Ton confrère homéopathe jamais tu ne dénigreras, ou sinon 2 200 euros tu débourseras

Bonjour

C’est une histoire édifiante. Commencée dans Le Figaro ses derniers prolongements nous sont rapportés par L’Est Eclair (Catherine Frey) et Le Quotidien du Médecin (Marie Foult).

Résumons. Il y a près d’un an, dans Le Figaro plus d’une centaine de médecins @fakemedecine « alertaient sur les promesses fantaisistes et l’efficacité non prouvée des médecines dites alternatives comme l’homéopathie ». Ce collectif demandait « l’exclusion de ces disciplines ésotériques du champ médical ». L’affaire fit bien des remous, médicaux, ordinaux et politiques.

Au cœur de la tourmente : le Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF). Sous l’outrage, il décida de contre-attaquer. Et notamment en ciblant deux généralistes, des femmes âgées de 35 et 38 ans qui furent condamnées à un « avertissement » – sanction la plus clémente – par la chambre disciplinaire de première instance du conseil régional de l’Ordre des médecins de Champagne-Ardenne.

L’une des décisions a été publiée sur Twitter par le collectif des « anti ». Où l’on apprend que les juges ordinaux estiment qu’en cosignant la tribune du Figaro @fakemedecine le praticien a méconnu les principes du code de déontologie selon lesquels tout médecin « doit s’abstenir, même en dehors de l’exercice de sa profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci »Le code impose également aux praticiens d’entretenir des rapports de « bonne confraternité ». Un jugement tout en nuances confraternelles :

« Les auteurs de la tribune n’accusent pas directement leurs confrères de charlatanisme. Ils insinuent toutefois qu’ils pourraient s’en rendre complices et que certains confrères pourraient être mus par l’intérêt tiré de relations avec une industrie qualifiée de peu scrupuleuse. En raison du caractère agressif et méprisant de ces énonciations, (…) publiées dans un organe de presse destiné à un large public (…), le médecin a méconnu ces dispositions. »

Turpitudes et pouvoir exécutif

Et maintenant ? Un « avertissement » condamne à trois ans d’inéligibilité à toute fonction ordinale. Et en l’espèce les médecins condamnés doivent rembourser les frais de procédure exposés par le SNMHF – soit 2 200 euros chacun.

Dès le lendemain du jugement le conseil national de l’Ordre des médecins (qui ne s’était pas associé à la plainte du Syndicat des homéopathes) a annoncé qu’il faisait appel à titre conservatoire de cette décision, à la satisfaction du collectif  @fakemedecine :

« Le CNOM fait appel du jugement défavorable à l’égard de nos deux consoeurs. Nous saluons le geste du Conseil national qui prend enfin position en faveur d’une médecine rationnelle et d’une justice objective. Il était temps.

Ce n’est pas tout. Le Dr Jean-Marie Faupin, président du conseil régional de l’Ordre des médecins de Champagne-Ardenne (qui ne siégeait pas au sein de la chambre disciplinaire), s’est exprimé dans l’Est Eclair. Refusant de commenter la décision rendue en première instance, il reste dubitatif sur l’efficacité de l’homéopathie et l’opportunité de continuer à la rembourser.

« L’homéopathie est une technique de soin qu’il est difficile d’évaluer. Je crois que la question qui se pose derrière cette tribune est la suivante : faut-il continuer à rembourser ces produits dont l’efficacité n’est pas prouvée alors que des traitements classiques, lourds et coûteux, ont besoin d’être remboursés car ils sont efficaces ? ».

C’est une bonne question. Au-delà des turpitudes déontologiques et ordinales on attend la réponse du pouvoir exécutif à cette question éminemment politique.

A demain

@jynau

 

 

Captorix® et sérotonine : acheter le dernier Houellebecq ne suffira pas à votre bonheur

Bonjour

Nous sommes le 4 janvier 2019. Si tout se passe comme annoncé petites librairies, FNAC et autres grandes surfaces seront envahies. Gilets Jaunes ou pas, des files d’attente infinies de citoyens devenus dépendants au génie de Houellebecq Michel, romancier à succès et bientôt chevalier décoré par le président Emmanuel Macron dans l’ordre de la Légion d’honneur 1. Premier tirage de 320 000 et – à l’exception notable du Canard Enchaîné – des critiques littéraires tombés en pâmoison.

