Pourquoi diable Vladimir Poutine n’a-t-il pas osé se faire vacciner avec son « Spoutnik V » ?

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12/08/2020. Qu’aurait fait le tsar ? Et Lénine ? Et Joseph Staline ? Pour Vladimir Poutine on sait : il n’a pas osé – et il a laissé sa fille jouer le rôle de la cobaye. C’est le début d’une nouvelle affaire. Pour l’heure le président russe a réussi à inonder les médias planétaires en affirmant lors d’une conférence de presse, mardi 11 août, que la Russie avait développé le « premier » vaccin contre le nouveau coronavirus. La preuve : une autorisation réglementaire de développement a été donnée par le ministère de la santé russe à l’Institut Nikolaï Gamaleïa, un centre de recherche d’Etat en épidémiologie et microbiologie situé à Moscou… Aucune publication scientifique. Des rumeurs distillées ici et là. Un parfum de guerre froide moderne.

Mieux encore : la vice-première ministre chargée des questions de santé, Tatiana Golikova, a dit espérer commencer dans les semaines à venir la vaccination des personnels médicaux, puis des enseignants. Le reste de la population devrait être vacciné à partir de sa mise en circulation, le 1er janvier 2021, selon le registre national des médicaments du ministère de la santé, consulté par les agences de presse russes citées par Le Monde. « Plus d’un milliard de doses »auraient été pré-commandées par vingt pays étrangers.

Humour russe ou pas ce vaccin a été baptisé « Spoutnik V » (V comme vaccin), en référence au satellite soviétique, premier engin spatial mis en orbite, en 1957, sous l’ère Nikita Khrouchtchev.

Vladimir Poutine, à propos de sa propre fille qui, assure-t-il, a participé aux essais cliniques du vaccin : « Après la première injection, elle a eu 38,5° C de fièvre, le lendemain un peu plus de 37,5° C, puis plus rien. Après la seconde injection, elle a à nouveau eu un peu de fièvre, vite retombée. Elle se sent bien, et sa concentration d’anticorps est élevée.»

Cette autorisation-décision russe intervient après moins de deux mois d’essais cliniques chez l’homme. Peut-on raisonnablement imaginer qu’elle ouvre la voie à l’utilisation à grande échelle de ce vaccin sur la population russe ? Et ce alors que rien n’est acquis quant à son efficacité et son innocuité ? Le ministère russe de la santé russe affirme que « des essais cliniques sur plusieurs milliers de personnes allaient continuer », mais que la double inoculation du vaccin « permet de former une immunité longue », pouvant durer « deux ans ».

« Décision insensée et dangereuse »

Rappel : dans un essai vaccinal, s’affranchir de la phase 3 c’est refuser de savoir si le vaccin est non seulement efficace mais aussi « éthique », qu’il n’y a pas de contre-indications sévères et d’effets secondaires plus ou moins rare et dangereux.

« Il n’y a pas de données connues concernant la qualité, l’efficacité et la sécurité du vaccin russe », a aussitôt réagi une porte-parole du ministère de la santé allemand, rappelant qu’au sein de l’Union européenne « la sécurité des patients est la première des priorités ». Et l’OMS d’affirmer qu’avant toute « pré-qualification » de sa part, elle devait examiner par des « procédés rigoureux » l’ensemble des données « recueillies lors d’essais cliniques ». Tous les médias occidentaux font appel à des spécialistes qui, dans leur majorité dénoncent l’initiative politique russe.

On peut aussi aller plus loin et lire, dans Libération (Christian Losson), l’entretien avec le chercheur suisse François Balloux, directeur de l’institut de génétique de l’University College de Londres. Extrait :

« C’est une décision insensée, et surtout dangereuse. Une décision politique qui intervient dans une course folle à l’armement au vaccin contre le Covid. C’est totalement irresponsable, quels que soient les faits. Si ce n’est pas une fake news, l’irresponsabilité demeure car les autorités russes vont administrer un vaccin en s’affranchissant de ses trois phases de développement nécessairesUn pari fou (…)

« La Russie veut damer le pion aux grandes démocraties occidentales, à commencer par les Américains. Le président russe est à la tête d’un Etat faible et très corrompu, et table peut-être sur un leadership interne. C’est un pari démagogique, géopolitique et moralement grave. Et terriblement dramatique car cela balaye tous les usages médicaux. Je ne dis pas cela facilement. »

Mais il y a peut-être plus grave encore : « Si par chance, l’issue s’avère positive, le procédé pour y parvenir met fin à un consensus médical, historique, centenaire, et accepté par la communauté scientifique qui impose d’être transparent et de respecter un protocole très encadré, explique François Balloux. Si, enfin, il y a des effets secondaires sévères, ce sera un désastre pour les personnes qui en seront victimes. Et cela renforcera encore la défiance envers les politiques sanitaires et, plus généralement, vis-à-vis des gouvernements. »

Où l’on en revient à la question centrale : pourquoi Vladimir Poutine dernier « petit père des peuples » en exercice,  ne s’est-il pas, glorieusement et publiquement, fait injecter le « Spoutnik V » ?

