Réveillonnez à l’aspartame !

Officiellement cet édulcorant est désormais sans danger. Deux solutions : faire confiance aux experts ou vous en méfier. C’est tout notre drame. C’est le drame de l’aspartame.   

La conversation s’étiole entre le poiré et le fromage ? Songez à l’aspartame.  Succès assuré. Dites qu’il y avait des doutes, mais que ce doutes sont levés. Rappelez que l’affaire traînait depuis des années mais que le verdict vient d’être prononcé. Immanquablement un(e) convive confessera son ignorance. Sans cuistrerie vous redirez l’essentiel à l’assemblée.

E951

A savoir que l’aspartame est un édulcorant artificiel découvert (par hasard dit-on) il y a un demi-siècle.  Que c’est un dipeptide composé de deux acides aminés naturels : l’acide L-aspartique et de la L-phénylalanine (sous forme d’ester méthylique). Que son pouvoir sucrant est environ deux cents fois supérieur au saccharose. Que cet additif alimentaire est utilisé dans un très grand nombre de produits destinés à l’alimentation (code E951).

Vous préciserez que les polémiques à son sujet ont quarante ans. Quarante années qu’ont le soupçonne d’être « mauvais pour la santé ». Et quarante ans qu’outre-Atlantique les autorités affirment  son innocuité. En 1981 il est à nouveau autorisé dans les aliments solides, puis dans les liquides. Il en va de même à l’échelon onusien (OMS et FAO).

Synopsis avec rongeurs

Autorisation en France il y a un quart de siècle. Harmonisation de son emploi dans l’Union en 1994, deux ans après que son brevet soit tombé dans le domaine public. Au début des années 2000 tout converge pour laisser penser que sa consommation à des doses modérées ne représente pas de risque particulier.

Puis des études inquiétantes sur des rongeurs laissent penser que l’on est peut-être allé trop vite en besogne. Forts relents de liens d’intérêts. Mise en cause des experts. On connaît le synopsis. Il vient –sauf rebondissement – d’aboutir à son terme avec la publication de l’avis de l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa). Depuis son siège italien de Parme, cette institution nous dit en substance que l’aspartame et ses produits de dégradation ne présentent pas de dangers pour l’espèce humaine – du moins aux niveaux actuels de consommation et en respectant les cas particuliers. On lira cet avis ici.

Exhaustivité totale

 « Cet avis représente l’une des évaluations les plus exhaustives des risques associés à l’aspartame jamais entreprise. C’est un pas en avant qui permettra de renforcer la confiance des consommateurs à l’égard des fondements scientifiques qui étayent le système de sécurité des aliments de l’Union Européenne et la réglementation des additifs alimentaires » nous assure le Dr Alicja Mortensen,  présidente du groupe scientifique de l’Efsa sur les additifs alimentaires et les sources de nutriments ajoutés aux aliments (groupe ANS).

L’Efsa précise  que les experts du groupe ANS ont pris en compte toutes les informations disponibles et, après une analyse approfondie, ont conclu que la dose journalière acceptable (DJA) actuelle de 40 mg/kg de poids corporel/jour constituait une protection adéquate pour la population générale. L’Agence européenne précise toutefois que pour les personnes souffrant de phénylcétonurie la DJA n’est pas applicable du fait de l’obligation qui leur est faite d’observer un régime strict faible en phénylalanine.

Les fruits amers de la transparence

 Souvent accusée de différentes formes de liens (voire de conflits) d’intérêts, l’Efsa  souligne que cet avis sur l’aspartame décrit les critères utilisés pour identifier les études selon lui pertinentes quant à l’évaluation des risques ‒ ainsi que les normes appliquées pour évaluer les preuves scientifiques.  Les experts  se sont ici  penchés sur toutes les incertitudes inhérentes à l’évaluation de l’aspartame. L’avis explique comment ces incertitudes ont été prises en compte dans l’évaluation des risques pour s’assurer que les risques potentiels associés à l’aspartame n’aient pas été sous-estimés.

Il s’agit ici de la première évaluation complète des risques associés à l’aspartame demandée à l’Efsa.  Les études analysées dans cette évaluation des risques comprennent les 112 documents originaux sur l’aspartame ayant été soumis à l’appui de la demande d’autorisation de l’aspartame au début des années 1980. Par souci de transparence, l’Efsa a publié la liste complète de ces études et a mis à disposition les données qui n’avaient pas été publiées précédemment. Cette volonté affichée de transparence portera-t-elle ses fruits ? Faudra-t-il encore compter avec de nouvelles guerres de tranchée médiatisées ?

Cognac ou liqueurs ?

Pour l’heure le « Réseau Environnement Santé » accuse à nouveau l’EFSA de se baser sur des rapports issus de l’industrie et datant de 1973 et 1974, d’écarter des études animales publiées dans des revues de santé environnementale et montrant la cancérogénicité sur le rat et la souris, ainsi que d’autres études montrant des troubles cognitifs chez l’animal.

Que penser de ces irréductibles ? Qu’ils militent pour la dictature du sucre ? Que sucrer c’est pécher ?

Le poiré et le fromage ont disparu. La bûche est bien entamée. Les cigares rougeoient et les eaux de vie sont servies. La discussion peut se poursuivre plus profond dans la nuit.

 

 

Les comptes de la fée Carmat®

Pour l’heure rien ne vient troubler l’écriture de cette belle première mondiale.

 C’est une chanson de geste moderne. Une histoire des temps jadis. Une bouffée venue des temps du  progrès.

C’est une réminiscence de temps en noir et blanc. Des temps d’avant les conflits d’intérêts. Quand les mandarins étaient bien bons. C’était avant l’arrivée, dans la Constitution, du principe de précaution.    

Le Pr Alain Carpentier est né à Toulouse le 11 août 1933. Hier, 23 décembre 2013, dans Le Journal du Dimanche, il glissait quelques confidences. Expliquait pourquoi  il n’était pas présent au chevet du patient porteur de la prothèse qui porte pour partie son nom. « Je suis bien trop influençable pour supporter ça! C’est très éprouvant, dit-il. Le patient va-t-il parler? C’est une chose d’avoir une mécanique qui fonctionne, une tension artérielle et une pression sanguine correcte. Les enregistrements nous le montraient. Mais de là à faire la démonstration que le cerveau fonctionne bien… Finalement, il s’est réveillé douze heures après la fin de l’opération, qui elle-même avait duré plus d’une dizaine d’heures. C’est un délai classique après une transplantation. »

« Je prie tous les jours »

Et ensuite ? « Quand on m’en a averti, j’ai été traversé par une émotion indescriptible. Ou plutôt une vague d’émotions successives. C’est très complexe, il est trop tôt pour l’analyser. Je suis encore dans la période où je prie tous les jours pour que cela aille bien. » Imaginer le Pr Carpentier prier ? Pourquoi pas ?

