Transhumanistes, catholiques et autistes se penchent sur l’intelligence, artificielle ou pas 

Bonjour

Bientôt Pâques, ses mystère, sa réalité augmentée. Dans l’attente, la suite du chapelet de La Croix sur les questions soulevées par les Etats généraux de la bioéthique. Aujourd’hui les majuscules de l’Intelligence Artificielle (I.A.).  Avec le souvenir de Stanley Kubrick et de son magnifique « 2001 l’Odyssée  de l’Espace » – 2001 et découverte de l’horrible HAL.

« Les ordinateurs sont désormais plus performants que l’homme pour accomplir certaines tâches, nous dit La Croix de ce jour. Il est tentant de leur déléguer de plus en plus de décisions, mais comment faire en sorte que l’homme ne perde pas la maîtrise de sa vie et de son avenir ? » Qu’en dit l’Eglise catholique ? Fions-nous ici à La Croix :

« Dans une fiche consacrée à l’intelligence artificielle, la Conférence des évêques de France note que l’intelligence des ordinateurs est aujourd’hui surtout appréhendée par leur capacité de calcul. ‘’Seule cette forme d’intelligence est en jeu, alors que l’homme a de nombreuses formes d’intelligence (rationnelle, émotionnelle, artistique, relationnelle…)’’, écrivent les évêques.

 « La même fiche estime qu’il est impossible de comparer la conscience humaine avec celle qu’on attribue aux machines. Elle met en garde contre l’emploi de l’expression ‘’personne électronique’’, souhaitée par une résolution du Parlement européen pour donner un statut à certains robots. Aux yeux des évêques de France, il vaut mieux parler de ‘’ robot cognitif’’ pour ne pas relativiser la notion de personne. Enfin, ils estiment qu’une transparence est nécessaire sur le fonctionnement des algorithmes, pour s’assurer qu’ils visent bien ‘’l’amélioration du soin et le service de la dignité humaine’’. »

Qu’en dirait HAL ?

Il faut ici, aux antipodes du Vatican prendre connaissance du dernier opus du plus qu’étrange Laurent Alexandre. Jean-Claude Lattès, son éditeur, voit en lui « l’un des plus visionnaires analystes des révolutions technologiques ». Aujourd’hui : « La guerre des intelligences ». Entendre l’Intelligence Artificielle versus l’Intelligence Humaine.

« Il s’attaque aujourd’hui à l’I.A. et aux vertigineuses mutations qu’elle va déclencher dans nos modes de vie, et en particulier dans notre conception de l’éducation. D’un côté, l’IA progresse bien plus vite que tous les pronostics avancés  : la rapidité d’apprentissage de l’IA est multipliée par cent chaque année. Il faut trente ans pour former un ingénieur ou un radiologue, quelques heures pour éduquer une I.A . !

De l’autre, une école qui n’a pas évolué depuis 250 ans qui forme aux métiers d’hier et qui n’a pas intégré le bouleversement inévitable que l’IA va provoquer sur le marché du travail. Comment faire pour que nos cerveaux biologiques résistent à l’IA et restent complémentaires  ? Comment nos enfants pourront-ils rester compétitifs face à l’IA  ? »

 On lira aussi et surtout l’ouvrage dérangeant de Hugo Horiot, comédien, écrivain et autiste consacré à l’intelligence des autistes : « Autisme: j’accuse ! » (Editions de l’Iconoclaste). « C’est un brûlot sur la manière dont la France considère les autistes, nous dit Le Figaro.  Ni malades ni handicapés, ils ont une autre forme d’intelligence qui s’épanouit avec talent dans la Silicon Valley, relève Hugo Horiot. En France, le comédien estime qu’il est temps de révolutionner le système pour sortir enfin les «atypiques» du monde clos des établissements spécialisés et de la prise en charge». »

Eugénisme

« Soumise à une injonction de normalité, la société française méprise les personnes autistes, gênée par leur comportement différent, parfois mutique. Elle les enferme, les drogue, les marginalise et les envoie en Belgique dans des institutions spécialisées. Pour y échapper, certains d’entre eux choisissent l’exil et partent dans des pays plus éclairés, comme l’Italie, l’Espagne, la Suède ou encore le Canada.

