Hydroxychloroquine : mais pourquoi diable le Christ s’est-il arrêté à Marseille ?

Bonjour

31/05/2020. Jour de Pentecôte. Questions : Comment lutter contre la promesse d’un traitement miraculeux ? Comment sortir du face-à-face entre un professeur au discours de gourou et des scientifiques aux airs de rats de laboratoires ? Elles sont posées, dans Libération par le Pr. Frédéric Adnet, chef de service des urgences de l’hôpital Avicenne, chef du SAMU 93. Edifiant.

Moins bien connu du plus grand nombre que le microbiologiste de Marseille, le Pr Adnet est néanmoins apparu, ces derniers temps, dans les médias télévisés, où il sait parler haut, clairement, et fort – comme après des propos inexcusables du préfet de police Lallement sur le confinement.

Aujourd’hui, dans Libération il s’attaque à une autre montagne. Il nous confie sa découverte, via une vidéo YouTube, du Pr Didier Raoult. « Dans un cours ‘’improvisé’’, celui-ci expliquait, doctement, les éléments d’un traitement miraculeux du Covid-19 : l’hydroxychloroquinen raconte-t-il. Devant nos yeux ébahis, nous assistions, dès l’administration de ces molécules, à l’effondrement des courbes de charges virales ! Étudiée de plus près, d’un point de vue rationnel et au regard de la rigueur scientifique, la démonstration était… catastrophique. De quoi jeter sa copie au nez d’un interne négligent. Peu importe ! Le ton était donné. D’un côté, l’intuition du professeur, étayé par une communication professionnelle et un sens aigu de la vulgarisation ; de l’autre, des scientifiques, à l’expression austère, prudente, et peu enclins à se faire mettre en pièces par les réseaux sociaux. En un mot, un discours de gourou face au murmure de rats de laboratoires. »

Comment lutter contre une réponse simple à une question complexe ? Comment, en ce jour de Pentecôte, lutter contre un miracle attesté « par une multitude de scientifiques autoproclamés, des professeurs retraités à la recherche d’une ultime heure de gloire, de politiciens flairant le bon coup, faux spécialistes mais vrais communicants, avides de s’associer à une des nombreuses découvertes fracassantes sur la prise en charge de la Covid-19. » ?

On lira la tonique tribune du Pr Adnet dans Libé : « Hydroxychloroquine : le Christ s’est arrêté à Marseille ». Extraits :

« Plus fort que l’absence de méthode scientifique, il y a la méthode de persuasion, toujours la même, l’appel à des bribes d’observations plus ou moins crédibles qu’un rapide raccourci transforme en un lien de causalité pour aboutir à une conclusion logique, mais fausse, et surtout jamais soumise à une expérimentation comparative. On pourrait appeler cela un sophisme rigoureusement scientifique. (…)

« Aller vite ! Cet argument a été invoqué par le Pr Didier Raoult lors de la présentation des 1 061 patients inclus dans une recherche observationnelle. Mais pourquoi ne pas avoir inclus un groupe de patients «contrôle» obtenu par tirage au sort (randomisation) ? La comparaison des deux groupes aurait pu donner une réponse définitive. Sa réponse ? L’intuition, toujours l’intuition, encore l’intuition, tellement forte qu’elle devient force de loi scientifique ! Ne restait plus qu’à trouver LE médicament miracle…

« En médecine, cela existe, comme on l’a vu lors de la découverte de la pénicilline, mélange de hasard et de rigueur scientifique, et non due à la seule intuition ! (…) Le problème, majeur, se pose quand la seule intuition, et une communication à grand spectacle veulent tenir lieu de preuve. Et que face à un quasi divin fondé sur la croyance – «je sens, je sais, donc tu dois croire» – la médecine officielle et ses contre-pouvoirs paniquent en réagissant d’une façon tout aussi maladroite. »

Et le Pr Adnet de revenir sur le dernier et spectaculaire épisode de la série :  la publication dans The Lancet, d’une étude observationnelle rétrospective associant surmortalité et traitement par l’hydroxychloroquine.  Les auteurs soulignaient qu’il s’agissait d’une étude à bas niveau de preuve (absence de lien de causalité) et concluaient que, seule, une étude randomisée prospective pourrait répondre au lien entre hydroxychloroquine et efficacité/dangerosité dans le traitement de la Covid-19.

« Bref, l’article donnait certes une piste importante, mais ne permettait pas de trancher… résume le Pr Adnet. Peu importe ! La réponse de nos tutelles OMS et ANSM, a été immédiate et radicale : interdiction des essais sur la chloroquine ! Une réponse couperet qui n’aura évidemment comme conséquence que d’éterniser le débat et d’enraciner des théories obscurantistes ou complotistes. Ainsi, on ne pourra plus démontrer que son protocole ne marche pas, voire qu’il peut être dangereux… Un beau cadeau à la médecine fondée sur la croyance. Quelle aberration ! C’est la victoire totale du Pr Didier Raoult. »

Ainsi donc le Christ a bien fait une halte à Marseille. « La grande victime de cette spectaculaire et brutale confrontation est donc bien au final la médecine conclut l’urgentiste. Pas celle de la croyance, grande gagnante de ce spectacle, mais bien l’autre médecine, la nôtre, celle fondée sur les preuves. » 

A demain @jynau

A lire également, sur ce thème : Essais cliniques au cours de la pandémie Covid-19 : Cibles thérapeutiques, exigences méthodologiques, impératifs éthiques Académie nationale française de médecine, 29 mai 2020

Déconfinement: après les enseignants et les enfants dépistera-t-on tous les parents ?

