Ubu roi : l’inénarrable affaire du vaccin DTP rebondit soudain devant le Conseil d’Etat.

 

Bonjour

Le vieux quotidien continue à suivre certains de ses dossiers. Parmi eux celui, chaque jour plus épais, des vaccins. Aujourd’hui Le Monde (François Béguin) nous révèle que l’Etat français pourrait être contraint de trouver (avant l’élection présidentielle) une solution pratique pour assurer la disponibilité des seuls vaccins obligatoires : ceux contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP). Aussi étrange que cela puisse paraître au citoyen ces trois vaccins sont introuvables depuis 2008. Plus précisément ces vaccins sont introuvables seuls : ils existent, certes, mais toujours associés à d’autres valences : coqueluche, hépatite B et Haemophilus influenzae de type b…

On peut le dire autrement : les prescripteurs et les parents se voient contraints d’utiliser des spécialités associant les trois vaccins obligatoires à des vaccins simplement recommandés. Il y a là une incohérence qui alimente la suspicion croissante contre le geste vaccinal. Cette anomalie jamais expliquée par la ministre en charge de la santé publique laisse aussi supposer que les multinationales vaccinales ont tout fait pour parvenir à cette vente forcée. A ce titre force est de constater que les menaces de Marisol Touraine vis-à-vis des fabricants (formulées il y a un an) sont restées sans effets 1.

Patriarche médical du naturel

Tout cela n’avait pas échappé à l’Institut de la protection pour une santé naturelle (IPSN), une jeune association énergétique. Basée rue de Clichy à Paris et dirigée par Augustin de Livois, l’IPSN « défend le droit de se soigner librement, et notamment par des solutions naturelles ». Il a aussi « vocation à informer les citoyens, défendre les médecins ou thérapeutes et à changer les législations dans le domaine au niveau national et européen ». C’est aussi l’un des (puissant) relais du célèbre Pr Henri Joyeux  patriarche médical du naturel dont l’idéologie est moins lisse qu’on pourrait le penser.

Or le Pr Joyeux réclame de longue date le retour des seuls vaccins trivalents DTP. Et son appel à Marisol Touraine a réuni plus d’un million de signatures. Il en va de même pour l’ISPN. Et faute de réponse de la ministre de la Santé plus de deux mille personnes ont déposé une requête devant le Conseil d’Etat. Cette requête était examinée ce lundi 16 janvier. Et que croyait vous qu’il arriva ?

Applaudissements au Palais Royal

« La discordance actuelle entre l’obligation vaccinale et l’impossibilité de la mettre en œuvre conduit à une situation d’illégalité », a fait valoir Rémi Decourt-Paolini , rapporteur public de la plus haute juridiction administrative française. Il a  estimé que « la ministre de la santé est en capacité de prendre diverses mesures pour assurer la disposition des seuls vaccins obligatoires ». Il a notamment expliqué que Marisol Touraine pouvait demander à l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) « d’acquérir, de fabriquer ou d’importer les vaccins en cause ». 2

On entend les applaudissements sous les ors et dans la cour du Palais Royal.  « C’est un énorme soulagement pour ceux qui veulent juste prendre le vaccin DTP », a réagi Augustin de Livois. « La première étape est gagnée, il y a un rééquilibrage des forces », s’est pour sa part félicitée Me Jacqueline Bergel, l’avocate des requérants.

Refus de l’aluminium

Et maintenant ?  La décision du Conseil d’Etat devrait être annoncée à la fin de janvier ou au début de février. En toute hypothèse elle ne réglera rien. Car les attaques anti-vaccinales du Pr Joyeux, de l’IPSN et des centaines de milliers de signataires ne se bornent pas à la seule question de la mise à disposition d’un vaccin trivalent DTP. Il faut aussi que ce vaccin soit sans aluminium.

Sans aluminium, sans adjuvants, purement naturels en somme – ce que par définition, ils ne sont pas. On attend (avec le plus vif intérêt) de savoir comment tranchera le Conseil d’Etat.