« Sérotonine », donc, nouvelle manne laïque pour les Editions Flammarion. Nous sommes le 4 janvier et, déjà, une lecture indispensable en complément du roman : un texte à haute valeur pédagogique sur le site de The Conversation. : « Non, la sérotonine ne fait pas le bonheur (mais elle fait bien plus !) ». Il est signé du Pr Antoine Pelisollo, docteur en Médecine et en Sciences Humaines, chef de service à l’hôpital Henri-Mondor/Albert-Chenevier, professeur de psychiatrie à l’Université Paris Est Créteil (UPEC Paris 12) et chercheur à l’INSERM.  On observera que le Pr Pelissolo est aussi, comme Houellebecq, un auteur de la maison Flammarion :« Vous êtes votre meilleur psy ! » (2017).

Ecrit à la première personne du singulier ce texte répond clairement à bien des questions que soulèvera la lecture du dernier opus houellebecquien. Un rappel de données moléculaires simples au carrefour de la dépression carabinée et de l’anxiété généralisée.

Surmoi psychiatrique

« Je ne sais jamais très bien quoi répondre à ces patients qui se disent en manque de sérotonine, confie le psychiatre. Une partie de notre travail de psychiatre consiste à expliquer comment fonctionnent les médicaments que nous prescrivons, afin que les patients puissent se les approprier, et surtout accepter de les prendre quand nous le pensons utile. Ce n’est jamais aisé, car les psychotropes font toujours un peu peur. Les idées reçues sont tellement nombreuses dans ce domaine qu’il est indispensable de dédramatiser voire de déculpabiliser (« si je prends un antidépresseur, c’est que je suis fou »). Alors, nous multiplions les arguments scientifiques, à grand renfort de jolis dessins de cerveau et de synapses multicolores, très simplifiées évidemment. ».

Et voici que ce psychiatre nous parle de son surmoi professionnel, « biberonné à la transparence et à la vérité-due-au-patient (formalisée par la fameuse loi Kouchner, le serment d’Hippocrate, les comités d’éthique, etc.) ». Et le voici sortant le carton jaune anti- #FakeMed ; et menacer d’expulser du terrain le bon petit soldat de l’éducation thérapeutique _ un soldat à qui on a ppris qu’il fallait simplifier l’information pour qu’elle soit compréhensible, « quitte à flirter avec la ligne rouge de la pseudoscience ». Un « conflit de valeur » qui peut déboucher sur un conflit névrotique quand on a quelques prédispositions à la culpabilité hippocratique (sic).

Pratiques frauduleuses

Reste, au-delà de l’ego, le mystère de la sérotonine et de l’effet placebo. Que nous apprend, sur The Conversation, le Pr Pelissolo ? Qu’il est impossible de doser la sérotonine pour en déduire un risque de dépression ou refléter un état psychologique (prendre garde ici aux pratiques frauduleuses). Que l’action de la sérotonine ne dépend pas uniquement de sa quantité brute dans le cerveau. Que la sérotonine ne régule pas uniquement les émotions mais qu’elle intervient dans la dépression et de nombreux autres troubles psychiques.

On apprend aussi que rien n’est jamais perdu.

« Qu’on les nomme résilience, coping (adaptation) ou force de caractère, nous avons tous des capacités de gestion de l’adversité. Nous les mettons en œuvre le plus souvent sans même nous en apercevoir. Pour traiter une dépression, il faut activer ces aptitudes. Cela peut se faire grâce à une aide psychologique ou à une psychothérapie, toujours essentielle pour donner du sens aux épisodes traversés et faciliter la cicatrisation et la prévention, mais aussi par la prise d’un antidépresseur qui va agir sur la sérotonine.

Ce traitement est indispensable quand le désespoir est à son comble, pouvant conduire à des idées ou à des actes suicidaires, et quand la dépression empêche tout simplement de penser, en raison de la fatigue physique et morale, rendant de ce fait illusoire tout travail de psychothérapie. Mais il est également très utile pour réduire la douleur morale propre à toute dépression sévère. »

Une précision toutefois : le Captorix® n’existe pas.