Bonjour

05/05/2020. Ouvrir la cage aux oiseaux. Emmanuel Macron a parlé, masque bleu sombre – discret trait tricolore. Il a parlé à la France scolaire depuis une salle de classe située à Poissy.  

«Je veux plutôt une bonne rentrée qu’une rentrée en nombre», a-t-il prévenu, alors que le retour en classes maternelles et primaires dès le 11 mai a suscité une très vive inquiétude. Le président de la République a assuré que, «pour (lui), la règle est simple : on ne mettra jamais (personne) en situation de danger en venant faire (son) travail». En clair, le chef de l’État a confirmé qu’aucune commune ne sera obligée de rouvrir ses établissements la semaine prochaine si les conditions sanitaires ne sont pas réunies…Tout en les encourageant à faire le maximum pour respecter le calendrier qui a été fixé par le pouvoir exécutif. Comprendra qui pourra.

«Le 11 mai, dans la plupart des écoles, ce sera une journée de prérentrée pour s’organiser entre soi. Et le 12, ou le 14, ou peut-être un peu plus tard chez certains – là il faut laisser le choix sur le terrain -, on va accueillir les enfants. (…) On va (décider) collectivement, au plus près du terrain, avec beaucoup de pragmatisme», a-t-il détaillé, après avoir cité la tribune signée par près de quatre cents maires d’Ile-de-France qui lui ont «solennellement demandé de repousser la date du retour en classe».

À six jours du pré-déconfinement et de la réouverture scolaire programmée, Anne Hidalgo, maire de Paris, s’exprime haut et fort dans un entretien au Parisien  La maire socialiste a notamment annoncé que la ville allait «proposer, avec la médecine du travail interne à la ville, des tests PCR (virologiques) sur la base du volontariat». La mesure concernera dans un premier temps «les personnels qui interviennent dans les écoles». Mais Mme Hidalgo aimerait l’étendre aux enfants : «Je veux aller plus loin en proposant aux parents qui le souhaiteraient que leurs enfants puissent également bénéficier des tests PCR. Cette mission sera confiée à la médecine scolaire. L’idée c’est de pouvoir arrêter tout cluster d’épidémie (sic) qui se développerait».

L’actuelle maire de Paris, toujours candidate aux municipales pour briguer un second mandat, ne dit rien quant à la suite logique de sa volonté de dépistage systématiquement proposé : pourquoi, après les enseignants et les enfants, ne pas tester, régulièrement, tous les parents ?

A demain @jynau

Le pouvoir exécutif va-t-il bientôt rendre obligatoire le port du masque «grand public» ?

Bonjour

03/04/2020. C’est une prescription qui devrait faire du bruit : le port du masque devrait être rendu obligatoire pour les sorties pendant la période de confinement mais aussi lors de sa levée. Prescription-recommandation de l’Académie nationale de médecine (qui a dû fermer son siège, rue Bonaparte, à Paris mais qui continue de publier en ligne des avis, communiqués et prises de position sur son site).

On sait que des personnes en période d’incubation (ou en état de portage asymptomatique) excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection. Aussi, dans ce contexte, le port généralisé d’un masque par la population française constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur.

Recommandations officielles de l’Académie nationale de médecine :

–  en situation de pénurie de masques, que le port d’un masque « grand public », aussi dit « alternatif », soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement ;

– en phase de décroissance de la courbe épidémique, avec décision de levée du confinement à domicile de la population. Cette levée du confinement doit s’accompagner d’un maintien des mesures barrières actuellement préconisées jusqu’au contrôle de la circulation du virus attesté par l’absence de nouveau cas déclaré pendant une période de 14 jours. Dans le cadre de cette levée du confinement, le port obligatoire d’un masque « grand public » ou « alternatif » par la population devrait être maintenu

Masque « grand public » ? Les indications pratiques pour la fabrication d’un tel masque doivent être « largement portées à la connaissance de la population » recommande encore l’Académie. Qui renvoie vers des tutoriels vidéo en ligne, comme celui pédagogique, de la Société française des sciences de la stérilisation.

Puis l’Académie va plus loin :

 « En Extrême-Orient, depuis de nombreuses années, le port d’un masque anti-projection par la population est à la fois une mesure de prévention et un acte de civisme en situation d’épidémie de virus à tropisme respiratoire (notamment dans les pays les plus frappés par le virus du SRAS en 2003). Face à l’épidémie de Covid-19, cette mesure a contribué à une réduction du taux de reproduction à Taïwan, Singapour et en Corée du Sud. »

En France, conclut-elle, l’habitude n’a pas été prise de constituer un petit stock de masques anti-projection dans chaque foyer. Et d’ajouter : la pénurie de masques risquant de durer encore quelques semaines, force est de recourir, actuellement et en vue de la sortie du confinement, à l’utilisation d’un masque « grand public » ou « alternatif ».

 Prendre le temps de les confectionner durant le confinement. Avant que leur port ne soit rendu obligatoire par le gouvernement ?  

