Cannabis-Urgent : recherche un bon producteur français (s’adresser à l’Agence du médicament)

Bonjour

Pour un peu on en rirait. Résumons. Régulièrement annoncée l’expérimentation (officielle) du cannabis thérapeutique en France devrait débuter en septembre. Cette fois l’annonce en a été faite, le 22 janvier 2020, par Christelle Ratignier-Carbonneil, depuis trois ans directrice générale adjointe de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). C’était sous les ors de l’Assemblée nationale, lors des premières auditions de la « mission d’information commune sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis ».

« Septembre, c’est demain, c’est très proche », a fait observer la directrice générale adjointe, citée par l’AFP. Compte tenu de ce délai, l’ANSM envisage donc « plutôt d’avoir recours à des producteurs étrangers » pour fournir le cannabis nécessaire. Faut-il ici rappeler que la législation française interdit (actuellement) la culture des plants contenant des taux supérieurs à 0,2 % de THC ?

In ViVo et la Creuse bigrement intéressés

Pour autant la directrice générale adjointe ne néglige pas un certain pragmatisme surréaliste . « Si un producteur national est en capacité de répondre aux critères (…) , il pourra être retenu », a osé préciser Mme Ratignier-Carbonneil. Elle a même ajouré que « des réflexions sont actuellement en cours » entre, d’une part, le ministère des Solidarités et de la Santé et, de l’autre celui de l’Agriculture et de l’Alimentation pour permettre une production française. On attend ici, plus que celles d’Agnès Buzyn, les réflexions de Didier Guillaume toujours prolixe quand il s’agit de lutter contre les addictions et l’addictologie.

« Notre seul objectif reste la qualité des produits qui doivent être mis à la disposition des patients » a encore souligné la directrice générale adjointe. Et l’AFP de préciser que « malgré l’interdiction actuelle, InVivo, l’un des premiers groupes agricoles coopératifs français, a déposé une demande auprès de l’ANSM pour se « positionner sur le marché ». On sait aussi que le département de la Creuse est intéressé et qu’à Guéret le Premier ministre n’avait pas dit non. .

Pour un peu, on en rirait ? Ce serait oublier que l’expérimentation du cannabis « à usage médical » doit concerner trois mille personnes qui souffrent de maladies graves – certaines formes d’épilepsie, de douleurs neuropathiques, d’effets secondaires de chimiothérapie, de soins palliatifs ou de scléroses en plaques. Oublier que le cannabis sera consommé sous forme d’huile ou de fleurs séchées (« la voie fumée a été écartée à cause des effets nocifs de la combustion sur la santé »). Oublier que ce cannabis sera prescrit « en dernière intention » (a rappelé Mme Ratignier-Carbonneil). Oublier, enfin, que les patients concernés « pourront bénéficier du cannabis gratuitement ».

A demain @jynau

Il se trompe dans le dosage de Dépakine®, l’interne est condamné à plus de 10 000 euros

Bonjour

On ne commentera pas. « Bavure médicale à La Timone : l’interne condamné ». C’est une information de La Provence (Denis Trossero) reprise par Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos). Où l’on apprend qu’un interne de médecine de l’hôpital de la Timone de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille a récemment été condamné à verser 8 000 euros d’amende avec sursis et à une contravention de 800 euros par la sixième chambre du tribunal correctionnel de Marseille. Il avait «mal dosé » la Dépakine®

Les faits datent de 2017. Fin octobre, un couple arrive aux urgences de l’hôpital de la Timone avec leur bébé de vingt mois. Atteint d’une pathologie oncologique, l’enfant est « traité avec des bêtabloquants et de la Dépakine® pour améliorer l’efficacité de sa chimiothérapie », précisait alors  France Bleu Provence. Les parents alertent les équipes médicales que leur enfant est dans un état comateux après chaque prise de médicaments. 

Or, l’ordonnance rédigée par un interne comporte une erreur de conversion entre milligrammes et millilitres ayant conduit à un dosage de Dépakine® , dix fois supérieur à la normale. Un lavage d’estomac fut pratiqué d’urgence. Puis les parents portèrent plainte contre l’hôpital.

Outre l’amende et la contravention, l’interne devra verser à chacun des parents le somme de 1 000 euros en réparation de leur préjudice moral. Magnanime, la justice n’inscrira pas cette condamnation au casier judiciaire de l’interne.  La pharmacienne qui était également poursuivie a été relaxée. On ne commentera pas.

