Grippe: depuis novembre dernier, trois enfants et vingt-trois adultes sont morts en France

Bonjour

L’heure est aux décomptes viraux. Ainsi, aujourd’hui 5 février 2020, celui que viennent de publier les épidémiologistes de Santé publique France.

« Semaine 05/2020 – Situation au 05/02/2020 Bulletin hebdomadaire grippe

I Passages aux urgences et hospitalisations pour grippe

En semaine 05, le réseau Oscour® a rapporté 8 821 passages pour grippe ou syndrome grippal (vs 5 645 enS04) et 810 hospitalisations (vs 471 en S04). Ces indicateurs sont en forte augmentation par rapport à la semaine précédente. Les passages concernent principalement les enfants de 0 à 14 ans (57%), plus particulièrement les jeunes enfants de moins de 5 ans (32%).

Parmi les hospitalisations pour grippe, les classes d’âge les plus représentées sont les enfants de moins de 5 ans (29%) et les personnes âgées de 75 ans et plus (20%). La part des hospitalisations pour grippe ou syndrome grippal parmi l’ensemble des hospitalisations a égalementaugmenté par rapport à la semaine précédente (13,8/1 000 en S05 vs 8,1/1 000 en S04).

II Surveillance des cas graves de grippe admis en réanimation

Depuis le 4 novembre 2019, 311 cas graves de grippe ont été signalés, dont 49 en S05 (Figure 4). L’âge moyendes cas est de 52 ans. La majorité (73%) d’entre eux présente des facteurs de risque et 74% des 189 cas avec des facteurs de risque de complication pour lesquels le statut vaccinal est renseigné ne sont pas vaccinés. Un virus de type A a été identifié chez 82% des cas. Vingt-six cas sont décédés : 3 enfants de moins de 15 ans, 12 cas âgés de 15-64 ans et 11 cas âgés de 65 ans et plus. »

Il n’est pas trop tard, disent certains spécialistes français, pour se faire vacciner. D’autres dénoncent l’inefficacité relative de cette vaccination. D’autres, encore déploient toutes leurs énergies pour mettre au point un vaccin contre un virus qui vient d’émerger en Chine et qui inquiète la planète. L’heure est aux décomptes.

A demain @jynau

Sous la Dépakine®, le Plavix® : Sanofi refuse 116 millions d’euros à l’Assurance-maladie !

Bonjour

Rebondissement médiatique dans l’affaire de la Dépakine® : le groupe pharmaceutique Sanofi a annoncé lundi 3 février sa mise en examen pour « tromperie aggravée » et « blessures involontaires » dans l’affaire de la commercialisation de ce médicament anti-époleptique de référence. Sanofi fait valoir que cette mise en examen lui permettrait « de faire valoir tous ses moyens de défense et sera l’occasion de démontrer qu’il a respecté son obligation d’information et fait preuve de transparence ».

Le géant pharmaceutique français a par ailleurs assuré qu’il « continuera de coopérer pleinement avec les autorités judiciaires et a toute confiance dans les suites de la procédure ». Aurait-il un instant songé à ne pas pleinement coopérer avec la justice de son pays ?

Ce rebondissement s’inscrit dans le cadre d’une enquête ouverte en 2016 et qui vise  à établir s’il y avait eu « tromperie sur les risques inhérents à l’utilisation du produit et les précautions à prendre ayant eu pour conséquence de rendre son utilisation dangereuse pour la santé de l’être humain » et couvrait la période allant de 1990 à avril 2015.

Un demi-siècle de commercialisation

Le valproate de sodium est commercialisée depuis plus d’un demi-siècle sous la marque Dépakine® par Sanofi. Cette enquête fait suite à une procédure lancée en mai 2016 par l’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant (Apesac), qui représente 4 000 personnes, pour moitié des enfants malades, et s’appuyant sur quatorze cas de mères ayant reçu de la Dépakine lors de leur grossesse.

Rappel : il y a un an précisément on apprenait que Sanofi avait refusé de donner suite aux premières demandes d’indemnisation des victimes de Dépakine®. En d’autres termes il rejettait sur les autorités sanitaires française l’entière responsabilité de ce qui était désormais médiatiquement présenté comme un « scandale sanitaire ». Le Monde précisait alors que la Dépakine® était accusée d’avoir provoqué des malformations et des retards de développement chez des milliers d’enfants dont la mère prenait cet antiépileptique (principe actif : acide valproïque) durant sa  grossesse.

