Cigarette électronique : AVC, coronaires bouchées, dépression, anxiété et … malhonnêteté

Bonjour

Papier édifiant autant que déprimant. Il est à retrouver sur Medscape France 1. Il n’est plus à prouver que la cigarette électronique est l’outil privilégié de la réduction des risques chez les tabagiques. Mais, en retour, que redouter ? « Lors du dernier congrès de l’American College of Cardiology 2019 (ACC), une des plus grandes enquêtes jamais réalisée sur les risques cardiovasculaires de l’e-cigarette a fait l’objet d’une présentation orale 2.

« Selon les réponses de plus de 96 000 patients américains à des autoquestionnaires, les vapoteurs ont plus de risque d’être victimes d’un infarctus, d’une maladie coronarienne ou d’une dépression, en comparaison de ceux qui ne vapotent pas » résume Medscape France. « Jusqu’à présent, on en savait peu sur les effets cardiovasculaires de l’utilisation d’e-cigarette. Ces données sont un appel à se réveiller et à être plus vigilants concernant les dangers de l’e-cigarette », indique le Dr Mohinder Vindhyal (University of Kansas), principal investigateur de cette étude dans un communiqué de presse 3.

Selon cette étude les vapoteurs auraient un risque augmenté de 56% d’être victimes d’un infarctus par rapport aux non-vapoteurs, et un risque majoré de 30% d’être victime d’un AVC. Sans perler des maladies coronariennes et des problèmes circulatoires, notamment des thromboses : 10 et 44 % de plus chez les vapoteurs. De même ceux-ci ont deux fois plus de risque de souffrir de dépression, d’anxiété et de problèmes émotionnels. Mohinder Vindhyal :

« Dans la mesure où le risque de faire un IDM augmente de 55 % parmi les utilisateurs d’e-cigarette par rapport aux non-fumeurs, je ne voudrais pas que mes patients ou des membres de ma famille vapotent. Quand on approfondit, on se rend compte que cela ne dépend pas de la fréquence d’utilisation de l’e-cigarette. Que ce soit tous les jours ou de temps en temps, les utilisateurs de cigarette électronique sont plus susceptibles d’être touchés par un infarctus ou une maladie coronaires ».

La dépression des particules fines

Acquiescer sans broncher ? Interrogé par Medscape édition française, le Pr Bertrand Dautzenberg (pneumo-tabacologue que l’on ne présente plus) « modère fortement la portée de ces résultats ». Il souligne avant tout qu’il s’agit d’une communication orale assortie d’un communiqué de presse, qui ne fait pas l’objet d’une publication scientifique. En outre, il pointe plusieurs biais méthodologiques importants. Au final, pour le spécialiste français, il s’agit « d’une information non scientifiquement valide ». Une « fausse nouvelle » en somme.

Egalement interrogé par Medscape édition française, le Pr Yves Martinet, pneumologue également connu (CHU Nancy) et président du Comité National contre le Tabagisme explique que « ces résultats sont intéressants mais pas surprenants : la nicotine contenue dans les e-cigarettes augmente la fréquence cardiaque et la pression artérielle et les particules fines contenues qu’on inhale avec l’e-cigarette ont des conséquences CV. Pour la dépression, c’est pareil ». Il ajoute toutefois :

« Les données sont fragiles et l’interprétation devrait être prise avec du recul. On a affaire à des phénomènes de consommation complexes. Dans les travaux liés au comportement avec de l’auto-déclaratif, il faut s’appuyer sur des grandes études menées dans différents pays pour minimiser les biais. Pour l’instant, ce travail, qui a le mérite d’avoir inclus un très grand nombre de personnes, est un élément de confirmation de ce qui nous paraît évident : l’e-cigarette n’est pas anodine (…) attention, avec l’arrivée de la ‘’Juul’’, de plus en plus de jeunes entrent dans la dépendance sans avoir fumé avant. Là aussi, les données vont devoir être affinées dans les années qui viennent ».

