A Paris, du néo-cannabis dans les cigarettes électroniques ! Mais que fait la police ?

Bonjour

Ce matin, il faut lire Le Parisien (Elsa Mari) : « une mode nouvelle fait fureur. Du e-liquide qui contient du CBD, une des molécules du cannabis, est disponible sur le Net et dans les boutiques de cigarettes électroniques. Au grand dam de médecins ».

Où l’on retrouve le CBD, ou cannabidiol, cannabinoïde présent dans le cannabis ; une molécule complexe nourrissant bien des rumeurs plus ou moins urbaines. Il est présent dans quelques médicaments dont le célèbre Sativex. Où l’on se retrouve, aussi trois années en arrière ; décembre 2014, lors de l’annonce du premier e-joint au CBD, lancé sur Internet sous le nom de Kanavape. Ce qui avait suscité l’ire de Marisol Touraine alors ministre de la Santé : « Cannabis : Marisol Touraine veut interdire une cigarette électronique qui n’en contient pas ».

«Je suis opposée à ce qu’un tel produit puisse être commercialisé en France» parce que «cela constitue une incitation à la consommation de cannabis», qui est «potentiellement répréhensible par la loi», avait expliqué  expliqué  sur RTL. Puis l’émotion étaite retombée ; et on avait oublié.

Que va faire Agnès Buzyn ?

Aujourd’hui c’est Agnès Buzyn qui, avec le papier du Parisien, se retrouve confrontée au même sujet :

« Le cannabidiol dont on connaît encore mal les effets sur la santé, cartonne sous forme d’e-liquide. Une fois extrait du cannabis, il est ajouté à certains mélanges aromatisés, carburants de la cigarette électronique. Mais est-il facile de s’en procurer ? Tout à fait. En quarante-huit heures, nous avons pu commander et nous faire livrer ce produit, interdit mais qui bénéficie d’un flou juridique. »

« Son succès se murmure sur les forums. Dans leurs discussions, des dizaines d’internautes n’hésitent pas à vanter les trois lettres CBD : ‘’Je me vois plus zen, mes angoisses se dissipent’’, se réjouit Cbdlife. ‘’J’en utilise depuis trois mois et le fais découvrir à beaucoup de monde autour de moi’’, poursuit-il, alors que d’autres apprécient son petit goût ‘’végétal’’ aux effets positifs sur l’humeur.

« On part à sa recherche, en quelques clics, sur Internet. Première surprise, un site de grande distribution très connu n’hésite pas à vendre ce produit dans… ses coups de coeur. Les sites de vapotage, eux, ont même une rubrique dédiée e-liquide CBD. Des petites fioles estampillées « nouveauté » apparaissent les unes à côté des autres. Seules restrictions affichées : les femmes enceintes et les moins de 18 ans (…) Je sélectionne deux fioles de 30 mg, pour un total de 31,74 €, alors que le prix d’achat d’un e-liquide classique coûte environ 6 €. Je paye. Et l’affaire est pliée (…) Les sites en ligne n’ont pas le monopole du marché. Dans les magasins de cigarettes électroniques, cette tendance prend aussi de l’ampleur. »

Grand bazar

Selon Le Parisien, même les bureaux de tabac de la capitale ont flairé la belle affaire – et le site des buralistes de réagir qui rêve déjà d’un « monopole d’État sur la vente de l’e-cigarette » comme en Italie. In fine Le Parisien n’a pas résisté : il est allé interroger le « très médiatique » professeur Bertrand Dautzenberg.« C’est le bazar dit ce dernier. D’un côté, l’ANSM parle d’interdiction du CBD, de l’autre, le gouvernement reste vague. Et les addictologues sont dans un flou total sur son statut. Sa consommation était complètement marginale, ultraconfidentielle. Elle est en train de devenir massive. Certains l’utilisent comme substitut au joint, d’autres à la nicotine et certains malades chroniques ou angoissés contre le stress. Il faut une réglementation claire, personne ne s’y retrouve. »

Contactée par le quotidien, la Direction générale de la santé botte en touche : « Nos services sont en train d’expertiser ce sujet ». En décembre 2014 Marisol Touraine avait assuré qu’elle « avait demandé à ses services d’étudier de façon très précise la situation de ce produit», précisant qu’elle avait «l’intention de saisir le juge» pour interdire sa commercialisation ». Tout, semble-t-il reste à faire.

