LBD : dans la police on ne pratique pas sans danger une politique de réduction des risques

Bonjour

Ainsi donc Christophe Castaner, fragilisé, était l’invité matinal de France Inter. Où l’on apprit que le ministre de l’Intérieur n’avait pas envisagé un instant de démissionner. Et qu’il ne s’était pas non plus fait méchamment sermonner par Emmanuel Macron 1. Et encore qu’il regrettait d’avoir, nuitamment, fêté un anniversaire dans un restaurant bien connu de la capitale.

Et puis cet aveu en forme d’excuse préventive concernant les LBD, ces « lanceurs de balles de défense » hautement contestés car très dangereux, pouvant causer des blessures oculaires aux conséquences irréversibles – au point de mobiliser la communauté française des ophtalmologistes qui vient d’en appeler à Emmanuel Macron 1.

« Les forces de l’ordre ont eu des consignes de changer le type de munitions avec des munitions courtes, et ils ont eu des consignes de moins utiliser les LBD » a déclaré Christophe Castaner sur France Inter, précisant que cela s’était fait sans l’aval de son ministère. Et sans celui, non plus,du préfet de police de Paris, Michel Delpuech – qui a néanmoins, lui, été limogé.

Et si Christophe Castaner a, pour l’heure, sauvé la sienne, d’autres têtes policières tombent. Ainsi, après le préfet de police de Paris, c’est au tour de Pierre Gaudin, actuel directeur de cabinet du préfet de police d’être limogé – idem pour le directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne, Frédéric Dupuch, ancien chef du service central de la police technique et scientifique à Ecully. Une information du Monde, confirmant une information du Parisien. C’est lui qui serait directement à l’origine de la mesure de réduction des risques inhérents aux LBD. Et qui en paye le prix.

A demain

@jynau

 1 Rambaud P. « Emmanuel le Magnifique »  Editions Grasset.

Citoyens éborgnés par un LBD : pourquoi le président Macron ne répond-il pas à son courrier ?

Bonjour

10 mars 2019.  Journal du Dimanche, papier factuel et dérangeant d’Anne-Laure Barret. Où l’on apprend que trente-cinq grands noms de l’ophtalmologie française avaient envoyé un courrier au président de la République- et ce  pour qu’au nom du principe de prévention et de la réduction des risques il mette un terme à l’usage du LBD par les forces de gendarmerie et de police.

« Monsieur le Président, une telle ‘’épidémie’’ de blessures oculaires gravissimes ne s’est jamais rencontrée, écrivaient-ils, il y a un mois. Nous, ophtalmologistes dont la profession est de prévenir et guérir les pathologies oculaires demandons instamment un moratoire dans l’utilisation de ces armes invalidantes au cours des actions de maintien de l’ordre ». D’autant plus que « ces contusions entraînent des lésions souvent au-dessus de toute ressource thérapeutique ».

Selon eux, « les blessures oculaires survenues ces dernières semaines ne sont pas dues au hasard ou à l’inexpérience. Le grand nombre de balles tirées avec une force cinétique conservée à longue distance et l’imprécision inhérente à cette arme devaient nécessairement entraîner un grand nombre de mutilations ».

Démarche politique ? Nullement. Les trente-cinq signataires explique que c’est là une démarche « de médecins, purement humaniste, avec pour seul but d’éviter d’autres mutilations ». Ils dressent un parallèle avec les blessures causées par les balles de golf,  « rares mais bien connues des ophtalmologistes pour leur sévérité, conduisant dans la majorité des cas à la perte de la vision et dans un tiers des cas à l’énucléation ». Mais pour eux les LBD sont plus dangereux car envoyés avec une « énergie cinétique (…) bien supérieure ».

Treize mille tirs officiellement recensés

En collaboration avec la Société française d’ophtalmologie, ces médecins ont également mis en place une cellule de veille sur ces blessures. Ils ont d’ores et déjà ont recensé une vingtaine de cas de personnes ayant perdu un œil. Pour sa part le secrétaire d’État à l’Intérieur, Laurent Nuñez, indiquait il y a quelques jour, que depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes plus de 13 000 tirs de LBD avaient été officiellement enregistrés, plus de 2 200 personnes blessées et quatre-vingt-trois enquêtes ouvertes.

