l’on se devrait d’éviter après la mort d’un nouveau-né.

Retrouvée morte aux urgences de Cochin

Nous évoquions, hier, à propos de cette mort, l’incompréhensible attitude du pédiatre présent qui n’avait pas proposé pas d’autopsie « devant la cause évidente du décès et anticipant un probable refus des parents »

 « On peut penser que c’est là une erreur, ce pédiatre oubliant que le refus des parents n’est en rien un élément pouvant, in fine, interdire la pratique d’une autopsie médico-légale, écrivions-nous alors. Cette autopsie a-t-elle, depuis, été pratiquée à la demande du procureur de la République ? ».

On nous indique aujourd’hui que le procureur d’Evry n’a pas demandé d’autopsie médico-légale. Il y a donc eu permis d’inhumer et le bébé a été enterré au Mali. Le même cas de figure, totalement incompréhensible, s’était déjà produit dans l’affaire de la femme retrouvée morte, il y aura bientôt trois ans, dans la salle d’attente de l’hôpital Cochin. Nous avions traité ce sujet sur le site Slate.fr « Urgences de Cochin: faute d’autopsie, on ne saura jamais la vérité ».

Article 74 du code pénal :

« En cas de découverte d’un cadavre, qu’il s’agisse ou non d’une mort violente, mais si la cause en est inconnue ou suspecte, l’officier de police judiciaire qui en est avisé informe immédiatement le procureur de la République, se transporte sans délai sur les lieux et procède aux premières constatations.

Le procureur de la République se rend sur place s’il le juge nécessaire et se fait assister de personnes capables d’apprécier la nature des circonstances du décès. Il peut, toutefois, déléguer aux mêmes fins, un officier de police judiciaire de son choix.

Sur instructions du procureur de la République, une enquête aux fins de recherche des causes de la mort est ouverte. Dans ce cadre et à ces fins, il peut être procédé aux actes prévus par les articles 56 à 62, dans les conditions prévues par ces dispositions. A l’issue d’un délai de huit jours à compter des instructions de ce magistrat, ces investigations peuvent se poursuivre dans les formes de l’enquête préliminaire. »

Posologie

Les investigations sur les causes de la mort d’un nourrisson ont été confiées au pôle santé publique du parquet de Paris. Ce dernier poursuit l’enquête pour « recherches des causes de la mort » après le dessaisissement du parquet d’Évry, initialement compétent car le nouveau-né est mort dans l’Essonne.

« Selon nos informations, les parents de la victime de Grigny ne parlent, ni le lisent le français, ce qui a nui à la compréhension de la posologie, indique L’Express. A ce jour, ils n’ont pas déposé de plainte. »

Il est des affaires qui n’en finissent pas.

A demain

Affaire de la vitamine D et de la mort d’un nouveau-né : la parole est à la firme concernée

 

Bonjour

Habituellement les firmes impliquées dans les « affaires sanitaires » gardent le silence. Tel n’est pas le cas du laboratoire Crinex, fabriquant de l’UvestérolD® accusé potentiel de la mort, à Paris, d’un nouveau-né âgé de dix jours – une affaire qui commence à faire grand bruit et qui voit Le Figaro mettre en cause l’absence de réactivité de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM).

« Crinex » ? C’est est un laboratoire indépendant familial fondé en 1928 par l’arrière-grand-père de l’actuel dirigeant. Il a pour principale spécialité, la prévention des maladies des nourrissons et l’hygiène buccodentaire. Il emploie 27 salariés et a réalisé, en 2015, un chiffre d’affaire de 20 millions d’euros.

Aujourd’hui, pour la première fois peut-être de son histoire, s’adresse à la presse. Pour dire qu’il « s’en remet aux investigations scientifiques diligentées par l’ANSM en matière de sécurité du médicament Uvestérol D ». Pourrait-il faire autrement ? Ecoutons-le:

 « Selon le Centre Régional de Pharmacovigilance de l’Hôpital Cochin (CRPV), le décès d’un nouveau–né est survenu, en région parisienne, le 21 décembre dernier suite à l’administration d’une dose d’Uvestérol D. Le laboratoire CRINEX et son personnel, choqués par cette information, expriment leur compassion envers les parents. Ils souhaitent apporter tout leur concours aux autorités en charge de l’enquête, pour comprendre ce qui s’est passé.

