Première grève de la faim hospitalo-universitaire contre le « manque de moyens humains »

 

Bonjour

De l’énervement à la colère. De la colère à l’action. Puis une grève de la faim dans le hall de l’hôpital Dupuytren (CHU de Limoges) annonce Le Populaire du Centre. Trois hommes et une femme, ont décidé de cesser de s’alimenter pour dénoncer « le manque de moyens humains » dans l’établissement et « se faire entendre de la direction ». Tout est dit. Entamée le 20 mars cette grève de la faim est aujourd’hui dans une impasse précise France 3 Aquitaine.

Trois hommes, une femme, quatre agents hospitaliers syndiqués : Jacqueline Lhomme-Léoment, secrétaire générale adjointe de la CGT au CHU, Thierry Collas, aide-soignant et secrétaire général Sud Santé 87, Aymeric Martin, préparateur en pharmacie devenu permanent CGT à l’hôpital, Christophe Zegadi, agent de sécurité incendie, cégétiste.

Pour ces grévistes de la faim ce mode d’action extrême et inédit est « à la hauteur de la souffrance du personnel et de la gravité de la situation ». « Le conflit social dure depuis novembre et on a l’impression de ne pas être écoutés, de n’obtenir que des broutilles », a déclaré Thierry Collas à la presse. Les principales revendications des grévistes ? Le remplacement des arrêts maladie et départs en retraite, ainsi qu’une titularisation massive des contractuels (ils seraient plus de neuf cents à travailler dans l’établissement).

Broutilles

« Est-il normal que des gens restent en CDD des années durant ? Cela veut bien dire que les postes sont pérennes, s’indigne Jacqueline Lhomme-Léoment. Ils n’ont pas les mêmes conditions de travail, ne peuvent pas refuser de revenir sur leurs jours de repos ou de vacances… J’ai l’exemple d’une maman de trois enfants en bas âge, sous contrat depuis six ans, qui n’aura pas un jour de congé en juillet et août prochains. Comment voulez-vous que les gens ne craquent pas ? »

Les premières rencontres avec la direction générale n’ont pas entamé la détermination des grévistes et les différentes parties syndicales ne sont pas, ici, unies. « Nous nous sommes engagés à résorber l’emploi précaire : en 2017-2018, les postes aux concours seront ouverts pour 346 personnes (en vue d’une titularisation ou promotion), a publiquement expliqué Jean-François Lefebvre, directeur général du CHU de Limoges depuis 2015. Un nouveau dispositif de suppléance avec une organisation plus proche du terrain, pour remplacer l’absentéisme, comprendra aussi une quarantaine d’agents. »

La direction générale dit aussi entendre certaines demandes supplémentaires des syndicats. Elle y travaillera dans les jours à venir mais ne peut y répondre dans l’immédiat. Une pétition signée par trois mille usagers et salariés du CHU a été remise à l’Agence Régionale de Santé de la Nouvelle Aquitaine à Bordeaux. Rien n’interdit de penser qu’elle a, via la nouvelle ligne de TGV, déjà atteint Paris.

A demain

 

Polémique sur la psychanalyse et la pédopsychiatrie : précisions de Bruno Fallissard

Bonjour

Evoquant le cri d’alarme lancé il y a quelques jours dans les colonnes du Monde quant à l’avenir de la pédopsychiatrie en France, nous ne pensions pas réactiver la vieille querelle centrée (pour résumer) sur la place de la psychanalyse au sein de cette discipline. C’était une erreur.

Plusieurs critiques nous ont ainsi été faites expliquant en substance que la tribune du Pr Bruno Fallissard 1 était une forme de plaidoyer à peine masqué en faveur de l’usage des approches psychanalytique dans le champ de la pédopsychiatrie – et notamment dans la prise en charge des personnes souffrant de syndromes autistiques. Ces critiques ad hominem nous ont conduit à demander à l’auteur s’il souhaitait, sur ce thème, apporter des précisions. Les voici :

« A vrai dire il faut hésiter entre la tristesse de voir qu’aujourd’hui, encore plus qu’avant semble-t-il, tout et n’importe quoi ressort inlassablement. Et puis, plus raisonnablement, il faut accepter que les choses soient comme elles sont et que tout le monde a le droit de s’exprimer.

