A l’image de l’Allemagne, un mouvement antimasque pourrait-t-il émerger en France ?

Bonjour

13/09/2020. C’est une nouvelle salve, sévère et argumentée, contre la stratégie gouvernementale de lutte contre l’épidémie. Elle est signée, dans le Journal du Dimanche, par le Dr William Dab, ancien Directeur général de la santé – interrogé par Anne-Laure Barret. Nous y reviendrons. Pour l’heure, cette question : Le port du masque à l’extérieur est contesté, le comprenez-vous ? Réponse :

« Sur le plan épidémiologique, rien ne justifie l’obligation de le porter dehors en zone aérée et peu fréquentée. On peut penser à d’autres motifs de nature psychologique ou pédagogique, pour habituer les gens au masque. Cela s’explique, sinon des résistances vont naître, le mouvement antimasque risque de progresser. »

« Mouvement antimasque »… Hier 12 septembre, alors que la France retrouvait une fraction de ses Gilets Jaunes, plusieurs milliers d’opposants aux mesures restrictives censées freiner la propagation de la pandémie de Covid-19 ont à nouveau manifesté dans plusieurs villes d’Allemagne – mais également à Varsovie, en Pologne, samedi 12 septembre. Rien qu’à Munich, en Bavière, où était organisée pour la première fois une manifestation nationale de ce genre, 10 000 personnes ont été comptabilisées par la police, soit davantage que les 5 000 annoncées avant l’événement par les organisateurs.

Comme début et fin août lors des importantes manifestations à Berlin qui ont rassemblé quelque 40 000 personnes, les manifestants, pour la plupart non masqués (en dépit d’un arrêté de la ville de Munich exigeant le port du masque), ont dénoncé les mesures prises par le gouvernement allemand pour combattre l’épidémie due au nouveau coronavirus.

« Je suis contre ces mesures anticoronavirus parce que d’autres virologues ne sont pas écoutés, avec une couverture médiatique très biaisée », a ainsi estimé un manifestant cité par l’AFP. « D’autres villes allemandes ont également connu de tels rassemblements, comme à Hanovre où au moins 1 000 personnes ont été recensées, tout comme à Wiesbaden, rapporte l’AFP. Les manifestations allemandes de samedi se sont déroulées jusqu’à présent sans incident alors que la police est mobilisée pour éviter de nouveaux débordements. »

« Covid 1984, les droits de l’homme »

La chancelière, Angela Merkel, a déclaré le même jour « comprendre » que certains « aient du mal » face à ces restrictions, estimant que « chacun est libre de critiquer ouvertement la décision du gouvernement (…) lors de manifestations pacifiques ». « C’est un grand atout de notre Etat constitutionnel, un Etat qui ne supprime pas la liberté d’opinion, le débat public et la participation mais qui la garantit. C’est pourquoi beaucoup de gens dans le monde nous envient », a-t-elle ironisé en réponse aux manifestants parlant régulièrement de « censure ». Que dirait, sur le sujet Emmanuel Macron ?

« Apparu à Stuttgart ce mouvement organise depuis mi-avril des manifestations contre les restrictions liées au Covid-19, quelques jours avant que l’Allemagne, qui n’a jamais connu un confinement strict, ne commence à les assouplir, résume l’AFP. Ses partisans rassemblent un mélange hétéroclite de personnes se qualifiant de libres penseurs, de militants antivaccins, conspirationnistes ou encore sympathisants d’extrême droite. »

Une manifestation équivalente mais de plus petite taille a également rassemblé en début d’après-midi plusieurs centaines de personnes à Varsovie, en Pologne. Organisée notamment par l’association Stop-NOP, qui s’oppose à l’obligation vaccinale, cette manifestation, rassemblée sous les mots d’ordre « En finir avec la pandémie !, Assez de mensonges ! », s’est ouverte devant le siège du Parlement polonais. Les manifestants devaient ensuite passer par le centre de la capitale polonaise vers le siège de la télévision publique TVP qu’ils accusent de mentir sur la pandémie. Les manifestants ont notamment scandé « Assez de mensonges, assez de masques » ou « Liberté, liberté ! ». Ils ont arboré des pancartes telles que « Bill Gates en prison »« Covid 1984, les droits de l’homme », ou « Le virus de la propagande »« Nous ne permettrons plus un nouveau lockdown ! ».

Pourquoi l’Allemagne et la Pologne ? Le phénomène va-t-il prendre de l’ampleur en France ?

A demain @jynau

Réquisitoire dérangeant pour le gouvernement «Ne plus être gouvernés par la peur»

Bonjour

12/09/20020. C’est un document d’importance, une tribune collective publiée par Le Parisien et signée par trente-cinq scientifiques, universitaires et professionnels de santé 1 critiquent avec une certaine virulence la politique et la communication gouvernementales. Selon eux, elles relèvent davantage d’un affichage d’une « posture protectrice » que d’une stratégie sanitaire précise. Un document dont Le Monde Hervé MorinPascale Santi et Nathaniel Herzberg) donne fort utilement la généalogie. Un document qui sera peut-être qualifié de « populiste » – où l’on retrouve des opinions et des prises de position rarement exprimées sur les plateaux de télévision. En voici quelques extraits :

« Nous, scientifiques et universitaires de toutes disciplines, et professionnels de santé, exerçant notre libre arbitre et notre liberté d’expression, disons que nous ne voulons plus être gouvernés par et dans la peur. La société française est actuellement en tension, beaucoup de citoyens s’affolent ou au contraire se moquent des consignes, et nombre de décideurs paniquent. Il est urgent de changer de cap.

