Coronavirus et politique : le brutal affolement de Xi Jinping, l’humour de Trump Donald

Bonjour

25 janvier 2020. En Chine le 2019 n-CoV a (officiellement) fait 41 morts et contaminé près de 1 300 personnes. Sur le total des malades, 237 sont dans un état critique. Des cas ont été détectés dans une douzaine de pays, du Japon à la France en passant par l’Australie et les Etats-Unis.

« Face à la situation grave d’une épidémie qui s’accélère (…) il est nécessaire de renforcer la direction centralisée et unifiée du Comité central du Parti », vient de déclarer le président Xi Jinping, 66 ans lors d’une réunion du comité permanent du Bureau politique du Parti communiste, l’instance de sept membres qui dirige le pays. La Chine peut « remporter la bataille » contre le nouveau coronavirus, a encore assuré le chef de l’Etat chinois, selon l’agence de presse Chine nouvelle.

Tout va bien se passer

La télévision publique a annoncé que face à l’épidémie montante, le gouvernement chinois allait « suspendre les voyages organisés » en Chine et à l’étranger en réponse à l’épidémie. A compter du 27 janvier les agences de voyage chinoises ne pourront plus vendre de réservations d’hôtels ni de voyages à des groupes, a précisé la chaîne de télévision CCTV.

Aux Etats-Unis le président Donald Trump, 73 ans, avait, la veille, loué les efforts de Pékin pour tenter de contenir la propagation d’un nouveau virus tueur et salué sa « transparence » dans ce combat.

« La Chine travaille très dur pour contenir le coronavirus. Les États-Unis apprécient vraiment leurs efforts et leur transparence, a-t-il tweeté, se disant convaincu que tout allait « bien se passer ». « Au nom du peuple américain, je veux en particulier remercier le président Xi! », a-t-il ajouté. Donald J. Trump ✔@realDonaldTrump

China has been working very hard to contain the Coronavirus. The United States greatly appreciates their efforts and transparency. It will all work out well. In particular, on behalf of the American People, I want to thank President Xi!

L’agence Chine nouvelle ne nous dit pas si le président Xi a, ou non, apprécié.

A demain @jynau

Coronavirus : l’affolement menace, la métaphore de l’incendie, la quarantaine en question

Bonjour

25 janvier 2020, l’affaire se structure déjà en feuilleton pré-catastrophe. Trois premiers cas en France. Le virus progresse en Chine et « à l’international ». La grande métropole de Wuhan, épicentre chinois de l’épidémie, est depuis deux jours « coupée du reste du monde » – ou presque. La zone de confinement vient d’être été élargie à 56 millions de personnes, soit pratiquement toute la province du Hubei.

« Les trains sont à quai, les autoroutes fermées, précise l’AFP. En dehors du Hubei, les autorités ont annoncé la mise en place de mesures de dépistage du virus dans tout le pays. Le 24 janvier 450 médecins et autre personnel médical de l’Armée populaire de libération (APL) sont arrivés par avion pour intensifier la lutte contre le virus. Certains d’entre eux ont l’expérience du virus Ebola et du Sras, un virus similaire au coronavirus qui a contaminé près de 1 300 de personnes et fait 41 morts dans toute la Chine, selon le dernier bilan livré par les autorités chinoises. Sur le total des malades, 237 sont dans un état critique, d’après les chiffres officiels. »

L’agence de presse Chine nouvelle a précisé que les militaires, qui appartiennent aux armées de terre, de l’air et à la marine, étaient arrivés vendredi soir. Ils doivent être répartis dans les hôpitaux de la ville qui accueillent un grand nombre de patients de la pneumonie virale. Parmi eux figurent des spécialistes des maladies respiratoires et infectieuses, des maladies nosocomiales et des soins intensifs.

A Paris, Agnès Buzyn n’a pas craint, au risque d’ajouter à l’affolement, d’user de la métaphore de l’incendie. « Nous avons aujourd’hui les premiers cas européens, probablement parce que nous avons mis au point le test très rapidement et que nous sommes capables de les identifier, a-t-elle déclaré. Il faut traiter une épidémie comme on traite un incendie, très vite repérer la source » et la « circonscrire le plus vite possible. »

Un point-presse quotidien est prévu par le ministère de la Santé. Et la question est d’ores et déjà soulevée de savoir si Mme Buzyn pourra raisonnablement continuer à être sur tous les fronts : épidémie naissante, réforme des retraites, crise de l’hôpital – sans parler de la course à la mairie de Paris.