Aujourd’hui le chirurgien de quatre-vingts ans découvre petit à petit l’homme implanté qui en a cinq de moins. « Nous passons beaucoup de temps ensemble, raconte-t-il. Il a un caractère extraordinaire. Il avait très soif, et quand je lui ai demandé ce qu’il voulait boire, il m’a répondu : « Du Coca! ». L’infirmière a demandé s’il souhaitait un « Coca light ou classique ». Il lui a répondu du tac au tac : « Vous ne pourriez pas parler français? » Au cours de ma carrière, j’ai opéré des milliers de malades. Pour certains, vous tentez l’opération même si l’espoir est minime. C’est difficile à prévoir. Cela dépend beaucoup de la psychologie du malade. Avec celui-ci, on peut dire qu’on a de la chance! Il a un humour formidable. Je n’arrive pas vraiment à me détacher. Je passe des heures avec lui, et lui aussi est très demandeur. C’est un peu comme un enfant pour moi, mais un enfant privilégié. »

Une pompe et un peu plus

Il confie citer souvent une phrase de Claude Bernard : « N’en déplaise aux poètes, le cœur n’est qu’une pompe ». Où est Claude Bernard (personne n’a songé à célébrer cette année le bicentenaire de la naissance) ? Où sont les poètes ? Où est passé le siège de nos sentiments ? 2013. Restent les pompes. « J’ajouterai simplement que c’est une pompe… un peu particulière. Car si vous voyez votre amoureux passer cette porte, votre cœur Carmat va se mettre à battre plus vite, comme un vrai » ajoute le créateur ».

Comment est-ce possible? « Grâce à tout ce que j’ai mis dedans ! Lorsque vous ressentez une émotion, vous secrétez des hormones qui activent votre cœur, le retour de sang augmente. Notre obsession était de reproduire au plus près la physiologie du cœur normal. Avec les ingénieurs de Carmat, nous avons développé un algorithme de contractions viscoélastiques, qui lui permet de reproduire exactement les contractions d’un vrai cœur. Nous espérons en tout cas améliorer grandement la qualité de vie des malades. »

Hollywood

Mais encore ? « Pour prendre une image, c’est la différence entre une jambe de bois et une prothèse articulée moderne. Les cœurs artificiels actuels activent des pistons brutaux, très bruyants, qui entraînent des altérations du sang. Celui-ci est beaucoup plus discret, le patient ne l’entend pas, n’aura pas besoin de traitement antirejet, et il devrait à terme pouvoir se passer de traitement anticoagulant. Le vrai succès, c’est bien sûr la vie, mais surtout le retour à la vie normale, l’activité physique et la vie affective. »

Pour le Pr Carpentier le temps est venu de raconter l’histoire dont Hollywood fera un film. « Il y a trente ans, un défi s’est posé à moi. J’ai été confronté à une situation douloureuse : celle du médecin devant un malade souffrant d’insuffisance cardiaque terminale, c’est-à-dire en train de mourir, et qui, n’ayant pas de greffon à sa disposition, est contraint de l’abandonner sans solution. C’était un défi intolérable pour le médecin que je suis, cette sensation de ne pas avoir les outils nécessaires pour sauver un patient. Je disposais d’une compétence particulière par rapport à d’autres, puisque j’avais développé des valves cardiaques d’un type spécial, fabriquées avec des matériaux bio-prothétiques, que j’ai mis au point par des méthodes chimiques permettant d’éviter le rejet. J’ai eu l’idée de faire un cœur complet avec ce même matériau. »

Chanson de geste

Le synopsis s’écrit aujourd’hui. Quatre valves, tout le reste et un quart de siècle. Cinquante  personnes aujourd’hui pour le fabriquer. Plus de 100 personnes ont été impliquées dans ce projet, sans compter les équipes  médicales. Une chanson de geste.

« J’ai chassé les grammes en silence pendant vingt-cinq ans ! Créer un cœur, c’est l’addition de technologies. J’avais inventé un certain nombre d’entre elles. Mais il a fallu additionner des techniques de microélectronique, et faire appel à toutes les spécialités modernes, se souvient le créateur. J’ai commencé ce projet avec l’aide du Centre technique des industries mécaniques, puis, dans les années 1990, j’avais été invité à un dîner avec Jean-Luc Lagardère. Je lui avais raconté ce projet de développer un cœur artificiel, et je lui ai dit que j’aurais besoin d’une équipe d’ingénieurs. Il m’en a trouvé six, et nous avons commencé. Ensuite, nous avons conçu cette invention. »

L’argent ? « À tous, j’avais donné cette instruction : on ne fera ce cœur que si son coût correspond à celui d’une transplantation cardiaque. Celui des premiers prototypes est bien plus élevé bien sûr, mais lorsqu’il sera commercialisé, ce sera le cas. Il avoisinera 120.000 euros. À quoi bon développer un dispositif s’il est trop luxueux pour être utilisé par tous? J’ai refusé de créer des inégalités sociales entre malades. »

Oxymoron matutinal

Le poids et l’argent, deux ennemis du cœur Carmat®? « Un cœur lourd de promesses » titre ce matin un Libération qui cherche ses oxymorons à tâtons. On lit : « Beau fixe : cinq jours après la première implantation au monde d’un cœur totalement artificiel et totalement autonome à l’hôpital européen Georges-Pompidou à Paris, tout semble se dérouler parfaitement, aussi bien pour le patient que pour le fabricant Carmat qui a réussi une opération de communication industrielle parfaite. »

Pour Libération ce cœur « est une merveille technologique, fruit du talent du professeur Carpentier, un des grands chirurgiens cardiaques français qui, à la fin des années 70, a conçu des valves en tissus animaux. »

Fatalitas

« Vu la pénurie d’organes, il y a un marché important, certains avançant le nombre de près de 100 000 malades en Europe et aux Etats-Unis. » Est-ce dire que des failles dans la solidarité justifieront l’essor du marché (mémoire-blog) ? Cela pourrait, demain soir à la veillée, être un sujet pour Libé.

C’est aussi un sujet à venir pour Le Monde. Extrait de son éditorial du jour: « L’histoire de la médecine est jalonnée de ces moments décisifs où des pionniers prennent la responsabilité et le risque d’oser. On se souvient de la première greffe du cœur réalisée par le professeur sud-africain Christiaan Barnard en 1967. (…) depuis, des dizaines de milliers de personnes en sursis ont été sauvées par ce type de greffe. L’enjeu est aujourd’hui le même : redonner un cœur à des patients alors que les listes d’attente de greffons s’allongent de façon dramatique, partout dans le monde. »

Où il est confirmé que « l’allongement des listes d’attente » est aujourd’hui perçu comme une fatalité à laquelle on ne saurait remédier. Il n’est pas dit que cette vision ne suscite, sous peu, quelques réactions.

(1)  « Carmat », nom du GIE créé en 1993, est issu de la fusion du nom du Pr Alain Carpentier et de celui de la société Matra.

 

 

 

« L’ablation » (Gallimard), un récit prostatique et philosophique pour 2014

Il y a trois ans deux romans paraissaient simultanément dans les librairies francophones ; deux romans avec un point commun : le cancer de la prostate (1). 

Nouvelle sortie (en librairie dès le 2 janvier) avec le dernier récit  de Tahar Ben Jelloun (2).

Il est possible de ne pas en sortir indemne.  

Il y a quelques jours l’écrivain Tahar Ben Jelloun, était interrogé par le Journal du Dimanche. Dans la foulée des questionnements sur l’hyperplasie bénigne de François Hollande on lui demandait  s’il fallait selon lui dire ou pas aux autres que l’on souffre d’un cancer de la prostate. Il répondait que dès que l’information est donnée c’est bien le regard d’autrui qui change.

«On ne peut pas empêcher les peurs profondes de maladie et de mort des gens, dit-il. L’identification avec le malade se fait immédiatement. On ne perçoit plus le malade qu’à travers la maladie et la mort et, surtout, on l’évite.» La part autobiographique, dans son prochain ouvrage ? «Tout est véridique, dit-il. C’est un récit et non un roman. Je raconte l’histoire d’un ami ayant subi l’ablation de la prostate. Je me suis mis dans sa tête. Le Le  Pr François Desgrandchamps, chef du service d’urologie à l’hôpital Saint-Louis à Paris, m’a incité à écrire sur le cancer de la prostate. Il reçoit des femmes et des enfants de patients qui ont subi l’ablation de la prostate. Ils sont désemparés.»

