Dr Olivier Véran, 39 ans, nommé ministre: réussira-t-il là où Agnès Buzyn aura échoué ?

Bonjour

Dans le torrent des démissions en cascade, une nomination: le Dr Olivier Véran, 40 ans succède à Agnès Buzyn au ministère des Solidarités et de la Santé. Un poste qu’il aurait (presque) pu occuper dès l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. Depuis il piaffait. Le voici désormais détenteur du maroquin dont il rêvait. Un maroquin élargi doublé de la lutte contre une épidémie.

« Sur la proposition du Premier ministre, le président de la République a mis fin, sur sa demande, aux fonctions de Mme Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. M. Olivier Véran est nommé ministre des Solidarités et de la Santé » – communiqué de presse de l’Elysée dimanche 16 février, fin de journée.

Neurologue (CHU de Grenoble) très jeune atteint par le virus de la politique. Socialiste tard venu chez les macroniens, occupe une place croissante dans le champ politique national : député LREM de l’Isère, puis co-rapporteur du projet de loi sur les retraites. Grosse présence médiatique. Bon pédagogue ayant vite appris le langage technocratique.

Pragmatique, intéressé par la cigarette électronique

Socialiste, il avait en 2015 planché, à la demande de la ministre de la Santé Marisol Touraine, sur la réforme du financement des hôpitaux pour corriger les effets pervers de la tarification à l’activité (T2A). Cinq ans plus tard le voici directement confronté au mouvement sans précédent des colères hospitalières et de la crise majeure de l’hôpital public 1.

«S’il s’inscrit dans la continuité d’Agnès Buzyn, dont il est proche, le praticien hospitalier, père de deux enfants et féru de musique, est parfois taclé pour son manque de constance politique et sa vision hospitalo-centrée des choses, résume Le Quotidien du Médecin. Fin 2019, son dispositif expérimental de réorientation de certains patients des urgences vers la ville pour désengorger l’hôpital a irrité plus d’un médecin libéral.»

On se souvient aussi de son intérêt pour la politique de réduction des risques -et d’un certain courage pour s’intéresser publiquement aux vertus de la cigarette électronique. Il osait ainsi trancher avec les invraisemblables dénis de Marisol Touraine et d’Agnès Buzyn.

C’est, en résumé, donner un aperçu des multiples orages qui attendent ce jeune ministre – un hyperactif nommé au terme d’une affaire politique invraisemblable , une mise en abyme du sordide qui, immanquablement; laissera des traces.

A demain @jynau

1 « Le système de santé public a été mis en situation de thrombose par la gestion de Madame Buzyn. Nous en sommes à onze mois de grève dans l’hôpital. La campagne de la République en Marche à Paris est terminée. Madame Buzyn représente la destruction de l’hôpital public », a twitté le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

Stress post-traumatique: nouvelles lumières cérébrales sur les «résurgences intempestives»

Bonjour

Voici, plus de cinq ans après les « attentats de Paris et Saint-Denis », une publication de Science . Un travail dirigé par Francis Eustache et Pierre Gagnepain (université de Caen/Normandie, CHU de Caen, GIP Cyceron, Neuropsychologie et Imagerie de la Mémoire Humaine). Une recherche dont les fruits ne seront pas simples à vulgariser par les médias généralistes – en dépit du travail effectué par le service de presse de l’Inserm.

Ce dernier nous rappelle que les attentats du 13 novembre 2015 « ont laissé des marques durables, non seulement sur les survivants et leurs proches, mais aussi sur la société française dans son ensemble ».  Fut alors mis en place le « Projet 13-Novembre » : un programme de recherche transdisciplinaire porté par HESAM Université, le CNRS et l’Inserm. Co-direction assurée par le neuropsychologue Francis Eustache et l’historien Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS.

Objectif : étudier la construction et l’évolution de la mémoire après les attentats du 13 novembre 2015, et en particulier l’articulation entre mémoire individuelle et mémoire collective de ces événements traumatiques – et plus généralement mieux comprendre les facteurs protégeant les individus du stress post-traumatique.

Dans ce cadre, une étude d’imagerie cérébrale intitulée « Remember » s’intéresse aux réseaux cérébraux impliqués dans le Trouble de stress post-traumatique. Ce sot ces travaux qui donnent lieu aujourd’hui à une publication dans la revue Science, le 14 février 2020. Les auteurs se sont penchés sur le phénomène de la résurgence intempestive des images et pensées intrusives chez les patients atteints de stress post-traumatique. Cette résurgence est généralement attribuée à une « défaillance de la mémoire ». Selon les chercheurs français elle serait également liée à un « dysfonctionnement des réseaux cérébraux qui la contrôlent ».

