Homéopathie et politique : cinq député.e.s vont-ils être exclu.e.s du parti macroniste ?

Bonjour

La foudre va-t-elle s’abattre ? Après leur collègue « anti PMA pour toutes » exclue de leur groupe 1 cinq députés « marcheurs » viennent de franchir la ligne rouge macronienne.. Ils affichent, dans Le Journal du Dimanche, leur opposition à la volonté du Prince exprimée par sa fidèle ministre des Solidarités et de la Santé : dérembourser les granules dites homéopathiques.

Ces cinq rétifs cosigne une tribune avec quarante députés de « divers bords » emmenés par Paul Molac, 57 ans (Morbihan, Libertés et Territoires) riche personnalité culturelle et politique bretonne et française 2. Cinq élus dont la diversité dit tout de la richesse problématique du parti présidentiel. Cinq élus qui ne redoutent pas de prendre des risques politique. Par ordre alphabétique : 

1 Blandine Brocard (Rhône), 37 ans. « Elue depuis 2017. A travaillé comme juriste pour l’association des maires ruraux de France pendant dix ans. En octobre 2017, elle prend part à une conférence de presse avec Laurence Cohen (Parti communiste français) et Michèle Rivasi (Europe Écologie Les Verts) pour réclamer un moratoire avant d’étendre les obligations vaccinales pour les jeunes enfants, comme prévu par le gouvernement. Cette initiative est mise en cause par Richard Ferrand, alors président du groupe macroniste. »  

2 Jean-François Cesarini (Vaucluse), 48 ans. « Enfant et adolescent, il connaît une scolarité mouvementée et sera renvoyé de plusieurs établissements. Plus tard, il obtient un DEA en philosophie. À la suite du décès de son père, il hérite de l’affaire familiale (Cebillord et La Crémaillère). Toutefois, la succession n’est pas simple et sera marquée par plus de dix ans de procès contre sa mère pour faux, usage de faux et détournement d’argent (…)

« Il a contribué à la French Tech Culture, en devenant en 2015 l’un des cofondateurs (de l’incubateur de start up The Bridge (…) Durant le Festival Off d’Avignon de 2018, il se produit presque tous les soirs dans une pièce de théâtre, Demain vite !  Il y interprète le rôle d’un professeur qui donne une conférence sur les mérites du siècle à venir. Il est aussi parolier et a ainsi offert une chanson Taïwanà une délégation venue de ce pays. Il est d’ailleurs le président du groupe d’amitié parlementaire à l’Assemblée nationale entre la France et Taiwan, le groupe d’études à vocation internationale sur les questions liées à l’expansion de l’économie taïwanaise. 

« En octobre 2018, dans le cadre de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, il mène un groupe de 34 députés LREM qui défendent un amendement visant à rendre plus progressive la hausse de la CSG : celui-ci est adopté en commission des Affaires sociales grâce au renfort de députés de l’opposition et de certains MoDem, contre l’avis du groupe LREM et du rapporteur général du PLFSS, Olivier Véran, ce qui occasionne « un remontage des bretelles » de la part de Gilles Le Gendre, président du groupe LREM. »

3 Yves Daniel (Loire-Atlantique), 65 ans. « Rejoint le Parti socialiste en 2010. Investi par ce parti pour les élgislatives de 2012 il bat le député sortant et devient  membre de la commission des Affaires économiques et de la commission des Affaires européennes. Rejoint La République en marche ! au législatives de 2017 et il est réélu au second tour avec 61,79 % des voix face au candidat des Républicains. »

4 Stéphanie Kerbarh (Seine-Maritime), 43 ans. « Mère de deux enfants. Elle est médiatrice économique dans l’industrie et administratrice de l’association Obsar (« Observatoire des achats responsables »). Lors de l’élection présidentielle elle soutient la candidature d’Emmanuel Macron.  Elle est investie par la La République en marche ! pour être candidate aux législative. Elue  avec 62,94 % face à une candidate du Front national. Siège à la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, au sein de la majorité parlementaire. Elle est par ailleurs présidente du groupe d’études RSE – Responsabilité sociale des entreprises et membre du groupe d’études économie verte et économie circulaire. »

