Charles Aznavour n’est pas mort noyé. Brouhaha quant à des obsèques nationales ou pas

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« Mort naturelle ». L’information a été donnée par Patrick Desjardins, procureur de la République de Tarascon. Charles Aznavour, 94 ans, est décédé le lundi 1er octobre à la suite d’une « défaillance cardio-respiratoire », a-t-il précisé. « Le caractère suspect du décès peut être écarté, mais les circonstances de la mort ne sont pas connues avec précision », avait initialement déclaré Patrick Desjardins à la presse, devant le domicile du chanteur.

« L’hypothèse d’une noyade consécutive à un malaise a pu être formellement écartée », indique aujourd’hui le procureur. Le corps de l’artiste avait été découvert lundi vers midi à son domicile de Mouriès (Bouches-du-Rhône), « allongé dans la baignoire de la salle de bains attenante à la chambre du défunt ». Une enquête de recherche des causes de la mort avait alors été aussitôt ouverte par la brigade des recherches d’Arles – sous la direction du procureur de Tarascon.

Puis l’autopsie médico-légale pratiquée au centre hospitalier de Nîmes a rapidement permis d’établir que le décès du chanteur, « intervenu dans la matinée du 1er octobre, est consécutif à un œdème aigu pulmonaire responsable d’une défaillance cardio-respiratoire qui s’est révélée être au-dessus de toute ressource thérapeutique ».

Le corps du défunt a été remis à sa famille. Et,d’ores et déjà, au vu de l’émotion collective et des multiples réactions de personnalités du monde de la culture, du spectacle et de la politique une question se pose : celle de la nature de l’hommage officiel  qui doit, ou non, lui être rendu. Un hommage national ? François Hollande et plusieurs parlementaires le pensent. Pour sa part, prudente, la ministre de la Culture Françoise Nyssen estime que la France « devait lui rendre un grand hommage » – sans entrer dans les détails.

Tour Eiffel en or

Selon les informations recueillies par RTL, la famille du célèbre chanteur ne serait pas favorable à l’organisation d’un tel événement. Des discussions ont encore lieu entre la famille et l’Élysée – mais aussi avec le gouvernement arménien, pour savoir ce qui sera organisé entre un hommage national, une petite cérémonie ou un discours du chef de l’État. Un deuil national est déjà prévu en Arménie pour le jour des obsèques 1.

La Ville de Paris lui a déjà rendu hommage avec « l’illumination de la tour Eiffel en or », comme l’avait annoncé la maire de Paris Anne Hidalgo sur Twitter. Elle souhaite aussi proposer aux élus parisiens de baptiser « un lieu » de la capitale du nom du chanteur. Sans dire lequel.

A demain

1 Finalement le Palais de l’Elysée a annoncé qu’un hommage national serait rendu à Charles Aznavour, le vendredi 5 octobre, aux Invalides.

Adama Traoré « médicalement condamné » avant même d’être rattrapé par les gendarmes ?

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On se souvient de la mort d’Adama Traoré le 19 juillet 2016. Une mort suivie d’une intense polémique 1 concernant pour l’essentiel la cause du décès de  ce jeune homme de 24 ans lors de son interpellation par les forces de l’ordre (gendarmerie) à Beaumont-sur-Oise.  Plus de deux ans plus tard, et après deux autopsies médico-légales, l’affaire rebondit avec les résultats de l’expertise médico-légale « de synthèse », réalisée par quatre médecins et rendue aux deux juges d’instruction le 18  septembre. Ce nouveau – et probablement ultime – rapport n’apaisera pas la colère des membres de l’association –« Vérité et justice pour Adama ». Les quatre experts, dans ce document que Le Monde (Nicola Chapuis) a consulté, exonèrent les gendarmes de toute responsabilité.

