Cannabis: découverte des raisons qui font qu’il réduit votre aptitude à vivre en société

Bonjour

08/07/2020 On ne remerciera jamais assez les chercheurs qui nous éloignent, pour un instant, de l’actualité pandémique, de ses polémiques, de ses intrications avec la politique. Merci donc aux auteurs d’une publication de Nature consacrée à l’étude des effets cérébraux de la consommation de cannabis 1. Chacun sait, ou presque, que cette consommation peut, chez l’homme, mener à des changements comportementaux et notamment à une réduction des interactions sociales. Pourquoi ? Est-ce la conséquence des plaisirs induits par ce produit ?

Pour mieux comprendre le phénomène, le chercheur Inserm Giovanni Marsicano et son équipe du NeuroCentre Magendie (Inserm/Université de Bordeaux), en collaboration avec l’équipe de Juan Bolaños de l’université de Salamanque se sont penchés sur la souris. Et ils viennent, nous dit l’Inserm, d’identifier chez elle et pour la première fois «  les mécanismes cérébraux qui sous-tendent la relation entre cannabis et diminution de la sociabilité 2 ». Traduction pour attirer les journalistes : « Des cellules cérébrales en forme d’étoile éclairent le lien entre consommation de cannabis et sociabilité ».

Plus largement, leurs travaux de ces chercheurs visent à améliorer les connaissances sur le fonctionnement des récepteurs cannabinoïdes (les récepteurs cérébraux qui interagissent avec les composés chimiques du cannabis). Dans leur publication de Nature, ils montrent qu’après une exposition au cannabis, les changements comportementaux liés à la sociabilité interviennent suite à l’activation de récepteurs cannabinoïdes spécifiques, localisés dans des astrocytes – dont la forme n’est pas sans rappeler celles des étoiles.

« Le cannabis thérapeutique revient sur le devant de la scène »

En 2012, Giovanni Marsicano et son équipe avaient déjà observé que les récepteurs cannabinoïdes ne sont pas seulement présents sur la membrane des cellules, comme on le croyait jusque-là. Certains de ces récepteurs sont également localisés sur la membrane des mitochondries. Cette nouvelle étude intervient après l’identification par l’équipe de récepteurs cannabinoïdes localisés sur la membrane des mitochondries présentes dans les astrocytes. Entre autres fonctions, ces cellules jouent un rôle très important dans le métabolisme énergétique du cerveau : elles captent le glucose dans le sang et le métabolisent en lactate, qui vient nourrir les neurones.

« Etant donné l’importance des astrocytes et de l’utilisation de l’énergie pour le fonctionnement cérébral, nous avons voulu comprendre le rôle de ces récepteurs cannabinoïdes bien particuliers, et les conséquences sur le cerveau et sur le comportement lorsqu’ils sont exposés au cannabis », explique Giovanni Marsicano. Les chercheurs ont alors « exposé » des souris au THC, le principal composé psychoactif du cannabis. Et ils ont observé que l’activation persistante des récepteurs cannabinoïdes mitochondriaux situés dans les astrocytes entraînait une cascade de processus moléculaires menant à un dysfonctionnement du métabolisme du glucose dans les astrocytes.

« Notre étude est la première à montrer que la baisse de sociabilité parfois associée à la consommation de cannabis est la conséquence d’une altération du métabolisme du glucose dans le cerveau. Elle ouvre aussi de nouvelles pistes de recherche pour trouver des solutions thérapeutiques afin de pallier certains des problèmes comportementaux résultant d’une exposition au cannabis. En plus, elle révèle l’impact direct du métabolisme énergétique des astrocytes sur le comportement », précise Giovanni Marsicano.

L’Inserm ajoute qu’à l’heure « où le débat autour du cannabis thérapeutique revient sur le devant de la scène » (sic), les chercheurs estiment que ce type de recherche est nécessaire pour mieux comprendre la manière dont les différents récepteurs cannabinoïdes de l’organisme interagissent avec cette drogue, et si certains d’entre eux sont particulièrement associés à des effets délétères. De tels travaux permettraient en effet d’assurer une prise en charge optimale pour les patients qui pourraient avoir recours à ce type de thérapie. Merci.

A demain @jynau

1 Glucose metabolism links astroglial mitochondria to cannabinoid effects Daniel Jimenez-Blasco , Arnau Busquets-Garcia, Etienne Hebert-Chatelain , Roman Serrat, Carlos Vicente-Gutierrez, Christina Ioannidou,Paula Gómez Sotres, Irene Lopez-Fabuel, Monica Resch, Eva Resel, Dorian Arnouil , Dave Saraswat, Marjorie Varilh, Astrid Cannich, Francisca Julio-Kalajzic, Itziar Bonilla-Del Río, Angeles Almeida, Nagore Puente, Svein Achicallende, Maria-Luz Lopez-Rodriguez, Charlotte Jollé, Nicole Déglon, Luc Pellerin, Charlène Josephine, Gilles Bonvento, Aude Panatier, Beat Lutz, Pier-Vincenzo Piazza Manuel Guzmán, Luigi Bellocchio, Anne-Karine Bouzier-Sore, Pedro Grandes, Juan P.Bolaños and Giovanni Marsicano

Nature, juillet 2020 DOI : 10.1038/s41586-020-2470-y

2 Sociabilité : aptitude à vivre en société. Synon. littér. socialité (dér. s.v. social).

« Que peut devenir la sociabilité humaine entre un prince que le despotisme hébète et un paysan que l’esclavage abrutit? » (Hugo, Rhin, 1842, p. 441).