Régimes autoritaires et mise en quarantaine

Toujours en France, il faut lire Libération (Eloïse Bussy) : « Coronavirus : «On sait que la quarantaine est inefficace» ». Patrick Zylberman, « historien de la santé » réputé 1 ( également professeur émérite à l’Ecole des hautes études en santé publique) y traite du concept de « quarantaine » et de ses limites. Un sujet essentiel au vu de ce qui se trame aujourd’hui en Chine. Ecoutons-le :  

« La mesure était déjà expérimentée aux XIVe et XVe siècles en Italie, dans les villes où se propageait la peste. Aujourd’hui, cette maladie peut se soigner avec des antibiotiques, mais cette mesure reste appliquée dans certains pays où elle n’est pas encore bien prise en charge.

« On sait depuis cent cinquante ans que la mesure n’est pas efficace, car il y a toujours des personnes qui cherchent à quitter le territoire. C’est une décision impraticable, faite pour être enfreinte. Ce qui peut fonctionner, c’est le confinement à domicile. Ce fut le cas en 2003 dans un secteur de Singapour, une ville très hygiéniste, pour lutter contre une épidémie de SRAS. On a menacé les habitants de leur mettre un bracelet électronique s’ils sortaient de chez eux. Des équipes distribuaient chaque jour de la nourriture aux habitants confinés. La mesure a duré quelques semaines.

En 1916, il y a eu une mise en quarantaine dans plusieurs petites villes américaines au nord de New York après une épidémie de poliomyélite. La mesure a duré plusieurs semaines, et ce qui devait arriver arriva : il y a eu des troubles. »

Patrick Zylberman rappelle aussi qu’il n’y a jamais eu de mesure similaire prise dans l’Hexagone. « Cela a failli être le cas en 1955 après des cas de variole dans le Morbihan, mais les autorités ont renoncé. Les préfets ont, depuis 2003, la capacité de décider d’une zone d’exclusion si un nombre significatif de cas est détecté. En Chine une telle mesure avait déjà été prise en 2003, également pour des cas de SRAS. Les autorités chinoises aiment cette solution. Il existe d’ailleurs une thèse, qui date de 1848 et qui est discutée, qui dresse un lien entre les régimes autoritaires et la mise en quarantaine. C’est une mesure qui permet de rassurer les gouvernements. »

A demain @jynau

1 On peut également, avec le plus grand intérêt, l’écouter sur France Culture (25 janvier 2020)

Un médecin généraliste «Gilet Jaune» est condamné à payer 500 euros pour avoir manifesté

Bonjour

C’est une information peu banale du Télégramme. Où l’on apprend que l’on peut être médecin, avoir 30 ans, exercer en Bretagne, être « Gilet jaune » et être condamné par la justice française. Le 30 mars 2019, sur la RN 165, au niveau du Faou (site remarquable), un médecin généraliste prend part à une manifestation non autorisée des Gilets jaunes sur la voie express. Porteur d’un masque à gaz qui dissimule son visage et bloquant la circulation, il est interpellé par les gendarmes à 15 h 30.

« Je ne pense pas que nous entravions la circulation puisqu’elle était déjà redirigée avant mon arrivée, a expliqué le praticien médecin au tribunal de Quimper, le 11 décembre, près de neuf mois après les faits. Il est vrai que j’avais un masque à gaz car j’avais peur des gaz lacrymogènes ». Et (selon Le Télégramme) il aurait ajouté d’un ton insolent : « Je manifeste assez souvent et c’était une protection et non une dissimulation. D’ailleurs, on pouvait voir mon visage à travers le verre ».

Protection interdite durant la manifestation ?