A demain

@jynau

1 « Houellebecq est constant dans ses répulsions, Macron ne l’en décore pas moins » Claude Askolovitch, Slate.fr,  2 janvier 2019

 

Médicaments et/ou infox : combien coûtera finalement la mystérieuse affaire du Levothyrox ?

Bonjour

Que restera-t-il, à l’avenir, de l’ « affaire du Levothyrox » ? Pourquoi ces affolements, ces souffrances, ces plaintes en cascade, cette émotion épidémique ? Et l’heure est-elle à l’apaisement  comme le laisserait penser ce communiqué de presse du ministère des Solidarités et de la Santé ? Un communiqué qui reprend l’étude de pharmaco-épidémiologie du « comité de suivi des médicaments à base de lévothyroxine » de l’Agence nationale de sécurité du médicament.

Grosse étude, basée sur les données du Système National des Données de Santé (SNDS) et qui porte sur plus de deux millions de patients traités par Levothyrox. Objectif : évaluer l’impact du passage à la nouvelle formule (NF) du Levothyrox sur la santé des personnes traitées par lévothyroxine (résultats disponibles ici).

« Les résultats ne mettent pas en évidence d’augmentation de problèmes de santé graves (décès, hospitalisation, arrêt de travail d’au moins 7 jours) en lien avec la prise du Levothyrox NF, résument le ministère et l’ANSM. En revanche, les résultats montrent une augmentation notable des recours aux soins en médecine de ville parmi les personnes ayant utilisé le Levothyrox NF en 2017. Cette hausse est estimée à 360 000 consultations supplémentaires (+2%). Elle a tout particulièrement concerné les recours auprès de médecins généralistes et d’endocrinologues et s’est concentrée sur la période d’août à octobre 2017. »

360 000 consultations supplémentaires : le prix à payer et une augmentation attendue au regard du » type de symptômes rapportés par les patient »s et de la « nécessité d’un ajustement des traitements » par leur médecin. On observera aussi que les renouvellements de traitements chroniques (psychotropes, antihypertenseurs, hypolipémiants) ont légèrement augmenté dans les mois suivant l’initiation du Levothyrox NF.

Diversification de l’offre thérapeutique

Les services d’Agnès Buzyn rappellent que les patients souffrant de troubles de la thyroïde et les professionnels de santé disposent depuis octobre 2017 d’une offre élargie de médicaments à base de lévothyroxine en plus de la mise à disposition temporaire d’Euthyrox : Levothyrox, L-thyroxin Henning, Thyrofix, L-thyroxine Serb et Tcaps. Ils ajoutent observer « une augmentation croissante de l’utilisation des nouvelles spécialités à base de lévothyroxine (autre que Levothyrox) par les patients souffrant de troubles de la thyroïde.

« En effet, alors qu’au dernier trimestre 2017 et premier trimestre 2018, respectivement 15% et 19% des patients étaient traités par une autre spécialité à base de lévothyroxine, ce chiffre est au dernier trimestre 2018 de 21% (soit plus de 627000 patients). Parmi les patients pour lesquels un traitement par lévothyroxine a été débuté au cours du deuxième trimestre 2018, ce chiffre atteint 27% (contre 13% au dernier trimestre 2017 et 18% au premier trimestre 2018) (résultats disponibles ici).

Par ailleurs, le grand bouleversement de la diversification de l’offre thérapeutique se poursuit : au premier semestre 2019, les patients et les professionnels de santé disposeront de trois nouveaux dosages pour la spécialité Levothyrox (88, 112 et 137 µg) ; l’ANSM vient d’accorder une autorisation de mise sur le marché pour la spécialité Tsoludose, solution orale en unidose (13, 25, 50, 75, 88, 100, 112, 125, 137, 150, 175, 200 µg), des laboratoires Genevrier. La commercialisation de cette spécialité est prévue au printemps 2019 ; d’autres spécialités sont par ailleurs en cours d’évaluation par l’ANSM. Il s’agit de nouveaux dosages pour la spécialité Thyrofix, d’une nouvelle spécialité sous forme de solution buvable et de deux médicaments génériques.

