SAMU : le directeur du CHU de Strasbourg ne laisse aucune chance à l’opératrice. A quel titre ?

Bonjour

Trois enquêtes en cours mais – déjà- le méchant bruit du couperet tombé. Christophe Gautier, directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, a choisi de s’exprimer sur l’affaire éclairante désormais célèbre qui, tardivement, le rattrape : celle des  conditions de prise en charge de l’appel de détresse de Naomi Musenga, décédée le 29 décembre dernier. M. Gautier vient de s’exprimer dans un entretien au Quotidien du Médecin. Echange prématuré ? Echange qui vaut, ici,  d’être rapporté. Extraits :

Le Quotidien :  En savez-vous maintenant davantage sur le déroulé des événements du 29 décembre, et sur les erreurs commises ce jour-là ?

Christophe Gautier :  Nous avons acquis la forte présomption d’un manquement aux procédures de la part de l’opératrice du SAMU. Outre son ton, qui ne correspond pas à l’empathie que l’on doit attendre de la part d’un personnel hospitalier, l’opératrice aurait dû transférer l’appel à un médecin régulateur, or elle ne l’a pas fait. Ce jour-là, l’activité était certes soutenue, mais pas exceptionnelle. Par ailleurs, l’opératrice en était à son 2e jour de travail consécutif après une période de 15 jours de congés. Dans le cadre de l’enquête administrative, j’ai prononcé le 9 mai la suspension à titre conservatoire de l’opératrice (…)

Le Quotidien :  La famille de Naomi a obtenu la bande magnétique de l’enregistrement de l’appel, diffusée plusieurs semaines plus tard. Une procédure de signalement d’événement indésirable n’aurait-elle pas dû être lancée immédiatement ?

Christophe Gautier : Cette procédure aurait dû être lancée, et ne l’a pas été ! Il était normal que la famille obtienne la bande, mais pas de cette manière. La question des conditions de transmission de cette bande à la famille est d’ailleurs au cœur des trois enquêtes qui sont actuellement en cours. La procédure de signalement de l’événement indésirable grave aurait quant à elle dû porter sur les conditions de traitement de l’appel. Une procédure de signalement aurait dû être enclenchée lors de la remise de la bande enregistrée à la famille de Naomi Musenga. La remise de cette bande aurait également dû faire l’objet d’un accompagnement auprès de la famille. »

Voilà qui est dit. M. Gautier est-il en partie impliqué ? Où sont les responsables ? Quels seront, in fine, les noms des coupables ? A quel titre M. Gautier parle-t-il ? Et ce méchant bruit du couperet, déjà, tombé.

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Orwell à l’hôpital : Martin Hirsch a décidé que l’AP-HP serait de plus en plus vidéo-surveillée

Bonjour

Surveiller pour pouvoir soigner, paradoxe de notre temps orwellien. Et, comme dans 1984, surveiller au mieux grâce aux techniques modernes, intelligentes. 2018 : à Paris, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP annonce un passage à la vitesse supérieure concernant la vidéosurveillance dans ce gigantesque ensemble hospitalier :  « 40 % de caméras supplémentaires, soit plus de 1 500 au total, installées d’ici à trois ans, là où les équipes estiment en avoir besoin ». L’annonce vient d’en être faite dans une interview publiée mardi 15 mai dans Le Parisien.

Officiellement cette décision fait suite à une « interpellation », en janvier dernier, du directeur général, par des soignants excédés par des actes de violence commis au sein même de l’hôpital. Pour Martin Hirsch l’hôpital est certes « par définition, un lieu en tension et de tensions »  et le meilleur « reflet de la société », pour autant cette même société ne peut tolérer que la violence s’y invite, qu’elle « impacte » les équipes et les patients. « Depuis quelques années, il est à la mode de se focaliser sur la religion dans les hôpitaux alors que l’incivilité y est un problème bien plus important » estime-t-il.