A demain

 

Soixante gendarmes et policiers se sont suicidés depuis le début de cette année. Et demain ?

Bonjour

13 novembre, deux ans plus tard. Commémorations et hommages rendus aux victimes des « attentats de Paris ». Et l’émergence de l’étrange. Ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, estimait hier, dans un entretien au Journal du Dimanche que, face au terrorisme, la France est « mieux armée qu’il y a deux ans ».

Rappelant qu’après les attaques de Toulouse, de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, celles du 13-Novembre à « premier flic de France » affirme que les « services » sont désormais plus aptes à détecter les menaces. « Ils le font chaque semaine à bas bruit » dit-il haut et fort – ajoutant que la menace contre la France « reste très élevée ».  Selon le ministre, une trentaine d’attaques ont été déjouées depuis la mise en place de l’état d’urgence instauré dans la foulée des attentats djihadistes, les plus meurtriers jamais commis en France.

Et c’est le même ministre qui, le même jour, publie un communiqué de presse particulièrement inquiétant.

« Au cours de la semaine qui s’achève, cinq fonctionnaires de police et un militaire de la gendarmerie nationale ont volontairement mis fin à leurs jours. Ces suicides portent à 44 le nombre de policiers et à 16 le nombre de gendarmes qui se sont donné la mort depuis le début de l’année 2017. »

Remercié sans promotion

Ce communiqué a été diffusé quelques minutes après l’annonce du suicide du commissaire Antoine Boutonnet, figure de la lutte contre le hooliganisme. Son corps venait d’être retrouvé dans les locaux de la Direction générale de la gendarmerie nationale. Il était affecté depuis mars dernier à la sous-direction de l’anticipation opérationnelle (SDAO). Depuis 2009 le commissaire Boutonnet avait dirigé avec succès la division chargée de lutter contre les violences dans les stades. Huit ans plus tard il avait été remercié sans promotion particulière. Selon des proches, il supportait mal sa mutation.

Ces chiffres de suicides sont d’autant plus marquants que le même ministre souligne que « depuis plusieurs années, la prévention des risques psycho-sociaux est une priorité du ministère de l’intérieur » ; et que ce ministère « a récemment renforcé ses dispositifs de détection et de prise en charge (recrutement de psychologues, redynamisation des cellules de veille, déploiement de réseaux de référents, formation des cadres, etc.). »

Que faire ? Gérard Collomb, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur a exprimé sa « vive émotion » et demandé aux directeurs généraux de la police nationale, de la gendarmerie nationale et de la sécurité intérieure de lui présenter une évaluation des mesures mises en œuvre pour prévenir les suicides parmi les forces de l’ordre. « Il réunira rapidement les représentants des policiers et gendarmes pour évoquer les dispositifs de prévention existants et les moyens d’en renforcer encore l’efficacité ».

Taux anormalement élevés

L’actuel ministre de l’Intérieur se souvient peut-être que l’un de ses prédécesseurs (Bernard Cazeneuve) avait récemment été confronté au même phénomène. Il y a précisément trois ans, fin octobre 2014, on comptait quarante-trois cas de suicides dans la police depuis le début de l’année.

« A ce rythme, le  »record » de 1996 – soixante-dix suicides de policiers contre cinquante par an en moyenne – pourrait être égalé. Un chiffre noir » soulignait alors une dépêche de l’Agence France Presse. Fin septembre, le ministre de l’Intérieur avait aussi recensé, dans un discours aux forces de l’ordre, dix-sept suicides parmi les militaires de la gendarmerie qui n’est pas épargnée par le phénomène. » Le Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI) – majoritaire chez les officiers de police, estimait que le taux de suicide constaté dans la police restait « anormalement élevé »: 36 pour 100.000 contre 20-22 pour 100.000 pour le reste de la population.

Début 2015 Bernard Cazeneuve avait lancé un plan ministériel comportant vingt-trois mesures pour prévenir au mieux ce phénomène. Au vu des derniers chiffres force est de constater que l’entreprise a échoué. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle observée dans le monde hospitalier.

