Police et graves blessures oculaires: The Lancet attend les commentaires de C. Castaner

Bonjour

Violences policières, médecine et publication scientifique. Une étude menée auprès des CHU de France vient d’être publiée dans The Lancet :« Blessures oculaires causées par des armes non létales en France. Résumée par l’AFP et citée dans de nombreux médias, elle dresse la liste des blessures oculaires suspectées d’avoir été causées par les lanceurs de balle de défense (LBD). Aucune véritable surprise pour qui suit l’actualité : leur nombre est en forte hausse depuis la crise des « gilets jaunes ».

C’est une étude dite « rétrospective ». Les auteurs ont contacté tous les CHU de France, là où sont traités les patients les plus gravement atteints. Objectif : recenser les cas suspectés de blessures oculaires par LBD entre  février 2016 et août 2019. Deux cas sont recensés en 2016, un en 2017, mais vingt-cinq en 2018 – année du début de la crise des « gilets jaunes » – et quinze sur la période étudiée de 2019. L’âge moyen des victimes est de 26 ans. Il y a trente-huit hommes et cinq femmes. Vingt-cinq patients présentent des blessures ouvertes au globe oculaire et dix-huit d’autres traumatismes, notamment à la rétine (dix cas). Il y a vingt-cinq cas de fractures orbitales, douze de fractures de la face et deux de dommages au cerveau. Trente des quarante-trois patients ont dû être opérés, à une ou plusieurs reprises. Parmi eux, neuf ont dû être énucléés.

Les dix-huit auteurs, tous spécialistes réputés 1, soulignent que la législation française ne prévoit pas de collecte de données systématique sur les blessures causées par ces armes, utilisées notamment pour le maintien de l’ordre. Sur le total de quarante-trois cas étudiés, vingt ont été traités par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Est-ce qui explique que son directeur général, Martin Hirsch @MartinHirsch , a aussitôt relayé vendredi sur Twitter l’article du Lancet, qu’il a qualifié de « premier bilan publié dans une revue scientifique » ?

Depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, les méthodes d’intervention et les violences attribuées aux forces de l’ordre font l’objet de nombreux débats et polémiques. Depuis le 17 novembre 2018, 2 500 manifestants et 1 800 membres des forces de l’ordre ont été blessés, selon les chiffres de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur. The Lancet attend ses commentaires.

A demain @jynau

1 Aurore Chauvin, Jean-Louis Bourges, Jean-François Korobelnik, Michel Paques, Pierre Lebranchu, Frederic Villeroy, Christophe Chiquet, Carl Arndt, Pierre Fournier, Max Villain, Frederic Mouriaux, Gilles Thuret, Isabelle Cochereau, Carole Burillon, Laurent Kodjikian, José-Alain Sahel, Alain Gaudric, Bahram Bodaghi (bahram.bodaghi@gmail.com Department of Ophthalmology, Sorbonne Université, Pitié-Salpêtrière Hospital, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Paris 75013)

Emmanuel Macron, à la différence du ministre Castaner, lit bien «The Lancet» dans le texte

Bonjour

Douce illusion : il suffirait d’écrire pour être lu en haut lieu. De signer dans une revue médicale étrangère pour, un jour, franchir le portail du Palais de l’Elysée. Etre reçu par le président de la République et, les yeux dans les yeux, lui vanter les mérites de la réduction des risques.

Nous rapportions hier, sur ce blog, le contenu d’une « lettre au Lancet » signée de douze spécialistes français de chirurgie maxillo-faciale œuvrant dans six établissements hospitalo-universitaires de l’AP-HP.  « Une lettre éminement politique dans une revue internationale prestigieuse, écrivions-nous. Mais une lettre qui n’a guère eu d’écho médiatique dans l’Hexagone – à l’exception notable La Croix (Pierre Bienvault) : ‘’ Des médecins dénoncent la gravité des blessures par LBD ‘’ puis par Le Canard Enchaîné (Sorj Chalandon) : ‘’Des chirurgiens dissèquent le LBD’’ ».

