Scandales du jour : le  faux comateux de Tolbiac, le vrai pendu du mitard de Toulouse  

Bonjour

Jadis, entre Orléans et Tanger, la rumeur lambinait. Aujourd’hui, partout en France, elle furette en diable, est déjà passée par ici, déjà repassée par là. Les rumeurs réseautent plus qu’à l’envi : renardes, elles n’attendaient que ces poulaillers numérisés. Et puis, immobile, comme fait aux pattes, face à elles, le marbre de la loi, les trois pieds ferrés de l’exécutif. Généralement le propriétaire du poulailler hésite avant de tuer.

21 avril 2018, dans une France lézardante, en fin de dormance, deux exemples :

1 Le comateux de la fac de Tolbiac. Message de la Police : « Depuis le début d’après-midi circulent sur les réseaux sociaux, et sont transmises aux médias, de nombreuses rumeurs faisant état d’une personne grièvement blessée se trouvant dans le coma, à la suite de l’opération d’évacuation de la faculté de Tolbiac. Comme l’a indiqué le communiqué de presse diffusé par la préfecture de Police ce matin, aucun blessé n’a été recensé sur cette opération. Pour faire suite aux rumeurs évoquées, Michel Delpuech, préfet de Police, a demandé au Pr Safran, conseiller technique santé de son cabinet, présent au sein du dispositif lors de l’évacuation, de faire des recherches auprès des services de secours (SAMU et BSPP) et des différentes unités de réanimation des hôpitaux du secteur.

« Il ressort de ces recherches : – qu’aucun blessé grave qui puisse être en lien avec cette opération d’évacuation n’a été hospitalisé dans les services de réanimation tant médicale que chirurgicale ou neurochirurgicale ; – qu’à 6 h 11 un jeune homme a été conduit par la Brigade des SapeursPompiers de Paris à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière pour une douleur au coude ; l’intéressé a quitté l’établissement de lui-même à 7 h 30. Toutes ces informations ont été confirmées au cabinet du préfet de police par l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris (APHP) dans un communiqué publié ce samedi 21 avril. » Dont acte

2 Jaouad, 27 ans, retrouvé pendu dans sa cellule de Toulouse. Message de la Justice : « Le ministère de la Justice condamne « les allégations circulant sur les réseaux sociaux » après la mort le 14 avril de Jaouad, un détenu de 27 ans retrouvé pendu dans une cellule du quartier disciplinaire de la maison d’arrêt de Seysses, en banlieue toulousaine.

« Selon la Chancellerie, aucun élément ne permet d’avancer que sa mort est due à des « violences volontaires » :

« Une enquête judiciaire est actuellement en cours. Aux termes des informations communiquées par le procureur de la République, rien ne permet d’alléguer que la mort de cette personne détenue puisse être due à des violences volontaires, a fortiori imputables à des agents du service public pénitentiaire. Ainsi, l’autopsie réalisée le 16 avril a conclu à un décès par asphyxie. »

Le ministère a par ailleurs annoncé qu’il se réservait le droit de donner toute suite à l’encontre des auteurs, ou relais, de ces allégations. Celles-ci ont pris la forme d’un courrier écrit par des prisonniers de la maison d’arrêt de Seysses, publié vendredi sur le site de L’Envoléeun journal trimestriel qui s’adresse aux prisonniers et à leurs familles. Intitulé « Encore un mort au mitard », le long texte évoque la mort du jeune détenu. Selon les auteurs, Jaouad aurait été « battu par cinq ou six surveillants, pendant plus d’une demi-heure »« parce qu’il tapait dans une porte ».

« Puis il y a eu un grand silence, et les surveillants se sont mis à discuter entre eux, à estimer son poids et sa taille pour s’accorder sur une version des faits. Puis ça a été l’heure de la gamelle et, quand sa cellule a été rouverte, ils ont fait mine de le découvrir pendu. » Pour sa part Jérôme Combelles, surveillant à la prison de Seysses et délégué syndical UISP-FO a réfuté ces accusations auprès du Monde : « J’affirme catégoriquement que Jaouad n’a été ni battu ni assassiné, c’est une honte d’avancer de telles choses sur nos personnels. Perdre un gamin de cet âge, c’est aussi un drame pour nous tous. »

La maison d’arrêt de Seysses, ouverte en 2003, accueille aujourd’hui 1120 détenus pour 600 places, la plupart en détention provisoire ou attente de jugement. Les conditions de détention avaient déjà été dénoncées par le personnel pénitentiaire en janvier au cours d’un mouvement de grève.

