Rebondissement dans l’affaire des Gilets Jaunes blessés et fichés, le samedi, aux urgences

Bonjour

Que répondront, demain, Agnès Buzyn et Martin Hirsch ? Jusqu’ici la ministre des Solidarités et de la Santé a nié les faits. Quant au Directeur général de l’AP-HP il ne voit pas où est, ici la nouveauté : « Gilets Jaunes : aux urgences de l’AP-HP, les blessés sont-ils oui ou non secrètement fichés ? »

Le Canard enchaîné, Médiapart et Libération avaient réuni une série de données laissant penser que oui. Avec notemment une note de la Direction générale de l’AP-HP datée du samedi 16 mars et signée de l’administrateur de garde comportant cette mention ainsi libellée : « Attention : il est indispensable de saisir les identités dans victimes en temps rééel dans SI-VIC ». A l’heure actuelle (17h15) elles ne sont pas toutes saisies. Merci d’avance ». Copie de cette note, par mail, avait été adressée à Anne Rubinstein, directrice de cabinet de Martin Hirsch et à Arnaud Poupard, son « conseiller pour la sécurité ».

Le Dr Gérald Kierzek expliquait avoir été témoin de ces consignes le samedi 13 avril à l’hôpital Hôtel-Dieu de Paris : «J’étais de garde pour la première fois un samedi. J’ai entendu un coup de fil, où la cadre de santé, c’est-à-dire l’infirmière en chef, disait ‘’comme d’habitude, vous appelez l’administrateur de garde quand c’est un gilet jaune’’.»

Particulière gravité

Rebondissement aujourd’hui avec un communiqué inattendu du Conseil national de l’Ordre des médecins : « Utilisation de SI-VIC dans le contexte du mouvement social dit des gilets jaunes ». Un communiqué qui élargit notablement le sujet, lui confère une nouvelle importance ainsi qu’une particulière gravité :

« Le Conseil national de l’Ordre des médecins a été alerté par des Conseils départementaux de l’Ordre et par des médecins, notamment responsables de départements d’information médicale ou de services d’urgence, de l’utilisation faite du système d’identification unique des victimes SI-VIC dans le cadre du mouvement social des gilets jaunes.

« Partageant les interrogations de ces médecins au regard du secret médical, le CNOM a saisi dès le 15 avril la Direction générale de la santé. Rappelant que la finalité de SI-VIC est le dénombrement, l’aide à l’identification et le suivi des victimes dans une situation sanitaire exceptionnelle, l’Ordre a demandé à la DGS de lui apporter toutes précisions utiles au sujet de son déploiement dans le contexte du mouvement social dit des gilets jaunes.

 Dans le même temps, l’Ordre a saisi la CNIL, afin de recueillir son avis sur l’extension du système SI-VIC, qu’elle avait autorisé pour faire face à des situations sanitaires exceptionnelles, dans un contexte qui paraît être bien différent. »

 On attend avec le plus vif intérêt les réponses circonstanciées, sinon d’Agnès Buzyn, du moins de son Directeur Général de la Santé.

A demain

@jynau

 

Gilets Jaunes : aux urgences de l’AP-HP, les blessés sont-ils oui ou non secrètement fichés ?

Bonjour

17 avril 2019. C’est un papier-document bien mordant que publie le volatile satirique. Page 3, signé Jérôme Canard : « Les blouses blanches face à un drôle de fichage des gilets jaunes ». Où l’on apprend que les établissements de l’Assistance Publique- Hôpitaux de Paris (AP-HP) ont « noté avec zèle le nom des blessés de certaines manifs ».

Illustration : une note « urgent » de la Direction générale datée du samedi 16 mars dernier et signée de l’administrateur de garde comportant cette mention ainsi libellée : « Attention : il est indispensable de saisir les identités dans victimes en temps rééel dans SI-VIC » (sic) 1. A l’heure actuelle (17h15) elles ne sont pas toutes saisies. Merci d’avance ».

Copie de cette note, par mail, à Anne Rubinstein, directrice de cabinet de Martin Hirsch, directeur général ou encore Arnaud Poupard, son « conseiller pour la sécurité ».

