Jeu de rugby : trois jeunes morts en sept mois ; les vieux «Gros Pardessus» ne bougent pas

Bonjour

« Nicolas Chauvin : un sourire s’est effacé » titre L’Equipe. Et le quotidien sportif de consacrer deux pages édifiantes : « Morts au jeu » et un éditorial lumineux : « Urgences » (Alexandre Bardot). Trois morts, donc. Trois morts en sept mois : Adrien Descrulhes (17 ans, 20 mai), Louis Fajfrowski (21 ans, 10 août), Nicolas Chauvin (18 ans, 12 décembre).

L’émotion, bien sûr. Et de l’émotion collective à venir. La Fédération Française de Rugby et la Ligue Nationale de Rugby ont annoncé qu’une « minute d’applaudissements serait respectée cette semaine et ce week-end avant le coup d’envoi de toutes les compétitions de rugby amateur et professionnel ». Et ce « en hommage à Nicolas Chauvin, décédé mercredi ». Applaudir pour rendre hommage à un adolescent de 18 ans mort sur le pré ? On aurait, aussi, pu faire silence 1.

Mais encore ? Ceci : « la FFR a demandé à World Rugby la tenue immédiate d’une réunion exceptionnelle dédiée à la sécurité ». La belle affaire. Trois morts en sept mois ? Les Gros Pardessus s’émeuvent a minima mais ne bougent pas.

Les deux pages de L’Equipe du jour (Pierre-Michel Bonnot, Ollivier Bienfait) décryptent le sujet essentiel : les dangers inhérents à la pratique actuelle des plaquages « hauts » associés à l’évolution des gabarits : en quarante ans le joueur de rugby d’élite a pris 12,5 centimètres et 18 kg.

Suicide et fatalité

Aucune fatalité ici : il faut d’urgence modifier les règles du plaquage et interdire ceux, contre nature, pratiqués au-dessus de la taille. Et l’histoire montre, avec la mêlée, que les dirigeants du rugby ont su évoluer et s’engager dans une politique de réduction des risques – une politique loin de ruiner la beauté du jeu et du spectacle. Il en irait de même avec les interdits des « plaquages-hauts » qui contribueraient à fluidifier le jeu et à l’éloigner de son rapprochement suicidaire vers le « football américain ».

On peut, bien évidemment, soutenir une opinion contraire. Comme, toujours dans L’Equipe,  Grégory Lamboley, jouer retraité ou Brett Gosper, directeur général de World Rugby qui, sur Canal +, estime en substance que les morts sur le pré pèsent assez peu rapportés à la somme des bénéfices apportés par ce jeu.

Pour sa part Grégory Lamboley reprend l’antienne selon laquelle la vie humaine ne tient qu’à un fil et que la chance n’appartient guère à ceux qui, finalement, se trouvent au mauvais moment au mauvais endroit. Où l’on comprend que le rugby aide aussi à faire la part entre ceux qui plaident pour la  perpétuation de la jungle humaine et ceux qui plaident pour sa réduction. Au planchot français, trois morts. Dans la tribune d’honneur, légion du même nom sous l’hermine, les Gros Pardessus, immobiles.

A demain

@jynau

1 Sur les rapports et les évolutions entre « minute de silence » et « applaudissements »se reporter à : « Pourquoi les Niçois ont applaudi pendant la minute de silence » (Claire Digiacomi) HuffPost

 

 

Harcèlements sexuels, abus et langues de bois : que se passe-t-il donc au sein de l’ONUSIDA ?

Bonjour

Tourmentes sans frontières. ONUSIDA (UNAIDS) est un programme de l’ONU destiné à coordonner l’action des différentes agences onusiennes. Pour pallier l’incurie de l’OMS cette entité a vu le jour il y a vingt-trois ans et se développa sous l’autorité de Peter Piot. Depuis dix ans elle est dirigé par Michel Sidibé. Siège plus que feutré :  Pregny-Chambésy (Suisse). Dernier slogan : « Vivre sa vie positivement » (sic).

