VIH : pourra-t-on l’éradiquer sans mettre en place un dépistage (plus ou moins) imposé ?

 

Bonjour

Retour du rituel avec l’édition 2017 du Sidaction. Incitations récurrentes à faire un geste – donner via le 110 ou par SMS. Donner comme l’an dernier (4,2 millions d’euros de promesses). Vieux rituel. Qui se souvient que nous en sommes à la « 24e campagne annuelle ». Et qui, parmi les témoins du début des années 1980, aurait imaginé qu’en 2017 le degré d’information des Français en serait à ce point ?

Un sondage réalisé par l’Ifop et Bilendi sur demande du Sidaction vient de donner un aperçu de la triste réalité. Une réalité qui voit le retour des légendes urbaines – au point que l’on se demande si ces légendes ont un jour disparu.

Ainsi, en 2017 en France 16 % des Français pensent que le virus du sida peut être transmis en s’asseyant sur un siège de toilettes publiques (18 % des 15-24 ans), la même proportion estime que l’utilisation d’un produit de toilette intime est efficace pour empêcher la transmission (12 % des 15-24 ans), et 25% que le risque existe même lors d’un rapport sexuel protégé. Plus d’un sur cinq pensent qu’il existe des médicaments pour guérir du sida (23 % des 15-24 ans), et 15 % pensent que le virus peut être transmis en embrassant une personne séropositive – ou en entrant en contact avec sa transpiration (21 % des 15-24 ans).

Responsabilités

Où l’on voit que les fausses informations distillées il y a trente ans par quelques hommes politiques (au premier rang desquels Jean-Marie Le Pen) sont toujours présentes au sein d’une fraction de la population. Sans évoquer de culpabilité, où sont les responsabilités ?

Les chiffres ? En France, près de 150 000 personnes seraient infectées par le VIH et 20% d’entre elles ignoreraient leur séropositivité. Depuis plusieurs années en France, le nombre de nouvelles infections ne diminue pas : plus de 7 000 par an. De plus, 40% des infections sont diagnostiquées tardivement.

 Un paradoxe (un échec ?) majeur de santé publique quand on connaît les possibilités de dépistage et quand on sait que l’identification des personnes infectées permet de leur proposer un traitement efficace le plus précocement possible tout en réduisant dans le même temps les risques de transmission. Un paradoxe majeur pour ne pas parler d’échec d’une politique d’information.

Proposer plus souvent

L’objectif officiel ? Plus ou moins irréaliste il ne varie pas : l’éradication de l’épidémie. A cette fin la Haute Autorité de Santé (HAS) a décidé de « revoir sa stratégie de dépistage ». Elle recommande désormais « de concentrer les efforts sur les populations les plus exposées au risque d’infection et de continuer à inciter chaque personne à se faire dépister au moins une fois dans sa vie ».

Et à l’occasion du Sidaction, la HAS a aussi rappelé que la proposition de dépistage doit tenir compte de l’incidence régionale de l’infection. Ainsi, elle doit être plus souvent proposée en Île-de-France, qui concentre 42 % des nouvelles infections annuelles, en Provence-Alpes-Côte d’Azur (7%) et dans les départements français d’Amérique. Mais encore ? Ceci :

« Afin de freiner la dynamique de circulation du virus, la HAS estime d’il conviendrait de renforcer la fréquence de dépistage au sein de populations-clés, c’est-à-dire les plus exposées au risque d’infection à VIH. Soit, en pratique, tous les trois mois pour les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (risque d’infection 200 fois plus important par rapport à la population hétérosexuelle née en France métropolitaine) ; tous les ans pour les utilisateurs de drogue par injection (risque 20 fois plus important) ; tous les ans pour les personnes originaires de zones à forte prévalence, notamment d’Afrique subsaharienne (risque 70 fois plus important pour les femmes et 30 fois plus pour les hommes) et des Caraïbes. »

Volontariat

Point éthique central : la HAS insiste sur le concept de « démarche individuelle et volontaire de recours au dépistage ». Et il faut faciliter un accès individualisé au dépistage par le recours à des outils de dépistage diversifiés