A demain @jynau

A l’attention des malades souffrants et des toxicomanes : la nouvelle donne du Tramadol®

Bonjour

C’est une nouvelle étape dans la politique de réduction des risques inhérents aux médicaments. Après avoir (enfin) obtenu le retour du paracétamol et de l’aspirine derrière le comptoir du pharmacien d’officine, le directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient de réussir à réduire la durée de prescription de la pléiade de spécialités contenant du tramadol :

BIODALGIC, CONTRAMAL, MONOALGIC, MONOCRIXO, OROZAMUDOL, TAKADOL, TOPALGIC, ZAMUDOL, ZUMALGIC et TRAMADOL GENERIQUESIXPRIM, ZALDIAR, TRAMADOL/PARACETAMOL GENERIQUES. SKUDEXUM.

Détail : en 2017, 6,8 millions de Français avaient consommé au moins une fois dans l’année l’une de ces spécialités.

On rappelle à cette occasion que le tramadol est indiqué uniquement indiqué « dans le traitement des douleurs modérées à intenses » mais qu’il « ne doit pas être prescrit dans le traitement de la migraine ». « Pour limiter le risque de dépendance, il doit être prescrit pendant la durée la plus courte possible, ajoute l’ANSM. Pour éviter un syndrome de sevrage, la posologie doit être diminuée progressivement avant l’arrêt du traitement. » Sans oublier qu’il « expose à des risques de convulsions ».

Décision : la durée maximale de prescription des médicaments contenant du tramadol est réduite de 12 mois à 3 mois. Elle sera applicable à compter du 15 avril 2020. Au-delà de 3 mois, la poursuite d’un traitement par tramadol (voie orale) nécessitera une nouvelle ordonnance.
 

Il s’agit ici de « limiter le mésusage » ainsi que les risques de dépendance. Cette mesure découle notamment des enseignements émergents de l’Etat des lieux sur la consommation des opioïdes et de la feuille de route 2019-2022 publiée par le Ministère de la Santé « Prévenir et agir face aux surdoses d’opioïdes ». 

Il s’agit surtout de (tenter de) lutter contre ce que montrent plusieurs enquêtes du réseau d’addictovigilance (CEIP-A). Le tramadol est ainsi devenu, en France le premier antalgique opioïde cité à la fois chez les usagers de drogue mais également dans la population générale pour le traitement de la douleur.

Les « usages problématiques » observés sont notamment une dépendance avec des signes de sevrage survenant même lors de prises à doses recommandées et sur une courte période – dépendance entraînant « une prise persistante par des patients qui ne présentent plus de douleur ». C’est aussi le premier antalgique impliqué dans les décès liés à la prise d’antalgiques, devant la morphine. C’est encore le deuxième antalgique le plus fréquemment retrouvé sur les ordonnances falsifiées présentées en pharmacie, derrière la codéine.

« Les médecins connaissent mal la molécule et les patients ne reconnaissent pas toujours les signes de dépendance  explique, dans Le Monde (Chloé Hecketsweiler) Nathalie Richard, directrice adjointe des médicaments antalgiques et stupéfiants à l’ANSM. Nous souhaitons débanaliser la prescription du Tramadol, notamment à la sortie de l’hôpital, où l’on donne souvent des ordonnances pré-imprimées aux patients. ».

La codéine et la poudre d’opium

« Certains patients présentent des symptômes de dépendance après seulement un mois » ajoute le Pr Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie et du centre de la douleur du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand. En outre, le sevrage est complexe, car le tramadol agit à la fois comme un antidouleur et un antidépresseur.»

Des prescriptions, donc, qui ne pourront plus être de douze mois mais de trois seulement. Sera-ce suffisant face à un mal national qui semble autrement plus profond ?

«Cette décision fait suite à un avis de 2019 de la commission des stupéfiants et psychotropes, nous a précisé le Pr Authier. L’alternative de mettre le tramadol en prescription sur ordonnancé sécurisée a été discuté mais pas retenue car cela aurait entraîné un report majeur des (primo)prescriptions d’antalgiques opioïdes vers la codéine et la poudre d’opium. Et donc une majoration des complications liées à ces deux molécules. Par ailleurs, passer les trois molécules sur ordonnances sécurisées risquait aussi de réduire significativement l’accès aux antidouleurs et provoquer une régression dans la prise en charge de la douleur en France.»

