Mediator : les Laboratoires Servier ne pouvaient pas « s’exonérer de leur responsabilité »

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Le temps judiciaire se couvre pour le fabricant du Mediator-benfluorex : après l’annonce de son renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris (procès annoncé pour 2019) voici une décision majeure de la Cour de cassation. Selon un arrêt consulté vendredi 23 septembre par l’AFP, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire vient, pour la première fois, de valider la responsabilité civile des Laboratoires Servier pour avoir maintenu la commercialisation d’un médicament qui « présentait un défaut » (faute d’information sur ses risques).

Les choses sont claires. Pour les magistrats de la plus haute juridiction de la Cour de cassation les Laboratoires Servier ne pouvaient « invoquer un risque de développement pour s’exonérer de leur responsabilité » au titre du caractère défectueux du médicament. Dans sa décision, la Cour estime que « l’état des connaissances scientifiques ne permettait pas d’ignorer les risques d’HTAP (hypertension artérielle pulmonaire) et de valvulopathies induits par le benfluorex » entre 2006 et 2009,

Informer les patients et les professionnels de santé

« Au regard des données scientifiques de l’époque et du rapport bénéfice-risque qui en était attendu, ce médicament n’offrait pas la sécurité à laquelle elle pouvait légitimement s’attendre, compte tenu notamment de l’absence d’information figurant sur la notice, souligne la Cour. Dans la mesure où elle était sérieusement documentée, la seule suspicion de ces risques obligeait le laboratoire producteur à en informer les patients et les professionnels de santé. » Et les magistrats d’observer que jusqu’en 2009, date du retrait (plus que) tardif du Mediator, les informations sur les effets indésirables ne faisaient pas mention des risques d’apparition d’une HTAP et d’une valvulopathie.

MMartine Verdier, avocate de la malade concernée s’est félicitée de cet « arrêt de principe qui confirme la défectuosité du Mediator et scelle définitivement la responsabilité de Servier ». En rejetant le pourvoi des laboratoires, la Cour de cassation confirme la condamnation de Servier à indemniser cette femme à hauteur de 7 650 euros (elle en demandait plus de 40 000) décidée en première instance à Nanterre en octobre 2015, puis en appel à Versailles en avril 2016.

Servier principal responsable et seul coupable ? La justice pénale a décidé le renvoi devant le tribunal correctionnel des Laboratoires Servier et de l’Agence nationale de sécurité du médicament. Au total, onze personnes morales et quatorze personnes physiques seront jugées.

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« Pilules de 3ème et 4ème générations » : quatre ans après l’affaire est classée par le parquet

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« Alerte sur la pilule ». Le 14 décembre 2012, la Une du Monde lançait l’affaire : l’histoire de Marion Larat, jeune étudiante promise à victime d’un AVC massif imputé à la prise d’une pilule contraceptive :

« C’ est une première en France que cette plainte au pénal contre une pilule contraceptive. Une jeune femme lourdement handicapée, Marion Larat, accuse la pilule de troisième génération Meliane, fabriquée par le géant pharmaceutique allemand Bayer, d’avoir provoqué son accident vasculaire cérébral. Vendredi 14 décembre, elle devait déposer plainte pour « atteinte involontaire à l’intégrité de la personne humaine » contre le directeur général de Bayer Santé, auprès du procureur de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Plainte qui vise également le directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui n’a pas demandé le retrait de cette pilule du marché, « en violation manifestement délibérée du principe de précaution ». »

C’est là le début d’une crise qui durera des mois et qui, une nouvelle fois, mettra en évidence les failles majeures du système français de pharmacovigilance, les liens parfois malsains existant entre fabricants et prescripteurs. De nouvelles plaintes en justice sont déposées et médiatisées tandis qu’une sous-polémique ciblait la pilule Diane® 35 et ses génériques. Une nouvelle fois l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) se révèlera incapable de gérer cette crise en la dépassionnant ; il en ira de même de Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, s’emparant du dossier.