« Intelligence et sociabilité doivent être replacées dans l’évolution générale de la vie. Pour commencer par la sociabilité, nous la trouvons sous sa forme achevée aux deux points culminants de l’évolution, chez les insectes hyménoptères tels que la fourmi et l’abeille, et chez l’homme » (Bergson, Deux sources, 1932, p. 121).

Covid-19 : non, l’hydroxychloroquine ne serait pas efficace en prévention de l’infection

Bonjour

08/07/2020. Sous le soleil de Marseille, le Pr Didier Raoult twette : «Merci  à SAS Le Prince Albert II de nous avoir fait l’honneur de nous rendre visite, ce matin, à l’IHU Méditerranée Infection ». A Paris on publie : les patients traités «au long cours» avec de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine n’ont pas été moins touchés par des formes graves de Covid-19 durant l’épidémie, conclut une large étude française 1 ; une étude réalisée par Epi-phare, structure originale réunissant l’Agence du médicament (ANSM) et l’Assurance Maladie ce qui permet d’avoir accès à des données jusqu’alors inconnues ou masquées.  

« L’épidémie de Covid-19 est une pandémie mondiale avec plus de 9 millions de cas signalés au 26 juin 2020, dont près de 485 000 décès, rappellent les auteurs. Des traitements efficaces seraient nécessaires de toute urgence, et actuellement plus de six cents essais cliniques sont en cours à travers le monde. L’efficacité des antipaludéens de synthèse (hydroxychloroquine HCQ ou chloroquine) associés ou non à l’azithromycine est débattue depuis le début de la pandémie. Peu d’études ont évalué l’action préventif de ces produits sur l’infection à Covid-19. »

Objectif de l’étude : évaluer le risque d’hospitalisation, le risque d’intubation oro-trachéale et le risque de décès pour Covid-19 chez les patients utilisant des antipaludéens de synthèse (APS) au long cours et de les comparer aux risques en population générale.

Ce travail a été réalisé à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS) et des informations recueillies à partir des séjours hospitaliers (PMSI) liés à la COVID-19 et remontées exceptionnellement de manière hebdomadaire et accélérée. Plus précisément les analyses ont porté sur les données issues de la remontée du 2 juin 2020 qui comprenait les informations de 71 901 patients hospitalisés pour COVID-19 sur l’ensemble du territoire national.

« Un sur-risque d’hospitalisation, d’intubation et de décès »

La population considérée sous APS au long cours était constituée par l’ensemble des personnes ayant reçu au moins six délivrances remboursées d’APS (HCQ ou chloroquine) entre le 1er janvier 2019 et le 15 février 2020, dont la dernière au cours du dernier trimestre 2019 ou début 2020. Cette population était constituée de 54 874 patients : 84,3% étaient des femmes, l’âge moyen était de 55,3 ans ; environ 55% résidaient dans un des territoires les plus touchés par l’épidémie (Grand Est, Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Hauts-de-France).

Deux types d’études complémentaires ont été réalisées : une étude de type «observé – attendu»  et une étude de cohorte exposés/non-exposés. On lira ici le détail de la méthodologie et les résultats chiffrés. Conclusion, prudente :

« Les résultats mettent en évidence un sur-risque d’hospitalisation, d’intubation et de décès liés au COVID-19 parmi les patients sous APS au long cours par rapport à la population générale française. Les analyses réalisées suggèrent que ce sur-risque est expliqué par les caractéristiques liées à la pathologie chronique sous-jacente justifiant l’utilisation des APS au long cours, notamment la co-médication par corticoïdes oraux, plutôt que par l’exposition aux APS elle-même. »

Mais les auteurs ajoutent également que ces résultats « ne suggèrent pas de rôle préventif de l’utilisation des antipaludéens de synthèse au long cours sur le risque de survenue d’une hospitalisation, d’une intubation ou d’un décès liés au Covid-19 ». Ils concluent en ces termes : « Même si la nature observationnelle de l’étude ne permet pas de conclure formellement à l’absence de bénéfice des antipaludéens de synthèse pour la prévention d’une forme sévère de Covid-19, ces résultats ne plaident pas en faveur d’une utilisation préventive de l’hydroxychloroquine dans la population, y compris la population la plus à risque – et ce en dehors d’essais thérapeutiques dédiés. »

A demain @jynau

1 « Utilisation au long cours d’antipaludéens de synthèse et risque de survenue de formes graves ou létales de la COVID-19 Etude de pharmaco-épidémiologie à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS) Version finalisée 2 Juillet 2020 Etude réalisée par le Groupement d’Intérêt Scientifique EPI-PHARE : Emilie Sbidian, Laetitia Penso, Philippe Herlemont, Jérémie Botton, Bérangère Baricault, Laura Semenzato, Jérôme Drouin, Alain Weill, Rosermary Dray-Spira, Mahmoud Zureik, (GIS EpiPhare Université Paris Est Créteil, Unité de recherche EpiDermE, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines).