Dès lors, que faire ? Tout, ou presque. « On ne s’interdit plus de nouveaux moyens de réponse, dit-il. Parmi eux, nous passons à la vitesse supérieure sur la vidéosurveillance. Il y a aura 40 % de caméras supplémentaires, soit plus de 1 500 au total, installées d’ici à trois ans, là où les équipes estiment en avoir besoin. Cela représente un important investissement de 30 millions d’euros (…). Necker, Henri-Mondor, l’Hôpital européen Georges-Pompidou… la plupart des établissements sont concernés. »

La Pitié-Salpêtrière versus le Vatican

Il y aura même, une première, une vidéosurveillance installée dans un service de réanimation : celui de l’hôpital Tout sera visionné dans des postes de sécurité propres aux particularités de chaque établissement. Avec expérimentation, avant l’été, de la même « vidéosurveillance intelligente » que celle utilisée notamment dans les aéroports, capable de détecter des bagarres, des colis suspects mais aussi des chutes au sol ou des disparitions de patients…

Tout cela, bien sûr, ne sera pas suffisant. C’est pourquoi la direction de l’AP-HP « encourage au signalement de tout événement indésirable » et « accompagne les équipes lorsqu’elles déposent plainte ». « Il ne faut rien laisser passer, prévient Martin Hirsch.  Les affiches contre les incivilités vont être multipliées. Mais nous travaillons également sur notre propre comportement et sur un meilleur accueil du malade et de sa famille. »

Que l’on se rassure : personne, à commencer par le directeur général, « ne souhaite que l’hôpital devienne un bunker ». Pour autant son ouverture ne peut se faire à n’importe quel prix. Il doit être un lieu ouvert et en même temps, un lieu sûr.

Pour finir cette comparaison, étrangement religieuse, du directeur général de l’AP-HP. « Dans un hôpital comme la Pitié-Salpêtrière, plus grand que le Vatican, ce sera quatre-vingt caméras de plus ». Le Vatican ? Combien de caméras ?

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Viol à l’hôpital américain de Neuilly : une malade accuse un infirmier de nuit déjà condamné

 

Bonjour

« Ce fut longtemps l’hôpital des stars, raconte Europe 1 en cette fête de l’Ascension. Johnny Hallyday, Alain Delon, Serge Gainsbourg ou encore Jacques Chirac y ont été soignés. Aujourd’hui, l’hôpital américain de Neuilly se retrouve au cœur d’une affaire de viol sur une patiente par un employé de l’établissement. »

Les faits remontent au mois de février mais ils viennent seulement d’être révélés par Le Parisien. La victime, une femme de 32 ans, aurait été violée durant son séjour par un infirmier, 49 ans déjà condamné pour agression sexuelle. « La patiente, admise depuis trois jours à l’hôpital américain de Neuilly pour de lourds problèmes de santé, a vu dans la soirée du 4 février l’infirmier de garde lui apporter ses médicaments. Puis elle s’est endormie. Ensuite, les souvenirs sont confus, rapporte Le Parisien (Valérie Mahaut). Elle a l’impression de sentir les mains de l’homme sur elle mais, assommée par les médicaments, elle est incapable de réagir. Le lendemain, elle doute et ressent des douleurs mais son médecin lui garantit que le traitement ne provoque pas d’hallucination. C’est alors qu’elle découvre sur son portable ce mystérieux SMS : « désolé ma belle ». »

Direction ignorante 

Cette femme informera l’hôpital à sa sortie, le 8 février, avant de porter plainte, trois jours plus tard. Tout alors va très vite. La police identifie rapidement l’infirmier de garde, un homme de 49 ans – qui nie les faits. Ce dernier a été mis en examen, écroué et licencié par l’hôpital a déclaré la direction de l’établissement à Europe 1.