Fichage politique

« Joint par CheckNews (Jacques Pezet, Libération) le Dr Gérald Kierzek dit avoir été témoin de ces consignes le samedi 13 avril à l’hôpital Hôtel-Dieu, à Paris: «J’étais de garde pour la première fois un samedi. J’ai entendu un coup de fil, où la cadre de santé, c’est-à-dire l’infirmière en chef, disait « comme d’habitude, vous appelez l’administrateur de garde quand c’est un gilet jaune ».» 

 « Le médecin s’est alors renseigné pour connaître les raisons de ce signalement et découvre que l’administrateur de garde doit entrer les données de ces patients ‘’dans le fichier SI-VIC, qui est un fichier de traçabilité en cas d’attentats ou d’événements graves.’’  CheckNews a pu constater que des gilets jaunes avaient été enregistrés dans ce fichier de gestion des victimes, le 22 mars 2019, au motif de l’événement ‘’violences urbaines’’Pour Gérald Kierzek, ce ‘fichage politique’’, débuté au mois de décembre, ‘’contrevient au code déontologique des soignants et vient rompre la base de la relation médecin-malade, qui est le secret professionnel’’. Il se défend de toute indignation à but politique, estimant qu’il trouverait tout aussi choquant qu’on enregistre des données personnelles, telles que la préférence sexuelle ou la couleur de peau des patients.

« Le 11 janvier 2019, Médiapart avait révélé que la Direction Générale de la Santé avait ‘’activé le dispositif SIVIC, normalement prévu pour les situations d’attentat afin d’assurer un suivi des victimes et aider à la recherche de personnes’’ lors des manifestations du 8 et 15 décembre, et notait déjà les réactions indignées de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF). Irrité, son porte-parole, le Dr Christian Prudhomme expliquait alors que ‘’le patient a le droit au secret médical. Sauf qu’il est référencé dans un fichier que le ministre de l’Intérieur aurait le droit de consulter !’’.

Exaspération et trombinoscope

« Selon un décret pris par le gouvernement le 9 mars 2018, «seuls les agents des agences régionales de santé, du ministère chargé de la santé et des ministères de l’intérieur, de la justice et des affaires étrangères nommément désignés et habilités à cet effet par leur directeur sont autorisés à accéder aux données mentionnées […] dans la stricte mesure où elles sont nécessaires à l’exercice des missions qui leur sont confiées.» En théorie, les agents du ministère de l’intérieur pourraient donc avoir accès aux données de ce «système d’information pour le suivi des victimes» (SIVIC). »

Contacté par CheckNews, Martin Hirsch, Directeur général de l’AP-HP s’étonne de la réaction du Dr Gérald Kierzek: «En fait, on a une procédure SIVIC qui est appliquée systématiquement pour les grands événements, où il peut y avoir un nombre important de blessés. On y enregistre aussi bien les manifestant que les forces de l’ordre, et comme ça, on peut faire remonter le nombre de blessés dans le cadre des manifestations, mais on ne transfère rien de nominatif. Je suis surpris qu’il ne découvre ça qu’aujourd’hui.»  Comme la Direction générale de la santé, il assure que les données personnelles ne sont pas transmises au ministère de l’intérieur, «sauf en cas d’attentats ou quand il y a l’accord de la famille».

Le Dr Kierzek est-il surpris de la surprise de son Directeur général ? Pour sa part, « exaspérée »  par ce sujet Agnès Buzyn avait affirmé, le 7 février dernier sur Europe 1, qu’un tel fichier relevait de la fiction. « Je ne demanderai jamais aux soignants de ficher les malades qui arrivent ! » avait-elle déclaré avec emphase.

Elle venait de recevoir le prix « trombinoscope » de la meilleure ministre de l’année. Pourquoi ? « Je fais de la politique à manière, a-t-elle répondu. Visiblement cela a été reconnu. »

A demain

@jynau

1 On verra ici ce qu’est le dossier en question : « Délibération n° 2016-208 du 7 juillet 2016 autorisant le ministère des affaires sociales et de la santé à mettre en œuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel ayant pour finalité l’établissement d’une liste unique des victimes d’attentats pour l’information de leurs proches par la cellule interministérielle d’aide aux victimes, intitulé ‘’SIVIC’’ ».

