Féminicides et violences conjugales: comment diable le politique a-t-il a pu oublier l’alcool?

Bonjour

Celles et ceux qui s’intéressent à la politique féministe gouvernementale, à l’alcool et à la réduction des risques se doivent, aujourd’hui, de lire deux « lettres ouvertes » 1 publiées dans Le Figaro : «Violences contre les femmes: n’oublions pas le rôle de l’alcool !». Ces textes ont été adressés adressées à la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn et à la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Dans les deux cas les signataires dénoncent l’absence de mesures de prévention et de prise en charge de l’alcoolisme et des addictions dans la lutte contre les violences conjugales. Actualité : le « Grenelle contre les violences conjugales » :

« Ce grand dispositif se conclura le 25 novembre 2019, journée internationale contre la violence à l’égard des femmes. Durant cette période, une centaine de Grenelle locaux seront organisés un peu partout sur le territoire national.
 Le Grenelle réunit autour de la table de nombreux acteurs : ministres, parlementaires, élus locaux, administrations, associations, familles et proches de victimes, avocats, médias, professionnels de la santé, du logement, forces de l’ordre…
 Avec un objectif : prendre des engagements concrets et collectifs visant à lutter toujours plus efficacement contre les violences conjugales. Cet objectif implique différents ministères, et s’articule autour de trois grands axes : Prévenir 
; Protéger et prendre en charge ; Punir pour mieux protéger »

Marlène Schiappa et Agnès Buzyn

Or l’analyse des morts violentes au sein du couple survenues en 2018 et plus particulièrement des  121 féminicides, publiée par la délégation d’aide aux victimes, montre que dans 55% des cas au moins l’un des deux, auteur ou victime, est sous l’emprise d’une substance (alcool, stupéfiants, etc.). Faudrait-il rappeler que l’alcool altère les capacités d’autocontrôle, accroît l’impulsivité, l’agressivité et diminue également les capacités de défenses des victimes ?  

« Chez les femmes vivant en couple avec un consommateur dépendant le risque de subir des violences est trois fois plus important que dans la population générale », explique l’un des signataires, le Pr Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions sur la base d’une synthèse d’études portant sur 80.000 personnes. S’il n’est pas le seul facteur en cause impliqué dans ces souffrances et ces drames, c’est un élément très fréquent, massif », et surtout évitable sur lesquels les pouvoirs publics peuvent agir »

Les associations réclament notamment l’application d’une obligation de soins par la justice, un plan de soutien aux proches aidants de malades alcooliques ainsi qu’une campagne nationale d’information sur les répercussions de la maladie alcoolique sur l’entourage. Préconisation : création d’un registre des violences liées à l’alcool et aux psychotropes (avec leurs dosages systématiques) et analyse précise du rôle de ces consommations dans les féminicides pour mieux cerner l’ampleur du phénomène.

Où l’on en vient à se demander pourquoi le gouvernement en général, Marlène Schiappa et Agnès Buzyn tout particulièrement, avaient oublié de chapitre essentiel de la réduction des risques.

A demain @jynau

1 La première lettre ouverte est signée par: Pr Michel Reynaud (psychiatre et addictologue, président du Fonds Actions Addictions), Pr Laurent Bègue (professeur de psychologie sociale à l’Université Grenoble Alpes), Bernard Basset (vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie – ANPAA), Pr Amine Benyamina (psychiatre, addictologue, Président de la Fédération Française d’Addictologie), Pr Mickaël Naassila (Professeur de physiologie à l’université de Picardie Jules Verne et Président de la Société française d’alcoologie) et Dr Jean-Michel Delile (psychiatre addictologue, président de la Fédération addiction).

La seconde lettre ouverte est signée par: Betty Morisset pour le CoPMA (Collectif de proches de malades alcooliques), Françoise Gaudel pour la FPEA (France patients experts addictions), Felix Le Moan pour la CAMERUP (Coordination des associations et mouvements d’entraide reconnus d’utilité publique – aide et accompagnement des personnes en difficulté avec l’alcool et de leur entourage), Jean-Claude Tomczak pour les Amis de la Santé.