Alors venons-en aux faits. Je ne suis pas psychanalyste Je n’ai pas suivi d’analyse. Personne dans ma famille n’est psychanalyste ni n’a été en analyse. Mon activité clinique est dans le service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Robert Debré, connu pour ses positions non, voire antipsychanalytiques. Dans mon papier j’ai essayé de peser avec précaution tous les mots que j’utilisais : 

« Pour s’occuper de ces patients, il faut à l’évidence des médecins, médecins formés non seulement à l’étude du fonctionnement du cerveau, mais aussi à la psychologie, à la systémique familiale et, avant tout, à la clinique pédopsychiatrique. »

Je ne parle jamais de psychanalyse, et je mets en avant le fait de devoir connaître le fonctionnement du cerveau (bien sûr). Mais aussi, et on l’oublie souvent, de la systémique, tellement importante en pédopsychiatrie. Et j’aurais pu parler de la phénoménologie, tellement importante aussi. Mais tout le monde ne voit là que des arrières pensée psychanalytiques…

 Alors, du coup, effectivement il y a de quoi partir en croisade contre cette pensée anti-psychanalytique folle. Et c’est ce que je fais de temps en temps, parce que je pense qu’il faut le faire. 

La psychanalyse est une discipline respectable, passionnante sur un plan théorique et utile aux patients comme l’ont montré de nombreuses études randomisées. Voilà tout. »

 A demain

1 Bruno Falissard est directeur du Centre de Recherche en Epidemiologie et Santé des Populations (Maison de Solenn, Paris) et président de l’International Association for Child and Adolescent Psychiatry and Allied Professions (Iacapap)

 

France Culture interdit son antenne à un chroniqueur qui a pris position pour Macron

 

Bonjour

La tragédie continue, mais là où on ne l’attendait pas. Sous la férule de Philippe Meyer l’émission dominicale « L’Esprit public » constitue l’une des pépites de cette mine intellectuelle qu’est France Culture. C’est une « mise en perspective de l’actualité politique au cours d’un débat d’intellectuels engagés. Polémique, impertinence, mais aussi respect et sympathie ». Et l’un des chroniqueurs-phares de cette émission en était Jean-Louis Bourlanges, homme politique, essayiste, débatteur comme il en existe peu, puits d’humour et de culture comme on n’en rencontre pratiquement plus sur les ondes et les écrans.

Nous écrivons au passé, non parce que Jean-Louis Bourlanges est mort, mais bien parce que nous ne l’entendrons plus professer à l’heure de cette messe laïque. Tout a été expliqué lors de l’émission du 4 mars, que l’on peut entendre ici : « Les suites de l’affaire Fillon // le programme d’Emmanuel Macron ». C’est un moment que l’on tiendra pour important de notre histoire politique, radiophonique, culturelle. Mais laissons la place aux acteurs.

Les idées d’un côté, l’engagement de l’autre

Philippe Meyer a d’abord lu à l’antenne ce message de la journaliste directrice de France Culture Sandrine Treiner :

« (…) Nous nous heurtons donc à deux problèmes bien évidents. Le premier est celui des temps de parole. Chaque émission équilibre durant l’année ses temps de parole, raison pour laquelle nous limitons les politiques ou leurs soutiens déclarés aux émissions susceptibles de maintenir les équilibres entre toutes les familles politiques, de l’extrême-gauche à l’extrême droite. L’enjeu est d’autant plus brûlant en période de campagne, cela va sans dire.

« En l’occurrence, l’engagement public de Jean-Louis Bourlanges auprès d’Emmanuel Macron pose un problème insoluble. Mais le tout ne s’arrête pas là. Les médias de service public sont interpellés de manière de plus en plus fréquente sur leurs supposées positions partisanes. La question de la crédibilité de nos antennes n’est pas négociable. Comment une personnalité déclarée aux côtés d’un candidat pourrait-elle raisonnablement continuer à commenter la campagne électorale et donc son propre candidat et ses adversaires ? C’est évidemment impensable.

