Rugby : plaqué, le jeune Louis Fajfrowski, a-t-il succombé à une «sidération cardiaque» ?

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Voici venu le temps des hypothèses. À quoi Louis Fajfrowski a-t-il succombé, le vendredi 10 août dans le vestiaire du stade Jean-Alric d’Aurillac ? « L’examen médico-légal a permis d’éliminer quelques pistes. Mais pasencore de lever le mystère » résume L’Equipe du 15 août (Laurent Compistron, avec A.Ba. et A. Bo.).

 « Qu’a révélé l’autopsie ? Pas grand-chose, dans un premier temps. L’examen à l’oeil nu des organes vitaux de Louis Fajkrowski, décédé vendredi soir après trois malaises dans le vestiaire du stade Jean-Alric d’Aurillac, quelques minutes après un plaquage au thorax subi en plein match contre Rodez, n’a pas éclairé le médecin légiste de l’Institut médico-légal de Clermont-Ferrand. ‘’Les constatations ne sont pas probantes et ne permettent pas de conclure à la cause du décès’’, a déclaré à l’AFP le magistrat d’Aurillac. Conséquence ?

 « Des prélèvements ont été effectués sur les organes du défunt afin de procéder à des analyses toxicologiques et anatomopathologiques approfondies. Selon le même magistrat, elles devraient permettre de savoir si la disparition du jeune ailier de vingt et un ans n’est pas consécutive à un ‘’arrêt cardiaque lié à des produits dopants’’, ce que personne n’ose imaginer à Aurillac, ou à des ‘’traumatismes du myocarde invisibles à l’oeil nu’’. Ces investigations ne rendront leur verdict que dans une période incompressible de six à huit semaines. »

Mais encore ? Nos confrères de L’Equipe ont enquêté dans les milieux médicaux. Le Pr Jean Chazal, neurochirurgien hospitalo-universitaire réputé, parlant clair et (à ce titre) exclu du premier cercle médical des gros pardessus du rugby français :

« Une commotion peut se produire sans lésion visible. Ensuite le rachis n’a pas été lésé. Et il n’y a pas eu d’hémorragie intra-thoracique, sur les organes comme le cœur ou les poumons, ni intra-abdominale. Si le point d’impact a bien été thoracique, il faut regarder le cœur. On parle beaucoup  de commotions cérébrale dans le rugby, mais on pourrait très bien parler de commotions cardiaques ! Le cœur peut aussi être sidéré, comme le cerveau. »

« Suivi médical assez costaud »

Le cœur sidéré ? Dans L’Equipe le Pr Xavier Jouven, cardiologue parisien réputé, (AP-HP) partage le point de vue de son confrère neurochirurgien :

« Il arrive qu’un choc brutal au niveau du cœur fasse passer quelqu’un en fibrillation ventriculaire. C’est connu dans le base-ball où des joueurs peuvent recevoir la balle à pleine vitesse dans cette zone. Des scientifiques américains ont d’ailleurs fait le test sur des cochons en tirant des balles de tennis dans le cœur. Dans ce cas on constate que le cœur par complètement en vrille (…) Plus le choc est situé près du cœur plus il est grand. Cela peut arriver sur des cœurs sains et à l’autopsie on ne relève aucune anomalie. »

Pour le Pr Xavier Jouven ce phénomène n’est pas connu dans le rugby. Du moins jusqu’à présent.

« Mais selon moi il ne fait pas de doute que le choc a déclenché cette fibrillation. Le joueur a sans doute connu une arythmie durant le temps où il est resté au sol avant de faire une fibrillation dans les vestiaires. »

 Ce phénomène porte un nom : Commotio cordis. D’autres spécialistes restent sur l’hypothèse de la commotion cérébrale et évoquent le « syndrome de second impact ». Quant au président du Stade Aurillacois Cantal Auvergne il précise à L’Equipe que ce jeune joueur « avait un suivi médical assez costaud ». « Des choses ont peut-être échappé aux différents médecins qui l’ont examiné mais, à ma connaissance, il n’avait aucune malformation. »

 A demain

Jeu de rugby : qui a tué Louis Fajfrowski, qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

Bonjour

Ecouter Graeme Allwright dans « Qui a tué Davy Moore ? ».

Louis Fajfrowski, 21 ans joueur de rugby du club d’Aurillac est mort le 10 août dernier. Mort après avoir subi un choc lors d’un match amical. Un placage « viril mais correct ». On apprend aujourd’hui que l’autopsie pratiquée le 13 août à l’institut médico-légal de Clermont-Ferrand n’a pas permis de déterminer la cause exacte du décès.