Selon les estimations de l’Assurance-maladie et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, la Dépakine®  et ses dérivés sont directement responsable (depuis 1967) de malformations (entre 2 150 et 4 100 cas suspectés) et de troubles du neuro-développement (entre 16 600 et 30 400 cas). Les risques de malformations liées au valproate de sodium ont été mis en lumière par des études scientifiques dès les années 1980 et  les risques neuro-développementaux l’ont été à partir du début des années 2000.

Quand le géant Sanofi osait dénigrer ses concurrents

Voilà pour la Dépakine®. Passons au dossier (moins connu des médias généralistes)  du Plavix® (clopidogrel) dont on imagine qu’il figure en bonne place sur le bureau de Nicolas Revel, directeur général de l’Assurance Maladie. Et ce accompagné d’une croustillant exclusivité des Echos (Yann Duvert @yann-duvert) « Comment l’Assurance-maladie a raté l’occasion de se faire rembourser des millions par Sanofi ». Un petit bijou de papier, un rideau à moitié sur un spectacle financé par des deniers publics mais qui, trop souvent, nous échappe. Une affaire que nous avions pour notre part évoqué fin 2016 : « Sanofi n’aurait pas du dénigrer les génériques pour faire la promotion de son Plavix®».

La Cour de cassation avait alors confirmé une amende de 40,6 millions d’euros infligée à Sanofi en 2013 par l’Autorité de la concurrence, pour avoir mené une campagne de dénigrement des génériques concurrents de son célébrissime antiagrégant plaquettaire. Elle confirmait un jugement de la cour d’appel de Paris de décembre 2014, qui avait « caractérisé une pratique de dénigrement » mise en œuvre pendant cinq mois (entre 2009 et 2010) par le géant français. « La position dominante » de Sanofi avec le Plavix®  et son générique maison, Clopidrogel Winthrop ® , a eu pour effet « de limiter l’entrée de ses concurrents sur le marché français » jugeait la Cour.

Trois ans plus tard, extraits des Echos :

« Parfois, mieux vaut ne pas trop tergiverser, surtout si des millions sont en jeu. La Caisse nationale d’assurancemaladie des travailleurs salariés (CNAMTS) en a fait l’amère expérience, dans le cadre du litige qui l’oppose au laboratoire Sanofi. Alors qu’elle réclamait plus de 115 millions d’euros au géant de la pharmacie, le tribunal de commerce de Paris vient de rejeter sa demande, au motif que l’action engagée était prescrite.

Après la condamnation de l’Autorité de la concurrence et l’amende de 40,6 millions d’euros pour abus de position dominant certains concurrents de Sanofi ont tenté de se faire rembourser le préjudice subi.

« Selon nos informations, Teva, qui a attaqué Sanofi en justice et lui réclamait 30 millions d’euros, a finalement trouvé un accord à l’amiable avec son concurrent. Idem du côté de Sandoz, une filiale de Novartis, qui évaluait son préjudice à 15 millions d’euros environ. Le laboratoire allemand Salutas et le slovène Lek, qui réclamaient respectivement 2 millions et 2,6 millions d’euros, ont fait de même. »

« En revanche, aucun accord n’a été conclu entre Sanofi et la CNAMTS, gestionnaire du régime général de l’assurance-maladie, et par conséquent amenée à rembourser le Plavix aux patients. La Caisse a attaqué le laboratoire devant le tribunal de commerce de Paris, lui réclamant 115,9 millions d’euros. Mais pour une raison inexpliquée, la procédure n’a été lancée qu’en 2017.

« Le tribunal a estimé en octobre dernier que le délai de prescription de cinq ans avait été dépassé. Selon la jurisprudence, ce délai démarre au moment où la CNAMTS a eu connaissance des agissements anticoncurrentiels de Sanofi. Soit selon la justice dès 2011, lorsqu’elle a témoigné auprès du gendarme de la concurrence sur les pratiques du laboratoire. ‘’Dans cette affaire, c’est clairement l’inertie de la CNAM qui a été sanctionnée, d’autant qu’elle aurait pu agir avant la décision de l’Autorité de la concurrence en déposant une assignation, quitte à compléter le dossier ensuite’’, s’étonne un expert. »

Qui a fauté ? Où est la morale ? Contactée par Les Echos la CNAM n’a pas souhaité s’exprimer. Le géant Sanofi, de son côté, n’a pas souhaité faire de commentaires. Nul ne sait où sont les 115,9 millions d’euros en question. Ni ce qu’ils deviendront.