Eclairer en amont, se rapprocher au plus près de la réalité cellulaire sinon moléculaire. De manière, en suivant cette piste à mieux comprendre le substrat de certaines souffrances. Et espérer identifier ainsi de nouvelles pistes de traitement. Plus de cinq ans après l’horreur du 13 novembre.

A demain @jynau

1 Mary A, Dayan J, Leonne G et al, Resilience after trauma: the role of memory suppression, Science, 14 février 2020

Alerter pour sauver les «bébés secoués» : l’affaire alimente une polémique sans précédent

Bonjour

On n’attaque pas sans risque la Haute Autorité de Santé (HAS). Il y a deux ans cette institution réactualisait ses recommandations pour lutter au mieux contre le syndrome du « bébé secoué » 1 : « Diagnostiquer les cas de bébé secoué et poursuivre la mobilisation contre les maltraitances infantiles ».

« Responsable de lésions cérébrales graves, parfois fatales, le syndrome du bébé secoué (SBS) survient lorsqu’un adulte secoue un bébé par exaspération ou épuisement face à des pleurs qu’il ne supporte plus. En raison de son démarrage précoce et de son caractère répétitif, le SBS constitue une des maltraitances infantiles les plus graves. Chaque année, plusieurs centaines d’enfants en sont victimes en France. Il touche en majorité des nourrissons, garçons, de moins de 1 an et le plus souvent de moins de 6 mois. Ne pas diagnostiquer cette maltraitance expose à un risque majeur de récidive et à des séquelles sévères à vie ou au décès. »

Ce syndrome est la principale cause de mortalité et de morbidité au cours de la maltraitance du jeune enfant. En l’absence d’observatoire national, l’incidence en France est estimée « à plusieurs centaines de cas » – et entre 14 et 56 cas pour 100 000 enfants de moins de douze mois/an selon les études étrangères.

Puis on apprenait, il y a quelques jours, qu’un avocat, Me Grégoire Etrillard, et une association de familles, Adikia (« Nos bébé sont malades, nous risquons la prison ») , avaient écrit à la Haute Autorité de santé (HAS) pour demander l’abrogation des recommandations relatives à ce « traumatisme cranio-cérébral non accidentel ». « Il est urgent que ces recommandations, beaucoup trop affirmatives, et sur certains points fausses, soient abrogées », résumait Me Etrillard, lors d’un point presse tenu le 2 décembre à Paris – propos rapportés par Le Monde (Sandrine Cabut). Dans son argumentaire de vingt-cinq pages, l’avocat, qui défend une cinquantaine de familles « faussement accusées », arguait que « les excessives certitudes exprimées par ces recommandations ont envahi la sphère judiciaire au point d’en être régulièrement le fondement unique ». Or, poursuivait-il, les conséquences sont dramatiques puisque cela aboutit, « à cause d’un diagnostic présenté comme “certain” et que nul ne peut remettre en cause, au placement d’enfants, à la séparation d’avec la famille et à la condamnation d’innocents à de lourdes peines ».

Emeline Hautcœur, vice-présidente de l’association Adikia, qui représente trois cents familles : « Ce sont des vies brisées, des couples qui se séparent, des personnes qui ont tenté de mettre fin à leurs jours. C’est un enfer, on apprend à vivre avec, mais on ne s’en remet pas ».

« Un diagnostic de secouement qui serait devenu trop systématique »

Le Monde rappellait aussi que le SBS (sujet très sensible en raison de sa gravité potentielle, et du contexte de protection de l’enfance) est au cœur d’une controverse scientifique qui dépasse largement la France. « Au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, au Canada, ou encore en Suède, des médecins et des publications remettent en question la façon dont est porté le diagnostic de secouement, qui serait devenu trop systématique, sans tenir compte d’autres cause possibles des lésions observées.

Dans son courrier envoyé à la présidente de la HAS, Me Etrillard soulignait que les recommandations sur le SBS sortent de la compétence de cette autorité. « Présentées comme étant adressées aux praticiens dans le cadre de leur démarche de soins, elles sont en réalité une injonction de signalement et un manuel d’expertise à destination du monde judiciaire », écrit-il. L’avocat estime aussi que les recommandations « se montrent affirmatives sur de nombreux sujets non démontrés ou controversés, ne présentant ainsi pas les gages d’impartialité attendus d’une telle publication sur le plan scientifique ». Il souligne au passage qu’elles ont été éditées « par un groupe de travail dont ni la présidente ni les chargés de projet ne sont spécialistes en neurologie pédiatrique ».