A demain

 

Vaccins « mortels » : l’Académie de médecine va-t-elle oser sermonner le Pr Montagnier ?

 

Bonjour

L’abcès grossit et la dérive est qualifiée de «pathétique». Au lendemain de la prestation théâtrale anti-vaccinale du Pr Luc Montagnier une voix officielle s’est élevée : le Pr Marc Gentilini, membre de l’Académie de médecine cité par Le Quotidien du Médecin. L’ancien patron charismatique du service des maladies infectieuses de La Pitié Salpêtrière connaît bien le Pr Montagnier : c’est dans son service que fut prélevé le ganglion d’un patient à partir duquel le Pr Luc Montagnier et son équipe purent isoler le virus de cette maladie qui ne s’appelait pas encore le sida. Nous étions alors en 1983. En 2008 le Pr Montagnier était nobélisé. Il n’a, depuis, cessé d’élargir le champ de ses interventions sans craindre de rompre avec le socle du rationnel. Marc Gentilini :

« Qu’un Prix Nobel de médecine, pasteurien de surcroît, tienne des propos volontairement ambigus et alarmistes sur la vaccination, sujet qui sort de son domaine, est inacceptable. C’est une dérive pathétique (…)  Le Prix Nobel lui a été décerné pour un fait précis, l’isolement du virus du sida dans un ganglion qu’on lui a apporté. Cela lui permet de parler du VIH, mais ce Prix Nobel ne l’autorise pas à dire n’importe quoi sur n’importe quel sujet. »

On sait que Luc Montagnier entend « alerter sur la mort subite du nourrisson ». « C’est quelque chose d’épouvantable, la cause est inconnue, mais il existe des faits scientifiques, montrant qu’un grand nombre de ces morts intervient après une vaccination affirme-t-il. On ne peut pas démontrer une causalité, mais il y a une relation temporelle. »

Savoir être sérieux

Le Pr Montagnier évoque aussi une « corrélation temporelle » entre vaccination contre hépatite B et sclérose en plaque. Il va jusqu’à remettre en cause le bien-fondé du retrait du Lancet  des travaux plus que controversés du britannique Andrew Wakefield sur le vaccin ROR et l’autisme. Marc Gentilini :

« Soyons sérieux, M. Montagnier un lien temporel sans relation de cause à effet établie, n’est pas un argument scientifique. Vous n’avez pas le droit avec le titre que vous portez, d’affoler impunément de jeunes parents dans un domaine dans lequel vous êtes incompétent ! (…) Les tréteaux du théâtre des Mathurins ne sont pas l’endroit idéal pour produire des arguments scientifiques. Des instances existent en France et dans le monde pour les exposer et en discuter (…) Je souhaite que l’Académie de médecine rappelle à l’ordre le Pr Montagnier, membre titulaire depuis 1989 dont les propos contredisent les prises de position et les messages qu’elle a toujours émis en faveur de la vaccination pour défendre et promouvoir la santé publique» 

«Dérive pathétique» ? Que va faire, dans sa sagesse, l’Académie nationale de médecine ? 1 Et que va faire Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé qui vient d’instaurer une obligation vaccinale aujourd’hui radicalement dénoncée, sans aucune preuve scientifique, par un prix Nobel de médecine ?

A demain

1 Scoop : on annonce une « réaction officielle » mardi 14 novembre réaction exprimée conjointement avec l’Académie de pharmacie à l’occasion de leur séance commune.

Subsys® (fentanyl en spray) : le trop beau succès financier d’un dealer pharmaceutique

Bonjour

« Ils ne valent pas mieux que des dealers de rue ». Formule lapidaire, citée dans Le Monde (Chloé Hecketsweiler), un agent du FBI membre de l’enquête ayant conduit aux accusations contre John Kapoor, cofondateur du laboratoire pharmaceutique Insys. Une belle affaire, avec vices et sans vertus, qui s’inscrit dans le cadre général de la dépendance massive aux opiacés dont les Etats-Unis, grande victime, commencent à prendre publiquement conscience.

La grande trouvaille de la firme Insys Therapeutics c’était Subsys®, son spray au fentanyl dont la publicité était plus que parfaite : « The First and Only Sublingual Spray for Breakthrough Cancer Pain ». Les souffrances les plus rebelles évaporées en cinq minutes.