L’affaire du professeur réputé du CHU d’Angers poursuivi pour des «propositions appuyées»

Bonjour

En d’autres temps le presse régionale catholique aurait tu son nom avant le procès. Aurait ignoré, méprisé, les rumeurs de la ville. #Metoo ou pas, tel n’est plus le cas. L’affaire dépasse déjà la ville d’Angers. « Des dizaines de SMS, des propositions appuyées et des cadeaux déposés dans la boîte à lettres de sa victime – une jeune secrétaire du CHU d’Angers –, le Pr Abdel-Rahmene Azzouzi vient de recevoir une convocation à comparaître devant le tribunal correctionnel d’Angers le 14 juin » rapporte le correspondant du Monde, Yves Tréca-Durand, dans la cité du Roi René.

Ce médecin de réputation internationale (« un des experts internationaux des traitements focaux du cancer de la prostate localisé avec la plus grande expérience dans le domaine de la photothérapie dynamique. Il participe également activement à la mise en place de nouvelles méthodes permettant des biopsies ciblées pour le diagnostic du cancer de la prostate à un stade précoce» précise le CHU de la ville) est par ailleurs un ancien élu municipal d’Angers. Il est poursuivi pour harcèlement sexuel, avec circonstance aggravante : il aurait abusé de l’autorité que lui conférait sa fonction de médecin et de chef de service. Il devra également s’expliquer sur une accusation de détournement de la finalité d’un traitement de données à caractère personnel (en l’occurrence le dossier médical de la victime) – un délit passible selon le code pénal de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende.

La directrice du CHU d’Angers avait été alertée en juin 2018 par la victime qui réclamait une protection de l’établissement. Le procureur de la République de la ville avait alors ouvert une enquête conduisant rapidement à la garde à vue du médecin. Ce dernier avait reconnu l’envoi « de dizaines de SMS » et de cadeaux (« des chocolats, des bonbons et un DVD du film A bras ouverts » précise Le Monde), mais assuré qu’il n’avait « jamais eu de geste déplacé ni fait d’allusion sexuelle ».

Corticoïdes et abaissement des standards moraux

Mais le Pr Abdel-Rahmene Azzouzi avait aussi invoqué pour sa défense la prise d’un traitement à base de corticoïdes qui aurait altéré son discernement et « abaissé ses standards moraux » (sic). Il avait, par ailleurs, parlé de « cabale » ourdie par des collègues jaloux – allant jusqu’à dénoncer un racisme latent au sein du CHU.

L’affaire s’enrichit et se complique du fait que le Pr Azzouzi s’est déjà fait connaître pour ses prises de position en faveur de l’islam de France – notamment dans ses écrits publiées dans Le Monde des religions (voir Le Quotidien du Médecin). Il a aussi longtemps soutenu Tariq Ramadan, dit Le Monde, jusqu’à ce que ce dernier fasse l’objet d’accusations de viol par plusieurs jeunes femmes. L’urologue a d’ailleurs choisi pour le défendre Me Samim Bolaky, qui a lui aussi pris publiquement la défense de l’islamologue suisse :

« Ce dossier ne méritait pas d’aller en correctionnelle. Certains éléments de cette convocation sont scandaleux. M. Azzouzi a souligné la plastique exceptionnelle de la partie civile, lui a envoyé des SMS, s’est rendu à son domicile pour déposer des cadeaux dans sa boîte à lettres et lui a proposé de sortir. Le parquet entend démontrer le harcèlement sexuel mais ce n’est pas ça. C’est de la drague, maladroite peut-être, mais rien de plus, rien de moins. On est dans une ère où, à coups de lois, on essaie de crisper les relations hommes-femmes, de criminaliser le fait pour un homme de vouloir séduire une femme. L’intention de harceler sexuellement n’a jamais habité M. Azzouzi. »

La poursuite de la pratique de la médecine ? Le CHU d’Angers indique que le Pr Azzouzi « est toujours suspendu de sa chefferie de service par mesure conservatoire » mais qu’il « continue à assurer son activité médicale » tant que la justice ne s’est pas prononcée. Et ajoute « qu’il reviendra ensuite au Conseil de l’Ordre et au Centre national de gestion des carrières de décider des suites professionnelles éventuelles ».