Mars de Fritz Zorn

Ce livre est, dit-il, «aussi pour eux». «Je n’ai pas subi l’ablation de la prostate, car le cancer a été pris à temps. J’ai choisi la curiethérapie. L’intervention consiste à implanter, dans la prostate, des grains d’iode 125. Si le Pr Desgrandchamps m’avait conseillé l’ablation de la prostate, je l’aurais écouté. Je me démultiplie donc entre l’expérience d’un ami et ma propre expérience. Je ne sais plus ce qui m’appartient et ce qui lui appartient. J’ai fait un travail d’observateur, de psychanalyste, d’enquêteur. J’ai passé des journées entières dans les couloirs de l’hôpital Saint-Louis.»

Et puis, bien sûr, ce qui peut apparaître comme l’essentiel : la suite de la sexualité. «Le ton de L’Ablation est volontairement cru. Un écrivain ne doit pas biaiser la réalité. J’ai voulu dire la vérité, comme dans un roman. On se souvient de la première phrase de Mars de Fritz Zorn : « J’ai aussi le cancer » (3). Il faut avoir en tête qu’à l’époque, on ne parlait pas de « cancer » mais de « longue maladie ». Le cancer n’est pourtant pas contagieux. On n’en est pas responsable, mais on ne peut s’empêcher de se poser la question : « Qu’ai-je fait pour mériter ça ? »»

Prothèse de la verge

Tahar Ben Jelloun dit encore avoir voulu montrer que le courage, la pudeur, la honte, n’avaient pas lieu d’être quand on tombait malade. Que son père aurait été incapable de se faire ausculter pour des raisons culturelles et générationnelles. Que la pudeur n’a pas sa place. Que la médecine est, avant tout, «dans l’efficacité». Que les examens sont durs, au début, et puis que l’on s’y fait. Son médecin lui avait «déconseillé de parler de cette épreuve de manière directe». Il n’a pas suivi ce conseil médical. Aussi a-t-il «choisi de me mettre dans la tête d’un ami et de raconter les aspects les plus noirs du cancer de la prostate».

Pour finir, l’impuissance. «Que se passera-t-il si, demain, je n’ai plus d’érection ?» Il répond : «Je vais aimer plus et mieux les femmes, car je n’aurai pas besoin d’être dans la séduction. Une vie sans sexualité me semble possible. Vieillir consiste à accepter la défaite. Un homme de 75 ans doit-il mettre une prothèse de la verge pour continuer à faire l’amour ?». Ici le malade ne répond pas. L’auteur aura 70 ans le 1er décembre de l’année qui va s’ouvrir. Qui oserait répondre pour lui ?

Ce billet reprend une fraction d’une chronique parue dans la Revue Médicale Suisse.

 

(1) Philip Roth. Exit le fantôme. Paris : Gallimard, 2010.

Franz-Olivier Giesbert. Un très grand amour. Paris : Gallimard, 2010.

(2) Tahar Ben Jelloun. L’Ablation. Paris : Gallimard, 2014. [3] Fritz Zorn. Mars. Paris : Gallimard, 1982.

 (3) Fritz Zorn. Mars. Paris : Gallimard, 1982.

Carmat®: cœurs donnés et cœurs achetés

C’est une première mondiale. Mieux, c’est une formidable première mondiale. Et elle est 100% française, issue de la talentueuse passion du Pr Alain Carpentier associés à des industriels et à des financiers qui n’ont pas perdu la morale de leur métier.

Mais c’est aussi le premier cœur artificiel mis au point alors que les transplantations tiennent le haut du pavé. Des transplantations parfaitement codifiées qui ne marquent le pas que du fait de la pénurie de greffons.

D’un côté la chaîne de la solidarité biologique développée depuis l’Afrique du sud et Chris Barnard (1967). De l’autre l’avènement, après plus d’un demi-siècle d’efforts, d’un prototype mécanique biologisé.

 D’un côté le marché, de l’autre la solidarité ? C’est sans doute un peu plus compliqué. Mais c’est néanmoins aussi ce questionnement, cet affrontement, qu’inaugure le cœur Carmat®

C’est Marisol Touraine, ministre de la Santé qui, vendredi 20 décembre a donné l’information officielle. « Une grande fierté pour la France » a-t-elle dit annonçant qu’un cœur artificiel Carmat® avait été implanté le 18 décembre 2013 à un patient à l’Hôpital Européen Georges-Pompidou (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris).  La ministre a tenu à « féliciter chaleureusement le professeur Alain Carpentier, inventeur de cette prothèse cardiaque révolutionnaire, les Prs Jean-Noêl Fabiani, Christian Latremouille, et Daniel Duveau qui ont opéré le patient, et toute l’équipe médico-chirurgicale de l’hôpital ainsi que l’AP-HP pour ce véritable exploit médical ».

France, leader mondial

Suite du communiqué de presse :

 « Cette première mondiale est une grande fierté pour la France, une fierté que notre pays doit aux talents d’innovation de ses médecins chercheurs, de ses hôpitaux et de ses industriels. La société CARMAT, PME française créée par le professeur Carpentier, est l’illustration du rôle de leader mondial de la France dans le domaine des dispositifs médicaux.

Cette prothèse intelligente réagit comme un cœur physiologique ; elle se contracte de la même façon ; elle accélère son rythme avec l’effort et le ralentit avec le repos. Elle offre un espoir nouveau aux patients souffrant d’insuffisance cardiaque terminale dont l’avenir dépend encore de greffons dont le nombre reste insuffisant.

Le professeur Alain Carpentier ouvre une nouvelle voie thérapeutique, qui va être évaluée dans le cadre d’un essai clinique unique au monde auquel participeront l’Hôpital Européen Georges-Pompidou de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, le Centre chirurgical Marie Lannelongue du Plessis-Robinson et l’hôpital Laënnec-Nord du CHU de Nantes. »

France 2

Le soir même le Pr Christian Latremouille expliquait en direct, sobrement et précisément, au 20 heures de France 2, de quoi il retournait. Dans la foulée tous les médias d’information générale relayaient le propos, l’amplifiaient parfois, le simplifiaient souvent. Un processus habituel dans les phénomènes nationaux d’émotion et d’espoirs collectifs – a fortiori en temps de crise et de déshérence.

Depuis les hommages officiels et les mises en scène ne cessent pas. C’est de bonne guerre. C’est à peine s’il faut rappeler aux non-médecins que le malade (son âge annoncé varie entre 70 et 76 ans selon les sources) n’a été implanté qu’il y a trois jours et que ce recul est pour le moins insuffisant pour se prononcer. Enthousiasme médiatique et politique devant la prouesse technologique. Et enthousiasme tricolore que certains sur les ondes radiophoniques situent dans le prolongement de la première greffe cardiaque française du professeur Christian Cabrol au sein du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière.

Truffle Capital

Au fil des heures toutefois deux points sont développés. Le premier est financier. Le second est de nature plus éthique., c’est à dire médical et politique. Le premier est résumé dans les colonnes du Monde de cet-après midi. Philippe Pouletty y répond à quelques questions. Il dirige le fonds d’investissement Truffle Capital. Il est cofondateur de CARMAT ( société Carmat ).

