Chloroquine et déontologie : l’Ordre des médecins condamnera-t-il le Pr Christian Perronne ?

Bonjour

21/06/20020. Au départ, un pamphlet doublé d’un premier entretien médiatisé pour le lancer : « Covid et chloroquine: un spécialiste dénonce ‘’l’union de l’incompétence et de l’arrogance’’ ». Auteur : le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches, personnalité controversée, a été président de la Commission spécialisée Maladies Transmissibles du Haut Conseil de santé publique.  

C’est un pamphlet nourri d’une colère tenant à la «chloroquine» : l’administrer sous une forme préventive aux patients fragiles aurait selon lui permis de réduire le nombre de morts. « J’en suis convaincu. Il était criminel de ne pas la prendre au sérieux, alors qu’on savait par la Chine et par les résultats, certes insuffisants au début, de Raoult, qu’elle était efficace. Encore fallait-il l’administrer de la bonne manière. J’ai été sidéré par le nombre d’études bidon qui étudiaient ses effets dans des conditions défiant tout bon sens. »

Le Pr Perronne accuse d’autre part des membres du Conseil scientifique ou du Haut Conseil de la santé publique d’avoir écarté la chloroquine à cause de liens d’argent avec des laboratoires concurrents. Puis il s’attaque au Conseil scientifique du gouvernement (et à son président) dont il moque les « avis contradictoires » et les « commentaires évasifs ».

« Quelles suites pourront connaître ces différentes accusations ? » nous demandions-nous le 14 juin.  Une semaine plus tard voici qu’une pétition cible l’auteur.  

« Nous interpellons le Conseil National de l’Ordre des Médecins sur les propos inacceptables du Professeur Perronne, chef du service de maladies infectieuses à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Celui-ci affirme que « 25 000 morts » auraient pu être évités en France si la combinaison hydroxychloroquine et l’azithromycine avait été prescrite massivement. Il poursuit en prétendant que le service de maladies infectieuses du CHU de Nantes et les médecins de l’hôpital auraient « laissé crever son beau-frère ». Christian Perronne accuse ainsi directement, à de multiples reprises, sans aucune retenue ni preuve médicale ou scientifique, des collègues médecins d’avoir refusé de prescrire un traitement et laissé « crever » des gens du fait d’intérêts financiers, entretenant ainsi l’idée que ses collègues sont des « criminels » au service de l’industrie pharmaceutique. »
 
Et de citer Sud Radio le 16/06 (https://www.youtube.com/watch?v=crbITXQTo24&feature=youtu.be ainsi que  
C News le 18/06 (https://www.youtube.com/watch?v=j_oR4gXc4WA .

« Non seulement ces propos sont scandaleux, inacceptables et totalement faux, médicalement et scientifiquement, mais ils contreviennent au code de déontologie médicale et au code de la santé publique, écrivent les pétitionnaires. En effet, de tels propos, tenus par un professeur de médecine, chef d’un service hospitalier, sont à même d’attiser la haine du public envers les médecins visés et mettent en danger des collègues, exposés à la vindicte populaire sur la base d’arguments fallacieux. »

Pour eux le Pr  Perronne contrevient à l’article 39 du code de déontologie médicale (article R.4127-39 du code de la santé publique) qui dispose que « les médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. ». De même, ces propos ne tiendraient pas compte de l’article 13 du code de déontologie médicale (article R.4127-13 du code de la santé publique) qui rappelle que « lorsque le médecin participe à une action d’information du public de caractère éducatif et sanitaire, quel qu’en soit le moyen de diffusion, il doit ne faire état que de données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de ses propos auprès du public ».  Tous ces éléments seraient à même de déconsidérer la profession de médecin, ce qui est contraire à l’article 31 (article R.4127-31 du code de la santé publique) : « Tout médecin doit s’abstenir, même en dehors de l’exercice de sa profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci. ». 
 
Et les signataires de demander instamment au Conseil National de l’Ordre des Médecins de « réagir en urgence » en » condamnant les propos de M. Perronne, et en le convoquant afin qu’il s’explique et rende des comptes ».

