Alerte sur l’hydroxychloroquine : sécurisation immédiate des stocks des pharmacies d’officine

Bonjour

26/03/2020. C’était malheureusement plus que prévisible : le battage (battement) médiatique croissant sur les vertus supposées de l’hydroxychloroquine (déclenché depuis Marseille par le Pr Didier Raoult) a eu les effets pervers que l’on pouvait redouter.

Aujourd’hui l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) dit avoir été « alertée de difficultés d’accès dans les pharmacies en ville aux traitements Plaquenil (hydroxychloroquine) » – difficultés d’accès pour les malades chroniques à qui ces médicaments sont destinés (lupus et polyarthrite rhumatoïde notamment).

Or, faudrait-il rappeler que le Plaquenil n’a pas d’indication dans la prise en charge du COVID-19 en ville (avis du Haut conseil de santé publique du 24/03/2020 ) ?  Il n’y a donc aucune justification à sa prescription dans cette indication. Et l’ANSM de lancer cette alerte :

« Aussi, conformément au décret du 25 mars 2020   (pris en application de « la loi d’urgence pour faire face à l’épidémie du COVID-19 » ), nous demandons aux pharmaciens d’officine de ne délivrer ce médicament que sur prescription médicale dans leurs indications habituelles, ceci afin de sécuriser leur accès aux patients qui en bénéficient pour leur traitement chronique » 

L’ANSM insiste : le Plaquenil n’est pas autorisé  dans la prise en charge du Covid-19 en médecine de  ville et ce alors que ce médicament fait actuellement l’objet d’une demande massive. Il s’agit de « protéger » les patients qui en ont besoin et d’ « éviter les risques de rupture » de leur traitement à cause d’ordonnances « sans aucune justification », dit à l’AFP le Dr Dominique Martin, directeur général de l’ANSM.

Les mêmes mesures sont prises par l’ANSM vis-à-vis du Kaletra (lopinavir/ritonavir) et de son générique (utilisés contre le VIH/sida) qui fait également l’objet d’ essais cliniques contre le Covid-19. En pratique, pour les pharmaciens d’officine :

Concernant la dispensation de Plaquenil (hydroxychloroquine) :

  • Plaquenil est inscrit sur la liste II des substances vénéneuses par arrêté du 13 janvier 2020, suite à une harmonisation avec les médicaments de la même classe. Vous ne devez les dispenser que sur présentation d’une ordonnance, même si les boîtes dont vous disposez ou que vous recevez ne sont pas encore étiquetées « liste II » (cadre vert)..
  • Honorez uniquement les prescriptions initiales émanant des rhumatologues, internistes, dermatologues, néphrologues, neurologues et pédiatres et les renouvellements d’ordonnance émanant de tout médecin ;
  • Respectez les mêmes modalités de prescription et de dispensation pour les préparations magistrales contenant cette substance active.

Concernant la dispensation de Kaletra ou de son générique (lopinavir/ritonavir) :

  • Honorez uniquement les prescriptions initiales hospitalières et les renouvellements d’ordonnance émanant de tout médecin, comme habituellement.

Afin de faciliter l’accès à ces médicaments l’ANSM a demandé aux laboratoires Sanofi Aventis, Abbvie et Mylan de livrer dès que possible et en quantités suffisantes, les grossistes-répartiteurs et les pharmacies en Plaquenil, Kaletra et son générique. On ne doute pas que ces géants pharmaceutiques répondront favorablement à cette demande.

A demain @jynau

Coronavirus et «poignée de main»: combien de Français vont-ils accepter de l’abandonner ?

Bonjour

29/02/2020. Nous traversons des temps incertains. L’OMS vient de placer à son degré maximum le niveau de la menace liée au nouveau coronavirus dans le monde, en le portant à «très élevé». En France l’exécutif prend des mesures radicales. Ainsi, en urgence, Emmanuel Macron, président de la République a-t-il décidé de réunir ce jour, au Palais de l’Elysée, un « conseil exceptionnel de défense » suivi d’un non moins exceptionnel « conseil des ministres ».

Le chef de l’Etat, chef des Armées prend les choses en main. Ordre du jour : organisation de la lutte contre le nouveau coronavirus. Prévenir, autant que faire se peut, et sans compter à la dépense, les manaoeuvres d’in invisible ennemi. Au risque, demain ou après-demain, d’être accusé d’en avoir « trop fait » – ou de ne pas en avoir « fait assez ».

