Sur les vaccins et l’homéopathie, Yannick Jadot sème plus d’ivraie que de bon grain

Bonjour

France Inter a (parfois) des auditeurs formidables. Ainsi, ce matin : « Guy, du côté de Toulouse », vieux militant écolo qui cette fois n’a pas voté EELV à cause des « engagements maladif »s « anti-vaccins » et « pro-homéopathie-Boiron » de Michèle Rivasi, bras droit de Yannick Jadot (et numéro 2 de sa liste). Pour Guy c’était  « devenu impossible ».

Et l’invité de France Inter Yannick Jadot, 51 ans, fonça comme un jeune taureau piqué au vif. Il a, sans nuance aucune, précisé la ligne de son parti. Au risque d’être accusé d’approximations, de contradictions, voire de mensonges. Au risque d’être catalogué (comme, depuis peu, Laurent Wauquiez) de cette nouvelle plaie : l’« insincérité ». Quelques heures plus tard Le Monde et ses « Décodeurs » corrigeaient le tir et les mots du nouveau poids lourd médiatique du paysage politique français. Extraits :

1. Michèle Rivasi a bel et bien fait circuler de fausses informations

Yannick Jadot : « Sur les vaccins, la ligne du mouvement EELV comme celle de Michèle Rivasi est très claire : nous sommes pour la vaccination. Nous défendons la vaccination comme une responsabilité individuelle et aussi comme une responsabilité collective. Il n’y a pas simplement un choix individuel, par exemple on le voit en ce moment sur la rougeole : le fait de choisir pour soi engage l’ensemble de la société. Donc nous sommes pro vaccins. »

Selon lui, il est en revanche indispensable de faire la transparence sur « le poids des lobbys pharmaceutiques dans la décision publique. (…) C’est notre seul combat ».

Le Monde : « L’écologiste Michèle Rivasi est eurodéputée depuis 2009 et a été réélue. Sa présence en deuxième place sur la liste conduite par Yannick Jadot pour la campagne de 2019 a néanmoins suscité des critiques contre le parti, notamment à cause de ses prises de position sur la vaccination. Elle y a répondu dans un communiqué publié le 12 mars, intitulé « oui aux vaccins, non aux lobbys ».

« En cela, sa position pourrait coller à la ligne « pro vaccins » prônée par Yannick Jadot sur France Inter. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas du seul impair de Michèle Rivasi sur cette question. Elle a en effet diffusé, dans des entretiens à la presse et sur son blog, un certain nombre de contre-vérités sur la vaccination, bien loin du discours du chef de file de son mouvement. Elle a par exemple : contesté la vaccination des enfants contre l’hépatite B sous le prétexte qu’il s’agirait d’une maladie exclusivement « sexuellement transmissible » (ce qui n’est pas le cas) ; dénoncé la présence de « nanoparticules métalliques dans des vaccins courants », une conclusion réfutée par l’Agence européenne des médicaments ; affirmé que « si une femme allaite son enfant, elle lui transmet les anticorps » contre la rougeole, ce qui rendrait la vaccination contre cette pathologie inutile (une affirmation réfutée par les spécialistes) ; dénoncé la présence d’aluminium dans les adjuvants de nombreux vaccins, occultant que les études menées sur le sujet n’ont pas établi un lien entre ce composé et  des troubles sur la santé. »

Pour résumer Michèle Rivasi, bras droit de Yannick Jadot,  a bel et bien contribué à faire circuler des informations erronées émanant d’opposants à la vaccination et à semer le doute à tort au sein de la population – « ce qui peut légitimement être reproché à une personnalité politique de premier plan » observe Le Monde.