« Les idées sont une chose, l’engagement public auprès d’une personne en particulier en est une autre. En tant que directrice de la chaine, je suis garante de ces principes déontologiques. Cette question a été débattue entre tous les directeurs de Radio France et les mêmes usages seront appliqués partout. J’en profite d’ailleurs pour te transmettre dans un instant des réactions reçues et transmises par le médiateur si tu voulais lui répondre. Je discuterai donc avec Jean-Louis Bourlanges, et tout autre collaborateur régulier de la chaine qui viendrait à se déclarer officiellement. Il va de soi que dès l’élection passée, il retrouvera toute sa place sur notre antenne. »

Puis Philippe Meyer a ensuite lu une lettre de Jean-Louis Bourlanges (nous n’utilisons pas l’italique et ajoutons les intertitres) :

« Lettre à Philippe Meyer et aux auditeurs de l’Esprit public :

« Je m’adresse à vous, cher Philippe, chers camarades, et chers auditeurs de l’Esprit public, pour vous dire au revoir. La direction de France Culture a décidé de m’interdire toute participation à l’Esprit public pendant la durée de la campagne pour l’élection présidentielle, sous prétexte que j’ai affiché publiquement ma préférence pour l’un des candidats en compétition, en l’occurrence pour Emmanuel Macron.

« Cette décision est doublement incohérente. Elle l’est d’abord parce que je ne participe pas à cette émission en qualité de journaliste tenu à un devoir de neutralité et d’impartialité, ce que je ne suis pas et que je n’ai jamais été, mais comme ce que Raymond Aron appelait  » un spectateur engagé “, invité en raison et non en dépit de ses prises de position dans le débat public. Parlementaire européen du centre pendant près de vingt ans, longtemps vice-président de l’UDF, je n’ai jamais fait mystère de mon engagement  » libéral, social et européen  » et j’ai toujours eu à cœur au cours des quinze dernières années d’afficher mes couleurs à chaque élection présidentielle ou législative.

Spectateur engagé

« L’incohérence de la décision se lit aussi dans le calendrier choisi. Pourquoi limiter la mise en œuvre de la sanction à la seule campagne présidentielle et me promettre un retour à l’antenne sitôt ce grand rendez-vous passé, alors que la question se posera en des termes strictement identiques pour la campagne des élections législatives et devrait en bonne logique appeler la prolongation du « régime spécial » qui m’est réservé ? N’était-il pas déjà contraire à la logique dont on argumente que la direction de France Culture ne se soit pas ému de me voir il y a quelques semaines prendre position en faveur d’Alain Juppé dans le cadre de la primaire de la droite et du centre. Sans doute avait-elle alors conscience de cette évidence aujourd’hui oubliée : c’est la raison d’être de l »Esprit Public que d’organiser un dialogue, voire une confrontation, civilisés entre des personnalités engagées à des titres divers dans la vie de la Cité.

Ces incohérences comme les explications embarrassées de la directrice de l’antenne révèlent que la raison véritable de mon ostracisme est d’un autre ordre : il ne s’agit pas de veiller, très légitimement, à l’équilibre des temps de parole entre les partisans des différents candidats mais, l’allusion au courrier reçu par le médiateur est éclairante à cet égard, de me sanctionner pour les propos très durs que j’ai tenus sur l’un des candidats en le qualifiant de  » sournois, arrogant et corrompu ».

Droit à l’intimidation

Bien que je ne sois pas seul à formuler une appréciation aussi sévère sur M. Fillon, je comprends que mes propos aient pu choquer certains auditeurs et je ne peux que le regretter. Je constate toutefois qu’ils n’ont pas donné lieu à une plainte pour diffamation, plainte que j’aurais d’ailleurs, en l’état présent du dossier Fillon, accueillie avec sérénité. On sait – et qui les en blâmerait ? – que les partis politiques excellent à susciter des réactions collectives organisées aux propos qui les dérangent. Céder à ces pressions, de la part d’un média comme France Culture revient à reconnaitre à certains groupes un droit à l’intimidation et à justifier du même coup l’institution d’un véritable délit d’opinion opposable à ceux qui interviennent sur son antenne.

« Vous comprendrez que tout en moi m’interdit de cautionner de telles pratiques. Je veux bien être un intermittent du spectacle mais pas un intermittent de la censure. J’ai donc décidé de mettre un terme définitif à ma participation à Esprit public. Après plus de quinze ans de présence hebdomadaire au cœur de la Maison ronde, cette décision me coûte mais elle est inévitable. Je remercie tous ceux, réalisateurs, techniciens, assistants qui m’ont permis de m’adresser librement à vous chaque semaine.