A demain @jynau

RU486: polémique, en Italie, sur l’assouplissement de l’utilisation de la «pilule abortive»

Bonjour

08/08/2020. Qui, en France, se souvient encore de la violente polémique sur le « RU486 » (mifépristone) cette « pilule abortive » ? Quatre décennies plus tard, dans une Europe que l’on présente comme unie, voici que la polémique émerge de l’autre côté des Alpes.

Le gouvernement italien a décidé d’assouplir ses conditions d’utilisation a annoncé samedi 8 août le quotidien (centre-gauche) La Repubblica. Selon cette information exclusive en une du journal de centre-gauche, les nouvelles recommandations du ministère de la Santé permettront aux femmes souhaitant avorter d’avoir recours à la pilule RU486 en ambulatoire – alors que jusqu’ici trois jours d’hospitalisation étaient recommandés.

Interrogé par La Repubblica (et cité par l’AFP) le ministre de la Santé Roberto Speranza a défendu son choix : «Les arguments scientifiques sont très clairs. Le Conseil supérieur de la Santé et les sociétés de gynécologie et d’obstétrique ont exprimé un avis favorable. Ces nouvelles recommandations représentent un progrès important».

En Italie, pays où la tradition catholique résiste, le recours à l’avortement, légalisé en 1978, est compliqué par le fait que 70% des gynécologues invoquent l’objection de conscience pour ne pas pratiquer d’IVG. « La pilule abortive représente actuellement 20% des avortements, la méthode chirurgicale étant la plus répandue. Cette décision permet aussi de mettre fin aux disparités entre régions, qui en Italie sont compétentes en matière de santé, résume l’AFP.  En juin, une polémique avait éclaté lorsque la présidente de la région Ombrie, Donatella Tesei, membre de la Ligue (extrême droite), avait interdit le recours à la pilule abortive sans hospitalisation. Cette décision, condamnée par les partis de gauche et des intellectuels comme Roberto Saviano, avait entraîné des manifestations de protestation de milliers de femmes. » 

Tradition catholique ? L’assouplissement du recours à la pilule abortive a suscité de nombreuses réactions. Le journal de la conférence épiscopale italienne Avvenire a dénoncé «une annonce surprise, dévoilée seulement à La Repubblica», qui «ouvre la voie à l’avortement pharmacologique à domicile».  Le Parti démocrate (PD, centre-gauche, au pouvoir) a salué une décision «juste» en faveur de «l’avortement pharmacologique, sûr et moins invasif que par voie chirurgicale», tandis que le parti Fratelli d’Italia (extrême droite) a fustigé «une décision absurde et dangereuse».

C’est ainsi qu’aujourd’hui, faute d’harmonie, qu’une Europe, cahin-caha, se construit.

A demain @jynau

Masques et chloroquine : Twitter se doit-il d’effacer les vrais mensonges de Donald Trump?

Bonjour

28/07/2020. Est-ce cela, le Nouveau Monde ? Twitter a retiré dans la soirée du lundi 27 juillet au soir une vidéo postée par le président américain Donald Trump. Selon Twitter l’homme-le-plus-puissant-de-la-planète « diffusait de fausses informations sur le nouveau coronavirus » «Les tweets accompagnant la vidéo violent notre politique concernant la désinformation sur le Covid-19», a indiqué à l’AFP un porte-parole qui s’est refusé à donner plus d’informations, notamment sur le nombre de personnes ayant pu regarder la vidéo.

La vidéo avait déjà été retirée par Facebook, a indiqué un porte-parole du premier réseau social mondial. «Nous avons supprimé cette vidéo parce qu’elle partageait de fausses informations sur les remèdes et les traitements du Covid-19», a-t-il expliqué. Cette vidéo montrait un groupe de médecins faisant des déclarations trompeuses et fausses sur la pandémie de coronavirus. Selon The Washington Post, plus de quatorze millions de personnes l’ont regardée via Facebook.

C’est quelques heures plus tard que le président Donald Trump a tweeté plusieurs clips de la même vidéo à ses abonnés (ils sont ….84,2 millions). La vidéo affirme que les masques ne sont pas nécessaires pour arrêter la maladie ; (un propos qui n’est pas sans entrer avec certaines résonances en France). Pendant une demi-heure, toujours selon le quotidien américain, il a aussi partagé quatorze tweets pour défendre (comme le Pr Didier Raout de l’IHU de Marseille) l’utilisation de l’hydroxychloroquine (dont plusieurs études scientifiques ont montré l’inefficacité dans le traitement du Covid-19). Donald Trump Jr, le fils du président, a vu son compte sur le réseau social être suspendu pendant 12h pour avoir partagé le même type de vidéo.