Dix millions d’euros parce que le généraliste manque de vigilance devant un bébé déshydraté

Bonjour

Dans son dernier « rapport annuel sur le risque des professionnels de santé » le groupe MACSF-Le Sou Médical révèle les indemnisations les plus élevées versées en 2018. Le Quotidien du médecin (Marie Foult) en fait un résumé : trois dossiers à plus de 3 millions d’euros concernent la médecine générale – dont un sinistre « record » à 10,2 millions d’euros versés par l’assureur.

Le médecin généraliste avait pris en charge un nourrisson de sept mois présentant une gastro-entérite avec une déshydratation très importante – au point, finalement, de nécessiter une hospitalisation. Il est reproché ici au médecin d’avoir « manqué de vigilance face à une situation pathologique délicate », indique la MACSF. L’enfant, atteint d’un syndrome de West lésionnel (forme rare d’épilepsie du nourrisson) avec des troubles moteurs et un déficit intellectuel – « taux d’incapacité supérieur ou égal à 80 % ». « La justice a pris en compte les revenus qui seront perdus tout au long de la vie, d’où ce montant exceptionnel », explique Nicolas Gombault, directeur général délégué du groupe.

Deuxième dossier le plus coûteux en 2018 (pas moins de 5,1 millions d’euros versés) : un gynécologue, qui n’avait pas détecté lors des examens échographiques de suivi de la grossesse un syndrome polymalformatif du fœtus (anophtalmie bilatérale, fusion des doigts, aplasie de l’oreille). Aujourd’hui adulte, la victime présente une encéphalopathie épileptique très sévère d’origine génétique, se traduisant par un retard mental, des troubles du comportement et sensoriels.

Abscence d’interruption médicale de grossesse

Il est reproché au gynécologue d’avoir fait perdre une chance de diagnostiquer les anomalies en n’adressant pas la mère à un centre de référence, alors que plusieurs clichés mentionnaient des difficultés de visualisation de la face du fœtus. « Cette absence de réaction a empêché les parents de recourir à une interruption médicale de grossesse, dont les conditions étaient réunies en l’espèce », précise la MACSF.

Deux autres dossiers (3,6 millions d’euros chacun) concernent la médecine générale. Dans le premier cas, le généraliste a mal pris en charge une infection urinaire à Proteus mirabilis sur un bébé de deux semaines, entraînant une hypertension intracrânienne et des abcès cérébraux. La victime est désormais atteinte de séquelles neurologiques graves.

Dans le second cas, le généraliste n’a pas diagnostiqué une méningite néonatale à Escherichia coli de type K1 chez un nourrisson  et ce alors que des prélèvements réalisés à la naissance révélaient la présence de bactéries. La justice lui reproche de ne pas avoir hospitalisé l’enfant, désormais atteint d’une quadriplégie ; une hospitalisation « qui aurait permis le diagnostic ».

A demain @jynau

Une édifiante métaphore du Mediator® à base de politique et de boissons alcooliques

Bonjour

23 septembre 2019 : tous les projecteurs médiatiques français braqués sur la salle d’audience du procès du Mediator®. Un procès hors norme, gigantesque, battant tous les records. Les médias se copient à l’envi : une « affaire emblématique de santé publique », « l’échec des autorités sanitaires », des « liens incestueux entre l’industrie du médicament et certains experts scientifiques et hauts dirigeants français », quatorze personnes physiques et onze personnes morales, dont les laboratoires Servier et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). 

« Tromperie aggravée » d’un côté ; de l’autre « homicides et blessures involontaires ». Sans oublier le nombre de parties civiles (près de 4 500), la durée (six mois programmés, soit, rappelle Le Monde (Emeline Cazi), « l’équivalent du procès de Maurice Papon en 1997 et 1998 ». , le nombre de Entre 1976 et 2009, cinq millions de personnes ont consommé du Mediator® prescrit par des médecins, délivrés par des pharmaciens. Un nombre de morts dont la liste n’est pas définitivement arrêtée et qui risque encore de s’allonger.