« Les médecins commencent pourtant par battre en brèche les constatations de leurs confrères : non, Adama Traoré n’avait pas un cœur défaillant, contrairement à ce qu’avançaient les précédentes expertises. Sa taille importante était plus certainement due à sa pratique sportive intensive qu’à une malformation (sic). »

Pour expliquer le décès, les -médecins décrivent un surprenant « enchaînement de réactions ». Et font état des différentes pathologies dont souffrait Adama Traoré. Il était ainsi atteint d’un « trait drépanocytaire » qui avait été diagnostiqué de son vivant. On sait qu’il s’agit ici de la forme hétérozygote de la drépanocytose.  Cette caractéristique génétique est le plus souvent considérée comme asymptomatique et bénigne. Pour autant certains spécialistes estiment qu’elle pourrait être de nature à modifier le métabolisme et la structure musculaire de son porteur.

Outre ce « trait » Adama Traoré était atteint d’une « sarcoïdose »  dite « de stade 2 »  dont il ignorait l’existence. Il s’agit ici d’une « maladie multisystémique de cause inconnue caractérisée par la formation de granulomes immunitaires dans les organes affectés – le plus souvent les poumons ».

« L’évolution et la sévérité de la sarcoïdose sont très variables. Dans la plupart des cas bénins (régression spontanée dans les 24-36 mois), aucun traitement n’est nécessaire, mais le patient doit être suivi jusqu’à rémission complète. Dans les cas plus sévères, un traitement médical doit être prescrit initialement ou, selon les manifestations et leur évolution, à certaines périodes. Le principal traitement de la sarcoïdose est une corticothérapie systémique d’une durée minimum de 12 mois. » 

Cercle vicieux, cercle mortel

Pour les quatre experts auteurs de la « synthèse »  c’est la fuite du jeune homme – il avait échappé par deux fois aux gendarmes avant de se réfugier dans l’appartement où il sera interpellé – qui est à l’origine du processus fatal.  Les experts relèvent aussi le rôle qu’a pu jouer la température élevée (supérieure à 30 °C) du 19  juillet 2016 dans la région parisienne. Conséquence : Adama Traoré se serait donc retrouvé dans un état d’ « hypoxémie » majoré par sa sarcoïdose, de « déshydratation » due à la chaleur, d’ « hyperviscosité sanguine » provoquée par l’effort et de « stress majeur » dû à la poursuite dont il était l’objet.

Un « cercle vicieux » en somme – qui aurait déclenché une «  crise drépanocytaire aiguë avec syndrome thoracique »  proquant  peu à peu à « une anoxie tissulaire » et à la mort du jeune homme. « Le décès de M. Adama Traoré résulte donc de l’évolution naturelle d’un état antérieur au décours d’un effort », concluent les médecins légistes qui, de manière surprenante, estiment que « son pronostic vital était déjà engagé » à son arrivée dans l’appartement.

Oublié, donc, la mort causée par l’interpellation musclée du jeune homme et la technique spécifique d’immobilisation (avec genoux dans le dos) qui a bel et bien provoqué une « compression thoracique ». Cette dernière était, assurent les exeprts, « insuffisante pour avoir joué un rôle significatif dans le décès de M. Adama Traoré ». Un homme condamné avant même d’être rattrapé par les gendarmes ?

« Les gendarmes auteurs de l’interpellation y verront la preuve de leur innocence, conclut Le Monde. La famille d’Adama Traoré interprétera le ton catégorique du rapport comme la confirmation qu’ils se heurtent à un mur judiciaire. »

A demain

1 Tous les articles de ce blog concernant l’affaire Adama Traoré sont disponible à cette adresse : https://jeanyvesnau.com/?s=traor%C3%A9

 

L’opposition vaccinale est devenue virale, le pouvoir exécutif incapable de trouver la parade

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C’est un document essentiel : une docteure en géopolitique, Lucie Guimier, vient de décrypter les racines idéologiques des opposants et opposantes françaises à la vaccination obligatoire. Agnès Buzyn et Emmanuel Macron entendront-ils le message ? Combien faudra-t-il encore attendre avant que le pouvoir exécutif et les autorités sanitaires saisissent que tout, ou presque, se joue ici en dehors des canaux habituels de la « communication » et des médias qui, jadis, avaient pignon sur rue ?

