Feux de forêts et cendriers : Agnès Buzyn va-t-elle oser interdire à tous les motorisés de fumer ?

Bonjour

Rond-point. Nous sommes ici au carrefour de la politique et de la réduction des risques. Dans les Landes. Hervé Seyve, maire LR de la commune forestière de Saint-Jean-d’Illac vient de prendre un arrêté municipal : interdiction de fumer en voiture – du moins si votre véhicule n’est pas équipé de cendrier. L’initiative de l’édile fait suite à celle du préfet de Gironde qui, canicule oblige, avait porté sa vigilance « feux de forêt » au niveau « orange » (3 sur une échelle de 5). Et c’est ainsi qu’à Saint-Jean-d’Illac il est « interdit de fumer dans des véhicules non pourvus de cendrier », interdiction qui vaut « pour les véhicules circulant près des forêts » mais aussi pour «  les véhicules en stationnement, jusqu’à une distance de 200 mètres des bois, landes, pins ».

Le maire s’en est expliqué à l’AFP : « Avec une amende de quelque 15 euros, il ne s’agit pas de réprimer, mais de marquer les esprits ». Il dit aussi avoir été « ulcéré de voir à plusieurs reprises cet été, des gens jeter leurs mégots de leur voiture, sur des routes à grande circulation longeant des espaces boisés de la commune ». La mémoire est vive  : Saint-Jean-d’Illac avait, il y a quatre an, été victime d’un grand incendie de forêt, l’un des plus importants de la décennie en Gironde : six cents hectares de pins détruits avec comme principale hypothèse le mégot de cigarette jeté en bord de route.

Poursuivre l’œuvre socialiste de Marisol

Le maire n’est pas seul dans son combat : la sénatrice  Nathalie Delattre (Rassemblement démocratique et social européen, Gironde)  vient d’adresser une question écrite au gouvernement pour demander « l’obligation pour les constructeurs (automobiles) de prévoir un cendrier dans les véhicules afin de lutter contre le risque incendie » :

« Le vrai problème c’est que les constructeurs ne prévoient plus de manière systématique de cendrier dans les véhicules. Le réflexe devient alors de jeter le mégot par la fenêtre Il est tout à fait possible d’imposer un certain nombre de contraintes techniques, c’est d’ailleurs déjà le cas au sein du Code de la route, dans la partie règlementaire relative aux dispositions techniques du véhicule. Je demande au gouvernement de prendre ses responsabilités ! ».

L’heure est grave. Une étude que vient de publier Vinci Autoroutes établit que plus d’un conducteur sur trois (37 %) jette toujours des déchets par la fenêtre de sa voiture. Et près d’un sur six (16 %) se débarrasse ainsi de mégots (soit plus d’un fumeur en voiture sur deux – les hommes plus que les femmes). « Cette étude de Vinci marque une dégradation quant au jet de mégots par les conducteurs au volant : 16 % cette année contre 14 %, il y a un an » observe le site des buralistes français. Face au risque de feux de forêts les buralistes de l’arc méditerranéen sont déjà mobilisés : notamment à travers une campagne de communication dans leur point de vente ‘’Votre mégot brûle la forêt’’. »

Prévenir les esclaves du tabac de bien vouloir respecter les poumons de nos territoires ? Imposer le retour des cendriers dans les habitacles motorisés ? Le changement, dès maintenant ! Faudrait-il ici rappeler que depuis Marisol Touraine (Code de la  santé publique – Article L3511-7-2) « il est interdit à tous les occupants d’un véhicule de fumer en présence d’un enfant de moins de dix-huit ans ». Agnès Buzyn aura-t-elle, face au réchauffement climatique,  le courage de poursuivre l’œuvre entreprise par sa prédécesseuse socialiste : « il est interdit à tous les occupants d’un véhicule de fumer ». Point-barre.  

A demain @jynau

Sexualité pratique et réduction des risques: mais que fait la police sanitaire des préservatifs ?