« Aujourd’hui, de nombreuses voix s’élèvent contre ces fondements médicaux archaïques. Il est urgent de considérer cette différence sous un autre angle que celui de la santé mentale ou de la pathologie. Et si l’autisme faisait partie de la biodiversité humaine, était une autre intelligence douée d’un potentiel hors normes, comme celui des surdoués ? De nombreux autistes non verbaux, et donc considérés comme ‘’sévères’’, ‘’lourds’’ ou de « ‘’bas niveau’’, peuvent présenter des aptitudes surprenantes voire exceptionnelles dans divers domaines, avec une mémoire visuelle, auditive ou olfactive. » 

« Selon vous, la population autiste ne doit probablement sa survie qu’à l’absence de tests de dépistage de prénatal… Notre société est-elle eugéniste ? » demande Le Figaro à l’auteur.

« Nous sommes déjà dans une société eugéniste, répond-il. Regardez ce qui se passe pour les trisomiques. Certains rêvent de traquer l’autisme in utero. Dans quel but? Je précise que je ne suis pas du tout anti-IVG, mais il ne faut pas que le dépistage se transforme en système d’éradication et c’est forcément un risque dans une société où l’autisme est uniquement considéré comme une maladie, un fardeau. Ce n’est peut-être pas un discours politiquement correct, mais je l’assume. »

A demain

 

Médecine – 1ère année : demain, tout candidat non reçu d’emblée aura la tête tranchée

Bonjour

Longtemps, en médecine, tout fut presque possible. Puis vint (après les pavés de 68) le numerus clausus. Redoublements en vue. Triplements parfois. Puis les effectifs gonflèrent, sans que le goulet ne s’ouvre. Restait, toujours, le soupirail de la seconde-première année.

Nous voici en 2018 et, comme l’écrit Le Point, c’est « un tremblement de terre pour les aspirants médecins ». Un voile est levé par  Le Quotidien du pharmacien : la première année d’études ne sera plus « redoublable » dans certaines facultés. Dès la rentrée 2018 quatre facultés de médecine parisiennes – Paris V (Descartes), Sorbonne Université (ex-Paris VI), Paris VII (Diderot) et Paris XII (Paris-Est-Créteil) – ne permettront plus de se réinscrire en première année commune aux études de santé (Paces). Lille et Brest sont sur les rangs.

L’idée serait de « ne pas faire perdre de temps à l’étudiant avec un redoublement », de « réorienter activement les étudiants en échec à l’issue de la première année ». La belle affaire diront les opposants au changement. Le ministère de l’Enseignement supérieur travaille sur les derniers arbitrages de cette expérimentation qui va faire l’objet d’un arrêté » rapporte Le Figaro.

« Très sérieusement discuté depuis novembre au sein de sept universités concernées, le projet, que le ministère de l’Enseignement supérieur souhaite voir aboutir rapidement, a été validé en décembre par Paris-Diderot, Paris-Descartes, Pierre-et-Marie-Curie et l’université Paris-Est Créteil (Upec). En catimini. Car de leur côté, les élèves de terminale qui, depuis le 22 janvier et jusqu’au 13 mars, doivent formuler leurs vœux sur la nouvelle plateforme d’orientation Parcoursup, n’ont pas reçu d’information sur ce projet. »

« Selon nos informations, le ministère de l’Enseignement supérieur, qui doit valider l’expérimentation par un arrêté, réfléchit encore au dispositif à adopter pour l’année de transition, qui verra se côtoyer les «primants» (les bacheliers qui passent pour la première fois le concours) et les redoublants, afin d’éviter une rupture d’égalité entre les deux populations. La solution serait, pour l’année 2018-2019, de faire deux numerus clausus. ».

