Gilets Jaunes: face à la Nation, Emmanuel Macron, dix milliards et un mea culpa a minima

Bonjour

10 décembre 2018. Ci-dessous, depuis les ors du Palais de L’Elysée : « Adresse du Président de la République Emmanuel Macron à la Nation » 1. Un document à lire. Et à commenter. Avec, en ligne de lire, la question du pouvoir d’achat et du mea culpa : « Aveu contrit d’une faute que l’on a commise, d’une erreur que l’on a faite ». D’autres préfère la métaphore  de l’homme qui mange son chapeau.

« L’on peut d’abord s’attacher à l’image. À la forme. Relever ce ton doux et posé, ce regard bienveillant et légèrement humide. S’étonner de la curieuse présence, sur le bureau présidentiel, de bibelots dorés, au moment où la France des ronds-points lui reproche d’être isolé sous les ors de l’Élysée, écrit Frédéric Says sur Slate.fr. (« Emmanuel Macron face aux ‘’gilets jaunes’’: le jour sans fin »). L’on peut voir un paradoxe, aussi, dans le vecteur de communication choisi. Au moment où Emmanuel Macron promet une décision «décentralisée», il parle depuis Paris. »

Ensuite le désaveu de nombre de ses ministres avec un train de décisions économiques – décisions qui représentent un coût de 8 à 10 milliards d’euros pour les finances publiques, a calculé sur BFMTV Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Action et des comptes publics.

Pour l’heure, sur les chaînes d’information en continu, critiques acerbes en boucle et soutiens gouvernementaux embarrassés. Boulevard pour les ronds-points occupés. A l’évidence, pour reprendre l’étrange formule de Benjamin Griveaux porte-parole du gouvernement, on peut raisonnablement douter que le président de la République ait su « retrouver le chemin du cœur des Français ».

A demain

@jynau

1 « Françaises, Français, nous voilà ensemble au rendez-vous de notre pays et de notre avenir. Les événements de ces dernières semaines dans l’Hexagone et outremer ont profondément troublé la Nation. Ils ont mêlé des revendications légitimes et un enchaînement de violences inadmissibles et je veux vous le dire d’emblée : ces violences ne bénéficieront d’aucune indulgence.

Nous avons tous vu le jeu des opportunistes qui ont essayé de profiter des colères sincères pour les dévoyer. Nous avons tous vu les irresponsables politiques dont le seul projet était de bousculer la République, cherchant le désordre et l’anarchie. Aucune colère ne justifie qu’on s’attaque à un policier, à un gendarme, qu’on dégrade un commerce ou des bâtiments publics. Notre liberté n’existe que parce que chacun peut exprimer ses opinions, que d’autres peuvent ne pas les partager sans que personne n’ait à avoir peur de ces désaccords.

Quand la violence se déchaîne, la liberté cesse. C’est donc désormais le calme et l’ordre républicain qui doivent régner. Nous y mettrons tous les moyens car rien ne se construira de durable tant qu’on aura des craintes pour la paix civile. J’ai donné en ce sens au gouvernement les instructions les plus rigoureuses.

Mais au début de tout cela, je n’oublie pas qu’il y a une colère, une indignation et cette indignation, beaucoup d’entre nous, beaucoup de Français peuvent la partager et celle-là, je ne veux pas la réduire aux comportements inacceptables que je viens de dénoncer. 

Ce fut d’abord la colère contre une taxe et le Premier ministre a apporté une réponse en annulant et en supprimant toutes les augmentations prévues pour le début d’année prochaine mais cette colère est plus profonde, je la ressens comme juste à bien des égards. Elle peut être notre chance. 

C’est celle du couple de salariés qui ne finit pas le mois et se lève chaque jour tôt et revient tard pour aller travailler loin. 

C’est celle de la mère de famille célibataire, veuve ou divorcée, qui ne vit même plus, qui n’a pas les moyens de faire garder les enfants et d’améliorer ses fins de mois et n’a plus d’espoir. Je les ai vues, ces femmes de courage pour la première fois disant cette détresse sur tant de ronds-points !