Déclarations d’intérêt Les déclarations d’intérêt des auteurs membres EPI-PHARE, tous salariés de l’ANSM et/ou de l’assurance maladie et/ou l’APHP, sont consultables en ligne sur le site du Ministère des Solidarités et de la Santé – Consultation des déclarations publiques d’intérêts https://dpi.sante.gouv.fr/dpi-public-webapp/app/recherche/declarant

A la date de l’étude aucun des auteurs n’avait de lien d’intérêt avec une entreprise du médicament

Hydroxychloroquine : contrairement à ce qui fut annoncé, l’histoire n’est pas terminée

Bonjour

06/07/2020. Tout ne serait-il pas encore écrit ? L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé, samedi 4 juillet, que face à la Covid-19, l’association des antiviraux lopinavir/ritonavir (Kaletra), avec ou sans interféron bêta, ne constituait pas une solution thérapeutique (essai clinique Solidarity). Idem, en France, avec l’essai Discovery. « Cette décision sonne le glas du repositionnement de ces antiviraux utilisés contre le VIH » réume Le Monde (Hervé Morin).  Dans ces deux essais, après l’annonce, le 17 juin, de l’arrêt du recours à l’hydroxychloroquine, ne reste en expérimentation, dans ces deux essais, que le remdesivir de l’américain Gilead Sciences. Selon un essai américain, ce médicament permettrait de réduire de quelques jours la durée d’hospitalisation

Remdesivir qui, à ce titre, vient d’être autorisé dans l’Union européenne et dont le prix réclamé par Gilead alimente une vive polémique – comme en témoigne l’Observatoire pour la transparence sur les médicaments (OTMEDS) :

« Gilead fixe un prix indécent et illégitime au remdesivir, une molécule dont l’utilité dans le cadre du COVID-19 est évaluée grâce à de l’argent public. Le nouveau premier ministre Jean Castex a les moyens de freiner ces prétentions illégitimes qui ruinent notre système de santé et entravent l’accès universel aux soins. 

« Gilead vendra le remdesivir aux États-Unis 390 dollars (347 €) la dose quotidienne, pour un prix moyen de traitement sur 6 jours de 2340 dollars (2080 €). Ce prix, qui sera sans doute celui proposé à la France et aux pays à revenus intermédiaires, est exorbitant. Selon l’étude réalisée par Andrew Hill et al., le coût de production d’une dose quotidienne de remdesivir est en effet de 75 centimes de dollars. »

La messe préventive n’est pas encore dite

« Les données américaines sur le remdesivir ne sont pas suffisantes, estime cependant l’infectiologue Yazdan Yazdanpanah cité par Le Monde. Il faut que Solidarity et Discovery se poursuivent pour évaluer l’effet sur la mortalité de cette molécule. »Dès lors, en quoi espérer ? Aujourd’hui seul un ancien corticoïde, la dexaméthasone, a démontré -essai Recovery)  un avantage en termes de réduction de la mortalité dans les cas les plus graves. Un résultat qui n’est en rien une surprise pour les spécialistes des services de réanimation qui, déjà, l’utilisaient.

Où l’on en revient à la trop célèbre mais médiatiquement (indéboulonnable) hydroxychloroquine plus ou moins associée à l’azithromycine. Un traitement, promu en France par le Pr Didier Raoult mais qui, quoiqu’en dise ce dernier, n’a pas fait la preuve de son efficacité sur les patients hospitalisés dans Solidarity, Discovery et Recovery. Pour autant l’histoire n’est pas finie : il existe d’autres essais cliniques prospectifs ont lancés pour explorer son intérêt préventif – la diminution de l’attaque virale dans la période précoce de l’infection.

C’est l’objectif, par exemple, de l’essai COPCOV, qui entend comparer chloroquine et hydroxychloroquine à un placebo auprès de 40 000 professionnels de la santé d’Europe, d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud. « L’hydroxychloroquine pourrait encore prévenir les infections, et cela doit être déterminé dans le cadre d’un essai contrôlé randomisé », estime le Pr Sir Nicholas White, de l’université d’Oxford, promoteur de cet essai, dont les résultats ne sont cependant pas attendus avant plusieurs mois. Une étude dont la progression peut être consultée ici.

Où l’on comprend que, finalement, au-delà des « gestes barrières » et du masque la messe préventive est encore loin d’être dite.

A demain @jynau

Transparence : en France le remdesivir (Veklury®) de Gilead sera-t-il à 390 $ le flacon?

Bonjour

04/07/2020. Urgence versus transparence… La Commission européenne a autorisé le 3 juillet la « mise sur le marché conditionnelle » de l’antiviral remdesivir (Veklury®) de Gilead Sciences au sein de l’Union européenne ; et ce pour le traitement des patients gravement atteints de la Covid-19. Una autorisation accordée moins d’un mois après le dépôt de la demande et une semaine seulement après l’avis de l’Agence européenne du médicament (contre plus de deux mois habituellement – et en dépit des accusations du Pr Didier Raoult, Marseille).

« Nous ne négligerons aucun effort pour obtenir des traitements ou des vaccins efficaces contre le coronavirus », a déclaré la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, dans un communiqué. Le remdesivir est le premier médicament autorisé au niveau de l’UE pour le traitement contre le Covid-19, précise l’exécutif européen.

Pour rappel, Le Quotidien du Médecin (Coline Garré) précise que la mise sur le marché conditionnelle (CMA) est l’un des mécanismes réglementaires de l’UE visant à faciliter l’accès à des médicaments « qui répondent à un besoin médical non satisfait », notamment dans des « situations d’urgence en réponse à des menaces pour la santé publique telles que la pandémie actuelle », même si les données sont « moins complètes que prévu ».

Initialement développé contre la fièvre hémorragique Ebola, cet antiviral est la première thérapie à avoir démontré une « certaine efficacité » chez les patients hospitalisés pour le Covid-19 dans un essai clinique de taille significative – et ce même si l’effet peut être considéré comme « modeste ».

La recommandation de l’EMA concerne le traitement du nouveau coronavirus chez les adultes et les adolescents à partir de 12 ans, souffrant de pneumonie et ayant besoin d’un supplément d’oxygène. L’EMA s’appuie principalement sur l’étude américaine du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID), qui démontre que les patients traités par du remdesivir se rétablissent en moyenne quatre jours plus vite que les autres malades. Il n’a pas été prouvé que le remdesivir permettait d’éviter les décès.

