Ehique et comas végétatifs : l’affaire Guillaume T. après l’affaire Vincent Lambert

 

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À Reims, les médecins de Vincent Lambert, dans le coma depuis 10 ans, s’apprêtent à décider de l’arrêt ou non des soins. Au même moment, à Lyon, une équipe médicale annonce être parvenue à sortir un malade de son état végétatif avant de faire l’objet de vives critiques.

Hasard et ou fatalité. L’affaire intéressera ceux qui croient (ou non) au ciel et tous ceux qui font confiance à la science. Dans un courrier daté du 22 septembre, le Dr Vincent Sanchez du CHU de Reims a informé la famille de Vincent Lambert, dans le coma depuis 2008, qu’une nouvelle procédure «collégiale médicale» allait être engagée à la demande d’un membre de la famille favorable à un arrêt des soins.

Trois jours plus tard, une équipe de chercheurs et de médecins lyonnais publiait une première mondiale dans la revue scientifique Current Biology: ils étaient parvenue à faire qu’un homme aujourd’hui âgé de 35 ans plongé depuis quinze ans dans un «état végétatif» retrouve un état de «conscience minimale» grâce à la stimulation électrique répétée du nerf vague. Dans leur «correspondance» à la revue, les chercheurs expliquent en substance avoir implanté une électrode chez ce patient, à proximité de son artère carotide gauche, pour stimuler le nerf vague gauche. L’électrode a été reliée, sous la peau, à un générateur d’impulsions électriques. Une stimulation de 30 hertz a alors été appliquée jour et nuit par cycles de trente secondes, suivies de cinq minutes d’arrêt. Puis l’intensité a été progressivement augmentée. Après un mois de cette stimulation, une double amélioration a été observée (…)

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Stimulation cérébrale « miraculeuse » : Libération accuse les chercheurs de mensonge

 

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La charge est massive : « Stimulation cérébrale, quand les chercheurs mentent ». Restera-t-elle sans réponse ? On savait que la publication-événement  de l’équipe lyonnaise quant à la stimulation cérébrale d’un malade en état végétatif déclencherait des réactions passionnées avec, en toile de fond, les déchirements de l’affaire Vincent Lambert. On espérait qu’elles seraient, sinon idéologiquement moins marquées, du moins plus élaborées. Las, les chercheurs eux-mêmes se sont mis dans une situation difficile : en omettant volontairement de préciser que leur patient était décédé au moment où leur travail été publié ils ont, de facto, déclenché des accusations éthiques jusqu’alors retenues.

De ce point de vue Libération constitue un cas d’école. Dès le 26 septembre, au lendemain de la médiatisation de la publication dans Current Biology  le quotidien de Jean-Paul Sartre titrait : « Une stimulation cérébrale aurait redonné un peu de conscience à un patient en état végétatif ». Et d’interroger par téléphone la dernière signataire de l’étude, la Dr Angela Sirigu directrice de l’Institut de science cognitive Marc-Jeannerod de Lyon (par ailleurs contributrice du supplément « Science & médecine » du Monde) :

Apprentis en sorcellerie

« N’avez-vous pas eu le sentiment, parfois, de jouer aux apprentis sorciers ?

– Et pourquoi ? Nous ne sommes pas des sorciers. On fait des choses, et l’on sait très bien ce que l’on fait. Ce n’est en rien de la sorcellerie. Là, nous avons montré qu’il y a des signes de conscience. C’est notre espoir, il faut continuer, et nous, on travaille.

« Mais vous pouvez comprendre l’éventuel choc pour les proches du millier de patients qui sont depuis des années en état végétatif, en France aujourd’hui ?