Pour sa part, le Pr Dautzenberg considère tous ces résultats comme irrecevables. Pour lui, « il aurait été honnête de comparer des vapoteurs, tous ex-fumeurs, aux ex-fumeurs : un résultat que les auteurs ne présentent pas dans les données qu’ils ont rendues publiques. » Une limite telle qu’elle apparaît pour ce qu’elme est : « foncièrement malhonnête ».

A demain

@jynau

1 Marine Cygler. « E-cigarette et risques cardiovasculaires : une étude à charge » – Medscape – 26 mars 2019.

2 Mohinder R. Vindhyal, Paul Ndunda, Cyrus Munguti et al IMPACT ON CARDIOVASCULAR OUTCOMES AMONG E-CIGARETTE USERS: A REVIEW FROM NATIONAL HEALTH INTERVIEW SURVEYS

Oral Contributions Room 225-226-227 Monday, March 18, 2019, 9:04 a.m.-9:14 a.m. Session Title: Highlighted Original Research: Prevention and the Year in Review Abstract Category: 32. Prevention: Clinical Presentation Number: 911-12

E-Cigarettes Linked to Heart Attacks, Coronary Artery Disease and Depression, communiqué ACC, 7 mars 2019.

2018 : les ventes officielles de tabac ont baissé. Qui nous dira très précisément pourquoi ?

Bonjour

Les ventes de cigarettes en France ont nettement reculé l’an dernier. La conséquence directe d’une forte hausse des prix en mars et, plus largement, d’une politique publique anti-tabac qui commence à porter ses fruits, estime l’AFP (Rebecca Frasquet). Serait-ce si simple ?

Les chiffres. En 2018, 40,23 milliards de cigarettes ont été livrées aux buralistes dans l’Hexagone, contre 44,36 milliards en 2017, soit un recul de 9,32 % en volume, selon des chiffres de Logista, fournisseur de la quasi-totalité des points de vente cité par le site des buralistes français. En 2017, les ventes officielles de cigarettes avaient déjà baissé de 1,48 % en volume après un recul de 1,2 % en 2016 et une hausse de 1 % en 2015.

Ajoutons que les ventes de tabac à rouler ont enregistré en 2018 un recul de 9,40 % après une diminution de 5,66 % l’année précédente. Et que globalement sur l’année passée, les livraisons de tabac (cigarettes, tabac à rouler, cigares et tabac à mâcher) sont en baisse de 9,15 %.

 Les explications. « C’est une politique de santé publique qui marche, cela va faire des milliers de vies sauvées, c’est important, se félicite le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue que l’on ne présente plus – et qui ne craint pas d’établir ici un lien de causalité. Selon lui, cette baisse des ventes de cigarettes résulte du relèvement d’un euro du prix du paquet appliqué le 1er mars 2018, pour atteindre un prix moyen aux alentours de 8 euros. «  Ce prix a motivé beaucoup de gens à arrêter de fumer : le prix est redevenu un facteur d’arrêt du tabac, car fumer un paquet par jour coûte maintenant 240 euros par mois » calcule-t-il.

Et d’ajouter que cet effet aurait  été « boosté » par « les autres mesures du programme national de lutte contre le tabac, comme le paquet neutre, qui joue beaucoup sur les jeunes ». Compter aussi avec (enfin !) le remboursement des substituts nicotiniques (gommes à mâcher, patchs, pastilles). Les prescriptions de ces traitements ont bondi de 75 % entre mars et septembre, selon l’Assurance maladie.

La cigarette électronique.  « Le recul des ventes légales de tabac est le résultat d’un choc de prix administré aux fumeurs », estime lui aussi Éric Sensi-Minautier, directeur des affaires publiques de British American Tobacco (BAT) et porte-parole non officiel de Big Tobacco. « Un fumeur sur deux qui arrête de fumer, passe au vapotage », dit-il. C’est selon lui une « alternative crédible au tabac » dont le développement devrait, selon lui, « bénéficier du soutien actif du gouvernement ». Où l’on voit ainsi, une nouvelle fois, Big Tobacco se faire l’ambassadeur quelque peu pervers de la Révolution des Volutes.

