La cigarette électronique n’arrive pas à la cheville scientifique du Zyban® ou du Champix®

Bonjour

Nous évoquions il y a peu la participation, à une opération Pfizer (varénicline – Champix®) du D Anne-Laurence Le Faou, Anne-Laurence Le Faou, présidente de la Société Francophone de Tabacologie, responsable du centre ambulatoire d’addictologie (Hôpital européen Georges-Pompidou). Elle répondait il y a peu aux questions du Magazine de la santé (France 5)  Edifiant.

Que sait-on aujourd’hui des effets néfastes de la cigarette électronique ?

Dr Anne-Laurence Le Faou : « La cigarette électronique n’est pas un médicament donc les effets indésirables ne sont pas enregistrés. La littérature scientifique montre par exemple que quelqu’un qui utilise cette cigarette électronique et qui a une pathologie pulmonaire peut avoir une exacerbation de ses symptômes, notamment de la toux. Mais globalement, on n’a pas de monitorage des effets indésirables. »

 Est-ce qu’il y a un sur-risque d’infarctus comme le montre une étude américaine publiée récemment ?

Dr Anne-Laurence Le Faou : « Ce sur-risque a été montré par une étude américaine. Effectivement, quand vous avez des « shoots » d’une substance étrangère qui arrive brutalement au niveau des vaisseaux sanguins, il y a forcément une réaction vasculaire mais pour en être certain, il est nécessaire d’enregistrer les effets indésirables, de les faire déclarer avec un système spécifique pour construire la connaissance sur les risques. On ne peut pas garantir qu’il y aucun risque »

 Est-ce que la cigarette électronique est efficace pour les fumeurs qui veulent arrêter ?

Dr Anne-Laurence Le Faou : « Des méta-analyses ont été faites pour évaluer l’efficacité de la cigarette électronique dans le sevrage tabagique mais les résultats sont contradictoires. Il faut plusieurs années pour recueillir des données mais les dispositifs évoluent en permanence, il y a toujours des nouveautés. Donc à chaque fois, les études qui sont publiées portent sur des modèles dont les mécanismes sont différents. Par exemple, le dernier produit en date utilise du tabac chauffé. Là-dessus, nous avons une étude suisse qui montre que des produits toxiques sont diffusés en quantité importante parce que la combustion est incomplète. »

 Est-ce qu’il faut continuer à proposer la cigarette électronique comme outil de sevrage ?

Dr Anne-Laurence Le Faou : « On ne peut pas la recommander comme on le fait pour des médicaments dont l’efficacité est prouvée scientifiquement. Mais on ne la déconseille pas. Simplement, pour éviter ces « shoots » dont je parlais, on va donner un traitement complémentaire comme des patchs ou des médicaments comme la varénicline 1 ou le bupropion 2 qui fonctionnent bien. »

 A demain

 1 varénicline ou Champix® agoniste partiel des récepteurs nicotiniques cérébraux indiqué dans le sevrage tabagique chez l’adulte, est désormais remboursable à 65 % par l’Assurance maladie.  Cette prise en charge s’applique lorsque Champix® est prescrit en seconde intention, après échec des stratégies comprenant des substituts nicotiniques, chez des fumeurs ayant une forte dépendance au tabac (score au test de Fagerström supérieur ou égal à 7). Il n’a pas été objectivé d’augmentation des troubles psychiatriques graves (dépression, comportement suicidaire), ni d’événements indésirables cardio-vasculaires, associés à l’utilisation de la varénicline par rapport au placebo, au bupropion ou aux TNS (Vidal).

2 bupropion ou  Zyban®  « Le bupropion fait partie de la famille des antidépresseurs, mais n’est pas utilisé pour ses propriétés antidépressives. Il diminue les symptômes du sevrage tabagique, sans que son mécanisme d’action dans cette indication soit connu avec précision. Non remboursé, prix libre dans les pharmacies d’officine (Vidal).

