Sommet du vapotage : le pouvoir exécutif sanitaire aura-t-il le courage d’y participer ?

Bonjour

Ce sera l’une de ces rares rencontres qui compte dans le champ et l’histoire de la santé publique : le Sommet de la Vape (3ème édition, Paris, 14 octobre). Rencontre majeure pour toutes celles et ceux qui ont pour mission de réduire les risques de l’esclavage tabagique. Cette journée accueillera des spécialistes français, britanniques et américains – scientifiques, santé publique, acteurs de terrain – réunis sous l’égide de Jean-Pierre Couteron et en présence du Pr Benoît Vallet, ancien Directeur Général de la Santé  aujourd’hui conseiller-maître à la Cour des comptes.

« Le Sommet de la vape va offrir un espace unique en France d’échanges entre les parties prenantes, professionnels de santé, scientifiques, responsables de santé publique, professionnels du secteur et usagers, explique-t-on auprès de l’association #sovape. Après une introduction sur le principe de réduction des risques appliqué au champ du tabagisme, le programme des interventions passera en revue l’état des connaissances sur les risques individuels et collectifs, les innovations impulsées par cet outil de réduction des risques. Une table-ronde réunissant des acteurs de terrain ouvrira le dialogue sur la complémentarité des actions. »

Guillaume Ier d’Orange-Nassau

Parmi les invités, plusieurs interventions seront des premières en France : le Dr Lion Shahab, de l’University College of London, auteur d’une étude toxicologique de suivi de six mois comparant vapoteurs, fumeurs et consommateurs de substituts nicotiniques ; la Dre Leonie Brose, du King College of London, co-auteure du rapport sur le vapotage du Public Health England ; le Pr David Levy, l’Université de Georgetown (Washington DC), spécialiste de l’évaluation modélisée des consommations de tabac et de vape.

Egalement invités des responsables qui, malheureusement, ne semblent pas avoir encore perçu l’ampleur et l’intérêt du sujet. A commencer par Agnès Buzyn et Jérôme Salomon. Ni la ministre des Solidarités et de la Santé, ni le Directeur Général de la Santé n’ont encore répondu aux invitations qui leur ont été adressées. Où l’on saisit qu’il n’est fort heureusement point besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.

A demain @jynau

1 L’association SOVAPE ? « Elle a pour but de développer, défendre et promouvoir une culture de réduction des risques et des dommages associés aux usages des produits fumés en général et du tabagisme en particulier. La vape, initiée et développée par et pour les usagers, donne corps à ce changement de paradigme. Créer et développer un dialogue constructif entre toutes les parties prenantes est au coeur de la vocation de l’association. Pour nourrir ces échanges, elle se donne pour mission prioritaire de diffuser informations, avis, réflexions et mises en perspective. SOVAPE peut aussi entreprendre d’autres formes d’action pour des motifs légitimes et fondés pour la santé publique. »

Vertiges judiciaires de l’affaire Vincent Lambert : y a-t-il une liberté après la mort ?

Bonjour

25 juin 2019. Les patients du CHU de Reims, unité des cérébrolésés, souffrent-ils de la canicule qui fait trembler la France ?  Il faut, aujourd’hui, ouvrir Le Monde (Jean-Baptiste Jacquin) pour prendre le pouls su sujet : « Affaire Vincent Lambert : la Cour de cassation sommée de mettre fin à la cacophonie ». Où l’on apprend que cette affaire a été qualifiée de « vertigineuse » par Guillaume Lecuyer, avocat de l’Etat, lors de l’audience du 24 juin de la Cour de cassation. Où l’on apprend, aussi, que dans sa formation la plus solennelle, l’assemblée plénière composée de dix-neuf magistrats, cette prestigieuse institution judiciaire suprême va rendre, vendredi 28 juin, sa décision – décision sur les pourvois de l’Etat et de l’hôpital de Reims contre l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 20 mai ordonnant la reprise de l’alimentation de cet homme de 42 ans, en état végétatif depuis plus de dix ans.