On peut aussi, sur ce thème, lire le Pr Axel Kahn : « (…) le professeur Christian Perronne, a non seulement pris fait et cause pour le traitement préconisé par Didier Raoult, ce qui est admissible. Mais il a de plus déclaré que ceux qui ne l’utilisaient pas, voire dont les essais cliniques disqualifiaient l’hydoxychloroquine, sont des assassins. Et que les incrédules du conseil scientifique Covid-19 sont vendus aux majeurs de l’industrie pharmaceutique (…)  imaginez ce que représente une telle accusation, dénonciation, calomnie ? Sans doute passible de poursuites pénales, en l’occurrence. Mais auparavant, au plan déontologique ? (…) Il ne me revient pas de me mêler de l’aspect judiciaire de l’affaire. En revanche, j’ai établi, quelque soient les critiques que l’on puisse faire au Conseil de l’Ordre des médecins, l’évidence d’une instance déontologique pour ce métier qu’est la médecine. Et alors expliquer mon incompréhension qu’elle ne se saisisse pas de cette affaire. »

Que fera l’Ordre ? Quelles suites une telle affaire connaîtra-t-elle ? Quelles suites devrait-elle, raisonnablement, connaître ?

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : comme le discret parfum d’un début de commencement de la fin

Bonjour

20/06/2020. Tout se délite, à qui se fier ?  A Marseille Didier Raoult revient sur ses premières annonces quant à une possible « nouvelle vague ». Et à Bâle le géant pharmaceutique suisse Novartis annonce qu’il met fin à l’essai clinique avec l’hydroxychloroquine pour traiter des malades du Covid-19.  Le 20 avril, ce géant avait annoncé avoir conclu un accord la Food and Drug administration américaine, pour procéder à des essais cliniques de phase III de l’hydroxychloroquine sur des malades souffrant de Covid-19 hospitalisés. Ces essais visaient à évaluer l’utilisation de ce traitement auprès d’environ 440 malades sur une dizaine de sites aux Etats-Unis.

Effet ou pas des convictions chloroquinesque de Donald Trump la FDA avait donné le 28 mars son feu vert pour que la chloroquine et l’hydroxychloroquine puissent être prescrits, uniquement à l’hôpital, à des patients souffrant de la Covid-19. contaminés par le nouveau coronavirus.

Or dans un communiqué publié le 19 juin, Novartis explique avoir pris «la décision d’arrêter et de mettre fin à l’essai clinique avec l’hydroxychloroquine contre la Covid-19 – et ce en raison de graves difficultés de recrutement de participants, rendant «impossible» la finalisation de l’étude. Le groupe précise qu’au cours de l’étude, «aucun problème de sécurité n’a été signalé», et qu’elle n’a pas permis «de tirer des conclusions sur l’efficacité» de l’hydroxychloroquine contre le nouveau coronavirus.

Il y a quelques jour l’Organisation mondiale de la santé a renoncé aux essais qu’elle dirigeait, arrivant à la conclusion que l’hydroxucloroqiuen ne réduisait pas le taux de mortalité des malades hospitalisés. « La France, conclut l’AFP, où un médecin controversé, le Pr Didier Raoult, a défendu l’hydroxychloroquine, en a officiellement banni l’usage contre le Covid-19 . » C’était le 27 mai via un décret publié au Journal officiel,  à la suite d’un avis défavorable du Haut Conseil de la santé publique.

Depuis  la fin mars, l’hydroxychloroquine pouvait être prescrite à titre dérogatoire en l’absence d’autre traitement, à titre compassionnel ou dans le cadre d’essais cliniques « sous la responsabilité d’un médecin, aux patients atteints de Covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile », selon un premier décret datant du mois de mars. Le nouveau décret annulait cette disposition.

Puis vint la publication, dans  The Lancet, d’une étude pointant son inefficacité et les risques entraînés par ce médicament qui devait précipiter son interdiction en France.  Puis l’étude du Lancet fut contestée, puis finalement rétractée. Puis les arrêts successifs des essais…. Comme le début du commencement de la fin d’une série bien trop mal engagée à Marseille. Une série certes addictive mais qui, finalement, n’aura sans doute que trop duré.

