Cigarette électronique : pourquoi Agnès Buzyn agit-elle comme jadis Marisol Touraine ?

Bonjour

C’est un événement politique et sanitaire à découvrir sur le site du Sénat français : la première prise de position d’Agnès Buzyn sur un sujet majeur de santé publique. La ministre des Solidarités et de la Santé ne s’était encore (depuis près de deux ans) jamais clairement exprimée sur la cigarette électronique, ce levier majeur de la réduction des risques tabagiques. C’est désormais chose faite et il faudra conserver ce document : la réponse de la ministre à une question écrite du sénateur Yves Daudigny (socialiste, Aisne).

Question (posée … le 28 juin 2018) :  « M. Yves Daudigny attire l’attention de Mme la ministre des Solidarités et de la Santé (…)  sur la question du « vapotage ».  Le Gouvernement a fait de la lutte contre le tabagisme une priorité et a pris plusieurs mesures fortes (…) Une solution est pourtant laissée volontairement de côté : le « vapotage ». Le dernier baromètre de Santé publique France indique pourtant que la moitié des fumeurs ayant choisi de se faire aider pour arrêter la cigarette a retenu cette option.

« Tandis que le Royaume-Uni promeut massivement l’utilisation de ces dispositifs pour favoriser le passage de la cigarette vers des pratiques moins risquées, la France, elle, continue de faire le choix des substituts nicotiniques.  Dans la perspective du mois sans tabac de novembre 2018, il est urgent de prendre des mesures qui feront réellement baisser la prévalence tabagique : s’inspirer du modèle britannique, investir dans la recherche et l’information sur le « vapotage », et soutenir son développement pour en faire un outil au service de la santé publique.  Aussi, il demande au Gouvernement de clarifier sa position sur la cigarette électronique et la « vape », notamment comme aide à l’arrêt du tabac. »

Sept mois plus tard, la réponse de la ministre

Il aura donc fallu sept mois pour disposer de la réponse ministérielle, publiée le 17 janvier 2019. Extraits significatifs :

« En quelques années, le vapotage est devenu une pratique qui suscite beaucoup de passions et de discussions : de nombreux points de vue, institutionnels, scientifiques, associatifs voire économiques existent et s’expriment sur ce sujet. Ces divergences nourrissent une controverse, qui est loin d’être tranchée. En effet, les avis des diverses autorités d’expertise (Haute autorité de santé, Haut conseil de la santé publique), permettent d’envisager les produits du vapotage comme un outil de réduction ou d’aide à l’arrêt du tabac pour certains fumeurs, mais seulement lorsque ces produits sont utilisés de manière exclusive et sans consommation concomitante du tabac. Toutefois, les effets de la consommation régulière de ces produits restent à ce jour méconnus (toxicité des molécules utilisées dans les liquides, toxicité des liquides contenant de la nicotine).

« Ainsi, s’il est recommandé aux professionnels de santé de ne pas décourager (sic) et d’accompagner les fumeurs qui sont dans cette démarche, il est indispensable de bien informer le fumeur et son entourage et de leur faire part des avantages et inconvénients des différentes prises en charge existantes pour arrêter de fumer. (…)

«  En ce qui concerne le vapotage plus spécifiquement, le Programme national de lutte contre le tabac  prévoit des actions permettant d’améliorer les connaissances sur les produits du vapotage : les systèmes électroniques de délivrance de nicotine sont l’un des thèmes identifiés dans l’appel à projets de soutien à la recherche piloté par l’Institut national du cancer et l’Institut de recherche en santé publique. L’analyse des données recueillies par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail dans le cadre des déclarations et notifications des industriels du vapotage vont par ailleurs, permettre d’améliorer la connaissance sur la composition de ces produits. (…) »

On lira ici la lecture et les commentaires de Sébastien Béziau, vice-président de #Sovape, sur le site vapyou.com : « Agnès Buzyn  enterre le Groupe de Travail Vapotage et confirme le déni officiel ». Où l’on apprend par ailleurs que la ministre des Solidarités a également répondu, sept mois plus tard, au sénateur Daudigny sur les raisons officielles du sabordage d’une plate-forme originale réunissant la Direction générale de la santé et les acteurs du vapotage et de la réduction des risques – plate-forme créée sous le précédent quinquennat par le Pr Benoît Vallet ancien Directeur général de la santé.