Nous ne sommes pas en guerre mais confrontés à une épidémie qui a causé 30 décès le 9 septembre, contre 1438 le 14 avril. La situation n’est donc plus du tout la même qu’il y a 5 mois. Par ailleurs, si la guerre peut parfois justifier un état d’urgence et des restrictions exceptionnelles de l’Etat de droit et des libertés publiques qui fondent la démocratie et la République, ce n’est pas le cas d’une épidémie. Aujourd’hui comme hier, cette crise doit nous unir et nous responsabiliser, pas nous diviser ni nous soumettre. »

Complotistes en tout genre

C’est pourquoi les signataires appellent les autorités politiques et sanitaires françaises « à cesser d’insuffler la peur à travers une communication anxiogène qui exagère systématiquement les dangers sans en expliquer les causes et les mécanismes. Il ne faut pas confondre la responsabilisation éclairée avec la culpabilisation moralisatrice, ni l’éducation citoyenne avec l’infantilisation. »

Ils appellent également l’ensemble des journalistes « à ne plus relayer sans distance une communication qui est devenue contre-productive : la majorité de nos concitoyens ne fait plus confiance aux discours officiels, les complotistes en tout genre foisonnent sur les réseaux sociaux et les extrémismes en profitent ».

« Le confinement général, mesure inédite dans notre histoire, a eu des conséquences individuelles, économiques et sociales parfois terribles qui sont loin de s’être encore toutes manifestées et d’avoir été toutes évaluées. Laisser planer la menace de son renouvellement n’est pas responsable.

« Il faut évidemment protéger les plus faibles. Mais de même que l’imposition du masque dans la rue, y compris dans les régions où le virus ne circule pas, l’efficacité du confinement n’est pas démontrée scientifiquement. Ces mesures générales et uniformes, imposées sous surveillance policière, relèvent davantage d’une volonté d’afficher une posture protectrice que d’une stratégie sanitaire précise. D’où leur grande volatilité depuis six mois. Beaucoup d’autres pays agissent avec plus de cohérence. Une coordination européenne serait nécessaire. »

Supprimer (ou refonder) le Conseil scientifique

Les auteurs également le gouvernement « à ne pas instrumentaliser la science ». Et d’ajouter, ce qui ne manquera pas non plus d’irriter : « La science a pour condition sine qua non la transparence, le pluralisme, le débat contradictoire, la connaissance précise des données et l’absence de conflits d’intérêts. Le Conseil scientifique du Covid-19 ne respectant pas l’ensemble de ces critères, il devrait être refondé ou supprimé. »

Suivent des considérations qui nourriront de nombreuses critiques où l’on retrouve, entre les lignes, la promotion de l’usage de l’hyroxychloroquine – ce qui ne manquera pas de réduite la portée et le poids de cette initiative. « Il est urgent, concluent les auteurs, de nous remettre à penser ensemble pour définir démocratiquement nos stratégies sanitaires, redonner de la confiance à nos concitoyens et de l’avenir à notre jeunesse. »

« Nombre des critiques exposées ont déjà été exprimées, mais ce texte a la particularité de réunir des personnalités qui, sur certains aspects de la pandémie, et de sa prise en charge, ont parfois été diamétralement opposées » observe Le Monde. C’est, en d’autres termes, dire l’intérêt, plus ou moins distancié, que l’on pourra lui trouver.

A demain @jynau

1 Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l’Université de Paris ; Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherche au CNRS ; Bernard Bégaud, professeur de pharmacologie à l’Université de Bordeaux ; Gilles Bœuf, professeur de biologie à Paris-Sorbonne Université ; Pierre-Henri Gouyon, professeur de biologie au Muséum national d’histoire naturelle ; Jean Roudier, professeur de rhumatologie à l’Université d’Aix-Marseille ; Louis Fouché, médecin, anesthésiste-réanimateur à l’Hôpital de la Conception ; Olivier de Soyres, médecin, réanimateur à la clinique des Cèdres ; Christophe Lançon, professeur de psychiatrie à l’Université d’Aix-Marseille ; Laurent Toubiana, épidémiologiste à l’Inserm ; Mylène Weill, biologiste, directrice de recherche au CNRS ; Anne Atlan, généticienne des populations et sociologue, directrice de recherche au CNRS ; Bernard Swynghedauw, biologiste, directeur de recherche émérite à l’Inserm ; Marc-André Selosse, professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle ; Jean-Louis Thillier, médecin, immunopathologiste ; Jean-François Lesgards, biochimiste, chercheur au CNRS ; Alexandra Menant, biologiste, chercheuse au CNRS ; André Comte-Sponville, philosophe ; François Gastaud, chirurgien orthopédiste à Strasbourg ; Éric Desmons, professeur de droit public à l’Université Sorbonne Paris Nord ; Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l’Université de Bourgogne Franche-Comté ; Charalambos Apostolidis, professeur de droit public à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté ; Nicolas Sembel, professeur de sociologie à l’Université d’Aix-Marseille ; Dominique Crozat, professeur de géographie à l’Université de Montpellier ; Marnix Dressen-Vagne, professeur de sociologie à l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines ; Thomas Hippler, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Caen-Normandie ; Nicolas Leblond, maître de conférences en droit à l’Université Polytechnique Hauts-de-France ; Dominique Labbé, politiste, enseignant émérite à l’Université de Grenoble-Alpes ; Arnaud Rey, chercheur en psychologie au CNRS ; Mathias Delori, politiste, chercheur au CNRS ; Jacques Tassin, écologue, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) ; Sylvie Gourlet-Fleury, écologue, chercheuse au Cirad ; Emmanuelle Sultan, docteur en océanographie physique, ingénieure de recherche au Muséum national d’histoire naturelle ; Christophe Leroy, biologiste, docteur en biologie moléculaire et cellulaire ; Bernard Dugué, docteur en pharmacologie, docteur en philosophie