Vertiges assurés, à coup sûr, pour qui a suivi, depuis le départ, ces interminables entrelacs médicaux, judiciaires et médiatiques. Trente-quatre décisions juridictionnelles, des déchirements récurrents, des médecins encadrés puis déboutés. Une loi incomprise sinon détournée de son esprit. Des parents qui s’opposent à l’arrêt de l’alimentation au nom du droit à la vie, quand l’épouse soutient la décision de l’équipe médicale prise au nom de la non-obstination déraisonnable inscrite dans la loi Claeys-Leonetti de 2016. Le Monde :

« A l’issue de deux heures de débats, le procureur général François Molins, qui a choisi cette affaire pour « monter à l’audience » pour la première fois depuis son arrivée Quai de l’horloge en novembre 2018, a tenu à circonscrire la question soumise à la Cour. ‘’Elle n’est pas saisie de la question de la fin de vie de Vincent Lambert ni du bien-fondé des décisions médicales prises à son égard. Ce procès n’est pas non plus celui de la loi Leonetti’’, a-t-il souligné.

Ce procès est celui de l’arrêt de la cour d’appel du 20 mai, où trois juges saisis en référés avaient tenu une audience après 17 heures avant de rendre leur décision le soir même, semblant prendre le contre-pied de toutes les décisions de justice précédentes, jusqu’à celles du Conseil d’Etat et de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Le raisonnement retenu par la cour d’appel a été mis à mal. »

Raisonnement anthropomorphique

Comment comprendre cette justice qui ne cesse de sembler se désavouer ? Pour s’estimer légitimes sur ce dossier, les juges de référés de la cour d’appel ont invoqué une « voie de fait » de l’administration (une violation manifeste d’une liberté individuelle par l’Etat) ; seule exception qui permet au juge judiciaire d’aller sur le terrain du juge administratif. L’arrêt estime que le droit à la vie a été violé par l’Etat. Et l’avocat du même Etat y voit un « raisonnement anthropomorphique spécieux basé sur l’idée que s’il n’y a pas de vie, il n’y a pas de liberté ».  Anthropomorphique ou pas, il est une question que l’on aimerait poser à Guillaume Lecuyer, avocat de l’Etat français  : selon lui, les morts sont-ils libres ? Le Monde :

« M. Molins a ainsi rappelé la jurisprudence du Conseil constitutionnel cantonnant la liberté individuelle, dont l’autorité judiciaire est la gardienne, à la question de la détention arbitraire. Le droit à la vie ou le droit au respect de la vie privée n’en font pas partie. La CEDH qui consacre le droit à la vie a d’ailleurs considéré que les modalités de la décision de l’arrêt des soins de M. Lambert ne le violaient pas et respectaient au contraire le droit à la dignité. ‘’La cour d’appel a créé une catégorie de liberté suprême qui n’a aucun fondement’’, a souligné le procureur général. Le juge judiciaire n’était donc pas compétent, conclut-il. »

Serait-ce si simple ? Me Claire Lebret-Desaché, avocate des parents de Vincent Lambert, a soulevé une autre question-vetige :  « Quelles raisons exceptionnelles pouvaient empêcher de prendre ces mesures conservatoires pour Vincent Lambert ? Il n’y a aucune urgence à le tuer, son état est stabilisé, il respire seul, il ne souffre pas ». L’avocate souligne tout simplement que le non-respect des mesures conservatoires empêcherait l’examen du recours par le comité de l’ONU, ce droit à saisine que la France a reconnu à ses citoyens. « La cour d’appel a pris la seule décision qui n’avait pas un effet irréversible », a-t-elle plaidé.

M. Molins a solennellement demandé aux dix-neuf magistrats de la haute juridiction de casser, sans renvoi, c’est-à-dire sans nouvel examen, l’arrêt de la cour d’appel. Sinon, a-t-il prévenu « cela remettrait en cause notre ordonnancement juridique », sans parler de la « remise en question immédiate de la loi Leonetti ou de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse ». Excessif sans doute. Vertigineux à coup sûr.

