L’OMS et la cigarette électronique : à propos d’une métaphore verticale qui tombe à plat

Bonjour

La métaphore est un outil qui ne se manie pas sans quelques risques. Le Dr Vinayak Prasad est le grand responsable du programme antitabac à l’OMS. Il est aujourd’hui cité dans Le Monde – qui arrive quelques jours après la bataille : « Sévère mise en garde de l’OMS sur la cigarette électronique » (Pascale Santi). Une fois n’est pas coutume.

On se souvient de la violente polémique qui avait suivi la reprise (légèrement détournée) par l’AFP d’un rapport de l’OMS. Ou plus précisément d’un rapport financé par Bloomberg Philanthropies. Il abordait les différentes stratégies de sevrage tabagique – et donc le vapotage/cigarette électronique. « Ce ne sont que deux pages sur cent-neuf, observe Le Monde. Largement reprises par les médias, leurs conclusions sont sans appel : ‘’Les SEAN (systèmes électroniques d’administration de nicotine) sont incontestablement nocifs et doivent faire l’objet de régulation’’ (…) Le niveau de risque n’a pas encore été estimé de façon concluante’’ ».

D’étages en étages

Cette position de l’OMS a incontestablement suscité de très vives réactions. Où l’on a une nouvelle fois perçu, sur un sujet sanitaire d’ampleur majeure et de dimensions planétaires, l’incapacité de l’OMS à saisir ce qu’il en est du concept de réduction des risques.

Faute de concept, reste la métaphore. « Nous n’avons jamais dit que les fumeurs ne devaient pas utiliser la cigarette électronique. Si ça les aide à arrête [le tabac], tant mieux, a déclaré le Dr Vinayak Prasad  au Monde. Mais nous ne les promouvons pas ». Et d’ajouter : « Je compare ça à une chute. Au lieu de tomber du 7étage avec la cigarette normale, vous tombez du 3étage avec la cigarette électronique. La question, c’est : est-ce que vous allez survivre pour autant ? »

Est-ce une bonne question ? C’est une bien pauvre comparaison. Que le Dr Prasad se rassure : il aura beau ne pas bouger le petit doigt pour aider les vapoteurs, ces derniers, jetés par la fenêtre, rentrerons par la porte de la salle d’audience. Pour témoigner au procès d’une OMS alors poursuivie pour ne rien avoir compris à la réduction des risques tabagiques. Est-ce là une image métaphorique ?

A demain @jynau

Alcool, sport et politique: Emmanuel Macron transformera-t-il les stades en loges pour VIP ?

Bonjour

C’est une polémique originale qui aide à lever les voiles. A mieux comprendre qui est qui. A décrypter certains non-dits. La proposition de loi macroniste « stades alcoolisés » vient de susciter une nouvelle prise de position au sein du gouvernement : Roxana Maracineanu, première championne du monde française de natation, aujourd’hui ministre des Sports, vient de s’opposer aux députés marcheurs. Elle l’a fait dans une déclaration-vidéo à 20 minutes (Clément Carpentier) lors d’une visite à Lacanau dans le cadre d’une compétition de surf.

Voici, notable différence, une ministre qui parle clair :

« Je pense que quand on a interdit l’alcool dans les stades, il y avait des raisons et ces raisons-là, elles n’ont pas disparu du jour au lendemain. Ma position est clairement la même que celle de Mme Buzyn. On ne peut pas associer un événement sportif avec de la communication que ce soit pour le tabac ou l’alcool. Ce serait vraiment contre-productif. Dans un lieu, comme un stade, où l’on promeut la santé par le sport et le sport comme entité, je ne peux pas en même temps promouvoir la consommation d’alcool (…) Il n’y a pas lieu de revenir sur la loi Evin ». 

Cette prise de position n’a pas encore été commentée par les leaders du groupe des 105 députés LREM (un tiers du groupe) qui ont déposé fin juillet à l’Assemblée le texte de leur proposition de loi visant « à faire de la France une Nation sportive » (sic). Il faut désormais, à cette liste qui n’a toujours pas été rendue publique de manière exhaustive (et dont nous avons publié une partie) retirer le nom de Michèle Peyron (LREM, Seine-et-Marne). « ‘’Je ne savais pas que l’alcool serait de mise dans une proposition de loi qui veut faire de la France une nation de sport’’ a-t-elle déclaré à Libération (Charles Delouche).Egalement présidente du groupe d’étude sur la lutte contre les addictions, elle a déclaré être ‘’en colère’’ et indiqué qu’elle ne voterait pas la proposition si l’article 18 [ stades alcoolisés] devait être est maintenu. »