2. L’homéopathie, son efficacité et ses lobbies

Yannick Jadot : « Il y a aujourd’hui des millions de Français qui utilisent l’homéopathie. C’est un coût extrêmement faible, ça participe de soigner et je crois qu’on ne peut pas simplement analyser l’impact d’un médicament au regard de sa composition, c’est le résultat qui compte…. –Donc rembourser un placebo, s’il fonctionne, c’est bien  ? –L’enjeu, c’est de soigner. S’il est prouvé que l’homéopathie participe de soigner des personnes qui s’y retrouvent,  franchement, au regard du coût de l’homéopathie, c’est pas un sujet. »

Certes le coût des spécialités homéopathiques prescrites par des médecins est marginal : environ 0,3 % des remboursements de médicaments, en 2016  – soit environ 55 millions d’euros sur 18 milliards d’euros de prise en charge. Reste L’argumentaire de Yannick Jadot sur le fond du sujet est en revanche nettement plus surprenant : seul le « résultat » compterait. Un remboursement des médicaemnts associé à une obligation de résultats ? Rembourser dès lors que cela « participe de soigner » ? Oublier la somme des travaux qui concluent, au mieux à une efficacité équivaelnte à celle de l’effet placebo ?  

« Par ailleurs, la position de l’écologiste sur la question de l’homéopathie peut surprendre, tant elle entre en contradiction avec la ligne générale qu’il édictait quelques instants plus tôt, affirmant vouloir ‘’sortir les lobbys pharmaceutiques de la décision publique’’ » observe fort justement Le Monde.  Dans le cas de l’homéopathie, les Laboratoires Boiron sont, précisément un modèle-type de lobby pharmaceutique – défendant farouchement leurs intérêts  en remuant ciel et terre à la perspective d’un déremboursement.

« L’avis définitif de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur la question, qui devrait orienter le choix de la ministre de la santé, Agnès Buzyn, est attendu pour juin » conclut Le Monde. Ce n’est pas tout à fait exact : Agnès Buzyn a publiquement expliqué qu’elle suivrait l’avis de la HAS – laissant étrangement en cela son pouvoir politique de décision (et celui du gouvernement) entre les mains de cette institution qu’elle présida. On conclura en rappelant que Mme Buzyn tenait peu ou prou, il y a un an, les mêmes propos que Yannick Jadot aujourd’hui.

C’était le 12 avril 2018. Invitée de la matinale sur RMC-BFM TV, Agnès Buzyn annonçait alors que les spécialités homéopathiques continueraient à être remboursées par l’Assurance-maladie, même si c’est «probablement un effet placebo». «Les Français y sont attachés. Si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques, je pense nous y gagnons collectivement. Voilà, ça ne fait pas de mal !».

C’est dire si l’on attend, avec un vif intérêt, la suite.

A demain

@jynau

 

Homéopathie politique : Yannick Jadot réclame le maintien du remboursement des médicaments

Bonjour

Voilà qui va notablement compliquer la tâche d’Agnès Buzyn. Yannick Jadot, nouveau poids lourd médiatique du paysage politique français, est ce matin l’invité de France Inter, nouvelle première- radio-de-France.

Propos attendus sur la poursuite du concassage macronien de la droite. Confirmation des structurelles ambivalence écologiques sur le vieil échiquier politique. Puis question d’un auditeur. « Guy, du côté de Toulouse », vieux militant écolo qui cette fois n’a pas voté EELV à cause des engagements maladifs « anti-vaccins » et « pro-homéopathie-Boiron » de Michèle Rivasi, bras droit de Yannick Jadot (et numéro 2 de sa liste). Pour Guy la médecine n’est pas poudre de perlimpinpin et autre charlataneries. Et avec Michèle Rivasi les Verts ne dépasseront jamais leur plafond (de verre). Et Nicolas Demorand de souligner la forte prévalence de ce type de questionnement. On attend Yannick Jadot au tournant.

Sur les vaccins la ligne du parti (« comme celle de Michèle Rivasi ») est claire : « Europe Ecologie Les Verts » est « pro-vaccin » 1. La vaccination est une responsabilité individuelle doublée d’une responsabilité collective. Pas de débat sur les onze obligations pédiatriques voulues par le gouvernement ; rien sur les adjuvants aluminiques. Un seul ennemi : le poids des lobbies dans la décision publique. On aimerait comprendre, mais faute de temps on ne le pourra pas.