Deux cents morts par jour à cause du tabagisme

« Alors qu’elle n’a jamais pris une heure de son temps pour rencontrer les associations de la vape, Agnès Buzyn choisi de répondre aux questions du sénateur Daudigny, posées il y plusieurs mois, pour exprimer (enfin) un position officielle sur le vapotage en France, écrit  Sébastien Béziau. Les deux cents morts par jour à cause du tabagisme ne méritent donc pas mieux que quelques lignes pour évoquer le plus populaire des outils d’aide à l’arrêt. Au-delà du fond, le message est clair, pas de dialogue avec la ministre. Si son bureau s’ouvre régulièrement aux buralistes, les acteurs de la vape, eux, doivent se contenter d’une fin de non-recevoir qui ne leur est même pas directement adressée. Illustration d’une certaine forme de courage politique face à la société civile. »

Où il reste encore et toujours à comprendre les raisons profondes qui conduisent les ministres de la Santé (et le gouvernement) français à adopter (et à maintenir) une politique du déni; une politique à ce point opposée à la réduction des risques; une politique aux antipodes de cette du gouvernement britannique qui obtient, grâce à son pragmatisme, de remarquables résultats dans la lutte contre le tabac.

A demain

@jynau

 

L’étrange histoire de la pipette de Dépakine® à retirer du marché : hasard ou vraie fatalité ?

Bonjour

Hasard ou fatalité ? Et bien étrange retournement de situation. Hier le géant français accusait les autorités sanitaires françaises d’être responsables, sinon coupables, de l’affaire-scandale Dépakine®. Aujourd’hui voici que ces mêmes autorités annoncent l’embarras dans laquelle se trouve ce même géant avec cette même Dépakine®. Cela prend la forme d’un communiqué de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) : « RAPPEL du lot N° 013097 de Dépakine 200mg/ml et de Valproate de sodium Zentiva 200mg/ml ».

Ce rappel concerne le lot n°013097 (péremption 08/2020) – un lot étrangement commun aux spécialités Dépakine®  200mg/ml solution buvable et Valproate de sodium Zentiva 200mg/ml, solution buvable. Et un rappel « réalisé par le laboratoire Sanofi-Aventis France en accord avec l’ANSM » et ce « suite à la découverte, dans une boite, d’une pipette destinée à un autre dosage (300mg/ml au lieu de 200mg/ml) ». En pratique l’administration du médicament avec cette pipette de 300mg/ml au lieu de la pipette 200mg/ml peut entraîner un sous-dosage en valproate et donc une baisse de l’efficacité du traitement antiépileptique.

« Il est donc demandé aux patients de rapporter les boîtes et pipettes du lot 013097 à leur pharmacie pour échange. Dans cette attente, les patients ne doivent pas arrêter leur traitement. »

Les 88 000 boîtes du lot 013097

Etrange situation quand on sait que la pipette mentionne un dosage à 300mg/ml alors même que ce dosage n’est pas commercialisé en France. Précision : selon le laboratoire Sanofi-Aventis France, ce défaut « ne concerne que quelques-unes des 88 000 boîtes du lot 013097 distribuées en France entre février et août 2018 ». Combien ? Le géant ne le dit pas. Et Sanofi-Aventis France, en accord avec l’ANSM, a demandé aux pharmaciens d’officines et des établissements de santé, de contacter, « par tous les moyens dont ils disposent », les patients susceptibles de détenir et/ou d’avoir utilisé les spécialités des lots concernés par ce rappel.

« Les patients ne doivent en aucun cas arrêter leur traitement. Il est demandé aux patients en possession de boîtes de Dépakine 200mg/ml, ou Valproate Zentiva 200mg/ml, du lot n°013097 de les rapporter, avec la pipette, à la pharmacie dans les plus brefs délais. Les patients peuvent vérifier, s’ils le souhaitent, si les boîtes contiennent ou non la bonne pipette. Il pourront ensuite se faire délivrer gratuitement une boite d’un autre lot.»

Pour simplifier le tout, les pipettes de 300mg/ml et de 200mg/ml ont la même taille et la même couleur. L’effet du hasard, ou la manifestation de la fatalité.