Enquête classée sans suite

19 septembre 2017. Le Monde, toujours lui (Emeline Cazi) : « Pilules de troisième et quatrième générations : quatre ans après les plaintes, l’enquête classée sans suite ». Où l’on apprend, finalement, que même s’il est très fortement suspecté, il n’existe « pas de lien de causalité certain » entre la prise de ces traitements hormonaux et les séquelles – embolie pulmonaire, accident vasculaire cérébral – qui peuvent leur être attribuées. C’est cette distinction scientifique fondamentale entre la corrélation et la causalité que les vice-procureurs du pôle de santé publique ont expliqué aux plaignantes dans un courrier du 16 juin, dont Le Monde a pris connaissance.

Comme en décembre 2012 l’annonce du quotidien coïncide avec un dépôt de plainte : l’avocat des plaignantes, Me Jean-Christophe Coubris, déposera ce 19 septembre une plainte avec constitution de partie civile pour qu’un juge d’instruction poursuive les investigations. Il vise les fabricants des pilules concernées et l’Agence nationale du médicament (ANSM) pour « atteinte involontaire à l’intégrité de la personne humaine ». « De manière à ne pas alourdir le dossier, seules trois jeunes femmes mènent pour le moment cette action, mais en fonction de l’évolution de l’enquête, d’autres pourraient les rejoindre » prend soin de préciser le quotidien.

Huit fabricants dédouanés

Le Monde nous apprend aussi que l’enquête menée par les gendarmes de l’ Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP) spécialistes en santé et en environnement, aura porté sur vingt-neuf pilules de troisième et quatrième générations – celles que prenaient les 130 plaignantes – et les huit laboratoires pharmaceutiques (Bayer, Biogaran, Effik, Fabren, Mylan, Pfizer, Schering Plough, Teva) qui les commercialisaient. Les pharmaciens responsables des firmes ont été entendus de même les autorités sanitaires également.

« Il est scientifiquement établi depuis de nombreuses années qu’il existe, à l’échelle collective, un risque global de développer une pathologie thrombo-embolique en cas de prise de pilule oestroprogestative », reconnaissent les magistrats du pôle santé. Mais le pénal impose une autre logique : comment prouver que ces accidents ne seraient pas survenus si ces femmes n’avaient pas pris ces spécialités pharmaceutiques ? Et Le Monde d’ajouter que le parquet dédouane aussi les huit laboratoires pharmaceutiques : si la réglementation les obligeait bien à mentionner le risque thrombo-embolique (qui figurait bien sur les notices) elle ne leur imposait d’évoquer l’existence d’un « sur-risque » par rapport à la prise des pilules des générations précédentes.

Au final, quatre ans après, on sait que cette crise aura eu pour effet global positif de modifier notablement et durablement les pratiques contraceptives dans le sens d’une moindre prise de risque.

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Levothyrox : Marisol Touraine sera-t-elle inquiétée dans le volet judiciaire de l’affaire ?

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Après le sanitaire, le judiciaire : une enquête préliminaire a été ouverte vendredi 15  septembre, dans l’affaire du Levothyrox. C’est la conséquence  des plaintes récemment déposées par plusieurs dizaines de personnes qui estiment être les victimes d’effets indésirables dus à la modification des excipients de ce médicament. Les avocats spécialisés laissent entendre que ces plaignants pourraient n’être que les premiers d’une longue liste. On sait, aujourd’hui de source officielle, que neuf mille signalements ont été effectués.

L’enquête, ici, a été confiée au pôle de santé publique de Marseille. On connaît déjà les premières questions : elles porteront sur les véritables raisons qui ont pu conduire les autorités françaises en charge du médicament à demander à Merck-Serono de modifier les équilibres et la composition de sa spécialité ; puis sur la qualité de la méthodologie retenue pour évaluer la bioéquivalence des deux présentations ; enfin sur le niveau et la qualité des informations qui ont été, ici, délivrées aux médecins, aux pharmaciens et aux malades.

Tromperie et mise en danger

Tenu hier encore pour un dossier d’une importance mineure par les autorités sanitaires le dossier prend une nouvelle dimension avec le libellé des plaintes déposées : elles visent notamment les infractions de « non-assistance à personne en danger », « mise en danger de la vie d’autrui », « atteinte à l’intégrité de la personne » et « tromperie sur les qualités substantielles du médicament aggravée par une atteinte à la santé ». Où l’on en viendra immanquablement à rechercher les responsabilités de Marisol Touraine, la ministre de la Santé au moment des faits – et celles du directeur de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

On observera aussi que cette nouvelle dimension judiciaire survient après qu’Agnès Buzyn, ministre de la Santé vient de reconnaître l’existence d’une crise « liée à un problème d’information ». C’est bien là l’une des nouveautés de l’affaire du Levothyrox : la mise en cause de l’absence d’information et de transparence pour tout ce qui se situe en amont des décisions de l’ANSM.  Pour le Levothyrox ce fut notamment le cas en 2013 lors de menaces récurrentes concernant des ruptures de stocks.