Hier le nouveau ministre de la Santé aura durablement marqué les esprits. Se refusant jusqu’ici à parler d’ « épidémie »  il a annoncé  : « en France une nouvelle étape de l’épidémie est franchie et nous passons désormais au stade 2 [sur un total de 3]: le virus circule sur notre territoire et nous devons freiner sa diffusion». Déclaration faite, symbole, lors d’une visite à Crépy-en-Valois (Oise), où enseignait le premier Français décédé il y a quelques jours après avoir été infecté par le nouveau coronavirus.

Comment ne pas parler, désormais, d’épidémie ? Plusieurs cas groupés sont identifiés sur le terrfitoire national. Le principal se trouve dans l’Oise (dix-huit cas). On compte en outre désormais six cas à Annecy six  cas qui concernent des voyageurs qui rentraient de voyage organisé en Egypte, deux cas à Montpellier – et, mystère épidémiologique « douze cas en isolés». A ce jour deux morts, douze guérisons et quarante-trois malades hospitalisés.

Et le ministre de poursuivre en ces termes : «En situation épidémique, vous protéger c’est protéger aussi les autres et ce sont les petits gestes qui font une grande protection». Et d’ajouter : « je recommande désormais, et pour une période qui reste à déterminer, d’éviter la poignée de mains».

« Poignée de main ». Geste par lequel on salue quelqu’un en lui serrant la main. Synonyme. shake-hand. Poignée de main molle, solide, vigoureuse; donner, esquisser une poignée de main; distribuer les poignées de main. 

Il restera à faire l’évaluation de la spectaculaire recommandation ministérielle, à tenter d’en mesurer les effets épidémiologiques, les réactions individuelles et collectives qu’elle suscitera … On entend, déjà, les humoristes se gausser d’une telle mesure. Déjà, sur BFM-TV on observe qu’Emmanuel Macron en visite il y a deux jours à La Pitié-Salpêtrière n’a, comme a son habitude, cessé de serrer les mains des soignants qui l’accompagnaient…  

On réécoutera, aussi, le discours du ministre Olivier Véran à Crépy-en-Valois. Il y a parlé de solidarité et esquissé une image : tendre la main à son prochain faute de pouvoir, désormais et pour un temps indéterminé. On lira, enfin, dans Libé, « L’épidémie est politique », le papier du philosophe Frédéric Worms.

Il nous explique que le meilleur remède contre l’épidémie virale, c’est la démocratie où le vital et le politique ne peuvent être séparés, comme le montre, après «la Peste» de Camus, la Chine de l’écrivain Gao Ertaï (En quête d’une terre à soi Actes sud, 2019). Deux livres selon lui indispensables. Mettre les mots justes sur les choses, pour ne pas ajouter au malheur du monde ?

Nous allons trembler en relisant le premier. Et sans tarder découvrir le second. Sera-t-il, ensuite, permis d’offrir, sans gants, ces deux livres à notre prochain ?

A demain @jynau

La «radicalisation» : qui nous dira de quoi elle peut bien, aujourd’hui être, ou non, le nom ?

Bonjour

19 janvier 2020. Une du Parisien : « L’inquiétante radicalisation ». Où l’on revient, notamment, sur l’affaire de l’ « exfiltration » d’Emmanuel Macron d’un théâtre parisien. Où l’on en vient, aussi, à s’interroger sur le symptôme que constitue le recours de plus en plus fréquent à ce mot dans les sphéres médiatiques et politiques. Brefs extraits de la richesse de la langue française :

« Radicalisation » : Rendre radical, intransigeant. « Mais dans les grandes crises, à l’occasion d’une épreuve qui me radicalise, en face d’une situation bouleversante qui m’attaque dans mes raisons dernières » (Ricœur, Philos. volonté, 1949, p. 71).

« Les marxistes purs comptent sur les militants − c’est-à-dire sur une action consciente et concertée − pour radicaliser les masses et susciter en elles cette conscience [de classe] » (Sartre, Sit. III, 1949, p. 195). Devenir plus extrême. « Le collectiviste se radicalisera » (Clemenceau, Iniquité, 1899, p. 362). Les antagonismes sociaux se sont radicalisés depuis mai 68 » (La Croix, 13 mai 1973ds Gilb. 1980).