A demain

@jynau

 

Justice et mort d’Ange Dibenesha : premières fuites des résultats d’analyses toxicologiques

Bonjour

On se souvient de l’affaire #JusticePourAnge et de l’émotion qu’elle suscita – jusque dans les milieux politiques généralement bien pensants. Rappelons les termes du communiqué de presse de la la préfecture de police de Paris daté du 31 mars 2019.

« Prise en charge en milieu hospitalier d’un individu ayant fait un malaise au cours d’un contrôle routier

 « Le jeudi 28 mars 2019 à 01h 50, lors d’un contrôle routier effectué à hauteur du boulevard périphérique intérieur au niveau de la porte d’Italie, le conducteur d’un véhicule de marque BMW, en situation d’annulation de son permis de conduire, était dépisté positif au test de l’imprégnation alcoolique.

 « A 02h 10, alors que les fonctionnaires interpellateurs étaient en attente d’un véhicule de transport de l’interpellé, ce dernier a ingéré une substance non identifiée. Il a alors été pris de convulsions.

 « L’intervention des sapeurs pompiers était immédiatement sollicitée par l’équipage interpellateur via Police Secours 17. Rapidement sur place, les pompiers, dès leur arrivée, effectuaient un massage cardiaque sur le conducteur du véhicule. Le SAMU se présentait sur place quelques minutes après l’arrivée des pompiers, prenait l’individu en charge et le transportait à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

 « Le parquet, informé des faits, a chargé la Brigade des Stupéfiants de la Direction de la Police Judiciaire de Paris de l’enquête »

Ange Dibenesha Marifa, 31 ans, est mort le samedi 30 mars à la Pitié-Salpêtrière.

« Vers 2 h 10, alors que les fonctionnaires attendaient un véhicule pour transporter l’interpellé, ce dernier aurait ingéré une substance non identifiée « en grande quantité », avait indiqué une source proche du dossier au Monde (Adrien Sénécat). C’est alors qu’il aurait été pris de convulsions et qu’il aurait fait un malaise cardiaque. La substance en question pourrait être de la cocaïne. »

4 avril 2019. Les analyses toxicologiques menées juste après son admission à l’hôpital dans la nuit du 27 au 28 mars, révèlent que le jeune homme a régurgité, à ce moment-là, « 25 g de cocaïne », vient d’apprendre France Info « de source proche du dossier ».  Le parquet de Paris avait ouvert, dans un premier temps, une enquête en flagrance pour « usage et détention de stupéfiants ». Enquête confiée à la brigade des stupéfiants de la police judiciaire de Paris.

Cette enquête se prolonge  désormais en « recherche des causes de la mort ». Selon une source judiciaire, Ange Dibenesha était connu sous plusieurs identités.

A demain

@jynau

 

Imovane® : le médecin prescripteur sera-il tenu pour responsable de la mort de six enfants ?

Bonjour

Rebondissement dans l’affaire du dramatique accident de Millas : une collision survenue en décembre 2017, sur un passage à niveau de cette commune des Pyrénées-Orientales, entre un autocar transportant des collégiens et une rame automotrice TER.  Autocar coupé en deux, six morts parmi les adolescents, de nombreux blessés. France Info (Delphine Gotchaux) révèle aujourd’hui de nouveaux éléments.

Où l’on apprend que la juge d’instruction du pôle « accidents collectifs » de Marseille a adressé, en novembre dernier, des réquisitions judiciaires au laboratoire pharmaceutique Sanofi. Sanofi fabricant d’une spécialité pharmaceutique à base de zopiclone, un hypnotique commercialisé par le géant français sous le nom d’Imovane®, un médicament pris par la conductrice.