Force est aujourd’hui de poser l’hypothèse que, sans même parler de ce blog, l’Elysée lit Le Canard Enchaîné, La Croix ou The Lancet. Ou les quatre. Preuve nous en est offerte par Le Monde (Cédric Pietralunga) qui rapporte l’essentiel de la rencontre organisée le mercredi 21 août, entre le chef de l’Etat et les journalistes de l’Association de la presse présidentielle (APP). C’était, résume le dernier quotidien vespéral de la capitale, « la première expression publique depuis le retour de ses trois semaines de vacances au fort de Brégançon. Un rendez-vous présenté par son entourage comme exemplaire de cette nouvelle ‘’méthode’’ ».

Chef de l’Etat et des Armées

Signe « d’ouverture » (sic), Emmanuel Macron a reconnu devant l’APP que des « blessures inacceptables » et des « mutilations » avaient été enregistrées lors des manifestations des « gilets jaunes », chez les contestataires comme chez les policiers. « Cela doit nous conduire à repenser certaines méthodes d’intervention, à les relégitimer si besoin », a-t-il expliqué. Le chef de l’Etat s’est aussi engagé à recevoir une délégation des médecins qui ont dénoncé, dans une lettre publiée par la revue britannique The Lancet, les lésions provoquées par les lanceurs de balles de défense.

Un bristol présidentiel devrait donc être prochainement adressés aux Pr.e.s et Dr.e.s Lartizien Rodolphe, Schouman Thomas, Raux Mathieu, Debelmas Alexandre, Lanciaux-Lemoine Sophie, Chauvin Aurore, Toutee Adelaïde, Touitou Valérie, Bourges Jean-Louis, Goudot Patrick, Bertolus Chloé, Foy Jean-Philippe. Tous pourront redire aux chef de l’Etat et des Armées ce que déclarait la Professeure Chloé Bertolus, chef du service de chirurgie maxillo-faciale à La Pitié-Salpêtrière à Paris à La Croix :

« En tant que médecins, nous estimons qu’il est de notre devoir d’alerter sur la gravité des blessures que peuvent provoquer ces armes dites non létales, explique à La Croix la professeure Chloé Bertolus, chef du service de chirurgie maxillo-faciale à La Pitié-Salpêtrière à Paris. Nous avons reçu des personnes ayant de graves fractures au niveau de la mâchoire ou de la pommette. Ce sont les mêmes blessures que l’on retrouve chez des individus qui se font frapper à coups de batte de baseball » 

On peut le dire autrement : le chef des Armées va-t-il leur annoncer la fin de l’usage, sinon de la force, du moins des LBD ?

A demain @jynau

«Yellow vests protests», visages fracturés : Castaner lit-il The Lancet dans le texte ?

Bonjour

Violences politiques et maintien de l’ordre républicain. Que va-t-il se passer, après-demain, au contre-G7 de Biarritz ? Pour l’heure c’est une lettre au Lancet : « Yellow vests protests: facial injuries from rubber bullets ». Une lettre chirurgicale signée par douze spécialistes français de chirurgie maxillo-faciale œuvrant dans six établissements hospitalo-universitaires de l’AP-HP 1. Une lettre éminement politique dans une revue internationale prestigieuse mais qui n’a guère eu d’écho médiatique dans l’Hexagone – à l’exception notable La Croix (Pierre Bienvault) : « Des médecins dénoncent la gravité des blessures par LBD » puis par Le Canard Enchaîné (Sorj Chalandon) : « Des chirurgiens dissèquent le LBD »

Où l’on apprend, dans le détail, que les « lanceurs de balles de défense » (LBD) utilisés par la police face aux Gilets Jaunes ont provoqué de sérieuses fractures du visage et  entraîné de nombreuses atteintes oculaires graves et irrémédiables.

