Religions anti-vaccinations : fatwa indonésienne, Fraternité Saint-Pie-X et anthroposophie

Bonjour

C’est une information du quotidien indonésien Kompas relayée par Courrier International : « Dans le plus grand pays le plus musulman du monde, une fatwa évoquant des « extraits de porcs » dans un vaccin porte un coup à la campagne de vaccination contre la rougeole ».

La fatwa a été publiée le 20 août 2018 par le Conseil des oulémas indonésiens (MUI). Elle se fonde sur l’information selon laquelle le vaccin protégeant de la rougeole et de la rubéole produit par le Serum Institute of India contient des extraits de porc et qu’il est, de ce fait, haram”. 

Dès le paragraphe suivant, précise le journal de Jakarta, « le MUI note qu’il a toutefois décidé, dans l’attente d’un vaccin alternatif halal, d’autoriser l’utilisation de ce vaccin dans la campagne d’immunisation de 31,9 millions d’enfants par le gouvernement indonésien, étant donnée l’urgence de la situation sanitaire ».

Comment comprendre ? « Cette fatwa est de fait une déclaration de soutien du Conseil des oulémas à la campagne de vaccination contre la rougeole et la rubéole », affirme Arifianto, un pédiatre de Jakarta, auteur d’un ouvrage sur la vaccination. Courrier International :

 « Mais le mal est fait, se désole le quotidien national. Dans le pays qui abrite la plus grand population musulmane, beaucoup de citoyens n’ont lu que le premier paragraphe de la fatwa et l’ont fait circuler sur les réseaux sociaux. De nombreux parents refusent désormais que des extraits de porc soient injectés à leurs enfants. Kompas rappelle que selon les chiffres fournis en 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Indonésie est le dixième pays au monde dans le triste palmarès des pays où la population souffre le plus de la rougeole. »

Miviludes

Retour en France où, on le sait, les autorités sanitaires observent une recrudescence de la rougeole (plus de 2500 cas depuis novembre 2017. C’est une étude originale et passionnante publiée dans le cadre du rapport annuel de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) (pages 115-138) et heureusement citée par Le Monde. Elle est signée par Lucie Guimier, docteure en géopolitique (Institut français de géopolitique, Université Paris 8). Mme Guimier a travaillé sur la dernière grande épidémie de rougeole, entre 2008 et 2012 et démontre que l’obligation vaccinale est peu respectée au sein de certains groupes religieux et de certaines communautés spirituelles.

Ce refus serait tout particulièrement fort au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X ; le site de cette dernière comptabilise une soixantaine d’écoles « catholiques de tradition » en France. En cartographiant les données épidémiques de la rougeole à partir des données de Santé publique France, la chercheuse note une propagation de la maladie à partir de ces établissements. Lucie Guimier :

« La dispersion rapide de la rougeole à l’échelle intrafamiliale dans le réseau d’obédience lefebvriste résulte de toute évidence d’une couverture vaccinale insuffisante des enfants de la communauté, des carences possiblement liées aux aspirations spirituelles de leur famille ».

Esotérisme et parts de marché

Autre type d’établissements étudié par Mme Guimier : les écoles Steiner-Waldorf et leur doctrine fondatrice, l’anthroposophie, un mouvement ésotérique créé au début du XXe siècle.

 « Sous l’effet de l’expansion du mouvement anthroposophique ces dernières années, de nombreuses études (…) menées après l’apparition d’épidémies de maladies prévisibles par la vaccination ont mis en évidence que les parents adeptes de ce courant de pensée sont moins enclins que les autres à vacciner leurs enfants. »

Extraits de la conclusion de l’étude :

« (…), la défiance vaccinale que l’on observe aujourd’hui est devenue « virale », facilitée par la démocratisation d’Internet et la mise en réseaux des mouvements complotistes ou des groupes opposés à toute vaccination par principe. Lorsqu’elle agit dans un groupe social, l’assimilation de la vaccination comme étant un danger se fait le plus souvent au nom de la défense des libertés individuelles, argument contre lequel il est délicat de se défendre. L’invocation du complot étatique ou des laboratoires pharmaceutiques est également fréquente dans les milieux réfractaires à la vaccination, qui mêlent dans leur discours des éléments véridiques à des arguments non fondés scientifiquement.