On aimerait, ici, entendre un peu plus fort, depuis la Place Vendôme, Mme Nicole Belloubet, ministre de la Justice. Mais, on le sait, c’est trop demander.

A demain

Affaire Vincent Lambert : les juges désavouent ses médecins et demandent une expertise

Bonjour

On entend déjà les silences et les commentaires. Mais pour le factuel tout est dit ici : « Le tribunal administratif de Châlons-en Champagne ordonne une expertise du tableau clinique de M. Vincent Lambert ». Ou encore mieux ici : « Au nom du peuple français … ».

On se souvient de l’essentiel du dernier chapitre de cette tragédie vieille de dix ans. Le 17 avril 2018, les parents de M. Vincent Lambert, un de ses frères et une de ses sœurs ont saisi le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d’un référé-liberté visant à suspendre la décision du 9 avril 2018 prise par le Dr Sanchez, médecin au centre hospitalier universitaire (CHU) de Reims, à l’issue d’une procédure collégiale, « d’arrêter les traitements de maintien en vie de M. Vincent Lambert, en l’espèce la nutrition et l’hydratation artificielles, en assortissant cet arrêt de la mise en œuvre préalable d’une sédation profonde et continue ».

Or, à l’issue de l’audience tenue le 19 avril 2018, le tribunal administratif « a estimé nécessaire de recourir à une expertise en vue de déterminer le tableau clinique de M. Vincent Lambert ». Cette expertise « devra déterminer si le tableau clinique que présente M. Vincent Lambert a évolué depuis 2014, date de la dernière expertise réalisée par le Conseil d’État ». Les experts qui seront comis devront également dire, dans l’hypothèse où ils constateraient une évolution, si cette dernière est positive ou négative. Puis, à l’issue de cette procédure, les parties seront de nouveau convoquées à une audience du tribunal administratif afin qu’il soit statué définitivement sur la requête.

Le Dr Vincent Sanchez, spécialiste de gériatrie et de soins palliatif au CHU de Reims avait considéré le 9 avril dernier que son patient âgé de 41 ans faisait l’objet d’une « obstination déraisonnable ». Comme le permet la loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie, il s’était prononcé en faveur d’un « arrêt des traitements », c’est-à-dire d’un arrêt de la nutrition et de l’hydratation artificielles – une décision, prise à l’issue d’une « procédure collégiale ». Les motivations de cette décision n’ont pas été suffisants pour les juges administratifs qui réclament donc un nouvel avis d’experts.

Capacités de déglutition

« Un des examens clinique sera effectué, s’ils en font la demande au collège d’experts, en présence de M. Pierre Lambert,Mme Viviane Lambert, M. David Philippon et Mme Anne Lambert, précise Le Figaro. (Delphine de Mallevoüe).  Un autre examen clinique pourra être organisé, en présence cette fois de Mme Rachel Lambert et de M. François Lambert, si ces derniers en font la demande au collège d’experts ». La justice demande aussi d’organiser ces examens, selon des modalités permettant la meilleure appréciation de l’état clinique de M. Vincent Lambert, notamment au regard des horaires où ils seront effectués. L’appréciation de ces modalités est du ressort des experts».

Les experts devront notamment «se prononcer sur la capacité de déglutition de M. Vincent Lambert ; de dire si elle est susceptible de permettre, à terme, et éventuellement après une rééducation, une alimentation et une hydratation fonctionnelles, et de fournir au juge des référés toute information qui serait utile à la solution du litige».

Par ailleurs, le tribunal – et c’est un point d’une importance considérable – a reconnu la légitimité, dans ce dossier, de l’intervention de l’Union nationale des associations de familles de traumatisés crâniens et de cérébro-lésés. En revanche, «les conclusions de la requête tendant au transfert de M. Vincent Lambert dans un autre établissement de soins, ou un autre service du centre hospitalier universitaire de Reims, sont rejetées».

On aimerait, simplement, comprendre pourquoi.

