«Tuer le cancer® pour 486 euros» : la surprise, le malaise et les questions d’un oncologue

Bonjour

Un mail dominical et confraternel nous apporte des éléments nouveaux dans notre enquête sur l’affaire « Tuer le cancer pour 486 euros » 1. On les trouve dans un entretien original réalisé avec le Pr Jean-Yves Pierga, oncologue à l’Institut Curie de Paris et publié sur le site Medscape France (Aude Lecubrier) : « Test sanguin ISET® pour diagnostiquer un cancer : attention à la surpromesse ». Ce spécialiste, très au fait de ce domaine de recherche, a accepté de répondre à quelques questions soulevées par la médiatisation de la commercialisation du test sanguin de dépistage des cellules tumorales circulantes ISET® – médiatisation assurée via la publication de l’ouvrage du Pr Patrizia Paterlini-Bréchot (Université Paris Descartes, CHU Necker) intitulé « Tuer le cancer ».

Le Pr Pierga 2 rappelle tout d’abord qu’il existe d’autres techniques proches. Celle développée par le Pr Patrizia Paterlini-Bréchot s’appuie sur un système de filtre qui permet de récupérer les cellules cancéreuses en raison de leur plus grosse taille par rapport aux autres : il s’agit du test ISET® (Isolation by SizE of Tumor cells, Rarecells). « En parallèle, d’autres technologies utilisent des anticorps pour repérer les biomarqueurs exprimés à la surface de ces cellules tumorales circulantes, comme le test CellSearch® (Janssen Diagnostics). En tout, il existe une cinquantaine de technologies basées sur ces deux grands principes », précise le Pr Pierga.

Malaises

Que retenir des conséquences de la médiatisation actuelle vantant les mérites d’ISET® ?

« Le message qui semble avoir été entendu est que ce test permet de dépister le cancer. Depuis, nous [oncologues] sommes tous sollicités par des patients qui souhaitent réaliser un test de dépistage des cellules cancéreuses circulantes pour savoir s’ils ont un cancer. Nous sommes mal à l’aise car pour le moment nous ne savons pas si engager une action thérapeutique en cas de test positif présente un bénéfice pour le patient.

« Il existe une marge importante entre dire qu’il s’agit d’une perspective de recherche intéressante et commercialiser un test qui doit démontrer une utilité clinique en termes de curabilité ou de durée de survie pour les patients. Faire une chimiothérapie à visée préventive est loin d’être anodin… »

Pour le Pr Pierga le risque de sur-diagnostic est ici clairement en jeu

« Cela n’est pas sans rappeler les discussions sur l’intérêt de la généralisation de certaines méthodes de dépistage comme le dosage du PSA dans le cancer de la prostate ou le scanner de dépistage du cancer du poumon. Rappelons-nous aussi que, pendant longtemps, les oncologues ont demandé des dosages de marqueurs dans le sang pour les personnes en rémission d’un cancer du sein avec l’idée de dépister au plus tôt les métastases. Or, nous n’avons jamais pu montrer que traiter plus tôt ces métastases prolongeait la survie. Les recommandations internationales ont donc changé et préconisent de ne plus doser ces marqueurs. Cela fait réfléchir.

« Un autre exemple qui devrait inciter à la prudence est celui du test CellSearch® qui détecte les CTC grâce à des anticorps. Alors que ce test existe depuis plus de 15 ans, il n’a pas été encore montré que les patients tiraient un bénéfice clinique des résultats obtenus. Le fabricant est en train de désinvestir du projet. Mais, des études, financées par l’INCa, pour évaluer l’intérêt clinique des CTC sont toujours en cours. »

Surprise

Que répondre au fait que le test ISET® soit, d’ores et déjà commercialisé ?  « Je suis aussi assez surpris que l’on puisse commercialiser ce type de test sans plus de contrôle et d’encadrement. Ce qui est sûr, c’est que la sécurité sociale ne va pas rembourser un test qui n’est pas validé. Après, les autorités de santé devraient-elles communiquer sur ce test ? Nous nous posons la question. Est-ce le rôle d’un organisme comme l’INCa de se prononcer par rapport à ce type d’annonce ? »

Ce sont là, précisément les questions que nous nous posons. Sans jamais obtenir de réponses de l’INCa. Certains ont eu plus de chance qui ont recueilli il y a peu quelques éléments précieux de la présidence. Nous les rapporterons sous peu en soulevant de nouvelles et dérangeantes interrogations. Grâce à la confraternité, l’enquête progresse.