C’est celle des retraités modestes qui ont contribué toute leur vie et souvent aident à la fois parents et enfants et ne s’en sortent pas.

C’est celle des plus fragiles, des personnes en situation de handicap dont la place dans la société n’est pas encore assez reconnue. Leur détresse ne date pas d’hier mais nous avions fini lâchement par nous y habituer et au fond, tout se passait comme s’ils étaient oubliés, effacés. 

Ce sont quarante années de malaise qui ressurgissent : malaise des travailleurs qui ne s’y retrouvent plus ; malaise des territoires, villages comme quartiers où on voit les services publics se réduire et le cadre de vie disparaître ; malaise démocratique où se développe le sentiment de ne pas être entendu ; malaise face aux changements de notre société, à une laïcité bousculée et devant des modes de vie qui créent des barrières, de la distance.

Cela vient de très loin mais c’est là maintenant. 

Sans doute n’avons-nous pas su depuis un an et demi y apporter une réponse suffisamment rapide et forte. Je prends ma part de cette responsabilité. Il a pu m’arriver de vous donner le sentiment que ce n’était pas mon souci, que j’avais d’autres priorités. Je sais aussi qu’il m’est arrivé de blesser certains d’entre vous par mes propos. Je veux ce soir être très clair avec vous. Si je me suis battu pour bousculer le système politique en place, les habitudes, les hypocrisies, c’est précisément parce que je crois plus que tout dans notre pays et que je l’aime et ma légitimité, je ne la tire d’aucun titre, d’aucun parti, d’aucune coterie ; je ne la tire que de vous, de nul autre.

Nombre d’autres pays traversent ce mal vivre qui est le nôtre mais je crois profondément que nous pouvons trouver une voie pour en sortir tous ensemble. Je le veux pour la France parce que c’est notre vocation au travers de l’Histoire d’ouvrir ainsi des chemins jamais explorés pour nous-mêmes et pour le monde.

Je le veux pour nous tous Français parce qu’un peuple qui se divise à ce point, qui ne respecte plus ses lois et l’amitié qui doit l’unir est un peuple qui court à sa perte.

Je le veux aussi parce que c’est en pressentant cette crise que je me suis présenté à votre suffrage pour réconcilier et entraîner et que je n’ai pas oublié cet engagement et cette nécessité.

C’est d’abord l’état d’urgence économique et sociale que je veux décréter aujourd’hui. Nous voulons bâtir une France du mérite, du travail, une France où nos enfants vivront mieux que nous. Cela ne peut se faire que par une meilleure école, des universités, de l’apprentissage et des formations qui apprennent aux plus jeunes et aux moins jeunes ce qu’il faut pour vivre libre et travailler. 

L’investissement dans la Nation, dans l’école et la formation est inédit et je le confirme.

Nous voulons une France où l’on peut vivre dignement de son travail ? Sur ce point, nous sommes allés trop lentement. Je veux intervenir vite et concrètement sur ce sujet. Je demande au gouvernement et au Parlement de faire le nécessaire afin qu’on puisse vivre mieux de son travail dès le début de l’année prochaine. Le salaire d’un travailleur au SMIC augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euros de plus pour l’employeur.

Je veux renouer avec une idée juste : que le surcroît de travail accepté constitue un surcroît de revenu ;  les heures supplémentaires seront versées sans impôts ni charges dès 2019. Et je veux qu’une vraie amélioration soit tout de suite perceptible ; c’est pourquoi je demanderai à tous les employeurs qui le peuvent, de verser une prime de fin d’année à leurs employés et cette prime n’aura à acquitter ni impôt ni charge.

Les retraités constituent une partie précieuse de notre Nation. Pour ceux qui touchent moins de 2.000 euros par mois, nous annulerons en 2019 la hausse de CSG subie cette année ; l’effort qui leur a été demandé, était trop important et il n’était pas juste. Dès demain, le Premier ministre présentera l’ensemble de ces décisions aux parlementaires.