« En tant que médecins, nous estimons qu’il est de notre devoir d’alerter sur la gravité des blessures que peuvent provoquer ces armes dites non létales, explique à La Croix la professeure Chloé Bertolus, chef du service de chirurgie maxillo-faciale à La Pitié-Salpêtrière à Paris. Nous avons reçu des personnes ayant de graves fractures au niveau de la mâchoire ou de la pommette. Ce sont les mêmes blessures que l’on retrouve chez des individus qui se font frapper à coups de batte de baseball » Vingt-et-un patients qui, pour la plupart, ont été contraints de « s’alimenter par voie liquide durant environ six semaines ». Sans pour autant que l’on puisse parler de  « gueules cassées » :  

« Aujourd’hui, on ne parle de ‘’ gueules cassées’’ que pour les blessés par armes à feu. Dans ce cas, il peut arriver que le visage soit en partie déchiqueté et qu’on soit obligé de faire des reconstructions lourdes en prélevant du muscle ou de la peau sur d’autres parties du corps. On n’est pas obligé d’en arriver là pour les blessures avec les balles en caoutchouc. Elles sont sérieuses mais tous les morceaux du visage sont là. Il faut juste attendre que tout se remette en place. »

Que va-t-il se passer au contre – G7 de Biarritz ?

On se souvient que le premier médecin à avoir alerté sur la dangerosité des LBD est le professeur Laurent Thines, neurochirurgien et chef de service au CHU de Besançon. En janvier dernier janvier il avait courageusement lancé une pétition pour dénoncer l’usage de ces armes :

 « En regardant les photos des blessés dans les médias ou dans les réseaux sociaux, j’ai été bouleversé par le nombre et la gravité de ces atteintes au niveau de la tête et du visage. J’ai décidé de réagir notamment après avoir reçu de collègues des images de patients ayant eu des fractures du crâne avec des hémorragies cérébrales. Et il y a aussi de gens qui ont perdu un œil ».

Puis, en février, trente-cinq ophtalmologues français avaient écrit à Emmanuel Macron pour s’émouvoir du « nombre inédit de contusions oculaires graves » entraînant «des lésions souvent au-dessus de toute ressource thérapeutique ». Dans ce courrier, ces médecins faisaient un parallèle avec les blessures provoquées par des balles de golf à l’origine d’une perte de la vision dans la majorité des cas :

« Ces balles mesurent 40 mm de diamètre et lorsqu’elles arrivent sur le visage avec une grande force de propulsion, elles s’encastrent dans l’orbite, toute l’énergie cinétique  étant transmise au globe oculaire. Les balles de LBD mesurent également 40 mm de diamètre, leur énergie cinétique est considérable puisqu’elle est encore de 220 joules à 40 m, bien supérieure à celle d’une balle de golf. Le grand nombre de balles tirées avec une force cinétique conservée à longue distance et l’imprécision inhérente à cette arme devaient nécessairement entraîner un grand nombre de mutilations. »

Les ophtalmologues réclamaient un moratoire. Aucune réponse et pas de moratoire. Laurent Nuñez, en juin, sur RTL : « Quand il y a une agression contre des policiers et qu’il y a une riposte proportionnée, oui il peut y avoir des blessés. Ce n’est pas parce qu’une main a été arrachée, parce qu’un œil a été éborgné, que la violence est illégale ».

Est-ce parce qu’elle n’est pas illégale que la violence doit conduire des chirurgiens à écrire au Lancet ? Que va-t-il se passer, après-demain, au contre-G7 ?

A demain @jynau

  1. Lartizien Rodolphe1Schouman Thomas2Raux Mathieu3Debelmas Alexandre2Lanciaux-Lemoine Sophie2Chauvin Aurore4Toutee Adelaïde4Touitou Valérie4Bourges Jean-Louis5Goudot Patrick2Bertolus Chloé2Foy Jean-Philippe6.

1Department of Maxillo-Facial Surgery, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière Charles Foix, Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Sorbonne Université, Paris, F-75013, France; Université Grenoble Alpes, Grenoble, France.

2Department of Maxillo-Facial Surgery, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière Charles Foix, Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Sorbonne Université, Paris, F-75013, France.

3Department of Anaesthesiology and Critical Care, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière Charles Foix, Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Sorbonne Université, Paris, F-75013, France.

4Department of Ophthalmology, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière Charles Foix, Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Sorbonne Université, Paris, F-75013, France.

5 Department of Ophthalmology, Hôpital Cochin, Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Université Paris Descartes, Paris, France.

6Department of Maxillo-Facial Surgery, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière Charles Foix, Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Sorbonne Université, Paris, F-75013, France. Electronic address: jean-philippe.foy@aphp.fr.