Sélection par l’argent

« C’est est une petite révolution en marche, estime Le Quotidien du Médecin. Cette sélection, qui risque de provoquer un débat vif dans les amphis, s’inscrit dans les expérimentations d’alternatives à la PACES qui, depuis 2014, testent de nouveaux modèles d’entrée dans les études de santé.  Pour autant, le principe de la deuxième chance, exigé par les étudiants, serait systématiquement maintenu grâce au dispositif complémentaire AlterPACES, permettant de rejoindre le cursus santé plus tard, après une deuxième ou troisième année licence. »

Cette nouvelle voie (concours PACES 1) couvrirait environ 75 % du numerus clausus de chaque faculté concernée (le reste des places – 25 % au maximum  étant réservées par avance à l’AlterPACES de deuxième chance).  Même si le redoublement en première année est interdit, une seconde chance sera donc accordée grâce à l’AlterPACES, passerelle déjà opérationnelle dans une quinzaine de facs mais qui gagnerait donc ses galons de voie à part entière. Elle permet le recrutement sur dossier et entretien d’étudiants ayant déjà validé une licence. Selon les cas, 10 à 25 % du numerus clausus serait réservé à cet accès tardif, davantage qu’actuellement. Les étudiants ayant échoué en PACES 1 pourraient y postuler.

Question : quid de l’impact sur le commerce des prépas privées « P0 » en parallèle du lycée ? Comment ne pas voir là l’ouverture à un système qui « renforcerait l’inégalité des chances » et « la sélection par l’argent » ? Ce contre quoi furent jetés, il y a un demi-siècle, quelques pavés.

A demain

 

Deux Français sur trois sont favorables à la PMA et à la GPA sans en mesurer les conséquences

 

Bonjour

C’est un sondage-événement. A la veille de l’ouverture des Etats généraux les états généraux de la bioéthique La Croix  publie des chiffres étonnants qui ne manqueront ni de surprendre ni d’inquiéter. Certains y verront le consentement d’une fraction rapidement croissante de la société française à l’élargissement de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes (60 %) et aux femmes seules (57 %) ou, nettement plus surprenant, à la levée de l’interdiction de la gestation pour autrui (GPA) (64 %). Ce serait aller un peu vite en besogne et mérite quelques éclaircissements – et ce en dépit des conclusions de Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Ifop :

« La vieille matrice structurante de la société qui était très clairement d’inspiration chrétienne et catholique est en train de s’effriter à vitesse grand V. [Des résultats qui révèlent] l’ancrage d’un basculement anthropologique dans la société française, à la faveur de la déchristianisation de la société et de la poussée de l’individualisme ».

On y verra la confirmation de la théorie « des dominos » ou de la « pente glissante » :

« Même si les évolutions sont très rapides, la société ne change pas d’un seul coup, mais par étapes. L’opinion a adhéré au mariage pour les couples homosexuels deux ou trois ans après avoir accepté le Pacs. De même, les Français se sont dits en faveur de l’adoption par les couples homosexuels quelque temps après l’inscription du “mariage pour tous” dans la loi. Les plus âgés sont un peu plus réticents, détaille encore Jérôme Fourquet. Mais il n’existe aucun clivage majeur ni entre les générations, ni selon les préférences politiques. Cela confirme qu’il s’agit d’une vague de fond. »

Et les catholiques pratiquants demande La Croix ? Le sondage fait apparaître qu’ils demeurent légèrement moins favorables à la GPA (46 %), à la PMA (35 %) que le reste des Français, soit de 10 à 20 points de moins. « Même s’il existe une marge d’erreur de 5 à 6 points, on ne peut pas dire que les catholiques sont totalement à rebours de la société française en la matière », constate le sondeur.

Loi du marché sacralisée

Ne pas aller trop vite en besogne du fait de l’existence de ce que La Croix nomme des « îlots de résistance » : l’attachement massif à la gratuité et l’anonymat des dons de gamètes, « deux principes fondamentaux que la plupart des sondés veulent conserver ». Or cette clef de voûte de la loi française de bioéthique est, précisément menacée par l’ouverture potentielle de la PMA à des femmes célibataires et à des couples de femmes comme l’explique le dernier avis du Comité national de bioéthique. Sans parler de la question de la prise en charge par l’assurance maladie de gestes qui ne peuvent être qualifiés de thérapeutique 1.