Sur l’homéopathie la ligne du parti est au moins aussi claire :

« Il y a aujourd’hui des millions de Français qui utilisent l’homéopathie. C’est un coût extrêmement faible, ça participe de soigner et je crois qu’on ne peut pas simplement analyser l’impact d’un médicament au regard de sa composition, c’est le résultat qui compte….

Donc rembourser un placebo, s’il fonctionne, c’est bien  ?

L’enjeu, c’est de soigner. S’il est prouvé que l’homéopathie participe de soigner des personnes qui s’y retrouvent,  franchement, au regard du coût de l’homéopathie, c’est pas un sujet. »

Franchement, au regard des forces en présence, des engagements pris par Agnès Buzyn et de la théâtralisation médiatique du dossier voilà un très très beau sujet politique.

A demain

@jynau

1 Sur ce thème « L’écologiste Yannick Jadot s’explique, enfin, sur les vaccins, les lobbies et Michèle Rivasi » et « Le trop maigre mea culpa de Michèle Rivasi, écologiste qui est ‘’pour la vaccination’’ » Journalisme et santé publique, 12 mars 2019.

Tour de France 2019 : Big Pharma US y hurlera. Aimeriez-vous savoir pourquoi ?

Bonjour

Du 8 au 28 juillet 2019 : le Tour de France cycliste et son indispensable « caravane » : onvoi de véhicules insolites et décorés à caractère publicitaire précédant le passage des coureurs ; distribution d’objets promotionnels et d’échantillons divers et variés dans un déluge sonore. Gros succès populaire.

Avec, cette année la présence de « Du Bruit contre l’Hépatite C» – une  campagne de l’AFEF (Association Française pour L’Étude Du Foie) et de SOS Hépatites.  Une campagne mise en place en octobre 2018 « dans le cadre de l’engagement français d’éliminer l’hépatite C d’ici 2025, soit cinq ans avant la date fixée par l’Organisation Mondiale de la Santé ». Pitch officiel :

« Du 8 au 28 juillet 2019, elle va sillonner la France au gré des étapes du Tour de France pour aller à la rencontre de la population et la sensibiliser sur les évolutions et les risques de cette maladie quand elle n’est pas traitée. Au fil des kilomètres parcourus, les équipes dédiées informeront les français qu’aujourd’hui on guérit facilement de l’hépatite C et les encourageront à prendre RDV avec leur médecin pour se faire dépister. »

L’intendance suivra : une centaine de bénévoles impliqués sur tout le parcours (médecins, patients, membres des associations portant la campagne) ; deux chars équipés d’un sonomètre et d’un écran digital « qui affiche en temps réel le bruit fait contre l’hépatite C » ; des Tests Rapides d’Orientation Diagnostique (TROD) proposés aux personnes volontaires ; 100 000 « bracelets sécurité » portant le message « Aujourd’hui on guérit de l’hépatite C. Je ne réfléchis plus, je prends rendez-vous avec mon médecin » seront distribués sur le parcours ainsi que 10 000 sonnettes de vélo et 50 000 flyers mégaphone. 

Le coût de tout cela ? Il n’est pas connu. On sait seulement que l’opération est « soutenue » par les laboratoires pharmaceutiques américains AbbVie et Gilead (voir aussi AbbVie et Gilead). Pourquoi ? On peut l’imaginer. Et se demander où sont les chars et les flyers mégaphone de notre Assurance Maladie, elle qui prend silencieusement et intégralement en charge les médicaments efficaces contre l’hépatite C présents sur le marché français.

A demain

@jynau

Vogalène®, Motilium® et Primperan® : dangereux – uniquement pour les vomissements !