Mais nous ne devons pas nous arrêter là. J’ai besoin que nos grandes entreprises, nos concitoyens les plus fortunés, aident la Nation à réussir ; je les réunirai et prendrai des décisions en ce sens dès cette semaine. Je sais que certains voudraient dans ce contexte que je revienne sur la réforme de l’impôt sur la fortune mais pendant près de 40 ans, il a existé ; vivions-nous mieux durant cette période ? Les plus riches partaient et notre pays s’affaiblissait. Conformément aux engagements pris devant vous, cet impôt a été supprimé pour ceux qui investissent dans notre économie et donc aident à créer des emplois ; et il a été maintenu au contraire pour ceux qui ont une fortune immobilière.

Revenir en arrière nous affaiblirait alors même que nous sommes en train de recréer des emplois dans tous les secteurs. Cependant, le gouvernement et le Parlement devront aller plus loin pour mettre fin aux avantages indus et aux évasions fiscales. Le dirigeant d’une entreprise française doit payer ses impôts en France et les grandes entreprises qui y font des profits doivent y payer l’impôt, c’est la simple justice.

Vous le voyez, nous répondrons à l’urgence économique et sociale par des mesures fortes, par des baisses d’impôts plus rapides, par une meilleure maîtrise des dépenses plutôt que par des reculs. 

J’entends que le gouvernement poursuive l’ambition des transformations de notre pays que le peuple a choisie il y a maintenant 18 mois ; nous avons devant nous à conduire une réforme profonde de l’Etat, de l’indemnisation du chômage et des retraites. Elles sont indispensables. Nous voulons des règles plus justes, plus simples, plus claires et qui récompensent ceux qui travaillent.

Mais aujourd’hui, c’est aussi avec notre projet collectif que nous devons renouer. Pour la France et pour l’Europe. C’est pourquoi le débat national annoncé doit être beaucoup plus large. Pour cela, nous devons avant toute chose, assumer tous ensemble tous nos devoirs. Le devoir de produire pour pouvoir redistribuer, le devoir d’apprendre pour être un citoyen libre, le devoir de changer pour tenir compte de l’urgence de notre dette climatique et budgétaire.

Pour réussir, nous devons nous rassembler et aborder ensemble toutes les questions essentielles à la Nation. Je veux que soient posées les questions qui touchent à la représentation ; la possibilité de voir les courants d’opinion mieux entendus dans leur diversité, une loi électorale plus juste, la prise en compte du vote blanc et même que soient admis à participer au débat des citoyens n’appartenant pas à des partis. Je veux que soit posée la question de l’équilibre de notre fiscalité pour qu’elle permette à la fois la justice et l’efficacité du pays. Je veux que soit posée la question de notre quotidien pour faire face aux changements climatiques : se loger, se déplacer, se chauffer. Et les bonnes solutions émergeront aussi du terrain. 

Je veux que soit posée la question de l’organisation de l’Etat, de la manière dont il est gouverné et administré depuis Paris, sans doute trop centralisé depuis des décennies. Et la question du service public dans tous nos territoires. 

Je veux aussi que nous mettions d’accord la Nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter.

Ces changements de fond qui demandent une réflexion profonde et partagée, imposent un débat sans précédent. Il devra se dérouler au niveau national dans nos institutions, chacun y aura sa part : gouvernement, assemblées, partenaires sociaux et associatifs ; vous y aurez votre part. Je veux en assurer moi-même la coordination, en recevoir les avis, prendre ainsi le pouls vivant de notre pays.

Mais un tel débat n’est pas seulement affaire de représentants institutionnels ; il doit se dérouler aussi partout sur le terrain et il est des interlocuteurs naturels, des citoyens qui doivent en recevoir les demandes et s’en faire les relais : ce sont les maires ; ils portent la République sur le terrain. C’est pourquoi je rencontrerai moi-même les maires de France, région par région, pour bâtir le socle de notre nouveau contrat pour la Nation.

Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies, comme trop souvent par le passé dans des crises semblables, sans que rien n’ait été vraiment compris et sans que rien n’ait changé. Nous sommes à un moment historique pour notre pays : par le dialogue, le respect, l’engagement, nous réussirons.