De l’alcool et des jeux

« Le lobbying le plus dangereux est celui du sport de haut niveau qui va essayer d’avancer masqué derrière les buvettes des petits clubs amateurs qu’il ne veut plus aider, comme les financiers de l’alcool se sont cachés derrière l’œnologie, analyse Jean-Pierre Couteron, ancien président de Fédération Addiction. La manoeuvre est habile, et le « lobby de l’alcool’’ reste en retrait derrière les touts aussi puissants lobby du sport de haut niveau professionnel (…) Comme es clubs amateurs sont ‘’exsangues’’ et que le sport pro ne veut plus ‘’ partager’’…on va envoyer l’armée des petites buvettes combattre en faveur des pro…et ca risque de marcher!  J’ai vu passer sur Tweeter des échanges intéressants à ce sujet, y compris de collègue très hostiles à l’alcool, mais ‘’gestionnaires’’  de petits clubs et qui connaissent ces problèmes… »

Et maintenant ? D’autres députés signataires de la proposition de loi (des médecins notamment…) vont-ils se désolidariser de l’entreprise ? Où est ici la vision politique ? Les défenseurs de la proposition de loi dénoncent une certaine « forme d’hypocrisie » sur ce sujet. « De l’alcool, on en consomme déjà dans les stades, via les espaces VIP. […] Ceux assis aux places normales ont une offre qui est extrêmement limitée. Il s’agit simplement de se demander comment étoffer l’offre pour le spectateur, au travers de la prévention de l’alcoolisme et de l’éducation à consommer modérément», ne craint pas d’expliquer, dans Libé, le député marcheur et maître d’œuvre François Cormier-Bouligeon.

Aux antipodes du député marcheur du Cher, le Dr William Lowenstein président de SOS addictions. Pour lui l’article « stade alcoolisés » est «l’oxymore des dix-sept premiers. L’Académie nationale de médecine a souligné en mars dernier à quel point la France est en retard dans la prévention face à l’alcoolisme, mais finalement on a l’impression que ça ne sert à rien. Leur vision de l’égalité, c’est cirrhose pour tout le monde.»

Précisément, cet article sera-t-il maintenu ? Dans l’équipe gouvernementale seuls le « Sport » et la « Santé » ont parlé. Pour le reste, silence glacé dans les vestiaires. L’entraîneur Edouard Philippe semble en congé et le président Macron est au fort de Brégançon. Interdire les loges VIP au nom du sport et de la santé ? Faire du stade une immense loge VIP ? De l’alcool et des jeux. Ce sont là deux conceptions du sport, de la santé publique et de la politique.

A demain @jynau

Voici les noms de soixante-et-onze député.e.s favorables aux retour de l’alcool dans les stades

Bonjour

Aider les hydres à vider leurs brouillards … Nous demandions hier pour quelles obscures raisons il n’était pas possible de connaître leur nom ni leur nombre. Nous n’en connaissions que trois :  François-Cormier-Bouligeon député (LREM, Cher), 46 ans ; Cédric Roussel député (LREM, Alpes-Maritimes), 46 ans; Belkhir Belhadad député, (LREM, Moselle, 50 ans). Trois députés à l’origine d’une proposition de loi « sportive » qui alimente depuis peu une violente polémique sanitaire et politique.

Fermement opposée au retour de la consommation d’alcool dans les stades et enceintes sportives l’une des institutions les plus actives dans la lutte contre les addictions vient de nous communiquer une liste des députés, le plus souvent « marcheurs », qui portent aujourd’hui ce texte. Rappelons qu’il s’agit d’une proposition de loi « portant diverses dispositions pour faire de la France une Nation sportive » (sic) enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale le 24 juillet dernier mais qui n’est toujours pas sur le site dédié de cette dernière.