Dans sa réponse (que France Info a pu consulter) Sanofi explique que ce médicament « comporte un pictogramme rouge de niveau 3 considéré comme le niveau le plus élevé et équivalent à une interdiction de conduire ». Le laboratoire joint également une photo de la boite d’Imovane® (telle qu’elle est commercialisée en pharmacie) et sur laquelle est visible un triangle avec une voiture à l’intérieur sur fond rouge, accompagnée d’une mise en garde : « Attention danger : ne pas conduire ! ».

 Où l’on voit que Sanofi ne pourra pas être poursuivi. Sanofi qui précise que l’Imovane « peut influencer de façon conséquente l’aptitude à conduire, avec des risques possibles de somnolence, un allongement du temps de réaction et la diminution de la vigilance, particulièrement pendant les douze heures suivant la prise du médicament ». La prise du médicament risque également, toujours selon son fabricant, de provoquer « une conduite automatique avec amnésie post événementiel ».

Pas plus de quatre semaines

La conductrice du car a été mise en examen dans ce dossier pour « homicides et blessures involontaires ». La responsabilité de la SNCF dans cet accident a été exclue par plusieurs témoins et par les expertises techniques. On se souvient peut-être que l’enquête avait révélé que, pendant les 90 secondes précédant l’accident, la conductrice avait semblé en pilotage automatique. La question de la prise de somnifères avait été soulevée en octobre dernier.

Me Jehanne Collard, l’avocate des victimes de la collision expliquait alors que le comportement de la conductrice résultait su fait qu’à cause «  des médicaments qu’elle prenait, elle a eu un moment d’absence ».  « Elle sera probablement responsable pénalement. Mais elle ne portera pas l’entière responsabilité de cet accident assurait-elle. Ce sont les médecins qui ont fait leur travail avec irresponsabilité, incompétence, manque de conscience professionnelle, qui sont les plus responsables. »

« Face à ces nouveaux éléments, les avocats des familles de victimes envisagent de demander au parquet un réquisitoire supplétif afin de pouvoir interroger le médecin de la conductrice, et éventuellement le mettre en examen, souligné France Info.  La quadragénaire se voyait prescrire le médicament depuis sept ans, dont deux années par le même médecin. Et ce alors que la notice destinée aux patients ainsi que l’Agence nationale de sécurité du médicament spécifient que le traitement ne doit jamais excéder quatre semaines 1. »

Jusqu’où la justice remontera-t-elle dans l’échelle des causalités et des responsabilités ? Evoquera-t-on le rôle des pharmaciens ? Quelle est la proportion, en France, des médecins qui respectent à la lettre les règles de la prescription des somnifères et autres hypnotiques ?

A demain

@jynau

1 Extraits des données officielles concernant l’Imovane®  : « Dans tous les cas, le traitement sera initié à la dose efficace la plus faible et la dose maximale ne sera pas dépassée. d’Imovane® doit être pris en une seule prise le soir au coucher au lit, et ne doit pas être ré-administré durant la même nuit. Le dosage à 3,75 mg est plus particulièrement adapté au sujet âgé de plus de 65 ans et aux populations à risque. Dans tous les cas, la posologie ne doit pas dépasser 7,5 mg par jour.

 « Le traitement doit être aussi bref que possible. Il ne doit pas excéder 4 semaines, y compris la période de réduction de la posologie. La durée du traitement doit être présentée au patient : 2 à 5 jours en cas d’insomnie occasionnelle (comme par exemple lors d’un voyage) ;  2 à 3 semaines en cas d’insomnie transitoire (comme lors de la survenue d’un événement grave).

 « Dans certains cas, il pourra être nécessaire de prolonger le traitement au-delà des périodes préconisées ; cette prolongation au-delà des périodes préconisées ne doit pas avoir lieu sans une réévaluation de l’état du patient, puisque le risque d’abus et de dépendance augmente avec la durée du traitement.»

 

L’affaire #justicepourAnge : substances, police, réseaux sociaux, vidéos et politiques

Bonjour

Comment naît une « affaire » ? Comment prospère-t-elle ? Quel est le rôle de la presse ? Celui des « réseaux sociaux » et des personnalités politiques ? Des interrogations au cœur de celle d’ores et déjà baptisée avec le hashtag #justicepourAnge. Tout ou presque est résumé dans ce communiqué de presse de la la préfecture de police de Paris daté de ce 31 mars 2019.