A demain @jyanu

Après la guerre de l’hydroxychloroquine, voici que celle du baclofène est soudain relancée

Bonjour

18/06/2020. Comme un lointain parfum poudré, celui de l’hydroxychloroquine. Toutes proportions gardées.  Nous évoquions il y a quelques heures le rebondissement sans précédent sur le front de la lutte médicamenteuse contre la maladie alcoolique : celle du Baclocur (10, 20 et 40 mg) à peine arrivé dans les pharmacies d’officine et aussitôt retiré du marché suite à une décision de justice. Nous ajoutions que, désavouée, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) gardait le silence. Quelques heures plus tard, changement de politique et communiqué de presse annonçant la saisine du Conseil d’Etat. La guerre du baclofène est relancée. Comprendra qui pourra.

« Par ordonnance du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 17 juin 2020, les autorisations de mise sur le marché des spécialités Baclocur (10, 20 et 40 mg) du laboratoire Etypharm sont suspendues à titre conservatoire dans l’attente d’un jugement définitif, résume l’ANSM. Les spécialités Baclocur (10, 20 et 40 mg) ne doivent plus être dispensées. Le laboratoire Ethypharm procède au rappel des lots en pharmacie. La spécialité Baclocur 30 mg n’est pas concernée. L’ANSM va saisir le Conseil d’Etat d’un pourvoi en cassation contre cette décision de suspension en référé des autorisations de mise sur le marché des spécialités Baclocur. »

Contrairement à ce que prescripteurs, pharmaciens et patients pouvaient redouter l’accès au baclofène dans l’alcoolo-dépendance est toujours possible pour les patients dans le cadre de la recommandation temporaire d’utilisation (RTU) via livrer le Baclofène-Zentiva 

Après des années de polémique, la commercialisation du Baclocur avait été accordée en octobre 2018 sous conditions et à doses limitées. La Haute autorité de Santé (HAS) avait finalement donné un feu vert à son remboursement (à hauteur de 15%) en dépit d’un service médical rendu « faible » et d’une absence « d’amélioration du service médical rendu » … Comprendra qui pourra. Texte officiel de la HAS:

« Avis favorable au remboursement pour réduire la consommation d’alcool, après échec des autres traitements médicamenteux disponibles, chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool et une consommation d’alcool à risque élevé (> 60 g/jour pour les hommes ou > 40 g/jour pour les femmes). Cet avis est conditionné à la collecte de données d’efficacité et de tolérance dans un délai maximal de 3 ans en vue d’une réévaluation.

« Le baclofène, constitue, en association à un suivi psychosocial axé sur l’observance thérapeutique et la réduction de la consommation d’alcool, une option thérapeutique de dernier recours pour réduire la consommation d’alcool chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool avec consommation d’alcool à risque élevé, ne présentant pas de symptômes physiques de sevrage et ne nécessitant pas un sevrage immédiatement. Le bénéfice potentiel du traitement est conditionné par l’observance du patient.

« Son utilisation doit s’accompagner d’un suivi médical rapproché en particulier pendant la phase de titration. La dose journalière maximale de baclofène est de 80 mg par jour. En l’absence d’efficacité après 3 mois de traitement, celui-ci doit être arrêté de façon progressive. »

La mise en vente le 15 juin est aujourd’hui annulée à la suite de l’action du collectif « Baclohelp » qui avait déposé un référé-suspension auprès du tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). Motif de cette action : la dose du traitement limitée à 80 mg par jour, décidée par l’ANSM en raison de « risques accrus d’hospitalisation et de décès » à fortes doses. Or ce collectif et, depuis des années, une fraction des spécialistes de la maladie alcoolique estiment qu’une partie des patients doivent bénéficier d’un traitement compris entre 80 et 300 mg, selon leurs besoins ». ce qui était jusqu’ici toujours officiellement déconseillé mais ouvertement pratiqué. Comprendra qui pourra.

A demain @jynau

Alcoolisme : nouveau et invraisemblable rebondissement dans l’affaire du baclofène

Bonjour

18/06/2020. C’est sans précédent : un médicament à peine arrivé dans les pharmacies d’officine et aussitôt retiré du marché… Au carrefour du soin et de la justice c’est la résultante d’une somme d’incompréhensions, de mauvaises volontés – et, tout bien pesé, du peu d’intérêt que nombre des autorités en charge du médicament portent à la maladie alcoolique, cette délaissée.

