Politique et religion : Agnès Thill, première sainte et martyre de La République en marche

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Emmanuel Macron réclamait ici un « débat apaisé ». Nous nous en éloignons. La députée de l’Oise Agnès Thill, 55 ans, ancienne socialiste mais toujours chrétienne,  a été exclue mercredi 26 juin de La République en marche (LRM). Pourquoi ?  « Pour avoir tenu des propos polémiques sur les réseaux sociaux et également par voie de presse à propos du projet du gouvernement d’ouvrir la PMA (procréation médicalement assistée) à toutes les femmes ».

« Ces propos sont préjudiciables à la cohésion du mouvement et nuisent à son image, alors que l’ouverture de la PMA va faire l’objet dans les semaines qui viennent de débats à l’Assemblée nationaleLa commission [des conflits] relève également que la fréquence et le caractère pernicieux des propos de Mme Agnès Thill génèrent et nourrissent une agressivité qui portent atteinte à la sérénité du débat. »

En février dernier la députée Thill avait été sermonnée et mise en garde par la même commission des conflits après des propos évoquant un hypothétique « lobby LGBT à l’Assemblée nationale ». Elle avait également comparé à des « droguées » les « femmes seules » qui souffrent de ne pas avoir d’enfants et entendent pouvoir bénéficier d’une PMA par IAD. Communiqué de février:

« Cette décision fait suite aux propos blessants et maladroits tenus par la députée au sujet des personnes pouvant avoir recours à la procréation médicalement assistée (PMA). Il a été notifié à Mme Thill que ces provocations n’étaient en rien conformes à l’attitude que les adhérents de LaREM et les Français dans leur ensemble sont en droit d’attendre de leurs élus.

Agnès Thill a fait part de son soutien inaltérable envers le mouvement ainsi que de sa volonté de rester engagée auprès du Président de la République. Consciente de son utilisation excessive des réseaux sociaux, de ses maladresses et des propos blessants qu’elle a tenus, elle s’est engagée à veiller avec la plus grande prudence à la forme de ses propos ainsi qu’à son usage des réseaux sociaux à l’avenir.

Toutefois, la Commission des conflits, qui statuait pour la première fois sur le cas de Mme Thill, a indiqué à l’intéressée qu’elle se verrait contrainte de prendre une sanction plus lourde pouvant aller jusqu’à l’exclusion si elle venait à renouveler un tel comportement. »

Sylviane Agacinski et Emmanuel Macron

Mêmes causes, effets redoublés. En avril, reprenant un article du journal Têtu qui faisait part du « coming out médiatique » du secrétaire d’Etat Gabriel Attal sur son homosexualité et son désir de paternité, Mme Thill avait osé, sur Twitter : « Au moins la couleur est annoncée. #bioéthique en juin. » Puis le 5 juin, dans une interview publiée dans le magazine L’Incorrect (fondé par des personnalités naviguant entre la droite et l’extrême droite)  cette fille d’ouvrier divorcée et ex-directrice d’école affirmé que la future révision de la loi de bioéthique, qui prévoit l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes seules, « restera dans l’histoire comme celle qui aura évincé les pères de la naissance et de l’éducation des enfants ».

A la sortie de son audition qui avait duré près de deux heures, Mme Thill avait estimé subir un « procès d’intention » et  indiqué qu’elle porterait le dossier en justice si elle était exclue de son parti. « Il n’y a rien dans le dossier qui justifie une exclusion.  Cela s’appelle un délit d’opinion. C’est scandaleux. (…) Le parti sectaire c’est nous, nous en avons la démonstration (…), c’est uniquement mes pensées différentes sur la “PMA pour toutes” qui valent mon exclusion. »

Agnès Thill n’est pas la seule voix à dénoncer cet aspect du projet de loi bioéthique. Il faut désormais compter avec la philosophe « conservatrice » Sylviane Agacinski et son remarquable prochain opus : « L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué ». Gallimard. 48 pages qui régaleront Emmanuel Macron. Nous y reviendrons.

A demain @jynau

Nos amis les bêtes : verser du sang faux sur l’étal d’un boucher bio n’est pas autorisé

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L’antispécisme n’autorise pas tout. Et la défense des animaux ne justifie guère de bousculer les hommes. « Deux militants antispécistes ont été condamnés, mardi 25 juin, à des peines de prison avec sursis pour avoir déversé du faux sang dans le commerce d’un boucher bio début mai, à Paris, nous apprend l’AFP. Un jeune homme de 21 ans a été condamné à six mois de prison avec sursis pour violences et dégradations en réunion. Sa coprévenue, une femme de 30 ans à trois mois avec sursis pour les dégradations – mais relaxée s’agissant des violences.