 De leur côté, les cigarettiers se positionnent à marche forcée sur la cigarette électronique, réputée beaucoup moins nocive que le tabac : l’américain Altria, fabricant de l’emblématique Marlboro, a investi 13 milliards de dollars dans Juul, une start-up qui détient près de 75% du marché aux États-Unis

Quant à BAT, il a investi 2,5 milliards de dollars en recherche et développement sur ces produits, ces dernières années (voir Lmdt du 16 décembre).

Pour réduire la consommation de tabac, le gouvernement a prévu d’atteindre, en novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de 20 cigarettes, avec notamment deux augmentations de 50 centimes en 2019, l’une fin mars, et l’autre en novembre.

La contrebande. C’est le grand sujet, celui que les zélateurs de l’exécutif se gardent bien d’aborder. Pour le Pr Dautzenberg les ventes de tabac de contrebande ne représenteraient que « 4 à 5 % de la consommation » en France (où 80 % du prix est constitué de taxes – 8,74 % revenant aux buralistes et le solde aux fabricants). Mais le site des buralistes cite l’étude Sun réalisée par KPMG pour le compte des cigarettiers  (avec une méthodologie « ramasse-paquets » empirique, qui retrace l’origine présumée d’emballages retrouvés sur la voie publique)  les « cigarettes illicites » représenteraient  14,8 % de la consommation en France.

Si l’on y ajoute les achats « transfrontaliers légaux » et le duty free, les ventes hors buralistes représenteraient 26,8% de la consommation, selon les cigarettiers. Ce qui, faute de données plus précises, impose de modérer l’enthousiasme né des chiffres officiels. Le gouvernement a prévu d’atteindre, en novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de 20 cigarettes, avec notamment deux augmentations de 50 centimes en 2019, l’une fin mars, et l’autre en novembre. Aucune étude ne semble prévue pour évaluer l’évolution de la consommation « non officielle ».

Seule certitude chiffrées : l’addiction au tabac est, en France, directement responsable de 75 000 décès prématurés chaque année.

A demain

@jynau

 

 

Diesel et conflits d’intérêts : après l’affaire Aubier, l’étrange accord entre Total et l’AP-HP

Bonjour

On se souvient des récents malheurs du Pr Michel Aubier 1, spécialiste réputé de pneumologie au sein de la non moins renommée AP-HP. Libération du 5 juillet 2017 (Coralie Schaub) : « Le pneumologue qui minimisait dans les médias l’impact du diesel sur la santé a été condamné mercredi à six mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende, pour avoir caché aux sénateurs qu’il était grassement payé depuis 1997 par Total. Une première. » Libération y voyait un jugement « historique et symboliquement fort »:

« Pour la première fois en France, la justice a condamné mercredi une personne pour «faux témoignage» devant la représentation nationale. Pour avoir menti devant une commission d’enquête du Sénat, le pneumologue Michel Aubier a été condamné à six mois de prison avec sursis et à 50 000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Paris. La sanction est plus lourde que celle requise par le parquet – qui avait seulement demandé une amende de 30 000 euros, au terme d’une audience de sept heures, le 14 juin – mais moindre que la peine maximale encourue pour ce délit de «faux témoignage» (cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende). »

Et Libération de rappeler, avec de nombreux médias, que ce « mandarin » (ancien chef de service à l’hôpital Bichat de Paris, professeur à l’université Paris-Diderot et chercheur à l’Inserm) avait « minimisé pendant des années dans les médias les effets du diesel et de la pollution atmosphérique sur la santé. Et qu’il avait touché en moyenne autour de 100 000 euros par an de Total. Soit environ la moitié de ses revenus annuels. Le tout pour «neuf demi-journées par mois», comme l’indiquait son contrat de travail.