A demain

« Vaccin «DTPolio» : Marisol Touraine a entendu le Pr Henri Joyeux. Reste la question de l’aluminium » Journalisme et santé publique 28 janvier 2016

Lire sur ce thème: « Vaccination DTPolio : le raisonnement vicié du Pr Henri Joyeux. Nouvelles menaces de pénurie » Journalisme et santé publique  (13 août 2015). L’ANSM nous expliquait alors qu’une solution avait été trouvée:

« Pour pallier l’indisponibilité du vaccin DTVax®, nous avons autorisé l’importation des doses d’une spécialité similaire du Canada « Vaccin diphtérique et tétanique adsorbé » début février 2015. Ce vaccin se présente sous forme de flacon unidose (contrairement au DTVax® qui se présentait sous forme de flacons multidoses). Il dispose d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) aux USA.

Le laboratoire Sanofi Pasteur MSD met à disposition à titre gracieux sur demande des médecins prescripteurs (comme préalablement pour le DT Vax®) le vaccin diphtérique et tétanique adsorbé « canadien » sous forme d’un « kit » contenant également Imovax Polio®, (vaccin poliomyélitique inactivé du même laboratoire).

Ce kit est indiqué pour les patients présentant une contre-indication à la valence coquelucheuse et ce afin de satisfaire aux obligations vaccinales. Ces deux vaccins doivent être administrés simultanément en deux sites d’injection différents. Ce vaccin importé est disponible depuis mai 2015. »

 

Brouillards tabagiques : comment ne pas interpréter les statistiques de l’année 2016

Bonjour

« Après une hausse en 2015, l’année 2016 marque un recul de 1,2 % des ventes de cigarettes en France. » Comment ne pas se réjouir ?  Juste sous la barre de 45 milliards de cigarettes livrées l’an dernier aux buralistes dans l’Hexagone – soit une baisse de 1,2 % par rapport à l’année précédente. Ce sont là les chiffres officiels du distributeur unique, Logista. En valeur, le recul des ventes de cigarettes est similaire et atteint 15,17 milliards d’euros.

 « Toute baisse de la vente de tabac correspond à une baisse de la consommation, donc on ne peut que s’en féliciter mais elle pourrait baisser encore plus vite si on augmentait les prix, si on appliquait les lois avec l’interdiction de fumer dans les lieux publics ou encore l’interdiction de vente aux mineurs » commente, auprès de l’AFP, le Pr Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNCT).

L’or et l’argent de la contrebande 

Pour le Pr Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT), « ce recul des ventes est un bon signe, il y a un frémissement mais nous sommes encore en dessous des autres pays européens, qui voient leurs ventes de cigarettes et la consommation diminuer plus rapidement ». Il ajoute que « l’arrivée des paquets neutres sur le marché français dès l’automne, l’opération « Moi(s) sans Tabac » en novembre et l’essor de la cigarette électronique n’ont pas été sans avoir eu un effet sur les ventes de 2016.

Les Prs Dautzenberg et Martinet parlent d’or. Les professionnels du secteur parlent argent. Pour expliquer ces baisses ils accusent leur bête noire : la contrebande, le marché parallèle qui, selon eux, « ne cesse d’augmenter ». Selon une étude de KPMG publiée en juin 2016, il s’établissait, en 2015, à 27,1% de la consommation française. Ce qui est proprement ahurissant.  « Nous avons vraiment le sentiment qu’il s’agit d’un transfert de consommation qui se fait au profit des réseaux officieux car des études montrent que la consommation de tabac ne baisse pas tant que ça en France », observe Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes.

M. Montredon est toutefois quelque peu contredit par le « tableau de bord tabac » de l’Observatoire français des Drogues et Toxicomanies (OFDT). Novembre 2016 (correspondant à la première campagne « Moi(s) sans tabac ») aurait été marqué par une baisse de 3,1 % des ventes (officielles) de cigarettes et de 9,1 % sur le tabac à rouler. Mais l’OFDT pondère :

« Cette baisse doit cependant être interprétée avec précaution car novembre 2015 avait été marqué par une augmentation sensible des ventes de tabac liée probablement en partie à la déclaration de l’état d’urgence qui a réduit les déplacements dans les pays limitrophes ».

Emmanuel Macron et les addictions

Même les buralistes reconnaissent que, concernant les aides au sevrage, l’effet « Moi(s) Sans Tabac », « semble moins discutable ». Les ventes de substituts nicotiniques ont progressé de 28 % par rapport à novembre 2015 « poursuivant la tendance des derniers mois et aboutissant à une hausse en cumul depuis janvier qui atteint 17 % », précise l’OFDT. En novembre 2016, les Français ont aussi été plus nombreux à consulter un tabacologue. Le nombre de patients accueillis a ainsi augmenté de 24,4 % et les nouveaux patients ont également été plus nombreux (+ 6,3 %). La part de démarches personnelles à l’origine de ces visites est à la hausse (44 % en novembre 2016, contre 36 % en moyenne depuis le début de l’année 2016).