A demain

1 « ‘’Tuer le cancer’’ pour 486 euros : sur France Inter, l’affaire du Pr Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 19 janvier 2017

« Peut-on « tuer le cancer pour 486 euros » ? Interrogé l’INCA ne répond pas. Pourquoi ? » Journalisme et santé publique, 5 février 2017

« ‘’Tuer le cancer pour 486 euros’’ ? Le bon sens médical selon Patrizia Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 18  février 2017

« ’Tuer le cancer pour 486 euros ‘’ : l’Académie de médecine se saisira-t-elle de l’affaire ? » Journalisme et santé publique, 18  février 2017

2  Au chapitre des liens d’intérêts le Pr Pierga mentionne : « financements de recherche par Janssen Diagnostics qui commercialise le test CellSearch. Autres : Amgen, AstraZeneca, Ipsen Innovation, Roche, Merk, GSK, Novartis, Eisai SAS. »

 

Lézardes : Marisol Touraine sera-t-elle la responsable d’une fracture vaccinale nationale ?

 

Bonjour

En matière de politique vaccinale l’autruche est rarement un modèle à suivre. Combien de temps Marisol Touraine pourra-t-elle faire semblant de croire que rien ne presse ? La décision du Conseil d’Etat sur la vaccination constitue un séisme aux effets multiples dont la ministre de la Santé ne pourra pas longtemps faire l’économie. Un nouvel événement témoigne de l’urgence de la situation et de l’absolue nécessité d’une prise de parole ministérielle : une vingtaine de société savantes, institutions et syndicats viennent de prendre la parole d’une même voix.

Ils rappellent et résument l’essentiel : 1 le Conseil d’Etat constate qu’il existe sur le plan juridique une inadéquation entre une obligation vaccinale concernant trois vaccins (diphtérie, tétanos et poliomyélite – DTP) et l’absence de présentation disponible pour chacun d’entre eux isolément ; 2 le Conseil d’Etat écarte cependant l’argumentation des requérants sur les risques allégués des vaccinations non obligatoires associées aux trois vaccinations obligatoires ; le Conseil d’Etat relève aussi que ces vaccinations complémentaires sont d’autre part recommandées.

Aucun vaccin DTP disponible

Or il existe, parmi les recommandations celle associant les trois vaccins obligatoires (DTP) et trois autres recommandés (Haemophilus influenza de type B, coqueluche, hépatite B). « Pour la communauté scientifique, ces six vaccins sont tous également indispensables » expliquent-ils. Et chacun doit tenir son rôle.  Le Conseil d’Etat est dans le sien en demandant à la ministre d’appliquer la loi. Sa demande concernant la mise à disposition de vaccins correspondant aux obligations en vigueur implique de choisir entre trois solutions, un choix que Marisol Touraine doit faire : soit la mise à disposition d’un vaccin DTP dans les six mois, soit la levée des obligations vaccinales, soit l’extension des obligations à l’ensemble des six vaccins contenus dans les vaccins actuellement utilisés.

Or chacun sait (à commencer par les signataires) qu’il n’existe aujourd’hui aucun vaccin DTP disponible permettant de répondre à cette demande. Chacun sait (ou pressent) que la « levée des obligations vaccinales » n’irait pas sans effets nocifs. Selon les signataires (qui ne donnent pas leurs sources) « elle pourrait induire une baisse d’environ 20% de la couverture vaccinale vis-à-vis de maladies graves exposant la population à un risque infectieux élevé ».

Reste à relire les magistrats du Conseil d’Etat qui suggèrent que l’extension des obligations vaccinales « permettrait de mettre en adéquation la loi avec les besoins de santé et de répondre aux contraintes actuelles ». Or cette mesure figure déjà, précisément, dans les recommandations du « comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination » mise en place par Marisol Touraine. Sans surprise les sociétés signataires estiment que c’’est la seule mesure actuellement envisageable pour protéger la population.