La planète des réseaux sociaux sait que Twitter est la principale « plateforme de communication » de Donald Trump –  mais elle découvre aussi depuis quelques semaines que ce réseau a pris ses distances, n’hésitant pas à « sanctionner » des tweets infondés du président américain. Twitter a notamment signalé comme trompeurs des propos de Donald Tump sur le « vote par correspondance ». Puis elle avait dénoncé un autre tweet pour «apologie de la violence»: «Les pillages seront immédiatement accueillis par les balles», déclarait alors Donald Trump au sujet des manifestations qui dégénéraient parfois en émeutes.

Serait-ce donc cela, aussi, le Nouveau Monde ? On songe à Barack Obama qui fut président des Etats-Unis de 2009 à 2017. Comment ont-ils pu, comment avons-nous fait, pour, déjà, en être là ?

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : il est, enfin, démontré qu’elle n’est pas efficace chez les macaques …

Bonjour

24/07/2020. Nouvelle étape dans la polémique autour de l’efficacité de l’hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19 : un nouvel essai n’est pas parvenu à démontrer son efficacité chez le macaque. C’est un travail publié dans Nature : « Hydroxychloroquine use against SARS-CoV-2 infection in non-human primates » ; un travail mené  conjointement par le CEA, l’INSERM, l’Institut Pasteur, le CNRS, l’université de Paris-Saclay, l’AP-HM, l’université Claude-Bernard Lyon-1, sans oublier … l’IHU Méditerranée Infection ; un travail résumé par l’Inserm.

« En temps normal, ce genre de travail chez l’animal est un préalable aux essais chez l’homme » rappelle fort justement Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb). Mais on sait, désormais, que la situation sanitaire épidémique a conduit de nombreuses équipes à court-circuiter cette étape. « À la lumière de ces résultats chez l’animal, ajoute Le Quotidien, les études chez l’homme pourraient se révéler vaines : ‘’ Nos données ne sont pas en faveur de l’usage de l’hydroxychloroquine, seule ou en association avec l’azithromycine’’, concluent les auteurs.

En pratique les chercheurs ont évalué l’activité antivirale de l’hydroxychloroquine in vitro ainsi que chez des macaques infectés par le SARS-CoV-2. Sans surprise l’hydroxychloroquine a partiellement confirmé son activité antivirale in vitro. En revanche, aucune stratégie médicamenteuse impliquant l’hydroxychloroquine, seule ou en association, ne s’est révélée efficace chez le macaque – et ce en dépit du recours à plusieurs scénarios (prophylaxie précoce ou plus tardive, seule ou en association avec l’azithromycine. L’hydroxychloroquine n’induit pas de protection contre l’infection, et ne réduit pas la virémie quand elle était administrée rapidement après l’infection.

Thuriféraires

Des détails ? Huit animaux ont servi de contrôle qui ont présenté majoritairement des signes cliniques légers avec des lésions pulmonaires systématiquement observées à l’imagerie dès le 2e jour – aucun des animaux du groupe contrôle n’a développé de forme sévère de la maladie. Puis un premier groupe (cinq singes) a été traité dès le premier jour de l’infection, avec 90 mg/kg d’hydroxychloroquine en monothérapie le premier jour, suivi d’une dose de 45 mg/kg par jour pendant 10 jours. Un autre groupe (quatre singes) a lui bénéficié d’une prise en charge précoce, mais avec une dose plus faible : 30 mg/kg le premier jour et 15 mg/kg les jours suivant. Et pour le traitement tardif par hydroxychloroquine, quatre animaux ont reçu le traitement 5 jours après leur infection.

« Nos résultats illustrent parfaitement les contradictions fréquentes entre les résultats in vitro et in vivo », résument les auteurs, qui rappellent que des problèmes similaires avaient été observés lorsqu’on a tenté d’utiliser l’hydroxychloroquine pour traiter d’autres infections virales comme la grippe, la dengue ou le chikungunya. Le Quotidien rappelle par exemple, en 2008, le Pr Xavier de Lamballerie (Unité des Virus Emergents, Aix Marseille Univ, IRD 190, INSERM 1207, IHU Méditerranée Infection) et Roger Le Grand (CEA) – les deux derniers auteurs de la nouvelle étude publiée dans Nature –  avaient montré que, en dépit de résultats encourageants in vitro, l’hydroxychloroquine augmentait le risque de comorbidité en cas d’infection à chikungunya. Les essais cliniques lancés à l’époque avaient dû être arrêtés en urgence.

On ajoutera qu’une nouvelle étude, brésilienne, publiée dans The New England Journal of Medicine : « Hydroxychloroquine with or without Azithromycin in Mild-to-Moderate Covid-19 » confirme, chez l’homme les observations faites chez le macaque. On attend, bien évidemment, les commentaires des thuriféraires méditerranéens.