Reste la question, majeure mais toujours passée sous silence, du prix. On se souvient, ici, de la peu banale « lettre ouverte de Daniel O’Day, CEO, Gilead Sciences »   parlant « ouvertement » de la question de la fixation du prix :

 « Une des principales raisons ayant guidé notre décision est de limiter la nécessité de négociations sur le prix pays par pays. Nous avons fixé ce prix pour rendre le traitement abordable dans l’ensemble des pays développés. Ce prix sera proposé à tous les gouvernements des pays développés dans lesquels l’utilisation du remdesivir est autorisée. Au prix de 390 $ par flacon, le remdesivir devrait permettre aux systèmes de santé de réaliser des économies. »

Questions : Les négociations commerciales entre le gouvernement français et Gilead Sciences seront-elles, comme toujours tenues secrètes ? Ou peut-on un instant espérer, (avec l’arrivée de Jean Castex et Nicolas Revel à Matignon) que  la France s’engagera ici sur la voie d’une transparence avec Big Pharma, transparence démocratique qu’elle a toujours refusée ?

A demain @jynau

Covid-19: combien rémunérer les volontaires à qui on va injecter le virus après les avoir vaccinés ?

Bonjour

03 :07/2020. Embarras éthique d’actualité et silence de l’exécutif  : moyennant rémunération substantielle de volontaires vaccinés le «challenge infectieux» (l’inoculation du SARS-CoV-2) permettrait aux firmes pharmaceutiques d’aller plus vite dans la mise au point d’un vaccin contre la Covid-19. Une pratique qui ne prête à aucune transparence – alors même qu’elle soulève de nouvelles questions d’éthique. En France les autorités sanitaires gardent étrangement le silence et le Comité national d’éthique semble déjà en vacances. Pourquoi ? Exposé des principales données du dossier :

A lire sur Slate.fr : « Covid-19: va-t-on injecter le virus aux volontaires qui testent les vaccins ? », 3 juillet 2020

A demain @jynau

Covid-19: voulez-vous savoir quel sera, en France, le prix du remdesivir de Gilead Sciences ?

Bonjour

29/06/2020. On savait le controversé remdesivir 1 depuis peu potentiellement autorisé en Europe. Restait à trancher la douloureuse question du prix. Nous avons la réponse aujourd’hui dans une « lettre ouverte de Daniel O’Day, CEO, Gilead Sciences ». Extraits :

« Dans les semaines qui se sont écoulées, depuis que nous connaissons l’intérêt du remdesivir contre la COVID-19, le prix que nous pourrions fixer pour ce médicament a suscité de nombreuses questions. Ces interrogations sont compréhensibles. Notre traitement expérimental, le remdesivir, est le premier antiviral à avoir démontré une amélioration clinique des patients atteints de la COVID-19 dans les essais cliniques et il n’existe pas de règles préétablies pour déterminer le prix d’un nouveau médicament en situation de pandémie. »  

Daniel O’Day dit « être conscient de la responsabilité importante qui lui incombe dans la fixation des prix du remdesivir et de la nécessité d’être transparent quant à sa décision ». Puis, après avoir analysé la situation avec le plus grand soin et de nombreuses discussions, il est désormais en mesure de faire connaître sa décision et de l’expliquer. Objectif : « aider le plus grand nombre de patients le plus rapidement possible et de manière responsable ». « Cette approche nous a guidés dans nos choix pour trouver des réponses rapides et établir la sécurité et l’efficacité du remdesivir, pour augmenter nos capacités de production, ainsi que lorsque nous avons décidé de faire don de l’intégralité de nos stocks de remdesivir jusqu’à la fin du mois de juin » souligne-t-il.  

Mais juin tire à sa fin… Lisons Daniel O’Day, cet écrit constituant un événement dans le monde habituellement triplement feutré de Big Pharma :  

« Dans des circonstances normales, le prix d’un médicament est corrélé à ce qu’il apporte aux patients. Les premiers résultats de l’étude NIAID ont montré que le remdesivir permettrait de raccourcir d’en moyenne quatre jours le rétablissement chez des patients hospitalisés atteints de la COVID-19. En prenant l’exemple des États-Unis, une sortie plus rapide de l’hôpital permettrait de faire une économie d’environ 12 000 $ par patient. Ainsi, en considérant ces seules économies immédiates pour le système de santé, nous pouvons voir l’intérêt du remdesivir. A cette donnée économique, il faut également prendre en compte l’intérêt pour les patients de voir leur séjour à l’hôpital raccourci.  

« Nous avons décidé de fixer le prix du remdesivir bien en dessous de ce montant. Afin de permettre un accès large et équitable et faire face au besoin médical de par le monde, nous avons fixé un prix de 390 $ par flacon pour les gouvernements des pays développés. Sur la base des schémas de traitement actuels, la grande majorité des patients devrait recevoir un traitement d’une durée de 5 jours soit six flacons de remdesivir, ce qui équivaut à un montant total de 2 340 $.  

« Une des principales raisons ayant guidé notre décision est de limiter la nécessité de négociations sur le prix pays par pays. Nous avons fixé ce prix pour rendre le traitement abordable dans l’ensemble des pays développés. Ce prix sera proposé à tous les gouvernements des pays développés dans lesquels l’utilisation du remdesivir est autorisée. Au prix de 390 $ par flacon, le remdesivir devrait permettre aux systèmes de santé de réaliser des économies.  