Affaire bien complexe : embauché en 2004 il avait été condamné en 2012 à « quelques mois de prison avec sursis » et une mise à l’épreuve pour agression sur une personne vulnérable. De ce fait il était, depuis, inscrit au Fichier judiciaire des auteurs d’infractions sexuelles (Fijais). Interrogée, la direction du prestigieux hôpital assure qu’elle ignorait le passé judiciaire de son employé.

Arrêté chez lui à Rueil-Malmaison, le suspect nie le viol. Selon son récit, il faut comprendre de son message envoyé à la patiente – « désolé ma belle » – qu’il repousse justement les avances de celle-ci. « Mais il y a des traces de sperme et les échantillons sont en cours d’analyse », confie un proche du dossier.

Mais encore ? « Lorsque l’hôpital a eu connaissance des accusations extrêmement graves portées à l’encontre d’un de ses salariés et de l’enquête de police, il a immédiatement mis à pied à titre conservatoire le salarié mis en cause, puis a procédé à son licenciement », fait savoir, aujourd’hui, le porte-parole de l’hôpital des stars.

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Agnès Buzyn s’indigne incroyablement trop tard de l’affaire mortelle du SAMU de Strasbourg.

 

Bonjour

Suffirait-il d’écrire pour être entendu en très haut lieu ? Premiers écrits, aujourd’hui, sur l’affaire #JusticePourNaomi . Avec l’aide de nombreux confrères nous postons : « Refus de porter secours au Samu de Strasbourg. Mourir à 22 ans. #JusticePourNaomi ».

Quelques minutes plus tard : ce tweet d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« Je suis profondément indignée par les circonstances du décès de Naomi Musenga en décembre. Je tiens à assurer sa famille de mon entier soutien et demande une enquête de I’IGAS sur ces graves dysfonctionnements. Je m’engage à ce que sa famille obtienne toutes les informations . »

Rappel. Naomi est morte le vendredi 29 décembre 2017, plus de six heures après avoir demandé secours au SAMU du CHU de Strasbourg. Contacté par Le Monde, l’hôpital de Strasbourg, confirmant les faits s’est refusé à tout commentaire. « On a fait un communiqué de presse, une enquête est en cours. On ne dira rien de plus », dit l’établissement. En onze lignes, ce texte succinct présente les condoléances de l’établissement à la famille et annonce qu’une enquête administrative au sein de l’hôpital a été ouverte le 3 mai — soit six jours après la publication de l’enquête du lanceur d’alerte alsacien Heb’di, et cinq mois après la mort de Naomi Musenga.

La famille a écrit au procureur de la République de Strasbourg pour réclamer l’ouverture d’une enquête judiciaire.  Agnès Buzyn découvre aujourd’hui, quatre mois après, cette affaire invraisemblable, insupportable, injustifiable.

Avec tout notre respect vous conviendrez, Mme la Ministre, que votre réaction, votre indignation, est tristement bien tardive, tellement tardive qu’elle en apparaît comme déplacée. Douloureusement déplacée.

A demain

 

 

Scandales du jour : le  faux comateux de Tolbiac, le vrai pendu du mitard de Toulouse  

Bonjour

Jadis, entre Orléans et Tanger, la rumeur lambinait. Aujourd’hui, partout en France, elle furette en diable, est déjà passée par ici, déjà repassée par là. Les rumeurs réseautent plus qu’à l’envi : renardes, elles n’attendaient que ces poulaillers numérisés. Et puis, immobile, comme fait aux pattes, face à elles, le marbre de la loi, les trois pieds ferrés de l’exécutif. Généralement le propriétaire du poulailler hésite avant de tuer.

