Cigarette électronique et maladie «sans nom»: les vitamines, prises médiatiquement en grippe?

Bonjour

La maladie sans nom ne l’est plus. Les autorités sanitaires américainesont officiellement annoncé vendredi 8 novembre avoir très probablement percé le mystère des maladies pulmonaires « liées au vapotage » : une huile de vitamine E ajoutée dans des recharges au cannabis vendues sur le marché noir. Cette huile et cette pratique étaient d’ores et déjà soupçonnée comme à l’origine d’une pathologie qui a touché plus de 2000 vapoteurs américains et causé 39 décès. Quasi-confirmation aujourd’hui avec la découverte de l’agent chez 29 patients dont les fluides pulmonaires ont été analysés par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC).

« Ces analyses apportent la preuve directe que l’acétate de vitamine E est le principal responsable de lésions dans les poumons » a déclaré Anne Schuchat, directrice adjointe des CDC, précisant qu’aucune autre toxine potentielle n’avait pour l’instant été détectée dans les analyses.

« La vitamine E est normalement inoffensive. Elle s’achète sous forme de gélule à avaler ou d’huile à appliquer sur la peau, mais elle est nocive une fois inhalée ou chauffée. L’acétate est le nom chimique de la molécule, explique Radio Canada. Le porte-parole de Santé Canada Éric Morrissette a déclaré que l’acétate de vitamine E n’était pas autorisé dans les produits de vapotage de cannabis canadiens. Néanmoins, il dit que Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada surveillent activement la situation de la maladie causée par le vapotage (sic). »

Le Tweeteur intempestif de la Maison Blanche

Le schématisme, la caricature et le réductionnisme médiatiques conduiront-ils sous peu à accuser la vitamine E per se après la condamnation définitive de la cigarette électronique ? Pour sa part l’AFP souligne que cette annonce des CDC intervient quelques heures après l’annonce par le président américain Donald Trump de sa volonté de faire passer l’âge minimum pour acheter des cigarettes électroniques aux Etats-Unis de 18 à 21 ans. La déclaration présidentielle s’inscrit dans un plan plus vaste pour réduire le vapotage chez les jeunes – plan qui sera dévoilé « la semaine prochaine ». « Nous allons annoncer une initiative très importante sur le vapotage. Nous devons particulièrement prendre soin de nos enfants, donc nous allons avoir une limite d’âge de 21 ans environ », a déclaré le milliardaire-président à des journalistes.

Où l’on voit que le concept de la réduction des risques sanitaires est loin d’être perçu et compris par le Tweeteur intempestif de la Maison Blanche. Où l’on observe aussi que le même a fait part de ses inquiétudes sur l’impact que pourraient avoir des restrictions trop lourdes sur l’avenir de cette industrie naissante. Son administration pourrait ainsi revenir sur son projet d’interdire purement et simplement les cigarettes électroniques aromatisées, annoncé en septembre. « Nous devons veiller sur de nombreuses personnes, y compris les emplois [sic], a dit le milliardaire new-yorkais. C’est devenu une grande industrie, nous allons nous en occuper. »

Entre le drame et la farce, tout est politiquement dit.

A demain @jynau

Inespéré : la e-cigarette est «probablement» une aide efficace pour arrêter de fumer

Bonjour

C’est une étape importante dans la -déjà- longue histoire de la Révolution des Volutes. Et la démonstration que petit à petit l’oiseau de la réduction des risques fait son nid dans l’immense jungle du tabagisme et dans méandre du principe politique de précaution. Après nombre d’addictologues, d’esprits éclairés et d’un ancien Directeur général de la Santé, deux sociétés savantes hier encore rétives viennent de progresser dans leur perception du phénomène : la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF) et la Société Francophone de Tabacologie (SFT).

