Le 13 juillet, Vincent Lambert a été inhumé à Longwy dans l’intimité familiale. Et après?

Bonjour

Ce sont quelques lignes de l’AFP comme on n’imaginait plus qu’elles pussent un jour être imprimées. « Les obsèques de Vincent Lambert, patient tétraplégique en état végétatif pendant près de onze ans et mort jeudi à Reims, ont eu lieu samedi 13 juillet au matin à Longwy (Meurthe-et-Moselle) dans l’intimité familiale. La cérémonie religieuse s’est déroulée en l’église Saint-Dagobert dans la matinée, suivie de l’inhumation. Tous les membres de cette famille profondément divisée sur le sort de cet ancien infirmier de 42 ans étaient présents aux funérailles. »

Où l’on apprend qu’après une autopsie médico-légale le corps avait été restitué discrètement la veille en fin d’après-midi à sa veuve et tutrice, Rachel Lambert, le permis d’inhumer ayant été délivré. C’est à l’hôpital de Longwy que Vincent et Rachel Lambert, tous deux infirmiers, s’étaient rencontrés, Rachel étant originaire de cette ville précise l’AFP.

On se souvient que le Dr Vincent Sanchez, chef de l’unité des cérébro-lésés du CHU de Reims, avait engagé, le 2 juillet, un nouvel arrêt de l’alimentation-hydratation – un processus rendu possible le 28 juin par la Cour de cassation. Le protocole mis en œuvre incluait notamment une « sédation profonde et continue ». On gardera en mémoire que, victime d’un accident de la circulation en 2008, Vincent Lambert était devenu l’objet d’un long et tragique feuilleton familial et médical, judiciaire et médiatique.

Soutien ordinal, moral et confraternel

Conclure ? Peut-être avec les quelques lignes du Conseil national de l’Ordre des médecins qui dit « avoir appris avec émotion le décès de M. Vincent Lambert » et qui « souhaite exprimer toutes ses condoléances à sa famille et à ses proches ». Et puis ceci :

« L’Ordre espère que tous les personnels du CHU de Reims pourront retrouver la sérénité nécessaire à l’exercice de leurs métiers. La décision d’interrompre les soins prodigués à M. Vincent Lambert a été validée par la Justice à l’issue d’un long parcours et après épuisement des différentes voies de recours. Respectueux des procédures en cours, le Conseil National de l’Ordre des médecins est tenu à la réserve quant à son expression publique. Il tient à apporter aux médecins et à leurs équipes tout leur soutien moral et confraternel dans les circonstances difficiles de leur exercice, telles que celles vécues lors de l’accompagnement de M. Vincent Lambert ».

Ou conclure avec ce juste éditorial du Monde qui exhorte à préserver la loi Cleys-Leonetti – et ce même si Vincent Lambert n’était pas en « fin de vie » ; et alors que Le Monde omet de rappeler que la remise en cause radicale de cette loi émane autant des militants du « droit de mourir dans la dignité » que des « groupes catholiques pro-vie, inquiets des dérives qu’autorise, selon eux, le texte ». Le Monde qui, étrangement semble comme regretter d’avoir publié la tribune signée de Michel Houellebecq et dans laquelle ce dernier écrit :« L’Etat français a réussi à faire ce à quoi s’acharnait, depuis des années, la plus grande partie de sa famille : tuer Vincent Lambert. »

Ces attaques risquent-elles de remettre en cause le fragile consensus auquel était parvenue ces dernières années la représentation nationale sur le sujet si difficile de la fin de vie ? Il nous faut espérer que non. Et il faut aussi ne pas oublier les familles des 1 500 à 1 700 personnes qui, cérébro-lésées, se trouvent aujourd’hui en France dans une situation proche de celle de Vincent Lambert ; des familles qui redoutent que son cas ne fasse jurisprudence. Le Conseil d’Etat a, paradoxalement, tenté de les rassurer. Au terme de cette tragédie, Houellebecq ou pas, on peut comprendre que ces familles ne le soient pas encore pleinement.