5 Benoît Potterie (Pas-de-Calais), 51 ans. « Effectue des études d’audio-prothèse puis s’installe comme opticien à Saint-Omer. Il détient en 2017 huit magasins dans la région des Hauts-de-France. Elu député de la 8e circonscription du Pas-de-Calais avec 56,79 % des voix face à une candicate du Front national au second tour des élections législatives 2017. En août 2018, il cosigne, avec une vingtaine de députés LREM, une tribune qui appelle à « aller plus loin » dans les possibilités d’ouverture dominicale des commerces. »

Les arguments des signataires de cette tribune ne sont en rien originaux.  Selon eux,« l’homéopathie répond à un réel besoin médical. Elle contribue indéniablement à diminuer la consommation médicamenteuse et ainsi à combattre l’antibiorésistance reconnue comme un problème majeur en termes de santé humaine et animale au niveau international. »

« Il est difficile d’accepter l’idée selon laquelle cette pratique, qui a longtemps été reconnue par les autorités et la communauté médicale, exercée pendant plus de deux cents ans par des médecins formés, et inscrite à la pharmacopée française en 1965, puisse soudainement être reléguée au rang de “fake médecine” »  ajoutent-ils.

Où l’on en vient à se demander, après tant d’autres (élus ou pas) s’il est besoin d’espérer pour entreprendre et de réussir pour persévérer.

A demain @jynau

1 Agnès Thill, députée de l’Oise, ex-macroniste  aujourd’hui « non-inscrite » pour cause de dissidence éthique signe également cette tribune

2 Paul MOLAC, Député du Morbihan, Libertés et Territoires, Emmanuelle ANTHOINE, Députée de la Drôme, Les Républicains, Sophie AUCONIE, Députée d’Indre-et-Loire, UDI et Indépendants, Ian BOUCARD, Député du Territoire de Belfort, Les Républicains, Blandine BROCARD, Députée du Rhône, La République en Marche, Xavier BRETON, Député de l’Ain, Les Républicains, Moetai BROTHERSON, Député de Polynésie Française, Gauche Démocrate et Républicaine, Fabrice BRUN, Député de l’Ardèche, Les Républicains, Michel CASTELLANI, Député de Haute-Corse, Libertés et Territoires, Jean-François CESARINI, Député du Vaucluse, La République en Marche, Jean-Michel CLEMENT, Député de la Vienne, Libertés et Territoires, Josiane CORNELOUP, Député de Saône-et-Loire, Les Républicains, Yves DANIEL, Député de Loire-Atlantique, La République en Marche, Olivier DASSAULT, Député de l’Oise, Les Républicains, Béatrice DESCAMPS, Députée du Nord, UDI et Indépendants, Frédérique DUMAS, Députée d’Ile-de-France, Libertés et Territoires, Olivier FALORNI, Député de Charente-Maritime, Libertés et Territoires, Michel FANGET, Député du Puy-de-Dôme, Mouvement Démocrate et apparentés, Yannick FAVENNEC, Député de Mayenne, Libertés et Territoires, Laurent FURST, Député du Bas-Rhin, Les Républicains, Bruno JONCOUR, Député des Côtes d’Armor, Mouvement Démocrate et apparentés, Sandrine JOSSO, Députée de Loire-Atlantique, Libertés et Territoires, Régis JUANICO, Député de la Loire, Socialistes et apparentés, Stéphanie KERBARH, Députée de Seine-Maritime, La République en Marche, François-Michel LAMBERT, Député des Bouches-du-Rhône, Libertés et Territoires, Marc LE FUR, Député des Côtes d’Armor, Les Républicains, Gilles LURTON, Député d’Ille-et-Vilaine, Les Républicains, Josette MANIN, Députée de Martinique, Socialistes et apparentés, Sophie METTE, Députée de la Gironde, Mouvement Démocrate et Apparentés, Bertrand PANCHER, Député de la Meuse, Libertés et Territoires, Eric PAUGET, Député des Alpes Maritimes, Les Républicains, Bernard PERRUT, Député du Rhône, Les Républicains, Maud PETIT, Députée du Val-de-Marne, Mouvement Démocrate et apparentés, Christine PIRES BEAUNE, Députée du Puy-de-Dôme, Socialistes et apparentés, Bérangère POLETTI, Députée des Ardennes, Les Républicains, Benoît POTTERIE, Député du Pas-de-Calais, La République en Marche, Frédéric REISS, Député du Bas-Rhin, Les Républicains, Jean-Luc REITZER, Député du Haut-Rhin, Les Républicains, Mireille ROBERT, Députée de l’Aude, La République en Marche, Eric STRAUMANN, Député du Haut-Rhin, Les Républicains, Agnès THILL, Députée de l’Oise, Non-inscrite, Patrice VERCHERE, Député du Rhône, Les Républicains, Michèle VICTORY, Députée de l’Ardèche, Socialistes et apparentés, Stéphane VIRY, Député des Vosges, Les Républicains, Michel ZUMKELLER, Député du Territoire de Belfort, UDI et Indépendants.

