Le coronavirus et le laisser-aller de l'OMS : mais comment a-t-elle pu ainsi se fourvoyer ?

Bonjour

27 janvier 2020. Disons que cela fait tache. L’Organisation mondiale de la Santé vient de « corriger » son niveau d’évaluation de la menace à laquelle l’humanité est exposée depuis l’émergence du nouveau coronavirus chinois. Nous étions hier encore à une menace « modérée ». Elle est aujourd’hui « élevée ».

Plus précisément cette OMS avait auparavant annoncé que le risque était «très élevé en Chine, élevé au niveau régional et modéré au niveau international». «Il s’agissait d’une erreur de formulation et nous l’avons corrigée», a expliqué à l’AFP une porte-parole depuis les hauteurs aseptisées de Genève, siège de cette institution onusienne. «Cela ne veut absolument pas dire que nous avons changé notre évaluation du risque, mais cette erreur s’est glissée» dans les rapports de situation, a-t-elle ajouté.

L’OMS a rendu publics six rapports de situation depuis le début de la crise. À partir de son troisième, le 23 janvier, elle a établi une évaluation du risque. Dans son sixième rapport de situation, diffusé dans la nuit de dimanche à lundi, l’OMS a corrigé son analyse, assurant que son «évaluation du risque (…) n’a pas changé (…) : très élevé en Chine, élevé au niveau régional et élevé au niveau mondial».

Mea culpa ? Connaît pas !

L’ « erreur de formulation » concernait les rapports de situation des 23, 24 et 25 janvier. La correction ne change pas le fait que l’OMS ne considère pas que l’épidémie constitue une «urgence de santé publique de portée internationale». L’OMS n’a jusqu’ici utilisé ce terme que pour de rares cas d’épidémies requérant une réaction mondiale vigoureuse, dont la grippe A(H1N1) en 2009, le virus Zika en 2016 et la fièvre Ebola dans une partie de l’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016 puis la République démocratique du Congo depuis 2018.

À l’époque du Sras (2002-2003), l’OMS avait vivement critiqué Pékin pour avoir tardé à donner l’alerte et tenté de dissimuler l’ampleur de l’épidémie. Mais l’OMS a elle aussi été vivement critiquée ces dernières années. Jugée trop alarmiste pendant l’épidémie du virus A(H1N1) en 2009, elle avait par la suite été accusée, au moment de la redoutable épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest (2014), de ne pas avoir d’emblée  mesuré l’ampleur de la crise et de sa portée. Puis d’avoir longuement persisté dans son erreur. Dans tous les cas une constante : l’OMS ne connaît pas le mea culpa.

A demain @jynau

Coronavirus : soudain Philippe Douste-Blazy accusa l’OMS d’incurie. Mais pourquoi ?

Bonjour  

25 janvier 2020. Ce sont, sur France Info, vingt-cinq minutes qui ne sont pas sans intérêt. Comme un retour vers un passé en cours d’effacement. Où l’on retrouve le Dr Philippe Douste-Blazy, 67 ans, qui fut maire de Lourdes et (souvent) ministre sous François Mitterrand et Jacques Chirac. Il fut aussi secrétaire général adjoint des Nations unies. Avant de vouloir devenir, à tout prix, Directeur général de l’OMS. Sans succès. Trois ans plus tard le revoici interrogé sur l’épidémie naissante de coronavirus. Et le voici, hasard ou fatalité, d’accuser la « filiale santé » des Nations unies (195 pays).

Commettant une erreur sur l’acide nucléique du coronavirus, et déplorant méchamment la gestion onusienne de l’épidémie, il salue le travail de la ministre de la Santé française Agnès Buzyn, qui « a eu complètement raison d’être très transparente » (sic) » : « Ce qu’elle a dit est vraiment du bon sens : ne pas aller dans les urgences, appeler le 15″. La France « jusque-là, ne fait absolument aucune erreur ». Il ajoute aussi que si le virus du sida avait été transmissible par voie aérienne ou par les mains il y aurait, aujourd’hui une « sous-population mondiale ». Pour autant il « ne faut pas paniquer » et attendre un peu.