A demain @jynau

Coronavirus et tableau noir : branle-bas dans les petites et grandes écoles de France

Bonjour

Ne pas fermer les frontières françaises, certes. Mais fermer les portes des écoles à certains élèves. On apprend ainsi que les écoliers, collégiens et lycéens français sont priés de rester confinés chez eux s’ils viennent de passer des vacances en Chine, à Hong Kong, à Macao, Singapour, en Corée du Sud mais aussi en Lombardie ou en Vénétie, deux régions italiennes touchées par l’épidémie. Le Figaro cite plusieurs courriers adressés par les rectorats aux établissements scolaires : le ministère de l’Éducation nationale fait demander aux parents concernés de garder leur enfant à la maison pendant quatorze jours après leur retour de ces pays ou régions.

S’agissant des établissements scolaires, les élèves, collégiens et lycéens ne doivent pas être scolarisés durant une période de 14 jours suivant le retour sur le territoire national», indique par exemple le courrier du rectorat de Paris, «au-delà de cette durée, les autorités de santé n’objectent aucune contre-indication d’accueil sur le plan sanitaire». Le rectorat demande aussi aux familles concernées de respecter pendant les deux semaines plusieurs recommandations: prendre la température deux fois par jour, surveiller l’apparition de symptômes d’infection respiratoire (toux, difficultés à respirer…), porter un masque chirurgical lors des sorties, laver régulièrement ses mains (solution hydroalcoolique…), éviter tout contact avec les personnes fragiles (personnes âgées, hôpitaux…) ou encore éviter toute sortie non indispensable (cinéma, restaurant…). Et privilégier le télétravail.

En cas d’apparition de signes respiratoire dans les 14 jours suivant le retour, le rectorat rappelle qu’il ne faut pas se rendre chez son médecin ni aux urgences mais contacter le 15. Il redonne le numéro vert joignable en cas de doute sept jours sur sept pour répondre à toute question sur le coronavirus: 0 800 130 000.

Eviter tout contact avec des animaux vivants ou morts

Dans le même temps certaines grandes écoles et universités s’adressent à leurs étudiants et membres du personnel aujourd’hui à l’étranger. Le tout dans un relatif désordre  Certaines d’entre elles souhaitent leur retour en France. C’est le cas de l’université de Nanterre: «Nous avons demandé à rapatrier nos étudiants, quelles que soient les provinces où ils séjournent.» Même politique, nous dit Le Figaro, pour l’école de commerce Skema. Environ 300 des 550 étudiants français et étrangers de son campus à Suzhou, à 750 km de Wuhan, sont rentrés. Rien d’obligatoire, mais fortement recommandé.

A Shanghai, les étudiants de l’EM Lyon sont encore en vacances pour la période du Nouvel an chinois. Les cours devraient reprendre le 24 février prochain «sauf directives contraires», indique l’école de commerce dans un communiqué. D’autres établissements préconisent simplement de suivre les recommandations du ministère de la Santé et du consulat, comme l’école de commerce Kedge, l’école d’ingénieurs des Mines ParisTech ou encore la Sorbonne Université. Idem pour les élèves de l’école d’ingénieurs CentraleSupélec qui séjournent à Pékin. Toutes les précautions sont à prendre: éviter tout contact avec des animaux vivants ou morts, éviter de consommer des produits d’animaux peu ou mal cuits ou encore éviter tout contact rapproché avec des personnes souffrant d’infection respiratoire aiguë.

Les frontières ne sont pas fermées et rapatriement en France n’est pas obligatoire – mais CentraleSupelec a suspendu tous les échanges vers la Chine jusqu’à nouvel ordre. Idem à HEC. Une cellule de crise a été ouverte à l’école d’ingénieurs Polytechnique qui recense les étudiants, chercheurs et enseignants qui se sont rendus dernièrement en Chine – et qui  envisage de mettre en place un soutien psychologique, «au cas où l’un de nos étudiants chinois serait amené à perdre un proche en Chine à cause du virus».

A demain @jynau

Comprendre le «mal-être» hospitalier français? Deux conseils de lecture pour Olivier Véran

Bonjour

Agnès Buzyn partie, ils ne désarment pas. Olivier Véran arrivé, la lutte se poursuit. Douze collectifs et syndicats de soignants hospitaliers et d’usagers 1 réclament à nouveau à Matignon l’ouverture de « négociations urgentes » pour sortir de la crise de l’hôpital. Ou comment mettre immédiatement la pression sur le nouveau ministre de la Santé.  

Dans une virulente tribune publiée sur le site de « France Info » et relayée par Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez) les douze organisations écrivent notamment: 

« Olivier Véran prévient d’emblée qu’il n’y aura pas de « tour de chauffe » et nous n’en avons aucun doute, puisqu’il a été un rapporteur zélé du projet de loi de financement de la Sécurité sociale et l’un des plus actifs parlementaires sur le domaine de la santé. Il est dès lors, très surprenant que sa première mesure puisse être une enquête sur le mal-être des hospitaliers, monde qu’il dit « si bien connaître ». Cette disposition apparaît comme une provocation et une manœuvre dilatoire alors que la situation empire sur le terrain et que l’heure est à l’ouverture d’urgence de négociations avec les organisations ainsi que les différents acteurs de terrain. »

« Soigner, la chose est ingrate, laborieuse, elle prend du temps »

Pour les signataires aucun doute : le départ d’Agnès Buzyn doit permettre à son successeur de « se saisir de l’opportunité de sa nouvelle fonction et de ses nouvelles responsabilités pour faire sortir de la crise l’hôpital et les établissements de santé et d’action sociale ».