Bonjour

Empiétant largement sur l’Agence de sécurité du médicament 1, la Haute Autorité de santé (HAS) vient de publier une « fiche » peu banale : « Médicaments antiémétiques dans le traitement symptomatique des nausées et vomissements ». Il y est question des spécialités pharmaceutiques à base de dompéridone (Motilium®, Peridys®, Oroperidys®) 1, de métoclopramide (Anausin métoclopramide®, Primperan®, Prokinyl LP®) ou de métopimazine (Vogalène®). Autant de spécialités historiques (sans oublier leurs génériques) indiquées pour « soulager les nausées et les vomissements dans les cas de gastro-entérite, infection virale… »

Or, alerte rouge : « Compte tenu du risque d’effets indésirables cardiaques graves (arythmies ventriculaires, mort subites cardiaques) et de troubles neurologiques, la prescription d’un antiémétique devrait êre envisagé uniquement lorsque ces affections sans caractère de gravité peuvent entraîer des vomissements ayant à court terme des complications graves ou très gênantes. »

Et la HAS de rappeler que le traitement des nausées et des vomissements est « étiologique ». C’est pourquoi la  prescription de dompéridone, métoclopramide ou métopimazine ne devrait être envisagée que si la prescription d’un antiémétique « apparaît indispensable », c’est-à-dire uniquement en cas de vomissements ayant à court terme des complications graves ou très gênantes.

Ces médicaments ne sont pas destinés en première intention à des symptômes secondaires à des affections graves,  comme après un acte opératoire ou dans le cadre d’un traitement anticancéreux (radiothérapie ou chimiothérapie).

On se souvient peut-être que l’AMM des médicaments à base de dompéridone ou de métoclopramide a d’ailleurs été retirée chez l’adulte et chez l’enfant dans les situations cliniques suivantes : reflux gastro-œsophagien, gastroparésie, dyspepsie, nausées et vomissements induits par radiothérapie, chimiothérapie ou agoniste dopaminergique, et stimulation de la montée laiteuse. (La métopimazine n’avait pas d’AMM dans ces affections).

La HAS rappelle aussi les conditions de prescription de la dompéridone (déconseillée aux plus de soixante ans et aux femmes enceintes ou allaitantes) du métoclopramide (réservé à l’adulte et déconseillé en cas de troubles de la conduction cardiaque de déséquilibre électrolytique non corrigé, de bradycardie, aux sujets âgés et aux femmes enceintes ou allaitantes) et la métopimazine (à utiliser avec prudence chez les sujets âgés ainsi qu’en cas d’insuffisance rénale ou hépatique).

Quels sont les volume des ventes de ce rayonnage pharmaceutique ? Combien d’ « événements indésirables cardiaques graves (arythmies ventriculaires, mort subites cardiaques) » ? Combien de « troubles neurologiques »et lesquels ? Quelle évaluation à venir quant aux effets de la publication de cette « fiche » ? On ne le saura pas.

A demain

@jynau

1 Lire ici nos posts sur « l’affaire du Motilium® »

Marine nationale (héroïne), Douanes françaises (diazépam) : que deviennent leurs prises ?

Bonjour

Ascension 2019. Un stock de 415 695 de comprimés de diazépam a été saisi par les douanes à Calais, à l’entrée du tunnel sous la Manche. L’information vient d’être donnée par Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics. Extrait du communiqué scénarisé :

« La valeur de ces médicaments transportés en contrebande est estimée à 470 000 euros. Les douaniers du tunnel ont procédé jeudi au contrôle d’un camion immatriculé en Lituanie et s’apprêtant à partir pour la Grande-Bretagne via le tunnel sous la Manche. Les documents présentés par le chauffeur couvraient un groupage de colis en provenance d’Allemagne.

« Lors de l’inspection du chargement, les douaniers ont découvert plusieurs cartons emballés d’un film noir contenant des bidons en plastique scellés supposés contenir des protéines pour la nutrition. A l’ouverture de l’un des pots, ce sont toutefois des tablettes de médicaments en vrac, sans notice ni emballage, qui ont été découvertes. Au total, 44 bidons ont été extraits du chargement pour un total de 415 695 comprimés.