Bonjour

C’est l’été 2019 mais rien ne change : lire le (déjà vieux) Prescrire et, en même temps, s’intéresser au (toujours jeune) Slate.fr. Le mensuel-indépendant-de-Big-Pharma) se penche, dans son numéro aoûtien, sur les préservatifs masculins. Et tire un signal d’alarme : un contrôle effectué avant l’été par la police de Bercy révèle les dangers de certains de ces outils : « Qualité et sécurité des préservatifs ». Extrait :

« (…) Onze prélèvements ont été effectués. Ils ont concerné aussi bien les préservatifs traditionnels que les préservatifs lubrifiés. Ces derniers incluent les préservatifs enduits de spermicides, incorporant un anesthésique local, ainsi que les préservatifs dits « de fantaisie » qui présentent des traitements de surface ou des coloris particuliers. Le taux de non-conformité des échantillons analysés est de 82 %. (…) »

Non-conformité ? Présence de perforations sur un prélèvement. Ce dispositif, déclaré non conforme et dangereux, a fait l’objet d’un retrait-rappel volontaire du lot incriminé par le distributeur. Ce distributeur aurait informé l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament ainsi que le mandataire (« basé hors du territoire français »), de cette non-conformité. Il s’est engagé à mettre en place un retrait-rappel sur un second lot dans le cas où les analyses futures conclueraient au résultat « non conforme et dangereux ». Les professionnels ayant stocké le lot de cette référence de préservatifs ont été invités à le retirer de la vente et à apposer dans leur commerce une affiche à destination de leur clientèle afin que le produit soit ramené dans le lieu de vente (sic).

Non-conformité ? Un défaut de dimension (la largeur mesurée étant inférieure à la largeur indiquée sur l’étiquetage) ; largeur non indiquée ; absence d’indication de lubrification ou non ; nom du fabricant ou du mandataire non indiqué ;  absence de description du préservatif (présence de réservoir notamment) ; absence d’indications au niveau de la notice d’utilisation (effets secondaires, précautions de manipulation, mode d’emploi et mentions concernant le retrait du préservatif, instructions concernant l’élimination du préservatif usagé, mention relative à la nécessité de consulter un médecin ou un pharmacien pour ce qui concerne la compatibilité des préservatifs avec différents traitements et prescriptions).

«SORTEZ COUVERTS!®» et #niquesanspanique

Où l’on en vient à se demander ce que fait, en aval de Bercy, la police sanitaire. Et ce d’autant que Slate.fr (Elsa Gambin) pointe une autre difficulté de taille : la pénurie de « préservatifs gratuits ».

On se souvient peut-être de l’arrêté-gratuité de février dernier signé d’Agnès Buzyn,  ministre des Solidarités et de la Santé ; un arrêté qui aurait réjoui les surréalistes comme les gauchistes de 68 : « Arrêté du 14 février 2019 portant inscription du préservatif masculin lubrifié SORTEZ COUVERTS ! du laboratoire POLIDIS au titre I de la liste des produits et prestations remboursables prévue à l’article L. 165-1 du code de la sécurité sociale ».

Nous étions alors dans la suite d’EDEN® fabriqué en Thaïlande et commercialisé par « Majorelle 1erlaboratoire citoyen ». C’était «SORTEZ COUVERTS!®» du laboratoire Polidis. « Sortez couverts » ? Une locution verbale popularisée par le slogan « Sortez couverts ! » de l’animateur de télévision français Christophe Dechavanne dans le cadre de la lutte contre le sida 1.  Littéralement elle signifie « sortir avec des vêtements protégeant de la pluie ». Mais elle fut conçue  pour s’adresser surtout aux « jeunes », le verbe sortir étant ici à prendre dans ses connotations amoureuses et festives : sortir avec une fille ou un garçon, sortir en boîte, etc.

« Cet été, le Planning familial soulève une inquiétude, nous apprend Slate.fr. Il commence à s’alarmer d’un début de pénurie de préservatifs gratuits dans certains départements. Une préoccupation que l’association souhaite partager, notamment à travers une plateforme d’appels à témoignages, afin d’évaluer l’ampleur de la problématique sur les territoires.