A l’occasion du Mois sans tabac elles « proposent dans un document une information sur la cigarette électronique ; information basée sur l’analyse des données scientifiques publiées ; document destiné avant tout aux fumeurs envisageant d’utiliser la cigarette électronique comme outil d’aide au sevrage tabagique ; document signé du Pr Nicolas Roch, président de la SPLF et de la Dr Anne-Laurence Le Faou, présidente de la SFT. Extraits :

La dépendance. « La dépendance tabagique a deux composantes : 1- Une dépendance physique liée au manque de nicotine (indépendante de la volonté) qui peut être comblée par apport de nicotine non-fumée médicamenteuse (patchs, pastilles, comprimés, inhaleurs, sprays ou comprimés sub-linguaux) et/ou non médicamenteuse (cigarette électronique). La varénicline qui bloque certains récepteurs nicotiniques est aussi un traitement efficace de la dépendance physique à la nicotine. 2- Une dépendance psychologique et comportementale.

Les traitements. « Les traitements médicalement validés sont ceux qui ont fait l’objet d’essais cliniques. Ils ont démontré qu’ils augmentaient les chances de l’arrêt du tabac avec un rapport bénéfice/risque positif. C’est le cas de tous les substituts nicotiniques et de la varénicline, remboursés en France ainsi que du bupropion, non remboursé. Ces traitements (à l’exception de l’inhaleur, des Nicorette Microtab et du spray de nicotine) sont remboursés par l’assurance maladie sans reste à charge pour les patients atteints d’une maladie de longue durée (en particulier dans le domaine des troubles respiratoires pour l’insuffisance respiratoire liée à la BPCO ou à l’asthme, pour le cancer du poumon ou la tuberculose), le reste à charge de 35% est payé par la complémentaire santé dans les autres cas. Ces traitements restent les traitements recommandés par les autorités de santé pour tous les fumeurs dont ceux atteints de maladies respiratoires.

La cigarette électronique. « Que sait-on de la toxicité de la cigarette électronique ? En utilisation normale Les émissions de la cigarette électronique contiennent moins de substances toxiques que la fumée du tabac. Elles peuvent induire toutefois des effets biologiques mesurables. Les conséquences cliniques et épidémiologiques (santé publique) à long terme de l’utilisation des cigarettes électroniques, à ce jour, ne sont pas connues. Les études bien conduites cliniques et épidémiologiques concluantes sont nécessaires pour évaluer le bénéfice et les risques exacts de leur utilisation.

Les cas de toxicité pulmonaire rapportés aux USA. « Ces cas ont concerné 1888 personnes à la date du 31 octobre 2019 dont 37 décès. Ces cas sont liés aux liquides que certains utilisateurs de cigarette électronique ont mis dans le réservoir. Dans 75- 80% des cas, ces liquides étaient fabriqués ou achetés hors du commerce officiel et contenaient des huiles de cannabis, du cannabis synthétique ou d’autres produits assimilés et souvent de l’acétate de vitamine E (produits formellement interdits dans liquides pour cigarettes électroniques en Europe). Il s’agissait donc du détournement d’usage du dispositif c’est-à-dire dans le cadre d’un usage récréationnel et non dans l’objectif de l’arrêt de la consommation du tabac. En absence d’identification de l’agents ou des agents causaux provoquant ces pneumopathies, il est recommandé de n’utiliser que les liquides commercialisés, de ne pas acheter des liquides dans la rue et de pas utiliser des huiles de cannabis ou d’autres produits non commercialisés.  En France le Directeur général de l’ANSES qui assure le contrôle des liquides pour cigarettes électroniques, a affirmé qu’aucun des liquides commercialisés en France ne posait de problème sanitaire. Intérêt de la cigarette électronique dans la sortie du tabac

Mais encore. « La cigarette électronique est utilisée le plus souvent sans aide médicale par des fumeurs qui veulent soit réduire leur tabagisme, soit arrêter de fumer. Selon Santé Publique France,

1) les données recueillies après le Mois sans tabac 2016 montrent que la cigarette électronique est de loin le produit le plus utilisé dans l’arrêt du tabac avec aide : 27% contre 18% pour les substituts nicotiniques et 10% pour le recours aux professionnels de santé.

2) il est estimé que 700 000 fumeurs ont arrêté de fumer en 7 ans avec la cigarette électronique seule ou en association avec d’autres aides.