« Le conditionnement de ce médicament, transporté en contrebande depuis la Slovaquie, laisse supposer un usage détourné de sa vocation thérapeutique (sic). Cette molécule est en effet fréquemment utilisée en substitut des opiacés ou de l’alcool. En association avec ce dernier, elle permet de modifier le comportement. Le chauffeur du camion de nationalité biélorusse, mis hors de cause, a été laissé libre. Les médicaments ont été saisis et un échantillon est en cours d’analyse au Service commun des laboratoires douane/DGCCRF de Lille. Le Parquet de Boulogne a été saisi du dossier. »

Que vont devenir les 415 695 de comprimés de diazépam ? Les retrouvera-t-on sur quel marché ? Dans quelles pharmacies ? Rien ne nous est dit à ce sujet.

Et puis ce communiqué de presse scénarisé du ministère des Armées :

« Dans son incessante lutte contre le trafic de drogue en Océan indien, la Marine nationale vient de réaliser une nouvelle saisie de stupéfiants. La ministre des Armées, Florence Parly, félicite l’équipage du Floréal : ‘’leur action réussie permet de continuer un travail de fond dans une zone stratégique pour la France. Les trafics sont des vecteurs de financement d’activités terroristes, les armées remplissent ainsi leur mission de protection de nos ressortissants et nos intérêts’’.  

Le 28 mai, la frégate de surveillance Floréal a de nouveau réalisé une belle performance en saisissant 520 kg d’héroïne. Après la saisie de près de 7,5 tonnes de drogues diverses au début du mois de mai, la frégate de surveillance Floréal avait continué ses patrouilles de lutte contre les trafics liés au terrorisme dans la zone nord de l’Océan Indien.

Lors d’une surveillance maritime de nuit, le Panther, hélicoptère embarqué de la frégate, a détecté un boutre présentant différents critères de suspicion et naviguant dans une zone connue pour être fréquentée par les trafiquants. Après avoir élaboré une route d’interception, dite « route de chasse », le Floréal a détecté à son tour, au moyen de son radar, le boutre suspect et s’en est rapproché dans la nuit ; de nombreuses incohérences dans les propos du capitaine ont confirmé le caractère suspect du boutre. 

Le Floréal a obtenu alors l’autorisation d’effectuer une enquête de pavillon, c’est-à-dire de monter à bord pour lever le doute sur la nationalité du navire inspecté. Une fois la sécurisation du boutre effectuée par l’équipe de visite du Floréal, les documents du bord ne permettant toujours pas d’établir sa nationalité, le navire a été déclaré « sans pavillon ».

Au milieu d’une cargaison de ciment, une première cache d’héroïne a été découverte. Les investigations supplémentaires ont permis de découvrir deux nouvelles caches portant à 434 le nombre de ballots détenus. »

Que vont devenir les « plus de 520 kg d’héroïne qui ont été saisis » ? Au nom du  « principe de dissociation administrative » ils ont été détruits par la frégate de surveillance « Floréal » nous assure-t-on. « Autant de produits stupéfiants qui n’alimenteront pas le financement des activités terroristes » nous dit la ministre Parly. Ni, donc, celui des activités anti-terroristes.

A demain

@jynau

Homéopathie déremboursée et vacances d’été : «Partez l’esprit léger avec les Laboratoires L…»


 
Bonjour

Le 16 mai dernier c’était un « communiqué de presse commun » signé par trois entreprises dans le champ industriel de l’homéopathie (Boiron – Lehning – Weleda). Un cri de colère contre la « fuite médiatique » (parfaitement orchestrée) de l’avis préliminaire de la Commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé. Commission chargée d’évaluer le bénéfice médical rendu par les médicaments homéopathiques. Objectif annoncé : dérembourser ces médicaments. Ce qui (sauf surprise politique) devrait être acté par Agnès Buzyn avant l’été.  Associé au communiqué de presse: « Ensemble, mobilisons-nous pour le maintien du remboursement de l’homéopathie sur MonHomeoMonChoix.fr ».

