Cigarette électronique : à quel titre pourrait-on interdire de vapoter au grand air ?

Bonjour

Qui dira les vertus démocratiques et pédagogiques de la presse écrite ? Le Parisien / Aujourd’hui en France du 14 août 2018 (Elsa Mari avec Ch. B.) consacre sa Une à la la vague montante, dans l’Hexagone, des interdictions de fumer en plein air. Et le site des buralistes français ne cache pas son intérêt pour le sujet. En soulignant que « créer de l’interdit n’est pas une solution ».

C’est ici la dernière étape en date d’un processus de prohibition spatiale vieux de plus de quarante ans.1976 : une loi défendue par Simone Veil interdit de fumer dans certains espaces (hôpitaux, ascenseurs…) et impose la mention « abus dangereux » (sic) sur les paquets de cigarettes. 1991 : une loi défendue par Claude Evin crée des zones fumeurs et non-fumeurs dans les lieux et les transports publics. 2006 : un décret prohibe la cigarette dans tout les « lieux publics » – y compris les entreprises. La mesure prendra également effet l’année suivante, saufs exceptions, dans les cafés, restaurants bars et discothèques. Dans les lycées et collèges, l’interdiction est étendue aux cours de récréation.

Parc Georges-Brassens

Puis le mouvement continue : la consommation de tabac sera bientôt interdite dans les aires de jeux et dans les voitures transportant des enfants de moins de 12 ans – de même que le vapotage dans certains lieux publics. Et en juin dernier Strasbourg est devenue la première ville française à interdire totalement le tabac dans ses parcs et jardins.

Depuis le mois dernier, Paris fait de même dans six parcs et squares : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Un mouvement encouragé par le gouvernement. « Cela fait partie des stratégies inscrites dans le Programme national de lutte contre le tabac 2018-2022 », a indiqué le ministère de la Santé au Parisien. Agnès Buzyn compte sur les municipalités pour « augmenter le nombre d’espaces sans tabac (plages, installations sportives, parcs…) relevant de leurs compétences ».

« Le mouvement est déjà bien lancé. Dans le Sud, Cannes (Alpes-Maritimes) a pris un arrêté pour interdire jusqu’à fin septembre narguilés et chichas sur une large partie de son territoire, y compris les plages. Plus de clope non plus sous le parasol à Nice, Menton, Saint-Malo, Royan… précise encore Le Parisien. Sur l’ensemble de la France, on compte désormais 973 « espaces sans tabac », le label officiel décerné par la Ligue contre le cancer et reconnu par le ministère de la Santé. Une cinquantaine de plages, des parcs, jardins mais aussi des zones de loisirs, des entrées d’école ou d’hôpitaux. »

Puis l’on entend Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes français : « Quel est le sens de ces actions ? On est face à des gens qui font du spectacle. Créer de l’interdit n’est pas une solution. » M. Coy n’en dira pas plus.

Cigarette, bonheur et vapotage

On connaît le premier objectif de ces interdictions : lutter contre la pollution des mégots – sujet avec lequel un proche d’Emmanuel Macron tentait il y a peu de faire rire.  « Il faut dénormaliser la présence de tabac dans les lieux publics, explique encore le Dr Alexandre Feltz, addictologue et adjoint (SE) au maire de Strasbourg. Les enfants qui voient des adultes fumer dans des espaces de loisirs associent la cigarette au bonheur. » Le Dr Feltz est-il bien certain quant au lien de causalité ? Il ne nous le dit pas.

Le Parisien nous conduit aussi à La Ciotat (Bouches-du-Rhône) – première commune française à avoir interdit la cigarette sur le sable d’une plage. Sept ans plus tard, son maire (LR) Patrick Boré s’en félicite. « On a longtemps distribué des cendriers que l’on retrouvait enfouis dans le sable. Depuis, les enfants ne font plus des châteaux de mégots, c’est redevenu familial. » Ces mesures visent aussi à aider ceux qui n’arrivent pas à décrocher. « La contrainte entraîne l’arrêt », assure-t-il. Punir pour sanver, en somme. C’est là un bien beau sujet de philosophie médicale et politique.

Et demain ? Les promoteurs de l’interdit ont déjà d’autres cibles : les terrasses, les lieux de concerts et spectacles en plein air. « Nous, on ne fera rien de plus. Ce sera aux futurs élus de s’en charger, il faut y aller progressivement », temporise Alexandre Feltz. Quant au ministère, il se contente d’indiquer qu’« il n’est pas prévu de nouvelle mesure législative ». Pour l’instant.