A demain @jynau

Affaire-scandale du Mediator®: Prescrire soulève soudain deux questions bien dérangeantes

Bonjour

 Il faut lire l’éditorial, remarquable, du dernier Prescrire (février) : « Des rumeurs qui tuent ». « La rumeur n’épargne pas le domaine de la santé et y prospère même fort bien, écrit le mensuel toujours indépendant de l’industrie pharmaceutique. Ainsi en 2020, le vaccin rougeoleoreillons-rubéole (ROR) reste soupçonné par certains d’être une cause d’autisme, alors même que l’étude mentionnant ce lien, publiée en 1998 dans la revue The Lancet, a été rétractée en 2010 après révélation de multiples fraudes ».

On lira ici, dans ce numéro « Vaccin ROR : pas de lien avec l’autisme » (pages 114-116). « Dix ans plus tard, l’auteur de cette fraude continue de répandre la rumeur dans le monde entier, ajoute l’éditorialiste. Cette rumeur tue, à chaque fois qu’un enfant meurt de la rougeole parce que ses parents ont refusé de le vacciner par crainte de l’autisme, alors que cette crainte est infondée selon de nombreuses études fiables. »

Trente-trois ans de prescriptions

Avec le Mediator® (benfluorex), la rumeur fut d’un autre ordre, se souvient Prescrire. Elle entretenait son usage hors indications officielles. Au procès Mediator®, selon des responsables de la firme Servier et de l’Agence française du médicament, le benfluorex (ex-Mediator°) n’était pas un coupe-faim et n’était ni autorisé ni promu comme tel. Dès lors deux questions bien dérangeantes et jamais (ou presque) posées aussi clairement concernant des prescriptions qui ont duré trente-trois ans :

1 Sur quoi des médecins se sont-ils basés pour prescrire Mediator® comme coupe-faim sans danger ?

2 Sur quoi les patients qui l’ont pris (et parfois demandé pour cela) se sont-ils appuyés ?

« Pas sur les indications officielles de ce médicament, pas sur des résultats d’essais cliniques, répond Prescrire. Plutôt sur une rumeur qui, là aussi, a tué. Une rumeur colportée par qui ? » « Rumeur ». Le mensuel ne répond pas aux dérangeantes  questions qu’il pose.

A demain @jynau

Toxicomanie : en Suisse, soigner avec de l’héroïne pharmaceutique administrée par voie nasale

Bonjour

Question à mille francs : pourquoi la petite Suisse est-elle à ce point en avance sur la France quant la politique de réduction des risques ? Depuis un quart de siècle la prescription de diacétylmorphine (DAM ou « héroïne pharmaceutique ») fait partie de l’offre thérapeutique ordinaire comme alternative en cas de non-réponse au traitement agoniste opioïde classique.

En Suisse, 8% des personnes devenues gravement dépendantes à l’héroïne sont aisi soignée. Dispensé dans des centres spécialisés, le traitement consiste en l’administration (strictement réglementée et contrôlée) de diacétylmorphine – et ce dans le cadre d’un suivi médical et psychosocial. Il a été expérimenté pour la première fois en Suisse en 1994, dans le cadre d’une étude de cohorte. Et au vu des résultats positifs obtenus, il s’est imposé en tant que mesure thérapeutique. Mieux encore : il  a été inscrit dans la loi sur les stupéfiants en 2011. En 2016 environ 1.600 personnes dépendantes ont suivi un tel traitement dans vingt-et-un centres ambulatoires spécialisés et un centre pénitentier.

