Dr Jacques Leibowitch (1942-2020), l’un des grands soldats de la longue lutte contre le sida

Le hasard sans doute, la fatalité peut-être veut que ce croisé disparaisse au moment ou émerge une tempête virale internationale. Jacques Leibowitch, 77 ans, qui aura consacré une bonne partie de sa vie et de ses énergies à croiser le fer avec un virus pandémique, celui de l’immunodéficience humaine.

Apprendre sa dispartion c’est, pour nous, retrouver une image : sa venue, avec trois autres pionniers, dans le sanctuaire du Monde, 5-7 rue des Italiens à Paris. Un groupe de quatre jeunes médecins hospitaliers éclairés. Ils voulaient à tout prix rencontrer un journaliste en charge des sujets de médecine et de société. Un petit groupe enflammé, persuadé d’être sur une piste médicale d’importance : l’émergence d’une nouvelle et dérangeante maladie – une étrange pathologie affectant, de l’autre côté de l’Atlantique, la communauté homosexuelle masculine.

Les quatre ne savaient rien, ou presque, mais pressentaient que l’affaire allait prendre de l’ampleur – et que la presse devait donner l’alerte, commencer à remuer ciel et terre. Sans doute n’ont-ils pas été alors entendus comme il aurait fallu qu’ils le soient. Pourquoi ? Bientôt quarante ans déjà – nous n’avons toujours pas trouvé la véritable réponse à la question.

Le Monde garde toujours la trace de l’énergie alors déployée par Jacques Leibowitch. Un papier du Dr Escoffier-Labiotte « Le SIDA » (Le Monde du 2 janvier 1984) où il est cité via question (sujet capital, alors) du « sarcome de Kaposi ». Il y aura encore « Le SIDA et ses fantasmes » (Le Monde du 4 avril 1984) traitant de son premier ouvrage. « (…) L’ouvrage du docteur Leibowitch, brillant, documenté, présenté comme une  » double enquête policière et biologique « , retient l’attention. L’auteur y développe longuement une hypothèse qui lui est chère et qui donne naissance à une grande fresque épidémiologique aux dimensions de la planète. Une narration séduisante, où un  » virus exotique  » suit les migrations humaines (…) ». Puis « Un donneur de sang sur mille a été en contact avec le virus du SIDA » (Le Monde du 13 juin 1985) où pointaient déjà les premiers éléments d’affaires qui deviendraient tragiques.

Nous croisâmes à plusieurs reprises, par la suite, cet immunologiste atypique, cette personnalité hors du commun, brillante, bouillonnante, colérique, séductrice, solitaire, éruptive, pertinente et déroutante. Pionnier sur le front de l’émergence de la maladie virale il le fut aussi sur celui de la prévention, sur celui des méthodes diagnostiques et plus encore sur celui de la thérapeutique antirétrovirale.

Dernière rencontre, hasard matinal, à la terrasse des Deux Magots. Il mobilisait alors le petit mais puissant « monde des arts et de la mode », toujours pour mieux soigner, mieux lutter contre une épidémie qu’il n’avait jamais quitté.  Puis, en 2014 ou le retrouvait une dernière fois dans les colonnes du Monde – « médecin-clinicien » il signait une tribune. Il s’agissait, là encore, de tout faire pour améliorer le traitement.

L’auteur était ainsi présenté : « Jacques Leibowitch a contribué à la connaissance du VIH et du sida et de son traitement, dont la première trithérapie anti-VIH effective et la désignation d’un rétrovirus comme cause présumée du sida. » C’était parfaitement résumé. Un grand soldat.

 PS  « Membre de notre comité scientifique de 1994 à 1997, passionné et entier, nous n’oublierons pas ses contributions très importantes à la connaissance du virus et à la qualité de vie de ses patients », souligne sur Twitter l’association de lutte contre le sida Sidaction.

« Chercher, comprendre, soigner, innover, imaginer ! Toute sa vie, Jacques Leibowitch n’aura cessé de le faire dans le domaine de la lutte contre le VIH et de la prise en charge des personnes malades, note le site Seronet, lancé en 2008 par l’association Aides. Moins connu médiatiquement que nombre de ses confrères, moins en cour du fait d’un tempérament peu consensuel, le médecin a pourtant été parmi les premiers en France à se mobiliser sur le sida. Il a été un des pionniers de la lutte contre le VIH, dès 1981. »

Denis Lalanne (1926-2019) journaliste, écrivain, chroniqueur historique du jeu de rugby

Bonjour

Une plume, un style, des combats, une élégance. Il est bien des manières de mourir. « Il m’a envoyé un courriel, il est allé au lit, et il s’est endormi ». Ainsi parle Lucien Mias dans L’Equipe (Philippe Pailhories). Dr Lucien Mias, 89 ans capitaine de l’équipe de France lors de la fameuse tournée de 1958 en Afrique du Sud, Lucien Mias – docteur Pack – grand animateur de troisième mi-temps -spécialiste de gériatrie. Mias nous parle de Denis Lalanne qui vient de mourir, à 93 ans.