Castex: dégradation de la situation, quatorzaine divisée par deux. Tout reste à expliquer

Bonjour

11/09/2020. Que se passe-t-il au sommet de l’Etat ? Le Premier ministre a tenu une courte allocution, aujourd’hui, à 17 heures pour rendre compte du conseil de défense qui s’est tenu plus tôt dans la matinée. Résumons. Jean Castex a annoncé une « dégradation manifeste » de la situation épidémiologique. Et le chef du gouvernement, une nouvelle fois, d’en appeler à la responsabilité de tous et de rappeler que rien n’est fini : « le virus est là pour quelques mois encore et nous devons réussir à vivre avec »

Parmi les principales annonces : une réduction du temps de la quatorzaine, qui est ramené de 14 à 7 jours et le classement de 14 nouveaux départements en « rouge », portant le total à 42. Aucune mesure de reconfinement n’a en revanche été annoncée. Le Premier ministre a demandé au préfet des régions de Bordeaux, Marseille et de la Guadeloupe de lui faire des propositions pour endiguer une « évolution préoccupante des contaminations »

Où l’on voit qu’un effort considérable de pédagogie nécessaire reste à faire par l’exécutif. Où l’on voit aussi que ce dernier n’a pas suivi les recommandations formulées par le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique chargé par Emmanuel Macron de conseiller le gouvernement. Le gouvernement « va être obligé de prendre un certain nombre de décisions difficiles », « dans les huit à dix jours maximum » avait, le 10 septembre, ainsi publiquement déclaré le Pr Jean-François Delfraissy – irritant de ce fait le président de la République.

Or aucune « décision difficile » n’a été annoncée ce 11 septembre par le chef du gouvernement. Il reste désormais entre sept et neuf jours. Si tel n’était pas le cas on aurait la démonstration que le Conseil scientifique n’est pas (n’est plus) pleinement entendu par le pouvoir politique.

A demain @jynau

Covid : la cacophonie, le bon sens et l’appel à la vigilance de SOS Médecins France

Bonjour

11/09/2020. Interrogation montante. Dramatiser à l’excès ou prendre le risque de sous-estimer la réalité chiffrée et ses conséquences ? Dans les médias on n’en finit plus d’aborder l’équation du « sanitaire » qui serait opposée à l’ « économique ». Le tout, le plus souvent, dans la cacophonie, les invectives, l’inaudible. Et l’on observe dans le même temps les premiers affrontements ouverts entre le Conseil scientifique et le pouvoir exécutif.

C’est dans ce contexte qu’est publié un texte dont l’importance mérite d’être soulignée. A la suite du conseil d’administration de SOS Médecins France, réuni ce jeudi 10 septembre, ce texte fait un point sur l’épidémie de Covid et les réponses plus ou moins apportées.  

« Depuis le début de septembre et plus encore ces derniers jours, SOS Médecins constate sur l’ensemble de son réseau national une augmentation importante de ses actes pour suspicion Covid-19 (Passant de 482 cas journaliers le 1er septembre à 991 cas journaliers de suspicion Covid-19 le 9 septembre), précise-t-il. Cette augmentation frappe majoritairement des patients jeunes (moins de 40 ans) peu symptomatiques. Nous devons éviter que cela s’étende dans les prochains jours et semaines à des catégories plus âgées et aux patients fragiles. »

Ce n’est pas tout. Lors de leurs visites à domicile, les 1 300 médecins du groupe constatent que les Français les plus âgés et fragiles sont attentifs et sont pour certains « quasi-confinés ». Et ils précisent que les visites sont l’occasion d’évoquer avec les familles les meilleurs moyens de se protéger, d’épargner les aînés, et de faire face aux situations de cas contact.  