A demain @jynau

Alerte officielle sur les conséquences mortelles des «dons et deals» de méthadone

Bonjour

20/07/2020. Méthadone et naloxone, menaces. Pourquoi ce soudain réveil de l’Agence du médicament ?  « L’utilisation de la méthadone ne doit pas être banalisée en raison de sa toxicité propre, induisant un risque important de dépression respiratoire pouvant conduire au décès, rappelle l’ANSM. Nous rappelons également l’intérêt pour les patients et leur entourage de disposer sur soi d’un kit de naloxone prête à l’emploi, antidote des overdoses aux opioïdes. »

« En cas de mauvais usage, notamment automédication et en l’absence de dépendance, la méthadone est un médicament à risque élevé de surdose, parfois mortelle souligne pour sa part le Pr Nicolas Authier (CHU Clermont-Ferrand, SOS Addictions) psychiatre, spécialisé en pharmacologie et addictologie. Cela reste un médicament essentiel, à côté de la buprénorphine, dans la prise en soin des personnes avec un trouble de l’usage aux opioïdes dont l’héroïne. Ce médicament, depuis 1994, a sauvé de nombreuses vies, y compris en évitant des surdoses à l’héroïne. En cela son rapport bénéfice / risque reste très favorable en cas de juste prescription et de bon usage. Il faut donc informer les patients sur ce bon usage et former et responsabiliser les prescripteurs. » 

Comme souvent rien, ici, n’est simple. Si la hausse des prescriptions de méthadone, traitement de substitution aux opioïdes, est le signe, selon l’ANSM, d’une « amélioration de la prise en charge des usagers de drogue », en revanche l’usage détourné de la molécule l’inquiète.

« Nous demandons aux patients et aux usagers de drogues »

En 2018, la méthadone était impliquée dans 35 % des décès chez les usagers de drogue – d’après les données de l’étude DRAMES (Décès en relation avec l’abus de médicaments et de substances). « Son injection, son obtention illégale (don ou deal), sa consommation en milieu festif, de manière occasionnelle, par des sujets naïfs aux opioïdes, et parfois par des sujets mineurs » ont des « conséquences graves », rappelle l’ANSM.

L’Agence invite les professionnels de santé et les structures prenant en charge les usagers de drogue à renforcer les efforts de prévention et à « s’assurer que les patients, les usagers et leur entourage connaissent les risques d’overdose et de décès liés à la méthadone ». Chez les personnes ne consommant pas ou peu d’opioïdes, la dose létale est de 1 mg/kg. Le risque est également important pour celles qui initient un traitement, après un arrêt même court ou une diminution des doses (sortie de prison, sortie de sevrage), souligne l’ANSM.

Les professionnels de santé se voient par ailleurs rappeler l’importance d’informer sur la naloxone, antidote aux overdoses aux opioïdes, disponible sous forme de kit prêt à l’emploi, utilisable en l’absence d’un professionnel de santé. « Tout médecin peut en prescrire et toute pharmacie peut en délivrer, même sans ordonnance », est-il rappelé. Et puis ce message, essentiel :

« Nous demandons aux patients et aux usagers de drogues de ne jamais donner la méthadone à une autre personne, de ne pas la consommer en dehors de toute prescription ou pour un autre motif, de ne pas la consommer avec d’autres substances telles que l’alcool, l’héroïne, d’autres opioïdes, la cocaïne, des anxiolytiques ou la prégabaline, de la conserver dans un endroit hors de portée et de vue des enfants. Nous vous invitons à avoir en permanence sur vous un kit de naloxone prête à l’emploi, disponible avec ou sans ordonnance en pharmacie ou en centres de soins spécialisés (CSAPA, CAARUD). »

Comment mieux dire ? Mais combien de patients et d’usagers lisent-ils, aujourd’hui, les messages de l’Agence du médicament les concernant ?

A demain @jynau

Covid-19 : contaminé, Emmanuel Macron révèle «qu’il ne prendrait pas de chloroquine»

Bonjour

14/07/2020. Suffirait-il de poser une question via un blog pour obtenir une réponse présidentielle ? Hier : « Masque : Emmanuel Macron va-t-il annoncer l’obligation de le porter dans les lieux publics ? » Un sujet exemplaire, aux confins du sanitaire et du politique. Alors que des voix de plus en plus nombreuses s’élevaient pour réclamer cette obligation, Jean Castex, nouveau Premier ministre, refusait de répondre, expliquait que le sujet était « à l’étude ». Sans doute était-ce pour laisser la place au président de la République.

Le chef de l’Etat vient de s’exprimer depuis le palais de l’Elysée lors d’un entretien télévisé diffusé en direct sur France 2, TF1, France Inter et les chaînes d’information en continu. Il était interrogé (par Léa Salamé et un Gilles Bouleau pugnace) pour ce premier entretien en direct depuis une conférence de presse datant d’avril 2019.

Questionné sur les éléments laissant craindre une reprise de l’épidémie de Covid-19 en France Emmanuel Macron a déclaré :

« Nous avons des signes que ça repart quand même un peu, nous devons prévenir et nous préparer. Et donc, il faut continuer d’appliquer les gestes barrières. Là-dessus, on voit des faiblesses. J’ai demandé qu’on passe une étape au gouvernement et je souhaite que dans les prochaines semaines, on rende obligatoire le masque dans tous les lieux publics clos. »

Sans doute à partir du 1er août. Pourquoi attendre si longtemps ? La question ne lui a malheureusemnt pas été posée.