Ce passionnant travail qui commence par l’analyse originale des écrits du Pr Henri Joyeux –un médecin plus qu’atypique devenu un puissant vaccino-sceptique aujourd’hui poursuivi par l’Ordre national des médecins français. Rappel. En mai 2015, ce cancérologue de Montpellier lançait une pétition-pamphlet intitulée «Vaccin obligatoire: les Français piégés par la loi et les laboratoires!». Dans ce pamphlet adressé à Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, cet ancien président (2001-2013) de l’association Familles de Francedénonçait (non sans raison) une situation de pénurie imposant en pratique aux parents d’immuniser leurs enfants avec un vaccin hexavalent (protégeant contre six maladies infectieuses) quand les obligations vaccinales ne comportaient que trois valences: diphtérie-tétanos-poliomyélite.

La commercialisation du «DTPolio» avait en effet été stoppée depuis 2008, ce vaccin étant alors remplacé par un vaccin tétravalent (diphtérie-tétanos-poliomyélite-coqueluche) ayant fait l’objet de ruptures de stocks à compter de septembre 2014. Un imbroglio pharmaceutique qui contraignait les parents ne souhaitant administrer que les vaccins obligatoires à leurs enfants à utiliser des spécialités pharmaceutiques comprenant trois autres valences pour lesquelles la vaccination n’était pas de rigueur. Une incohérence exploitée par le Pr Joyeux (…)

Lire la suite sur Slate.fr : « Ce que révèlent les mots et les phrases des anti-vaccins »

A demain

 

 

Les Gros Pardessus, ou la descente aux enfers programmée des joueurs de rugby français 

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Hier L’Equipe résumait en deux mots l’objectif de la saison rugbystique 2018-2019 : préserver « l’intégrité physique » (sic). Message repris à l’envi, ruissellement de bonnes intentions officielles insufflées aux arbitres et claironnées aux entraîneurs. Du vent, en somme. Une manière pour les Gros Pardessus de se protéger : il en va de l’avenir du sport sur lequel ils prospèrent et qui, pour l’heure engrange de substantielles recettes. Tout fait ventre en Ovalie. Jusqu’à quand ?

« Intégrité physique ». Il faut voir là une conséquence du décès, le 10 août dernier de Louis Fajfrowski, 21 ans joueur d’Aurillac, disparu après un match amical. Conséquenc paradoxale puisque rien n’est encore établi quant au lien de causalité entre sa mort et le placage magistral qui l’a précédée. Mais conséquence éclairante quant au malalaise qui gagne au vu de la violence croissante qui, désormais, caractérise un jeu qui semble n’avoir jamais connu les grâces de la légèreté. Pour la première journée du Top 14, samedi 25 et dimanche 26 août, une minute d’applaudissements précédera chaque match. Applaudir ? « Une forme d’hommage » dit-on. Et ensuite ?

Applaudir ? La vérité est que rien n’est prévu pour agir en amont des fameuses « commotions cérébrales » qui commencent à terroriser les joueurs. Rien et surtout pas une refonte radicale du règlement concernant les placages – aucun ne devrait plus être autorisé au dessus de la ceinture abdominale. Aucune mesure, non plus, pour réduire les violences inhérentes aux invraisemblables déblayages. Aucune amorce, en somme, d’une prise de conscience de la nécessité d’une politique de réduction des risques. Aucune anticipation quant au fait que cette dernière, loin de lui nuire, ajouterait à la beauté du spectacle.

On entend déjà les plus férus des Gros Pardessus réciter leur rugby. Et de citer, comme pour s’exonérer, la mort de l’Agenais Michel Pradié, 18 ans, des suites d’un placage en 1930. « Mais le drame actuel s’inscrit dans l’évolution du rugby, où les professionnels courent de plus en plus vite, tapent de plus en plus fort, façonnés au rythme de leurs séances de musculation, rapporte Le Monde.  Il y a un mois, l’un des meilleurs joueurs au monde lançait déjà l’alerte sur ce rugby moderne : le capitaine gallois Sam Warburton a préféré prendre sa retraite dès l’âge de 29 ans. « Une décision devenue évidente » à force d’endurer blessures et opérations, selon l’homme de Cardiff, qui désire maintenant préserver ‘’sa santé’’ et ‘’son bien-être’’ ».