Et Le Parisien va un peu plus loin en donnant la parole au Pr Alexandre Duguet, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). Extrait :

 « La liberté individuelle est magnifique quand elle n’a pas d’impact sur les autres. Or, fumer dans les lieux publics, c’est priver les non-fumeurs de respirer un air pur. Le tabac est le seul produit autorisé qui tue un consommateur sur deux. Il rapporte 15 milliards d’euros par an à l’Etat et en coûte 120 milliards. Ce n’est pas une question de liberté car les fumeurs ne sont pas libres. 80 % d’entre eux aimeraient arrêter mais ils n’y parviennent pas, ils sont dépendants. Et pourquoi ? Car le tabac est une drogue. Avec l’héroïne, c’est celle dont il est plus le difficile de se débarrasser. Si on l’interdisait, on pourrait sauver 78 000 vies par an, l’équivalent d’un Stade de France.

  « Je suis par exemple pour interdire la cigarette sur les terrasses. Demandez aux non-fumeurs ce qu’il s’y passe ? Il y a une gêne très importante. Je ne suis pas non plus pour instaurer des trottoirs fumeurs et non-fumeurs comme aux Etats-Unis ou l’interdire dans la rue. Il faut un peu de répression, prendre des mesures sur les prix et surtout une vraie aide au sevrage. Cela veut dire rembourser tous les substituts nicotiniques, rendre les consultations gratuites. On n’a rien à inventer, juste à suivre ce qui a été fait ailleurs et qui a fonctionné. C’est une question de courage politique. »

Courage  politique ? Quel dommage que le Pr Alexandre Duguet omette de traiter de la cigarette électronique…. Et dans l’attente une question : à quel titre, de quel droit, les interdits frappant le tabac, les cigarettes et leurs mégots devraient-ils concerner le vapotage et ses volutes ? Par quel méchant syllogisme politique pourrait-on assimiler les conséquences sanitaires publiques d’une affection de longue durée (le tabagisme ) à des pratiques qui ont précisément pour objet d’en réduire les risques (le vapotage)– et ce sans aucun danger pour le voisinage immédiat ?

Courage politique : combien faudra-t-il encore attendre, sur ce point, pour entendre Agnès Buzyn ?

 A demain

 

 

 

 

Pourquoi les jeunes homosexuels se feraient-ils vacciner gratuitement avec Gardasil 9® ?

Bonjour

Il aura donc fallu plus de deux ans entre l’autorisation et le remboursement. La multinationale MSD Vaccins annonce la publication au Journal Officiel de ce 7 août de la prise en charge – 135,68€ la dose, taux de remboursement de 65% – du  Gardasil 9® ; « premier vaccin nonavalent indiqué dans la prévention des cancers ano-génitaux et autres maladies causés par les 9 types de papillomavirus humains (HPV) ». Ce vaccin sera dans l’ensemble des pharmacies d’officine d’ici fin août. Et une conférence de presse organisée le 4 septembre à Paris tentera de booster l’affaire.

« Cette mise à disposition fait suite à la recommandation rendue par le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) le 10 février 2017 d’initier la vaccination par Gardasil® 9 en population générale chez les jeunes filles et les jeunes femmes, souligne MSD. Rappelons qu’en France, ~12 nouveaux cas de cancers ano-génitaux liés au HPV sont diagnostiqués chaque jour chez les femmes et les hommes, soit ~4600 nouveaux cas chaque année »

Depuis plus de dix ans la vaccination contre les HPV est, en France, officiellement recommandée avec le Gardasil quadrivalent chez les jeunes filles et les jeunes femmes. Objectif principal : réduire à terme l’incidence du cancer du col de l’utérus. En 2016, la vaccination avec le Gardasil® quadrivalent a été étendue aux hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH) – avant l’âge de 26 ans et dans le but de réduire l’incidence des lésions précancéreuses et des cancers anaux. Pour le HCSP cette stratégie (par ailleurs controversée) « n’a pas lieu d’être modifiée par la mise à disposition du vaccin Gardasil 9 ®. »

Sexualité, risques et statistiques

Dans le même temps le HCSP n’ignore pas les « réticences à la vaccination contre le HPV » chez les jeunes filles et les « hésitations vaccinales ». Il rappelle que la couverture vaccinale HPV est en constante baisse depuis 2010 et qu’elle se situait, en 2015, sous la barre des 14 % (pour un schéma vaccinal complet). C’est dire l’ampleur de l’échec d’une politique qui visait à l’éradication.