A demain @jynau

«Meilleur des Mondes» : dernières nouvelles du front de la sélection des embryons humains

Bonjour

Jusqu’où ? Et quand ? A Vienne, dans le cadre de la 35ème réunion annuelle de la Société Européenne de Reproduction Humaine et d’Embryologie (ESHRE),  la firme IVI 1 a présenté « deux nouvelles études sur la sélection des embryons humains » – études « basées sur les protéines et l’oxyde présents dans les milieux de culture ». Où l’on apprend que l’assistance de l’Intelligence Artificielle pourra, chaque jour un peu plus, aider à perfectionner la sélection des embryons de notre espèce.

IVI : « Dans le domaine de la reproduction humaine, l’amélioration de la sélection embryonnaire est l’un des axes de recherche dans lequel de plus en plus de ressources est investie. Récemment, l’utilisation de l’Intelligence Artificielle pour atteindre un certain degré d’automatisation lors du choix des embryons ou dans l’exécution de l’analyse génétique a représenté une évolution significative en termes de perfectionnement de la sélection et, par conséquent, d’amélioration des résultats ». Et par conséquent, d’amélioration de l’espèce ? Pour l’heure voici ces deux études viennoises :

I Première étude : « Le profil protéiné du transfert d’embryon unique euploïde révèle des schémas différentiels entre eux ». Elle a été réalisée à la clinique IVI à Valence entre septembre 2017 et mars 2018. Taille d’échantillon : 81 cycles préparés pour le transfert d’un seul embryon (transfert simple de blastocyste – SET).

Dr Marcos Meseguer, responsable de la recherche à la clinique d’IVI de Valence. « L’importance de cette étude réside dans le fait qu’il s’agit d’embryons qui ont déjà été testés génétiquement et qui se sont avérés euploïdes. Elle a une valeur élevée étant donné qu’en dépit d’être des embryons sélectionnés génétiquement, ils ne parviennent pas tous à s’implanter. L’idée est donc d’améliorer le processus de sélection grâce à l’analyse de protéines. Dans cette étude, nous avons eu recours, en partie, à l’Intelligence Artificielle, liée avec les images que nous obtenons par l’Embryoscope et le Geri (deux modèles d’incubateurs cinématographiques), en développant une méthode qui combine des images avec la méthode de sélection des protéines. Nous avons confirmé une sécrétion significativement élevée d’IL-6 et d’IL-8 dans les embryons en croissance, en se concentrant sur le potentiel de ces molécules pendant le développement de ces embryons. La majorité des concentrations de protéines présentaient un modèle de valeurs plus élevées chez les blastocystes éclos. »

2 Seconde étude : « Profil oxydant dans les milieux de culture élevés, biomarqueur d’embryons de bonne qualité : un outil non invasif pour sélectionner l’embryon à transférer ». Elle est basée sur l’étude du milieu de culture avec le développement multiple d’embryons, situations dans lesquelles « on trouve entre 10 et 12 embryons dans la même goutte ». Objectif : analyser si le profil oxydant peut être un bon biomarqueur pour déterminer la qualité des embryons. Etude également réalisée à la clinique IVI à Valence auprès d’un échantillon de 683 embryons sur un total de 174 cycles qui ont été effectués au moyen de la fécondation in vitro (FIV), entre mai 2017 et décembre 2018

Dr Marcos Meseguer : « Nous avons procédé à l’évaluation avec tous les embryons cultivés ensemble, et avons détecté qu’il existe un profil oxydatif différent lorsque les embryons sont de bonne qualité et lorsqu’il existe des paramètres qui rendent les embryons non viables. Nous avons développé une méthode pour évaluer l’environnement dans lequel de nombreux embryons se développent. En ne développant pas d’étude individuelle, nous avons analysé l’oxydation générée comme valeur mesurable dans le milieu dans lequel les embryons sont cultivés. Plus les embryons sont actifs et de meilleure qualité, plus ils genèrent de l’oxydation dans le milieu de culture. Cela indique qu’ils seront mieux préparés pour être transférés et permettront d’assurer un taux de réussite plus élevée dans le cycle de la patiente. Au contraire, dans les critères de classification, le niveau de stress oxydatif diminuait à mesure que la qualité de l’embryon se détériorait ».