Un virus « de portée internationale »

« L’OMS n’a toujours pas dit qu’il s’agit d’une épidémie à portée internationale. Je pense qu’il faut qu’elle le fasse », a affirmé l’ancien ministre, rappelant que l’épidémie avait déjà touché « la Chine, le Japon, le Vietnam, la Thaïlande, Taïwan, les États-Unis ou encore la France ». C’est normal de dire qu’aujourd’hui ce virus est à portée internationale et je demande au directeur général de l’OMS de le faire, en tant qu’ancien ministre de la Santé et en tant qu’ancien secrétaire général adjoint des Nations unies.

Selon lui la position actuelle de l’OMS sur le coronavirus s’explique « parce qu’il y a énormément de pressions, c’est compliqué, ça veut dire que les déplacements seraient moins importants, que l’économie serait impactée ». « Je vous signale qu’il y a un avion de Wuhan [ville chinoise placée en quarantaine] qui est arrivé à Charles de Gaulle jeudi, il y a quelques heures », a pointé l’ancien ministre, tout en précisant qu' »il ne s’agit pas d’arrêter les déplacements entre la Chine et les autres pays » et qu’il convient d’attendre d’en savoir plus sur « la dangerosité » du virus. « Mais Wuhan, il faut arrêter les vols », a-t-il estimé.

On précisera que le comité de l’OMS en charge de ce dossier sanitaire politique et diplomatique majeur est le Pr Didier Houssin, personnalité réputée qui fut notamment, en France, Directeur général de la santé de 2005 à 2011. Il n’a pas, pour l’heure, commenté les accusations de son confrère et compatriote.

A demain @jynau

Coronavirus : l’affolement menace, la métaphore de l’incendie, la quarantaine en question

Bonjour

25 janvier 2020, l’affaire se structure déjà en feuilleton pré-catastrophe. Trois premiers cas en France. Le virus progresse en Chine et « à l’international ». La grande métropole de Wuhan, épicentre chinois de l’épidémie, est depuis deux jours « coupée du reste du monde » – ou presque. La zone de confinement vient d’être été élargie à 56 millions de personnes, soit pratiquement toute la province du Hubei.

« Les trains sont à quai, les autoroutes fermées, précise l’AFP. En dehors du Hubei, les autorités ont annoncé la mise en place de mesures de dépistage du virus dans tout le pays. Le 24 janvier 450 médecins et autre personnel médical de l’Armée populaire de libération (APL) sont arrivés par avion pour intensifier la lutte contre le virus. Certains d’entre eux ont l’expérience du virus Ebola et du Sras, un virus similaire au coronavirus qui a contaminé près de 1 300 de personnes et fait 41 morts dans toute la Chine, selon le dernier bilan livré par les autorités chinoises. Sur le total des malades, 237 sont dans un état critique, d’après les chiffres officiels. »

L’agence de presse Chine nouvelle a précisé que les militaires, qui appartiennent aux armées de terre, de l’air et à la marine, étaient arrivés vendredi soir. Ils doivent être répartis dans les hôpitaux de la ville qui accueillent un grand nombre de patients de la pneumonie virale. Parmi eux figurent des spécialistes des maladies respiratoires et infectieuses, des maladies nosocomiales et des soins intensifs.

A Paris, Agnès Buzyn n’a pas craint, au risque d’ajouter à l’affolement, d’user de la métaphore de l’incendie. « Nous avons aujourd’hui les premiers cas européens, probablement parce que nous avons mis au point le test très rapidement et que nous sommes capables de les identifier, a-t-elle déclaré. Il faut traiter une épidémie comme on traite un incendie, très vite repérer la source » et la « circonscrire le plus vite possible. »

Un point-presse quotidien est prévu par le ministère de la Santé. Et la question est d’ores et déjà soulevée de savoir si Mme Buzyn pourra raisonnablement continuer à être sur tous les fronts : épidémie naissante, réforme des retraites, crise de l’hôpital – sans parler de la course à la mairie de Paris.

Régimes autoritaires et mise en quarantaine

Toujours en France, il faut lire Libération (Eloïse Bussy) : « Coronavirus : «On sait que la quarantaine est inefficace» ». Patrick Zylberman, « historien de la santé » réputé 1 ( également professeur émérite à l’Ecole des hautes études en santé publique) y traite du concept de « quarantaine » et de ses limites. Un sujet essentiel au vu de ce qui se trame aujourd’hui en Chine. Ecoutons-le :  

« La mesure était déjà expérimentée aux XIVe et XVe siècles en Italie, dans les villes où se propageait la peste. Aujourd’hui, cette maladie peut se soigner avec des antibiotiques, mais cette mesure reste appliquée dans certains pays où elle n’est pas encore bien prise en charge.