Les signataires assurent ne pas être des « militants ». Ils ne veulent pas déclencher une « polémique » mais bien ouvrir une réflexion sur l’usage de ces dangereux dispositifs – « qui sont loin d’être de simples outils de dissuasion » souligne le Pr José-Alain Sahel . C’est faute d’avoir reçu une réponse présidentielle qu’ils ils rendent aujourd’hui public ce courrier afin d’être certains que leur message d’alerte est parvenu à son destinataire. Sollicitée par le JDD, Agnès Buzyn a fait « savoir qu’elle était prête à recevoir les ophtalmoloques ».

Or il y a précisément un mois Agnès Buzyn annonçait « qu’elle allait prochainement recevoir » des représentants de la Société française d’ophtalmologie qui, déjà,  s’alarmaient des blessures oculaires causées lors des manifestations de Gilets Jaunes. « C’est un problème spécifique dont je souhaite discuter avec la Société française d’ophtalmologie, déclarait-elle alors sur Europe 1. Je vais les recevoir parce qu’ils m’ont alertée sur beaucoup de blessures à l’œil. Ce problème-là, spécifique, je vais le regarder avec eux. »

Et puis rien. La ministre de la Santé aurait-elle oublié ? Le président de la République a-t-il reçu le courrier qui lui était adressé ? Que faudrait-il, ici, imaginer ?

A demain

@jynau

 

Comptabiliser les blessés des Gilets Jaunes : Agnès Buzyn opposée au «fichage des malades»  

Bonjour

Combien ? Agnès Buzyn vient d’annoncer qu’elle allait prochainement recevoir des représentants de la Société française d’ophtalmologie, qui s’alarme des blessures oculaires causées lors des manifestations de Gilets Jaunes. « C’est un problème spécifique dont je souhaite discuter avec la Société française d’ophtalmologie, a-t-elle déclaré sur Europe 1. Je vais les recevoir parce qu’ils m’ont alertée sur beaucoup de blessures à l’œil. Ce problème-là, spécifique, je vais le regarder avec eux. »

La veille, dans une tribune publiée sur Mediapart et accompagnée d’une pétition, une centaine de personnalités avait appelé Agnès Buzyn à « lever le voile » sur le nombre de blessés, manifestants ou forces de l’ordre, hospitalisés depuis le début du mouvement.

Les signataires de la tribune s’indignent des blessures, parfois irréversibles, causées notamment par l’utilisation de lanceurs de balles de défense (LBD), et se disent « choqués » par le « silence » de « l‘administration de la santé publique ». Réplique d’Agnès Buzyn :

« Les hôpitaux reçoivent tout le monde, sans trier et sans ficher. Un médecin, un urgentiste qui soigne un malade va connaître sa blessure mais ne va pas identifier s’il est un Gilet Jaune, un membre des forces de l’ordre ou même un passant qui a couru et s’est blessé. Connaître le nombre de personnes hospitalisées qui seraient soit Gilets Jaunes, soit forces de l’ordre, ce n’est pas comme ça que les hôpitaux fonctionnent et je ne demanderai jamais aux soignants de ficher les malades qui arrivent. »

Blessures délabrantes

La Pr Chloé Bertolus  (service de chirurgie maxillo-faciale, hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP) était interrogée il y a peu, par Le Quotidien du Médecin, Elle expliquait dénombrer seize traumatisés faciaux pris en charge dans les hôpitaux de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) depuis le début de ces manifestations de «gilets jaunes». Elle explique en substance que ces lanceurs de balles sont des armes certes non létales mais nullement inoffensives :

 «Les blessures causées sont des fractures comminutives mandibulaires ou du zygoma avec une plaie en regard, mais sans pertes de substance comme on pourrait l’observer avec des armes à feu, précisait-elle. Elles s’apparentent à des fractures obtenues suite à un choc par un objet contondant. Les blessures les plus délabrantes concernent l’orbite, avec une possible perte du globe oculaire. La prise en charge chirurgicale implique une opération de trois heures minimum pour une fracture isolée de la mandibule. Certains patients ont eu des blocs beaucoup plus longs, et auront d’autres interventions chirurgicales.»