« Toute autre attitude conforterait l’idée que ce grand ministère n’est finalement qu’une coquille vide sans marges de manœuvre, budgétaires et politiques, pour gérer les urgences sociales et humaines que traversent les établissements du sanitaire, médico-social et social de métropole et des territoires ultramarins, écrivent-ils encore. Toute autre attitude conforterait, in fine, la légitimité de notre démarche visant à négocier auprès du Premier ministre. »

Un an après le début de la grève des urgences des hôpitaux publics les signataires estiment que les mesures comptables du pouvoir exécutif relèvent d’une « prestidigitation arithmétique, là où il faudrait des humains 2 ». Ils reprochent aussi au gouvernement de continuer à fermer des lits  – voire des structures entières dans le cas de la psychiatrie. Agnès Buzyn n’avait apparemment que fort mal compris le « mal-être » de soignants hospitaliers avec lesquelles elle ne travaillaient plus depuis longtemps. Pourquoi Olivier Véran, qui il y a peu encore exerçait encore au CHU de Grenoble, a-t-il, sur ce thème besoin d’une « enquête » sur un monde qui lui est tout sauf étranger ?

Si, entre mille-et-un amendements au projet de loi de réforme des retraites (et en attendant le 49-3), le ministre de la santé dispose de quelques instants, il (re)découvrira avec profit l’opuscule de combat 2 signé par la psychanalyste Cynthia Fleury. Sans oublier celui, redoutable, (« L’Hôpital est une industrie ») de son confrère neurochirurgien Stéphane Velut où il se penche sur le foisonnement, rarement exploré, du langage managérial qui a envahi et étouffe l’hôpital public français. Où l’on retrouve quelques-unes des perversités de la novlangue imaginée par George Orwell dans son 1984. Une langue que le nouveau ministre ne saurait, sans danger, manier.

A demain @jynau

1 Action praticiens hôpital (APH), Association des médecins urgentistes de France (AMUF), la CFTC, la CFE-CGC, la CGT, le comité de défense des hôpitaux, le collectif inter-blocs, le collectif Inter-urgences, le collectif inter-hôpitaux, le Printemps de la psychiatrie, SUD et l’UNSA

2 « Le soin est un humanisme »  de Cynthia Fleury Collections Tracts, Editions Gallimard

« Soigner, la chose est ingrate, laborieuse, elle prend du temps, ce temps qui est confisqué, ce temps qui n’est plus habité par les humanités. Ici se déploie une tentative de soigner l’incurie du monde, de poser au cœur du soin, de la santé, et plus généralement, dans nos relations avec les autres, l’exigence de rendre la vulnérabilité capacitaire et de porter l’existence de tous comme un enjeu propre, dans toutes les circonstances de la vie.
« Cynthia Fleury expose une vision humaniste de la vulnérabilité, inséparable de la puissance régénératrice des individus ; elle conduit à une réflexion sur l’hôpital comme institution, sur les pratiques du monde soignant et sur les espaces de formation et d’échanges qui y sont liés, où les humanités doivent prendre racine et promouvoir une vie sociale et politique fondée sur l’attention créatrice de chacun à chacun. »

Suicide d’une directrice d’école à Pantin : l’Education nationale reconnue responsable?

Bonjour

En matière de suicide des officiants la sphère scolaire est-elle équivalente à l’hospitalière ? La responsabilité de l’administration a été reconnue dans le suicide de Christine Renon, directrice d’école de Seine-Saint-Denis qui avait dénoncé dans une lettre ses conditions de travail avant de se donner la mort. Le 23 septembre dernier, son corps avait été retrouvé dans le hall de son école maternelle de Pantin. Dans un courrier adressé (deux jours avant son suicide) à de multiples destinataires, cette femme de 58 ans mettait en cause l’Education nationale et ses conditions de travail, détaillant «son épuisement», la solitude des directeurs, ou encore les réformes incessantes et contradictoires.

On apprend aujourd’hui, via un communiqué du Snuipp-FSU (premier syndicat du primaire) en Seine-Saint-Denis, que la direction des services départementaux de l’Education nationale avait reconnu, dans un courrier adressé à sa famille le 11 décembre, «l’imputabilité au service» pour son décès. «Cela veut dire que l’administration est reconnue responsable du décès de Christine Renon», a expliqué à l’AFP Marie-Hélène Plard, co-secrétaire départementale du syndicat. Tout ce qu’elle a dénoncé est reconnu: c’est la dégradation de ses conditions de travail qui l’ont poussée à mettre fin à ses jours. C’est extrêmement important pour les collègues et ça va nous permettre de nous battre pour que réellement on ait une amélioration».

Interrogé, le ministère de l’Education minimise : il a affirmé à l’AFP qu’il s’agissait d’une «décision coutumière de l’administration dans ce genre de circonstances, car elle permet d’assurer une protection maximale aux ayant-droits».