21 avril 2018, dans une France lézardante, en fin de dormance, deux exemples :

1 Le comateux de la fac de Tolbiac. Message de la Police : « Depuis le début d’après-midi circulent sur les réseaux sociaux, et sont transmises aux médias, de nombreuses rumeurs faisant état d’une personne grièvement blessée se trouvant dans le coma, à la suite de l’opération d’évacuation de la faculté de Tolbiac. Comme l’a indiqué le communiqué de presse diffusé par la préfecture de Police ce matin, aucun blessé n’a été recensé sur cette opération. Pour faire suite aux rumeurs évoquées, Michel Delpuech, préfet de Police, a demandé au Pr Safran, conseiller technique santé de son cabinet, présent au sein du dispositif lors de l’évacuation, de faire des recherches auprès des services de secours (SAMU et BSPP) et des différentes unités de réanimation des hôpitaux du secteur.

« Il ressort de ces recherches : – qu’aucun blessé grave qui puisse être en lien avec cette opération d’évacuation n’a été hospitalisé dans les services de réanimation tant médicale que chirurgicale ou neurochirurgicale ; – qu’à 6 h 11 un jeune homme a été conduit par la Brigade des SapeursPompiers de Paris à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière pour une douleur au coude ; l’intéressé a quitté l’établissement de lui-même à 7 h 30. Toutes ces informations ont été confirmées au cabinet du préfet de police par l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris (APHP) dans un communiqué publié ce samedi 21 avril. » Dont acte

2 Jaouad, 27 ans, retrouvé pendu dans sa cellule de Toulouse. Message de la Justice : « Le ministère de la Justice condamne « les allégations circulant sur les réseaux sociaux » après la mort le 14 avril de Jaouad, un détenu de 27 ans retrouvé pendu dans une cellule du quartier disciplinaire de la maison d’arrêt de Seysses, en banlieue toulousaine.

« Selon la Chancellerie, aucun élément ne permet d’avancer que sa mort est due à des « violences volontaires » :

« Une enquête judiciaire est actuellement en cours. Aux termes des informations communiquées par le procureur de la République, rien ne permet d’alléguer que la mort de cette personne détenue puisse être due à des violences volontaires, a fortiori imputables à des agents du service public pénitentiaire. Ainsi, l’autopsie réalisée le 16 avril a conclu à un décès par asphyxie. »

Le ministère a par ailleurs annoncé qu’il se réservait le droit de donner toute suite à l’encontre des auteurs, ou relais, de ces allégations. Celles-ci ont pris la forme d’un courrier écrit par des prisonniers de la maison d’arrêt de Seysses, publié vendredi sur le site de L’Envoléeun journal trimestriel qui s’adresse aux prisonniers et à leurs familles. Intitulé « Encore un mort au mitard », le long texte évoque la mort du jeune détenu. Selon les auteurs, Jaouad aurait été « battu par cinq ou six surveillants, pendant plus d’une demi-heure »« parce qu’il tapait dans une porte ».

« Puis il y a eu un grand silence, et les surveillants se sont mis à discuter entre eux, à estimer son poids et sa taille pour s’accorder sur une version des faits. Puis ça a été l’heure de la gamelle et, quand sa cellule a été rouverte, ils ont fait mine de le découvrir pendu. » Pour sa part Jérôme Combelles, surveillant à la prison de Seysses et délégué syndical UISP-FO a réfuté ces accusations auprès du Monde : « J’affirme catégoriquement que Jaouad n’a été ni battu ni assassiné, c’est une honte d’avancer de telles choses sur nos personnels. Perdre un gamin de cet âge, c’est aussi un drame pour nous tous. »

La maison d’arrêt de Seysses, ouverte en 2003, accueille aujourd’hui 1120 détenus pour 600 places, la plupart en détention provisoire ou attente de jugement. Les conditions de détention avaient déjà été dénoncées par le personnel pénitentiaire en janvier au cours d’un mouvement de grève.

On aimerait, ici, entendre un peu plus fort, depuis la Place Vendôme, Mme Nicole Belloubet, ministre de la Justice. Mais, on le sait, c’est trop demander.