«La principale difficulté est que ces blessures sont annoncées par des hématomes et non par des plaies ouvertes, ce qui les rend plus difficiles à diagnostiquer»observait  pour sa part le Pr Pierre Carli, président du Conseil national français de l’urgence hospitalière et patron du Samu de Paris. Ce spécialiste conduit actuellement un travail de recueil et d’analyse des dossiers des blessés par lanceurs de balle pris en charge dans les services d’urgence hospitaliers français. Objectif : élaborer des protocoles visant à améliorer la prise en charge des blessés.

On ajoutera que la pétition lancée auprès des soignants par le Pr Laurent Thines, neurochirurgien (CHRU de Besançon) [« Les soignants français pour un Moratoire sur l’utilisation des armes sub-létales »] a dépassé les 154 000 signatures. Agnès Buzyn n’a pas été interrogée sur ce sujet. En temps que médecin et membre du gouvernement elle pourrait l’être prochainement.

A demain

@jynau

«Lanceurs de Balles» et «armes sublétales» : le Conseil d’Etat en approuve l’usage

Bonjour

Le Pr Laurent Thines est neurochirurgien au CHU de Besançon. Il vient de lancer une pétition pour un moratoire sur l’utilisation des armes sublétales – au premier rang desquelles le désormais trop célèbre LBD 40 (LBD pour «lanceur de balle de défense») utilisé par les forces de l’ordre lors des différents « Actes » des Gilets Jaunes. Le Pr Thines estime de son devoir d’alerter « sur leur dangerosité extrême ». Sa pétition est adressée à Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur : « Les soignants français pour un moratoire sur l’utilisation des armes sub-létales » (plus de 76 000 personnes ont signé à l’heure où nous écrivons ces lignes). Le Conseil d’Etat doit, ce 1er  février, se prononcer 1 quant à l’usage qui peut ou non être fait par la police et la gendarmerie de cet outil fabriqué par l’armurier suisse Brügger & Thomet qui utilise deux types de munition de 40 mm de diamètre.

« Associées à des stratégies de ‘’nassages’’ qui ne laissent aucune possibilité aux manifestants de partir (puisqu’ils se retrouvent encerclés par les forces de police), l’utilisation de ces armes, dont les tirs sont dirigés vers la tête pour les flashballs, occasionnent des blessures, très graves, qui sont qualifiées par les équipes médicales elles-mêmes de ‘’blessures de guerre’’ » font valoir les organisateurs des manifestations de Gilets Jaunes. Des données confirmées par les équipes médicales spécialisées qui parlent de fractures graves mandibulaires et de pertes orbitaires . On lira ici le texte de cette pétition :

« Chers collègues, Je m’appelle Laurent Thines. Je suis neurochirurgien et chef de service au CHRU de Besançon. Soignant comme vous, j’ai été particulièrement choqué par les photos prises et les lésions observées chez les personnes blessées lors des mouvements de manifestation. Beaucoup, très jeunes (potentiellement nos enfants), ont été mutilés alors qu’ils ne représentaient aucune menace pour les forces de l’ordre. Le cas de la jeune Fiorina, étudiante picarde de 20 ans touchée à l’oeil par un projectile de LBD4O le 8 décembre 2018 en est un des plus tristes exemples (photo). Vitesse du projectile 90m/sec (324 km/h) et force d’impact 200 joules (parpaing de 25 lâché sur un visage d’une hauteur de 1m).

« Je crois qu’il est de notre devoir, en tant que soignants d’alerter sur la dangerosité extrême de ces armes, dites sub-létales et c’est pourquoi je viens de lancer cette pétition « Les soignants français pour un Moratoire sur l’utilisation des armes sub-létales’’. Je souhaiterais savoir si vous voudriez participer en signant ce communiqué pour porter notre voix et en diffusant cette pétition auprès de vos contacts médicaux et paramédicaux:

« Les différents mouvements de revendication qui ont eu lieu ces dernières années dans notre pays (manifestations de lycéens, écologistes, travailleurs, gilets jaunes) ont montré que de nombreux concitoyens ont été gravement blessés par l’utilisation de lanceurs de balle de défense (flash-ball, LBD40) ou de grenades (de type lacrymogène ou désencerclement).

