Un éboueur, ancien « héros du quotidien » se suicide : licencié pour 0,19 g/l d’alcoolémie

Bonjour

11/06/2020. Une tragédie exemplaire. Elle peut tenir en quelques lignes. Comme celles de  Nolwenn Le JeuneFrance Bleu Normandie (Calvados – Orne). Il s’est suicidé le vendredi 5 juin 2020. La veille, il avait reçu sa lettre de licenciement. Il s’est suicidé dans sa tenue de travail, éboueur. Cet homme de 46 ans travaillait depuis 26 ans dans les sociétés de collecte de déchets Véolia puis COVED.

Surtout ne pas affirmer le lien de causalité, bien évidemment. Mais les faits : le motif du licenciement est consécutif à un contrôle d’alcoolémie lors d’une tournée au Fresne-Camilly, près de Caen. « Avec son collègue, ils ont accepté deux bières offertes par un client » explique Ahmed Benani, élu CFDT au CSE de la COVED (collecte valorisation énergie déchets). Le salarié qui devait se suicider présentait un taux d’alcoolémie de 0,19 g par litre de sang, contrôle effectué par la police municipale. Les deux hommes ont ensuite été convoqués à un entretien préalable et ont été licenciés. « Il a reçu sa lettre de licenciement le jeudi, le vendredi matin, il a revêtu sa tenue de travail et s’est donné la mort dans le garage de ses parents »  poursuit Yannick Martin, délégué CGT à la COVED. 

Ils auraient pu lui laisser une deuxième chance

« Il n’y a aucun procès-verbal ! Et la direction, appelée sur les lieux, a laissé notre collègue terminer sa tournée. Le règlement nous interdit de boire de l’alcool. Mais s’il était dangereux, il ne fallait pas le laisser reprendre le camion » observe Ahmed Benani. Les deux délégués syndicaux dénoncent un « management expéditif » et des conditions sociales qui se dégradent dans l’entreprise. « Ils auraient pu mettre en place un suivi, un accompagnement, au lieu de le licencier tout de suite ».  Contactée, la direction de la COVED n’a pas souhaité réagir. Les syndicats ont saisi l’inspection du travail. 

Le vendredi à l’aube, il avait pris soin de revêtir sa tenue d’éboueur et apporté son fusil de chasse. À ses pieds, ses parents ont trouvé la lettre de licenciement, envoyée la veille. Veuf depuis plusieurs années, l’homme laisse un fils de 18 ans.

La Coved «ne souhaite pas commenter cette dramatique affaire». La famille envisage de porter plainte. « Mes parents sont dévastés, témoigne son frère Pablito Patry, c’est mon père qui a découvert le corps. » Il reconnait que son frère a commis une erreur et n’aurait pas dû consommer d’alcool pendant sa tournée. « Mais ça n’était jamais arrivé en 26 ans de carrière. Ils auraient pu lui laisser une deuxième chance. Eboueur lui aussi, il garde en mémoire les marques de reconnaissance reçues pendant le confinement. Mon frère a travaillé sans relâche pendant toute cette période, on était les héros du quotidien. Là c’est le monde qui s’écroule ». Comment le dire mieux ?

A demain @jynau

 

Le cou sous le genou d’un policier pendant 8’ 46’’: mais de quoi George Flyod est-il mort ?

Bonjour

02/06/2020. Un effet connexe de la pandémie ? Les Etats-Unis et quelques capitales dans le monde s’embrasent après la mort filmée de George Floyd, Afro-Américain de 46 ans, il y a une semaine à Minneapolis. Les conclusions de l’autopsie officielle, lundi 1er juin font suite à une étude indépendante et établissent que la victime est morte asphyxiée en raison d’une «pression exercée sur son cou». On apprend dans le même temps que George Flyod présentait des traces de fentanyl et de méthamphétamine. Quel rapport avec les causes premières de la mort ?

Résumons : George Floyd, 46 ans, est mort le 27 mai à Minneapolis après qu’un policier blanc a plaqué son genou sur son cou pendant 8 minutes et 46 secondes – selon les éléments de la plainte criminelle contre l’agent impliqué.