A demain

Agnès Buzyn la scientifique relance la polémique sur les remboursements homéopathiques

 

Bonjour

#DemandeTonRemboursement. Derrière la ministre, la scientifique. Interrogée le 19 avril 2018 sur la polémique et les éclats de rires qui avaient suivi ses surprenants propos sur l’homéopathie, Agnès Buzyn, a affirmé sur Europe 1 que les médications homéopathiques sont remboursées « comme tous les médicaments qui ont un service médical rendu faible à 15 % ».

« Il y a toute une catégorie de médicaments dont on sait que l’efficacité n’est pas… très…  prouvée. C’est ce qu’on appelle l’effet placebo (rires) En tant que scientifique, je considère que l’homéopathie ne peut pas fonctionner autrement (rires) que par l’effet placebo ! Dans tous les cas, rien n’a été prouvé autrementSi on doit se poser la question du remboursement, on doit plus généralement se poser la question du remboursement de médicaments très peu efficaces. »

Maigres vaches

C’est bien la question que l’on aimerait, en période de maigres vaches, que se pose la ministre des Solidarités et de la Santé. Et c’est précisément la question qu’Agnès Buzyn ne se pose pas. Pour elle, pour le gouvernement, pour le Premier ministre et le président de la République, ce n’est pas « une priorité ».  « Ce qu’il faut savoir c’est que ça représente une somme assez réduite pour la Sécurité sociale. C’est quelques dizaines de millions d’euros (sic). Ce n’est pas ça qui va permette de faire des économies importantes par rapport aux enjeux financiers de remboursement des soins. Ce n’est pas une priorité

Et c’est ainsi que le pouvoir exécutif associé aux responsables de la santé et de la recherche médicale, laisse, sous le tapis de la raison, bien des poussières d’incohérence. Où l’on en vient à l’essentiel : pourquoi traiter ainsi, par une forme de mépris, ce défi lancé à la science qu’est l’effet placebo ? Et pourquoi ne le rembourser qu’à hauteur de 15% ?

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Mourir grippé et vacciné : voici les premières données chiffrées de l’hiver 2017-2018

Bonjour

Un siècle après celle de 18-19 qui emporta, dit-on, un Guillaume Appolinaire mort pour la France. Canicule printanière. 19 avril 2018 : Santé Publique France (ex-INVS) vient de dévoiler son premier bilan chiffré définitif de la grippe 17-18. Soit 13 000 décès prématurés :

« De la semaine 49-2017 à la semaine 12-2018 : excès de mortalité toutes causes et tous âges confondus estimé à 17 800 décès dont 13 000 attribuables à la grippe »

 Où l’on apprend, en ce début de printemps, que depuis le 1er novembre 2017, 2 889 cas graves de grippe ont été signalés. Que l’âge moyen des cas est de 60 ans. Que la majorité (81%) d’entre eux présentait des facteurs de risque et que dans 55% des cas (pour lesquels le statut vaccinal était renseigné) les sujets n’étaient pas vaccinés. Parmi les cas admis en réanimation, 482 sont décédés : 6 étaient âgés de moins de 5 ans, 4 de 5 à 14 ans, 176 de 15 à 64 ans et 296 de 65 ans et plus.

L’efficacité vaccinale ? Les résultats préliminaires du « Réseau Sentinelles » indiquent une efficacité de 54% [95% IC: 29-70] chez les personnes de 65 ans et plus contre tous les virus grippaux. Elle est estimée à 75% [95% IC: 48-88] contre le virus A(H1N1)pdm09 et à 54% [95% IC: 24-72] contre les virus de type B/Yamagata. Les spécialistes apprécieront.

En milieu hospitalier une étude (dite « FLUVAC ») permet de mesurer l’efficacité du vaccin à éviter une forme sévère de grippe conduisant à une hospitalisation chez les adultes. Les données préliminaires indiquent une efficacité vaccinale chez les adultes contre l’hospitalisation pour grippe de 11% [95% IC: -19-45] quel que soit le virus. Elle est estimée à 31% [95% IC: -13-58] contre les virus de type A et à 6% [95% IC: -55-43] contre les virus de type B. Même remarque quant à l’appréciation.