En revanche, il faudra selon lui probablement harmoniser cette mesure de limitation du renouvellement d’ordonnance à 3 mois à la codéine et à la poudre d’opium. Pour le Pr Authier cette mesure « rappelle la responsabilité du médecin, qui expose un patient à une substance potentiellement à risque de mésusage et pharmacodépendance, de réévaluer fréquemment la pertinence de ce traitement .»

Dont acte.

A demain @jynau

Sans précédent: quand quinze journaux enquêtent sur l’argent, Big Pharma et les hôpitaux

Bonjour

11 janvier 2019. « CHU de Tours et laboratoires pharmaceutiques : des liaisons dangereuses » titre La Nouvelle République du Centre-Ouest (Mariella Esvant). C’est sans précédent. Qu’apprend-on ? Extraits :

« En 2018, l’industrie pharmaceutique a déclaré 3,8 millions d’euros de liens d’intérêts avec le CHRU de Tours. Dont la moitié directement auprès des médecins. C’est la somme totale qu’a reçue le CHU de Tours de la part de l’industrie pharmaceutique en 2018, selon les données de la base officielle « Transparence Santé ». De la « petite monnaie », au regard des près de 670 millions d’euros de budget de l’établissement. Mais ce gros chèque appelle quand même des explications, car ce sont de puissants lobbyistes qui en sont les signataires.

« Le CHU de Tours n’est ni plus mauvais, ni meilleur élève que les trente-deux  autres CHU de France, quand il s’agit d’évoquer ces liens d’intérêts déclarés par les entreprises au profit des établissements de santé. Les sommes reçues s’inscrivent peu ou prou en rapport avec la taille de l’établissement et l’activité qui y est déployée. » 

Plus précisément 1.990.687 € distribués aux professionnels de santé Les professionnels de santé, et les médecins en particulier, pour leur rôle de prescripteurs, sont les plus courtisés par l’industrie pharmaceutique. Ainsi, les médecins, infirmiers et sages-femmes ont reçu une somme cumulée de 1.990.687 €, dont 90 % sont fléchés vers les seuls médecins. 

« Parmi les praticiens hospitaliers, certains se prêtent plus à ce jeu de lobbying que d’autres : un tiers d’entre eux n’avaient déclaré aucun lien d’intérêt en 2018, trois ont reçu plus de 50.000 € , soit l’équivalent d’un an de salaire moyen d’un praticien hospitalier. Entre ces deux extrêmes, les « liens d’intérêts déclarés » vont du simple café pris entre deux trains à 2 €, au « contrat d’expert » à 35.510  €. Le total le plus élevé pour un médecin du CHU de Tours en 2018 s’élevait à 75.656 € . »

« Infuser les bonnes pratiques à l’hôpital et à la faculté »

On pourrait en rester là. Tel n’est heureusement pas le cas. « CHU de Tours : contre l’influence des labos, de l’éthique plutôt que des contrôles » poursuit le quotidien régional (Mariella Esvant). « ‘’Désormais les choses sont connues’’, fait valoir le Pr Dominique Perrotin, ancien doyen de la faculté de médecine de Tours et chef du service de réanimation du CHU, actuel président de la commission d’éthique. (…) Au CHU et à la faculté de Tours, on promeut désormais les bonnes pratiques, à défaut de contrôles. ‘’Nous étions les premiers à signer une charte d’éthique et de déontologie’’, peut s’honorer le doyen de la faculté de médecine de Tours, le Pr Patrice Diot. On est en 2017, la conférence des doyens a donné le « la ». A Tours, l’effort sera poursuivi par la création d’une commission mixte destinée à infuser les bonnes pratiques aussi bien à la faculté qu’à l’hôpital (…)

 « A une époque, il était courant de proposer des voyages à l’autre bout du monde dans des hôtels 5 étoiles avec femme et enfants », se remémore Dominique Perrotin. Ces séjours à l’autre bout du monde sont aujourd’hui beaucoup plus encadrés, et studieux. »

Restent les rémunérations parfois très conséquentes attribuées contre expertise, études ou intervention. Les médecins hospitaliers, dont les prescriptions sont généralement reprises par les médecins de ville, et plus encore les leaders d’opinion qui mènent les études cliniques et en diffusent les résultats dans les congrès, sont dans ces cas-là les cibles privilégiées du lobbying industriel.