A demain

Nouveaux comas : la « drogue du viol » est devenue une source d’ivresse sans alcool

Bonjour

La mode est partout y compris dans le champ des toxicomanies. A Paris, du temps de Jean Cocteau, c’était l’opium 1. Aujourd’hui, si l’on en croit Le Parisien/Aujourd’hui en France, c’est le GHB/GBL. Cette ancienne « drogue du viol, revisitée, représenterait une nouvelle menace considérable pour les fêtards de la capitale – au point d’en faire trembler une préfecture de police depuis peu orpheline du Palais de Justice (et bientôt de l’Hôtel-Dieu).

Sans doute faut-il ici raison garder et revenir à l’essentiel : une note datée du 13 avril de l’Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT) : « GHB/GBL, éléments récents d’information ».

Viols et récréations

De quoi parle-t-on ici ?  Du GHB (gamma-hydroxybutyrate), classé comme « stupéfiant » en France depuis 1999. C’est une molécule utilisée dans le cadre médical comme anesthésique et dans le traitement de la narcolepsie. Mais c’est aussi, en même temps,  une substance « consommée de manière récréative » ainsi (mais beaucoup plus rarement) que dans le cadre de « tentatives de soumission chimique » – d’où son ancienne appellation de « drogue du violeur ».

Que savoir, en pratique ? Que ses effets apparaissent au bout de 15 minutes et durent habituellement 1 heure 30 à 2 heures. Qu’à faibles doses, elle a un effet relaxant, désinhibant et euphorisant. Mais qu’au-delà ses effets sédatif et dépresseur respiratoire peuvent conduire à une perte de conscience -« communément appelée G-hole » (sic) –  qui peut « aller jusqu’à un coma et aboutir au décès » (re-sic).

Savoir aussi, l’affaire ne manque pas de sel, que le GBL (gamma-butyrolactone) est un solvant industriel qui, une fois ingéré, est transformé en GHB par l’organisme. « La prise de GBL entraîne donc les mêmes effets que celle du GHB bien qu’ils apparaissent plus progressivement (30 à 45 mn) et durent un peu plus longtemps (3 à 5 heures) » précise, dans sa sagesse, l’OFDT.  Et signe des temps difficiles que nous vivons, ce dernier a vu, à partir de 2006, le GBL se substituer progressivement au GHB en raison de son faible coût (de 50 à 70 euros le demi-litre) et de sa facilité d’accès via Internet – en dépit de l’interdiction de cession au public intervenue en 2011. A savoir :

« Le GHB, incolore et inodore et le GBL, incolore, sont facilement transportables dans les établissements festifs où ils sont dilués sur place dans de l’eau ou un soda. Le GHB/GBL fait très rarement l’objet d’une revente en établissement. Il est le plus souvent partagé entre consommateurs. »

« Jusqu’au milieu des années 2000, la consommation de GHB est un phénomène bien circonscrit à une frange du milieu homosexuel masculin et urbain qui fréquente notamment les clubs gay , principalement parisiens. L’usage du GHB/GBL s’intensifie provoquant à Paris une série de surdoses (avec coma) relayées par des campagnes de presse et de prévention dans le milieu festif gay. Ils’étend aux espaces gay friendly de plusieurs métropoles régionales françaises (Bordeaux, Lille, Toulouse et Marseille).

« Ce milieu ne concerne pas les personnes homosexuelles en général. Il s’agit des personnes qui fréquentent le milieu de la fête et notamment les cercles urbains gays ou à tendance gays où une attention particulière est prêtée au corps et aux activités sexuelles. »

A Paris : préfet de police et prophète de la nuit

Les consommateurs trouvent dans le GHB/GBL une alternative peu onéreuse à l’alcool – qu’ils consomment habituellement. Il peut être utilisé « à des fins de stimulation du désir sexuel, d’amplification de la libido ou encore de recherche d’endurance et de performance sexuelle ». Et depuis environ deux ans il connaît en outre, une nouvelle diffusion dans les clubs et discothèques – une offre « liée au développement récent d’une offre festive regroupant différentes populations.