Puis, soudain, l’émergence d’invraisemblables turbulences. « La direction d’Onusida mise en cause dans des affaires de harcèlement Un rapport de quatre experts indépendants dénonce la culture et la gestion des cas de harcèlement et ébranle le directeur exécutif, Michel Sidibé » rapporte Le Monde (Paul Benkimoun).

A verser au dossier  le rapport d’un comité d’experts indépendants publié  le 7 décembre et présenté lors du conseil de coordination (Genève, 11-13 décembre). « Cette instance de direction, devant laquelle le secrétariat rend compte, avait mis sur pied, le 20 juillet, le comité d’experts constitué de quatre membres, à la suite de la demande du directeur exécutif de l’Onusida, Michel Sidibé, en février, nous explique Le Monde. Les experts devaient évaluer la culture et la politique internes, et proposer à l’organisation onusienne des recommandations destinées à  »renforcer la mise en œuvre de sa politique de tolérance zéro à l’égard du harcèlement sexuel ». Leur rapport met sévèrement en cause l’équipe dirigeante de l’institution et appelle à la mise en place d’une nouvelle direction. »

Ascenseurs

Plus précisément, si l’on suit bien (et comme souvent) une affaire d’ascenseur mise sur la place publique :

« L’émergence du mouvement #metoo à la fin de l’année 2017 a fait éclore sur la place publique une affaire antérieure d’accusations de harcèlement sexuel de la part du directeur exécutif adjoint d’Onusida, le Brésilien Luis Loures. En novembre 2016, un haut responsable de l’Onusida, Badara Samb, signale un incident, survenu dix-huit mois plus tôt, au cours duquel son supérieur hiérarchique – Luis Loures – aurait tenté d’embrasser de force dans un ascenseur une employée de l’Onusida, Martina Brostrom, qui est la compagne de M. Samb. Auparavant, en mars 2016, M. Samb et Mme Brostrom avaient fait l’objet d’une enquête pour des soupçons d’abus d’autorité et d’inconduite. (..) Luis Loures a quitté l’Onusida en mars. Quatre autres femmes se sont également manifestées et ont signalé des faits analogues contre M. Loures. »

« Agenda du changement »

Mais encore ? Et ensuite ? Parallèlement à la mise en ligne du rapport du comité d’experts le secrétariat d’Onusida a publié sa réponse sous la forme d’un document de 62 pages incluant la mise en place d’un « agenda du changement » (re-sic). On peut aussi, loin des hypocrisies feutrées de la langue anglaise,  en lire une version en français qui ne manque pas de sel : « L’ONUSIDA présente un agenda de transformation pour créer un environnement de travail exemplaire au sein de l’organisation ».

« Cet agenda insiste sur le fait que le harcèlement, y compris le harcèlement sexuel, les brimades et les abus de pouvoir à tous les niveaux seront soumis à une tolérance zéro et que leurs auteurs devront rendre des comptes sur leurs actes.

« Cet agenda s’appuie sur une approche centrée sur les victimes de harcèlement et permettra de faire en sorte que tous les membres du personnel soient formés, équipés et soutenus pour dénoncer les incivilités, le sexisme et l’intolérance, ainsi que d’autres comportements indésirables et intolérables. Il va permettre de renforcer les systèmes d’encadrement pour s’adapter aux exigences d’une organisation décentralisée et veiller à ce que la prise de décision se fasse au bon niveau, en toute transparence et avec les contrôles internes de conformité aux politiques et aux normes. »

Et maintenant ? Bien évidement des voix tardives se lèvent pour réclamer la démission en urgence d’un Michel Sidibé hier encore vanté par nombre de médias : du toujours puissant rédacteur en chef du Lancet, Richard Charles Horton, au gouvernement suédois, qui vient d’annoncer le gel de sa contribution à l’Onusida tant que le directeur exécutif n’aura pas démissionné. Or Michel Sidibé a fait savoir qu’il n’entendait pas partir. C’est dire si l’abcès est constitué. Qui, désormais, osera publiquement le crever ?