« Les constatations du médecin légiste ne sont pas probantes et ne permettent pas de conclure à la cause du décès, a précisé Mars Rous, substitut du procureur de la République. Des prélèvements ont été effectués en vue de réaliser des analyses toxicologiques et anatomo-pathologiques ». On sait déjà que les résultats de ces nouvelles analyses ne seront pas connus avant un mois et demi ou deux mois.

« Wouhhhh »

La Montagne avait rapporté que le jeune joueur, titulaire au centre de l’attaque du Stade aurillacois (Pro D2), était sorti du terrain en seconde période du match contre le club de Rodez (Fédérale 1) après avoir été l’objet d’un plaquage. Sonné, il avait pu se relever avec l’aide des soigneurs avant de se rendre par ses propres moyens aux vestiaires, accompagné d’un médecin. C’est aux vestiaires qu’il a perdu connaissance à plusieurs reprises. Pris en charge par le service médical et les secours supplémentaires arrivés sur place, il n’a pas pu être ranimé. Midi Olympique rapporte les faits :

« 50e minute : lancer en touche pour Rodez, sur les 22 mètres aurillacois. Le ballon, cafouillé, retombe chez les locaux. Relance immédiate. Une passe, puis une deuxième vers Louis Fajfrowski qui s’empare du ballon. Et, presque immédiatement, il prend un énorme tampon. Une clameur, de ces « Wouhhhh » qui résonnent dans les stades sur les chocs destructeurs, s’élève de la tribune garnie de la jeunesse cantalienne. Les copains, les copines, les familles, les joueurs de la veille sont là. Sur l’action, les Ruthénois récupèrent le ballon abandonné au contact et filent à l’essai, en contre.

« Assis en tribunes, Latuka Maïtuku et Kevin Savea, troisième ligne et talonneur du Stade, ont assisté à la scène. Leur analyse ? Rien de condamnable, sur l’action« Le plaquage était régulier. Dans le mouvement, sec. Dur, même. Mais rien de répréhensible, effectivement. Le genre d’impact qu’on voit tous les week-ends, en Top 14 et en Pro D2″ se souviendra Maxime Petitjean, le lendemain. « Le joueur d’Aurillac a hérité du ballon avec peu de vitesse. Le troisième ligne de Rodez, lui, arrivait à pleine vitesse. Il l’a plaqué au niveau de la zone poitrine-sternum, confirme Jérémy Rozier, arbitre de cette rencontre. Avec l’écart de vitesse, c’était impressionnant. L’impact a fait un gros bruit, mais il n’y avait rien de répréhensible. Le défenseur touche la bonne zone et encercle avec les bras. Des plaquages comme ça, j’en vois tous les week-ends. Même au 7, que j’arbitre souvent. » »

Deux pistes considérées sont aujourd’hui évoquées dans le milieu médical spécialisé : un arrêt cardiaque lié à des produits dopants (rien, à ce stade, ne soutient cette hypothèse) ou une pathologie cardiaque méconnue et indécelable à l’autopsie. D’où les prélèvements destinés à la toxicologie et à l’anatomopathologie.

Simple corrélation ou lien de causalité entre le placage et le décès, l’affaire commence à faire grand bruit dans le monde du rugby. Cette mort fat suite à celle d’Adrien Descrulhes, 17 ans, qui a succombé à un traumatisme crânien après un match, en mai dernier. Deux morts qui relancent comme jamais la polémique sur les nouveaux risques liés à l’inquiétante évolution de ce sport – un sport qui ne cesse de gagner en violence, en chocs et en commotions cérébrales.

Le courage de Midi Olympique

Il faut lire, ici, l’éditorial signé Emmanuel Massicard dans le Midi Olympique du 13 août. Intitulé « La nausée » il dénonce courageusement un sport « de plus en plus destructeur », mettant « ses propres acteurs en danger à force de collisions à très grande vitesse »

« Nous ne fermerons pas les yeux. Pas question de céder à la complicité. Midi Olympique continuera ainsi de donner la parole à tous les Chazal du monde 1 qui viendront éclairer le débat, prêts à se pencher sur la santé des joueurs et sur l’avenir de ce jeu évoluant contre sa propre nature. Un jeu de plus en plus destructeur, qui met ses propres acteurs en danger à force de collisions à très grande vitesse. Un jeu de plus en plus con – on se répète, hélas – à force d’oublier la moitié de son ADN: la recherche de l’évitement qui lui conféra longtemps une force créatrice enviée par tant d’autres disciplines.

