Cocaïne en France : baisse constante de nos prix. 71,5 euros le gramme bien dosé et livré

Bonjour

13 décembre 2019. Derniers résultats de « TREND », dispositif national de détection des phénomènes émergents de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT)  1. Ils dessinent une France inédite, une cartographie des souffrances, de la misère et des consommations de substances illicites. A ce titre ils mettent en lumière les impasses du législatif, l’incurie de l’exécutif, l’extension constante de l’ubérisation-numérisation de la société française. Et plus généralement la rémanence de tous les obstacles s’opposant à une véritable politique de réduction des risques. Extraits (nous soulignons) :

« Après le recours aux livraisons à domicile et aux SMS promotionnels des trafiquants en direction des usagers les plus insérés, le dispositif souligne désormais l’importance prise par les « centrales d’achat » (Bordeaux, Lyon, Marseille, Metz, Paris et Seine-Saint-Denis, Toulouse). Ces dernières, de même que de plus en plus de petits réseaux, utilisent des messageries telles que Snapchat, Whatsapp ou Instagram.

« De plus en plus, certains réseaux rationalisent leur activité en reprenant les méthodes d’organisation des entreprises classiques : stratégies marketing, diminution des stocks ou flexibilisation de la main-d’œuvre. Le darknet apparaît quant à lui comme une source croissante d’approvisionnement pour de petits trafics. Internet est également privilégié pour l’achat de NPS dont les cannabinoïdes de synthèse, notamment en vue de la fabrication d’e-liquides, ou pour certaines formes concentrées de cannabis (huile, wax) »

Concernant les usagers, TREND évoque « l’état sanitaire particulièrement dégradé et l’aggravation des difficultés rencontrées par les plus précaires ».

« Plusieurs sites (Lille, Lyon, Paris, Rennes, Toulouse) mentionnent une intensification des opérations policières (contrôles, fouilles corporelles, délogements) alors que les évacuations de squats sont signalées par toutes les coordinations. En parallèle, les professionnels de la prise en charge constatent que l’inexistence ou la saturation des structures adaptées aux personnes sans domicile est un obstacle majeur à la mise en œuvre d’un accompagnement. Parmi les différentes populations précaires repérées, TREND souligne la visibilité accrue de jeunes usagers (15-25 ans) polyconsommateurs. Le dispositif relève aussi l’augmentation des arrivées d’usagers d’Europe de l’Est, singulièrement de Géorgie.

« Beaucoup de ces usagers pratiquent l’injection, particulièrement de médicaments opioïdes. Enfin, après Paris et Rennes, Bordeaux, Lyon et Marseille évoquent la présence accrue de mineurs non-accompagnés originaires d’Algérie ou du Maroc, parfois engagés dans des parcours de délinquance. Consommateurs de médicaments divers, ces jeunes sont également concernés par des usages détournés de prégabaline (Lyrica®), molécule prescrite contre les douleurs neuropathiques, comme anticonvulsivant ou pour certains troubles anxieux. Après Marseille et Lyon, Bordeaux, Rennes, Paris et la Seine-Saint-Denis signalent un développement de ces usages. »

On notera d’autre part la « disponibilité en hausse d’une diversité de produits ».

« TREND insiste sur l’accessibilité élargie de la cocaïne en pointant la visibilité accrue de la cocaïne basée (ou crack). Sur le territoire national la concurrence entre les multiples filières d’approvisionnement et réseaux de revente favorise la circulation d’un produit aux teneurs élevées dont le prix moyen diminue (71,5 euros le gramme). Les sites TREND observent des « transferts » et une intensification des usages de cocaïne chez des personnes déjà consommatrices d’autres psychotropes ou chez des jeunes en errance, alors que l’émergence d’usages chez de très jeunes majeurs, visibles en consultations jeunes consommateurs (CJC), est rapportée à Bordeaux, Lyon ou Metz.