Une lettre de Marisol Touraine de 2012

Aux antipodes du spectre on trouve l’association E3M qui milite notamment « pour des vaccins sans aluminium ». Elle estime quant à elle que les « actions médiatique » actuelles n’ont pour but que d’inciter les responsables politiques à élargir l’obligation vaccinale à onze pathologies, au lieu de trois jusqu’à présent, « ce qui ferait correspondre l’obligation vaccinale aux vaccins commercialisés par l’industrie ». Elle rappelle avoir démontré (rapport, pages 48-52) que les données sur l’« augmentation des effets indésirables » ayant conduit au retrait en 2008 du vaccin DTPolio® sans aluminium « avaient été falsifiées par le fabricant ». Elle ressort aussi une lettre signée de Marisol Touraine datant d’avril 2012, peu avant sa nomination au ministère de la Santé. 2 Et encore:

« Tout est bon pour cacher l’escroquerie à l’origine de la disparition du DTPolio® en 2008, pour faire croire à l’innocuité de l’aluminium et à l’absence d’alternative, pour faire peur aux Français avec le risque « d’une baisse de la couverture vaccinale » dont découlerait « beaucoup de morts ». Cet élargissement de l’obligation vaccinale aurait l’apparence d’une action de bon sens : la vaccination est un acte de prévention !

« Mais en réalité, cette décision aurait pour conséquence d’aggraver l’état de santé de nombreux français par l’injection de doses supplémentaires d’aluminium, un produit neurotoxique et perturbateur endocrinien, alors que le DTPolio® était, lui, sans aucun adjuvant. Il était par ailleurs largement utilisé et plébiscité tant par les citoyens que par les professionnels de santé. »

Confusion

Dénonçant « une volonté de manipuler les esprits des auditeurs et des téléspectateurs » elle annonce saisir le Conseil National de l’Ordre des Médecins pour non-respect du code de santé publique par certains experts qui ne font pas état de leurs liens d’intérêts avec l’industrie ». « Une lettre sera aussi transmise au CSA pour lui demander de faire respecter la loi » ajoute cette association.

« Nous sommes actuellement dans une période de confusion totale. Essayons d’y voir un peu plus clair, conclut-elle. Face à cette cacophonie, on attend d’un responsable politique qu’il prenne ses responsabilités. »

C’est bien le seul point, républicain, sur lequel s’accorde les deux parties.Et les deux parties attendent.

A demain

1 Académie nationale de Pharmacie, SPILF; Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française SNFMI; Société Nationale Française de Médecine Interne SMV; Société de Médecine des Voyages ; SFSA; Société Française pour la Santé de l’Adolescent (SFSA) ; Société Française d’Hématologie (SFH); Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H); Société Française de Néonatologie (SFN) ; Société Française de Pédiatrie ; société française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG) ; Pédiatres du Monde(PDM) ; Groupe de Pathologie Infectieuse Pédiatrique (GPIP) ; Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale (FNCGM); Conseil National Professionnel de Pédiatrie ( CNPP) ; Collège National des Sages-Femmes de France (CNSF); Association Nationale des Puéricultrices Diplômés et des Etudiants (ANDPE); Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA) ; Confédération des syndicats médicaux français Syndicat National des médecins de PMI (CSMF); Syndicat National des Pédiatres Français (SNPF)

2 Alors députée d’Indre-et-Loire et co-responsable de l’équipe « François Hollande 2012 » Marisol Touraine écrit à l’association E3M : « Dans le contexte de perte de confiance de nos concitoyens envers les institutions sanitaires, en particulier depuis la gestion catastrophique de l’épidémie de grippe A et la dénonciation de graves conflits d’intérêts ayant provoqué de trop nombreux scandales sanitaires, il faut donner les meilleures assurances de sécurité pour effectuer les vaccinations obligatoires dans l’intérêt de la santé de notre population. La nature des adjuvants utilisés dans leur fabrication doit faire l’objet d’une attention particulière et doit être communiquée aux familles afin qu’elles soient pleinement informées. Elles doivent également avoir le choix de faire procéder aux vaccinations obligatoires par des vaccins sans sel d’aluminium, d’autant plus que cela était le cas jusqu’en 2008. «

 

 

 

Guerre des nerfs: les suites de l’affaire du suicide du Pr Jean-Louis Mégnien enveniment l’AP-HP

 

Bonjour

Jusqu’où iront les provocations ? Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a, lundi 13 février, annoncé le départ d’Anne Costa de la direction de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP). Un départ attendu, sinon plus que souhaité, dans les suites du suicide par défenestration, au sein de cet établissement, du Pr Jean-Louis Mégnien en décembre 2015. Mais cette annonce a aussi vu le directeur général apporter une nouvelle fois son « soutien indéfectible » (Le Quotidien du Médecin) à Mme Costa et ce en dépit (ou à cause) des reproches qui lui sont faits et des accusations dont elle fait l’objet. Comment comprendre, décrypter, justifier ?