Emphases

Le Monde (Stéphane Mandard) n’était pas moins emphatique :

« Le professeur Michel Aubier est entré dans l’histoire en devenant la première personne condamnée pour avoir menti sous serment devant une commission d’enquête parlementaire. La 31e chambre correctionnelle de Paris l’a en effet condamné mercredi 5 juillet à une peine de six mois de prison avec sursis et à une amende de 50 000 euros.

Le tribunal est donc allé plus loin que le parquet, qui à l’issue de l’audience du 14 juin, avait seulement requis une peine de 30 000 euros d’amende. La présidente du tribunal, Evelyne Sire-Marin, a estimé que cette condamnation était « proportionnée à la gravité des faits : mentir devant la représentation nationale. » 

Un mensonge incompréhensible de la part de celui qui était allé devant cette commission d’enquête à la demande étonnante de Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP. Un directeur général qui, plus tard, assura ne rien savoir, alors, des lien entre Total et ce mandarin.

L’affaire Aubier est de retour avec le procès en appel qui s’est tenu le vendredi 5 octobre. Et Le Monde (Stéphane Mandard) est toujours là :

« Costume-cravate sombre et teint hâlé, Michel Aubier a nié avoir menti devant les sénateurs. « Je reconnais m’être trompé, mais ce n’était pas intentionnel. J’ai fait une erreur mais je n’ai pas menti ». Me François Saint-Pierre a tenté d’expliquer que « dans un contexte de stress », son client avait « confondu les notions de conflit et de lien d’intérêt » et commis une « erreur d’interprétation » qui a « ruiné toute sa carrière ».

Des arguments qui n’ont pas convaincu l’avocate générale : « Quand on lui demande s’il a des liens avec des acteurs économiques, il ne peut pas ne pas savoir. Ce mensonge sous serment est une infraction grave, avec un dommage important pour toute la société. C’est la porte ouverte à toutes les suspicions, aux fake news ».

Le jugement a été mis en délibéré au 9 novembre. Mais l’important, cette fois, était ailleurs. Dans la révélation, par les médias de « l’étonnant partenariat de l’AP-HP avec Total » « L’affaire Aubier servira « d’électrochoc » pour « traiter ce mal que représentent les conflits d’intérêts », avait réagi le patron de l’AP-HP, Martin Hirsch, après la condamnation en première instance, écrit Le Monde. En avril, l’AP-HP a pourtant signé un étonnant accord de partenariat avec… Total. Un partenariat qui rapporterait 300 000 euros sur trois ans à l’AP-HP. »

Précieux concepts

Identiques à celle de Total, les explications officielles de l’AP-HP sont disponibles ici : « L’AP-HP et Total concluent un accord cadre de partenariat ».

« La volonté commune d’inscrire les relations entre l’AP-HP et le Groupe Total dans une convention officielle vise, d’une part à développer des actions de recherche dans le domaine de la santé publique orientées prioritairement vers des publics vulnérables et, d’autre part, à donner un cadre précis et rigoureux à l’appui que peut apporter le plus grand groupe hospitalier européen aux problématiques de santé des personnels du Groupe Total.

Cette convention qui présente un caractère novateur a été soumise par le directeur général au directoire de l’AP-HP, avant d’être approuvée, pour veiller à ce que l’équilibre trouvé soit en cohérence avec les valeurs de l’AP-HP et sa politique médicale et scientifique.

L’un des deux volets prévoit que « l’AP-HP autorisera un praticien à assurer, une demi-journée par semaine, un rôle de médecin-conseil auprès du Groupe Total ». Une mission qui ressemble à s’y méprendre à celle qu’assurait le Pr Michel Aubier. Ce qui n’a échappé ni au Monde ni à son avocat : « C’est la preuve que cette pratique est institutionnalisée et que le comportement de Michel Aubier n’a pas été préjudiciable pour l’AP-HP. » Où l’on voit réapparaître les formules « lien d’intérêt » et « conflits d’intérêts ». Deux précieux concepts sur lesquels l’affaire « Aubier contre AP-HP » incite à méditer.