« L’existence de tests aux caractéristiques différentes (test sanguin Elisa en laboratoire, test rapide d’orientation diagnostique (TROD), autotest de dépistage de l’infection à VIH) doit permettre à chacun de trouver la solution la mieux adaptée à sa situation personnelle et de faciliter pour les professionnels les occasions de proposer un dépistage. La HAS reconnaît notamment l’intérêt des actions de dépistage par TROD « hors les murs » à la rencontre des populations-clés, réalisées par les associations et les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD). En outre pour la HAS, la réalisation d’un test sanguin en laboratoire d’analyses médicales sans prescription médicale doit rester possible et l’accès aux autotests auprès de pharmaciens d’officine doit être facilité. »

Mais après ? Que fera-t-on si au fil des années la réalité épidémiologique ne change pas ? En viendra-t-on, au non de la santé publique, à envisager de modifier le concept aujourd’hui clef de dépistage individuel et volontaire ? Avec quels arguments ? La question n’est pas simple à soulever. D’une manière ou d’une autre elle l’a été et le sera. Le Comité national d’éthique et son nouveau président ont-ils songé à inscrire ce sujet sur leur agenda ?

A demain

Orly : le terroriste était bien sous l’emprise d’alcool (0,93 g/l), de cannabis et de cocaïne

Bonjour

Son père avait vu juste. On connaît depuis peu (et de « source judiciaire ») les résultats des expertises toxicologiques pratiquée sur le corps de Ziyed Ben Belgacem, abattu le 18 mars par un militaire de l’opération « Sentinelle » dans l’aéroport d’Orly, au terme d’une course-poursuite avec les forces de l’ordre qui avait démarré à l’aube, en Seine-Saint-Denis.

Les analyses toxicologiques pratiquées sur l’attaquant ont mis en évidence la présence, dans le sang, d’alcool (0,93g par litre) et de stupéfiants (cannabis et cocaïne). Agé de 39 ans, il avait été tué après avoir tenté de s’emparer de l’arme de l’une des militaires en patrouille dans l’aéroport.

« Il boit »

Dimanche 19 mars, peu après avoir été relâché par la police,  son père avait déclaré sur Europe 1« Mon fils n’a jamais été un terroriste. Jamais il fait la prière : il boit. Et sous l’effet de l’alcool et du cannabis, voilà où on arrive. »  François Molins, procureur de la République de Paris avait quant à lui expliqué la veille que désormais le but de l’information judiciaire serait de tenter « d’expliquer le cheminement psychologique » de cet homme. Il a aussi observé que le choix de sa cible dans l’aéroport d’Orly (des militaires de l’opération Sentinelle) correspondait « aux mots d’ordre diffusés par les organisations terroristes djihadistes ». 

 Reste que la grande nouveauté, dans cette affaire, tient à l’évocation faite d’emblée du rôle possiblement joué par des substances psychotropes (alcool et cannabis notamment) dans le passage à l’acte. Jusqu’ici cette hypothèse n’était pas envisagée d’emblée, du moins pas publiquement.1 L’autre nouveauté tient au fait que les réponses toxicologiques n’ont pas tardé. L’association d’alcool, de cannabis et de cocaïne explique sans aucun doute « la fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur » observée par le procureur de la République de Paris.

Reste une autre question, autrement plus complexe : ce type de désinhibition massive et auto-induite modifie-t-il la qualification juridique de l’acte ?  Le droit interrogera-t-il, ici, les spécialistes de l’addictologie et ceux de la conscience ?

A demain

1 Sur ce thème : « Les analyses toxicologiques des corps des terroristes font aussi partie de l’enquête » Slate.fr 28 novembre 2015

Psychiatrie : que faire quand l’isolement et la contention mécanique sont nécessaires ?

 

Bonjour

Spécialité médicale éminemment politique, la psychiatrie est aujourd’hui radicalement absente de la sphère politicienne. Son nom n’est jamais prononcé dans les torrents verbeux de la campagne présidentielle. Dans les gazettes ? Elle ne figure plus que dans quelques rubriques : les faits divers sanglants et quelques procès de cour d’assises. On l’avait toutefois retrouvée ici ou là, ces dernières années (dans La Croix et Libération notamment) au travers de la question, médicale, légale et éthique, de la « contention des malades » 1 Une question enfin abordée de manière pragmatique par la Haute Autorité de Santé – un travail original, éthique et politique qui doit être salué 2.