« Les récents événements ont permis de rapporter à ce jour plus de 90 blessés graves parmi les manifestants en relation avec le mésusage de ces armes (personnels non formés, non respect du règlement ou des conditions d’utilisation, ciblage volontaire de l’extrémité cervico-céphalique). Les lésions constatées et prises en charge par Nous, personnels soignants, dues à ces armes utilisées sur des personnes parfois très jeunes ou âgées, exerçant leur droit à manifester, sont choquantes et inacceptables : énucléation, amputation d’extrémité de membre, fracas maxillo-facial et dentaire, traumatisme cranio-cérébral engageant le pronostic vital… Tant de vies ont été ainsi sacrifiées…

« Une étude récente, publiée en 2017 dans le British Medical Journal Open, rapporte une collection internationale de 1984 cas de traumatismes liés à ces armes dites « sub-létales » : le risque cumulé de décès (3%) ou de handicap séquellaire grave (15,5%) est d’1 chance sur 5. Cette étude confirme donc l’extrême dangerosité constatée dans notre pays de ces armes, au même titre que les armes à feu.  (Haar RJ, Iacopino V, Ranadive N, et al. Death, injury and disability from kinetic impact projectiles in crowd-control settings: a systematic review. BMJ Open 2017;7:e018154. doi:10.1136/ bmjopen-2017-018154)

Pour toutes ces raisons, Nous, soignants (médecins, chirurgiens, urgentistes, réanimateurs, infirmier(e)s, aides soignant(e)s…) apolitiques et attachés à l’idéal de notre pays, la France, au travers de la déclaration des Droits de l’Homme, de la Femme et du Citoyen, demandons qu’un moratoire soit appliqué sur l’usage des armes sub-létales de maintien de l’ordre en vue de bannir leur utilisation lors des manifestations. »

Flash-Ball® et traumatisme crânio-encéphalique sévère

Les magistrats du Conseil d’Etat lisent-ils le British Medical Journal Open ? Si non lisent-ils La Revue de Médecine Légale ? Dans ce cas ils se reporteron avec intérêt à  « La dangerosité du Flash-Ball® : cas rapporté d’un traumatisme crânio-encéphalique et revue de la littérature » J.Hiquet E.Christin L.Benali S.Gromb-Monnoyeur https://doi.org/10.1016/j.medleg.2016.01.001. 2 S’ils sont pressés ces magistrats se limiteront au résumé :

« Le Flash-Ball® est couramment utilisé par les unités de police et de gendarmerie en France depuis 1995. Bien que la dangerosité des lanceurs sub-létaux de balles de défense soit connue, les traumatismes imputables au Flash-Ball® sont régulièrement relayés dans les médias mais restent peu décrits dans la littérature. Les auteurs rapportent le cas d’un jeune homme âgé de 34 ans, victime d’un impact de projectile type balle caoutchouc de Flash-Ball® en marge d’une manifestation sportive, à l’origine d’un traumatisme crânio-encéphalique sévère avec persistance d’un tableau sequellaire.

«Ce cas, associé à une revue de la littérature, illustre le fait que bien que le Flash-Ball® soit qualifié d’arme sub-létale, ce dernier peut être à l’origine de tableaux traumatiques graves, particulièrement en cas d’impact au niveau de l’extrémité céphalique, et également de décès. »

A demain

@jynau

1 Le Conseil d’Etat a rejeté vendredi 1er février les demandes de suspension de l’usage du lanceur de balles de défense (LBD) dans les prochaines manifestations de « gilets jaunes ». Le juge des référés du Conseil d’Etat a estimé qu’en raison des « actes de violences et de destructions » observés lors des manifestations des « gilets jaunes » depuis novembre 2018, « ces armes demeurent particulièrement appropriées ».  Le Conseil d’Etat souligne cependant que les forces de l’ordre doivent utiliser le LBD « sous réserve du strict respect des conditions d’usage, qu’il appartient tant aux autorités nationales qu’aux responsables d’unités de rappeler »

2 Une publication opportunément signalée sur le site de France Inter : « Pétition de soignants contre les LBD : « J’ai vu des scanners de patients aux crânes fracassés » » par Ouafia Kheniche

 

Policiers et gendarmes ont-ils le droit de blesser avec leurs « Lanceurs de Balles de Défense »  ? 