« Aux États-Unis, le même prix de 390 $ par flacon s’applique. En raison de la façon dont le système américain fonctionne et des systèmes de compensations existants, le prix pour les compagnies d’assurance privées américaines sera de 520 $ par flacon. Ce prix et les programmes gouvernementaux en place, ainsi que l’aide supplémentaire de Gilead le cas échéant, devraient permettre à tous les patients d’avoir accès au remdesivir.  

« Dans les pays en développement où les ressources, les infrastructures et l’économie des systèmes de santé sont si différentes, nous avons conclu des accords avec des fabricants de génériques pour fournir le traitement à un coût nettement inférieur. Ces solutions alternatives sont conçues pour garantir que tous les pays du monde pourront donner accès au traitement. »  

« En fixant ce prix, nous avons tenu compte de nos responsabilités. Tout d’abord en veillant à ce que le prix ne soit en aucun cas un obstacle à un accès au traitement rapide et large mais aussi en poursuivant nos études en cours sur le remdesivir et en maintenant nos recherches à long terme sur les antiviraux. Cet investissement continu sur l’innovation scientifique est susceptible de pouvoir aider les générations à venir. Comme pour de nombreux autres aspects de cette pandémie, la fixation du prix d’un médicament dans ce contexte reste sans précédent. Nous nous sommes donc adaptés et nous pensons que ce prix du remdesivir est juste et responsable alors que le monde continue à subir les conséquences humaines, sociales et économiques de cette pandémie. »  

Comment mieux défendre son camp ? La France acceptera-t-elle sans sourciller « 390 $ par flacon »  2 ? Qu’en dira le Pr Didier Raoult promoteur de l’hydroxychloroquine et contempteur officiel français du remdesivir et de Gilead ? Et qui nous dira la vérité sur les « conflits d’intérêts » dénoncés par le microbiologiste marseillais devant les députés ?

A demain @jynau  

1 Gilead présente ainsi son médicament : « Le remdesivir est un antiviral qui est étudié dans plusieurs essais cliniques internationaux en cours. Dans le contexte actuel d’urgence de santé publique et au vu des données cliniques disponibles, le statut d’autorisation du remdesivir varie d’un pays à l’autre. Dans les pays où le remdesivir n’est pas autorisé par l’autorité de santé locale, il est considéré comme un médicament en cours de développement, dont la tolérance et l’efficacité ne sont pas établies. 

« Le remdesivir n’a pas été approuvé par la FDA, pour quelque utilisation que ce soit. Aux États-Unis, la FDA a émis une autorisation d’utilisation d’urgence (EUA) du remdesivir pour le traitement de patients hospitalisés atteints d’une forme sévère de COVID-19. Cette autorisation est temporaire, peut être révoquée et ne remplace pas la procédure formelle de dépôt, revue et autorisation d’un nouveau médicament. Pour plus d’informations sur l’utilisation autorisée du remdesivir et les exigences obligatoires de l’EUA aux États-Unis, veuillez consulter la Fiche de données à destination des professionnels de santé et la Lettre d’autorisation de la FDA, disponibles www.gilead.com/remdesivir

2 « Covid-19 : Efficacité, prix, disponibilité, ce que l’on sait sur le remdesivir de Gilead » (Nicolas Vuidez) Industrie Pharma

En dépit des critiques du Pr Didier Raoult, feu vert européen pour le remdesivir de Gilead

Bonjour

26/06/2020. Remdesivir et Gilead. Ce sont deux des cibles favorites du Pr Didier Raoult qui ne voit là qu’inefficacité et conflits d’intérêts – comme il l’a rappelé devant la Commission d’enquête de l’Assemblé nationale. Pour autant le comité des médicaments à usage humain (CHMP) de l’Agence européenne du médicament (EMA) vient de recommander l’octroi d’une autorisation de mise sur le marché conditionnelle à Veklury (remdesivir) de la firme américaine Gilead pour le traitement du COVID-19 chez les adultes et les adolescents souffrant de pneumonie nécessitant un supplément d’oxygène.

Le remdesivir devient ainsi le premier médicament contre le COVID-19 à être recommandé pour autorisation dans l’UE. « Les données sur le remdesivir ont été évaluées dans un délai exceptionnellement court grâce à une procédure d’examen continu, une approche utilisée par l’EMA lors des urgences de santé publique pour évaluer les données dès qu’elles sont disponibles, précise l’Agence. À partir du 30 avril 2020, le CHMP a commencé à évaluer les données sur la qualité et la fabrication, les données non cliniques, les données cliniques préliminaires et les données de sécurité à l’appui des programmes d’utilisation compassionnelle, bien avant la présentation de la demande d’autorisation de mise sur le marché le 5 juin. »

L’évaluation du dossier est maintenant terminée par la recommandation, qui est principalement basée sur les données de l’étude NIAID-ACTT-11, parrainée par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) des États-Unis, ainsi que des données à l’appui d’autres études sur le remdesivir. L’étude NIAID-ACTT-1 a évalué l’efficacité d’une cure prévue de dix jours de remdesivir chez plus de 1000 patients hospitalisés avec COVID-19. Le remdesivir a été comparé au placebo et la principale mesure de l’efficacité était le délai de récupération des patients (défini comme n’étant plus hospitalisé et / ou nécessitant de l’oxygène à domicile ou hospitalisé mais ne nécessitant pas d’oxygène supplémentaire et ne nécessitant plus de soins médicaux continus )

A quel véritable prix sera-t-il commercialisé ?