« Les professeurs des universités-praticiens hospitaliers ne doivent logiquement pas dépasser 20 jours d’activité cumulative, indique Dominique Perrotin, avec une rémunération maximale de 1.500 € par jour. En guise de contrôle, une simple déclaration administrative de l’absence et de son objet, apprennent les lecteurs du quotidien. Déontologiquement, ‘’il ne faut pas que cela retentisse sur le temps de travail à l’hôpital’’, estime le président de la commission d’éthique, qui s’interroge aussi ‘’quand la rémunération annuelle dépasse 50 % du salaire’’. Au CHRU de Tours, ils sont une quinzaine à dépasser allègrement ces ‘’ bornes ‘’. Les trois principaux bénéficiaires n’ont pas donné suite à nos demandes d’interview. »

Quinze titre à travers la France

Plus largement, explique l’Agence France Presse, quinze titres à travers la France ont participé à cette enquête, dont La Montagne, les Dernières Nouvelles d’Alsace, ou le tout puissant Ouest-France. C’est ainsi que l’on parvient à la somme de  170 millions d’euros reçus par les CHU de la part de Big Pharma en 2018. Les résultats de l’enquête d’un collectif de journalistes régionaux qui relance le débat sur les liens controversés entre médecins et laboratoires.

On sait que la base de données « Transparence Santé » a été créée en 2014 après l’affaire-scandale du Mediator/Servier. Une trentaine de journalistes du collectif Data + Local ont recoupé les données de cette base, souvent critiquée pour sa complexité, avec celles de deux autres bases, celle de l’Annuaire Santé (qui recense les professionnels de santé enregistrés dans les répertoires nationaux) et celle d’Euros for Docs, qui simplifie l’accès et le décryptage des données de Transparence Santé.

« Plus de 1,36 milliard d’euros de dons, rémunérations ou avantages ont été versés en 2018 à l’ensemble des professionnels de santé français, dans le public comme le privé, recensés dans la base Transparence Santé, mise en place dans la foulée du scandale du Mediator, qui rend obligatoire les déclarations de tout don de plus de 10 euros, souligne le collectif Data + Local, repris par l’AFP.  Mais l’enquête des journalistes de ce collectif se concentre plus particulièrement sur les 30 000 praticiens répartis dans les 32 CHU du territoire : plus de 92 millions ont été versés aux professionnels de santé exerçant dans ces établissements, auxquels s’ajoutent quelque 78 millions d’euros versés au titre notamment de conventions passées entre les CHU et les laboratoires. »

Pour sa part Le Parisien s’est intéressé à l’AP-HP qui  a reçu sur cette période 36,5 millions d’euros, dont 26,5 millions d’euros pour les médecins. Officiellement « des progrès importants ont été accomplis ces dernières années pour la prévention des conflits d’intérêts ». Son directeur général, Martin Hirsch, cite ainsi plusieurs mesures dans un courriel à l’AFP, dont la mise en place de partenariats institutionnels avec des laboratoires « évitant des rétributions directes de l’industrie vers des praticiens »« une gestion beaucoup plus active des cumuls d’activité » pour les praticiens, ou encore l’interdiction « des visites individuelles promotionnelles de l’industrie pharmaceutique et des industriels des dispositifs médicaux ».

« Plier l’échine de crainte »

Big Pharma ? Le géant français Sanofi fait valoir que ces sommes correspondent essentiellement à une coopération pour la recherche :  « Les relations de travail entre les CHU et les entreprises du médicament sont indispensables pour mettre au point de nouveaux médicaments et les tester dans des essais cliniques ». Et le géant suisse Novartis se défend de faire tout cadeau, « ni grand ni petit » – tout en étant le premier contributeur en termes d’essais cliniques en France. « Il est impossible pour une entreprise telle que Novartis de développer des médicaments performants et de répondre aux conditions draconiennes de sécurité pour les patients sans nouer des relations de travail étroites avec les professionnels de santé exerçant dans les CHU ».