« Prise en charge en milieu hospitalier d’un individu ayant fait un malaise au cours d’un contrôle routier

 « Le jeudi 28 mars 2019 à 01h50, lors d’un contrôle routier effectué à hauteur du boulevard périphérique intérieur au niveau de la porte d’Italie, le conducteur d’un véhicule de marque BMW, en situation d’annulation de son permis de conduire, était dépisté positif au test de l’imprégnation alcoolique.

 « A 02h10, alors que les fonctionnaires interpellateurs étaient en attente d’un véhicule de transport de l’interpellé, ce dernier a ingéré une substance non identifiée. Il a alors été pris de convulsions.

 « L’intervention des sapeurs pompiers était immédiatement sollicitée par l’équipage interpellateur via Police Secours 17. Rapidement sur place, les pompiers, dès leur arrivée, effectuaient un massage cardiaque sur le conducteur du véhicule. Le SAMU se présentait sur place quelques minutes après l’arrivée des pompiers, prenait l’individu en charge et le transportait à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière.

 « Le parquet, informé des faits, a chargé la Brigade de Stupéfiants de la Direction de la Police Judiciaire de Paris de l’enquête »

« Substance non identifiée « en grande quantité » »

Ce que le communiqué ne dit pas : la victime, Ange Dibenesha Marifa, 31 ans, est mort le samedi 30 mars.

« Vers 2 h 10, alors que les fonctionnaires attendaient un véhicule pour transporter l’interpellé, ce dernier aurait ingéré une substance non identifiée « en grande quantité », a indiqué une source proche du dossier au Monde (Adrien Sénécat). C’est alors qu’il aurait été pris de convulsions et qu’il aurait fait un malaise cardiaque. La substance en question pourrait être de la cocaïne. »

« Une expertise toxicologique doit déterminer le contenu du sachet qu’il a ingéré et une autopsie est prévue lundi pour tenter de déterminer les causes de la mort », selon une source citée par l’AFP.

Les proches d’Ange Dibenesha Marifa n’auraient été prévenus que le vendredi 29 mars de son état, soit plus de vingt-quatre heures après les faits, selon un témoignage vidéo de la mère du trentenaire relayé samedi sur Facebook par la Ligue de défense noire africaine (LDNA), et dans lequel elle demande « la vérité ». Cette vidéo a suscité une vive émotion sur les réseaux sociaux. L’annonce par la suite de la mort du trentenaire samedi, toujours par la LDNA, a décuplé l’attention portée à cette affaire

« Demander la lumière sur les faits »

Une source proche de l’enquête contactée par Le Monde ainsi qu’une source policière citée par l’AFP évoquent la même possible explication du délai écoulé entre les faits et le moment où la famille d’Ange Dibenesha Marifa a été contactée : l’homme était connu sous plusieurs identités, ce qui aurait compliqué la tâche des autorités.

« Dimanche, dans l’après-midi, le hashtag #justicepourAnge était en tête des tendances sur Twitter. La militante antiraciste Rokhaya Diallo a ainsi demandé sur Twitter « la transparence » sur les événements qui ont conduit à la mort d’Ange Dibenesha Marifa.

Plusieurs personnalités politiques ont fait de même, comme l’ancien candidat à l’élection présidentielle Benoît Hamon, qui estime que « l’Etat a le devoir » de répondre aux questions des proches du défunt sur les circonstances du décès : « Quand un jeune homme fait l’objet d’un contrôle de police, est placé en garde à vue (sic) et est rendu à sa famille 48h plus tard en état de mort cérébrale, les siens et la société ont le devoir de demander la lumière sur les faits et l’Etat a le devoir d’y répondre. #JusticePourAnge ».

Qui pourrait imaginer que l’Etat, ici, après l’autopsie, ne répondra pas ?