Un effet qui pourra apparaître bien modeste – par ailleurs contesté par un essai clinique mené en Chine. « Dans l’ensemble, l’étude a montré que les patients traités par le remdesivir se rétablissaient après environ 11 jours, contre 15 jours pour les patients sous placebo, précise l’Agence qui ne fait pas état de la controverse. De plus cet effet n’a pas été observé chez les patients atteints d’une maladie légère à modérée: le délai de récupération était de 5 jours pour le groupe remdesivir et le groupe placebo.  

Pour autant, compte tenu des données disponibles, l’Agence européenne « a considéré que l’équilibre des avantages et des risques s’était révélé positif chez les patients atteints de pneumonie nécessitant un supplément d’oxygène; c’est-à-dire les patients atteints d’une maladie grave ». Le remdesivir est administré par perfusion et son utilisation est limitée aux établissements de santé dans lesquels les patients peuvent être surveillés de près; la fonction hépatique et rénale doit être surveillée avant et pendant le traitement, le cas échéant. Le traitement doit commencer par une perfusion de 200 mg le premier jour, suivie d’une perfusion de 100 mg par jour pendant au moins 4 jours et pas plus de 9 jours.

La Commission européenne, qui a été tenue informée par l’EMA tout au long de l’évaluation, devrait accélérer le processus décisionnel de manière à accorder une autorisation de mise sur le marché conditionnelle dans les prochains jours permettant ainsi, après les Etats-Unis, la commercialisation du produit dans l’UE Deux questions se poseront alors : celle de l’approvisionnement et celle du prix facturé. Deux sujets qui seront sans doute très précisément étudiés, depuis Marseille, par le Pr Didier Raoult.

A demain @jynau

Chloroquine : le Pr Christian Perronne est désormais visé par l’Ordre et par l’AP-HP

Bonjour

25/06/2020. C’est fait : il y a bien, en appendice de l’intense médiatisation raoultienne, une « affaire Christian Perronne ». Rappel : au départ, un pamphlet 1 doublé d’un premier entretien médiatisé (Le Figaro Magazine) pour le lancer : « Covid et chloroquine: un spécialiste dénonce ‘’l’union de l’incompétence et de l’arrogance’’ ». Auteur : le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches (AP-HP) personnalité controversée.

Un pamphlet alimenté d’une colère nourrie par la «chloroquine» : l’administrer sous une forme préventive aux patients fragiles aurait selon lui permis de réduire considérablement le nombre de morts en France. Et le Pr Perronne, comme hier le Pr Didier Raoult devant la Commission d’enquête parlementaire, d’évoquer des conflits d’intérêts, d’accuser des membres du Conseil scientifique ou du Haut Conseil de la santé publique d’avoir écarté la chloroquine à cause de liens d’argent avec des laboratoires concurrents. Une semaine plus tard une pétition ciblait l’auteur, réclamant que le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) se saisisse du cas soulevé par le Pr Perronne.

« Celui-ci affirme que « 25 000 morts » auraient pu être évités en France si la combinaison hydroxychloroquine et l’azithromycine avait été prescrite massivement. Il poursuit en prétendant que le service de maladies infectieuses du CHU de Nantes et les médecins de l’hôpital auraient « laissé crever son beau-frère ». Christian Perronne accuse ainsi directement, à de multiples reprises, sans aucune retenue ni preuve médicale ou scientifique, des collègues médecins d’avoir refusé de prescrire un traitement et laissé « crever » des gens du fait d’intérêts financiers, entretenant ainsi l’idée que ses collègues sont des « criminels » au service de l’industrie pharmaceutique. »
 
Quatre jours plus tard l’Ordre est en marche. « Alerté par les propos tenus par le Pr Christian Perronne, le Conseil national a saisi le conseil départemental de l’ordre des Hauts-de-Seine », dont dépend ce médecin en tant que chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de Garches,  vient d’annoncer le CNOM sur Twitter.

Le conseil départemental de l’ordre des Hauts-de-Seine doit désormais « instruire le dossier » et « informer le CNOM des suites données », a poursuivi ce dernier, confirmant une information du Figaro (Cécile Thibert). Il pourra décider de porter plainte contre le Pr Perronne devant les instances disciplinaires s’il le juge nécessaire. Pour manquement à la confraternité ?

 « Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité »

Ce n’est pas tout. Une autre action est lancée par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Dans une lettre datée du 24 juin, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, demande à son collège de déontologie de donner un avis « avant la fin du mois de juillet » sur le cas du Pr Christian Perronne. La question est de savoir « s’il peut y avoir des manquements à des obligations d’ordre déontologique (…) dans un cas de figure où des propos sont tenus avec l’autorité conférée à une fonction de responsabilité dans un hôpital public universitaire ».

La lettre de l’AP-HP, dont l’AFP a « obtenu copie », évoque notamment l’accusation, lors d’une interview télévisée, portée par le docteur Perronne à l’égard des médecins du CHU de Nantes d’avoir « laissé crever » son beau-frère, au motif qu’il ne lui aurait pas été délivré d’hydroxychloroquine. Ce traitement, promu par le Pr Didier Raoult, est aussi chaudement préconisé par le docteur Perronne comme ayant fait ses preuves, « alors que cette efficacité n’est pas établie », rappelle l’AP-HP.

Martin Hirsch évoque d’autres propos qui « doivent retenir l’attention » de ses déontologues : prétendre que l’hydroxychloroquine aurait permis d’éviter 25 000 morts si elle avait été prescrite largement en France ; « enfin, mettre en cause la probité d’autres médecins de la même institution dans la manière dont ils ont émis des avis sur la crise, en affirmant que leur attitude a provoqué des milliers de morts ».