SOS Médecins observe également « une augmentation des consultations pour des enfants en âge scolaire, à la demande des établissements. » « Les familles ont besoin d’un avis médical et d’un certificat difficile à établir sans test PCR, ajoute-t-il. Au sujet des tests, ils observent un engorgement des laboratoires d’analyse et un rallongement des délais. Pour éviter l’augmentation des cas graves, il est impératif de prioriser les tests pour les personnes symptomatiques et les sujets contacts et d’accélérer l’arrivée des tests rapides. »

Au vu de tous ces éléments, sans dramatiser à l’excès mais sans minimiser Pierre-Henry Juan, président de SOS Médecins France, appelle à la vigilance « Si les mesures barrières ne sont pas appliquées, cela risque de générer une augmentation des cas graves. Nous avons tous le pouvoir de lutter contre cette épidémie, restons vigilants. Protégeons en particulier les aînés et les personnes à risque, en portant le masque, en se lavant les mains, et en gardant les distances. »

On attend désormais les futures mesures décidées, sous l’autorité du Président de la République au terme d’un nouveau « conseil de défense ». Mesure par définition marquées du sceau du pouvoir politique. « Sanitaire » versus « économique».

A demain @jynau

Covid. Le Conseil scientifique fait de la politique. Emmanuel Macron lui répond

Bonjour

0/09/2020. Une étape a été franchie par le Conseil scientifique et nul ne sait jusqu’où cette institution pourra aller. Rendu public par le gouvernement le 9 septembre son dernier avis, daté du 3 septembre, dresse « un constat d’échec » à propos de la stratégie d’isolement destinée à lutter contre l’épidémie de Covid-19. Ses membres (chargés de conseiller l’exécutif dans sa gestion de l’épidémie) estiment que la « quatorzaine » qui a été instaurée s’avère en définitive « peu respectée ». Cela « fragilise notre capacité à maîtriser les chaînes de contamination » du coronavirus a jugé, citée par l’AFP, l’anthropologue Laëtitia Atlani regrettant une stratégie « sans cahier des charges ni budget à l’échelle nationale ». Une manière parmi d’autres de parler d’incurie.

Le gouvernement « va être obligé de prendre un certain nombre de décisions difficiles », « dans les huit à dix jours maximum », a pour sa par déclaré le Pr Jean-François Delfraissy. « On peut être faussement rassuré » parce que l’augmentation de la circulation du virus a « peu de retentissement actuellement » sur le système de soins, mais il peut y avoir « une augmentation très rapide, exponentielle, dans un deuxième temps », a averti le président du Conseil scientifique, rappelant que toute décision prise maintenant n’aura d’impact que dans quinze jours.

« Il n’y a aucune raison d’attendre car plus on attend plus il faudra agir fort et sur la durée », confirme au Monde l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique. « Même si le nombre de cas est très inférieur à celui qu’on avait en mars et que le rythme d’augmentation n’est pas le même, la trajectoire montre qu’on va dans le mur », estime-t-il. Selon lui, adopter des mesures ciblées est cependant d’autant plus complexe que l’on manque de données précises sur les circonstances dans lesquelles les personnes infectées ont

Article réservé à nos abonnés été contaminées. »

Le gouvernement «obligé de prendre un certain nombre de décisions difficiles » ? Où l’on voit, pour la première fois de cette manière, le Conseil peser sur la stratégie et les décisions à venir de l’exécutif. Et ce alors que se tient demain 11 septembre un conseil de défense. Or cette initiative du Conseil scientifique n’a guère été du goût du président de la République. Emmanuel Macron a confirmé, lors d’un déplacement en Corse, que le gouvernement annoncerait bien, au terme du conseil de défense consacré au Covid-19, des décisions permettant de « donner de la visibilité sur les prochaines semaines ». Mais il a aussitôt ajouté : « Ce que nous devons faire c’est nous adapter à l’évolution du virus (…). Nous aurons des décisions à prendre, mais voilà, il faut je pense continuer à être exigeants, réalistes, sans céder à quelque panique que ce soit ».

Panique ? Interrogé sur les propos du Pr Delfraissy et ses « décisions difficiles », M. Macron a précisé que « le conseil scientifique est dans son rôle, qui est technique », et qu’il revient aux dirigeants politiques de « prendre des décisions » en « essayant d’être les plus transparents et les plus clairs possible ». Un recadrage en règle, en somme.

Il faut « essayer de ralentir au maximum et de stopper la circulation » du virus avec les gestes barrières et « l’organisation de la vie sociale que nous devons adapter », tout « en permettant de continuer à vivre », notamment « éduquer nos enfants », « soigner les autres pathologies », a ajouté le chef de l’Etat. Emmanuel Macron a également souligné la nécessité de « décliner territorialement » les décisions prises, et a de nouveau appelé les Français à « prendre leur part de responsabilité, parce que nous sommes tous et toutes les dépositaires de cette lutte contre le virus ».

Dans le même temps, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, s’est de nouveau refusé jeudi matin sur BFM-TV et RMC à commenter les hypothèses les plus dures concernant les mesures qui pourraient être annoncées (limitations de déplacement, de rassemblement, voire reconfinements localisés) en se bornant à déclarer que cette crise sanitaire démontre « qu’on ne peut jamais rien exclure par principe ».

Où l’on observe ainsi, en direct, un affrontement entre la gestion et l’analyse du risque, entre le politique et le scientifique.

A demain @jynau

Un médecin peut-il sans danger se déclarer «farouchement opposé» au port du masque ?