Oui, Agnès Buzyn a laissé la porte grande ouverte à la pratique de la médecine homéopathique

Bonjour

C’est fait : comme elle s’y était engagée, la ministres des Solidarités et de la Santé a rencontré les représentants du lobby français pro-homéopathie : sept représentants d’un collectif ,composé du Syndicat National des Homéopathes français (SNMHF), de l’Association Homéo-Patients France (AHP France), de la Société Savante d’Homéopathie (SSH) et de 14 autres organisations de patients, de professionnels de santé et d’entreprises du médicament 1. Une rencontre « en vue d’échanger sur sa décision de dérembourser les médicaments homéopathiques ». Au terme de cette rencontre, un communiqué destiné à la presse.

 On y apprend qu’Agnès Buzyn a confirmé la décision de déremboursement – à partir de janvier 2021, avec un passage au taux de 15% au premier janvier 2020. « Sans nier l’utilité de l’homéopathie, les bénéfices pour les patients et la légitimité des médecins à orientation homéopathique, elle a rappelé qu’elle s’était uniquement conformée à l’avis de la Haute Autorité de Santé, peut-on lire dans ce communiqué. Nous le regrettons profondément pour les patients et professionnels de santé, d’autant plus que cet avis ne tient pas compte de la spécificité du médicament homéopathique. »

 Et puis on lit ceci :

 « Nous avons bien pris note de l’écoute de Mme la Ministre à l’égard de nos préoccupations concernant les impacts de cette décision sur les professionnels de santé, les patients et les salariés. Nous avons pris acte de son ouverture quant à l’opportunité de mener de nouvelles études en vue d’une réévaluation des médicaments homéopathiques. Madame la Ministre a également rappelé que la décision ne devait remettre en cause ni la place de l’homéopathie dans l’offre de soins, ni la liberté d’accès des patients à cette thérapeutique. »

En d’autres termes, à l’exception de la programmation du déremboursement rien ne change sous le ciel de France. Une « réévaluation » de l’efficacité des spécialités contestées n’est pas à exclure. La discipline continuera à être enseignée, la spécialité reconnues et les consultations prises en charge par la collectivité. Et, déjà, des mutuelles annoncent qu’elles prendront en charge à 100% les médicaments déremboursés – parfois à grand renfort de publicité comme Alptis (pleine page dans Le Monde) Quant au « collectif », il déclare : Quant au « collectif », il déclare :

« Nous restons déterminés à poursuivre la mobilisation collective pour maintenir l’homéopathie comme discipline médicale exercée par des professionnels de santé formés et intégrée dans notre système de soins, au bénéfice des millions de patients qui y ont recours. »

Pour l’heure rien ne filtre sur les actions à venir du camp d’en face.