La liste que nous publions est-elle complète et définitive ? Impossible, pour l’heure, de l’affirmer. Pour autant sa consultation aide à saisir la portée politique du mouvement et l’ampleur de la polémique à venir – que l’exécutif soutienne ou pas, demain, les élus militants macronistes dans leur volonté d’user, à nouveau, les ferveurs alcoolisées pour applaudir aux exploits sportifs. Voici ces noms :

«  François Cormier-Bouligeon, Cédric Roussel, Belkhir Belhaddad, Lénaïck Adam, Fanette Charvier, Éric Gerardin,  Pierre Henriet, Alexandre Freschi, Sébastien Cazenove, Bertrand Sorre, 

Caroline Janvier, Cathy Racon-Bouzon, Stéphanie Rist, Bertrand Bouyx, Jean-françois Portarieu,  Hubert Julien-Lafferière, Emmanuelle Fontaine-Domeizel, Stéphane Mazars, Éric Pouillat, Pascal Bois, 

Patricia Mirallès, Danièle Cazarian, Denis Masséglia, Stéphane Buchou, Vincent Thiébau, Yannick Kerlogot, Jean Terlier, Fabienne Colboc, Céline Calvez, Patrick Vignal, 

Yaël Braun-Pivet, Anne Genetet, Christophe Blanchet, Christophe Lejeune, Stéphane Claireaux, Saïd Ahamada, Jean-Marc Zulesi, Jean-Marie Fiévet, Olivier Gaillard, Véronique Riotton, 

Hughes Renson, Carole Bureau Bonnard, Florian Bachelier, Stéphane Testé, Anissa Khedher, Corine Vignon, Philippe Chalumeau, Jean-Michel Mis, Sereine Mauborgne, Francis Chouat, 

Danièle Hérin, Jean-Marie Fiévet, Stéphanie Kerbarh, Jacqueline Dubois, Olivier Damaisin, Guillaume Gouffier-Cha, Martine Wonner, Michèle Peyron, Beatrice Piron, Jacques Marilossian, 

Nicole Dubé Chirac, Jean-Bernard Sempastous, Didier Paris, Cécile Muschotti,  Raphael Gerard, Stephanie Atger, Sandra Marsaud, Jean-Francois Cesarini, Patrice Perrot,  Christine Cloarec-Le Nabour, et François Jolivet. »

A demain @jynau

L’affaire des «stades alcoolisés» : que fera Agnès Buzyn au-delà de quelques mots tweetés ?

Bonjour

C’est bien peu dire que l’exécutif sanitaire est aujourd’hui embarrassé par la proposition de loi « stades alcoolisés » des députés « marcheurs ». Officiellement, pour l’heure, on en reste à un tweet ministériel :

« L’alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays. Chacun de ces décès est évitable. Ne laissons pas de nouvelles incitations à la consommation d’alcool se rendre complices de ce bilan. La ferveur n’a pas besoin d’alcool pour s’exprimer dans nos stades. »

Il faut y ajouter, en écho, celui du Directeur Général de la Santé, Jérôme Salomon – tweet redondant mais aussi étrangement un peu plus politique que celui de la ministre. Il y évoque le mauvais « ménage » que font alcool et sport, le fait que la proposition de loi LREM est « totalement contraire à la politique volontariste de prévention et de promotion de la santé publique voulue par le président de la République, le gouvernement d’Edouard Philippe et portée par Agnès Buzyn ».

Compassion et rond-point

Pour sa part la Fédération Addiction écrit que l’article 18 de cette proposition de loi LREM, qui prévoit d’autoriser le retour de la vente d’alcool dans les stades, au prétexte d’un financement nécessaire, « entre en contradiction complète avec les objectifs de lutte contre les conduites addictives ». Une réaction qui vient gonfler le flot montant de celles, médicales, associatives et sanitaires, radicalement opposées à la volonté des quelques dizaines de députés LREM, par définition proche du président de la République. Un président qui est toujours apparu plus qu’ambivalent sur ce sujet éminemment politique  – au rond-point de l’économie, de la santé publique et de la réduction des risques.

Nul ne sait, pour reprendre la formule de la ministre des Solidarités et du Directeur Général de la Santé, si la ferveur a ou pas besoin d’alcool pour « s’exprimer dans nos stades ». Il est en revanche acquis qu’Agnès Buzyn doit désormais mieux montrer quelle quantité d’énergie elle entend, dans ce dossier, véritablement dépenser. Et dépasser, pour reprendre la formule d’un récent éditorial du Monde, son talent « dans l’art de manifester sa compassion ».

A demain @jynau

Pourquoi ne connaît-on pas les noms des élus macroniens qui veulent alcooliser les stades ?

