Vaccins «mortels» : l’affaire s’envenime entre le Pr Montagnier et l’Académie de médecine

 

Bonjour

Ainsi donc les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets. On se souvient que Luc Montagnier, prix Nobel de médecine vient de prendre publiquement la parole pour s’opposer à l’extension de l’obligation vaccinale gouvernementale. Une polémique directement politique. On se souvient aussi que le Pr Marc Gentilini était monté en ligne pour dénoncer l’attitude du Pr Montagnier. Nous avons résumé l’affaire sur Slate.fr 1.

 Aujourd’hui l’Académie nationale de médecine vient, officiellement, de réagir. Officiellement et on ne peut plus mollement :

« L’Académie nationale de médecine et l’Académie nationale de pharmacie se sont engagées depuis de nombreuses années en faveur des vaccinations, pratiques contestées par certains courants d’opinion, mais dont l’efficacité et la sécurité ont été scientifiquement établies.

Au moment où les pouvoirs publics ont pris une décision nécessaire et courageuse pour renforcer la couverture vaccinale en France, les professeurs Luc Montagnier et Henri Joyeux sont intervenus lors d’une conférence de presse le 7 novembre dernier. Les propos qu’ils ont tenus, qui ne manqueront pas d’introduire le trouble chez les parents de jeunes enfants, ne sont pas fondés et doivent être démentis.

Les Académies nationales de médecine et de pharmacie soulignent la nature émotionnelle des faits rapportés et s’élèvent avec force contre les propos tenus qui ne reposent sur aucune base scientifique. »

Autisme, Lyme, Papaye

Cette eau tiède tranche avec la virulente déclaration d’une trentaine de membres de l’Académie 2 qui dénoncent les « dérives » de l’un des leurs :

« Nous ne pouvons pas accepter d’un académicien qu’il se donne en spectacle pour jeter le trouble dans l’esprit des gens en incitant parents et médecins à « entrer en résistance » contre les vaccins au mépris de l’éthique, de la science et de la santé.

« Luc Montagnier, Prix Nobel pour sa découverte du VIH, aurait dû rehausser le prestige de l’Académie de médecine où il a été élu en 1989. Le 21 mars 2012, déjà, l’Académie a dû le désavouer pour son discours anti-vaccin … La même année, une quarantaine de Nobel signaient une pétition pour l’empêcher d’être nommé à la tête d’un laboratoire de recherches sur les vaccins au Cameroun, alors qu’il contestait « sans aucun début de preuves scientifiques » leur intérêt, accusant même le vaccin ROR  (rougeole, oreillons,rubéole) d’être à l’origine de l’autisme !

 «  Le Nobel ne saurait servir d’alibi pour diffuser impunément des messages portant atteinte à la santé. Luc Montagnier accumule les impostures scientifiques et médicales à force de se prononcer dans des domaines où il n’est pas compétent : l’extrait de Papaye fermentée fourni au Pape Jean-Paul II contre la maladie de Parkinson, le test diagnostique de la maladie de Lyme supposé détecter la bactérie dans le sang à partir des ondes électromagnétiques,de prétendues preuves de la réalité de la mémoire de l’eau sans la moindre publication, la médecine bafouée, les patients mystifiés et nos concitoyens abusés. Qu’attendent les pouvoirs publics et les institutions de santé pour dénoncer ces dérives ? Scientifiques, médecins, professionnels de santé, patients, citoyens : il est urgent d’agir ! »

 Bureaucrates à la retraite

Contacté par La Croix au lendemain de sa sortie théâtrale le prix Nobel indiquait ne rien retirer de ses propos. « J’ai un dossier très complet sur les liens entre vaccination et mort subite du nourrisson. Certains enfants décèdent 24 heures après avoir été vaccinés. On a quand même le droit de s’interroger sur cette corrélation temporelle. C’est juste du bon sens » déclarait-il.

À nouveau interrogé par La Croix (Pierre Bienvault) mardi 14 novembre, à propos de la tribune, des académiciens Il a annoncé son intention de publier prochainement un droit de réponse. « J’ai l’habitude des attaques de ces académiciens qui sont des bureaucrates à la retraite, fermés à toute innovation. J’ai les preuves scientifiques de ce que j’affirme », indique-t-il.

Pour l’heure, ni le ministère de la santé, ni l’Institut Pasteur n’ont réagi publiquement aux déclarations du Pr Montagnier. Un silence gêné qui ne saurait, raisonnablement durer.