Ce n’est pas tout : les deux militants ont interdiction de se rendre au marché parisien de Saint-Quentin (pendant un an). Et ils devront verser solidairement 5 000 euros à l’entreprise du boucher au titre de ses préjudices corporel et moral – et en  outre, régler 1 euro symbolique de dommages et intérêts à la Fédération de la boucherie et à l’Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes (Interbev).

Le 4 mai dernier, une quinzaine d’activistes avaient aspergé de faux sang le vitrine et l’intérieur d’une boucherie du marché couvert Saint-Quentin (10earrondissement de Paris). L’un d’eux aurait ensuite porté un coup au boucher, Steevens Kissouna, à qui avait été prescrit une incapacité totale de travail de sept jours pour une côte fêlée, renouvelée une fois.

 Cinéma

« Je préparais une commande pour un client. J’ai senti un liquide me toucher, j’ai mis la main à la tête, le liquide était très rouge. J’ai levé la tête, il y avait entre quinze et vingt individus devant l’étalage avec des slogans : “liberté et défense des animaux” », avait témoigné le boucher sur BFM-TV. Paradoxe ou pas cet homme vend de la « viande bio ». « C’est un boucher qui est dans la filière bio. Ce monsieur est dans une démarche de proximité, de suivi du bien-être animal », avait confirmé à l’AFP  Jean-François Guihard, président de la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs.

Le jeune homme avait nié les faits de violence et revendiqué sa « philosophie non violente ». « Le mot d’ordre était d’être à visage découvert et de n’opposer aucune violence, on n’était pas là pour dégrader la boucherie, avait-il assuré. Nous ne voulons pas dire que tel animal est l’égal de telle personne, mais que le critère de l’espèce ne justifie pas tout ». Sa compagne, qui « milite depuis quelques années pour la cause animale », pensait « interpeller » et « montrer l’horreur de l’abattage ».

Le couple avait été interpellé alors qu’il repassait devant la boucherie peu après leur action – et ce pour aller au cinéma. Leur avocat, François Ormillien, a indiqué que les jeunes gens « réfléchissent » à un éventuel appel.  Depuis plusieurs mois, les actes de vandalisme se multiplient contre des boucheries et les commerces de bouche, tagués de revendications antispécistes par des activistes opposés à toute hiérarchie entre les espèces et qui prêchent pour une alimentation végétalienne.

A demain @jynau

«Meilleur des Mondes» : dernières nouvelles du front de la sélection des embryons humains

Bonjour

Jusqu’où ? Et quand ? A Vienne, dans le cadre de la 35ème réunion annuelle de la Société Européenne de Reproduction Humaine et d’Embryologie (ESHRE),  la firme IVI 1 a présenté « deux nouvelles études sur la sélection des embryons humains » – études « basées sur les protéines et l’oxyde présents dans les milieux de culture ». Où l’on apprend que l’assistance de l’Intelligence Artificielle pourra, chaque jour un peu plus, aider à perfectionner la sélection des embryons de notre espèce.

IVI : « Dans le domaine de la reproduction humaine, l’amélioration de la sélection embryonnaire est l’un des axes de recherche dans lequel de plus en plus de ressources est investie. Récemment, l’utilisation de l’Intelligence Artificielle pour atteindre un certain degré d’automatisation lors du choix des embryons ou dans l’exécution de l’analyse génétique a représenté une évolution significative en termes de perfectionnement de la sélection et, par conséquent, d’amélioration des résultats ». Et par conséquent, d’amélioration de l’espèce ? Pour l’heure voici ces deux études viennoises :

I Première étude : « Le profil protéiné du transfert d’embryon unique euploïde révèle des schémas différentiels entre eux ». Elle a été réalisée à la clinique IVI à Valence entre septembre 2017 et mars 2018. Taille d’échantillon : 81 cycles préparés pour le transfert d’un seul embryon (transfert simple de blastocyste – SET).