Action de (se) radicaliser; résultat de cette action. « On a raison de remarquer que ce n’est pas la plus grande misère qui fait les révolutionnaires les plus conscients, mais on oublie de se demander pourquoi un retour de prospérité entraîne souvent une radicalisation des masses » (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception, 1945, p. 509)

« La lutte contre la structure autoritaire de l’Université est et doit être une lutte radicale: elle peut provoquer une radicalisation du climat social général » (Le Nouvel Observateur, 27 mai 1968).

Mais encore ?

Que serait la radicalisation sans  « Radical » : Relatif à la racine, à l’essence de quelque chose. «  [La couleur vraiequi donne le sentiment de l’épaisseur et celui de la différence radicale qui doit distinguer un objet d’un autre » (Delacroix, Journal, 1854, p. 177).« Plaçons-nous à l’origine radicale des choses, c’est-à-dire en Dieu » (Hamelin, Élém. princ. représ., 1907, p. 26).

Qui a une action décisive sur les causes profondes d’un phénomène. « Sans savoir le remède à vos accès de spleen, je voudrais pouvoir le trouver. Mais il n’y en a pas de radical en ce monde: nous sommes tous tristes ou soucieux plus ou moins » (Sand, Corresp., t. 4, 1856, p. 89).

« La cure radicale consistant dans la suppression de la plaie chancrelleuse » (Demanche ds Nouv. Traité Méd.fasc. 5, 1 1924, p. 20).« Ransdoc annonçait une collecte de huit mille rats environ et l’anxiété était à son comble dans la ville. On demandait des mesures radicales, on accusait les autorités » (Camus, Peste, 1947, p. 1228).

Qui va jusqu’au bout de chacune des conséquences impliquées par le choix initial. « Le scepticisme d’Henry était un scepticisme naïf et actif, celui de Jules était plus radical et plus raisonné » (Flaub., 1reÉduc. sent., 1845, p. 268)

Qui appartient à, se développe près de la racine d’un végétal. « La partie verticale de la plante germant se couvre à un certain niveau de poils radicaux » (Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 1, 1931, p. 147)

Sans oublier, pour finir:

« Parti radical » : parti politique français fondé en 1901 et mis en sommeil en 2017. Officiellement intitulé Parti républicain, radical et radical-socialiste, il est également appelé Parti radical valoisien à la suite de la scission de 1972, et abrégé en PRRRS, RAD, PR ou PRV, voire, selon une abréviation populaire, rad-soc. D’abord classé à l’extrême gauche de l’échiquier politique, il s’oriente progressivement vers le centre droit.

A demain @jynau

Marchandisation de l’humain et «malédiction»: nouvelles alertes à l’adresse du législateur

Bonjour

Peut-on, aujourd’hui en France, donner de la voix, s’exprimer publiquement, sans défiler ? Deux jours avant l’examen au Sénat du projet de loi bioéthique (qui prévoit l’extension « à toutes les femmes » de l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA), les opposants devaient à nouveau se retrouver dans les rues de Paris le dimanche 19 janvier.

Le cortège devait « s’élancer » à partir de 13 heures de la place de la Résistance (7e arrondissement), en bord de Seine, pour rejoindre la place de l’Opéra. La présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, se veut « optimiste » : « Je pense que ce sera une manifestation très importante avec un public très conscient des enjeux derrière la loi bioéthique. » En est-elle si certaine ?  Le collectif « Marchons Enfants ! », qui réunit vingt-deux associations (dont La Manif pour tous), espère mobiliser au moins autant que lors de la précédente manifestation du 6 octobre dernier. Ce jour-là, rappelle l’AFP, 74 500 personnes avaient défilé dans les rues de la capitale (comptage du cabinet indépendant Occurrence pour un « collectif de médias »). Les organisateurs annonçaient … 600 000 manifestants et la préfecture de police de Paris avançait le chiffre de … 42 000.

Les opposants à la « PMA pour toutes » espèrent réaliser une démonstration de force avant l’examen mardi 21 janvier, au Sénat, du projet de loi bioéthique, déjà voté en première lecture par l’Assemblée nationale. Les sénateurs, réunis en commission spéciale, ont déjà adopté le 8 janvier le texte, dont l’article sur la PMA – et ce en dépit  de l’hostilité d’une partie de la droite, majoritaire au palais du Luxembourg. Malgré un processus législatif bien engagé, les associations gardent espoir. Le médecin et archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit a il y a quelques jours qualifié de « monstrueux » le fait d’« infliger volontairement [l’absence d’un père] ». Et François-Xavier Bellamy, sur les ondes dominicales et laïques de France Inter, maintient sa prophétie sur la « malédiction ».