A demain

@jynau

 

Médicaments et pharmacie : voici venu, en France, le temps des tickets de rationnement

Bonjour

C’est une « enquête exclusive » dont les résultats viennent d’être rendus publics par France Assos Santé – une enquête réalisée par l’institut BVA « auprès d’un échantillon de 955 personnes représentatif de la population française ». Ce sont aussi des résultats qui confirment une série d’informations récurrentes quant aux « tensions » et autres « pénuries » dont fait régulièrement état l’Agence nationale de sécurité du médicament.

« Des résultats inquiétants, qui pointent les difficultés récurrentes d’accès à certains vaccins et médicaments pour des millions de Français, et leurs conséquences directes sur leur santé et leur qualité de vie » résume l’association. Nous sommes face à un phénomène récurrent et massif. 25% des répondants se sont en effet déjà vus refuser la délivrance d’un médicament ou d’un vaccin pour cause de pénurie.Ce taux monte à 31 % pour les personnes atteintes par une affection longue durée (ALD). »

Tout ceci n’est pas sans conséquences, parfois graves, sur le suivi des prescriptions médicales. « 45% des personnes confrontées à ces pénuries ont été contraintes de reporter leur traitement, de le modifier, voire d’y renoncer ou de l’arrêter complètement, explique France Assos Santé. Une situation jugée anxiogène par 21% des répondants (41% pour les personnes en ALD). Avec à la clé des conséquences potentiellement graves : augmentation des symptômes dans 14% des cas, erreurs dans la prise de médicaments de substitution (4%) et plus inquiétant encore, hospitalisation nécessaire pour une personne sur vingt (4% en population générale, 5% pour les personnes en ALD). »

Recherche en culpabilité

Nous sommes ici non pas dans une politique de réduction des risques mais dans une situation d’incurie avec augmentation des risques individuels et collectifs.

Les coupables ? Pour 56 % des personnes interrogées ce sont les industriels de la pharmacie (qui privilégieraient la production de certains médicaments ou vaccins au détriment d’autres)  loin devant les pouvoirs publics (13%) et les grossistes répartiteurs (14%).

Pour France Assos Santé aucun doute : les industriels sont  très largement responsables de ces pénuries, principalement dues à des stratégies financières contestables, à un désengagement de certains médicaments et à une concentration des sites de productions. L’association réclame une régulation plus efficace de la part des autorités sanitaires nationales et européennes, une information claire sur les causes de ces ruptures, sur les plans de gestion des pénuries mis en place, ainsi que sur les sanctions imposées en cas de manquement aux obligations de notification et de mise en œuvre de ces plans.

Tout ceci porte un nom, un beau nom, un nom que n’a jamais goûté Big Pharma : la transparence.

A demain

@jynau

 

Dépakine® Rebondissement dans l’affaire : le géant Sanofi accuse les autorités sanitaires

Bonjour

Coup de tonnerre dans un ciel que seuls les naïfs imaginaient serein. Tonnerres et éclairs sous la forme d’une dépêche de l’Agence France Presse. Où l’on mesure les limites de la solidarité nationale quand il est question de morale, de justice et dividendes. Où l’on apprend que le géant pharmaceutique français Sanofi a refusé, mercredi 16 janvier, de donner suite aux premières demandes d’indemnisation de victimes de son médicament antiépileptique Dépakine®. En d’autres termes il rejette sur les autorités sanitaires française l’entière responsabilité de ce qui est désormais médiatiquement présenté comme un « scandale sanitaire ».

Le Monde rappelle que la Dépakine® est accusée d’avoir provoqué des malformations et des retards de développement chez des milliers d’enfants dont la mère prenait cet antiépileptique (principe actif : acide valproïque) durant sa  grossesse.

Réaction officielle du géant pharmaceutique : le dispositif mis en place par l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) fait peser « principalement sur le laboratoire la charge de l’indemnisation » sans prendre en compte « les preuves établissant que Sanofi a informé les autorités en toute transparence » sur les risques de la Dépakine pour les femmes enceintes, au fur et à mesure de l’avancée des connaissances scientifiques.

Et le géant de poursuivre : depuis la fin des années 1980, les autorités sanitaires françaises  « ont à plusieurs reprises rejeté les demandes de Sanofi qui visaient, en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques, à mentionner dans la notice patient les risques pour le fœtus pouvant être liés à la prescription de ce médicament dans le cadre d’une grossesse ».