Et dans le paysage, atypique : Prescrire, mensuel qui vit le jour peu après la mise sur le marché de la funest spacialité des Laboratoires Servier. Prescrire indépendant dont la raison de vivre est très précisément aux antipodes du Mediator® mais qui (pourquoi ?) parle plus volontiers ici de « désastre » que de « scandale ». Prescrire qui donne aujourd’hui la parole à Me Charles Joseph-Oudin, avocat de 250 victimes. Comment ces dernières analysent-elles les responsabilités respectives de l’Agence nationale de sécurité du médicaemnt et des Laboratoires Servier ?  

Qui était en charge du contrôle des titrages alcooliques ?

« Les victimes que je représente sont convaincues de la coexistence, comme les deux faces d’une même pièce, de deux grands cercles de responsabilité : d’un côté les sociétés Servier, de l’autre l’Agence française du médicament, qui n’est pas parvenue à s’imposer, par exemple, en 1999, en n’obtenant pas de la firme une étude sur la pharmacocinétique du benfluorex. Ces deux cercles de responsabilité se recoupent. Au milieu se trouvent, entre autres, certains experts de la Commission d’autorisation de mise sur le marché de l’Agence. Ces experts, qui en même temps conseillaient Servier, devront, au procès, répondre de « prise illégale d’intérêts ».

« Le volet qui les intéresse le plus est le délit de « tromperie » reproché à la firme. La question est très simple : la firme Servier a-t-elle correctement informé les médecins et les consommateurs de Mediator®  (benfluorex) de sa dangerosité et de sa parenté avec d’autres dérivés de l’amphétamine, notamment sa métabolisation en norfenfluramine ?

En fait, dès 1993, une étude que la firme a commandée en Angleterre montre que le benfluorex se transforme en norfenfluramine, métabolite proche de deux autres médicaments de la même firme, la dexfenfluramine (Isoméride°) et la fenfluramine (Pondéral®).

« L’autorisation de mise sur le marché (AMM) d’Isoméride®  et de Pondéral®, suspectés de porter atteinte aux valves cardiaques, est suspendue en 1997. Pourtant, comme le montre l’enquête des juges, la firme répond en 1999 aux autorités françaises n’avoir jamais analysé la pharmacocinétique de Mediator®. Bien que parent d’Isoméride®  et Pondéral®, Mediator®  n’est alors pas retiré du marché. L’existence de l’étude anglaise sera révélée en 2011 dans la presse et versée à la procédure judiciaire. »

Pour l’avocat « c’est comme si on interdisait le vin rouge pour les femmes enceintes parce qu’il y a de l’alcool dedans, et qu’on mettait dix ans à se demander si le vin blanc aussi contient de l’alcool ». Où l’on perçoit la puissance de la métaphore. Et où l’on se demande qui, en France, était alors en charge des contrôles alcooliques.

A demain @jynau

Original : un arrêt cardiaque mortel lors d’une relation sexuelle devient un accident du travail

Bonjour

« Relation adultérine mortelle avec une ‘’parfaite inconnue’’ [sic] ». C’est une affaire insolite autant qu’édifiante. Elle avait longtemps échappé (pourquoi ?) à la surveillance des médias. Elle est aujourd’hui rapportée par BFMTV (Coralie Cathelinais) 1. En ces termes :

« Lors d’un déplacement professionnel dans le département du Loiret, un salarié est décédé lors d’une relation sexuelle. Son employeur refusait d’y voir un accident du travail, arguant que le décès était intervenu sur ses temps de loisirs et dans une chambre autre que celle qu’il lui avait réservée. La Cour d’Appel de Paris en a finalement décidé autrement. En déplacement professionnel, un salarié est sous la responsabilité de son employeur. Et ce, même en dehors de ses heures effectives de travail et quelles que soient les activités auxquelles il se livre.

