Justice et Dépakine® : victime anonyme, il reçoit 1,326 million d’euros d’indemnisation

Bonjour

Comment être juste quand il s’agit d’indemniser ? L’affaire est rapportée par Le Parisien (Elsa Mari et Florence Méréo) : Un jeune homme de 20 ans, handicapé en raison de la prise de Dépakine® par sa mère durant la grossesse a obtenu 1,3 million d’euros du fonds d’indemnisation des victimes des « accidents médicaux ». La somme a été révélée au quotidien (actuellement très affûté sur les questions de « santé ») par la mère du jeune homme qui vit avec lui. Tous deux « souhaitent conserver l’anonymat ».

Les diverses pathologies de ce jeune homme (« malformation cardiaque, autisme, dépendance ») corrélées à la prise in utero de Dépakine® ont été « reconnus ». Il fait partie, selon Le Parisien, des premières personnes indemnisées par le fonds mis en place par l’Etat pour dédommager les victimes de cet antiépileptique fabriqué par la puissante multinationale pharmaceutique française Sanofi – troisème géant mondial du secteur.

La somme obtenue (1 326 721 euros) a « soulagé » la victime et sa famille -elle permettra de faire l’économie d’une longue bataille judiciaire. La mère regrette toutefois que le fonds n’ait pas retenu le terme d’« autisme », mais lui ait préféré celui de « trouble du déficit de l’attention » ; une qualification utilisée, selon certains patients, pour tenter de minorer certains versements.

La roulette russe

Pour Marine Martin, présidente de l’Apesac (Association des parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant) cette indemnisation élevée ne doit pas masquer des décisions beaucoup moins favorables dans la plupart des dossiers. « Les premières indemnisations sont faibles, partielles, elles peuvent être de zéro, trente ou cent mille. C’est la roulette russe », a-t-elle déclaré au Parisien.

La Dépakine®  (valproate de sodium) est tenue pour être responsable, depuis 1967, de malformations (entre 2 150 et 4 100 cas)  et de troubles neurodéveloppementaux (entre 16 600 et 30 400 enfants) selon des estimations de l’Assurance-maladie et de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

 « 1 655 dossiers sont en cours d’évaluation par des experts de l’Oniam (Office national d’indemnisation des accidents médicaux), précise le quotidien.  Il y a deux ans, la création de l’Oniam était pleine de promesse. Enfin, les familles allaient être indemnisées sans passer par les tribunaux. L’idée, mettre en place un dispositif amiable destiné aux victimes de la Dépakine®, plus communément appelé ‘’fonds d’indemnisation’’. Le seul en France après celui du Médiator.  Mais alors que les premières propositions de chèque arrivent dans les boîtes aux lettres, les montants étonnent, voire suscitent l’incompréhension. Jusqu’à présent, sur 1655 demandes de réparation, 170 ont été examinées, 11 rejetées et 20 font l’objet d’une offre définitive. »

« Radin l’Oniam ? » Pour l’heure cet argent reste celui de l’Etat, Sanofi ayant refusé de s’acquitter de tout ou partie des indemnisations. Une position que nombre d’observateurs tiennent pour intenable – sans même parler de sa dimension morale. A chaque indemnisation versée l’Etat se retournera contre la firme, devant les tribunaux.

On aurait imaginé moins compliqué. Mais, il est vrai, comment être au plus juste quand il s’agit d’indemniser ?