Avons-nous été collectivement victimes sinon d’un mirage du moins d’une psychose collective ? Comment ne pas l’imaginer quand on prend connaissance de ceci : en complément de l’ensemble des contrôles déjà réalisés, l’ANSM a procédé à des analyses (sur les lots 22.700.620, 23.204.220 et 23.207.420 – Levothyrox NF 100 µg) cités à plusieurs reprises par les associations de patients : dosage de la lévothyroxine et de ses impuretés, dont la dextrothyroxine, recherche des impuretés élémentaires, et plus particulièrement de métaux lourds – résultats disponibles ici.

Conclusion officielle : « ces dernières analyses, comme celles réalisées précédemment, confirment la bonne qualité de la nouvelle formule du Levothyrox ».

Courber l’échine devant les nocebos ?

Pour sa part l’Association française des malades de la thyroïde conteste ces résultats, maintient ses doutes et ses accusations :

« (…) Cette étude est caduque et ne sert qu’à un équilibre statistique qui coûtera cher aux contribuables et ceci dans le plus grand mépris à l’égard de la souffrance bien réelle des malades. Ces experts « dits » indépendants ont comparé deux populations témoins au niveau évolution de la demande de soins, entre 2016, 2017 et 2018.

« En prenant d’une part des diabétiques (1 million tirés au sort) et d’autre part, un million de patients sous nouvelle formule, eux aussi tirés au sort ! Devinez quoi ? Selon cette étude, en 2017-2018, il y aurait eu moins de soins, une peccadille de décès supplémentaires, moins d’hospitalisations grâce à la nouvelle formule… Bref, tout va très bien Madame la marquise. Ils sont forts ! À ce que l’on sache, les diabétiques ont une pathologie plus évolutive que les thyroïdiens… Que signifie cette comparaison ? Et il faudrait courber l’échine devant les nocebos ?

« Il faut savoir que le CNRS continue l’investigation faite par Toulouse en commun accord l’AFMT. C’est grâce à vos collectes de boîtes de Levothyrox que ces analyses ont été possibles. Nous sommes passés par un huissier pour couper les plaquettes en deux et cela est parti cacheté, vers deux labos sans que l’un sache ce que l’autre faisait. Malheureusement nous n’avons pas eu les résultats finaux aussitôt que prévu (…) Le jour précédant cette réunion au Ministère, nous avons fait une conférence de presse avec Anny Duperey, toujours là dans sa simplicité et sa générosité, elle a parlé de la position des responsables de la santé comme étant « hallucinante ». Des journalistes scientifiques étaient présents et ont semblé vraiment intéressés.

Me Bertella nous a apporté des nouvelles de l’instruction. Une deuxième juge d’instruction a été nommée dans cette affaire, tant le nombre de plaignants est important. C’est une première. Nous sommes certains que nous arriverons au bout de cette affaire la tête haute. »

Pour le Dr Gérard Bapt, député honoraire et médecin conseil de l’AFMT « il est regrettable que les autorités sanitaires s’acharnent à esquiver la recherche des causes de cette désaffection et des souffrances subies ».

A demain

@jynau

Cannabis thérapeutique : l’Agence du médicament mesure-t-elle ce qu’elle fait subir aux patients ?

Bonjour

Un méchant supplice à petit feu. Le 10 septembre 2018, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) créait un Comité Scientifique Spécialisé Temporaire (CSST). Objet : « l’évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ». Trois mois plus tard elle rendait publiques les premières conclusions des experts de ce Comité. Nous étions le 13 décembre. Deux semaines plus tard cette même ANSM annonce qu’elle « souscrit aux premières conclusions de ce CSST ». Deux semaines pour que la direction générale de cette Agence accepte l’idée que les experts ne se sont pas trompés. Deux semaines de réflexions sans doute intenses sur lesquelles nous ne saurons rien. Cela donne ceci :

« Après analyse, l’ANSM entérine la position du CSST considérant pertinent d’autoriser l’usage du cannabis à visée thérapeutique pour les patients dans certaines situations cliniques et en cas de soulagement insuffisant ou d’une mauvaise tolérance des thérapeutiques, médicamenteuses ou non, accessibles (et notamment des spécialités à base de cannabis ou de cannabinoïdes disponibles). Cet usage peut être envisagé en complément ou en remplacement de certaines thérapeutiques. »

Ainsi, l’ANSM est-elle officiellement favorable à l’utilisation du cannabis thérapeutique dans les situations thérapeutiques retenues par le CSST : dans les douleurs réfractaires aux thérapies (médicamenteuses ou non) accessibles ; dans certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes ; dans le cadre des soins de support en oncologie ; dans les situations palliatives ; dans la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques.