 Le Monde décodant (Baptiste Decharme) rappelle qu’au cours de l’histoire humaine, certaines souches virale grippales ont provoqué « des millions de morts [prématurées] ». « La célèbre grippe espagnole aurait ainsi fait 200 000 morts en France en 1918-1919, et, selon les dernières estimations, jusqu’à 100 millions de morts dans le monde − soit bien plus que le conflit mondial qui l’a précédée, ajoute les jeunes décodeurs du dernier quotidien vespéral de la capitale. Plus proche de nous, la grippe de ‘’ Hong-Kong’’ a provoqué le décès d’environ 32 000 personnes en France, en 1968-1969. »

Ainsi donc Le Monde est, comme toujours, parfait. Mais « venons-en aux faits » : qui, aujourd’hui en France, se souvient encore de l’hiver suivant cette révolution des pavés – une révolution qui donna au quotidien de la rue des Italiens un essor mérité autant qu’inespéré ?

A demain

 

 

Affaire Vincent Lambert : soixante dix soignants demandent, d’urgence, son transfert

Bonjour

Nouvelle séquence tragique dans l’affaire Vincent Lambert. Alors que le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne doit rendre une décision ce jeudi 19 avril 2018, soixante dix soignants spécialisés 1 publient une tribune dans Le Figaro pour dénoncer une « euthanasie qui ne dit pas son nom ». Ils demandent, surtout, que Vincent Lambert soit transféré dans une unité spécialisée. Une demande qui, pour d’obscures raisons n’a jusqu’ici jamais pu aboutir. Extraits :

« Nous, médecins et professionnels spécialisés dans la prise en charge de personnes cérébro-lésées en état végétatif ou pauci-relationnel (EVC-EPR), tenons à exprimer, en notre âme et conscience, notre incompréhension et notre extrême inquiétude au sujet de la décision d’arrêt de nutrition et hydratation artificielles concernant M. Vincent Lambert. Un tissu d’incertitudes et d’hypothèses, ainsi que des jugements contradictoires concernant le niveau de conscience, les capacités de relation et de déglutition, le pronostic, fondent une sanction dramatique, incompréhensible. Certains d’entre nous ont une expérience de trente à quarante ans de soins et de réflexion autour de ces personnes. La circulaire du 3 mai 2002, qui a marqué une étape essentielle pour l’organisation et la qualité de la prise en charge des personnes EVC-EPR, constitue une référence toujours d’actualité. (…)

 S’il nous est impossible de nous prononcer sur son niveau exact de conscience et ses capacités relationnelles, en revanche M. Vincent Lambert nous apparaît semblable aux patients relevant de nos unités EVC-EPR, de ceux qui n’ont même pas de trachéotomie. Il est manifeste qu’il n’est pas en fin de vie.

 Sa survie dans les conditions et le contexte qui l’entourent – déchirement familial, procédures juridiques interminables, déchaînement médiatique, absence de projet de vie avec abandon de toute rééducation ou sortie ou mise au fauteuil, isolement sensoriel et relationnel dans sa chambre où il est enfermé à clé depuis quatre ans… – témoigne même, à nos yeux, de sa pulsion tenace de vie. (…) »

 Sur ces bases, les auteurs de cette tribune

1.- « Dénoncent les conditions de vie imposées à M. Vincent Lambert: alitement permanent, absence de mise en fauteuil adapté, absence de sortie, enfermement à clé dans sa chambre, absence de prise en charge rééducative d’entretien, absence de rééducation de la déglutition, limitation des visites, toutes mesures s’opposant au maintien d’une vie sociale et affective, primordiale pour ces personnes. Ces conditions, aussi incompréhensibles qu’inadmissibles, s’apparentent à une incarcération prolongée, indigne de son état, de sa personne, de ses proches. Elles nous apparaissent contraires à toute éthique et déontologie médicales. »

2.– « N’arrivent pas à comprendre qu’à aucun moment de cette terrible histoire l’avis d’une équipe expérimentée n’ait été sollicité devant une décision aussi grave. Grave car n’ayant pas d’autre finalité que de provoquer la mort d’un homme qui n’est pas en fin de vie et dont l’état de handicap paraît stabilisé, même sous couvert d’une procédure collégiale. Ni l’équipe médicale en charge de M. Vincent Lambert, au début de cette situation, ni quelque instance de Justice que ce soit, pour aussi nombreuses qu’elles aient été sollicitées, n’ont fait une telle proposition pourtant de bon sens et usuelle entre collègues. »

3.– « Formulent le vœu que M. Vincent Lambert, qui n’est pas en fin de vie, bénéficie d’une prise en charge conforme à l’esprit de la circulaire du 3 mai 2002. Pour cela, il doit être transféré dans une unité dédiée aux patients EVC-EPR dynamique, proposant un projet de vie de qualité incluant ses proches. »

A Châlons – en-Champagne, les juges du tribunal administratif lisent-ils Le Figaro ?