« L’évolution de la psychiatrie se caractérise par d’importants progrès en matière de prises en charge plus précoces, ouvertes sur la cité et plus efficaces. Elles impliquent de plus en plus les patients et leurs proches en améliorant le pronostic des troubles mentaux les plus sévères, écrit la HAS.  Aujourd’hui, le plus fréquemment, l’hospitalisation ne correspond qu’à un temps limité des prises en charge souvent pour des tableaux cliniques décompensés. Les différentes réponses en termes de soins doivent s’appuyer sur la relation et la participation du patient. Le recours à une mesure d’isolement ou de contention ne peut se justifier qu’en dernier recours, au terme d’un processus de désamorçage d’un tableau clinique critique. »

Fatalité asilaire

 Dans un tel contexte le recours aux mesures d’isolement et de contention psychiatriques est devenu un sujet hautement sensible. Ce qui était jadis tenu pour une fatalité asilaire (la « camisole ») ne peut plus l’être aujourd’hui. Le respect des libertés individuelles entre ici en conflit avec le rôle et la fonction des intervenants, la légitimité de telles mesures, la sécurité du malade et celle d’autrui. Reste la question de la fréquence de ces situations de contentions. « Les données épidémiologiques/statistiques sont rares et aucun suivi n’existait jusqu’à présent mais il semble que le recours à l’isolement et la contention soit en recrudescence, avec des situations inégales d’une région à l’autre, d’un établissement à l’autre, voire d’un service à l’autre. »

De fait, depuis plusieurs années, diverses autorités attirent l’attention sur les recours aux mesures d’isolement et de contention, considérant que leur usage n’est pas toujours motivé par des raisons thérapeutiques et qu’il convient de les encadrer. Ce fut le cas du Contrôleur général des lieux de privation de liberté et du Comité européen pour la prévention de la torture qui, depuis plusieurs années, dénoncent « un usage non systématiquement justifié de ces mesures ». C’est dans ce contexte et pour répondre à la nécessité d’un encadrement plus rigoureux de ces mesures que la Direction Générale de la Santé et celle de l’Organisation des Soins ont dans leur demandé à la HAS de travailler le sujet.

On entend bien que l’angélisme n’est pas ici de mise. Ces « pratiques thérapeutiques » peuvent « être considérées comme indispensables dans certaines situations ». Pour autant cette nécessité, et la violence qui la sous-tend, ne saurait tout justifier. Cette contrainte nécessaire pour les personnes concernées justifie, précisément, que ces pratiques soient « particulièrement encadrées et envisagées dans des conditions très précises ». Comment, en d’autres termes, maintenir dans les espaces psychiatriques un état de droit, une déontologie et une éthique dans les espaces psychiatriques.

« Soins sans consentement »

L’essentiel ? En France, 400 000 personnes sont hospitalisées chaque année dans des établissements et services psychiatriques. Les épisodes de violence des patients hospitalisés, lorsqu’ils surviennent, affectent autant les soignants que ces patients. Pour la HAS les mesures d’isolement et de contention « ne doivent s’appliquer qu’aux patients hospitalisés en soins sans consentement » et ce « en dernier recours ».

L’isolement et la contention ne sauraient être que des mesures d’ultime recours, mises en œuvre quand l’ensemble des mesures de prévention des épisodes de violence a échoué. Et les différentes recommandations pratiques formulées par la HAS visent « à améliorer la prise en charge des patients et la qualité des soins, et à veiller au respect de leurs droits fondamentaux ainsi qu’à leur sécurité ». Extraits :

« Il doit s’agir de faire face à un danger important et imminent pour le patient ou autrui. L’utilisation de la contention et de l’isolement ne peut avoir lieu que pour une durée limitée, après une évaluation du patient, sur décision du médecin présent. Si ce n’est pas un psychiatre, la confirmation de cette décision par un psychiatre doit intervenir dans l’heure. La contention ne peut être mise en place que dans le cadre de l’isolement. 