« Cette propagation des usages de cocaïne, qui reste limitée à l’échelle de la population générale, concerne d’abord la forme poudre, sniffée par les usagers les plus insérés et davantage injectée chez les plus précaires ou dépendants. Le produit est aussi de plus en plus consommé sous sa forme base et fumé. Alors que le seul marché organisé et pérenne de crack reste parisien, un élargissement de la pratique du basage est constaté, y compris en zones rurales (Lille, Lyon, Marseille). Certains usagers socialement intégrés parviennent à maîtriser leurs prises en le consommant ponctuellement.

« Pour les populations plus vulnérables, le passage à la cocaïne basée, très addictive, coïncide souvent avec une perte de contrôle des consommations, une dégradation rapide de l’état de santé et de la situation socio-économique. L’impact sanitaire de cette situation se traduit par la forte augmentation des demandes de soins, une part croissante des intoxications reportées et une hausse des décès impliquant la cocaïne. »

 A demain @jynau

1 « Tendances récentes et nouvelles drogues » (TREND) a été créé en 1999 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Il assure une veille sur les phénomènes émergents dans le champ des produits psychoactifs et décrit des populations particulièrement consommatrices. Ces éléments de connaissance visent à éclairer les pouvoirs publics et les professionnels en contact avec les usagers. TREND appuie ses investigations sur un réseau de 8 coordinations implantées à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Metz, Paris, Rennes et Toulouse dotées d’une stratégie commune de collecte et d’analyse de l’information. Celles-ci mettent en œuvre des outils d’observation qualitatifs (observations ethnographiques, entretiens…) et recueillent leurs données auprès d’acteurs (usagers, intervenants du secteur socio-sanitaire et de l’application de la loi, etc.) dont l’ancrage local contribue à une meilleure compréhension des spécificités territoriales. Les espaces urbains (rue, squats, structures d’accueil des usagers) et festifs techno (alternatif, commercial, festif gay, gay-friendly) sont les deux principaux champs investigués par les coordinations.

Guerre des tranchées entre les «bons vivants» et ceux qui entendent bien le rester (1)

Bonjour

Terribles ambivalences de l’alcool. Ambivalences sans cesse amplifiées avec le vin. C’est un texte dont on pourrait rire. Un texte que l’on pourrait maudire. Un texte que l’on dénoncera. Un texte que nous aurions sans doute pu (avec quelques coupes et compléments) signer.

On le trouvera dans Le Figaro sons un titre trop éloquent :  «Arrêtez de culpabiliser les amateurs de vin ! ». Signés par un groupe fort hétérogène de personnalités embrassant un vaste horizon – dont le journalisme 1. C’est aussi une tribune de mauvaise foi puisque ces personnalités s’opposent aux associations qui militent pour un ‘’mois sans alcool’’ en janvier prochain » – une opération qu’elles dénoncent pour ce qu’elle n’est pas… 2

Voilà bien le début (ou plus exactement la résurgence) d’une guerre. Une guerre médiatique des tranchées. Un conflit entre les « bons vivants » autoproclamés et ceux désignés comme étant leur profil inversés. Une guerre et des impasses. Comment avancer ?

Pour commencer voici ce texte, porté par le talentueux Philippe Claudel. Il vaut d’être lu (nous soulignons), relu et débattu:

« À quoi reconnaît-on qu’une civilisation s’effondre? Peut-être au désintérêt dont certains font montre à l’égard de son patrimoine et de sa culture, ouvrant ainsi le chemin à un piétinement général de ses valeurs et de son histoire, et au rétrécissement de son champ d’existence et de liberté.

« Certaines voix autorisées – par qui? – s’élèvent aujourd’hui pour stigmatiser la consommation d’alcool et culpabiliser le buveur à chaque fois qu’il s’apprête à caresser les flancs d’un verre avant de le porter à ses lèvres. On évoque même la possibilité d’un «mois sans alcool» dès janvier prochain, suivant en cela, comme les moutons que nous sommes souvent, la toquade anglo-saxonne et puritaine du «dry january».

« Cette initiative me consterne. Et je ne sais si la placer de plus en janvier, mois de Saint-Vincent, patron des vignerons, relève de la simple bêtise ou de la provocation.

« On dit une partie et on oublie un tout, comme si on évoquait seulement les notes et pas la musique, les couleurs et non la peinture, les lettres de l’alphabet et jamais la littérature.