Il est bien des manières de « monter à Paris » puis de devenir, de s’imposer, « journaliste sportif ». Né à Pau en 1926, il avait commencé sa carrière à La République des Pyrénées, avant de rejoindre Paris. Passé par Le Figaro, il avait ensuite rejoint L’Équipe, où il allait devenir une référence, couvrant pendant une quarantaine d’années le rugby, le tennis, le golf et parfois l’athlétisme, sport qu’il avait pratiqué. Retraité depuis 1991, il continuait à écrire de délicieuses chroniques pour Midi Olympique.

Denis Lalanne, rappelle L’Equipe, « était également connu et réputé pour ses talents d’écrivain ». En 1958, il avait publié Le Grand Combat du XV de France, livre culte de toute une génération d’amateurs de rugby qui racontait l’épique tournée estivale des Bleus de Lucien Mias en Afrique du Sud. Ce livre est devenu rapidement un best-seller, réédité à plusieurs reprises.

Il avait ensuite notamment écrit La Peau des Springboks, sur la tournée 1964, Le Temps des Boni où il racontait les frères Boniface, Rue du Bac qui évoquait son ami Antoine Blondin, il y a peu, le prophétique Dieu ramasse les copies. Ce roman, son dernier ouvrage, lui avait valu d’être lauréat du Prix de l’Académie Française, qui devait lui être remis le 12 décembre prochain. Ses obsèques auront lieu mercredi 11 décembre à Anglet (Pyrénées-Atlantiques), en l’église Sainte-Marie, à 10h30.

«  Jadis le jeu, aujourd’hui le travail »

Le Dr Lucien Mias a largement inspiré Denis Lalanne dans l’écriture de son best-seller : « Le grand combat du quinze de France ». Les deux hommes ne se sont jamais perdus de vue depuis. L’Equipe (nous soulignons) :

Denis Lalanne a-t-il compté dans votre carrière de rugbyman, lui qui avait écrit à propos de votre fameux match de Johannesburg face à l’Afrique du Sud en 58 (victoire des Bleus, 9-5) : un match comme on n’en joue qu’un dans une vie ? – Pas seulement dans la mienne, dans celle de tous les joueurs de l’équipe de France.

D’abord ceux de 58 ? – Savez-vous qu’il était le seul journaliste français présent en Afrique du Sud ? Il avait cru en nous, je ne sais pas pourquoi, mais il avait eu envie de nous témoigner son soutien alors que tout le monde pensait que l’on ne méritait aucune attention après le Tournoi 57. Là-bas, il était tout le temps avec nous, il a bien vu le comportement de l’ensemble des joueurs lors de cette tournée, et il a dû penser que quelque chose avait changé dans ce beau pays. À partir de là, on est restés copain. À cette époque on jouait au rugby, maintenant on travaille.

Vous avez lu, bien sûr, son best-seller, « Le grand combat du quinze de France » ? – Avant qu’il n’écrive ce livre, ce genre de littérature n’existait que très peu ou alors ne marchait pas du tout. Il a pris ce risque, encouragé par Antoine Blondin (écrivain et chroniqueur de L’Équipe), puis tout le monde s’est ensuite engouffré dans ce sillage. Dans ce livre, quelque part, il nous faisait passer pour des limités du cerveau, mais ça ne nous dérangeait pas.

Étiez-vous toujours en contact ? – Il m’envoyait ses livres afin que je les critique. J’étais à ses 90 ans à Biarritz. C’est la dernière fois que je l’ai vu. La nuit dernière, il m’a envoyé un courriel. Puis il est allé au lit. Et il s’est endormi.

Un courriel ? – On s’échangeait des textes. Il me disait qu’il n’avait pas pu ouvrir mon dernier envoi.