« Au terme de cette réflexion, la vaccination apparaît ainsi être en lien avec des idéologies dont des mouvements de nature sectaire peuvent se servir pour gagner des parts de marché. Face à l’idée aujourd’hui répandue que toutes les données disponibles se valent, de l’information scientifique aux « faits alternatifs», la question se pose de savoir comment renforcer la vigilance, notamment pour défendre le symbole que représente la politique vaccinale dans la construction du projet national de santé publique.

«  Internet doit bien sûr être investi par les autorités de santé publique et les scientifiques pour faire la transparence sur les interrogations qui entourent les vaccins. Enfin, il est nécessaire que les principales institutions de l’État soient vigilantes à la propagation de théories et pratiques vaccino-sceptiques en leur sein, comme par exemple à l’école publique, lieu de socialisation et de promotion du vivre-ensemble par excellence. »

A demain

1 Courrier International présente ainsi Kompas (http://kompas.com):

« Fondé en 1965 pour s’opposer à la presse communiste, écrit en indonésien, “Boussole” est le plus grand quotidien national, la référence, avec des enquêtes de fond sur des faits de société et des reportages sur les îles “extérieures”, indonésiennes mais souvent oubliées par le centre, Java.

« Au cours des premières années, beaucoup virent dans ce titre la contraction de “Komando Pastor” (“commando des curés”). Pendant les trente-deux ans de l’ordre nouveau, le régime du général Suharto, “Kompas” prit rarement de risques dans le traitement de ses informations, sous la surveillance du pouvoir. Toutefois, il ouvrait régulièrement ses pages aux intellectuels du pays, devenant alors une tribune où s’exprimaient des idées courageuses, ce qu’il est toujours. »

 

Cannabis français : comment peut-on justifier l’augmentation des cas d’intoxications de bébés ?  

Bonjour

C’est une alerte peu banale. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient d’annoncer, rayon cannabis, que les intoxications accidentelles d’enfants (souvent de moins de 2 ans) ne cessent d’augmenter. L’ANSM parle d’une hausse constante, depuis 2014, du nombre de ces intoxications. Elle se fonde ici sur deux séries de données : l’une couvrant la période 2010 à 2014, l’autre la période janvier 2015 – septembre 2017. Au total « 2,5 fois plus d’intoxications » avec 194 cas sur 33 mois pour la seconde enquête, contre 140 cas sur 60 mois pour la première.

Les enfants âgés de moins de 2 ans restent les plus concernés (le plus jeune avait 7 mois, le plus âgé 5 ans). L’ANSM observe aussi « deux fois plus d’hospitalisations » : 120 enfants sur 140 hospitalisés (sur 60 mois) contre 140 enfants sur 194 (sur 33 mois). Dix enfants ont été hospitalisés plus de quarante-huit heures, dont un pendant onze jours. L’ANSM relève également « cinq fois plus de cas graves ».

Parmi les hospitalisations, le nombre de cas graves avec mise en jeu du pronostic vital (nécessitant une admission en réanimation) est passé de 9 enfants (sur 60 mois) à 27 enfants (sur 33 mois). Pour autant  « aucun décès n’a été rapporté ». Les risques sont d’autant plus importants que la teneur en THC du cannabis français est élevée – or cette teneur a triplé en dix ans.

Les principaux signes de l’intoxication : somnolence (56 %), agitation (30 %), dilatation des pupilles (27 %), hypotonie (20 %). Accélération du rythme cardiaque (10 %), détresse respiratoire, convulsions (8 %), voire coma (10 %) sont en outre relevés.

Stage parental de sensibilisation

En cas d’ingestion ou de suspicion d’ingestion de cannabis, les structures d’urgences (SAMU, Centres 15) doivent être immédiatement prévenues, conseille-t-elle. Les services d’urgences pédiatriques doivent faire une recherche systématique de cannabis (dans les urines, le sang ou les cheveux) en cas de signes cliniques évocateurs de cette intoxication.

Comment comprendre ? Ces intoxications surviennent le plus souvent dans un cadre familial. Elles sont plus fréquentes « en période estivale » et « lors des fêtes de fin d’année ». Toutes les hypothèses peuvent être avancées.

En 2015, lançant déjà (sans succès) une première alerte sur le même thème, l’ANSM rappelait « qu’en vertu de l’article L3421-1 du Code la santé publique la consommation de cannabis est interdite en France ». Elle ne le fait pas cette année. Il n’en reste pas moins toujours vrai que l’usage illicite de l’une des substances ou plantes classées comme stupéfiants est puni d’un an d’emprisonnement et de 3750 euros d’amende. Et que les personnes coupables de ce délit encourent également, à titre de peine complémentaire, l’obligation d’accomplir un stage de sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants.