Le Monde citait encore le Dr Jean-Claude Mselati, pédiatre, réanimateur, et expert agréé par la Cour de cassation. « Ces recommandations de la HAS s’appuient sur une large bibliographie, mais celle-ci est assez malhonnête, car elle occulte quasiment toute la littérature scientifique qui ne va pas dans le sens des rédacteurs, accusait-il.  Aujourd’hui, tout nourrisson avec un peu de sang autour du cerveau est considéré comme secoué par la dernière personne qui était avec lui quand les symptômes sont apparus. Il n’y a plus aucune réflexion ni nuance ».

Contester les recommandations c’est se tromper de sujet

Sollicitée par Le Monde, la HAS expliquait qu’elle allait se donner le temps d’étudier le document. Elle avait deux mois pour réagir à la demande d’abrogation. A défaut, Me Etrillard et l’association Adikia prévoyaient de porter le dossier devant le Conseil d’Etat.

Quinze jours auront suffit. Aujourd’hui la HAS publie une « mise au point » dont le ton en dit long sur l’irritation qui est la sienne : « La HAS réaffirme l’importance de sa recommandation sur le diagnostic de syndrome du bébé secoué. MISE AU POINT – Mis en ligne le 19 déc. 2019 ». Extraits (nous soulignons) :

« Interpellée sur sa recommandation sur le diagnostic du syndrome du bébé secoué, la HAS réaffirme, avec l’ensemble des organisations professionnelles et associations de patients qui ont été mobilisées pour les élaborer 2, l’importance de ses travaux et le rôle essentiel des professionnels de santé dans le repérage, le diagnostic et la prévention de ces maltraitances à enfant. Elles refusent de laisser sans réaction la mise en cause de la compétence et de la probité scientifique de leurs experts. (…)

« Aujourd’hui, avec l’ensemble des sociétés savantes et associations qui ont mené ce travail sur le syndrome du bébé secoué, la HAS tient à souligner la qualité de cette recommandation alors qu’elle fait l’objet de contestations de la compétence voire d’une remise en cause inacceptable de la probité scientifique des membres du groupe du travail. »

 Pour la HAS, tout bien pesé les choses sont assez simples : contester les recommandations c’est se tromper de sujet. On ne s’attaque pas impunément à la Haute Autorité de Santé.

A demain @jynau

1 Sur ce thème : Nau J.-Y. Au cœur des cerveaux des « bébés secoués » Rev Med Suisse 2019; volume 15. 1198-1199

2 Cette « mise au point » est signée des instititions et responsables suivants : Haute Autorité de Santé – Pr Dominique Le Guludec ; Société française de neurologie pédiatrique – Pr Stéphane Auvin ; Société française de neurochirurgie – Pr Emmanuel Gay ; Conseil national professionnel de neurochirurgie – Dr Thierry Faillot ; Conseil national professionnel de pédiatrie – Pr Brigitte Chabrol ; Société française de pédiatrie – Pr Christophe Delacourt ; Société francophone d’imagerie pédiatrique et prénatale – Dr Hervé Brisse ; Société française de radiologie – Pr Jean-François Meder ; Société française de médecine légale – Pr Valéry Hédouin ; Société française de médecine physique et de réadaptation – Pr Isabelle Laffont ; Conseil national professionnel de médecine d’urgence – Pr Dominique Pateron ; Conseil national professionnel de radiologie – Pr Louis Boyer ; Conseil national professionnel d’anesthésie-réanimation – Dr Laurent Heyer ; Conseil national professionnel de médecine légale et d’expertise médicale – Pr Sophie Gromb ; Collège infirmier français – Marie-Claude Gasté ; Conseil national professionnel d’ophtalmologie (Académie française de l’ophtalmologie) – Pr Béatrice Cochener ; Syndicat national des médecins de PMI – Dr Pierre Suesser ; Collège national des sages-femmes – Adrien Gantois ; Collège national pour la qualité des soins en psychiatrie (CNPP-CNQSP) – Dr Maurice Bensoussan ; Collège de la médecine générale – Pr Paul Frappé ; France traumatisme crânien – Dr Emmanuel Chevrillon ; Société française de pédiatrie médico-légale – Dr Martine Balençon ; Société Française de Neurochirurgie Pédiatrique – Pr Didier Scavarda.