A demain

@jynau

Progrès à saluer : tous les médecins français peuvent désormais traiter l’hépatite virale C

Bonjour

Mais pourquoi diable Agnès Buzyn n’a-t-elle pas pris la parole devant les médias pour l’annoncer ? Un simple communiqué de presse pour une information sanitaire de taille : la prescription de deux médicaments pour le traitement de l’hépatite C chronique est ouverte aujourd’hui à l’ensemble des médecins, et notamment aux médecins généralistes 1. Petit rappel :

« Après une infection par le VHC, un petit nombre de personnes peuvent développer une hépatite aiguë . Cependant, chez la plupart des personnes nouvellement infectées, cette infection est asymptomatique. Ces infections, aiguë ou asymptomatique, peuvent évoluer vers des infections chroniques. Ainsi, certaines infections vont évoluer vers l’élimination spontanée du virus, mais la plupart vont évoluer vers une infection chronique (qui persiste plus de 6 mois). Une personne peut être infectée pendant 30 ans ou plus, avant de développer des signes cliniques de la maladie. En fonction de l’espérance de vie, 20 % ou plus des personnes ayant une infection chronique vont développer une cirrhose ou un carcinome hépatocellulaire (CHC). Des facteurs tels que l’alcool, une infection au VIH peuvent accélérer la progression de la maladie. »

La prévalence des anticorps anti-VHC a été estimée, en 2011, en France métropolitaine, à 0,75 % de la population générale des 18 à 80 ans, correspondant à 344 500 personnes ayant été infectées par le VHC. La prévalence de l’ARN du VHC a été estimée à 0,42 %, correspondant à 192 700 personnes ayant une infection chronique. Quant au nombre de personnes de 18-80 ans, non diagnostiquées pour une hépatite C chronique, parmi la population atteinte, il a été estimé, en 2014, à près de 75 000.

« Jusqu’à présent réservés à certains spécialistes, il sera possible à compter de ce jour, 20 mai 2019, à tout médecin de prescrire deux traitements antiviraux à action directe (AAD), peut-on lire dans le communiqué du ministère des Solidarités et de la Santé. Le parcours de soins se trouve ainsi simplifié pour les patients atteints de formes non compliquées de l’hépatite C et sans facteur de comorbidités, ce qui participe à la réduction des risques de transmission et/ou de développement de complications potentiellement mortelles. »

Il faut ici rappeler que « l’élimination du virus de l’hépatite C en France à l’horizon 2025 » est une des mesures phares du Plan priorité prévention 2018-2022. Jargon officiel : « le renforcement de l’accessibilité aux traitements de l’hépatite C s’articule avec l’intensification des actions de prévention et de dépistages ». Plus clair : « les progrès thérapeutiques de ces dernières années, grâce à la mise à disposition de médicaments très efficaces permettant des traitements bien tolérés sur de courtes durées, participent à cette importante avancée qui renforce l’offre de soins existante ».

Le citoyen aimerait savoir qui est à l’origine de la décision d’élargir ainsi le champ des prescriptions.

A demain

@jynau

1  « Pour accompagner ce progrès » la Haute Autorité de Santé propose une fiche mémo à l’attention des médecins pour les guider dans cette nouvelle mission : Fiche mémo Hépatite C : prise en charge simplifiée chez l’adulte

Homéopathie : de quel droit le placebo et ses effets ne seraient-ils pas remboursés ?

Bonjour

Acte V, scène 4.  Elle a commencé par un communiqué de presse des Laboratoires Boiron daté du 17 mai 2019. Où l’on voit la firme confirmer des informations qui avaient fuité dans la presse (Libération, France Info)  – peut-être avec l’aide d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Et où l’on voit, aussi, que l’ire lyonnaise demeure ; de même que les ronds de fumée peine voilés à destination de Bercy et du Palais de L’Elysée. Cela donne ceci :

« Les laboratoires Boiron ont reçu le premier avis de la commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS), jeudi 16 mai 2019 en fin de journée, soit bien après sa fuite dans un média. La diffusion par la presse de ce premier avis, censé être confidentiel, cause un réel préjudice aux salariés, clients et actionnaires du groupe.

Dans ce premier avis, la commission de la transparence émet une recommandation défavorable au maintien de la prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques.