Pour autant – et bien que la forme galénique intraveineuse ait été complétée par des comprimés à libération immédiate et à libération prolongée-  une partie du « public cible » n’est pas atteinte. « En premier lieu, il existe souvent de graves lésions veineuses dues à la prise sur le long terme de substances issues du marché noir, peut-on lire dans le dernier numéro de la Revue Médicale Suisse (15 janvier 2020) 1. Certaines personnes s’injectent par voie intramusculaire, ce qui ne produit pas les mêmes effets qu’une injection intraveineuse: diffusion plus lente, effet moindre, et différé. D’autres personnes injectent dans des zones à haut risque comme la veine fémorale commune. Globalement, ces deux options ne sont médicalement pas adaptées. »

Les auteurs ajoutent que l’incidence de la bronchopathie chronique obstructive (BPCO) augmente en raison des années d’exposition à la fumée de tabac ou à d’autres substances. « Lors de l’injection d’opioïdes, une désaturation en oxygène peut alors survenir plus rapidement, expliquent-ils. Le passage aux comprimés n’est souvent pas satisfaisant en raison de l’absence d’effet « flash », avec le risque très important d’un retour à l’héroïne intraveineuse non médicale. »

L’exécutif français allergique à la réduction des risques

Enfin, un troisième groupe d’usagers ne consomme ni par voie intraveineuse ni par voie orale, mais en sniff. L’héroïne inhalée a une diffusion dans l’organisme plus lente que par voie intraveineuse, mais plus rapide que par voie orale, avec un effet subjectif de high. Si la recherche de cet effet est au premier plan, la prescription de comprimés sera perçue comme peu attractive.

C’est dans ce contexte que des médecins du programme HegeBe (pour « Heroin gestützte Behandlung ») ont donc exploré la possibilité d’une administration intranasale de la DAM. L’inhalation de comprimés pilés est exclue en raison des excipients potentiellement nocifs. Une autre solution est envisagée: l’administration à l’aide d’un nébuliseur. « Ce traitement devrait être offert dans le cadre d’une étude observationnelle multicentrique » préccisent les Drs Marc Vogel et Hannes Strasser.

Les médecins du programme HegeBe espèrent les effets suivants: réduction des dommages par rapport aux injections intramusculaires ou intraveineuses inguinales, meilleure tolérance chez les personnes souffrant d’une BPCO, acceptabilité du traitement plus élevée qu’avec les comprimés pour le sous-groupe des personnes consommatrices par voie inhalée. Les résultats préliminaires sont attendus courant 2020.

Est-ce la Suisse qui est en avance dans la prise en charge de ces grands malades ? Ou est-ce la France qui tarde ?

« La France ? Léon Schwartzenberg devint le ministre de la Santé le plus éphémère … quand il évoqua la possibilité en France des traitements par DAM se souvient le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Aujourd’hui, de Liverpool à Liège, de l’Allemagne à la Suisse, nous ne manquons ni de recul, ni de travaux sur ce que peut apporter ‘’l’héroïne médicalisée’’ dans des indications précises – notamment après échec méthadone ou buprenorphine. Mais qui lit encore ce raport de l’Inserm ? C’est le même problème que les salles de consommation à moindre risque, le cannabis thérapeutique, la e-cigarette : il nous faut franchir nos résistances, nos morales (françaises) pour pouvoir développer l’accès aux stratégies de réduction des risques …. »

Dépassons la morale, allons jusqu’à l’éthique politique. Qui, au sein de l’exécutif français, s’intéresse encore au beau concept de réduction des risques ?

A demain @jynau

1 «Vers une homologation de l’héroïne pharmaceutique par voie inhélée : un projet pilote », Marc Vogel (Services psychiatriques de Thurgovie, Muensterlingen, Marc.Vogel@stgag.ch) et Hannes Strasser (Cliniques universitaires psychiatriques, Bâle, Hannes.Strasser@upk.ch ).

Cannabis-Urgent : recherche un bon producteur français (s’adresser à l’Agence du médicament)

Bonjour

Pour un peu on en rirait. Résumons. Régulièrement annoncée l’expérimentation (officielle) du cannabis thérapeutique en France devrait débuter en septembre. Cette fois l’annonce en a été faite, le 22 janvier 2020, par Christelle Ratignier-Carbonneil, depuis trois ans directrice générale adjointe de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). C’était sous les ors de l’Assemblée nationale, lors des premières auditions de la « mission d’information commune sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis ».