Amputés et éborgnés : de la «violence policière» sur l’exercice de la citoyenneté

Bonjour

Après l’affaire (toujours à éclaircir) du « fichage » au sein de l’AP-HP, voici la création du collectif des personnes gravement blessées lors des manifestations des Gilets Jaunes. Elles ont annoncé, dimanche 28 avril, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) se grouper pour combattre « l’ultra-violence de la répression » et obtenir l’interdiction de « l’utilisation d’armes de guerre » –  lanceur de balles de défense (LBD) ou  grenades

Dix-neuf personnes blessées ont présenté ce collectif qui vise à combattre « l’ultra-violence de la répression » et souhaite faire interdire « l’utilisation de ces armes de guerre ».

 « On a décidé de constituer un collectif, “les mutilés pour l’exemple”, en référence aux fusillés pour l’exemple », a déclaré lors d’une conférence de presse Robin Pagès, handicapé depuis sa grave blessure au pied en 2017 à Bure (Meuse). « Vous avez 19 personnes devant vous et vous n’avez que 26 yeux qui vous regardent. Faites le compte, il y a un petit problème », a pour sa part déclaré Jérôme Rodrigues, Gilet Jaune éborgné lors d’une manifestation fin janvier à Paris.

Chacune des personnes présentes , rapporte encore l’AFP, a raconté cette « vie qui a basculé » ou l’impossibilité « de pouvoir se regarder dans une glace ». « La nuit, c’est des insomnies, des cauchemars. C’est l’horreur au quotidien pour essayer de se démerder comme on peut avec une main. Pour l’instant, c’est l’enfer total », a pour sa part témoigné Sébastien Maillet, qui a eu la main arrachée le 9 février à Paris, lors de l’acte XIII des « gilets jaunes ».

Monophtalmie

« La monophtalmie complique toute votre vie. Les choses vous demandent beaucoup de temps et il y a un impact psychologique sur votre entourage et vos proches », a encore expliqué Patrice Philippe, ex-chauffeur routier âgé de 50 ans, blessé à l’œil par un tir de LBD, le 8 décembre 2018. Et Robin Pagès d’évoquer « les plaques en titane et les vis dans le visage ».

Ce collectif fait état de vingt-deux personnes ayant perdu un œil et de cinq ayant été amputées d’une main depuis le début du mouvement. « On réclame la vérité, la justice et l’interdiction des armes dites “sublétales” », a souligné Robin Pagès qui accuse le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner de mentir quand il parle de « seulement dix personnes touchées à la tête par des tirs de LBD ».

Début mars, le ministère de l’Intérieur recensait 13 095 tirs de LBD depuis l’Acte I et 83 enquêtes pour des tirs potentiellement problématiques. Début mars, les Inspections Générales de la Police et de la Gendarmerie Nationales étaient saisies de 209 enquêtes portant sur des soupçons de violences policières lors de manifestations des Gilets Jaunes dont 199 pour la seule « police des polices ».

Le Monde rappelle que l’usage de la force par les policiers français a été mis en cause par l’Organisation des Nations unies (ONU), qui a reproché à la France son « usage violent et excessif de la force » face à ce mouvement. Une accusasion vivement rejetée par le pouvoir exécutif. A un étudiant, lors d’une réunion du Grand Débat National Emmanuel Macron avait répondu : « Ne parlez pas de “répression” ou de “violences policières”, ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit. » Quant à Christophe Castaner, ministre des policiers il avait déclaré ,  le 19 mars sur France ­Inter « Arrêtons de parler des violences policières ! »

Ce nouveau « collectif des mutilés » appelle d’ores et déjà à une grande manifestation nationale –  à Paris, le 26 mai. Disposera-t-on alors de plus de lumière sur l’affaire des « fichage » ?

A demain

@jynau

 

 

Violences avec LBD : combien l’Etat devra-t-il verser à chacune des personnes éborgnées ?

Bonjour

Rapportée par l’Agence France Presse c’est une décision de justice qui ne manque pas, aujourd’hui, de relief politique. Le tribunal administratif de Montpellier vient de condamner l’Etat à verser 47 700 euros à Florent Castineira, un supporteur du Montpellier Hérault Sport Club.  Ce dernier avait été éborgné par un tir de lanceur de balles de défense (LBD) en 2012.

