L’entrecôte feuilletée d’or du lièvre Ribéry, les lunettes de tortue écaillée d’Audrey Pulvar

Bonjour

Plus un débat sans violence, plus un repas sans débat. Ainsi Franck Ribéry, 35 ans, footballeur international français sur le déclin, évolue toujours néanmoins au poste d’ailier gauche du Bayern Munich. Victime, à l’âge de deux ans, d’un accident de la circulation qui lui laisse des cicatrices sur le visage,  commence le football à six ans au FC Conti de Boulogne-sur-Mer, rejoint à douze ans le centre de formation du LOSC Lille, dont il sera renvoyé quatre ans plus tard à la suite de mauvais résultats scolaires et de problèmes de comportement.  Généralement caricaturé comme un « footballeur surexcité à la syntaxe sommaire ». Converti à l’islam depuis 2006 il porte aussi le nom de Bilal Yusuf Mohammed.

Franck Ribéry vient d’insulter sans ménagement les personnes qui l’ont critiqué après un article paru dans Bild évoquant une facture de 1200 euros pour une « entrecôte recouverte d’or ». Bild avait révélé qu’en vacances à Dubaï, le célèbre joueur avait rendu visite au célèbre chef Nusret Gökçe à la Nusr-Et Steakhouse pour y déguster une des spécialités de l’établissement.

Et le quotidien allemand de se délecter, précisant que le joueur français et ses proches avaient commandé une entrecôte pailletée d’or d’une valeur de 1200 euros, déclenchant de nombreuses critiques à son égard. Une information reprise par de nombreux médias, notamment par Le Figaro.fr. Avant que l’on apprenne que la facture entrecotesque avait été largement surévaluée,  Bild confondant les euros et les dirhams émiratis. La pièce de chair coûtait un peu moins de 300 euros, et non 1200 comme indiqué.

Remettre les points sur les i et les barres sur les t…

Meurtris par les critiques, l’ancien international a violemment répondu à ses détracteurs et notamment aux médias, via les réseaux sociaux. Extrait (repris non sans délectation par Le Figaro):

«Pour 2019, remettons les points sur les i et les barres sur les t… Commençons par les envieux, les rageux, nés sûrement d’une capote trouée: n*iquez vos mères, vos grands-mères et même votre arbre généalogique. Je ne vous dois rien, ma réussite c’est avant tout grâce à Dieu, à moi et mes proches qui ont cru en moi. Pour les autres, vous n’étiez que des cailloux dans mes chaussettes!».

Ribéry poursuit, amer, regrettant notamment que les médias n’avaient pas relayé ses actions généreuses auprès des associations.

«Ensuite, concernant ces pseudo-journalistes qui ont toujours été dans la critique négative envers moi, mes actes (dernier exemple en date: le prix de ce que je mange!)… Quand je fais des dons (car on m’a appris à donner quand je reçois beaucoup), pourquoi aucun grand média national ne diffuse-t-il cela ?. Non, vous préférez parler des vacances que je passe en famille, vous scrutez mes faits et gestes, ce que je mange etc. Oh, oui, pour ce genre de futilités, vous êtes présents!»

 Puis, « pour mettre un terme à cette polémique qui n’a même pas lieu d’être », Franck Ribéry a publié une capture d’écran d’un article reprenant un tweet de l’ancienne journaliste Audrey Pulvar où elle proclamait « Je fais ce que je veux de l’argent que je gagne ». A l’époque Mme Pulvar avait été particulièrement critiquée après avoir dévoilé le prix de ses lunettes en écaille de tortue… d’une valeur de 3300 euros. Un modèle de la célèbre maison Bonnet, lunetier, dont le prix habituel est nettement plus élevé.