La procédure d’évaluation en cours prévoit qu’après réception de ce premier avis, les laboratoires Boiron disposent de 10 jours pour transmettre des commentaires écrits ou pour demander une audition auprès de la HAS. Cette procédure permettra aux laboratoires de présenter leurs arguments quant au bien-fondé de la prise en charge des médicaments homéopathiques. A l’issue de cette procédure, la HAS rendra un avis définitif qui sera transmis à la ministre des Solidarités et de la santé pour décision.

74% des Français qui ont recours aux médicaments homéopathiques les jugent efficaces et sont contre l’arrêt de leur remboursement (Ipsos, octobre 2018). Un déremboursement éventuel aurait des conséquences négatives pour les patients, pour les finances publiques et pour l’économie française.

La France génère 60% du chiffre d’affaires du groupe Boiron et un éventuel déremboursement menacerait un millier d’emplois. La cotation des actions des laboratoires Boiron, suspendue jeudi 16 mai 2019 en raison de la diffusion par un média d’une information confidentielle, reprendra lundi 20 mai à l’ouverture de la Bourse. »

Extraits précieux

Le même jour Le Monde (Paul Benkimoun) avait publié de précieux extraits du texte, en particulier l’analyse sur laquelle la HAS a fondé son avis. Cela donnait cela :

« Le Monde a consulté le projet d’avis adopté le 15 mai par la commission de la transparence(CT)  de la HAS (…) Dans ce document de 85 pages (plus une bonne cinquantaine de pages d’annexes), la commission précise le contexte de l’évaluation qui lui a été demandée. Celle-ci porte sur ‘’les médicaments à nom commun (hors préparations magistrales) soumis à la procédure d’enregistrement auprès de l’ANSM [Agence nationale de sécurité du médicament] et bénéficiant actuellement d’une prise en charge à 30 % par l’Assurance-maladie’’. Après une présentation des principes de l’homéopathie – dont elle rappelle qu’ils  ‘’ne sont pas soutenus par les données actuelles de la science’’ –, et une description de son utilisation en France, la CT détaille les documents sur l’analyse desquels elle fonde son avis.

‘’Près de 1 000 études ont été identifiées et près de 300 ont été sélectionnées sur la base de critères de sélection détaillés dans le présent avis.’’ La commission a examiné ‘’23 revues systématiques de la littérature et méta-analyses, 10 essais contrôlés randomisés et 6 études concernant la consommation médicamenteuse, dans 25 indications ou symptômes.’’ Après analyse, la CT souligne qu’’’au total aucune étude n’a démontré la supériorité en termes d’efficacité (morbidité) de l’approche homéopathique par rapport à des traitements conventionnels ou au placebo.’’

Dans la conclusion de son projet d’avis, la commission met en balance les arguments. D’un côté, elle pointe l’absence de gravité de certaines affections ou symptômes bénins, spontanément résolutifs, pour lesquels ‘’le recours aux médicaments (dont l’homéopathie) n’est pas nécessaire’’, ‘’l’absence de démonstration d’efficacité’’ des médicaments homéopathiques, ‘’l’absence de démonstration de leur impact sur la santé publique’’, ‘’l’absence de place définie dans la stratégie thérapeutique’’. A l’inverse, elle reconnaît ‘’la gravité et/ou l’impact potentiel sur la qualité de vie des patients de certains symptômes/affections étudiés pour lesquels il existe un besoin médical à disposer d’alternatives thérapeutiques ou de médecines complémentaires’’ et ‘’la très bonne tolérance et le profil de sécurité des médicaments homéopathiques.’’ »

C’est sur cette base que la  CT donne « un avis défavorable au maintien de la prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques ». Or Agnès Buzyn a déjà (de manière étrangement apolitique) assuré qu’elle « suivrait l’avis de la Haute Autorité de Santé. Il restera à cette ministre d’expliquer aux citoyens pourquoi la collectivité ne devrait pas prendre en charge les possibles vertus du placebo et de ses effets. A quel titre et de quel droit ?

A demain

@jynau

Homéopathie-embrouillamini : Agnès Buzyn serait-elle à l’origine de la « fuite médiatique » ?