« Solliciter » Sanofi pour « contribuer »

Selon les estimations de l’Assurance-maladie et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, la Dépakine®  et ses dérivés sont directement responsable (depuis 1967) de malformations (entre 2 150 et 4 100 cas suspectés) et de troubles du neuro-développement (entre 16 600 et 30 400 cas).

Les risques de malformations liées au valproate de sodium ont été mis en lumière par des études scientifiques dès les années 1980 et  les risques neuro-développementaux l’ont été à partir du début des années 2000. L’AFP se souvient aussi qu’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a déclaré à plusieurs reprises (l’an dernier) que l’Etat allait « solliciter » Sanofi pour « contribuer » à indemniser les victimes de la Dépakine®.

La ministre connaît désormais la réponse du géant. Mais que pèse, face à lui, le pouvoir exécutif ?

A demain

@jynau

Sartans contaminés : pendant les traitements, on continue à retirer des lots du marché

Bonjour

Officiellement il s’agit de « défaut de qualité ». On parle aussi de médicaments essentiels contenant une substance « probablement cancérigène pour l’homme »  – sans que les autorités sanitaires nationales puissent plus précisément se prononcer.

Nous sommes ici dans la famille des « sartans », une des clefs de voûte du traitement de l’hypertension artérielle. Et après les affres récentes concernant les nombreuses spécialités à base de valsartan contaminé, voici un nouveau dossier, celui de l’ibésartan. Même cause, même effets, mêmes inquiétudes et nouveaux grands embarras pour les prescripteurs et leurs patients – sans oublier les pharmaciens.

Derniers développements communiqués par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Cette dernière a été informée par le laboratoire Arrow Génériques de l’identification « d’impuretés » à des taux supérieurs aux limites fixées par l’agence européenne du médicament (EMA) dans des lots d’irbésartan. Un rappel des lots concernés est organisé le jeudi 10 janvier 2019. Cette action s’inscrit dans le cadre  des investigations en cours concernant le défaut de qualité de certains médicaments appartenant à la classe des sartans.

Rappel officiel : depuis l’identification, à l’été 2018, « d’impuretés » (NDMA puis NDEA) 1 dans des lots de valsartan, des investigations sont conduites au niveau mondial. En premier lieu, elles ont porté sur le valsartan car le défaut de qualité pourrait être lié à son procédé de fabrication. Les analyses ont ensuite été élargies à quatre autres sartans : l’irbesartan, le candesartan, le losartan et l’olmesartan, ces substances ayant la particularité d’être fabriquées selon un procédé de fabrication similaire à celui du valsartan.

« Ainsi, depuis juillet 2018, dès lors que les contrôles révèlent la présence de NDMA ou de NDEA dans ces médicaments à des teneurs supérieures aux limites définies par l’EMA, des rappels de lots sont réalisés dans les pays commercialisant les spécialités concernées. En France, des rappels ont été organisés en juillet, août, septembre, novembre et décembre 2018 » précise l’ANSM.

Communication minimaliste

Pour sa part le laboratoire Arrow a réalisé des contrôles sur des lots de spécialités à base d’irbésartan qui ont révélé la présence de NDEA à des taux supérieurs aux limites acceptables. Arrow, en accord avec l’ANSM, procède donc au rappel des lots non conformes des spécialités à base d’irbésartan. « En France, il s’agit du premier rappel de lots de sartan, autre que le valsartan » dit l’ANSM sans informer sur les situations qui prévalent à l’étranger. Une ASM qui se borne ici à une communication étrangement minimaliste – le ministère des Solidarités et de la Santé étant quant à lui totalement absent.

L’Agence France Presse rappelle que pour la France, deux sociétés chinoises (Zhejiang Huahai Pharmaceuticals, Zhejiang Tianyu Pharm.) et trois indiennes (Mylan Laboratories Limited à Hyderabad, Heterolabs, Aurobindo Pharma) fabriquant le principe actif « ont été épinglées dans cette affaire ».