L’AFP ajoute que le rapport d’une enquête administrative de l’inspection générale de l’Education nationale, lancée après le suicide, doit être publié dans les prochain jours qui viennent. Selon une source proche de l’enquête, il semblerait que ce rapport ne retienne «pas uniquement à la responsabilité de l’employeur» mais qu’il  établisse «un faisceau de motifs» pour expliquer le suicide de Mme Renon.

Attendons.

A demain @jynau

L’étrange histoire du Thermedol®, ou la démonstration que l’effet placebo est contagieux

Bonjour

C’est démontré : non seulement l’effet placebo existe mais il est aussi socialement transmissible. De quoi faire enrager certains tenants éconduits de l’homéopathie. La démonstration est apportée dans « Nature Human Behaviour » : « Socially transmitted placebo effects » par des chercheurs du département de psychologie d’étude du cerveau de l’université Dartmouth (HanoverNew Hampshire). Elle est traduite dans Le Quotidien du Médecin : «Quand la conviction du médecin augmente l’efficacité du traitement » (Damien Coulomb)

Les chercheurs de Dartmouth expliquent avoir recruté 194 étudiants en médecine, inscrits à des cours d’introduction à la psychologie et aux neurosciences, et les avaoir réparti de façon aléatoire pour tenir les rôles de médecins ou de patients. Les « médecins » appliquaient soit une crème présentée comme antalgique et dénommée Thermedol® soit une crème « contrôle » – la peau des « patients » avait était chauffée jusqu’à une température de 48 °C (afin de provoquer l’apparition de légères douleurs transitoires).

Au moment de l’application de la crème, les patients devaient noter la douleur ressentie sur une échelle allant de 1 à 100 (critère de jugement subjectif). En outre une évaluation plus objective de la douleur était fournie à partir de la mesure de la conductivité cutanée. Etude, bien évidemment, conduite en double aveugle. On aura compris que le Thermedol® était, comme la crème contrôle, un placebo.

Knock ou le Triomphe de la médecine

Ajoutons que  « médecins » faisaient l’objet d’un pré-conditionnement visant à les convaincre de la supériorité du Thermedol® sur le contrôle : ils subissaient le même traitement que les « patients » mais les expérimentateurs trichaient sur la température : la peau était chauffée localement à 43 °C avant l’application du Thermedol et à 48 °C après application du contrôle, et à 43 °C. Nullement informés  les « médecins » ressentaient donc objectivement une douleur moindre lors de l’application du Thermedol®.

« Lors de l’application par les ‘’médecins’’, les chercheurs ont constaté une ‘’transmission sociale’’ de l’effet placebo induit chez les soignants résume Le Quotidien du Médecin. La conductivité cutanée, et donc la douleur ressentie par les  ‘’patients’’, connaissait en effet un pic après application du Thermedol®. alors qu’elle restait plate après le contrôle. Par ailleurs, la douleur ressentie était significativement augmentée de 7,35 points en moyenne. Comment les médecins ont-ils transmis leur conviction de la supériorité d’une crème sur l’autre ? La réponse à cette question a été fournie par l’analyse des images fournies par les caméras fixées sur la tête des patients. Les algorithmes d’analyse ont enregistré des différences importantes dans l’expression faciale et la communication non verbale des médecins lors des applications respectives du Thermedol et de la crème contrôle. Les médecins se montraient moins distants et plus empathiques lors de l’application de la crème dont ils étaient persuadés de l’efficacité. »

Que conclure ? Que cette expérimentation « montre l’importance de l’interaction entre patients et médecins » lors de la prise en charge, concluent ses auteurs. Voilà qui confortera celles et ceux qui pouvaient (encore) en douter. Les auteurs estiment aussi que ces « mécanismes psychosociaux » qui concernent soignants et soignés devraient être mieux étudiés, voire intégrés dans l’évaluation des médicaments et des protocoles de prise en charge. Est-il trop tôt pour imaginer, un siècle après Knock ou le Triomphe de la médecine, que ces mécanismes (et leur maîtrise) pourraient commencer à être enseignés sur les bancs de nos facultés ? Avant d’être utilisés. Si tel était le cas, les éthiciens pousseraient-ils des cris d’orfraie ?

A demain @jynau


Vaccinations et journalisme : Michel Cymes ou la méchante tentation de la censure médiatique

Bonjour

Où l’on découvre, une fois encore, que la tentation du mieux est l’ennemi mortel du bien. Et que le diable n’est pas toujours où l’on croit. Ainsi, aujourd’hui, l’ex-animateur du magazine de la santé, de France 5. Omniprésent dans les médias, il leur demande de ne plus donner la parole aux « anti-vaccins ». Michel Cymes, le 18 septembre sur le plateau de C à vous, l’émission de … France 5 :

« Arrêtez de donner la parole aux anti-vaccins et tout rentrera dans l’ordre », a déclaré le médecin (ORL de formation). C’est selon lui d’autant plus important que la suspicion à l’égard de la vaccination est plus importante en France que dans le reste de l’Europe. « 20 % de la population européenne, en moyenne, a des doutes sur l’innocuité des vaccins. On est à 40 % en France ! », a-t-il rappelé devant les caméras de France 5 ajoutant que, « on est dans une situation dramatique parce qu’on laisse parler tous ces gens là ».