« Il est normal que mon client ait eu une protection pendant la manifestation, avait relevé Me Pierre Tracol. Quant à l’entrave de la circulation, il n’y a pas eu d’acte délibéré. Cette affaire est le produit d’une procédure bien gênante. Je demande la relaxe de mon client ». Insolence ou pas, Marie-Noëlle Collobert, la magistrate du parquet de Quimper, avait alors requis un mois de prison avec sursis et 400 € d’amende. Le jugement avait été mis en délibéré au 20 janvier.

Et le président Christophe Lepetitcorps a finalement suivi une partie des réquisitions en condamnant le prévenu à 400 € d’amende pour l’entrave à la circulation – et à une amende de 100 € pour la dissimulation de visage.

S’ils lisent Le Télégarmme, les responsables bretons de l’Ordre des Médecins poursuivront-ils leur confrère pour atteinte à l’image de la profession médicale ? Question de fond : peut-on être à la fois médecin et s’afficher « Gilet Jaune » ?

A demain @jynau

Crachats, VIH et sérophobie : précisions et précautions après la diffusion d’une vidéo virale

Bonjour  

C’est un sujet qui avait disparu de l’actualité depuis près de deux décennies. On le retrouve aujourd’hui avec l’émotion suscitée, sur les « réseaux sociaux », par une vidéo – images qui montrent un policier interpeller violemment un manifestant. Le syndicat policier « Alliance » affirme quant à lui que la personne impliquée aurait craché du sang au visage du policier en disant « j’ai le sida, tu vas crever ».  

« L’ampleur de cette actualité engendre fatalement nombre de réactions, au contenu parfois imprécis et stigmatisant sur le VIH/sida » rappelle fort justement l’association AIDES qui « tient à rappeler le poids des mots et ce qu’ils peuvent porter de stigmas et d’informations fausses ». Voici son message :

« La rapidité de traitement de l’actualité implique régulièrement des approximations ou pire, de laisser la place à de fausses croyances. C’est particulièrement vrai concernant le VIH/sida. Or, laissez véhiculer de fausses idées, c’est nourrir la sérophobie qui fait le jeu de l’épidémie. Aux médias, syndicats, policier-es, manifestants-es, citoyens-nes, nous rappelons que :  

VIH ≠ SIDA : Une personne séropositive n’a pas le sida. Lorsqu’elle dispose d’un traitement, elle vit simplement avec le virus, et dispose d’une espérance de vie similaire à une personne séronégative. Aujourd’hui en France, découvrir sa séropositivité n’est pas une condamnation à mort et le VIH ne peut évidemment pas être considéré comme une arme.

Les modes de contaminations sont : les sécrétions sexuelles, le lait maternel, le sang. La salive ne transmet pas le VIH. De plus, le VIH a une très faible résistance à l’air libre. Après cinq à dix secondes à l’air libre, une goutte de sang ne contient plus de virus.

Le TasP (Treatment as Prevention) est une réalité : une personne séropositive sous traitement dont la charge virale est indétectable devient intransmissible (I=I). Cela veut dire qu’elle ne peut plus transmettre le virus, quel que soit le mode de transmission. »  

Pour AIDES, il est de la responsabilité de toutes et tous de rappeler « dès que nécessaire » ces informations. Sans cela, les stigmatisations et fausses croyances ne pourront pas cesser. A fortiori dans un contexte de violences, policières ou pas, et de « vidéo virales », souvent pathogènes.  

A demain @jynau

La «radicalisation» : qui nous dira de quoi elle peut bien, aujourd'hui être, ou non, le nom ?

Bonjour

19 janvier 2020. Une du Parisien : « L’inquiétante radicalisation ». Où l’on revient, notamment, sur l’affaire de l’ « exfiltration » d’Emmanuel Macron d’un théâtre parisien. Où l’on en vient, aussi, à s’interroger sur le symptôme que constitue le recours de plus en plus fréquent à ce mot dans les sphéres médiatiques et politiques. Brefs extraits de la richesse de la langue française :

« Radicalisation » : Rendre radical, intransigeant. « Mais dans les grandes crises, à l’occasion d’une épreuve qui me radicalise, en face d’une situation bouleversante qui m’attaque dans mes raisons dernières » (Ricœur, Philos. volonté, 1949, p. 71).