« La Cour d’appel de Paris en a rappelé le principe dans un arrêt du 27 mai 2019, repéré par Me Sarah Balluet, avocat spécialiste en Droit Social.  L’affaire remonte à l’année 2013, l’entreprise TSO envoie un de ses techniciens de sécurité en déplacement sur un chantier dans le Loiret. Il décède dans la nuit du 21 février après qu’il ait « une relation adultérine avec une parfaite inconnue », indique son employeur dans l’arrêt.   

« La caisse primaire d’assurance maladie a classé le dossier au titre d’accident du travail, ce que l’employeur conteste. Devant le tribunal des affaires sociales de Meaux, la société TSO soutient que le décès « est survenu alors qu’il avait sciemment interrompu sa mission pour un motif uniquement dicté par son intérêt personnel, indépendant de son emploi », et que de ce fait il n’était plus en mission. De plus le décès n’est pas imputable à l’exercice de son travail « mais bien à l’acte sexuel qu’il a eu avec une parfaite inconnue » .»

Un rapport sexuel est un « acte de la vie courante »

Or, dans sa sagesse,  la caisse primaire d’assurance maladie estime qu’un un rapport sexuel est un acte de la vie courante « à l’instar de prendre une douche ou un repas » et  « l’employeur ne rapporte pas la preuve que le salarié a interrompu sa mission pour accomplir un acte totalement étranger à l’objet de celle-ci ».

Qu’allaient dire les magistrat.e.s de la Cour d’appel de Paris ? Ceci: « le salarié effectuant une mission a droit à la protection prévue par l’article L 411 -1 du code de la sécurité sociale pendant tout le temps de la mission qu’il accomplit pour son employeur ». Et peu importe que l’accident survienne à l’occasion d’un acte professionnel ou d’un acte de la vie courante sauf si l’employeur a la preuve que le salarié avait interrompu sa mission pour un motif personnel.

Les juges soutiennent, eux aussi, qu’un rapport sexuel est un « acte de la vie courante ». Le fait que l’accident soit survenu dans un lieu autre que la chambre d’hôtel que la société TSO lui avait réservée ne permettait pas de considérer que le salarié s’était placé « hors de la sphère de l’autorité de l’employeur ». Conclusion : cet accident mortel a été reconnu comme accident du travail. « Cette solution est inédite et mériterait que la Cour de Cassation se prononce sur ce point », commente Me Balluet, sur Linkedin. La Cour de Cassation lit-elle Linkedin ?

A demain @jynau

1 CA Paris, 6, 12, 17-05-2019, n° 16/08787, Confirmation Article, L411-1, CSS/Déplacement professionnel/Gendarmerie/Relations sexuelles/Acte d’une vie courante/Obligations professionnelles

L’invraisemblable affaire du septuagénaire retrouvé mort dans un hôpital de Marseille

Bonjour

Invraisemblables. Il y avait eu la femme retrouvée morte aux urgences de Cochin. Puis celle de Lariboisière. Aujourd’hui c’est un homme septuagénaire retrouvé mort après quinze jours de recherches (oui, quinze jours) à l’hôpital de la Conception de Marseille. Comment est-ce possible ? L’affaire est rapportée dans le détail par l’AFP..

Jean Ligonnet, 73 ans, père de six enfants, entre à l’hôpital de la Conception le 19 août au matin. Depuis près d’un an il a régulièrement rendez-vous en hôpital de jour, pour une séance de chimiothérapie. Aujourd’hui le traitement de ce patient, venu du Var, a pris du retard. L’homme doit patienter. Un plateau-repas lui est fourni. A 14 heures, soit trois heures plus tard, le personnel soignant ne le trouve plus dans la salle d’attente.

Le corps de Jean Ligonnet sera retrouvé « après quinze jours de recherches » deux étages plus haut, dans une unité désaffectée du même établissement. Aujourd’hui l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) assure avoir tout mis en œuvre pour le retrouver : fouilles répétées de tout l’établissement et de ses abords, visionnage de la vidéosurveillance, mobilisation générale des personnels encadrants, soit « des dizaines » de personnes…

Le mardi 3 septembre on apprend à son fils  que le cadavre de son père, « en état de décomposition avancée », a été retrouvé « dans une aile désaffectée ». Le vieil homme est, selon toute vraisemblance, décédé seul. Une autopsie médico-légale effectuée le 4 septembre « n’établit pas l’intervention d’un tiers », a précisé le procureur de Marseille, Xavier Tarabeux. Mais encore ? Une enquête est toujours en cours pour déterminer les circonstances exactes de la mort.