Quinze jours ont passé, l’été approche. Les troupes syndicales et l’ensemble des salariés menaçants de Boiron viennent de quitter le Palais loué pour cinq ans à Emmanuel Macron. Et pendant la polémique les ventes continuent. Nouveau communiqué de presse, signé des seuls Laboratoires Lehning.

« C’est l’été ! L’heure des départs en vacances et du farniente au soleil. C’est aussi parfois quelques inconvénients : le mal des transports, des coups de soleil, une constipation occasionnelle… Mais c’est décidé, rien ne pourra venir gâcher nos vacances ! Alors l’été, on oublie tout, sauf sa trousse de soins des Laboratoires Lehning, pour parer à tous ces petits désagréments qui peuvent venir troubler un repos bien mérité.
 
Arnica Naturel Gel® : pour apaiser les bleus et bosses. Ce gel dispose d’une forte teneur en Arnica Montana, une plante vivace des pâturages de montagnes aux vertus apaisantes. Il permet de soulager tous les petits traumatismes tels que les bleus et les bosses, mais se révèle également rapidement efficace en cas de courbatures. PVC : 6,20 €

ClimaxolGel® : pour soulager les jambes lourdes. La chaleur, les trajets de longue durée, les journées d’excursions ainsi que les stations prolongées debout ou assises peuvent accentuer les problèmes de circulation qui donnent l’impression de « jambes lourdes ». ClimaxolGel aide à soulager cette sensation. Le marron d’Inde et l’hamamélis présents dans sa composition sont reconnus pour leurs effets décongestionnants et vasoconstricteurs. De plus, ils améliorent le tonus veineux. L’huile essentielle de menthe poivrée apporte une sensation immédiate de fraîcheur et de légèreté à l’application. La crème est agréable à appliquer, avec de l’aloe vera et de l’amande douce, qui laissent la peau douce et hydratée. PVC : 11,50 €

Calendula Naturel crème® : pour apaiser les irritations et traiter les brûlures légères. Calendula Naturel crème est utilisée pour aider la peau à cicatriser lorsqu’elle est mise à l’épreuve : par exemple après un coup de soleil ou une baignade dans la mer, en cas de sensation de tiraillements, à cause de coupures légères après avoir cueilli ou ramassé des trésors dans la nature… Avec 10 g de Calendula officinalis pour 100 g de crème, le produit est extrêmement concentré en actif antibactérien et cicatrisant, pour soulager la peau et l’aider à bien se réparer. PVC : 6,20 € ».

Aucune « fuite médiatique », ici. Aucun chantage au chômage. Pas de conflits d’intérêts. Simplement de la publicité. Avant l’été.

A demain

@jynau

Inquiétantes disparitions de médicaments corticoïdes : mais que fait le gouvernement ?

Bonjour

Année 2019. Etrange époque où les tribunes des quotidiens dénoncent le retour des tickets de rationnement dans les pharmacies françaises. Ainsi Le Monde daté de demain : « Mettons fin à la pénurie de corticoïdes. Patients et professionnels de santé demandent aux autorités de faire en sorte qu’une fourniture pérenne de ces médicaments d’intérêt thérapeutique majeur soit assurée ». Un texte signé par cinq médecins responsables et dix associations de malades très directement concernées 1.

« Nous, patients et professionnels de santé, notamment médecins rhumatologues, sommes très préoccupés des pénuries actuelles et répétées concernant les corticoïdes par voie orale ou injectable, alors que ces médicaments font partie des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) définis par le décret du 20 juillet 2016. »

Ces pénuries sont graves pour la sécurité et la bonne prise en charge des patients souffrant de maladies inflammatoires chroniques. Une affaire d’importance : entre 1 % et 4 % de la population est sous corticoïdes au long cours, notamment pour des affections rhumatologiques (polyarthrite rhumatoïde, pseudopolyarthrite rhizomélique, lupus et autres maladies auto-immunes) mais aussi pneumologiques (asthme et broncho-pneumopathies obstructives), digestives (maladies chroniques inflammatoires de l’intestin) ou dermatologiques.