Rappelons que la réunion annuelle de l’ESHRE est la plus importante conférence européenne sur la procréation assistée. C’est l’endroit où les meilleurs professionnels du monde entier se réunissent, et où, chaque année, ils arrivent à des conclusions importantes qui tracent l’avenir dans le domaine de la reproduction. L’avenir de l’espèce humaine sur le chemin de Valence, Vienne et Londres, du Brave New World et du Humanexit. Quand ?

A demain @jynau

1 IVI se présente ainsi :  « IVI a été fondée en 1990 en tant que première institution médicale en Espagne entièrement dédiée à la procréation assistée. Depuis lors, elle a contribué à la naissance de plus de 160 000 bébés grâce à l’application des dernières technologies de procréation assistée. Début 2017, IVI a fusionné avec RMANJ pour devenir le plus grand groupe de procréation assistée au monde. Il compte actuellement plus de soixante-cinq cliniques dans onze pays et est le principal centre de médecine de la reproduction. https://ivi-fertilite.fr/http://www.rmanj.com/ »

Canicule annoncée et mise en scène médiatique de l’action politique. Seize années de recul

Bonjour

Du journalisme, de la politique et de la santé publique. C’était il y a seize ans précisément. Un journaliste du Monde souhaitait faire un papier sur la réaction des responsables sanitaires face à la montée du mercure -envolée alors pleinement constatée dans les locaux (nullement climatisés) du quotidien vespéral. Appellant (téléphone fixe) la Direction Générale de la Santé le journaliste se vit aussitôt éconduit. La DGS ? Mais elle ne gère pas les questions relative à la chaleur ! « Qui ? Voyez peut-être du côté de l’InVS [Institut national de Veille Sanitaire]. »

Contacté l’InVS conseilla aussitôt au curieux de contacter … la DGS. Puis les Drs Patrick Pelloux et Jean-François Mattei parlèrent dans les médias. On connaît la suite, tragique.

Aujourd’hui 24 juin 2019, ce message adressé (par mail) aux milliers de journalistes français plus ou moins en charge du sujet :

« Agnès BUZYN, Ministre des Solidarité et de la Santé, Christelle DUBOS et Adrien TAQUET, secrétaires d’Etat

Se rendront au CORRUSS, centre de gestion de crise du ministère des Solidarités et de la Santé Lundi 24 juin 2019 A 10 h 30 En présence de Jérôme SALOMON, Directeur général de la Santé Cette visite sera l’occasion d’un point sur la mise en place du plan canicule et la préparation des pouvoirs publics. Les ministres pourront rappeler les conseils de prévention pour la population et les personnes les plus sensibles, ainsi que l’importance de la mobilisation de tous. »

A demain @jynau

PS 1 : Madame Agnès BUZYN Ministre des Solidarités et de la Santé Visitera l’EHPAD – Résidence de l’Abbaye 3 Impasse de l’Abbaye, 94100 Saint-Maur-des-Fossés lundi 24 juin 2019 12h00 Déroulé prévisionnel : 12h00 Arrivée à l’EHPAD l’Abbaye de Saint-Maur-des-Fossés et visite des espaces climatisés (Presse accréditée) Passage dans la crèche intergénérationnelle intégrée à l’EHPAD (Presse accreditéé) Echanges avec les personnes âgées et les enfants de la crèche dans le restaurant collectif (Presse accréditée) Visite du service d’aide à domicile rattaché à l’EHPAD, temps d’échange avec les personnel (Presse accréditée) 13h00 Micro-tendu