L’histoire, édifiante, du fentanyl reste à écrire. Elle dira comment cet  analgésique opioïde, synthétisé il y a plus d’un demi-siècle, près de cent fois plus puissant que la morphine, est progressivement sorti de ses indications médicales; comment il a commencé à tuer faute de soigner. Le phénomène a pris une ampleur d’une particulière gravité en Amérique du nord où l’épidémie de l’addiction aux opiacés est devenue une affaire de santé publique de première grandeur (voir la vidéo du New York Times). Une affaire commerciale aussi tant il est vrai que les substances addictives ne sont jamais éloignées des marchands et des marchés.

Corruptions généralisées

« La justice américaine accuse John Kapoor, d’avoir corrompu médecins, pharmaciens et infirmières » raconte Le Monde ; une corruption larga manu pour doper les ventes de son spray sublingual miracle. « Très addictif, il est en principe réservé aux patients atteints d’un cancer dont la douleur n’a pas pu être soulagée avec un autre traitement, ajoute le dernier quotidien vespéral. Mais des professionnels de santé, avec l’aide du laboratoire, sont parvenus à contourner cette restriction pour le prescrire bien plus largement. Des patients à qui il aurait dû être totalement contre-indiqué en ont consommé. Certains sont morts d’une overdose, comme l’a révélé un rapport de la sénatrice démocrate du Missouri, Claire McCaskill. »

Insys a été l’un des premiers acteurs bénéficiaires de cette épidémie. Son Subsys® a été autorisé par la FDA, l’agence de santé américaine, en 2012. Un coût ahurissant (un mois de traitement allant jusqu’à 20 000 dollars)  et un succès massif immédiat : un pic à 330 millions dollars en 2015, avec une marge supérieure à 90 %. Le vent a commencé à tourner en 2016, avec les premières révélations sur les conditions de prescription du Subsys : les ventes ont chuté de 26 % et l’année s’est achevée par une première arrestation, à Boston, de six dirigeants de l’entreprise.

L’enquête menée par les autorités a révélé que la majorité des prescriptions concernaient des personnes qui ne souffraient pas de cancer. Sans parler du reste, air connu. « Pour convaincre les médecins d’inscrire ce médicament sur leurs ordonnances, les employés d’Insys leur versaient des dessous-de-table ou les rémunéraient généreusement pour des interventions dans des conférences, résume Le Monde. Les pharmacies agréées pour distribuer le Subsys étaient elles aussi incitées financièrement à fermer les yeux sur les pratiques douteuses du laboratoire. Derniers maillons de la chaîne, les assureurs étaient délibérément induits en erreur par les commerciaux d’Insys qui leur faisaient croire qu’ils avaient affaire à des patients souffrant de cancer quand il n’en était rien. »

Pavé capitalistique

Et ensuite ? Arrêté à Phoenix et entendu par une cour fédérale, John Kapoor a pu repartir libre moyennant une caution d’un million de dollars. Son passeport a été confisqué. Plusieurs Etats ont engagé des poursuites contre des fabricants de médicaments à base d’opiacés.

« Dans leur ligne de mire, on trouve notamment Purdue Pharmaceutical, qui commercialise l’OxyContin, Endo Pharmaceuticals qui vend le Percocet, et Johnson & Johnson, le producteur du Duragesic, souligne Le Monde. En 2007, Purdue avait mis fin à une première série de poursuites en transigeant avec le département de la justice moyennant une somme de 634 millions de dollars. Insys serait en discussion pour parvenir à un arrangement financier comparable. »

Où l’on voit, in fine, que loin d’être de pauvres dealers de rue, les labos pharmaceutiques tiennent toujours, outre-Atlantique, le haut du pavé capitaliste 1. Avec le soutien, actif ou tacite, des responsables politiques.