Dr Marcos Meseguer, responsable de la recherche à la clinique d’IVI de Valence. « L’importance de cette étude réside dans le fait qu’il s’agit d’embryons qui ont déjà été testés génétiquement et qui se sont avérés euploïdes. Elle a une valeur élevée étant donné qu’en dépit d’être des embryons sélectionnés génétiquement, ils ne parviennent pas tous à s’implanter. L’idée est donc d’améliorer le processus de sélection grâce à l’analyse de protéines. Dans cette étude, nous avons eu recours, en partie, à l’Intelligence Artificielle, liée avec les images que nous obtenons par l’Embryoscope et le Geri (deux modèles d’incubateurs cinématographiques), en développant une méthode qui combine des images avec la méthode de sélection des protéines. Nous avons confirmé une sécrétion significativement élevée d’IL-6 et d’IL-8 dans les embryons en croissance, en se concentrant sur le potentiel de ces molécules pendant le développement de ces embryons. La majorité des concentrations de protéines présentaient un modèle de valeurs plus élevées chez les blastocystes éclos. »

2 Seconde étude : « Profil oxydant dans les milieux de culture élevés, biomarqueur d’embryons de bonne qualité : un outil non invasif pour sélectionner l’embryon à transférer ». Elle est basée sur l’étude du milieu de culture avec le développement multiple d’embryons, situations dans lesquelles « on trouve entre 10 et 12 embryons dans la même goutte ». Objectif : analyser si le profil oxydant peut être un bon biomarqueur pour déterminer la qualité des embryons. Etude également réalisée à la clinique IVI à Valence auprès d’un échantillon de 683 embryons sur un total de 174 cycles qui ont été effectués au moyen de la fécondation in vitro (FIV), entre mai 2017 et décembre 2018

Dr Marcos Meseguer : « Nous avons procédé à l’évaluation avec tous les embryons cultivés ensemble, et avons détecté qu’il existe un profil oxydatif différent lorsque les embryons sont de bonne qualité et lorsqu’il existe des paramètres qui rendent les embryons non viables. Nous avons développé une méthode pour évaluer l’environnement dans lequel de nombreux embryons se développent. En ne développant pas d’étude individuelle, nous avons analysé l’oxydation générée comme valeur mesurable dans le milieu dans lequel les embryons sont cultivés. Plus les embryons sont actifs et de meilleure qualité, plus ils genèrent de l’oxydation dans le milieu de culture. Cela indique qu’ils seront mieux préparés pour être transférés et permettront d’assurer un taux de réussite plus élevée dans le cycle de la patiente. Au contraire, dans les critères de classification, le niveau de stress oxydatif diminuait à mesure que la qualité de l’embryon se détériorait ».

Rappelons que la réunion annuelle de l’ESHRE est la plus importante conférence européenne sur la procréation assistée. C’est l’endroit où les meilleurs professionnels du monde entier se réunissent, et où, chaque année, ils arrivent à des conclusions importantes qui tracent l’avenir dans le domaine de la reproduction. L’avenir de l’espèce humaine sur le chemin de Valence, Vienne et Londres, du Brave New World et du Humanexit. Quand ?

A demain @jynau

1 IVI se présente ainsi :  « IVI a été fondée en 1990 en tant que première institution médicale en Espagne entièrement dédiée à la procréation assistée. Depuis lors, elle a contribué à la naissance de plus de 160 000 bébés grâce à l’application des dernières technologies de procréation assistée. Début 2017, IVI a fusionné avec RMANJ pour devenir le plus grand groupe de procréation assistée au monde. Il compte actuellement plus de soixante-cinq cliniques dans onze pays et est le principal centre de médecine de la reproduction. https://ivi-fertilite.fr/http://www.rmanj.com/ »

PMA : Comment, sur France Inter, ne pas avoir le droit de dire que l’on n’est pas réactionnaire

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Trop, c’est trop. Comment en moins de cinq minutes parvenir à dire la complexité du sujet ? Et comment le faire sans aussitôt être soupçonnée, sur France Inter, de n’être qu’une « conservatrice », voire une « réactionnaire ». Soupçonnée, accusée, condamnée. La philosophe Sylviane Agacinski, auteure de « L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué » 1 est l’invitée de la journaliste Léa Salamé.

La philosophe a senti le piège mais s’y précipite tête baissée, avec délice semble-t-il. Elle cite son ennemie jurée, l’improbable juriste transhumaniste Marcela Iacub. Elle tire à tout va, au-delà même de la GPA. Elle parle de notre « rapport à la chair », du désir de s’en émanciper ». Elle s’excusera bientôt de vouloir trop en dire en si peu de temps. Comme, par exemple, que l’on a pas un « droit » à « avoir un enfant ».