Cette sortie médiatique a, dit-on, été très diversement appréciée sur le Web, certains internautes accusant cet animateur-médecin de vouloir restreindre la liberté d’expression. Et Michel Cymes de se justifier : « Ce sont des gens dangereux, et vous venez de montrer la dangerosité de ces gens qui font circuler des fake news, des rumeurs pour des réalités scientifiques. » 

L’ORL répondait ici à une question sur l’insuffisance de la couverture vaccinale contre certains papillomavirus humains. Cette vaccination est aujourd’hui recommandée pour toutes les filles entre 11 et 14 ans (avec rattrapage éventuel entre 15 et 19 ans), ainsi que pour les hommes de moins de 26 ans ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Or le taux de la couverture vaccinale complète des jeunes filles de 16 ans dépasse à peine les 20%. Il s’agit d’un des plus faibles taux de tous les pays qui ont recommandé cette vaccination.

Censurer pour faire taire ? L’histoire, sans parler de démocratie ni même de Voltaire 1, démontre à quel point cette solution est sans issue. Souvent pire que le mal que l’on veut combattre. Mieux vaut, ici, quitter Cymes et France 5 pour gagner Libération et  Jeremy Ward, chercheur postdoctoral en sociologie au Groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique de la Sorbonne (Gemass) : « Hésitation vaccinale : la France championne du monde ? ». Voici un large extrait de cette tribune :

« (… Dans l’espace public, la diffusion récente de ces méfiances [vis-à-vis de certains vaccins] est le plus souvent expliquée par le développement d’Internet et par la montée de la défiance envers les institutions, voire envers la science. Il est vrai qu’Internet facilite l’accès aux arguments critiques des vaccins et que, depuis vingt ans, les autorités sanitaires ont été au cœur d’une série de scandales publics qui ont durablement entaché leur réputation. Cependant, se focaliser sur ces deux éléments occulte trois phénomènes cruciaux, comme nous le rappelons avec mes quatre coauteurs dans une récente publication 2.

L’augmentation de la part de la population ayant des réserves quant au vaccin a surtout eu lieu depuis la controverse sur la campagne de vaccination contre la grippe A en 2009 (même si une controverse émerge à la fin des années 90 autour du vaccin contre l’hépatite B). Puis suivit une succession de débats en continu portant sur le vaccin contre les papillomavirus, le recours aux vaccins multivalents, et l’usage d’aluminium dans la composition du vaccin.

On tend à penser que la défiance à l’égard des vaccins est le produit d’un manque de compréhension scientifique de la vaccination et que, par conséquent, les médecins, principales sources d’information et de conseil sur ces questions, devraient être immunisés contre ces doutes. Ce n’est pourtant pas le cas. Les résultats d’une étude réalisée en 2014 par mes collègues de Marseille montrent que près de 14 % des médecins généralistes avaient des doutes sur l’utilité ou la sécurité de certains vaccins et que près de 20 % d’entre eux pensaient que l’on vaccine contre trop de maladies. Cela traduit notamment la détérioration des relations entre médecins et autorités sanitaires dans un contexte de multiplication des scandales, de crise de financement de l’hôpital public et de négociations tendues autour de l’assurance maladie.

« On parle beaucoup des «antivaccins» : ces militants, qui n’ont jamais accepté le principe scientifique de la vaccination, préfèrent les médecines alternatives et nient la légitimité de l’Etat (corrompu) à s’introduire dans le corps de leurs enfants. Seulement, les mouvements antivaccins ont historiquement été très peu puissants en France, notamment en comparaison aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne. Cela s’est notamment traduit par l’absence des controverses sur la sécurité des vaccins avant le milieu des années 90 alors que l’Angleterre a connu des débats sur la vaccination contre la coqueluche à la fin des années 70 et les Etats-Unis sur le vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche au début des années 80.

Travailler, restaurer la confiance

« Or, les groupes au cœur de ces controverses récentes ont choisi de se distancier des antivaccins traditionnels. Ces nouveaux acteurs restreignent leur critique à un nombre limité de vaccins ou de substances qu’ils contiennent (par exemple celui contre les papillomavirus ou l’usage d’aluminium) tout en affirmant publiquement leur attachement au principe de la vaccination. Ces patients, médecins, militants, sont plus proches de mouvements sociaux mainstream (droits des patients, santé environnementale…) que des mouvements radicaux associés à l’antivaccinalisme (médecines alternatives, complotisme…). Ce positionnement moins radical explique en partie la succession des controverses évoquée plus tôt. Il permet à ces acteurs d’apparaître plus crédibles auprès du public, des journalistes et des médecins. Ce changement dans le paysage de la critique vaccinale se retrouve au niveau du public : les suspicions sont concentrées sur ces vaccins controversés et une toute petite minorité rejette toute forme de vaccination.

« Face à cette situation et à l’efficacité limitée des outils de communication à leur disposition, les autorités françaises ont opté pour la coercition. Depuis le 1er janvier 2018, les enfants doivent être à jour des 11 vaccins recommandés s’ils veulent être gardés en collectivité. La France est loin d’être seule à faire ce choix. Depuis cinq ans, de nombreux gouvernements ont renforcé leurs obligations et sanctions pour non-vaccination (Italie, Australie, Californie…) ou envisagent cette possibilité (Allemagne, Pologne…). Il est vrai que les obligations ont souvent eu pour effet d’augmenter les taux de vaccination. Cependant, leur mise en place a parfois eu pour résultat de générer de larges mouvements de résistance ainsi qu’une méfiance dans une large portion du public, comme en Angleterre au XIXe siècle ou en ce moment en Allemagne.