A demain @jynau

Pour ne jamais en finir avec l’affaire : recherche des causes de la mort de Vincent Lambert

Bonjour

C’est le propre des grandes tragédies que de jamais pouvoir s’achever. Matthieu Bourrette, procureur de la République de Reims a annoncé, jeudi 11 juillet, avoir ouvert une enquête en « recherche des causes de la mort » après la mort de Vincent Lambert, 42 ans – une mort survenue le matin même au CHU de Reims et dont la France entière sait tout. Ou presque.

« Le 11 juillet 2019 peu après 8 h 30, j’ai été avisé par le centre hospitalier universitaire de Reims du décès de Vincent Lambert, (…) j’ai immédiatement décidé de l’ouverture d’une enquête en recherche des causes de la mort », a tenu à déclarer le Procureur qui avait organisé une conférence de presse – précisant qu’il avait saisi le service régional de la police judiciaire de Reims.

Et c’est dans le cadre de cette enquête, qu’une autopsie sera réalisée à Paris, afin de vérifier que l’arrêt des traitements, débuté le 2 juillet, a bel et bien respecté la loi (sic). Cette procédure permettra d’éviter « tout débat sur la qualité des actes pratiqués », mais personne ne « soupçonne a priori l’existence d’une infraction pénale », a précisé M. Bourrette. Fallait-il le préciser ?

Plus précisément cette autopsie sera menée par deux médecins légistes experts – et ce dès vendredi matin pour que le corps « puisse être restitué le plus rapidement possible » à l’épouse et tutrice de Vincent Lambert, Rachel, a encore déclaré le procureur.

«Crime d’Etat » et serment d’Hippocrate

Une autopsie médico-légale ? Le choix du procureur de Reims a été motivé par le « contexte tout particulier de ce décès après des années de recours judiciaires et [le] conflit ouvert qui existe depuis plusieurs années entre les membres de la famille ». Il estime « indispensable » de « fournir à tous les membres de la famille (…) les éléments médicaux et judiciaires leur permettant de connaître les causes exactes de la mort ».

Pour leur part les parents du défunt, opposés à l’arrêt des traitements et en guerre judiciaire depuis des années pour son maintien en vie, ont dénoncé un « crime d’Etat ». « Vincent est mort, tué par raison d’Etat et par un médecin qui a renoncé à son serment d’Hippocrate. (…) L’heure est au deuil et au recueillement. Il est aussi à la méditation de ce crime d’Etat », ont écrit les avocats de Pierre et Viviane Lambert dans un communiqué. Dans leur communiqué, les parents réitèrent leur position estimant que leur fils a été « condamné parce que handicapé » et que « cette faute ignoble ébranle les fondements de notre droit et de notre civilisation » et « rejaillit sur nous tous ».

Quant à Rachel Lambert elle  a fait savoir, via son avocat, qu’elle était«abattue » par « des années de procédure » 

 En attendant, les résultats de l’enquête « ne seront vraisemblablement pas connus avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois », a précisé le procureur de Reims. C’est le propre des grandes tragédies que de jamais pouvoir s’achever. Et celle-ci comporte, d’ores et déjà, un texte signé de Michel Houellebecq.

A demain @jynau

Vincent Lambert est mort. Michel Houllebecq nous met en garde : rien ne justifiait de le tuer

Bonjour

Canicule sur la France. Nous sommes le jeudi 11 juillet 2019 et les médias annoncent à l’unisson la mort de Vincent Lambert. Mort au CHU de Reims au terme d’une nouveau « protocole » d’arrêt de la nutrition/hydratation associé à une « sédation ». Sept ans de procédures judiciaires, une tragédie familiale plus que médiatisée, des incompréhensions croisées, des émotions au carré. « L’affaire Vincent Lambert a indéniablement pesé dans le débat public sur le traitement des personnes céré-brolésées et la fin de vie » résume La Croix (Loup Besmond de Senneville) Nous y reviendrons.

Pour l’heure une étrangeté qui dérangera en haut lieu : la publication, dans Le Monde, d’une tribune signée de Michel Houellebecq 1 : « Vincent Lambert, mort pour l’exemple » Voici ce texte (nous ajoutons les inters) :

« Ainsi, l’Etat français a réussi à faire ce à quoi s’acharnait, depuis des années, la plus grande partie de sa famille : tuer Vincent Lambert. J’avoue que lorsque la ministre « des solidarités et de la santé » (j’aime bien, en l’occurrence, les solidarités) s’est pourvue en cassation, j’en suis resté sidéré. J’étais persuadé que le gouvernement, dans cette affaire, resterait neutre. Après tout, Emmanuel Macron avait déclaré, peu de temps auparavant, qu’il ne souhaitait surtout pas s’en mêler ; je pensais, bêtement, que ses ministres seraient sur la même ligne.