Mais encore (bis). « Les données scientifiques actuellement disponibles sont toutefois insuffisantes pour conclure avec certitude que la cigarette électronique est un traitement efficace et sûr pour aider les fumeurs à arrêter de fumer. Un essai publié récemment dans le New England Journal of Medicine montre qu’il y a près de deux fois plus d’arrêt à un an avec la cigarette électronique qu’avec les substituts nicotiniques.

« L’utilisation prolongée de la cigarette électronique De nombreux utilisateurs continuent à fumer tout en vapotant. Cette situation laisse persister les risques du tabagisme. Ces vapo-fumeurs doivent être mieux substitués en nicotine par ajout de patchs et optimisation de la prise de nicotine par la cigarette électronique. Chez les fumeurs sevrés du tabagisme grâce à la cigarette électronique, un avis médical est recommandé en cas de dépendance persistante à la nicotine. En cas de consommation de cigarette électronique au-delà de 12 mois après l’arrêt du tabac 1,2, l’arrêt de la cigarette électronique est conseillé s’il n’existe aucun risque de retour au tabac. Cas particulier des maladies respiratoires chroniques Il est préférable d’utiliser un des traitements médicamenteux recommandés pour l’arrêt du tabac et remboursés en France : substituts nicotiniques ou varénicline, plutôt que la cigarette électronique.

Pour conclure. « Ne plus fumer est le premier objectif à poursuivre chez les fumeurs, notamment porteurs de maladies respiratoires chroniques. La cigarette électronique est probablement une aide efficace pour arrêter de fumer. Elle doit dans ce cas être utilisée de façon transitoire (en l’absence de donnée précise sur ses effets à long terme) en vue de l’arrêt de la consommation tabagique. Elle doit être proscrite chez les non-fumeurs. Fumer et vapoter dans le même temps n’est pas une solution, car cette conduite ne réduit pas les risques liés au tabac. »

Il ne faut probablement jamais désespérer.

A demain

1 Réaction-questions du Dr Anne Borgne (SOS Addictions) :  » 12 mois? Pourquoi pas 6 ou 24 ? D’où sort cette durée, de quelles données de la science? Ces donneurs de leçons frileux de ne pas s’avancer tant que la preuve scientifique de 25 000 études n’est pas faite peuvent-ils nous donner la référence concernant cette durée ? »

2 Réaction- commentaires de Sébastien Béziau, vice-président de #sovape. « Je partage ce point de vue.  AUCUN fondement pour limiter la durée à 12 mois. Ils font appel à une science soit-disant inexistante et incapable de démontrer une innocuité absolument indémontrable par définition. Mais quelle référence pour cette affirmation, à part le doigt mouillé ?

L’emploi permanent des conditionnels / potentiels est insupportable – et ne fait que renforcer les doutes chez les consommateurs, fumeurs, et même vapoteurs. Aucun risque, c’est pas possible, tout le monde est d’accord. Beaucoup moins de risque, c’est une certitude.

La phrase : « L’existence aux USA de cas de toxicité pulmonaire rapportée à l’utilisation de cigarettes électroniques inquiète les fumeurs qui envisagent l’arrêt du tabac et les vapoteurs’’… fait persister l’amalgame entre LA vape et la consommation de produits frelatés et illicites.

Même l’explication est douteuse « Dans 75-80% des cas, ces liquides étaient fabriqués ou achetés hors du commerce officiel’’… Cela laisse à penser que les 20-25% restants sont des produits « normaux ». NON !! Les 20-25% des cas sont seulement des gamins qui n’ont pas « avoué » les produits qu’ils ont consommé.

Pour ce qui est de l’étude ECSMOKE, elle ne démontrera pas grand chose, si ce n’est comparer UN liquide / UN taux de nicotine (12 = trop faible) / UN arôme / UN appareil Vs UN médicament. Soir 1/100000e des possibilités de combinaisons possibles pour utiliser le vapotage, rien à voir avec l’usage courant. Il faudrait cesser de dire que cette étude compare LA vape. C’est FAUX.