Plus généralement ce sondage et ses incohérences témoignent de la nécessité absolue de faire, au plus vite, œuvre de pédagogie : expliquer de manière pratique ce qu’il en est des principes fondamentaux « d’indisponibilité du corps humain» et/ou de « non patrimonialité du corps humain » (ce corps et ses éléments sont et doivent rester « hors marché ») – un socle éthique auquel les Français sont majoritairement attachés sans en connaître précisément l’histoire et les conséquences. Œuvre de pédagogie pour faire comprendre les incohérences entre ces principes et la pratique de la location d’utérus ou la commercialisation des cellules sexuelles humaines.

On peut espérer que les Etats généraux de la bioéthique s’attacheront à cet enjeu fondamental, situé au cœur même de la révision de la loi de bioéthique. Et que ce questionnement sera repris par le gouvernement dans sa rédaction du projet de loi avant d’être examiné par le Parlement. Si tel n’était pas le cas ce serait un pas de plus vers la sacralisation de la loi du marché. Et nous pourrions, alors, nous demander si nous ne devrions pas songer à désespérer.

A demain

1 Sur ce thème, lire : « Derrière les réserves autour de la PMA pour toutes, il y a aussi de vraies bonnes questions » Slate.fr, 19 décembre 2017

Harcèlement-enseignant : le voile se lèverait-il sur le sexisme des études de médecine ?  

Bonjour

C’est une étude qui n’a pas de valeur statistique mais qui marquera les esprits. Réalisée par l’Inter-syndicat national des internes (ISNI) et rendue publique ce 17 novembre, elle est mis en scène par Le Monde : « Hey doc les études de médecine sont-elles sexistes ? ».

Pour la première fois de son histoire, le syndicat a souhaité interroger les 30 000  internes en médecinepour « quantifier leur expérience du sexisme et du harcèlement sexuel » pendant leurs études. Il s’en expliquait début septembre :

« La profession médicale française se féminise. Pourtant, il existe toujours un plafond de verre. La présence de sexisme durant les études pourrait être une des raisons. Dans les autres pays occidentaux, les enquêtes sont unanimes : 30 à 50% des étudiants en médecine sont confrontés à du sexisme durant leur formation et sur leur lieu de travail. En France, les témoignages se multiplient à ce sujet.

« Pour lutter contre le sexisme, il faut d’abord l’évaluer. C’est pourquoi, l’InterSyndicat National des Internes lance la première grande enquête nationale sur le sujet dans les études médicales, auprès de tous les internes de France :  L’objectif est bien sûr de dénoncer ces discriminations et d’en comprendre l’impact sur les choix de carrière et sur le quotidien des jeunes médecins.

Les résultats seront présentés à l’Université de Rentrée de l’ISNI, le 18 novembre. Ils devront aboutir à une prise de conscience de la communauté médicale et à des mesures concrètes contre le sexisme dans le monde médical. L’ISNI condamne toute forme de sexisme, du sexisme ordinaire au harcèlement sexuel, envers les femmes et les hommes. Le sexisme dans les études médicales ne doit plus être un tabou. Les internes doivent se saisir du sujet pour être un des principaux acteurs du changement. »

Pesanteur du climat

Sur les 30 000 internes, seuls 2 946 ont répondu au questionnaire – dont 75 % de femmes et 25 % d’hommes. Parmi les répondants, 8,6 % affirment avoir été victimes de harcèlement sexuel et 34 % relèvent des « attitudes connotées », comme le contact physique ou le geste non désiré (65 %), la simulation d’acte sexuel (9 %), la demande insistante de relation sexuelle (14 %) ou le chantage à connotation sexuelle (12 %). « Subir le sexisme ou en être directement victime : c’est le quotidien de 86 % des internes de médecine – hommes et femmes confondus ».

« L’étude, bien que non représentative de la population des internes, confirme l’existence d’un climat pesant dans le monde médical et en particulier pour les étudiants, qu’ils soient infirmiers, médecins ou aides-soignants, résume Le Monde. Un climat, voire une « nébuleuse sexiste », comme le décrit Céline Lefève, maître de conférences en philosophie de la médecine (Université Paris-Diderot), par ailleurs contributrice d’ « Omerta à l’hôpital » (Editions Michalon) de Valérie Auslender, médecin de Sciences Po.