Quelle image allez-vous garder de lui ? – C’était un gentil, comme Jean Cormier qui est parti lui aussi. Cette semaine, j’ai un cousin de 90 ans qui est parti lui aussi. Ce sera bientôt mon tour… Ce qui était paradoxal entre Lalanne et Cormier, c’est que l’un était moins fêtard que l’autre…

Jean Cormier (1943-2018) ou la fraternité. Jean Cormier et Denis Lalanne. Deux plumes, deux styles, bien des combats, deux élégances.

A demain @jynau

PS: Lire, dans Midi Olympique (9 décembre 2019) « La plume s’est envolée » de Jérôme Prévôt.

Roger Cans (1945-2018) : journaliste au Monde, pionnier/prophète au service de l’écologie

Bonjour

Les nécrologies, de nos jours, ne tardent plus guère. Ainsi celle de Roger Cans, signée dans Le Monde, par notre confrère Benoît Hopquin.

« Roger Cans, qui est mort le 28 novembre à l’âge de 73 ans, est de ceux, chanceux ou obstinés, qui surent faire de leur passion un métier. Lui, Roger, notre ami, c’était la nature qui suscitait sa vénération, d’enfant curieux, puis d’adulte passionné et, enfin, de journaliste spécialisé. La nature et ses peuples innombrables, faunes et flores, l’émerveillaient de leur fragilité et de leur résilience. Il les a observés toute sa vie, au bout d’une jumelle ou le nez au raz de l’herbe. De cette patiente fréquentation, il avait acquis un savoir et même une science qu’il transmettait comme un jeu, un exercice sans prétention, aux lecteurs du Monde. »

Comment mieux écrire ?

Pour notre part nous avions découvert Roger Cans au sein du superbe vaisseau amarré 5-7, rue des Italiens. L’époque était alors -encore-  à l’affrontement des idées, aux éclairantes méchancetés nées des idéologies. Combien étions-nous, alors, journalistes rue des Italiens, à saisir que « l’écologie » deviendrait un sujet omniprésent sur le site d’un journal bientôt sans papier ?

Qui, dans la vieille et superbe bâtisse, avait pris la mesure des apocalypses précédemment  signées Pierre Fournier (1937-1973) dans le Charlie Hebdo de Choron ? Qui se souvient des premiers vagissements de La Gueule ouverte, « le journal qui annonce la fin du monde ». Et qui aurait pu penser qu’un jour un président de la République établirait (oubliant le copyright citoyen)  un lien entre la « fin du monde » et la « fin du mois » ?

Benoît Hopquin, aujourd’hui, dans Le Monde :

« Né le 7 février 1945 à Maule (Yvelines) d’un père agronome et d’une mère assistante sociale, élevé dans une famille de tradition protestante, Roger Cans  passe son temps entre le grand jardin de la maison au bord de la Mauldre et la campagne de Mayenne où il traîne ses étés. Il apprend les noms et les caractéristiques des oiseaux et des plantes, des poissons et des insectes, les regarde avec la même admiration candide et la même cruauté juvénile que Marcel Pagnol quand, par exemple, il offre en festin dans son aquarium diptyques ou sangsues aux tritons ou aux épinoches.

Les sciences naturelles et le dessin le passionnent plus que les maths, cette discipline de malheur qui lui fermera le métier d’ingénieur forestier. A 14 ans, la lecture de Jules Verne démultiplie son horizon. Il part très vite sur les routes comme l’intiment ses 20 ans et les années 1960 : Gabon, Maroc, Grèce, Asie, Sicile, Israël, etc.

Après une licence de lettres à la Sorbonne, il atterrit au Centre de formation des journalistes. Professeur de français à Phnom Penh, il envoie ses premiers articles à l’hebdomadaire protestant Réforme. Revenu en France, il travaille pour Nice-Matin, puis reprend son baluchon et s’installe à Washington comme employé de la « Voix de l’Amérique » et correspondant de La Tribune de Lausanne. Il envoie quelques papiers transocéaniques au Monde. Il est embauché, en 1976, au service Education. En 1983, il reprend la rubrique Environnement, inaugurée dans le journal par Marc Ambroise-Rendu.

Autre temps… La protection de la nature, ainsi qu’on résumait alors l’écologie, est considérée comme une contingence, voire une lubie, une douce rêverie un peu attardée, au sein de la rédaction. Il faut se battre pour imposer ses sujets. Il se voit ainsi retoquer une série sur l’agriculture bio, jugée alors marginale et sans avenir. Pendant treize ans, il va contribuer à donner ses lettres de noblesse à l’environnement et à en élargir la compétence. Il s’intéresse aux méfaits de l’amiante, à une époque où des scientifiques de renom en proclament sans sourciller l’innocuité.