« Les marxistes purs comptent sur les militants − c’est-à-dire sur une action consciente et concertée − pour radicaliser les masses et susciter en elles cette conscience [de classe] » (Sartre, Sit. III, 1949, p. 195). Devenir plus extrême. « Le collectiviste se radicalisera » (Clemenceau, Iniquité, 1899, p. 362). Les antagonismes sociaux se sont radicalisés depuis mai 68 » (La Croix, 13 mai 1973ds Gilb. 1980).

Action de (se) radicaliser; résultat de cette action. « On a raison de remarquer que ce n’est pas la plus grande misère qui fait les révolutionnaires les plus conscients, mais on oublie de se demander pourquoi un retour de prospérité entraîne souvent une radicalisation des masses » (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception, 1945, p. 509)

« La lutte contre la structure autoritaire de l’Université est et doit être une lutte radicale: elle peut provoquer une radicalisation du climat social général » (Le Nouvel Observateur, 27 mai 1968).

Mais encore ?

Que serait la radicalisation sans  « Radical » : Relatif à la racine, à l’essence de quelque chose. «  [La couleur vraiequi donne le sentiment de l’épaisseur et celui de la différence radicale qui doit distinguer un objet d’un autre » (Delacroix, Journal, 1854, p. 177).« Plaçons-nous à l’origine radicale des choses, c’est-à-dire en Dieu » (Hamelin, Élém. princ. représ., 1907, p. 26).

Qui a une action décisive sur les causes profondes d’un phénomène. « Sans savoir le remède à vos accès de spleen, je voudrais pouvoir le trouver. Mais il n’y en a pas de radical en ce monde: nous sommes tous tristes ou soucieux plus ou moins » (Sand, Corresp., t. 4, 1856, p. 89).

« La cure radicale consistant dans la suppression de la plaie chancrelleuse » (Demanche ds Nouv. Traité Méd.fasc. 5, 1 1924, p. 20).« Ransdoc annonçait une collecte de huit mille rats environ et l’anxiété était à son comble dans la ville. On demandait des mesures radicales, on accusait les autorités » (Camus, Peste, 1947, p. 1228).

Qui va jusqu’au bout de chacune des conséquences impliquées par le choix initial. « Le scepticisme d’Henry était un scepticisme naïf et actif, celui de Jules était plus radical et plus raisonné » (Flaub., 1reÉduc. sent., 1845, p. 268)

Qui appartient à, se développe près de la racine d’un végétal. « La partie verticale de la plante germant se couvre à un certain niveau de poils radicaux » (Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 1, 1931, p. 147)

Sans oublier, pour finir:

« Parti radical » : parti politique français fondé en 1901 et mis en sommeil en 2017. Officiellement intitulé Parti républicain, radical et radical-socialiste, il est également appelé Parti radical valoisien à la suite de la scission de 1972, et abrégé en PRRRS, RAD, PR ou PRV, voire, selon une abréviation populaire, rad-soc. D’abord classé à l’extrême gauche de l’échiquier politique, il s’oriente progressivement vers le centre droit.

A demain @jynau

L'exfiltration d’Emmanuel Macron et les blouses blanches au sol: radicalisation et symbole

Bonjour

Nuages noirs sur la scène politique et médiatique : nous entrons dans la « radicalisation » des conflits. Ce fut, hier 17 janvier, un événement sans précédent dans l’histoire de la République : un Président « exfiltré » d’une salle de théâtre parisienne – sous les huées des manifestants et la protection rapprochée des forces de l’ordre.

Selon les images diffusées sur les réseaux sociaux, des dizaines de personnes se sont réunies vers 22 heures devant le théâtre des Bouffes du Nord, dans le 10arrondissement de Paris, où le chef de l’Etat assistait, en compagnie de sa femme Brigitte, à une représentation de La Mouche  criant des slogans pour protester contre la réforme des retraites. « Tous ensemble, grève générale » ET « Macron démission », illustraient, comme rapporte Le Monde  « l’impopularité du chef de l’Etat dans une partie de la population ».

Selon le Palais de l’Elysée, c’est le « journaliste militant »  Taha Bouhafs qui a révélé sur les réseaux sociaux la présence d’Emmanuel Macron au théâtre des Bouffes du Nord et incité des militants contre la réforme des retraites à se rassembler devant l’établissement. « Il a été interpellé par les forces de l’ordre et le spectacle a pu se poursuivre », explique-t-on au cabinet présidentiel.

