Ecologie funéraire : jusqu’à quand l’Etat français interdira-t-il les cercueils tressés en osier ?

Bonjour

C’est, chaque année à la même date, un petit concours entre médias : à qui offrira le plus beau marronnier pour la fête des morts. Décernons pour notre part la prime 2019 à  La Nouvelle République du Centre Ouest (Julien Coquet) : «  Indre-et-Loire : des cercueils en osier confectionnés par des vanniers ».

On nous parle ici d’un petit paradis : Villaines-les-Rochers, près du Saché de Balzac, l’une des capitales mondiales du tressage de l’osier . Depuis trois automnes, la fête des morts coïncide avec certaines commandes. « La première nous est venue d’une cliente fortunée, qui souhaitait être inhumée dans de l’osier, raconte Etienne Métézeau, vannier de père en fils à Villaines. Lorsqu’elle est décédée, son mari s’en est souvenu. » La demande a surpris, la tendance était lancée.

« Quatre ‘’cercueils’’ tressés ont été livrés depuis 2016, rapporte le quotidien régional. Un produit entièrement fait main et sur mesure. Le dernier contact est parvenu début octobre. Ce qui était d’abord le reflet d’une passion de collectionneurs semble en passe d’exploser. ‘’L’osier est complètement biodégradable et ne laisse aucune empreinte carbone, on surfe sur la vague écoresponsable’’, sourit le Villainois. Un dernier geste écolo anticipé avant d’expirer. ‘’Ce serait mon désir afin d’y piquer des fleurs et être enterrée à l’endroit que j’ai choisi, face au soleil près d’une petite église au pays basque’’, détaille la dernière sollicitation. »

Mais voilà : la législation française sur les cercueils interdit d’être mis en bière dans de l’osier. Seule tolérance : les tiges peuvent servir d’habillage à un cercueil traditionnel. En attendant que les textes changent ?  « La Belgique vient de donner son accord, en Pologne on en parlait déjà beaucoup il y a dix ans », observe Aurélien Métézeau, comme autant d’exemples avant-gardistes. L’idée de cercueils en osier fera-t-elle son chemin, demande La Nouvelle République. Il faut compter avecs ses sous : compter 1.500 € en moyenne pour une dizaine de kilos d’osier tressés. « Le prix d’une trentaine d’heures de travail, abattues (sic) jour et nuit, à deux, souvent dans l’urgence » ajoute le quotidien. Pourquoi dans l’urgence ?  

A demain @jynau

Violences conjugales : nous faut-il lever le secret médical et reconnaître le «suicide forcé» ?

Bonjour

Que dira, dans sa sagesse, l’Ordre des médecins ? Nous sommes ici sur une nouvelle fontière de la réduction des risques – ceux réunis au sein de ce qu’il est convenu d’appeler les « violences conjugales ». Des violences qui, en France, ont leur « Grenelle », une secrétaire d’Etat (Marlène Schiappa) et deux nouvelle question d’ores et déjà posées au mégislateur. Les voici :

1 Faut-il lever le secret médical face à une femme (ou un homme) victime de violences conjugales ? Cette proposition a été discutée ce 29 octobre lors de la présentation des travaux des onze groupes de travail du « Grenelle » mobilisés depuis le 3 septembre. Cette proposition émane du ministère de la Justice. Il souhaite « permettre au médecin et à tout soignant de porter à la connaissance des autorités, sans l’accord de la victime, des faits de violences conjugales en cas de risque sérieux de renouvellement de celles-ci ». Le secrétariat d’État en charge de la Protection de l’enfance entend également « permettre aux professionnels de santé de signaler une situation de violence au sein du couple concernant une personne majeure, sans risquer un rappel du conseil de l’ordre en modifiant les dispositions législatives applicables en matière de secret professionnel ».

Mme Schiappa, dans une interview donnée à  La Croix  observe que « certains professionnels réclament un secret médical partagé par exemple entre les urgentistes, les avocats et la police pour mieux protéger les femmes ». Actuellement, la loi (article 226-14 du Code pénal) permet aux professionnels de santé de s’affranchir du secret médical uniquement dans des cas de privations ou de sévices infligés à « un mineur ou à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son incapacité physique ou psychique ».