Quant aux « non-fumeurs » qui ne doivent pas y toucher… L’expérience américaine avec un taux de tabagisme juvénile qui a plongé à moins de 6% VS 25% en France, ne fait se poser de questions à personne ?

Le problème est très complexe, certes, mais doit-on le trancher sans aucun débat ? Pas de question sociale, éducative, vision globale de santé publique, pas de regard sur les faits ?   J’imagine que ce communiqué a donné lieu à d’âpres échanges en interne, avec beaucoup de bonne volonté, on sent bien la SFT qui veut bien / mieux faire… Mais le résultat est-il vraiment de nature à rassurer ? »

Immenses pincettes pour la pauvre e-cigarette ; pas de vente à l’unité pour celles de tabac

Bonjour

Serait-ce un effet de la croissance de la grande pauvreté ? Le site des buralistes français observe une nette augmentation de la demande de vente de cigarette « à l’unité ». Un phénomène déjà décrit par Le Parisien (Christel Brigaudeau). « Depuis un an, on a ce genre de demandes. Jusqu’à dix fois par jour, des gens qui n’ont pas beaucoup d’argent, ou bien des fumeurs occasionnels, qui demandent une cigarette à l’unité … Quand on leur dit non et qu’on leur explique que c’est interdit, ils ne comprennent pas» témoigne, dans L’Union, Isabelle Moline, buraliste de Reims.

Une première affiche d’avertissement avait été collée avant l’été dans son établissement. Une seconde vient de faire son apparition. Mais après une petite enquête, des buralistes ont découvert qu’un de leurs collègues acceptait ce type de demandes. Pour en avoir la preuve une buraliste a (discrètement) fait le test. Elle a obtenu sa cigarette et aurait vivement réagi à l’encontre de son collègue.

« J’avais fait la chasse à cette pratique il y a des années rappelle Alain Sauvage, président de la Chambre syndicale des buralistes de la Marne et trésorier national de la Confédération des buralistes. Ce genre de ventes était plutôt pratiqué dans certaines épiceries. ’est totalement interdit pour un buraliste de changer le conditionnement des cigarettes, et donc de vendre à l’unité. Je vais faire un rappel aux buralistes, car ils risquent gros. Ils peuvent perdre leur gérance tabac. Le contrat avec l’État est très clair. »

Et l’on sait que l’Etat français ne plaisante pas. Il sait aussi faire silence – comme celui observé par les autorités sanitaires sur les quelques centaines de cas d’atteintes pulmonaires (« « maladie sans nom ») observées aux Etats-Unis chez des vapoteurs inconséquents. Rien pour le grand public en provenance de la Direction Générale de la Santé (DGS). Mais, aujourd’hui, un peu banal communiqué de la Fondation du Souffle et de la Société de pneumologie de langue française (SPLF). Extraits :

« En France. Au stade actuel, faisant suite à une demande de la DGS une demande de signalement a été adressée aux pneumologues. Les signalements seront colligés par Santé Publique France (les outils sont en cours de développement). Cas particulier de la e-cigarette utilisée dans un objectif d’aide au sevrage tabagique : message de la Fondation du Souffle et de la SPLF :

« La e-cigarette est parfois utilisée comme outil d’aide au sevrage tabagique. Se pose donc la question de l’attitude face à cette pratique, à la lumière des cas récents de possibles atteintes pulmonaires toxiques graves liées à leur usage. Jusqu’ici, les données scientifiques montraient que l’utilisation de la cigarette électronique a des effets biologiques délétères mesurables, donc un potentiel de toxicité réel, même si de nombreux toxiques majeurs de la fumée de cigarette (mais pas tous) sont absents des vapeurs produites par les cigarettes électroniques. Les conséquences cliniques de ces effets biologiques ne sont pas connues.

Selon les nouvelles données disponibles, les utilisateurs de e-cigarettes ayant présenté aux Etats-Unis des atteintes pulmonaires graves (pneumonies toxiques) étaient majoritairement (80% des cas) des utilisateurs de liquides contenant des dérivés de cannabis, et/ou fabriqués ou modifiés artisanalement. Il s’agit donc dans ces cas d’usages détournés de la cigarette électronique, utilisant des produits illégaux. Les données toxicologiques et épidémiologiques dont nous disposons ne permettent toutefois pas d’écarter un rôle des produits commercialisés dans les circuits de distribution autorisés 1.