– D’abord, il ne s’agit que d’un cas. Ensuite, la science est faite pour faire changer les idées, les opinions, voire la réalité. C’est notre métier, c’est notre mission. Mais bien sûr, il faut attendre. »

Aujourd’hui Libération n’interroge plus mais commente à la lumière des précisions données par Le Monde quant au décès du patient :

« (…) Propos ahurissants d’un chercheur. Non seulement ils ont caché une information décisive pour ne présenter qu’une version miraculeuse de leur essai. Qui plus est, ils l’ont fait pour un essai qui d’un point de vue éthique pose des problèmes délicats. Ainsi, le patient, évidemment, n’avait pu donner son consentement. De plus, qui peut affirmer que cette stimulation était sans douleur ? Mais encore, on peut se demander si le patient se trouvait «mieux» dans cet état de légère conscience qu’avait provoqué la stimulation. Enfin, même si les chercheurs insistent pour dire qu’il n’y a pas de lien entre cette stimulation et le décès de ce jeune homme, qui peut désormais les croire ? »

Questionnements et critiques éthiques

Qui peut croire en quoi à la lisière du coma et de la conscience ? La Dr Angela Sirigu apporte quelques éléments de réponse dans un entretien accordé au Quotidien du Médecin :

« Vos recherches sur un patient dans un état végétatif ont soulevé de nombreux questionnements éthiques et de nombreuses critiques. Qu’en pensez-vous ?

– Pour ce type de patient, il faut choisir entre ne rien faire ou faire quelque chose. Si nous ne faisons rien, il va rester tout le temps dans cet état végétatif. Nous avons choisi de faire quelque chose, sachant que nos études n’étaient pas invasives, hormis l’intervention chirurgicale d’une vingtaine de minutes pour implanter le stimulateur dans son thorax. Je trouve décevant que certaines personnes critiquent le fait qu’on cherche à aider ces patients.

– Nous nous sommes consacrés à étudier les mécanismes de la conscience et à chercher comment nous pourrions améliorer les interactions avec l’environnement de patients en état végétatif. Nous ne l’avons pas fait que dans le but de faire une découverte, nous l’avons fait pour aider ces patients et aussi pour sensibiliser les chercheurs à cette problématique. Il y a peu de recherches faites sur ces patients donc on ne peut pas avancer. Peut-être qu’un jour nous pourrions leur faire atteindre un seuil de conscience leur permettant d’interagir avec leur environnement.

– Certains nous ont reproché de réveiller le patient d’un état où il ne souffre pas, mais en fait on ne sait pas si les patients dans un état végétatif souffrent ou non. En tant que scientifique, ma mission est de comprendre pourquoi ils sont dans cet état et d’essayer de les aider. Nous avons obtenu des résultats intéressants, mais il faut les prendre avec précaution car il faut les répliquer. Nous avons ouvert une brèche, il faut que d’autres études viennent étayer nos résultats et les confirmer. Je souhaite plus de recherches pour avoir plus de connaissances et pour mieux aider ces patients. Je pense que c’est nécessaire. »

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Michel Jouvet est mort. Ce géant avait découvert l’existence de notre sommeil paradoxal

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Là encore, hasard pur ou fatalité déguisée ? On peut l’entendre ici « Comment Michel Jouvet a-t-il découvert le sommeil paradoxal ? » (France Culture, 12 avril 2013 ; Science Publique, Michel Alberganti). C’était à l’occasion de la publication de ses précieuses mémoires chez Odile Jacob 1. Moins d’une journée après l’attribution du prix Nobel de médecine 2017 à trois pionniers des mécanismes du rythme circadien, le neurobiologiste Michel Jouvet, « père de la médecine du sommeil et découvreur du sommeil paradoxal » vient de mourir à l’âge de 91 ans, à Villeurbanne (Rhône).

On lui doit (pour résumer à l’extrême) la découverte en 1959 du « sommeil paradoxal ». Cet état, différent du sommeil profond et de l’éveil malgré la présence de mouvements oculaires, correspond aux moments où l’on rêve. Sa carrière, en trois lignes. Interne en neurologie à Lyon dans les années 1950, il séjourne aux États-Unis pour se former et débute ses recherches sur le sommeil. Il étudie l’activité cérébrale d’animaux durant l’éveil et le sommeil.