Au terme de quelques années de violentes polémiques un médicament contre l’alcoolisme à base de baclofène, le Baclocur, venait d’être autorisé en France et commercialisé à compter du 15 juin. Or la justice a ordonné l’arrêt des ventes, mercredi 17 juin. « Nous apprenons que nos autorisations de mise sur le marché sont suspendues, a annoncé au Parisien (Elsa Mari)  Ethypharm, le fabricant. Ce qui signifie l’arrêt de la commercialisation et le retrait des lots déjà sur le marché. »

La commercialisation du Baclocur avait été accordée en octobre 2018 sous conditions et à doses limitées. Des négociations quant au prix avaient suivi qui conduisirent à l’annonce de sa mise en vente le 15 juin. C’était compter sans l’action du collectif « Baclohelp » qui avait déposé un référé-suspension auprès du tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). Motif de cette action ; la dose du traitement limitée à 80 mg par jour, décidée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en raison de « risques accrus d’hospitalisation et de décès » à fortes doses. Des éléments vivement contestés par ce collectif et, depuis des années, par une fraction des spécialistes de la maladie alcoolique. Selon eux la quantité de 80 mg par jour est insuffisante pour permettre à une majorité de patients de sortir de cet esclavage addictif.  

Exécutif versus décision de justice

Et c’est ainsi que les juges tribunal administratif de Cergy-Pontoise se sont prononcés en faveur de la suspension de mise sur le marché du nouveau comprimé. Cette mise sur le marché « pourrait faire obstacle à la poursuite du traitement à des doses supérieures à 80 mg », selon l’ordonnance, consultée par Le Parisien. « Il existe un risque très élevé de rupture dès lors que les pharmaciens ne voudront plus délivrer le Baclofène-Zentiva pour l’alcoolodépendance en l’absence d’une recommandation temporaire d’utilisation (RTU). »

« C’est une bonne nouvelle ! a aussitôt réagi auprès du Parisien Thomas Maës-Martin, fondateur de l’association, à l’origine de ce référé. Les patients vont pouvoir poursuivre leur traitement au dosage prescrit par leur médecin, entre 80 et 300 mg, selon leurs besoins. » Le baclofène était en effet autorisé dans le traitement de la maladie alcoolique depuis 2014 grâce à une RTU.

En accordant une autorisation de mise sur le marché au Baclocur, l’ANSM avait souligné que « ce médicament n’est pas anodin et doit être manié avec beaucoup de précautions ». Alors même que son efficacité est jugée sans équivalent par ses partisans, l’ANSM n’a de cesse que de souligner les risques inhérents à sa consommation. Selon elle, le baclofène à fortes doses (plus de 180 mg par jour) ferait plus que doubler le risque de mort par rapport aux autres médicaments contre la maladie alcoolique, et accroît de 50 % le risque d’hospitalisation.

C’est pourquoi l’ANSM avait décidé que le Baclocur ne pouvait être prescrit aux alcooliques qu’à la dose maximale de 80 mg/jour …. et après échec constaté des autres traitements médicamenteux. De plus, en l’absence d’efficacité après trois mois de traitement, il devait être arrêté de façon progressive.

Contactée par Le Parisien l’ANSM est restée silencieuse. Que dira-t-elle demain ? Que pourra, ici, l’exécutif contre une décision de justice ? Que feront, demain, prescripteurs et pharmaciens ?

A demain @jynau

Covid-19: la dexaméthasone vient de démontrer son efficacité. Oublier la chloroquine ?

Bonjour

16/06/2020. Avancée thérapeutique significative et communication en urgence : la dexaméthasone réduit d’un tiers la mortalité chez les malades les plus gravement atteints par le Covid-19 – selon les premiers résultats de Recovery vaste essai clinique britannique respectant les règles scientifiques habituelles. La dexaméthasone est largement utilisée dans diverses indications thérapeutiques depuis un demi-siècle. C’est  une hormone glucocorticoïde de synthèse dotée d’effets anti-inflammatoires et immunosuppresseurs. 