Prudent comme toujours Martin Hirsch prend grand soin de préciser qu’il « ne s’agit bien entendu pas de remettre en cause la liberté d’expression (…), ni bien évidemment de considérer que l’on ne pourrait pas librement apporter sa contribution au débat sur la manière dont une crise sanitaire est gérée et émettre des critiques, fussent-elles virulentes ».

Pour autant il demande à son collège de déontologie de dire si les propos litigieux sont contraires à l’article 25 de la loi du 13 juillet 1983 sur les droits et les obligations des fonctionnaires :

« Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. Dans l’exercice de ses fonctions, il est tenu à l’obligation de neutralité. Le fonctionnaire exerce ses fonctions dans le respect du principe de laïcité. A ce titre, il s’abstient notamment de manifester, dans l’exercice de ses fonctions, ses opinions religieuses. Le fonctionnaire traite de façon égale toutes les personnes et respecte leur liberté de conscience et leur dignité.

« Il appartient à tout chef de service de veiller au respect de ces principes dans les services placés sous son autorité. Tout chef de service peut préciser, après avis des représentants du personnel, les principes déontologiques applicables aux agents placés sous son autorité, en les adaptant aux missions du service. »

A demain @jynau

1 Perronne C, « Y a-t-il une erreur qu’ILS n’ont pas commise ? : Covid-19, l’union sacrée de l’incompétence et de l’arrogance » (Albin Michel). 

«Conflits d’intérêts» : quelles suites après le show explosif du Pr Raoult devant les députés ?

Bonjour

25/06/2020. Tempêtes à l’horizon. On découvrira sur cette vidéo, l’invraisemblable arrivée « rock star », à l’Assemblée nationale, du microbiologiste marseillais ultra-médiatique masqué. Puis la suite, un document essentiel : plus de trois heures d’une audition hors du commun devant la commission d’enquête sur la gestion de la pandémie à l’Assemblée nationale. Une audition rapidement transformé en un réquisitoire hors du commun , une charge menée par un double acteur : acteur dans la lutte contre la pandémie et acteur mettant en scène, avec gourmandise, sa propre personne. Un homme dont une boutique marseillaise commercialise avec un succès croissant des « bougies à son effigie » – comme a jugé utile de le préciser l’un de ses voisin niçois, Eric Ciotti (LR) par ailleurs rapporteur de la commission d’enquête. Il aurait pu ajouter que ce microbiologiste enflé de sa nouvelle puissance est devenu l’une des personnalités « politiques » préférées des Français.

Tour à tour présenté comme infectiologue ou épidémiologiste le Pr Raoult a plus que dominé son sujet. Professeur des écoles, savant surplombant, procureur révolutionnaire, néo-ministre de la santé, intime du président de la République, le plus ancien dans le grade le plus élevé il a littéralement envoûté les quelques députés qui ne l’étaient pas encore. Beaucoup n’ont pas saisi la somme des sous-entendus mais ce fut aussi et avant tout un terrible règlement de compte, une avalanche d’accusations parfois nominatives, parfois réitérés, une somme qui pourrait, demain, conduire à des actions pour diffamation.

 « Votre action a suscité une multitude de réactions passionnelles qu’on n’a pas l’habitude de voir dans une crise sanitaire, a d’emblée  résumé le rapporteur Eric Ciotti. Vous êtes ou haï ou adulé. » Dans l’enceinte il fut majoritairement adulé. On imagine les haines qu’il a pu alimenter en dehors – et qui ne tarderont guère à prendre corps.

Ses erreurs majeures, ses contradictions ? « L’avenir n’est à personne, l’avenir est à Dieu », botte en touche grâce à Victor Hugo.Porté au-delà des nues par les tenants de l’antisystème et du populisme bon teint il savamment réavivé les conflits latents qui dans son domaine opposent Paris à Marseille, Marseille à Lyon, la province contre la capitale, les puissants contre les faibles. Comme dans l’affaire du « Conseil scientifique ». installé par Emmanuel Macron en mars pour l’aider dans sa prise de décisions. « J’étais un ovni, un extraterrestre », au milieu d’« une bande de types qui ont l’habitude de travailler entre eux », mais dont aucun « n’est expert des coronavirus », a-t-il accusé. « Je ne suis pas un homme de réunion, je suis un homme de données », a-t-il insisté, précisant qu’il n’était « pas d’accord » avec ce que le tout-puissant Pr Jean-François Delfraissy et son « cénacle » avaient préconisé pendant la crise. Le divorce était inévitable. Il est loin d’être soldé.

« Comme des blaireaux dans leur terrier qui mordent quand on s’en approche ».

Pour autant, Didier Raoult n’avait jamais rompu le contact avec l’exécutif – il s’est tout simplement mis en contact direct avec Olivier Véran, ministre et Emmanuel Macron, président, un proche qui sait l’entendre et le comprendre. Et d’attaquer non plus, cette fois, le ministre de la Santé mais son entourage.  « Quand on est un politique, il faut avoir un rempart (…) une garde prétorienne (…) qui a des nerfs (…) et traite des données (…) afin que le ministre ne soit pas submergé d’informations inquiétantes qui ne se révèlent pas vraies », a-t-il requis, en précisant que si ce n’était pas le cas, le ministre pouvait « exploser de manière insupportable ». « Vous décrivez un ministre sous influence ! », a bien noté le voisin Eric Ciotti.