Quel est donc le  business model du cœur Carmat® ? « Il s’adresse aux patients atteints d’une d’insuffisance cardiaque biventriculaire terminale. Cela pourrait représenter environ 100 000 malades en Europe et aux Etats-Unis. Aujourd’hui, seulement 5 % à 7 % des patients qui ont besoin d’une transplantation cardiaque en bénéficient, faute de donneurs. Il pourrait coûter environ 150 000 euros – à peu près le coût d’une transplantation. Il permet cependant d’économiser le prix des traitements immunosuppresseurs (qui évitent le rejet de la greffe), soit environ 20 000 euros par an en moyenne, la vie durant. Le besoin médical est considérable, avec un marché potentiel de plusieurs milliards d’euros. La question de la prise en charge par les systèmes de santé est très importante. Nous sommes confiants. Des cœurs artificiels beaucoup moins sophistiqués et d’un coût comparable sont déjà autorisés et remboursés dans plusieurs pays. »

OSEO

Quid des résultats le concernant puisque son action vaut plus de 100 euros aujourd’hui, contre 18 lors de son introduction ? Le projet initial a été financé à hauteur de 10 à 15 millions d’euros par EADS, qui détient un tiers du capital. Après la création de Carmat, grâce au financement de Truffle Capital, nous avons levé 16 millions d’euros en 2010 lors de notre introduction en Bourse et 30 millions en 2011, lors d’une augmentation de capital. Nous avons aussi reçu le soutien d’Oseo (BPI France Financement), qui nous accordé 33 millions d’aide à l’innovation. Nous pourrions faire appel, le moment venu, à de nouveaux investisseurs, notre objectif étant si possible de rester indépendants. »

Cent mille malades en Europe et aux Etats-Unis ? Seulement 5 % à 7 % des patients qui ont besoin d’une transplantation cardiaque en bénéficieraient aujourd’hui faute de donneurs ? « Pourrait » coûter environ 150 000 euros ? Pour l’heure il faut raisonnablement attendre avant de commenter. Avant surtout de discuter des indications précises de cette prothèse par rapport à la greffe.

Durée de vie

Trois autres malades devraient être implantés dans les prochaines semaines. Il faudra alors attendre plusieurs semaines avant d’évaluer les bénéfices médicaux et les limites de ces implantations. A plus long terme, l’une des inconnues est la durée de vie chez le patient de ce cœur conçu et testé sur banc d’essai pour fonctionner au moins cinq ans.

« Nous espérons dès 2014 élargir les essais à une vingtaine de patients. Des implantations sont prévues dans d’autres pays, notamment la Pologne. S’ils sont positifs, les résultats nous permettront de définir ses conditions d’utilisation et de déposer un dossier pour obtenir le droit de commercialiser ce cœur artificiel en Europe, ajoute Philippe Pouletty. En parallèle, Carmat poursuit ses recherches pour augmenter l’autonomie des batteries et affiner l’ergonomie de la console de contrôle. Carmat pourrait aussi dans le futur développer un modèle plus petit. »

Solution d’attente ? 

L’autre sujet commence a être abordé en filigrane (notamment dans Le Parisien/Aujourd’hui en France et sur France Inter) par Claire Macabiau, présidente de la Fédération des associations de greffés du cœur et des poumons.  Greffée depuis dix-sept ans elle parle du recul nécessaire, s’interroge si l’implantation d’une prothèse Carmat® pourra remplacer toutes les greffes de cœur. « Lors des conférences faisant des points d’étape sur la création de ce cœur artificiel on nous l’a d’ailleurs toujours présenté comme une solution permettant d’attendre plus longtemps un greffon, mais jamais comme quelque chose de définitif » s’étonne-t-elle.

On compte 600 000 insuffisants cardiaques en France. On compte 3 500 greffés du cœur. Et 700 personnes en attente d’une transplantation. Arrive l’espoir du cœur Carmat®. Pour Mme Macabiau il faut « intensifier les messages incitant au don d’organe, « un message qui n’est pas encore assimilé par les Français ».

C’est la nouvelle équation cardiaque. Elle vient juste d’être posée.

De quel mal souffrait-il, l’« Incorruptible » ?

Entrez, entrez ! Robespierre « dévoilé » ! La lettre de deux Français au Lancet ! La vérité vraie sur le tyran ! Lisez leur diagnostic rétrospectif !  

Du pur buzz. Du buzz pour rire ? Libération s’indigne. Que l’Etre suprême et Maximilien  leur pardonnent.   

Qu’on se le dise : aujourd’hui 20 décembre 2013 un « media briefing » se tiendra à 15 heures en l’Université de Versailles (UFR des Sciences de la Santé, 2 avenue de la source de la Bièvre, 78180 Montigny-le-Bretonneux).  On y parlera de Maximilien Marie Isidore de Robespierre (6 mai 1758 – 28 juillet 1794). Et on y fera des révélations. Non pas sur les causes de sa mort, mais sur le mal dont il souffrait, lui qui fit tant souffrir.

Le dernier radical

Qui, chez les gens de presse, fera le voyage de Versailles jusqu’à la source de la Bièvre ? L’affaire a été éventée comme on a pu le voir sur le site d’un quotidien parisien. Ce matin le radical trotskiste  Pierre Marcelle s’en étouffe dans un ancien quotidien révolutionnaire :

« Sur le coup, a priori, rien… un truc attrapé comme ça dans le brouhaha matutinal, entre ruissellement de la douche et chuintement de la machine à café. «Robespierre a retrouvé sa tête», ou quelque chose de ce genre. Un truc de reconstitution faciale validé par le FBI ou Scotland Yard pour nous découvrir, au choix, le «vrai visage» de «la petite Maddie» disparue en 2007 au Portugal, ou celui, hier, d’Henri IV, alias «le Bon Roi Henri», «Vert galant», moustache en bataille poussée au bouillon de poule au pot dominicale. A ce dernier, une société Visual Forensic et un certain Philippe Froesch s’étaient attelés, avec, il faut bien le dire, un succès médiatique certain, dans la catégorie People mâtinée d’Histoire pour tous et de Psychologies magazine. »

Lettre au Lancet

Tout ceci pour une lettre au Lancet (1). Une lettre  signée Philippe Charlier (Section of Medical and Forensic Anthropology (UVSQ/AP­HP), Montigny­le­Bretonneux 78180, France) et Philippe Froesch (Visual Forensic, Parc Audiovisual de Catalunya, Barcelona, Spain). Soit un légiste prolixe organisant méthodiquement sa médiatisation depuis quelques années (au risque d’être parfois cité sur le blog d’Hervé Maisonneuve). Et un spécialiste de la reconstruction faciale en 3D qui fait parler de lui depuis qu’il a redonné vie au visage du Vert galant.

Regard glaçant

Les deux spécialistes du rétrospectif récidivent aujourd’hui avec le citoyen Robespierre. L’embargo du Lancet était ainsi fixé : 00:01 GMT Friday 20 December, 2013.  « Lorsque j’ai ouvert les yeux de Robespierre, son regard était glaçant, inquiétant. Pas de doutes cet homme faisait peur», expliquait hier sur le site du Parisien/Aujourd’hui en France  Philippe Froesch.

Chaux vive

Le quotidien parisien nous apprend que l’idée de « s’attaquer à ce mythe républicain » est né d’un projet de documentaire hispano-anglais s’intéressant aux pathologies des grands hommes de l’histoire. Une sorte de renaissance du célèbre « Ces malades qui nous gouvernent » en somme.  Il nous apprend aussi que pour  restituer le visage de Maximilien en trois dimensions, il a d’abord fallu numériser son masque funéraire.