Nommée Capotes on est à sec! et accompagnée du hashtag #niquesanspanique, la plateforme souhaite recueillir des paroles d’associations, mais également du secteur professionnel (infirmerie scolaire, travail social) et de bénéficiaires, qui ne trouveraient plus cet outil de prévention gratuitement. »

«L’idée est de rassembler un maximum de témoignages et de les faire remonter aux politiques. On ne lâchera pas là-dessus», assène Sarah Durocher, membre du bureau national du Planning familial. « Ne rien lâcher ! » et « Faire remonter aux politiques …» : seront-ce (de préférence à l’absence de panique) les slogans de cet été ?

A demain @jynau

1 Appel à la mémoire et au savoir des lecteurs de ce blog : à partir de quelle date l’OMS a-t-elle commencé à recommander le préservatif masculin comme méthode de prévention de l’infection par le VIH ? Question annexe : qu’en est-il aujourd’hui (et depuis quand) de la position du Vatican ?

C’est alors que Rachida Dati, en marche rapide vers la mairie de Paris, se piqua de crack

Bonjour

On l’avait oubliée. La revoici, cette fois sur le front des addictions. Ancienne garde des Sceaux controversée, aujourd’hui maire du VIIe arrondissement de Paris Rachida Dati entend ravir le trône d’Anne Hidalgo. Mais il lui faut d’abord obtenir l’investiture des Républicains, parti politique en déliquescence. Comment, dès lors, faire parler de soi ? En taclant l’édile et ses proches : par exemple les accuser publiquement de ne pas en faire assez en matière de lutte contre les addictions. Et en dénonçant l’existence d’un insupportable abcès à ciel ouvert : la « colline de crack », non loin de la porte de la Chapelle. L’attaque vient d’être lancée dans « Les Grandes Gueules » (sic) sur RMC-BFMTV.

Rachida Dati aime s’indigner et se plaindre,  dire qu’elle paie de sa personne. Elle nous affirme, ici, qu’elle est montée sur la colline pour mieux voir et comprendre le problème. « Aucun élu n’est jamais allé. Quand j’y suis allé une femme femme y avait accouché là-bas sur place totalement sous crack. J’ai discuté avec tout le monde. Des gens désespérés, des gens malades… Et vous savez ce que c’est la réponse de la mairie de Paris …? Un bus de crack ».

Un-bus-de-crack…. L’affaire somme comme une sale rafale de mitraillette. On entend la distribution gratuite de substance illicite à tous les étages de la sinistre colline. Une salle de shoot sur pneumatiques. Or il faut ici remonter au  projet du « plan crack » de la ville de Paris, en août 2018.  « Il y aurait plus de 8 000 consommateurs de crack à Paris dont 200 à 500 seraient en errance, notamment entre le squat de la Colline à la porte de la Chapelle (XVIIIe), la Goutte d’Or (XVIIIe), la gare du Nord (Xe) et Stalingrad (XIXe), rapportait en août 2018 Le Parisien. Des toxicomanes sans abri en grande souffrance psychique dont la prise en charge est très difficile. ‘’C’est un engrenage : plus ces gens sont en déshérence, plus ils consomment, plus ils dealent pour consommer et les choses empirent » souligne l’adjointe à la Santé (EELV) Anne Souyris. »

Une situation d’autant plus délicate, ajoutait alors le quotidien parisien, que les fumeurs de crack ne peuvent pas avoir accès à la « salle de shoot » près de la gare du Nord qui n’autorise que les drogues par injection. D’où l’idée d’un « bus itinérant permettant l’inhalation » soumise par l’élue à la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). « Un bus itinérant permettrait d’aller au plus près de consommateurs qui d’eux-mêmes ne se tournent pas vers les institutions et d’entamer un suivi » expliquait-elle.

Les lésions de la toxicomanie sont irréversibles

Une telle expérimentation nécessiterait une modification de la loi. La loi n’a pas changé. Ni Agnès Buzyn ni Anne Hidalgo ne semble vraiment passionnées par le sujet. Toutefois, fin mai 2019, un plan de neuf millions d’euros sur trois ans a  été signé (Le Parisien, Cécile Beaulieu) avec cinq acteurs majeurs (préfectures de région et de police, Ville de Paris, Agence régionale de santé et Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives -Midelca).