« Septembre, c’est demain, c’est très proche », a fait observer la directrice générale adjointe, citée par l’AFP. Compte tenu de ce délai, l’ANSM envisage donc « plutôt d’avoir recours à des producteurs étrangers » pour fournir le cannabis nécessaire. Faut-il ici rappeler que la législation française interdit (actuellement) la culture des plants contenant des taux supérieurs à 0,2 % de THC ?

In ViVo et la Creuse bigrement intéressés

Pour autant la directrice générale adjointe ne néglige pas un certain pragmatisme surréaliste . « Si un producteur national est en capacité de répondre aux critères (…) , il pourra être retenu », a osé préciser Mme Ratignier-Carbonneil. Elle a même ajouré que « des réflexions sont actuellement en cours » entre, d’une part, le ministère des Solidarités et de la Santé et, de l’autre celui de l’Agriculture et de l’Alimentation pour permettre une production française. On attend ici, plus que celles d’Agnès Buzyn, les réflexions de Didier Guillaume toujours prolixe quand il s’agit de lutter contre les addictions et l’addictologie.

« Notre seul objectif reste la qualité des produits qui doivent être mis à la disposition des patients » a encore souligné la directrice générale adjointe. Et l’AFP de préciser que « malgré l’interdiction actuelle, InVivo, l’un des premiers groupes agricoles coopératifs français, a déposé une demande auprès de l’ANSM pour se « positionner sur le marché ». On sait aussi que le département de la Creuse est intéressé et qu’à Guéret le Premier ministre n’avait pas dit non. .

Pour un peu, on en rirait ? Ce serait oublier que l’expérimentation du cannabis « à usage médical » doit concerner trois mille personnes qui souffrent de maladies graves – certaines formes d’épilepsie, de douleurs neuropathiques, d’effets secondaires de chimiothérapie, de soins palliatifs ou de scléroses en plaques. Oublier que le cannabis sera consommé sous forme d’huile ou de fleurs séchées (« la voie fumée a été écartée à cause des effets nocifs de la combustion sur la santé »). Oublier que ce cannabis sera prescrit « en dernière intention » (a rappelé Mme Ratignier-Carbonneil). Oublier, enfin, que les patients concernés « pourront bénéficier du cannabis gratuitement ».

A demain @jynau

Il se trompe dans le dosage de Dépakine®, l’interne est condamné à plus de 10 000 euros

Bonjour

On ne commentera pas. « Bavure médicale à La Timone : l’interne condamné ». C’est une information de La Provence (Denis Trossero) reprise par Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos). Où l’on apprend qu’un interne de médecine de l’hôpital de la Timone de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille a récemment été condamné à verser 8 000 euros d’amende avec sursis et à une contravention de 800 euros par la sixième chambre du tribunal correctionnel de Marseille. Il avait «mal dosé » la Dépakine®

Les faits datent de 2017. Fin octobre, un couple arrive aux urgences de l’hôpital de la Timone avec leur bébé de vingt mois. Atteint d’une pathologie oncologique, l’enfant est « traité avec des bêtabloquants et de la Dépakine® pour améliorer l’efficacité de sa chimiothérapie », précisait alors  France Bleu Provence. Les parents alertent les équipes médicales que leur enfant est dans un état comateux après chaque prise de médicaments. 

Or, l’ordonnance rédigée par un interne comporte une erreur de conversion entre milligrammes et millilitres ayant conduit à un dosage de Dépakine® , dix fois supérieur à la normale. Un lavage d’estomac fut pratiqué d’urgence. Puis les parents portèrent plainte contre l’hôpital.

Outre l’amende et la contravention, l’interne devra verser à chacun des parents le somme de 1 000 euros en réparation de leur préjudice moral. Magnanime, la justice n’inscrira pas cette condamnation au casier judiciaire de l’interne.  La pharmacienne qui était également poursuivie a été relaxée. On ne commentera pas.

A demain @jynau

A l’attention des malades souffrants et des toxicomanes : la nouvelle donne du Tramadol®

Bonjour

C’est une nouvelle étape dans la politique de réduction des risques inhérents aux médicaments. Après avoir (enfin) obtenu le retour du paracétamol et de l’aspirine derrière le comptoir du pharmacien d’officine, le directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient de réussir à réduire la durée de prescription de la pléiade de spécialités contenant du tramadol :

BIODALGIC, CONTRAMAL, MONOALGIC, MONOCRIXO, OROZAMUDOL, TAKADOL, TOPALGIC, ZAMUDOL, ZUMALGIC et TRAMADOL GENERIQUESIXPRIM, ZALDIAR, TRAMADOL/PARACETAMOL GENERIQUES. SKUDEXUM.