« J’aurais dû me méfier d’Agnès Buzyn. Je m’en méfiais un peu, à vrai dire, depuis que je l’avais entendu déclarer que la conclusion à tirer de ces tristes événements, c’est qu’il ne fallait pas oublier de rédiger ses directives anticipées (elle en parlait vraiment comme on rappelle un devoir à faire à ses enfants ; elle n’a même pas précisé dans quel sens devaient aller les directives, tant ça lui paraissait aller de soi).

« Pognon de dingue »

« Vincent Lambert n’avait rédigé aucune directive. Circonstance aggravante, il était infirmier. Il aurait dû savoir, mieux que tout autre, que l’hôpital public avait autre chose à foutre que de maintenir en vie des handicapés (aimablement requalifiés de « légumes »). L’hôpital public est sur-char-gé, s’il commence à y avoir trop de Vincent Lambert ça va coûter un pognon de dingue (on se demande pourquoi d’ailleurs : une sonde pour l’eau, une autre pour les aliments, ça ne paraît pas mettre en œuvre une technologie considérable, ça peut même se  faire à domicile, c’est ce qui se pratique le plus souvent, et c’est ce que demandaient, à cor et à cri, ses parents) 2.

 « Mais non, en l’occurrence, le CHU de Reims n’a pas relâché sa proie, ce qui peut surprendre. Vincent Lambert n’était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n’était en proie à aucune souffrance du tout. Il n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu’on ne connaît à peu près rien. 

« Il n’était pas en état de communiquer avec son entourage, ou très peu (ce qui n’a  rien de franchement original ; cela se produit, pour chacun d’entre nous, à peu  près toutes les nuits). Cet état (chose plus rare) semblait irréversible. J’écris « semblait » parce que j’ai rencontré pas mal de médecins, pour moi ou pour d’autres personnes (dont plusieurs agonisants) ; jamais, à aucun moment, un médecin ne m’a affirmé qu’il était certain, à 100 % certain, de ce qui allait se produire. Cela arrive peut-être ; il arrive peut-être aussi que tous les médecins consultés, sans exception, formulent un pronostic identique ; mais je n’ai jamais rencontré le cas.

Une brèche est ouverte, la parole est à Emmanuel Macron

« Dans ces conditions, fallait-il tuer Vincent Lambert ? Et pourquoi lui, plutôt que les quelques milliers de personnes qui à l’heure actuelle, en France, partagent son état ? Il m’est difficile de me défaire de l’impression gênante que Vincent Lambert est mort d’une médiatisation excessive, d’être malgré lui devenu un symbole ; qu’il s’agissait, pour la ministre de la santé « et des solidarités », de faire un exemple. D’« ouvrir une brèche », de « faire évoluer les mentalités ». C’est fait. Une brèche a été ouverte, en tout cas. Pour les mentalités, j’ai des doutes. Personne n’a envie de mourir, personne n’a envie de souffrir : tel est, me semble-t-il, l’« état des mentalités », depuis quelques millénaires tout du moins.

« Une découverte extraordinaire, qui apportait une solution élégante à un problème qui se posait depuis les origines de l’humanité, a eu lieu en 1804 : celle de la morphine. Quelques années plus tard, on a vraiment commencé à explorer les étonnantes possibilités de l’hypnose. En résumé, la souffrance n’est plus un problème, c’est ce qu’il faut répéter, sans cesse, aux 95 % de personnes qui se déclarent favorables à l’euthanasie. Moi aussi, dans certaines circonstances (heureusement peu nombreuses) de ma vie, j’ai été prêt à tout, à supplier qu’on m’achève, qu’on me pique, tout plutôt que de continuer à supporter ça. Et puis on m’a fait une piqûre (de morphine), et mon point de vue a changé radicalement, du tout au tout. En quelques minutes, presque en quelques secondes. Bénie sois-tu, sœur morphine. Comment certains médecins osent-ils refuser la morphine ? Ont-ils peur, par hasard, que les agonisants deviennent accros ? C’est tellement ridicule qu’on hésite à l’écrire. Enfin c’est ridicule, si l’on veut ; mais c’est assez dégueulasse, aussi.