Modifier la loi sur le secret médical ? C’est une proposition qui divise, et qui n’est pas sans susciter des interrogations sur l’impact qu’une telle mesure pourrait avoir sur la relation soignant-soigné, résume l’AFP. Des interrogations hautement justifiées. Où l’on en revient à la question de l’usage du trébuchet dans le calcul des risques et des bénéfices, de la prévention et de la sanction 1.

2 Punir le « suicide forcé » – à ne pas confondre avec le « suicide assisté ».

Le suicide forcé (ou suicide imposé) désigne une méthode d’exécution  selon laquelle le condamné est amené à se suicider pour éviter la mise en œuvre d’une menace perçue comme pire que sa propre mort (torture, chantage à l’emprisonnement, à l’assassinat de ses proches, la perte de son honneur ou de sa position sociale). Cas le plus connu : Socrate et la cigüe (primauté de la vertu sur la vie : la vie du corps est subordonnée à la pensée).

Il s’agirait plus simplement ici de menacer : créer, dans le code pénal, une circonstance aggravante pour les cas de harcèlement moral dans lesquels les violences psychologiques ont conduit la victime à se donner la mort.  L’expression est certes quelque peu ambiguë. Florent Boitard, secrétaire général de l’Union syndicale des magistrats. « Contrairement à ce que peut laisser entendre ce terme, il ne s’agit pas d’une personne qui est contrainte de se donner la mort par un autre individu qui lui braque un pistolet sur la tempe par exemple ».

Yael Mellul, ancienne avocate et présidente du groupe de travail sur les violences psychologiques et l’emprise, dans le cadre du « Grenelle » : le suicide forcé est l’aboutissement des violences psychologiques exercées sur la victime (humiliations, insultes, isolement, chantage, etc.). La victime se suicide comme un acte ultime de libération de toutes les souffrances endurées, mais aussi parce que la honte et la culpabilité deviennent insupportables.

« Le nombre de suicides forcés reste peu documenté, observe France Inter (Lorélie Carrive). Plusieurs études réalisées en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis tendent néanmoins à considérer qu’ils représentent 12% des suicides. C’est ce ratio qui est appliqué par les experts indépendants Psytel, qui ont fourni une estimation pour les besoins du Grenelle des violences conjugales. Selon eux, 217 femmes se seraient données la mort en raison des violences exercées sur elles par leur conjoint, en 2018. »

Il existe certes la notion de « harcèlement moral sur conjoint » qui a fait son apparition en 2010 dans le code pénal, L’auteur de l’infraction encourt 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende (lorsque les faits ont causé une incapacité de travail inférieure ou égale à 8 jours) ; 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende lorsqu’ils ont causé une incapacité de travail supérieure à 8 jours ou lorsqu’ils ont été commis devant un mineur. 

Pour autant rien n’est prévu en cas de décès de la victime. Proposition : modifier le code pénal (article 222-33-2-1 et suivant) pour y ajouter une circonstance aggravante, en cas de suicide ou de tentative de suicide. Le responsable serait alors jugé devant une cour d’assises et passible de 20 ans de réclusion criminelle,comme pour les violences volontaires ayant entraîné la mort. En viendrons-nous là ?

A demain @jynau

1 Sur ce thème on se reportera avec grand intérêt au récent travail de la Haute Autorité de Santé : « Violences conjugales : quel rôle pour les professionnels de santé ? » 2 octobre 2019

Aucune polémique sur l’âge du départ à la retraite Les SDF meurent généralement avant 50 ans

Bonjour

Un sigle, pas même un acronyme. Vivants, ils sont invisibles, ou presque. Qui est présent à leur enterrement ? Les SDF, dont le décès a pu être recensé en 2018, sont en moyenne morts avant l’âge de 50 ans. Annonce faite mardi 28 octobre. « Ils meurent trente ans plus tôt que la moyenne de la population, en été comme en hiver, résume Cécile Focca, coordinatrice du collectif ‘’Les morts de la rue ‘’. Ce n’est pas une histoire de saison, mais les conditions de vie à la rue qui sont en cause », a-t-elle ajouté.

En 2018, le collectif, (qui recense les décès en s’aidant de signalements de ses partenaires et des médias) a dénombré 612 personnes mortes dans la rue, soit 15 % de plus que l’année précédente. Mais « on est très loin de l’exhaustivité », met en garde Mme Rocca. De précédentes recherches avaient ainsi estimé que le nombre réel des SDF décédés était six fois plus important que celui recensé par le collectif.