« La faible couverture vaccinale est liée à une hésitation vaccinale incluant une défiance à l’égard de cette vaccination de la part des parents et à une trop faible proposition par les professionnels de santé. Les professionnels rencontrent des difficultés à faire accepter la vaccination aux jeunes filles et aux parents réticents. »

Pour les hommes avant des relations sexuelles avec des hommes, le Haut Conseil recommande qu’un accès au vaccin HPV soit proposé dans les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (Cegidd) et dans les centres publics de vaccination. Il ajoute : « Le bénéfice de cette vaccination sera d’autant plus important que le début de l’activité sexuelle sera récent et que le nombre de partenaires passés sera faible ».  Où l’on voit que la sexualité et ses risques sont, eux aussi, une question de statistique.

A demain

Transhumanistes, catholiques et autistes se penchent sur l’intelligence, artificielle ou pas 

Bonjour

Bientôt Pâques, ses mystère, sa réalité augmentée. Dans l’attente, la suite du chapelet de La Croix sur les questions soulevées par les Etats généraux de la bioéthique. Aujourd’hui les majuscules de l’Intelligence Artificielle (I.A.).  Avec le souvenir de Stanley Kubrick et de son magnifique « 2001 l’Odyssée  de l’Espace » – 2001 et découverte de l’horrible HAL.

« Les ordinateurs sont désormais plus performants que l’homme pour accomplir certaines tâches, nous dit La Croix de ce jour. Il est tentant de leur déléguer de plus en plus de décisions, mais comment faire en sorte que l’homme ne perde pas la maîtrise de sa vie et de son avenir ? » Qu’en dit l’Eglise catholique ? Fions-nous ici à La Croix :

« Dans une fiche consacrée à l’intelligence artificielle, la Conférence des évêques de France note que l’intelligence des ordinateurs est aujourd’hui surtout appréhendée par leur capacité de calcul. ‘’Seule cette forme d’intelligence est en jeu, alors que l’homme a de nombreuses formes d’intelligence (rationnelle, émotionnelle, artistique, relationnelle…)’’, écrivent les évêques.

 « La même fiche estime qu’il est impossible de comparer la conscience humaine avec celle qu’on attribue aux machines. Elle met en garde contre l’emploi de l’expression ‘’personne électronique’’, souhaitée par une résolution du Parlement européen pour donner un statut à certains robots. Aux yeux des évêques de France, il vaut mieux parler de ‘’ robot cognitif’’ pour ne pas relativiser la notion de personne. Enfin, ils estiment qu’une transparence est nécessaire sur le fonctionnement des algorithmes, pour s’assurer qu’ils visent bien ‘’l’amélioration du soin et le service de la dignité humaine’’. »

Qu’en dirait HAL ?

Il faut ici, aux antipodes du Vatican prendre connaissance du dernier opus du plus qu’étrange Laurent Alexandre. Jean-Claude Lattès, son éditeur, voit en lui « l’un des plus visionnaires analystes des révolutions technologiques ». Aujourd’hui : « La guerre des intelligences ». Entendre l’Intelligence Artificielle versus l’Intelligence Humaine.

« Il s’attaque aujourd’hui à l’I.A. et aux vertigineuses mutations qu’elle va déclencher dans nos modes de vie, et en particulier dans notre conception de l’éducation. D’un côté, l’IA progresse bien plus vite que tous les pronostics avancés  : la rapidité d’apprentissage de l’IA est multipliée par cent chaque année. Il faut trente ans pour former un ingénieur ou un radiologue, quelques heures pour éduquer une I.A . !