Bonjour

C’est fait : le « déremboursement de l’homéopathie » a envahi tous les médias généralistes. Avec tout ce que l’on pouvait redouter de mauvaise foi, d’approximations/incompréhensions, de réductionnisme et d’amateurisme. De violence, aussi, comme ce peu banal « échange à trois » diffusé peu après midi, aujourd’hui, sur France Info.

Pour l’heure, l’actualité c’est la « fuite médiatique » qui, à retardement, aura indigné la multinationale lyonnaise Boiron.

Le « projet d’avis » la Commission de la transparence (CT) de la Haute Autorité de santé (HAS) n’est pas encore officiellement connu mais, a révélé jeudi 16 mai France Info il est  « défavorable au maintien de la prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques. » La veille Libération (Eric Favereau) avait laissé entendre qu’il en était ainsi. Et aujourd’hui 17 mai Le Monde (Paul Benkimoun) annonce avoir  pu prendre connaissance de ce « projet d’avis ». Le Monde :

« Selon nos informations, un journaliste de Franceinfo avait appelé le laboratoire Boiron jeudi 16 mai « vers 10 heures », en indiquant « connaître la conclusion de la CT ». Dans un communiqué commun mis en ligne le même jour à 17 heures, les trois industriels précisent qu’à « l’heure de l’envoi de ce communiqué les entreprises du médicament homéopathique n’ont toujours pas reçu cet avis. » Ils rappellent que « cet avis préliminaire est protégé par la plus stricte confidentialité et réservé aux seuls laboratoires concernés ».

Un peu plus d’une heure plus tard, à 18 h 19, Franceinfo faisait savoir sur son site que la CT recommandait le déremboursement des médicaments homéopathiques. Pour sa part, la Haute Autorité de santé déclarait avoir adressé le jour même aux laboratoires le projet d’avis et refusait de confirmer les informations révélées par Franceinfo. »

Trébuchet du Palais de l’Elysée

Mais il y a plus grave. Il se murmure, dans les milieux bien informés, que plusieurs sources n’écarteraient pas l’hypothèse que le cabinet d’Agnès Buzyn puisse être à l’origine de la « fuite médiatique ». Le ministère des Solidarités et de la Santé ? Il se borne (officiellement) a préciser qu’il ne faisait aucun commentaire tant que la procédure contradictoire n’était pas menée à son terme.

« La révélation sur la teneur du projet d’avis permet, en effet, de prendre de vitesse les industriels dans leur contre-argumentation, notamment en direction de Matignon et Bercy, suggère Le Monde. Ces derniers pourraient ne pas être insensibles à des arguments sur la préservation de l’emploi et l’impopularité éventuelle de la mesure. »

Serait-ce dire que les seules données concernant l’efficacité médicamenteuse scientifiquement démontrée ne seraient pas les seuls paramètres pris en compte par le pouvoir exécutif dansla gestion de ce dossier ? Qu’Agnès Buzyn serait ici en compétition avec Bruno Lemaire ? Et qu’à la fin le déremboursement des médicaments Boiron sera arbitré par le trébuchet dynamisé d’Emmanuel Macron ?

A demain

@jynau

Pourquoi ces deux millions d’animaux utilisés «pour la recherche», en France, en 2017 ?

Bonjour

Précaution : ces sont des chiffres bruts qui pourront émouvoir. Nous sommes ici en marge des convictions/passions véganes et antispécistes : les résultats de l’enquête statistique du ministère français de la recherche sur les animaux utilisés par la recherche en 2017 1. Un travail repris par « Recherche animale ». Pourquoi de tels chiffres sont-ils rendus publics ? Parce qu’une directive européenne (2010/63/UE) impose aux Etats membres de collecter et publier chaque année des informations statistiques sur l’utilisation d’animaux (vertébrés et céphalopodes) dans des procédures expérimentales.