Trop c’est trop, cela se résumera bientôt à ceci : « @franceinter Sylviane Agacinski, philosophe, sur la #PMA : « La famille, c’est comme la sexualité, c’est une totale liberté, mais ce n’est pas (avoir) un droit à un enfant » #le79Inter 08:08 – 24 juin 2019 »/

Léa Salamé comprend que, décidément, l’invitée à trop à dire. Que le sujet, réactionnaire en diable, méritait un plus large créneau. C’est promis, Sylviane Agacinski sera réinvitée. Promis juré. Après la canicule, l’été sera entièrement bioéthique et philosophique. Et furieusement politique.

A demain @jynau

1 « L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué » Collection Tracts (n° 7), Gallimard Parution : 27-06-2019. 48 pages, 150 x 210 mm, agrafé.

«Notre corps charnel nous est propre, mais il ne nous appartient pas comme un bien, autrement dit une propriété aliénable, que l’on peut donner ou vendre, comme un vélo ou une maison. La confusion fatale entre les deux est délibérément entretenue par l’idéologie ultralibérale qui veut nous persuader que, puisque notre corps « nous appartient », nous sommes libres de l’aliéner. Admirons le paradoxe.  Sylviane Agacinski. 
L’homme moderne veut dominer la nature, changer sa nature, et s’affranchir de la chair, de la mort et de la génération sexuée. Grâce à la puissance scientifique et technique, certains rêvent de changer de corps et de produire leur descendance en laboratoire. L’homme futur sera-t-il sexuellement indifférencié? Naîtra-t-il sans père ni mère? Aux dépens de qui?  À la veille du débat au Parlement, et alors que la «bioéthique» semble perdre tout repère, ce Tract nous alerte sur les dangers d’un ultralibéralisme dont le modèle, en ce domaine, est la Californie.

«PMA pour toutes» : les polémiques politiques sont programmées pour septembre

Bonjour

Les dés viennent d’être jetés. Ainsi donc un homme blanc âgé de 41 ans (le président de la République) a tranché. Et l’annonce vient d’en être faite par un autre homme blanc, 48 ans (le Premier ministre) : le projet de loi de révision de la loi de bioéthique, (comprenant l’extension de la PMA « à les femmes » sera examiné fin septembre au Parlement.  Ou plus précisément commencera à l’être. Sans que l’on puisse raisonnablement prédire quand cet examen à haut potentiel polémique sera achevé. Un autre homme blanc, 61 ans (le chef des députés LREM) s’est amplement félicité de cette annonce.

Le Premier ministre a révélé que plusieurs options ont été émises concernant deux aspects essentiels (mais souvent ignorés car complexe) de la loi : l’accès aux origines pour les personnes nées de don de cellules sexuelles et les modifications de la filiation pour les futurs enfants dont les parents ont eu recours à un tiers donneur. Deux chapitres à fortes potentialités polémiques.

Le calendrier de ce projet de loi n’avait pas encore été acté. En permettant le début du débat parlementaire à la rentrée, le gouvernement répond à une demande de nombreux députés de son camp. C’était l’un des points les plus sensibles à trancher par l’exécutif. Edouard Philippe avait promis la présentation de ce texte en conseil des ministres « avant les vacances d’été ».

Certains députés macronistes redoutaient toutefois, ces derniers jours, un nouveau report de cette promesse électorale du candidat Macron. Initialement programmée au Parlement en 2018, elle fut sans cesse repoussée, sans cesse réclamée par l’aile gauche de l’Hémicycle et du gouvernement. Ce dernier se donne jusqu’à mars 2020 pour promulguer cette loi – une loi qui, selon  les vœux du président de la République, doit être adoptée dans une « France apaisée ». L’été qui s’approche sera-t-il suffisant pour parvenir à l’apaisement ?

A demain @jynau

Combien de temps notre société acceptera-t-elle de soigner les personnes les plus âgées ?

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Aucun hasard mais des signes convergents, en marge de l’affaire Vincent Lambert et du regain d’intérêt pour les « directives anticipées ». A commencer par cette interrogation officiellement soulevée au Québec : élargir ou pas le suicide médicalement assisté aux personnes devenues « inaptes » à le demander. Ou cette question ouvertement posée au Benelux : interdire ou pas les traitement au-delà de la barrière des 85 ans ? Et aujourd’hui le quotidien catholique français La Croix (Pierre Bienvault) qui s’interroge : « Faut-il soigner les patients très âgés comme les autres ? » Où l’on pressent que la réponse est (presque) inscrite dans la forme donne à la question.