De l’autre, une école qui n’a pas évolué depuis 250 ans qui forme aux métiers d’hier et qui n’a pas intégré le bouleversement inévitable que l’IA va provoquer sur le marché du travail. Comment faire pour que nos cerveaux biologiques résistent à l’IA et restent complémentaires  ? Comment nos enfants pourront-ils rester compétitifs face à l’IA  ? »

 On lira aussi et surtout l’ouvrage dérangeant de Hugo Horiot, comédien, écrivain et autiste consacré à l’intelligence des autistes : « Autisme: j’accuse ! » (Editions de l’Iconoclaste). « C’est un brûlot sur la manière dont la France considère les autistes, nous dit Le Figaro.  Ni malades ni handicapés, ils ont une autre forme d’intelligence qui s’épanouit avec talent dans la Silicon Valley, relève Hugo Horiot. En France, le comédien estime qu’il est temps de révolutionner le système pour sortir enfin les «atypiques» du monde clos des établissements spécialisés et de la prise en charge». »

Eugénisme

« Soumise à une injonction de normalité, la société française méprise les personnes autistes, gênée par leur comportement différent, parfois mutique. Elle les enferme, les drogue, les marginalise et les envoie en Belgique dans des institutions spécialisées. Pour y échapper, certains d’entre eux choisissent l’exil et partent dans des pays plus éclairés, comme l’Italie, l’Espagne, la Suède ou encore le Canada.

« Aujourd’hui, de nombreuses voix s’élèvent contre ces fondements médicaux archaïques. Il est urgent de considérer cette différence sous un autre angle que celui de la santé mentale ou de la pathologie. Et si l’autisme faisait partie de la biodiversité humaine, était une autre intelligence douée d’un potentiel hors normes, comme celui des surdoués ? De nombreux autistes non verbaux, et donc considérés comme ‘’sévères’’, ‘’lourds’’ ou de « ‘’bas niveau’’, peuvent présenter des aptitudes surprenantes voire exceptionnelles dans divers domaines, avec une mémoire visuelle, auditive ou olfactive. » 

« Selon vous, la population autiste ne doit probablement sa survie qu’à l’absence de tests de dépistage de prénatal… Notre société est-elle eugéniste ? » demande Le Figaro à l’auteur.

« Nous sommes déjà dans une société eugéniste, répond-il. Regardez ce qui se passe pour les trisomiques. Certains rêvent de traquer l’autisme in utero. Dans quel but? Je précise que je ne suis pas du tout anti-IVG, mais il ne faut pas que le dépistage se transforme en système d’éradication et c’est forcément un risque dans une société où l’autisme est uniquement considéré comme une maladie, un fardeau. Ce n’est peut-être pas un discours politiquement correct, mais je l’assume. »

A demain

 

Médecine – 1ère année : demain, tout candidat non reçu d’emblée aura la tête tranchée

Bonjour

Longtemps, en médecine, tout fut presque possible. Puis vint (après les pavés de 68) le numerus clausus. Redoublements en vue. Triplements parfois. Puis les effectifs gonflèrent, sans que le goulet ne s’ouvre. Restait, toujours, le soupirail de la seconde-première année.

Nous voici en 2018 et, comme l’écrit Le Point, c’est « un tremblement de terre pour les aspirants médecins ». Un voile est levé par  Le Quotidien du pharmacien : la première année d’études ne sera plus « redoublable » dans certaines facultés. Dès la rentrée 2018 quatre facultés de médecine parisiennes – Paris V (Descartes), Sorbonne Université (ex-Paris VI), Paris VII (Diderot) et Paris XII (Paris-Est-Créteil) – ne permettront plus de se réinscrire en première année commune aux études de santé (Paces). Lille et Brest sont sur les rangs.

L’idée serait de « ne pas faire perdre de temps à l’étudiant avec un redoublement », de « réorienter activement les étudiants en échec à l’issue de la première année ». La belle affaire diront les opposants au changement. Le ministère de l’Enseignement supérieur travaille sur les derniers arbitrages de cette expérimentation qui va faire l’objet d’un arrêté » rapporte Le Figaro.

« Très sérieusement discuté depuis novembre au sein de sept universités concernées, le projet, que le ministère de l’Enseignement supérieur souhaite voir aboutir rapidement, a été validé en décembre par Paris-Diderot, Paris-Descartes, Pierre-et-Marie-Curie et l’université Paris-Est Créteil (Upec). En catimini. Car de leur côté, les élèves de terminale qui, depuis le 22 janvier et jusqu’au 13 mars, doivent formuler leurs vœux sur la nouvelle plateforme d’orientation Parcoursup, n’ont pas reçu d’information sur ce projet. »

« Selon nos informations, le ministère de l’Enseignement supérieur, qui doit valider l’expérimentation par un arrêté, réfléchit encore au dispositif à adopter pour l’année de transition, qui verra se côtoyer les «primants» (les bacheliers qui passent pour la première fois le concours) et les redoublants, afin d’éviter une rupture d’égalité entre les deux populations. La solution serait, pour l’année 2018-2019, de faire deux numerus clausus. ».