« Ainsi, l’usage du GHB/GBL concerne aujourd’hui une population mixte (filles et garçons) et de plus en plus jeune (17-25 ans) qui fréquente habituellement les espaces festifs généralistes. Au sein des espaces festif techno, les motivations des jeunes usagers sont liés à la recherche d’effets semblables à ceux de l’ecstasy/MDMA (d’où le nom d’« ecstasy liquide » parfois donnée au GHB/GBL par ces consommateurs) : euphorie, désinhibition, sentiment de bien-être, empathie, intensification des perceptions. »

Or ces nouveaux usagers, quels que soient leurs profils, n’ont qu’une faible connaissance du produit et des risques. Peu familiers des dosages précis indispensables à une consommation « récréative », ils consomment en outre le GHB/GBL avec d’autres substances, notamment l’alcool, ce qui accroît considérablement les risques de comas.

Plusieurs « articles de presse » ont fait état de ce type d’événements fin 2017 et début 2018 alors que les professionnels organisateurs de soirées ont relayé des inquiétudes sur les conséquences de ces usages. Depuis 2014, le CEIP-A de Paris, ville particulièrement concernée, constate une augmentation des cas de comas pour lesquels la consommation de GHB/GBL est incriminée. Le nombre de comas qui lui a été signalé a ainsi doublé entre 2014 et 2017 pour atteindre une quarantaine de cas en 2017. Le phénomène continue en 2018 et inquiète les patrons des ces nuits festives. Comme ceux du  « Rosa Bonheur sur Seine », du « Rex Club », des « Nuits fauves » ou du « Petit Bain ».

Dans Le Parisien, Michel Delpuech, 65 ans, préfet de police de Paris, prophétise : « Si rien n’est fait, on pourrait avoir 100 comas dans l’année ». Et après ? Cocteau, lui, en était revenu. Né en 1889 il est mort en 1963.

A demain

1 Cocteau J. Opium (Stock). « En 1928, cinq ans après la mort de Raymond Radiguet, lors d’une cure de désintoxication dans une clinique, Jean Cocteau, opiomane, écrit et dessine. Ainsi, tout au long des jours, des instants, un livre naît sous nos yeux, fait de notations, de jeux avec les mots, de jugements de poète. Aux commentaires sur la littérature et les écrivains (Proust, Raymond Roussel) viennent s’ajouter des remarques sur le cinéma (Buster Keaton, Chaplin, Eisenstein, Buñuel), sur la poésie, sur la création, sur l’art. Le thème lancinant, qui revient au détour de chaque page, c’est celui de l’opium.  » Tout ce qu’on fait dans la vie, même l’amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort. Fumer l’opium, c’est quitter le train en marche ; c’est s’occuper d’autre chose que de la vie, de la mort.  » »

 

Prostitué.e.s : bilan accablant de la loi visant à les aider en condamnant leurs clients

Bonjour

Nous étions alors dans l’ancien monde. Le président se nommait François Hollande. C’était le 13 avril 2016 et la promulgation de la loi « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées », Au départ il s’agissait d’une proposition de loi présentée et soutenue par le groupe, alors dominant, des socialistes et apparentés.

Depuis deux ans cette loi repose sur trois dispositions principales : l’abrogation du délit de racolage public, l’interdiction d’achat d’acte sexuel et la création d’un parcours de sortie de la prostitution. On pouvait lire, dans l’exposé des motifs:

« Le chapitre IV instaure une interdiction d’achat d’acte sexuel en créant une contravention sanctionnant le recours à la prostitution (…) Sanctionner l’acte de recours à la prostitution, c’est se placer dans la continuité des législations ayant criminalisé le viol et fait du harcèlement sexuel une infraction correctionnelle : l’objectif est toujours de soustraire la sexualité à la violence et à la domination masculine. L’interdiction de l’achat d’un acte sexuel est à ce jour la mesure la plus efficace pour réduire la prostitution, et pour dissuader les réseaux de traite et de proxénétisme de s’implanter sur les territoires (…). En inversant le rapport de force à l’œuvre avec les clients de la prostitution, l’interdiction de l’achat d’un acte sexuel permettra aux personnes prostituées de dénoncer les violences ou risques sanitaires (acte sexuel sans préservatif, etc.) qu’ils peuvent leur imposer. »

De 1500 à 3750 €

Avec, in fine, la création d’une « contravention de cinquième classe » sanctionnant le recours à la prostitution d’une personne majeure.