Masque funéraire de Robespierre ? On gardait en mémoire que le tyran avait été guillotiné dans l’après-midi du 10 thermidor an II avec vingt-et-un de ses partisans. Que les vingt-deux têtes furent placées dans un coffre en bois, et les troncs rassemblés sur une charrette. Qu’on jeta le tout dans une fosse commune d’un cimetière parisien qui n’existe plus. Qu’on aurait répandu de la chaux : le corps maudit devait partir en fumée.

Musée de cire

Le Parisien/Aujourd’hui en France : « C’est une certaine Anne-Marie Grosholtz qui a réalisé ce masque de cire sur la tête de « l’Incorruptible », très certainement peu de temps après sa décapitation. La jeune Anne-Marie se maria ensuite avec un certain François Tussaud et traversa la Manche. Elle ouvrira à Londres, sur Baker Street, ce qui deviendra l’ancêtre du mondialement célèbre musée de cire, Madame Tussauds ! ». Etrange masque réalisé à chaud dans la soirée du 10 thermidor an II, entre la « Place de la Révolution » et la chaux vive du cimetière des Errancis.

Dans The Lancet Philippe Froesch cite un masque mortuaire de Robespierre de la collection Dumoutier (Musée Granet, Aix-en-Provence). Une copie. Mais une copie de quoi ? « Le fait que l’on parte d’une copie peut faire perdre quelques détails. Mais on utilise un système d’équations mises au point par le FBI. A partir du volume des « cornets » sur les paupières, il est possible d’obtenir la position exacte des yeux et à partir de là reconstruire le visage », explique celui que Le Parisien désigne comme le « designer-enquêteur de l’Histoire ».

Lymphogranulomatose bénigne 

Aujourd’hui l’embargo est tombé. « Charlier et Froesch proposent un diagnostic rétrospectif de sarcoïdose, une maladie auto-immune rare où le corps commence à attaquer ses propres tissus et organes » résume le service de presse du Lancet.

Sarcoïdose donc, ou lymphogranulomatose bénigne ou maladie de Besnier-Boeck-Schaumann. Un triumvirat en l’honneur du dermatologue français Ernest Henri Besnier (1831-1909), du dermatologue suédois Cæsar Peter Møller Boeck (1845-1917) et de son confrère Jörgen Nilsen Schaumann (1879-1953). Les deux signataires français de la lettre au Lancet prennent soin de rappeler le rôle d’un pionnier. Il se trouve qu’il était britannique, et plus précisément anglais : Sir Jonathan Hutchinson (1828-1913).  Il publia  le premier sur le sujet en 1877, et ce n’était pas dans The Lancet (2) Le célèbre hebdomadaire existait pourtant déjà. Il a vu le jour le 5 octobre 1823. Soit précisément deux ans et cinq mois après la mort – de moins en moins inexpliquée (3)–  de l’Empereur.

Bientôt viendra le documentaire. S’intéresser à Robespierre ?

« Passant, ne t’apitoie pas sur mon sort
Si j’étais vivant, tu serais mort. »

1 ‘’Robespierre: the oldest case of sarcoidosis?’’ Philippe Charlier, Philippe Froesch www.thelancet.com Vol 382 December 21/28, 2013

2 Hutchinson J. Anomalous diseases of skin and fingers: case of livid papillary psoriasis? Illustrations of clinical surgery. London: J and A Churchill, 1877: 42.

 3 Goldcher A. Napoléon premier, l’ultime autopsie. Paris, éditions SPM. 2012 (diffusion l’Harmattan). Cet ouvrage magistral vient d’être distingué (Prix Jean-François Coste) par l’Académie nationale française de médecine.

 

 

 

 

La pilule bientôt en concurrence dans les Monoprix® ?

Affrontement radical et au grand jour dans le champ du médicament. L’Autorité de la concurrence vient de donner son feu vert à la vente des médicaments dans les grandes surfaces. De l’OTC à la gondole en somme.

Marisol Touraine a aussitôt dit son opposition. Qui l’emportera, du monopole des pharmaciens d’officine ou du concept-roi de la concurrence-reine ?  

« Marisol Touraine est opposée à la vente de médicaments en grandes surfaces ». C’est le titre du communiqué de presse que viennent de diffuser les services de la ministre de la Santé. Ce même jour (19 décembre)  l’Autorité de la concurrence se prononçait en faveur de la libéralisation de ce marché étrange que demeure celui situé entre les parfums et les vrais médicaments, entre la parapharmacie et celle qui ne l’est pas. Un margé aussi étrange à nos yeux qu’il doit être lucratif dans l’arrière boutique. On trouvera son avis ici.

Ecarts de prix de 1 à 4

« Le statu quo n’est pas tenable, a justifié Bruno Lasserre, le président de l’Autorité de la concurrence. L’essor de l’automédication et le développement des ventes de médicaments sur Internet imposent de faire bouger les lignes. » Pour ce chantre de la concurrence le fait d’ouvrir le monopole des pharmacies d’officine apporterait davantage de transparence dans les prix et des économies pour les clients. Observons avec ses enquêteurs que les spécialités OTC montrent des écarts de prix allant de 1 à 4. Où voit-on cela dans la France marchande d’aujourd’hui ?

Des marges de 34%

« Ce phénomène s’explique par les remises variables qu’accordent les laboratoires, mais aussi par les marges confortables qu’elles appliquent sur ces produits : 34 % en moyenne, contre 21 % pour les produits remboursables, résume le vespéral Monde. Ce système est d’autant plus opaque que les prix des produits ne sont pas toujours clairement affichés, notamment pour les médicaments placés derrière le comptoir de la pharmacie. » Or c’est précisément là qu’ils se trouvent.

Le modèle à suivre selon l’Autorité de la concurrence est le modèle italien : les prix des médicaments OTC ont baissé en moyenne de 25 % quand les supermarchés ont eu le droit de les vendre. C’était en 2006. L’Autprité de la concurrence ne prêche pas dans le désert. L’UFC-Que choisir a calculé que cette libéralisation permettrait des baisses de 11 % à 16 %, avec une économie pour les patients de 270 millions d’euros par an, pour un marché de l’automédication d’environ 2,2 milliards d’euros. Hit parade : Doliprane, Humex, Nurofen.

« Les pharmacies sont des commerces »

Principe de précaution : ces spécialités auraient des gondoles spécialisées. Et les caissières seraient supervisées par des diplômés en pharmacie. Une occasion rêvée pour que les pharmaciens d’officine se consacre enfin à d’autres tâches que purement comptables. On leur confierait de nouvelles missions auprès des patients-clients, celles qu’ils aimeraient remplir : conseils auprès des malades chroniques, activités rémunérées par forfait. Et, surtout, déconnecter leurs revenus du seul critère prix-volumes. Mieux ils pourraient se lancer (avec modération) dans la publicité.

«  A l’heure où la vente sur Internet des médicaments d’automédication permet de comparer facilement leur prix, il paraît absurde qu’une officine n’ait pas le droit de faire valoir ses propres promotions en dehors de l’officine, juge M. Lasserre. Même si elles ne vendent pas des produits comme les autres, il ne faut pas oublier que les pharmacies sont aussi des commerces. » Il est bon, parfois de rappeler des évidences.

Gouvernement attaché au monopole officinal

Rappel à l’ordre de la ministre de la Santé. « Le gouvernement partage les objectifs d’un bon usage du médicament associé à la maîtrise des dépenses de santé auxquels participent les professionnels. Il prend acte des recommandations de l’Autorité de la concurrence » souligne Marisol Touraine. Mais c’est pour dire aussitôt qu’elle « réaffirme son attachement au monopole officinal sur les médicaments », monopole « qui permet à notre pays de sécuriser leur dispensation et d’agir efficacement contre la contrefaçon, tout en garantissant l’accès de nos concitoyens aux médicaments sur l’ensemble du territoire. »

S’entendre sur les prix

Les positions sont désormais connues. Pas question de quitter l’officine pour le supermarché. C’est le prix à payer pour que les médicaments soient bien gardés. Les officines, ces acteurs du premier recours, « sont appelées à prendre toute leur place dans le système de santé, dans le cadre de la stratégie nationale de santé ».