Accroissement de la demande mondiale

Ces difficultés, concédait-on alors, sont « liées à une capacité insuffisante de conditionnement du médicament ». Le Laboratoire Merck Serono (dirigé en France par Pierre-Henry Longeray) avait « engagé les actions nécessaires pour y remédier ». « Depuis le mois de juin 2013, l’approvisionnement de cette spécialité pharmaceutique est difficile en France du fait d’un accroissement de la demande mondiale, et de l’arrêt de la production d’autres médicaments à base de lévothyroxine par d’autres fabricants dans le monde ». Pourquoi ces « arrêts de production » ? Pourquoi cet « accroissement » de la demande mondiale ? Secret industriel.

« Merck Serono a entrepris depuis plusieurs mois d’augmenter ses capacités de  production de Lévothyrox sur son site de production principal en Allemagne qui  fonctionne désormais en permanence 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Au niveau mondial, un site de production alternatif est en cours d’homologation et nous travaillons par ailleurs avec des sous-traitants européens afin d’augmenter nos capacités de  conditionnement de Lévothyrox, expliquait alors Pierre-Henry Longeray. Nous espérons  voir les résultats de ces initiatives ainsi qu’une levée des mesures de contingence en  France avant la fin de l’année. »

Où l’on comprenait, déjà, que beaucoup restait dans le champ du non-dit. Pourquoi ?

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Levothyrox à volonté : pourquoi ce virage à 180 degrés de Mme Buzyn, ministre de la Santé ?

 

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Dans l’histoire des polémiques médicamenteuses c’est du jamais vu. Ou presque. Même habillée avec les mots des communicants, l’annonce ministérielle d’Agnès Buzyn (ce matin sur France Inter)  sonne comme une forme de capitulation face à des revendications qui n’en apparaissent que plus légitimes. Ainsi donc, pour résumer, d’ici 15 jours, des « stocks européens » de l’ancienne formulation du laboratoire Merck-Serono seront mis à disposition « sur prescription médicale » – et ce « pour les patients présentant des effets indésirables persistants ».  Toutefois, à terme, cette formulation du Lévothyrox-lactose ne sera plus disponible et « cette solution est donc temporaire ».

Parallèlement, « de nouvelles spécialités de lévothyroxine arriveront d’ici quatre semaines sur le marché français ». Aucune indication précise n’est donnée. « Cela permet de répondre aux besoins des patients présentant des effets indésirables persistants en lien avec la nouvelle formulation du Levothyrox » souligne Mme Buzyn qui n’avait, jusqu’ici, jamais évoqué cette nécessité.

Une forme de désaveu de l’ANSM

Bouleversements, donc, mais en même temps la ministre « tient à rappeler la qualité de la nouvelle formule de Levothyrox qui convient à la très grande majorité des patients ». On ajoutera ce qui ne manquera pas d’apparaître comme une forme de désaveu de la politique menée jusqu’ici dans ce dossier par la direction de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM).

Cette dernière devra « recevoir les associations de patients et les professionnels de santé » et mettre à leur disposition les informations qu’elle s’était refusée à communiquer : les études de bioéquivalence ; le rapport de l’ANSM sur ces études de bioéquivalence ; l’abstract d’une publication scientifique du Current medical research and opinion qui traite des deux études de bioéquivalence ; les analyses confirmant la qualité de la nouvelle formulation de Levothyrox ; les données disponibles sur les excipients ainsi qu’une liste présentant leur large utilisation dans des médicaments courants. Une demande aussitôt traduite dans les faits.