Sélection par l’argent

« C’est est une petite révolution en marche, estime Le Quotidien du Médecin. Cette sélection, qui risque de provoquer un débat vif dans les amphis, s’inscrit dans les expérimentations d’alternatives à la PACES qui, depuis 2014, testent de nouveaux modèles d’entrée dans les études de santé.  Pour autant, le principe de la deuxième chance, exigé par les étudiants, serait systématiquement maintenu grâce au dispositif complémentaire AlterPACES, permettant de rejoindre le cursus santé plus tard, après une deuxième ou troisième année licence. »

Cette nouvelle voie (concours PACES 1) couvrirait environ 75 % du numerus clausus de chaque faculté concernée (le reste des places – 25 % au maximum  étant réservées par avance à l’AlterPACES de deuxième chance).  Même si le redoublement en première année est interdit, une seconde chance sera donc accordée grâce à l’AlterPACES, passerelle déjà opérationnelle dans une quinzaine de facs mais qui gagnerait donc ses galons de voie à part entière. Elle permet le recrutement sur dossier et entretien d’étudiants ayant déjà validé une licence. Selon les cas, 10 à 25 % du numerus clausus serait réservé à cet accès tardif, davantage qu’actuellement. Les étudiants ayant échoué en PACES 1 pourraient y postuler.

Question : quid de l’impact sur le commerce des prépas privées « P0 » en parallèle du lycée ? Comment ne pas voir là l’ouverture à un système qui « renforcerait l’inégalité des chances » et « la sélection par l’argent » ? Ce contre quoi furent jetés, il y a un demi-siècle, quelques pavés.

A demain

 

Deux Français sur trois sont favorables à la PMA et à la GPA sans en mesurer les conséquences

 

Bonjour

C’est un sondage-événement. A la veille de l’ouverture des Etats généraux les états généraux de la bioéthique La Croix  publie des chiffres étonnants qui ne manqueront ni de surprendre ni d’inquiéter. Certains y verront le consentement d’une fraction rapidement croissante de la société française à l’élargissement de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes (60 %) et aux femmes seules (57 %) ou, nettement plus surprenant, à la levée de l’interdiction de la gestation pour autrui (GPA) (64 %). Ce serait aller un peu vite en besogne et mérite quelques éclaircissements – et ce en dépit des conclusions de Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Ifop :

« La vieille matrice structurante de la société qui était très clairement d’inspiration chrétienne et catholique est en train de s’effriter à vitesse grand V. [Des résultats qui révèlent] l’ancrage d’un basculement anthropologique dans la société française, à la faveur de la déchristianisation de la société et de la poussée de l’individualisme ».

On y verra la confirmation de la théorie « des dominos » ou de la « pente glissante » :

« Même si les évolutions sont très rapides, la société ne change pas d’un seul coup, mais par étapes. L’opinion a adhéré au mariage pour les couples homosexuels deux ou trois ans après avoir accepté le Pacs. De même, les Français se sont dits en faveur de l’adoption par les couples homosexuels quelque temps après l’inscription du “mariage pour tous” dans la loi. Les plus âgés sont un peu plus réticents, détaille encore Jérôme Fourquet. Mais il n’existe aucun clivage majeur ni entre les générations, ni selon les préférences politiques. Cela confirme qu’il s’agit d’une vague de fond. »

Et les catholiques pratiquants demande La Croix ? Le sondage fait apparaître qu’ils demeurent légèrement moins favorables à la GPA (46 %), à la PMA (35 %) que le reste des Français, soit de 10 à 20 points de moins. « Même s’il existe une marge d’erreur de 5 à 6 points, on ne peut pas dire que les catholiques sont totalement à rebours de la société française en la matière », constate le sondeur.

Loi du marché sacralisée

Ne pas aller trop vite en besogne du fait de l’existence de ce que La Croix nomme des « îlots de résistance » : l’attachement massif à la gratuité et l’anonymat des dons de gamètes, « deux principes fondamentaux que la plupart des sondés veulent conserver ». Or cette clef de voûte de la loi française de bioéthique est, précisément menacée par l’ouverture potentielle de la PMA à des femmes célibataires et à des couples de femmes comme l’explique le dernier avis du Comité national de bioéthique. Sans parler de la question de la prise en charge par l’assurance maladie de gestes qui ne peuvent être qualifiés de thérapeutique 1.