Les témoignages évoquent souvent le huis clos du bloc opératoire comme lieu propice aux remarques sexistes et aux comportements les plus violents. L’ISNI relève que 24 % du sexisme quotidien se situe dans cet entre-soi. Bien triste exemple :

« Au bloc, on est coupé du monde, et le chirurgien est une sorte de dieu qui peut se comporter de manière déplacée. Je me souviens d’une opération en orthopédie ; le chirurgien m’a regardée en me disant : “Tu vois, je plante ce clou dans l’os comme ma bite dans ta chatte.” Sur le coup, on ne dit rien, on rit jaune, mais c’est violent. »

Avec les enseignants et dans la mixité

 « C’est un climat ambiant permanent qui existe depuis le début des études. En réalisant cette étude, j’ai été étonnée par le nombre de personnes qui ne se considèrent même plus victimes de sexisme tellement tout cela a été intégré et accepté. Le problème, c’est que le sexisme crée un climat qui conduit à accepter un geste déplacé qui prépare le terrain au harcèlement sexuel », explique Alizée Porto, vice-présidente « droits des femmes », qui vient de terminer son internat en chirurgie et qui est à l’origine de l’enquête de son syndicat.

Les temps commenceraient-ils à changer ? On peut l’espérer. Dans les facultés de médecine, des groupes de travail ou des associations d’étudiants commencent à faire évoluer le « rapport de force » avec le corps enseignant. « J’ai l’impression que notre génération accepte de moins en moins le sexisme. Les chefs de service se plaignent de voir leurs blagues et leurs propos sexistes diffusés sur Twitter ou sur Payetablouse [site Internet qui recueille les témoignages sexistes du monde médical]. Peut-être que la crainte d’être de plus en plus exposé va changer la donne » espère, sous couvert d’anonymat,  une étudiante en sixième année de médecine qui raconte ses expériences dans de grands hôpitaux parisiens sur les réseaux sociaux.

Et après ? Il n’y a là aucune fatalité – mais il restera encore à saisir les véritables racines de ces comportements sexistes et à élaborer, avec les enseignants et dans la mixité, une pédagogie préventive.

A demain

 

 

Contre le déni politique de la cigarette électronique : écoutez France Inter, lisez Slate.fr  

Bonjour

Le trou de souris s’agrandit. Hier ignorée quand elle n’était pas méprisée la cigarette électronique fait, petit à petit son entrée dans les espaces officiels ; et avec elle un nouveau discours, politique, sur les incohérences politiques majeures de la lutte contre le tabagisme. A la veille de la Toussaint et du « Moi(s) sans tabac » une démonstration éclairante en a été apportée sur les ondes publiques, avec l’inusable « Téléphone sonne » de France Inter :  « Tabac, j’arrête » 35 minutes avec les Drs William Lowenstein et Marion Adler.1

Un président de SOS Addiction à la pédagogie tranchante, une tabacologue hospitalo-universitaire en contrepoint (soutenant étrangement le Champix®…), une productrice (Fabienne Sintes) personnellement concernée par le sujet : cela donne une émission du tonnerre, à faire siffler les tympans de bien des autorités sanitaires. On y a redit des vérités déniées sur la cigarettes électronique, sur le scandale que constitue le non remboursement intégral des substituts nicotiniques, sur la duplicité de Bercy et des buralistes vendant du tabac aux mineurs, sur l’inefficacité programmée de la trop lente montée des prix annoncée par le gouvernement.

Déni quinquennal

Et osons une auto-citation : nous avons, pour notre part, sur Slate.fr, cherché à décrypter sinon les causes premières du moins la mécanique et les conséquences du mortel déni politique qui, depuis un quinquennat, frappe ce puissant levier anti-tabac que constitue la cigarette électronique – et ce en donnant la parole à quelques chevau-léger de la révolution des volutes : « La cigarette électronique : pourquoi tant de déni ? ».

On ajoutera un autre décryptage, complémentaire, sur Medscape France, qui traite aussi de la promotion par Big Tobacco de ses tabacs à chauffer : « E-cigarette et tabac à chauffer : les nouvelles stratégies des cigarettiers expliquées aux oncologues ». C’est ainsi : le trou de souris s’agrandit.