A demain @jynau

 1 Société homéopathique internationale de soins de support en oncologie – SHISSO, Société Française d’Homéopathie – SFH, Fédération Nationale des Sociétés Médicales Homéopathiques de France- FNSMHF, Syndicat National de la Préparation Pharmaceutique – SN2P, CNP MEP Médecine Anthroposophique, CNP MEP Médecine Homéopathique, Fédération Française des Sociétés d’Homéopathie – FFSH, Centre Homéopathique de France – CHF – Centre de santé Saint- Jacques, Centre d’Enseignement de Développement de l’Homéopathie- CEDH, Institut National Homéopathique Français – INHF Paris, Collectif Safemed, Boiron, Lehning, Weleda.

Homéopathie: Michèle Rivasi et Boiron exhortent Emmanuel Macron à revenir sur sa décision

Bonjour

C’est l’heure du coûte que coûte. Michèle Rivasi, tout d’abord, militante verte bien connue. Agnès Buzyn, sur RTL, vient (une nouvelle fois) de la tacler, l’accusant notamment d’être « anti-vaccins » et mettant en doute sa rigueur scientifique. Michèle Rivasi qui se présente comme « députée européenne EELV et diplômée de l’Ecole normale supérieure et agrégée en biologie ». Voici son message :

« Le Président Emmanuel Macron approuve le déremboursement total à horizon 2021 de l’homéopathie, médecine complémentaire ayant des adeptes en France, et ce malgré le million de citoyens pétitionnaires. Voici revenu le temps de l’inquisition, de l’uniformisation, de la science réductionniste. Cela va entraîner le retour des guérisseurs sans formation.

Pourtant, des meta analyses remettent en cause l’explication par le seul effet placebo. Affirmer son inefficacité est faux meme si des études cliniques manquent. Le gouvernement et la ministre Agnès Buzyn  manifestent par cette décision de déremboursement leur volonté d’éradiquer une pensée et des pratiques médicales différentes.

Le patient sera le premier perdant du déremboursement de l’homéopathie. Idem pour la Sécu puisque les malades de tourneront vers des médicaments plus chers. Cela va priver l’homéopathie de la légitimité d’être enseignée en universités avec les médecins contrôlés et formés. Quelle déception !  »

On attend désormais avec le plus vif intérêt les déclarations de Yannick Jadot, chef de la délégation française EELV au Parlement européen.

« Agnès Buzyn assène des vérités qu’elle n’a pas vérifiées, c’est de l’amateurisme »

Aux côtés de Michèle Rivasi, les Laboratoires Boiron, leader mondial de ce secteur pharmaceutique. Et au micro du Monde (Paul Benkimoun et François Béguin) Valérie Lorentz-Poinsot, directrice générale de ce puissant groupe. Extraits :

« Nous sommes tous extrêmement choqués et très en colère de la manière dont cette affaire se déroule depuis un an. C’est un massacre organisé que nous vivons. Je ne m’explique pas pourquoi tant d’agressivité et tant d’injustice par rapport à l’homéopathie, qui concerne des millions de Français et ne coûte quasiment rien. Elle représente 0,06 % du total des dépenses de santé en France. Dérembourser, c’est mettre à terre un champion français. A qui cela profite-t-il ?

« Je souhaite lever le voile sur toutes les incohérences et irrégularités qui ont eu lieu dans le cadre de ce travail depuis un an. Nous allons donc d’abord tenter d’infléchir la décision de Mme Buzyn, que je vais rencontrer demain, et également en appeler au président de la République. Il a changé d’avis sur le carburant ou le glyphosate ; il est possible qu’après discussion, il évolue sur l’homéopathie, car je pense qu’il n’a pas tous les éléments. Sinon, nous déposerons un recours pour excès de pouvoir auprès du Conseil d’Etat (…)

