Adama Traoré « médicalement condamné » avant même d’être rattrapé par les gendarmes ?

Bonjour

On se souvient de la mort d’Adama Traoré le 19 juillet 2016. Une mort suivie d’une intense polémique 1 concernant pour l’essentiel la cause du décès de  ce jeune homme de 24 ans lors de son interpellation par les forces de l’ordre (gendarmerie) à Beaumont-sur-Oise.  Plus de deux ans plus tard, et après deux autopsies médico-légales, l’affaire rebondit avec les résultats de l’expertise médico-légale « de synthèse », réalisée par quatre médecins et rendue aux deux juges d’instruction le 18  septembre. Ce nouveau – et probablement ultime – rapport n’apaisera pas la colère des membres de l’association –« Vérité et justice pour Adama ». Les quatre experts, dans ce document que Le Monde (Nicola Chapuis) a consulté, exonèrent les gendarmes de toute responsabilité.

« Les médecins commencent pourtant par battre en brèche les constatations de leurs confrères : non, Adama Traoré n’avait pas un cœur défaillant, contrairement à ce qu’avançaient les précédentes expertises. Sa taille importante était plus certainement due à sa pratique sportive intensive qu’à une malformation (sic). »

Pour expliquer le décès, les -médecins décrivent un surprenant « enchaînement de réactions ». Et font état des différentes pathologies dont souffrait Adama Traoré. Il était ainsi atteint d’un « trait drépanocytaire » qui avait été diagnostiqué de son vivant. On sait qu’il s’agit ici de la forme hétérozygote de la drépanocytose.  Cette caractéristique génétique est le plus souvent considérée comme asymptomatique et bénigne. Pour autant certains spécialistes estiment qu’elle pourrait être de nature à modifier le métabolisme et la structure musculaire de son porteur.

Outre ce « trait » Adama Traoré était atteint d’une « sarcoïdose »  dite « de stade 2 »  dont il ignorait l’existence. Il s’agit ici d’une « maladie multisystémique de cause inconnue caractérisée par la formation de granulomes immunitaires dans les organes affectés – le plus souvent les poumons ».

« L’évolution et la sévérité de la sarcoïdose sont très variables. Dans la plupart des cas bénins (régression spontanée dans les 24-36 mois), aucun traitement n’est nécessaire, mais le patient doit être suivi jusqu’à rémission complète. Dans les cas plus sévères, un traitement médical doit être prescrit initialement ou, selon les manifestations et leur évolution, à certaines périodes. Le principal traitement de la sarcoïdose est une corticothérapie systémique d’une durée minimum de 12 mois. » 

Cercle vicieux, cercle mortel

Pour les quatre experts auteurs de la « synthèse »  c’est la fuite du jeune homme – il avait échappé par deux fois aux gendarmes avant de se réfugier dans l’appartement où il sera interpellé – qui est à l’origine du processus fatal.  Les experts relèvent aussi le rôle qu’a pu jouer la température élevée (supérieure à 30 °C) du 19  juillet 2016 dans la région parisienne. Conséquence : Adama Traoré se serait donc retrouvé dans un état d’ « hypoxémie » majoré par sa sarcoïdose, de « déshydratation » due à la chaleur, d’ « hyperviscosité sanguine » provoquée par l’effort et de « stress majeur » dû à la poursuite dont il était l’objet.

Un « cercle vicieux » en somme – qui aurait déclenché une «  crise drépanocytaire aiguë avec syndrome thoracique »  proquant  peu à peu à « une anoxie tissulaire » et à la mort du jeune homme. « Le décès de M. Adama Traoré résulte donc de l’évolution naturelle d’un état antérieur au décours d’un effort », concluent les médecins légistes qui, de manière surprenante, estiment que « son pronostic vital était déjà engagé » à son arrivée dans l’appartement.