« Ma gratitude va, bien entendu, d’abord à Philippe Meyer qui m’a donné cette magnifique tribune et qui, de plus, m’a supporté pendant de longues années avec un stoïcisme qui mérite hommage. Je l’adjure de continuer aussi longtemps qu’on lui en laissera le pouvoir à porter cette émission nécessaire. Pour ma part, je me contenterai en vous quittant de pousser deux vivats qui devraient n’en faire qu’un : vive France Culture, vive la liberté de l’esprit ! »

A demain

Post-vérité : Marisol Touraine a-t-elle effacé son intérêt pour la vaccination des Français ?

Bonjour

C’est, au mieux, une piqûre de rappel. Elle est administrée, dans l’éditorial de la dernière livraison (février) de Médecine/Sciences, par le Pr Alain Fischer (Collège de France, Institut Imagine-Inserm Hôpital Necker-Enfants Malades). Ce scientifique réputé avait, l’an dernier, répondu pleinement présent à l’appel de Marisol Touraine. A l’époque la ministre des Affaires sociales et de la Santé souhaitait « proposer une concertation citoyenne sur le thème de la vaccination ». Une affaire à haut risque compte-tenu de la montée, en France, d’une vague diffuse et hétérogène d’inquiétude vis-à-vis de l’innocuité de cette méthode de prévention jouant sur l’immunité.

« C’était, dit Alain Fischer, une approche audacieuse mais noble, pour permettre à nos concitoyens de s’approprier les conclusions obtenues. Usagers de la santé, professionnels de la santé non spécialistes et experts y ont activement contribué. Ce travail a, bien sûr, fait apparaître la diversité des opinions, mais un consensus s’est vite dégagé sur la réaffirmation du caractère indispensable de la vaccination et sur la nécessité de la promouvoir par une action forte. »

Rougeole, méningocoque, papillome humain

Faut-il rappeler l’urgence d’une prise de conscience de la situation française ? Couverture insuffisante de vaccination contre la rougeole (77 % de couverture pour la seconde dose, là où il faudrait 95 %) et résurgence de cette maladie virale ; échec relatif de la mise en place du vaccin contre le méningocoque C (70 % de couverture à l’âge de 2 ans) ; échec quasi complet de celle du vaccin contre les virus du papillome humain – HPV (14 % de couverture en 2015).

« Cet échec reflète une défiance croissante à l’égard de la vaccination au sein de la population et des professionnels de santé, défiance alimentée par une diffusion dans les réseaux sociaux d’opinions hostiles et non fondées, reprises par certains médias, écrit aujourd’hui Alain Fischer.  Elle est responsable d’une attitude d’hésitation. Le concept de « post-vérité », où analyse scientifique et opinion font l’objet d’une égale considération, s’applique bien à la vaccination (« une minute pour les pro, une minute pour les anti » !). Le contexte, marqué par des scandales dans le domaine de la santé et par l’absence de réponse à la diffusion des fausses nouvelles, rend probablement compte de la relative importance de ce phénomène en France. »

Fausses nouvelles et responsabilités

Il faudra, un jour revenir sur la formule « absence de réponse à la diffusion des fausses nouvelles » – y revenir pour s’interroger les causes, les moyens et les responsabilités. Reste que la concertation citoyenne voulu par la ministre de la Santé a été organisée et qu’elle a formulé un certain nombre de propositions 1. Elles visent, comme annoncé à « rétablir la confiance en la vaccination et à augmenter rapidement la couverture vaccinale ». La plus importante est sans aucun doute la modification du statut juridique de la vaccination.

« À ce jour, sous le poids de l’histoire, seuls trois vaccins sont obligatoires (diphtérie, tétanos et poliomyélite), les autres simplement recommandés. Cette situation non scientifiquement justifiée est exploitée par les adversaires de la vaccination pour réclamer une vaccination sélective, « à la carte ». Le statut actuel ne peut donc persister. Lever l’obligation et recommander l’ensemble des vaccins du calendrier vaccinal est une option. Elle implique une prise de conscience et une responsabilisation des citoyens et des acteurs de santé, dont malheureusement beaucoup d’indicateurs montrent l’insuffisance.