Le silence d’Agnès Buzyn, maîtresse des horloges

Après des années d’immobilisme et d’aveuglement du pouvoir exécutif  la voie est-elle enfin libre ? Que nenni. La prochaine réunion du CSST aura lieu le 30 janvier 2019 à l’ANSM. Puis elle sera suivie de quatre autres réunions avant l’été. Pour que les experts « puissent émettre un avis sur les modalités de prise en charge médicale des patients (définition du type de prescripteurs, du circuit de distribution et de délivrance, des modalités d’administration et des formes pharmaceutiques, des dosages et concentrations en principe actif dispensés) ». Sans oublier les modalités de suivi des patients qui pourraient bénéficier du cannabis à visée thérapeutique.

Nous serons alors, au mieux, en été. Feu vert ? Nullement. L’accès à l’usage du cannabis à visée thérapeutique fera l’objet « dans un premier temps » d’une expérimentation « avec un ciblage des situations thérapeutiques étudiées et un encadrement des conditions de prescription et de délivrance. » Cette expérimentation permettra d’ajuster le cadre ainsi que, si nécessaire, les modalités de prise en charge et de suivi des patients.

Pourquoi cette course de lenteur quand on ne compte plus le nombre des pays qui autorisent l’usage du cannabis à des fins thérapeutiques. Ancienne spécialiste de cancérologie, ancienne présidente de l’Institut national du Cancer, ancienne vice-présidente du Centre international de recherche sur le cancer,  aujourd’hui maîtresse ministérielle des horloges Agnès Buzyn ne dit rien.

A demain

@jynau

Homéopathie, politique et remboursement : qui se moque de qui et jusqu’à quand ?

Bonjour

Ainsi donc Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a chargé la Haute Autorité de santé (HAS) d’évaluer le « bien-fondé du remboursement de l’homéopathie ». Ainsi donc la polémique a repris de plus belle entre les farouches pros et les définitifs antis. Pomme de discorde : le remboursement (partiel) des dilutions « infinies » par l’Assurance maladie.

Et puis, au moment où émerge un étonnant appel médiatisé de cent trente-et-un Académiciens anti-homéopathie voici un nouveau recul d’un pouvoir exécutif que l’on dit en cours de dilution. Où l’on apprend que la même HAS fait savoir qu’elle ne rendra pas son « avis » (consultatif) en février 2019, comme promis. Plus vraisemblablement au printemps. Peut-être vers l’été. Voire, qui sait, en automne. Et rien ne permet d’exclure 2020. Non pas une reculade assure la HAS mais bien en raison  « du travail d’évaluation à accomplir ».

Ce serait, nous confie la HAS, « un travail immense d’évaluer l’homéopathie et son maintien au remboursement. » Une « immensité » ? Tout n’a-t-il pas a été dit, écrit et publié sur le sujet ? C’est qu’il s’agit ici, pour la HAS, d’évaluer avec « la plus grande rigueur » et ce dans un immense esprit « d’ouverture » – « pour ne pas passer à côté d’éléments qu’on pourrait lui reprocher ». Et la HAS de souligner qu’il existait plus de 1 000 souches de granules – et autant d’opérations de soupèsement sur d’étranges trébuchets, transparents et ouverts à tous les vents.

Nous venons de résumer tout ceci. En omettant un détail – dans un dossier il est vrai chaque jour plus épais. Un détail daté de juillet dernier et imprimé sur la mémoire de ce blog : «  Remboursement de l’homéopathie : sérieux avertissement à Agnès Buzyn et au gouvernement ». Où nous citions un titre sans précédent  : « La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ».