Nous sommes à la tâche et je reviendrai m’exprimer devant vous pour vous rendre compte.

Mon seul souci, c’est vous ; mon seul combat, c’est pour vous. 

Notre seule bataille, c’est pour la France.

Vive la République, vive la France. »

Comparer la femme à la jument : les gynécologues-obstétriciens rattrapés au tournant

Bonjour

Voilà bien un édifiant signe de notre temps. Strasbourg, 42e Journées du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Douce Alsace, tendres Journées. Qui, alors, prend garde à cette slide ?

«  Les femmes, c’est comme les juments, celles qui ont de grosses hanches ne sont pas les plus agréables à monter, mais c’est celles (sic) qui mettent bas le plus facilement  ».

Embrasement immédiat des « réseaux sociaux » : #jenesuispasunejument

Et bientôt les explications-excuses-mea culpa du Pr Israël Nisand, médiatique président du CNGOF. «  C’était totalement inapproprié, déplacé et j’ai éprouvé le besoin de présenter mes excuses au nom du Collège des gynécologues  » vient-il d’expliquer à l’AFP.

La slide faisait partie de la communication «  d’un jeune agrégé » ; une communication « parmi une dizaine de présentations sur les recommandations pratiques pour la protection du périnée au cours de l’accouchement  ». «  Pour ce jeune agrégé, il s’agissait de montrer comment on s’occupait des femmes au Moyen Âge et combien cela a changé aujourd’hui, ajoute le Pr Nisand. C’était à tout le moins maladroit. Il a tout de suite compris qu’il avait fait une grosse bêtise et il en est très malheureux.  »

Hashtag et Limousin

Dont acte. Reste l’embrasement. La slide a été projetée devant 1 200 congressistes : naissance immédiate du hashtag #jenesuispasunejument. Que dire de plus ? Que dire de mieux ? Que la phrase honnie est tirée de l’ouvrage Le Seigneur de Châlus d’Yves Aubard (2012),  un roman historique qui se passe au Moyen Âge « entre 967 et 969 ».

« Premier tome de ‘’La Saga des limousins’’, ’’Le Seigneur de Châlus’’ débute à la fin du Xème  siècle. Durant cette période, quatre souverains se succèdent à la tête du royaume de France occidentale. L’aventure commence avec Lou, enfant trouvé qui grandit à la forge de Tristan, son père adoptif. Au fil des ans, on le voit grandir, se marier et effectuer son ascension sociale.

« Suite au miracle des Ardents à Limoges et à l’ostention de la relique de Saint Martial, la guerre éclate entre Limousins et Périgourdins. Lou se retrouve alors au premier rang de ce conflit au côté de son suzerain. Yves Aubard base son récit sur des faits réels et propose une véritable fresque historique dans la lignée de Maurice Druon. »

Notre temps n’est plus vraiment au miracle des Ardents. Ni à l’ostention de la relique de Saint Martial. C’est un temps chaque jour un plus impatient, un peu plus violent, méchant, ardent. Jusqu’à quand ?

A demain

@jynau

 

Homéopathie, politique et remboursement : qui se moque de qui et jusqu’à quand ?

Bonjour

Ainsi donc Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a chargé la Haute Autorité de santé (HAS) d’évaluer le « bien-fondé du remboursement de l’homéopathie ». Ainsi donc la polémique a repris de plus belle entre les farouches pros et les définitifs antis. Pomme de discorde : le remboursement (partiel) des dilutions « infinies » par l’Assurance maladie.

Et puis, au moment où émerge un étonnant appel médiatisé de cent trente-et-un Académiciens anti-homéopathie voici un nouveau recul d’un pouvoir exécutif que l’on dit en cours de dilution. Où l’on apprend que la même HAS fait savoir qu’elle ne rendra pas son « avis » (consultatif) en février 2019, comme promis. Plus vraisemblablement au printemps. Peut-être vers l’été. Voire, qui sait, en automne. Et rien ne permet d’exclure 2020. Non pas une reculade assure la HAS mais bien en raison  « du travail d’évaluation à accomplir ».