A demain

1 Les articles de ce blog consacré à cette affaire sont disponibles ici : https://jeanyvesnau.com/?s=Aubier

Présidence des riches : le gouvernement va adoucir sa hausse de la fiscalité sur les cigares

Bonjour

C’est une information des Echos (Ingrid Feuerstein) – une information que la ministre de la Santé n’a pas commentée : les buralistes ont obtenu que le palais de l’Elysée fasse un « geste sur les cigares ». Le gouvernement a déposé  un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018. Il s’agit de réviser la trajectoire de hausse de la fiscalité des cigares et des cigarillos. « L’augmentation globale de la fiscalité est très légèrement atténuée, tout en respectant l’objectif de convergence des prix souhaité par le gouvernement », précise l’amendement, qui sera prochainement examiné au Sénat.  On appréciera les pincettes.

« Le plan de marche du gouvernement pour augmenter les prix du tabac, inscrit dans le budget de la Sécurité sociale, prévoyait initialement  une hausse encore plus marquée pour les produits de substitution (tabac à rouler, à mâcher ou cigares), afin d’éviter les effets de report, rappellent Les Echos. Avec pour intention que les tarifs de ces produits rattrapent progressivement ceux des cigarettes, sachant qu’à l’heure actuelle, leur fiscalité est plus avantageuse. »

Mais le gouvernement a composé. Avec les buralistes et leur ire continuelle. Avec la Fédération des fabricants de cigares qui jugeait « incompréhensible » cette trajectoire fiscale. Ses représentants avaient « pointé le risque que les fumeurs abandonnent les cigarillos pour revenir à la cigarette » (sic). D’où cette concession du gouvernement, « de manière à permettre au secteur de s’adapter aux évolutions prévues ». Les autres types de tabac (à priser, à rouler, à mâcher) ne sont pas concernés par ce « geste ».

Président fumeur de Havane

Le Sénat ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé vient de s’y exprimer. C’était lors de l’ouverture des Dixièmes rencontres de l’ association bronchopneumopathie chronique obstructive .

« Nous le savons, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie chronique très invalidante, dont la fréquence augmente sur notre territoire. Aussi implique-t-elle une activité médicale importante : le nombre d’hospitalisations se situe, chaque année, entre 100 000 et 160 000 (…)

« Le premier des facteurs de risque pour la bronchopneumopathie chronique obstructive, c’est le tabac. Deux décès par insuffisances respiratoires chroniques sur trois sont attribuables à la cigarette (…) je veux faire de la lutte contre le tabac auprès des plus jeunes, ma priorité. Deux adolescents de 17 ans sur trois fument tous les jours.

 « Ce sont donc 250 000 adolescents qui rentrent dans une consommation chronique de tabac. C’est pourquoi l’un des trois objectifs du programme national de réduction de tabagisme est d’aller, d’ici 2032, vers la première génération sans tabac : c’est l’engagement du président de la République. »

Qui sera président de la République française en 2032 ? Combien de BPCO ? Et qui, alors, dégustera des Havanes ?

A demain

 

Le prix à payer par le Pr Michel Aubier pour un remplacement et des liens d’intérêts

 

Bonjour

On peut sans mal imaginer que le Pr Michel Aubier pourrait regretter d’avoir remplacé Martin Hirsch devant la commission d’enquête sénatoriale sur le coût économique et financier de la pollution de l’air. Un remplacement demandé par le directeur général de l’AP-HP. C’était le 16 avril 2015. Nous sommes le 5 juillet 2017 et le spécialiste de pneumologie-allergologie, unanimement reconnu pour ses compétences (chef de service à l’hôpital Bichat de Paris, professeur à l’université Paris-Diderot et chercheur à l’Inserm), vient d’être condamné à six mois de prison (avec sursis) et 50 000 euros d’amende. La justice lui reproche de ne pas avoir déclaré aux sénateurs qu’il était rémunéré, parallèlement à ses activités hospitalo-universitaires, par le géant français Total.