Détail : en 2017, 6,8 millions de Français avaient consommé au moins une fois dans l’année l’une de ces spécialités.

On rappelle à cette occasion que le tramadol est indiqué uniquement indiqué « dans le traitement des douleurs modérées à intenses » mais qu’il « ne doit pas être prescrit dans le traitement de la migraine ». « Pour limiter le risque de dépendance, il doit être prescrit pendant la durée la plus courte possible, ajoute l’ANSM. Pour éviter un syndrome de sevrage, la posologie doit être diminuée progressivement avant l’arrêt du traitement. » Sans oublier qu’il « expose à des risques de convulsions ».

Décision : la durée maximale de prescription des médicaments contenant du tramadol est réduite de 12 mois à 3 mois. Elle sera applicable à compter du 15 avril 2020. Au-delà de 3 mois, la poursuite d’un traitement par tramadol (voie orale) nécessitera une nouvelle ordonnance.
 

Il s’agit ici de « limiter le mésusage » ainsi que les risques de dépendance. Cette mesure découle notamment des enseignements émergents de l’Etat des lieux sur la consommation des opioïdes et de la feuille de route 2019-2022 publiée par le Ministère de la Santé « Prévenir et agir face aux surdoses d’opioïdes ». 

Il s’agit surtout de (tenter de) lutter contre ce que montrent plusieurs enquêtes du réseau d’addictovigilance (CEIP-A). Le tramadol est ainsi devenu, en France le premier antalgique opioïde cité à la fois chez les usagers de drogue mais également dans la population générale pour le traitement de la douleur.

Les « usages problématiques » observés sont notamment une dépendance avec des signes de sevrage survenant même lors de prises à doses recommandées et sur une courte période – dépendance entraînant « une prise persistante par des patients qui ne présentent plus de douleur ». C’est aussi le premier antalgique impliqué dans les décès liés à la prise d’antalgiques, devant la morphine. C’est encore le deuxième antalgique le plus fréquemment retrouvé sur les ordonnances falsifiées présentées en pharmacie, derrière la codéine.

« Les médecins connaissent mal la molécule et les patients ne reconnaissent pas toujours les signes de dépendance  explique, dans Le Monde (Chloé Hecketsweiler) Nathalie Richard, directrice adjointe des médicaments antalgiques et stupéfiants à l’ANSM. Nous souhaitons débanaliser la prescription du Tramadol, notamment à la sortie de l’hôpital, où l’on donne souvent des ordonnances pré-imprimées aux patients. ».

La codéine et la poudre d’opium

« Certains patients présentent des symptômes de dépendance après seulement un mois » ajoute le Pr Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie et du centre de la douleur du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand. En outre, le sevrage est complexe, car le tramadol agit à la fois comme un antidouleur et un antidépresseur.»

Des prescriptions, donc, qui ne pourront plus être de douze mois mais de trois seulement. Sera-ce suffisant face à un mal national qui semble autrement plus profond ?

«Cette décision fait suite à un avis de 2019 de la commission des stupéfiants et psychotropes, nous a précisé le Pr Authier. L’alternative de mettre le tramadol en prescription sur ordonnancé sécurisée a été discuté mais pas retenue car cela aurait entraîné un report majeur des (primo)prescriptions d’antalgiques opioïdes vers la codéine et la poudre d’opium. Et donc une majoration des complications liées à ces deux molécules. Par ailleurs, passer les trois molécules sur ordonnances sécurisées risquait aussi de réduire significativement l’accès aux antidouleurs et provoquer une régression dans la prise en charge de la douleur en France.»

En revanche, il faudra selon lui probablement harmoniser cette mesure de limitation du renouvellement d’ordonnance à 3 mois à la codéine et à la poudre d’opium. Pour le Pr Authier cette mesure « rappelle la responsabilité du médecin, qui expose un patient à une substance potentiellement à risque de mésusage et pharmacodépendance, de réévaluer fréquemment la pertinence de ce traitement .»

Dont acte.

A demain @jynau