Or aujourd’hui la même tacle le joueur sur Twitter : « Monsieur Franck Ribéry, si vous ne savez pas quoi faire de votre argent, il reste plein de causes à financer et soutenir dans le monde » écrit celle qui désormais préside de la Fondation Nicolas Hulot. Reprise de volée de Franck Ribéry:

« J’espère que vos lunettes [en écaille de tortue] vous permettent d’entrevoir un meilleur avenir professionnel que celui de la pseudo journaliste que vous êtes actuellement ».

 A demain

@jynau

Déserts médicaux et tarifs inhumains : le gouvernement impuissant. Jusqu’à quand ?

Bonjour

Editorial médical et politique du Monde daté de ce 28 décembre 2017. Le dernier quotidien vespéral parisien y traite de la « fracture sanitaire » et de l’inquiétude qu’elle génère. Où l’on retrouve le serpent de mer  des « déserts médicaux ». Où l’on confirme, aussi, qu’il est de plus en plus difficile, pour une femme, de consulter un gynécologue-obstétricien ; et que quand la chose est possible c’est très souvent à des tarifs incompatibles avec les prix conventionnés. Où l’on découvre, en somme, l’une des réalités médicales de la France d’aujourd’hui – celle qui conduit immanquablement aux engorgements observés dans l’étranglement des services d’urgence hospitaliers.

« Rendez-vous difficiles, voire impossibles, à obtenir dans un délai raisonnable, dépassements d’honoraires parfois prohibitifs : les Français ne sont pas égaux dans l’accès aux pédiatres, psychiatres, ophtalmologues ou gynécologues, écrit Le Monde. Pour ces deux dernières spécialités, l’offre disponible dans les grands pôles urbains est de sept à neuf fois supérieure à celle des communes isolées, relevait en 2016 une étude du ministère de la santé. »

Le pouvoir exécutif connaît ces chiffres. Et bien d’autres, ignorés des journalistes. Il les connaît et n’en peut mais. Et le quotidien de citer l’UFC-Que choisir qui a calculé la réduction « du nombre de gynécologues accessibles à moins de quarante-cinq minutes de route ». Tout laisse penser que cette situation va continuer de s’aggraver dans les années à venir, la pénurie affectant les effectifs des pédiatres, des ophtalmologues, des gynécologues et des psychiatres. Une pénurie compliquée de ce corollaire capitalistique : dans l’ombre de la pénurie, l’augmentation des dépassements d’honoraires…

Buzyn et Macron, premiers de cordées

« Il faut se rendre à l’évidence et parler d’un échec français en matière de régulation des médecins libéraux » assure Le Monde, citant les observations-accusations de la Cour des comptes et du Conseil économique, social et environnemental. Echec patent de l’exécutif jacobin à corriger les inégalités de répartition territoriale ; échec massif des aides financières à l’installation des médecins dans des déserts.

Deux pistes sont connues. La première est l’introduction d’un « conventionnement sélectif » visant à lutter contre la désertification. Solution rejetée par l’Ordre qui y voit une atteinte à la liberté d’installation des médecins. La seconde est l’instauration de nouvelles règles contraignantes de plafonnement des dépassements d’honoraires autorisés, entraînant en cas de non-respect l’exclusion du conventionnement du professionnel de santé.

« Ces pistes pourraient au moins être étudiées et débattues, avance Le Monde. Mais l’on sait que de telles solutions sont farouchement combattues par les syndicats de médecins. Et l’on n’ignore pas que les gouvernements, de gauche comme de droite, les ont toujours rejetées, comme tétanisés à l’idée d’engager un conflit avec les médecins sur le terrain explosif des dépassements d’honoraires abusifs. Faute de quoi la fracture sanitaire, décalque des fractures sociales et territoriales françaises, se creuse de façon toujours plus inquiétante. »

Ce constat était celui du monde qui précédait. Il ne sera pas inintéressant d’observer comment, sur ces sentiers escarpés, avanceront demain la ministre Agnès  Buzyn et le président Emmanuel Macron. Premiers de bienveillantes cordées.