« On parle d’alcool pour accuser. On dit une partie et on oublie un tout, comme si on évoquait seulement les notes et pas la musique, les couleurs et non la peinture, les lettres de l’alphabet et jamais la littérature.

« Certes, la molécule d’éthanol est présente dans un armagnac ou un vieux calvados, dans un chassagne-montrachet, un flacon de la Coulée de Serrant, un pauillac, un côte-rôtie, un champagne, un grand vin du Languedoc, mais à la façon de l’armature interne d’une sculpture, qui soutient un ensemble mais n’en constitue pas la beauté. Reprochera-t-on à celui qui contemple le travail de Bourdelle ou de Maillol d’être un pervers adorateur du grillage à poulets sur lequel la glaise ou le plâtre s’appuient et la grâce s’élève?

« Le pays de France est un faible territoire, en superficie, mais je ne connais au monde nul autre endroit qui offre une marqueterie de paysages aussi divers, posés les uns au côté des autres, et, reliées à ces paysages, enracinées en eux, y tirant leur sève et leur vérité, autant de cultures qui s’incarnent dans l’architecture, la gastronomie, les savoirs, les arts et le vin.

« Je m’inquiète de l’inquiétude dont les politiques font preuve à mon égard »

« Certes il existe quantité de vignobles sur terre, et des vins remarquables. Mais les plus grands vins naissent dans les terroirs de France, grâce à une géographie unique et un savoir séculaire transmis de génération en génération. Sur cela chacun s’accorde. Faudrait-il commencer à en avoir honte?

« Au même titre que les châteaux de la Loire, les Pensées de Pascal, la peinture de Poussin, la poésie de Rimbaud, la musique de Pierre Boulez, le vin est un haut fait culturel français, sur lequel se portent les regards et les désirs du monde. Nous sommes les dépositaires de cette richesse. Nous en sommes les heureux bénéficiaires, les gardiens et les garants.

« Notre responsabilité est considérable. Bien sûr, on peut vivre sans vin, et nul n’est contraint d’en boire. Les censeurs nous diront qu’on peut alors espérer vivre plus longtemps, ce qui reste encore à prouver. Mais qu’on ne contraigne pas non plus quiconque à s’en priver. Et puis vivre sans plaisir et sans joie, sans lumière et sans fête, sans soleil et sans feu, sans mémoire et sans histoire, est-ce vivre?

 « Depuis quelques décennies, je m’inquiète de l’inquiétude dont les politiques font preuve à mon égard. Ils se soucient sans cesse de ma santé et de mon intégrité physique, et paraissent conspirer, en dignes successeurs des grotesques médecins de Molière, à m’amener jusqu’à ma mort en parfaite santé.

« Commencer à interdire, c’est interdire tout court, et à jamais. On commence par un mois, mais un mois, c’est le début de l’éternité. Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas imaginer aussi un mois sans sexe, un mois sans sport, un mois sans paroles, un mois sans pensées, un mois sans imagination, tant on sait combien ces différentes activités peuvent se révéler parfois dangereuses et toxiques pour qui les pratique?

« Plutôt que sur l’interdiction, c’est sur l’éducation qu’il faut mettre l’accent. Apprendre à discerner. Apprendre à connaître. Apprendre à aimer. Apprendre à apprécier le vin, et l’apprécier non pas en fonction de la quantité à boire mais de sa qualité même, car si l’ivresse est à rechercher, c’est bien celle qui naît de l’admiration devant ce qui est singulier, et non celle qui brouille les sens et la raison.