Ce serait, nous confie la HAS, « un travail immense d’évaluer l’homéopathie et son maintien au remboursement. » Une « immensité » ? Tout n’a-t-il pas a été dit, écrit et publié sur le sujet ? C’est qu’il s’agit ici, pour la HAS, d’évaluer avec « la plus grande rigueur » et ce dans un immense esprit « d’ouverture » – « pour ne pas passer à côté d’éléments qu’on pourrait lui reprocher ». Et la HAS de souligner qu’il existait plus de 1 000 souches de granules – et autant d’opérations de soupèsement sur d’étranges trébuchets, transparents et ouverts à tous les vents.

Nous venons de résumer tout ceci. En omettant un détail – dans un dossier il est vrai chaque jour plus épais. Un détail daté de juillet dernier et imprimé sur la mémoire de ce blog : «  Remboursement de l’homéopathie : sérieux avertissement à Agnès Buzyn et au gouvernement ». Où nous citions un titre sans précédent  : « La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ».

Avertissement

C’était un avertissement on ne peut plus parlant de la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS) : une instance scientifique composée de médecins, pharmaciens, spécialistes en méthodologie et épidémiologie. Elle évalue les médicaments ayant obtenu leur autorisation de mise sur le marché (AMM), lorsque le laboratoire qui les commercialise souhaite les voir remboursés par la Sécurité sociale. Cette Commission a aussi pour mission de donner un avis aux ministres chargés de la Santé et de la Sécurité sociale sur la prise en charge des médicaments par la Sécurité sociale et /ou pour leur utilisation à l’hôpital.

Cette Commission avait alors dû réaliser l’évaluation de l’efficacité de quatre spécialités homéopathiques en vue de maintenir leur remboursement, procédure automatique programmée tous les cinq ans. Ces substances sont actuellement sur le marché sans indication thérapeutique ni posologie – charge revient aux prescripteurs de les déterminer en fonction de leurs patients.

Or, coup de théâtre, la Commission de la transparence affirmait d’entrée « ne pas pouvoir se prononcer sur le ‘’service médical rendu’’ par ces spécialités ».

Comment dès lors expliquer que le remboursement de ces produits soit toujours en vigueur alors que leur « Service Médical Rendu » n’a jamais été évalué ? Comment justifier cette situation alors que l’Académie de médecine comme les Académies des sciences européennes avaient, depuis longtemps, tranché la question scientifique : en l’absence de toute substance active détectable, les spécialités homéopathiques ne peuvent, en toute rigueur, avoir d’action propre.

« C’est là une exception française, rapportions-nous. Une exception qui date de trente-quatre ans : la publication au Journal Officiel d’un arrêté daté du 12 septembre 1984 signé par Georgina Dufoix, alors la ministre des Affaires sociales et de la solidarité nationale du gouvernement de Laurent Fabius.

Trente-quatre ans plus tard l’abcès tricolore reste entier. Depuis le dernier printemps Agnès Buzyn s’est plusieurs fois exprimée, la ministre des Solidarités et de la Santé variant notablement de position sur le sujet. Avant de déclarer  le 24 mai sur France Inter qu’elle envisageait de conditionner le remboursement de l’homéopathie à une évaluation scientifique stricte, ajoutant par ailleurs que le débat sur le déremboursement serait ouvert durant l’été.

C’était en mai. Puis vint la sortie symptomatique, en juillet, de la HAS. Puis nous voici en hiver. Celui des Gilets Jaunes.

A demain

 

 

Gilets Jaunes: la France aura-t-elle un nouveau «contrat social» providentiel pour Noël ?

Bonjour

On peut considérer Brune Poirson, 38 ans, comme un poisson pilote dans le grand océan politico-médiatique national. Ainsi la secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire vient-elle de parler de « contrat social ». Elle l’a fait en écho des propos de Jean-Yves Le Drian, 71 ans, ancien socialiste  aujourd’hui ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Et – qui sait ? – prochain Premier ministre.