C’est à l’occasion de l’inauguration de l’hôpital de jour de cancérologie de l’HEGP que Martin Hirsch a consacré un long moment de son discours à défendre la directrice générale des hôpitaux universitaires Paris Ouest (dont fait partie l’HEGP). Cette dernière est la cible directe de critiques depuis la parution (partielle) du rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) demandé après le suicide du cardiologue de l’HEGP. Sans la nommer directement (dans la synthèse de cinq pages rendue publique du rapport), les experts de l’IGAS ont en effet pointé des « manquements » dans la conduite du traitement du conflit entre le Pr Mégnien et certains de ses confrères. Par ailleurs, si l’on en croit  Le Figaro  un autre rapport de l’inspection du travail concluant à un « homicide involontaire » mettrait directement en cause la directrice dans le décès du médecin.

Aucune accusation de harcèlement

Or c’est dans ce contexte d’envenimement que Martin Hirsch a assuré que le rapport intégral de l’IGAS (dont il a été destinataire) « ne contient aucune mise en cause personnelle de la directrice d’HEGP ». Dénonçant des « fausses rumeurs », des « allégations mensongères » et des conclusions « détournées » par « diverses personnes », (périphrase qui désigne sans les nommer les médecins de l’association Jean-Louis Mégnien précise Le Quotidien du Médecin – Anne Bayle-Iniguez)  le patron de l’AP-HP s’est risqué à déclarer que l’IGAS « n’accuse en aucune manière [Anne Costa] de harcèlement et aucune recommandation du rapport ne préconise, de près ou de loin, de sanctionner son comportement ou de prendre des mesures administratives à son encontre. » Le rapport de l’inspection du travail évoqué par Le Figaro ? « Il n’a jamais été communiqué à l’AP-HP, à quelque niveau que ce soit », a assuré Martin Hirsch. Qui l’a communiqué, à qui et pourquoi ? Officiellement, on ne le sait pas.

Dans le même temps le directeur général s’est exprimé sur le départ d’Anne Costa, qui prend « dès maintenant la direction du groupe hospitalier de Paris Ouest Ile-de-France, avec les hôpitaux Ambroise-Paré, Raymond-Poincaré et celui de Berck ». Elle devrait être remplacée par la directrice de Robert-Debré, Stéphanie Decoopman. Le directeur général prévient ceux qui interpréteraient sa décision sans en connaître les véritables coulisses :  « ll ne s’agit pas d’une mutation disciplinaire, mais d’une mobilité tout à fait normale, qui s’effectue dans un contexte qui, pour les raisons que j’ai dites, a été anormalement violent. » Il s’agit non d’une sanction mais d’une action de prévention, une politique de réduction des risques en quelque sorte : éviter à Mme Costa de demeurer en position de « cible vivante et qu’on profite de la première occasion pour l’accuser de crimes qu’elle n’aurait pas commis. »

Signalements à la ministre et au procureur

En écho à ce discours qui ne peut manquer de susciter l’étonnement l’association Jean-Louis Mégnien a, mardi 14 février, publié un communiqué en résonance avec la violence contenue dans le discours directorial :

« L’association Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public s’étonne du discours surréaliste de la direction générale de l’AP-HP tenu le lundi 13 février 2017 à l’hôpital européen Georges Pompidou. Si l’association prend acte que la direction du groupe hospitalier dont fait partie l’HEGP est enfin renouvelée, mesure qui a été demandée par plusieurs membres de l’AP-HP dès le printemps 2014 en raison des multiples dérapages de cette direction, elle s’étonne des arguments utilisés pour défendre une action marquée par de nombreux scandales et plusieurs drames.

« En citant de façon partielle et donc partiale un rapport non communicable de l’Igas, la direction générale viole de façon délibérée le secret professionnel. Seule l’autorité de tutelle peut décider de rendre public ce rapport et elle a décidé de ne pas le faire en raison de l’article L311-6 du code des relations entre le public et l’administration. En ne respectant pas ses obligations, la direction générale de l’AP-HP s’expose à des poursuites. L’association va faire un signalement sur ce point à la ministre des Affaires sociales et de la Santé 1, ainsi qu’au procureur de la République de Paris.

« En protégeant la direction du groupe hospitalier, la direction générale cherche à se protéger elle-même, car elle a été mise en cause dans le suicide de Jean-Louis Mégnien, à propos duquel l’inspection du travail a employé les termes de harcèlement moral et d’homicide involontaire, mettant en cause notamment la directrice du groupe hospitalier, comme cela a été rapporté de façon digne de foi. »

Et après ? On ne voit plus, aujourd’hui, comment les différentes tutelles politiques pourraient, sans risque, laisser se développer un tel climat envenimé au sein du plus prestigieux des groupes hospitaliers français.