A demain

1 Hélène Alessandri, psychologue ; Luce Bardagi, médecin ; Djamel Ben Smail, PUPH ; Cécile Bernier, ergothérapeute ; Anne Boissel, maître de conférences ; Marie-Hélène Boucand, médecin ; Patricia Bourgogne, médecin ; Joseph Bou Lahdou, médecin ; Françoise Canny-Vernier, médecin ; Hélène Carriere-Piquard, médecin ; Mathilde Chevignard, praticien ; Emmanuel Chevrillon, médecin ; Pauline Coignard, médecin ; Florence Colle, médecin ; Floriane Cornu, kinésithérapeute ; Hélène Curalluci, médecin ; François Danze, neurologue ; Danielle Darriet, neurologue ; Xavier Debelleix, médecin ; Jacques Delecluse, médecin ; Monique Delwaulle, encadrante ; Philippe Denormandie, chirurgien ; Jean-Pascal Devailly, médecin ; Xavier Ducrocq, neurologue ; Marc Dutkiewicz, neuro-psychanalyste ; Nadine Ellahi, secrétaire médicale ; Michel Enjalbert, médecin ; Alain Faye, chirurgien ; Catherine Fischer, neurologue ; Louis Fromange, médecin ; Jean-Yves Gabet, neurologue ; Laure Gatin, chirurgien ; Christine Greselin, aide-soignante ; Lysiane Hatchikian, psychologue ; Alain Hirschauer, chef de service ; Marie-Hélène Jean, orthophoniste ; Bernard Jeanblanc, médecin ; Catherine Kiefer, médecin ; Isabelle Laffont, PUPH ; Françoise Lagabrielle, psychiatre ; Hervé Lautraite, médecin ; Sonia Lavanant, médecin ; Bernard Lange, neurologue ; Jean-Luc Le Guiet, médecin ; Marc Lestienne, médecin ; Emma Lozay, ergothérapeute ; Pascale Lublin-Morel, médecin ; Marie-Paule Mansour, infirmière ; Jérôme Martin-Moussier, médecin ; Daniel Mellier, professeur émérite ; Samir Mesbahy, docteur ; Sabrina Monet, aide-soignante ; Dominique Norblin, cadre de rééducation ; Dominique Papelard, médecin ; Frédéric Pellas, médecin ; Philippe Petit, médecin ; David Plantier, médecin ; Bruno Pollez, médecin ; Bénédicte Pontier, médecin ; Perrine Quentin, médecin ; Chantal Regnier, gériatre ; Edwige Richer, neurologue ; Dalila Solal, médecin ; Brigitte Soudrie, praticien hospitalier ; Hélène Staquet, neurochirurgien ; François Tasseau, médecin ; Jean-Luc Truelle, professeur ; Hélène Turpin, orthophoniste ; Hervé Vespignani, neurologue ; Yves-André Vimont, médecin ; Jean-Bernard Witas, médecin.

 

La récente, réjouissante et très édifiante histoire de Libération et des antifongiques

 

Bonjour

Ne pas désespérer : sous la Macronie tous les contre-pouvoirs n’ont pas disparu. Un exemple réjouissant, édifiant,  en témoigne. Lundi 16 avril 2018 Libération publiait une tribune signée par un groupe de scientifiques 1 alertant sur la nocivité potentielle de certaines substances massivement utilisées dans la nature : « Une révolution urgente semble nécessaire dans l’usage des antifongiques ». Extraits :