Un débat d’actualité, nous dit La Croix : « Face à l’arrivée de traitements au prix parfois astronomique, notamment dans le domaine du cancer, certains médecins se demandent s’ils vont pouvoir continuer à soigner tout le monde de la même manière. ‘’Pour l’instant, il n’existe pas de consignes pour éviter de traiter des patients très âgés uniquement pour des raisons de coût. Mais j’ai le sentiment que le débat devient de plus en plus âpre dans les hôpitaux’’, souligne le Dr Véronique Lefebvre des Noettes, gériatre et psychiatre à l’hôpital Émile-Roux de Limeil-Brévannes (Val-de-Marne).

Mais La Croix donne aussi à voir la complexité du sujet. Comme en donnant la parole à Jean-Pierre Droz, professeur émérite d’oncologie à l’université de Lyon : « Il y a une vingtaine d’années, on traitait peu le cancer à partir d’un certain âge. Pas mal de gens, y compris des médecins, estimaient que cela ne valait pas la peine d’infliger des traitements parfois lourds à ces patients. Mais, aujourd’hui, on a conscience qu’une personne de 80 ans, en bon état général, peut très bien espérer vivre dix ou quinze ans de plus si on soigne son cancer. » Pour le Pr Droz, l’âge en soi ne peut en aucun cas être un critère pour décider d’un traitement.

Tarifer à l’activité

Au cœur du débat : «la « qualité de vie ». Dr Véronique Lefebvre des Noettes : « Il faut toujours se demander si tel traitement va améliorer ou détériorer la qualité des dernières années de vie qui restent à la personne. » Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est la qualité au regard du coût pour la collectivité. Toujours dans La Croix la Pr Anne-Laure Boch neurochirurgienne à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière récuse l’idée que des impératifs économiques conduiraient à ne plus soigner les patients âgés. « C’est presque l’inverse aujourd’hui avec la tarification à l’activité. Avec ce système de financement, les hôpitaux sont au contraire poussés à faire le plus d’actes possible, y compris chez des gens âgés ».

De ce point de vue le cas de l’insuffisance rénale est riche d’enseignement. Yvanie Caillé, fondatrice de l’association de patients Renaloo : « La dialyse est une activité très rentable car très bien remboursée. En France, plus d’un patient sur 10 qui démarre la dialyse a plus de 85 ans. Pour certains d’entre eux, qui vont décéder en quelques semaines ou quelques mois, on peut se demander si ce choix est toujours dans leur intérêt, d’autant qu’il existe des traitements palliatifs conservateurs qui leur permettraient de vivre aussi longtemps mais dans de meilleures conditions ».

Soigner sans surmédicaliser. Soigner sans abandonner à la fatalité. « Qualité de vie » de la personne âgée, revendication montante d’un droit à mourir dans la dignité, augmentation croissante de la proportion des personnes vieillissantes, chacun pressent qu’il s’agit ici d’un sujet politique et médical majeur. Un sujet qui n’est jamais abordé dans sa globalité par l’exécutif français 1. Au risque de voir apparaître, demain, la même funeste question que celle aujourd’hui soulevée au Québec.

A demain

@jynau

1 Sur ce thème, on peut se reporter au Comité national d’éthique et à son avis de mai 2018 sur les enjeux éthiques du vieillissement.

Européennes, corrida, cirque et politique: le «Parti animaliste» égale le Parti communiste

Bonjour

27 mai 2019. Tête de liste absente des écrans, programme et score radicalement oubliés des commentateurs : le « Parti animaliste ».  « Parmi les petites listes, c’est celle qui a le plus créé la surprise, résume Le Monde (Mathilde Gérard). Sans avoir été invité à aucun des débats entre candidats organisés sur les principales chaînes télévisées, le Parti animaliste a recueilli, selon les résultats quasi définitifs, 2,2 % des suffrages exprimés en France aux européennes de dimanche 26 mai. C’est plus que la liste « Urgence écologie », de Dominique Bourg (1,8 %), l’ »Union populaire républicaine », de François Asselineau (1,2 %) ou « Lutte ouvrière » (0,8 %), et presque autant que les voix qui se sont portées sur le Parti communiste, emmené par Ian Brossat (2,5 %). »

« Parti animaliste » ? Il n’a que trois ans et double aujourd’hui le score obtenu aux élections législatives de 2017 (1,1 %)  – et ce en dépit de l’absence de la distribution de ses bulletins dans certains bureaux de vote. Tête de liste : Hélène Thouy, avocate au barreau de Bordeaux ; intervient et conseille des associations et des militants engagés pour la cause animale depuis une dizaine d’années ; co-fondatrice de l’association Animal Justice et Droit ; engagée dans la défense des droits de l’homme ; a présidé l’Institut de Défense des étrangers du barreau de Bordeaux.