Alzheimer. A Saumur un nonagénaire tue sa femme avant de retourner l’arme contre lui

Bonjour

C’est une tragédie « du quotidien », parfaitement résumée par l’AFP – cinq cents caractères.

« Un homme de 91 ans a tué par arme à feu sa femme de 92 ans, atteinte de la maladie d’Alzheimer, avant de se donner la mort à Saumur (Maine-et-Loire), a indiqué ce 19 décembre le parquet de la ville. Le couple de nonagénaires avait été retrouvé sans vie le 17 décembre à son domicile de Bagneux, commune associée de Saumur, a indiqué Guillaume Donnadieu, procureur de la République de Saumur. Selon les enquêteurs, l’homme a tué sa femme avec un pistolet avant de retourner l’arme contre lui. Trois courriers expliquant son geste ont été retrouvés, dont un adressé à l’auxiliaire de vie qui s’occupait de la malade. »

A demain @jynau

La «mort cérébrale» et l’OTAN : que faut-il garder en mémoire pour briller en société ?

Bonjour

C’est une nouvelle métaphore macronienne dont les médias ne cessent de se repaître : celle utilisée par le président de la République, contre tous les usages diplomatiques, dans The Economist. Extrait (nous soulignons) :

« (…) L’instabilité du partenaire américain et la montée des tensions font que l’idée d’une Europe de la défense s’installe progressivement. C’est un véritable aggiornamento d’une Europe puissante et stratégique. J’ajoute que nous devrons à un moment faire le bilan de l’OTAN. Ce qu’on est en train de vivre,c’est pour moi la mort cérébrale de l’OTAN Il faut être lucide (…) »  

L’affaire, depuis quelques jours fait florès. Nombre de journalistes y ont vu un « électro-choc » (sic). Une incitation officielle et française à la désinhibition. Ainsi le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est fendu d’un tacle-carton-diplomatique-rouge à l’endroit du président français le 29 novembre. « Ces déclarations ne siéent qu’à ceux dans ton genre qui sont en état de mort cérébrale, a-t-il osé déclarer lors d’un discours à Istanbul. Personne ne fait attention à toi. Tu as encore un côté amateur, commence par remédier à cela. Lorsqu’il s’agit de fanfaronner, tu sais très bien le faire. Mais lorsqu’il s’agit de verser à l’Otan l’argent que tu lui dois, c’est autre chose. »

Mollaret et Goulon

Paris a aussitôt riposté en convoquant l’ambassadeur de Turquie au quai d’Orsay, dénonçant des « insultes ». Les citoyens attendent la suite.

Pour l’heure la métaphore impose de revenir à l’histoire et au concept, aujourd’hui sans cesse mis à mal, revisité, par les neurosciences. Rappeler qu’après des siècles d’observations et d’inquiétudes quant à la définition de la mort, le «coma dépassé » a pour la première fois au monde été décrit à Paris. C’était il y a précisément soixante ans, à l’hôpital Claude-Bernard par l’infectiologue Pierre Mollaret et le neurologue Maurice Goulon. Puis vint, en 1968, la révolution française d’une nouvelle définition, légale,  de la mort : « la mort cérébrale », qui devient « légale » en France via la « circulaire Jeanneney » du 24 avril 1968. Et tout, depuis un demi-siècle, n’a cessé de s’affiner afin, notamment, de faciliter les prélèvements d’organes pour réparer les vivants.

Où l’on voit, où l’on saisit, où l’on comprend les étroites limites de la métaphore cérébrale appliquée à l’OTAN (70 ans). Qui sait ? Il n’est pas impossible que la finesse diplomatique puisse s’emparer de ces subtilités pour nous sortir de l’ornière linguistique et politique.

A demain @jynau

Porteur d’un gène pathologique ? Non, vous n’êtes pas tenu d’en informer votre assureur !

Bonjour

La justice française peut ne pas plier sous le joug des puissants assureurs. Une histoire exemplaire vient nous le démontrer. « L’assureur Aviva refuse de verser la garantie prévue à la famille d’un homme décédé en 2018, au motif que ce dernier n’avait pas déclaré qu’il était porteur du gène responsable, à terme, de la maladie de Huntington » rapportait, en septembre, Mediapart (Louise Fessard).