« ‘La mort d’un nouveau-né est un événement tragique et nous ne pouvons que nous associer à la douleur des parents’’ a déclaré Philippe Paulmier, pharmacien responsable au sein du laboratoire CRINEX, avant de poursuivre : ‘’cela fait 25 ans que nous commercialisons ce produit et une dizaine de millions d’enfants ont été traités grâce à Uvestérol D, sans aucun décès à déplorer. La disparition de cet enfant nous sidère car après le déclenchement de l’alerte de pharmacovigilance, lié à des cas inquiétants de fausses routes et de malaises vagaux, nous avions mené à bien, depuis 2006, un plan rigoureux et très étudié d’amélioration globale de l’administration de notre produit, sous le contrôle de l’autorité en charge de la sécurité du médicament.’’ »

 Fausse route et nouvelle pipette

Et Crinex de rappeler que dès 2006, dans le cadre d’un Plan de Gestion de Risques (PGR), de nombreux efforts ont été entrepris pour rendre l’administration de ce produit encore plus sûre. Et Crinex de souligner ses mérites. A commencer par son « important plan d’amélioration de son produit portant sur le mode d’administration, le tout, sous le contrôle de pédiatres cliniciens et de l’ANSM ». A suivre par sa conception « d’une nouvelle pipette qui diffuse le liquide via plusieurs petits trous (évents latéraux), pour éviter un jet trop puissant central, susceptible de provoquer une fausse route ». Sans oublier ses travaux sur la formulation de ce médicament, « afin de diminuer le volume d’administration de 70%, par concentration de la solution » (ainsi, pour un nouveau-né, la dose habituellement prescrite, 0,2 ml, représente l’équivalent de 4 gouttes).

Pour finir Crinex a participé (aux côtés de l’ANSM) à une importante campagne d’information du corps médical et hospitalier pédiatrique, afin que les parents de nouveau-nés et de prématurés soient sensibilisés aux bonnes pratiques d’administration par pipette de ce médicament, permettant d’éviter ainsi le risque de fausse route :

–        Toujours administrer le produit avant la tétée ou le biberon.

–        Utiliser exclusivement la pipette doseuse fournie avec le produit.

–        Installer l’enfant en position semi-assise. L’enfant doit être éveillé lors de l’administration.

–        Placer la pipette contre l’intérieur de la joue. Laisser l’enfant téter et si ce dernier ne tète pas, appuyer très lentement sur le piston de la pipette (écoulement goutte à goutte).

–        En cas de reflux gastro-oesophagien, de problèmes digestifs ou de troubles de la déglutition, ne pas administrer le médicament pur (le diluer dans un peu d’eau ou de lait) et l’administrer via une tétine.

–        Dans tous les cas, ne pas allonger l’enfant pendant et immédiatement après l’administration.

Invoquer la fatalité ?

Mieux encore : ces mesures d’information sont accompagnées de la remise de fiches conseils (incluant des dessins) aux parents, par le médecin ou le pharmacien, sur la manière d’administrer ce médicament (voir pièce jointe en PDF). Depuis 2013, ces schémas sont intégrés à la notice d’utilisation. L’investigation menée par l’ANSM sera versée au dossier de pharmacovigilance d’Uvestérol D. A ce stade, CRINEX se met à la disposition des autorités compétentes.

Dans l’attente des résultats de l’enquête, le laboratoire CRINEX a mis en place un numéro vert d’information, le 0 800 849 032, destiné aux parents et aux professionnels de santé.

Faudra-t-il voir là l’œuvre de la fatalité ? On attend désormais les précisions de la direction générale de l’ANSM et celles du ministère de la Santé.

A demain