A demain

1 Sur ce thème, lire « Marisol Touraine soutiendra-t-elle Martin Hirsch contre les amis de Jean-Louis Mégnien ? » Journalisme et santé publique, 20 décembre 2016

 

Polémique cœur artificiel : CARMAT n’avait pas dit ce que tout le monde avait bien compris

Bonjour

Comment mettre de l’eau dans son vinaigre ? La société CARMAT, qui publiait ce 14 février ses résultats annuels, fait in fine savoir qu’elle va bientôt déposer une demande à l’Agence nationale du médicament (ANSM) pour une reprise de son étude PIVOT interrompue après la mort du premier volontaire. Il en allait différemment il y a quelques jours, quand Stéphane Piat, directeur général, accusait dans Le Parisien l’ANSM de ne pas saisir ce que CARMAT voulait ; que l’innovation réclamait parfois des arrangements avec le pointillisme éthique. Puis de révéler que le dernier greffé était responsable de sa mort .

Aujourd’hui le ciel est redevenu serein ; es menaces voilées n’ont jamais existé, même voilées. Jamais le directeur général n’a déclaré que la société allait quitter la France pour des latitudes plus accommodantes. Carmat restera en France tout en prospectant à l’étranger où de nouveaux patients seront enrôlés. Entendre : les ponts seront vite reconstruits avec l’ANSM dont CARMAT salue le travail. C’est à peine si la société formule a minima un appel pour « plus de pragmatisme sur l’innovation de rupture » (sic) ; message-jargon  qui semble presque être entendu côté ministère de la Santé.

La vie des affaires

Pour le reste, c’est la vie habituelle des affaires avec ce langage qui n’appartient qu’à elles :

« A compter du 1er septembre 2016, Stéphane Piat a pris la fonction du Directeur général de la société. Son expertise reconnue dans le domaine des dispositifs médicaux, acquise au sein de grands groupes de cardiologie nord-américains, constitue un atout majeur dans l’exécution de la stratégie clinique et d’accès au marché de CARMAT

« Conformément à sa stratégie clinique, CARMAT confirme travailler sur l’ouverture de l’étude PIVOT à d’autres pays de la zone européenne en plus de la France. L’objectif est d’accélérer le recrutement de l’étude et surtout de sélectionner au mieux le profil des patients afin de maximiser les chances de succès de l’étude. Par ailleurs, CARMAT étudie dès à présent les opportunités de développement sur le marché américain et a pris contact avec la FDA (Food and Drug Administration), le marché américain disposant du potentiel le plus important pour les assistances circulatoires mécaniques.

« La levée de fonds réalisée l’an dernier a permis également de lancer des investissements ciblés sur le développement des processus de production. Ces derniers donneront des résultats en termes de qualité et de productivité dès le début du premier semestre de cette année. »

A l’horizon, bientôt : les débats éthiques sur les indications exactes confrontées à celle des greffons (gratuits), la fixation du prix et celle du remboursement par l’assurance maladie.

A demain

 

 

Marisol Touraine va-t-elle aider à fermer l’accès à l’assurance maladie aux étrangers ?

Bonjour

Un blog peut aussi être un relais. Jouons un instant le rôle de relayeur. Le message nous est transmis par une galaxie associative 1. De quoi s’agit-il ? L’Etranger, depuis la réforme CMU doit, pour justifier de sa régularité du séjour en France, disposer d’un « titre de séjour » ou, à défaut, de « tout document (récépissé en cours de validité, convocation, rendez-vous en préfecture, autre) attestant qu’il a déposé un dossier de demande de titre de séjour auprès de la préfecture de son lieu de résidence » (Circulaire ministérielle du 3 mai 2000 – confirmée par une instruction ministérielle du 16 décembre 2015).

Aujourd’hui, au prétexte de la réforme dite de la « Protection universelle maladie (PUMa) », entrée en vigueur il y a plus d’un an, le gouvernement socialiste s’apprête à remettre en cause les règles établies depuis la réforme CMU de 1999. C’est ainsi qu’un arrêté réduisant la liste des titres et documents qui autorisent les personnes étrangères à bénéficier de l’assurance maladie est sur le point d’être signé et publié.