« Les actions autour de l’information, de l’éducation et de la communication, si elles sont menées avec force et ténacité, devraient à terme permettre d’atteindre cet objectif. Dans l’attente, la seule solution consiste à élargir temporairement l’obligation à l’ensemble du calendrier vaccinal de l’enfant. C’est là, donner un signal fort face à une situation préoccupante. Une clause d’exemption, comme pratiquée dans certains États des États-Unis, est envisageable, à condition que son utilisation reste limitée et ne compromette pas l’objectif de protection collective de la population. La prise en charge intégrale par la collectivité du coût de la vaccination (un surcoût d’environ 150 millions d’euros/an) devrait aussi contribuer à améliorer la couverture vaccinale (notamment contre HPV) et apparaître comme un juste accompagnement de l’obligation. »

GSK et l’hépatite B

Nous étions en novembre 2016. Quatre mois plus tard la situation s’est compliquée. Silence total des géants producteurs de vaccins et, du fait de la multinationale britannique, GSK installation brutale et totalement incompréhensible d’une pénurie d’ Engerix B contre l’hépatite virale B – pénurie imposant à la Direction Générale de la Santé d’organiser une distribution strictement contingentée à l’hôpital.

« Nos propositions ont reçu un très large soutien de nombreux acteurs de santé et d’associations qui en demandent l’application immédiate 2, écrit Alain Fischer. Elles sont aujourd’hui sur la table de la ministre des Affaires sociales et de la Santé et des acteurs du monde politique. Leur engagement déterminé est attendu pour que, enfin, soit prise en compte la menace qui pèse sur un pilier de la santé publique et qu’il y soit remédié. »

On n’ose imaginer que la table Marisol Touraine soit à ce point encombrée qu’elle ne trouve le temps, bien avant le mois de mai, de retrouver ce dossier. Cette piqûre de rappel aura-t-elle un effet ?

A demain

1 Rapport sur la vaccination. Comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination, 30 novembre 2016 (http://concertation-vaccination.fr).

2 Communiqué de presse. 23 sociétés médicales demandent la mise en place immédiate des recommandations de la concertation citoyenne sur la vaccination. 20 décembre 2016

Emmanuel Macron partisan de la PMA pour les femmes seules. Comme François Hollande

 

Bonjour

Son programme sociétal se dessine. « Toutes les configurations familiales ont droit à une égale considération » vient de faire savoir Emmanuel Macron. Des propos en opposition apparente avec ceux qu’il avait tenus sur « l’humiliation » vécue par les opposants au « mariage pour tous » en 2013. Emmanuel Macron va aussi, pour la première fois, plus loin dans sa démarche.  « Il est favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) pour les femmes seules et les couples de femmes », a confié son entourage au Figaro, confirmant une information d’iTélé.

Agenda

Où l’on voit que les mêmes causes produisent les mêmes effets : cette même promesse avait été faite par François Hollande aux associations LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans) lors de la campagne présidentielle de 2012. Puis, élu, le président y a renoncé sans jamais dire s’’il redoutait, ici, de crainte de remobiliser la « Manif pour tous » après les manifestations précédant le vote de la loi sur le « mariage pour tous » en mai 2013

Emmanuel Macron se distingue ici de François Fillon hostile à l’élargissement de la PMA au-delà du champ de la thérapeutique de la stérilité. Et comme François Hollande, Emmanuel Macron dit cependant vouloir « attendre l’avis du Comité consultatif national d’éthique, afin d’assurer dans la société un vrai débat, pacifié et argumenté ». Un avis annoncé depuis 2013, sans cesse reporté et dont la sortie (cette fois sous la présidence de Jean-François Delfraissy, nommé il y a peu par François Hollande) est prévue au plus tôt en juin après l’élection présidentielle. Si rien ne change d’ici là dans l’agenda. Quant à la révision des lois de bioéthique (qui permettrait cette modification de taille) elle n’est pas prévue avant 2018.