Taha Bouhafs@T_Bouhafs Je suis actuellement au théâtre des bouffes du Nord (Métro La Chapelle) 3 rangées derrière le président de la république. Des militants sont quelque part dans le coin et appelle tout le monde à rappliquer. Quelque chose se prépare… la soirée risque d’être mouvementée.

Le Monde (Cédric Pietralunga et Alexandre Lemarié) précise que le chef de l’Etat est un grand admirateur de l’acteur et metteur en scène belge Christian Hecq, sociétaire de la Comédie-Française, et ne rate aucun de ses spectacles. Il ajoute que cette scène n’est pas sans rappeler celle déjà vécue par Emmanuel Macron le 4 décembre 2018, au Puy-en-Velay quand, « venu en catimini », M. Macron avait dû rapidement s’éclipser sous les huées de la foule, sa voiture ayant même été poursuivie par des manifestants, aux cris de « Démission ! » ou « Ça va vous coûter cher ! ».

La « radicalisation » gagne du terrain. Et le président de la République doit bouleverser son agenda. Le 16 janvier la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa (qui entre en campagne dans le 14arrondissement de Paris pour les municipales de mars) a été elle aussi prise à partie lors d’une réunion publique par un groupe de manifestants. Dès le lendemain elle dénonçait,  sur Radio Classique, une action « très menaçante » et « antidémocratique ». Le ministère de la culture a annoncé l’annulation de la cérémonie des vœux de Franck Riester, qui devait se tenir le 21 janvier à Paris – en raison d’une action que la CGT voulait organiser pendant cet événement pour protester contre la réforme des retraites. 

« A l’Elysée, on veut néanmoins croire qu’il ne s’agit là que d’épiphénomènes et non les prémisses d’une nouvelle mobilisation du type de celle vécue lors de la crise des « gilets jaunes » rapporte Le Monde. Et au ministère de la Santé, parle-t-on d’épiphénomènes ou de prémisses davant ces manifestations à très forte charge symbolique qui montrent des soignants hospitaliers jeter leur blouses blanches au sol pendant les vœux de la direction ?  En moins d’une minute une vidéo dit tout de la colère hospitalière. Comme dans ce texte essentiel que nous évoquions ici même, hier : « L’hôpital, une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme » de Stéphane Velut (Tracts, Gallimard, 3,90 euros).

Largement filmées et diffusées, ces nouvelles actions ont « fait le tour des réseaux sociaux ». Bernard Jomier @BernardJomier Vœux du directeur de l’hôpital St-Louis à Paris. Du jamais vu.

France Bleu Touraine ✔@FBTouraine Lors de la cérémonie des vœux de la nouvelle directrice de l’hôpital de Chinon, Dominique Osu, les personnels ont jeté leurs blouses. Une manière pour eux de mettre en lumière leur mouvement de grève sans gêner les soins des patients.

« Agnès Buzyn ne voit pas l’hôpital s’écrouler »

Une nouvelle fois invité de la matinale de France Inter Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP Martin Hirsch a dit son « émotion » devant ces actions. Au sein de l’AP-HP  environ 250 médecins viennent de se porter « démissionnaires »ont leur nom sur la liste des démissionnaires. Il leur tend la main : « ma porte est ouverte, on est à l’écoute ».

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a elle aussi ouvert sa porte. Pour recevoir, le 17 janvier ce « six représentants des médecins chefs de service démissionnaires désignés par le collectif Inter-hôpitaux ». Communiqué officiel dont le laconisme dit tout du blocage :

« La Ministre a proposé la poursuite d’un dialogue renforcé pour le suivi régulier et collectif des mesures « Investir pour l’hôpital » et pour l’élaboration de nouvelles mesures à venir en soutien de l’hôpital public. La Ministre s’est entretenue avec six représentants des chefs de service et médecins envisageant de se retirer de leurs fonctions administratives.