 

A CentraleSupélec la mort d’Hugo, 21 ans et la question de l’alcoolisation massive des étudiants

 

Bonjour

C’est un fait divers sociétal. Une tragédie familiale révélée et développée par RTL. Nous sommes à CentraleSupélec, prestigieuse école de formation d’ingénieurs.  Dans la nuit du 12 au 13 octobre dernier Hugo, 21 ans, enchaîne les « pré-soirées » dans les appartements du campus avant une « grande fête » à l’intérieur des locaux de l’école.

« Visiblement trop ivre pour rentrer dans la soirée, Hugo est raccompagné par des camarades de promotion à son appartement. Resté seul, c’est à ce moment-là que, pour une raison encore inconnue, il tombe du balcon de son logement au deuxième étage, rapporte RTL.  Une chute de 7 mètres 50 qui lui a été fatale. »

Open bar

Hugo était en deuxième année à CentraleSupélec. Son frère jumeau Enzo et ses parents expliquent l’avoir vu vu peu à peu entrer  dans une « spirale infernale » faite de « jeux d’alcool » et de « soirées à répétition ». Absences du jeune homme à certains cours. Le tout sans réaction de la direction de l’école. Sa famille a décidé de porter plainte.  Elle entend que la mort d’Hugo soit utile et que l’école ainsi que les autres parents réagissent.

« Ce que je dénonce, c’est comment on en arrive là, a déclaré le père du jeune homme au micro de RTL. On écrase les élèves pendant les classes préparatoires pour préparer les concours. Ils travaillent jour et nuit, ils n’ont plus de vie sociale. Vous mettez quelqu’un en prison pendant trois ans et un jour, vous l’amenez au Club Med et c’est open bar. »

La ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé jeudi 18 octobre avoir demandé l’ouverture une enquête administrative. Le directeur de Centrale Supélec se dit aujourd’hui « révolté par ce drame ». Il entend désormais mettre tout en œuvre pour éviter une nouvelle tragédie sur son campus. La plainte est déposée pour « non-assistance à personne en danger ». Qui sera condamné ?

A demain

 

Arrêter de fumer avec (ou sans) conflits d’intérêts : que s’est-il passé à l’OpenMind Kfé ?

Bonjour

Nous évoquions il y a peu la peu banale invitation adressée par la multinationale Pfizer aux journalistes de la presse spécialisée « santé ». Rendez-vous le 17 octobre 2018 de 9 h à 11h à « l’OpenMind Kfé », 165 Faubourg Saint Honoré, 75008 Paris.  Programme : « Regards croisés de deux experts de santé », par le Dr. Ivan Berlin & le Dr. Anne-Laurence Le Faou.

Nous sommes le 17 octobre. Que s’est-il dit, ce matin, qui méritait une telle rencontre. Pfizer (qui commercialise la varénicline – Champix®  indiqué dans le sevrage tabagique chez l’adulte remboursé depuis mai 2017 suite à une initiative de Marisol Touraine) a rappelé haut et fort « la possibilité d’un arrêt progressif du tabac pour réussir son sevrage tabagique ». « Dans le cadre du traitement de seconde intention, une étude a montré que la varénicline peut-être une des solutions thérapeutiques adaptée pour un sevrage progressif de la nicotine » a-t-on expliqué aux journalistes.