A demain

@jynau

 

 

Cannabis thérapeutique : combien de temps faudra-t-il encore prendre ses maux en patience?

Bonjour

Le 10 septembre 2018, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) créait un Comité Scientifique Spécialisé Temporaire (CSST). Objet : « l’évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ».

13 décembre 2018. Ce comité s’est déjà réuni à trois reprises. Objet : « évaluer l’intérêt thérapeutique du cannabis dans le traitement de certaines pathologies ou certains symptômes de pathologies, analyser les expériences d’autres pays l’ayant déjà mis en place et de faire un état des lieux de la réglementation nationale et internationale sur le sujet. »

Méthode : « Le comité a auditionné les parties prenantes pour recueillir notamment les témoignages et points de vue des représentants de professionnels de santé et des patients sur l’utilisation du cannabis à visée thérapeutique. La retransmission de ces auditions est disponible sur la chaine Youtube de l’ANSM. »

Résultat : Les premières conclusions des experts du comité, basées sur l’ensemble de ces éléments, sont publiées aujourd’hui. Synthèse des avis du CSST :

« Le Comité estime, qu’il est pertinent d’autoriser l’usage du cannabis à visée thérapeutique pour les patients dans certaines situations cliniques et en cas de soulagement insuffisant ou d’une mauvaise tolérance des thérapeutiques, médicamenteuses ou non, accessibles (et notamment des spécialités à base de cannabis ou de cannabinoïdes disponibles). Cet usage peut être envisagé en complément ou en remplacement de certaines thérapeutiques. »

Qui pourrait être « éligible » ? Les situations thérapeutiques retenues par les experts pour l’usage de cannabis à des fins médicales sont les suivantes : dans les douleurs réfractaires aux thérapies (médicamenteuses ou non) accessibles ; dans certaines formes d’épilepsie sévères et pharmaco-résistantes ; dans le cadre des soins de support en oncologie ; dans les situations palliatives ; dans la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques. »

Souligner :  « Le Comité souhaite, pour que l’ensemble de ces propositions soit appliqué, qu’une évolution de la législation soit mise en œuvre ».

Ajouter : « L’ANSM décidera dans les prochains jours des suites à donner à ces travaux, notamment sur les modalités éventuelles de la mise à disposition du cannabis à visée thérapeutique en France ».

Regretter : l’impensable durée d’instruction d’un tel dossier ; l’hypocrisie sans cesse récurrente du pouvoir exécutif ainsi, triste corollaire, que les atermoiements d’Agnès Buzyn.

A demain

@jynau

 

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Rugby : la mort du joueur- espoir Nicolas Chauvin, 19 ans, relance la polémique sur la violence

Bonjour

Usons de la formule consacrée : « le monde du rugby est en deuil ». Le Stade Français a annoncé, mercredi 12 décembre, la mort de Nicolas Chauvin. Ce joueur espoir de 19 ans avait été victime d’un arrêt cardiaque après un double et violent placage lors d’un match contre les espoirs de Bègles-Bordeaux le 9 décembre. « Un nouvel « accident grave » après placage » écrivions-nous alors.

Ce troisième ligne d’avenir avait été placé en réanimation avoir « été victime d’un traumatisme cervical qui a occasionné un arrêt cardiaque et une anoxie cérébrale ». Il ne s’était pas relevé après un plaquage intervenu à la 5e minute du match – que l’arbitre avait immédiatement arrêté.

Graver dans la mémoire

Le monde du rugby est à nouveau en deuil. Cette mort fait suite à celle, survenue le 10 août de Louis Fajfrowski, 21 ans, joueur d’Aurillac (Pro D2) après un plaquage lors d’un match amical contre Rodez. La justice avait conclu, en novembre, que cette mort était due à « un traumatisme thoracique précordial, responsable d’une commotion cardiaque létale sur un cœur pathologique ».