« L’enquête nationale française, conduite et publiée par le département des pratiques de recherche réglementées de la direction générale de la recherche et de l’innovation, repose sur les données collectées annuellement auprès des établissements utilisateurs d’animaux à des fins scientifiques en conformité avec l’article R. 214-121 du code rural et en respectant les indications de la Commission européenne. Le document vise à communiquer au public une analyse des données collectées au titre de l’année 2017. »

 Le nombre total d’animaux utilisés a été de 1,9 millions. Les rongeurs, poissons et lapin représentent 93% du total. Les animaux de ferme environ 5%, les chiens et chats moins de 0,3% et les primates (macaques essentiellement) moins de 0,2%. Aucun grand singe n’est utilisé 2. Les animaux sont principalement utilisés pour la recherche fondamentale (38%), la recherche appliquée (25%) et la mise au point ou le contrôle des médicaments humains ou vétérinaires (30%).

Soixante-dix-huit pour cent des animaux sont utilisés dans des procédures « légères ou modérées », 5% dans des « procédures sans réveil » et 17% dans des « procédures sévères » ; comprendre par exemple certaines interventions chirurgicales ou modèles de cancers ou de maladies infectieuses.

« Les animaux sont essentiellement nés dans l’Union européenne 92%). Les animaux nés dans l’UE mais hors élevage agréé sont issus soit d’établissements utilisateurs, soit d’établissements fournisseurs occasionnels (pour les animaux d’intérêt agronomique par exemple), soit de la faune sauvage (activités de recherche sur le terrain, par exemple le test d’un vaccin contre la brucellose chez le bouquetin), en conformité avec les article 9 et 10 de la directive 2010/63/UE. Les animaux nés hors UE représentent 5,4% des utilisations, comme par exemple des lignées de souris transgéniques en provenance de grands éleveurs américains. »

Laboratoires versus abattoirs

L’objet d’étude le plus fréquent est la recherche fondamentale (38%). Viennent ensuite la mise au point, la production ou les essais de qualité et d’innocuité de médicaments ou d’aliments ( 30%), puis les recherches appliquées (25%)
 
Les deux tiers des chats (581 sur 867) sont utilisés « pour la validation de médicaments ou vaccins vétérinaires ». Aucun chat n’a été soumis à une procédure « de type sévère ». Et soixante-et-un pour cent des poissons et 30% des rongeurs sont génétiquement modifiés.

« Les macaques Cynomolgus sont les primates non humains les plus utilisés (87,5%). Les autres primates représentent 12,5%. Aucun grand singe (chimpanzé, bonobo, orang-outang…) n’est inclus dans des procédures expérimentales. Tous les primates impliqués dans des procédures expérimentales sont nés en captivité (animaux d’élevage). Ils sont majoritairement de deuxième génération ou de génération ultérieure (F2 ou plus, 34,3%). Suivent les primates de première génération (F1, 23,6%) et ceux qui proviennent d’élevages autonomes (3,5%). Ces chiffres n’intègrent pas les primates réutilisés, dont l’origine et donc la génération ne sont pas renseignées. »

« Dans des conditions strictement encadrées (art. R. 214-113 du code rural), un animal précédemment impliqué dans une procédure expérimentale de classe légère ou modérée peut être ré-impliqué dans une nouvelle procédure. Le tableau présente les espèces classées par pourcentage décroissant de réutilisation. Cette réutilisation réglementaire permet de réduire le nombre d’individus engagés dans des procédures expérimentales. La catégorie la plus fréquemment réutilisée est celle des reptiles (principalement le lézard vivipare, 99,5%). Viennent ensuite les chevaux et autres équidés (64,2%), chats (63,6%), chèvres (62,8%) et moutons (51,2%). Les primates sont fréquemment réutilisés : babouins (65,6%), singes rhésus (63,3%), marmousets (41,5%) et macaques (38,9%). Les animaux des espèces les plus couramment impliquées en recherche (souris, poissons, rats…) sont rarement réutilisés, ce qui est à rapprocher de leur durée de vie plus courte. »
 
Le site « Recherche animale » rappelle, à titre de comparaison, qu’en marge des laboratoires ce sont, chaque année en France, « plus d’un milliard d’animaux qui sont tués dans les abattoirs ». 