Bonjour

L’hydre et le brouillard. Ont-ils peur pour leur « permanence » ? Se terrent-ils loin des journalistes ? Sont-ils soixante-douze ou cent-cinq ? Pour l’heure on n’en connaît que trois : François-Cormier-Bouligeon député (LREM, Cher), 46 ans ; Cédric Roussel député (LREM, Alpes-Maritimes), 46 ans; Belkhir Belhadad député, 50 ans (LREM, Moselle). Trois députés et une proposition de loi qui alimente une violente polémique sanitaire et politique depuis quelques jours.

Un texte qui, sous couvert de faire de la France une grande nation sportive, « vise à assouplir, de manière encadrée, l’application de la loi Evin dans les stades en étendant l’octroi d’autorisations temporaires de vente d’alcool aux sociétés sportives ». « Sous le prétexte du soutien au sport, ces députés se font le relais fidèle du lobby alcoolier qui, année après année, rogne progressivement la plus grande loi de santé publique dont la France se soit dotée, dénonce   l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA). Après avoir élargi les possibilités de communication publicitaire lors de la précédente mandature, le lobby parlementaire de l’alcool repart à l’assaut en faisant sauter un des derniers verrous de la loi Evin qui interdit le sponsoring du sport par les cigarettiers et les alcooliers. »

Stéphane Mallarmé

Puis  la Fédération française d’addictologie (FFA) adressa une lettre ouverte d’une particulière virulence à Agnès Buzyn. Cette dernière ne pouvait plus ne pas réagir. Elle le fit  a minima via Twitter : « L’alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays. Chacun de ces décès est évitable. Ne laissons pas de nouvelles incitations à la consommation d’alcool se rendre complices de ce bilan. La ferveur n’a pas besoin d’alcool pour s’exprimer dans nos stades. »

Ah, la « ferveur » … Au-delà de ces trois généraux, où sont les noms des godillots en marche ? Rien sur le site dédié de l’Assemblée nationale. Des fragments de listes sur Twitter. Des lambeaux sur d’autres réseaux sociaux. RAS sur En Marche ! Et rien d’autre. Pourquoi ? Enquêtons. Mallarmé. Divagations:

« Aidons l’hydre à vider son brouillard (…) Oh, qui leurra vers ici une émeute affamée ? »

A demain @jynau

Vraie fausse nouvelle et maladie d’Alzheimer : mais pourquoi certains médias font-ils ça ?

Bonjour

Lire le journal ?. Il aura donc suffit, début août 2019, d’un article du Guardian (Kevin Rawlinson), pour relancer, en France, le moteur médiatique alternatif rêves/cauchemars. Un papier assurant que des chercheurs avaient mis au point un « test sanguin » permettant de détecter Alzheimer « 20 ans » avant les premiers symptômes, a été repris par plusieurs médias français.

« Avec toutes les confusions et imprécisions de l’original » accuse Arrêt sur Images (Juliette Gramaglia) . « Un pas de géant », « une avancée majeure », « une petite révolution »… Depuis quelques jours, plusieurs médias généralistes sont à la fête. La raison : on aurait trouvé « un test sanguin pour détecter la maladie [d’Alzheimer] 20 ans avant qu’elle ne se déclare » (20 Minutes) BFMTV, LCI, France Bleu, Franceinfo, Midi Libre, La Provence, La Nouvelle République plusieurs sites d’information ont ainsi relayé, avec des formulations semblables ».

Tout, ici, remonte ici à une publication dans Neurology, « High-precision plasma β-amyloid 42/40 predicts current and future brain amyloidosis ».Un travail américain ;158 personnes en bonne santé volontaires ; la recherche sanguine de deux types de protéines bêta amyloïdes ; un PET-Scan pour de visualiser les dépôts pathologiques cérébraux ; Un autre PET-Scan quelques mois plus tard ; des corrélations ultérieures entre les résultats sanguins et l’évolution des images.

Boules de cristaux

Le Figaro (Cécile Thibert) a voulu en savoir plus – et a interrogé le Pr Bruno Dubois directeur de l’Institut de la mémoire et de la maladie d’Alzheimer de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). «C’est un travail de qualité, ils montrent que la présence de protéines bêta amyloïdes dans le sang est corrélée à la présence de plaques amyloïdes, dit-il. Mais le fait d’avoir des plaques ne veut absolument pas dire que l’on va développer la maladie. Certaines personnes en ont et ne seront jamais malades. En revanche, tous les malades d’Alzheimer ont des plaques. C’est une condition nécessaire mais pas suffisante».