 Des données sont d’ores et déjà disponibles via la BBC (Michelle Roberts) : Coronavirus: «  Coronavirus : Dexamethasone proves first life-saving drug ».« Dans l’essai, dirigé par une équipe de l’Université d’Oxford, environ 2 000 patients hospitalisés ont reçu de la dexaméthasone et ont été comparés à plus de 4 000 qui n’ont pas reçu le médicament, explique la BBC. Pour les patients sous respirateur, le risque de décès est passé de 40% à 28%. Pour les patients ne nécessitant que de l’oxygène, le risque de décès  est passé de 25% à 20%. Le Pr Peter Horby, l’un des responsables de l’essai, « c’est le seul médicament jusqu’à présent dont on a montré qu’il réduisait la mortalité – et il la réduit considérablement. C’est une percée majeure. » »

Urgence et pragmatisme. On attend Olivier Véran

Pour le Pr Martin Landray, autre responsable, «’il y a un avantage clair et net. Le traitement dure jusqu’à 10 jours de dexaméthasone et coûte environ 5 £ par patient. Donc, il en coûte essentiellement 35 £ pour sauver une vie. C’est un médicament qui est disponible dans le monde entier.» Toujours ce charme du pragmatisme britannique.

Urgence : selon lui les patients hospitalisés devraient maintenant le recevoir sans délai. Sans pour autant se précipiter dans les pharmacies lorsqu’ils ne sont pas hospitalisés : la dexaméthasone ne semble pas aider les personnes présentant des symptômes plus légers de coronavirus – celles qui n’ont pas de difficultés respiratoires majeures.

Pragmatisme: les services de santé britanniques vont utiliser dès aujourd’hui la dexaméthasone, a annoncé le ministre de la santé, Matthew Hancock, dans une vidéo postée sur Twitter, précisant que le Royaume-Uni disposait de 200 000 traitements prêts à l’emploi stockés depuis mars.

Qu’en est-il de la France ? Quel message sanitaire en urgence ? On attend les réponses d’Olivier Véran. Saura-t-il ne pas tarder ?

A demain @jynau

Chloroquine : les autorités sanitaires américaines interdisent son usage contre la Covid-19

Bonjour

15/06/2020. Que s’est-il passé ? La « raison » retrouvée ? Les autorités sanitaires américaines viennent d’annoncer retirer l’autorisation d’utiliser en urgence deux traitements contre le Covid-19 : la chloroquine et l’hydroxychloroquine, deux spécialités défendues avec vigueur par Donald Trump, un président aujourd’hui de plus en plus contesté.

«Il n’est plus raisonnable de croire que l’administration par voie orale d’hydroxychloroquine et de chloroquine soit efficace dans le traitement du Covid-19 , explique, dans un courrier la responsable scientifique de l’Agence américaine du médicament (FDA) Denise Hinton. Il n’est pas non plus raisonnable de croire que les bénéfices connus et potentiels de ces produits dépassent leurs risques connus et potentiels » En d’autres termes :

« FDA has concluded that, based on this new information and other information discussed in the attached memorandum, it is no longer reasonable to believe that oral formulations of HCQ and CQ may be effective in treating COVID-19, nor is it reasonable to believe that the known and potential benefits of these products outweigh their known and potential risks. Accordingly, FDA revokes the EUA for emergency use of HCQ and CQ to treat COVID-19, pursuant to section 564(g)(2) of the Act. As of the date of this letter, the oral formulations of HCQ and CQ are no longer authorized by FDA to treat COVID-19. »

Et pour en savoir plus : Frequently Asked Questions on the Revocation of the Emergency Use Authorization for Hydroxychloroquine Sulfate and Chloroquine Phosphate.

On attend avec le plus grand intérêt la réaction des promoteurs marseillais.

A demain @jynau

Vaccin anti-Covid-19 : Big Pharma va-t-il véritablement travailler «à prix coûtant» ?

Bonjour

13/06/2020. Entrons-nous, avec la pandémie, dans un monde se rapprochant de l’idéal ? Un monde où l’esprit de lucre consubstantiel à l’industrie pharmaceutique pourrait, parfois, être tenu en laisse ? C’est une annonce que vient de faire Olivier Véran,  ministre des Solidarités et de la Santé. Où l’on apprend que la France s’est alliée à l’Allemagne, à l’Italie et aux Pays-Bas au sein de « l’Alliance inclusive pour un vaccin ». Objectif : « joindre nos forces dans le cadre des discussions avec les laboratoires pharmaceutiques en vue de garantir l’approvisionnement de la population européenne dans son ensemble et soutenir les projets de vaccin en développement, dans une optique d’accès global au vaccin. »