« Personne n’a envie de mourir, personne n’a envie de souffrir, disais-je ; une troisième exigence semble être apparue depuis peu, celle de la dignité. Le concept me paraissait à vrai dire un peu vaseux, j’avais une dignité c’est sûr, j’y pensais de temps en temps, pas souvent, enfin rien ne me paraissait justifier qu’il vienne au premier plan des préoccupations « sociétales ». Par acquit de conscience j’ai consulté Le Petit Robert (édition 2017). Il définit, assez simplement, la dignité comme le « respect que mérite quelqu’un ». Les exemples qui suivent embrouillent plutôt la question en révélant que Camus et Pascal, quoique ayant tous deux une conception de la « dignité de l’homme », ne la font pas reposer sur la même base (ce dont on pouvait se douter). Quoi qu’il en soit il paraît évident aux deux (et même à peu près à tout le monde) que la dignité (le respect qu’on vous doit), si elle peut être altérée par divers actes moralement répréhensibles, ne peut en aucun cas l’être par une dégradation, aussi catastrophique soit-elle, de son état de santé. Ou alors c’est qu’il y a eu, effectivement, une « évolution des mentalités ». Je ne pense pas qu’il y ait lieu de s’en réjouir. »

Deux questions. Le Monde nous précise que ce texte avait été écrit avant la mort de Vincent Lambert, annoncée ce 11 juillet. Pourquoi n’avait-il pas été publié avant ? L’écrivain cite, outre Agnès Buzyn, Emmanuel Macron. Sans même parler de savoir-vivre, on n’ose imaginer que ce dernier n’ait pas le courage de lui répondre.

A demain @jynau

1 Michel Houellebecq est écrivain. Après un recueil de poèmes, La Poursuite du Bonheur (La Différence, 1991), cet ingénieur agronome de formation publie un premier roman remarqué, Extension du domaine de la lutte (éd. Maurice Nadeau). Suivront entre poésie et romans, une vingtaine d’ouvrages parmi lesquels Les Particules élémentaires (Flammarion, 1998), Plateforme (Flammarion, 2001), La Possibilité d’une île (Fayard, 2005, prix Interallié) La Carte et le Territoire(Flammarion) pour lequel il reçoit, en 2010, le prix Goncourt ou encore Configuration du dernier rivage (Flammarion, 2013). Son dernier roman, Sérotonine, est paru en janvier chez Flammarion.

2 Sur ce thème : « Combien (nous) aura coûté Vincent Lambert ? Monique Pelletier et les frontières de l’indécence » Journalisme et santé publique, 13 juin 2015

Aider à «suicider» les victimes de troubles psychiques ? En Suisse c’est une possibilité

Bonjour

Etrange voisine que la Suisse. Nous évoquions il y a quelques jours une assez peu banale affaire suisse : une  médecin âgée de 61 ans accusée de meurtre comparaissant  devant la cour pénale de Bâle-Campagne. Professionnelle de l’ « aide à mourir » elle avait « pris en charge » une sexagénaire dépressive et incapable de discernement résumait Le Matin.

Pour le ministère public, l’accompagnement vers la mort de la femme de 67 ans, en juin 2016, s’était de façon irrégulière. La sexagénaire vivait dans un « home médicalisé » à Bâle-Campagne. Elle s’était tournée vers l’organisation d’aide au suicide « Eternal Spirit » après le refus de l’association alémanique « Exit » de l’aider à se suicider.

Or, selon l’acte d’accusation, la femme souffrait de graves troubles dépressifs et du trouble de somatisation également connu sous la dénomination « syndrome de Briquet ». Ces maladies ne sont pas mortelles et la sexagénaire n’était pas capable de discernement, estimait l’autorité d’enquête.