Les intérêts des êtres dotés de sensibilité

Ce parti est soutenu par des « personnalités médiatiques » : une cinquantaine d’acteurs, animateurs, chanteurs, humoristes et inclassables  – Brigitte Bardot, Claude Lelouch, Laurent Baffie, Laura Smet, Virginie Lemoine, Anny Duperey, Dave, Stone … (et le Dr Colette Goujon, présidente du Comité de lutte contre la douleur du groupe hospitalier Henri Mondor) – ont signé une tribune appelant à « prendre le parti des intérêts des êtres sensibles » 1.

Programme : plus d’une centaine de mesures dans son programme, ciblant dans leur grande majorité la souffrance des animaux d’élevage – sans oublier la chasse, la corrida, les cirques ou les expérimentations scientifiques 1. « A Bruxelles, des organisations en défense de la cause animale se sont regroupées au sein d’une plate-forme, Eurogroup for animals, pour faire avancer leurs dossiers au sein du Parlement et de la Commission européenne, précise Le Monde.  Car c’est bien à l’échelon bruxellois que se jouent de nombreux dossiers affectant le bien-être animal, notamment à travers la politique agricole commune, mais aussi plusieurs directives déterminant les conditions de transport d’animaux d’élevage, ou les modalités de pêche, pisciculture ou d’expérimentation animale. »

Le score de la liste animaliste en France ne lui permet certes pas d’obtenir d’eurodéputé à Strasbourg, ni d’obtenir un remboursement de sa campagne. Mais en Allemagne,le Parti de la protection des animaux obtient deux sièges, tandis que la liste animaliste néerlandaise en occupera un, précieux.

Egaler le Parti communiste français …! Où l’on voit émerger en Europe, sur les décombres des partis antiques – et en marge des aspirations croissantes « écologiques »- une nouvelle idéologie, une idéologie de la « sensibilité ». A surveiller, comme le feu sous le lait.

A demain

@jynau

1 Extrait : « La soumission des animaux au régime des choses est entrée en crise parce qu’elle est entrée dans sa phase critique. Les efforts conjoints des filières, des lobbys et du marketing n’y pourront rien. Car, il faut insister, cette critique n’est pas le fait récent des « vegans » ou des « antispécistes », comme eux-mêmes, les médias ou leurs adversaires se plaisent à les appeler. Ces personnes forment la crête d’une vague bien plus large, qui porte une inquiétude contemporaine que nul n’exprima mieux que le philosophe Jacques Derrida. En 2001, il écrit : « Cette violence industrielle, scientifique, technique ne saurait être encore trop longtemps supportée, en fait ou en droit. Elle se trouvera de plus en plus discréditée. Les rapports entre les hommes et les animaux devront changer. Ils le devront, au double sens de ce terme, au sens de la nécessité “ontologique’’ et du devoir “éthique’’».

Le couple crise/critique traverse notre époque à la manière d’une lame de fond : elle vient des profondeurs. Le caractère virtuellement interminable de l’exploitation animale, que nos moyens scientifiques et techniques rendent désormais possible, tient dans le fait que le « stock » détruit est aussitôt renouvelé, et ainsi de suite. L’animal n’a pas eu le temps de vivre qu’il est déjà bon pour l’abattoir. Faut-il rappeler que, par exemple, un poulet de chair n’est maintenu en vie que durant les 40 jours nécessaires à son engraissement ? (…) La condamnation des violences envers les animaux n’a cessé de jalonner l’histoire de la pensée. Elle est portée par les plus grands noms de notre culture philosophique et littéraire. Ils offrent à la voix de ceux qui défendent les animaux une épaisseur culturelle dont leurs adversaires n’aiment pas entendre parler. (…) »2 Sur ce thème : « Pourquoi ces deux millions d’animaux utilisés ‘’pour la recherche’’, en France, en 2017 ? » Journalisme et santé publique, 17 mai 2019