Il n’est plus temps de se bercer d’illusions sans quoi, c’est sûr, nous risquons d’avoir d’autres nausées et de pleurer d’autres Louis. Il n’est plus temps de croire que les seules mesures mises en place feront des miracles et nous protègeront du danger qui plane. Il y a désormais urgence et il faut agir pour voir, demain, le rugby changer radicalement dans son approche du jeu, en assumant ses maux actuels et la propre menace qu’il génère pour avoir cédé au tout physique. »

Dans « Qui a tué Davy Moore ? » Graeme Allwright s’interroge, après Bob Dylan, sur les responsables de la mort à 29 ans, d’un champion du monde de boxe (poids plume). C’était le 21 mars 1963. Après un violent crochet Davy Moore chute, se heurte la tête et décède deux jours plus tard. En 1963 la boxe était florissante. Un demi siècle plus tard elle ne fait plus recette.

A demain

1 Il s’agit ici du Pr Jean Chazal, neurochirurgien et doyen honoraire de la faculté de médecine de Clermont-Ferrand. Cet « ancien référent » de la Ligue nationale de rugby (LNR) en matière de commotions, s’était alarmé face à ces drames. Lanceur d’alerte atypique, il redoutait depuis des mois dans les médias la mort d’un joueur sur le terrain, une liberté de ton guère du goût des instances du rugby français qui lui avaient fait savoir qu’il avait, sur ce sujet, tout intérêt à se taire.  Une réponse bien peu confraternelle vient de lui être donnée, sur le site Rugbyrama, par le Dr Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR.

 

 

 

 

« Croire bien faire n’est pas un viol » : le procès du médecin d’Argent-sur-Sauldre

 

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En décembre 2014 l’Agence France Presse rapportait la mise en examen, à Bourges, d’un médecin généraliste âgé de 64 ans, exerçant à Argent-sur-Sauldre (Cher). Il était soupçonné d’avoir violé des patientes et filmé « certains actes » à leur insu.

Deux de ses patientes, dont une âgée de 18 ans, affirmaient alors avoir subi des pénétrations digitales et avaient porté plainte contre le praticien. Le procureur de la République de Bourges précisait que sur les vidéos saisies par les enquêteurs, « une dizaine de victimes » étaient visibles, qu’elles seraient identifiées et contactées.

Placé en détention provisoire sur réquisition du parquet, le médecin reconnaissait, devant le juge des libertés et de la détention, avoir filmé certaines de ses patientes, mais niait les viols. Le médecin arguait qu’il s’agissait de pratiques médicales classiques dans le cadre d’examens gynécologiques que pratiquent parfois les médecins généralistes, « en particulier à la campagne ».

Juin 2018. Ce même médecin est jugé devant la cour d’assises du Cher pour viols aggravés et atteinte à l’intimité de la vie privée. Il encourt jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle. « Au total  32 plaintes pour viol ont été retenues et une dizaine pour atteinte à l’intimité de la vie privée, résume France Bleu Berry.  Des examens tout à fait justifiés, se défend le médecin. qui ne reconnaît toujours aucun des viols mais à qui on reproche l’utilisation inadéquate d’un spéculum. Le juge d’instruction, sur ce point très technique avait d’ailleurs mandaté deux experts qui avaient conclu que ces examens étaient inappropriés. Quant aux films enregistrés sans le consentement des patientes, « c’était une connerie ! » pour le médecin d’Argent sur Sauldre. »

L’avocat général Dominique Le Bas de Bouclans a finalement requis 18 ans de réclusion criminelle et une peine de sûreté de neuf ans, rapporte aujourd’hui Le Berry Républicain (Geoffroy Jeay) qui, depuis le 11 juin, suit fidèlement ce procès atypique.