Une question que l’on n’attendait pas

En revanche une question que l’on n’attendait pas. Interrogé sur ce qu’il ferait s’il avait les symptômes d’une contamination par le SARS-CoV-2 le président de la République a assuré qu’il « ne prendrait pas de chloroquine ». « Non, non, non » a-t-il dit. Un désaveu massif des recommandations et des pratiques du Pr Didier Raoult dont tout laissait penser qu’il était très proche. Il n’avait pas informé le microbiologiste de cette décision. Et de confier qu’il lui arrivait, lors de « pathologies qu’il a parfois, de s’automédiquer ». Pour autant il a compris, au vu des données scientifiques sur la Covid-19, qu’il n’y avait pas aujourd’hui de « traitement stabilisé ». « S’il n’y a pas de traitement, je ne vais pas en prendre, a-t-il ajouté. Je m’en remettrait aux médecins qui me suivent (…) pour éviter que ça dégénère.»

Rappelant que la France est « le pays des Lumières » il a dit croire à la « rationalité scientifique » Soulignant toutefois que le Pr Raoult est «un grand scientifique», Emmanuel Macron a expliqué qu’il trouvait  «normal» et « légitime » que ce dernier participe du débat scientifique sur la chloroquine. «Ce n’est pas au président de la République ou à un politique de trancher un débat scientifique avec des critères politiques», a-t-il souligné.

 Et d’ajouter ces mots, assez terribles pour le microbiologiste marseillais : « Cela n’est pas plus à un homme scientifique quand bien même il devient une personnalité publique d’acter des croyances scientifiques. La science a ses processus de vérification. Et c’est comme ça, je crois, que l’on se porte mieux ».

Où l’on voit qu’en ce 14 juillet 2020 le port du masque n’était pas, au croisement du politique et du sanitaire, la seule question à poser au président de la République.

A demain @jynau

Cannabis: découverte des raisons qui font qu’il réduit votre aptitude à vivre en société

Bonjour

08/07/2020 On ne remerciera jamais assez les chercheurs qui nous éloignent, pour un instant, de l’actualité pandémique, de ses polémiques, de ses intrications avec la politique. Merci donc aux auteurs d’une publication de Nature consacrée à l’étude des effets cérébraux de la consommation de cannabis 1. Chacun sait, ou presque, que cette consommation peut, chez l’homme, mener à des changements comportementaux et notamment à une réduction des interactions sociales. Pourquoi ? Est-ce la conséquence des plaisirs induits par ce produit ?

Pour mieux comprendre le phénomène, le chercheur Inserm Giovanni Marsicano et son équipe du NeuroCentre Magendie (Inserm/Université de Bordeaux), en collaboration avec l’équipe de Juan Bolaños de l’université de Salamanque se sont penchés sur la souris. Et ils viennent, nous dit l’Inserm, d’identifier chez elle et pour la première fois «  les mécanismes cérébraux qui sous-tendent la relation entre cannabis et diminution de la sociabilité 2 ». Traduction pour attirer les journalistes : « Des cellules cérébrales en forme d’étoile éclairent le lien entre consommation de cannabis et sociabilité ».

Plus largement, leurs travaux de ces chercheurs visent à améliorer les connaissances sur le fonctionnement des récepteurs cannabinoïdes (les récepteurs cérébraux qui interagissent avec les composés chimiques du cannabis). Dans leur publication de Nature, ils montrent qu’après une exposition au cannabis, les changements comportementaux liés à la sociabilité interviennent suite à l’activation de récepteurs cannabinoïdes spécifiques, localisés dans des astrocytes – dont la forme n’est pas sans rappeler celles des étoiles.

« Le cannabis thérapeutique revient sur le devant de la scène »

En 2012, Giovanni Marsicano et son équipe avaient déjà observé que les récepteurs cannabinoïdes ne sont pas seulement présents sur la membrane des cellules, comme on le croyait jusque-là. Certains de ces récepteurs sont également localisés sur la membrane des mitochondries. Cette nouvelle étude intervient après l’identification par l’équipe de récepteurs cannabinoïdes localisés sur la membrane des mitochondries présentes dans les astrocytes. Entre autres fonctions, ces cellules jouent un rôle très important dans le métabolisme énergétique du cerveau : elles captent le glucose dans le sang et le métabolisent en lactate, qui vient nourrir les neurones.

« Etant donné l’importance des astrocytes et de l’utilisation de l’énergie pour le fonctionnement cérébral, nous avons voulu comprendre le rôle de ces récepteurs cannabinoïdes bien particuliers, et les conséquences sur le cerveau et sur le comportement lorsqu’ils sont exposés au cannabis », explique Giovanni Marsicano. Les chercheurs ont alors « exposé » des souris au THC, le principal composé psychoactif du cannabis. Et ils ont observé que l’activation persistante des récepteurs cannabinoïdes mitochondriaux situés dans les astrocytes entraînait une cascade de processus moléculaires menant à un dysfonctionnement du métabolisme du glucose dans les astrocytes.