L’ANSM ne nous dit pas, non plus, si les parents des enfants ainsi intoxiqués ont ou non été sensibilisés.

A demain

Autisme : la progression du nombre des cas, problème urgent de santé publique aux Etats-Unis

Bonjour

C’est un rapport officiel américain qui inquiète : « Prevalence of Autism Spectrum Disorder Among Children Aged 8 Years — Autism and Developmental Disabilities Monitoring Network, 11 Sites, United States, 2014 ». Publié le 26 avril 2018 par les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) et repris par les grands médias généralistes d’outre-Atlantique (comme CBS) il soulève une série de questions sanitaires majeures.

La prévalence des troubles du spectre autistique à l’âge de 8 ans est passée de 1,7% des enfants américains, contre 1,5% précédemment. Les données publiées ont été récoltées dans plusieurs Etats à partir des dossiers médicaux de 325 483 enfants qui avaient huit ans en 2014. Sans être représentatifs de l’ensemble du pays les experts les considèrent comme une référence statistiquement fiable quant à la prévalence de ces troubles du développement.

Les derniers chiffres sont « surprenants » a déclaré le Pr Walter M. Zahorodny, spécialiste de pédiatrie à la Rutgers New Jersey Medical School, qui a participé à ce travail.  La prévalence de l’autisme aux Etats-Unis était de 1 sur 5 000 en 1975 et n’a cessé de monter ces dernières années. Selon les CDC l’augmentation est estimée à 150% depuis l’an 2000.

Recherche des déclencheurs

Que se passe-t-il ? Comme souvent on avance le fait que cette augmentation de la prévalence est peut-être la conséquence d’une amélioration de l’identification des enfants souffrant de ces troubles. Les CDC observent toutefois, comme le note l’AFP, que « l’autisme reste plus susceptible d’être repéré chez les enfants blancs que chez les enfants noirs ou hispaniques ».

Que conclure ? Rien de solide même si certains facteurs semblent augmenter les risques, comme le fait être né de parents âgés de plus de 30 ans, l’existence d’une affection maternelle pendant la grossesse, une naissance prématurée ou des éléments génétiques. Il s’agit là de « vraies influences » mais « elles ne suffisent pas à expliquer le taux élevé de prévalence de l’autisme » estime le Pr  Zahorodny.

« Il y a encore des risques non définis liés à l’environnement qui participent à cette augmentation significative, des facteurs qui pourraient affecter un enfant pendant son développement in utero ou liés à des complications à la naissance ou peu après, ajoute-t-il. Nous avons besoin de davantage de recherche sur les déclencheurs non génétiques de l’autisme. »

Dans l’attente, faute de tout comprendre, les experts soulignent l’importance d’un diagnostic et d’une prise en charge adaptées les plus précoces possibles.

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Autisme : intelligent, le « plan Macron » est financièrement bien en deçà de ses ambitions

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Jamais le pouvoir exécutif n’aura, en France, autant parlé de l’« autisme ».  Emmanuel Macron, président de la République suivi d’Edouard Philippe, Premier ministre puis Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées viennent en quelques heures de dévoiler les grandes lignes du quatrième volet d’un « Plan autisme » rebaptisé « Stratégie nationale ». C’est ici l’aboutissement d’une large réflexion-concertation lancée par Emmanuel Macron en  juillet 2017.

Il s’agit d’en finir avec les violentes polémiques théoriques et médicales générées depuis des décennies par cette entité – polémiques sur ses causes et les meilleures modalités de sa prise en charge. Il s’agit aussi de combler le retard français dans le diagnostic précoce et la prise en charge d’un vaste ensemble mal défini dans lequel l’ « autisme » est désormais systématiquement associé aux  « troubles du neuro-développement ».

Pour l’heure le gouvernement martèle son message : cette « stratégie nationale » est radicalement différente des politiques précédentes ; des politiques qui avaient fait se succéder trois « Plans autisme » et conduit à une situation insupportable, vivement dénoncée par la Cour des comptes, mais aussi par l’Inspection générale des affaires sociales ou encore par l’Académie nationale de médecine.

Lire la suite sur Slate.fr.