A demain

1 « Les mauvais arguments d’un Nobel de médecine devenu anti-vaccin » Slate.fr 10 novembre 2017

2  Liste des signataires : BACH Jean-François, BREART Gérard, BRICAIRE François, BRONNER Gérald , BUISSON Yves, CLARIS Olivier, CHRISTMANN Daniel, CREPIN Gilles, DANIS Marti , DEBRE Patrice, DEGOS Laurent, DENIS François, FISCHER Alain, GIRARD Marc, HASCOËT Jean-Marie , HURIET Claude, JAFFIOL Claude, KEROUEDAN Dominique, LASFARGUES Géraud, MANDELBROT Laurent, MILLIEZ Jacques, RICHARD-LENOBLE Dominique, SALLE Bernard, SANCHO-GARNIER Hélène, SANSONETTI Philippe, VERT Paul, VILLET Richard

Trompe-l’oeil : onze vaccins sont obligatoires mais l’obligation vaccinale est supprimée.

Bonjour

C’est fait :  les modalités de l’extension de la vaccination obligatoire des enfants de moins de 18 mois viennent d’être présentées en conseil des ministres dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2018. Reste l’examen du texte par l’Assemblée nationale. On imagine mal la majorité macroniste faire, ici, marche arrière.

On en connaît l’essentiel : tous les enfants qui naîtront après le 1er janvier 2018 devront recevoir, avant d’avoir atteint l’âge de 18 mois, onze vaccins pédiatriques : antidiphtérique, antitétanique, antipoliomyélitique (déjà obligatoires), et les vaccins jusqu’à présent recommandés, contre la coqueluche, les infections invasives à Haemophilus influenzae de type B, l’hépatite virale B, les infections invasives à pneumonocoque, la méningocoque de sérogroupe C, la rougeole, les oreillons, la rubéole. Tous les vaccins obligatoires seront pris en charge à 65 % par l’assurance-maladie – à l’exception du ROR, remboursé à 100 %. Gratuité dans les centres publics de vaccination et les PMI. Surcoût pour l’assurance-maladie : 12 millions d’euros.

Avoir confiance

Obligation, donc. Officiellement aucune exemption n’est prévue, la clause évoquée fin 2016 à l’issue de la Concertation citoyenne ne résistant pas, selon le gouvernement, à l’analyse juridique. Reste l’argument qui avait été avancé par le Pr Alain Fischer et le Comité d’orientation de cette concertation citoyenne : comment pouvoir être certain de l’acceptabilité d’une mesure qui, sur un sujet à ce point sensible, consisterait à étendre le statut obligatoire à de nouveaux vaccins sans aucune possibilité de s’y soustraire. Réponse, difficilement compréhensible de la ministre Agnès Buzyn :  « L’objectif n’est pas de sanctionner, mais de rendre la confiance dans les vaccins ».

Comment se sortir d’un tel casse-tête ? Comment prévenir les immanquables conflits médiatisés autour des enfants qui, parce que non vaccinés, resteraient à la porte des crèches et des maternelles ? Il suffisait d’un peu d’imagination. « La justification de la vaccination des enfants nés en 2018 devra être fournie à partir du 1er juin 2018 pour toute admission ou maintien en collectivité, résume Le Quotidien du Médecin (Coline Garré). En contrepoint de ce principe d’exigibilité, aucune sanction supplémentaire n’est introduite ; les sanctions du code de santé publique relatives au non-respect de l’obligation vaccinale sont même supprimées, car redondantes avec l’infraction générale prévue dans le Code pénal : jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende pour les titulaires de l’autorité parentale qui ne protègent pas leur enfant.

Contraindre sans punir ?

« Ce n’était juridiquement pas tenable » a expliqué Agnès Buzyn, fin septembre, sur RMC-BFMTV. La ministre des Solidarités et de la Santé a aussi ajouté : « Il n’y aura pas de sanction pénale. Par contre il existe une mesure générale concernant la protection des enfants. C’est la loi : les parents sont censés protéger leurs enfants. Pénalement, légalement, un enfant pourra se retourner un jour contre ses parents parce qu’il a un handicap, parce qu’il n’a pas été vacciné, amputé par exemple à la suite d’une septicémie à pneumocoque. Et là les parents pourront être condamnés à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. »

Attendre, pour l’exemple, que des enfants amputés se retournent contre leurs parents inconséquents ? Que penser de cette trouvaille de l’exécutif ? N’est-ce pas là une obligation en trompe l’œil dont se joueront tous les parents opposés à la vaccination dans son ensemble ou à quelques vaccins tenus pour être « dangereux » ? Où l’on revient à l’équation de départ : comment contraindre sans punir ? Sans prévoir de solides sanctions dissuasives ?