Plus grave le microbiologiste a très clairement évoqué les conflits d’intérêt pouvent expliquer une part des difficultés de la France face au Covid-19 : « Il faudra faire une véritable enquête sur l’américain Gilead et son [antiviral] remdesivir dont la stratégie était fondée sur l’influence. » Il s’est étonné de la proximité entre le directeur du laboratoire américain Gilead et certains cliniciens qui « se tutoyaient ». Cette familiarité engendre selon lui « un écosystème favorable » à l’industrie. Mieux encore il a rappelé avoir récemment publié une analyse montrant une corrélation entre une expression publique défavorable à son hydroxychloroquine et le fait d’avoir été financé par la puissante société américaine – une publication dans laquelle il se garde bien de nommer les médecins concernés. « Je ne dis pas qu’il y a une causalité, mais une coïncidence. »

Il a aussi mis gravement en cause l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) et la Haute autorité de santé (HAS) en raison de « conflits d’intérêts très sérieux » en leur sein. Des noms de coupables ? Il suffira aux députés de visiter le site Euros for Docs, qui milite pour la transparence du lobbying dans la santé, pour mener leur enquête. « Vous avez porté des accusations extrêmement graves, a relevé Eric Ciotti. Nous serons amenés à explorer cette voie, afin d’en tirer toutes les conséquences. »

Puis nouvelles charges, également violentes, nouveaux règlement de comptes avec l’Inserm et l’Institut Pasteur «  qui ferme à 19 heures » Les failles gouvernementales majeures concernant le recours aux tests PCR de dépistage ? Là encore mitraillage visant les « Centres nationaux de références » dont les membres sont. « comme des blaireaux dans leur terrier qui mordent quand on s’en approche ».

Tout cela il le sait et le mûrit depuis 2001, date de sa prise de conscience de l’impréparation du pays face à ce type de crise. Il sait, depuis que les maladies émergentes devraient constituer « un domaine régalien ». Il voit son IHU comme un « fort de Vauban ». D’ailleurs dans un rapport rendu en 2003 commandé par le ministre de la santé Jean-François Mattéi (en dépit des réserves de Bernard Kouchner) il préconisait d’en répartir sept sur le territoire pour assurer recherche, veille et protection, calqués sur les zones de défense militaires. « Une crise de cette nature doit être gérée par le Secrétariat général à la défense nationale »assure celui qui pourrait prendre la tête des troupes.

Pour le reste, accusation des « méthodologistes » et du rituel des essais randomisés, citations à l’envi de philosophe, glorification de sa personne, déclarations d’amour à la science de celui qui assure ne pas être un prophète – tout en en ne cessant, caressant ses longs cheveux, d’en prendre le visage.  Il faudra noter le niveau des ventes de bougies, dans la boutique marseillaise.

A demain @jynau

Après ses accusations devant les enquêteurs, le Pr Raoult sera-t-il poursuivi pour diffamation?

Bonjour

24/06/2020. Ainsi donc, le Pr Didier Raoult face aux députés de la commission d’enquête sur la gestion politique de la lutte contre l’épidémie de Covid-19. On attendait un spectacle, ce fut aussi un réquisitoire nourri du soupçon de conflits d’intérêts. Du jamais entendu dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Un mitraillage général mais visant aussi, nommément, plusieurs personnalités médicales – à commencer par le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique du gouvernement.  Nous y reviendrons. Premiers extraits :

« Vous me demandez pourquoi je ne suis pas resté dans ce conseil scientifique. C’est parce que je considérais que ce n’était pas un conseil scientifique et que je ne fais pas. Je ne fais pas de la présence, j’ai pas de temps. Je sais ce que c’est un conseil scientifique. Moi, j’ai un conseil scientifique qui fait rêver le monde entier de qualité. Ce n’était que des stars de leur domaine. Là ce n’était pas ça.Il n’y avait aucun de ceux qui connaissaient le coronavirus dans le conseil scientifique.

« Il se trouve que dans ce conseil scientifique, j’étais un ovni, un extraterrestre. Il n’y avait pas de compatibilité génétique entre nous, ce n’était pas possible. C’était un groupe qui se connaissait entre eux, qui travaillait depuis des années ensemble. Je pense que c’est le président qui a souhaité que je fasse partie de ce groupe. Ils avaient des idées très précises, qui avaient déterminé ce qu’il fallait faire avant que j’arrive et je n’étais pas d’accord. On ne travaillait jamais avec les papiers sur la table, jamais avec les données sur la table. Et je ne travaille pas comme ça. Je ne suis pas un homme de réunion, un homme de données.

Interrogé par le rapporteur Eric Ciotti sur les personnes qui influenceraient de façon néfaste le ministre de la Santé, Olivier Véran, le Pr Raoult donne des noms. Le directeur de l’ANSM (l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), Dominique Martin, et le président de la Haute Autorité de santé, Dominique Le Guludec. « C’est eux qui ont pris les décisions » a-t-l dit.

« Le problème n’est pas résolu. Le problème reviendra. Donc, si vous refaites un groupe en disant (…) ‘pour faire la recherche médicale, on va prendre les gens de l’Inserm, des gens de Pasteur, qui vont se partager les manières de réfléchir et qui vont gérer des hôpitaux, plus deux ou trois personnes qui travaillent avec l’industrie pharmaceutique, je vous le dis, vous retomberez dans la même crise.

« Quand j’ai commencé à parler pour la première fois de la chloroquine. Il y a quelqu’un qui m’a menacé à plusieurs reprises de manière anonyme. Je vous recommande de faire une véritable enquête sur Gilead (un laboratoire pharmaceutique américain producteur d’un médicament expérimenté contre la Covid-19), j’ai porté plainte et j’ai fini par découvrir qu’il s’agissait de la personne qui avait reçu le plus d’argent de Gilead depuis 6 ans ».  

Le Pr Raoult n’a pas donné le nom de celui qui l’a menacé. Il a, aussi, rappelé qu’il est en contact régulier avec l’Elysée.

A demain @jynau