PS 2 : Episode caniculaire Mme Agnès BUZYN, ministre des Solidarités et de la Santé Visite l’espace Saint – Michel 35 Avenue Courteline, 75012 Paris Lundi 24 juin 2019 14h00 L’espace Courteline, est un espace qui regroupe à la fois un accueil de jour, environ 100 personnes par jour, et 33 lits haltes soins santé. Déroulé provisoire : 14h00 Visite de la structure Temps d’échange avec les équipes Micro – tendu

PMA : Comment, sur France Inter, ne pas avoir le droit de dire que l’on n’est pas réactionnaire

Bonjour

Trop, c’est trop. Comment en moins de cinq minutes parvenir à dire la complexité du sujet ? Et comment le faire sans aussitôt être soupçonnée, sur France Inter, de n’être qu’une « conservatrice », voire une « réactionnaire ». Soupçonnée, accusée, condamnée. La philosophe Sylviane Agacinski, auteure de « L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué » 1 est l’invitée de la journaliste Léa Salamé.

La philosophe a senti le piège mais s’y précipite tête baissée, avec délice semble-t-il. Elle cite son ennemie jurée, l’improbable juriste transhumaniste Marcela Iacub. Elle tire à tout va, au-delà même de la GPA. Elle parle de notre « rapport à la chair », du désir de s’en émanciper ». Elle s’excusera bientôt de vouloir trop en dire en si peu de temps. Comme, par exemple, que l’on a pas un « droit » à « avoir un enfant ».

Trop c’est trop, cela se résumera bientôt à ceci : « @franceinter Sylviane Agacinski, philosophe, sur la #PMA : « La famille, c’est comme la sexualité, c’est une totale liberté, mais ce n’est pas (avoir) un droit à un enfant » #le79Inter 08:08 – 24 juin 2019 »/

Léa Salamé comprend que, décidément, l’invitée à trop à dire. Que le sujet, réactionnaire en diable, méritait un plus large créneau. C’est promis, Sylviane Agacinski sera réinvitée. Promis juré. Après la canicule, l’été sera entièrement bioéthique et philosophique. Et furieusement politique.

A demain @jynau

1 « L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué » Collection Tracts (n° 7), Gallimard Parution : 27-06-2019. 48 pages, 150 x 210 mm, agrafé.

«Notre corps charnel nous est propre, mais il ne nous appartient pas comme un bien, autrement dit une propriété aliénable, que l’on peut donner ou vendre, comme un vélo ou une maison. La confusion fatale entre les deux est délibérément entretenue par l’idéologie ultralibérale qui veut nous persuader que, puisque notre corps « nous appartient », nous sommes libres de l’aliéner. Admirons le paradoxe.  Sylviane Agacinski. 
L’homme moderne veut dominer la nature, changer sa nature, et s’affranchir de la chair, de la mort et de la génération sexuée. Grâce à la puissance scientifique et technique, certains rêvent de changer de corps et de produire leur descendance en laboratoire. L’homme futur sera-t-il sexuellement indifférencié? Naîtra-t-il sans père ni mère? Aux dépens de qui?  À la veille du débat au Parlement, et alors que la «bioéthique» semble perdre tout repère, ce Tract nous alerte sur les dangers d’un ultralibéralisme dont le modèle, en ce domaine, est la Californie.

Addictions : avant même le cannabis légalisé, Emmanuel Macron est attendu sur les opiacés

Bonjour

C’est une tribune dominicale forte autant qu’originale à lire dans le JDD. Elle est signée de quatre-vingt dix médecins et autres soignants spécialisés dans le champ des addictions 1. Ils alertent le président Macron et et le gouvernement Philippe sur un risque addictif encore mal connu du plus grand nombre. Ecoutons-les :

« La crise des opiacés fait rage aux États-Unis : avec 72.000 morts en 2017, les overdoses aux antidouleurs dérivés de l’opium tuent plus que les accidents de la route et les armes à feu réunis. La prise de conscience du corps médical comme des politiques a été tardive, laissant la situation dégénérer en crise majeure de santé publique. La France pourrait à son tour encourir le risque d’une crise sanitaire. Il est urgent d’agir.