On peut voir là un nouveau symptôme de la volonté d’un nombre croissant de fumeurs de briser les chaînes qui les attachent à une substance dont l’Etat détient le monopole de la vente. Et regretter une nouvelle fois l’absence de réelle volonté politique et sanitaire de les aider massivement.

De ce point de vue le tout récent intérêt porté, dans les Hauts-de-France, par Emmanuel Macron à l’alcoolo-tabagisme en terres paupérisées pourrait être comme la première esquisse de prolégomènes d’une nouvelle politique de réduction des risques dans le champ prolifique des addictions. Un bulle d’espérance ? Prenons garde. C’est peut-être là prendre le risque de lendemains moins roses que ceux qu’aujourd’hui l’on nous chante.

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Cannabis : sur BFM-TV, la gauche socialiste en est restée aux questions de boutiquiers

 

Bonjour

Sympathique, le clown sympathique a assuré : « Oui j’en ai fumé… » Rires dans l’assemblée… « Mais pas ce soir… » Applaudissements dans les travées…. Le clown a pour fonction de faire redescendre la pression et Jean-Luc Bennahmias, décravaté, Vert aux yeux bleus délavés, y excelle.  M. Behnamias avait quatorze ans en 1968. Ancien  du Parti socialiste unifié (PSU) sans oublier la Ligue communiste il fut journaliste avant de s’exercer à la politique centriste et écologiste. C’est dire si on lui pardonne tout, et le reste. Il fait partie de la famille sans vraiment en être. Il fait le clown, aussi, pour y être admis, fût-ce sur une banquette.

Le cannabis ? On ne saura pas si les six autres candidats à la primaire en ont tâté. Encore trop risqué d’avouer, en 2017 et en France, quand on postule au poste suprême. Dimanche 15 janvier, sur BFMTV, on en est donc resté aux questions de boutiquiers qui, depuis l’adolescence de M. Bennahmias, déchirent les gauches françaises. Deux camps en présence avec un seul point fixe : Manuel Valls qui prône, crânement, les valeurs de l’interdit. Pour le reste c’est le ballet de la dépénalisation/légalisation, de la mainmise de l’Etat ou pas, de la vente en pharmacie ou dans les bureaux de tabac, de la commercialisation associée à la prévention de la consommation…

Trafics asséchés

On retiendra ce mot de Sylvia Pinel, envoyée à 39 ans sous la mitraille par la direction du PRG : « La vente de cannabis doit être encadrée pour assécher les trafics ».  Les dealers au rang des marais, en somme. François Henri Goullet de Rugy, ancien écologiste devenu socialiste et vice-président de l’Assemblée nationale : « On n’imagine pas une seconde de la prohibition sur le tabac et l’alcool (…) Dans les bureaux de tabac, on trouve tout ce qu’il faut pour faire un joint, sauf le cannabis ».

Benoît Hamon , né en 1967 : « Il faut légaliser la distribution de cannabis et mettre les moyens sur la prévention (…) Le cannabis peut conduire à des addictions extrêmement graves (…) ». Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education nationale (mai 2012-mars 2014) que l’on connut plus vaillant se borne à proposer un « débat sur la dépénalisation du cannabis avec les Français, en écoutant les personnels de santé et de sécurité ».

Hypocrisie psychoactive

Et puis Arnaud Montebourg. Il avait six ans en 1968. Aujourd’hui il botte en touche : « Ce n’est pas aux politiques publiques d’autoriser la consommation de produits nocifs (…) Je pense inutile que l’élection présidentielle se déroule autour d’un sujet de cette nature. »

On en restera là. Rien sur la réduction des risques et, au final la consommation massive d’un produit illicite considérée comme une fatalité. Aucune question sociologique et médicale sur les raisons qui, en amont, font que l’on en vient à fumer cette substance psychoactive. Aucune interrogation sur le fait que la consommation française est la plus importante du Vieux Continent. Est-ce l’offre qui nourrit la demande ? Serait-ce l’inverse ? Pourquoi fume-t-on… ? Pourquoi ce besoin de planer? Quand et chez qui survient le danger ? Non: la seule question : comment faire avec l’existant.