Vérité (toute la)

Pour quelques gazettes c’est là une « première » doublée d’un « jugement historique et symboliquement fort » (Libération). De fait il s’agit d’une condamnation pour « faux témoignage » devant la représentation nationale. Celui qui est présenté comme un mandarin à la retraite encourait, pour ce délit, une peine de cinq ans de prison et de 75 000 euros d’amende.

En avril 2015, avant de s’exprimer devant les sénateurs, le Pr Aubier avait prêté serment en promettant de dire « toute la vérité». Puis il avait déclaré n’avoir « aucun lien d’intérêt avec les acteurs économiques». « Sauf que, comme nous l’avons révélé un an plus tard, en mars 2016, il était en fait employé par le pétrolier Total depuis 1997 comme médecin-conseil des dirigeants du groupe, en plus d’être membre du conseil d’administration de la Fondation Total » rappelle Libération. Le quotidien souligne aussi que cet expert longtemps apprécié des médias (pour exposer les effets du diesel et de la pollution atmosphérique sur la santé) percevait en moyenne « autour de 100 000 euros par an de Total » (soit environ la moitié de ses revenus annuels) pour « neuf demi-journées par mois».

Pulluler

On ne commente pas une décision de justice ; mais, contacté par Libération, le sénateur (LR) Jean-François Husson (qui représentait le Sénat, partie civile, à l’audience) estime que la décision du tribunal est « équilibrée et juste». « J’imagine que celles et ceux qui seront demain auditionnés devant une commission d’enquête parlementaire prêteront une attention plus importante à ce qu’ils disent et à leur comportement », ajoute-t-il. On ne commente pas un jugement du tribunal correctionnel de Paris présidé par Evelyne Sire-Marin ; mais Nadir Saïfi, vice-président de l’ONG Ecologie sans frontières (et conseiller parlementaire de la sénatrice Leïla Aïchi), se dit « extrêmement satisfait » de la décision du tribunal:

« C’est un message fort à tous les Michel Aubier et tous les Claude Allègre [ancien ministre de l’Education connu pour ses propos climatosceptiques] qui pullulent dans la communauté scientifique et qui, pour des raisons bassement matérielles, n’hésitent pas à mettre la santé des gens en dangerCe message doit être reçu par la communauté scientifique dans son ensemble comme par les industriels. Il faut que l’on arrive à lutter contre la fabrique du doute, à discréditer ces gens qui sont payés par les industriels pour semer le doute sur la réalité scientifique de certains sujets graves, retardant ainsi la prise de décision publique. »

Suggérer

Pour la présidente du tribunal, Evelyne Sire-Marin, cette condamnation est  « proportionnée à la gravité des faits : mentir devant la représentation nationale ». Le tribunal a aussi condamné Michel Aubier à verser un euro de dommages et intérêts à l’AP-HP, elle aussi partie civile. Comment s’empêcher de commenter ? « Quand on représente son hôpital, on ne ment pas, ni devant le Sénat ni où que ce soit. Il y a un caractère exemplaire dans ce jugement, au sens où il montre que dura lex, sed lex» a déclaré Martin Hirsch.

« Le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, qui ‘’n’était pas au courant’’ des liens du médecin avec Total jusqu’à ce que nous l’appelions en mars 2016 pour les besoins de notre enquête » révèle Libération. Il ajoute un élément selon lui « frappant » : « Que ce soit devant le tribunal ou devant moi, à aucun moment Michel Aubier n’a semblé exprimer la conscience de l’existence d’un vrai problème. Et ce n’est pas faute de le lui avoir suggéré. »

 A demain

Mensonges : cinquante ans après, découverte de la sale vérité sur les cigarettes «légères»

 

Bonjour

Les mensonges dans toute leur splendeur. Ils éclatent dans une toute récente publication la revue du Journal of the National Cancer Institute : « Cigarette Filter Ventilation and its Relationship to Increasing Rates of Lung Adenocarcinoma ». Mensonges véritables, mensonges répétés à l’envi, amplifiés jusqu’à plus soif, relayés à l’infini par la publicité, mensonges par omission, mensonges tacitement acceptés par des fumeurs devenus esclaves du tabac et qui voulaient voir là une lueur de sortie.