A demain

Chanel, Essilor et politique : la ministre de la Santé confrontée à la réalité de l’optique  

 

Bonjour

Vigilance citoyenne face aux fausses nouvelles. Quelques lignes acidulées disponibles sur le site du Quotidien du Médecin (Stéphane Long).

« Un quart des jeunes à la recherche d’un emploi ont-ils des problèmes de vue ? C’est ce que pensait Agnès Buzyn. À tort, semble-t-il. La ministre de la Santé s’est fait reprendre par Europe 1 le 8 décembre pour ses propos sur le sujet. Cette semaine, elle avait déclaré que, selon Pôle Emploi, ‘’25 % des jeunes qui cherchent un emploi ont un trouble de la vision et ne sont pas corrigés par des lunettes. Vous vous rendez compte, c’est énorme ! Et ça explique le décrochage scolaire pour certains.’’ »

Vigilance, donc. Dans « le vrai-faux de l’info », Géraldine Woessner est remontée à la source de cette information. En réalité, explique la journaliste, « c’est Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, qui lui a glissé ce chiffre de 25 % en sortant d’un forum pour l’emploi », où elle venait de croiser des employés… d’Essilor. Le fabricant de verre optique avance cette statistique en se basant sur « une poignée de jeunes qui visitent ses stands sur certains salons », révèle Europe 1.

« Autant dire que ce chiffre a peu de valeur » ajoute Le Quotidien du Médecin. Valeur ? Où l’on observe, après le faux-pas de la distribution des montures Chanel, qu’Agnès Buzyn apparaît, d’un strict point de vue politique, assez éloignée de la réalité des correctifs optiques.

A demain

Optique politique : Agnès Buzyn confirme ne pas être ministre pour offrir des montures Chanel

 

Bonjour

Guy Debord : «Le spectacle est le moment où la marchandise est parvenue à l’occupation totale de la vie sociale ». Serions-nous, ici, à l’aube du « placement de produit » dans la sphère politique ? C’est une petite information en or du Quotidien du Médecin. Elle nous éclaire sur l’avenir et les modalités d’une promesse phare du candidat Emmanuel Macron : le célèbre « reste à charge zéro » sur l’optique et les prothèses dentaires et auditives.

Le cadre : une rencontre organisée par l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS). Le Quotidien était heureusement là. Il nous explique qu’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a repris, à cette occasion, la récente formule du Dr Olivier Véran, député (LREM, Isère) sur l’objectif de ce « reste à charge zéro » : « Nous ne sommes pas là pour offrir des montures Chanel à tout le monde ! ». (Le modèle « Blue Vendôme » est à 659 euros). Plus précisément :

« Emmanuel Macron a toujours dit qu’on ne transigerait pas sur la qualité du produit sur la partie ‘’soin’’. Mais si on prend l’exemple de l’optique, ce n’est pas à la solidarité nationale de payer des montures Chanel ! Que des montures solides soient prises en charge oui, mais l’effort devra porter d’abord sur les verres, par exemple des verres progressifs. On ne rognera pas sur la qualité de la partie santé. » 

Embauchoir

Et la ministre des Solidarités de faire la clarté : « Il s’agit de définir les trois paniers de soins nécessaires sur l’optique, le dentaire et l’audioprothèse. Nous nous engageons à ce que tout le monde y ait accès. »

Où l’on voit l’usage qui continue d’être fait du concept – désastreux-  des « paniers de soins ». Chanel ? Agnès Buzyn a par ailleurs admis ne pas connaître, à ce stade, le budget nécessaire au financement de cet « énorme dossier ». « Ce n’est pas le sujet. Je n’ai pas en ma possession une enveloppe dans laquelle j’essaye de faire rentrer des soins au chausse-pied. » Où l’on observe, Chanel ou pas, le maniement politique des formules parlantes au plus grand nombre. De l’usage politique, en somme, du placement démocratique de produit de luxe et de l’embauchoir.

A demain