Reste, désormais,  à poursuivre les négociations et à s’entendre sur les prix. De ce point de vue il n’est pas dit que la sortie de l’Autorité de la concurrence ne soit pas, au final, un atout pour la ministre de la Santé.

 

Tabac et cigarette électronique : ce soir, le pire européen n’est plus certain

Enfin. Un compromis se dessine sur la future « Directive (anti)tabac » de l’Union européenne. Applaudissements  sur la cigarette électronique qui (semble-t-il) sort du dilemme « médicament ou produit du tabac ». A vérifier toutefois.

Autre disposition d’importance : l’arrivée désormais programmée des paquets de cigarettes qui ne comporteront plus que des « photos-choc » et des textes d’avertissements sanitaires. Quel seront les prochaines chausse-trappes tendues par Big Tobacco ?   

 Saviez-vous qu’il existe, à Bruxelles Strasbourg et Paris, un « Groupe de l’Alliance progressiste des Socialistes & Démocrates » au Parlement Européen ? On le trouve ici. Un groupe qui peut avoir de l’humour avec le tabac (faire des blagues »…)  (1).  Humour ou pas l’évènement est important. Il témoigne peut-être du poids des manifestations de vapoteurs qui (sur la Toile et via leurs  tweets massifs) viennent de faire connaître leurs positions révolutionnaires (mémoire-blog)

Le « Comité des représentants permanents des 28 Etats-membres de l’Union européenne « a, le 18 décembre, publié un un communiqué présentant les mesures-clés adoptées dans le cadre du renouvellement de la « Directive tabac » (2).

 Les sept mesures a priori acquises

• Interdiction des cigarettes et du tabac à rouler aromatisés (ex : arômes de fruits, de menthe ou de vanille). L’interdiction du menthol devant être effective dans les quatre ans suivant la transposition de la directive par les Etats-membres. Ces derniers auront aussi à interdire les produits du tabac dont les quantités en ingrédients sont susceptibles d’en accroître, de façon mesurable, l’effet toxique ou addictif.

• Les avertissements sanitaires, combinant textes et photos, devront couvrir 65% des faces avant et arrière des paquets de produits du tabac.

• Interdiction des labels trompeurs (ex : « naturel » ou « organique »).

• Adoption d’un système de suivi et de traçage, combiné avec des mesures de sécurité, afin de renforcer la lutte contre le commerce illicite et la contrefaçon.

• Possibilité pour les Etats-membres d’interdire les ventes transfrontalières à distance de produits du tabac (par internet).

• Possibilité pour les Etats-membres d’introduire des règles plus contraignantes sur les additifs ou les paquets (comme le paquet générique), sous certaines conditions.

Enfin, concernant la cigarette électronique : après bien des atermoiements le champ de la Directive la concerne. Elle  sera l’objet de plusieurs limitations (concentration maximum en nicotine de 20 mg /ml ; contenance maximum d’une cartouche de 2ml). A charge, pour la Commission et dans les deux ans, d’élaborer un rapport sur les  risques potentiels des cigarettes rechargeables.

Point important, voire essentiel : « Si pour des raisons justifiées de santé publique, trois Etats-membres interdisent les cigarettes électroniques rechargeables, la commission peut étendre cette interdiction à l’ensemble de l’Union. Les Etats-membres peuvent assimiler les cigarettes électroniques aux règles des produits pharmaceutiques si celles-ci satisfont à la réglementation pharmaceutique. »

Le Collectif des acteurs de la cigarette électronique (CACE) salue « la décision de l’Union européenne d’adopter un statut spécifique, adapté aux caractéristiques de la cigarette électronique, ni médicament ni produit du tabac, en réglementant la e-cigarette dans l’article 18 (Produits autres que ceux du tabac), de la directive ».

L’Alliance contre le Tabac : « L’Europe laisse chaque pays libre d’imposer le paquet neutre standardisé, dont la couleur sera uniforme et le marketing limité au nom de la marque en caractères normalisés (…), mais il faudra attendre quelques années encore pour que les arômes du tabac et notamment le menthol soient supprimés ».

 Commentaires vus sur le site lemondedutabac.com, proche des buralistes français :

 Le principe des paquets « quasi- générique »  est acquis (on pourrait les voir transposés en France d’ici deux à trois ans) : soit 65 % des faces avant et arrière des paquets réservés aux photos-choc et aux textes d’avertissements sanitaires. Cela fait beaucoup. Visuellement, on n’est pas loin du paquet totalement générique. Alors que, pendant tout le débat,  aucune étude – aucune – n’est venue corroborer l’efficacité – en termes de prévalence tabagique des jeunes – des photos-choc, telles qu’elles existent en France, voire des paquets génériques, tels qu’ils sont apparus en Australie.

La Directive laisse latitude aux Etats-membres d’aller plus loin en passant aux paquets « totalement génériques », dès maintenant, si bon leur semble. De quoi inspirer une certaine ministre de la Santé qui n’a jamais caché son inclinaison personnelle pour cette option.

(A suivre)

 (1) « Avant-dernière taf pour la directive tabac : Les eurodéputé-e-s socialistes français au Parlement européen se félicitent de l’accord intervenu entre les Etats et le Parlement européen sur la Directive tabac.Bientôt, il ne restera que des mégots aux lobbies du tabac ! », se réjouit Gilles Pargneaux,  qui déclare : « Nous offrirons de bon cœur à Philip Morris la dernière cigarette du condamné ! ».

(2) Pas de précipitation : ce texte doit encore être formellement adopté par le Parlement  européen et le Conseil. Après cette adoption, les Etats-membres auront deux ans pour le transposer dans leur législation.

 

 

 

 

 

Gardasil® : neuf nouvelles plaintes, cinq nouvelles maladies, un nouveau syndrome

L’affaire rebondit avec neuf nouvelles plaintes. Dans une adresse à la presse la multinationale Sanofi Pasteur MSD (1) vient de « réaffirmer le profil de sécurité établi de son vaccin ».

Les incompréhensions se radicalisent. Et une nouvelle entité  émerge : le syndrome Gardasil®.

On vient à l’instant d’apprendre que neuf nouvelles plaintes viennent d’être déposées par Me Camille Kouchner dans l’affaire Gardasil®  (1). Voici, in extenso, celui qui nous est aussitôt mandé de Lyon. Une réplique médiatisée à la « médiatisation » :

« Lyon, le 18 décembre 2013 – Suite à la médiatisation d’une plainte d’une jeune fille estimant que la maladie auto-immune dont elle souffre aurait pour origine la vaccination HPV, de nouvelles plaintes ont été déposées et immédiatement médiatisées. Sanofi Pasteur MSD réaffirme avec force le profil  de sécurité favorable de son vaccin Gardasil® en prévention des lésions génitales précancéreuses et  du cancer du col de l’utérus dus à certains types de Papillomavirus humains (HPV).

Une polémique discréditant le vaccin et non sans conséquences. Sanofi Pasteur MSD déplore le discrédit jeté sur son vaccin en contradiction avec les publications nationales et internationales disponibles, et l’avis des autorités de santé et de la communauté scientifique, qui préconisent la poursuite des efforts entrepris pour développer la couverture vaccinale en France, suivant les recommandations du Haut Conseil de Santé Publique.