Pour l’heure, face aux Gilets Jaunes, le ministre Jean-Yves Le Drian, comme tous ses collègues du gouvernement, est inquiet. Très inquiet « pour la démocratie et les institutions françaises ».  Il l’a amplement dit au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI. :

« Je suis ministre des Affaires étrangères, je voyage partout dans le monde et je sais, pour le constater dans certains pays, combien la démocratie est fragile; elle peut être aussi fragile chez nous et donc j’appelle au ressaisissement, par le dialogue, parce que c’est notre manière d’être. Quand j’entends un certain nombre de déclarations, je suis inquiet.

« Lisez l’ensemble des déclarations y compris d’un certain nombre d’acteurs majeurs de la France Insoumise (…) J’entends dire ‘’l’insurrection est là, l’insurrection est en marche’’: c’est pas la République ça, à ma connaissance« .  « Quand j’entends des propos tenus sur le rond-point des Champs-Elysées comme quoi Macron finirait comme Kennedy, je dis qu’il y a des risques pour la RépubliqueC’est insupportable qu’un élu reçoive une balle dans une enveloppe, ce sont des méthodes de mafia, il faut qu’on les condamne collectivement.

« Le danger c’est la mise en cause de nos propres institutions, de notre vivre ensemble (…) Le président de la République doit fixer maintenant le grand cap de ce mouvement pour aller vers le nouveau contrat social indispensable »

Elément de langage

Et peu après heures plus tard, Brune Poirson, de faire de ce concept historique 1 un nouvel « élément de langage ».

« Cela ne doit pas être un débat d’entourloupes, de leurres, mais de propositions qui puissent ensuite être remontées, regroupées pour faire en sorte que l’on marche vers un nouvel Etat providence, un nouveau contrat social dans le pays, a encore expliqué Jean-Yves Le Drian. On ne réforme par un pays uniquement par le haut (…) Je pense que l’heure des territoires est arrivé. Je pense que l’on ne prend pas suffisamment en compte l’impact social et politique des mesures que nous sommes amenés à prendre. »

Autant de mots qui, dans la bouche d’un poids lourd de la Macronie, sonne comme un désaveu de la majorité à laquelle il avait fait le choix d’adhérer et qu’il avait aidé à constituer.  Comment comprendre ? Jean-Yves Le Drian s’est refusé à toute conjecture sur l’avenir politique du Premier ministre Edouard Philippe.

La Bretagne, après Le Havre,  à Matignon ? « Ce n’est pas mon sujet, dit aujourd’hui cet enfant de Lorient.  Je suis ministre des Affaires étrangères. J’ai beaucoup de travail dans un monde très compliqué où il y a des tensions majeures. Je remplis ma tâche avec beaucoup de plaisir. » Pour un peu on en douterait.

A demain

@jyau

1 « Du contrat social » : « Le contrat social ou Principes du droit politique » est un ouvrage de philosophie politique de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762. Cette œuvre « a constitué un tournant décisif pour la modernité et s’est imposée comme un des textes majeurs de la philosophie politique, en affirmant le principe de souveraineté du peuple fondé sur  les notions de liberté, d’égalité, et de volonté générale. » On connaît la suite.

 

Demain, grâce aux «corps intermédiaires», Macron va retrouver le cœur des Français

Bonjour

Tous l’exhortaient, c’est fait. Au lendemain de l’acte IV des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron s’adressera à la Nation. Ce sera le lundi 10 décembre à 20 heures. L’Elysée n’a pas donné dans l’immédiat de précisions, mais chacun sait que le président est sommé de toutes parts d’apporter une « réponse politique forte » pour « faire retomber la fièvre » qui parcourt le pays.

Et d’ici là ? Du concentré de symbolique. Le président de la République recevra « l’ensemble des forces politiques, territoriales, économiques et sociales ». L’heure est plus que grave. Il recevra Gérard Larcher, président du Sénat, Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, Patrick Bernasconi, président du Conseil économique, social et environnemental – mais aussi les présidents des associations d’élus, les responsables confédéraux des syndicats représentatifs (CGT, CFDT, FO, CFE-CGE et CFTC), ainsi que trois organisations patronales (Medef, CPME et U2P).