Nous sommes en 2019 etil n’existe aucun moyen de prédire la maladie d’Alzheimer. « Et quand bien même cette boule de cristal existerait, elle ne serait pas d’une grande aide: il n’existe aucun traitement permettant de ralentir ou de guérir la maladie » assène Le Figaro. «En clinique, chez les personnes qui n’ont aucun symptôme, nous ne faisons pas de dépistage. Même si nous détections des lésions, que pourrait-on faire à part leur dire ’’je n’ai rien à vous proposer’’?», confirme le neurologue parisien.

Ce qui ne signifie pas qu’il faut baisser les bras : il est possible de limiter le risque de développer la maladie en agissant sur les principaux leviers: faire de l’exercice, éviter le tabac et l’alcool, surveiller l’état de ses artères (cholestérol, glycémie, tension artérielle, poids) et avoir une alimentation équilibrée

Sans oublier de stimuler sans cesse son cerveau. Notamment en lisant les journaux.

A demain @jynau

Le Monde, éditorial assassin : « Mme Buzyn excelle dans l’art de manifester sa compassion »

Bonjour

L’éditorial peut être une arme redoutable. Ainsi, aujourd’hui celui du Monde. Le dernier quotidien vespéral de la capitale revient sur la grève des services hospitaliers des urgences. Nous sommes cinq mois après le début de ce mouvement atypique, déclenché après une série d’agressions à l’hôpital parisien Saint-Antoine. Aujourd’hui ce sont 216 services d’urgences (sur 478) qui sont « en grève » – un mouvement invisible ou presque ; pour autant une colère montante contre l’exécutif .

« Il y a un mois, le vendredi 12 juillet, Agnès Buzyn a dû quitter précipitamment l’hôpital de La Rochelle, poursuivie par des urgentistes en grève, rappelle Le Monde. La ministre de la santé, qui connaît bien l’hôpital pour y avoir exercé son métier de médecin, était venue afin de mesurer l’ampleur de la colère des personnels des urgences. Elle a été servie. Le 2 août, à Verneuil-sur-Seine (Yvelines), elle a dû reconnaître qu’elle était face à ‘’une crise qui persiste’’ ». Ou un abcès qui gonfle. Une pathologie qui n’aura en rien été soignée par les annonces de la ministre en juin – 70 millions d’euros pour financer des mesures immédiates permettant notamment la revalorisation de la prime de risque des soignants. La colère est là, qui gronde. La fronde n’a cessé de s’étendre. Les « grévistes » réclament toujours 10 000 emplois supplémentaires, une hausse des salaires de 300 euros net par mois et l’arrêt des fermetures de lits.

Certes, observe le quotidien l’épisode qui s’est produit, début juillet, où, lors d’une manifestation nationale à Paris, une douzaine de soignants se sont injecté un produit présenté comme de l’insuline devant le ministère de la santé, ne s’est pas répété. On sait désormais que, pour « accentuer la pression », certains ont eu recours à des « arrêts maladie » – phénomène  médiatiquement porteur mais qui est resté marginal. Le Monde :

« Est-ce parce que cette « grève sans grève » semble indolore, voire invisible, que le gouvernement paraît s’en accommoder ? Est-ce parce qu’il n’y a pas eu d’incident majeur, d’accident, y compris lors de la récente séquence caniculaire, que le ministère de la santé n’apporte pas de réponse à la hauteur de cette colère qui monte ?

« Pourtant, on ne découvre pas, en 2019, la détresse des urgences, confrontées à une forte hausse de la demande, avec un cruel manque de moyens et une pénurie criante de médecins : alors que des patients expriment parfois de façon violente leur impatience et leur mécontentement, la population prise en charge aux urgences est passée, entre 1996 et 2016, de 10 millions à 21 millions. En 2018, selon SAMU-Urgences de France, 180 000 patients ont passé une nuit sur un brancard dans les couloirs des services destinés à les accueillir. Et cette situation intenable ne fait que s’aggraver durant l’été. »

Et puis cette phrase assassine : « Mme Buzyn excelle dans l’art de manifester sa compassion ». On a connu le vieux quotidien plus tendre à l’endroit de celle qui se situe dans la lignée de Simone Veil et qui rêva d’une destinée européenne. « L’heure n’est plus aux belles paroles, ajoute-t-il. Plutôt que de jouer la guerre d’usure, il y a urgence à poser des actes pour trouver une issue à la crise avant que des drames ne surviennent. » C’est désormais imprimé – et daté du 10 août 2019. L’éditorial, une arme redoutable

A demain @jynau