Bonjour

09/09/2020 Quelques lignes pour une affaire hors norme rapportée notamment par Le Progrès, l’AFP et Le Quotidien du Médecin ( Martin Dumas Primbault).

« Sur la porte de son cabinet, un écriteau va à l’encontre des recommandations des autorités sanitaires. Le Dr Patrick Bellier est farouchement opposé au port du masque, au point d’interdire à ses patients de se présenter devant lui la bouche couverte. ‘’Faire chier 67 millions de Français ne sert à rien ‘’, estime ce pneumologue de Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône). Pour le praticien libéral, en plus  ‘’d’emmerder tout le monde ‘’, l’obligation de porter un masque est « criminelle ». Le Dr Patrick Bellier assure que ‘’les 7 000 cas détectés quotidiennement ces derniers temps sont des porteurs sains’’ qui favorisent ‘’l’évolution du virus vers une forme non-pathogène ‘’. Ces personnes  ‘’empêchent la multiplication des cas graves’’. »

Où l’on retrouve une position défendue par d’autres spécialistes- et qui ne va jamais sans déclencher de vives polémiques. Ce spécialiste de 63 ans établit même un lien entre la reprise actuelle de l’épidémie et les premiers arrêtés imposant le port du masque au milieu du mois d’août. Selon lui le port du masque aurait dû être « obligatoire en mars-avril », tandis que rendre le port du masque obligatoire actuellement « empêche la protection de masse », voire pourrait entraîner d’autres « épidémies ». Le pneumologue prévoit que l’épidémie de Covid-19 s’éteindra « toute seule », de même que la grippe espagnole au début du XXe siècle.

Mais cette prise de position n’a pas été du goût de tous les patients du pneumologue de Sainte-Foy-lès-Lyon . L’un d’entre eux est même allé jusqu’à porter plainte. C’est ainsi que le Dr Patrick Bellier est convoqué devant le conseil départemental de l’Ordre des médecins du Rhône à Lyon le 18 septembre « afin de s’expliquer ». Plusieurs médias ont déjà prévu d’être présents, assure le praticien. Il espère que cette couverture médiatique pourrait « se transformer en manifestation anti-masque ».

A demain @jynau

Sur ce thème : La meilleure façon de persuader une personne anti-masque d’en porter un (Claire Hooker) Slate.fr 9 septembre 2020

Vaccin-Covid: une «maladie inexpliquée» conduit AstraZeneca à suspendre ses essais cliniques

Bonjour

09/09/09. Hier le fait aurait volontiers été durablement passé sous silence. Aujourd’hui l’information s’impose d’emblée, au nom d’une transparence imposée – et ce avec toutes les conséquences que l’on peut d’ores et déjà imaginer.

Le puissant groupe pharmaceutique AstraZeneca a annoncé mardi 8 septembre qu’il devait faire une « pause » dans les essais cliniques de son vaccin expérimental contre le Covid-19 – et ce à cause après l’apparition d’une «maladie potentiellement inexpliquée», (sans doute un effet secondaire grave) chez un participant. Transparence ou pas, aucune autre précision n’a encore été donnée.

« Nous avons déclenché une pause dans la vaccination dans le cadre de notre processus pour permettre l’examen des données de sécurité », a déclaré au Financial Times un porte-parole d’AstraZeneca. « Il s’agit d’un contrôle de routine qui doit se produire chaque fois qu’il existe une affection potentiellement inexpliquée dans l’un des essais afin de garantir le maintien de l’intégrité de nos essais. » Les données seront bientôt revues par un comité indépendant. cette pause affecte un test lancé à très large échelle, dans une procédure de phase 3.

L’annonce a, sans surprise, provoqué une chute de l’action AstraZeneca dans les échanges officieux après la clôture de Wall Street. La firme est le partenaire industriel de l’université britannique Oxford, et leur vaccin est l’un des projets occidentaux les plus avancés, testé sur des dizaines de milliers de volontaires au Royaume-Uni, au Brésil, en Afrique du Sud – ainsi, depuis le 31 août, qu’aux Etats-Unis.

Augmenter les craintes et autres rejets vis à vis de la vaccination

«C’est une action de routine qui est requise dès qu’une maladie potentiellement inexpliquée apparaît dans l’un des essais, pendant l’enquête, afin de maintenir l’intégrité des essais», a précisé le porte-parole de la firme.

On ignore donc la nature et la gravité de cet « événement » – qui selon certains (le site Statnews) pourrait ne pas être d’une gravité particulière. C’est la première suspension connue d’un essai clinique concernant un vaccin expérimental contre l’infection par le SARS-CoV-2. Selon la durée et le résultats des investigations, cette décision pourrait avoir un impact sur le calendrier excessivement serré du développement. Elle pourrait aussi être de nature à augmenter les craintes et autres rejets vis à vis de la vaccination contre cette infection.

La veille de cette annonce le ministre de la Santé britannique avait dit espérer des résultats des essais d’AstraZeneca d’ici la fin de l’année – ou pour le début de 2021. La firme a déjà pré-vendu des centaines de millions de doses à de multiples pays – dans le cas au cas où son vaccin prouverait à la fois son efficacité et son innocuité.