« Des contrôles continuent d’être réalisés sur les spécialités à base de sartan déjà présentes sur le marché et susceptibles d’être concernées par la présence de NDMA ou NDEA, ajoute l’Agence. Il n’est pas exclu que d’autres sartans puissent donc faire l’objet de prochains rappels de lots. » Elle ajoute que la « présence potentielle de NDMA et de NDEA » (sic) n’induit pas de risque aigu pour la santé des patients. C’est pourquoi les patients ne doivent, en aucun cas, stopper leur traitement sans avis médical, tout arrêt brutal de ce type de traitement exposant à un risque de poussées hypertensives, décompensations cardiaques, accidents neurologiques…

Dernière information distillée : « un processus complet d’évaluation des risques cliniques est maintenu au niveau national et européen ».

A demain

@jynau

1 La nitrosodiméthylamine (NDMA) et la N-nitrosodiéthylamine (NDEA) sont classées « cancérogènes probables pour l’homme » par l’OMS. L’ANSM précise que l’on peut « également les retrouver dans l’environnement (aliments, ainsi que, dans une moindre mesure, dans l’eau et l’air ».

 

Préservatifs : comment faire après les inquiétants constat établis par les services de Bercy ?

Bonjour

On l’apprend: compte tenu des risques encourus par les consommateurs en cas de défaut (transmission d’infections sexuellement transmissibles, grossesses non désirées), les préservatifs sont classés en tant que dispositifs médicaux de classe II b.

Or dans  une enquête publiée jeudi 10 janvier sur leur niveau de qualité et de sécurité, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) dévoile que, « parmi les échantillons prélevés, le taux de non-conformité s’est élevé à plus de 80 % »« Un produit a, en outre, été déclaré non conforme et dangereux », alerte-t-elle : la marque STAR Condoms, qui a fait l’objet d’un avis de rappel :

« Nom du produit : Préservatif STAR VIP

Marque : STAR Condoms

Référence : Boîte de 12 préservatifs fins VIP

Lot : 102047 avec une date d’expiration 2022/01

Risque : Perforation du préservatif

Commentaire : Les possesseurs du produit sont invités à bien vouloir le ramener à leur pharmacie pour remboursement. »

Laissons, sur ce sujet de santé publique, la parole à Bercy :

« Au cours du quatrième trimestre 2017 et du premier trimestre 2018, la DGCCRF a contrôlé la qualité et la sécurité des préservatifs masculins commercialisés en France. L’enquête a ciblé les produits en latex de caoutchouc naturel ne présentant pas la marque NF. La majorité de ces préservatifs étaient fabriqués en Chine, en Malaisie et en Thaïlande. Cette enquête a été décidée à la suite de deux contrôles réalisés début 2017 ayant mis en évidence le danger de deux références de préservatifs.

« Vingt-cinq établissements ont été visités et soixante-dix actions de contrôle menées. Le taux d’anomalies relevé à la suite de ces actions de contrôle s’élève à plus de 4 %. Les manquements relevés portent notamment sur l’absence de déclaration par les opérateurs économiques concernés auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et/ou sur le non respect des règles d’étiquetage. Ce taux d’anomalie témoigne globalement d’une bonne connaissance de la réglementation applicable par les opérateurs économiques du secteur.

Traditionnels et lubrifiés

« Onze prélèvements ont été effectués. Ils ont concerné aussi bien les préservatifs traditionnels que les préservatifs lubrifiés. Ces derniers incluent les préservatifs enduits de spermicides, incorporant un anesthésique local, ainsi que les préservatifs dits « de fantaisie » qui présentent des traitements de surface ou des coloris particuliers. Le taux de non-conformité des échantillons analysés est de 82 %. »

A quoi ces non-conformités sont-elles principalement dues ?

  • A la présence de perforations sur un prélèvement (voir plus haut). Ce distributeur a informé l’ANSM ainsi que le mandataire, basé hors du territoire français, de cette non-conformité. Il s’est engagé à mettre en place un retrait-rappel sur un second lot dans le cas où les analyses futures concluraient au résultat « non conforme et dangereux ». Les professionnels ayant stocké le lot de cette référence de préservatifs ont été invités à le retirer de la vente et à apposer dans leur commerce une affiche à destination de leur clientèle afin que le produit soit ramené dans le lieu de vente;
  • A un défaut de dimension (la largeur mesurée étant inférieure à la largeur indiquée sur l’étiquetage) sur un prélèvement ;

 

  • Au non-respect des exigences en matière d’étiquetage: largeur non indiquée, absence d’indication de lubrification ou non, nom du fabricant ou du mandataire non indiqué, absence de description du préservatif (présence de réservoir notamment),
  • A l’absence d’indications au niveau de la notice d’utilisation: date de publication ou de la dernière révision, nom du fabricant ou du mandataire absent, effets secondaires, précautions de manipulation, mode d’emploi et mentions concernant le retrait du préservatif, instructions concernant l’élimination du préservatif usagé, mention relative à la nécessité de consulter un médecin ou un pharmacien pour ce qui concerne la compatibilité des préservatifs avec différents traitements et prescriptions. Dans certains cas, il a été constaté que la notice n’était pas rédigée en français.