« On sait depuis cent cinquante ans que la mesure n’est pas efficace, car il y a toujours des personnes qui cherchent à quitter le territoire. C’est une décision impraticable, faite pour être enfreinte. Ce qui peut fonctionner, c’est le confinement à domicile. Ce fut le cas en 2003 dans un secteur de Singapour, une ville très hygiéniste, pour lutter contre une épidémie de SRAS. On a menacé les habitants de leur mettre un bracelet électronique s’ils sortaient de chez eux. Des équipes distribuaient chaque jour de la nourriture aux habitants confinés. La mesure a duré quelques semaines.

En 1916, il y a eu une mise en quarantaine dans plusieurs petites villes américaines au nord de New York après une épidémie de poliomyélite. La mesure a duré plusieurs semaines, et ce qui devait arriver arriva : il y a eu des troubles. »

Patrick Zylberman rappelle aussi qu’il n’y a jamais eu de mesure similaire prise dans l’Hexagone. « Cela a failli être le cas en 1955 après des cas de variole dans le Morbihan, mais les autorités ont renoncé. Les préfets ont, depuis 2003, la capacité de décider d’une zone d’exclusion si un nombre significatif de cas est détecté. En Chine une telle mesure avait déjà été prise en 2003, également pour des cas de SRAS. Les autorités chinoises aiment cette solution. Il existe d’ailleurs une thèse, qui date de 1848 et qui est discutée, qui dresse un lien entre les régimes autoritaires et la mise en quarantaine. C’est une mesure qui permet de rassurer les gouvernements. »

A demain @jynau

1 On peut également, avec le plus grand intérêt, l’écouter sur France Culture (25 janvier 2020)

Coronavirus : les trois premiers cas en France ! Attention, urgence : n’appelez que le 15 !

Bonjour

C’était immanquable, c’est fait : les trois premiers cas de contamination par le « 2019 n-CoV » ont été confirmés en France. L’annonce en a été réservée, vendredi 24 janvier, à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Il s’agit aussi des premiers cas européens, a-t-elle souligné lors d’une conférence de presse tenue en urgence, précisant que l’un des malades était hospitalisé à Bordeaux et les deux autres à Paris.

Le patient de Bordeaux est un Français de 48 ans d’origine chinoise, actuellement placé à l’isolement au CHU de Bordeaux. Il a été pris en charge le 23 janvier par SOS Médecins Bordeaux avec des symptômes grippaux classiques de fièvre et de toux.

Lors de cette consultation, le médecin lui a demandé s’il avait voyagé récemment, selon le récit de SOS Médecins publié sur Facebook. Celui-ci a déclaré revenir des Pays-Bas mais qu’il venait aussi de séjourner en Chine, dans la province de Wuhan. 

« Instantanément », le médecin est passé « en mode urgence absolue » : masque, isolement. En collaboration avec le SAMU de Gironde, le patient a été hospitalisé au CHU de Bordeaux pour bilan et observation. Un point d’information quotidien sera effectué par le ministère.

Agnès Buzyn a, sans surprise, déclaré être « extrêmement attentive » à l’évolution de la situation. Selon elle « nous aurons probablement d’autres cas ». Elle estime qu’il n’est pas possible de contrôler les « multiples voies » pour revenir de Chine : « On voit bien la difficulté, dans un monde comme le nôtre, de fermer les frontières, ça n’est en réalité pas possible. »

Dont acte. Et ensuite ? « Le moment est crucial, estime le Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société française de médecine d’urgence (SFMU) et chef de service du SAMU 95, cité par Le Quotidien du Médecin . La transmission humaine est avérée par voie aéroportée ou manuelle. La population doit avoir le réflexe de faire le 15, plutôt qu’aller aux urgences ou dans les cabinets médicaux et prendre le risque de contamination en salle d’attente. On a la capacité d’éviter toute propagation en France en repérant très tôt les premiers cas possibles. »

Fièvre, courbatures, asthénie, symptômes respiratoires, toux, sueurs...