« Douze millions de Français utilisent des médicaments opiacés, sans être alertés sur leur potentiel addictif et sur les risques d’overdose. Les hospitalisations pour ce motif ont doublé, les décès triplé. Il existe pourtant un antidote, à base de naloxone, que la personne concernée ou son entourage peuvent administrer ‘facilement’. Mais il est réservé aux acteurs du soin en addictologie, sans diffusion ni information large aux différents acteurs de la santé.

« La priorité est d’en étendre l’accès aux médecins généralistes, de les former et les sensibiliser à son usage. Ces overdoses peuvent, en effet, concerner n’importe quel consommateur d’antidouleurs, prescrits par tout médecin en toute bonne foi. Cantonner l’information sur les opiacés et sur leur antidote aux centres spécialisés est absurde, dangereux et irresponsable.

« Le problème des opiacés est révélateur d’un dysfonctionnement structurel dans la prise en charge des addictions. Il est admis que le médecin généraliste est le point d’entrée dans le soin : il accueille, soigne et oriente, le cas échéant, vers un spécialiste. Or, l’addictologie s’est construite – à son insu – comme une spécialité médicale, en tension avec les parcours de soins classiques, et parfois dans l’oubli de ses dimensions non médicales.

« Les résultats sont éloquents : 52% des généralistes déclarent traiter différemment leurs patients souffrant d’addiction des autres et nous manquons de ponts entre addictologie et médecines du travail ou scolaire, pourtant concernées par ces situations. Le corps médical peut se trouver démuni face à une pathologie courante qui, rappelons-le, ne concerne pas que les marginaux et les exclus.

« Étendre l’accès au naloxone, continuer de décloisonner le monde de l’addictologie et impulser une vaste campagne de prévention au niveau de la menace sanitaire à laquelle nous sommes exposés : voilà trois mesures urgentes et complémentaires à engager pour éviter que ne soient reconduites les erreurs du passé, avec leurs effets dramatiques en matière de santé publique. »

Eviter que ne soient reconduites les erreurs du passé, avec leurs effets dramatiques en matière de santé publique. Voilà une phrse qui devrait siffler au oreilles présidentielles et gouvernementales. Seize ans après 2003 l’effervescence actuelle de l’exécutif vis-à-vis d’une canicule annoncée en témoigne : il peut exister un réactivité politique après une erreur majeure du passé et ses effets dramatiques de santé publique. Pourquoi ce qui a été possible avec une montée de température ne pourrait-il pas être anticipé face à la menace montante des opiacés ?