Nimier, Lalanne, Lacouture, Georges, Cormier, Blondin …

Et puis ce courage de Jefferson Poirot (Union Bordeaux-Bègles, XV de France) : « Pour être honnête, je ne suis pas totalement sûr de vouloir que mon fils de 9 mois fasse du rugby… ». Ce pilier ose avouer qu’il attend « des mesures pour améliorer les choses » : « Cette question de la santé des joueurs, on doit se la poser toute l’année ». Comme dans un métier. Sauf à imaginer, sous son pardesssus, que le spectacle passe avant la santé. Et que l’argent des retransmissions télévisées prime tout. Jefferson Poirot :

 « A la télé, on voit le ralenti d’un gros choc trois ou quatre fois, alors qu’un cadrage-débordement, ça peut être bien plus efficaceMon fils, s’il fait du rugby, je l’encouragerai à pratiquer ce rugby d’évitement qu’on ne voit plus assez. »

Rien de plus beau que l’absurde beauté de la mêlée quand elle porte en gestation l’intelligence à venir de l’évitement-cadrage-débordement.  Rien de plus suave qu’une entreprise de déménageurs qui permettra, demain, d’entendre pianoter sur l’ensemble de la gamme. A condition que personne ne meure dans l’affaire. Une affaire qui, égoïsme bien compris, concerne aussi l’écriture et le journalisme. Pour ne citer qu’eux:  Denis Lalanne, Jean Lacouture, Pierre Georges et Jean Cormier.

Roger Nimier (Arts, 13 avril 1960), rapportant un France-Irlande joué à Colombes « où un public de hasard, groupé sur un stade misérable, vient se livrer à son sport favori, le chauvinisme » :

« L’homme naît mauvais, la société le déprave, mais le rugby le sanctifie. Aussi un paradis toujours verdoyant attend-il les âmes de Cahors, de Pau, de Cork, de Brive, d’Edimbourg ou de Lourdes. C’est pourquoi -il est intéressant de le savoir- un joueur de rugby ne meurt pas. A la touche, il saute directement au ciel. A moins qu’il ne soit directement talonné par saint Pierre, qui recueille le bon et le mauvais de nos mêlées humaines et sauve tout ce qu’il peut des ballons – souvent ingrats – que nous lui fournissons ».

Applaudissements.

A demain

Nimier R. « Variétés » Arléa éditions (mars 1999)

Rugby : plaqué, le jeune Louis Fajfrowski, a-t-il succombé à une «sidération cardiaque» ?

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Voici venu le temps des hypothèses. À quoi Louis Fajfrowski a-t-il succombé, le vendredi 10 août dans le vestiaire du stade Jean-Alric d’Aurillac ? « L’examen médico-légal a permis d’éliminer quelques pistes. Mais pasencore de lever le mystère » résume L’Equipe du 15 août (Laurent Compistron, avec A.Ba. et A. Bo.).

 « Qu’a révélé l’autopsie ? Pas grand-chose, dans un premier temps. L’examen à l’oeil nu des organes vitaux de Louis Fajkrowski, décédé vendredi soir après trois malaises dans le vestiaire du stade Jean-Alric d’Aurillac, quelques minutes après un plaquage au thorax subi en plein match contre Rodez, n’a pas éclairé le médecin légiste de l’Institut médico-légal de Clermont-Ferrand. ‘’Les constatations ne sont pas probantes et ne permettent pas de conclure à la cause du décès’’, a déclaré à l’AFP le magistrat d’Aurillac. Conséquence ?

 « Des prélèvements ont été effectués sur les organes du défunt afin de procéder à des analyses toxicologiques et anatomopathologiques approfondies. Selon le même magistrat, elles devraient permettre de savoir si la disparition du jeune ailier de vingt et un ans n’est pas consécutive à un ‘’arrêt cardiaque lié à des produits dopants’’, ce que personne n’ose imaginer à Aurillac, ou à des ‘’traumatismes du myocarde invisibles à l’oeil nu’’. Ces investigations ne rendront leur verdict que dans une période incompressible de six à huit semaines. »

Mais encore ? Nos confrères de L’Equipe ont enquêté dans les milieux médicaux. Le Pr Jean Chazal, neurochirurgien hospitalo-universitaire réputé, parlant clair et (à ce titre) exclu du premier cercle médical des gros pardessus du rugby français :