Financée par Pfizer cette étude (dite « Reduce To Quit ») date déjà de 2015 :  Effect of Varenicline on Smoking Cessation Through Smoking ReductionA Randomized Clinical Trial. JAMA. 2015;313(7):687–694. « On observe que la varénicline, molécule qui aide au sevrage tabagique en agissant directement sur la dépendance à la nicotine, est une solution thérapeutique adaptée dans le cadre d’un arrêt progressif de la cigarette, résume le commanditaire. Les événements indésirables les plus fréquents (>10%) avec la varénicline sont : nausées, rhinopharyngite, rêves anormaux, insomnies et céphalées. »

« Grâce à une prévention active et au remboursement des traitements nous observons une baisse notable des fumeurs en France : moins d’un million cette année [une donnée plus que fragile] a pour sa part expliqué, citée par Pfizer, Anne-Laurence Le Faou, présidente de la Société Francophone de Tabacologie, responsable du centre ambulatoire d’addictologie (Hôpital européen Georges-Pompidou. Cependant il en reste encore 12 millions ! Il faut donc continuer à encourager le sevrage tabagique et la prise en charge des fumeurs par les professionnels de santé ».

Un médicament qui fonctionne très bien

Et de citer une étude datant, déjà,  de 2014 ( Baha M, Le Faou AL. Gradual versus abrupt quitting among French treatment-seeking smokers ) tendant à démontrer qu’une stratégie de réduction avant arrêt complet peut être bénéfique notamment chez des fumeurs ayant un profil sévère : gros fumeurs avec ancienneté importante du tabagisme et moindre confiance en eux pour l’arrêt.

« La varénicline permet surtout d’éviter les difficultés souvent rencontrées par les patients lors d’un arrêt brutal : la forte envie de fumer et l’apparition de symptômes de sevrage. Il est remboursé à 65% par la Sécurité Sociale et reste un médicament qui fonctionne très bien dans le cadre d’un sevrage tabagique » a pour sa part expliqué, cité par Pfizer, le Dr  Ivan Berlin (Hôpital de la Pitié-Salpêtrière).

Le Dr Berlin est secrétaire général adjoint chargé de la recherche de la Société Francophone de Tabacologie. Il conduit sur fonds publics (900 000 euros), l’étude ECSMOKE qui cherche à comparer les effets de la cigarette électronique contenant de la nicotine à la cigarette électronique sans nicotine et à la varénicline- Champix®.

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Journalisme et vérité : faut-il exécuter celles et ceux qui créent de l’anxiété généralisée ?

Bonjour

Le premier qui ne dira pas la vérité vraie devra être exécuté. Didier Raoult, 66 ans, est un biologiste, professeur de microbiologie, spécialiste des maladies infectieuses et des virus atypiques. C’est aussi un invité régulier de l’hebdomadaire généraliste Le Point – il y signe des chroniques acidulées tendant généralement à bousculer les priorités médiatiques sur des sujets aux frontières de ses compétences scientifiques.

Aujourd’hui la chronique du Pr Raoult est intitulée «  Et si on lançait un délit de création d’anxiété ». C’est une mise en abyme qui ne cite pas clairement sa cible prioritaire : une petite catégorie de journalistes, ceux qui jouent (ou relaient) les lanceurs d’alerte – des lanceurs systématiques ne hiérarchisant jamais ou presque leurs lancements. Face à eux, et au vu de leurs méfaits, le Pr Raoult juge que le moment est venu de créer un nouveau délit en France, « pays qui doute de lui-même et qui consomme énormément d’anxiolytiques ». Ecoutons un instant ce biologiste se piquant de journalisme et de justice.

« L’angoisse et l’anxiété tuent. Dans les pays développés, les causes de mortalité qui augmentent, et plus particulièrement aux Etats-Unis dans la population d’origine européenne, ce sont les suicides et la consommation excessive de dérivés d’opium pour calmer les douleurs et les inquiétudes. La France est l’un des pays qui consomment le plus d’anxiolytiques. L’alcool est partiellement utilisé aussi pour calmer les angoisses. Notre société est terriblement anxiogène. Les peurs maniées par les puritains et par une certaine presse (sic) ajoutent à l’angoisse généralisée. Certains ont tellement été marqués par ces peurs et par les notions de l’absence de seuil à l’exposition, comme pour l’amiante, qu’ils ont porté plainte maintenant pour délit de création d’anxiété. Pourtant le risque de contracter un cancer en passant dans une pièce où il y a de l’amiante à cause de cette exposition est nul. Je pense que ce délit, pour être nouveau, devrait effectivement faire l’objet d’une loi. »