Une froide réalité invisible – ou presque

L’analyse des conditions de ces décès témoigne aussi la violence de « la vie dans la rue » : ces SDF sont morts en moyenne à « 48,7 ans contre 82,18 ans en population générale », et 27 % des morts sont liées à « des accidents, des agressions ou des suicides », 36 % à des maladies. « Les personnes SDF décédées sont majoritairement des hommes jeunes qui ont vécu de longues années à la rue, et qui ont souffert de maladies, d’addictions et de troubles psychiatriques etc. »

En ces temps de « Grenelle de lutte contre les violences conjugales » le collectif souhaite attirer l’attention sur les femmes, souvent « invisibles » dans la rue. Elles représentent 9 % des décès recensés entre 2013 et 2018, mais ce chiffre est lui aussi « très probablement sous-estimé ». Et l’analyse montre qu’elles meurent encore plus tôt que leurs homologues masculins, à 45,6 ans en moyenne, « le plus souvent d’une maladie ».

Qui, en haut lieu, se soucie de cette réalité invisible ou presque ? Quels ministères, sous quels ors de la République, quelles municipalités répondront aux demandes spécifiques du collectif « Les morts de la rue » : mise à l’abri prioritaire, structures d’hébergement non mixtes, accès aux soins renforcé… ? Sans oublier de renforcer la continuité de l’accompagnement social et médical de tous, hommes comme femmes. « Certains lieux d’urgence sont devenus des locaux de stabilisation alors qu’ils ne sont pas faits pour ça, observe encore Mme Rocca. On met à l’abri pendant l’hiver car il fait froid, mais ce qui aide vraiment les personnes, c’est une prise en charge dans la continuité. »

Un sigle, pas même un acronyme.

A demain @jynau

Veille de Toussaint: croisade monothéiste inédite contre l’euthanasie et le suicide assisté

Bonjour

Assistons-nous à une forme inédite de radicalisation ? A la veille de la Toussaint de très hauts représentants des trois religions monothéistes – christianisme, judaïsme et islam – viennent de remettre au pape François un document dans lequel ils se prononcent fermement contre l’euthanasie et le suicide assisté  – des pratiques qui, selon eux, « sont intrinsèquement et moralement répréhensibles». Des pratiques qui doivent être «interdites sans exception». De même que  «toute pression ou action sur des patients pour les inciter à mettre fin à leur propre vie ».

Le Document sur la fin de vie des « religions abrahamiques monothéistes» a été paraphé solennellement au Vatican par un représentant de chaque religion dont le rabbin David Rosen, directeur des affaires religieuses de l’American Jewish Committee, Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie, un représentant du métropolite (orthodoxe) de Kiev, Hilarion, et le président du comité central de la Muhammadiyah indonésienne (association socio-culturelle musulmane), le Dr Samsul Anwar. L’idée de cette déclaration avait été proposée au pape par le rabbin Avraham Steinberg, co-président du Conseil national israélien de bioéthique.

Objection de conscience

Ce Document se prononce dans le même temps en faveur de l’objection de conscience pour le personnel sanitaire de tous les hôpitaux et cliniques :  «aucun opérateur sanitaire ne doit être contraint ou soumis à des pressions pour assister directement ou indirectement à la mort délibérée et intentionnelle d’un patient à travers le suicide assisté ou toute forme d’euthanasie». Ce droit qui doit être «universellement respecté», reste «valable même lorsque ce type d’actes ont été déclarés légaux au niveau local ou pour certaines catégories de personnes». L’Agence France Presse rappelle qu’en Italie, la Cour constitutionnelle a récemment dépénalisé le suicide assisté dans certaines conditions strictes tout en demandant au parlement de légiférer sur le vide juridique existant.

Les signataires du Document encouragent «une présence qualifiée et professionnelle dans les soins palliatifs, partout et accessible à tout le monde». «Même lorsque éloigner la mort est un poids difficile à supporter, nous sommes moralement et religieusement engagés à fournir un réconfort, un soulagement à la douleur, une proximité et une assistance spirituelle à la personne mourante et à sa famille», ajoutent les signataires.