Sacrément insistant

« Le comportement du Dr D, sa volonté de transformer en chose ses patientes, éclate pour ces neuf personnes filmées. Ces vidéos montrent le fondement et l’essentiel de la pratique du Dr D, ses pulsions », a notamment déclaré l’avocat général. Il a aussi souligné « la cohérence entre toutes les déclarations » des plaignantes : « multiplicité des positions, des touchers vaginaux, qui montrent bien qu’on est dans un cadre unique, global ». Et encore :

 « Un médecin doit dire aux personnes ce qu’il va faire et pourquoi. Sans faire pression. Dans cette affaire, nous avons des patientes qui disent : « Je n’étais pas trop d’accord mais il était sacrément insistant. Il disait que c’était nécessaire « Nous avons un défaut d’information qui entraîne un défaut de consentement. Plus pernicieux : dire à une femme enceinte de songer à son bébé, que si on ne fait pas l’examen, la patiente en portera la responsabilité. »

Le médecin, s’il reconnaît avoir réalisé les films à l’insu des patientes, nie les viols digitaux et avec spéculum.Son avocat  a demandé aux magistrats et aux jurés d’écarter ces accusations. « Je suis convaincu qu’il n’a jamais été dans une problématique de pénétration sexuelle, a-t-il plaidé. Un acte gynécologique n’est pas un acte de pénétration sexuelle. Croire bien faire n’est pas un viol. » Pour lui, la multiplication des touchers vaginaux chez certaines patientes n’était dû qu’à un « état de stress et de préoccupation», qui l’a « amené à pratiquer des gestes complémentaires parce qu’il voulait vérifier un certain nombre de choses  ».

Le verdict est attendu pour le vendredi 29 juin.

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Angoisse en plein vol : pouvez-vous prendre l’avion sans boire un peu (beaucoup) d’alcool ?

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Qu’en dira-t-on à Air France ? C’est un papier original du Wall Street Journal : « Dry the Friendly Skies ». Il est signé de Satish Jindel, fondateur de SJC Consulting Group (secteurs du transport et de la logistique). Où l’on parle de l’aérodromophobie (ou aviophobie). En un mot : la phobie des avions ou des voyages en leur sein. Mille et une raisons avancées, analytiques ou pas. Et des conséquences pratiques bien connues : crises de panique, montées d’angoisse, cette peur d’avoir peur. Parfois des crises cardiaques.

Satish Jindel ne s’embarrasse pas de psychologie. Grand consommateur d’avions (« Executive Platinum status with American ») il observe depuis longtemps les effets de cette phobie sur nombre de passagers. « Lors d’un vol récent, de Pittsburgh à Miami, le passager à côté de moi en première classe a commencé à boire peu après le départ – à 7 h 30 du matin, rapporte-t-il au WSJ. Il a consommé au moins quatre petites bouteilles avant que l’hôtesse refuse de le servir davantage. J’ai dû tolérer ses plaintes bruyantes pour le reste du vol. »

Moindre mal. Mais M. Jindel de faire le parallèle avec le tabac. « Pendant des décennies, les compagnies aériennes ont permis de fumer, malgré les plaintes des passagers non-fumeurs, se souvient-il. Les compagnies aériennes ne supportaient que les coûts de ces fumeurs: les passagers apportaient leurs propres cigarettes, tandis que les compagnies aériennes devaient payer pour le nettoyage de la cabine et de l’air. » Puis, en 1990, les États-Unis ont interdit de fumer sur la plupart des vols intérieurs. Aujourd’hui une interdiction mondialisée sur laquelle personne ne songe à revenir.

Et l’alcool ? « Les restrictions de sécurité empêchent les passagers d’apporter de l’alcool dans la cabine, observe notre consultant. Les compagnies aériennes ont donc le monopole de la vente de boissons, qui est un centre de revenus. Mais cela vaut-il la peine? Quand j’ai demandé aux agents de bord, ils ont appuyé massivement l’interdiction de l’alcool en vol. »

Prévoir Valium et B1-B6

Prohiber ? Il faudra certes encore compter avec les passagers arrivant ivres à la porte de la cabine. Il suffirait alors d’interdire la distribution d’alcool dans les restaurants et les salons première classe des aéroports. « Une interdiction de l’alcool en vol serait également bénéfique pour la santé des passagers, ajoute M. Jindel. L’alcool consomme de l’oxygène, et tout professionnel de la santé confirmera qu’à 30 000 pieds, le corps humain est déjà pauvre en oxygène. »

Pour le reste, parier sur la plasticité humaine : les fumeurs se sont adaptés (sans trop de difficultés)  aux vols non-fumeurs, les buveurs s’adapteront de la même manière.