« Le vin est un secret fragile 3. Sa célébration l’est aussi, qui scelle des moments heureux d’amitié et de fête, et des noces mystiques avec des puissances terrestres, géologiques et climatiques, qui nous dépassent. Il n’est pas inutile de rappeler que dans bien des religions polythéistes et monothéistes, le vin se regarde comme un don des dieux, leur boisson aimée, voire leur sang. Tout cela nous dit que le vin n’est en rien banal, qu’il n’est en rien commun, mais qu’il est l’incarnation d’un supplément d’âme dont on voudrait aujourd’hui peu à peu nous priver. »

A suivre : la contre-attaque

A demain @jynau

1 Ce texte a été cosigné par Philippe Claudel, Cyril Lignac, Guy Savoy, Pierre Arditi, Katherine Pancol, Christophe Alévêque, humoriste ; Yannick Alléno, chef restaurateur ; Laurent Batsch, universitaire ; Éric Beaumard, vice-meilleur sommelier du monde (1998) ; Serge Blanco, ancien international de rugby ; Philippe Bourguignon, chef d’entreprise ; Pascal Bruckner, écrivain ; Éric Carrière, footballeur ; Philippe Caubère, comédien ; Antoine de Clermont-Tonnerre, producteur ; Vincent Duluc, journaliste sportif ; Guy Forget, joueur de tennis ; Jean Gachassin, ancien président de la Fédération française de tennis ; Jean-Philippe Girard, PDG d’Eurogerm ; Gérard Idoux, chef cuisinier ; Gaspard Koenig, essayiste ; Emmanuel Krivine, chef d’orchestre ; Jean-Marie Laclavetine, éditeur et romancier ; Christian Le Squer, chef cuisinier ; Dominique Loiseau, présidente du groupe Bernard Loiseau ; Michel Maffesoli, sociologue ; Carole Martinez, écrivain ; Éric Matton, éditeur ; Mathieu Pacaud, chef cuisinier ; Emmanuel Petit, ancien footballeur ; Jean-Pierre Pernaut, journaliste ; Hervé Pierre, sociétaire de la Comédie-Française ; Éric Pras, chef cuisinier ; Denis Robert, journaliste et écrivain ; Jean Sévillia, journaliste et écrivain ;Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie-Française ; Anne Sylvestre, chanteuse ;et Michel Troisgros, chef cuisinier.

2  Voir « ‘’Dry January’’ français: une affaire politico-sanitaire en cinq actes »  Slate.fr  4 décembre 2019

3 NDLR : « La vie mystérieuse du vin » de Bruno Quenioux, Editions du Cherche-midi

Cigarette électronique : à la veille de Noël, la lucidité retrouvée de l’Académie de médecine

Bonjour

On avait (parfois) pris l’habitude de se gausser de la vieille Académie. Notamment quand elle s’égarait sur le cannabis et l’augmentation des risques. Tel n’est pas le cas aujourd’hui avvec le tabac et la cigarette électronique. Comment ne pas saluer cette lucidité retrouvée. Extraits de ce message mandé depuis la rue Bonaparte, Paris (nous soulignons):

« La confiance en la cigarette électronique est aujourd’hui ébranlée par l’observation d’une soudaine épidémie de pathologies pulmonaires localisée aux Etats-Unis ainsi que par le rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui sans argumenter, qualifie la cigarette électronique ‘’d’indiscutablement nocive’’.  La position exprimée par l’Académie en 2015 conseillait de garantir la sûreté des produits, de déclarer les substances présentes dans les e-liquides et surtout d’en interdire la vente aux mineurs ainsi que la publicité et l’usage là où il est interdit de fumer. C’est le cas aujourd’hui en France où les cigarettes électroniques relèvent de normes de qualité et de sécurité, à l’inverse des Etats-Unis.  
 
« Cette crise de confiance pourrait causer la mort de milliers de fumeurs alors que le tabac tue la moitié de ses fidèles consommateurs. Ne pas confondre le contenant nocif avec la toxicité du contenu
 
« L’épidémie américaine d’atteintes pulmonaires est due à un détournement de son usage car, après avoir mis en cause le vapotage en tant que tel, le Center for Disease Control and Prevention (CDC) et la Food and Drug Administration (FDA) reconnaissent que ce détournement est la cause principale de cette épidémie dont sont atteintes en quatre mois près de 2200 personnes avec 42 décès. Il ne faut pas accuser le contenant d’être nocif alors que c’est le contenu qui est en réalité nocif et responsable de l’alerte américaine. 
 
La vaporette moins dangereuse que la cigarette aide à l’arrêt et à la diminution de la consommation de tabac. 700 000 fumeurs ont décroché grâce à elle. 
 