Estimant que «la vie mérite d’être soutenue jusqu’à sa fin naturelle», les trois religions promettent de «soutenir les lois et politiques publiques qui protègent le droit et la dignité des patients en phase terminale pour éviter l’euthanasie et promouvoir les soins palliatifs». Elles s’engagent aussi à «utiliser la conscience et la recherche» pour fournir «un maximum d’informations et d’aide à ceux qui affrontent de graves maladies et la mort». Les trois religions prévoient de «sensibiliser l’opinion publique sur les soins palliatifs à travers une formation adéquate et la mise en œuvre de ressources pour le traitement de la souffrance et la mort». Elles promettent, enfin, outre «d’impliquer les autres religions et toutes les personnes de bonne volonté» dans ce combat.

Radicalisation ou simple rappel de l’essentiel ?

A demain @jynau

Pourquoi le Dr Frédéric Péchier, soupçonné d’avoir empoisonné, reste-t-il en liberté ?

Bonjour

Difficile, parfois, pour le citoyen, de comprendre l’aveugle justice rendue au nom du Peuple français. Pourquoi Isabelle Balkany, condamnée à trois ans de prison peut-elle continuer à gouverner Levallois-Perret ? Qu’adviendra-t-il de Jean-Luc Mélenchon, trop bruyant représentant de la République ? Pourquoi Richard Ferrand blanchi à Brest Ferrand Richard se retrouve-t-il soudain mis en examen à Lille ?

Et puis, aujourd’hui, la sombre affaire des empoisonnements de Besançon pour lesquels est soupçonné le Dr Frédéric Péchier. Affaire d’une grande complexité qui voit cet anesthésiste âgé de 47 ans, accusé de vingt-quatre cas d’empoisonnement, dont neuf mortels, sur des patients âgés de 4 à 80 ans. Ce médecin a été mis en examen le 16 mai dernier pour dix-sept nouveaux cas qui s’ajoutent aux sept premiers.

L’anesthésiste est soupçonné d’avoir entre 2008 et 2017 « pollué » (c’est le terme retenu) des poches de perfusion pour provoquer des arrêts cardiaques. Hypothèse : la possibilité pour lui de démontrer ainsi ses talents de réanimateur et, incidemment, discréditer ses confrères anesthésistes avec lesquels il aurait été en conflit. Le « frisson de la réanimation ».

« Le contrôle judiciaire du docteur lui interdit d’exercer sa profession depuis sa première mise en examen en 2017, rappelle franceinfo. La cour d’appel de Besançon avait ordonné le maintien en liberté sous contrôle judiciaire de l’anesthésiste, et ce à quatre reprises, la dernière fois le 12 juin 2019. »

Collusion et diffamation

Dernièrement le parquet général avait formé un pourvoi contre cette décision de maintien en liberté. Or ce pourvoi, examiné mercredi 18 septembre par la chambre criminelle de la Cour de cassation vient d’être rejeté. Sans, malheureusement, que les magistrats de la Cour ne jugent nécessaire de faire la pédagogie de leur décision.

« Les familles [des victimes présumées] ne vont pas comprendre le rejet de la Cour de cassation », a expliqué à France 3 Bourgogne Franche-Comté Me Frédéric Berna, l’un des avocats des parties civiles. Ce dernier va jusqu’à s’interroger sur « d’éventuelles relations de collusion entre les défenseurs du médecin et un haut magistrat ». C’est d’ailleurs, selon France 3, cette interrogation sur l’indépendance et l’impartialité de la justice qui a poussé les familles a engager un  pourvoi.

Réplique : « Quand j’entends les avocats des parties civiles qui parlent de collusion, je pense que c’est de la diffamation, répond Me Randall Schwerdorffer, un des avocats de l’anesthésiste. Il n’a jamais eu de discussions privées ou de déjeuner à Lyon sur le dossier Péchier, entre le président de la chambre de l’instruction [qui n’est plus en fonction] et ses avocats » . Aussi,selon Me Schwerdorffer, le rejet du pourvoi était-il acquis. « Il n’est plus possible d’attaquer cette décision, on va enfin pouvoir travailler sur le fond du dossier », se réjouit-il.

Hypothèse, désormais : un renvoi du médecin devant la cour d’assises vers le milieu de l’année 2021. En attendant le Dr Fréderic Péchier ne peut plus exercer sa profession ni se rendre à Besançon.

 A demain @jynau

Maladie de la «vache folle » : que fera l’Etat après la mort d’Emilie, chercheuse à l’INRA ?