 Ravages médiatiques écologiques

Il explique encore que tous les jours, de « fausses alertes », propagées par des « scientifiques approximatifs », des angoisses écologiques, ou des peurs d’épidémies, ont leur lot d’inquiétudes propagées à la vitesse d’Internet, sans jamais recevoir de vérification. « Dans mon monde, qui est celui des maladies infectieuses, les différentes ‘’crises’’ concernant le bioterrorisme, la maladie de la vache folle, les deux grippes aviaires, le chikungunya et Ebola ont fait, dans notre pays, moins de dix morts en l’espace de vingt ans » précise-t-il.

« Tous les jours, nous lisons comme étant des certitudes que l’ensemble des pesticides ou herbicides qui nous sont proposés constituent des dangers reconnus par tout le monde, mais cela est faux, ceci représente une partie de l’opinion, et certainement pas celle des scientifiques les plus rigoureux (…) qui, pour l’instant, ne considère pas le bisphénol comme étant toxique ni le glyphosate comme étant cancérigène, et l’influence des lobbys chimiques dans ce domaine semble bien moins forte que celle de la peur écologique. »

Le Pr Raoult connaît bien les corrélations entre la peur et les audiences médiatiques. En 2015 ce microbiologiste atypique avait publié un livre sur ce thème :  « Votre Santé Tous les mensonges qu’on vous raconte », Michel Lafon). C’était à l’époque de la sortie d’un ouvrage de deux de ses collègues, les Prs François Bricaire et Jean-Philippe Derenne, « Pandémie : la grande menace de la grippe aviaire » (Editions Fayard)

Aujourd’hui, nouvelle étape dans ce chemin de croix : « créer une loi pour poursuivre ceux qui ont suscité une angoisse caractérisée sans avoir les éléments pour pouvoir le faire ». Qui le suivra ?

A demain

 

Cannabis récréatif canadien : les médecins dénoncent le choix de leurs politiques

Bonjour

C’est un coup de tonnerre dans un ciel presque serein. Le Journal de l’Association médicale canadienne a, le 15 octobre, dénoncé la prochaine légalisation du cannabis récréatif dans leur pays : une « expérience incontrôlée » que le pouvoir exécutif devra, le cas échéant, savoir interrompre.

« Le 17 octobre, le gouvernement canadien va lancer une expérience nationale, incontrôlée, qui va opposer d’un côté les bénéfices des producteurs de cannabis et des revenus fiscaux, et de l’autre la santé des Canadiens » écrit ainsi Diane Kelsall la rédactrice en chef dans un courageux éditorial : « Watching Canada’s experiment with legal cannabis »

Le Dr Kelsall demande notamment au gouvernement fédéral d’Ottawa de surveiller l’évolution de la consommation du cannabis, notamment chez les jeunes, et de revenir sur cette légalisation en cas d’augmentation.

« Toute augmentation de l’usage du cannabis à des fins récréatives après l’entrée en vigueur de la légalisation, autant chez les adultes que chez les jeunes, doit être vue comme un échec de la législation, prévient-elle. Si finalement l’usage du cannabis augmente, le gouvernement devra avoir le courage d’admettre que la législation est imparfaite et revoir son projet ».

Moissonneuse-batteuse-lieuse

L’association médicale canadienne s’inquiète tout particulièrement des futures stratégies marketing des producteurs de cannabis – dont le nombre s’est multiplié ces derniers mois et qui ont vu leur capitalisation boursière flamber. La loi fédérale, en vigueur à partir de ce 17 octobre, limite toutefois le recours au marketing et à la publicité – mais on sait ce qu’il peut en être de la moissonneuse-batteuse-lieuse capitaliste travaillant à plein régime dans le champ des addictions.