De ce fait, lorsque la e-cigarette est utilisée comme outil d’aide à l’arrêt du tabac, son usage doit se limiter strictement aux personnes en échec de sevrage tabagique par d’autres méthodes, et aux produits dont la vente est autorisée. Il convient d’avertir les patients des incertitudes actuelles sur les risques d’atteintes pulmonaires. La toxicité de la e-cigarette utilisée dans ces conditions est très inférieure à celle de la cigarette. »

Où l’on prend la mesure de la longueur des pincettes prises, par les spécialistes du souffle et du poumon, avec la e-cigarette.

A demain @jynau

1 Ceci est formellement contesté par plusieurs spécialistes du vapotage et de la réduction des risques.

Augmentation des risques : Donald Trump se pique soudain des cigarettes électroniques

Bonjour

Il ne manquait plus que lui : Donald Trump a fait savoir, en ce 11 septembre de sinistre mémoire, qu’il envisageait une interdiction aux Etats-Unis des cigarettes électroniques – du moins les liquides « aromatisés ». « Trump administration moves to ban flavored e-cigarettes » résume CNN (Maegan Vazquez and Betsy Klein) Une annonce qui survient alors que la « maladie sans nom » a été associée à six décès corrélés à des inhalations de THC ou d’autres substances.

« Cela crée plein de problèmes, a -cité par l’AFP– analysé Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche. Les gens pensent que c’est une solution facile aux cigarettes. C’est nouveau et cela s’est développé tellement vite». «Nous allons peut-être devoir décider quelque chose de ferme.» Alex Azar, ancien ponte de Big Pharma, aujourd’hui secrétaire à la Santé, a précisé qu’un texte réglementaire serait publié dans plusieurs semaines.

Mangue, meringue, fruits rouges

« La FDA a déjà engagé de multiples offensives contre les fabricants de cigarettes électroniques accusés de cibler les jeunes dans leur marketing, souligne l’AFP. En août, elle a sommé quatre fabricants de retirer 44 recharges et autres liquides aromatisés de la vente: des goûts à la mangue, à la meringue, aux fruits rouges.. ».

L’AFP ajoute : « ces goûts sont censés attirer les consommateurs les plus jeunes, dans les collèges et les lycées, ce qui a fait plonger selon les autorités sanitaires une nouvelle génération d’Américains dans l’accoutumance à la nicotine. En dehors du problème de la dépendance à la nicotine de jeunes qui ne fumaient pas auparavant, il existe depuis quelques mois une urgence sanitaire liée au vapotage de certains e-liquides vendus sur le marché noir. »

Outre Atlantique les cigarettes électroniques sont (officiellement) interdites à la vente aux mineurs (18 ou 21 ans selon les Etats). Si les autorités interdisaient les cigarettes aromatisées, les liquides standard à la nicotine resteraient vraisemblablement sur le marché. Ils sont actuellement promus comme une méthode permettant de ne pas consommer de tabac carbonisé cancérigène. Une promotion faire au nom de la réduction des risques – et ce dans un pays dont le président semble n’avoir de cesse de les augmenter.

A demain @jynau

Abandonner d’urgence la vape pour le tabac ! Comment en arriver à proférer tant d’absurdités ?

Bonjour

« Le poumon, le poumon vous dis-je ». Qui ne veut pas désespérer des médias ne devait pas, ce 7 septembre, regarder le journal de 13 heures de France 2. On y traitait des morts américains et de la cigarette électronique. Avec sujet en plateau. Absence totale de distance. Confusion générale et conclusion immanquable : détruire sa cigarette électronique, si possible en diffusant les images sur les réseaux sociaux. Puis revenir à la seule nicotine qui vaille : celle du tabac.