Bonjour

Nous rapportions en juin dernier le cas douloureux d’une chercheuse âgée de 33 ans, qui venait de mourir de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Sa famille avait porté plainte contre l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) où elle avait travaillé et où elle aurait été contaminée, en 2010, par un prion responsable de cette maladie. L’affaire avait été révélée, le vendredi 21 juin, par Mediapart (Pascale Pascariello) et confirmée par les avocats de la famille de même que par l’INRA. Ce dernier affirmait alors, que « tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiqués aux autorités sanitaires et à la justice ».

L’accident qui pourrait être à l’origine de la contamination date de 2010, lorsque la jeune femme travaillait (en contrat à durée déterminée) à l’unité de virologie et immunologie moléculaire de Jouy-en-Josas (Yvelines), un laboratoire sécurisé spécialisé dans l’étude des prions. Sous certaines conditions ces structures protéiques naturelles peuvent devenir hautement pathogènes : l’un des variants est responsable d’une forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob: l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB ou maladie de la « vache folle »).

« Le 31 mai 2010, la jeune femme, assistante-ingénieure âgée de 24 ans, participait à des études sur la neurotoxicité de ces agents pathogènes sur différentes lignées de souris transgéniques. Elle s’est alors piqué le pouce droit avec une pince, qui a traversé ses deux gants en latex et entraîné un saignement, rapportaient encore plusieurs médias -dont Le Monde (Hervé Morin). Dans la ‘’déclaration d’accident de service’’ rédigée le même jour, il est précisé que la ‘’plaie saignante’’ a été soignée après contact téléphonique avec l’infirmière du centre, le médecin étant absent. »

L’INRA, qui ne contestait pas l’accident en 2010, avait rendu public, vendredi 21 juin, un communiqué. Extrait :

« L’INRA a répondu à la famille et aux autorités sanitaires en transmettant les pièces qui étaient demandées, et réaffirme son engagement de transparence : tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiquées aux autorités sanitaires et à la justice. Car il est essentiel que toute la vérité soit faite, c’est essentiel pour sa famille, mais aussi pour l’ensemble de la communauté scientifique..»

Plainte déposée pour homicide involontaire

Trois mois après la mort l’affaire rebondit aujourd’hui dans les colonnes de La Nouvelle République (Julien Coquet). Où l’on apprend qu’une audience s’est tenue le 3 septembre au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche – une autre deux jours plus tard avec les conseillers du président de la République, au palais de l’Élysée :

« Armel Houel, veuf d’Émilie Jaumain, veut voir en ces rencontres au sommet de l’État des premiers signes de ‘’considération’’. Trois jours avant son décès, la diplômée en génie biologique de l’IUT de Tours, son époux et ses parents ont déposé plainte pour « homicide volontaire » (…)  Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a confirmé, la semaine dernière, avoir diligenté une mission d’inspection nationale sur la sécurité des laboratoires confinés manipulant des prions. ‘’Si cet audit vient à dire que les réglementations, bien que draconiennes, ne sont pas toujours appliquées par les scientifiques, cela nous concerne’’, présente Me Julien Bensimhon, conseil de la famille. »

L’avocat nourrit l’espoir de voir un juge d’instruction nommé d’ici la fin de l’année. L’enclenchement d’un travail judiciaire qui s’annonce long 1. En parallèle, une procédure de référé a été initiée pour obtenir la désignation d’un expert. Il sera chargé de vérifier si un lien entre l’accident de travail d’Émilie Jaumain et la déclaration de sa maladie (donc de son décès) est établi. C’est, explique le quoidien régional, « une étape dans le bras de fer qui oppose leurs clients à l’Inra quant aux responsabilités engagées. Et puis on lit cet encadré :

« Suite au décès d’Émilie Jaumain, Santé publique France a eu à se prononcer sur les causes du décès de la laborantine tourangelle. Les conclusions de l’établissement public, placé sous la tutelle du ministère de la Santé, renvoient à ‘’un cas probable de variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob’’ dû ‘’possiblement à une exposition dans son enfance par voie alimentaire à l’instar de la population générale’’. La lecture des travaux de Santé publique France évoque également ‘’une possible exposition à des protéines prions d’origine humaine dans un contexte professionnel’’.»

Une mort due « possiblement à une exposition dans son enfance par voie alimentaire à l’instar de la population générale ». « Une possible exposition à des protéines prions d’origine humaine dans un contexte professionnel ». A trop élargir le champ des possibles on dépasse, parfois, celui du raisonnable, sinon de l’acceptable.