La première autopsie officielle (avant l’indépendante)  concluait que Georges Floyd n’était pas mort de strangulation ou par asphyxie, mais du fait de sa contention au sol, « combinée avec ses problèmes de santé et une intoxication potentielle. » Floyd était atteint d’une pathologie cardiovasculaire. Les premières conclusions indiquaient qu’aucune constatation physique ne permet d’étayer un diagnostic d’asphyxie ou d’étranglement traumatique.

« Homicide involontaire avec circonstances atténuantes »

Puis une autopsie indépendante était arrivée à la conclusion d’une « mort par asphyxie » en raison d’une «pression forte et prolongée», selon l’avocat de la famille de la victime. «Des médecins indépendants ayant mené une autopsie sur M. Floyd ont conclu que le décès avait résulté d’une asphyxie par pression prolongée», a déclaré l’avocat, Ben Crump. Cette pression prolongée «sur son cou a coupé le flot sanguin allant vers son cerveau et la pression sur son dos a entravé sa capacité à gonfler ses poumons».

«Les preuves soutiennent l’asphyxie comme cause du décès et l’homicide comme circonstance de la mort», vient de souligner  lors d’une conférence de presse le Dr Allecia Wilson, médecin légiste de l’université du Michigan, qui a pu examiner le corps de la victime.

«L’effet combiné de l’arrestation et de l’immobilisation de M. Floyd par la police, ses antécédents médicaux et la présence potentielle de substance psychoactive dans son corps ont probablement contribué à sa mort», indiquent les résultats de l’autopsie officielle des autorités locales. L’ancien policier Derek Chauvin, 44 ans, a été arrêté et inculpé «d’homicide involontaire». Il devait comparaître lundi devant un tribunal, mais cette première audience a été reportée au 8 juin.

S’oriente-t-on vers un « homicide involontaire avec circonstance atténuantes » ? Ce serait là un parfait condensé, en somme, de l’Amérique de Donald Trump.

A demain @jynau

Emmanuel Macron, après la «médaille» aux soignants, songe au «Mémorial des victimes»

Bonjour

16/05/2020. Qui dira les dégâts causés par la métaphore présidentielle ? Pourquoi vouloir à tout prix vouloir faire une « guerre » d’une question sanitaire, aussi périlleuse complexe et majeure soit-elle ? Une fois forgée la métaphore de la guerre à l’ancienne fut filée : virent le « front », la « première ligne » et les suivantes, les « héros en blouses blanches », l’ « ennemi qui n’a pas de frontières », ou « pas de passeport ».

Il y a quelques jours surgirent d’autres idées, comme celle de la « réactivation » d’une « médaille de l’engagement » et d’un hommage rendu lors des cérémonies du 14 juillet – deux initiatives présidentielles qui ont plus irrité que séduit  dans le milieu des soignants. Précisons que la « médaille de l’engagement contre les épidémies » est une médaille française créée le 31 mars 1885, un an après la grave épidémie de choléra qui avait touché la France. Elle visait à « récompenser ceux qui s’étaient particulièrement dévoués pendant cette période », a rappelé Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, en expliquant les choix présidentiels.

Le mémoriel et l’émotion

Aujourd’hui, à la veille du lancement, par Emmanuel Macron dans l’Aisne d’une année de commémorations centrées sur le général Charles de Gaulle, voici qu’émerge l’idée d’un « Mémorial des victimes du coronavirus » – une idée qui lui aurait été soufflée par des membres de son Conseil scientifique, selon Le Parisien (Olivier Beaumont).

« Il n’y a pas de réflexion à ce stade sur ce point », précise le canal officiel de l’Élysée. En coulisses pourtant, ce projet de mémorial agite bel et bien quelques cerveaux autour d’Emmanuel Macron. Avec ses partisans… et ses détracteurs. « ‘’C’est séduisant sur le papier, mais le président n’a pas d’avis pour le moment. Il nous demande juste d’y réfléchir’’, confie un proche au Parisien. Un autre, pas vraiment fan, évoque plutôt ‘’une opération hasardeuse’’ : ‘’Avant de se lancer dans l’instauration d’une journée mémorielle Covid, ou de l’érection d’une sorte de monument, il faut peut-être voir comment tout cela va se terminer. Il n’y a rien de pire que de faire du mémoriel sur de l’émotion. Surtout quand l’histoire est encore en train de s’écrire’’. »

L’histoire n’est certes pas écrite. Le sera-t-elle, le 14 juillet, sur les Champs-Elysées ? « Faire du mémoriel sur de l’émotion » … : on retiendra l’expression.