Que sait-on ? Qu’Emmanuel Macron annoncera des « mesures concrètes » et « immédiates ». Sans pour autant  annoncer de « coup de pouce » supplémentaire au Smic, au-delà de la hausse de 1,8 % attendue en janvier. Mais encore ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, devenue fidèle parmi les fidèles, a pour sa part assuré qu’Emmanuel Macron allait « vouloir tester un certain nombre d’hypothèses » avec ces « corps intermédiaires » qu’il ignorait ostensiblement jusqu’à présent.

« Très, très bien » (Agnès Buzyn)

« Je trouve ça très, très bien, avant de faire des annonces, qu’il échange avec les corps intermédiaires qui représentent la nation. Et je pense que c’est important de rappeler le fait que les corps intermédiaires sont indispensables », a déclaré la ministre sur le plateau de LCI. En écho, nouveau mea culpa de Benjamin Griveaux porte-parole du gouvernement :

« Nous avons sous-estimé le besoin de nos concitoyens de prendre la parole, de dire les difficultés qui sont les leurs et d’être associés à la construction des solutions (…) [Le président] saura retrouver le chemin du cœur des Français ».

Comme un parfum de fin du Nouveau Monde politique et la résurgence, étrange, des deux corps du RoiPatrick Boucheron :

« Parce qu’il est naturellement un homme mortel, le roi souffre, doute, se trompe parfois : il n’est ni infaillible, ni intouchable, et en aucune manière l’ombre de Dieu sur Terre comme le souverain peut l’être en régime théocratique. Mais dans ce corps mortel du roi vient se loger le corps immortel du royaume que le roi transmet à son successeur. »

A demain

@jynau

Gilets Jaunes et Emmanuel Macron : combien devront-ils, demain, donner au Téléthon ?

Bonjour

La manne se tarit et la courbe chute : 80,3 millions en 2016-Garou, 75,6 millions en 2017-Zazie, 69,3 millions d’euros de promesses de dons pour l’édition 2018-Pascal Obispo qui vient de s’achever.  Une édition placée sous le thème de la « guérison »  mais organisée dans un « contexte perturbé » notamment par les Gilets Jaunes. Laurence Tiennot-Herment, présidente de l’AFM-Téléthon  parle aussi politique « d’un climat et d’un contexte social que l’on connaît, qui englobe une pression fiscale sur certains de nos donateurs, notamment des retraités impactés par la hausse de la CSG ».

 « Le paradoxe, c’est qu’en cette année 2018, on a pu vraiment montrer des avancées exceptionnelles obtenues grâce à la générosité publique », a-t-elle ajouté – rappelant que l’on pouvait continuer pendant une semaine à faire des dons par téléphone (3637) et sur telethon.fr« On aurait aimé battre des records », mais « il y a des années plus difficiles que d’autres », a résumé à la fin de l’émission Sophie Davant, coprésentatrice historique du Téléthon (depuis 1997).

Baptisée « Vaincre la maladie », l’édition 2018 a témoigné des premiers succès de la thérapie génique pour guérir certaines maladies génétiques rares « du sang, du foie et du système immunitaire » – avec, comme toujours,  des témoignages de familles et de chercheurs.

Le mur de l’impossible

« France 2 a notamment diffusé des images émouvantes de l’évolution après traitement d’un bébé atteint d’une maladie rare des muscles, la myopathie myotubulaire  rapporte l’AFP. Cette anomalie génétique entraîne une faiblesse musculaire extrême et une insuffisance respiratoire sévère. Mais douze semaines après avoir reçu une injection lui apportant un gène sain, dans le cadre d’un essai clinique de la société Audentes Therapeutics, le bébé tient assis seul et attrape des objets. »

Parmi les « défis » proposés, l’AFM-Téléthon avait invité les Français à organiser une « soirée crêpes » avec amis, voisins ou collègues, puis à indiquer sur un site dédié le nombre de galettes consommées et à verser un euro pour chacune d’entre elles …  Une cinquantaine de « YouTubeurs » et de joueurs célèbres de jeux vidéo se sont aussi lancés pour la deuxième année dans un « Téléthon gaming » diffusé sur la plateforme Twitch.