« Leur but est de faire des bénéfices, et les bénéfices proviennent des ventes, rappelle le Dr Kelsall. Nous ne pouvons pas espérer que l’industrie du cannabis restreigne ses ambitions de croissance et se fixe comme objectif une réduction de la consommation ». Une partie des médecins canadiens s’oppose à la légalisation du cannabis récréatif en raison notamment des risques d’augmentation de la consommation chez les jeunes, rappelle l’Agence France Presse. Ils dénoncent également les conséquences sur le développement du cerveau des adolescents et les conséquences sur la sécurité routière.

Une étude, également publiée par le Journal de l’Association médicale canadienne, montre que les jeunes conducteurs voient leur risque d’avoir un accident de la circulation augmenter notablement jusqu’à cinq heures après avoir consommé du cannabis. Selon un tout récent sondage de l’institut Abacus Data seuls trois Canadiens sur dix sont opposés à la légalisation du cannabis récréatif. A l’inverse, 46 % des trois mille adultes interrogés en ligne la soutiennent et 24 % l’acceptent. On gardera toutefois en mémoire l’alerte lancée dans son éditorial par le Dr Diane Kelsall.

A demain

 

Cannabis récréatif légal au Canada : faudra-t-il applaudir ou s’en mordre les doigts ?

Bonjour

À compter du 17 octobre les adultes canadiens pourront acheter du cannabis « produit sous licence », à détenir jusqu’à 30 grammes de cannabis et, dans la plupart des provinces, à cultiver jusqu’à quatre plants de cannabis à domicile. Après l’Uruguay en 2013, le Canada est le deuxième pays du monde – le premier au sein du G7 – à légaliser la production, la distribution et la détention de cannabis à usage récréatif. Le Canada est aussi le premier État fédéral à décliner un modèle décentralisé de régulation du cannabis.

Pour mieux saisir les enjeux, voici un document essentiel – un document majeur pour celles et ceux qui portent un intérêt croisé à la politique, aux produits psychoactifs et à la santé publique de leurs contemporains : « La légalisation du cannabis au Canada » signé Ivana Obradovic, directrice adjointe de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Cette synthèse décrit le processus de réforme, les objectifs de la nouvelle législation et les modalités de régulation du marché mises en place au Canada, avant de conclure sur les points de vigilance à suivre

« La loi fédérale canadienne adopte une approche axée sur la santé publique et la sécurité des jeunes : elle crée un cadre juridique strict pour contrôler la production, la distribution, la vente et la possession de cannabis partout au Canada, explique Mme Obradovic. Cependant, chaque province ou territoire est chargé d’organiser la vente de cannabis et de ses dérivés et peut établir ses propres règles (sur l’âge minimum légal, les quantités, les lieux d’achat ou de consommation, etc.). Par ailleurs, les municipalités peuvent réglementer la consommation à l’échelle locale. »

Il reste d’autre part interdit de transporter du cannabis (quelle que soit la quantité) au-delà des frontières du Canada. La mise en œuvre de cette réforme engage donc différents niveaux de juridictions et donne lieu à des systèmes de régulation différenciés à travers le pays.

« Hormis ses disparités d’application, la mise en œuvre de la régulation du cannabis au Canada pose de nombreuses questions, souligne le directrice adjointe de l’OFDT. Ses effets sur la santé publique, la sécurité routière et l’économie sont les plus attendus, dans un contexte d’émergence d’une véritable filière industrielle du cannabis adossée au marché de l’alcool. »

Il faut aussi compter avec le retentissement de la réforme canadienne se situe au plan international. Le cannabis à usage médical y étant autorisé depuis 2001, le Canada constitue déjà le premier pôle producteur et exportateur de cannabis légal. Siège de plusieurs entreprises du cannabis cotées en Bourse, le Canada peut compter sur de fortes perspectives de développement économique compte tenu de l’interdit de production en vigueur presque partout ailleurs dans le monde.