« L’objectif de ces mesures ne peut en aucun cas être de punir, humilier ou établir une domination sur des patients ou de résoudre un problème organisationnel comme un manque de personnels. La HAS encourage les établissements de santé à aménager des espaces d’apaisement dans les unités de soins afin de constituer une étape supplémentaire de désescalade avant l’isolement et la contention.

« À l’initiation de la mesure d’isolement, l’indication est limitée à 12 heures (6 heures pour la contention). Si l’état de santé du patient le nécessite, la décision et la fiche de prescription doivent être renouvelées dans les 12 heures (6 heures pour la contention). En cas de prolongation, la décision et la fiche de prescription doivent être renouvelées toutes les 24 heures. Les isolements de plus de 48 heures et les contentions de plus de 24 heures doivent rester exceptionnels. »

Registres

On ajoutera que la mise en place d’une mesure d’isolement doit être effectuée dans des conditions de sécurité suffisantes pour le patient et l’équipe de soins dans un lieu dédié adapté, un espace d’isolement qui permette le repos et l’apaisement. La contention mécanique doit être faite dans cet espace. Enfin, il est primordial que le patient en situation d’isolement ou de contention bénéficie d’une surveillance accrue avec au minimum deux visites médicales toutes les 24 heures.

Par ailleurs (comme le prévoit la loi de modernisation du système de santé) chaque mesure d’isolement ou de contention devra être recensée dans un registre en préservant l’anonymat du patient. Ce registre mentionnera le nom du psychiatre ayant décidé cette mesure, sa date et son heure, sa durée et le nom des professionnels de santé ayant surveillé le patient.  La HAS ne désespère pas : de tels registres devraient, à terme, permettre un meilleur recueil de données relatives à ces pratiques. Dans l’attente on peut s’interroger sur les raisons qui font que le spectacle politique, alors même qu’il s’en nourrit, est devenu allergique à la psychiatrie.

A demain

1 « Une épidémie de « contentions physiques » en milieu psychiatrique et hospitalier est annoncée » Journalisme et santé publique 18 septembre 2015

2 « Isolement et contention en psychiatrie générale. Méthode Recommandations pour la pratique clinique » Haute Autorité de Santé. Février 2017.

 

 

Obstination ou déraison ? Une variante de l’affaire Vincent Lambert bientôt devant le Conseil d’Etat

 

Bonjour

Soigner encore ou laisser faire la mort ? S’obstiner au risque de la déraison 1 ? Deux questions au cœur de « l’affaire Marwa ». L’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) a, jeudi 9 février, annoncé qu’elle saisissait le Conseil d’État. Elle conteste la décision du tribunal administratif de Marseille l’enjoignant de poursuivre les soins de Marwa, bébé d’un an plongé dans un coma artificiel et atteint d’un déficit moteur irréversible. La veille ce tribunal avait ordonné (comme le demandaient ses parents) la poursuite des soins de cet enfant qui souffre d’une atteinte neurologique irréversible et qui a été placée sous assistance respiratoire. Les médecins de l’hôpital de La Timone avaient en revanche plaidé pour un arrêt des soins.

Point n’est besoin d’être spécialiste pour comprendre la nature du drame. « L’AH-HM partage la douleur de la famille et tient à soutenir l’équipe médicale et le personnel soignant dans cette situation difficile et inédite », écrit l’AP-HM dans un communiqué. C’est « compte-tenu des conséquences et de la portée générale de la décision du tribunal administratif » que l’AP-HM a décidé de saisir le Conseil d’État.

Arrêt des soins prématurés

L’AFP précise qu’après une expertise diligentée dans le cadre de la procédure judiciaire, le tribunal avait jugé que la décision d’arrêt des soins était « prématurée car prise au terme d’un délai qui n’était pas suffisamment long pour évaluer, de manière certaine, l’inefficacité des thérapeutiques en cours et la consolidation de l’état de santé de l’enfant ». Cette expertise n’avait pas véritablement tranché la question éthique mais avait toutefois qualifié le pronostic « d’extrêmement péjoratif » tout en décrivant « quelques éléments d’amélioration constatés ». Pour sa part le tribunal avait mis en avant « l’avis des parents qui revêt une importance toute particulière ».