« Notre étude est la première à montrer que la baisse de sociabilité parfois associée à la consommation de cannabis est la conséquence d’une altération du métabolisme du glucose dans le cerveau. Elle ouvre aussi de nouvelles pistes de recherche pour trouver des solutions thérapeutiques afin de pallier certains des problèmes comportementaux résultant d’une exposition au cannabis. En plus, elle révèle l’impact direct du métabolisme énergétique des astrocytes sur le comportement », précise Giovanni Marsicano.

L’Inserm ajoute qu’à l’heure « où le débat autour du cannabis thérapeutique revient sur le devant de la scène » (sic), les chercheurs estiment que ce type de recherche est nécessaire pour mieux comprendre la manière dont les différents récepteurs cannabinoïdes de l’organisme interagissent avec cette drogue, et si certains d’entre eux sont particulièrement associés à des effets délétères. De tels travaux permettraient en effet d’assurer une prise en charge optimale pour les patients qui pourraient avoir recours à ce type de thérapie. Merci.

A demain @jynau

1 Glucose metabolism links astroglial mitochondria to cannabinoid effects Daniel Jimenez-Blasco , Arnau Busquets-Garcia, Etienne Hebert-Chatelain , Roman Serrat, Carlos Vicente-Gutierrez, Christina Ioannidou,Paula Gómez Sotres, Irene Lopez-Fabuel, Monica Resch, Eva Resel, Dorian Arnouil , Dave Saraswat, Marjorie Varilh, Astrid Cannich, Francisca Julio-Kalajzic, Itziar Bonilla-Del Río, Angeles Almeida, Nagore Puente, Svein Achicallende, Maria-Luz Lopez-Rodriguez, Charlotte Jollé, Nicole Déglon, Luc Pellerin, Charlène Josephine, Gilles Bonvento, Aude Panatier, Beat Lutz, Pier-Vincenzo Piazza Manuel Guzmán, Luigi Bellocchio, Anne-Karine Bouzier-Sore, Pedro Grandes, Juan P.Bolaños and Giovanni Marsicano

Nature, juillet 2020 DOI : 10.1038/s41586-020-2470-y

2 Sociabilité : aptitude à vivre en société. Synon. littér. socialité (dér. s.v. social).

« Que peut devenir la sociabilité humaine entre un prince que le despotisme hébète et un paysan que l’esclavage abrutit? » (Hugo, Rhin, 1842, p. 441).

« Intelligence et sociabilité doivent être replacées dans l’évolution générale de la vie. Pour commencer par la sociabilité, nous la trouvons sous sa forme achevée aux deux points culminants de l’évolution, chez les insectes hyménoptères tels que la fourmi et l’abeille, et chez l’homme » (Bergson, Deux sources, 1932, p. 121).

Covid-19 : non, l’hydroxychloroquine ne serait pas efficace en prévention de l’infection

Bonjour

08/07/2020. Sous le soleil de Marseille, le Pr Didier Raoult twette : «Merci  à SAS Le Prince Albert II de nous avoir fait l’honneur de nous rendre visite, ce matin, à l’IHU Méditerranée Infection ». A Paris on publie : les patients traités «au long cours» avec de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine n’ont pas été moins touchés par des formes graves de Covid-19 durant l’épidémie, conclut une large étude française 1 ; une étude réalisée par Epi-phare, structure originale réunissant l’Agence du médicament (ANSM) et l’Assurance Maladie ce qui permet d’avoir accès à des données jusqu’alors inconnues ou masquées.  

« L’épidémie de Covid-19 est une pandémie mondiale avec plus de 9 millions de cas signalés au 26 juin 2020, dont près de 485 000 décès, rappellent les auteurs. Des traitements efficaces seraient nécessaires de toute urgence, et actuellement plus de six cents essais cliniques sont en cours à travers le monde. L’efficacité des antipaludéens de synthèse (hydroxychloroquine HCQ ou chloroquine) associés ou non à l’azithromycine est débattue depuis le début de la pandémie. Peu d’études ont évalué l’action préventif de ces produits sur l’infection à Covid-19. »

Objectif de l’étude : évaluer le risque d’hospitalisation, le risque d’intubation oro-trachéale et le risque de décès pour Covid-19 chez les patients utilisant des antipaludéens de synthèse (APS) au long cours et de les comparer aux risques en population générale.

Ce travail a été réalisé à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS) et des informations recueillies à partir des séjours hospitaliers (PMSI) liés à la COVID-19 et remontées exceptionnellement de manière hebdomadaire et accélérée. Plus précisément les analyses ont porté sur les données issues de la remontée du 2 juin 2020 qui comprenait les informations de 71 901 patients hospitalisés pour COVID-19 sur l’ensemble du territoire national.