« La légalisation du cannabis récréatif au Canada vise à assécher le marché illégal et à contrôler la qualité des produits. Mais à deux jours de son entrée en vigueur, elle suscite toujours de vives inquiétudes, notamment sur la santé des jeunes et la sécurité routière » résume pour sa part l’Agence France Presse (15/10/2018 07:54:58 – Montréal AFP). Risques pour la santé mentale des adolescents, impréparation de la police, règlementations variant d’une province à l’autre: les opposants, dont de nombreux médecins, craignent une flambée de la consommation et son cortège de conséquences néfastes.

Manitous français du sanitaire

« Ce gouvernement n’est absolument pas prêt pour la légalisation de la marijuana. Le pays n’est pas prêt » a prévenu le député conservateur John Brassard, dont le parti n’a cessé de dénoncer cette réforme phare du mandat de Justin Trudeau. « Comme médecin et comme père, je ne suis pas d’accord avec la légalisation du cannabis récréatif » a déclaré à l’AFP le Pr Antonio Vigano, cancérologue et spécialiste du cannabis thérapeutique (Centre universitaire de santé McGill). Comme nombre de ses confrères, il invoque les risques d’un accroissement de la consommation chez les jeunes qui, selon les provinces, pourront acheter de la marijuana dès l’âge de 18 ou 19 ans. « On sait que le cerveau est encore en phase de développement jusqu’à 25 ans », précise-t-il – et d’évoquer « l’effet synergique » entre cannabis et l’alcool, souvent associés en un cocktail ravageur.

D’autres s’inquiètent d’une recrudescence des accidents de la circulation liés à la conduite sous l’emprise de ce psychotrope. Une récente étude publiée par l’institut officiel Statistique Canada a révélé qu’un consommateur de cannabis sur sept (14 %) possédant un permis avait déjà conduit un véhicule dans les deux heures suivant sa consommation.

Mais pour Jean-Sébastien Fallu, spécialiste de toxicomanie à l‘Université de Montréal, tous ces risques ne pèsent finalement pas lourd face aux vertus de la légalisation. « Le cannabis n’est pas bon pour la santé, mais la prohibition est extrêmement nocive et pire que le cannabis, résume-t-il. Tous les arguments reposent sur la crainte de l’augmentation de l’usage mais ce n’est pas quelque chose qu’on prédit, du moins à court terme, sur la base des études menées ailleurs dans le monde et des sondages. Et puis je préfère un peu plus d’usage de cannabis et quelques méfaits de plus, que les conséquences catastrophiques de la prohibition en termes de stigmatisation, de violence, de criminalité, d’économie illicite, etc. »

Où l’on voit que le Canada pose ouvertement et en vraie grandeur la problématique de la réduction des risques – un sujet majeur que la France, son président de la République, son parti majoritaire et ses manitous du sanitaire, se refusent obstinément à aborder

A demain

Sur ce même thème, et sur Slate.fr : « Homme libre, toujours tu chériras le cannabis »  de Laurent Sagalovitsch

 

 

Arrêter de fumer avec (ou sans) conflits d’intérêts ? Rendez-vous à l’OpenMind Kfé !

Bonjour

C’est une invitation adressée aux journalistes de la presse spécialisée « santé ». Rendez-vous le 17 octobre 2018 de 9 h à 11h à « l’OpenMind Kfé », 165 Faubourg Saint Honoré, 75008 Paris. Métro : Ligne 9 / Saint Philippe du Roule. Bus : Ligne 28-32-52-80-83 et 93 / arrêt Saint Philippe du Roule. Parking : Le Relais de Ponthieu

Programme : « Regards croisés de deux experts de santé », par le Dr. Ivan Berlin, médecin pharmacologue-addictologue à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) & Le Dr. Anne-Laurence Le Faou, Médecin Généraliste, Addictologue, et Responsable du Centre de tabacologie de l’Hôpital Européen Georges Pompidou