« Les laboratoires pharmaceutiques s’inquiètent de la politisation de la science, qui pourrait conduire à une mise sur le marché d’un vaccin ne répondant pas aux normes habituelles de la FDA et accentuer la défiance de la population américaine, observe pour sa part Le Monde (Arnaud Leparmentier).Celle-ci était habituellement réduite à des mouvements antivaccins puissants — les Etats-Unis ont été frappés eux aussi par la résurgence mondiale de rougeole en 2019 — mais elle est plus large, en raison des craintes de manipulations politiques. Selon le New Yorker, entre un tiers et la moitié des Américains pourraient refuser le vaccin contre le Covid-19. Le ministère de la santé compte lancer une campagne publicitaire en faveur de la vaccination d’ici à novembre, avec le soutien de célébrités américaines. »

Qu’en est-il au ministère français de la santé, alors même que la France est l’un des pays qui, d’ores et déjà, compte un taux élevé d’opposants à cette vaccination ?

A demain @jynau

Pourquoi va-t-on réduire la «quatorzaine» alors que la progression virale est «exponentielle» ?

Bonjour

08/09/2020 Une fois de plus, la nécessité absolue d’une pédagogie destinée au plus grand nombre – un exercice que l’exécutif peine à mettre en place. Le gouvernement va très vraisemblablement réduire la période d’isolement des malades du Covid-19 et des cas contacts, jugeant que la durée actuelle de 14 jours est «trop longue». Mais comment justifier cette mesure alors que les indicateurs de l’épidémie continuent globalement de se détériorer ?

Olivier Véran, ce matin sur France Inter  au sujet de la réduction à venir du délai de quatorzaine en cas de suspicion de Covid-19. « Le Conseil scientifique m’a rendu ses conclusions sur cette question », précise-t-il. « Il est favorable à ce qu’on puisse réduire la période de mise à l’abri dans un certain nombre de situations, et de passer de 14 à 7 jours. On est davantage contagieux dans les 5 premiers jours, ensuite la contagiosité diminue de façon importante. Ce n’est pas à moi de prendre cette décision, elle sera prise vendredi lors du conseil de défense national. »

Dans le même temps on sait que l’incidence du Covid-19 dépasse désormais le seuil d’alerte – soit 50 cas pour 100 000 habitants – dans dix-neuf départements et le taux de positivité (proportion du nombre de personnes positives divisé par le nombre de personnes testées, sur les sept derniers jours) continue d’augmenter : il a atteint 4,9 % dimanche 6 septembre, contre 4,3 % en milieu de semaine.

Dans son dernier point de situation, Santé publique France (SpF) annonce constater une progression « exponentielle » de la circulation du virus et une dynamique de transmission « préoccupante ». Sept nouveaux départements ont été classés en zone rouge, portant le total à vingt-huit. « On a une croissance aujourd’hui de 30 % du nombre de cas par semaine, de 15 % du nombre d’hospitalisations. Si on continue avec ce même rythme, on arrivera sur une situation critique en décembre dans plusieurs régions de France », a averti dimanche l’épidémiologiste Arnaud Fontanet sur LCI.

« Grenade dégoupillée »

« Nous connaissons mieux le virus, et les données montrent que l’essentiel de la transmission a lieu dans les cinq premiers jours de l’infection », souligne Yazdan Yazdanpanah, infectiologue à l’hôpital Bichat et membre du Conseil scientifique, en soulignant qu’un raccourcissement de la quarantaine permettrait de la rendre plus « acceptable ». « Il faut aussi penser aux gens, à la vie, à l’économie du pays », plaide-t-il, cité par Le Monde. Où l’on perçoit la difficulté, y compris chez les membres du Conseil scientifique, à faite la part entre la « santé publique » et l’économique.

Même observation, plus compréhensible, chez les responsables politiques.Olivier Véran avait ainsi expliqué dès le 5 septembre avoir demandé «aux autorités scientifiques de donner un avis pour savoir si on ne peut pas réduire» la période d’isolement pour les cas contacts, la jugeant «sans doute trop longue». Le Monde rappelle que le ministre avait déjà évoqué cette hypothèse le 27 août, lors de la conférence de presse gouvernementale, indiquant avoir «saisi le Conseil scientifique en vue d’adapter si possible les conditions de cette mise à l’abri, et notamment sa durée», disant espérer «un feu vert pour réduire cette période».

Cet avis a été remis au gouvernement jeudi 3 septembre, mais n’a pas encore été rendu public, a indiqué le Conseil scientifique à l’AFP. «Il faut désormais être pragmatiques et efficaces», estimait il y a peu sur Twitter l’épidémiologiste Antoine Flahault. Les ‘’quatorzaines’’ doivent maintenant devenir des semaines de cinq jours. Au-delà de cinq jours, moins de 10% des porteurs de virus non symptomatiques sont contagieux». «Je pense que c’est une bonne idée, je pense qu’effectivement (…) la contagiosité est essentiellement lors des premiers jours, après l’infection, a déclaré lundi sur Europe 1 Rémi Salomon, président de la Commission médicale de l’AP-HP. Au delà du 7ème jour après les premiers signes, la charge virale et par conséquent le risque de transmettre le virus sont faibles», précise-t-il sur Twitter.