« Il aurait été préférable qu’il soit accompagné »

Qui est responsable ? La direction de l’AP-HM a lancé une enquête interne. Elle souligne que le patient, qui résidait « en secteur fermé » à la maison de retraite d’Age d’Or, à La Seyne-sur-Mer (Var), était venu « seul », en taxi.

« Il aurait été préférable qu’il soit accompagné, a regretté Sylvia Breton, directrice adjointe de l’AP-HM lors d’une conférence de presse. Il était désorienté et dément. Notre métier est de soigner. Tout le monde se sent responsable. » « Nous n’étions pas au courant d’épisodes récents de fugue, qui s’étaient produits peu avant à l’Ehpad, a précisé le Pr Régis Costello, chef du service d’hématologie. Il était connu pour sa pathologie hématologique, pour sa pathologie neurologique, mais pas pour les fugues, c’est un patient qui ne posait aucun problème. » Interrogée, la directrice de la maison de retraite a refusé de répondre, « par respect du deuil de la famille » et en raison de l’enquête judiciaire en cours.

L’enquête devra notamment répondre à une question essentielle. L’ « unité désaffectée » dans laquelle le cadavre a été retrouvé (à l’intérieur d’une chambre dont la poignée était cassée) avait été fouillée plusieurs fois, « sans qu’aucun bruit ou signe de présence ne soit décelé ».

La famille de Jean Ligonnet avait placardé depuis deux semaines de nombreux avis de recherche dans le quartier marseillais. Avant même la découverte du corps, l’un de ses fils avait porté plainte contre l’hôpital pour « délaissement »d’une personne vulnérable. Selon lui, tout n’a pas été mis en œuvre. « Je suis dégoûté, écœuré, parce que mon père ne méritait pas de mourir dans des circonstances comme ça, dit-il. Ils l’ont fait mourir comme un chien, et ils l’ont oublié. »

A demain @jynau

Chirurgie et pédophilie : un praticien soupçonné d’agressions sexuelles à très grande échelle

Bonjour

Entre le code pénal et l’inimaginable. Entre faits avérés et horreurs fantasmées ou pas. Pour l’heure les médias tournent autour du sujet, usent encore du conditionnel, évoquent néanmoins « la plus grande affaire française connue de pédophilie ». Nous sommes à Jonzac (Charente-Maritime)et La Charente Libre (Antoine Beneytou) révèle le tout : « PÉDOPHILIE: 200 VICTIMES DANS TOUTE LA FRANCE POUR L’EX-CHIRURGIEN DE JONZAC ? » :

« Un chirurgien de Jonzac est renvoyé devant les assises pour des actes pédophiles. Durant des années, il aurait agressé sexuellement des enfants. On recenserait plus de 200 victimes à travers la France. Ce sont des carnets glaçants qui dessinent et narrent par le menu le plus sordide, ce qui pourrait être le plus grand scandale pédophile de France. Ces carnets, ce sont ceux du Dr Joël Le Scouarnec, spécialiste en chirurgie viscérale à l’hôpital de Jonzac de 2008 à 2017. Durant des décennies, ce médecin, aujourd’hui incarcéré, a raconté dans le détail les abus sexuels commis sur des enfants, ses fantasmes, mis des mots sur ses excitations nauséeuses. À l’intérieur de ces sordides journaux intimes tenus depuis les années 90, les enquêteurs ont retrouvé près de 200 noms d’enfants, qui auraient subi les sévices de ce docteur, aujourd’hui sexagénaire.

