E-cigarette : par décret, il ne sera plus interdit de vapoter au restaurant et au café

Bonjour

La carte et le territoire : il aura fallu huit ministres pour signer le « Décret n° 2017-633 du 25 avril 2017 relatif aux conditions d’application de l’interdiction de vapoter dans certains lieux à usage collectif ». Un texte paru aujourd’hui au Journal Officiel et qui entrera en vigueur le 1er octobre prochain. Une traduction de ce texte est fournie par vapingpost.com (Nathalie Dunand).

 Courteline n’est pas loin. L’interdiction de vapoter concernera « les locaux recevant des postes de travail situés ou non dans les bâtiments de l’établissement, fermés et couverts, et affectés à un usage collectif, à l’exception des locaux qui accueillent du public ». On peut donc en conclure que bars, cafés et restaurants sont exclus de l’interdiction puisqu’ils « accueillent du public ». Idem pour les hôtels, les administrations. Qu’en sera-t-il pour les hôpitaux, les établissements psychiatriques, les prisons ?

Reste aussi à définir, pour les travailleurs, les locaux fermés et couverts à usage collectif qui « reçoivent des postes de travail ». « Couloirs, espaces autour de machines à café ou fontaine à eau par exemple, semblent exclus du champ de l’interdiction » croit pouvoir lire vapingpost.com.  Tel ne devrait pas être le cas des open space.

150€ maximum

Les huit ministres du gouvernement sur le départ précise « qu’une signalisation rappellera le principe de l’interdiction de vapoter et, le cas échéant, les conditions d’application dans l’enceinte des lieux concernés ». Ne pas respecter les interdictions de vapoter expose à une contravention de 2e classe (150€ maximum). Les responsables qui ne mettraient pas en place la signalisation s’exposent quant à eux une contravention de 3e classe (450 € maximum).

On sait par ailleurs que le vapotage est prohibé « dans les établissements scolaires et les établissements destinés à l’accueil, à la formation et à l’hébergement des mineurs », mais aussi « dans les moyens de transport collectif fermés ».

Sont chargé de l’exécution du présent décret,: la ministre de l’environnement, de l’énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat, la ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, la ministre des affaires sociales et de la santé, le garde des sceaux, ministre de la justice, la ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, le ministre de l’intérieur, la ministre de la fonction publique et le ministre de la ville, de la jeunesse et des sports.

Eux et leurs successeurs.

A demain

Psychiatrie post-vérité : Donald Trump le charismatique est-il un narcisse pathologique ?

 

Bonjour

Vous vous intéressez au pouvoir, à la psychiatrie et à l’équilibre du monde ? Vous prendrez plaisir à la lecture, sur le site Slate.fr, d’ « Alors Trump, fou ? » de Moisés Naím » (traduction de Bérengère Viennot). Un texte qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, prend une saveur toute particulière à l’heure de la dernière ligne droite chaque jour plus extravertie de notre campagne présidentielle – une dernière ligne droite où les caractéristiques de la psychologie d’Emmanuel Macron commencent à faire l’objet d’un intérêt critique de plus en plus marqué par certains médias.

« Les dirigeants charismatiques inspirent de grandes manifestations de dévouement et, inévitablement, leur orgueil ne manque pas de se laisser dilater par les applaudissements, flatteries et autres louanges dont ils sont l’objet, écrit Moisés Naím. Cette vanité poussée à l’extrême peut très facilement se transformer en narcissisme éventuellement pathologique. En fait, je suis convaincu que l’un des risques professionnels les plus courants chez les politiciens, artistes, athlètes et chefs d’entreprises qui réussissent est le narcissisme, c’est-à-dire une fascination exagérée suscitée par leur propre personne. »

Νάρκισσος. Narcisse. Narcissisme. Tout ou presque a été écrit avant même l’invention du miroir, sur les dangers de la contemplation de soi-même dans l’exercice du pouvoir. Puis vint la psychiatrie et ses frontières entre normal et pathologique. L’American Psychiatric Association a élaboré une série de critères 1 pour diagnostiquer le narcissisme pathologique (« trouble de la personnalité narcissique »). « Selon les recherches sur le sujet, les personnes qui en souffrent montrent une mégalomanie persistante, un besoin excessif d’être admiré et une absence d’empathie, résume Moisés Naím. Elles manifestent une grande arrogance, des sentiments de supériorité et des comportements ciblant la prise de pouvoir. Elles ont aussi des egos très fragiles, elles ne tolèrent pas la critique et ont tendance à rabaisser les autres pour se réaffirmer elles-mêmes. »

Déontologie bafouée

Et Donald Trump ? Point n’est besoin d’être psychiatre pour comprendre que le président américain présente (et se plait à présenter) plusieurs des symptômes caractéristiques du narcissisme. Mais cela le rend-il inapte à occuper l’un des postes les plus importants de la planète ? Certains spécialistes le pensent et l’ont écrit dans une lettre envoyée au New York Times. Un texte qui ne respecte pas la règle déontologique minimale qui veut que les psychiatres s’imposent de ne jamais porter de diagnostic – même concernant une personnalité publique– à distance.