«Il vaut mieux huit jours bien respectés que 14 jours mal respectés», estimait lundi sur LCI Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP. Actuellement, «on a du mal à savoir si les Français respectent» les mesures d’isolement, car «on contrôle peu», mais les remontées de terrain montrent que «c’est compliqué». «Plus c’est court, plus c’est facile à observer, plus c’est efficace. On ne peut pas prétendre au risque zéro, mais la mesure serait mieux acceptée socialement», explique encore Antoine Flahaut, dans le Journal du Dimanche.

Mais même écourté, faire respecter l’isolement reste un défi, avertit toutefois Rémi Salomon. Le néphrologue pédiatrique appelle à réfléchir à «des mesures économiques, des indemnités» pour les populations précaires et les professions indépendantes, qui aujourd’hui refusent parfois d’aller «se faire tester par crainte d’être isolées, d’être obligées de s’arrêter» de travailler.

L’isolement, s’il est essentiel pour empêcher l’épidémie de se propager, entraîne en effet de lourdes conséquences pratiques et économiques, qu’il s’agisse d’un salarié renvoyé chez lui, d’un indépendant devant suspendre son activité ou d’un enfant que ses parents devront garder. Raccourcir sa durée pourrait donc en limiter l’impact, mais ce serait un mauvais calcul, selon l’épidémiologiste Catherine Hill. «Une stratégie qui consiste à laisser le virus circuler, c’est une grenade dégoupillée, qui coûtera bien plus cher que de bien faire les choses», déclare-t-elle. Si on veut alléger le fardeau des quarantaines, on fait les choses «dans le désordre», estime aussi Martin Blachier, médecin de santé publique interrogé par l’AFP. Il faudrait d’abord «trier» les bonnes et les mauvaises quatorzaines, car aujourd’hui «90% sont inutiles» selon lui, parce qu’elles concernent des cas contacts qui ne sont pas vraiment «à risque».

« Grenade dégoupillée » ? Où l’on perçoit une nouvelle fois, dans cette cacophonie des voix dissonantes et médiatisées, la difficulté de faire, ici, œuvre de pédagogie.

A demain @jynau

Faux certificats de virginité, gaz hilarants, stupéfiants : le nouveau plan du gouvernement

Bonjour

07/09/2020. L’heure politico-médiatique est donc à la « lutte contre l’insécurité ». Et deux membres du gouvernement s’y emploient à merveille. En témoigne un entretien fleuve donné au Parisien (Olivier Beaumont et Jean-Michel Décugis) par un tandem idéologiquement contre nature : le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin  et sa ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa. Ce duo révèle les grandes lignes de la feuille de route qu’ils présenteront mercredi 9 septembre lors du séminaire gouvernemental de rentrée. Quelques extraits suffiront pour prendre la mesure et les limites de l’entreprise.

1 La lutte contre la drogue, priorité des priorités. « La lutte contre les stupéfiants doit être l’alpha et l’oméga de toutes nos interventions. A travers ce sujet, il y a la lutte contre le crime organisé, avec la traite des êtres humains et le financement du terrorisme, mais aussi une grande mesure de santé publique. Et, bien sûr, un lien avec la lutte contre l’insécurité du quotidien. Quand on voit qu’aujourd’hui un gamin de 14 ans peut gagner plus que son père en faisant le « chouf » (le guet), il ne faut pas s’étonner qu’il y ait une crise d’autorité dans notre pays.

« Il faut s’occuper de tous les trafics. Des gros réseaux jusqu’au bout de la chaîne, c’est-à-dire le consommateur. Il faut sanctionner tout le monde, y compris dans les beaux quartiers de Paris. Grâce à l’action de mon prédécesseur, nous avons tout de même saisi 34 tonnes de cannabis depuis le début de l’année, 6 tonnes de cocaïne. On doit pouvoir encore augmenter ces chiffres (…) Je n’ai pas l’esprit de capitulation. La drogue, c’est de la merde, ça finance le crime organisé, ça tue la vie de milliers de personnes et ça peut concerner toutes les familles de France. Le rôle d’un responsable politique, ce n’est pas d’accompagner tout doucement la mort d’une société.

2 L’interdiction des gaz hilarants. «  J’ai demandé à mon administration de me proposer des dispositions pour interdire purement et simplement l’utilisation des cartouches ou capsules de protoxyde d’azote. Je suis élu local, je sais que cela cause des nuisances et que cela pourrit le quotidien de nombreux Français.

3 Les certificats médicaux de virginité. « Nous allons aussi nous attaquer aux ‘’certificats de virginité’’. Certains médecins osent encore certifier qu’une femme est vierge pour permettre un mariage religieux, malgré la condamnation de ces pratiques par le Conseil de l’Ordre des médecins 1. On va non seulement l’interdire formellement, mais proposer la pénalisation. On va également mettre clairement dans la loi qu’aucun élu ne pourra prendre de dispositions pour favoriser l’inégalité entre les femmes et les hommes pour mettre en place des pratiques communautaires, comme réserver des horaires de piscine à un sexe plutôt qu’un autre.