« Un sur-risque d’hospitalisation, d’intubation et de décès »

La population considérée sous APS au long cours était constituée par l’ensemble des personnes ayant reçu au moins six délivrances remboursées d’APS (HCQ ou chloroquine) entre le 1er janvier 2019 et le 15 février 2020, dont la dernière au cours du dernier trimestre 2019 ou début 2020. Cette population était constituée de 54 874 patients : 84,3% étaient des femmes, l’âge moyen était de 55,3 ans ; environ 55% résidaient dans un des territoires les plus touchés par l’épidémie (Grand Est, Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Hauts-de-France).

Deux types d’études complémentaires ont été réalisées : une étude de type «observé – attendu»  et une étude de cohorte exposés/non-exposés. On lira ici le détail de la méthodologie et les résultats chiffrés. Conclusion, prudente :

« Les résultats mettent en évidence un sur-risque d’hospitalisation, d’intubation et de décès liés au COVID-19 parmi les patients sous APS au long cours par rapport à la population générale française. Les analyses réalisées suggèrent que ce sur-risque est expliqué par les caractéristiques liées à la pathologie chronique sous-jacente justifiant l’utilisation des APS au long cours, notamment la co-médication par corticoïdes oraux, plutôt que par l’exposition aux APS elle-même. »

Mais les auteurs ajoutent également que ces résultats « ne suggèrent pas de rôle préventif de l’utilisation des antipaludéens de synthèse au long cours sur le risque de survenue d’une hospitalisation, d’une intubation ou d’un décès liés au Covid-19 ». Ils concluent en ces termes : « Même si la nature observationnelle de l’étude ne permet pas de conclure formellement à l’absence de bénéfice des antipaludéens de synthèse pour la prévention d’une forme sévère de Covid-19, ces résultats ne plaident pas en faveur d’une utilisation préventive de l’hydroxychloroquine dans la population, y compris la population la plus à risque – et ce en dehors d’essais thérapeutiques dédiés. »

A demain @jynau

1 « Utilisation au long cours d’antipaludéens de synthèse et risque de survenue de formes graves ou létales de la COVID-19 Etude de pharmaco-épidémiologie à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS) Version finalisée 2 Juillet 2020 Etude réalisée par le Groupement d’Intérêt Scientifique EPI-PHARE : Emilie Sbidian, Laetitia Penso, Philippe Herlemont, Jérémie Botton, Bérangère Baricault, Laura Semenzato, Jérôme Drouin, Alain Weill, Rosermary Dray-Spira, Mahmoud Zureik, (GIS EpiPhare Université Paris Est Créteil, Unité de recherche EpiDermE, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines).

Déclarations d’intérêt Les déclarations d’intérêt des auteurs membres EPI-PHARE, tous salariés de l’ANSM et/ou de l’assurance maladie et/ou l’APHP, sont consultables en ligne sur le site du Ministère des Solidarités et de la Santé – Consultation des déclarations publiques d’intérêts https://dpi.sante.gouv.fr/dpi-public-webapp/app/recherche/declarant

A la date de l’étude aucun des auteurs n’avait de lien d’intérêt avec une entreprise du médicament

Hydroxychloroquine : contrairement à ce qui fut annoncé, l’histoire n’est pas terminée

Bonjour

06/07/2020. Tout ne serait-il pas encore écrit ? L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé, samedi 4 juillet, que face à la Covid-19, l’association des antiviraux lopinavir/ritonavir (Kaletra), avec ou sans interféron bêta, ne constituait pas une solution thérapeutique (essai clinique Solidarity). Idem, en France, avec l’essai Discovery. « Cette décision sonne le glas du repositionnement de ces antiviraux utilisés contre le VIH » réume Le Monde (Hervé Morin).  Dans ces deux essais, après l’annonce, le 17 juin, de l’arrêt du recours à l’hydroxychloroquine, ne reste en expérimentation, dans ces deux essais, que le remdesivir de l’américain Gilead Sciences. Selon un essai américain, ce médicament permettrait de réduire de quelques jours la durée d’hospitalisation

Remdesivir qui, à ce titre, vient d’être autorisé dans l’Union européenne et dont le prix réclamé par Gilead alimente une vive polémique – comme en témoigne l’Observatoire pour la transparence sur les médicaments (OTMEDS) :

« Gilead fixe un prix indécent et illégitime au remdesivir, une molécule dont l’utilité dans le cadre du COVID-19 est évaluée grâce à de l’argent public. Le nouveau premier ministre Jean Castex a les moyens de freiner ces prétentions illégitimes qui ruinent notre système de santé et entravent l’accès universel aux soins. 

« Gilead vendra le remdesivir aux États-Unis 390 dollars (347 €) la dose quotidienne, pour un prix moyen de traitement sur 6 jours de 2340 dollars (2080 €). Ce prix, qui sera sans doute celui proposé à la France et aux pays à revenus intermédiaires, est exorbitant. Selon l’étude réalisée par Andrew Hill et al., le coût de production d’une dose quotidienne de remdesivir est en effet de 75 centimes de dollars. »

La messe préventive n’est pas encore dite

« Les données américaines sur le remdesivir ne sont pas suffisantes, estime cependant l’infectiologue Yazdan Yazdanpanah cité par Le Monde. Il faut que Solidarity et Discovery se poursuivent pour évaluer l’effet sur la mortalité de cette molécule. »Dès lors, en quoi espérer ? Aujourd’hui seul un ancien corticoïde, la dexaméthasone, a démontré -essai Recovery)  un avantage en termes de réduction de la mortalité dans les cas les plus graves. Un résultat qui n’est en rien une surprise pour les spécialistes des services de réanimation qui, déjà, l’utilisaient.