Les associations concernées à différents titres clament dans le désert: elles nous disent qu’en dépit d’alertes réitérées 2 l’exclusion frappera bientôt les personnes disposant d’un récépissé de demande de titre de séjour – ou d’autres documents nominatifs remis par les préfectures et attestant de démarches en cours. Or, ajoutent-elles, les préfectures multiplient précisément la délivrance de ces documents de séjour précaires 3.

Ethique et socialisme

« Ainsi, alors qu’elles sont en règle du fait même de la possession de ces documents, ces personnes vont être renvoyées vers l’AME (aide médicale d’Etat), voire vers « rien du tout » pour celles dont les ressources sont supérieures au plafond fixé par les textes pour bénéficier de l’AME (720 euros par mois). Ces mesures vont avoir pour effet d’augmenter le nombre de bénéficiaires et les dépenses de l’AME.

« Ce changement majeur est d’autant plus inconséquent et inquiétant qu’il est pris à la veille d’élections où plusieurs candidat-es envisagent de réduire l’AME jusqu’à la faire disparaitre. Ce durcissement pourrait donc avoir des conséquences sanitaires et sociales encore plus graves dans un très proche avenir. »

Et c’est ainsi qu’on en arrive à cette supplique tragique : des organisations et des associations demandent au gouvernement socialiste que l’arrêté (qui doit être co-signé par Bruno Le Roux, ministre de l’Intérieur et Marisol Touraine, ministre de la Santé et des Affaires sociales) ne conduise pas à exclure de l’assurance maladie les personnes étrangères en situation régulière qui, jusqu’ici, y avaient droit.

Un gouvernement réduit à expédier les affaires courantes peut-il encore être sensible à cette supplique éthique ?

A demain

1 La FNARS Fédération nationale des associations de réinsertion sociale, le Secours Catholique – Caritas France et l’Observatoire du Droit à la Santé des Etrangers (ODSE) :   (ACT UP Paris,   AFVS (Association des familles victimes du saturnisme),   AIDES,   ARCAT,   CATRED (Collectif des accidentés du travail, handicapés et retraités pour l’égalité des droits),   CENTRE PRIMO LEVI,   CIMADE,   COMEDE (Comité pour la santé des exilés),   CoMeGAS,   CRETEIL SOLIDARITE,   DOM’ASILE (Domiciliation et accompagnement des demandeurs d’asile),   DROITS D’URGENCE,   FASTI (Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés),   FTCR (Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives),   GAIA Paris,   GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés),   LA CASE DE SANTE (Centre de santé communautaire – Toulouse),   la LIGUE DES DROITS DE L’HOMME,   MEDECINS DU MONDE,   MFPF (Mouvement français pour le planning familial),   MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples),   RESEAU LOUIS GUILLOUX,   SIDA INFO SERVICE,   SOLIDARITE SIDA,   SOS HEPATITES) ; C/o Médecins du Monde 62 rue Marcadet 75018 PARIS

 2 « Réforme de la protection maladie universelle (PUMa). Vers une régression catastrophique pour la sécurité sociale des personnes étrangères », odse.eu.org, 17 mars 2016

3 Un récent décret (n° 2016-1456 du 28 octobre 2016) a même prévu que les personnes faisant valoir un droit au séjour pour des raisons médicales n’obtiendraient plus systématiquement un récépissé, ou au mieux tardivement.

Nouveau et original : aimeriez-vous devenir un expert officiel en polémiques vaccinales ?

 

Bonjour

Petites secousses sismiques après l’ordonnance vaccinale du Conseil d’Etat. L’imbroglio actuel, sans précédent, n’est pas sans conséquences sur l’architecture sanitaire. La Haute Autorité de Santé (HAS) vient ainsi de faire savoir qu’elle adapte recrutait des experts pour assumer sa « nouvelle mission d’expertise en matière de vaccins et de vaccination ». Jusqu’à présent ces travaux étaient réalisés par le Comité technique des vaccinations (CTV) du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP). Est-ce dire que les membres actuels 1 sont désavoués ? On pourrait (presque) le penser.

Vous êtes intéressés ? Il faut vous presser : l’appel à candidatures n’est ouvert que jusqu’au 1er mars prochain. La HAS recherche à cet effet des experts qualifiés dans les domaines d’expertise suivants : « vaccinologie, infectiologie, microbiologie, pédiatrie, gériatrie, immunologie clinique, médecine générale, médecine interne, médecine du travail, gynécologie, santé publique, pharmacie, santé scolaire, épidémiologie et méthodologie, économie de la santé, sociologie ».