Mais comment a-t-on pu en arriver là ? Et comment, en tenant de tels propos, parvenir à faire comprendre que le vapotage n’est en rien une panacée ? Que la cigarette électronique n’est qu’un vecteur ? Que la réduction des risques n’est pas la disparition de ces mêmes risques ? Que le sevrage est un objectif supérieur au vapotage mais que le vapotage est incomparablement favorable à l’esclavage tabagique ?

Tout ceci devrait sans difficulté pouvoir être expliqué dans les journaux télévisés. Par des journalistes ou par des invités spécialisés. Pourquoi n’est-ce pas le cas ? Osera-t-on avancer que « c’était mieux avant » ? Et que les caricatures régressives que ces journaux nous offrent ne sont pas étrangères à la désaffection progressive vis-à-vis de ces mêmes journaux ? Pour l’heure les personnes intéressées par le sujet peuvent aussi, loin de France 2, se pencher sur The New England Journal of Medicine : Pulmonary Illness Related to E-Cigarette Use in Illinois and Wisconsin — Preliminary Report. Conclusion :

« Case patients presented with similar clinical characteristics. Although the features of e-cigarette use that were responsible for injury have not been identified, this cluster of illnesses represents an emerging clinical syndrome or syndromes. Additional work is needed to characterize the pathophysiology and to identify the definitive causes. »

Ils se pencheront ensuite sur le peu banal éditorial qui l’accompagne : Vaping-Induced Lung Injury. Conclusion :

« Until the investigation into the cause of this epidemic of vaping-induced respiratory injury is complete, no conclusions can be drawn as to which compound or compounds are the causes of injury. In light of these cases, however, efforts should be made to increase public awareness of the harmful effect of vaping, and physicians should discourage their patients from vaping. »

IgnorantusignorantaIgnorantum.  On attend toujours, à l’adresse des vapoteurs français, les réflexions-recommandations officielles. Sinon celles de la ministre des Solidarités, du moins du Directeur Général de la Santé.

A demain @jynau

«Aux Etats-Unis, cinq morts liées à la cigarette électronique» Le Monde (7 septembre 2019)

Bonjour

Cinq mille signes. L’Agence France Presse ne fait pas dans la dentelle pour couvrir l’affaire. « Aux Etats-Unis, cinq morts liées à la cigarette électronique » titre Le Monde, qui reprend la dépêche. Cinq morts, près de cinq cents cas et dans le même temps des enquêteurs fédéraux qui ne précisent pas « les marques ou substances susceptibles d’avoir causé les graves difficultés respiratoires ». Et l’affaire commence à se transformer en un équation sanitaire autant que politique : « principe de précaution » versus « réduction des risques tabagiques ».

Vendredi 6 septembre 2019. Les autorités sanitaires américaines font savoir qu’ « au moins » cinq utilisateurs de cigarettes électroniques sont morts, le nombre de malades frappés par de graves difficultés respiratoires a par ailleurs doublé pour atteindre 450 dans le pays. « Outbreak of Lung Illness Associated with Using E-cigarette Products. Investigation Notice. Posted September 6, 2019 at 9:50pm ET ».

Brouillard entretenu quant aux marques ou substancesprésentes  dans les liquides de vapotage, mais un dénominateur commun fréquent : inhalation de produits contenant du THC, substance active du cannabis. Et, parfois des personnes (relativement) âgées et en mauvaise santé. C’était le cas des deux victimes dont les décès annoncés le 6 septembre par les autorités sanitaires locales en Californie et dans le Minnesota.

« Un possible lien a été établi entre certains malades et une huile de vitamine E, qui se consomme normalement en gélule ou en huile pour la peau, précise l’AFP. La vaporisation à haute température de cet additif pourrait avoir endommagé les poumons des vapoteurs. Les responsables sanitaires de l’Etat fédéral ont toutefois appelé à la prudence dans l’attente d’analyses plus complètes. ‘’Aucune substance ou molécule unique, dont l’acétate de vitamine E, n’a été identifiée dans l’ensemble des échantillons analysés’’, a insisté Mitch Zeller, directeur du centre pour le tabac de la Food and Drug Administration, qui teste au niveau national les produits impliqués.