Bien évidemment d’autres psychiatres ne sont pas du même avis et le disent également dans les colonnes du New York Times. Comme le Dr Allen Frances, qui fut le directeur du groupe de travail ayant préparé la quatrième édition du D.S.M. IV.

« Beaucoup de diagnosticiens amateurs attribuent à tort au président Trump un trouble de la personnalité narcissique. C’est moi qui ai rédigé les critères qui définissent ce trouble, et M. Trump n’y correspond pas. C’est peut-être un narcissiste de catégorie mondiale, mais cela n’en fait pas un malade mental pour autant, parce qu’il n’éprouve ni les souffrances ni les handicaps dont la manifestation est nécessaire pour poser un diagnostic de maladie mentale. M. Trump inflige de graves souffrances plutôt qu’il ne les éprouve, et sa folie des grandeurs, son égocentrisme et son absence d’empathie ont été grandement récompensés plutôt que sanctionnés.»

Moyen Âge trumpien dystopique

Et le psychiatre (qui, lui non plus n’a pas examiné le président) de laisser la place au citoyen ;

« Le recours aux insultes psychiatriques est une manière malavisée de contrer les attaques de M. Trump contre la démocratie. Son ignorance, son incompétence, son impulsivité et son désir de s’octroyer des pouvoirs dictatoriaux peuvent et doivent être dénoncés de façon appropriée. Ses motivations psychologiques sont trop évidentes pour être intéressantes, et les analyser ne mettra pas un terme à sa conquête irréfléchie du pouvoir. L’antidote à un Moyen Âge trumpien dystopique sera politique, pas psychologique.»

 Infliger des souffrances plutôt que les éprouver… Pour un peu cela serait une assez bonne définition de l’exercice du pouvoir. Reste le pouvoir exercer par Narcisse. « Le pouvoir isole, et les narcissistes en position de pouvoir ont tendance à être encore plus vulnérable à l’isolement qui accompagne les fonctions les plus puissantes, écrit Moisés Naím. (…) Au bout de trois mois de mandat, il est déjà évident que le président Trump sera obligé de renoncer à honorer de nombreuses promesses de campagne. Les frustrations se multiplient. On peut supposer sans grand risque que ses déceptions seront de plus en plus fréquentes et ses frustrations de plus en plus douloureuses. Cela ne peut pas être une bonne chose pour sa santé mentale. » Ni pour la planète.

A demain

1 Des sentiments mégalomaniaques et la conviction que leur supériorité doit être reconnue. 2) Une obsession autour de fantasmes de pouvoir, de succès, d’intelligence et de séduction physique. 3) L’impression d’être unique, supérieur et par conséquent la recherche de groupes et d’institutions prestigieux. 4) Un besoin constant d’être admiré. 5) Le sentiment d’avoir le droit d’être traité de façon spéciale, et que les autres doivent obéir. 6) Une tendance à exploiter autrui et à en tirer profit pour obtenir des bénéfices personnels. 7) L’incapacité à ressentir de l’empathie pour les sentiments, les désirs et les besoins des autres. 8) Une jalousie intense et la conviction que l’entourage éprouve forcément le même type de jalousie. 9) Une tendance à agir de façon pompeuse et arrogante.

Sur ce thème on lira aussi avec intérêt le récent  « Tous narcissiques » de Jean Cottraux (Editions Odile Jacob)

 

 

Ethique et politique : les non-dits du futur Président à propos de la « PMA pour toutes »

 

Bonjour

Déjà Président ? Désormais tous les mots seront pesés. Ceux à venir, ceux du passé. Il avait (avec quelques approximations) déjà dit sa volonté concernant la procréation médicalement assistée – tout en se protégeant derrière l’avis (à venir) du Comité national d’éthique – avis qui précédera la révision (prévue pour 2018) de la loi de bioéthique.