A demain @jynau

Les «regrets» de la Gendarmerie nationale qui lui avait interdit de voir son père mourant

Bonjour

16/04/2020. On se souvient peut-être de cette invraisemblable interdiction prononcée par un gendarme sur l’île de Ré : interdiction faite, le 4 avril, à un homme venu du Loir-et-Cher de pouvoir se rendre au chevet de son père mourant à son domicile, voisin de trois kilomètres. Interdiction maintenue par le maréchal des logis en dépit de toutes les justifications. Interdiction doublée d’une amende de 135 euros.

Le fils ne vit donc  pas son père, qui mourut quatre jours plus tard. L’affaire eut un certain écho dans les médias. On peut même imaginer qu’elle parvint jusqu’à l’entourage de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur. Dans un premier temps la gendarmerie reconnut « une erreur d’appréciation ». Elle invita alors l’homme à contester sa verbalisation. Une forme de honte administrative.

Aujourd’hui 16 avril nous enregistrons un notable progrès : la Gendarmerie nationale vient d’exprimer ses «regrets» pour une « verbalisation non appropriée ».  Plus précisément, interrogée par l’AFP, la porte-parole de la Gendarmerie nationale Maddy Scheurer a reconnu que les gendarmes n’avaient «pas perçu le degré d’urgence» du déplacement de ce fils. «Il y a eu une véritable incompréhension. C’est malheureux. Nous le regrettons et nous comprenons sa peine», a ajouté la porte-parole. Comprendre sa peine ? C’est peut-être beaucoup dire.

Notre Gendarmerie aurait pu en rester là. Tel ne fut pas le cas. Maddy Scheurer a ainsi tenu à souligner que lors de ce premier week-end de vacances pascales, « des consignes très strictes avaient été données aux forces de l’ordre pour contrôler le respect des règles de confinement ». Elle a aussi tenu à préciser que depuis le début du confinement, la gendarmerie a procédé à cent-vingt mille contrôles dans ce département de Charente-Maritime – dont sept mille uniquement lors du week-end des 4 et 5 avril. Sept mille ? Un seul restera dans les mémoires.

A demain @jynau

Covid-19. Un médecin urgentiste hospitalier de Compiègne est mort après avoir été infecté

Bonjour

22/03/2020 Le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, a confirmé (lors du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro) la mort d’un médecin hospitalier des suites du virus. A sa connaissance, il s’agit du premier cas de ce type. Le ministre n’a pas précisé la région où ce médecin pratiquait, «par respect du secret médical et pour la famille». 

Selon France 3 Hauts-de-France, la victime est un médecin urgentiste de Compiègne, dans l’Oise, l’un des premiers départements à avoir été fortement touché en France, et est décédé après son transfert à Lille. Des informations confirmées à l’AFP de source proche du dossier. Olivier Véran, qui s’est «associé à la douleur de la famille», a relevé le «très lourd tribut payé par la grande famille des médecins aujourd’hui». Il a également « souligné le courage extraordinaire dont font preuve l’ensemble des médecins, des soignants, des pompiers, de toutes les personnes qui permettent de sauver des vies chaque jour ».

« Mon père, ce héros ». C’est dans une publication bouleversante rédigée sur les réseaux sociaux qu’un des enfants de l’urgentiste de Compiègne mort a annoncé la nouvelle.« Mon père s’est sacrifié, a réagi dimanche son fils,contacté par Le Parisien. Il était à la retraite et aurait pu arrêter mais il continuait à venir car il voulait toujours aider ses confrères surchargés. Il travaillait parce qu’il aimait ça, c’était sa vie. C’est injuste. Nous sommes tristes et en colère. »

A demain @jynau

Coronavirus : pourquoi cette dynamique sans précédent dans l’histoire des épidémies ?

Bonjour

28/02/2020. Bilan quotidien (83 391/2 858) d’une épidémie qui poursuit sa progression planétaire. Avec, fait notable potentiellement redoutable, le premier cas identifié en Afrique subsaharienne : un Italien venu de Milan le 25 février hospitalisé après avoir été testé positif au coronavirus dans l’État de Lagos.