Et aujourd’hui, le gouvernement français annonce la signature d’un premier accord pour l’achat de vaccins contre le SARS-CoV-2. Un « accord de principe » (Memorandum of understanding) trouvé avec la multinationale pharmaceutique européenne AstraZeneca 1. Il prévoit que ce géant fournira à l’Alliance « jusqu’à 400 millions de doses de vaccin à prix coûtant, qui permettront de vacciner les populations à risque au sein de l’ensemble de l’Union européenne, avec de premières livraisons prévues avant la fin de l’année 2020 ». Du moins si son projet vaccinal aboutit et ce dans des délais qui semblent impossibles à tenir.

Et Olivier Véran de nous rassurer : « sur ce contrat la société AstraZeneca s’est engagée à ne réaliser aucun bénéfice ». Mieux encore  AstraZeneca s’est par ailleurs engagé à fournir plus de 2 milliards de doses à prix coûtant dans le monde entier. « Cet accord nous permet de sécuriser un accès à un candidat-vaccin comme première assurance dans un contexte de forte concurrence internationale, nous explique le ministre français. Il nous faudra poursuivre ces négociations avec nos partenaires pour réduire le risque de dépendance à un seul projet, en sécurisant l’accès à d’autres candidats vaccins, et suivre attentivement les progrès scientifique des travaux ».

Questions : Quel intérêt peut avoir le redoutable AstraZeneca à travailler « à prix coûtant » ? Qui calculera le coût ? Face à la pandémie, entrerions-nous dans un monde non pas idéal mais, parfois, un peu moins vénal ?

A demain @jynau

1 AstraZeneca est né de la fusion, en avril 1999, du suédois Astra rachetant le britannique Zeneca. La firme compte environ 63 000 employés dans le monde entier (recherche, développement, fabrication, let vente des produits pharmaceutiques). Elle est présent dans sept domaines thérapeutiques : la diabétologie, l’anesthésiologie, la cardiologie, l’infectiologie, la gastro-entérologie, l’oncologie, la neurologie et la pneumologie.

Hydroxychloroquine- Covid : Prescrire relaie une étude concluant à son inefficacité préventive

Bonjour

06/06/2020. C’est une étude que les responsables du précieux mensuel indépendant Prescrire ont décidé de faire connaître au plus vite.  « Dans un essai randomisé en double aveugle versus placebo chez environ 800 personnes ayant été à proximité d’une personne atteinte de covid-19, l’hydroxychloroquine n’a pas diminué le risque de survenue de la maladie » résument-ils.

Cette étude (qui n’est bien évidemment pas sans quelques insuffisances méthodologiques) vient d’être publiée dans le New England Journal of Medicine : A Randomized Trial of Hydroxychloroquine as Postexposure Prophylaxis for Covid-19

« Cet essai, mené aux États-Unis d’Amérique et au Canada, a inclus 821 adultes sans symptôme ayant été, pendant plus de 10 minutes, à moins de 1,8 mètre d’une personne atteinte de covid-19, alors qu’ils étaient peu ou pas munis d’équipements de protection, précise Prescrire. Dans les 4 jours qui ont suivi cette exposition, les participants ont reçu soit un placebo, soit un traitement de 5 jours par hydroxychloroquine (une première dose de 800 mg, suivie 6 à 8 heures après d’une deuxième dose de 600 mg, puis 600 mg par jour pendant 4 jours). Le critère principal d’évaluation a été la survenue dans les 14 jours de symptômes évocateurs de covid-19 ou confirmé par examen biologique. »

Donald Trump

La moitié des participants étaient âgés de plus de 40 ans, et 52 % étaient des femmes. Environ 30 % étaient atteints d’une affection chronique, le plus souvent une hypertension artérielle ou un asthme. Environ 3 % des participants étaient fumeurs. Au cours des 14 jours de suivi, dans le groupe placebo sans traitement préventif, 14 % des patients ont eu des symptômes ou un diagnostic de Covid-19. Il n’y a pas eu de différence statistiquement significative entre les groupes hydroxychloroquine et placebo. La sévérité des symptômes n’a pas semblé différente entre les deux groupes. »