« Disqualifier les catholiques parce qu’ils sont catholiques »

Peut-on, aujourd’hui en France, donner de la voix, s’exprimer publiquement, sans avoir recours aux médias généralistes ?   Une nouvelle fois, dans le silence de la gauche, Sylviane Agacinski, philosophe et féministe, alerte sur la marchandisation progressive du vivant qu’entrainerait l’adoption du projet de loi bioéthique .C’est à lire dans Le Figaro (Guyonne de Montjou).   Elle nous dit son  « impression de scandale doublée d’une perte de confiance». Selo elle « les puissances de l’argent et les intérêts particuliers sont en train de triompher de la justice. »  La philosophe est selon Le Figaro, l’une des rares figure à gauche « qui conteste l’inéluctabilité du progrès et alerte sur la marchandisation progressive du vivant depuis deux décennies ».

 «Les sénateurs et députés sont soit indifférents, soit inconscients, soit lâches. Oui, les parlementaires ne prennent pas conscience des conséquences de leur passivité. Ils peinent à aller à rebours d’un mouvement qui se dit soi-disant progressiste, craignant d’être traités de réacs ou d’homophobes. Qu’ils se réveillent! Contrairement à ces militants actifs qui servent des intérêts particuliers, les défenseurs de la justice s’attachent à l’éthique et aux principes fondamentaux du droit.» 

«La seule position décente que devrait avoir notre pays serait de travailler à l’abolition pure et simple de la GPA dans le monde. Au lieu de cela, les juges de la CEDH et de la Cour de cassation traitent au cas par cas la transcription des états civils des enfants nés de mères porteuses à l’étranger et admettent ceux qui désignent deux pères comme parents de l’enfant. L’intention et l’argent fondent la filiation. Nous touchons à la distinction fondamentale qui devrait être faite entre une personne et une choseSi les enfants ou les mères porteuses deviennent des marchandises qu’on peut en partie acheter, alors un des piliers du droit s’effondre. Ce qui me choque aujourd’hui, c’est que règne une certaine terreur intellectuelle qui disqualifie les catholiques parce qu’ils sont catholiques.» 

Dans son dernier « manifeste – Tract » 1  elle souligne que «s’évader de son corps ou en acquérir un autre est une question qui hante l’humanité. Nous adoptons le vocabulaire et la logique des instituts technologiques de reproduction humaine californiens qui font que l’enfant n’est plus conçu comme un être engendré mais fabriqué.» Où l’on retrouve, là encore, un peu de la novlangue d’Orwell.

Ce risque de marchandisation de l’humain est également dénoncé par Dominique Bourg, philosophe professeur à l’université de Lausanne et tête de liste d’Urgence écologie aux européennes de 2019, qui s’inquiète tout particulièrement de la levée de l’interdiction des embryons transgéniques et chimères. Il s’était exprimé dans Le Monde. Il le fait aussi dans La Vie. (Marie-Armelle Christien). « Avec cette méthode Crispr-Cas9, qui serait permise par la loi et qu’on a déjà sur les OGM, il y a une ouverture par principe à la technique. Et ceci, afin de ne pas perdre de marché potentiel. Ne pas perdre de marché, c’est la posture d’Emmanuel Macron. Mais chaque nouveau progrès technique, en général, approfondit les inégalités entre les individus. La manipulation des embryons, elle aussi, approfondit les inégalités entre individus ».

Le philosophe estime que « l’enjeu fondamental (…) c’est la possibilité aberrante de produire un être humain à la demande, selon les fantasmes. Nous assistons à la marchandisation et la technicisation de l’engendrement d’êtres humains, sur une base sans référentiel. (…) On est sorti du médical pour entrer dans la plasticité des êtres humains futurs. Il n’y a plus de référentiel, sinon les fantasmes de tout un chacun, rendus possibles par la logique marchande ». Or, « un marché sans limites n’a pas de sens. Aujourd’hui, nous devons réapprendre les limites qu’on donne au marché ». Nous ne souhaitons pas «  la société froide, abstraite, inégalitaire vers laquelle nous nous dirigeons ».