Cette mort avait relancé, au sein du rugby français, un très vif débat sur la réduction des risques auxquels sont exposés les  joueurs de rugby – risques sans cesse plus élevés du fait de l’évolution du jeu, de la violence croissante et des règles qui demeurent en vigueur. La mort de Nicolas Chauvin soulève, à nouveau et de manière tragique, les mêmes questions – à commencer par celles de la modification de la hauteur maximale autorisées pour les placages.

« C’est avec une immense tristessque le Stade Français Paris fait part du décès de Nicolas Chauvin, jeune Espoir du club, qui s’est éteint ce soir au CHU Pellegrin de Bordeaux » a indiqué son club dans un communiqué. Toutes nos pensées vont à la famille de Nicolas à laquelle tous les membres du club adressent leurs plus sincères condoléances. Le Stade Français Paris est en deuil. »

« Effondré face à ce terrible drame. Toutes mes pensées vont à la famille et aux proches de Nicolas Chauvin » écrit  Paul Goze, président de la Ligue nationale de rugby (LNR).

« J’adresse toutes mes plus sincères et profondes condoléances à la famille de Nicolas. Il restera à jamais gravé dans la mémoire du rugby français. Solidarité de la Fédération et de l’ensemble de la famille du rugby » a écrit sur son compte Twitter le président de la Fédération française de rugby (FFR), Bernard Laporte.

« Graver dans la mémoire » ? Si rien ne change, combien de fois encore les responsables du rugby français devront-ils adresser leurs plus sincères et profondes condoléances ? Le monde du rugby est en deuil.

A demain

@jynau

Gilets Jaunes, argent et «fibre sociale» : Macron est «le plus lucide de tous» (Agnès Buzyn)

Bonjour

Quoique directement impliquée, elle ne s’était que rarement exprimée sur les turbulences qui traversent la France. Agnès Buzyn était l’invitée des « Contrepoints de la santé » du 11 décembre 2018. Une occasion pour la ministre des Solidarités et de la Santé de commenter les annonces faites la veille par Emmanuel Macron pour tenter d’apaiser les colères des Gilets Jaunes. Beaucoup voient un « virage social » doublé d’un mea culpa dans les annonces présidentielles. Il ont tort. Agnès Buzyn :

« La demande d’augmentation du pouvoir d’achat par les Gilets Jaunes se retrouvait complètement  dans le programme de campagne du président de la République (….) On nous a beaucoup reproché de commencer par des mesures économiques et d’arriver un peu tard avec les mesures dites sociales. (…) Ce qui nous était demandé c’était avant tout devait réduire le chômage de longue durée (….) Il fallait donc d’abord relancer l’économie (…)

« Les mesures sociales sont arrivées un peu plus tard  parce que j’ai décidé de les mettre en œuvre avec une méthode de concertation et de co-construction. Et notamment avec le plan pauvreté qui visait notamment à éviter l’assignation à résidence des personnes les plus en difficulté, qui vise à redonner de l’espoir aux travailleurs pauvres – ou aux gens au chômage parce qu’ils se sentent aujourd’hui consignées à rester pauvres. Ce plan pauvreté, il a été travaillé pendant neuf mois dans les territoires, avec tous les acteurs (…) La jambe gauche n’est pas arrivée après la jambe droite (…) On ne peut pas reprocher à un gouvernement de ne pas concerter et d’écouter et, quand il écoute et qu’il concerte, considérer qu’il va trop lentement. »

La colère des Gilets Jaunes, leurs impatiences quant à leur pouvoir d’achat ?