Dans cet essai, au moins un « événement indésirable » est survenu chez environ 40 % des participants sous hydroxychloroquine, entraînant parfois un arrêt prématuré du traitement, versus 17 % sous placebo (différence statistiquement significative). Effets indésirables rapportés : principalement des troubles digestifs, des troubles neurologiques, des céphalées, et plus rarement, des réactions cutanées et des troubles visuels. Prescrire :

« En somme, selon cet essai, des symptômes évocateurs de covid-19 surviennent chez environ 14 % des personnes ayant été, pendant plus de 10 minutes, peu ou pas munies d’équipement de protection, à moins de 1,8 mètre d’une personne atteinte de Covid-19. La prise d’hydroxychloroquine dans les 4 jours qui suivent n’a pas d’efficacité démontrée pour prévenir la survenue de covid-19, alors qu’elle expose à des effets indésirables, que l’on sait par ailleurs parfois graves (troubles du rythme cardiaque, en particulier). »

C’est là une nouvelle pièce médicale et politique à verser à l’épais dossier de l’affaire « Hydroxychloroquine-Covid-19 ». Une pièce à transmettre aussi au président des Etats-Unis qui, se mettant en scène, a choisi de faire une publicité internationale de l’utilisation de ce médicament à des fins préventives.

A demain @jynau

 

Coup de théâtre méthodologique : l’hydroxychloroquine est inefficace contre la Covid-19 !

Bonjour

05/06/2020. L’hydroxychloroquine (HCQ) ne montre « pas d’effet bénéfique » chez les malades du Covid-19. Telle est la conclusion spectaculaire des responsables de l’essai clinique britannique Recovery ; des responsables qui ont annoncé, vendredi 5 juin, l’arrêt « immédiat » de l’inclusion de nouveaux patients pour ce traitement. Ces responsables ont expliqué qu’ils avaient décidé de rendre publics ces « résultats préliminaires parce qu’ils ont des conséquences importantes pour la prise en charge des patients et la santé publique ».

« Recovery » est un essai clinique majeur dont les résultats étaient très attendus – l’un des seuls à n’avoir pas suspendu ses tests sur l’hydroxychloroquine après la violente controverse autour d’une publication contestée (puis rétractée) du Lancet.   « Nous avons (…) conclu qu’il n’y avait aucune preuve d’un effet bénéfique de l’hydroxychloroquine chez les patients hospitalisés avec le Covid et nous avons décidé d’arrêter de recruter des patients pour la partie hydroxychloroquine avec effet immédiat, a déclaré le Pr Martin Landray (université d’Oxford et codirecteur de l’étude). Ce n’est pas un traitement contre le Covid. Cela ne marche pas. Ces résultats devraient changer les pratiques médicales à travers le monde. Nous pouvons maintenant arrêter d’utiliser ce traitement qui est inutile. »

Il faut ici rappeler que Recovery est un essai clinique contrôlé et randomisé.. Il est mené au Royaume-Uni sur plus de 11 000 patients de 175 hôpitaux pour évaluer l’efficacité de plusieurs traitements contre le Covid-19. Le bras  hydroxychloroquine a concerné 1 542 patients ayant reçu la molécule, comparés à 3 132 patients ayant bénéficié d’une prise en charge standard. Les chercheurs concluent qu’il n’y a pas de différence significative entre les deux groupes ni pour la mortalité à 28 jours, ni pour la durée d’hospitalisation. « C’est décevant que ce traitement soit inefficace, mais cela nous permet de nous concentrer sur les soins et la recherche sur des médicaments plus prometteurs », a commenté Peter Horby, principal responsable de l’essai.

Il faut suivre. L’annonce des Britanniques intervient alors que l’Organisation mondiale de la santé et l’Inserm viennent d’annoncer la reprise des inclusions de patients dans le bras HCQ des essais dont ils sont responsables, à savoir respectivement Solidarity et  Discovery ; essais qui avaient été suspendus  après la publication de l’étude du  Lancet -étude désormais rétractée …

On attend désormais la communication détaillée du bras HCQ britannique. Ainsi que les commentaires, depuis Marseille, du Pr Didier Raoult.