A demain

1 « En France, la majorité des problème d’addiction au fentanyl sont majoritairement  observés (2/3) chez des patients traités hors cancer (donc hors AMM) avec ces fentanyls transmuqueux – qui plus est prescrits seuls dans 15% de ces cas, c’est à dire sans forme à libération prolongée » nous a précisé le Pr Nicolas Authier (Observatoire français des médicaments antalgiques;  UMR INSERM 1107, Université Clermont Auvergne, CHU Clermont-Ferrand)

 

Robert Boulin : ministre suicidé ou assassiné ? L’archétype de l’affaire médico-légale sabotée

Bonjour

C’était au temps noir et blanc où Le Monde était imprimé dans les caves parisiennes du 5-7 rue des Italiens. Le 30 octobre 1979 les fidèles lecteurs de la capitales découvraient ces quelques lignes, sous le titre « Un bristol et une petite boîte bleue » :

« C’est dans l’étang de Rompu, l’une des retenues d’eau qui forme les Étangs de Hollande dans la forêt de Rambouillet (Yvelines), qu’a été découvert le corps de Robert Boulin. Il était aux trois quarts immergé. Non loin se trouvait, dans un sentier, sous les bois, la 305 Peugeot bleu métallisé du ministre.

 C’est à 6 heures, mardi 30 octobre, que le groupement de gendarmerie de Versailles a été alerté de la disparition de M. Robert Boulin et chargé de quadriller le secteur des Étangs de Hollande. Cent cinquante hommes ont procédé aux recherches. Le ministre, qui portait un costume bleu sombre, aurait succombé à une forte dose de barbituriques. Les poumons du cadavre étant remplis d’air, la mort par noyade est exclue.

 Pour le colonel Charles Chevallereau, commandant le groupement de gendarmerie des Yvelines, le suicide ne fait aucun doute :  » Le corps du ministre ne portait aucune trace de coups ou de lutte.  » Dans la veste de la victime, les enquêteurs ont retrouvé un bristol sur lequel M. Boulin indiquait où se trouvaient les clefs de sa voiture et, au verso, quelques mots d’affection adressés à sa famille. Dans les poches de la veste, on a également découvert une petite boite bleue ayant vraisemblablement contenu les produits avec lesquels le ministre s’est donné la mort.

La disparition de M. Boulin avait été signalée par sa famille lundi 29 octobre. Le corps a été retrouvé peu après la mort, qui remonte probablement à la nuit de lundi à mardi. Le ministre ne possédait pas de propriété dans la région, mais il venait, semble-t-il, fréquemment y pratiquer l’équitation. »

Médecine légale incapable

Vinrent, dans Le Monde (James Sarazin) et ailleurs, des milliers de papiers, d’accusations, de dénégations-indignations, de rumeurs en cascade, les symptômes récurrents d’une justice aux ordres de l’exécutif, d’une médecine légale incapable de dire la vérité vraie.

Quarante ans, ou presque. 26 octobre 2017, on peut lire ceci, sur un Monde-écran incitant, faute de mieux, à regarder la télévision (France 2) :

« ’Robert Boulin a été tué’Telle est, sans concession, la conclusion dressée par le journaliste Benoît Collombat au terme de l’enquête qu’il a mené pour « Envoyé Spécial » sur cette affaire qui hante les arcanes du pouvoir politique français depuis près de trente-huit ans. Le 30 octobre 1979, Robert Boulin, alors ministre du travail de Valéry Giscard d’Estaing, est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet. « Un assassinat », clame dès le lendemain son ami Jacques Chaban-Delmas à la tribune de l’Assemblée Nationale ; « un suicide », selon le rapport officiel.

Ce sujet, Benoît Collombat, le connaît bien. Il y a consacré plusieurs documentaires. Et il continue de le creuser avec cette nouvelle enquête, extrêmement fouillée et minutieuse dans laquelle il revient sur la thèse officielle du suicide avancée à l’époque par tous les organes officiels de pouvoir. Plus précisément, il reconstruit (ou plutôt déconstruit), pièce par pièce, le puzzle de cette histoire politico-judiciaire complexe, pour mieux établir la thèse inverse. A savoir que Robert Boulin a bel et bien été assassiné. Par qui ? la question, elle, demeure en revanche toujours sans réponse (…)

« Bernard Pons » !