Marwa avait été admise à l’hôpital de la Timone le 25 septembre dernier pour une infection virale d’une particulière gravité. Selon les parents les médecins marseillais décident, le 4 novembre, d’arrêter les thérapeutiques mises en œuvre et de débrancher l’assistance respiratoire. La famille s’y oppose, saisit la justice. En référé, le tribunal administratif ordonne à la Timone la poursuite des soins, et diligente une expertise confiée à deux neurologues, et un neuropédiatre.

Incertitudes nombreuses

 Le Quotidien du Médecin précise que ce tribunal considère alors que « de nombreuses incertitudes demeurent sur la pathologie initiale de l’enfant, sur les séquelles dont elle est atteinte, sur les examens pratiqués et sur son état actuel ». « La fiche de traçabilité des décisions prises de façon collégiale comporte une motivation très lacunaire », souligne-t-il, et des « indications divergentes » ont été données par l’hôpital.

Selon le rapport des experts, relayé par l’AFP, l’évolution de la maladie de Marwa « va conduire à un handicap majeur ». Elle « est consciente mais atteinte d’un déficit moteur majeur et irréversible », écrivent ces médecins, qui confirment « une atteinte neurologique sévère et définitive ». Partageant le « pronostic clinique extrêmement négatif » des médecins de l’hôpital de la Timone, les experts estiment que Marwa sera « incapable de faire des gestes de la vie courante et de pouvoir se déplacer, même en fauteuil électrique, restera dépendante d’une suppléance respiratoire, d’une alimentation artificielle et d’un nursing intensif ». Selon eux « l’évolution va conduire à un handicap majeur chez une enfant grabataire ».

Point notable, les experts ont rencontré les parents de Marwa. Ils témoignent que ces derniers « disent accepter tous les deux le handicap de leur enfant en pleine connaissance de cause et accepter qu’elle puisse mourir de façon naturelle et par suite à l’arrêt des traitements de suppléance ».

Budget hospitalier marseillais

Selon eux, « la volonté des parents de maintenir Marwa en vie à tout prix » et leur opposition à un arrêt de l’assistance respiratoire « introduit un débat éthique » avec « l’idée que l’équipe soignante se fait de l’intérêt de l’enfant ». Volonté des parents vs intérêt de leur enfant. Mais les experts se gardent de trancher ce dilemme éthique. Ils rappellent néanmoins que dans ce type de situation, les médecins « ne procèdent pas à un arrêt des soins contre l’avis des parents ». Dans le cas où les traitements seraient poursuivis, ils mettent en garde sur « l’importance et la difficulté d’évaluer au mieux la douleur et l’inconfort de Marwa qui devra être suivie sans ‘’réaugmenter’’ le niveau de soins ».

Mohamed Bouchenafa, le père de Marwa a mis en ligne sur Facebook une vidéo de sa fille, qu’il légende ainsi : « Ma petite fille va mieux, elle reprend des forces ». Les experts, eux, voient là des « mouvements réflexes, non volontaires ». A l’audience, le père a demandé qu’on laisse à sa fille « une chance de vivre ». Face à lui, inversant étrangement les termes et la charge de la preuve, l’avocat de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, Me Olivier Grimaldi, a mis en avant « une obstination déraisonnable des parents ».

La famille a également lancé une pétition en ligne sur la plateforme change.org « Jamais sans Marwa » où des raisons budgétaires hospitalières sont, pour la première fois dans une affaire de ce type, évoquées 2. A l’heure où nous écrivons ces lignes (le vendredi 10 février) cette pétition avait réuni plus de 168 000 signatures.

Que nous dira, cette fois, le Conseil d’Etat ?