Avertissement

C’était un avertissement on ne peut plus parlant de la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS) : une instance scientifique composée de médecins, pharmaciens, spécialistes en méthodologie et épidémiologie. Elle évalue les médicaments ayant obtenu leur autorisation de mise sur le marché (AMM), lorsque le laboratoire qui les commercialise souhaite les voir remboursés par la Sécurité sociale. Cette Commission a aussi pour mission de donner un avis aux ministres chargés de la Santé et de la Sécurité sociale sur la prise en charge des médicaments par la Sécurité sociale et /ou pour leur utilisation à l’hôpital.

Cette Commission avait alors dû réaliser l’évaluation de l’efficacité de quatre spécialités homéopathiques en vue de maintenir leur remboursement, procédure automatique programmée tous les cinq ans. Ces substances sont actuellement sur le marché sans indication thérapeutique ni posologie – charge revient aux prescripteurs de les déterminer en fonction de leurs patients.

Or, coup de théâtre, la Commission de la transparence affirmait d’entrée « ne pas pouvoir se prononcer sur le ‘’service médical rendu’’ par ces spécialités ».

Comment dès lors expliquer que le remboursement de ces produits soit toujours en vigueur alors que leur « Service Médical Rendu » n’a jamais été évalué ? Comment justifier cette situation alors que l’Académie de médecine comme les Académies des sciences européennes avaient, depuis longtemps, tranché la question scientifique : en l’absence de toute substance active détectable, les spécialités homéopathiques ne peuvent, en toute rigueur, avoir d’action propre.

« C’est là une exception française, rapportions-nous. Une exception qui date de trente-quatre ans : la publication au Journal Officiel d’un arrêté daté du 12 septembre 1984 signé par Georgina Dufoix, alors la ministre des Affaires sociales et de la solidarité nationale du gouvernement de Laurent Fabius.

Trente-quatre ans plus tard l’abcès tricolore reste entier. Depuis le dernier printemps Agnès Buzyn s’est plusieurs fois exprimée, la ministre des Solidarités et de la Santé variant notablement de position sur le sujet. Avant de déclarer  le 24 mai sur France Inter qu’elle envisageait de conditionner le remboursement de l’homéopathie à une évaluation scientifique stricte, ajoutant par ailleurs que le débat sur le déremboursement serait ouvert durant l’été.

C’était en mai. Puis vint la sortie symptomatique, en juillet, de la HAS. Puis nous voici en hiver. Celui des Gilets Jaunes.

A demain

 

 

Attention : les polémiques sur l’homéopathie vont prendre de nouvelles dimensions

Bonjour

Gilets Jaunes et homéopathie déremboursée : le pouvoir peut-il entendre ce qui lui est inaudible ? Pour l’heure, convergence des tensions : pendant la crise violente des Gilets Jaunes on entend les colères récurrentes nourries par l’homéopathie, sa raison d’être, ses égarements, son remboursement.

Au moment où émerge un étonnant appel médiatisé de cent trente-et-un Académiciens anti-homéopathie voici un nouveau recul du politique. Où l’on apprend que la Haute Autorité de santé (HAS), chargée par la ministre Agnès Buzyn d’évaluer le « bien-fondé du remboursement de l’homéopathie, fait savoir qu’elle ne rendra pas son « avis » (consultatif) en février, comme annoncé. Ce sera plus vraisemblablement au printemps. Peut-être vers l’été. Voire, qui sait, en automne. Non pas une reculade assure la HAS mais bien en raison  du travail d’évaluation à accomplir.

« Nous faisons au mieux pour aboutir au plus près du délai affiché dans la saisine de la ministre. Nous tablons sur le printemps », confie la HAS – confirmant ainsi une information de L’Express ». C’est un travail immense d’évaluer l’homéopathie et son maintien au remboursement. » Une « immensité » alors même que tout a été dit, écrit et publié sur le sujet ? Assurément répond la HAS. Du moins dès lors que l’on entend évaluer avec « la plus grande rigueur » et ce dans un immense esprit « d’ouverture » – « pour ne pas passer à côté d’éléments qu’on pourrait lui reprocher ». Et la HAS de souligner qu’il existait plus de 1 000 souches de granules – et autant d’opérations de soupèsement sur d’étranges trébuchets.