« Nous dénonçons la méthode, qui est incompréhensible, avec une succession de fuites organisées dans la presse depuis le début. Nous contestons également les pratiques de la HAS, qui n’avait pas les moyens de nous évaluer. Nous avons récupéré les minutes des discussions entre les membres de la commission de la transparence de la HAS. Elles sont dramatiques. De façon partiale, ils ont écarté tout ce qui était positif pour l’homéopathie, ce qu’ils reconnaissent eux-mêmes (…) il n’y a pas d’expert de l’homéopathie à la HAS. L’homéopathie doit être considérée dans sa spécificité. Lorsque Xavier Bertrand était ministre de la santé, il avait demandé une vaste étude, l’étude Epi 3, qui montrait que les traitements homéopathiques permettaient de diviser par deux les prises d’antibiotiques et d’anti-inflammatoires et par trois celles d’anxiolytiques. Il existe une étude majeure adaptée à l’homéopathie mais la HAS l’a écartée en utilisant le prétexte que les groupes de patients n’étaient pas comparables. Ce qui est faux, les groupes étaient tout à fait ajustés. »

« Agnès Buzyn assène des vérités qu’elle n’a pas vérifiées, c’est de l’amateurisme. On ne peut pas parler de carburant et des problématiques de pouvoir d’achat et dire le lendemain que les Français peuvent se payer l’homéopathie. Un déremboursement maintenu à 15 % aurait été complètement neutre pour l’Assurance-maladie, mais pas pour le pouvoir d’achat des Français.

« Nous sortons d’un débat public où le président de la République lui-même a dit qu’il fallait écouter les Français et a proposé que l’on passe le seuil du référendum d’initiative partagé à 1 million. En deux mois et demi, 1,2 million de signatures ont été recueillies en faveur du maintien du remboursement de l’homéopathie et on ne les écoute pas. Les Français veulent du remboursement sur ce type de risque. Les médecins vont prescrire d’autres traitements plus coûteux et délétères pour la santé, qui sont toxiques alors que l’homéopathie ne l’est pas. Il est encore temps pour la ministre et le chef de l’Etat de revenir sur cette décision. »

Coûte que coûte.

A demain @jynau

Homéopathie bientôt déremboursée ou pas : Emmanuel Macron aurait pris sa décision, ou non

Bonjour

Comment transformer en information une décision qui n’aurait pas été vraiment prise ? Comment, en somme, faire monter la pression, attiser les tensions. Le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret et Hervé Gattegno) s’y emploie aujourd’hui : « Déremboursement de l’homéopathie : Macron a choisi ». Chapô : « Après avoir hésité, Emmanuel Macron a donné son feu vert au déremboursement, comme le souhaitait Agnès Buzyn. La décision doit être annoncée en fin de semaine, deux scénarios sont encore à l’étude ».

De fait, à la lecture, rien n’est fait. Le chef de l’Etat n’ en rien a « mis fin au suspense ». Et nul ne sait quelle annonce Agnès Buzyn fera « à la fin de la semaine ». Les lobbies sont encore à la manœuvre puisque, selon le JDD,  « deux options semblent envisagées :

« La première prévoit le déremboursement total, mais en le différant (peut-être d’un an) pour permettre aux laboratoires concernés de se préparer à cette perte de revenus.

La seconde consisterait en un déremboursement partiel : actuellement pris en charge par l’Assurance maladie à hauteur de 30%, les granules homéopathiques ne le seraient plus qu’à 15%.

Cette solution n’aurait rien de disruptif [sic] : en 2003, le remboursement de ces produits était déjà passé de 65 à 35% ; puis en 2011, de 35 à 30%. Mais elle exposerait l’exécutif au risque de fâcher à la fois les partisans et les détracteurs de l’homéopathie. Autre inconvénient : elle priverait Bercy d’une source d’économie importante (le coût des remboursements avoisine 127 millions d’euros par an), au moment où le gouvernement cherche à réduire la dépense publique. De fait, Edouard Philippe et Gérald Darmanin ont eux aussi plaidé à l’Élysée pour le déremboursement. »

Poire homéopathique

Couper en deux la poire homéopathique ? Le JDD fait une hypothèse : le sujet pourrait être abordé à Lyon entre Emmanuel Macron et son vieil ami Gérard Collomb, maire de Lyon et ambassadeur en chef des Laboratoires Boiron. Où l’on comprend que le nouveau monde macronien ressemble assez furieusement à l’ancien. Et que la politique demeure décidemment allergique à la rationalité scientifique. De ce point de vue on aimerait connaître, à ce stade, les commentaires des membres de la Haute Autorité de Santé qui réclament le déremboursement au gouvernement. Pour le reste on attend les explications d’Agnès Buzyn qui, après avoir expliqué qu’elle était contre le déremboursement, puis qu’elle serait pour 1, devra justifier dans quelques jours le choix ambivalent du président de la République – un choix qui ne calmera en rien la polémique.