A demain

1 La loi du 2 février 2016 « Leonetti-Claeys », définit ainsi l’obstination déraisonnable :

« [Les soins et traitements actifs] ne doivent être ni mis en œuvre, ni poursuivis au titre du refus d’une obstination déraisonnable lorsqu’ils apparaissent inutiles ou disproportionnés. Dans ce cadre, lorsque les traitements n’ont d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, alors et sous réserve de la prise en compte de la volonté du patient, et selon la procédure collégiale définie par le code de déontologie médicale, ils sont suspendus ou ne sont pas entrepris. Dans ce cas, le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa vie en dispensant les soins palliatifs. »

2 Voici le texte de cette pétition :

 « Mon petit bébé, ma fille Marwa est la jumelle de Safa, un an. Marwa est actuellement admise à l’hôpital La Timone à Marseille sous assistance respiratoire et risque d’être débranchée et perdre la vie, malgré les progrès et les améliorations visibles depuis son admission : elle est consciente, bouge, nous reconnaît. Elle a besoin de temps pour réussir à respirer par elle-même, car elle a subi des traitements lourds qui n’ont pas porté leurs fruits notamment huit séances de plasmaphérèse consécutives, ce qui l’a visiblement épuisée. Elle s’est accrochée pour aller de mieux en mieux aujourd’hui grâce à dieu. Seulement les médecins pensent qu’elle n’arrivera jamais à respirer seule et estiment que c’est une raison suffisante pour la débrancher sous une semaine.

On demande à lui laisser plus de temps au moins un mois de plus, et voir si son état continue de s’améliorer..qu’elle reste sous assistance respiratoire jusqu’à ce quelle réussisse un jour à respirer seule. Sa jumelle Safa, sa maman ses frères et soeurs ont besoin d’elle.

On ne débranche pas un bébé vivant et complètement conscient tout de même. D’autant plus que c’est le premier cas d’enterovirus grave que l’hôpital rencontre, donc si on ne sait pas comment soigner un patient, comment peut-on affirmer qu’il faut le laisser partir !!

La Timone compte parmi les meilleurs médecins et personnels qualifiés de la région, si ce n’est le meilleur de l’Europe entière.  Seulement, l’hôpital victime de sa renommée et de son succès est saturé par les cas les plus graves envoyés par les autres villes, comme le cas de ma fille qui a été transférée par l’hôpital Lenval de Nice.

De ce fait, Il est clair que l’hôpital la Timone rencontre de sérieux problèmes budgétaires, lui imposant de travailler dans l’urgence et le plus rapidement possible afin de libérer des places. Seulement Marwa nous redonne espoir chaque jour en allant de mieux en mieux..elle a juste besoin de temps.. Aidez nous a préserver ce petit ange svp ! Aussi, si quelqu’un a plus d’informations concernant l’enterovirus qu’il nous contacte au plus vite. Je vous remercie tous pour votre soutien. » 

 

 

Refus de soins affichés aux plus déshérités : à quoi sert le Conseil de l’Ordre des Médecins ?

 

Bonjour

Loin de se cacher ces médecins s’affichent : ils refusent de soigner les personnes prises en charge, via la solidarité nationale par le CMU-C et l’AME. Oublieux de leur serment prononcé avant d’exercer ils ont aussi oublié que la pratique de la médecine réclame le respect d’une déontologie – pour ne pas parler de morale. Ont-ils mal compris le confrère  Louis-Ferdinand Céline sur l’ingratitude de la médecine (« La médecine, c’est ingrat. Quand on se fait honorer par les riches on a l’air d’un larbin ; par les pauvres, on a tout du voleur ») ? Ne s’agit-il, seulement, que de gagner, un peu plus vite, un peu plus d’argent ?

Jusqu’ici l’affaire, bien connue de la profession, ne faisait pas de vagues. La confraternité est une haine vigilante, certes, mais la dénonciation est souvent une souffrance. Jusqu’au jour, récent, où Médecins du Monde, la Fédération des acteurs de la solidarité (Fnars) et le Collectif interassociatif sur la santé (CISS) saisirent le « Défenseur des droits ». Motif : les cas de douze médecins ou chirurgiens-dentistes qui avaient fait figurer « pas de CMU » ou « pas d’AME » sur leur page Doctolib.fr ou Monrdv.com, sites de prise de rendez-vous.