Mais des animations et autres « défis » (prévus à Paris, Bordeaux ou Rouen) ont été annulés en prévision des violences tenues pour inhérentes l’acte IV des Gilets Jaunes. Par précaution, le plateau de France Télévisions, prévu à l’origine sous deux grandes bulles transparentes place de la Concorde avait été rapatrié en studio.

Pour autant la très grande majorité des 20 000 points d’animation prévus pour récolter des dons a cependant été maintenue, avec 250 000 bénévoles mobilisés dans tout le pays selon l’AFM-Téléthon. Le temps n’est plus où, de 2003 à 2008, on dépassait systématiquement les 95 millions d’euros de promesses de dons.  Le modèle de la fête-quête s’use-t-il ? La générosité s’épuise-t-elle ? La parole devient-elle inaudible ? Le transhumanisme prend-il la place de la correction de la pathologie génétique ?

Laurence Tiennot-Herment l’affirme :  « On est à un tournant historique du Téléthon, on a fait tomber un mur de l’impossible ». Que découvrira-t-on derrière ?

A demain

 

Attention : les polémiques sur l’homéopathie vont prendre de nouvelles dimensions

Bonjour

Gilets Jaunes et homéopathie déremboursée : le pouvoir peut-il entendre ce qui lui est inaudible ? Pour l’heure, convergence des tensions : pendant la crise violente des Gilets Jaunes on entend les colères récurrentes nourries par l’homéopathie, sa raison d’être, ses égarements, son remboursement.

Au moment où émerge un étonnant appel médiatisé de cent trente-et-un Académiciens anti-homéopathie voici un nouveau recul du politique. Où l’on apprend que la Haute Autorité de santé (HAS), chargée par la ministre Agnès Buzyn d’évaluer le « bien-fondé du remboursement de l’homéopathie, fait savoir qu’elle ne rendra pas son « avis » (consultatif) en février, comme annoncé. Ce sera plus vraisemblablement au printemps. Peut-être vers l’été. Voire, qui sait, en automne. Non pas une reculade assure la HAS mais bien en raison  du travail d’évaluation à accomplir.

« Nous faisons au mieux pour aboutir au plus près du délai affiché dans la saisine de la ministre. Nous tablons sur le printemps », confie la HAS – confirmant ainsi une information de L’Express ». C’est un travail immense d’évaluer l’homéopathie et son maintien au remboursement. » Une « immensité » alors même que tout a été dit, écrit et publié sur le sujet ? Assurément répond la HAS. Du moins dès lors que l’on entend évaluer avec « la plus grande rigueur » et ce dans un immense esprit « d’ouverture » – « pour ne pas passer à côté d’éléments qu’on pourrait lui reprocher ». Et la HAS de souligner qu’il existait plus de 1 000 souches de granules – et autant d’opérations de soupèsement sur d’étranges trébuchets.

Excommunications croisées

Résumons : la HAS a d’ores et déjà effectué une revue de la littérature scientifique internationale (études scientifiques, avis de sociétés savantes, recommandations d’autorités sanitaires d’autres pays, etc.). Mieux : elle  s’apprête à lancer « dans les jours qui viennent » un appel à contribution pour recueillir les arguments de toutes les parties prenantes. Où l’on entend déjà les mouvements de troupes, les tambours et les fifres, la rédaction des cahiers de doléances, les excommunications croisées, les accusations mille fois proférées de scientisme et d’obscurantisme.

Et après ? Le budget 2019 de la Sécurité sociale, adopté définitivement lundi 3 décembre par le Parlement, prévoit dans son article 42 que « les règles de prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques (…) sont définies par décret en Conseil d’État ». Ce décret précisera « notamment la procédure et les modalités d’évaluation ou de réévaluation de ces médicaments ». Un travail qui incombera à la HAS et un décret dont nul ne sait s’il sera, un jour, publié.

A demain

@jynau