La justice a ainsi reconnu que M. Castineira, qui a perdu l’usage de son œil droit, a subi des « préjudices imputables » à « l’intervention des forces de l’ordre lors de la journée du 21 septembre 2012 ». L’Etat devra également verser 1 500 euros au titre des frais de justice engagés par la victime.

Comment parvient-on à un tel calcul de l’indemnisation des préjudices ? Le tribunal précise avoir tenu compte du fait que le supporteur avait déjà reçu 15 000 euros en mai 2015 de la part du Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI). L’Etat est également condamné à rembourser cette somme au FGTI.

Au plan pénal, un juge d’instruction avait clos le dossier en 2017 par un non-lieu – aucune poursuite n’avait donc été engagée contre le policier auteur du tir. Toutefois, en octobre 2018, le tribunal administratif de Montpellier avait estimé que l’Etat était « civilement responsable » des blessures du supporteur appartenant au groupe ultra « La Butte Paillade », survenues dans le cadre d’une opération de maintien de l’ordre le 21 septembre 2012, quelques minutes avant un match de Ligue 1 à Montpellier contre Saint-Etienne.

Manifestations et dégénérescence

M. Castineira a toujours assuré qu’il était, ce jour-là, assis à proximité du stade, dans le quartier Paillade-Mosson, lorsqu’il avait été blessé par la police qui prenait en chasse un homme qui s’était réfugié dans la foule. En février dernier, lors d’une audience consacrée au montant de l’indemnisation du préjudice, l’avocat de la victime avait réclamé près de 140 000 euros – le rapporteur public avait fixé le montant à 60 000 euros.

Aujourd’hui M. Castineira est très mobilisé au sein d’une « Assemblée des blessés» qui dispense des conseils aux « Gilets Jaunes » victimes de tirs de LBD 40 et au sein du collectif « Désarmons-les » qui milite contre les « violences d’Etat ». Il a également déposé une requête devant la Cour européenne des droits de l’homme.

On observera d’autre part avec intérêt que le même tribunal administratif de Montpellier a, le 25 janvier dernier, rejeté le recours présenté par des particuliers tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet de l’Hérault de suspendre l’usage des lanceurs de balles de défense « LBD40 » lors des prochaines manifestations dans le département. Extrait :

« Il n’existe aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dès lors que l’usage du LBD n’est pas illégal, qu’il permet de garantir un usage gradué de la force et qu’il n’est pas disproportionné, que les personnels sont soumis à une formation initiale et continue, que le LBD n’est pas utilisé dans le cadre de manifestations mais dans le cadre d’attroupement, c’est à-dire de manifestations qui ont déjà dégénéré ».

A demain

@jynau

LBD : dans la police on ne pratique pas sans danger une politique de réduction des risques

Bonjour

Ainsi donc Christophe Castaner, fragilisé, était l’invité matinal de France Inter. Où l’on apprit que le ministre de l’Intérieur n’avait pas envisagé un instant de démissionner. Et qu’il ne s’était pas non plus fait méchamment sermonner par Emmanuel Macron 1. Et encore qu’il regrettait d’avoir, nuitamment, fêté un anniversaire dans un restaurant bien connu de la capitale.

Et puis cet aveu en forme d’excuse préventive concernant les LBD, ces « lanceurs de balles de défense » hautement contestés car très dangereux, pouvant causer des blessures oculaires aux conséquences irréversibles – au point de mobiliser la communauté française des ophtalmologistes qui vient d’en appeler à Emmanuel Macron 1.

« Les forces de l’ordre ont eu des consignes de changer le type de munitions avec des munitions courtes, et ils ont eu des consignes de moins utiliser les LBD » a déclaré Christophe Castaner sur France Inter, précisant que cela s’était fait sans l’aval de son ministère. Et sans celui, non plus,du préfet de police de Paris, Michel Delpuech – qui a néanmoins, lui, été limogé.