Un pari, à dire vrai, loin d’être gagné. « La gratuité des boissons alcoolisées dans les avions n’est sûrement pas la seule motivation à consommer, nous a expliqué le Pr Nicolas Authier (Service de pharmacologie médicale, Observatoire Français des Médicaments Antalgiques, CHU et Faculté de médecine de Clermont-Ferrand). Certains affrontent leur phobie de l’avion avec des médicaments (hydroxyzine, benzo voire hypnotiques dans les longs courriers), d’autres avec l’alcool. Certains ont un déjà un trouble de l’usage d’alcool et le temps passé dans l’avion (associé ou non à une anxiété) ne déroge pas à sa consommation. »

Interdire l’alcool ou en limiter la consommation compte tenu de l’existence d’un risque associé de type trouble du comportement ? « En toute hypothèse il faudra, sur les longs courriers, prévoir Valium et B1-B6, souligne pour sa part le Dr William Lowenstein, interniste et président de SOS Addictions. Plus beaucoup d’eau pour éviter les états de manque. »

Un croix sur l’alcool après celle sur le tabac ? Souhaitable ou pas ? Après la grève, qu’en dira-t-on à Air France ?

A demain

 

 

Le gouvernement accusé d’assimiler malades psychiatriques et personnes radicalisées

Bonjour

Sujet difficile – aux confins de la psychiatrie, du terrorisme et de la radicalisation. Le 23 mai 2018 Agnès Buzyn a signé le décret n° 2018-383 « autorisant les traitements de données à caractère personnel relatifs au suivi des personnes en soins psychiatriques sans consentement ». La ministre des Solidarités et de la Santé autorise, via ce texte désormais en vigueur, les Agences Régionales de Santé à « mettre en œuvre un traitement de données à caractère personnel permettant notamment d’effectuer un suivi des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques sans consentement » – et ce conformément à l’article 26 de la loi du 6 janvier 1978 modifiée relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés.

 Ce traitement de données à caractère personnel est dénommé « HOPSYWEB » (sic). Il est dénoncé sur la Toile (@hospyweb ) tandis que le décret d’Agnès Buzyn suscite les plus grandes inquiétudes au sein d’associations directement concernées : l’ADESM (Association des Etablissements participant au service public de Santé Mentale), la Fnapsy (Fédération Nationale des Associations d’usagers en psychiatrie) et l’Unafam (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques).

« Les raisons invoquées, à savoir faciliter la gestion administrative de ces patients et disposer de statistiques nationales, ne justifient en rien la constitution d’un tel fichier, soulignent-elles. S’il s’agissait d’un suivi des hospitalisations sans consentement à des fins statistiques et de suivi des situations, ce fichier national ne serait pas nominatif et ne contiendrait que des données anonymisées. En outre, le texte précise que le droit d’opposition prévu à l’article 38 de la loi « informatique et libertés » (qui prévoit que « toute personne physique a le droit de s’opposer, pour des motifs légitimes, à ce que des données à caractère personnel la concernant fassent l’objet d’un traitement ») ne s’applique pas pour la mise en œuvre d’HOPSYWEB. »

Malades vulnérables

Ces trois associations ajoutent que décret « n’est pas sans rappeler » le discours du Premier Ministre du 23 février 2018 concernant le plan national de prévention de la radicalisation.

 On ne rappellera pas à la ministre des Solidarités et de la Santé que les usagers de la psychiatrie hospitalisés « sans consentement » sont avant tout des personnes malades vulnérables et en grande souffrance qui ont besoin de soins ; que c’est une démarche très douloureuse pour les parents, enfants, frères, sœurs, conjoints, petits-enfants, qui doivent pouvoir s’en remettre pleinement au personnel soignant ; et que pour ce personnel soignant, les soins sans consentement exigent de tisser, autant que faire se peut, un lien de confiance avec la personne malade et son entourage.

« Jeter le voile de la suspicion sur les personnes ayant des troubles psychiatriques en les assimilant à des personnes radicalisées renforce le regard stigmatisant que porte la société sur elles, soulignent encore les trois associations. Avec ce décret, nourrissant les amalgames entre maladie psychique et terrorisme, c’est le secret médical et le processus de soins qui sont menacés. Nous, patients, proches, soignants, demandons une modification de ce décret afin que les données soient anonymisées. »

Elles attendent une réponse d’Agnès Buzyn.

A demain

 

 

 

SAMU : le directeur du CHU de Strasbourg ne laisse aucune chance à l’opératrice. A quel titre ?