Benoît Collombat entend aussi des témoins précieux, restés silencieux pendant plus de trente ans, à l’image de Bernard Pons, ancien secrétaire général du RPR entre 1979 et 1984, qui s’exprime pour la première fois sur le sujet, à 91 ans. En effet, la plupart des protagonistes de l’époque sont soit décédés, soit dans l’incapacité d’en parler.

Robert Boulin était devenu l’homme à abattre – celui qui en savait trop ? – dans un contexte politique tendu. Passé notamment par les ministères stratégiques du budget et des finances, l’homme était au courant des financements plus ou moins licites des partis politiques. « Envoyé Spécial » revient à ce propos sur les affaires de corruption liées à de gros contrats de la Françafrique sur le nucléaire, l’armement ou encore le pétrole. Robert Boulin devait avoir eu connaissance de cet argent sale. Il aurait même, dit-on, conservé des dossiers à propos de ces contrats ; dossiers restés bien évidemment introuvables.

Les circonstances de sa mort et surtout l’identité de ses probables responsables restent, eux, opaques, malgré les nombreux éclairages apportés par le documentaire. En 2015, une nouvelle information judiciaire a été ouverte pour arrestation, enlèvement et séquestration suivie de mort ou d’assassinat (…). »

Bientôt quarante ans.

A demain

 

Sperme et PMA : si les importations sont licites, à quoi sert la loi française de bioéthique ?

Bonjour

Que retenir, en résumé, du long monologue jupitérien ? L’interdiction faite, désormais, aux pauvres de jeter des pierres sur les « premiers de cordée » (« sinon c’est toute la cordée qui dégringole »). Et le refus de tirer à boulets rouges sur celles et ceux qui ne partagent pas les convictions présidentielles sur l’ouverture de la PMA aux femmes seules ou homosexuelles. Car si le discours ne varie pas sur le fond le ton, lui, a bien changé. A commencer par cette précision de taille : si elle devait se faire l’ouverture des indications de PMA des outils juridiques devraient prévenir une évolution mécanique vers la GPA à laquelle Emmanuel Macron affirme avec une plus grande clarté être totalement opposé.

Pour le reste, gant de velours : « Le politique ne doit pas imposer un choix en brutalisant les consciences » ; « sujet complexe qui heurte les convictions philosophiques et religieuses ». Et volonté réitérée d’obtenir, en 2018, un climat apaisé seul garant d’un débat de qualité. Comment Emmanuel Macron apaisera-t-il les passions qui enflamment, sur ce sujet, Mmes Marlène Schiappa, jeune secrétaire d’Etat, Irène Théry, sociologue militante médiatisée et Ludovine de La Rochère, présidente de « La Manif Pour Tous ».

Insémination artificielle à domicile

C’est dans ce contexte qu’un autre mouvement radicalisé (« L’AVenir pour Tous ») vient d’annoncer à ses ouailles « avoir découvert sur internet que l’auto-reproduction (…) est bien une réalité consommée depuis les années 1990 et son développement via internet. En effet, l’insémination à domicile avec donneur anonyme est pratiquée et commercialisée depuis le Danemark (première banque de sperme au monde) dans plus de 100 pays dont … la France. Et ce depuis 30 ans ! ».

A dire vrai le sujet est loin d’être nouveau qui était abordé il y a quelques jours dans un documentaire diffusé sur Arte : « Bébés sur mesure ».  Pour autant il s’agit bien d’un sujet essentiel qui soulève, en France, une série de questions juridiques, médicales et éthique hautement dérangeantes et, à ce titre, régulièrement occultées. Où l’on reparle de la firme danoise Cryos International spécialisée dans le commerce de paillettes de sperme congelé. Cryos dont Libé livrait un portrait il y a dix ans déjà « Sperme de luxe ».

Cryos International, donc, ses « donneurs », la « sélection » de ses derniers, les « réservations », les « tarifs » et son mode d’emploi pour la livraison et l’insémination à domicile . Avec ces précisions :

« Expédiez-vous du sperme de donneur à des clients privés dans le monde entier pour des inséminations à domicile ?