Les conséquences potentielles, sur la baisse du taux de couverture vaccinale déjà bas en France, constituent, pour les jeunes filles françaises une perte de chance regrettable d’être protégées contre des maladies parfois graves.

Le cancer du col de l’utérus concerne beaucoup de femmes jeunes Le cancer du col de l’utérus, 10ième cancer de la femme, touche surtout les femmes jeunes : c’est le troisième cancer féminin entre 15 et 44 ans. Même traité, le pronostic est incertain avec un taux de survie à 5 ans estimé à 70 %. Chaque année en France, on recense 24 000 nouveaux cas de lésions précancéreuses du col de l’utérus et environ 3 000 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus responsables de près de 1 000 décès par an.

La prévention est d’autant plus utile que les lésions génitales précancéreuses et le cancer du col de l’utérus nécessitent le plus souvent une prise en charge médicale lourde et traumatisante pour la patiente. Cette prise en charge peut notamment reposer sur la conisation (ablation d’une partie du col de l’utérus), l’ablation chirurgicale de l’utérus, la chimiothérapie ou la radiothérapie. Autant de traitements très éprouvants pour les nombreuses femmes touchées par ces pathologies.

 La coïncidence temporelle entre une vaccination et la survenue d’une maladie ne signifie pas
que le vaccin soit en cause. 
Depuis 2006, les données issues des systèmes de pharmacovigilance ainsi que de la surveillance active des effets indésirables de la vaccination HPV, réalisée au travers d’études de suivi menées dans différents pays (France, Etats-Unis, Australie, Danemark, Suède etc.) confirment le profil de tolérance de Gardasil®.

Des maladies peuvent survenir chez les adolescentes ou les jeunes femmes dans la période qui suit une vaccination sans pour autant qu’elles soient liées à cette vaccination. Une étude avait évalué ces risques en Californie avant même l’arrivée des vaccins HPV. Comme pour tous les nouveaux médicaments ayant fait l’objet d’une demande d’autorisation de mise sur le marché depuis 2005, Gardasil® bénéficie d’un Plan de Gestion des Risques (PGR) et fait l’objet d’études de suivi dans plusieurs pays (France, Etats-Unis, Danemark, Suède, etc.). Ces études n’ont pas mis en évidence d’augmentation du risque de survenue de maladies graves dans les populations vaccinées par Gardasil® par rapport aux populations non vaccinées. »

Commentaire

Nous avons appris ces dernières semaines à connaître le détail de l’affaire Gardasil®  ( les pièces médico-légales de ce dossier  mémoireblog  et la –première- réponse de Sanofi Pasteur MSD mémoire-blog ). Nous avons aussi à cette occasion appris à redécouvrir l’impossibilité de conclure quant au lien de causalité. Appris les nouveaux mystères de l’imputabilité, cette entité que les avocats manient avec dextérité.

Hier (affaire Marie-Océane) un soupçon de sclérose en plaques. Aujourd’hui cinq nouvelles pathologies (« maladie de Verneuil », « lupus », « Guillain-Barré », « myasthénie», « hypersomnie idiopathique ». Et autant de dossiers médico-légaux à venir.

A nouveau des forces radicalement opposées s’affrontent. Mais cette fois avec une remarquable unité de temps de lieu et d’action. Résumons. L’épidémiologie contre le ressenti, la raison contre l’émotion. Les plaignants contre tous, dont le fabricant. Avec, au centre, la presse. La presse à qui s’adressent les avocats et leurs clientes, la presse à laquelle le fabricant adresse ses communiqués. On pourrait, ici, parler d’un nouveau syndrome, le  syndrome Gardasil®.

 

 (1) Selon l’Agence France Presse (reprise par Libération) neuf femmes victimes des effets néfastes présumés du vaccin Gardasil®ont mardi 17 décembre déposé plainte  contre X pour «atteinte involontaire à l’intégrité physique et tromperie aggravée» au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Cette  plainte ne vise pas nommément le laboratoire Sanofi Pasteur MSD, qui a lancé en 2006 ce vaccin contre le cancer du col de l’utérus. « ll y a beaucoup d’intervenants et il faut chercher la responsabilité de chacun», a déclaré leur conseil, Me Camille Kouchner. Selon cette avocate, ces neuf femmes, âgées de 18 à 24 ans et habitant dans diverses régions de France « ont en commun d’avoir contracté des maladies très invalidantes dans les semaines et les mois qui ont suivi la vaccination alors qu’elles n’avaient pas d’antécédents médicaux».

Cinq d’entre elles auraient  contracté la mystérieuses « maladie de Verneuil », une « un lupus », une autre la « maladie de Guillain-Barré », l’une serait victime de « myasthénie» et la dernière souffrirait « d’hypersomnie idiopathique » selon le texte de la plainte de soixante-quatorze pages.

Fin novembre, le cabinet d’avocat avait indiqué qu’il déposerait trois plaintes de victimes présumées du Gardasil®  à Bobigny. Ce chiffre a triplé «car chaque jour de nouveaux témoignages de jeunes femmes parviennent jusqu’à nous», a souligné Me Kouchner. Parmi les plaignantes figure une jeune femme atteinte de la maladie de Verneuil, dont la mère espère «que la plainte va permettre de faire toute la lumière sur ce médicament et en particulier sur sa composition». «On veut également que l’on reconnaisse le statut de malade et que l’on sache enfin qui est responsable de quoi», a-t-elle déclaré.

Sa fille, âgée de 23 ans et vaccinée en 2008, «ne peut pas travailler en dépit d’un diplôme de secrétaire médicale», a-t-elle précisé. On se souvient que fin novembre, une victime présumée du Gardasil®  vivant dans le Sud-ouest avait déposé plainte au parquet de Bobigny contre Sanofi Pasteur MSD et l’Agence du médicament pour «atteinte involontaire à l’intégrité de la personne humaine». Des femmes ont, en différents endroits, saisi des commissions régionales d’indemnisation des accidents médicaux faisant état d’effets secondaires handicapants liés, selon elles, au Gardasil®.

 

Heureux comme le « mercenaire- intérimaire » des hôpitaux de France (650 euros la journée, 1300 euros la garde)

Un rapport dérangeant (signé Olivier Véran) et c’est l’effervescence. Les médias se passionnent pour les « intérimaires en or » de l’hôpital  public. Ils  découvrent et dénoncent la gabegie qui prévaut du fait de la pénurie dans certaines spécialités

Quel regard le citoyen non averti peut-il  porter sur ce qui ressemble à une forme de jungle plus ou moins hospitalière ? Propos sans langue de bois tenus par l’auteur du rapport dans Le Monde.

 Olivier Véran. Un nom dont il faudra songer à se souvenir. Le Dr Véran a aujourd’hui 33 ans. Il est neurologue (non intérimaire) au CHU de Grenoble. Son bristol officiel le dit aussi diplômé de Science Po Paris (économie et politique de santé). Après un parcours dans le milieu associatif et syndical il s’est engagé en politique dans les rangs du Parti socialiste.

Suppléant de la députée Geneviève Fioraso (nommée ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche) à l’occasion des élections législatives de juin 2012, le Dr Véran est député depuis le 22 juillet 2012. Il siège à la commission des affaires sociales de l’assemblée nationale. Il a notamment travaillé sur la question du sang et de l’éthique –un travail remarquable qui n’a étrangement guère intéressé les médias d’information générale.