Bonjour

Trois enquêtes en cours mais – déjà- le méchant bruit du couperet tombé. Christophe Gautier, directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, a choisi de s’exprimer sur l’affaire éclairante désormais célèbre qui, tardivement, le rattrape : celle des  conditions de prise en charge de l’appel de détresse de Naomi Musenga, décédée le 29 décembre dernier. M. Gautier vient de s’exprimer dans un entretien au Quotidien du Médecin. Echange prématuré ? Echange qui vaut, ici,  d’être rapporté. Extraits :

Le Quotidien :  En savez-vous maintenant davantage sur le déroulé des événements du 29 décembre, et sur les erreurs commises ce jour-là ?

Christophe Gautier :  Nous avons acquis la forte présomption d’un manquement aux procédures de la part de l’opératrice du SAMU. Outre son ton, qui ne correspond pas à l’empathie que l’on doit attendre de la part d’un personnel hospitalier, l’opératrice aurait dû transférer l’appel à un médecin régulateur, or elle ne l’a pas fait. Ce jour-là, l’activité était certes soutenue, mais pas exceptionnelle. Par ailleurs, l’opératrice en était à son 2e jour de travail consécutif après une période de 15 jours de congés. Dans le cadre de l’enquête administrative, j’ai prononcé le 9 mai la suspension à titre conservatoire de l’opératrice (…)

Le Quotidien :  La famille de Naomi a obtenu la bande magnétique de l’enregistrement de l’appel, diffusée plusieurs semaines plus tard. Une procédure de signalement d’événement indésirable n’aurait-elle pas dû être lancée immédiatement ?

Christophe Gautier : Cette procédure aurait dû être lancée, et ne l’a pas été ! Il était normal que la famille obtienne la bande, mais pas de cette manière. La question des conditions de transmission de cette bande à la famille est d’ailleurs au cœur des trois enquêtes qui sont actuellement en cours. La procédure de signalement de l’événement indésirable grave aurait quant à elle dû porter sur les conditions de traitement de l’appel. Une procédure de signalement aurait dû être enclenchée lors de la remise de la bande enregistrée à la famille de Naomi Musenga. La remise de cette bande aurait également dû faire l’objet d’un accompagnement auprès de la famille. »

Voilà qui est dit. M. Gautier est-il en partie impliqué ? Où sont les responsables ? Quels seront, in fine, les noms des coupables ? A quel titre M. Gautier parle-t-il ? Et ce méchant bruit du couperet, déjà, tombé.

A demain

A Montbazens, deux enfants tués par un tracteur conduit par un pompier en état d’ivresse

Bonjour

Lendemain de Pentecôte, journée de Solidarité. La France radiophonique se réveille avec ce que la presse range dans la catégorie des faits divers. Un « fait divers » qui, ici, a le visage du tragique. A Montbazens, dans l’Aveyron un garçon et une fille de sept et huit ans, qui faisaient du vélo, sont morts après avoir été percutés dans une rue par un tracteur conduit par un homme en état d’ivresse.

L’accident s’est produit le 19 mai peu avant 18 h. Les deux enfants, qui ont été percutés par ce tracteur équipé d’une remorque. Les décès ont été déclarés par les médecins du SMUR après de longues tentatives de réanimation, a précisé le chef de salle du centre opérationnel des pompiers du département. Un hélicoptère venu de Rodez avait été dépêché sur place, en vain. Une enquête a été ouverte par la gendarmerie. Le conducteur a été interpellé et placé en garde à vue et entendu « après dégrisement » a précisé le vice-procureur Chérif Chabbi.

Prévenir la tragédie

 On apprend aujourd’hui que ce conducteur est un pompier professionnel et avait « près de 2 g d’alcool dans le sang » au moment de l’accident. C’était après « un banquet familial ».  La garde à vue de cet homme de 27 ans, pompier dans une caserne parisienne, a été prolongée de 24 heures. Il sera « déféré le 21 mai devant la justice ».

Selon les premiers éléments de l’enquête, cet homme avait déjà été condamné, en 2011 et dans le département de l’Aveyron pour conduite en état alcoolique, a indiqué le vice-procureur.

Une cellule médico-psychologique a été mise en place le lendemain de l’accident dans les locaux de la mairie de Montbazens. Deux autres cellules seront ouvertes, demain 22 mai. L’une dans l’école de Montbazens où était scolarisée la fillette et  l’autre dans l’établissement scolaire du garçonnet, dans le département du Lot.

Faudrait-il, tragédie, ne voir ici que le destin et la fatalité ?

A demain