Où l’on en revient à la trop célèbre mais médiatiquement (indéboulonnable) hydroxychloroquine plus ou moins associée à l’azithromycine. Un traitement, promu en France par le Pr Didier Raoult mais qui, quoiqu’en dise ce dernier, n’a pas fait la preuve de son efficacité sur les patients hospitalisés dans Solidarity, Discovery et Recovery. Pour autant l’histoire n’est pas finie : il existe d’autres essais cliniques prospectifs ont lancés pour explorer son intérêt préventif – la diminution de l’attaque virale dans la période précoce de l’infection.

C’est l’objectif, par exemple, de l’essai COPCOV, qui entend comparer chloroquine et hydroxychloroquine à un placebo auprès de 40 000 professionnels de la santé d’Europe, d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud. « L’hydroxychloroquine pourrait encore prévenir les infections, et cela doit être déterminé dans le cadre d’un essai contrôlé randomisé », estime le Pr Sir Nicholas White, de l’université d’Oxford, promoteur de cet essai, dont les résultats ne sont cependant pas attendus avant plusieurs mois. Une étude dont la progression peut être consultée ici.

Où l’on comprend que, finalement, au-delà des « gestes barrières » et du masque la messe préventive est encore loin d’être dite.

A demain @jynau

Transparence : en France le remdesivir (Veklury®) de Gilead sera-t-il à 390 $ le flacon?

Bonjour

04/07/2020. Urgence versus transparence… La Commission européenne a autorisé le 3 juillet la « mise sur le marché conditionnelle » de l’antiviral remdesivir (Veklury®) de Gilead Sciences au sein de l’Union européenne ; et ce pour le traitement des patients gravement atteints de la Covid-19. Una autorisation accordée moins d’un mois après le dépôt de la demande et une semaine seulement après l’avis de l’Agence européenne du médicament (contre plus de deux mois habituellement – et en dépit des accusations du Pr Didier Raoult, Marseille).

« Nous ne négligerons aucun effort pour obtenir des traitements ou des vaccins efficaces contre le coronavirus », a déclaré la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, dans un communiqué. Le remdesivir est le premier médicament autorisé au niveau de l’UE pour le traitement contre le Covid-19, précise l’exécutif européen.

Pour rappel, Le Quotidien du Médecin (Coline Garré) précise que la mise sur le marché conditionnelle (CMA) est l’un des mécanismes réglementaires de l’UE visant à faciliter l’accès à des médicaments « qui répondent à un besoin médical non satisfait », notamment dans des « situations d’urgence en réponse à des menaces pour la santé publique telles que la pandémie actuelle », même si les données sont « moins complètes que prévu ».

Initialement développé contre la fièvre hémorragique Ebola, cet antiviral est la première thérapie à avoir démontré une « certaine efficacité » chez les patients hospitalisés pour le Covid-19 dans un essai clinique de taille significative – et ce même si l’effet peut être considéré comme « modeste ».

La recommandation de l’EMA concerne le traitement du nouveau coronavirus chez les adultes et les adolescents à partir de 12 ans, souffrant de pneumonie et ayant besoin d’un supplément d’oxygène. L’EMA s’appuie principalement sur l’étude américaine du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID), qui démontre que les patients traités par du remdesivir se rétablissent en moyenne quatre jours plus vite que les autres malades. Il n’a pas été prouvé que le remdesivir permettait d’éviter les décès.

Reste la question, majeure mais toujours passée sous silence, du prix. On se souvient, ici, de la peu banale « lettre ouverte de Daniel O’Day, CEO, Gilead Sciences »   parlant « ouvertement » de la question de la fixation du prix :

 « Une des principales raisons ayant guidé notre décision est de limiter la nécessité de négociations sur le prix pays par pays. Nous avons fixé ce prix pour rendre le traitement abordable dans l’ensemble des pays développés. Ce prix sera proposé à tous les gouvernements des pays développés dans lesquels l’utilisation du remdesivir est autorisée. Au prix de 390 $ par flacon, le remdesivir devrait permettre aux systèmes de santé de réaliser des économies. »

Questions : Les négociations commerciales entre le gouvernement français et Gilead Sciences seront-elles, comme toujours tenues secrètes ? Ou peut-on un instant espérer, (avec l’arrivée de Jean Castex et Nicolas Revel à Matignon) que  la France s’engagera ici sur la voie d’une transparence avec Big Pharma, transparence démocratique qu’elle a toujours refusée ?

A demain @jynau