Le « bus de crack » évoqué par Rachida Dati est absent de ce plan. En revanche différentes mesures ont été décidées. « Les maraudes médico-sociales sur les points de fixation et dans le métro, notamment sur la ligne 12, auront désormais lieu 7 jours 7. En outre, pour favoriser l’entrée dans les parcours de soins, 80 nouvelles places d’hébergement, pérennes pour les usagers de crack, s’ajouteront aux 72 existantes, précisait Le Parisien. Le renforcement du dispositif Aurore permettra, lui, d’ouvrir 60 places de mise à l’abri à l’hôtel, avant que les hébergements pérennes s’y substituent. Objectif : limiter à tout prix l’errance des toxicomanes, qui bénéficieront, en outre, de salles de repos, à proximité des lieux de consommation. Le plan prévoit également une équipe dédiée à la médiation avec les riverains et la création d’un groupe d’enquêteurs spécialisés dans les stupéfiants, à un niveau intermédiaire entre commissariat de quartier et police judiciaire. »

Annoncé également, un local, de type Caarud (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues), avec une aide médicale et sociale, des sanitaires, où les consommateurs de crack pourront être reçus dans des conditions dignes et salubres. « Dormir quelques heures, cela permet d’espacer les prises, de drogue, soulignait en mai Anne Souyris, qui espère que les accueils de jour contribueront à casser la dépendance des crackeurs. »

Rachida Dati n’a pas parlé de tout ceci.  Restera, pour les auditeurs, un-bus-de-crack…. « Les lésions de la toxicomanie sont irréversibles, croit savoir l’ancienne garde des Sceaux. J’aurais voulu qu’on fasse comme à Strasbourg, qu’on essaye de les sortir de leurs addictions avec un plan médical. Rien n’est fait dans la lutte contre les addictions, c’est là qu’on doit mettre les moyens. Pour sortir les gens de leurs addictions rien n’est fait. C’est une réalité. »

Pour un peu on douterait de sa sincérité.

A demain @jynau

Cannabis légal et «PMA pour toutes» : le Rassemblement national lève son voile sociétal

Bonjour

« Sociétal » : « Qui se rapporte aux divers aspects de la vie sociale des individus, en ce qu’ils constituent une société organisée ». Le très jeune eurodéputé (Rassemblement national, France) Jordan Bardella a exprimé ce vendredi 21 juin son opposition à la légalisation du cannabis. Sur RTL il a calmement expliqué que cela enverrait « un signal dramatique en termes de banalisation de la consommation» de drogue. Cette personnalité politique montante s’exprimait au lendemain de la publication d’une note par des économistes chargés de conseiller le Premier ministre et prônant cette légalisation. Jordan Bardella, 23 ans, a étrillé cette «vieille relique soixante-huitarde».

«C’est une drogue qui a des conséquences dramatiques sur la santé publique, la santé des enfants», a(-t-il doctement expliqué. «Légaliser le cannabis c’est envoyer un signal dramatique en termes de banalisation de la consommation de ce genre de produits», a-t-il poursuivi. «Au RN, »nous y sommes opposés. Affirmant n’avoir jamais consommé de cannabis ni de tabac car il a «la santé saine», Jordan Bardella a rappelé avoir «grandi en Seine-Saint-Denis» où il a «vu le trafic» dans certains quartiers. «Il faut surtout renforcer la prévention et expliquer dès le plus jeune âge que ces drogues sont nocives», a mis en avant le deuxième vice-président du RN. «Il faut mettre tous les moyens pour éradiquer le trafic de drogue qui mine les territoires», a-t-il insisté. Pour l’heure ni le Premier ministre ni le président de la République n’ont osé prendre la parole sur le sujet.

Construction psychologique de l’enfant

Dans le même temps la cheffe du RN sort de sa traditionnelle réserve sur les sujets sociétaux pour mieux embrasser l’électorat conservateur. « La prise de position n’a rien d’inédit. Elle a pourtant eu l’effet d’une détonation au sein du parti à la flamme, résume Le Figaro (Charles Sapin). Invitée mercredi 19 juin de Ruth Elkrief sur le plateau de BFM TV, Marine Le Pen a été amenée à se positionner sur l’ouverture de PMA aux couples de femmes. «Nous sommes contre, a rétorqué (sans ciller) la cheffe du RN. J’entends beaucoup parler d’envie. Moi ce qui m’intéresse, c’est l’intérêt de l’enfant. Or pour l’instant, et j’aimerais que cela reste comme cela, un enfant a un père et une mère. Il faut que cette filiation soit reconnue […] Tout ce qui contribue à dissimuler cette vérité biologique, qui est utile pour la construction psychologique de l’enfant, je suis contre.»