304 euros par jour

Ce n’est pas tout : la HAS recherche également des « adhérents d’associations agréées d’usagers du système de santé ».  La commission débutera ses travaux une fois sa composition définitive arrêtée par décision du Collège de la HAS, courant mars 2017 et pour un mandat de trois ans. Les membres participant aux réunions de la CTV sont indemnisés à hauteur de 1,5 vacation par demi-journée et remboursés de leur frais de déplacement selon les règles applicables à la HAS.

Les membres exerçant une activité libérale perçoivent en plus une indemnité compensatoire pour perte de revenu de deux vacations par demi-journée. Le montant de la vacation est actuellement fixé à 76 € bruts. Renseignements pratiques à cette adresse : http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2745224/fr/appel-a-candidatures-pour-la-commission-technique-des-vaccinations

Mais encore ?

« Cette commission aura pour rôle d’apporter une expertise sur les vaccins et la vaccination à la HAS. Elle aura ainsi trois missions spécifiques principales : assurer la veille scientifique sur les évolutions et les perspectives en matière de vaccins ; proposer une stratégie vaccinale en fonction des données épidémiologiques et de la balance bénéfice-risque aux niveaux individuel et collectif, ainsi que du rapport coût-efficacité des mesures envisagées ; proposer des adaptations en matière de recommandations vaccinales pour la mise à jour du calendrier vaccinal. »

Ce sont là de bien beaux et bien nobles objectifs. Il ne serait pas inintéressant de savoir pourquoi ils n’ont jamais été  atteints.

A demain

1 Président : Daniel Floret. Personnalités qualifiées : Dominique Abiteboul, Brigitte Autran, Jean Beytout, Agathe Billette de Villemeur, Benoît De Wazières, Benoît Dervau, Véronique Dufour,Daniel Floret, Serge Gilberg, Emmanuel Grimprel, Thomas Hanslik, Odile Launay, Thierry May, Anne-Marie Monnier-Curat, Élisabeth Nicand, Henri Partouche, Dominique Salmon-Ceron, Muhamed-Kheir Taha, et Didier Torny.

 

 

Vacciner ou s’abstenir ? Marisol Touraine se doit de prendre ses responsabilités avant de partir

 

Bonjour

Billards et châteaux de cartes vaccinaux. Au nom du droit, tout pourrait s’écrouler. Car nous sommes encore loin d’avoir mesuré les conséquences pratiques de la décision du Conseil d’État du 8 février. Elle enjoint Marisol Touraine de rendre disponibles (d’ici six mois) les trois vaccins obligatoires avant l’âge d’un an et demi : ceux contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP) – et ce indépendamment des autres valences. 1.

Que vont faire les médecins français durant ces six mois ? Découvrant la sentence du Palais-Royal, Marisol Touraine a fait savoir qu’elle avait saisi ses services ainsi que ceux de l’Agence nationale de sécurité du médicament « pour que l’État puisse mettre en œuvre cette décision dans le délai imparti ». La vérité est que sur un sujet à ce point majeur de santé publique l’Etat français est totalement dépendant des géants vaccinaux.

Sanofi-Pasteur-MSD

Résumons : le ministère français de la Santé a six mois pour rendre disponibles en pharmacie des injections ne contenant que le vaccin DTP. Or ce dernier n’existe plus sous sa forme pédiatrique depuis 2008, et il n’y a pas de fabrication de ce vaccin à l’échelon mondial 2. Pour l’heure, premier des géants concernés, Sanofi-Pasteur-MSD se tait. Pourquoi parlerait-il ? Le temps, croit-il, joue pour lui. En première ligne les médecins vaccinateurs commencent à donner de la voix. Ainsi ceux de la CSMF :

« La décision du Conseil d’Etat met en jeu la responsabilité médicale des praticiens et donne raison aux associations de patients qui sont méfiantes au sujet des vaccins, notamment les tétravalents (DTP + coqueluche). Or, la coqueluche reste une affection extrêmement grave chez le nourrisson, qui peut être évitée grâce à la vaccination. »

Rappelons que le  TETRAVAC-ACELLULAIRE® (incluant la valence coqueluche) est un produit Sanofi-Pasteur-MSD. Faut-il l’utiliser faute de mieux ? Quelles seront les responsabilités recherchées en cas d’épidémie coquelucheuse ? Se retournera-t-on vers le Conseil d’Etat ?