Bonjour

Dramaturgie. Les Actes des Gilets Jaunes se suivent sans se ressembler. Le 2 février (Acte XII) devrait être marqué par un « Hommage national pour les victimes ». A Paris, après un temps de parole, les blessés ouvriront la marche. Pendant la manifestation, une pause aura lieu pour demander l’interdiction des armes type Flashball, LBD 40, etc. Il est demandé aux manifestants de bien vouloir venir en se mettant des pansements sur l’œil, des bandages, de mettre du rouge sur les gilets jaunes en guise de sang..

« Alors même que manifester est un droit de tout citoyen français, alors même que les manifestations sont déclarées, partout en France, à Paris comme dans chaque ville de province, le gouvernement d’Emmanuel Manon exerce sur le mouvement des GJ une répression policière d’une violence extrême, font valoir les organisateurs. Les armes utilisées par les forces de l’ordre contre les manifestants sont des flashballs, LBD 40, GLI F4, grenades GMD de désencerclement. »

« Associées à des stratégies de ‘’nassages’’ qui ne laissent aucune possibilité aux manifestants de partir (puisqu’ils se retrouvent encerclés par les forces de police), l’utilisation de ces armes, dont les tirs sont dirigés vers la tête pour les flashballs, occasionnent des blessures, très graves, qui sont qualifiées par les équipes médicales elles-mêmes de ‘’blessures de guerre’’ » ajoutent-ils. Des données confirmées par les équipes médicales spécialisées qui parlent de fractures graves mandibulaires et de pertes orbitaires 1

Abus individuels

Et les organisateurs de « demander instamment à Emmanuel Macron de cesser la répression de l’expression citoyenne et légale des Gilets Jaunes et l’utilisation des armes de type flashball LBD 40, Gli F4. grenades GMD de désencerclement. »

C’est dans ce contexte que le Conseil d’Etat devrait trancher quant à l’usage qui peut ou non être fait par la police et la gendarmerie du « Lanceur de Balle de Défense » (LBD). La plus haute juridiction administrative française vient d’être saisie de cette question  et rendra sa décision avant les manifestations du 2 février. « La section du contentieux, présidée par Edmond Honorat, devait examiner trois affaires distinctes : deux recours contre des décisions rendues par les tribunaux administratifs de Montpellier et de Paris et un référé liberté formé par la CGT, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, et soutenu par la Ligue des droits de l’homme et le Défenseur des droits » précise Le Monde (Nicolas Chapuis).

Pour les avocats des requérants il y là une « urgence extrême » puisque cet outil est, pour résumer, incompatible avec le droit fondamental de manifester sans risque pour son intégrité physique. La preuve par les chiffres : « 350 signalements de blessures », dont « 159 blessés à la tête ».  Question de fond : ces blessures sont-elle la conséquence d’un mauvais usage du LDB ou sont-elles consubstantielles à cet outil dans de telles circonstances  d’ « émeutes urbaines »?

Pour le ministère de l’Intérieur les choses sont claires : les « utilisations abusives individuelles » ne justifient pas la suppression de cet outil policier et relèvent « d’une enquête pénale ». Et ce ministère de préciser qu’il y avait eu 9 228 cas d’utilisation du LBD pour 111 signalements, soit « 9 117 tirs sans enquête judiciaire ». On peut, aussi, faire le calcul inverse. Que dira le Conseil d’Etat ?

A demain

@jynau

1 Une nouvelle vidéo amateur diffusée par l’émission de TMC « Quotidien » et le rapport d’un policier publié par Le Parisien relancent l’hypothèse d’un tir de lanceur de balles de défense (LBD) pour expliquer la blessure de Jérôme Rodrigues, samedi 26 janvier, place de la Bastille à Paris. Hospitalisé après avoir été touché à l’œil droit lors de l’acte XI de la mobilisation des « gilets jaunes », M. Rodrigues, une figure du mouvement, assure avoir été atteint par un tir de grenade et un autre de LBD.