« Une commotion peut se produire sans lésion visible. Ensuite le rachis n’a pas été lésé. Et il n’y a pas eu d’hémorragie intra-thoracique, sur les organes comme le cœur ou les poumons, ni intra-abdominale. Si le point d’impact a bien été thoracique, il faut regarder le cœur. On parle beaucoup  de commotions cérébrale dans le rugby, mais on pourrait très bien parler de commotions cardiaques ! Le cœur peut aussi être sidéré, comme le cerveau. »

« Suivi médical assez costaud »

Le cœur sidéré ? Dans L’Equipe le Pr Xavier Jouven, cardiologue parisien réputé, (AP-HP) partage le point de vue de son confrère neurochirurgien :

« Il arrive qu’un choc brutal au niveau du cœur fasse passer quelqu’un en fibrillation ventriculaire. C’est connu dans le base-ball où des joueurs peuvent recevoir la balle à pleine vitesse dans cette zone. Des scientifiques américains ont d’ailleurs fait le test sur des cochons en tirant des balles de tennis dans le cœur. Dans ce cas on constate que le cœur par complètement en vrille (…) Plus le choc est situé près du cœur plus il est grand. Cela peut arriver sur des cœurs sains et à l’autopsie on ne relève aucune anomalie. »

Pour le Pr Xavier Jouven ce phénomène n’est pas connu dans le rugby. Du moins jusqu’à présent.

« Mais selon moi il ne fait pas de doute que le choc a déclenché cette fibrillation. Le joueur a sans doute connu une arythmie durant le temps où il est resté au sol avant de faire une fibrillation dans les vestiaires. »

 Ce phénomène porte un nom : Commotio cordis. D’autres spécialistes restent sur l’hypothèse de la commotion cérébrale et évoquent le « syndrome de second impact ». Quant au président du Stade Aurillacois Cantal Auvergne il précise à L’Equipe que ce jeune joueur « avait un suivi médical assez costaud ». « Des choses ont peut-être échappé aux différents médecins qui l’ont examiné mais, à ma connaissance, il n’avait aucune malformation. »

 A demain

Jeu de rugby : qui a tué Louis Fajfrowski, qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

Bonjour

Ecouter Graeme Allwright dans « Qui a tué Davy Moore ? ».

Louis Fajfrowski, 21 ans joueur de rugby du club d’Aurillac est mort le 10 août dernier. Mort après avoir subi un choc lors d’un match amical. Un placage « viril mais correct ». On apprend aujourd’hui que l’autopsie pratiquée le 13 août à l’institut médico-légal de Clermont-Ferrand n’a pas permis de déterminer la cause exacte du décès.

« Les constatations du médecin légiste ne sont pas probantes et ne permettent pas de conclure à la cause du décès, a précisé Mars Rous, substitut du procureur de la République. Des prélèvements ont été effectués en vue de réaliser des analyses toxicologiques et anatomo-pathologiques ». On sait déjà que les résultats de ces nouvelles analyses ne seront pas connus avant un mois et demi ou deux mois.

« Wouhhhh »

La Montagne avait rapporté que le jeune joueur, titulaire au centre de l’attaque du Stade aurillacois (Pro D2), était sorti du terrain en seconde période du match contre le club de Rodez (Fédérale 1) après avoir été l’objet d’un plaquage. Sonné, il avait pu se relever avec l’aide des soigneurs avant de se rendre par ses propres moyens aux vestiaires, accompagné d’un médecin. C’est aux vestiaires qu’il a perdu connaissance à plusieurs reprises. Pris en charge par le service médical et les secours supplémentaires arrivés sur place, il n’a pas pu être ranimé. Midi Olympique rapporte les faits :

« 50e minute : lancer en touche pour Rodez, sur les 22 mètres aurillacois. Le ballon, cafouillé, retombe chez les locaux. Relance immédiate. Une passe, puis une deuxième vers Louis Fajfrowski qui s’empare du ballon. Et, presque immédiatement, il prend un énorme tampon. Une clameur, de ces « Wouhhhh » qui résonnent dans les stades sur les chocs destructeurs, s’élève de la tribune garnie de la jeunesse cantalienne. Les copains, les copines, les familles, les joueurs de la veille sont là. Sur l’action, les Ruthénois récupèrent le ballon abandonné au contact et filent à l’essai, en contre.