Adresse à la ministre de la Santé

« La ministre de la Santé a lancé l’année dernière une grande concertation citoyenne sur la vaccination dont est sorti le rapport Fischer qui préconise de rendre obligatoires les vaccins aujourd’hui « recommandés » pour les enfants de moins de deux ans (coqueluche, rougeole, hépatite B…), rappelle la CSMF. Cette obligation temporaire permettrait d’améliorer une couverture vaccinale insuffisante et de restaurer la confiance des Français. » La CSMF « déplore l’absence de décision depuis la remise du rapport fin 2016 et demande à la ministre de la Santé de prendre ses responsabilités ». Les prendra-t-elle ? Toujours la CSMF :

« Une décision forte et claire est nécessaire sur la politique vaccinale, en particulier sur le champ de l’obligation. L’extension des obligations vaccinales, comme le préconise le rapport Fischer, remplirait un double objectif : mettre en adéquation la loi avec les besoins de santé et répondre aux contraintes actuelles. Quels vaccins et pour qui ? De façon à ne pas mettre les médecins en position intenable d’un point de vue médico-légal. La vaccination est un enjeu de santé publique primordial : le gouvernement ne peut laisser la population dans l’incertitude. »

 Stupéfaction des généralistes

« Je comprends que les juridictions doivent être cohérentes par rapport aux textes en vigueur », commente le Dr Claude Leicher au Quotidien du Médecin.  Mais le président de MG France ne voit qu’incohérence et impasse dans la mise en pratique. « Est-ce à dire que les laboratoires vont fabriquer des doses pédiatriques unitaires pour ces vaccins ? Alors que les vaccins conjugués répondaient au besoin de n’avoir qu’une injection ? Et pour quel prix ? Nous, médecins, sommes stupéfaits de voir se développer une politique de santé qui ne repose plus sur des arguments scientifiques. »

Que le Dr Claude Leicher se rassure, les médecins ne sont pas les seuls à être stupéfaits. Vacciner ou s’abstenir ? Il y a urgence. Après avoir fait savoir qu’elle « saisissait ses services », Marisol Touraine saura-t-elle prendre, ici aussi, les responsabilités de santé publique qui, jusqu’en mai, sont les siennes ?

A demain

1 Sur ce thème, on peut lire notre chronique « Les anti-vaccins viennent de remporter une victoire en France » Slate.fr 10 février 2017

2 L’impasse était connue. Voici ce que nous écrivions, sur ce blog, le 13 août 2015 :

« Il n’existe donc, en pratique, aucune solution pour les parents qui souhaiteraient ne respecter que les obligations vaccinales. Aucune sauf une : les enfants allergiques à la vaccination contre la coqueluche (à cause d’une hypersensibilité à l’un des constituants du vaccin) peuvent avoir accès au DTVax® (vaccin diphtérique et tétanique) associé à l’Imovax Polio®. Or le DTVax® n’est plus disponible (rupture de stock) depuis janvier 2015. Une solution a donc été trouvée. Voici les explications qui nous ont été données par l’ANSM :

 « Pour pallier l’indisponibilité du vaccin DTVax®, nous avons autorisé l’importation des doses d’une spécialité similaire du Canada « Vaccin diphtérique et tétanique adsorbé » début février 2015. Ce vaccin se présente sous forme de flacon unidose (contrairement au DTVax® qui se présentait sous forme de flacons multidoses). Il dispose d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) aux USA.

Le laboratoire Sanofi Pasteur MSD met à disposition à titre gracieux sur demande des médecins prescripteurs (comme préalablement pour le DT Vax®) le vaccin diphtérique et tétanique adsorbé « canadien » sous forme d’un « kit » contenant également Imovax Polio®, (vaccin poliomyélitique inactivé du même laboratoire).

Ce kit est indiqué pour les patients présentant une contre-indication à la valence coquelucheuse et ce afin de satisfaire aux obligations vaccinales. Ces deux vaccins doivent être administrés simultanément en deux sites d’injection différents. Ce vaccin importé est disponible depuis mai 2015. »

Cette situation (dénoncée par la « Ligne nationale pour la liberté des vaccinations ») sera-t-elle utilisée pour avoir accès aux seules vaccinations obligatoire en arguant d’une contre-indication à la vaccination contre la coqueluche ? « Jusqu’à présent nous avons environ 200 demandes par an, nous a expliqué Philippe Juvin, pharmacien responsable de Sanofi Pasteur (qui produit annuellement environ un milliard de doses vaccinales contre une vingtaine de maladies). Nous ne pouvons qu’être inquiets des appels lancés par le Pr Joyeux. Un contournement du dispositif actuellement en place avec une augmentation substantielle des demandes pourrait conduire, là encore, à une rupture des stocks. »