« En réalité le président de la République l’a toujours ressentie (…) Il avait en tête l’impatience des Français, le fait que l’on était au bord de la fracture sociale 1 (…) Je pense  que c’est le plus lucide 2, quelque part, de tous. Cette fibre sociale, il l’a complètement en lui. »

A demain

@jynau

1 Fracture sociale : ne pas confondre avec « fibre sociale ». Expression qui désigne généralement le fossé séparant une certaine tranche socialement intégrée de la population d’une autre composée d’exclus. Le philosophe français Marcel Gauchet : « Il est devenu indécent d’en parler, mais ce n’est pas moins elle qui resurgit là où on ne l’attendait pas pour alimenter la poussée électorale continue de l’extrême-droite (…) Un mur s’est dressé entre les élites et les populations, entre une France officielle, avouable, qui se pique de ses nobles sentiments, et un pays des marges, renvoyé dans l’ignoble, qui puise dans le déni opposé à ses difficultés d’existence l’aliment de sa rancœur. »

2 Lucide : Qui a une vue claire et exacte des choses; qui fait preuve de perspicacité, de pénétration d’esprit.  Synon. clairvoyant, pénétrant, perspicace, sagace. « Moi, songeait Thérèse, la passion me rendrait plus lucide; rien ne m’échapperait de l’être dont j’aurais envi »e (Mauriac, Th. Desqueyroux,1927, p. 210)

Panégyrique  Éloge oral ou écrit, enthousiaste et sans restriction d’une personne ou p.anal. d’une chose. « La théorie d’une égalité pacifique, fondée sur la fraternité et le dévouement, n’est qu’une contrefaçon de la doctrine catholique du renoncement aux biens et aux plaisirs de ce monde, le principe de la gueuserie, le panégyrique de la misère » (Proudhon, Syst. contrad. écon., t.1, 1846, p.188):

Un terroriste tue à Strasbourg, les théories du complot gangrènent les réseaux sociaux

Bonjour

C’est une déferlante insidieuse. Mardi 11 décembre, sur le marché de Noël de Strasbourg, une attaque terroriste a fait trois morts et treize blessés. Aussitôt des « Gilets Jaunes » ont accusé le président de la République et le gouvernement d’être à l’origine de cette attaque affin de ruiner leur mouvement. Une tentative de diversion, en somme… Passons sur  les « preuves » avancées, toutes factices ou sans objet.

C’est une déferlante qui trouve sa source dans les théories du complot. Elle se fonde aujourd’hui sur la concomitance entre les annonces d’Emmanuel Macron, l’attentat et la proximité d’un possible « acte V » des Gilets Jaunes. Face à ce mouvement, plusieurs modérateurs d’importants groupes Facebook de Gilets Jaunes ont annoncé qu’ils prenaient la décision de fermer temporairement la modération et de bloquer  toute publication. Et Plusieurs ont appelé à continuer la mobilisation en portant un signe noir en hommage aux victimes de Strasbourg. Seront-ils bientôt accusés de faire partie du complot ?

C’est une déferlante face à laquelle le pouvoir exécutif est impuissant. Sauf à qualifier de tels propos d’ « indignes » comme viennent de le faire plusieurs membres du gouvernement invités sur France Inter et sur RTL. Et c’est aussi une déferlante qui dépasse des médias généralistes aujourd’hui impuissants, par définition, à démonter un complotisme qui se nourrit consubstantiellement de la peur, de la déraison, de l’insensé. Mais pas seulement : « Les théories du complot viennent réordonner le monde en y insufflant de la causalité. C’est ce qui les rend si attractives. » explique Slate.fr (Loïc Nicolas).