Première : un traitement permet à une femme transgenre d’allaiter l’enfant de sa compagne 

Bonjour

C’est, officiellement, une première mondiale. C’est aussi un dossier médical et sociétal à lire dans  The New York Times (Ceylan Yeginsu) : « Transgender Woman Breast-Feeds Baby After Hospital Induces Lactation », dans The Washington Post (Lindsey Bever) « How a transgender woman breast-fed her baby » ou dans  Le Monde (Paul Benkimoun). Une affaire qui voit « une femme transgenre allaiter un enfant ». Tous les détails sont à lire dans le numéro de janvier de Transgender Health :  « Case Report: Induced Lactation in a Transgender Woman ».

La publication est signée depuis New York par la Dr Tamar Reisman (Department of Endocrinology, Icahn School of Medicine at Mount Sinai) et Zil Goldstein (Center for Transgender Medicine and Surgery). Les deux auteurs expliquent longuement, et avec de très nombreux détails, comment ils sont parvenu à induire une lactation chez une femme transgenre âgée de 30 ans qui n’avait pas subi de chirurgie de réattribution sexuelle (plastie mammaire, ablations testiculaires ou vaginoplastie).

Spironolactone – estradiol – progestérone-dompéridone

Elle suivait depuis 2011 un traitement médicamenteux hormonal féminisant (spironolactone – estradiol – progestérone). Elle prenait occasionnellement du clonazépam (contre des épisodes de « panic disorder ») et du zolpidem (contre des insomnies). Elle était par ailleurs en bonne santé, ne fumait pas et ne présentait pas de risque cardiovasculaire – avec une poitrine similaire à celle d’une femme adulte.

Cette patiente souhaitait ardemment pouvoir allaiter le futur nouveau-né auquel sa compagne allait donner naissance – cette dernière ne souhaitant pas nourrir  elle-même son enfant. La lactation a été induite par un traitement commencé trois mois avant la naissance : doses croissantes d’estradiol et de progestérone ; ­prise de dompéridone favorisant la sécrétion ; utilisation d’un tire-lait, susceptible d’élever les niveaux des hormones favorisant la lactation ; réduction des doses d’estradiol et de progestérone simulant la dynamique hormonale de l’après-accouchement.

Après trois mois de traitement (deux semaines avant la naissance de l’enfant)  elle emme produisait 227 g de lait par jour – une quantité relativement faible mais qui a permis d’assurer un allaitement au sein exclusif durant six semaines, avant de l’associer à un allaitement artificiel. Parfait développement du bébé aujourd’hui âgé de six mois.   A New York les deux auteurs expliquent qu’ils vont chercher, autant que faire se pourra, à optimiser leur protocole.

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« Le Canard Enchaîné » réveille quelques croustillantes salmonelles du géant Lactalis

Bonjour

Quand pourra-t-on circonscrire l’affaire des salmonelles de Lactalis,  la raconter dans son entier ? Pour l’heure la vérité approche à petit pas. Dans son édition du mercredi 3 janvier Le Canard Enchaîné affirme (« Lait infantile: les contrôleurs étaient aveugles ») que le groupe Lactalis aurait passé sous silence des tests internes positifs à la salmonelle.

Où l’on apprend qu’en septembre, soit trois mois avant que l’affaire éclate, l’usine mayennaise de Craon avait fait l’objet d’une « descente de routine » de la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations. La  DDCSPP de Mayenne est située, à Laval, au  60 rue Mac Donald…. « Le site de Celia Craon était alors blanc comme lait » souligne le volatile. Et ce alors même qu’en août dernier, Lactalis Nutrition Santé avait repéré des salmonelles sur du matériel de nettoyage et sur les carrelages.

Colonne plombée, ire de Bercy

« Rebelote en novembre » insiste Le Canard. Nouvelles salmonelles deux mois après les assurances des vétérinaires de la Mayenne. affirme le journal satirique. On peut le dire autrement : le numéro 1 mondial des produits laitiers aurait, l’an dernier, détecté à deux reprises des salmonelles dans ses installations. Pour autant le géant aurait jugé préférable de ne pas en faire état auprès des autorités sanitaires. Avant d’être rattrapé par la réalité bactériologique.