A demain @jynau

1 Un groupe de soutien à Émilie Jaumain a été créé: « Justice pour Emilie. Collectif de soutien à Emilie décédée de la maladie Creutzfeldt-Jakob »

«Aux Etats-Unis, cinq morts liées à la cigarette électronique» Le Monde (7 septembre 2019)

Bonjour

Cinq mille signes. L’Agence France Presse ne fait pas dans la dentelle pour couvrir l’affaire. « Aux Etats-Unis, cinq morts liées à la cigarette électronique » titre Le Monde, qui reprend la dépêche. Cinq morts, près de cinq cents cas et dans le même temps des enquêteurs fédéraux qui ne précisent pas « les marques ou substances susceptibles d’avoir causé les graves difficultés respiratoires ». Et l’affaire commence à se transformer en un équation sanitaire autant que politique : « principe de précaution » versus « réduction des risques tabagiques ».

Vendredi 6 septembre 2019. Les autorités sanitaires américaines font savoir qu’ « au moins » cinq utilisateurs de cigarettes électroniques sont morts, le nombre de malades frappés par de graves difficultés respiratoires a par ailleurs doublé pour atteindre 450 dans le pays. « Outbreak of Lung Illness Associated with Using E-cigarette Products. Investigation Notice. Posted September 6, 2019 at 9:50pm ET ».

Brouillard entretenu quant aux marques ou substancesprésentes  dans les liquides de vapotage, mais un dénominateur commun fréquent : inhalation de produits contenant du THC, substance active du cannabis. Et, parfois des personnes (relativement) âgées et en mauvaise santé. C’était le cas des deux victimes dont les décès annoncés le 6 septembre par les autorités sanitaires locales en Californie et dans le Minnesota.

« Un possible lien a été établi entre certains malades et une huile de vitamine E, qui se consomme normalement en gélule ou en huile pour la peau, précise l’AFP. La vaporisation à haute température de cet additif pourrait avoir endommagé les poumons des vapoteurs. Les responsables sanitaires de l’Etat fédéral ont toutefois appelé à la prudence dans l’attente d’analyses plus complètes. ‘’Aucune substance ou molécule unique, dont l’acétate de vitamine E, n’a été identifiée dans l’ensemble des échantillons analysés’’, a insisté Mitch Zeller, directeur du centre pour le tabac de la Food and Drug Administration, qui teste au niveau national les produits impliqués.

La piste de l’huile de vitamine E

« Nous n’avons pas encore toutes les réponses », reconnaissent les responsables des CDC qui « par mesure de précaution » recommandent « dans l’immédiat » de ne pas utiliser de cigarettes électroniques, quelles qu’elles soient.

Les symptômes respiratoires de « pneumonie lipidique » sont particulièrement frappants quand ils apparaissent souvent subitement, chez des patients  jeunes et sans problème de santé. Dans l’Illinois, la moitié des patients ont moins de 19 ans. « Sean Callahan, pneumologue à l’hôpital de l’université de l’Utah, a traité l’un de ces malades en juillet, âgé de 20 ans. La détresse respiratoire était telle que le jeune homme a dû être placé plus d’une semaine dans une machine qui oxygène le sang du patient hors de son corps, tant ses poumons n’arrivaient plus à fonctionner, rapporte l’AFP. ‘’Je n’avais jamais vu cela auparavant, a raconté le Dr Callahan. Habituellement, les malades qui ont besoin de cette machine ont des formes très avancées de grippe ou de pneumonie, ou bien ils ont des systèmes immunitaires affaiblis à cause d’un cancer ou d’une chimiothérapie’’. » 

La piste de l’huile de vitamine E ? Les autorités de New York ont diffusé des photos des recharges impliquées : elles ont des emballages très colorés sous le nom de Dank Vapes, une « marque » qui ne correspond apparemment à aucune entreprise légitime, mais « se distribue » dans la rue et sur Internet. Le mort de l’Oregon, en revanche, avait acheté son produit dans un dispensaire de « cannabis légal ».

Ces maladies pulmonaires s’ajoutent à la pression sur les fabricants légaux de cigarettes électroniques, accusés par les autorités d’avoir promu leurs produits chez les jeunes comme une alternative saine et cool à la cigarette. « Principe de précaution » versus « réduction des risques tabagiques ».

A demain @jynau