Financement

Le candidat ne se prononce pas sur la dimension philosophique de l’ouverture qu’il propose, ni sur les difficultés qui surgiront au moment de la question du financement par la collectivité d’une pratique qui ne pourra plus être considérée comme une thérapeutique. de la stérilité. Le candidat d’ « En marche ! » se dit par ailleurs hostile  à la dépénalisation de la gestation pour autrui (GPA). A ce sujet il dit soutenir une initiative internationale « pour lutter contre les trafics et la marchandisation des femmes liés au développement de la GPA dans le monde » dans le cadre de la Convention de La Haye. Laurent Fabius ministre des Affaires étrangères avait, sous la présidence de François Hollande, été chargé de piloter une initiative de ce type.

Sans trop se soucier, semble-t-il,  de la cohérence de son propos Emmanuel Macron se déclare dans le même temps favorable à la transcription à l’état civil des enfants nés par GPA à l’étranger. Cette reconnaissance systématique affaiblirait la position de la France qui condamne depuis toujours cette pratique au motif qu’elle constitue une nouvelle forme d’esclavage de la femme.

A demain

Lutter contre le cancer réclame-t-il de dépenser l’argent public en «création publicitaire» ?

Bonjour

Nous n’avions pas compris : l’Institut National du Cancer (INCA) ne répond pas aux questions qu’on lui pose. C’est lui qui parle et dispose. Interrogé il y a plusieurs semaines sur le plus que controversé test ISET de dépistage du cancer (486 euros, non pris en charge) l’INCA n’a toujours pas répondu.  Aujourd’hui il annonce urbi et orbi lancer (avec le ministère de la Santé) une nouvelle campagne publicitaire. On appréciera le style du communiqué de presse :

« La campagne, prévue le 27 février en presse (sic) et le 12 mars en télévision (re-sic) , porte le message suivant : «le cancer colorectal, le dépister à temps peut vous sauver la vie ». Elle concentre son message sur le caractère meurtrier de ce cancer, qui se développe souvent sans symptôme et reste méconnu. La campagne rappelle que détecté tôt, un cancer se guérit dans 9 cas sur 10. La création publicitaire utilise un ton direct et informatif autour de l’enjeu (re-re-sic) et rappelle l’importance de se faire dépister dès 50 ans. 

« Le spot TV, programmé à partir du 12 mars sur les chaînes nationales et thématiques, évoquera à la fois la dangerosité de ce cancer et l’intérêt du dépistage. A découvrir bientôt. »

Facture de 483 euros

Autre message publicitaire à venir avec les  prochains Colon Days (pilotés par le Conseil national professionnel d’hépatogastroentérologie avec le soutien de nombreuses entreprises privées) : « Attention, vous êtes peut-être assis sur un cancer ! ».  Aucun commentaire.

On connaît l’argumentaire et la proposition faite à dix-sept millions de femmes et d’hommes, âgés de 50 à 74 ans, à parler tous les deux ans du dépistage du cancer colorectal avec leur médecin. « Celui-ci vérifie si son patient ne présente pas de risque particulier nécessitant un suivi adapté, puis lui remet le test de dépistage à faire chez soi, explique l’INCA. Le dépistage permet en effet de détecter un éventuel cancer colorectal à un stade précoce : les traitements pour le soigner seront alors moins lourds, les chances de guérison meilleures et les éventuelles séquelles moins invalidantes. Grâce au dépistage, il est aussi possible de repérer un polype et de le retirer avant qu’il n’évolue en cancer.

On sait aussi que certains développent des arguments circonstanciés pour conclure à l’inutilité voire à la dangerosité de telles campagnes de dépistage systématiques. N’entrons pas dans cette polémique et restons sur l’entreprise financée sur deniers publics. Pour résumer l’INCA fait appel à la créativité publicitaire pour, via ses supports « presse » et « télévision », inciter les plus de 50 ans à « parler dépistage du cancer colorectal » avec leur médecin. Où l’on voit que la publicité vient contrecarrer la logique soignante la plus élémentaire. Sans même parler du rapport coût-bénéfices des opérations publicitaires récurrentes.