Et si Christophe Castaner a, pour l’heure, sauvé la sienne, d’autres têtes policières tombent. Ainsi, après le préfet de police de Paris, c’est au tour de Pierre Gaudin, actuel directeur de cabinet du préfet de police d’être limogé – idem pour le directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne, Frédéric Dupuch, ancien chef du service central de la police technique et scientifique à Ecully. Une information du Monde, confirmant une information du Parisien. C’est lui qui serait directement à l’origine de la mesure de réduction des risques inhérents aux LBD. Et qui en paye le prix.

A demain

@jynau

 1 Rambaud P. « Emmanuel le Magnifique »  Editions Grasset.

Citoyens éborgnés par un LBD : pourquoi le président Macron ne répond-il pas à son courrier ?

Bonjour

10 mars 2019.  Journal du Dimanche, papier factuel et dérangeant d’Anne-Laure Barret. Où l’on apprend que trente-cinq grands noms de l’ophtalmologie française avaient envoyé un courrier au président de la République- et ce  pour qu’au nom du principe de prévention et de la réduction des risques il mette un terme à l’usage du LBD par les forces de gendarmerie et de police.

« Monsieur le Président, une telle ‘’épidémie’’ de blessures oculaires gravissimes ne s’est jamais rencontrée, écrivaient-ils, il y a un mois. Nous, ophtalmologistes dont la profession est de prévenir et guérir les pathologies oculaires demandons instamment un moratoire dans l’utilisation de ces armes invalidantes au cours des actions de maintien de l’ordre ». D’autant plus que « ces contusions entraînent des lésions souvent au-dessus de toute ressource thérapeutique ».

Selon eux, « les blessures oculaires survenues ces dernières semaines ne sont pas dues au hasard ou à l’inexpérience. Le grand nombre de balles tirées avec une force cinétique conservée à longue distance et l’imprécision inhérente à cette arme devaient nécessairement entraîner un grand nombre de mutilations ».

Démarche politique ? Nullement. Les trente-cinq signataires explique que c’est là une démarche « de médecins, purement humaniste, avec pour seul but d’éviter d’autres mutilations ». Ils dressent un parallèle avec les blessures causées par les balles de golf,  « rares mais bien connues des ophtalmologistes pour leur sévérité, conduisant dans la majorité des cas à la perte de la vision et dans un tiers des cas à l’énucléation ». Mais pour eux les LBD sont plus dangereux car envoyés avec une « énergie cinétique (…) bien supérieure ».

Treize mille tirs officiellement recensés

En collaboration avec la Société française d’ophtalmologie, ces médecins ont également mis en place une cellule de veille sur ces blessures. Ils ont d’ores et déjà ont recensé une vingtaine de cas de personnes ayant perdu un œil. Pour sa part le secrétaire d’État à l’Intérieur, Laurent Nuñez, indiquait il y a quelques jour, que depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes plus de 13 000 tirs de LBD avaient été officiellement enregistrés, plus de 2 200 personnes blessées et quatre-vingt-trois enquêtes ouvertes.

Les signataires assurent ne pas être des « militants ». Ils ne veulent pas déclencher une « polémique » mais bien ouvrir une réflexion sur l’usage de ces dangereux dispositifs – « qui sont loin d’être de simples outils de dissuasion » souligne le Pr José-Alain Sahel . C’est faute d’avoir reçu une réponse présidentielle qu’ils ils rendent aujourd’hui public ce courrier afin d’être certains que leur message d’alerte est parvenu à son destinataire. Sollicitée par le JDD, Agnès Buzyn a fait « savoir qu’elle était prête à recevoir les ophtalmoloques ».

Or il y a précisément un mois Agnès Buzyn annonçait « qu’elle allait prochainement recevoir » des représentants de la Société française d’ophtalmologie qui, déjà,  s’alarmaient des blessures oculaires causées lors des manifestations de Gilets Jaunes. « C’est un problème spécifique dont je souhaite discuter avec la Société française d’ophtalmologie, déclarait-elle alors sur Europe 1. Je vais les recevoir parce qu’ils m’ont alertée sur beaucoup de blessures à l’œil. Ce problème-là, spécifique, je vais le regarder avec eux. »

Et puis rien. La ministre de la Santé aurait-elle oublié ? Le président de la République a-t-il reçu le courrier qui lui était adressé ? Que faudrait-il, ici, imaginer ?

A demain

@jynau