« Une prise de position, plus ferme qu’à l’accoutumée, contrastant avec le peu d’appétence prêté à la patronne du RN pour les sujets sociétaux, observe Le Figaro. ‘’Marine Le Pen a toujours considéré que ce sont des sujets de guerre civile. Elle a suffisamment été jugée par les cathos moralistes pour en devenir une elle-même’’, confiait un membre de son entourage lors des Etats généraux de la bioéthique en 2018.  Un constat vérifié au moment des mobilisations contre le ‘’Mariage pour tous’’ lors du dernier quinquennat. »

Sur ce sujet Emmanuel Macron postule désormais que les débats  seront apaisés.

A demain  @jynau

Cannabis et récréation : voici la Note présentée à Emmanuel Macron et Edouard Philippe

Bonjour

Depuis vingt-quatre heures les médias généralistes ne traitent plus, ou presque, que du cannabis. Le « thérapeutique » comme le « récréatif ». Au risque d’ajouter à la confusion générale. Dans ce brouillard, un document officiel est à verser à l’épais dossier : une « Note » du « Conseil d’analyse économique » (CAE) 1. Son titre ne manque pas d’intriguer. La voici : « Cannabis : comment reprendre le contrôle ? ». Pitch :

« En dépit d’une des politiques les plus répressive d’Europe, les Français, et en particulier les mineurs, figurent parmi les plus gros consommateurs de cannabis de l’Union Européenne. Le système actuel de prohibition ne fonctionne pas : il est inapte à protéger les plus fragiles, il pèse lourdement sur les dépenses publiques et il profite au crime organisé. Dans cette nouvelle « Note du CAE », Emmanuelle Auriol et Pierre-Yves Geoffard explorent les réformes à entreprendre pour reprendre le contrôle de ce marché.

« En s’appuyant sur l’analyse économique et l’étude des expériences étrangères récentes, ils défendent l’idée selon laquelle la légalisation du cannabis récréatif, strictement encadrée, permet à la fois de restreindre l’accès au produit pour les plus jeunes, de lutter contre la criminalité, et de développer un secteur économique créateur d’emplois et de recettes fiscales. »

Cette « Note » a été présentée aux cabinets du Premier ministre et du Président de la république, ainsi qu’à celui du Ministre de l’Economie le 4 juin 2019. Elle a également été présentée au directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur et à celui de la ministre de la Santé les 5 et 12 juin 2019. Nous sommes le 20 juin. Edouard Philippe, Christophe Castaner et Agnès Buzyn gardent un religieux silence. Pour l’heure le président Emmanuel Macron rend hommage à la mémoire, au savoir et à la carrière de Georges Pompidou (1911-1974).

A demain @jynau

1 Placé auprès du Premier ministre, le Conseil d’analyse économique réalise, en toute indépendance, des analyses économiques pour le gouvernement et les rend publiques. Il est composé d’économistes universitaires et de chercheurs reconnus.

Premières révélations de l’anesthésiste de Besançon accusé de vingt-quatre empoisonnements.

Bonjour

C’est une exclusivité de La Nouvelle République (Emmanuel Coupaye). Le quotidien régional a recueilli (à Poitiers où la justice le contriant à résider) les premiers mots à la presse du Dr Frédéric Péchier, médecin anesthésiste de Besançon (Doubs) accusé de vingt-quatre empoisonnements qu’il « conteste farouchement ». « A mots comptés, contenus parfois, il évoque ses sentiments, les accusations, la dernière audience, l’ultime rebondissement… en évitant soigneusement de rentrer dans le détail de la procédure pour ne pas prêter le flanc aux critiques. Même si cela lui brûle les lèvres… » précise le quotidien.