La Ministre a rappelé que la priorité immédiate est à la mise en œuvre des mesures « Investir pour l’hôpital » et que tout sera fait pour que les soignants et les hôpitaux bénéficient pleinement et rapidement de cet engagement massif et inédit pour l’hôpital public (…) Afin de poursuivre un dialogue régulier avec les professionnels de santé en faveur de l’hôpital public, la Ministre a proposé de construire une démarche de travail commune pour le suivi des mesures et pour préparer un deuxième paquet de mesures pour accélérer le rétablissement de l’hôpital public. »

Amère déception des médecins hospitaliers. « Pour le moment, le compte n’y est pas du tout », et les praticiens membres du collectif vont donc aller « au bout de leur démarche » de grève administrative, a déclaré devant la presse, au sortir de cette rencontre au ministère, l’un de leur porte-parole, le Pr Stéphane Dauger, chef du service de réanimation pédiatrique à l’hôpital Robert Debré, à Paris. Pr Xavier Mariette, chef du service de rhumatologie de l’hôpital Bicêtre : « Agnès Buzyn ne voit pas l’hôpital s’écrouler. »

A demain @jynau

Violences policières et vidéos : et, soudain, l’exécutif se piqua d’éthique et de déontologie

Bonjour

Du poids des images et des téléphones portables sur la démocratie occidentale. 14 janvier 2020. Emmanuel Macron a demandé à Christophe Castaner ministre de l’Intérieur de faire des propositions pour améliorer la déontologie et le contrôle de l’action des forces de l’ordre, mises en cause pour de récentes violences lors des manifestations contre la réforme des retraites. Depuis le début de la crise des « gilets jaunes », en novembre 2018, les pratiques des forces de sécurité sont régulièrement critiquées, notamment via des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

On sait que l’exécutif – et Emmanuel Macron au premier chef – récusait jusqu’à présent l’expression « violences policières ». Or voici que l’on en vient à un discours rappelant les forces de l’ordre à l’« exemplarité » et à un usage « proportionné et maîtrisé » de la force. Ces gardiens de la paix apprécieront comme il se doit.

Cette évolution nous a réservé une jolie surprise : « on ne fait pas de croche-pied à l’éthique » a ainsi déclaré Christophe Castaner en référence à une vidéo spectaculaire montrant un policier faisant un croche-pied à une manifestante à Toulouse, le 9 janvier dernier. On pourrait rire de la formule du ministre de l’Intérieur, ancien socialiste devenu macroniste et à ce titre « marcheur ». Ce serait oublier l’une des définitions de l’éthique, cette « morale en marche ». Quant à la déontologie  le ministre et le président savent qu’elle n’est jamais très éloignée de la confraternité, cette haine vigilante.

Aux image de Toulouse sont venues s’ajouter celles précédant la mort, le 3 janvier, d’un père de famille de 42 ans travaillant comme livreur, victime d’une asphyxie avec une fracture du larynx après avoir été plaqué au sol, casque sur la tête, par plusieurs policiers lors d’un « contrôle routier ». Avec , en toile de fond, les innombrables blessures graves subies par des manifestants (et des membres des forces de l’ordre) lors de rassemblements de « gilets jaunes » depuis plus d’un an.

Et c’est ainsi, aujourd’hui, que le chef de l’Etat, chef des Armées a déclaré à la presse, lors d’un déplacement à Pau, attendre des gardiens de la paix « la plus grande déontologie » :

« Il y a eu très clairement des images, il y a aujourd’hui des affaires dans lesquelles – je ne veux pas me prononcer, elles sont devant la justice – des comportements qui ne sont pas acceptables ont été vus ou pointés. Je ne veux pas en faire la majorité du genre, je ne veux pas généraliser, mais je ne veux pas que ça atteigne la crédibilité et la dignité (…) Je souhaite que le ministère de l’intérieur puisse me faire dans les meilleurs délais des propositions claires pour améliorer la déontologie, les éléments de contrôle et que la justice puisse continuer à travailler sur ces cas. »

A demain @jynau

NB : sur ce sujet complexe on se reportera avec intérêt au « 28 minites » d’Arte sur les violences policières (14 janvier 2020) ainsi qu’à « Les policiers n’ont pas besoin de plus de déontologie, mais d’éthique personnelle » (Slate.fr, The Conversation)