A Paris, où la pression monte, mobilisation en urgence (et sans précédent) du pouvoir exécutif contre les « fausses nouvelles » : « Sibeth Ndiaye, porte-parole du Gouvernement, Adrien Taquet, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Solidarités et de la Santé etCédric O, secrétaire d’Etat chargé du Numérique, réunissent les acteurs du numérique, afin de concrétiser la mobilisation de tous pour la diffusion d’informations justes, vérifiées et transparentes sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherche et de lutter contre les fausses informations ».

De mémoire d’épidémiologiste et de journaliste, jamais un virus n’avait à ce point déstabilisé aussi vite autant de secteurs de l’activité humaine. A l’heure où nous écrivons ces lignes, sommes à la fin du mois de février 2020. Depuis deux mois, avec le SARS-CoV-2 nous assistons, collectivement et le plus souvent impuissants, à la résurgence accélérée des grandes peurs collectives, aux allergies soudaines contre l’étranger, aux tentations massives du repli sur soi, aux prophéties auto-réalisatrices – le tout dans l’absence de quartier général sanitaire planétaire. De ce point de vue, on peut identifier, dans ce nouveau virus, le troublant reflet d’une époque devenue infiniment virale. La nôtre.

A lire, sur Slate.fr :  Flahault A, Nau J-Y Le coronavirus, sans précédent dans l’histoire des épidémies, 28 février 2020

A demain @jynau

Coronavirus : comment comprendre la mort du premier Français, 60 ans, enseignant ?

Bonjour

On imagine sans mal la somme des questions qui se posent après la mort du premier Français infecté par le nouveau coronavirus. On sait désormais qu’il s’agissait d’un enseignant du collège de Crépy-en-Valois dans l’Oise, selon le ministère de l’Education nationale. Cet homme de 60 ans pourrait ne pas avoir voyagé dans une zone touchée par le coronavirus, a précisé le ministère, confirmant une information du Parisien. «Il avait le Covid-19 mais il est mort d’une embolie pulmonaire massive», confirme une source médicale au quotidien.

«Il avait commencé à se sentir mal dès le début des vacances et avait rapidement été hospitalisé», indique au Parisien Gilles Petitbon, maire de Vaumoise, où résidait l’enseignant. Selon le maire, cet enseignant au collège de Crépy-en-Valois ne rentrait «ni d’Italie ni de Chine».

Dès lors comment comprendre ? Et quelles mesures préventives prendre ?  Une enquête a été lancée en urgence quant à l’endroit l’endroit où cet homme a pu être infecté et sur son entourage. Le directeur de l’hôpital de Creil, où l’homme a été hospitalisé dans un premier temps vient de déclencher le « Plan blanc ». Cette mesure permet de mobiliser immédiatement des moyens de toute nature dont chaque hôpital dispose pour faire face à une situation sanitaire exceptionnelle et en cas d’afflux massif de patients.

En raison des vacances scolaires (et du délai d’incubation et d’apparition de la maladie, qui est « de 14 jours au maximum ») « seuls les parents, adultes et enfants, collègues ou parents d’élèves ayant été en contact avec cette personne et dont les symptômes – fièvre, toux, difficultés respiratoires – ont débuté entre le 12 février et le 25 février inclus sont invités à se manifester auprès du 15 ». Pour l’heure.

Un deuxième cas d’infection par le nouveau coronavirus dans l’Oise vient d’être confirmé par Jérôme Salomon, Directeur général de la Santé. Il s’agit, toujours selon Le Parisien, d’un employé de la base aérienne de Creil âgé de 55 ans, et résidant à Lacroix-Saint-Ouen. D’abord hospitalisé à l’hôpital de Compiègne, il a été transféré dans une «situation clinique grave» au centre hospitalier universitaire d’Amiens, dans la Somme. «Son infection a été découverte à la fin de son séjour», souligne un membre de l’hôpital de Compiègne. Pendant plusieurs jours, il a donc été en contact avec le personnel des urgences et du service de réanimation de Compiègne.

Comment comprendre ? Combien de « Plan blanc » ?