(…) Si l’inquiétude est totalement fondée aux USA, ce n’est pas ce qui est constaté en France car les études de Paris Sans Tabac montrent que la consommation globale de nicotine chez les jeunes – vaporette plus tabac – diminue grâce à la réglementation française et européenneL’épidémie de mésusage par les jeunes rappelle aux américains qu’ils ont insuffisamment réglementé son usage. Ce défaut de réglementation explique cette crise, comme celle des opioïdes. En France, nombre de fumeurs qui s’apprêtaient à passer à la vaporette au lieu du tabac ne doivent pas hésiter puisque l’HAS en a fait un produit utile à l’arrêt du tabac et qui a fait ses preuves. » 

L’Académie nationale de médecine conclut en rappelant qu’il « ne faut pas se tromper d’ennemi ». Il n’est pas désagréable de la savoir dans le camp de la politique raisonnée de la réduction des risques. En espérant qu’elle pèse désormais de tout son poids sur le pouvoir exécutif en général et sur la politique menée par Agnès Buzyn.

A demain @jynau

Personnes intersexuées : les écouter, les informer, les soigner, ne jamais plus les mutiler

Bonjour

Longtemps la médecine les ignora. L’intersexualité n’avait de place que dans la mythologie, sous les traits d’Hermaphrodite et des androgynes. Ou dans les religions monothéistes avec les anges et les discussions éternelles quant à leur sexe. Puis, bien après la Renaissance, les considérables avancées de l’anatomie, de la chirurgie et de l’endocrinologie bouleversèrent progressivement la donne.

On redessina les frontières du normal et du pathologique; on entreprit de corriger ce qui était désormais perçu comme insupportable; on postulait qu’il y avait urgence à modifier l’apparence corporelle de personnes que l’on ne pouvait classer dans l’un des deux genres; que ces interventions leur permettraient de retrouver l’une des deux identités dont elles étaient privées depuis la naissance, privation qui ne pouvait être que source de souffrances.

Mais tout cela, c’était avant que l’on ne découvre, assez récemment, qu’en réalité tout était nettement plus compliqué, que la correction médico-chirurgicale était loin d’être la panacée, que l’on n’avait pas assez écouté les premièr·es concerné·es. Et que l’heure était venue de mieux entendre, collectivement, les différences.

A lire, sur Slate.fr : « Personnes intersexes: informer et soigner, sans jamais plus mutiler »

A demain @jynau

Alcoolisme: Agnès Buzyn va-t-elle, royalement, rembourser le baclofène à hauteur de … 15% ?

Bonjour

Pas homéopathique, mais presque. Et, quoi qu’on pense par ailleurs, une forme de mépris des malades de l’alcool. On attend ici le couperet d’Agnès Buzyn.  L’information est tombée aujourd’hui, transmise par les vigies du Flyer (Mustapha Benslimane). Où l’on apprend que le Baclocur® (baclofène) a obtenu de la HAS un Service Médical Rendu (SMR) faible, ouvrant droit au remboursement à… 15% : « Baclofène BACLOCUR, comprimé pelliculé sécable Première évaluation » (nous soulignons):

« Avis favorable au remboursement pour réduire la consommation d’alcool, après échec des autres traitements médicamenteux disponibles, chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool et une consommation d’alcool à risque élevé (> 60 g/jour pour les hommes ou > 40 g/jour pour les femmes). Cet avis est conditionné à la collecte de données d’efficacité et de tolérance dans un délai maximal de 3 ans en vue d’une réévaluation.