Géant d’un autre temps

En 1961, il établit la classification du sommeil en différents stades : sommeil télencéphalique, caractérisé par des ondes lentes sur les tracés d’électroencéphalographie et sommeil rhombencéphalique ou paradoxal. Il est également l’un des scientifiques à l’origine du concept de « mort cérébrale », dont il avait décrit les signes électroencéphalographiques en 1959.

Michel Jouvet « a mis en évidence le fait que le sommeil paradoxal était associé à une atonie musculaire et l’a différencié du sommeil lent en montrant que c’était un état en soi. Et c’est lui qui a nommé le sommeil paradoxal, a indiqué à l’Agence France Presse Pierre-Hervé Luppi, l’un de ses successeurs au sein du Centre de recherche en neurosciences de Lyon. Au niveau mondial, il fait partie des très grands, des monuments [de la recherche sur le sommeil], avec Kleitman et Aserinsky et un autre Américain, William C. Dement. »

Michel Jouvet, monument, géant d’un autre temps. Il avait par ailleurs découvert (et expérimenté) les propriétés « anti-sommeil » d’une molécule sur laquelle tout ou presque reste à écrire : le modafinil. Pur hasard ou fatalité déguisée ?

Sans oublier la somme des ouvrages de Michel Jouvet édités chez Odile Jacob . Et notamment « Le Château des songes », « Le Sommeil, la Conscience et l’Eveil », « Le Sommeil et le rêve » , « Le Voleur de songes ».

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1 « De la science aux rêves – Mémoires d’un onirologue » . « Connaître les mécanismes et les fonctions du rêve : tel fut le but d’une longue recherche. C’est l’histoire que je raconte dans ces Mémoires. Comment le hasard, ou ce qu’on appelle maintenant la “sérendipité”, m’a permis quelques découvertes fécondes. Mais aussi comment je me suis égaré ou trompé plusieurs fois.  J’ai essayé de raconter les aventures d’une vie de chercheur, parfois assombrie par des impasses ou des échecs, mais plus souvent encore riche de découvertes imprévues, de rencontres d’individus extraordinaires et parsemée de voyages, de péripéties – sans oublier la souterraine présence de ce qu’on appelle l’inconscient, qui parfois veut bien surnager sur l’océan. »  

Sans oublier la somme des ouvrages de Michel Jouvet édités chez Odile Jacob . Et notamment « Le Château des songes », « Le Sommeil, la Conscience et l’Eveil », « Le Sommeil et le rêve » , « Le Voleur de songes ».

 

 

Rebondissement : le patient lyonnais qui avait été sorti de son état végétatif est décédé  

 

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Certains auront l’impression d’avoir été floués. A tort. Le Monde (Florence Rosier et Herbé Morin) revient aujourd’hui sur les raisons expliquant que le « décès de Guillaume T. n’a pas été révélé ». Guillaume T., un cas hors du commun dont la récente médiatisation allait éveiller de nouveaux espoirs et rallumer de vieilles controverses : un homme âgé de 35 ans, plongé depuis quinze ans dans un « état végétatif » (état « d’éveil non répondant ») et qui avait retrouvé un état de « conscience minimale » ; un résultat spectaculaire obtenu via la stimulation électrique répétée du nerf vague.

Cette première avait fait l’objet d’une publication datée du 25 septembre dans la revue Current Biology :« Restoring consciousness with vagus nerve stimulation » ; une publication signée par un groupe de onze chercheurs lyonnais dirigés par la Dr Angela Sirigu (Institut des Sciences Cognitives Marc Jeannerod, UMR5229, Centre CNRS, Université Claude Bernard, Hospice civils de Lyon).

Le Monde avait été l’un des premiers médias généralistes à faire état de cette première. En prenant soin de préciser qu’Angela Sirigu était une contributrice régulière de son  supplément « Science & médecine ».