Dix ans après que René Dumont a provoqué l’éclat de rire en brandissant son verre d’eau, lors de la campagne présidentielle 1974, déclarant la ressource menacée, Roger Cans soulignera au long d’articles et de livres la pollution et le gaspillage de cette ressource. Il embarquera également des semaines sur un bateau de Greenpeace et rendra compte de la campagne antinucléaire dans le Pacifique.

Défenseur de l’environnement sans nul doute, le journaliste prendra cependant une distance prudente et même agacée avec l’écologie politique, moquant avec aigreur sa récupération et voyant dans Les Verts une auberge espagnole autant qu’une pétaudière. Ses modèles sont à chercher parmi les scientifiques épris de nature : Théodore Monod, Haroun Tazieff ou Jacques-Yves Cousteau, trois figures dont il troussera les biographies dans des livres.

Dans la nébuleuse écolo, Roger Cans se rangera toujours dans le camp des naturalistes, là où l’avaient mené ses rêves d’enfant. En 1996, quand il quitte le quotidien, il poursuit ses grands voyages (son seul regret sera de n’avoir jamais vu les îles Galapagos), écrit, filme sans relâche la nature, dans l’air, sur terre, sous l’eau, s’en émerveille comme aux premiers temps. Toute sa vie, il peindra aussi, sans se lasser, oiseaux, petits mammifères, poissons, arbres, fleurs ou champignons, collectionnera roches, coquillages, crâne et même mues de serpent qu’il rassemblera dans un cabinet de curiosités chez lui, dans le vieux prieuré de Saint-Jean-de-la-Motte (Sarthe), près du Mans, au milieu de cette nature qui aura été, plus que sa respiration, sa vie. »

Comment mieux écrire ces fractions de notre  passé? Comment mieux dire les angoisses de notre possible avenir  ?

A demain

@jynau

 

 

Ethique sans frontières : un médecin français peut-il euthanasier en Belgique ?

Bonjour

Plus jamais de repos dominicaux ?  C’est une information de La Croix (Loup Besmond de Senneville). Le Conseil national de l’Ordre des médecins français se prononcera bientôt sur une question d’une particulière originalité : un médecin français est-il libre d’adresser (certains de) ses patients en Belgique (dans une  »maison de repos ») afin de pouvoir librement, ensuite, les euthanasier ? On connaît des sujets géo-éthiques moins compliqués.

C’est pourtant bien la question dont vient de se saisir, jeudi 8 novembre, le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom). « C’est une question qui est à l’ordre du jour de notre réflexion » , a confié à La Croix le Dr Jean-Marie Faroudja, président de la section éthique et déontologie du Cnom. » Pourquoi à La Croix ? On ne le saura pas. En écho, La Croix, dans sa sagesse :

« Disons-le d’emblée : la question est pour l’instant purement théorique, et l’Ordre ne recense aucun médecin français exerçant de telles pratiques. Mais c’est un texte publié fin octobre en Belgique qui a poussé l’instance médicale française à engager la réflexion. Le Comité consultatif d’éthique de Belgique a en effet publié le 22 octobre un avis sur cette épineuse question.

« Dix-huit mois auparavant, il avait en effet été saisi par le ministre wallon de la santé, à la suite d’« un cas concret, qui lui a été signalé par ses services » : « Un médecin établi en France peut-il venir en Belgique avec son patient et le faire admettre dans un centre de court séjour belge ou dans une maison de repos et de soins belge afin de l’y euthanasier, à sa demande ? »

Et La Croix de nous expliquer que, dans un texte de trois pages, les experts du Comité d’éthique belge font état de leurs divisions. Les uns affichent leurs réticences, affirmant qu’un tel cas poserait « de sérieuses questions »« Le fait d’envoyer [dans un centre de repos belge] un patient dans le seul but d’y pratiquer une euthanasie ne correspond pas aux objectifs poursuivis par ces centres. » De même, craignent-ils encore, « l’acceptation occasionnellement donnée dans ces centres ouvre la porte à une pratique qui pourrait rapidement devenir une habitude ».

Assurance maladie, démocratie et euthanasie

A l’opposé d’autres estiment au contraire « qu’il n’y a aucun inconvénient éthique à ce qu’un médecin, de nationalité belge ou non, autorisé à exercer en Belgique, pratique en Belgique une euthanasie dans les conditions prévues par la loi ». Reste la dimension financière – sur laquelle rien ne nous est dit. Qu’en dira notre Assurance Maladie ?