On rit quand Jean-Luc Bennahmias dénonça « 40 ans d’hypocrisie » face à ces « millions » de Français qui en ont déjà fumé. Et on rit de plus belle quand le clown fit mine de s’agacer : « La police a autre chose à faire que de s’occuper de petits dealers et de petits fumeurs ! ». Sacré Bennahmias… La pression redescendait. Le spectacle allait bientôt s’achever.

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Très bientôt : la «Sécurité Sociale Intégrale» (toujours soigné sans jamais bourse délier)

Nouveau : la « Sécurité Sociale Intégrale » (être soigné sans jamais bourse délier)

 

Bonjour

Voilà de quoi phosphorer de conserve jusqu’à la présidentielle. Dans une tribune du Monde (daté 15-16 janvier) deux spécialistes bien connus (Didier Tabureau, responsable de la chaire santé de Sciences Po et Martin Hirsch – qui fut membre du gouvernement Fillon de mai 2007 à mars 2010) proposent la création d’une « assurance-maladie universelle ». Elle rembourserait tous les soins de santé à 100%. Selon les auteurs, soigner gratis n’a rien d’une utopie.

MM Tabuteau et Hirsch ont clairement voulu créer l’événement dans une campagne qui, sur ce point, s’enlise. Ils savent que leur proposition va « à contre-courant de la pensée dominante », celle qui cherche à « améliorer la protection des Français et à réduire les dépenses ». Leur projet est simple à formuler : « étendre l’assurance maladie à l’ensemble des dépenses de santé, en incluant dans la sécurité sociale la couverture complémentaire ». C’est là l’objet de nombreux travaux menés de longue date par Didier Tabuteau, un grand expert du système.

Deux étages qui ont vécu

Selon eux le système « à deux étages », assurance-maladie et couverture complémentaire (assurances, mutuelles), est « source de complexité, de coût et d’iniquité », assurent-ils. Sans parler des six milliards d’euros que les complémentaires santé et la Sécu dépensent chaque année en frais de gestion. Qui ne voit que leur fusion permettrait « de faire des économies substantielles » ? Mieux : elle permettrait de réinjecter à terme des milliards d’euros (…) dans le financement de médecins, d’infirmiers, d’hôpitaux ».Il faut passer à la longère.

« L’Assurance-maladie, pour rembourser 150 milliards par an, dépense 6,5 milliards en gestion (4 % de ses coûts). Les assurances complémentaires dépensent également 6 milliards de frais de gestion pour couvrir 32 milliards de dépenses maladie (19 % !), avec une variabilité forte selon les organismes. La fusion de ces deux étages permettrait de diviser par deux les frais de gestion de l’ensemble de l’Assurance-maladie, et donc d’économiser environ 6 milliards d’euros par an, sans affaiblir la protection d’aucun assuré et, au contraire, en améliorant l’accès aux soins. »

Que des bénéfices à dire vrai, au point que l’on se demande pourquoi les deux ne s’étaient pas exprimés plus tôt, du temps ou François Hollande était président de la République et Marisol Touraine ministre de la Santé.  Marisol Touraine, précisément. On la retrouve entre les lignes de cette tribune quand les auteurs, évoquent « la polémique sur le tiers payant, où les médecins se sont rebiffés contre l’idée qu’ils iraient se faire payer auprès de chacun des organismes complémentaires de leurs patients ». « On comprend leur inquiétude quand on voit, à l’hôpital, les ressources qu’il faut consacrer pour vérifier les droits complémentaires des patients » disent-ils. Une compréhension qui ne passera pas inaperçue.

Jean-Luc et Emmanuel

Evidemment on ne propose pas la révolution sans savoir que des émeutes surviendront. Les deux auteurs songent notamment à deux problèmes : celui des « dépassements d’honoraires », aujourd’hui couverts en grande partie par les complémentaires. Il suffira pour cela de revaloriser « la rémunération des professionnels dont les tarifs sont actuellement sous-cotés ». Qu’en diront les officiants en secteur 2 acceptant plus ou moins la Carte Vitale ?

Un autre nuage noir est le devenir des mutuelles. Les auteurs préconisent une réforme « avec une période de transition de quatre ou cinq ans », et l’intégration de certains personnels dans les équipes de l’assurance maladie.