L’affaire est complexe. « Quand je propose à un patient de participer à un essai clinique, je lui précise toujours que je ne touche rien : c’est la vérité, et c’est important de le dire » explique à La Nouvelle République  le Pr Emmanuel Gyan, chef du service hématologie et thérapie cellulaire du CHU de Tours. Certains laboratoires proposent des études qui comparent leur médicament à un autre parmi les moins efficaces, ou qui présentent des risques injustifiés : quand l’essai n’est pas éthique, je le fais remonter bruyamment… On peut aussi plier l’échine de crainte de ne pas avoir le contrat. Chacun avec son éthique, sa conscience ».

Ce spécialiste rappelle que la mise sur le marché des nouveaux médicaments et la fixation de leur prix avant remboursement « sont négociés directement entre les industriels et les autorités de tutelle ». C’est là un autre dossier sur lequel il reste à enquêter. Un dossier enfermé à double clef.

A demain @jynau

Mediator® et larmes de crocodile : voici donc Servier sur un nouveau banc des accusés

Bonjour

Etranges cristallisation du temps, étranges aveuglements. Nous rapportions hier, grâce au mensuel Prescrire, les écrits prophétiques (1978) du Dr Henri Pradal quant à la nocivité potentielle de l’anorexigène devenu tristement célèbre. Quarante-deux ans plus tard voici une vague d’indignation émanant de sept associations d’usagers, de patients et de victimes du même Mediator® 1 – des associations participant au conseil d’orientation de l’ONIAM (Office national d’indemnisation des accidents médicaux).

Motif de cette indignation : la découverte d’un courrier adressé le 18 octobre 2019 par les avocats des Laboratoire Servier au directeur de l’ONIAM. Explications :

« Dans ce document, le laboratoire Servier conteste vigoureusement les outils d’évaluation du déficit fonctionnel des victimes du Mediator® opérées à cœur ouvert, établis par le collège d’experts Mediator®, fort de son expérience de plus de 9000 dossiers expertisés. Ces outils, actualisés à partir du barème indicatif du concours médical datant de 2003, et adaptés à cette situation hors norme de dommage sériel, sont indispensables pour éclairer l’examen au cas par cas des irréversibles conséquences découlant des blessures cardiaques causées par le Mediator et guider des prises de décisions harmonisées et cohérentes.

« Comble du cynisme, Servier estime notamment que les victimes ayant subi une chirurgie cardiaque, consistant en l’amputation des valves cardiaques remplacées par des prothèses palliatives, devraient se satisfaire de cette « réparation » et revoir leurs prétentions indemnitaires à la baisse ! Or, ces actes de chirurgie à cœur ouvert ne s’imposent que lorsque la vie du malade est en jeu à court terme car ils entrainent un handicap lourd et définitif pour ceux qui survivent à cette opération à haut risque. »

Pour ces sept associations, l’audition des souffrances des victimes du Mediator®, exprimées à l’audience depuis le 21 novembre dernier, constitue « un choc émotionnel ». « Beaucoup de ces victimes ont également témoigné de la violence procédurière de Servier dans le traitement de leurs demandes indemnitaires, ajoutent-elles.Or la négation de leurs souffrances ne fait que les aggraver. »

Entre contrition et empathie

Comment comprendre ? On avait imaginé une once de regret, un début de contrition sinon d’empathie. Le PDG de Servier, Olivier Laureau, avait publiquement réitéré, à l’ouverture du procès pénal historique du Mediator® le 23 septembre 2019, les regrets « sincères » de la firme vis-à-vis des personnes souffrant cruellement des conséquences d’une intoxication au Mediator et réaffirmé sa volonté d’indemnisation des victimes. Et la presse se souvient que les pugnaces avocats de Servier avaient présenté, lors des audiences du procès pénal,  les excuses du laboratoire  aux victimes, en concédant même leur caractère « très insuffisant ».

« Ce sont en réalité des larmes de crocodile qui sont versées tandis que, parallèlement à la tenue du procès, se poursuivent sans relâche contestations, minimisations et insinuations diverses de la part de la firme face aux demandes légitimes de réparation formulées par des milliers de victimes de ce coupe-faim mortel, maquillé en anodin adjuvant du diabète, observent les associations. Il est inacceptable que ces victimes doivent encore se battre pour juste se faire respecter lors de ces démarches. »

Ces associations, présentes aux côtés, tiennent à « faire connaître leur révolte face au double langage du laboratoire Servier et de ses dirigeants ». Elles espèrent que le procès pénal en cours « permettra de mettre enfin un terme à un déni sans fin ».