L’acte d’accusation précisait que la prévenue a agi par «idéalisme personnel». Elle avait déjà réalisé « quatre cents accompagnements vers la mort » en treize ans d’activités chez Eternal Spirit – et six cents expertises favorables au suicide assisté effectuées auparavant quant elle était consultante pour Dignitas. «Je n’ai rien fait d’illégal», avait pour sa part affirmé la médecin.

Surestimation de sa compétence

On connaît aujourd’hui le jugement, grâce au Temps (Céline Zünd) : « Erika Preisig échappe de peu à une condamnation pour homicide. La présidente de l’association d’aide au suicide bâloise Eternal Spirit est acquittée de la prévention de meurtre et condamnée pour violation de la loi sur les produits thérapeutiques ». Le tribunal pénal de Bâle-Campagne, l’a condamnée à 15 mois de prison avec sursis et une amende de 20 000 francs.  La doctoresse pourra continuer à pratiquer l’aide au suicide, mais elle a l’interdiction de prescrire du pentobarbital de sodium à des patients atteints de troubles psychiques.

« Le président de la cour, Christoph Spindler, s’est adressé à Erika Preisig sur un ton sévère, soulignant qu’elle avait échappé ‘’de justesse’’ à une condamnation pour homicide. Il lui a reproché d’avoir surestimé sa propre compétence dans l’évaluation de la capacité de discernement d’une retraitée sexagénaire atteinte de troubles psychiques. Avant de l’accompagner vers la mort en juin 2016, elle aurait dû faire davantage d’efforts pour trouver un psychiatre disposé à clarifier l’état de santé de la patiente. Les juges écartent toutefois la prévention de meurtre et retiennent contre Erika Presig plusieurs infractions au droit sur les produits thérapeutiques: la doctoresse a notamment échangé des étiquettes sur des doses destinées à l’origine à certains patients et finalement attribuées à d’autres. »

Erika Preisig revient de loin. La procureure avait requis une peine de cinq ans de prison pour homicide volontaire et une interdiction de pratiquer l’aide au suicide. La défense plaidait l’acquittement. « Exit a salué mardi cette décision, nous dit Le Temps. L’association d’aide au suicide alémanique se réjouit que les juges bâlois aient accordé de la valeur à l’autonomie du patient. «Ce jugement ne remet pas en question l’aide au suicide en Suisse, ni les procédures suivies par Exit dans des cas de personnes atteintes de troubles psychiques».

Troubles psychiques ou pas, on sait ce qu’il en est, en France, du suicide médicalement assisté. Et l’heure ne semble pas venue d’y imiter ce que la Suisse, étrangement, s’autorise à pratiquer.

A demain @jynau

Vincent Lambert : dans l’attente de sa mort, inéluctable, ses parents rendent les armes

Bonjour

Lundi 8 juillet 2019. Cela fera l’ouverture du journal de France Inter. Hier les parents de Vincent Lambert déposaient plainte au commissariat de Reims contre le docteur Vincent Sanchez, du Centre Hospitalier Universitaire de Reims, pour «tentative d’homicide volontaire». Aujourd’hui ils abandonnent la partie.

«Cette fois, c’est terminé. Nos avocats ont multiplié ces derniers jours encore les recours et mené d’ultimes actions pour faire respecter le recours suspensif devant l’ONU qui bénéficiait à Vincent. En vain», écrivent dans un courrier transmis à la presse Viviane et Pierre Lambert – ainsi que la sœur de Vincent, Anne Lambert, et son demi-frère David Philippon. L’ultime plainte n’est certes pas retirée mais «la situation de santé» de Vincent Lambert a évolué, indique l’un des avocats au Figaro. «Des complications résultent de sa sédation, affirme Me Paillot. Dès lors, remettre en route l’alimentation et l’hydratation amènerait Vincent à se retrouver dans une situation d’obstination déraisonnable».

«Un recours n’aurait plus de sens au regard des dispositions de la loi Leonetti», poursuit l’avocat – qui estime toutefois que Vincent Lambert «meurt aujourd’hui d’une application de la loi Leonetti qui ne lui était pas destinée.» La plainte pénale déposée «était destinée à appeler une dernière fois au secours : vendredi, Vincent était encore susceptible d’être sauvé». «Un jour, on fera les comptes. Mais aujourd’hui est venu le temps du recueillement. Ses parents accompagnent Vincent dans ses derniers moments», insiste le conseil de Pierre et Viviane Lambert, qui appelle à la «dignité» et à la hauteur de vue.»