La polémique soulevée par le Dr Dupagne

Comment comprendre ? Décision politique ? Irritation élyséenne ? Premières ombres judiciaires ? Enrayer coûte que coûte les ravages de l’effet nocebo 1 ? « La ministre souhaite sans doute désamorcer la polémique soulevée, notamment sur les réseaux sociaux, par le Dr Dominique Dupagne à propos de l’étude de bioéquivalence réalisée par le laboratoire » estime Le Quotidien du Médecin. Désamorcer la polémique ? Dans un communiqué  le laboratoire Merck réaffirme que « les modifications apportées n’ont aucune incidence sur l’efficacité ou le profil d’innocuité de la nouvelle formule du Levothyrox et l’ingrédient actif (lévothyroxine sodique) demeure identique ».

Le laboratoire précise par ailleurs que l’ancienne formule « sera disponible uniquement sur prescription médicale, pour les patients présentant des critères précis quant à leur état de santé et leur réponse à la formule de lévothyroxine sodique actuellement disponible ». Quant au délai de mise à disposition, le laboratoire est nettement moins précis : « Dès que possible, sous la marque Euthyrox, après réception d’une licence d’importation par l’ANSM ». La France, où trois millions de personnes sont concernées, sera-t-elle un jour auto-suffisante pour cette spécialité ?

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1 Sur ce thème : « Effet nocebo et défaut d’information: la dérangeante affaire du nouveau Levothyrox » Slate.fr

Levothyrox : le remède de la ministre de la Santé pour en finir avec les effets indésirables

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Changement de méthode : la ministre de la Santé parle, l’Agence du médicament se tait. Ce lundi matin 11 septembre Agnès Buzyn était sur RTL. Eléments de langage et réponse politique aux attaques « politiciennes » sur la réponse gouvernementale à la catastrophe de l’ouragan Irma sur les Antilles. Et nouvelles réponses sur l’affaire, toujours montante, du Levothyrox. Une ministre accusée de ne pas prendre en compte les plaintes et les souffrances des personnes qui estiment être victimes d’effets secondaires toujours indésirables, parfois handicapants crampes, maux de tête, vertiges, perte de cheveux etc.).

La ministre répond que malgré la crise de l’ouragan antillais elle a reçu « toutes les associations et Anny Duperey ». Elle précise que contrairement à ce que pourrait laisser croire la pétition qui lui est adressée (250 000 signatures) ses services n’ont connaissance (« remontant du terrain ») que de 9 000 signalements d’effets indésirables. Un chiffre a rapporter aux trois millions de personnes qui ont été concernées par la modification des excipients de ce médicament.

Ni fraude, ni complot, ni erreur

 « Il n’y a pas de fraude, il n’y a pas de complot, il n’y a pas d’erreur, il y a eu un problème d’information des malades, les patients ont été surpris par une formulation qui avait changé et qui, pour certains, donnait des effets secondaires, reconnaît Agnès Buzyn. Beaucoup de ses effets secondaires sont liés à des difficultés à redoser correctement le Levothyrox, mais ils s’estompent quand on arrive à bien doser le traitement. »

Tout (ou presque) ne serait donc qu’une affaire d’information et de dosage. En savoir plus quant à l’ampleur réelle du phénomène ? On reste ici dans l’entre-soi. Les derniers chiffres de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) évaluaient à 5 000 le nombre de des déclarations de ces effets indésirables. Cette Agence n’en dira pas plus avant les conclusions de l’enquête de pharmacovigilance qui seront publiées en octobre. Et rien n’est dit quant à la cause première de ce mystérieux « problème d’information des malades » qui ne serait pas une « erreur ».

Pour l’heure des patients de l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) ont annoncé leur intention de porter plainte contre laboratoire Merck Serono et contre les autorités sanitaires. Un jour viendra peut-être où, comme dans l’affaire de l’ouragan Irma, des voix s’élèveront pour demander une commission d’enquête parlementaire.
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Levothyrox : l’Agence du médicament confrontée à l’emballement d’une étrange affaire  

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Comment comprendre ? Tout a commencé en mars dernier lorsque le géant pharmaceutique américain Merck a commencé à modifier la formule de son célébrissime Levothyrox (trois millions de consommateurs en France). Et ce « afin de garantir une stabilité plus importante de la teneur en substance active (lévothyroxine) tout le long de la durée de conservation du médicament ».