La piste de l’huile de vitamine E

« Nous n’avons pas encore toutes les réponses », reconnaissent les responsables des CDC qui « par mesure de précaution » recommandent « dans l’immédiat » de ne pas utiliser de cigarettes électroniques, quelles qu’elles soient.

Les symptômes respiratoires de « pneumonie lipidique » sont particulièrement frappants quand ils apparaissent souvent subitement, chez des patients  jeunes et sans problème de santé. Dans l’Illinois, la moitié des patients ont moins de 19 ans. « Sean Callahan, pneumologue à l’hôpital de l’université de l’Utah, a traité l’un de ces malades en juillet, âgé de 20 ans. La détresse respiratoire était telle que le jeune homme a dû être placé plus d’une semaine dans une machine qui oxygène le sang du patient hors de son corps, tant ses poumons n’arrivaient plus à fonctionner, rapporte l’AFP. ‘’Je n’avais jamais vu cela auparavant, a raconté le Dr Callahan. Habituellement, les malades qui ont besoin de cette machine ont des formes très avancées de grippe ou de pneumonie, ou bien ils ont des systèmes immunitaires affaiblis à cause d’un cancer ou d’une chimiothérapie’’. » 

La piste de l’huile de vitamine E ? Les autorités de New York ont diffusé des photos des recharges impliquées : elles ont des emballages très colorés sous le nom de Dank Vapes, une « marque » qui ne correspond apparemment à aucune entreprise légitime, mais « se distribue » dans la rue et sur Internet. Le mort de l’Oregon, en revanche, avait acheté son produit dans un dispensaire de « cannabis légal ».

Ces maladies pulmonaires s’ajoutent à la pression sur les fabricants légaux de cigarettes électroniques, accusés par les autorités d’avoir promu leurs produits chez les jeunes comme une alternative saine et cool à la cigarette. « Principe de précaution » versus « réduction des risques tabagiques ».

A demain @jynau

Vapotage et polémique : la Ligue contre le cancer a oublié de se réabonner au Lancet

Bonjour

Revenons un instant sur la  dommageable « MISE AU POINT » majuscule signée d’Axel Kahn, nouveau président (plus qu’hyperactif sur tweeter de La Ligue contre le cancer :

 @laliguecancer dénonce l’industrie du tabac. Sans faille. Elle n’y joint pas la pratique habituelle du vapotage sur lequel elle ne s’exprime pas. Comme sur mille autres sujets. La Ligue dénonce ce dont la pratique est cancérigène. Point final.

Ne pas s’exprimer ! Sur un sujet médical à ce point capital ! C’est peu dire que ces quelques mots passent mal. « Combien de temps la Ligue contre le cancer pourra-t-elle ignorer l’une des pratiques permettant la plus substantielle réduction du risque lié à la combustion du tabac s’interroge l’épidémiologiste franco-suisse Antoine Flahault. Je propose ce slogan: ‘’Vapoter au lieu de fumer c’est gagner des années à la vie et de la vie aux années !’’ ». Slogan retenu, avec les félicitations du jury de la réduction des risques.

Et puis, hasard ou fatalité, au moment où Axel Kahn mettait au point, The Lancet mettait, lui, les points sur les i, avec une prise de position on ne peut plus claire en faveur du vapotage dans la réduction des risques consubstantiels à l’épidémie tabagique :  « Nicotine without smoke: fighting the tobacco epidemic with harm reduction »  The Lancet ( IF 59.102 ) Pub Date : 2019-08-31 , DOI: 10.1016/S0140-6736(19)31884-7 Un papier sans ambiguïté signé de spécialistes : Robert Beaglehole, Clive Bates, Ben Youdan, Ruth Bonita.

La Ligue est centenaire et The Lancet fêtera bientôt ses deux siècles 1. La première ne devrait pas snober le second.

A demain @jynau

1 A lire, si ce n’est déjà fait : « ‘’The Lancet’’, machine à cash à la pointe de la médecine » de David Larousserie (Le Monde du 13 août 2019)