Prières et pensées

Les médias rappellent à l’unisson que Vincent Lambert est hospitalisé au CHU de Reims après un accident de la circulation survenu en 2008. Que l’ultime décision a été rendue possible le 28 juin par la Cour de cassation. Et que le protocole terminal prévoit notamment l’arrêt de l’hydratation et de la nutrition du patient ainsi qu’une «sédation profonde et continue». Les parents dont les médias rappellent sans cesse que ce sont de « fervents catholiques » :

«La mort de Vincent est désormais inéluctable. Elle lui a été imposée à lui comme à nous. Si nous ne l’acceptons pas, nous ne pouvons que nous résigner dans la douleur, l’incompréhension, mais aussi dans l’espérance. Nous voulions tous vous remercier de votre amitié, de votre amour, de votre soutien, de vos prières pendant toutes ces années. Il n’y a plus rien à faire sinon prier et accompagner notre cher Vincent, dans la dignité et le recueillement. Vous êtes avec nous tous par la pensée et la prière auprès de Vincent».

Face à eux, dans une tragédie jusqu’ici sans fin : l’épouse de Vincent, Rachel, ainsi que six de ses frères et sœurs et son neveu François. Ils plaident depuis des années dans les émdias contre tout «acharnement thérapeutique» et pour laisser mourir cet homme devenu « le symbole du débat sur la fin de vie en France ». Dimanche, le père de Vincent Lambert avait dénoncé, en arrivant au CHU, «l’assassinat» en cours de son fils. Le collectif «Je soutiens Vincent», également opposé à l’arrêt de l’alimentation, a annoncé à l’AFP l’annulation du rassemblement prévu lundi après-midi. Les avocats des parents Lambert avaient déclaré un peu plus tôt à l’AFP qu’ils n’y participeraient finalement pas.

Dans quelques heures, dans quelques jours, le CHU de Reims nous apprendra la mort de Vincent Lambert. On en parlera au journal de France Inter. Chronologie. Derniers commentaires. Premières analyses. Fin du règlement des comptes. Début de l’apaisement. Et peut-être découvrirons-nous alors, plus tard,  que « l’affaire Vincent Lambert » nous aura, collectivement, aidé à progresser dans notre regard sur la mort.

A demain @jynau   

«Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l’opportunité de s’en défaire» Extrait I

Bonjour

Ce titre est celui d’un ouvrage de Raoul Vaneigem, « philosophe situationniste belge » (sic) – ouvrage publié il y a trente ans (Editions Seghers). On peut notamment, au chapitre des «médecines parallèles », lire ceci :

« L’effondrement du marché médical traditionnel n’a pas manqué de stimuler la promotion d’un marché parallèle. De même que le développement marginal des industries douces convoite le marché des industries dures en croissant discrédit, de même un foisonnement de médecines alternatives s’apprêtent à évincer les thérapies chirurgicales et chimiques, de plus en plus constestées.

« Le phénomène, prévisible dès les années 1960, s’insère en fait dans une logique marchande dont la deuxième moitié du XX° siècle a vulgarisé la conscience : le glissement de la production forcenée à la consommation accélérée, le passage de l’autorité à la séduction, de la tyrannie au laxisme, du sectarisme à l’ouverture, du coût élevé de la transgression à l’hédonisme à bas prix (…)

« Bien qu’elles s’enferment dans la même tradition lucrative que leurs rivales, les médecines douces ouvrent la porte à une gratuité qui les révoquera quelque jour. Ainsi en est-il, du reste, des techniques sollicitant, pour une nouvelle cueillette énergétique, la profusion solaire, végétale, terrestre, éolienne, thalassique.

Prisons autogérées

« La contradiction qu’elles cultivent en exigeant paiement d’une gratuité naturelle, revendiquée par ailleurs, agit à la manière d’un révélateur. Elle souligne la dualité morbide du sain et du malsain, elle montre concrètement comment celui qui veut la santé veut aussi la maladie.