« Ces obligations pourront être levées lorsque les couvertures vaccinales appropriées seront atteintes et que la levée de l’obligation ne risquera pas d’entraîner une baisse des vaccinations », peut-on lire dans l’exposé du projet de loi. Prudent le gouvernement ne fait, ici, aucune prophétie.

A demain

 

Enfants non vaccinés: que fera la police contre ceux qui passent entre les mailles du filet ?

Bonjour

L’Ordre des médecins, dans son infinie sagesse, a parlé : il se félicite de l’extension prochaine de l’obligation vaccinale à onze vaccins à titre temporaire ; il salue les récentes déclarations de la ministre des Solidarités et de la Santé, qui sont venues confirmer l’extension à onze vaccins de l’obligation vaccinale à partir du 1er janvier 2018 ; il a régulièrement rappelé l’importance d’avoir une gouvernance claire de la part des pouvoirs publics pour faire face au défi qu’est la défiance vis-à-vis de la vaccination.

Mieux encore : l’Ordre est pleinement satisfait de l’introduction d’une « clause d’exigibilité », selon laquelle un enfant non vacciné ne saurait entrer en collectivité. Il s’agit d’une demande exprimée dès janvier 2015 par l’Ordre des médecins et l’Académie de médecine, dans une déclaration commune. Plus radicalement l’Ordre accueille également favorablement la décision de refuser le principe d’une clause d’exemption face à l’obligation vaccinale. Rappelons que l’Ordre s’était publiquement opposé au principe même de « clause d’exemption » évoqué au terme d’une consultation nationale citoyenne.

Voilà pour les satisfactions ordinales. Elles ne sauraient masquer bien longtemps quelques questions déontologiques et pratiques que nul, en haut lieu, n’ignore mais que nul ne veut publiquement évoquer. A commencer par la réalité cachée des certificats vaccinaux de complaisance. Une version moderne et médicalisée de la désobéissance. Les recettes sont connues. « Il faut aller voir un homéopathe, lui demander des faux certificats de contre-indication, il n’y a pas d’autre solution ! Mais il faut tenir sa langue… 

Iceberg antivaccinal

On se souvient, en France, qu’en 2016 l’Ordre a radié à vie le Dr Philippe Bry , 52 ans, pédiatre homéopathe, exerçant depuis 28 ans dans la commune de Fondettes (Indre-et-Loire). Il était  fortement suspecté d’avoir produit un faux certificat de vaccination pour un jeune garçon de huit ans ultérieurement victime du tétanos. Cet invraisemblable cas tétanique ligérien avait eu un certain écho national. Il avait permis d’entrevoir la pratique médicale qui consiste certifier avoir vacciné alors qu’on ne l’a pas fait. Marisol Touraine, alors ministre de la Santé avait fermé les yeux sur cette pointe à peine émergée de l’iceberg antivaccinal. Qu’en sera-t-il avec Agnès Buzyn dont la politique d’obligation vaccinale ne peut que réactiver le sujet ?

 « ‘’Il faut aller voir un homéopathe, lui demander des faux certificats de contre-indication, il n’y a pas d’autre solution ! Mais il faut tenir sa langue’’. Parmi les quelque 300 manifestants venus réclamer la « liberté vaccinale », samedi 9 septembre, sous les fenêtres du ministère de la santé, à Paris, Françoise, une enseignante de 58 ans, expliquait à qui veut l’entendre comment elle a réussi à ne pas faire vacciner ses deux enfants… » rapportait Le Monde au lendemain de l’événement.

Imposer des sérologies aux tout-petits ?

Qui sont-ils, combien sont-ils, ces extrémistes déguisés, à prêcher cette désobéissance condamnable ? L’exécutif semble incapable de répondre. L’Ordre laisse pour sa part entendre que ses chambres disciplinaires ont été davantage saisies de ce sujet depuis deux ans. 

« Sans recourir à des faux, certains parents espèrent qu’en se faisant discrets, ils réussiront à passer entre les mailles de contrôles pas toujours très serrés, rapporte encore Le Monde‘’Lorsqu’à la crèche ou à l’école, on nous demande si nos enfants sont à jour, on dit simplement oui’’ , raconte Delphine, une employée de bureau de 37 ans qui n’a pas vacciné deux de ses trois enfants. En cas de contrôle plus poussé et si une copie du carnet de santé attestant des vaccins est demandée, ‘on donne la copie d’un carnet d’un enfant vacciné’’. ‘’Il y a plein de gens qui bidouillent, mais je ne suis pas pour la falsification des carnets, car ça fausse les chiffres’’poursuit-elle, regrettant que ‘’les règles actuelles obligent à passer par des systèmes hors la loi pour protéger nos enfants’’. »

 Et demain ? Que fera la police contre les parents qui passent entre les mailles du filet ? Saisir et faire analyser les certificats de contre-indications qui se multiplieront ? Imposer des sérologies à l’entrée des tout-petits en collectivité ?