Qui le souhaite ? Et quand défileront-ils.elles ?

A demain @jynau

1 Agacinski S. L’Homme désincarné. Du corps charnel au corps fabriqué, Gallimard, collection «Tracts».

Alzheimer: pourquoi Agnès Buzyn laisse-t-elle en vente des médicaments qu’elle a déremboursés ?

Bonjour

Polémique médicamenteuse sur l’Alzheimer, suite et fin d’un affrontement édifiant. L’information est relayée par Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) : le recours contentieux déposé devant le Conseil d’État vient d’être rejeté. Il avait été déposé par l’association France Alzheimer et quatre sociétés savantes directement concernées :  La Société de neuropsychologie de langue française, la Société francophone de psychogériatrie et de psychiatrie de la personne âgée, l’Association des neurologues libéraux de langue française et la Société française de neurologie.

 Le recours avait été déposé en juillet dernier à la suite d’un arrêté publié le 1er juin 2018 actant le déremboursement  de l’Aricept (donépézil) de la firme Eisai (commercialisé depuis septembre 1997), l’Exelon (rivastigmine) de Novartis (mai 1998), le Reminyl (galantamine) de Jansen-Cilag (octobre 2000) et l’Exiba (mémantine) de Lundbek (mai 2002). Et fin d’une polémique de plus de dix ans marquée par les hésitations récurrentes des ministres Xavier Bertrand et Marisol Touraine

L’annonce en avait été faite le 29 mai par Agnès Buzyn sur RTL. Avant même cette annonce le Pr Mathieu Ceccaldi, président de la Fédération nationale des centres mémoire de ressources et de recherche (FCMRR) avait confié au Quotidien du Médecin  tout le « mal » que cette décision risquait d’occasionner aux patients. « Les praticiens vont se tourner vers les neuroleptiques, autrement plus délétères que les anti-Alzheimer » expliquait-il. A l’opposé, le Pr Olivier Saint-Jean, gériatre à l’hôpital européen Georges Pompidou (AP-HP), co-auteur d’un ouvrage détonnant et partisan du déremboursement chiffrait l’économie pour la collectivité  entre « 100 et 130 millions d’euros par an » pour les 30 000 à 40 000 patients traités.

Interrogée le 1er juin sur Europe 1 Agnès Buzyn expliquait que cette mesure, « purement médicale » n’était  absolument pas « un sujet financier ». « Tout l’argent qui va être économisé sera intégralement réorienté vers l’accompagnement des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer, soit pour les centres mémoire soit pour le secteur médico-social qui les prend en charge », a-t-elle assuré.

Un an et demi plus tard le Conseil d’Etat a tranché : Agnès Buzyn et son ministère n’ont « pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en jugeant insuffisant le service médical rendu par ces spécialités (…) et en décidant de les radier pour ce motif de la liste des médicaments remboursables ».

L’humour froid du Conseil d’Etat

Certes, mais dans leur saisine de juillet 2018, les requérants avaient fait valoir que le Pr Olivier Saint-Jean rapporteur du dossier de la HAS  à l’origine de la décision de non-remboursement (ainsi que deux experts sollicités par la commission de la transparence) avaient publiquement pris position en faveur du déremboursement de ces spécialités… Notamment début mai sur les ondes de France Culture :

« Pr O.S.-J. : Ces médicaments sont totalement inefficaces. La démonstration scientifique en a été apportée [en octobre 2016] par la Haute Autorité de Santé. Et il y a quelques semaines cette même Haute Autorité de Santé a bouclé le dossier médico-administratif de la radiation, ce qui fait qu’aujourd’hui le dossier est prêt à la signature de la ministre.

« France Culture (Florian Delorme) : Mais on se souvient qu’alors la ministre de la Santé Marisol Touraine ne s’était pas rangée à l’avis de la Haute Autorité de Santé. Pensez-vous que l’actuel gouvernement pourrait s’y risquer ? Et je parle bien de risque…

« Pr O.S.-J. : Dès lors qu’Agnès Buzyn ne cesse de parler de la ‘’pertinence des actions de soins’’ comme axe de politique de santé, elle se doit de dérembourser. Car ce qui est démontré par la Haute Autorité de Santé, c’est la non pertinence de ces médicaments. »

Il y avait eu, par la suite, un entretien accordé à Libération. Puis la polémique pris de l’ampleur. Tout cela balayé par le Conseil d’État. Qui explique : « Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que les personnes ainsi mises en cause auraient été mues par un intérêt personnel ou qu’elles auraient eu des liens avec une entreprise intéressée aux résultats de l’examen des spécialités en litige ». On appréciera comme il se doit l’humour froid du Conseil d’Etat.