« Assis en tribunes, Latuka Maïtuku et Kevin Savea, troisième ligne et talonneur du Stade, ont assisté à la scène. Leur analyse ? Rien de condamnable, sur l’action« Le plaquage était régulier. Dans le mouvement, sec. Dur, même. Mais rien de répréhensible, effectivement. Le genre d’impact qu’on voit tous les week-ends, en Top 14 et en Pro D2″ se souviendra Maxime Petitjean, le lendemain. « Le joueur d’Aurillac a hérité du ballon avec peu de vitesse. Le troisième ligne de Rodez, lui, arrivait à pleine vitesse. Il l’a plaqué au niveau de la zone poitrine-sternum, confirme Jérémy Rozier, arbitre de cette rencontre. Avec l’écart de vitesse, c’était impressionnant. L’impact a fait un gros bruit, mais il n’y avait rien de répréhensible. Le défenseur touche la bonne zone et encercle avec les bras. Des plaquages comme ça, j’en vois tous les week-ends. Même au 7, que j’arbitre souvent. » »

Deux pistes considérées sont aujourd’hui évoquées dans le milieu médical spécialisé : un arrêt cardiaque lié à des produits dopants (rien, à ce stade, ne soutient cette hypothèse) ou une pathologie cardiaque méconnue et indécelable à l’autopsie. D’où les prélèvements destinés à la toxicologie et à l’anatomopathologie.

Simple corrélation ou lien de causalité entre le placage et le décès, l’affaire commence à faire grand bruit dans le monde du rugby. Cette mort fat suite à celle d’Adrien Descrulhes, 17 ans, qui a succombé à un traumatisme crânien après un match, en mai dernier. Deux morts qui relancent comme jamais la polémique sur les nouveaux risques liés à l’inquiétante évolution de ce sport – un sport qui ne cesse de gagner en violence, en chocs et en commotions cérébrales.

Le courage de Midi Olympique

Il faut lire, ici, l’éditorial signé Emmanuel Massicard dans le Midi Olympique du 13 août. Intitulé « La nausée » il dénonce courageusement un sport « de plus en plus destructeur », mettant « ses propres acteurs en danger à force de collisions à très grande vitesse »

« Nous ne fermerons pas les yeux. Pas question de céder à la complicité. Midi Olympique continuera ainsi de donner la parole à tous les Chazal du monde 1 qui viendront éclairer le débat, prêts à se pencher sur la santé des joueurs et sur l’avenir de ce jeu évoluant contre sa propre nature. Un jeu de plus en plus destructeur, qui met ses propres acteurs en danger à force de collisions à très grande vitesse. Un jeu de plus en plus con – on se répète, hélas – à force d’oublier la moitié de son ADN: la recherche de l’évitement qui lui conféra longtemps une force créatrice enviée par tant d’autres disciplines.

Il n’est plus temps de se bercer d’illusions sans quoi, c’est sûr, nous risquons d’avoir d’autres nausées et de pleurer d’autres Louis. Il n’est plus temps de croire que les seules mesures mises en place feront des miracles et nous protègeront du danger qui plane. Il y a désormais urgence et il faut agir pour voir, demain, le rugby changer radicalement dans son approche du jeu, en assumant ses maux actuels et la propre menace qu’il génère pour avoir cédé au tout physique. »

Dans « Qui a tué Davy Moore ? » Graeme Allwright s’interroge, après Bob Dylan, sur les responsables de la mort à 29 ans, d’un champion du monde de boxe (poids plume). C’était le 21 mars 1963. Après un violent crochet Davy Moore chute, se heurte la tête et décède deux jours plus tard. En 1963 la boxe était florissante. Un demi siècle plus tard elle ne fait plus recette.

A demain

1 Il s’agit ici du Pr Jean Chazal, neurochirurgien et doyen honoraire de la faculté de médecine de Clermont-Ferrand. Cet « ancien référent » de la Ligue nationale de rugby (LNR) en matière de commotions, s’était alarmé face à ces drames. Lanceur d’alerte atypique, il redoutait depuis des mois dans les médias la mort d’un joueur sur le terrain, une liberté de ton guère du goût des instances du rugby français qui lui avaient fait savoir qu’il avait, sur ce sujet, tout intérêt à se taire.  Une réponse bien peu confraternelle vient de lui être donnée, sur le site Rugbyrama, par le Dr Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR.