A demain

1 Pour l’heure ce lien ne renvoie pas à l’émission du 31 octobre mais à celle de la veille … Nous demandons à France Inter de corriger cette erreur …

Vaccin anti-grippe : Agnès Buzyn osera-t-elle l’imposer à l’ensemble des soignants ?

 

Bonjour

Ne rien changer en dépit des vents mauvais : une campagne lancée sur sept chaînes de télévision, via des dépliants, des affiches, une vidéo de sensibilisation dans les caisses d’assurance-maladie- sans parler des réseaux sociaux, avec « une page Facebook dédiée ».

Pourquoi changer ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé vient, marronnier sanitaire, de couper le ruban : vaccination contre la grippe saisonnière 2017-2018 ; 12 millions de personnes à risque sont invitées à se faire vacciner – 500 000 de plus que l’an dernier. Et Mme Buzyn d’insister sur la « nécessaire mobilisation des professionnels de santé en la matière ». Et la ministre, 54 ans, de se faire publiquement vacciner au « Kiosque » prévu à cet effet dans le cadre des éternels « Entretiens de Bichat ». « Il faut que l’on montre l’exemple. Je pense que c’est très important d’offrir ici cette possibilité, a-t-elle alors déclaré. Cela nous permet à tous très facilement de nous conformer aux recommandations, de nous protéger et de protéger les patients. »

Ne rien changer. Le Dr Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l’unité « Infections respiratoires et vaccination » (Santé publique France) :  « En 2016-2017, l’épidémie de grippe a été précoce (depuis début décembre jusqu’à début février), et si elle a été modérée en médecine ambulatoire (1,9 million de consultations), elle était caractérisée par le virus A H3N2, particulièrement agressif pour les personnes âgées et porteuses de maladies chroniques ».  Au total 40 000 passages aux urgences pour grippe – dont 6 400 hospitalisations et 1 479 cas graves. Parmi ces cas graves, 92 % avaient plus de 65 ans ou souffraient d’une maladie chronique. Les décès liés à la grippe sont estimés à 14 400, dont 91 % chez des plus de 75 ans. Une fatalité ?

Couverture vaccinale en baisse

S’interroger ? Le Dr Lévy-Bruhl a rappelé que si l’an dernier, l’efficacité du vaccin était de 38 % (et même de 26 % chez les sujets à risque), les cas les plus graves sont aussi ceux qui ne sont pas vaccinés. Et le Pr Olivier Lyon-Caen, jadis au Palais de l’Elysée, devenu médecin-conseil de la CNAM d’ajouter : «Le taux de couverture vaccinale était en légère baisse l’an dernier (de 0,9 point par rapport à 2015), s’élevant à 47,4 %. Ces chiffres varient de 56 % chez les 70 ans et plus à 36 % et 37 % respectivement chez les personnes atteintes de maladies chroniques et les personnes de 65 à 69 ans ».

Changer ?  Agnès Buzyn : « J’enjoins les professionnels de santé à adopter une conduite exemplaire, je sais que je peux compter sur eux ». Où l’on entend la ministre invoquer un concept, celui d’exemplarité, qu’elle n’utilise pas lorsqu’elle décide des onze obligations vaccinales pédiatriques. Pourquoi ?  « Je souhaite en premier lieu insister sur la nécessité que les professionnels de santé donnent l’exemple, notamment pour la vaccination anti-grippale afin de protéger les patients et participer à rendre la confiance, a-t-elle répété aux soignants présents aux ‘’Entretiens de Bichat.  Vous êtes en première ligne au contact quotidien des patients. Vous jouez à ce titre un rôle primordial. » 

La ministre « souhaite » que les soignants se fassent vacciner contre la grippe ? Pourquoi ne les contraint-elle pas ? Le sujet avait été abordé lors d’une conférence de presse, en janvier dernier, par le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé 1.  Les termes de l’équation sont s’une simplicité pasteurienne : moins d’un tiers des soignants (médecins, infirmières, aides-soignantes) se font vacciner contre la grippe et ils sont, du fait de leur profession, les premiers agents contaminateurs de l’infection. Une meilleure couverture vaccinale permettrait de réduire notablement la circulation des virus grippaux au sein des populations les plus fragiles.