A demain @jynau

1 Le 12 avril 2018, invitée de la matinale sur RMC-BFM TV, Agnès Buzyn annonçait que les spécialités homéopathiques continueraient à être remboursées par l’Assurance-maladie, même si c’est «probablement un effet placebo». «Les Français y sont attachés. Si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques, je pense nous y gagnons collectivement. Voilà, ça ne fait pas de mal !», osait alors la ministre. Voir « La guerre de l’homéopathie touche peut-être bientôt à sa fin » Slate.fr 4 avril 2019

Homéopathie française vilipendée : pourquoi n’enseigne-t-on pas l’astrologie à l’Université ?

Bonjour

Plus Agnès Buzyn tardera, plus l’incendie anti-rationaliste gagnera.  Plus le gouvernement atermoiera, plus les esprits s’échaufferont. Un nouveau stade a déjà été franchi : on ne parle plus seulement du déremboursement des spécialités homéopathiques mais bien de l’enseignement de cette pratique ; un exercice médical voué aux gémonies – traîné dans la boue par les esprits rationalistes ne voyant là, au mieux, qu’un effet placebo induit par de l’eau diluée dans de l’eau.

Objectif, donc, des « anti » : bouter l’enseignement homéopathique hors des amphithéâtres médicaux – le chasser hors de l’Université. Et certains médecins généralistes ne sont pas les derniers. Vendredi 5 juillet  le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) a pris officiellement position. Il l’a fait dans une lettre adressée non pas à Agnès Buzyn, mais à Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Frédérique Vidal.

Le Pr. Vincent Renard, président du CNGE, rappelle tout d’abord que  des enseignements d’homéopathie existent « encore » (sic)  dans la moitié des facultés de médecine en France et dans de nombreuses facultés de pharmacie.

« La Haute Autorité de Santé a rendu l’avis qui était attendu quant au déremboursement, tellement la situation est claire au plan scientifique. Cet avis corrobore l’avis de la communauté scientifique nationale et internationale, le point ayant été très bien résumé dans l’article de référence de la revue francophone de médecine générale 1 écrit-il. Au-delà même de cet avis, l’absence de tout modèle théorique sur lequel pourrait reposer l’homéopathie, invention datant du 18e siècle, l’absurdité des contenus de la ‘’médecine homéopathique’’, des indications comme des thérapeutiques, devrait imposer de protéger les étudiants contre ces déviances pseudo scientifiques. »

« On ne peut pas à la fois recommander à ces derniers des contenus fondés sur les données de la science, imposer qu’ils soient formés à la lecture critique, et en même temps leur proposer des enseignements véhiculant des aberrations grossières aux antipodes de la démarche scientifique. Une enquête sur les contenus de ces enseignements délivrés dans les murs des facultés serait la bienvenue car elle aurait des conclusions accablantes si jamais elle était conduite 2.

Les médecins généralistes universitaires sont très attachés à ce qu’il n’y ait plus de place pour l’homéopathie à l’université. Ce type de pratique nuit principalement à la médecine générale en détournant de jeunes médecins des bonnes pratiques et en véhiculant une image archaïque de la discipline. La responsabilité de l’université est également de ne pas encourager les patients dans de fausses croyances qu’il convient de discuter avec empathie sans les accréditer ; nous rappelons ici qu’un des produits homéopathiques les plus vendus est un pseudo vaccin contre la grippe détournant les patients des thérapeutiques efficaces.