Son avenir ? « Il est catastrophique ! L’Ordre ne m’a pas interdit d’exercer mais je sais que ma carrière est finie, dit-il. Je ne ferai plus d’anesthésie, c’est impossible. Comment voulez-vous que je sois serein en endormant un patient, vous allez repenser à tout, au moindre pépin, on va venir me voir. Ma vie professionnelle est foutue, quinze ans d’études pour rien. J’ai le bac en poche pour retravailler, voilà ! »

Pourquoi avoir choisi l’anesthésie comme son père ?  « Mais, je n’ai pas choisi l’anesthésie au départ, j’avais choisi médecine, dit-il. J’ai d’abord fait de la pneumologie comme interne, puis j’ai été en médecine interne, après j’ai fait un stage au Samu et c’est là que j’ai commencé à me dire que c’était intéressant car l’anesthésie allie la réflexion médicale et le côté technique.  Le fait que mon père soit déjà anesthésiste à Poitiers, ça n’a pas joué. Quant à l’ affaire des anesthésistes de Poitiers 1 dont on a beaucoup parlé, j’avais 12 ans, en 1984 quand ça s’est passé. C’est aberrant ce genre de rapprochement !» 

Le fait que le parquet général de Besançon va se pourvoir en cassation pour obtenir son incarcération ? Pour lui c’est  «  un véritable acharnement ».  Et de mettre en cause le rôle pouvant être joué par la mécanique judiciaire et par la presse.

« Je suis dépité de constater qu’encore une fois, les avocats des parties civiles déforment tout. J’espère que la lumière sera faite sur les conditions dans lesquels le dossier d’instruction a été communiqué à la presse (…) Les avocats des parties civiles ont raconté tout et n’importe quoi pour me nuire le plus possible et essayer de me faire passer pour un coupable (…)  Ils sont à l’origine d’articles de presse aberrants et de déclarations fausses (…) A chaque fois qu’il y a un huis clos, les journalistes rapportent des propos qu’ils tiennent des uns et des autres sans assister à l’audience et avoir directement accès aux débats.

« La seule fois où des journalistes ont pu assister à une audience, c’était en avril 2017 pour la modification de mon contrôle judiciaire. Le fond du dossier avait quand même été abordé et le nom de certaines personnes de la clinique avait été cité, à leur grande fureur d’ailleurs (…) A la sortie de l’audience, les journalistes étaient venus me parler en disant : “ On ne comprend plus rien, ça ne cadre pas avec ce que l’on nous a raconté, ça n’est pas l’enquête qu’on nous a racontée ! ” ça m’a frappé. Ils découvraient les vraies raisons de ma mise en examen. »

Les vingt feuilles du rapport psychocriminologique

Sur le fond ? « Depuis deux ans, je clame mon innocence, et je la clame toujours, affirme-t-il. Moi, je connais le fond du dossier, je ne suis donc pas surpris de cette situation. Mais je comprends que ça choque les gens avec toutes les accusations lancées contre moi. Ce que je retiens, c’est que le dossier n’est pas si clair que ça et qu’il n’y a pas de preuves de ma culpabilité. Vous pensez bien que sinon, je serais en détention. Sur les vingt-quatre cas que l’on me reproche, s’il existait la moindre preuve matérielle ou le moindre témoignage, je ne serais pas là. »

« J’ai l’habitude d’entendre les avocats adverses qui n’ont pas bien compris ni travaillé leur dossier, et qui s’attachent à quelques petits détails pour faire de grandes déclarations. L’un des avocats des parties civiles est quand même allé jusqu’à me comparer à Hitler, ça vient faire quoi ça dans le débat !

Pareil, ils se sont précipités sur le rapport psychocriminologique, en considérant son contenu comme acquis alors que le rédacteur ne m’a même pas vu ! Ils ne se sont appuyés que là-dessus : c’est vingt feuilles sur les 13.000 pages du dossier. En revanche, ils n’ont pas tenu compte de l’expertise psychiatrique faite par un collège d’experts qui vont complètement à l’inverse de ce rapport : pas de caractère rigide ou sensitif, ni d’éléments de nature narcissique pas de recherche de grandeur ni de tendance à l’affabulation. Au total, ils retiennent que j’ai une personnalité normale et pas celle d’un tueur en série, mais ça, on en fait abstraction, c’est affligeant ! »

S’intéresser à l’affaire, éminemment complexe, de l’anesthésiste de Besançon impose de découvrir la totalité de cet entretien (qui é été relu par l’intéressé avant publication). L’affaire de Poitiers avait duré quatre longues années. Combien pour celle du Dr Frédéric Péchier ?