Et l’on vient d’apprendre que le Tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre vient de condamner l’assureur à verser environ 300.000 euros dus au titre de la garantie, et 3.000 euros de dommages et intérêts – décision rendue le 25 octobre et  que l’AFP a pu consulter.

L’histoire est simple autant qu’édifiante. Le défunt avait souscrit un « contrat de garantie décès » en 2016. Il se savait alors, depuis 2003, porteur du gène responsable de la maladie de Huntington. Une information obtenue via un test génétique qu’il avait fait pratiquer dans la perspective de devenir père et alors que, dans sa famille, des cas avaient été recensés.

En 2016, il n’avait aucun des symptômes de cette affection neurologique dégénérative. Un médecin qui le suivait avait ainsi pu rédiger, en 2017,  un certificat médical le déclarant « indemne de tout signe neurologique ». Après son décès en 2018, l’assureur Aviva avait appris « incidemment » (sic) que le défunt était porteur du gène anormal. Il avait alors refusé la garantie, estimant qu’il aurait dû le mentionner dans le formulaire médical et qu’il avait donc fait une « fausse déclaration intentionnelle ».

Le principe de non-discrimination génétique

Sa veuve, qui élève trois jeunes enfants, avait assigné l’assureur en justice. Après une audience tenue le 23 septembre, le TGI de Nanterre lui a donné raison. « L’assureur ne peut opposer au candidat à une assurance le résultat de tests génétiques prédictifs ayant pour objet la recherche d’une maladie qui n’est pas encore déclarée ni, par voie de conséquence, lui reprocher de ne pas dévoiler, au moment de son adhésion, une telle prédisposition dès lors que la maladie ne s’est pas encore manifestée » fait valoir la justice française.

Pour Me Elodie Lachambre, avocate de la famille, il s’agit d’une « interprétation large » du principe de non-discrimination génétique, inscrit dans le code de la santé publique 1. « Le tribunal a répondu à tous les arguments en défense, que ce soit en interdisant à l’assureur de tenir compte d’une information issue d’un test génétique, quelle que soit la manière dont il en a eu connaissance, mais aussi en confirmant que, quelles que soient les prédispositions génétiques de l’assuré, elles ne remettent pas en cause le caractère aléatoire du contrat », explique-t-elle

Interrogé par l’AFP, l’assureur Aviva (3 millions de clients en France, 4 500 collaborateurs) a indiqué « prendre acte » de cette décision et ne pas souhaiter faire de commentaire. On aurait pourtant aimé connaître sa perception du principe de non-discrimination génétique.

A demain @jynau

1 Article L1141-1 : « Les entreprises et organismes qui proposent une garantie des risques d’invalidité ou de décès ne doivent pas tenir compte des résultats de l’examen des caractéristiques génétiques d’une personne demandant à bénéficier de cette garantie, même si ceux-ci leur sont transmis par la personne concernée ou avec son accord. En outre, ils ne peuvent poser aucune question relative aux tests génétiques et à leurs résultats, ni demander à une personne de se soumettre à des tests génétiques avant que ne soit conclu le contrat et pendant toute la durée de celui-ci. »

Un bien étrange rebondissement anti-Alzheimer: la très profitable volte-face du géant Biogen

Bonjour

Si elle existe, où est la vérité statistique pharmaceutique face aux pathologies neurodégénératives ?

L’histoire commence il y a trois ans avec une promesse médicamenteuse alléchante. Soit une publication de Nature ; un clinique mené sur 165 personnes souffrant de maladie d’Alzheimer à partir de l’anticorps monoclonal aducanumab administré mensuellement par voie intraveineuse. Développée par le géant biotechnologique Biogen, cette molécule expérimentale était depuis quelque temps déjà présentée comme prometteuse dans cette indication. Son action vise, schématiquement, à « dissoudre » les agrégats de protéine bêta-amyloïde dans les tissus cérébraux l’un des signes caractéristiques de cette maladie neurodégénérative aujourd’hui incurable.