Journalisme, politique et santé publique

A ce stade, que faire ? Ecouter, ou lire, sur France Culture, Guillaume Erner : « Fusillade à Strasbourg : complotisme et défiance détruisent notre capacité à faire société »

 « La société française est une nouvelle fois menacée par le terrorisme… Et, doublement menacée, d’abord par cet assassin qui a frappé hier soir sur le marché de Noël de Strasbourg, mais aussi par les commentaires complotistes qui ont immédiatement submergé Facebook, et notamment certains groupes de gilets jaunes (…)

Il y a dans ce complotisme quelque chose d’infiniment triste : la défiance absolue dans la possibilité d’un pouvoir républicain, la croyance selon laquelle la fin justifierait tous les moyens pour l’exécutif, sont finalement le signe d’une société fracturée. Cette défiance, il faut le souligner, ne vise pas particulièrement Emmanuel Macron, elle était déjà très largement présente sous François Hollande : il ne s’agit pas d’un manque de confiance vis-à-vis de ce gouvernement, mais d’une défiance par rapport à nos institutions. 

Comme à l’époque de l’attentat de Charlie Hebdo, ou mille théories farfelues avaient été diffusées sur la toile, ces commentaires trouvent mille raisons de douter de la réalité de cet attentat. D’où ce paradoxe, la volonté de croire que personne ne serait assez méchant pour viser un marché de Noël, mais dans le même temps l’idée que le gouvernement est prêt à tout pour asseoir son pouvoir. 

Ce scepticisme témoigne donc d’une confiance en l’humain, et d’une défiance absolue vis-à-vis de tout pouvoir, de toute autorité, comme si finalement, en accédant au pouvoir on cessait d’être homme, comme si la seule question que l’on devait se poser en permanence, était à qui profite le crime. Ce complotisme procède d’une pensée magique : le pouvoir a tous les pouvoirs. Voilà la nouvelle pensée magique, une magie qui détruit notre capacité à faire société. »

A demain

@jynau

Rugby : nouvel « accident grave » après placage. La Fédération soumise à la question

Bonjour

Combien faudra-t-il encore de drames avant que Bernard Laporte, président de la FFR et le Dr Serge Simon, vice-président, prennent la mesure de leurs responsabilités ?

Le dimanche 9 décembre Nicolas Chauvin, 19 ans, joueur de l’équipe Espoirs du Stade français a été victime d’un arrêt cardiaque au cours d’un match organisé au stade Moga de Bègles (Gironde) face aux Espoirs de Bordeaux-Bègles. Nicolas Chauvin « ne s’est pas relevé » après un plaquage survenu à la 5e minute du match. Victime d’un arrêt cardiaque, il a été pris en charge par l’équipe médicale du club girondin. Un massage cardiaque a été pratiqué pendant près de vingt minutes. « Lorsque les pompiers et le SAMU sont arrivés sur les lieux, le pouls du joueur, toujours inconscient, était reparti et il a été transporté à l’hôpital » rapportent les médias.

Lundi 10 décembre le Stade français précisait que Nicolas Chauvin, se trouvait « en réanimation, dans un état grave », au CHU Pellegrin de Bordeaux. Le troisième-ligne aile « a été opéré en urgence d’une fracture de la deuxième cervicale », a précisé le club.

Réduire les risques

Cet accident n’est pas sans rappeler celui survenu le 10 août quand Louis Fajfrowski, 21 ans, joueur d’Aurillac (Pro D2) avait trouvé la mort à la suite d’un plaquage lors d’un match amical contre Rodez.

La justice avait conclu, en novembre, que cette mort était due à « un traumatisme thoracique précordial, responsable d’une commotion cardiaque létale sur un cœur pathologique ». Et le parquet a précisé que cette « mort accidentelle » était survenue « à la suite et non pas à cause d’un plaquage » subi par le joueur à mi-hauteur.

Cette mort avait relancé, au sein du rugby français, un très vif débat sur la réduction des risques auxquels sont exposés les  joueurs de rugby – risques sans cesse plus élevés du fait de l’évolution du jeu, de la violence croissante et des règles qui demeurent en vigueur. L’accident dont vient d’être victime Nicolas Chauvin soulève, à nouveau et de manière frontale, les mêmes questions – à commencer par celles de la modification de la hauteur maximale autorisées pour les placages. On attend, une nouvelle fois, les réponses de Bernard Laporte et du Dr Serge Simon.

A demain

@jynau