Et c’est Le Monde qui, dans ce supplément annonce la mort du patient. « C’est à notre demande que le décès de Guillaume n’a pas été révélé, pour des raisons privées » souligne la mère de Guillaume T. qui « a accepté de parler au Monde ». Ni l’ article de Current Biology ni les chercheurs (pourtant interrogés sur l’ avenir de ce patient) n’avaient fait état de cette mort. C’est le Parisien qui, le mercredi 27  septembre, avait révélé ce son décès – une « omission » qui  a suscité de nombreuses questions. Pour sa part Angela Sirigu indique s’être conformée au souhait des proches.

Apnées du sommeil et infection fatale

« Nous en avions discuté avec la -familleEnsemble  nous avions pensé, à tort, que cela allait entraîner un amalgame entre la stimulation et le décès , confirme le Pr JacquesLuauté, qui suivait Guillaume T. depuis plusieurs années dans son service de réadaptation neurologique du CHU de Lyon. On était arrivé à la conclusion que ce décès – sans lien avec l’expérimentation – était un événement familial intime . C’était une erreur, car il était évident qu’on nous demanderait ce que ce patient était devenu. » Exact.

Guillaume T. a fait l’objet , conformément à un protocole visé par un « comité de protection des personnes » d’une stimulation nerveuse entre janvier et septembre  2016. Sa famille a ensuite souhaité poursuivre ces stimulations. « Il était beaucoup plus présent , j’ai vu les bénéfices pour mon fils, témoigne sa mère . Cela a été une très belle période. » Puis, en février  2017, la famille fait état d’apnées du sommeil (effet indésirable de la stimulation du nerf vague). Après diminution de l’ampérage, le stimulateur implanté a été définitivement éteint en mars dernier. « En juin, alors qu’il faisait très chaud, relate sa mère, il a fait une infection qui s’est aggravée en quelques jours. » Elle sera fatale. Il n’y a pas eu d’autopsie. Pourquoi ?

Fallait-il faire état du décès dans le manuscrit accepté par Current Biology ? Sans doute. Etait-ce possible ? Selon Steven Laureys (université de Liège), l’un des meilleurs spécialistes mondiaux du domaine « par souci d’honnêteté, il aurait été bien de le mentionner». « La transparence , c’est très important, souligne-t-il. Mais cela n’enlève rien, selon moi, à l’ intérêt potentiel de cette technique. » Et maintenant ?

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Après quinze ans dans un état végétatif un patient lyonnais retrouve une conscience minimale

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C’est, à n’en pas douter, une publication-événement. Un cas hors du commun dont la médiatisation va éveiller de nouveaux espoirs et rallumer de vieilles controverses : un homme aujourd’hui âgé de 35 ans plongé depuis quinze ans dans un « état végétatif » (état « d’éveil non répondant ») a retrouvé un état de « conscience minimale » ; un résultat spectaculaire obtenu via la stimulation électrique répétée du nerf vague.

Cette forme de première fait l’objet d’une publication datée de ce 25 septembre dans la revue Current Biology :« Restoring consciousness with vagus nerve stimulation ». Elle est signée par un groupe de onze chercheurs lyonnais dirigés par Angela Sirigu (Institut des Sciences Cognitives Marc Jeannerod, UMR5229, Centre CNRS, Université Claude Bernard, Hospice civils de Lyon). Elle est d’ores et déjà largement commenté au sein de la communauté médicale et scientifique spécialisée : « Expert reaction to study looking at vagus nerve stimulation in a patient in a vegetative state ».

« Cette avancée très importante ouvre une nouvelle piste thérapeutique pour des patients à l’état de conscience altéré », s’enthousiasme dans Le Monde (Florence Rosier) le Pr Lionel Naccache, (Institut du cerveau et de la moelle épinière, hôpital de la Pitié-Salpêtrière) qui n’a pas participé à l’étude. « Un vieux dogme voudrait qu’il n’existe aucune chance d’amélioration chez les patients sévèrement cérébrolésés depuis plus d’un an. Mais ce dogme est faux, comme le confirme cette étude. La plasticité cérébrale, cette capacité de remodelage et d’adaptation de notre cerveau, est parfois étonnante. C’est un traitement chirurgical très prometteur » estime le très mesuré Pr Steven Laureys (GIGA-Consciousness de Liège) l’un des meilleurs experts mondiaux du domaine.