Peu avant le sacre annoncé il se confiait, sur le même sujet, à Marie Claire. « Toutes les configurations familiales ont droit à une égale considération » avait-il déjà fait savoir au début de cette année. Des propos alors en opposition apparente avec ceux qu’il avait tenus sur « l’humiliation » vécue par les opposants au « mariage pour tous » en 2013.  « Il est favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour les femmes seules et les couples de femmes », avait alors confié son entourage au Figaro, confirmant une information d’iTélé.

Solidarité nationale

 Marie-Claire lui demande : « Etes-vous favorable à la PMA pour toutes ? ». Emmanuel Macron répond : « J’y suis favorable. Il n’y a pas de raisons éthiques ni politiques pour fermer la PMA ».  Pas un mot de plus. Pas un mot de moins.

Aucune raison éthique ? Aucune raison politique ? Vraiment ? Nous n’en saurons pas plus sur l’argumentaire qui sous-tend l’ouverture à laquelle le futur Président se dit favorable. Ni sur les innombrables difficultés qui surgiront au moment de la question, majeure, du financement par la solidarité nationale d’une pratique ouverte et qui, à ce titre, ne pourra plus être considérée comme une thérapeutique de la stérilité.

On sait qu’Emmanuel Macron sera, demain, opposé à Marine Le Pen. Cette dernière a refusé de répondre aux questions de Marie-Claire.

A demain

 

Après avoir fait la lumière, les experts classent l’affaire de l’implant stérilisant Essure®

 

Bonjour

Affaire rondement menée : le comité des huit experts indépendants chargé d’évaluer les risques liés à l’implant de stérilisation Essure estime qu’il n’est « pas nécessaire » de modifier la réglementation concernant ce dispositif stérilisant de la multinationale Bayer. Telle est la principale des conclusions, publiées jeudi 20 avril sur le site de l’Agence du médicament (ANSM).

Environ un million d’implants Essure®  ont été commercialisés dans le monde, dont 140 000 en France. De façon unanime, ces huit experts 1 concluent que « les données de la littérature, de la surveillance et les résultats de l’étude épidémiologique ne remettent pas en cause la balance bénéfice risques favorable de l’implant Essure® ». D’autre part « de nouvelles conditions en termes de réglementation ne sont pas nécessaires ». Seul bémol : « une information indépendante devait être apportée aux femmes envisageant la contraception permanente, sur l’ensemble des méthodes de contraception et en particulier sur les avantages et les risques des deux méthodes de contraception permanente féminine afin de permettre une décision éclairée ».

Dimension judiciaire

La veille une réunion de travail « ouverte à la presse » au siège de l’ANSM avait permis aux experts d’entendre des représentants de l’association Réseau d’entraide soutien et information sur la stérilisation tubaire (Résist), du  Planning familial, de l’Association nationale des centres d’IVG et de contraception (Ancic) et du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF).

Plus de 20 000 dispositifs sont actuellement implantés chaque année en France où, après l’âge de 40 ans, plus d’une femme sur dix fait le choix d’une stérilisation définitive (l’autre technique est la méthode cœlioscopique-ligature des trompes), Les données de pharmacovigilance établies depuis 2003 confirment certes l’existence d’accidents et de troubles gynécologiques chez certaines des femmes implantées. Pour autant, selon l’ANSM, ces incidents restent peu nombreux au regard du nombre de poses effectuées. Cette agence dénombre 40 grossesses, 138 incidents mécaniques, 249 incidents postopératoires gynécologiques (douleurs pelviennes, abdominales ou lombaires, ménométrorragies), 203 retraits et 281 incidents « autres ».

Quel impact ces conclusions d’experts auront-ils sur l’affaire Essure® ? Après une forte médiatisation quant à ces effets secondaires, plus de trois cents nouveaux signalements étaient parvenus à l’ANSM depuis le début du mois de février dernier. Quelle stratégie vont adopter les responsables du Réseau d’entraide soutien et information sur la stérilisation tubaire qui réclame le retrait de cette technique ? Les conclusions des experts indépendants réunis par l’ANSM auront-elles un impact sur la dimension judiciaire de l’affaire ? Pour l’heure, prudente, l’ANSM se borne à « prendre acte de ces premières conclusions ».

A demain

1 Sylvain Bouquet, Pascal Cohen, Odile Gagneur, France Lert, Jean-Philippe Lucot, Joël Poupon, Thierry Rabilloud, Michel Tournaire

 

Dépakine®: on sait (enfin) combien elle a provoqué de malformations congénitales graves

Bonjour

On dira, au choix, que c’est un rebondissement ou une confirmation chiffrée dans l’affaire de la Dépakine® (valproate) et des malformations congénitales que ce médicament a pu provoquer. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Caisse Nationale de l’Assurance Maladie des Travailleurs Salariés (CNAMTS) viennent de publier les résultats du deuxième volet du programme d’études pharmaco-épidémiologiques mené sur ce thème. Ces résultats portent sur le risque de malformations congénitales majeures 1.