L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », a été saisie et les autorités ont jusqu’à présent émis des réserves sur le scénario avancé par M. Rodrigues : le 27 janvier le secrétaire d’Etat à l’intérieur, Laurent Nuñez, avait affirmé ne pas disposer d’éléments attestant cette théorie, tout en appelant à être « prudent » et en ajoutant que dix-huit tirs de LBD avaient été recensés samedi place de la Bastille.

 

L’entrecôte feuilletée d’or du lièvre Ribéry, les lunettes de tortue écaillée d’Audrey Pulvar

Bonjour

Plus un débat sans violence, plus un repas sans débat. Ainsi Franck Ribéry, 35 ans, footballeur international français sur le déclin, évolue toujours néanmoins au poste d’ailier gauche du Bayern Munich. Victime, à l’âge de deux ans, d’un accident de la circulation qui lui laisse des cicatrices sur le visage,  commence le football à six ans au FC Conti de Boulogne-sur-Mer, rejoint à douze ans le centre de formation du LOSC Lille, dont il sera renvoyé quatre ans plus tard à la suite de mauvais résultats scolaires et de problèmes de comportement.  Généralement caricaturé comme un « footballeur surexcité à la syntaxe sommaire ». Converti à l’islam depuis 2006 il porte aussi le nom de Bilal Yusuf Mohammed.

Franck Ribéry vient d’insulter sans ménagement les personnes qui l’ont critiqué après un article paru dans Bild évoquant une facture de 1200 euros pour une « entrecôte recouverte d’or ». Bild avait révélé qu’en vacances à Dubaï, le célèbre joueur avait rendu visite au célèbre chef Nusret Gökçe à la Nusr-Et Steakhouse pour y déguster une des spécialités de l’établissement.

Et le quotidien allemand de se délecter, précisant que le joueur français et ses proches avaient commandé une entrecôte pailletée d’or d’une valeur de 1200 euros, déclenchant de nombreuses critiques à son égard. Une information reprise par de nombreux médias, notamment par Le Figaro.fr. Avant que l’on apprenne que la facture entrecotesque avait été largement surévaluée,  Bild confondant les euros et les dirhams émiratis. La pièce de chair coûtait un peu moins de 300 euros, et non 1200 comme indiqué.

Remettre les points sur les i et les barres sur les t…

Meurtris par les critiques, l’ancien international a violemment répondu à ses détracteurs et notamment aux médias, via les réseaux sociaux. Extrait (repris non sans délectation par Le Figaro):

«Pour 2019, remettons les points sur les i et les barres sur les t… Commençons par les envieux, les rageux, nés sûrement d’une capote trouée: n*iquez vos mères, vos grands-mères et même votre arbre généalogique. Je ne vous dois rien, ma réussite c’est avant tout grâce à Dieu, à moi et mes proches qui ont cru en moi. Pour les autres, vous n’étiez que des cailloux dans mes chaussettes!».

Ribéry poursuit, amer, regrettant notamment que les médias n’avaient pas relayé ses actions généreuses auprès des associations.

«Ensuite, concernant ces pseudo-journalistes qui ont toujours été dans la critique négative envers moi, mes actes (dernier exemple en date: le prix de ce que je mange!)… Quand je fais des dons (car on m’a appris à donner quand je reçois beaucoup), pourquoi aucun grand média national ne diffuse-t-il cela ?. Non, vous préférez parler des vacances que je passe en famille, vous scrutez mes faits et gestes, ce que je mange etc. Oh, oui, pour ce genre de futilités, vous êtes présents!»

 Puis, « pour mettre un terme à cette polémique qui n’a même pas lieu d’être », Franck Ribéry a publié une capture d’écran d’un article reprenant un tweet de l’ancienne journaliste Audrey Pulvar où elle proclamait « Je fais ce que je veux de l’argent que je gagne ». A l’époque Mme Pulvar avait été particulièrement critiquée après avoir dévoilé le prix de ses lunettes en écaille de tortue… d’une valeur de 3300 euros. Un modèle de la célèbre maison Bonnet, lunetier, dont le prix habituel est nettement plus élevé.