« La prise en charge de l’alcoolodépendance a fait l’objet de recommandations nationales par la Société française d’Alcoologie. Le baclofène, constitue, en association à un suivi psychosocial axé sur l’observance thérapeutique et la réduction de la consommation d’alcool, une option thérapeutique de dernier recours pour réduire la consommation d’alcool chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool avec consommation d’alcool à risque élevé (> 60 g/jour pour les hommes ou > 40 g/jour pour les femmes), ne présentant pas de symptômes physiques de sevrage et ne nécessitant pas un sevrage immédiatement. Le bénéfice potentiel du traitement est conditionné par l’observance du patient. Conformément au RCP, son utilisation doit s’accompagner d’un suivi médical rapproché en particulier pendant la phase de titration. La dose journalière maximale de baclofène est de 80 mg par jour. Le RCP précise par ailleurs qu’en l’absence d’efficacité après 3 mois de traitement, celui-ci doit être arrêté de façon progressive et qu’il n’existe pas de données issues d’études au-delà de 12 mois. »

Aotal®, Esperal® Revia® Selincro® et … Baclocur®. 

Comment comprendre, quand on sait que le contesté Selincro® (46 euros la boîte de 14) est pris en charge à hauteur de 30% depuis plusieurs années. « On peut noter au passage une baisse continu du taux de remboursement des médicaments pour les troubles liés à l’usage d’alcool, observe Le Flyer. De 65% pour Aotal®, Esperal® et Revia® à 30% pour Selincro®, pour arriver à 15% pour Baclocur®. Le prochain candidat au remboursement risque de ne pas être remboursé du tout s’il peine à démontrer a priori une utilité plus grande que l’existant. Un peu comme si les médicaments pour les troubles liés à l’usage d’alcool servaient de moins en moins l’intérêt des patients et de la collectivité et un peu comme si l’alcool posaient de moins en moins un problème de Santé Publique. »

De se point de vue on se régalera, ici, à la lecture des échanges des membres de la Commission de Transparence du 6 novembre dernier.  « Dans les faits, cela ne changera pas grand-chose, souligne Le Flyer. Les mutuelles prendront en charge le remboursement complémentaire dans la plupart des cas et beaucoup de patients ont déjà une ALD 30 leur ouvrant un droit au remboursement à 100%. Mais, en termes de symbole …. on propose par cet avis que la solidarité nationale intervienne à hauteur de 15% dans la prise en charge d’un traitement dont les cliniciens ont jugé depuis 10 ans son utilité pour des patients, souvent en échec avec d’autres thérapeutiques. »

Et maintenant ? Il reste à Agnès Buzyn de décider. Aura-t-elle la lucidité pour ne pas dire le courage, d’octroyer un taux de remboursement digne d’un médicament qui aide ; jui aussi, à lutter contre le fléau de l’alcool. Le baclofène n’est pas un remède miracle. Mais, Mme Buzyn le sait, les miracles sont assez rares dans le champ de la lutte contre les addictions.

A demain @jynau

Faire la nique à Trump : le pronom neutre «they» vient d’être élu mot anglo-américain de l’année

Bonjour

Qu’en dirait Orwell ? En langue anglaise contemporaine « they » est (aussi) utilisé pour désigner les personnes dites «non-binaires», ne s’identifiant ni comme homme ni comme femme. « They » a, le 10 décembre 2019, été élu mot de l’année par le dictionnaire américain en ligne Merriam-Webster. « Aux Etats-Unis, de plus en plus d’Américains progressistes revendiquent leur droit de choisir par quel pronom ils souhaitent être désignés, indépendamment de leur sexe de naissance, un combat parfois affiché sur leurs cartes de visites, signatures d’e-mails et comptes sur les réseaux sociaux » nous résume l’Agence France Presse.

Désormais les personnes non-binaires revendiquent d’être désignées par le pronom neutre «they» (on se souvient qu’il est aussi le pronom de la troisième personne du pluriel en anglais). «Il n’y a aucun doute sur le fait que son utilisation est désormais entrée dans la langue anglaise, et c’est pourquoi nous l’avons ajouté à notre dictionnaire en septembre», explique Merriam-Webster sur son site, ajoutant que les recherches pour «they» avaient bondi de 313% en un an.

A savoir : les personnes non-binaires jouissent d’une représentation accrue dans les séries télévisées et chez les stars – grâce notamment à l’artiste britannique Sam Smith. Le géant Apple a aussi récemment ajouté des émoticônes «neutres», dont on ne distingue pas le genre, dans la dernière version de son système d’exploitation. On attend désormais, via Twitter, le commentaire binaire de l’homme le plus puissant de la planète.