« Après un an, les premières conséquences de cette nouvelle loi semblent être positives. Les taux de vaccination ont augmenté et la part de Français se méfiant des vaccins semble avoir diminué. Mais près d’un tiers des parents se déclarent toujours opposés à ces obligations et plus de 20 % sont encore «hésitants». Face à ces résultats encourageants, le risque principal est donc de devenir complaisant et de laisser l’obligation faire tout le travail. Il faut continuer à travailler à restaurer la confiance dans les vaccins. Surtout, la défiance vis-à-vis de ces derniers reflète des problèmes plus larges dans le système de santé public français, comme la rupture entre certains médecins et les autorités sanitaires. Restaurer la confiance dans les vaccins ne peut que passer par un travail sur le système de santé dans son ensemble. »

Censurer ? Nullement. S’expliquer ? Souvent. Abdiquer ? Jamais.

A demain @jynau

1 « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Il s’agit ici d’une phrase non sourcée, sans doute jamais écrite mais peut-être dite, reflète parfaitement l’homme, sa pensée, sa vie et même son style. D’où la fortune historique et somme toute méritée de cette citation apocryphe.

2 «Vaccine Hesitancy and Coercion : All Eyes on France», Jeremy K. Ward, Patrick Peretti-Watel, Aurélie Bocquier, Valérie Seror and Pierre Verger, Nature Immunology, 2 septembre 2019.

Abandonner d’urgence la vape pour le tabac ! Comment en arriver à proférer tant d’absurdités ?

Bonjour

« Le poumon, le poumon vous dis-je ». Qui ne veut pas désespérer des médias ne devait pas, ce 7 septembre, regarder le journal de 13 heures de France 2. On y traitait des morts américains et de la cigarette électronique. Avec sujet en plateau. Absence totale de distance. Confusion générale et conclusion immanquable : détruire sa cigarette électronique, si possible en diffusant les images sur les réseaux sociaux. Puis revenir à la seule nicotine qui vaille : celle du tabac.

Mais comment a-t-on pu en arriver là ? Et comment, en tenant de tels propos, parvenir à faire comprendre que le vapotage n’est en rien une panacée ? Que la cigarette électronique n’est qu’un vecteur ? Que la réduction des risques n’est pas la disparition de ces mêmes risques ? Que le sevrage est un objectif supérieur au vapotage mais que le vapotage est incomparablement favorable à l’esclavage tabagique ?

Tout ceci devrait sans difficulté pouvoir être expliqué dans les journaux télévisés. Par des journalistes ou par des invités spécialisés. Pourquoi n’est-ce pas le cas ? Osera-t-on avancer que « c’était mieux avant » ? Et que les caricatures régressives que ces journaux nous offrent ne sont pas étrangères à la désaffection progressive vis-à-vis de ces mêmes journaux ? Pour l’heure les personnes intéressées par le sujet peuvent aussi, loin de France 2, se pencher sur The New England Journal of Medicine : Pulmonary Illness Related to E-Cigarette Use in Illinois and Wisconsin — Preliminary Report. Conclusion :

« Case patients presented with similar clinical characteristics. Although the features of e-cigarette use that were responsible for injury have not been identified, this cluster of illnesses represents an emerging clinical syndrome or syndromes. Additional work is needed to characterize the pathophysiology and to identify the definitive causes. »

Ils se pencheront ensuite sur le peu banal éditorial qui l’accompagne : Vaping-Induced Lung Injury. Conclusion :

« Until the investigation into the cause of this epidemic of vaping-induced respiratory injury is complete, no conclusions can be drawn as to which compound or compounds are the causes of injury. In light of these cases, however, efforts should be made to increase public awareness of the harmful effect of vaping, and physicians should discourage their patients from vaping. »

IgnorantusignorantaIgnorantum.  On attend toujours, à l’adresse des vapoteurs français, les réflexions-recommandations officielles. Sinon celles de la ministre des Solidarités, du moins du Directeur Général de la Santé.

A demain @jynau

Médias et e-cigarette : pourquoi ne pas dire clairement qu’elle favorise l’arrêt du tabac ?

Bonjour

Quel est l’intérêt médiatique de produire du doute dans le public ?

Communiqué de #SOVAPE : « Coup sur coup, deux études de suivi de cohortes publiées cette semaine montrent que le vapotage favorise l’arrêt du tabac. La première menée en France par l’Inserm, publiée dans le JAMA Internal Medicine 1 , montre que l’apparition de la vape en 2010 s’accompagne d’un bond de l’arrêt du tabac chez les fumeurs qui ont choisi ce nouveau produit. Ils ont eu près de 1,7 fois plus de chance d’arrêter de fumer que ceux qui ont opté pour d’autres méthodes. Seconde étude : celle des chercheurs de la Harvard School à Boston, publiée dans Nicotine & Tobacco Research 2. Le suivi de la cohorte PATH de fumeurs américains ayant opté pour la vape entre 2013 et 2015 montre que les vapoteurs au quotidien ont eu 77% plus de succès après deux ans d’arrêt de la cigarette que les fumeurs optant pour d’autres méthodes. »