« Spécialisé en chirurgie digestive, il a officié dans des hôpitaux bretons, en Touraine, mais aussi plus près de nous, à Jonzac, aux portes de la Charente. Et aurait agressé sexuellement des mineurs, parfois « en phase de réveil », lors de leur séjour à l’hôpital. « C’était un vivier facile pour lui », déplore une source. Selon nos informations, deux cents noms figureraient à l’intérieur de ces journaux intimes. Soit autant de victimes potentielles. »

Se taire ? Me Francesca Satta, l’avocate saintaise des parents d’une victime, confirme le côté insoutenable de ces carnets : « Vous ouvrez le cahier et vous le refermez aussitôt, dès la première page. C’est énorme de perversion. Il considère l’enfant comme un objet sexuel, comme s’il parlait d’une rencontre faite dans le quartier de Pigalle. Il n’y a pas de prise en considération de la personnalité des gens en face. C’est un récit où il relate les excitations qui sont les siennes ».

Me Thibault Kurzawa, l’avocat saintais du médecin confirme l’existence de ces carnets : « Il écrivait beaucoup. Il y a des noms qui sont donnés. Après, est-ce que cela correspond à des agressions? On n’en sait rien. On ne peut pas dire qu’il y ait autant de victimes que de noms. Contacté par Le Monde, Me Kurzawa rappelle que « les 200 noms ne font pas 200 faits » : « L’existence d’une déviance est incontestable, mais dans le carnet, certains des actes sont décrits au conditionnel ou au futur. Il faut prendre du recul et faire la part des faits et des fantasmes sans perdre de vue la présomption d’innocence. »

Journal intime au contenu « difficilement soutenable »

 Selon l’enquête du Parisien (Pascale Égré et Jérémie Pham-Lê) le suspect a  reconnu plusieurs agressions sexuelles lors des interrogatoires – mais aucun viol. Un premier procès doit se tenir à la fin de 2019 ou au début 2020 au tribunal de Saintes (communiqué du parquet de La Rochelle daté du 21 août) : pour des faits d’exhibition sexuelle et de viol sur quatre mineures, qui auraient été commis entre 1989 et 2017.

Pour autant une enquête préliminaire lancée sur la base des « carnets est en cours : croiser les dates, les noms des personnes mentionnées par le chirurgien et les données contenues dans les archives des différents établissements où il a exercé (les actes en question étant souvent décrits par le suspect comme ayant eu lieu au sein des services hospitaliers dont il avait la charge). Enquête confiée à la section de recherches de la gendarmerie de Poitiers (Vienne).

Selon une source citée par La Charente libre, les mineurs traités dans les hôpitaux où officiait le chirurgien constituaient un « vivier facile ». Il aurait commis des agressions sexuelles sur certains d’entre eux alors qu’ils se trouvaient « en phase de réveil » après une intervention. Déjà, sur les réseaux sociaux, les victimes présumées du chirurgien tentent de se regrouper, rapporte encore  La Charente libre. Sur Facebook, un groupe privé créé le 6 juillet « pour toutes les personnes qui ont été victimes du chirurgien » compte actuellement soixante-six membres.

L’affaire a pris cette dimension après les mots simples d’une enfant de 6 ans. Un jour de printemps, en 2017, à Jonzac,  elle et son père rentrent de promenade et aperçoivent leur voisin chirurgien. L’enfant confie alors à son père que l’homme qu’ils viennent de croiser a récemment exhibé son sexe devant elle, à travers la grille qui sépare les jardins des deux propriétés voisines. Le chirurgien (déjà condamné à du sursis en 2005 pour consultation et diffusion d’images d’un mineur à caractère pornographique) est alors placé en garde à vue.

L’enquête révèle que la petite fille, outre l’acte exhibitionniste, aurait été victime d’un viol sous les yeux de son petit frère alors âgé de 2 ans. Perquisition au domicile du suspect. Sous le parquet les enquêteurs découvrent une collection de perruques, de jouets sexuels, de photos du suspect nu, des poupées, des images pédopornographiques et surtout un carnet, sorte de journal intime, au contenu « difficilement soutenable ».

Il reste désormais à faire la part entre les fantasmes et les faits avérés. Et, peut-être, à tenter, sinon de tout comprendre, du moins d’éclairer les zones encores obscures de cette invraisemblable et insoutenable affaire.