Les résultats du premier volet, publiés en août 2016, avaient mis en évidence un niveau élevé d’exposition au valproate et ses dérivés chez les femmes enceintes, soit 14 322 grossesses exposées entre 2007 et 2014 (sur plus de 7,5 millions de grossesses).

Le deuxième volet de cette étude avait pour objectif principal d’estimer le risque de malformations congénitales majeures associé à l’exposition à ces médicaments, et ce selon l’indication (épilepsie ou troubles bipolaires). Il porte sur la période 2011 – 2015 et porte sur près de 2 millions de femmes enceintes. Parmi elles, 2 321 ont été exposées au valproate.  Conclusion :

« Les résultats de ce deuxième volet confirment le caractère hautement tératogène du valproate. Ils mettent également en évidence un niveau de risque variable selon l’indication : le risque de malformations congénitales majeures, par rapport à la population générale, est globalement quatre fois plus élevé chez les enfants nés d’une femme traitée par valproate pour une épilepsie, alors qu’il est deux fois plus élevé lorsqu’elle est traitée par valproate pour un trouble bipolaire. »

Entre 2 150 et 4 100 cas

Le nombre total d’enfants exposés in utero au valproate, atteints d’au moins une malformation congénitale majeure, a été estimé à partir de ces résultats. Sur l’ensemble de la période depuis sa commercialisation (1967-2016), le nombre total est estimé entre 2 150 (fourchette basse) et 4 100 (fourchette haute).

Ce n’est là qu’une fraction de la réalité pathologique. L’ANSM précise que pour les autres médicaments de l’épilepsie et des troubles bipolaires, le risque de malformation congénitale majeure apparaît globalement moins marqué, avec cependant des différences en fonction des substances. (L’ensemble des antiépileptiques fait l’objet d’une évaluation approfondie du risque tératogène conduite par l’ANSM, aujourd’hui en cours de finalisation.)

Il faut aussi compter, point essentiel, avec « les troubles neurodéveloppementaux » dont on dit qu’ils sont « difficilement identifiables dans les bases de données médico-économiques de l’Assurance Maladie ». Les résultats d’une étude exploratoire est attendue pour le second semestre 2017. Il restera, plus généralement, à comprendre pourquoi ces données chiffrées arrivent si tardivement, un demi-siècle après la première mise sur le marché.

A demain

1 Notamment les anomalies du système nerveux central (ex microcéphalie), anomalies cardiovasculaires, anomalies oro-faciales, anomalies du système digestif, anomalies rénales, anomalies des organes génitaux externes.

Politique et post-vérité : non, le Dr Irène Frachon ne sera pas ministre de la Santé.

Bonjour

Certains osent tout. Ainsi Nicolas Dupont-Aignan qui a déjà annoncé la composition imaginaire de son futur gouvernement idéal. Aux côtés de Natacha Polony (Instruction publique), Henri Guaino (Défense),  Rama Yade (Affaires étrangères), Philippe Bilger (Justice) figure Irène Frachon à la Santé. Les réactions de cette dernière furent alors rapportées par Le Télégramme de Brest (Jean-Luc Padellec):

« Qu’il salue mon travail, pourquoi pas… Mais je désapprouve totalement la démarche qui consiste à associer mon nom de façon ostensible à son engagement. C’est un procédé choquant car cela laisse entendre indirectement que je pourrais le soutenir. Or, je ne partage aucune idée commune avec Nicolas Dupont-Aignan.»

Sermonner l’équipe de Macron

Le quotidien breton explique que le candidat souverainiste n’était pas le premier à tenter de débaucher celle qui incarne à la perfection le rôle de la lanceuse d’alerte n’abandonnant pas le combat. Ainsi Benoît Hamon faisant savoir qu’il aimerait bien qu’Irène Frachon prenne la parole, lors de son récent meeting brestois. Refus.  « Mon combat est citoyen mais n’a rien à voir avec un quelconque positionnement partisan, dit-elle. Je suis persuadée que m’engager politiquement ruinerait ma crédibilité. Et derrière ma crédibilité, c’est la défense des victimes du Mediator qui est en jeu. »

Pour autant elle répond favorablement à toutes les sollicitations qui permettent aux candidats « d’affiner leur pensée politique » sur le scandale du Mediator, les conflits d’intérêt, la puissance des lobbys, ou la protection des lanceurs d’alerte. « C’est ainsi qu’elle s’est prêtée de bonne grâce à un dialogue filmé avec Jean-Luc Mélenchon, qui a donné lieu à une vive polémique au sein du corps médical ; une polémique sur laquelle la pneumologue vient revient dans Le Quotidien du Médecin où elle présente ses excuses à ceux de ses confrères spécialistes qu’elle aurait pu blesser.