« Nous sommes un collectif de chercheurs, cancérologues, médecins, et toxicologues, du CNRS, de l’Inserm, de l’Université, et de l’Inra. Au moment où se multiplient les communications alarmantes sur l’effondrement de la biodiversité en France, en Europe et dans le monde, il nous paraît urgent d’attirer l’attention sur les risques potentiels pour la santé humaine et l’environnement de l’usage d’une classe de pesticides, les SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase), désormais utilisés à grande échelle comme antifongiques en agriculture. Ces fongicides visent à détruire les champignons, moisissures qui se développent sur les végétaux dans les cultures, les produits de récolte et les fruits. En France ce sont de l’ordre de 70 % des surfaces de blé tendre et près de 80 % de celles d’orge d’hiver qui sont traitées par les SDHI (données de 2014). S’y ajoute le traitement des semences, des fruits (raisins et des agrumes), mais aussi des pelouses, notamment celles des terrains de golf. (…)

Sur la base de nos tout récents résultats et pour ne pas reproduire les erreurs du passé, nous appelons à suspendre l’utilisation tant qu’une estimation des dangers et des risques n’aura pas été réalisée par des organismes publics indépendants des industriels distribuant ces composés et des agences ayant précédemment donné les autorisations de mise sur le marché des SDHI. »

Deux jours plus tard, victoire : l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publie un communiqué qui commence ainsi :

« Dans une tribune récemment publiée dans la presse (sic) , plusieurs scientifiques ont souhaité alerter sur les risques potentiels pour la santé de l’usage en agriculture des fongicides inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHI). Dans ce contexte, l’Anses mobilise son expertise afin de prendre en compte l’ensemble des données scientifiques disponibles sur ce sujet et notamment examiner sans délai les éléments évoqués par les scientifiques lanceurs d’alerte. »

Cinq mois après

« Examiner sans délai »… La précision ne manque pas de sel quand on sait que le principal auteur de l’alerte, Pierre Rustin (équipe physiopathologie et thérapie des maladies mitochondriales, hôpital Robert-Debré, université Paris-Diderot) avait contacté l’Anses en novembre dernier… après la publication des ses derniers résultats potentiellement inquiétants : « A new threat identified in the use of SDHIs pesticides targeting the mitochondrial succinate dehydrogenase enzyme ».  Cinq mois plus tard, tribune dans Libé. Pierre Rustin racontait tout cela par le menu, cet après-midi, sur France-Inter, dans l’émission La Tête au carré.

Quelques heures plus tard, publication du communiqué de l’Anses. Mobilisation des troupes :

« Conformément à ses principes de traitement des alertes, l’Agence constitue un groupe d’experts dédié qui sera chargé d’auditionner les chercheurs auteurs de l’alerte, et d’examiner les éléments évoqués au regard de la littérature scientifique et des données issues de la phytopharmacovigilance. Ce travail aura notamment pour objectif d’évaluer si des éléments nouveaux doivent être portés au niveau européen et, si nécessaire, de prendre toute mesure de gestion des risques qui apparaitrait appropriée. »

Ne pas désespérer.

A demain

1 Paule Bénit PhD, ingénieure de recherches IR2 à l’Inserm, Dominique Chrétien PhD, ingénieur de recherches IR2 à l’Inserm Malgorzata Rak PhD, chargée de recherches CR1 au CNRS, Manuel Schiff MD, PhD, pédiatre, maître de conférences des universités, praticien hospitalier APHP, Pierre Rustin PhD, directeur de recherches CE au CNRS, unité Inserm UMR1141, (équipe physiopathologie et thérapie des maladies mitochondriales), hôpital Robert-Debré, université Paris-Diderot, Judith Favier PhD, directrice de recherches DR2 à l’Inserm, Anne-Paule Gimenez-Roqueplo MD, PhD, professeure, APHP-Université, unité Inserm UMR970 (équipe phéochromocytomes et paragangliomes), hôpital européen Georges-Pompidou, université Paris-Descartes, Sylvie Bortoli PhD, ingénieure de recherches IR1 à l’INSERM, UMR 1124, (équipe toxicologie, pharmacologie et signalisation cellulaire), université Paris-Descartes, Laurence Huc PhD, chargée de recherches CR1 Inra, unité Inra – Toxalim (équipe contaminants et stress cellulaire), université Toulouse-Paul-Sabatier.

Conflits d’intérêts : Agnès Buzyn va-t-elle pouvoir encore conserver la tutelle de son mari ?