Comment les victimes du Mediator® pourraient-elles entendre des excuses verbales démenties par des actes ? Et comment comprendre la logique qui anime les dirigeants de cette firme ? Faudrait-il en conclure, ici et à cette heure, que jamais ces dirigeants ne parviendront à s’expliquer à la fois publiquement et sincèrement ?

A demain @jynau

1 Signataires : France Assos Santé, CADUS, HTaPFrance, AVIM, AAAVAM, Le Lien, UFC-Que Choisir

Mediator®, 1978 : pourquoi n’a-t-on pas compris les écrits prophétiques du Dr Henri Pradal?

Bonjour

C’est, peut-être, le grand mystère de l’affaire-scandale du Mediator®. On le retrouve aujourd’hui dans le numéro de janvier de Prescrire – ce mensuel farouchemnt indépendant dont il faut saluer la mémoire encyclopédique et l’ouverture d’esprit : « Le benfluorex (Mediator°) démystifié en 1978 dans le « Dictionnaire Pradal ». » Où l’on découvre que dès 1978, un ouvrage vendu à des centaines de milliers d’exemplaires en France alertait déjà sur la nature amphétaminique anorexigène du benfluorex.

Le Dr Henri Pradal, cible historique de Big Pharma il y a plus de quarante ans (écouter ici sa Radioscopie de janvier 1980) soit avant la naissance de Prescrire.

« Le désastre du Mediator®, rappelle Prescrire, découle du fait que la nature amphétaminique anorexigène du benfluorex (Mediator®) a été trop longtemps ignorée et niée. Pourtant, dès 1977 dans la revue « Pratiques, ou les cahiers de la médecine utopique », puis au fil des ans dans la revue Prescrire, il y avait matière à prévoir et prévenir ce désastre 2, 3. Nous publions ici des extraits du “Dictionnaire critique des médicaments” d’Henri Pradal, qui en 1978 (soit deux ans après la mise sur le marché de Mediator®) démystifiait le benfluorex et montrait tout l’intérêt d’un esprit critique sur les médicaments et l’“information” des firmes 4. »

Voici ce texte publié en 1978 et vendu à des centaines de milliers d’exemplaires (nous soulignons) :  

« MEDIATOR – Antisurcharges alimentaires. Pour qui sait examiner une formule développée –  mais encore faut-il avoir l’occasion de tomber dessus – le benfluorex, principe actif du Mediator, est un dérivé de la molécule du Pondéral, coupe-appétit bien connu commercialisé par le même laboratoire. “Il arrive qu’un nouveau médicament soit une découverte”, comme on peut lire sur les publicités du Mediator. C’est reconnaître que bien des médicaments “nouveaux” n’apportent rien : phrase dangereuse, surtout lorsqu’on veut vendre une amphétamine modifiée par adjonction d’un radical organique en en faisant “le traitement logique des surcharges lipidoglucidiques athérogènes” … (…)

« Quand on relit la littérature concernant le Pondéral, publiée en tout cas avant que ne sévisse “la censure scientifique” dont se plaint en public son fabricant, on constate qu’il s’agit d’“une thérapeutique rationnelle de l’obésité” puisque “Pondéral augmente l’assimilation périphérique du glucose et accélère la métabolisation des lipides tout en diminuant leur synthèse ”. Le rapprochement de ce texte (Vidal 1974, page 1306) avec les phrases décrivant le mécanisme d’action du Mediator permet de constater que la parenté des deux médicaments n’est pas que chimique. La similitude des axes promotionnels, qui a dû échapper à bien des prescripteurs, aurait-elle pour but d’installer sur l’orbite des antigraisses un coupeur d’appétit appartenant à une catégorie de plus en plus décriée et en voie de ne plus être remboursée par la Sécurité Sociale ?

« Quoi qu’il en soit, si le Mediator était capable, par une sorte de miracle, d’agir aussi bien sur les surcharges lipidiques que sur les surcharges glucidiques dont on connaît l’importance dans la genèse de l’athérosclérose, dans son extension et dans son aggravation, ce serait le médicament du siècle. Il se vendrait dans le monde entier (ce qui n’est pas le cas) et ne serait pas oublié des principaux traités de pharmacologie.