 Faudrait-il, ici,  rappeler que chez nos amis vivant de l’autre côté de la minuscule bourgade de Quiévrain la pratique de l’euthanasie est légale depuis une quinzaine d’années ? Et que depuis 2005, une directive européenne permet aux médecins d’exercer dans les différents pays de l’Union. On peut le dire autrement : au plan strictement juridique, rien n’interdit aujourd’hui à un médecin français de franchir la frontière, la main dans la main avec un patient, pour euthanasier ce dernier. Puis de revenir dans exercer dans son cabinet français.Avant de recommencer.

Si l’on en croit La Croix (et le dernier rapport de la commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie) vingt-trois personnes/patients sont venus de l’étranger pour se faire euthanasier en Belgique en 2016 et 2017. Et le quotidien catholique, en cette fin de dimanche de 11 novembre 2018, de citer le Pr Paul Cosyns, coprésident du Comité d’éthique belge, professeur émérite de psychiatrie de l’université d’Anvers :

 « Ce n’est pas du tout dans l’esprit de la loi de permettre ce genre de pratique. Cela s’assimilerait à une forme de tourisme d’euthanasie. »

Tourisme ? La belle affaire qui nous conduira bientôt, en charters offerts, au bord du Styx …  Où l’on voit, une nouvelle fois, que la Belgique  n’est pas la Suisse. Mais qu’elle pourrait bientôt, sous d’autres masques démocratiques et déontologiques, y faire songer.

A demain

@jynau

Simone Veil (13 juillet 1927 – 30 juin 2017)

Bonjour

Simone Veil vient de mourir. Elle avait 89 ans. L’annonce en a été faite par sa famille ce vendredi 30 juin. Elle aura, en France, incarné –  et incarnera –  trois grands moments de l’histoire du XXe siècle : la Shoah, l’émancipation des femmes et l’espérance européenne. Les plus âgés gardent -et garderont- en mémoire son action en faveur de la dépénalisation de la pratique de l’interruption de grossesse. C’était il y aura bientôt un demi-siècle.

Cette magistrate de formation aura aussi durablement marqué, à deux reprises, l’histoire du ministère de la Santé. Pour notre part nous nous souvenons d’échanges privilégiés quant aux douloureuses questions éthiques soulevées par la pratique, alors naissante, du dépistage pré-implantatoire.

Ces dernières années elle s’était progressivement retirée de la vie et du monde politique où elle avait tant œuvré. On lira la remarquable nécrologie signée, dans Le Monde, par Anne Chemin. La vie d’une femme aura « défié le temps et les hommes avec la stupéfiante énergie d’une survivante ».

Une page d’histoire

Le 26 novembre 1974, alors que des militants de ‘’Laissez-les vivre’’ égrènent silencieusement leur chapelet devant le Palais-Bourbon, Simone Veil monte à la tribune de l’Assemblée nationale pour défendre un texte devenu une page d’histoire. Extraits :

« Parce que si des médecins, si des personnels sociaux, si même un certain nombre de citoyens participent à ces actions illégales, c’est bien qu’ils s’y sentent contraints; en opposition parfois avec leurs convictions personnelles, ils se trouvent confrontés à des situations de fait qu’ils ne peuvent méconnaître. Parce qu’en face d’une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu’en refusant leur conseil et leur soutien, ils la rejettent dans la solitude et l’angoisse d’un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. Ils savent que la même femme, si elle a de l’argent, si elle sait s’informer, se rendra dans un pays voisin ou même France dans certaines cliniques et pourra, sans encourir aucun risque ni aucune pénalité, mettre fin à sa grossesse. Et ces femmes, ce ne sont pas nécessairement les plus immorales ou les plus inconscientes. Elles sont 300.000 chaque année. Ce sont celles que nous côtoyons chaque jour et dont nous ignorons la plupart du temps la détresse et les drames.»

« Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300 000 avortements qui, chaque année, mutilent les femmes de ce pays, qui bafouent nos lois et qui humilient ou traumatisent celles qui y ont recours. (…) Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l’avenir. Les jeunes générations nous surprennent parfois en ce qu’elles diffèrent de nous ; nous les avons nous-mêmes élevées de façon différente de celle dont nous l’avons été. Mais cette jeunesse est courageuse, capable d’enthousiasme et de sacrifices comme les autres. Sachons lui faire confiance pour conserver à la vie sa valeur suprême. »

Ne pas redouter l’avenir. Faire confiance à la jeunesse. Conserver  coûte que coûte à la vie sa valeur suprême.

A demain