Bonjour

L’affaire avait été publiquement évoquée dès sa nomination : comment Agnès Buzyn, 55 ans, ministre des Solidarités et de la Santé pourrait-elle traiter des dossiers relatifs à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dirigée par Yves Lévy, 60 ans, son mari ?

« Peut-on être la ministre de tutelle de… son mari ? » demandait il y a un an, sans naïveté, La Croix (Pierre Bienvault). « La question se pose de manière très concrète depuis l’entrée au gouvernement d’Agnès Buzyn, nommée au portefeuille des Solidarités et de la Santé, expliquait le quotidien catholique. En effet, elle est aussi mariée au Pr Yves Lévy, président-directeur général de l’Inserm. Or, cet important organisme public est placé sous la double tutelle du ministère de la Recherche et de la Santé. Bref, le Pr Lévy est désormais sous la tutelle de sa femme, ce qui n’est pas sans poser un problème à un moment où la prévention des conflits d’intérêts des ministres est une priorité affichée par le président de la République. »

Il y a un an Agnès Buzyn  assurait que la question sera vite réglée et que, en même temps, son mari serait maintenu dans ses fonctions. « Le problème est clairement identifié et va être traité. Il appartient maintenant au secrétariat général de l’Elysée d’examiner quelle est la modalité juridique la plus adaptée. Mais une chose est certaine : Mme Buzyn n’aura pas à prendre de décisions concernant l’Inserm » déclarait à La Croix le cabinet de la nouvelle ministre.

Pour régler ce conflit d’intérêt une solution :  le « déport systématique », du verbe déporter dans son acception se désisterse départir. C’est une procédure prévue par la loi du 29 décembre 2011 de renforcement de sécurité sanitaire (gouvernement Fillon). Le cas le plus fréquent, connu de Mme Buzyn, est celui des médecins experts consultants  pour des laboratoires pharmaceutiques. Le cas échéant ils doivent (désormais) quitter la salle pour ne pas être juge et partie. Mais imagine-t-on raisonnablement une telle procédure pour une ministre ayant une tutelle continue sur son mari ?

Visiteuse du soir de Marisol Touraine

La Croix avait touvé une piste : un décret du 16 janvier 2014 relatif à la prévention des conflits d’intérêts dans l’exercice des fonctions ministérielles (signé Jean-Marc Ayrault). Schématiquement : un ministre estimant se trouver en situation de conflit doit en informer par écrit le Premier ministre en « précisant la teneur des questions pour lesquelles il estime ne pas devoir exercer ses attributions ». Un décret détermine alors les attributions que le Premier ministre exerce en lieu et place du ministre intéressé. Édouard Philippe exercerait alors la co-tutelle de l’Inserm avec le ministre de la recherche. Ce qui fut fait.

Un an plus tard, réémergence de l’affaire dans les colonnes du Canard Enchaîné daté de ce 18 avril 2018. Page 7 dans le toujours savoureux portrait « Prises de Bec » signé Anne-Sophie Mercier . Aujourd’hui : « Agnès Buzyn : Soldate du peu ». On en apprend un peu plus sur les raisons véritables qui conduisirent cette hématologue hospitalo-universitaire à quitter le service du sacro-saint hôpital Necker-Enfants malades où tout ou presque était réuni pour qu’elle fasse carrière. « Elle a longtemps été une visiteuse du soir de Marisol Touraine au ministère de la Santé confie au volatile un ‘’haut fonctionnaire’’ anonyme. Elle ne s’en vante pas parce que Touraine était cassante et pas très populaire. »

Le Canard revient aussi sur l’affaire de la situation de conflit d’intérêts officiellement déjouée. « Imaginer que la recherche médicale puisse être déconnectée du ministère de la Santé c’est du foutage de gueule » a expliqué à l’auteure du portrait un « ponte de l’Inserm » ; un ponte qui, avec quelques collègues, parle de « l’arrogance » de son PDG.

« Yves Lévy, qui a tenté de se faire renommer discrètement, devra passer devant une commission s’il veut se succéder à lui-même en juin, explique Anne-Sophie Mercier. Une façon de le dissuader, sans doute, alors que sa femme pèse de tout son poids, selon certains, en faveur de sa reconduction. » Qui l’emportera dans cet éclairant dossier ? Des rumeurs donnent Agnès Buzyn perdante. Le verdict élyséen ne saurait tarder.

A demain