A demain @jynau

Coma «dépassé» ou pas : le septuagénaire victime d’un AVC ne sera pas «débranché»

 Bonjour

Comme un écho lointain de l’affaire Vincent Lambert. Et, toujours, ces questions hautement troublantes, sur la définition exacte du coma déapssé, sur l’irréversibilité des lésions cérébrales, sur l’articulation entre la vision médicale et la décision judiciaire.

On apprend ici, via l’AFP, que le fils d’un septuagénaire s’est opposé à l’arrêt de son alimentation et de son hydratation. L’homme est dans le coma depuis le 17 janvier, suite à un accident vasculaire cérébral hémorragique dans un contexte de surdosage en antivitamines K. A l’issue d’une procédure collégiale, le médecin en charge de ce malade a conclu, le 30 janvier dernier, à une « absence d’amélioration neurologique » sans « solution thérapeutique curative possible ». Il a en a décidé que la poursuite de son alimentation et son hydratation relevait, de ce fait,  de l’acharnement thérapeutique (sic).

Savoir raison garder

Mais dans une ordonnance rendue le 19 février, le juge des référés a enjoint le centre hospitalier René-Dubos de Pontoise (Val d’Oise) de « ne pas mettre en œuvre » cette décision. La justice administrative avait désigné un expert chargé de délivrer un deuxième  avis sur l’état du patient. Celui-ci a remis ses conclusions le 10 février : il estime qu’un arrêt de l’alimentation et de l’hydratation serait « difficile à envisager », car le patient n’est pas dans un coma « dépassé ». 

Conclusion du tribunal administratif : « La seule circonstance qu’un patient, âgé, soit dans un état de coma profond sans espoir d’amélioration ne saurait caractériser, par elle-même, une situation dans laquelle la poursuite du traitement apparaîtrait injustifiée au nom du refus de l’obstination déraisonnable ». On ne peut commenter une décision de justice. Mais on peut poser une question. Un mois seulement après l’entrée dans le coma, et dans un contexte de réduction générale des budgets hospitaliers, n’est-ce pas là, tout bien pesé, un jugement raisonnable ?

A demain @jynau

Un détenu âgé de 17 ans s’est suicidé par pendaison à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis

Bonjour

C’est une tragédie en 300 caractères diffusés par l’AFP :

« Un détenu mineur de 17 ans incarcéré à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), plus grande prison d’Europe, s’est suicidé lundi soir dans sa cellule, a-t-on appris mercredi auprès du parquet d’Evry. Le corps sans vie de ce jeune mineur isolé marocain a été retrouvé lundi vers 22H00 par les surveillants, pendu dans sa cellule avec ses draps, a indiqué la source. »

Le suicidé avait été condamné le 5 février par un juge des enfants parisien « pour des vols avec violence et maintenu en détention. » Comme à chaque décès en prison, une enquête a été ouverte en «recherche des causes de la mort». Ce décès a représenté «un choc pour les équipes en place», a expliqué à l’AFP la direction de l’administration pénitentiaire.

Les suicides de mineurs en détention sont «rares» précise l’Agence. Il y en a eu un, en France, en 2019. Et le suicide de ce mineur isolé marocain est le premier en 2020. Depuis le 1er janvier, au total, 21 détenus ont mis fin à leurs jours dans les prisons françaises, une hausse importante par rapport à la même période l’année dernière, marquée par onze suicides. Au 1er janvier, il y avait, en France, 804 mineurs détenus sur un total de 70.651 prisonniers.

A demain @jynau

Suite à la mort de l’infirmière poignardée, le cri du «Printemps de la psychiatrie»

Bonjour

14 février 2020. Depuis l’aube les médias généralistes bruissent à l’unisson des ravages politiques induits par des « vidéos-intimes-à-caractère-sexuel-postées-sur-les réseaux-sociaux » 1. On trouve néanmoins quelques échos de la mort, le 13 février,  d’une infirmière, âgée de 30 ans mortellement poignardée à l’arme blanche par un patient d’une unité psychiatrique à Thouars, dans les Deux-Sèvres. Cette infirmière, mère de deux enfants, a été agressée par un patient, âgé de 20 ans, qui cherchait à quitter cette unité psychiatrique du Centre hospitalier Nord Deux-Sèvres. Il lui a porté un coup de couteau au thorax, manquant de blesser également une autre infirmière. Héliportée au CHU de Poitiers, la jeune femme est morte peu après.