Résumons : les cigarettes dites « légères » sont tout aussi dangereuses pour la santé que les « lourdes » ; pire elles ont probablement contribué au très net accroissement d’une forme de cancer du poumon. Telles sont les conclusions de l’étude signée par onze chercheurs travaillant dans diverses universités et centres de recherche américains sur le cancer. La commercialisation des cigarettes « light » (avec filtres ventilés) expliquerait selon eux l’augmentation des adénocarcinomes pulmonaires, lésion cancéreuse devenue la plus fréquente chez les fumeurs.

Conçues pour leurrer

Ces résultats viennent confirmer les inquiétudes quant aux effets physiopathologiques véritables de ces cigarettes que l’industrie du tabac vantait comme étant moins nocives que les autres. Les cigarettes « light ont commencé à être commercialisées il y a un demi-siècle. « Elles ont été conçues pour leurrer les fumeurs et les responsables de la santé publique » accuse le Dr Peter Shields (Comprehensive Cancer Center, The Ohio State University and James Cancer Hospital, Columbus) qui a dirigé ce travail. Il faut écouter le Dr Shields :

« L’analyse de nos données suggère clairement un lien entre le nombre de trous ajoutés dans les filtres des cigarettes et un accroissement du taux d’adénocarcinomes du poumon au cours des vingt dernières années. Ce qui est particulièrement préoccupant c’est le fait que ces filtres à trous se trouvent sur pratiquement toutes les cigarettes vendues aujourd’hui. Ces filtres modifient la combustion du tabac ce qui produit plus de cancérigènes sous forme de particules fines qui atteignent les parties les plus profondes des poumons où se développent le plus souvent les adénocarcinomes. »

Agnès Buzyn

Les chercheurs estiment que les résultats de leur dernière étude devraient persuader la Food and Drug Administration de réglementer, voire d’interdire totalement les filtres ventilés aux Etats-Unis. Ils estiment également que des recherches seraient nécessaires pour confirmer qu’une élimination des trous dans les filtres n’entraînerait pas un accroissement de l’accoutumance à la nicotine ou une exposition accrue à des agents toxiques dans les cigarettes.

On aimerait savoir ce que les responsables de l’Inserm, les autorités sanitaires françaises et Agnès Buzyn, ancienne responsable de l’Institut National du Cancer et nouvelle ministre de la Santé (et des Solidarités) feront de la lecture de ce travail. Et quand.

A demain

 

 

 

Une fillette de 4 ans meurt d’une tuberculose pulmonaire et méningée au CHU de Rennes

 

Bonjour

Le spectre de la tuberculose. C’est une mort qui survient en pleine polémique nationale vaccinale. Une fillette de 4 ans est décédée des suites d’une tuberculose il y a quelques jours à l’Hôpital Sud de Rennes.  Sa famille vit à Vildé-Guingalan, près de Dinan (Côtes-d’Armor). Une campagne de dépistage est lancée dans son école maternelle. « Informée de ce cas très rare dans notre pays de nos jours, l’Agence Régionale de Santé (ARS) a organisé une réunion à destination des parents d’élèves de l’école à la salle des fêtes de Vildé-Guingalan, en présence d’un médecin et d’une infirmière » précise Ouest-France.

La fillette était scolarisée en classe de petite et moyenne section. Une campagne préventive de dépistage a été lancée. Les élèves des deux classes de maternelle de cette école seront notamment soumis à une radio pulmonaire, qui sera renouvelée dans trois mois.