A demain @jynau

 

Fausse nouvelle: pourquoi la ministre Buzyn triple-t-elle le nombre des overdoses mortelles ?

Bonjour

C’est peu dire que le chiffre a choqué les spécialistes affûtés. Il figurait en bonne place d’un communiqué officiel consacré à la luute contre les addictions et à son financement. On y découvrait le décompte effectué par les services d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : 11,5 millions de Français fument quotidiennement du tabac, 10,6 millions ont une consommation de boissons alcooliques « au-delà des nouveaux repères de consommation à moindre risque » ;  25% des usagers de cannabis (substance illicite) présentent un risque élevé d’usage problématique – soit plus d’un million de personnes. Chaque année en France le tabac tue (prématurément) 75 000 personnes, l’alcool 41 000 personnes et les drogues illicites 1 600.

Mille six cents, vraiment ? « D’où sort ce chiffre ? » demanda l’un des meilleurs cliniciens chevau-léger de la lutte contre les addiction .«  Quelqu’un a-t-il la référence ? ». Aucune référence donnée par un ministère en vacances post-caniculaire. Un autre spécialiste particulièreemnt au fait du sujet rencoya vers les derniers travaux de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) : « Décès directement liés aux drogues » Tendances n° 133, OFDT, 8 p.Juillet 2019.

« Le nombre de décès directement liés aux drogues (DDLD) a été évalué en 2017 à 537 décès au minimum dont 432 en relation avec l’abus de médicaments et de substances (survenant principalement chez des usagers de drogues) et 105 décès toxiques par antalgiques, catégorie qui concerne des consommations initiées dans le cadre de traitements contre la douleur. Les usagers de drogues qui décèdent, à 85 % des hommes, sont en moyenne âgés de 38 ans. Dans le second groupe, la moyenne d’âge est de 49 ans et les femmes sont presque autant concernées que les hommes.

« Les opioïdes sont en cause dans 78 % des décès en relation avec l’abus de médicaments et de substances, principalement les médicaments de substitution aux opioïdes (45 %, dont 37 % pour la méthadone et 8 % pour la buprénorphine) et l’héroïne (25 %). Le pourcentage des décès impliquant la cocaïne est de 26 %, il s’établit à 6 % pour le cannabis, autant pour les amphétamines et la MDMA et 3 % pour les nouveaux produits de synthèse (NPS). Dans 31 % des décès, plusieurs substances sont impliquées. Les opioïdes sont en cause dans la quasi-totalité des cas de décès de la seconde catégorie. »

Les chercheurs de l’OFDT (Anne-Claire Brisacier, Christophe Palle, Michel Mallaret – Centre régional de pharmacovigilance, CEIP-A de Grenoble) soulignent que le taux de décès par DDLD en France, 4 à 6 par million d’habitants, est l’un des plus faibles de l’Union européenne. Les pays dont les taux sont les plus élevés se situent en Europe du Nord : 130 décès par million d’habitants en Estonie et 92 en Suède. À titre de comparaison, ce taux s’établit actuellement à 217 aux États-Unis et 109 au Canada. Le taux est de 74 décès au Royaume-Uni et de 21 en Allemagne, deux pays économiquement ou culturellement proches de la France.

« Cet écart très important reflète certainement la forte sous-estimation en France, observent-ils. Mais il peut aussi, jusqu’à un certain point, traduire l’effet de la politique française en matière de mise en place des traitements de substitution aux opioïdes. Leur couverture est très élevée parmi les usagers à risque en France et on note la prédominance de la buprénorphine haut dosage (BHD), molécule qui présente des risques de surdose mortelle inférieurs à ceux de la méthadone (privilégiée en Allemagne et au Royaume-Uni) ».

Reste donc, entière et pendante, la question : comment passe-t-on de 537 DDLD à 1600 ? Les services d’Agnès Buzyn ne le révèlent pas. Pas plus qu’il ne nous disent pourquoi ils procèdent à de tels jonglages. C’est bien dommage.

A demain @jynau