A demain

@jynau

1 Les données statistiques des années précédentes sont disponibles sur le site du ministère français de la recherche

2 Sur ce thème, « Pour expérimenter, est-il plus humain de faire se reproduire des singes en captivité ?  » Slate.fr, 2 novembre 2018

«Fuite médiatique» sur l’homéopathie : Boiron s’indigne et suspend son cours de Bourse

Bonjour

Qui ment ? Qui dit vrai ? Qui prêche ? Et pourquoi cet usage du non-dit mêlé au conditionnel ? 16 mai 2019. C’est un « communiqué de presse commun » signé par trois entreprises dans le champ industriel de l’homéopathie (Boiron – Lehning – Weleda). Ecoutons-les :

« Les entreprises du médicament homéopathique ont appris aujourd’hui que l’avis préliminaire de la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS), chargée d’évaluer le bénéfice médical rendu par les médicaments homéopathiques, aurait été transmis à un média.

« Cet avis préliminaire est protégé par la plus stricte confidentialité et est réservé aux seuls laboratoires concernés par cette évaluation dans le but de faire valoir leurs arguments lors d’une phase contradictoire.  Or, à l’heure de l’envoi de ce communiqué, les entreprises du médicament homéopathique n’ont toujours pas reçu cet avis préliminaire. 

« Le fait qu’un média puisse être informé de la teneur de cet avis confidentiel, constitue une violation du secret de la procédure d’évaluation en cours remettant potentiellement en cause sa régularité. Dans ce contexte, les laboratoires Boiron, entreprise française cotée, ont dû prendre la décision de suspendre leur cours de bourse. »

Associé au communiqué de presse: « Ensemble, mobilisons-nous pour le maintien du remboursement de l’homéopathie sur MonHomeoMonChoix.fr »

Quelques observations.

1 La HAS n’a pas « communiqué » quant à l’avis de sa Comission de transparence. Si elle l’avait fait son avis aurait été  à tout coup contesté avant d’être annulé par le Conseil d’Etat.

2 Les trois entreprises disent apprendre le 16 mai une information qui a, notamment, fait la Une du Libération daté du 15 mai (« Homéopathie, les granules ont les boules »). Pourquoi ce retard à la réaction ? Ni lit-on pas Libé à Lyon ? Extrait du papier (Eric Favereau) :

« La commission de la transparence (CT) de la Haute Autorité de santé (HAS) devrait rendre un avis qui appelle au déremboursement pour l’ensemble des produits homéopathiques, s’appuyant sur un manque d’efficacité prouvée. Cette prise de position est la première étape vers la fin effective du remboursement. Les industriels concernés, et au premier chef les laboratoires Boiron, leader du marché mondial auront dix jours pour la contester, puis quarante-cinq pour défendre leur position. L’avis définitif sera alors transmis à la ministre de la Santé, qui décidera ou non du déremboursement. (…) C’est cet avis qui doit être adopté ce mercredi par la commission de la transparence. Censé ne pas être public pour donner la possibilité aux industriels de se défendre, il ouvre la voie au déremboursement. »

3 Comment peut-on passer de « aurait été transmis à un média » à « le fait qu’un média puisse être informé de la teneur de cet avis confidentiel » avant de parler de « violation du secret de la procédure d’évaluation en cours remettant potentiellement en cause sa régularité » pour finir par « prendre la décision de suspendre leur cours de bourse ».

4 Faut-il voir là une menace quant à la procédure en cours ? La démonstration que le déremboursement est en route ? Une volonté de s’attaquer à la protection des sources journalistiques ?