Contraindre pour convaincre

Or l’Etat français peut contraindre les soignants à se faire vacciner, au nom de la santé publique et dans leur propre intérêt. Cette obligation existe déjà aujourd’hui pour un certain nombre de vaccinations, comme celle contre l’hépatite virale de type B.

Voici le cadre officiel : « Bien que prévue par l’article L. 3111-4 comme une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure toutefois fortement recommandée pour les professionnels concernés, en particulier pour les protéger des grippes saisonnières. » Le décret suspensif du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé et des Solidarités d’un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin.

Pendant cinq ans Marisol Touraine n’a pas jugé bon d’abroger ce décret ? Qu’attend, aujourd’hui, celle qui lui a succédé ?

A demain

1 Sur ce thème: «  http://www.slate.fr/story/134189/grippe-obliger-soignants-vacciner »Slate.fr, 12 janvier 2017

 

 

I-Phones : l’étrange et dérangeante publicité du président Macron pour la marque à la pomme

Bonjour

29 juin 2017. La photo officielle du nouveau président de la République française vient d’être publiée via le compte Twitter du Palais. Une photo en majesté.  On peut la découvrir ici. C’est un cliché à haute valeur symptomatique, une mine d’ores et déjà explorée et désacralisée comme nous le révèle Slate.fr : « Le portrait officiel d’Emmanuel Macron: le meilleur placement produit pour Apple ».

« La marque à la pomme ne pouvait pas rêver mieux. Négligemment appuyé contre son bureau, fenêtre ouverte sur le jardin ensoleillé de l’Elysée: Emmanuel Macron ne choisit ni le jardin de l’Elysée comme François Hollande ou Jacques Chirac, ni la bibliothèque à la manière de Nicolas Sarkozy ou François Mitterrand. Ce n’est pas la présence du drapeau européen qui choque sur cette photo –Nicolas Sarkozy avait lui même posé avec en 2007–, ni même le faible nombre de livres –on en aperçoit deux à sa gauche, et un ouvert à sa droite.

« La photo tout juste sortie est pourtant déjà historique car, à la droite d’Emmanuel Macron, ce sont bien ses deux iPhones qui sont posés sur le bureau. Des smartphones qui ne sont pas là par hasard, puisqu’une vidéo postée par sa responsable de communication Sibeth Ndiaye le montre en train de les disposer méticuleusement pour la photo. On y voit même le reflet du coq, l’emblème français. »

Le Parisien rappelait en janvier dernier que Bruno Le Roux (aujourd’hui oublié) affirmait en 2015 qu’Emmanuel Macron ne se séparait « jamais de ses deux iPhone. Il envoie des SMS très tard et très tôt ! ».

Stendhal, Gide et De Gaulle

Dans le documentaire sur la campagne du candidat En Marche! réalisé par Yann L’Hénoret, on voyait régulièrement le candidat les yeux sur ses téléphones. Comme le montre cette photo de  Soazig de la Moissonière photographe de la Présidence, que Slate.fr avait  publiée au lendemain de son élection.

« Un sacré coup de pub pour Apple, dont Macron avait visité le siège à Cupertino en janvier 2016, ajoute Slate.fr. D’autant que c’est la première fois qu’il y a un outil technologique sur une photo présidentielle, les internautes n’ont pas manqué de le remarquer. Et cela tombe vraiment bien pour Apple qui fête les dix ans de son produit phare aujourd’hui, le tout premier iPhone a été vendu le 29 juin 2007. »

Jehan Fouquet

Quant aux livres, les autres stars papier, le palais de l’Elysée en a communiqué les titres à un journaliste de ReutersLes Mémoires du Général de GaulleLe Rouge et le Noir de Stendhal et Les Nourritures terrestres d’André Gide. Naturel ? Pas vraiment. La photo a demandé trois jours de retouche, précise un journaliste du Figaro qui a pris le temps d’analyser les métadonnées du cliché officiel.

Bien d’autres éléments passionneront les citoyens curieux des asymétries d’un visage ou, à l’inverse, du port des bagues et de la présence des hampes. Sans oublier l’Horloge dont le locataire des lieux entend, on le sait, être le maître. Le tout sous un ciel de France d’un bleu trop délavé pour faire raisonnablement songer à l’immense Jehan Fouquet.

A demain