«  Si la réforme se fait sur une période d’environ cinq ans, il est possible d’intégrer une partie de leurs personnels dans les équipes de l’Assurance-maladie, qui connaîtront d’importants départs à la retraite dans les cinq ans. Il est aussi envisageable de favoriser la reconversion des mutuelles en opérateurs de soins. Mais, là aussi, l’avenir de l’ensemble du système de santé ne peut être conditionné par le devenir des organismes d’assurance complémentaire, aussi respectables soient-ils. »

Certes. Qu’en diront les respectables mutualistes et les assureurs omnipotents ? Pour les deux auteurs il serait légitime (ou plus précisément il ne serait pas illégitime) se soumettre cette proposition de révolution à un référendum. On sait que Jean-Luc Mélenchon défend également l’idée d’un remboursement à 100% de tous les soins par la sécurité sociale. Il n’est pas impensable d’imaginer qu’Emmanuel Macron ne dise pas non.

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Nouveau-né et vitamine D : sur la mer agitée des autorisations interdites et ré-autorisées

 

Bonjour

Y a-t-il un capitaine dans le vaisseau de l’ANSM ? Qu’en dit-on au phare ministériel des médicaments ? Quels commentaires au sein du cabinet de l’armateur ? Pourquoi ces louvoiements à n’en plus finir devant chaque petite tempête médicamenteuse ?

L’affaire de la vitamine D et des nouveau-nés. Ce n’était pas, cette fois, une mer particulièrement agitée. Pour autant, depuis la côte, on voit le bateau ne pas parvenir à rentrer au port. Un cas mortel… un silence organisé… la confirmation d’une information « ayant filtré dans la presse » …  de longues tractations … pour finir par interdire non pas le principe actif mais une spécialité du fait de son mode d’administration (pipette): l’UvestérolD®. Parallèlement les médias firent l’indispensable pédagogie et certains reprirent les éléments (et les failles) du dossier de pharmacovigilance d’un médicament commercialisé depuis un quart de siècle… Quelques autres incidents dont le moindre n’est pas un coup de fil déplacé au média index.

On tenait l’affaire pour réglée quand, nouveau rebondissement : « L’Uvestérol VITAMINE A.D.E.C sera mis à disposition des patients non hospitalisés qui présentent un syndrome de malabsorption ». Où l’on apprend que  l’ANSM met en place une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) pour permettre un accès sécurisé à l’Uvestérol VITAMINE A.D.E.C pour les patients qui ne disposent pas d’alternative en ville.

Se rapprocher de son médecin

Utilisé à l’hôpital l’Uvestérol VITAMINE A.D.E.C a recours au même procédé d’administration (pipette). Son usage est réservé à des situations pathologiques particulières pour lesquelles il n’existe pas d’alternative : chez les enfants souffrant d’un syndrome de malabsorption en vitamine A, D, E et C (mucoviscidose, cholestase, insuffisance intestinale). L’ANSM avait-elle oublié que pour les enfants malades mais non hospitalisés il n’y avait pas d’autres solutions et qu’en classant de médicament sur la liste des substances vénéneuses elle posait un problème majeur aux prescripteurs et aux parents ?

Elle vient d’élaborer une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) pour permettre de « sécuriser l’accès en ambulatoire » :

« En raison de la nécessité, dans certaines situations, de poursuivre ce traitement en ambulatoire, l’ANSM, en lien avec les associations de patients et les sociétés savantes concernées, a instruit une RTU pour Uvestérol VITAMINE A.D.E.C permettant son utilisation en dehors d’une hospitalisation. »

Ce médicament pourra être prescrit à l’hôpital et délivré en rétrocession pour une utilisation restreinte chez les enfants dont l’état de santé font qu’ils en ont grand besoin. Et l’ANSM a ce mot : « Dans l‘attente de sa mise en œuvre prévue d’ici la fin du mois de janvier, il est recommandé de se rapprocher de son médecin ».

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Grippe : pourquoi Xavier Bertrand a-t-il permis aux médecins de ne pas se faire vacciner ?

Bonjour

Comment justifier que la vaccination contre la grippe ne soit pas imposée aux médecins ? Et plus généralement comme à l’ensemble des professionnels de santé, vecteurs privilégiés et sujets directement exposés ?  Le Conseil national de l’Ordre des médecins a tranché : il est favorable à une vaccination obligatoire.  « Dans le cadre de la grippe, les professionnels de santé doivent être obligatoirement vaccinés » vient de déclarer le Dr Patrick Bouet. Or, seuls 50 % des professionnels de santé sont vaccinés. « Nous demandons à l’État d’assumer ces responsabilités en la matière » menace-t-il. Que fera l’Etat ? Et quelles seront les responsabilités lorsque les choses tourneront mal ?