Irène Frachon a aussi « sermonné » l’équipe d’Emmanuel Macron quand elle a appris qu’un proche des laboratoires Servier le conseillait sur les questions de santé. Mais, pour le reste, chacun est prévenu. « Je ne serai jamais la ministre de la Santé de quiconque. Ce serait d’ailleurs absurde sur le plan de l’efficacité car je n’ai aucune compétence. » Et il en va de même pour un rôle plus modeste dans un conseil municipal. Celui de Brest, par exemple. Où l’on voit, une nouvelle fois, que l’exercice de la politique fait nettement moins rêver qu’autrefois.

A demain

«Tabac chauffé» : Philip Morris a-t-il programmé la mort de la cigarette qui tue ?

 

Bonjour

Ancien de l’Ecole Polytechnique de Lausanne, André Calantzopoulos est aujourd’hui le PDG de Philip Morris International (PMI), l’une des premières puissances mondiales du « tabac brûlé ». Son groupe s’apprête à lancer en France l’appareil IQOS et ses recharges de « tabac chauffé » présentés comme une manière de fumer « à moindre nocivité ».

L’appareil IQOS est d’ores et déjà commercialisé dans vingt pays.  Il sera bientôt (70 euros) chez les vingt-six mille buralistes de l’Hexagone – avec les paquets de vingt sticks de tabac au prix du paquet de Marlboro, (7 euros). Le tout devant les murs de « paquets neutres » avec le logo et les couleurs de Philip Morris. Le géant du tabac « brûlé » assure avoir investi trois milliards de dollars depuis 2008 pour développer des « produits à risques potentiellement réduits ». C’est, à en croire ses communicants, une véritable mutation industrielle estampillée « moindre risque ». C’est aussi une concurrence directe de la révolution que constitue la cigarette électronique.

« Ce marketing bien rodé est trompeur car il entretient une certaine confusion, vient de commenter, sur France Inter, le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue-militant. C’est du tabac chauffé, non brûlé, disent-ils, mais il est un peu brûlé tout de même et il libère de toutes petites doses de monoxyde de carbone et de produits toxiques. C’est un produit du tabac, on n’est pas du tout sur une cigarette électronique, alors que Philip Morris veut entretenir la confusion et dire que c’est la même chose. »

Pas devant les enfants

André Calantzopoulos écoute-t-il  France Inter ? Répondra-t-il aux commentaires du Pr Dautzenberg ? Il faut l’espérer puisque le PDG de Philip Morris International semble goûter les médias. Il était à Londres en novembre dernier au moment du lancement d’IQOS au Royaume-Uni. Et le PDG de parler à la BBC. « Le moment viendra où nous aurons suffisamment d’adoptions de ce produit alternatif pour commencer à envisager, avec les gouvernements, l’élimination des cigarettes.  J’espère que ce moment arrivera bientôt ». Interrogé par The Times, il semblait voir le jour où PMI arrêterait de vendre des cigarettes : « Pas au cours de mon mandat de PDG, mais de mon vivant, j’espère ».

Il y a quelques semaines le quotidien suisse Le Temps interrogeait le PDG de Philip Morris dont le siège est à Lausanne. Extrait :

«  – Etes-vous fumeur?

– Je fume des cigarettes professionnellement. Je goûte les marques de la concurrence. Je m’accorde parfois aussi un cigare.

– Comment abordez-vous la question de la cigarette au sein de votre famille?

– Ma femme a arrêté de fumer quand elle était enceinte. Comme elle allaite en ce moment, il n’est pas question qu’elle reprenne. Etant père de famille, je suis convaincu par ailleurs qu’il ne faut pas fumer devant les enfants.

– Comment vivez-vous le fait de vendre un produit qui tue?

– La cigarette est un produit utilisé par plus d’un milliard de personnes, qu’il est légal de vendre. Ma fonction est d’offrir le plus de plaisir aux consommateurs sans gêner les autres. Cela fait dix-neuf ans que je travaille chez PMI et je suis fier de notre succès, de notre approche, de notre transparence et de notre volonté de dialoguer. »

A demain