A demain @jynau

« Hydroxychloroquine – Didier Raoult », la grande affaire française étrillée depuis Genève

Bonjour

04/06/2020. C’est acquis : l’affaire « Didier Raoult – Chloroquine » est devenue la grande affaire nationale française du moment. Elle intègre à merveille la peur et l’espoir, la médecine à la science, la croyance à la politique, le médiatique aux polémiques, les élites aux Gilets Jaunes. Jouant miraculeusement de l’étrange, l’homme parle où et quand il veut, délivre des messages, philosophe sur la médecine, cet art qui se nourrit de science, dénonce les vices de sa confrérie, accuse les méthodologistes-mathématiciens glorifie en permanence son parcours et ses compétences.

C’est sans précédent et cela dure, l’affaire s’auto-alimente. Pour autant, sauf à imaginer une rapide propulsion vers les sphères politiques (Didier Raoult, ministre de la Santé et/ou maire de Marseille) le sujet, bientôt, s’épuisera.

Pour l’heure, tout ceci intéresse-t-il au-delà de nos frontières ? Comment, par exemple, perçoit-on ce phénomène depuis Genève ? Donnons ici un extrait du « bloc-notes » 1 que tient le Dr Bertrand Kiefer dans la Revue Médicale Suisse dont il est le rédacteur en chef :

« Il était un savant de Marseille qui, depuis son bain de bulles, affirmait que la pandémie commençante serait moins mortelle que les accidents de trottinette. Il savait, avec certitude. Le même savant annonce ces jours la fin imminente de la pandémie. Il sait, là encore. Et c’est lui qui, enveloppé dans son immense savoir et télégénisé par son look ésotérico-rebelle, a entraîné le monde sur la piste savonneuse d’un antimalarique miracle.

« Avec ses disciples (groupe qui comprend une partie non négligeable de l’humanité, quantité de chefs d’État, plein de professeurs et de médecins de tous poils, et un quarteron de spécialistes fumeux), il affronte les autres, l’élite, les « bien-pensants », affirmant que l’urgence pandémique exige d’abandonner la servitude de la méthode et de l’éthique de la recherche scientifique. S’imposerait donc, selon lui, l’instinct, le savoir infus.

La bouée, le parachute et le savoir du gourou

« Quand quelqu’un se noie, on lui lance une bouée, sans d’abord vérifier son efficacité, ou encore, quand on saute d’un avion, on utilise un parachute, même s’il n’a jamais fait l’objet d’une recherche contre placebo (cet argument prend au sérieux un article du BMJ sur le sujet, publié dans l’un des numéros de Noël connus pour servir de défouloir annuel à l’humour british). Certes, mais comment savoir qu’on a bien affaire à une bouée ou un parachute ? Le gourou, lui, sait.

« En conséquence, tout a été fait à l’envers. Courant derrière l’engouement international, quantité d’études ont été lancées, impliquant des dizaines de milliers de patients dans le monde, sans coordination, avec des protocoles souvent bâclés. Il a fallu trois mois d’un immense effort pour que la marge d’ignorance se resserre. Résultat : l’antimalarique n’est en tout cas pas le médicament-miracle annoncé, celui qui devait sonner la « fin de partie » (selon le savant) ou s’imposer en « game changer » (selon un autocrate narcissique nord-américain). Mais l’argent et l’énergie drainés par ces études (sans compter la difficulté à recruter les patients : personne ne voulant plus prendre le risque de se trouver dans un bras autre ou placebo) ont empêché de tester d’autres hypothèses intéressantes, à l’efficacité a priori autant, voire davantage plausible. Un immense gâchis. »

Il nous restera à comprendrecomment une telle « flambée d’irrationnel » a pu se mondialiser à la vitesse de la pandémie. « Il faudrait analyser les ressorts archaïques qui meuvent les humains, même à l’ère des réseaux sociaux, écrit le Dr Kiefer. Besoin de croire, transes émotionnelles, attachement à la figure sacrée de la victime (le savant persécuté), violence mimétique antiscience et anti-establishment ? Les technologies de l’information sont de formidables machines à amplifier les vieux modèles. » Il ajoute :

« A quoi se reconnaît un pseudo-scientifique ? A ceci : il sait. Il est soit infatué, soit incompétent. Mais l’infatué ne cherche pas à savoir. Et savoir qu’on est incompétent demande d’être compétent. »

A demain @jynau

1 Kiefer B Science et doutes : le bazar Rev Med Suisse 2020; volume 16. 1068-1068