Pitch : « Arrêter de fumer est un enjeu de santé publique. L’étude « Reduce to Quit » démontre qu’un arrêt progressif est une des solutions les plus adaptées pour réussir un sevrage tabagique ! A l’occasion du Moi(s) Sans Tabac, Pfizer, laboratoire engagé dans le sevrage tabagique, vous convie à la : Présentation des résultats de l’étude « Reduce To Quit » Arrêt progressif : solution adaptée pour un sevrage tabagique réussi ! »

Trois précisions ne figurent pas sur le bristol :

I Le Dr Anne-Laurence Le Faou est présidente de la Société francophone de tabacologie (SFT)

II Le Dr Ivan Berlin est secrétaire général adjoint chargé de la recherche de la SFT. Il conduit, sur fonds publics, l’étude ECSMOKE.  « L’AP-HP est promoteur de l’étude ECSMOKE, financée par le PHRC national, écrivions-nous en mai 2017. Cette étude comparera la cigarette électronique contenant de la nicotine à la cigarette électronique sans nicotine et à un médicament (varénicline- Champix®) qui a l’autorisation de mise sur le marché comme aide au sevrage tabagique. Ce sera une étude pivot dont l’objectif est de démontrer que la CE contenant de la nicotine est une aide au sevrage tabagique et a un rôle dans la prise en charge des fumeurs. 650 fumeurs seront randomisés et suivis dans treize consultations de tabacologie de différentes structures hospitalières du pays. Les résultats sont attendus pour 2020. »

Ce travail est financé par la Direction Générale de la Santé à hauteur de 900 000 €. Il est dirigé par le Dr Ivan Berlin (département de pharmacologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière), tabacologue, ancien président de la Société française de tabacologie. En 2016, dès l’annonce de l’étude, les meilleurs spécialistes de la vape en France avaient demandé à en savoir plus. Sans succès. Puis les modalités pratiques de ce travail de recherche clinique avaient été très sérieusement critiquées. Plus généralement pourquoi comparer un outil dont l’efficacité pratique était déjà connue à un médicament controversé ?

III La multinationale pharmaceutique Pfizer commercialise la varénicline – Champix®. Cet agoniste partiel des récepteurs nicotiniques cérébraux indiqué dans le sevrage tabagique chez l’adulte, est à nouveau remboursé (65%) depuis mai 2017 suite à une initiative de Marisol Touraine. Cette prise en charge ne s’applique, officiellement, que lorsque Champix® est prescrit en seconde intention, après échec des stratégies comprenant des substituts nicotiniques, chez des fumeurs ayant une forte dépendance au tabac.

Cette décision de remboursement est conforme aux recommandations de la Commission de la transparence (avis du 9 novembre 2016), basées sur plusieurs études ayant démontré l’efficacité de la varénicline en termes de taux d’abstinence continue sur 4 semaines (semaines 9 à 12) dans la population générale, chez des fumeurs souffrant de BPCO ou de maladies cardiovasculaires et chez des fumeurs avec ou sans antécédents psychiatriques.Ce taux s’applique à toutes les présentations de Champix® dont les prix publics (hors honoraire de dispensation) s’élèvent à 32,84 euros (11 comprimés à 0,5 mg + 14 comprimés à 1 mg), 36,36 euros (28 comprimés à 1 mg) et 69,25 euros (56 comprimés à 0,5 mg ou à 1 mg).

Une question : Ainsi donc Pfizer, « laboratoire engagé dans le sevrage tabagique » convie la presse à la présentation des résultats de l’étude « Reduce To Quit – Arrêt progressif : solution adaptée pour un sevrage tabagique réussi ! ». Que vont bien pouvoir annoncer, en toute liberté, à l’«OpenMind (sic) Kfé », les Drs Le Faou et Berlin ?

A demain