De même, lors d’une demande de rendez-vous au téléphone, les médecins traitants et leur secrétariat doivent réorienter leurs patients vers le 15 devant toute suspicion. « Il s’agit de patients de retour de voyage ou en contact avec quelqu’un de retour de voyage, en particulier en provenance de l’épicentre épidémique de Wuhan, poursuit le Dr Ricard-Hibon. Les symptômes ne sont pas spécifiques : fièvre, courbatures, asthénie, symptômes respiratoires, toux, sueurs… Au moindre doute, faire le 15. À l’aide de questionnaires très précis, prenant en compte notamment la chronologie et la géolocalisation, les patients sont classifiés en cas possibles ou exclus, explique-t-elle. Si le cas est possible et sans signe de gravité, des ambulanciers volontaires équipés sont habilités à assurer le transfert. S’il y a des signes de gravité, ce sont les équipes du SAMU qui viennent sur place. »

Et si, malgré tout, un patient vient consulter au cabinet d’un médecin ? Alors le port du masque est recommandé pour le patient et le soignant, le temps que le classement se fasse au téléphone par le SAMU. « Le patient doit être mis en isolement tant que le diagnostic n’est pas exclu. »

Ce n’est pas tout. Pour le Dr Ricard-Hibon, les détecteurs de fièvre sont « une fausse sécurité ». Certains patients ne sont pas repérés car ils sont encore en incubation ou ont pris un antipyrétique, comme le paracétamol. Les mesures d’information de la population sont capitales. En France, le dispositif du 15 est très bien organisé depuis les dernières alertes sanitaires. Dans la grande majorité des cas, le diagnostic est exclu et cela permet de rassurer. C’est le réflexe essentiel à avoir dans ce contexte en France. » 

A demain @jynau

Urgent coronavirus: l’OMS embarrassée, alerte de la Direction Générale française de la Santé

Bonjour

Urgent. 22 janvier 2020. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a décidé de prolonger d’une journée sa réunion d’urgence concernant le nouveau virus, qui a fait 17 morts en Chine. «Nous avons besoin de plus d’informations», a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à l’issue d’une réunion cruciale à Genève. «Nous prenons la situation extrêmement sérieusement», a-t-il ajouté, évoquant d’«excellentes discussions» avec les services de santé des pays touchés (Chine, Japon, Corée du Sud, Thaïlande).

L’OMS devait décider mercredi de déclarer ou non une «urgence de santé publique de portée internationale». Cette qualification a été utilisée jusqu’ici pour de rares cas d’épidémies nécessitant une réaction internationale vigoureuse, dont la grippe porcine H1N1 en 2009, le virus Zika en 2016 et la fièvre Ebola, qui a ravagé une partie de l’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016 et la RDC depuis 2018.

Nous relayons ici d’autre part un dgs-urgent@dgs-urgent.sante.gouv.fr :

« De nouveaux éléments sont disponibles sur la situation de cas groupés de pneumopathies à nouveau coronavirus (2019-nCoV) déclarés à Wuhan en Chine en début d’année.

La situation épidémiologique est évolutive et l’European Center for Diseases Control and Prevention a modifié son analyse de risque. Le risque d’importation en France est désormais considéré comme modéré et le risque de diffusion de la maladie dans la population française est considéré très faible :https://www.ecdc.europa.eu/en/novel-coronavirus-china


La transmission interhumaine du virus est désormais avérée, d’où l’importance des précautions gouttelettes. Des contaminations nosocomiales de soignants n’ayant pas respecté ces précautions ont été rapportées en Chine.

Nous vous prions de prendre connaissance de la fiche « Repérer et prendre en charge un patient suspect d’infection à nouveau coronavirus 2019 » développée par la mission nationale COREB: https://www.coreb.infectiologie.com/UserFiles/File/procedures/2019-ncov-fichesoignants22janv-vf.pdf


Nous vous rappelons que tout professionnel de santé prenant en charge un patient suspect d’infection par le 2019-nCoV doit prendre contact avec le Samu-Centre 15 pour analyse et mise en place des premières mesures de prise en charge. Il conviendra de ne pas l’orienter d’emblée vers les structures d’accueil des urgences afin d’éviter le contact avec d’autres patients.