A demain

@jynau

 

La vieille dame tancée par Emmanuel Macron avait bel et bien été «bousculée» par un policier

Bonjour

Cela sera un épisode doublement fameux du prochain « Emmanuel le Magnifique » de Patrick Rambaut. Souvenons-nous. Dans un entretien accordé à  Nice-Matin et publié le 25 mars le président de la République souhaitait à Geneviève Legay, 74 ans, « un prompt rétablissement». Un prompt rétablissement et, ose-t-il,  « peut-être une forme de sagesse » :

« Je souhaite d’abord qu’elle se rétablisse au plus vite et sorte rapidement de l’hôpital, et je souhaite la quiétude à sa famille. Mais pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable. Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci.»

L’affaire Geneviève Legay prenait alors une dimension nationale. Geneviève Legay : 74 ans, porte-parole de l’association Attac grièvement blessée, samedi 23 mars, lors d’une charge de la police, à Nice, contre une manifestation de « Gilets Jaunes ». Hospitalisée, elle souffrait, selon l’une de ses filles, de plusieurs fractures au crâne et d’hématomes sous-duraux. Et sa famille annonçait, par le biais de son avocat Me Arié Alimi, vouloir porter plainte « pour violences volontaires en réunion avec arme par personnes dépositaires de l’autorité publique et sur personne vulnérable ».

Il y avait eu, avant le président, les curieux propos de Nicole Belloubet ministre de la justice :

« Je trouve tout de même curieux que lorsqu’une manifestation est interdite, comme c’était le cas à Nice, quelqu’un aille absolument avec la volonté de manifester à cet endroit-là. Il y avait quelques périmètres, dans certaines villes, où les manifestations étaient interdites. A la suite de sommations, une personne qui y reste est susceptible de commettre un délit et c’est dans ce cadre là que les événements se sont passés ».

A Nice la manifestation avait été interdite car le pouvoir exécutif redoutait des débordements à la veille de l’arrivée du président chinois Xi Jinping qui effectue une visite d’Etat à Monaco – et ce avant un dîner prévu avec Emmanuel Macron dimanche soir à Beaulieu-sur-Mer (villa Kerylos).

Indépendance et transparence du procureur

Moins d’une semaine plus tard la vérité se précise – et ce grâce aux résultats du  travail (que l’on pourra finalement tenir pour remarquable d’indépendance) diligenté par le procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre. Le « se faire bousculer » présidentiel siffle soudain étrangement aux oreilles.  « Après avoir affirmé, lundi, que Geneviève Legay  »n’a pas été touchée intentionnellement par quelqu’un, notamment par un agent de sécurité », la version a totalement changé ce vendredi 29 mars résume Libération (Mathilde Frénois).  Lors d’une conférence de presse, le procureur de la République de Nice a finalement affirmé que ses «blessures résultent de l’action d’un fonctionnaire de police» :

« Il y a eu beaucoup d’autres investigations qui ont consisté pour l’essentiel à de l’analyse d’images de la vidéosurveillance, de professionnels, de particuliers et d’un très grand nombre de témoignages». Une «étude par coloration et par pixels» qui a permis de mettre à mal «une illusion d’optique»«Nous avions jusqu’à présent des images qui montraient qu’il y avait une distance de plusieurs mètres au moment de sa chute entre madame Legay et le cordon de compagnie départementale d’interventionContrairement à ce qui pouvait être interprété des premières images, il y a eu un contact direct entre un membre des forces de l’ordre et madame Legay. [Le policier] a dû, comme nous tous, se rendre à l’évidence et constater qu’il avait directement touché du bras Madame Legay.» 

 Le procureur a donc saisi des juges d’instruction et a ouvert une information judiciaire pour des faits de «violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique». Le policier risque jusqu’à sept  ans d’emprisonnement. Entendu à deux reprises l’agent pensait avoir bousculé un homme. «En réalité, c’est madame Legay qu’il a poussé, précise encore Jean-Michel Prêtre. Elle a fait un mouvement de virevolte. C’est elle qui est touchée la première par le mouvement du bras de ce fonctionnaire de police.»

Victime d’une fracture du crâne, Geneviève Legay est toujours hospitalisée à Nice.

A demain

@jynau