« La somnolence (qui était un effet secondaire curieux du Pondéral) se retrouve avec le Mediator. L’anorexie est évidemment très marquée, personne ne peut s’en étonner. Les douleurs abdominales, les nausées, les vomissements ne sont pas rares. Des vertiges et des intolérances cutanées ont été signalés. Les dérivés de l’amphétamine ne doivent pas être associés aux IMAO (Marplan, Niamide, etc.), aux antidépresseurs tricycliques (Concordine, Laroxyl, etc.). La prise simultanée d’hormones thyroïdiennes est déconseillée. Le Mediator est contre-indiqué en cas de grossesse et de pancréatite chronique. Sa parenté avec les amphétamines devrait rendre très prudent en cas d’hypertension artérielle, d’insuffisance cardiaque, et chez les sujets anxieux ou présentant des antécédents de suicide. Peut-être le Mediator peut-il rendre des services dans le diabète avéré avec troubles lipidiques ? Il s’est montré capable de modifier certaines courbes d’hyperglycémie provoquée dans certains états prédiabétiques. On pourrait admettre ainsi qu’il intervient favorablement dans certaines hyperglycémies génératrices d’hypertriglycéridémie. Tout cela est du domaine de la spéculation intellectuelle et ne doit pas faire oublier l’importance primordiale du régime alimentaire dans les états de surcharge (…). »

Le Dr Henri Pradal mourut en 1982, à l’âge de 51 ans. Isolé au sein du corps médical, vivement critiqué dans les milieux de l’industrie pharmaceutique, qui lui reprocheront toujours d’avoir bâti sa notoriété en «crachant dans la soupe», mais également désavoué par certains animateurs des courants de l’«anti-médecine officielle», il apparaissait, en dépit de ses succès de librairie, comme un homme seul. Il restait avant tout celui qui prit le risque de vulgariser une information contradictoire sur les médicaments. Cette information ouverte et critique fut par la suite diffusée par de rares canaux, au premier rang desquels le mensuel Prescrire.

Le Mediator® fut, en France, commercialisé et massivement prescrit de 1976 à 2009. Un procès est en cours.

A demain @jynau

1 Nau J.-Y. « Avant Irène Frachon, qui se souvient du Dr Pradal ? » Slate.fr 30 novembre 2016

2 Lire le dossier consacré au procès du Mediator° sur le site http://www.prescrire.org. Extraits de la veille documentaire Prescrire

3 Prescrire Rédaction “Le benfluorex démasqué dès 1977 dans la revue Pratiques, ou les cahiers de la médecine utopique” Rev Prescrire 2019 ; 39 (434) : 946-947.

4 Pradal H “Mediator°” Dictionnaire critique des médicaments, Éditions du Couloir de Gaube 1978 : 610-611.

La multinationale pharmaceutique Novartis accusée de jouer avec la vie de bébés condamnés

Bonjour

Comment un géant de Big Pharma peut-il en arriver à une telle extrémité ? Existe-t-il une déontologie pharmaceutique ? Comment Novartis peut-il prendre le risque de mettre en place une loterie internationale dont les gagnants seraient des bébés atteints d’une maladie génétique incurable ? Des gagnants qui auraient ainsi une chance de guérir ? Pire peut-être : comment des éthicien·nes en chaire parviennent-il à justifier une pratique à ce point contraire à l’éthique ?

C’est la nouvelle affaire du Zolgensma®, le médicament le plus cher du monde : près de 2 millions d’euros l’injection (unique). Une affaire d’autant plus sensible, en France, que ce médicament est, pour une bonne partie, le fruit de recherches financées par la générosité publique via le Téléthon. D’ores et déjà l’AFM-Téléthon a fait part de son indignation.

L’affaire a pris une dimension politique en Belgique. En France l’Observatoire de la transparence dans les politiques des médicaments dénonce un « hold-up » et demande à Agnès Buzyn d’agir au plus vite. La ministre des Solidarités et de la Santé pourra-t-elle longtemps garder le silence ?

Lire sur Slate.fr : « Le médicament le plus cher du monde va être donné à cent bébés condamnés tirés au sort »

A demain