 

 

 

 

« Croire bien faire n’est pas un viol » : le procès du médecin d’Argent-sur-Sauldre

 

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En décembre 2014 l’Agence France Presse rapportait la mise en examen, à Bourges, d’un médecin généraliste âgé de 64 ans, exerçant à Argent-sur-Sauldre (Cher). Il était soupçonné d’avoir violé des patientes et filmé « certains actes » à leur insu.

Deux de ses patientes, dont une âgée de 18 ans, affirmaient alors avoir subi des pénétrations digitales et avaient porté plainte contre le praticien. Le procureur de la République de Bourges précisait que sur les vidéos saisies par les enquêteurs, « une dizaine de victimes » étaient visibles, qu’elles seraient identifiées et contactées.

Placé en détention provisoire sur réquisition du parquet, le médecin reconnaissait, devant le juge des libertés et de la détention, avoir filmé certaines de ses patientes, mais niait les viols. Le médecin arguait qu’il s’agissait de pratiques médicales classiques dans le cadre d’examens gynécologiques que pratiquent parfois les médecins généralistes, « en particulier à la campagne ».

Juin 2018. Ce même médecin est jugé devant la cour d’assises du Cher pour viols aggravés et atteinte à l’intimité de la vie privée. Il encourt jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle. « Au total  32 plaintes pour viol ont été retenues et une dizaine pour atteinte à l’intimité de la vie privée, résume France Bleu Berry.  Des examens tout à fait justifiés, se défend le médecin. qui ne reconnaît toujours aucun des viols mais à qui on reproche l’utilisation inadéquate d’un spéculum. Le juge d’instruction, sur ce point très technique avait d’ailleurs mandaté deux experts qui avaient conclu que ces examens étaient inappropriés. Quant aux films enregistrés sans le consentement des patientes, « c’était une connerie ! » pour le médecin d’Argent sur Sauldre. »

L’avocat général Dominique Le Bas de Bouclans a finalement requis 18 ans de réclusion criminelle et une peine de sûreté de neuf ans, rapporte aujourd’hui Le Berry Républicain (Geoffroy Jeay) qui, depuis le 11 juin, suit fidèlement ce procès atypique.

Sacrément insistant

« Le comportement du Dr D, sa volonté de transformer en chose ses patientes, éclate pour ces neuf personnes filmées. Ces vidéos montrent le fondement et l’essentiel de la pratique du Dr D, ses pulsions », a notamment déclaré l’avocat général. Il a aussi souligné « la cohérence entre toutes les déclarations » des plaignantes : « multiplicité des positions, des touchers vaginaux, qui montrent bien qu’on est dans un cadre unique, global ». Et encore :

 « Un médecin doit dire aux personnes ce qu’il va faire et pourquoi. Sans faire pression. Dans cette affaire, nous avons des patientes qui disent : « Je n’étais pas trop d’accord mais il était sacrément insistant. Il disait que c’était nécessaire « Nous avons un défaut d’information qui entraîne un défaut de consentement. Plus pernicieux : dire à une femme enceinte de songer à son bébé, que si on ne fait pas l’examen, la patiente en portera la responsabilité. »

Le médecin, s’il reconnaît avoir réalisé les films à l’insu des patientes, nie les viols digitaux et avec spéculum.Son avocat  a demandé aux magistrats et aux jurés d’écarter ces accusations. « Je suis convaincu qu’il n’a jamais été dans une problématique de pénétration sexuelle, a-t-il plaidé. Un acte gynécologique n’est pas un acte de pénétration sexuelle. Croire bien faire n’est pas un viol. » Pour lui, la multiplication des touchers vaginaux chez certaines patientes n’était dû qu’à un « état de stress et de préoccupation», qui l’a « amené à pratiquer des gestes complémentaires parce qu’il voulait vérifier un certain nombre de choses  ».

Le verdict est attendu pour le vendredi 29 juin.

A demain