5 On attend avec intérêt, sur tous ces points, les réactions/précisions de la HAS, de Boiron et de Libération.

A demain

@jynau

Homéopathie déremboursée : prière de ne pas bousculer la Haute Autorité de Santé

Bonjour

C’est, toute proportion gardée, une forme de tragédie médicamenteuse. Ou un secret de Polichinelle. Résumons. La Commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé (HAS) procède, de puis plusieurs mois, à « l’évaluation des médicaments homéopathiques ». Elle le fait à la demande (il y a un an) d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé (qui présidait auparavant la HAS). Il s’agit, à mi-chemin du scientifique et du politique de « rendre un avis sur le bien-fondé de leur remboursement ». Et Agnès Buzyn a d’emblée fait savoir qu’elle suivrait ses conclusions. Où l’on voit, étrangement, le centre de gravité d’une décision éminemment politique se déplacer vers une HAS  dont la vocation n’est que scientifique.

Prudente, la commission de la transparence s’est ici donnée un objectif de publication en juin prochain ». Or voici que les médias (dont Libération) annoncent (sans prendre de grands risques) que les jeux seraient faits. Faudrait-il rappeler qu’il y a un an les membres de cette commission glissaient déjà dans un de leur avis un commentaire politique«La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité » ?

« Fuites médiatiques »

Après les premières « fuites médiatiques » la HAS vient de rappeler avec force aux médias qu’elle ne rendrait son avis définitif (au mieux) qu’en juin, « une fois que l’ensemble des étapes d’évaluation seront franchies ». Et de rappeler que la procédure d’évaluation des produits de santé est réglementée, « qu’elle comporte différentes étapes » qui « garantissent l’équité de l’évaluation de chaque produit, l’indépendance de l’expertise et in fine la légitimité scientifique de l’avis rendu par la HAS ». Et encore :
 
« La HAS rappelle son attachement à la confidentialité des travaux dans leur phase d’élaboration et ne commentera pas les informations qui circulent dans la presse. Comme l’ensemble de ses travaux, l’avis sur les médicaments homéopathiques sera public et communiqué quand celui-ci sera définitif. Les phases de l’évaluation d’un produit de santé sont fixées dans la réglementation qui prévoit la confidentialité des travaux et des documents jusqu’à l’adoption de l’avis définitif.

Préparation du dossier par le service évaluation du médicament de la HAS : Analyse de la littérature scientifique, des contributions, des documents et dossiers déposés par les laboratoires : travail initié en septembre 2018 et mené jusqu’à la fin du 1e trimestre 2019. Adoption du projet d’avis : 15 mai 2019​​​. Phase contradictoire d’une durée de 10 à 55 jours : mai/juin ;  Les trois laboratoires concernés disposent de dix jours à compter de la réception du projet d’avis pour formuler des observations écrites et/ou demander à être entendus par la commission. Si c’est le cas, la commission de la transparence dispose alors de quarante-cinq jours pour donner suite à ces demandes d’audition. »

Puis avis définitif rendu public avant les vacances de juillet. Avec toutes les conséquences économiques et politiques que l’on peut imaginer, souhaiter ou redouter. D’ici là les actions de lobbying se poursuivent au grand jour, comme en témoigne aujourd’hui le quotidien économique Les Echos (Solveig Godeluck).   Extrait :

« ‘’Les granules ne coûtent pas cher et diminuent le recours à une pharmacopée nocive’’, plaide Alain-Michel Ceretti, le président de la fédération de patients France Assos Santé [association qui ne prend pas parti]. Néanmoins, dans les officines, on redoute un déremboursement. ‘’On ne saura pas quoi dire aux gens qui n’arrivent pas à dormir, et qui veulent un traitement qui n’existe pas’’, prédit Philippe Besset, le président de la Fédération des pharmaciens d’officine. Il cite aussi les dermatoses et les rhumes, « mais pas les grippes ». Lorsque l’on soigne il faut, dit-il, savoir ‘’composer avec l’adhésion du patient’’. »

Insomnie, dermatoses, rhumes etc. Soigner ou l’art, dilué, de la composition.

A demain

@jynau