– Oui. Cryos est une banque de tissus autorisée au titre de la directive européenne sur les tissus et cellules humains. À ce titre Cryos peut expédier du sperme de donneur ayant fait l’objet de tests de dépistage à des clients privés à des fins d’insémination à domicile, quelles que soient leur situation matrimoniale et leur orientation sexuelle. Toutefois nous recommandons toujours à tous nos clients d’être suivis par un médecin. De nombreux facteurs peuvent influer sur le résultat d’une insémination artificielle, comme les examens médicaux, le diagnostic, les analyses, le moment choisi, la stimulation hormonale ou les autres traitements médicamenteux. Un traitement est généralement plus efficace s’il est réalisé par un médecin ou dans une clinique, et présente un taux de réussite trois ou quatre fois supérieur par cycle. Le traitement peut prendre la forme d’une insémination intra-utérine (insémination directement dans la cavité utérine avec du sperme purifié) ou d’une FIV (fécondation in vitro). Ces deux méthodes ne peuvent être réalisées que par un médecin ou dans une clinique.

Le sperme de donneur est du même standard de la même qualité que celle fourni aux médecins et aux établissements de procréation médicalement assistée.

Ai-je légalement le droit d’importer du sperme de donneur?

L’Union européenne forme un espace sans frontière et la libre circulation des marchandises est garantie. Cependant, vous êtes tenu(e) de respecter la législation nationale concernant l’importation et l’utilisation des marchandises. »

Le sperme est-il une marchandise ? Que dit la législation française sur la question de l’importation des gamètes ? Qui interdit, en pratique, à des femmes seules ou homosexuelles françaises d’avoir recours à un tel service ? Et si rien ne l’interdit pourquoi modifier la loi ? Nous allons, sur ce sujet, interroger l’Agence de la biomédecine.

A demain

Des infirmières et des pompiers gazés : les urgences de l’hôpital de Saint-Denis envahies

 

Bonjour

Aujourd’hui 10 octobre 2017, manifestations dans toute la France d’agents hospitaliers en grève parce qu’inquiets. En grève contre les « attaques » du gouvernement et les menaces d’un président « des riches ». Et brutale confirmation que les espaces des « urgences » sont désacralisés.

C’est une information du Parisien : « Saint-Denis : ils envahissent les urgences et gazent pompiers et infirmières ». Où l’on apprend qu’une échauffourée survenue dans la soirée du vendredi 6 octobre, non loin du « Décathlon » de la Plaine-Saint-Denis, s’est prolongée jusqu’aux urgences de l’hôpital Delafontaine. Les assaillants poursuivaient leurs victimes admises peu auparavant dans le service.

Ils ont alors pénétré dans le sas et gazé quatre pompiers et deux infirmières.  « Aucun patient n’a été blessé. La salle d’attente où se trouvaient de nombreuses personnes n’a pas été touchée, précise Le Parisien. Grâce au dispositif de sécurité renforcé, en vigueur à l’hôpital depuis 2008, la police est intervenue dans les minutes qui ont suivi l’incident. Elle a interpellé les cinq agresseurs. »

Des urgences-banques

Les trois blessés s’étaient quant à eux réfugiés dans le laboratoire. Ils ont alors pu sortir de leur cachette et leurs soins ont pu être poursuivis.  Pendant la demi-heure de fermeture, les patients ont été acheminés vers les hôpitaux de Montreuil et de Bobigny. « Cela a créé un grand émoi dans l’hôpital, a déclaré au quotidien Yolande Di Natale, directrice du centre hospitalier de Saint-Denis. Mais nous sommes directement reliés au commissariat. Immédiatement, quatre véhicules de police se sont présentés à l’hôpital. Nous disposons en outre d’un vigile et d’une équipe de sécurité. Nous sommes confrontés une à deux fois par an à ce type de débordements. C’est très spectaculaire, mais la police est très réactive. »
Les cinq agresseurs ont été placés en garde à vue – puis remis en liberté. La direction de l’hôpital a porté plainte. Nul ne sait si Agnès Buzyn, ministre de la Santé a fait un geste vis-à-vis du personnel hospitalier et des pompiers agressés. Reste, en France, face à la spectaculaire désacralisation des urgences, le « presse-bouton » qui assure la réactivité de la police. Comme dans les banques. Reste un espace hospitalier français qui, à grande vitesse, change de visage. Et un personnel inquiet, souvent très mal payé, qui manifeste encadré par les forces de police.

A demain