4 « Ensauvagement » ? Oui, en dépit des interdits du Premier ministre, Gérald Darmanin continuera à employer ce terme. « Oui, je continue à penser qu’il y a des actes de sauvagerie, et un ensauvagement d’une partie de la société. J’ai mes propres mots, ma propre sensibilité, et j’utilise les mots de mes concitoyens de Tourcoing. Mais je respecte la sensibilité de chacun, et celle en particulier du garde des Sceaux. »

Or Eric Dupond-Moretti estime pourtant que c’est ici reprendre la sémantique du Rassemblement national… Marlène Schiappa : « Si Marine Le Pen dit que le ciel est bleu, je ne vais pas dire qu’il pleut pour me différencier (sic). Je ne fais pas de politique en fonction du RN, mais pour les gens. J’assume l’utilisation de ce terme d’ensauvagement, et personne ne peut me soupçonner d’appartenir à la droite dure. Je viens de la gauche républicaine. Marine Le Pen n’est pas notre boussole (re-sic). Tout notre combat au ministère de l’Intérieur est aussi d’empêcher sa progression. »

A quel prix ? Marlène Schiappa le sait-elle ? Si oui, elle ne le dit pas.

A demain @jynau

1 « Certificats de virginité » : ce que tout médecin se devrait de savoir quant au respect de l’intimité, Journalisme et santé publique, 3 mars 2019

Covid et libertés. Que penser de celles et ceux qui manifestent contre le port du masque ?

Bonjour

06/09/2020. C’est là aussi, là encore, un symptôme à décrypter. Echos de l’AFP mandés d’Australie. Ignorant les avertissements officiels et la réglementation de santé publique, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Melbourne pour protester contre les restrictions destinées à endiguer la pandémie. Les forces de l’ordre ont arrêté près de vingt  personnes participant à cette manifestation illégale, et ont annoncé avoir dressé cent soixante amendes pour infraction à la réglementation sanitaire.

L’affaire, bien évidemment, est politique. Avant cette manifestation, Daniel Andrews, premier ministre de l’Etat du Victoria, où se situe Melbourne, avait appelé la population à rester chez elle et prévenu que le rassemblement pourrait remettre en question le scénario de fin du confinement, dont les détails étaient imminents. « Ce n’est pas prudent, ce n’est pas intelligent, c’est illégal », a-t-il déclaré devant la presse. « En fait, c’est absolument égoïste », a-t-il ajouté.

Egoïsme, vraiment ? Des rassemblements ont également eu lieu à travers l’Australie pour ce jour nommé « Jour de la liberté », et des manifestants ont été arrêtés à Sydney et Byron Bay. A Rome, en Italie, ce sont environ un millier de personnes qui ont manifesté samedi 6 septembre pour protester contre l’obligation de vacciner les enfants en âge scolaire ou celle du port de masque. « Non à l’obligation de vacciner, oui à la liberté de choix », « Pas de masque à l’école, pas de distanciation », « La liberté personnelle est inviolable » et « Vive la liberté », proclamaient des pancartes brandies par les manifestants dont la majorité ne portait pas de masque.

Méchant coup de règle sur les doigts préfectoraux

A Zagreb, plusieurs milliers de Croates se sont aussi rassemblés au même moment  pour protester contre les mesures imposées par les autorités contre le coronavirus. Depuis mi-juillet, le port du masque y est obligatoire dans les transports publics, les magasins et tous les services en contact avec des clients.

Là aussi le rassemblement a été baptisé « Festival de la liberté » par les organisateurs, des membres de la société civile pour qui les mesures gouvernementales « restreignent les droits fondamentaux et les libertés des citoyens » sans « base médicale ou légale valable », tout en imposant « la distanciation psychique et la privation de contact psychique ».

En France, pays des Droits de l’Homme tout est d’apparence plus calme. Pour l’heure on ne manifeste que par le truchement de la justice. L’État vient ainsi de faire appel des décisions des tribunaux administratifs de Strasbourg et Lyon – décisions demandant aux préfets du Rhône et du Bas-Rhin de modifier leurs arrêtés généralisant le port du masque. L’audience, nous dit l’AFP, était prévue ce dimanche à 11 heures. «Le Conseil d’État examinera la demande de l’État d’annuler les décisions en référé des tribunaux administratifs de Lyon et de Strasbourg, concernant le port obligatoire du masque sur la voie publique», a bien précisé la juridiction.

La veille cela avait été un coup de règle sur les doigts préfectoraux: la justice administrative avait enjoint à la préfecture du Bas-Rhin et à la préfecture du Rhône d’édicter de nouveaux arrêtés – et ce de manière à exclure du port du masque les lieux qui ne sont pas caractérisés «par une forte densité de population» ou«des circonstances locales susceptibles de favoriser la diffusion» du coronavirus. Les deux tribunaux, saisis par deux praticiens hospitaliers alsaciens et par l’association lyonnaise « Les Essentialistes Auvergne-Rhône-Alpes », ont également demandé aux deux préfectures de lever l’obligation du port du masque dans «les périodes horaires durant lesquelles aucun risque particulier de propagation de ce virus n’existe».

Après Berlin, Melbourne, Rome, Zabgeb, Strasbourg et Lyon … A coup sûr les premiers symptôme de révoltes citoyennes contre les exécutifs. Qui saurait prévoir la suite ?

A demain @jynau