Six mille postes hospitaliers concernés

Tel n’est pas le cas aujourd’hui avec son « rapport parlementaire sur l’emploi temporaire à l’hôpital ». Franc succès médiatique. A l’aube la Une du Parisien / Aujourd’hui en France : « Pénurie de médecins. Des intérimaires en or à l’hôpital. 500 millions d’euros, trois fois le déficit des hôpitaux publics en 2012, c’est la facture payée par l’assurance maladie pour faire tourner la machine hospitalière grâce à des remplaçants ». Le jeune quotidien très libéral L’Opinion : « 6000 postes de praticiens seraient vacants. Ils sont remplacés dans des conditions frisant souvent l’illégalité. L’hôpital public se débat avec des ‘’médecins mercenaires’’. » Le vespéral Monde : « Recourir à des intérimaires multiplie par trois le coût pour les hôpitaux. Pour le député Olivier Véran, 6 000 médecins seraient concernés ».

Vieille métaphore guerrière

Il y avait bien eu un rapport de l’Igas, mais c’était en 2003. Dix ans déjà. Le ministre de la Santé était alors Jean-François Mattéi. Aucun de ses successeurs ne semble avoir repris le dossier à bras le corps. Aujourd’hui,donc, le rapport du député Olivier Véran : « Hôpital cherche médecins, coûte que coûte ; essor et dérive du marché médical temporaire à l’hôpital public ». A se limiter aux médias généralistes on retire une impression assez saisissante de jungle. Et une tendance à la vieille métaphore guerrière, celle  du temps des mercenaires.

Des sociétés d’intérim opaques. Des cabinets de recrutements qui ne le sont pas moins. Des négociations de la main à la main… « Un pédiatre payé 3046 euros la journée » (témoignage – anonyme- d’un directeur d’hôpital), des anesthésistes démissionnaires qui devient soudain intérimaires, des gardes fictives payées 1300 euros les vingt-quatre heures. Et un marché (6000 postes) qui concernerait pour l’essentiel (70%) les anesthésistes, les radiologues et les urgentistes. Pourquoi ?

Appelés et mercenaires

Et comment gère-t-on, au quotidien, des équipes hospitalières dans lesquels les confrères n’ont pas, loin s’en faut, les mêmes salaires ? Qui commande une armée faite d’appelés et, pour partie, de quelques mercenaires ? Et qui plus est des mercenaires qui plombent le déficit du budget de l’armée régulière.  

Olivier Véran s’explique dans Le Monde. Six mille médecins qui ne font que du remplacement hospitalier. Payés en moyenne 650 euros net la journée, 1 300 euros la garde, à quoi il faut ajouter les frais de transport, d’hébergement et de bouche, et des indemnités de congés payés ou de précarité pour les intérimaires. Avoir recours à des remplaçants multiplie le coût par trois. Soit un surcoût de 500 millions d’euros par an pour les hôpitaux, soit plus de trois fois leur déficit.

Réanimateurs, urgentistes, radiologues

« Le phénomène  a d’abord touché les petits hôpitaux, qui n’avaient pas d’autre choix pour trouver des médecins et éviter de fermer un service, ajoute l’auteur du rapport.  Mais désormais, les gros non plus n’arrivent parfois plus à recruter assez de titulaires. Faire appel à des intérimaires ponctuellement peut être une solution, mais y avoir recours sur des contrats de longue durée pose problème, car il n’est pas simple d’organiser un travail d’équipe avec des gens qui changent sans cesse. C’est pourtant ce qui se passe souvent avec les anesthésistes-réanimateurs, les urgentistes et les radiologues. En outre, cela a perverti le système parce qu’au lieu de se serrer les coudes, les hôpitaux se font concurrence, quitte à aligner des sommes importantes et mettre en place des pratiques irrégulières. »

7000 à 8000 euros par mois

On apprend qu’n directeur peut contraindre son comptable à payer un médecin de 7 000 à 8 000 euros par mois, -(voire plus) soit bien au-delà de ce qui est autorisé pour un praticien hospitalier. Que les sanctions sont rares (le directeur doit garantir la continuité des soins).

« Préférant la discrétion, d’autres paient des gardes non effectuées, ou déclarent un plein-temps alors que le médecin n’est là qu’à temps partiel, ajoute le Dr Véran. Du côté des médecins, une pratique est particulièrement condamnable, et illégale : le double emploi, qui consiste, alors qu’on est déjà à plein-temps dans un hôpital, à aller travailler ailleurs sur ses congés. Un directeur m’a même dit qu’il avait vu arriver, comme intérimaire pour une garde, un de ses propres praticiens ! J’ai appelé une agence lyonnaise en me faisant passer pour un urgentiste en poste. On m’a expliqué que je n’avais pas le droit de travailler ailleurs, mais que j’étais le bienvenu si je le souhaitais, les hôpitaux n’étant pas trop regardants. Pour l’heure, les sanctions sont inexistantes. »

Explosions des prix

Le Dr Véran ajoute que les prix  ont explosé : un médecin en contrat temporaire peut gagner jusqu’à 15 000 euros par mois. Conséquence : des postes de praticiens sont ouverts, mais ne trouvent pas de candidats. En anesthésie, c’est deux sur trois. Les démissions sont aussi inquiétantes. En 2012, parmi les sorties de poste en radiologie, un quart ne concernaient pas des départs à la retrait.

On lira dans ce rapport les propositions pour faire stopper les abus, assainir le marché, rendre l’hôpital attirant en modulant les rémunérations afin qu’en début de carrière, un jeune médecin puisse gagner plus que 3 000 euros net par mois. L’auteur ne dit pas précisément combien.

 

Euthanasie : le défi lancé par le Pr Philippe Juvin (UMP) au Dr Bernard Senet (ADMD)

Rebondissement pratique dans la polémique sur l’euthanasie. Sur RTL un opposant est confronté à un pratiquant. Le premier met au défi le second d’ouvrir ses dossiers médicaux. Que va-t-il désormais se passer ?    

Lundi 16 décembre 2013. Publication peu avant midi des conclusions de la « conférence citoyenne sur la fin de vie ». Coup d’éclat : à 13 heures le défi lancé par un médecin urgentiste membre de l’UMP à un confrère généraliste de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Ce dernier assure avoir participé à l’euthanasie d’une soixantaine de personnes. Le duel était organisé sur RTL (« Les auditeurs ont la parole »).  Le Dr Senet face au Pr Juvin.

Chantal Sébire

Le Dr Bernard Senet est médecin généraliste, membre de la commission médicale de l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) et milite pour la légalisation de l’euthanasie volontaire. Il « a participé à l’euthanasie volontaire de Chantal Sébire ». Il a été  médecin agréé à l’hôpital local de l’Isle-sur-la-Sorgue et  a participé à la création des cinq lits de soins palliatifs. Il s’exprime notamment sur le site Huffington Post. On peut le voir et l’entendre ici.

Le Pr Philippe Juvin est chef du service des urgences de l’hôpital Européen-Georges Pompidou par ailleurs député européen et conseiller politique de l’UMP.  Il cite une publication (2009) du New England Journal of Medicine concluant selon lui que la moitié des personnes euthanasiées (légalement) en Belgique le seraient contre leur volonté.

Gravité

Le Dr Senet argumente, demande à voir cette publication. Le Pr Juvin lui donnera les références. Mais l’urgentiste va plus loin et lance un défi à son confère généraliste. Qu’il ouvre les dossiers médicaux des soixante personnes aujourd’hui disparues dont il parle. Alors il se fait fort de démontrer que des solutions, antalgiques notamment, étaient possibles. Des solutions qui n’ont pas été mises en œuvre.

C’est là un défi inhabituel. Un défi dont on mesure aisément la gravité. Que fera le Dr Bernard Senet ?