Et maintenant ?

Cette décision est qualifiée de « très décevante » par le Pr Pierre Krolak-Salmon (Hospices civils de Lyon), aujourd’hui président de la Fédération des centres mémoire. « Ils ne font que valider l’avis de la HAS qui va à l’encontre de toutes les recommandations internationales, de l’avis du NICE britannique et de la revue Chrochrane, déclare-t-il, cité par Le Quotidien du Médecin. Le combat contre le déremboursement est désormais derrière nous. Nous devons maintenant nous concentrer sur l’amélioration du parcours de soins au sein duquel les médicaments n’occupent qu’une petite place. Les patients paient désormais pour leur traitement ou ont changé pour les versions génériques. Les coûts supplémentaires vont de 12 à 100 euros selon les patients. L’actualité de la recherche est très dynamique, il faut permettre aux patients d’entrer dans les essais cliniques ».

Où l’on en revient à cette question, logique autant que dérangeante : s’ils sont inefficaces et potetiellement dangereux pourquoi laisser ces médicaments sur le marché et à la charge de ceux à qui ils ne profitent pas ? Une question à laquelle Agnès Buzyn ne répondra malheureusement pas.

A demain @jynau

Après « Les Possédées » de Loudun, les étranges liasses de billets d’un village anglais

Bonjour

Dans la préface à ses « Possédées de Loudun » Michel de Certeau (1925-1986), prêtre jésuite, philosophe, théologien et historien a ces mots :

 « D’habitude l’étrange circule discrètement sous nos rues. Mais il suffit d’une crise pour que, de toutes parts, comme enflé par la crue, il remonte du sous-sol, soulève les couvercles qui fermaient les égouts et envahisse les caves, puis les villes. Que le nocturne débouche brutalement au grand jour, le fait surprend chaque fois ? Il révèle pourtant une existence d’en dessous, une résistance interne jamais réduite. Cette force à l’affût s’insinue dans les tensions de la société qu’elle menace. » 

L’un des apports principaux des travaux de Michel de Certeau se situe au niveau des pratiques culturelles qu’il relève dans la société contemporaine. Aux antipodes de Michel Foucault il récuse la thèse selon laquelle les individus sont des êtres passifs et dépossédés – les masses ne sont pas un tout homogène. Il existe en leur sein des fonctions créatives, cachée dans un ensemble de pratiques quotidiennes – aux antipodes de ceux qui sont au pouvoir ou aspirant à y accéder. D’où, parfois, l’émergence de l’étrange – dont le pouvoir devrait se méfier mais face auquel il est radicalement démuni.

Croire en l’existence d’un «bon Samaritain»

Où l’on en vient à mystérieuse apparition de liasses de billets de banque dans les rues d’un ancien village minier du nord-est de l’Angleterre – phénomène qui plonge les habitants et la police dans la perplexité. Le mystère nous est rapporté par l’AFP.  A treize reprises depuis 2014, les habitants ont trouvé dans le village de Blackhall Colliery, souvent sur le trottoir, des liasses de billets de 20£ (23 euros) totalisant pour la plupart 2000£ chacune.

 «Ces liasses ont chaque fois été laissées à la vue de tous, par exemple sur le trottoir, et retrouvées par des habitants qui les ont remises» à la police, a expliqué l’enquêteur John Forster, de la police de Durham, en rendant hommage au sens civique des villageois. La trouvaille la plus récente, lundi dernier, était déjà la 4ème de l’année, a-t-il précisé dans un communiqué, évoquant l’existence d’un «bon Samaritain» (sic). 

Des villageois interrogés par le quotidien The Guardian spéculent quant à eux sur l’existence d’un «millionnaire caché» ou encore d’un «Père Noël de Blackhall». «C’est peut-être quelqu’un qui essaie d’aider -un lutin du Père Noël, j’espère que c’est ça», a déclaré un habitant.  Comme de nombreux villages miniers, Blackhall Colliery a traversé une passe difficile après la fermeture des mines dans les années 1980.