A demain @jynau

1 « Affaire de Poitiers » ou  « Affaire Mériel ». En 1984, une patiente meurt au CHU de Poitiers lors d’une opération. Les tuyaux amenant le gaz au respirateur ont été inversés. L’enquête révèle de vives tensions au sein du service. En 1988 la cour d’assises de la Vienne prononce l’acquittement de l’anesthésiste, de l’interne et du chef de service.

Vingt-quatre empoisonnements, neuf mortels : comment l’affaire bisontine évoluera-t-elle ?

Bonjour

Son nom peine à imprimer : le Dr Frédéric Péchier. Aussi les médias parlent-ils de « l’anesthésiste bisontin ». L’affaire est simplement inimaginable. Aussi cherche-t-on des points d’ancrage. Et, quand ils se souviennent, les médias évoquent « l’affaire Mériel » (CHU de Poitiers, 1984, un mort).

La cour d’appel de Besançon a, le 12 juin,  maintenu le Dr Frédéric Péchier, soupçonné de vingt-quatre empoisonnements dont neuf mortels, en liberté sous contrôle judiciaire. L’information a été donnée par les avocats de la défense et ceux des parties civiles. À l’issue de quatre heures de débats et d’une heure de délibéré les magistrats bisontin ont (à nouveau) laissé le médecin anesthésiste libre – comme il l’est depuis sa première mise en examen, prononcée en mars 2017, pour sept premiers cas d’empoisonnement.

Me Jean-Yves Le Borgne, l’un des avocats du médecin : « La chambre de l’instruction a purement et simplement confirmé la décision qui avait été prise au mois de mai par le juge des libertés et de la détention. C’était ce que nous sollicitions, c’était ce que nous espérions, c’était dans notre esprit ce que l’équité mais aussi le droit et la procédure pénale française commandaient. Nous vous le disons avec force, le Dr Péchier est présumé innocent (…), c’est un dossier en l’état sans preuves, il y a encore beaucoup d’actes d’investigation à accomplir ».

La démesure de l’ego

C’est peu dire que les parties civiles ont mal compris la décision des magistrats bisontins. Les chaînes télévisées ont amplement relayé leurs réactions. A ce stade l’affaire est d’un peu banale complexité, comme en témoigne un remarquable dossier du Parisien (Louise Colcombet) : « Anesthésiste de Besançon : révélations sur le mobile présumé du docteur Péchier En plus d’un ‘’ego démesuré’’, les enquêteurs soupçonnent le docteur Péchier d’avoir empoisonné des patients pour se venger de ses confrères. Le mobile est selon eux pluriel. Narcissisme confinant à la mégalomanie ou volonté de régler ses comptes par patients interposés ? (…) ».

Où l’on en revient à cette fascination que peut exercer le « fait divers ». Un sujet traité dans Libération ( Frédérique Roussel) : « Ecrire un fait divers est un défi lancé au réel » – un remarquable entretien avec Frédérique Toudoire-Surlapierre (« Le fait divers et ses fictions » Minuit, 192 pp., 18 €).

« Le fait divers n’existe que par les médias. Si un crime a lieu mais qu’il n’est pas signalé dans le journal, ce n’est pas un fait divers. Donc sa première expression est médiatique ; elle se caractérise souvent par la concision, la surprise, elle est un surgissement de l’extraordinaire dans une vie ordinaire. En revanche, le fait divers littéraire est tout autre puisque l’écrivain développe l’intrigue, il donne aussi des éléments de biographie des protagonistes, il rend compte de la complexité, voire de l’ambivalence des faits. C’est le cas de Truman Capote avec De sang-froid, Philippe Jaenada avec La Serpe, Lola Lafon avec Mercy, Mary, Patty, Emmanuel Carrère avec L’Adversaire à sa façon. »

Quel écrivain, s’emparera, demain, de l’affaire de l’anesthésiste bisontin ?

A demain @jynau