Des observations d’autant moins acceptables que, toujours selon Bercy, « la plupart des opérateurs ont une bonne connaissance de la réglementation applicable aux préservatifs ». Toutefois, compte tenu des risques élevés liés à d’éventuels défauts de ces produits d’une part, et de l’entrée en application du règlement (UE) 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux en 2020, d’autre part, de nouvelles actions auprès des professionnels seront menées en 2019. Elles permettront notamment de sensibiliser l’ensemble des professionnels au nouveau règlement européen.

En pratique, pour les utilisateurs, que faire d’ici là ? Silence de l’ANSM. La DGCCRF ne le dit pas.

A demain

 

Sex-shop, justice et «pilules à visées érectiles»: rien ne vaut, au fond, la pharmacie d’officine

Bonjour

Effet placebo vs Justice. Glané dans La Nouvelle République (Julien Coquet) de ce 10 janvier 2019. Il vient d’être condamné par le tribunal correctionnel de Tours à six mois de prison (assortis du sursis) pour avoir illégalement exercé  la profession de pharmacien – sans oublier et une peine d’amende.

Ce gérant d’un sex-shop ligérien aura donc, durant trois ans (entre 2014 et 2017) réussi à vendre « discrètement» des gélules bleues « à visées érectiles » à certains de ses clients. Des produits composés de thiosildenafil aux effets présentés comme pouvant être équivalents  à ceux du principe actif du célèbre Viagra. « Une pratique interdite » souligne La Nouvelle République. Qui ajoute:

« Cachées dans des boîtes à bougies ou des jaquettes de DVD, les pilules « miracle » étaient cédées 10 € l’unité. Une manœuvre pensée pour tenter de résoudre des problèmes financiers, expliquera le gérant du sex-shop aux enquêteurs.  Présentées en boutique comme des compléments alimentaires – elles n’exigeaient donc pas d’autorisation de mise sur le marché –, les gélules, commercialisées depuis La Ciotat par la société Sovae, ont finalement été classées dans la catégorie ‘’ médicaments’’.»

Ces gélules ? Etaient-elles fabriquées en Chine, ou en Californie, comme l’a soutenu un des prévenus lors d’un procès en novembre à Marseille (Bouches-du-Rhône) ? « Ces produits sont sans doute des contrefaçons. Nous n’avons strictement aucune traçabilité ni aucune certitude quant aux matières premières utilisées » a déclaré, à Tours, l’avocat de l’Ordre national des pharmaciens.

Et si  une difficulté sanitaire surgissait ? Et bien il serait tout simplement  impossible de retirer les lots de gélules/pilules concernées.  Or le gérant-vendeur aurait pris des précautions : « Avant la vente, nous prévenions les clients des risques encourus en cas de soucis cardiaques » (une salariée lors de son audition).

Quid de la caisse enregistreuse ? Un revenu de 400 € par mois, répond le gérant qui n’est pas pharmacien. « La bonne foi de monsieur s’arrête dès lors que l’on sort la calculatrice, regrette Pierre Gérard, vice-procureur, écartant la pertinence des chiffres. Quand on se penche sur les chiffres, il en manque ! ».

Des chiffres ? Six mois de prison (assortis du sursis), donc. Le même jour le même tribunal correctionnel de Tours (avec le même vice-procureur) a condamné à la même peine un homme âge de 42 ans ; un homme soupçonné d’avoir eu des gestes inappropriés vis-à-vis de sa nièce, alors âgée de 15 ans. Alcool et jeu « comportant des contacts avec les parties génitales de l’adolescente ». L’oncle ne devra plus tenter d’entrer en contact avec la jeune victime.

A demain

@jynau