La moitié des facultés de médecine propose encore des diplômes universitaires d’homéopathie ainsi que certaines facultés de pharmacie. Nous en demandons donc la suppression car il serait aujourd’hui coupable de continuer à délivrer ce type d’enseignement par l’Université, voire de délivrer des diplômes universitaires. Avec pour objectifs l’intérêt de l’Université, celui des patients comme celui des étudiants, nous comptons sur votre action. »

Agnès Buzyn n’a que trop tardé

Dans le camp adverse on s’active. « Il est important que l’homéopathie soit prescrite par des médecins et que son enseignement continue à être délivré dans un cadre universitaire », assurait, mi-juin, Charles Bentz, président du Syndicat national des médecins homéopathes français, lors de la présentation d’un « livre blanc » de l’homéopathie. Mieux encore les firmes (Boiron, Lehning et Weleda) associées aux organisations d’homéopathes, ce document préconise d’intégrer dans la formation des médecins, notamment généralistes, « un module d’enseignement sur les médecines complémentaires, dont l’homéopathie ».

Aujourd’hui cet enseignement n’est qu’optionnel et fait l’objet de diplômes universitaires (DU) ou interuniversitaires, (DIU).  Certaines y ont toutefois renoncé et l’AFP a mené l’enquête. En septembre dernier, la fac de Lille avait suspendu le sien dans l’attente de l’avis de la HAS, et celle d’Angers l’avait carrément supprimé. Depuis, Lille a décidé d’abandonner définitivement cette formation de deux ans. Pour sa part l’université François-Rabelais de Tours a décidé de fermer la première année du DIU homéopathie. Mais la seconde année est « encore maintenue » pour « permettre aux étudiants de terminer leur cursus ». Tours proposait jusqu’ici ce DIU conjointement avec Poitiers… Que fera Poitiers ? A Bordeaux, l’homéopathie n’est plus enseignée depuis 2009.

A l’opposé d’autres facultés s’accrochent bec et ongles à leur diplôme d’homéopathie. Lyon-I qui propose un DIU en partenariat avec Brest et Reims, n’envisage pas sa fermeture « sans une demande officielle de la part de la Conférence des doyens ou du ministère ». « Les soins par l’homéopathie sont une réalité en France, il est donc du ressort de l’université de pouvoir accompagner des formations qui sinon seraient faites à l’extérieur sans aucun contrôle », fait valoir la faculté lyonnaise, voisine des puissants laboratoires Boiron. L’université de Strasbourg a déjà fait savoir qu’elle n’entendait pas mettre fin à son DU. Quant à Paris-XIII, elle, « attend une concertation entre tous les doyens de médecine pour une éventuelle prise de décision commune ».

Or les représentants des doyens des facultés de médecine et de pharmacie ont récemment jugé que l’homéopathie devait pouvoir continuer à être enseignée… Où l’on comprend que la rationalité n’est pas toujours, en France, la chose la mieux partagée au sein de l’Université.

Joint par Le Quotidien du Médecin le Pr Vincent Renard accuse :  « La Conférence des doyens préfère que ces enseignements se passent au sein de l’université que dehors. C’est une très mauvaise stratégie. C’est comme si on intégrait les enseignements de l’astrologie à ceux de l’astronomie ».

Voilà un bon sujet pour cet été : pourquoi n’enseigne-t-on pas l’astrologie à l’Université ? Pour l’heure le gouvernement soupèse l’affaire du déremboursement avec ses trébuchets :  Sibeth Daye, porte-parole tonitruante a expliqué sur RMC-BFMTV que la décision finale dépendait d’une « balance » entre les « considérations scientifiques et les conséquences sur l’emploi ». Aussitôt contredite, sur RTL, par Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics. Agnès Buzyn n’a que trop tardé, l’incendie a gagné. Qui osera jouer les pompiers ?

A demain @jynau

1 Denis Pouchain, Gérard Le Roux, Vincent Renard, Rémy Boussageon, et le Conseil scientifique du Collège national des généralistes enseignants « Approches théorique, scientifique et réglementaire de l’homéopathie ». exercer 2018 ; 148 : 460-4.