A demain @jynau

1 Dr Guy Sebbah, Directeur général Groupe SOS Solidarités, Paris Dr William Lowenstein, Interniste et addictologue, Président de SOS Addictions, Paris Pr Amine Benyamina, psychiatre addictologue AP-HP, Villejuif Dr Pierre Polomeni, Psychiatre addictologue, Paris Christian Ben Lakhdar, économiste, Lille Dr Laurent Karila, psychiatre addictologue, Paris Jean- Pierre Couteron, psychologue addictologue, porte-parole de la fédération addiction, Paris Dr Franck Questel, praticien hospitalier addictologue, Paris Dr Nicolas Delos, médecin généraliste CSAPA, Limoux Dr Philippa Bain, médecin coordonnateur, Trèbes  Dr Valérie Garambois, Médecin coordonnateur, Carcassonne Dr Olivier Jenny, médecin addictologue, Grenoble Dr Amille Barrault, médecin addictologue, Créteil Marie Jo Lizée, infirmière addictologue, Lyon Dr Chanaelle Obadia, médecin généraliste, assistante spécialiste Paris Dr Philippe Grunberg, médecin généraliste, Montfermeil Dr Emmanuelle Peyret, psychiatre addictologue, Paris Dr Caroline Le Lan, praticien hospitalier addictologue, Rennes Dr Claire Peloso, pharmacien, Paris Karine Beyer, cadre de santé, Agen Dr René Maarek, pharmacien, Paris Dr Joëlle Benkel, praticien hospitalier, addictologue, Sevran Dr Grégoire Cleirec, médecin addictologue, Paris Mokka Lorberg, psychopraticienne addictologie, Paris Annie Bressler, infirmière addictologue, Montereau Dr Gérard Campagne, médecin addictologue, Bayonne Isabelle Grospelier, infirmière addictologue, Longjumeau Dr Xavier Marcos, médecin addictologue, Gonesse Dr Thierry Saint Marie, psychiatre addictologue, Bicêtre Dr Ramos Anivel, médecin addictologue, Périgueux Dr Anne Marie Simonpoli, praticien hospitalier, Colombes Dr Valérie Bourcier, médecin addictologue, Créteil Sylvie Poinet, infirmière addictologue, Rouen Dr Wajdi Mehtelli, psychiatre addictologue, Paris Dr Laure Spinosi, addictologue, Tourcoing Dr Michel Crouzer, médecin addictologue, Poissy Dr Aymeric Reyre, psychiatre addictologue, Bobigny Dr Jean Pierre Mugard, addictologue, Avignon Dr Sophie Arnaud-Reveneau, médecin addictologue, Lyon David Saint Vincent, directeur. Association la Passerelle, Elbeuf Dr Xavier Aknine, médecin généraliste, Gagny Lilian Babé, Consultant Indépendant en Addictologie, Besançon Dr Mario Blaise, psychiatre addictologue, chef de pole, Centre médical Marmottan, Paris Dr Marie-Alice ROBERT, Médecin addictologue, Nantes Dr Jean-Paul BOYES, Médecin Coordonnateur, RAMIP – Réseau Addictions Midi-Pyrénées, Toulouse Dr DUTECH Michel, médecin, président de la Forms et du RAP 31, Nailloux Dr Lydia, BRISPOT, Médecin généraliste, Colomiers Dr Gérard FONTAN, Médecin généraliste, Toulouse Dr Pascale HEREDIA-RODIER, médecin addictologue, Toulouse Dr Jacques BARSONY, médecin retraité, Toulouse Dr Elodie LALEU, Médecin généraliste addictologue, Toulouse Dr Jacques DIAZ, hépatogatroentérologue, Toulouse Lionel DIENY, Directeur, Association CMSEA, Metz Laurence Emin, Directrice, Association Addiction Méditerranée, Marseille Dr Agnès LAFFORGUE, Médecin généraliste, Toulouse Dr Marie-Josée FERRO COLLADOS, Médecin addictologue, Toulouse Dr Céline MAUROUX Médecin généraliste, Montastruc La Conseillère   Dr Roch PONS, médecin généraliste, Levignac Dr Karima KOUBAA Medecin addictologue, Toulouse Dr Jean Michel OLIVER, Hepatogastroenterologue, Muret Dr Nabil YAJJOU Médecin généraliste, Toulouse Dr Anne Tironneau-Fouqueray    Médecin territorial Conseil départemental Haute Garonne, Toulouse Dr Yves Leglise, CHU Montpellier et Groupe SOS Solidarités, Montpellier Dr Sylvain Guichard, Médecin addictologue, Montpellier Docteur Hélène Donnadieu Rigole : Responsable du Département d’Addictologie, CHU Montpellier Professeur Dominique Larrey, Pôle Digestif – Hépato- Gastro- Entérologie – CHU Montpellier Dr Karine VOIRET, médecin addictologue, Marseille Dr Marine DOS SANTOS, médecin addictologue, Arles Dr André MADRID, médecin généraliste, Marseille Dr Anne CHEVAI, médecin addictologue, Paris Dr Rebecca ROTNEMER, médecin addictologue, Paris Dr Marie-Pierre PETIT, médecin addictologue, Avignon Dr Jean NOUCHI, médecin addictologue, Nice Dr Christian ADDA, médecin addictologue, Limoux Dr David ESSERPE, médecin addictologue, Marseille Dr Stéphane PLAT, médecin addictologue, Nîmes Dr Alexia DEGRANDSART, médecin addictologue, Les Andelys Dr Anne-Gaëlle DRAPIER, médecin addictologue, Paris Dr Christine ETCHEPARE, médecin addictologue, Paris Dr Pascale ROLLAND, médecin addictologue, Paris Dr Linda BELARBI-MERINE, médecin addictologue, Paris Dr Samia CHENA, médecin addictologue, Paris Dr Christophe LAMBERT, médecin addictologue, Nice Dr Dominique LEONARDI, médecin addictologue, Nice Dr Jean-Paul BELMONDO, médecin addictologue, Marseille Dr Dominique DUFEZ, médecin, Avignon Dr Marta COLLE, médecin addictologue, Saint Denis  Dr Pascale SANTANA, médecin addictologue, Saint Denis Dr Philippe Grunberg, médecin généraliste, Gagny Dr Aram KAVCIYAN, Psychiatre, Praticien Hospitalier, Chef du service addictologie du CH de Montfavet