Plus généralement ce sondage et ses incohérences témoignent de la nécessité absolue de faire, au plus vite, œuvre de pédagogie : expliquer de manière pratique ce qu’il en est des principes fondamentaux « d’indisponibilité du corps humain» et/ou de « non patrimonialité du corps humain » (ce corps et ses éléments sont et doivent rester « hors marché ») – un socle éthique auquel les Français sont majoritairement attachés sans en connaître précisément l’histoire et les conséquences. Œuvre de pédagogie pour faire comprendre les incohérences entre ces principes et la pratique de la location d’utérus ou la commercialisation des cellules sexuelles humaines.

On peut espérer que les Etats généraux de la bioéthique s’attacheront à cet enjeu fondamental, situé au cœur même de la révision de la loi de bioéthique. Et que ce questionnement sera repris par le gouvernement dans sa rédaction du projet de loi avant d’être examiné par le Parlement. Si tel n’était pas le cas ce serait un pas de plus vers la sacralisation de la loi du marché. Et nous pourrions, alors, nous demander si nous ne devrions pas songer à désespérer.

A demain

1 Sur ce thème, lire : « Derrière les réserves autour de la PMA pour toutes, il y a aussi de vraies bonnes questions » Slate.fr, 19 décembre 2017

Harcèlement-enseignant : le voile se lèverait-il sur le sexisme des études de médecine ?  

Bonjour

C’est une étude qui n’a pas de valeur statistique mais qui marquera les esprits. Réalisée par l’Inter-syndicat national des internes (ISNI) et rendue publique ce 17 novembre, elle est mis en scène par Le Monde : « Hey doc les études de médecine sont-elles sexistes ? ».

Pour la première fois de son histoire, le syndicat a souhaité interroger les 30 000  internes en médecinepour « quantifier leur expérience du sexisme et du harcèlement sexuel » pendant leurs études. Il s’en expliquait début septembre :

« La profession médicale française se féminise. Pourtant, il existe toujours un plafond de verre. La présence de sexisme durant les études pourrait être une des raisons. Dans les autres pays occidentaux, les enquêtes sont unanimes : 30 à 50% des étudiants en médecine sont confrontés à du sexisme durant leur formation et sur leur lieu de travail. En France, les témoignages se multiplient à ce sujet.

« Pour lutter contre le sexisme, il faut d’abord l’évaluer. C’est pourquoi, l’InterSyndicat National des Internes lance la première grande enquête nationale sur le sujet dans les études médicales, auprès de tous les internes de France :  L’objectif est bien sûr de dénoncer ces discriminations et d’en comprendre l’impact sur les choix de carrière et sur le quotidien des jeunes médecins.

Les résultats seront présentés à l’Université de Rentrée de l’ISNI, le 18 novembre. Ils devront aboutir à une prise de conscience de la communauté médicale et à des mesures concrètes contre le sexisme dans le monde médical. L’ISNI condamne toute forme de sexisme, du sexisme ordinaire au harcèlement sexuel, envers les femmes et les hommes. Le sexisme dans les études médicales ne doit plus être un tabou. Les internes doivent se saisir du sujet pour être un des principaux acteurs du changement. »

Pesanteur du climat

Sur les 30 000 internes, seuls 2 946 ont répondu au questionnaire – dont 75 % de femmes et 25 % d’hommes. Parmi les répondants, 8,6 % affirment avoir été victimes de harcèlement sexuel et 34 % relèvent des « attitudes connotées », comme le contact physique ou le geste non désiré (65 %), la simulation d’acte sexuel (9 %), la demande insistante de relation sexuelle (14 %) ou le chantage à connotation sexuelle (12 %). « Subir le sexisme ou en être directement victime : c’est le quotidien de 86 % des internes de médecine – hommes et femmes confondus ».

« L’étude, bien que non représentative de la population des internes, confirme l’existence d’un climat pesant dans le monde médical et en particulier pour les étudiants, qu’ils soient infirmiers, médecins ou aides-soignants, résume Le Monde. Un climat, voire une « nébuleuse sexiste », comme le décrit Céline Lefève, maître de conférences en philosophie de la médecine (Université Paris-Diderot), par ailleurs contributrice d’ « Omerta à l’hôpital » (Editions Michalon) de Valérie Auslender, médecin de Sciences Po.