Or aujourd’hui la même tacle le joueur sur Twitter : « Monsieur Franck Ribéry, si vous ne savez pas quoi faire de votre argent, il reste plein de causes à financer et soutenir dans le monde » écrit celle qui désormais préside de la Fondation Nicolas Hulot. Reprise de volée de Franck Ribéry:

« J’espère que vos lunettes [en écaille de tortue] vous permettent d’entrevoir un meilleur avenir professionnel que celui de la pseudo journaliste que vous êtes actuellement ».

 A demain

@jynau

Déserts médicaux et tarifs inhumains : le gouvernement impuissant. Jusqu’à quand ?

Bonjour

Editorial médical et politique du Monde daté de ce 28 décembre 2017. Le dernier quotidien vespéral parisien y traite de la « fracture sanitaire » et de l’inquiétude qu’elle génère. Où l’on retrouve le serpent de mer  des « déserts médicaux ». Où l’on confirme, aussi, qu’il est de plus en plus difficile, pour une femme, de consulter un gynécologue-obstétricien ; et que quand la chose est possible c’est très souvent à des tarifs incompatibles avec les prix conventionnés. Où l’on découvre, en somme, l’une des réalités médicales de la France d’aujourd’hui – celle qui conduit immanquablement aux engorgements observés dans l’étranglement des services d’urgence hospitaliers.

« Rendez-vous difficiles, voire impossibles, à obtenir dans un délai raisonnable, dépassements d’honoraires parfois prohibitifs : les Français ne sont pas égaux dans l’accès aux pédiatres, psychiatres, ophtalmologues ou gynécologues, écrit Le Monde. Pour ces deux dernières spécialités, l’offre disponible dans les grands pôles urbains est de sept à neuf fois supérieure à celle des communes isolées, relevait en 2016 une étude du ministère de la santé. »

Le pouvoir exécutif connaît ces chiffres. Et bien d’autres, ignorés des journalistes. Il les connaît et n’en peut mais. Et le quotidien de citer l’UFC-Que choisir qui a calculé la réduction « du nombre de gynécologues accessibles à moins de quarante-cinq minutes de route ». Tout laisse penser que cette situation va continuer de s’aggraver dans les années à venir, la pénurie affectant les effectifs des pédiatres, des ophtalmologues, des gynécologues et des psychiatres. Une pénurie compliquée de ce corollaire capitalistique : dans l’ombre de la pénurie, l’augmentation des dépassements d’honoraires…

Buzyn et Macron, premiers de cordées

« Il faut se rendre à l’évidence et parler d’un échec français en matière de régulation des médecins libéraux » assure Le Monde, citant les observations-accusations de la Cour des comptes et du Conseil économique, social et environnemental. Echec patent de l’exécutif jacobin à corriger les inégalités de répartition territoriale ; échec massif des aides financières à l’installation des médecins dans des déserts.

Deux pistes sont connues. La première est l’introduction d’un « conventionnement sélectif » visant à lutter contre la désertification. Solution rejetée par l’Ordre qui y voit une atteinte à la liberté d’installation des médecins. La seconde est l’instauration de nouvelles règles contraignantes de plafonnement des dépassements d’honoraires autorisés, entraînant en cas de non-respect l’exclusion du conventionnement du professionnel de santé.

« Ces pistes pourraient au moins être étudiées et débattues, avance Le Monde. Mais l’on sait que de telles solutions sont farouchement combattues par les syndicats de médecins. Et l’on n’ignore pas que les gouvernements, de gauche comme de droite, les ont toujours rejetées, comme tétanisés à l’idée d’engager un conflit avec les médecins sur le terrain explosif des dépassements d’honoraires abusifs. Faute de quoi la fracture sanitaire, décalque des fractures sociales et territoriales françaises, se creuse de façon toujours plus inquiétante. »

Ce constat était celui du monde qui précédait. Il ne sera pas inintéressant d’observer comment, sur ces sentiers escarpés, avanceront demain la ministre Agnès  Buzyn et le président Emmanuel Macron. Premiers de bienveillantes cordées.

A demain