«Révolution dans la filiation» : Agnès Buzyn lève le voile gouvernemental dans le JDD

Bonjour

23 juin 2019. Ainsi donc c’est le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret, Emmanuelle Souffi, Hervé Gattegno). Outre un entretien ministériel, il aura eu l’exclusivité. On y trouvera l’essentiel de l’avant-projet de loi de révision de la loi de bioéthique – qui ne sera présenté en conseil des ministres que dans un mois. Un texte actuellement examiné par le Conseil d’Etat.

« PMA, Filiation, Embryons : La loi qui va révolutionner la famille » titre le quotidien dominical. Ce qui est sans doute un tout petit peu excessif. Qu’apprendra-t-on que nous ne pressentions ? Rien, ou presque. A commencer par le remboursement de l’insémination artificielle avec sperme de donneur pour les femmes vivant seules ou avec une autre femme.

On retiendra aussi la possibilité plus ou moins offerte à certains enfants d’avoir accès à leurs origines : Agnès Buzyn. affirme souhaiter « lever le voile sur l’origine de la filiation » pour les enfants nés grâce à un donneur, afin qu’ils accèdent à des informations sur celui-ci à leur majorité.  « Il faut établir une filiation qui a la même portée et les mêmes effets que la filiation biologique ou adoptive sans bouleverser le droit de la filiation actuel. Elle reposerait sur une reconnaissance de filiation avant la naissance du bébé », explique la ministre, qui se dit favorable à la création d’« un nouveau type de filiation qui concernera aussi les couples hétérosexuels qui ont recours à un don » :

Pour ce qui est des dons de sperme et d’ovocytes, Agnès Buzyn :

 « L’anonymat au moment du don sera préservé, mais il s’agit ensuite de permettre à l’enfant d’avoir accès à son histoire et à l’identité de son donneur quand il aura atteint ses 18 ans. Ça peut être un accès à des informations non identifiantes sur le donneur voire connaître son identité si le donneur y a consenti soit au moment du don, soit au moment où l’adulte en fait la demande. Les modalités de cet accès aux origines sont étudiées par le Conseil d’Etat ».

Anticipant les travers d’une telle mesure, Agnès Buzyn dit ne pas redouter une chute des dons en expliquant que « dans les pays qui ont généralisé cet accès aux origines, les dons ont diminué avant de remonter parce que ce ne sont pas les mêmes personnes qui donnent. » Ce qui ne manquera pas d’être discuté et contesté. « Les jeunes qui demanderont à connaître l’identité de leur donneur ne prendront pas ce dernier pour un parent. Etre parent, ce n’est pas des gamètes, mais de l’amour », affirme encore la ministre des Solidarités et de la Santé  

Quant à l’autorisation pour les femmes de congeler leurs ovocytes (comme c’est possible en Espagne ou en Belgique) la ministre révèle que le gouvernement allait l’autoriser, de façon très encadrée à partir de 30 ou 32 ans. Pourquoi ? « Pour éviter une baisse de la natalité due notamment à l’allongement des études ». Ce qui ne manquera pas de surprendre les principales intéressées.

A demain @jynau