Morale et déontologie

Nous avions, le 27 janvier, rapporté cette initiative en oubliant le rôle de l’Ordre. Nous sommes le 2 février et l’Ordre se rappelle à nous : il rappelle que le refus de prise en charge de patients attributaires de la CMU-C et de l’AME est « déontologiquement et moralement inacceptable ». Et l’Ordre, qui sait tout, veut en savoir plus encore :

Il vient de demander à Jacques Toubon, Défenseur des droits, et aux associations accompagnant des personnes attributaires de la CMU-C et de l’AME « de lui transmettre les informations nominales collectées sur ces médecins afin de pouvoir porter plainte ». Our l’ordre le comportement de ces médecins « est absolument inacceptable, tant sur le plan déontologique que moral ». Dépassera-t-on le blâme ? Et que fait l’Ordre des chirurgiens-dentistes ?

Mais ce n’est pas tout. L’Ordre rappelle (une nouvelle fois) qu’il n’a jamais été saisi directement par les associations qui défendent les plus déshérités. Pourquoi ? Ces associations ne savent-elles par que l’Ordre existe et qu’il a une mission déontologique ? De même l’Ordre proteste contre les injustes accusations d’inaction prononcées à son endroit par Jacques Toubon.

Où l’on voit que l’Ordre ne surveille pas les mentions que font figurer ses adhérents sur leur page Doctolib.fr ou Monrdv.com. Est-ce un manque de moyen (en dépit du montant des cotisations) ? Une faute d’inattention ? Un sursaut préventif déontologique s’impose. D’autant que, pour finir, on lit ceci :

« Au-delà de la saisine de la juridiction professionnelle, l’Ordre des médecins a également usé, et continuera de le faire, de ses moyens d’information pour rappeler aux médecins leurs obligations morales, déontologiques, légales et réglementaires envers l’ensemble des patients, sans aucune discrimination. »

 A demain

Deux graves erreurs hospitalières : deux condamnations financières, à Brest et Flers

Bonjour

Le tribunal administratif de Caen vient de condamner le centre hospitalier Jacques Monod de Flers (Orne). Ce dernier devra verser plus de 90 000 euros de remboursements à la Sécurité sociale ainsi qu’en « préjudice affectif » aux proches d’un patient décédé. Le tribunal administratif a considéré « qu’en l’absence même de toute urgence à intervenir », ce décès est la conséquence d’ «une erreur d’appréciation constitutive d’une faute responsable des complications postopératoires et du décès ».

La Sécurité sociale obtient le remboursement de l’intégralité des frais médicaux engagés par les soins apportés au patient, soit plus de 57 000 euros. La mère du malade, décédé à l’âge de 53 ans et avec lequel elle vivait, obtient notamment 15 000 euros au titre du « préjudice affectif ».

Vésicule biliaire en bon état

Le patient avait initialement subi, en septembre 2013, une opération sous célioscopie de la vésicule biliaire. Il avait dû être réopéré trois semaines plus tard, avant de décéder le 25 octobre, dix jours après la seconde intervention.

Le tribunal administratif avait examiné cette affaire le 5 janvier dernier. Le 24 septembre 2013, l’homme souffrant de violentes douleurs abdominales est hospitalisé.  Plusieurs extraits du rapport d’expertise ont été lus  lors de l’audience : « les douleurs n’ont pas été précisées avant l’opération. Il est inconcevable de ne pas avoir fait un nouveau bilan de la paroi vésiculaire avant l’opération (…) il n’y avait aucune urgence ».

L’homme était d’une grande fragilité souffrait de plusieurs pathologies dont une cirrhose et une obésité morbide (160 kg pour 1,60 m). Il était suivi par des spécialistes de l’hôpital de Flers… Le 24 septembre 2013 il semble personne n’aurait pris soin de consulter son dossier médical. « La vésicule biliaire était en bon état », devait juger l’expert. C’est le chirurgien, seul à temps complet dans ce service dont il est le chef, qui avait pris la décision après, dit la justice, « une erreur d’appréciation ».