« Nous avons vu une larme couler »

A l’âge de 20 ans, le patient lyonnais avait été victime d’un accident de la circulation qui avait provoqué de graves lésions cérébrales. Suivi dans le service du Pr Jacques Luauté, mais vivant au domicile de sa mère, il était considéré, depuis quinze ans, comme étant dans un état d’éveil non répondant. « Nous avons voulu explorer les effets de la stimulation du nerf vague chez ce patient : nous avons discuté avec sa famille et obtenu l’accord de celle-ci, ainsi que celui du comité d’éthique » a expliqué au Monde Angela Sirigu (par ailleurs contributrice du supplément « Science & médecine » du quotidien vespéral).

Les chercheurs expliquent avoir implanté une électrode chez ce patient, à proximité de son artère carotide gauche, pour stimuler le nerf vague gauche. L’électrode a été reliée, sous la peau, à un générateur d’impulsions électriques. Jour et nuit, une stimulation de 30 hertz a été appliquée, par cycles de trente secondes, suivies de cinq minutes d’arrêt. Puis l’intensité a été progressivement augmentée. Après un mois de cette stimulation, une double amélioration était observée. Le patient suivait des yeux un objet et il se conformait à des ordres simples, ce qu’il ne faisait pas auparavant.  Sa mère rapporte notamment qu’il restait davantage éveillé quand un thérapeute lui lisait un livre.

« Nous avons vu une larme couler sur sa joue quand il écoutait une musique qu’il aimait », ajoute Angela Sirigu, à propos des réactions sur le plan émotionnel. Corollaire : l’électroencéphalographie a retrouvé chez ce patient une « signature » spécifique d’un état de conscience minimale tandis que le PET révélait une augmentation de l’activité métabolique du cerveau, dans des régions du cortex comme dans des régions plus profondes.

Grâce notamment à l’Union nationale des associations de familles de traumatisés crâniens et de cérébro-lésés (UNAFTC) l’affaire Vincent Lambert avait permis de découvrir qu’environ mille cinq cents personnes, en France, sont aujourd’hui plongées dans des états d’éveil non répondant 1. Et maintenant ?

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1 Lire « Ces 1.500 Vincent Lambert dont personne ne parle » Slate.fr, 24 juin 2014

Bébés et post-vérité : le trop d’écrans responsable de graves troubles du développement

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Qui, dans le nouveau gouvernement « Edouard Philippe I » aura lu l’enquête fort intéressante publiée dans Le Figaro (Agnès Leclair). Qui aura vu la vidéo essentielle qui l’accompagne ? C’est l’une de ces enquêtes qui font encore parfois le sel de la presse écrite, imprimée sur papier ou sur écran. C’est aussi un sujet majeur pratiquement absent de la sphère politique et sanitaire : un sujet qui aurait passionné Aldous Huxley : « l’explosion des troubles chez les tout-petits surexposés aux écrans ».

« La plupart des enfants qui me sont adressés passent au moins six heures par jour devant des écrans. Certains n’arrivent pas à parler, à encastrer trois cubes ou à tenir leur crayon » explique au Figaro le Dr Anne-Lise Ducanda, médecin de la PMI de l’Essonne. Elle parle aussi d’« enfant-écran », de retards de développement, de troubles de la relation, du langage et du comportement. Le Dr Ducanda lance, calmement, pédagogiquement, une alerte essentielle. Elle vient, à l’attention des pouvoirs publics et des parents de réaliser une vidéo essentielle et alarmante – une vidéo à partager, à diffuser dans laquelle cette spécialiste fait le lien avec les « troubles du spectre autistique » et les « troubles envahissant du développement ». Voici cette vidéo : « Les écrans : un danger pour les enfants de 0 à 4 ans ».