« Est-ce une action sur un symptôme ou sur la cause ? Tout est là… écrivions-nous en 2016. Les auteurs de la publication de Nature annonçaient avoir observé, après un an de traitement à doses élevées, des résultats positifs en terme de réduction des pertes de mémoire – résultats positifs également à l’imagerie cérébrale. Mais ils faisaient aussi état d’effets secondaires handicapants (céphalées) qui avaient conduit un quart des personnes à arrêter cet essai. »

Ces résultats mitigés devaient être suivis d’un essai clinique de phase III mené auprès de 2700 personnes à un stade très précoce de la maladie en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. On retenait, alors, le commentaire du Dr Tara Spires-Jones (Centre for Cognitive and Neural Systems at the University of Edinburgh) : « Je suis prudemment optimiste quant à ce traitement, mais en essayant de ne pas trop être excité parce que de nombreux médicaments ont donné des résultats à un stade précoce avant de se révéler des échecs lors d’essais plus importants ».  Ou encore la phrase de John Hardy, professeur de neurosciences à l’University College de Londres : «Ces nouvelles données sont alléchantes, mais elles ne sont pas encore définitives ».

Fin annoncée de l’aventure

Puis, en mars dernier, fin de l’aventure.  « Biogen et son partenaire japonais Eisai ont annoncé l’arrêt des essais de leur médicament expérimental contre la maladie d’Alzheimer, l’aducanumab, et le laboratoire américain voit partir en fumée quelque 18 milliards de dollars de sa capitalisation boursière jeudi à Wall Street, rapportait Reuters (Julie Steenhuysen à Chicago, Tamara Mathias à Bangalore, Takashi Umekawa à Tokyo et Caroline Humer à New York, Dominique Rodriguez pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten). Les essais de l’aducanumab en étaient arrivés à la phase 3, qui précède une éventuelle commercialisation, après une phase 2 qui s’était révélée prometteuse et avait suscité un optimisme prudent de la part des investisseurs, échaudés par de nombreux échecs précédents de différents laboratoires contre la maladie d’Alzheimer. »

L’action Biogen abandonnait alors près de 30%, sa plus forte baisse depuis février 2005. Biogen et Eisai expliquaient alors l’abandon de ce traitement expérimental en invoquant une efficacité insuffisante et non des questions de sécurité. « Cette nouvelle décevante confirme la complexité du traitement de la maladie d’Alzheimer et la nécessité de faire progresser les connaissances en neurosciences » reconnaissait le PDG de Biogen Michel Vounatsos. Et Eisai et Biogen de préciser qu’ils continueraient à travailler sur d’autres traitements contre la maladie d’Alzheimer

« Tout traitement efficace contre la maladie d’Alzheimer, qui touche environ 5,7 millions d’Américains, est pratiquement assuré de devenir l’un des médicaments les plus vendus au monde, ajoutait Reuters.  Mais les traitements expérimentaux ont eu jusqu’ici un bilan négatif, avec plus d’une centaine d’échecs. »

Relecture opportune des données passées

23 octobre 2019. Rebondissement spectaculaire : à  la surprise générale, les laboratoires Biogen et Eisai ont annoncé aujourd’hui qu’après consultation auprès des autorités de santé américaines, Biogen va demander une autorisation de mise sur le marché pour son traitement expérimental : l’aducanumab.

Comment comprendre ? « Suite à l’abandon de deux essais cliniques en phase 3, Biogen annonce une nouvelle analyse des résultats précédents en prenant en compte des données supplémentaires. Ainsi, ces nouveaux résultats montrent que l’aducanumab serait actif sur le plan pharmacologique et clinique chez des patients atteints de la maladie d’Alzheimer à un stade léger, explique le site de Vaincre Alzheimer. Les deux études de phase 3, EMERGE (1 638 patients) et ENGAGE (1 647 patients), visaient à évaluer l’efficacité et la sécurité de différentes doses mensuelles d’aducanumab pour réduire les déficiences cognitives et fonctionnelles chez les malades d’Alzheimer à un stade précoce. »

Il semblerait que suite à ces deux abandons, des données supplémentaires seraient devenues disponibles qui auraient permis d’élargir la base de données et de montrer que les premières analyses étaient « incorrectes ». L’essai EMERGE aurait finalement atteint son objectif principal : réduire de 23% le déclin clinique dans le groupe ayant reçu le traitement, comparé au groupe placebo.

Le second essai, ENGAGE, n’a toujours pas atteint ce critère, mais Biogen a déclaré que « les résultats d’un sous-ensemble de participants ayant bénéficié d’une exposition suffisante à l’aducanumab à haute dose, étayaient les conclusions d’EMERGE ».

Hier, à Wall Street, l’action de Biogen s’envolait de 26, puis 37%.Si elle existe, où est la vraie vérité face aux pathologies neurodégénératives ?

A demain @jynau