L’école de Vildé-Guingalan

« ’’Ce protocole est proposé à toutes les personnes ayant eu un temps de contact cumulé de 8 heures lors des trois derniers mois ’’ a expliqué à Ouest France un médecin de l’ARS. Cela inclut donc les enfants de maternelle scolarisés avec la fillette, le personnel et les enseignants, ainsi que la famille et les proches. Ce dépistage sera proposé le 28 février, à l’école de Vildé-Guingalan. Les personnes concernées pourront également l’effectuer via leur médecin traitant. »

Le quotidien breton prend soin de préciser que ce cas mortel est différent des cas de méningite détectés à Broons, au sud de Dinan. Mi-décembre, au collège Jean-Monnet, deux élèves de quatrième avaient développé une méningite d’origine bactérienne (à méningocoques). L’ARS avait alors lancé une campagne de vaccination auprès de 600 personnes en janvier.

L’enfant n’était pas vaccinée

Le cas a été notifié à l’ARS de Bretagne le 2 février dernier. « La fillette présentait une atteinte méningée mais aussi une atteinte pulmonaire, a précisé au Quotidien du Médecin le Dr Pierre Guillaumot, médecin-inspecteur de santé publique à l’ARS de Bretagne. Elle n’était pas vaccinée car elle ne faisait pas partie des populations chez qui le BCG reste recommandé 1. En raison de la contagiosité – l’enfant était BK+ – une campagne de dépistage va être proposée aux personnes qui ont été en contact avec elle pendant plus de 8 heures dans les trois derniers mois à moins de deux mètres. » En cas de découverte d’une infection tuberculeuse latente, un traitement antituberculeux est mis en route.

En Bretagne et en 2015 cent-quatre vingt dix cas de tuberculose ont été signalés (dont sept chez enfants de moins de 15 ans) et sept cas de méningites tuberculeuses (essentiellement chez des personnes âgées).

L’incidence de la tuberculose maladie diminue en France chaque année. C’est ce phénomène qui a été l’un des facteurs qui a conduit les autorités sanitaires à suspendre l’obligation vaccinale en juillet 2007. Et à passer d’une vaccination universelle obligatoire à une vaccination ciblée recommandée chez les enfants à risque de tuberculose. Un bilan réalisé en 2012 (« Bulletin épidémiologique hebdomadaire » du 12 juin 2012, n° 24-25) ne montrait pas d’impact du changement de politique vaccinale. Une vaccination antituberculeuse qui soulève, elle aussi, de considérables problèmes pratiques comme nous l’expliquions il y aura bientôt un an.

A demain

1 Depuis août 2007 la vaccination par le BCG ne peut plus être exigée à l’entrée en collectivité mais « fait l’objet d’une recommandation forte pour les enfants à risque élevé de tuberculose ». Pour les enfants exposés à un risque élevé de tuberculose, la vaccination par le BCG est recommandée dès la naissance. Les nourrissons âgés de moins de 3 mois sont vaccinés par le BCG sans test tuberculinique préalable. Chez les enfants à risque non vaccinés, la vaccination peut être réalisée jusqu’à l’âge de 15 ans. L’intradermoréaction (IDR) à la tuberculine préalable à la vaccination doit être réalisée à partir de l’âge de 3 mois pour éviter de vacciner un enfant qui aurait déjà été infecté. La vaccination ne s’applique qu’aux personnes ayant une intradermoréaction à la tuberculine négative.

Sont considérés comme enfants à risque élevé les enfants qui répondent au moins à l’un des critères suivants : – enfant né dans un pays de forte endémie tuberculeuse ; – enfant dont au moins l’un des parents est originaire de l’un de ces pays ; – enfant devant séjourner au moins un mois d’affilée dans l’un de ces pays ; – enfant ayant un antécédent familial de tuberculose (collatéraux ou ascendants directs) ; – enfant résidant en Île-de-France, en Guyane ou à Mayotte ; – enfant dans toute situation jugée par le médecin à risque d’exposition au bacille tuberculeux, notamment enfant vivant dans des conditions de logement défavorables (habitat précaire ou surpeuplé) ou socioéconomiques défavorables ou précaires (en particulier parmi les bénéficiaires de la CMU, CMUc, AME…) ou en contact régulier avec des adultes originaires d’un pays de forte endémie.