Ecoutons encore le Dr Ducanda :

« En 2003, 35 enfants en difficulté m’étaient signalés par les écoles sur 1.000 élèves de maternelle en petite et moyenne section de l’Essonne. Depuis un an et demi, on m’en a déjà signalé 210 en grande difficulté. Toutes les semaines, je suis sollicitée pour de nouveaux cas. À force d’en voir, j’ai fini par faire le lien avec leur consommation d’écrans. Et je ne parle pas d’enfants qui regardent la télévision une heure par jour ! La plupart de ceux qui me sont adressés passent au moins six heures par jour devant des écrans. Les troubles sont plus graves qu’il y a 15 ans et disparaissent dans la majorité des cas quand les parents arrivent à “déconnecter” leurs enfants.»

Enfants sauvages

Que penser de l’avenir de ces bébés qui grandissent à l’ombre des chaînes d’info en continu dans des foyers où la télévision reste allumée toute la journée ?  De ces nourrissons biberonnés à la comptine sur smartphone, des bambins qui ont appris à télécharger une vidéo avant de savoir faire une phrase ? Y aurait-il un biais de recrutement dans la région de Viry-Châtillon ? « La PMI est fréquentée par des enfants « issus de familles lambda, mais aussi de milieux plus défavorisés » précise le Dr Ducanda. Et encore :

 « L’écran , c’est la tétine d’aujourd’hui. Pourquoi les parents se passeraient des écrans pour “calmer” leur enfant alors que personne ne les a mis en garde ? Ils sont rassurés, car leurs enfants ne regardent que des programmes qui leur sont destinés ou des petites applications dites “éducatives” pour apprendre les couleurs ou l’anglais. Ils s’émerveillent de leur habileté et pensent que plus tôt on initie les bébés aux outils numériques, mieux ils seront armés pour le futur. »

Le Figaro explique que, déjà, de nombreux professionnels de la petite enfance ont contacté ce médecin pour évoquer leurs propres observations. Comme l’orthophoniste Carole Vanhoutte (Villejuif, Val-de-Marne) :

« Depuis quelques années, je vois des enfants dès l’âge de 3 ans avec moins d’une dizaine de mots à leur vocabulaire, raconte cette orthophoniste, cofondatrice de l’association Joue, pense, parle. Récemment, il y a eu un nouveau glissement avec l’arrivée de petits dès l’âge de 2 ans et demi qui ne sont pas du tout dans la communication. Ils se comportent comme des enfants un peu “sauvages”, dans leur bulle, comme s’ils n’avaient pas eu l’habitude d’être en relation avec une autre personne ».

 Nicolas Hulot, Agnes Buzyn et Mounir Mahjoubi

Le parallèle avec l’autisme n’a pas manqué de susciter de vives réactions. « Ces constats n’ont pas la même valeur que des études épidémiologiques. Ce médecin de PMI est en contact avec une fraction de la population qui n’est pas forcément représentative et en tire des conclusions générales, a déclaré au Figaro Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS au sein du laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistiques. Il ne faut pas oublier qu’une très forte exposition aux écrans est corrélée au niveau socio-économique des familles. Il faut aussi prendre en compte les conditions de vie, la manière dont parents et enfants interagissent. Quel est l’impact spécifique des écrans sur le développement ? C’est une question à laquelle il n’est pas si facile de répondre. »

Certes. Qui y répondra ? Le Dr Ducanda souhaite le lancement de nouvelles études scientifiques qui pourraient valider sa piste d’un lien entre l’augmentation du nombre d’enfants diagnostiqués victimes de troubles du spectre autistique et l’omniprésence des écrans. Voilà un bien beau sujet politique et écologique. Pour Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé,  Mounir Mahjoubi jeune secrétaire d’État chargé du numérique dans le gouvernement Édouard Philippe. Nicolas Hulot, ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire. Sans oublier le président de la République.

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Neuroéthique : demain les ordinateurs et les neurones humains ne feront-ils plus qu’un ?