Il y a quelques heures Le Monde renvoyait à « La psychiatrie ‘’au bord de l’implosion’’ en France » (18 septembre 2019). Il faut aussi, désormais, compter avec un texte du « Printemps de la psychiatrie » 2. Un exercice difficile puisque ses auteurs reconnaissent ne pas avoit les détails de l’enchaînement des faits, sur l’effectif du service, sur les conditions d’hospitalisation, sur l’état clinique de ce patient, sur l’état de saturation du service de l’hôpital … ce qui « les invite à la prudence ».

Pour autant ce texte (nous soulignons):

« Cette situation est inacceptable. Il est inacceptable qu’une professionnelle de santé meurt dans l’exercice de ses fonctions. Il est inacceptable qu’une personne hospitalisée pour des soins recourt à un tel acte de violence. Il est également inacceptable que toute cette horreur se produisent dans le climat de destruction de l’hôpital public et de la psychiatrie publique en particulier (…)

« Ce que nous savons, de manière générale, c’est que depuis 2008 l’augmentation des moyens en psychiatrie finance exclusivement du sécuritaire (chambres d’isolement, caméras de surveillance, renforcement de la hauteur des murs…). Aucun investissement dans des moyens humains n’a été fait sauf à créer des unités pour malades difficiles et des unités d’hospitalisation spécialement aménagées (UHSA) pour les détenus.

«  Douze ans plus tard, après des mois de lutte, les soignants sont toujours dans la rue pour dénoncer la honte quotidienne dans l’exercice de leur travail, l’indignité des conditions d’accueil et de soins des patients, les tensions régnantes à l’hôpital tant avec l’administration, entre collègues, avec les usagers etc.

«  Depuis plus d’une dizaine d’années, les rapports du contrôleur général des lieux de privation de liberté indiquent la déshumanisation globale qui règne dans la psychiatrie publique, le sous-effectif, le manque de formation, les maltraitances ordinaires…

« Quand allons-nous arrêter ces politiques criminelles qui sont un terrain propice à ce que le pire surgisse ? Politiques de santé qui non seulement n’arrangent rien mais aggravent encore plus la situation et sa brutalité. »

Sanctuaire couvert par la dissuasion nucléaire

S’ils ne savent rien des causes précises du drame deThouars, il connaissent bien, en revanche,  « la catastrophe qui sévit dans l’hôpital public dans son ensemble et dans les secteurs de psychiatrie en particulier ».  « Nous vivons au quotidien des drames : des personnes qui se suicident, des professionnels en burn-out, des usagers attachés et enfermés quand ils ne sont pas mis à la rue faute de structures ambulatoires, des familles qui ne sont pas entendues ni écoutées… »

Ils observent encore, depuis leur spécialité, que « la violence de la société s’infiltre dans tous les espaces de la société » et que « le monde du soin n’y échappe pas ».

Pour que des drames de la sorte ne puissent pas se répéter facilement, il faudrait, selon eux, « pouvoir prendre le temps de soigner, prendre le temps d’écouter et d’apaiser, avoir le temps de se soigner, créer un climat de confiance entre toutes les personnes présentes dans les lieux de soins… ». Il faudrait, au minimum, « sanctuariser les secteurs du lien humain et d’arrêter d’appliquer des logiques comptables, gestionnaires et déshumanisants qui renforcent toujours plus le terreau favorable au pire ».

Comment traduit-on, dans la novlangue managériale de l’hôpital décrite par le Pr Stéphane Velut 3 , le terme « sanctuariser » (Donner à un territoire le caractère d’un sanctuaire couvert par la dissuasion nucléaire) ?

A demain @jynau

1 Une affaire sordide autant que tristement éclairante quant au poids des « réseaux sociaux » dans le champ politique – une affaire dans laquelle réapparaît l’omniprésent et toujours inquiétant Dr Laurent Alexandre.

2 Voir ici le texte et les signataires du  manifeste « Pour un renouveau des soins psychiques »

3 Velut S,  L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme  Editions Gallimard. Collection Tracts. 3,90 euros