Ce n’est pas tout. Ces médicaments sont également très utiles en cures courtes pour soulager certaines affections rhumatologiques aiguës, dans lesquelles ils sont particulièrement efficaces (névralgies cervico-brachiales et sciatiques, goutte…). Et nous parlons ici de médicaments qui ne peuvent être interrompus brutalement au risque de provoquer un syndrome de sevrage et un rebond de la maladie pouvant mettre en jeu la sécurité des malades.

Demande du blocage du retrait du Kenacort Retard®

« La situation actuelle est grave alors que l’on est confronté à la fois à des tensions d’approvisionnement des corticoïdes oraux (Cortancyl® et son générique la prednisone, Solupred® et son générique la prednisolone), à des ruptures de stock du Diprostène® et du Célestène Chronodose®, suspensions injectables de bétaméthasone, peut-on lire dans la tribune vespérale. La rupture de stock du Diprostène® initialement prévue jusqu’à la mi-mai est actuellement étendue jusqu’au début de l’année 2020 ! De plus, nous sommes choqués d’apprendre, dans ce contexte difficile, le retrait du Kenacort Retard® prévu, le 31 juillet, par la compagnie pharmaceutique. La disparition de cet autre corticoïde pour infiltration va réduire encore les alternatives thérapeutiques, après le retrait de l’Altim® par le fabricant, il y a deux ans, et d’autres (tel le Dilar®), ou le non-remboursement d’autres formulations (tel le Depomédrol®). Ces problèmes ne vont faire qu’accroître encore plus la pression sur les très rares corticoïdes injectables restant disponibles sur le marché, déjà le plus souvent en situation de rupture, avec un risque de spirale infernale de disparition de cette classe de produits. »

Les causes de ces pénuries à répétition et de ces disparitions ? Elles sont multiples : problèmes sur les chaînes de fabrication ; le prix extrêmement bas de ces médicaments anciens [moins de 4 euros la boîte] retentit de manière très négative sur leur rentabilité, poussant les industriels à les retirer du marché indépendamment de l’intérêt thérapeutique.

Certes l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a bien convoqué, le 9 mai, l’ensemble des laboratoires concernés, et a bien informé, le 24 mai, d’une avancée significative sur ce dossier. Mais rien n’est vraiment réglé 2. Et les signataires « demandent aux autorités de santé de résoudre en urgence avec les industriels concernés les problèmes de tensions d’approvisionnement des pharmacies en cortisone orale. Et aussi  « de bloquer le retrait programmé du Kenacort Retard®». Retrait programmé par la frrme BristolMyersSquibb avec l’accord de l’ANSM

Il faudra ensuite prendre des mesures fortes qui permettront de réduire les pénuries et les retraits de médicaments essentiels pour l’ensemble des spécialités médicales : plus de flexibilité réglementaire, plus de collaboration avec Les Entreprises du médicament (LEEM) mais aussi (et surtout) plus d’obligations pour l’ensemble des industriels, par exemple la constitution de « stocks minimaux obligatoires ». Comment expliquer que ce ne soit pas, déjà, le cas ?

A demain

@jyant

1 Les signataires : Professeur Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie, APHP hôpital Saint-Antoine, Paris ; professeur Thierry Thomas,président de la Société française de rhumatologie ; docteur Christian Augareils, président du Syndicat national des médecins rhumatologues ; professeur Aleth Perdriger, président du Collège français des médecins rhumatologues ; professeur Benoit Le Goff,président du Collège français des enseignants de rhumatologie. Et dix associations de malades : Association française de lutte antirhumatismale, Association française du Gougerot Sjögren et des syndrômes secs, Association française des polyarthritiques et des rhumatismes inflammatoires chroniques, Association nationale de défense contre l’arthrite rhumatoïde, Action contre la spondylarthrite ankylosante-France, France Psoriasis, Spondyloaction, Pass SAPHO, Fibromyalgie France, Solidarité Handicap autour des maladies rares.