La définition de cas est disponible sur le site de Santé publique France : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/articles/cas-de-pneumonies-associees-a-un-nouveau-coronavirus-2019-ncov-a-wuhan-en-chine


De façon générale, il est rappelé que la prise en charge d’un patient présentant des signes respiratoires infectieux doit s’accompagner de la mise en place de protection chez le patient (masque chirurgical, hygiène des mains) et le professionnel de santé (masque, lunettes et hygiène des mains). Vous trouverez des informations complémentaires sur le site du Ministère des Solidarités et de la Santé : https://solidarites-sante.gouv.fr/coronavirus »

A demain @jynau

Nouveau virus pathogène chinois : Pékin dit-il au reste du monde la pleine et entière vérité ?

Bonjour

Officiellement tout va presque mieux dans le meilleur des mondes viraux possible : les leçons du SRAS (2002-2003) ont été tirées et Pékin collabore comme le ferait Paris, Londres ou Berlin. On ne compterait que  45 personnes contaminées par un nouveau virus de la famille du Syndrome respiratoire aigu sévère. Vraiment ? Telle n’est pas la lecture d’un groupe d’experts de l’Imperial College de Londres – par ailleurs collaborateurs de l’OMS : « Estimating the potential total number of novel Coronavirus cases in Wuhan City, China »

Selon eux 1 723 personnes (95% CI: 427 – 4,471) pourraient en fait avoir été contaminées – et ce au vu de l’ensemble des informations disponibles au 12 janvier. Les auteurs, dirigés par le Pr Neil M. Fergusonneil.ferguson@imperial.ac.uk), ont notamment fondé leurs calcul  sur le nombre de cas (officiellement) détectés jusqu’à présent hors de Chine – deux en Thaïlande et un au Japon – pour estimer le nombre des personnes vraisemblablement infectées à Wuhan, capitale de la province du Hubei (centre de la Chine), où la totalité des cas chinois ont été signalés depuis le mois dernier.

Ils ont aussi eu recours à la base de données des vols internationaux au départ de l’aéroport de Wuhan. « Pour que Wuhan ait exporté trois cas vers d’autres pays, il faut qu’il y ait beaucoup plus de cas que ce qui a été annoncé, a expliqué le Pr Ferguson à la BBC . Je suis nettement plus préoccupé que je ne l’étais il y a une semaine. »

On sait que cette nouvelle émergence épidémique alimente les craintes d’une réapparition d’un virus de type SRAS, hautement contagieux et directement transmissible au sein de la communauté humaine. La souche incriminée est d’ores déjà désignée : 2019-nCoV. L’enquête des autorités sanitaires chinoises a permis de déterminer que plusieurs patients contaminés travaillaient sur un marché de Wuhan spécialisé dans la vente en gros de fruits de mer et de poissons.

Un virus incroyable

« En dehors de Chine, les mesures de prévention se multiplient, observe l’AFP. Dernière en date : les Etats-Unis ont annoncé qu’ils allaient commencer à filtrer les vols en provenance de Wuhan à l’aéroport de San Francisco et à l’aéroport John F. Kennedy de New York – où atterrissent des vols directs de Wuhan –, ainsi qu’à celui de Los Angeles, où sont assurées de nombreuses correspondances. Les passagers seront examinés par les équipes médicales sans pour autant systématiquement soumis à un prélèvement. »

La Thaïlande, où deux cas ont été recensés, a également renforcé les contrôles dans ses aéroports à l’approche des festivités du Nouvel An lunaire (25 janvier), une période qui suscite des inquiétudes quant à une éventuelle propagation du virus. A cette occasion, des centaines de millions de Chinois empruntent bus, trains et avions pour aller passer les fêtes en famille. Beaucoup partent également en vacances en Asie du Sud-Est. Les autorités de Hongkong ont elles aussi renforcé leurs mesures de contrôle aux frontières du territoire autonome, notamment avec des détecteurs de température corporelle.

Et en France ? La Direction générale de la Santé précise que tout patient présentant des signes respiratoires infectieux et « ayant séjourné dans la ville de Wuhan dans les 14 jours précédant le début des signes cliniques » doit en effet faire l’objet d’un signalement (contacter le SAMU-Centre 15 en cas de doute). Toute prise en charge d’un cas suspect doit « s’accompagner de la mise en place de protection chez le patient (masque chirurgical) et le professionnel de santé (masque, lunettes et hygiène des mains) ».