Comment justifier que l’Etat n’impose pas cette vaccination aux professionnels – vaccination qu’il ne cesse par ailleurs de recommander à celles et ceux que ces mêmes professionnels sont amenés à soigner ? Nous évoquions il y a peu sur ce blog et sur Slate.fr 1 la responsabilité, sur ce point, de Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé.

Explications

« L’obligation de la vaccination antigrippale des professionnels de santé figure à  l’article L. 3111-4 du code de la santé. Or cette disposition a été «suspendue» par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure, depuis, « fortement recommandée» sans jamais être imposée. Le décret du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités du gouvernement alors dirigé par Dominique de Villepin. Sans doute serait-il utile que M. Bertrand, aujourd’hui président du conseil régional des Hauts-de-France, s’explique sur les raisons de cette suspension; une suspension à laquelle le directeur général de la Santé entend, fort opportunément mettre un terme. »

Depuis les Hauts-de-Seine le président Xavier Bertrand nous a fait savoir pourquoi il avait agi ainsi. Ce décret n’a pas été signé « sur un coin de table ». Cette décision de suspension a été prise sur la base d’un avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (section maladies transmissibles) : avis « relatif à la mise en œuvre de la protection individuelle contre la grippe des professionnels visés à l’article L 3111-4 du code de la santé publique par une obligation vaccinale (séance du 19 mai 2006) ». C’est un avis sur lequel il vaut de ses pencher.

Se vacciner pour soi-même

1 Il rappelle que l’obligation vaccinale contre la grippe saisonnière des professionnels (visés par l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique) avait été adoptée depuis le 1er janvier 2006, « dans un contexte de menace pandémique ».

2 Il souligne – point remarquable – que les obligations vaccinales (prescrites par l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique) « visent exclusivement à protéger les professionnels du risque d’être eux-mêmes contaminés ». En d’autres termes ces obligations  « ne visent pas à protéger les personnes dont ils prennent soin et pour lesquelles la grippe présente un risque de complication ou de décès ».

3 Il considère que l’obligation vaccinale, dans l’objectif de protection des professionnels visés contre la grippe, « doit être abordée de façon différente en période de grippe saisonnière inter-pandémique et en période de pandémie grippale confirmée ». Suivent différentes considérations épidémiologiques et éthiques (il n’y a pas de sur risque pour les professionnels de santé en période de grippe saisonnière inter-pandémique ; il n’existe pas de données permettant de comparer l’incidence de la grippe saisonnière chez les professionnels de santé, les professionnels d’établissements de soins et les professionnels d’hébergement pour personnes âgées avec celle des autres professionnels en contact avec le public ou avec la population générale ; quelques rares études sont en faveur d’une hétérogénéité du risque de contracter la grippe pour les professionnels de santé en fonction de leur pratique professionnelle et sont en faveur d’un risque plus élevé chez des professionnels de santé exerçant au contact d’enfants ou de patients présentant des syndromes grippaux etc.)

Vaccination « altruiste »

Au final le CSHP (section des maladies transmissibles, recommande « que l’obligation vaccinale contre la grippe des professionnels visés à l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique soit suspendue ». Mais dans le même temps, sans craindre d’être taxé de jésuite, il recommande aussi « que les campagnes d’information auprès des professionnels de santé et des professionnels en contact régulier avec les personnes à risque soient renforcées afin de poursuivre l’augmentation de la couverture vaccinale annuelle avec le vaccin contre la grippe saisonnière ».  Mieux encore, il « tient à rappeler qu’il recommande depuis 1999 la vaccination contre la grippe saisonnière aux personnels soignants de manière à réduire la transmission de l’infection aux personnes atteintes de certaines pathologies chroniques et pour celles âgées de 65 ans et plus, a fortiori hospitalisées ou en institution, pour lesquels la grippe présente un risque de complication ou de décès ».

Et de conclure que cette « vaccination altruiste » des professionnels de santé fait régulièrement l’objet de campagnes d’information pour obtenir l’adhésion des professionnels de santé. On sait ce qu’il en est dix ans plus tard.