« La substance active reste identique, assurait alors l’Agence nationale du médicament (ANSM). Cette nouvelle formule sera mise à disposition dans les pharmacies à compter de la fin du mois de mars 2017.Ces modifications ne changent ni l’efficacité ni le profil de tolérance du médicament. Aucun changement lié à la modification de formule n’est attendu pour les patients. Toutefois, la lévothyroxine étant une hormone thyroïdienne de synthèse à marge thérapeutique étroite, l’équilibre thyroïdien du patient peut être sensible à de très faibles variations de dose. »

Six mois plus tard, affolement dans les médias. « On est face à une crise majeure », a déclaré Chantal L’Hoir, fondatrice de l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT), mercredi 23 août sur France info. Certains vont jusqu’à décrire « un enfer » depuis plusieurs mois : vertiges, pertes de mémoire, crampes…

Calmer la polémique

Et plus de 80 000 personnes ont signé une pétition pour alerter sur les effets de la nouvelle formule. L’AFMT a saisi l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour qu’elle fasse « cesser, sans attendre, l’utilisation de la nouvelle formule du Levothyrox », a expliqué Nell Gaudry, coprésidente de l’association, dans une interview au Parisien. Jusqu’au sénateur (LR, Haute-Savoie) Jean Claude Carle qui  a interrogé la ministre de la santé à ce sujet.

Comment comprendre ? Généralement médecins, pharmaciens et autorités sanitaires se veulent rassurants. « Il peut y avoir des effets sur certains patients, mais il faut calmer la polémique car la majorité d’entre eux ne sont que temporaires » explique le Pr Jean-Christophe Lifante, spécialiste d’endocrinologie à l’hôpital Lyon-Sud, dans Le Parisien.

L’ANSM assure de son côté  que seuls les excipients ont été modifiés. Mais elle souligne toutefois que « l’équilibre thyroïdien [des] patient[s] peut être sensible à de très faibles variations de dose ». Quant au ministère de la santé, interrogé par Le Parisienil certifie que « les études de pharmacovigilance […] ne permettent pas, en l’état actuel des choses, de remettre en cause la nouvelle formule du Levothyrox, à bien des égards meilleure que l’ancienne ».

Or c’est là un argument largement insuffisant aux yeux des plaignants. « C’est lamentable », commente Chantal L’Hoir sur France info. Au-delà des conséquences sur leur santé, les patients dénoncent l’absence de communication des autorités sanitaires et du géant Merck. Et face au nombre croissant de signalements, l’ANSM vient de mettre en place un numéro vert « concernant le changement de formule et de couleur des boîtes de Levothyrox ». Peut-être eût-il été judicieux de commencer par s’occuper de la communication avec celles et ceux qui, aujourd’hui, sont inquiets et entendent le faire savoir. Où l’on voit aujourd’hui, après la dernière affaire du baclofène, une ANSM souvent en difficulté 1 confrontée à un nouvel abcès.

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1 Le Quotidien du Médecin nous apprend que Dominique Martin, directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), a été reconduit dans ses fonctions par décret du président de la République le 7 août. Spécialiste de psychiatrie, Dominique Martin a notamment été directeur des programmes à Médecins sans frontières (MSF) et conseiller social auprès du préfet de Paris. De 2001 à 2002, il est nommé conseiller technique au cabinet de Bernard Kouchner, ministre de la Santé. De 2002 à 2011, il est directeur de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), puis, en 2011, il prend la tête de la branche des risques professionnels à la Caisse nationale d’assurance-maladie. Il a été nommé en 2014 à la tête de l’ANSM.

 

 

«Je, soussigné, certifie demander un traitement par le Baclofène pour ma dépendance à l’alcool»

 

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Urgent : dernière conséquence pratique de la décision unilatérale de l’Agence du médicament (ANSM) de plafonner à 80 mg la dose quotidienne pouvant être prescrite chez les personnes souffrant d’une dépendance à l’alcool. L’initiative en revient à quelques médecins et aux responsables des deux principales associations de patients et proches concernés (« Aubes » et « Baclofène ») : proposer une « décharge » protégeant les médecins prescripteurs qui ne respecteraient pas les nouvelles règles. « Nous avons repris une ancienne décharge, datant d’avant la Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU)  pour les médecins les plus frileux et nous y avons ajouté une clause pour protéger le pharmacien également, nous a-t-on expliqué auprès de ‘’Aubes’’. Cela peut sans doute rassurer pour parer à la situation urgente d’aujourd’hui. »

Cela donne le document suivant : « Je, soussigné …. certifie demander personnellement un traitement par le Baclofène pour ma dépendance à l’alcool – Avoir pris l’initiative de solliciter moi-même le Dr …. pour pouvoir bénéficier de ce traitement (…) ».