Pour l’heure, les déplacements en Chine ne font l’objet d’aucune restriction, mais le sujet est largement commenté sur le réseau social Weibo. « Ce virus est incroyable, il peut aller à l’étranger mais rester confiné » à Wuhan, ironisait un internaute cité par l’AFP pendant que certains soupçonnaient les autorités de minimiser la gravité de la situation. Le meilleur des mondes viraux possible.

A demain @jynau

Nouveau virus pathogène : Pékin n’exclut plus le risque de transmissions interhumaines

Bonjour

C’était prévisible, c’est chose faite : le risque que la pneumonie virale atypique récemment identifiée en Chine soit transmissible entre humains est «faible» mais «pas exclu». Message daté du mercredi 15 janvier et signé de autorités sanitaires chinoises. Ce début d’épidémie alimente les craintes d’une réapparition d’un virus de type Sras, comme celui qui avait tué quelque 650 personnes en Chine continentale et à Hong Kong en 2002-2003.

L’une des quarante-et-un malades recensés à Wuhan, foyer initial, a peut-être été contaminée par son mari. C’est l’avis de la Commission municipale locale de l’hygiène et de la santé. Dans un communiqué, elle a indiqué que l’époux en question travaillait sur un marché de gros de fruits de mer, où la plupart des cas ont été détectés jusqu’à présent. Or, sa femme dit ne jamais s’y être rendue. Le marché incriminé est fermé depuis le 1er janvier, sur décision des autorités.

«Aucune preuve explicite de transmission entre humains n’a été découverte depuis le début de cette épidémie liée à un nouveau coronavirus, a souligné la commission. La possibilité d’une transmission limitée entre humains ne peut être exclue, mais le risque d’une transmission inter-humaine continue est relativement faible».

« Moment charnière

On sait d’autre part que la maladie a été diagnostiquée chez une femme originaire de Wuhan lors de son arrivée en Thaïlande. Or, selon l’OMS, cette femme assure n’avoir pas fréquenté le marché de gros incriminé, selon l’OMS.À Hong Kong, les autorités ont renforcé leurs mesures de détection, avec notamment des points de contrôle des températures à destination des voyageurs arrivant dans ce territoire dit « semi-autonome ». Selon les autorités hongkongaises, 71 personnes s’étant rendues à Wuhan récemment ont été hospitalisées souffrant de fièvre et de problèmes respiratoires, mais 60 ont été autorisées à sortir et le virus n’a été diagnostiqué chez aucune d’entre elles.

Que savoir sur le sujet ? « Il s’agit d’un virus qui n’avait jamais été décrit. Il entre dans la famille des coronavirus, dont six étaient déjà connus, a expliqué à Libération (Eric Favereau) le Pr Arnaud Fontanet, qui dirige à l’Institut Pasteur de Paris l’unité de recherche et d’expertise en épidémiologie des maladies émergentes. C’est un septième, et il se révèle très proche de celui du virus du Sras. D’ailleurs dans le déroulé de cette épidémie, le scénario est le même qu’en 2003. Les autorités chinoises ont mis en avant un lieu de départ, à savoir un marché de ‘’sea food’’, où il y a certes du poisson mais pas seulement. Et c’est a priori plutôt dans la manipulation des autres animaux de ce marché que la contamination a pu se faire vers l’homme. Mais on ignore quel animal est le point de départ.

L’hypothèse renforcée d’une contamination interhumaine ne peut qu’inquiéter. « On peut toutefois noter qu’il n’y a pas eu de cas de contamination au sein d’une même famille, ni avec le personnel soignant, ce qui est encourageant, souligne le Pr Fontanet. Nous sommes à un moment charnière. Cela peut s’arrêter là, mais l’épisode du Sras nous a montré que des imprévus étaient possibles. Au départ, la souche du Sras était, par exemple, peu virulente et peu transmissible. Puis elle a muté, allant vers un virus beaucoup plus transmissible et bien plus pathogène. Il y a eu ainsi des épisodes où une personne a pu en contaminer cinquante autres. Là, on est sur un épisode qui semble contenu, mais il peut y avoir des secousses qui changent le scénario. La bonne nouvelle, c’est que tout le monde se montre vigilant. Et jusqu’à présent réactif. »

A demain @jynau