« Le fait de solliciter, d’accepter ou d’obtenir des relations de nature sexuelle d’une personne qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle, en échange d’une rémunération, d’une promesse de rémunération, de la fourniture d’un avantage en nature ou de la promesse d’un tel avantage est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe [1500 € ].

« Lorsqu’il est commis en récidive dans les conditions prévues au second alinéa de l’article 132-11, le fait de solliciter, d’accepter ou d’obtenir des relations de nature sexuelle d’une personne qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle, en échange d’une rémunération, d’une promesse de rémunération, de la fourniture d’un avantage en nature ou de la promesse d’un tel avantage est puni de 3 750 € d’amende. »

Deux ans après, nombre de ceux qui votèrent cette loi ne sont plus aux affaires. Mais en même temps nombre d’autres y sont, sous la nouvelle étiquette du parti du président de la République. Tous perndront intérêt à découvrir les résultats d’une « enquête nationale menée auprès des travailleur.se.s du sexe » ; enquête menée par deux chercheurs Hélène Le Bail et Calogero Giametta,, en collaboration avec onze associations dont Médecins du Monde, Le Planning Familial et Aides. On trouvera ici l’enquête et sa synthèse .

Résumé des conclusions « accablantes » et « préoccupantes » :

« Violences : augmentation massive des violences multiformes, un exercice du travail du sexe de plus en plus dangereux, détérioration des relations avec les forces de police qui ne sont pas perçues comme protectrices voire contribuent à leur insécurité, amplification de la stigmatisation du travail du sexe ;

« Santé : amplification des prises de risques pour la santé avec notamment un recul de l’usage du préservatif et une donc une augmentation de l’exposition aux risques de contamination VIH et autres IST, conséquences néfastes sur la santé globale des personnes ;

« Conditions de travail : détérioration des relations des travailleu.ses.rs du sexe avec leurs clients qui, du fait du risque d’arrestation, en profitent pour négocier les tarifs à la baisse ou obtenir des rapports non protégés, répression indirecte des travailleu.ses.rs du sexe par l’utilisation d’arrêtés municipaux et multiplication des contrôles d’identités, isolement ;

« D’un point de vue social : appauvrissement inacceptable des personnes, dont la plupart étaient déjà en situation de précarité ; en termes d’accompagnement : Inefficacité, voire absence, du parcours de sortie de prostitution. »

« Ces résultats catastrophiques ne sont pas une surprise, expliquent les onze associations. Nous avons alerté les pouvoirs publics du danger d’une telle loi et ce depuis le début. (…) les décideurs.se.s politiques n’ont pas écouté les alertes émises par les associations qui travaillent directement auprès des travailleur.se.s du sexe. Ils n’ont pas voulu prendre en compte la gravité d’une telle législation pour la santé et les droits de ces personnes, déjà stigmatisées et victimes de violences, et l’impact sur la société toute entière. »

Et maintenant ? Les associations demandent le retrait de la loi et appellent « les citoyens-nes et et les décideurs-es à se rassembler pour lutter véritablement contre les violences, l’exploitation et la traite des êtres humains sans sacrifier les conditions de vie et de travail des personnes concernées ».

« Il n’est pas trop tard pour agir » assurent-elles. Il reste à interroger sur ce point celles et ceux qui ont voté cette loi et qui, aujourd’hui, sont très directement aux affaires. A commencer par Christophe Castaner et Stéphane Travert.

A demain