Les témoignages évoquent souvent le huis clos du bloc opératoire comme lieu propice aux remarques sexistes et aux comportements les plus violents. L’ISNI relève que 24 % du sexisme quotidien se situe dans cet entre-soi. Bien triste exemple :

« Au bloc, on est coupé du monde, et le chirurgien est une sorte de dieu qui peut se comporter de manière déplacée. Je me souviens d’une opération en orthopédie ; le chirurgien m’a regardée en me disant : “Tu vois, je plante ce clou dans l’os comme ma bite dans ta chatte.” Sur le coup, on ne dit rien, on rit jaune, mais c’est violent. »

Avec les enseignants et dans la mixité

 « C’est un climat ambiant permanent qui existe depuis le début des études. En réalisant cette étude, j’ai été étonnée par le nombre de personnes qui ne se considèrent même plus victimes de sexisme tellement tout cela a été intégré et accepté. Le problème, c’est que le sexisme crée un climat qui conduit à accepter un geste déplacé qui prépare le terrain au harcèlement sexuel », explique Alizée Porto, vice-présidente « droits des femmes », qui vient de terminer son internat en chirurgie et qui est à l’origine de l’enquête de son syndicat.

Les temps commenceraient-ils à changer ? On peut l’espérer. Dans les facultés de médecine, des groupes de travail ou des associations d’étudiants commencent à faire évoluer le « rapport de force » avec le corps enseignant. « J’ai l’impression que notre génération accepte de moins en moins le sexisme. Les chefs de service se plaignent de voir leurs blagues et leurs propos sexistes diffusés sur Twitter ou sur Payetablouse [site Internet qui recueille les témoignages sexistes du monde médical]. Peut-être que la crainte d’être de plus en plus exposé va changer la donne » espère, sous couvert d’anonymat,  une étudiante en sixième année de médecine qui raconte ses expériences dans de grands hôpitaux parisiens sur les réseaux sociaux.

Et après ? Il n’y a là aucune fatalité – mais il restera encore à saisir les véritables racines de ces comportements sexistes et à élaborer, avec les enseignants et dans la mixité, une pédagogie préventive.

A demain

 

 

Contre le déni politique de la cigarette électronique : écoutez France Inter, lisez Slate.fr  

Bonjour

Le trou de souris s’agrandit. Hier ignorée quand elle n’était pas méprisée la cigarette électronique fait, petit à petit son entrée dans les espaces officiels ; et avec elle un nouveau discours, politique, sur les incohérences politiques majeures de la lutte contre le tabagisme. A la veille de la Toussaint et du « Moi(s) sans tabac » une démonstration éclairante en a été apportée sur les ondes publiques, avec l’inusable « Téléphone sonne » de France Inter :  « Tabac, j’arrête » 35 minutes avec les Drs William Lowenstein et Marion Adler.1

Un président de SOS Addiction à la pédagogie tranchante, une tabacologue hospitalo-universitaire en contrepoint (soutenant étrangement le Champix®…), une productrice (Fabienne Sintes) personnellement concernée par le sujet : cela donne une émission du tonnerre, à faire siffler les tympans de bien des autorités sanitaires. On y a redit des vérités déniées sur la cigarettes électronique, sur le scandale que constitue le non remboursement intégral des substituts nicotiniques, sur la duplicité de Bercy et des buralistes vendant du tabac aux mineurs, sur l’inefficacité programmée de la trop lente montée des prix annoncée par le gouvernement.

Déni quinquennal

Et osons une auto-citation : nous avons, pour notre part, sur Slate.fr, cherché à décrypter sinon les causes premières du moins la mécanique et les conséquences du mortel déni politique qui, depuis un quinquennat, frappe ce puissant levier anti-tabac que constitue la cigarette électronique – et ce en donnant la parole à quelques chevau-léger de la révolution des volutes : « La cigarette électronique : pourquoi tant de déni ? ».

On ajoutera un autre décryptage, complémentaire, sur Medscape France, qui traite aussi de la promotion par Big Tobacco de ses tabacs à chauffer : « E-cigarette et tabac à chauffer : les nouvelles stratégies des cigarettiers expliquées aux oncologues ». C’est ainsi : le trou de souris s’agrandit.

A demain

1 Pour l’heure ce lien ne renvoie pas à l’émission du 31 octobre mais à celle de la veille … Nous demandons à France Inter de corriger cette erreur …