2 Précisément: pourquoi cette enquête n’a-t-elle jamais été menée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ?

Homéopathie. MM Bertrand, Wauquiez et Collomb : mais de qui sont-ils donc le nom ?

Bonjour

Ainsi donc, nous dit sa tonitruante porte-parole, le gouvernement travaille à une question politiquement passionnante : en finir ou pas avec le remboursement (à 30%) des spécialités homéopathiques. Tirer un trait historique ou maintenir cette prise en charge collective – quitte à la réduire de moitié. Question passionnant en ce qu’elle nous permet d’entrevoir « en direct » l’une de ces délibérations habituellement toujours masquée.

D’un côté le verdict scientifique et la raison pure : aucune efficacité spécifique démontrée, partant fin du remboursement. C’est, après bien des atermoiements, la position semble-t-il défendue par Agnès Buzyn. De l’autre un entrelacs de considérations économiques et politiciennes – et l’émergence au grand jour de ce qui n’est jamais très éloigné des conflits d’intérêts 1. Bercy/Matignon versus la Santé. Sans oublier, verticalité oblige, le couperet du locataire du Palais de l’Elysée.

Dans l’attente du verdict quelques éditorialistes entrent sur la piste. Ainsi Laurent Joffrin, directeur de la publication de Libération :   « Bertrand, Collomb et Wauquiez : homéopathie et rationalité »

« Trois éminents leaders politiques, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez et Gérard Collomb, se sont lancés dans une croisade en faveur de l’homéopathie, dont le gouvernement prévoit – enfin – le déremboursement par la Sécurité sociale. Devant cette triple levée de boucliers, on dit que le gouvernement hésite, pesant le ‘’coût politique’’ d’une mesure préconisée par la plupart des autorités de santé dans le monde et approuvée par l’immense majorité des scientifiques qui se sont penchés sur la question. »

Jouvence de l’abbé Souris

Pour Laurent Joffrin les choses sont assez simples : « l’homéopathie, pratique tout à fait inoffensive, n’a jamais démontré qu’elle pouvait produire autre chose qu’un ‘’effet placebo’’». « Dès lors que cette réalité est établie, on ne voit pas pourquoi la France devrait rester l’un des derniers pays à la prendre en charge collectivement, écrit-il.  La mobilisation de ces excellences est en tout cas étrange sur le fond : elle consiste à faire passer le ‘’ressenti’’ subjectif des patients avant les conclusions dûment produites par la science et la médecine, c’est-à-dire le préjugé avant la raison. »

Et le directeur de la publication de reprendre un trop vieille image frontalière : « c’est comme si on jetait un morceau de sucre dans le lac de Genève et qu’on déclarait ensuite que ce lac est composé d’eau sucrée ». « Rien de grave, mais rien de vraiment sérieux, dixit la science » conclut le directeur qui laisse filer sa plume suggérer aux  aux trois chevaliers blancs de l’homéopathie de demander aussi le remboursement de la mandragore, la bave de crapaud, l’écume d’argent, la poudre de scorpions écrasés et la méthode Coué. Jusqu’à la jouvence de l’abbé Souris (sic) – jouvence qui, ainsi écrite, ne pourra pas menacer d’un procès.

On sait que ces trois édiles s’inquiètent « pour l’emploi dans leur région ». Et que MM Collomb, Bertrand et Wauquiez démontrent à l’envi que les Laboratoires Boiron ont su mener à la perfection leur opération de lobbying. Dans ce contexte Laurent Joffrin se désespère d’une époque faite de défiance générale, de délégitimation de la science et de l’expertise, de fuite de la rationalité. On peut surtout regretter que cette belle affaire en reste à ce stade – et que nul responsable de l’exécutif s’en saisisse pour que l’on aborde, enfin, la question politique fondamentale : celle de l’effet placebo et des conditions de sa prise en charge par la collectivité.

A demain

1 Sur ce sujet on se reportera avec le plus grand intérêt à la lettre ouverte adressée à Edouard Philippe, Premier ministre, par le Dr Christian Lehmann : « Le sens des responsabilités ».