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Elon Musk est un cas. PDG de multiples sociétés futuristes (dont SpaceX) il nourrit aussi une passion compliquée pour l’intelligence artificielle. Aujourd’hui il lance la société Neuralink  pour développer une technologie mariant cerveaux humains aux ordinateurs. Applications à venir : « amélioration du développement de l’intelligence artificielle, possibilité d’accéder à des performances intellectuelles plus importantes, faculté de contrôler des objets par la pensée, sauvegarde de sa mémoire etc. ».

The Wall Street Journal vient de s’en faire l’écho.  Et Elon Musk a publié un message sur Twitter, affirmant qu’un long article sur Neuralink allait être mis en ligne sur le site de vulgarisation Waitbutwhy.

Dans un premier temps, comme souvent, des perspectives thérapeutiques sont avancées : certaines formes d’épilepsies ou de dépressions sévères. Ensuite il s’agira de passer de la correction du pathologique à l’amélioration du normal existant.

Machines et fusion

« Un peu selon le même schéma que le développement de SpaceX, qui a commencé par réaliser des vols commerciaux rentables (envoi de satellite ou de vivres pour l’ISS), pour ensuite mettre en place des plans pour coloniser Mars » résume The Huffington Post (Gregory Rozieres) . Une démarche d’autant plus surprenante qu’Elon Musk  met en garde contre l’émergence d’une hypothétique intelligence artificielle qui pourrait dépasser l’humain. Pour lui, la seule réponse possible à cela est de permettre à l’homme de fusionner avec la machine, grâce à des « lacis neuraux » – une technologie qui permettrait de relier le cerveau à un ordinateur de manière bien moins invasive que les implants actuels.

« Lacis neuraux » ?  L’équivalent de filets minuscules qui se connecteraient aux neurones cérébraux. D’abord imaginés par l’auteur de science-fiction Iain Banks, ceux-ci sont devenus bien réels quand des chercheurs ont annoncé avoir réussi à créer quelque chose de similaire en 2015. Le dispositif est si petit et souple qu’il pourrait être injecté à l’aide d’une simple aiguille. Un vrai sujet de neuroéthique et de chirurgie de l’âme.

Transhumanisme et intégrisme

Mathieu Terence a le même âge qu’Elon Musk. Ecrivain, poète et essayiste – auteur du précieux « Le transhumanisme est un intégrisme », il dénonce avec force (dans Le Figaro) l’idéologie d’un mouvement « scientiste, matérialiste et ultralibéral ». Une utopie qui instaure « un nouveau monde en fonction des valeurs dominantes du précédent : jeunesse, efficacité, rentabilité ».

« Elon Musk est, avec Mark Zuckerberg, l’un des principaux argentiers du transhumanisme. Rien d’étonnant à cela. La Silicon Valley a repris le flambeau, en Californie, du millénarisme que prônaient il y a quarante ans les tenants du New Age à San Francisco. Simplement leur idéal est aux antipodes de celui, mystique, spirituel et anti-consumériste de ces oncles spirituels. Il est scientiste, matérialiste, et ultra-libéral. »

« Au fond, rien là que de très logique: le self made man absolu, tel que Musk l’incarne de façon relative et triomphante, est bel et bien le transhumain, écrit encore Terence. Cet IGM (individu génétiquement modifié) fait de sa personne sa propre petite entreprise dont l’unique but consiste à être le plus rentable possible dans le monde dans lequel il doit s’intégrer. L’ ‘’homme augmenté’’, que les neurosciences et le génie génétique rendent plausible aujourd’hui , est le fantasme d’un monde qui, au lieu de savoir donner à vivre une vie vraie, complète, libre, choisie, ou même simplement digne, à l’ensemble du genre humain, a pour but d’abolir la mort de quelques ressortissants, privilégiés. »

Et la France ? Selon Terence le scientisme 2.0 du transhumanisme à la Elon Musk y est incarné par Laurent Alexandre voire par Luc Ferry. Le nouvel ouvrage de Mathieu Terence («  De l’avantage d’être en vie ») paraîtra dans quelques jours chez Gallimard. Il est attendu.

A demain