« Les thérapeutiques sans violence ont, dans leur projet de renaturer les comportements, répandu l’opinion que chacun est sa propre source de vitalité et de langueur, qu’il intervient consciemment et inconsciemment – et en tout cas plus qu’il ne fut induit à l’admettre – dans le conflit dont son corps est en permanence le champ de manoeuvre et de bataille.

« Où la médecine classique emploie l’artillerie lourde pour écraser la maladie, dût-elle écraser le malade, la guérilla des médecines douces sollicite du patient une participation à l’effort curatif ; elle l’amène à se battre pour guérir et lui remontre qu’il est pareil au caducée où s’enchevêtrent les deux serpents de la santé et de la maladie.

Tandis que le médecin croit de moins en moins à la médecine, le patient en vient à estimer qu’il est capable de couper court à ses malaises et de se soigner lui-même, n’usant du guérisseur, diplômé ou non, qu’à la façon d’un placebo ou d’un préservatif contre le doute qui peut raisonnablement occulter ses chances de succès.

Quant à savoir si la vie gagne au change, rien n’est moisn sûr. Devenir son propre médecin, n’est-ce pas tout bonnement apprendre à gérer sa maladie ? Concocter ses tisanes, acheter la gamme tarifée des produits biologiquement purs, s’astreindre à la diète et au régime sec fait de l’homme de santé le consommateur éclairé d’une morbidité latente. On croit déboucher sur l’autonomie de l’individu, on aboutit à l’autogestion de ses prisons. »

Trente ans après, et à l’heure française de la polémique homéopathique, qu’en penser ?

A demain @jynau

Vincent Lambert : pour tenter d’y voir un peu plus clair dans les suites à venir de cette affaire

Bonjour

Et maintenant, au lendemain de la décision de la Cour de cassation autorisant l’arrêt de la nutrition/hydratation ? Nous avons demandé à une magistrate d’une particulière compétence de nous éclairer sur le sujet. Et ce sur les trois nouveaux points désormais soulevés.

1 La Cour de cassation ne se prononce pas sur l’autorité des mesures conservatoires du comité de l’ONU ; elle se déclare seulement incompétente, estimant que cette question relève de la compétence du juge administratif. Les mesures conservatoires de l’ONU demeurent.

« Il est vrai que la Cour de cassation ne se prononce que sur la compétence des juridictions judiciaires. Elle considère que le juge judiciaire est gardien des libertés et que le droit à la vie ne relève pas de sa compétence. Mais je ne crois pas que les décisions de ce comité de l’ONU aient  une quelconque effectivité en droit interne français, à la différence des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme qui sont applicables immédiatement et directement dans l’ordre juridique interne. Donc l’argument de la saisine du juge administratif est inopérant.  Les avis et mesures conservatoires de ce comité de l’ONU ne s’imposent absolument pas à lui. »

2 Les avocats des parents de Vincent Lambert ont annoncé qu’ils porteraient plainte pour « meurtre avec préméditation sur personne vulnérable » contre le médecin qui ordonnerait un arrêt des traitements du patient après l’arrêt de la Cour de cassation. 

« Cette plainte est vouée à un classement sans suite par le parquet. Il faudra donc les parents de Vincent Lambert porte plainte avec constitution de partie civile devant un juge d’instruction. Le débat portera sur les éléments constitutifs du meurtre, et surtout sur l’élément intentionnel,  l’animum necare, l’intention de tuer. En ce cas la volonté d’ôter la vie est  justifiée par l’autorisation de la loi.  Cela s’appelle un fait justificatif. Jamais des soins médicaux même extrêmement inappropriés n’ont pu constituer l’élément intentionnel du meurtre. Ou il y a homicide involontaire en cas de soins qui ne sont pas dispensés dans les règles de l’art ou il n’y a aucune infraction. »

3 « Si le gouvernement prétendait ne pas faire respecter ces mesures provisoires, nous engagerions immédiatement des poursuites pénales contre les ministres concernés », a déclaré Me Jérôme Triomphe, l’un des avocats des parents de Vincent Lambert, accusant le gouvernement de « parjure vis-à-vis de ses engagements internationaux. (…) La France ne peut pas se placer au ban des nations civilisées et risquer d’être condamnée par l’ONU à l’avenir » 

« Je ne connais pas cette infraction de parjure vis-à-vis d’engagements internationaux. »

A demain @jynau