A demain

 

 

Prévenir la mort subite du nourrisson augmente-il le nombre des «bébés à tête plate» ?

Bonjour

Qui trop prévient mal étreint ? C’est une polémique peu banale et un vrai dilemme de santé publique posé à la Haute Autorité de Santé (HAS). L’affaire est parfaitement résumée sur le site Medscape France (Dr Isabelle Catala).  Une association de patients – le Lien – a saisi la HAS quant au risque de plagiocéphalie (ou « bébés à tête plate ») en rapport  avec la couchage des enfants sur le dos tandis que des pédiatres des centre de référence de la mort inattendue du nourrisson (Ancrenim) redoutent que l’abandon du couchage sur le dos augmente le risque de survenue de mort inattendue.

Pour Le Lien trois mille enfants de plus de deux ans et demi sont atteints de cranioplagie en France, avec des conséquences parfois graves. Pour cette association la plagiocéphalie est liée à la diffusion de masse des recommandations de couchage sur le dos des enfants depuis les années 1990 précise Medscape. Elle parle de « troubles de diverses gravités, avec parfois des dégâts importants du développement psychique, cérébral ou physique du nourrisson. Ces troubles peu récupérables passé l’âge de deux ans et demi, entraînent chez certains enfants, un coefficient de développement abaissé associé à des problèmes biomécaniques, physiologiques, esthétiques et psychologiques.

Experts auto-proclamés

Pour leur part les pédiatres de l’association Ancrecim (Association des centres référents sur la mort inattendue du nourrisson) craignent que l’agitation autour des « bébés à tête plate » incite les parents à ne plus respecter la règle du couchage sur le dos qui évite chaque année des morts subites. Une crainte relayée par l’association « Naître et vivre » qui parle de« grave désinformation médiatique »:

« Parler de la plagiocéphalie n’autorise pas à anéantir 25 ans de prévention de la mort inattendue du nourrisson ! il faut continuer de coucher les bébés sur le dos, c’est vital… ! La préoccupation  de parents et de médecins concernant l’aplatissement du crâne de certains bébés, est bien sûr légitime. Cet inconvénient survient lorsque les bébés sont en permanence positionnés sur le dos, sans pouvoir bouger, et peut provoquer une déformation inesthétique. Cela n’est en rien incompatible avec les précautions de couchage diffusées depuis 25 ans et qui ont permis, en France comme partout dans le monde de réduire de 75% le nombre de morts inattendues du nourrisson. Elles ont été établies à partir de multiples études scientifiques, épidémiologiques et physiopathologiques publiées depuis 30 ans.

Rappelons l’efficacité de cette prévention à tous ceux qui n’en mesureraient pas immédiatement l’enjeu : on déplore encore en France chaque année 100 à 150 morts d’enfants qui auraient été évitables si les conseils de base avaient été respectés. Ainsi que les professionnels cités (« experts » auto-proclamés du sujet) qui semblent surtout avides d’assurer la   notoriété de leurs activités et de promouvoir leurs liens commerciaux, internet ou publicitaires, avec tout le mépris qu’ils expriment pour leurs « scarabées » de clients…. mais néanmoins pourvus de parents suffisamment aisés…  En fait, dans l’immense majorité des cas, le crâne des bébés concernés se remodèle spontanément avec la croissance et le développement de l’enfant. »

Couchage dorsal strict

Pour les pédiatres de l’Ancremin les recommandations internationales de couchage dorsal strict dans un environnement sécurisé de literie sont de mise « tant que le nourrisson d’arrive pas à se retourner sans aide ». « Le couchage sur le côté augmente singulièrement le risque de mort inattendue par basculement puis étouffement, tout comme les coussins ou cales-bébés, ajoutent-ils. Les plagiocéphalies sont avant tout dues au fait que le bébé soit empêché de varier ses postures et ne soit pas libre de sa motricité. »

Les experts de la HAS prendront sans doute connaissance du livre « Mon bébé n’aura pas la tête plate » des Drs Bernadette de Gasquet et Thierry Marck, ouvrage recommandé par Le Lien. Ainsi que des travaux du Pr Guillaume Captier, chef du service de chirurgie orthopédique et plastique pédiatrique du CHU de Montpellier. Ce dernier estime notamment qu’« en cas de déformation du crâne, ce n’est donc surtout pas le couchage sur le dos qui doit être remis en question, mais bien la mobilité cervicale de l’enfant ». On attend la synthèse et les conclusions de ces experts. Mettront-elles un terme à la polémique ?

A demain