C’est donc sur la base de cet avis plus que paradoxal que Xavier Bertrand a pris la décision de suspendre le texte de loi qui aurait dû s’appliquer à compter du 1er janvier 2006. M. Bertrand nous fait aussi observer que personne n’est revenu sur son décret depuis dix ans ». Ce qui est vrai. Ni lui-même, ni Roselyne Bachelot, ni Marisol Touraine. Nul ne sait non plus combien de grippes auraient, sinon, pu être prévenues. Sans parler des décès.

A demain

1 Sur ce thème: « Grippe : il faut désormais obliger les soignants à se faire vacciner » Slate.fr, 12 janvier 2017

Grippe : il en faudrait plus pour déstabiliser l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris

 

Bonjour

Un plan de communication peut ne pas en cacher un autre. Hier 11 janvier Marisol Touraine alertait. Aujourd’hui, sur le perron du Palais de l’Elysée elle disait sa sérénité ; ses consignes avaient bel et bien été suivies d’effet (voire peut-être même, qui sait, anticipées…). Peu de temps après la réunion élyséenne « de crise » le directeur général de l’AP-HP a exprimé sa volonté de rassurer la population de la capitale (et au-delà). Martin Hirsch a fait le point devant les membres de l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), comme le rapporte Le Quotidien du Médecin.

 « Les hôpitaux ne sont pas désorganisés. Il n’y a pas de situation de déstabilisation de l’hôpital mais une forte mobilisation des professionnels, qui font plus d’heures supplémentaires et posent moins de jours de repos », a tenu à préciser M. Hirsch.  Interrogé sur le périmètre du parc hospitalier, le directeur général a, là aussi, rassuré.  « Il n’y a pas de manque de lits dans l’absolu à l’AP-HP, a-t-il dit. On pourrait fixer le nombre de lits par rapport au pic de l’épidémie. Ce serait effectivement plus confortable mais nous serions surdimensionnés le reste de l’année… ». C’était là une réponse indirecte à l’urgentiste-syndicaliste Patrick Pelloux toujours prompt à dénoncer la réduction de la voilure hospitalière ».

Blocs hurlants

La richesse de la gigantesque machinerie de l’AP-HP c’est aussi (en cas de nécessaire délestage ponctuel) ses deux cents blocs opératoires.  « Si on demande à un service de chirurgie de faire moins de bloc la semaine prochaine, il va hurler […] mais je pense qu’on doit s’adapter », a expliqué M. Hirsch. Où l’on entend que le directeur général de l’AP-HP est un familier du hurlement des chirurgiens. Des hurlements qui vont cesser :  « En Île-de-France, le pic le plus élevé est probablement derrière nous. La fin de la semaine dernière était peut-être notre moment le plus compliqué ».

Tout cela, et plus encore, vient d’être expliqué sur le site de l’AP-HP : « Epidémies hivernales ». On y apprend que le  plan « hôpital en tension » a été directement déclenché par le directeur général dès le 6 janvier. Ce plan consiste en un arsenal de mesures anticipées et hiérarchisées pouvant être mises en œuvre dans un délai court, pour gérer un épisode de tension hospitalière quelle qu’en soit la cause et notamment lors de phénomènes épidémiques. Il comporte trois niveaux : alerte vigilance, tension avérée, tension prolongée ou de grande amplitude. C’est, ni plus ni moins (au-delà des plans et impératifs politiques de communication) la manifestation concrète de l’organisation de la solidarité.

Ministre des généralistes

Dans le même temps d’autres voix s’élèvent que l’on se saurait bâillonner. Celle de la CGT-Santé qui dénonce des conditions « inacceptables et inhumaines ». Qui affirme que « notre système est tellement sous tension qu’il est incapable de gérer une hausse d’activité, liée à une épidémie de grippe tout à fait prévisible, comme il s’en produit tous les quatre à cinq ans ». Ou celle, aux antipodes libérales, de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF).

Son président, le Dr Jean-Paul Ortiz, dénonce un nouvel oubli de la médecine de ville. « Alors que l’hôpital est présenté comme l’unique recours, la CSMF rappelle que plus de 90 % des cas sont pris en charge par la médecine de ville, en particulier les médecins généralistes qui font face aussi à un afflux de demandes en soins de la population ». Dans sa prochaine communication il faudra que Marisol Touraine n’oublie pas qu’elle est, aussi, la ministre des médecins généralistes.

A demain