Mais il faut aujourd’hui ajouter un autre élément, conséquence d’une autre forme, gratuite, de publicité-promotion médiatique. Que répondra l’INCA à celles et ceux qui, ayant appris qu’il existe un test ISET effectué à partir d’une simple prise de sang croiront pouvoir le préférer à celui, officiel, d’un maniement plus complexe ? On rappellera que le premier est facturé (hors consultation médicale) 486 euros tandis que le second est pris en charge par la collectivité solidaire.

A demain

Post-vérité : François Fillon a considérablement enrichi son projet pour la santé des Français

 

Bonjour

On se souvient de l’effroi que causa l’annonce, par l’ancien élu de la Sarthe, de son projet présidentiel concernant ce socle sacré national qu’est la Sécurité Sociale. On imagina le pire : sa « privatisation » au profit du géant Axa… Une médecine à deux vitesses…le retour des indigents à l’Hôtel-Dieu… le cardinal de Paris nommé à la tête de l’AP-HP… C’était en novembre de l’an passé. Puis vint, un effet du Canard enchaîné, la descente au sombre purgatoire des assistants parlementaires.

La vérité nouvelle est que nous avions mal compris. Ou plus précisément que le programme de François Fillon pour la santé des Français avait encore besoin d’être enrichi, rebâti. Le candidat révèle tout de cette nouvelle vérité. « Santé: Fillon clarifie son plan mais ne renonce à rien» (Le Figaro). On découvrira ce tour de force en exclusivité dans Le Parisien : « Après les affaires, François Fillon dégaine… son programme santé » – et, déjà, analysé dans Le Monde (François Béguin) : « Sur la santé, François Fillon dévoile un programme plus consensuel ».

Après les ombres de l’esprit de lucre c’est le retour sur le terrain des idées au service de la solidarité. François Fillon présentera les siennes ce mardi 21 février, à la tribune du palais Brongniart, à Paris, lors d’une rencontre organisée bien opportunément par la Mutualité française : à suivre en direct  et (pourquoi?) avec Audrey Pulvar  sur www.Placedelasante.fr #RDVPlacedelaSanté).

Mysticisme et escamotage

Pour un peu on verrait ici une version française de la post-vérité. Le médecin et député Jean Leonetti (Les Républicains, Alpes-Maritimes) le résume à merveille : « On a fait des clarifications et des amendements. C’est à la fois la même chose et quelque chose de très différent ». Voilà une forme d(illustration de l’art de l’escamotage en pleine lumière. Nul ne sait si l’homme politique doit, en France, être un mystique (Emmanuel Macron) mais il doit à coup sûr être un escamoteur.

 Devant la Mutualité François Fillon assurera avoir « rebâti, enrichi, amélioré » son projet. Nous étions dans l’erreur : il n’a « jamais voulu mettre en place une santé à plusieurs vitesses » mais « juste posé une question légitime ». Et aujourd’hui, tout bien compté, son projet « consolide le caractère obligatoire et universel de l’Assurance-maladie dont le niveau de prise en charge des dépenses de santé ne diminuera pas ». Mieux : avec lui au pouvoir nous serons, en 2022, « à un reste à charge zéro pour les audioprothèses, l’optique, les prothèses dentaires et les dépassements d’honoraires ».

Généralistes rémunérés

 Comment ? En marchant avec lui nous innoverons. Nous construirons un « nouveau partenariat » entre la Sécurité Sociale et les organismes complémentaires ainsi qu’une « Agence de garantie de la couverture solidaire des dépenses de santé ». Nos cotisations aux complémentaires santé ? Elles n’augmenteront pas « abusivement ».

Tout, soudain, a changé, le ciel est plus clair. Les petites lunettes pour les enfants seront remboursées intégralement dès 2017, nouvelles aides financières aux retraités démunis pour qu’ils accèdent à une mutuelle, chaque Français aura droit, tous les deux ans à une « consultation de prévention longue et gratuite ». Elle sera assurée par les médecins généralistes, qui seront « rémunérés en conséquence ».

 La suppression de 500 000 postes dans la fonction publique au cours du quinquennat ? A l’hôpital elle ne concernera que les « agents administratifs ». Le retour aux 39 heures hebdomadaires ? Il sera négocié progressivement aux échelons locaux. Le diable ? On le trouvera peut-être dans un détail :  la suppression de l’aide médicale d’Etat pour les sans-papiers.

A demain