A demain @jynau

« Faire la nique (à qqn/à qqc.)». Faire de la tête un signe de mépris ou de moquerie à l’encontre de quelqu’un ou quelque chose. Synon. se moquer.« Philippe sera écrasé un de ces jours », dit Larzac. « Est-ce bête de faire la nique aux taxis quand on n’a qu’une jambe! » (Bourget, Drame,1921, p. 126)

Le cri d'amour-larmes lancé depuis Sainte-Périne Au-delà des «retraites», les «fins de vie»

Bonjour

11 décembre 2019. Le Premier ministre va lever le voile politique sur « la réforme des retraites ». Et ensuite ? Pour l’heure les médias généralistes ne veulent pas s’emparer du vrai sujet – un sujet explosif que le pouvoir exécutif se garde bien d’aborder : derrière les angoisses de la « retraite », celles inhérentes à la « dépendance », autrement dit à la « fin de vie » (« soins palliatifs » versus « euthanasie »). Le tout sur fond de collapsologie – jeune néologisme qui pour désigne non pas la « Fin des temps » mais bien l’étude de l’effondrement de la civilisation industrielle (sans oublier ce qui pourrait lui succéder/lui succédera).

11 décembre 2019. C’est, nous dit Le Point, « un texte poignant, bouleversant, qui tirera les larmes même aux plus insensibles d’entre nous ». Ce sont des lignes que Michèle Bernard-Requin nous mande depuis l’hôpital Sainte-Perine de Paris. où elle se trouve, selon ses mots, « en fin de vie ». Michèle Bernard-Requin : l’une des grandes figures du monde judiciaire français. En retraite depuis une décennie.

Aujourd’hui, nous dit Le Point, c’est un cri d’alarme qu’elle pousse dans un « petit et ultime texte pour aider les « unités de soins palliatifs » ». A ce titre c’est un texte hautement politique que se devraient de lire le président de la République et le Premier ministre. Lire et méditer. Un texte que Le Point publie tel quel en respectant sa ponctuation, ses sauts de ligne et son titre. Voici ce document :

« Une île

Vous voyez d’abord, des sourires et quelques feuilles dorées qui tombent, volent à côté, dans le parc Sainte-Perrine qui jouxte le bâtiment. La justice, ici, n’a pas eu son mot à dire pour moi.
La loi Leonetti est plus claire en effet que l’on se l’imagine et ma volonté s’exprime aujourd’hui sans ambiguïté.
Je ne souhaite pas le moindre acharnement thérapeutique.
Il ne s’agit pas d’euthanasie bien sûr mais d’acharnement, si le cœur, si les reins, si l’hydratation, si tout cela se bloque, je ne veux pas d’acharnement.
Ici, c’est la paix.
Ça s’appelle une « unité de soins palliatifs », paix, passage… Encore une fois, tous mes visiteurs me parlent immédiatement des sourires croisés ici.
« Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté ».
C’est une île, un îlet, quelques arbres.
C’est : « Mon enfant, ma sœur, Songe à la douceur d’aller, là-bas, vivre ensemble ». C’est « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans » (« Spleen ») Baudelaire.
Voilà, je touche, en effet, aujourd’hui aux rivages, voilà le sable, voilà la mer.
Autour de nous, à Paris et ailleurs, c’est la tempête : la protestation, les colères, les grèves, les immobilisations, les feux de palettes.

Maintenant, je comprends, enfin, le rapport des soignants avec les patients, je comprends qu’ils n’en puissent plus aller, je comprends, que, du grand professeur de médecine, qui vient d’avoir l’humanité de me téléphoner de Beaujon, jusqu’à l’aide-soignant et l’élève infirmier qui débute, tous, tous, ce sont d’abord des sourires, des mots, pour une sollicitude immense. À tel point que, avec un salaire insuffisant et des horaires épouvantables, certains disent : « je préfère m’arrêter, que de travailler mal » ou « je préfère changer de profession ».