Excommunications croisées

Résumons : la HAS a d’ores et déjà effectué une revue de la littérature scientifique internationale (études scientifiques, avis de sociétés savantes, recommandations d’autorités sanitaires d’autres pays, etc.). Mieux : elle  s’apprête à lancer « dans les jours qui viennent » un appel à contribution pour recueillir les arguments de toutes les parties prenantes. Où l’on entend déjà les mouvements de troupes, les tambours et les fifres, la rédaction des cahiers de doléances, les excommunications croisées, les accusations mille fois proférées de scientisme et d’obscurantisme.

Et après ? Le budget 2019 de la Sécurité sociale, adopté définitivement lundi 3 décembre par le Parlement, prévoit dans son article 42 que « les règles de prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques (…) sont définies par décret en Conseil d’État ». Ce décret précisera « notamment la procédure et les modalités d’évaluation ou de réévaluation de ces médicaments ». Un travail qui incombera à la HAS et un décret dont nul ne sait s’il sera, un jour, publié.

A demain

@jynau

Homéopathie : cent trente-et-un Académiciens partent en guerre. On attend Agnès Buzyn

Bonjour

Nous vivons des temps jaunes et étranges, le retour de la violence et la résurgence de polémiques jamais éteintes. Comme celle qu’alimente l’homéopathie.

Dans l’attente d’un verdict politique (toujours repoussé), le dernier épisode en date est académique : cent trente-et-un académiciens réclament publiquement son déremboursement. Membres des Académies des sciences, de médecine et de pharmacie ils s’expriment (à titre personnel) dans une tribune publiée le 4 décembre dans L’Express : « Homéopathie: « Il faut dérembourser » ».

« Non, l’homéopathie n’est pas un médicament actif, même si elle bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché et d’un remboursement. Un état de fait injustifié, car l’homéopathie, contrairement aux autres médicaments, n’a pas fait la preuve de son efficacité sur la base de démonstrations vérifiables et objectives reconnues par la communauté scientifique internationale.  

Non, les produits homéopathiques ne peuvent plus continuer à entretenir le flou sur leur composition, qui doit être indiquée sur leur conditionnement (quantité de préparations actives et excipients). De même, leurs indications doivent être précisées.

Non, l’homéopathie n’est pas plus efficace qu’un autre placebo, comme l’ont démontré toutes les études. Cet argument mis en avant pour justifier son « efficacité » démontre seulement qu’un granule de sucre peut faire de l’effet si le patient y croit et fait confiance à son médecin. 

Non, l’homéopathie n’est pas forcément inoffensive. Si un produit à base d’eau et de sucre ne peut évidemment pas faire de mal, il peut faire perdre du temps, voire mettre la vie en péril en cas de maladie aiguë ou chronique dont le traitement ne peut pas attendre. 

Non, l’homéopathie ne saurait invoquer un effet thérapeutique. Sa publicité se fonde trop souvent sur de simples allégations. Ainsi, contrairement à certaines des affirmations de ses promoteurs, l’homéopathie ne prévient pas les états grippaux, et il n’existe pas de « vaccin » homéopathique, comme a dû le rappeler l’Agence nationale de sécurité du médicament en 2016. 

Non, l’homéopathie ne doit plus être enseignée dans les facultés de médecine et de pharmacie, qui se discréditent en cautionnant une doctrine restée en marge de la science. 

Non, l’homéopathie ne coûte pas moins cher à la collectivité que la médecine conventionnelle. Une récente étude internationale démontre même que les patients soignés à l’homéopathie coûtent en réalité 20 % de plus aux assurances sociales.  » 

C’est pourquoi les signataires  réfutent le terme de « médicament » pour un produit qui ne fait pas la démonstration de son efficacité et réclament la fin de  son remboursement par la collectivité nationale.

Pour le Quotidien du Médecin cette peu banale sortie apporte indéniablement du crédit aux médecins du « collectif anti-fake médecine » – dont certains sont poursuivis devant l’Ordre pour non-confraternité par le Syndicat des médecins homéopathes. Les 131 académiciens mettent également brutalement la pression sur la direction de la  Haute Autorité de santé qui doit « prochainement » remettre un avis sur l’évaluation de ces « médicaments ». Un avis sur lequel devrait ensuite s’inspirer la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, pour se prononcer sur leur « éventuel » déremboursement.

Où l’on verra le politique croiser la médecine, la science et la pharmacie.

A demain

@jynau

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