Commentaire : « En 2010, les ex-fumeurs qui avaient accès à des produits encore rudimentaires étaient plus nombreux à rechuter que ceux qui avaient opté pour d’autres méthodes, mais en 2013, c’est l’inverse, ils avaient plus de chance de succès (HR 0.84) que les autres. Cette évolution est très probablement liée à une évolution majeure du matériel survenue à partir de 2012, l’explosion du nombre de boutiques spécialisées et de la scène d’entraide des vapoteurs. Ces deux études montrent que l’apparition du vapotage a encouragé des fumeurs, au profil plus dur (plus de cigarettes fumées par jour, plus de problèmes psychiques, plus de rechutes précédentes, etc.), à tenter l’arrêt de la cigarette, et que l’évolution technique de la vape a permis à un plus grand nombre d’entre eux de sortir du tabac fumé. »

Tout pourrait donc aller pour le mieux au sein de la Révolution des Volutes. Ce serait compter sans les pincettes de nombreux médias généralistes qui ne parviennent pas à accepter la place prise par la cigarette électronique dans le paysage de la réduction des risques tabagiques. Ainsi ces quelques mots : « L’association SOVAPE appelle à la vigilance quant au traitement de l’information sur le vapotage. Il est en effet malheureux que l’évolution survenue entre 2010 et 2013 démontrée par les données de l’Inserm soit occultée, et que soit passée sous silence l’étude similaire dans son objet publiée dans Nicotine & Tobacco Research. »

L’association évoque notamment ici les traitements effectués  par L’Obs : « Les vapoteurs fument moins de cigarettes mais rechutent plus » ou par 20 minutes  « Les vapoteurs fument moins mais rechutent plus ».  Jusqu’à l’Inserm qui, selon elle, induit la même interprétation dans son communiqué (interrogatif) destiné à la presse :

« La cigarette électronique efficace pour réduire le tabagisme à long terme ? Cette étude porte sur 5400 fumeurs et 2025 ex-fumeurs de la cohorte Constances (2012-2016 ; arrêt du tabac à partir de 2010, année de mise en vente de la cigarette électronique en France). (…) En conclusion, la cigarette électronique permet aux fumeurs de réduire leur niveau de tabagisme ou d’arrêter de fumer, mais cet arrêt ne semble pas toujours durable, il est donc nécessaire de surveiller de près les personnes qui vapotent et conseiller l’arrêt complet du tabac pour limiter le risque de rechute. »

Tromperie sur la présentation

Il faut aussi tenir compte du traitement fait par Le Quotidien du Médecin (Coline Garré): « Utile dans le sevrage, la cigarette électronique présenterait plus de risques de rechute à long terme »  qui cite Ramchandar Gomajee, chercheur à l’Inserm et premier auteur de la publication du JAMA Internal Medicine.

Pour #SOVAPE, présenter les choses comme le fait Le Quotidien est trompeur par rapport à la façon dont les choses ont évolué. « Ce taux de rechute concerne une époque révolue, les dispositifs sur le marché étaient des  »cigalike » peu performants, les commerces spécialisés et les conseils avisés inexistants, sans mentionner l’essor considérable des groupes d’entraide autogérés qui a suivi. Une étude d’épidémiologie sans connaissance des réalités de terrain, notamment des usagers, est susceptible de conduire à de mauvaises interprétations des données. »

« M. Gomajee semble ne pas tenir compte que – selon son étude – les utilisateurs de vape étaient des fumeurs à profils plus durs avec un niveau nettement plus élevé en paquets/années de 16,9 contre 12,9 pour les autres ex-fumeurs, ainsi que des symptômes dépressifs plus prononcés (12,6 versus 10,9), observe Nathalie Dunand, présidente de #SOVAPE. Des indicateurs généralement considérés comme des indices de dépendance plus forte, comme signalé dans la publication. Le commentaire de M. Gomajee rapporté par Le Quotidien semble entrer en contradiction avec les résultats de son étude.

« Répétons-le: dans l’étude de l’Inserm à partir de 2013, les vapoteurs ont moins rechuté que les autres ex-fumeurs. Ceci correspond à un tournant de la technologie avec l’apparition de l’Ego, l’explosion des boutiques spécialisées et le moment où le mouvement d’entraide s’est développé, comme par exemple le Forum  E-cigarette. Brice Lepoutre, son fondateur, sera d’ailleurs au Sommet de la vape le 14 octobre à Paris pour parler de son expérience avec plus de 90.000 participants. »

Pour finir #SOVAPE pose une question :  « Quel est l’intérêt de produire du doute dans le public plutôt que des connaissances ? » C’est une assez bonne question.

A demain @jynau

1 Gomajee R, El-Khoury F, Goldberg M, et al. Association Between Electronic Cigarette Use and Smoking Reduction in France. JAMA Intern Med. Published online July 15, 2019. doi:10.1001/jamainternmed.2019.1483 https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/fullarticle/2737916

2 Sara Kalkhoran, Yuchiao Chang, Nancy A Rigotti, Electronic Cigarette Use and Cigarette Abstinence Over Two Years among U.S. Smokers in the Population Assessment of Tobacco and Health Study, Nicotine & Tobacco Research,