Combattant (parcours du)

« Même si les prescripteurs continuent de prescrire à hautes doses, ce sont les pharmaciens qui refusent de délivrer plus de 80 mg quotidiens, poursuit-on auprès de l’association.  Et contre cela, nous pouvons difficilement lutter. Ils ont reçu des directives strictes 1. La situation est vraiment plus compliquée qu’avant la RTU. Autrefois nous avions un « kit » pour convaincre les médecins, il va falloir qu’on en fasse un de nouveau, pour les pharmaciens, si l’ANSM ne revient pas sur sa position. Pour le malade, faire plusieurs médecins puis plusieurs pharmaciens pour avoir le traitement, cela devient vraiment le parcours du combattant. »

La situation apparaît assez confuse. Il faut dire qu’elle est sans précédent dans une histoire (celle du baclofène dans l’indication alcoolique) qui était elle-même hors des normes. Résumons. L’ANSM revient brutalement sur des normes qu’elle avait elle-même fixées après avoir mis en lumière des risques qu’elle n’avait pas initialement identifiés. Ces risques sont contestés par une fraction du corps médical spécialisé qui dénonce les conséquences médicales de ce « diktat ». Des « fuites de mails » sont plus ou moins orchestrées. De vieilles passions se réveillent – la nouvelle ministre de la Santé se tait.

Comment s’y retrouver ? On peut prendre connaissance de l’analyse, distante et documentée, du Pr Nicolas Authier (service de pharmacologie médicale, Inserm, CHU de Clermont-Ferrand) : « Baclofène, avec modération … des propos ». Comment, surtout, ne pas ajouter aux incompréhensions et aux violences nées de la décision souveraine de l’ANSM ?

Lenteur (éloge de la)

Au terme de son analyse le Pr Authier préconise la poursuite de « discussions saines et apaisées entre les spécialistes de l’addiction à l’alcool, de l’évaluation du bénéfice/risque et l’ANSM ». Il formule aussi une série de propositions concrètes. Comme, par exemple :

« Préconiser une diminution LENTE de la posologie des patients traités avec plus de 80 mg/jour sans donner de vitesse de décroissance minimale ; ouvrir dans les prochaines semaines une discussion scientifique, transparente, sur les données internationales du baclofène dans l’alcoolodépendance qui permettra de confronter les risques identifiés au réel bénéfice populationnel de ce traitement. »  

« Peut-être faudra-t-il réserver aux structures spécialisées en addictologie (hospitalières et CSAPA) la possibilité de prescrire les posologies les plus élevées, ajoute-t-il. Ces structures ont vocation à prendre en charge les patients avec les troubles les plus sévères et disposent d’une capacité d’accompagnement qui pourrait assurer une surveillance renforcée de ce traitement à posologie élevée. »  Et le Pr Authier de conclure :

« Au-delà du débat sur les posologies, la prise en charge des patients en difficulté avec l’alcool gagnera sûrement à plus de modération, à des échanges plus scientifiques et à une confiance mutuelle restaurée entre les autorités sanitaires et les professionnels de santé. » Une question, d’actualité : assurément nécessaire, la science est-elle suffisante quand il s’agit de restaurer la confiance ?

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1 On lira ici les consignes spécifiques relatives au baclofène du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens : « Baclofène : pas d’interruption ou de réduction brutale de traitement ». Il semble aujourd’hui que tous les pharmaciens d’officine ne sont pas (encore) pleinement informés des recommandations de leur Ordre :

« NOUS ATTIRONS VOTRE ATTENTION SUR LE FAIT qu’en raison du risque de syndrome de sevrage au baclofène, le traitement ne doit pas être interrompu ou réduit brutalement. Par conséquent, pour les patients en cours de traitement recevant actuellement des doses supérieures à 80 mg/j de baclofène, il doit leur être indiqué : de consulter au plus vite leur médecin, afin d’initier une réduction progressive de la posologie, et de ne pas réduire ou arrêter d’eux-mêmes leur traitement. Dans l’attente d’une nouvelle consultation médicale, le traitement doit être dispensé conformément à la prescription présentée par le patient. »