Il faut comprendre que le rapport à l’humain est tout ce qui nous reste, que notre pays, c’était sa richesse, hospitalière, c’était extraordinaire, un regard croisé, à l’heure où tout se déshumanise, à l’heure où la justice et ses juges ne parlent plus aux avocats qu’à travers des procédures dématérialisées, à l’heure où le médecin n’examine parfois son patient qu’à travers des analyses de laboratoire, il reste des soignants, encore une fois et à tous les échelons, exceptionnels.
Le soignant qui échange le regard.
Eh oui, ici, c’est un îlot et je tiens à ce que, non pas, les soins n’aboutissent à une phrase négative comme : « Il faut que ça cesse, abolition des privilèges, il faut que tout le monde tombe dans l’escarcelle commune. » Il ne faut pas bloquer des horaires, il faut conserver ces sourires, ce bras pour étirer le cou du malade et pour éviter la douleur de la métastase qui frotte contre l’épaule.

Conservons cela, je ne sais pas comment le dire, il faut que ce qui est le privilège de quelques-uns, les soins palliatifs, devienne en réalité l’ordinaire de tous.
C’est cela, vers quoi nous devons tendre et non pas le contraire.
Donc, foin des économies, il faut impérativement maintenir ce qui reste de notre système de santé qui est exceptionnel et qui s’enlise dramatiquement.
J’apprends que la structure de Sainte-Perrine, soins palliatifs, a été dans l’obligation il y a quelques semaines de fermer quelques lits faute de personnel adéquat, en nombre suffisant et que d’autres sont dans le même cas et encore une fois que les arrêts de travail du personnel soignant augmentent pour les mêmes raisons, en raison de surcharges.
Maintenez, je vous en conjure, ce qui va bien, au lieu d’essayer de réduire à ce qui est devenu le lot commun et beaucoup moins satisfaisant.

Le pavillon de soins palliatifs de Sainte-Perrine, ici, il s’appelle le pavillon Rossini, cela va en faire sourire certains, ils ne devraient pas : une jeune femme est venue jouer Schubert dans ma chambre, il y a quelques jours, elle est restée quelques minutes, c’était un émerveillement. Vous vous rendez compte, quelques minutes, un violoncelle, un patient, et la fin de la vie, le passage, passé, palier, est plus doux, c’est extraordinaire.
J’ai oublié l’essentiel, c’est l’amour, l’amour des proches, l’amour des autres, l’amour de ceux que l’on croyait beaucoup plus loin de vous, l’amour des soignants, l’amour des visiteurs et des sourires.

Faites que cette humanité persiste ! C’est notre humanité, la plus précieuse. Absolument.
La France et ses tumultes, nous en avons assez.
Nous savons tous parfaitement qu’il faut penser aux plus démunis. Les violences meurtrières de quelques excités contre les policiers ou sur les chantiers ou encore une façade de banque ne devront plus dénaturer l’essentiel du mouvement : l’amour. 

Michèle Bernard-Requin. »

11 décembre 2019. Le Premier ministre parlera ce soir à ce qui reste de la grande messe du journal télévisé. Sur une chaîne privée. Il est peu probable qu’il parle de l’hôpital Sainte-Périne (Assistance-Publique Hôpitaux de Paris). Combien faudrait-il, en France de Sainte-Périne, à l’heure où tout se déshumanise ?

A demain @jynau

NB. Situé dans le 16ème arrondissement de Paris, l’hôpital Sainte-Périne est spécialisé dans la prise en charge des patients ayant des pathologies liées au grand âge, depuis la gériatrie aiguë et l’hospitalisation de jour jusqu’aux soins de longue durée. Hôpital ouvert sur la ville, il propose également des consultations externes pluridisciplinaires, des consultations de mémoire labellisées.

Sainte Périne est un personnage bien réel qui vécut aux premiers temps de la chrétienté. C’est une déformation de son nom véritable Pétronille. Au 1er siècle Aurélia Pétronilla était une grande dame de la société romaine qui appartenait à la famille des empereurs Flaviens. Les circonstances de sa vie ne sont pas connues ; on sait seulement qu’elle fut inhumée dans une catacombe vouée aux membres de la famille impériale convertis comme elle au christianisme.