Le 2 décembre, le « groupe d’enquête nationale des Fraudes » envoyé par Bercy note que l’une des deux colonnes de séchage où le lait liquide est transformé en poudre est « plombée par des salmonelles ». Ce qui a conduit le 10 décembre au retrait d’une partie des laits infantiles produits depuis le mois de février dans cette colonne. On connaît la suite, les décisions en cascade, l’ire de Bercy et l’action efficace (quoique plus discrète) du Pr Benoît Vallet, directeur général de la Santé.

L’histoire n’est pas finie. Le Canard Enchaîné relève aussi que le 9 décembre, le préfet de la Mayenne a signé un arrêté (qui ne sera rendu public que 20 jours plus tard) ordonnant le blocage de la fabrication des laits pour nourrissons mais… pas celle des boîtes à céréales. Au final des milliers de tonnes retirées du marché. Une communication plus que minimaliste de Lactalis. Et, in fine, une enquête préliminaire ouverte le 22 décembre dernier par le pôle santé publique du parquet de Paris. Une affaire qui, tout bien pesé,  reste à raconter en son entier.

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Déserts médicaux et tarifs inhumains : le gouvernement impuissant. Jusqu’à quand ?

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Editorial médical et politique du Monde daté de ce 28 décembre 2017. Le dernier quotidien vespéral parisien y traite de la « fracture sanitaire » et de l’inquiétude qu’elle génère. Où l’on retrouve le serpent de mer  des « déserts médicaux ». Où l’on confirme, aussi, qu’il est de plus en plus difficile, pour une femme, de consulter un gynécologue-obstétricien ; et que quand la chose est possible c’est très souvent à des tarifs incompatibles avec les prix conventionnés. Où l’on découvre, en somme, l’une des réalités médicales de la France d’aujourd’hui – celle qui conduit immanquablement aux engorgements observés dans l’étranglement des services d’urgence hospitaliers.

« Rendez-vous difficiles, voire impossibles, à obtenir dans un délai raisonnable, dépassements d’honoraires parfois prohibitifs : les Français ne sont pas égaux dans l’accès aux pédiatres, psychiatres, ophtalmologues ou gynécologues, écrit Le Monde. Pour ces deux dernières spécialités, l’offre disponible dans les grands pôles urbains est de sept à neuf fois supérieure à celle des communes isolées, relevait en 2016 une étude du ministère de la santé. »

Le pouvoir exécutif connaît ces chiffres. Et bien d’autres, ignorés des journalistes. Il les connaît et n’en peut mais. Et le quotidien de citer l’UFC-Que choisir qui a calculé la réduction « du nombre de gynécologues accessibles à moins de quarante-cinq minutes de route ». Tout laisse penser que cette situation va continuer de s’aggraver dans les années à venir, la pénurie affectant les effectifs des pédiatres, des ophtalmologues, des gynécologues et des psychiatres. Une pénurie compliquée de ce corollaire capitalistique : dans l’ombre de la pénurie, l’augmentation des dépassements d’honoraires…

Buzyn et Macron, premiers de cordées

« Il faut se rendre à l’évidence et parler d’un échec français en matière de régulation des médecins libéraux » assure Le Monde, citant les observations-accusations de la Cour des comptes et du Conseil économique, social et environnemental. Echec patent de l’exécutif jacobin à corriger les inégalités de répartition territoriale ; échec massif des aides financières à l’installation des médecins dans des déserts.

Deux pistes sont connues. La première est l’introduction d’un « conventionnement sélectif » visant à lutter contre la désertification. Solution rejetée par l’Ordre qui y voit une atteinte à la liberté d’installation des médecins. La seconde est l’instauration de nouvelles règles contraignantes de plafonnement des dépassements d’honoraires autorisés, entraînant en cas de non-respect l’exclusion du conventionnement du professionnel de santé.

« Ces pistes pourraient au moins être étudiées et débattues, avance Le Monde. Mais l’on sait que de telles solutions sont farouchement combattues par les syndicats de médecins. Et l’on n’ignore pas que les gouvernements, de gauche comme de droite, les ont toujours rejetées, comme tétanisés à l’idée d’engager un conflit avec les médecins sur le terrain explosif des dépassements d’honoraires abusifs. Faute de quoi la fracture sanitaire, décalque des fractures sociales et territoriales françaises, se creuse de façon toujours plus inquiétante. »

Ce constat était celui du monde qui précédait. Il ne sera pas inintéressant d’observer comment, sur ces sentiers escarpés, avanceront demain la ministre Agnès  Buzyn et le président Emmanuel Macron. Premiers de bienveillantes cordées.

A demain