Le village est aussi connu au Royaume-Uni comme lieu de tournage, sur sa plage, d’une scène du film Get Carter, avec Michael Caine, l’histoire d’un gangster peu scrupuleux qui collecte les dettes non payées des prêteurs sur gages de Las Vegas.

« D’habitude l’étrange circule discrètement sous nos rues….. »

A demain @jynau

«Violez les femmes !» Combien Finkielkraut devra-t-il payer pour son «second degré» ?

Bonjour

Quel est aujourd’hui le prix du second degré incompris ? On se souvient du déjà tristement célèbre « Violez, violez, violez ! Je dis aux hommes : violez les femmes. D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs ! », du philosophe Alain Finkielkraut, face à la militante féministe Caroline lors de « La Grande Confrontation » (mercredi 13 novembre, LCI). La séquence (quatre secondes), partagée sur les réseaux par l’organisation féministe «Nous Toutes», a été très vue et suscite depuis d’innombrables commentaires. Tandis que certains reprochent le caractère tronqué de l’extrait ou appellent à «voir l’ironie dans la phrase» de l’essayiste, d’autres s’indignent des propos tenus par ce membre de l’Académie française.

Le CSA a d’ores et déjà été saisi – et une pétition demande son éviction de France Culture, où l’écrivain produit et présente depuis des décennies l’émission « Répliques ». « Lorsqu’il prononce ces mots, à moitié en rigolant, il banalise la gravité du viol conjugal », soutient Caroline De Haas. « Non, ironiser, ce n’est pas banaliser, se défend l’écrivain. Je réagissais par l’absurde à une accusation monstrueuse, celle d’être un violeur parce que je refuse d’assimiler certaines pratiques, comme la drague lourde ou la galanterie, à la “culture du viol”. »

Quel sera le prix de l’ironie incomprise ? Quatre députés LFI ont saisi le procureur de la République de Paris après des propos d’Alain Finkielkraut tenus sur LCI sur le viol, indiquent-ils vendredi 15 novembre dans un communiqué :

«Mathilde Panot, députée du Val-de Marne, Danièle Obono, députée de Paris, Ugo Bernalicis, député du Nord et Bénédicte Taurine, députée de l’Ariège du groupe la France insoumise ont saisi aujourd’hui le procureur de la République de Paris sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale, pour les propos tenus par Alain Finkielkraut le 13 novembre 2019 lors de l’émission La grande confrontation sur LCI».

Elisabeth Badinter versus Caroline De Haas 

Ciblés, donc, les mots exacts : «Violez, violez, violez. Voilà ! Je dis aux hommes : violez les femmes. D’ailleurs je viole la mienne tous les soirs… mais tous les soirs. Elle en a marre, hein, elle en a marre…». Le philosophe avait auparavant, sur le ring, fustigé «le politiquement correct», qualifié de «calvaire de la pensée». Les quatre « insoumis » «considèrent que ces propos peuvent constituer un délit aux termes de l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 : provocation  »à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre »».

Le Monde (Nicolas Truong) cite la philosophe Camille Froidevaux-Metterie, qui a publié Le corps des femmes : la bataille de l’intime (Philosophie magazine éditeur, 2018). Selon elle l’attitude de l’essayiste est « un cri de panique caractéristique de ceux qui voient leur monde s’effondrer », car le système patriarcal est en train de s’écrouler.

Rappelons que les propos d’Alain Finkielkraut avaient été prononcés aprèsun vif échange sur Roman Polanski accusé de viol en 1977 par Samantha Geimer, qui avait 13 ans à l’époque des faits. Lors d’une interview à France Inter en 2015, Alain Finkielkraut avait considéré que cet acte ne pouvait être qualifié de « viol » et ne pouvait être considéré comme « pédophile », notamment parce que Samantha Geimer « était une adolescente qui posait dénudée » pour Vogue Hommes à l’époque. Sur LCI, l’écrivain a assumé cette opinion en estimant que la jeune fille « n’était pas impubère ». 

 « Je suis admiratif du féminisme historique, qui accompagna notamment l’accès des femmes à tous les métiers, explique Alain Finkielkraut. Or le néoféminisme en est la trahison. En un mot, je préfère Elisabeth Badinter à Caroline De Haas. » On comprend qu’il ne s’agit pas, ici, de second degré. Aucun prix à payer.

A demain @jynau