Muscle utérin perforé, aspiration intestinale

Autre ville, autre hôpital, autre erreur. Le tribunal administratif de Rennes vient de condamner le Centre hospitalier universitaire de Brest à verser plus de 285.000 € à une patiente victime d’une grave erreur médicale, lors d’une interruption médicale de grossesse. En 2009, une femme de 29 ans, déjà mère d’un petit garçon, doit interrompre sa seconde grossesse en raison « d’une embryopathie d’origine génétique ».  Au cours de l’intervention sous anesthésie générale, « le muscle utérin a été perforé et une partie des intestins aspirés par la canule », précise le jugement du tribunal administratif. La patiente doit alors subir deux interventions chirurgicales, les 12 et 19 février, avant de passer plus d’un mois à l’hôpital, relate Le Télégramme.

Quatre opérations chirurgicales, un séjour hospitalier de plus d’un mois, des séquelles importantes et une altération de la vie quotidienne sur le long terme, tant pour la patiente que pour sa famille : tels sont les motifs qui ont amené le tribunal administratif de Rennes à condamner le CHU de Brest, seul responsable, à verser plus de 285.000 € à la victime et sa famille. Pour les frais d’hospitalisation, d’honoraires pharmaceutiques et médicaux, et pour les indemnités journalières, le CHU devra d’autre part verser 359.272 € à la CPAM du Finistère. Un montant total de 644.447 €.

A demain

 

Grippe et « hécatombe » : les révélations du Parisien, les ombres de la canicule de 2003

 

Bonjour

Grippe, Marisol  Touraine est redevenue seine ; Le Parisien ne l’est pas qui nous promet des « révélations sur une hécatombe » (Elsa Mari, Florence Méréo et Vincent Mongaillard) :

« Sur la dernière semaine de 2016, le nombre de décès est bien supérieur à la moyenne, déjà habituellement élevée en janvier. Un diagnostic confirmé par l’Observatoire européen de la mortalité, dont les derniers chiffres sont tombés jeudi. Pour la première semaine de janvier, la France est en « excès important » de décès, tout comme l’Italie. Le Portugal traverse, lui, un phénomène ‘’très important’’ ».

 « La grippe va faire des milliers de morts cet hiver. Impossible pour l’heure de savoir si le bilan de 18 300 décès supplémentaires pendant l’épidémie de 2014-2015 sera dépassé. Mais ce qui est sûr, c’est que le fléau frappe très fort en cette saison de froid, alors même que son pic n’a pas encore été atteint à l’échelle nationale. » 

 Funéraire et marbrerie

Le quotidien cite le virologiste Bruno Lina (omniprésent dans tous les médias) qui évoque la virulence et la prégnance du A(H3N2), contemporain des pavés latins de 1968. Et Le Parisien d’aller plus loin que le marronnier des urgences et de s’intéresser à l’activité des entreprises de pompes funèbres et des crématoriums. A commencer par la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie (CPFM) :

« On est à l’extrême limite mais, pour le moment, on tient. Il ne faudrait surtout pas que ça s’amplifie, sinon on ne pourrait plus avoir un accompagnement idéal. Une agence nous a dit que son activité habituelle du mois de janvier avait été cette année réalisée en moins de deux semaines. Par rapport à 2015, soit c’est plus fort, soit c’est plus concentré dans le temps. »

 Certification électronique des décès

Et Le Parisien de décliner : «  Un centre funéraire : «On a dû rappeler des employés en vacances» » ; « A Lyon, les familles doivent patienter » ;  « Le crématorium du Père-Lachaise saturé » ; « Un prêtre en Essonne constate «Un tiers d’enterrements en plus» ».

Tout ceci n’est pas sans rappeler les premières alertes (non entendues) des entreprises funéraires de la petite et de la grande couronne parisienne lors de la canicule de 2003 – lorsque Jean-François Mattei, alors ministre de la Santé (gouvernement Raffarin), témoignait de sa sérénité au journal télévisé. Ces interrogations sur la surmortalité qui sera enregistrée imposent, aussi, de soulever une nouvelle fois la question de la numérisation des certificats médicaux de décès.

En toute logique les autorités sanitaires devraient, dans un pays aussi moderne et centralisé que la France, pouvoir disposer en temps réel des causes médicales de décès et des chiffres associés. Quatorze années après la canicule de sinistre mémoire, la grippe de 2017 vient nous le rappeler.

A demain