Oublié, donc, la mort causée par l’interpellation musclée du jeune homme et la technique spécifique d’immobilisation (avec genoux dans le dos) qui a bel et bien provoqué une « compression thoracique ». Cette dernière était, assurent les exeprts, « insuffisante pour avoir joué un rôle significatif dans le décès de M. Adama Traoré ». Un homme condamné avant même d’être rattrapé par les gendarmes ?

« Les gendarmes auteurs de l’interpellation y verront la preuve de leur innocence, conclut Le Monde. La famille d’Adama Traoré interprétera le ton catégorique du rapport comme la confirmation qu’ils se heurtent à un mur judiciaire. »

A demain

1 Tous les articles de ce blog concernant l’affaire Adama Traoré sont disponible à cette adresse : https://jeanyvesnau.com/?s=traor%C3%A9

 

Hugo Lloris inculpé pour ivresse au volant : le football, la célébrité, la fatalité. Et après ?

Bonjour

En France les médias radiophoniques font mine de s’indigner. Lui ? Le « gendre idéal » ? Lui, le « portier vainqueur du Mondial » ? Les faits : Hugo Lloris, 31 ans, a été inculpé pour conduite en état d’ivresse par la police de Londres (Metropolitan Police). Le gardien tricolore et du club de Tottenham a été contrôlé vers 2 h 20 le vendredi 24 août  dans le centre de Londres. Un « test de routine « qui a permis de détecter qu’il conduisait en état d’ivresse –  selon le quotidien britannique The Sun.

Le gardien a passé sept heures au commissariat situé près de Charing Cross à Londres. Il aurait même passé quelques heures en cellule de dégrisement afin de retrouver ses esprits, selon le média britannique. Il est finalement ressorti libre avoir dû se plier au prélèvement de ses empreintes digitales, de son ADN et à des photographies d’identité judiciaires.

Puis le « gendre idéal » a présenté ses excuses : « Je tiens à m’excuser de tout cœur auprès de ma famille, du club, de mes coéquipiers, du manager et de tous les supporteurs. L’alcool au volant est totalement inacceptable, j’assume l’entière responsabilité de mes actes et ce n’est pas l’exemple que je souhaite donner. »

« Bagatelle »

En Angleterre le taux légal d’alcoolémie au volant (à ne pas dépasser) est de 0,8 g par litre de sang –  0,5 g en France. Un autre quotidien britannique, le Daily Mail, précise que Lloris a dîné au « Bagatelle », un restaurant franco-méditerranéen du quartier de Mayfair, en compagnie de deux autres joueurs qui évoluent à Londres, un autre champion du monde, Olivier Giroud (Chelsea), et Laurent Koscielny (Arsenal), absent du tournoi russe pour cause de blessure. Le journal a publié une photo postée sur Instagram par le DJ Alexandre Billard qui pose avec les trois Bleus.

Hugo Lloris sera convoqué le 11 septembre prochain devant le tribunal de Westminster pour répondre de ses actes. Côté français on temporise :  « c’est une affaire privée qui n’aura pas d’incidence sur le prochain rassemblement de l’équipe de France » a confié la Fédération française de football auprès de  l’AFP.  Noël Le Graët, son président, évoquera cet « incident » avec le capitaine de la sélection à l’occasion de ce rassemblement de septembre. Capitaine en sélection comme en club, Hugo Lloris est unanimement décrit par ses coéquipiers comme un joueur respecté, dont la parole est rare mais forte. Mais sans excès, d’aucun type.

On lira le long entretien qu’il a accordé à L’Equipe (Vincent Duluc). Un entretien publié dans l’édition datée du 24 août. Un entretien intitulé « Le film de ma vie défile ». Mis en kiosque quelques heures après le contrôle londonien post-Bagatelle Un incident. Certes. La fatalité, le football, la célébrité. Et après ?

A demain

 

Affaire Benalla : aura-t-elle ou pas un impact sur l’agenda politique de la «PMA pour toutes» ?

Bonjour

Voici, sous les ors élyséens, venu le temps des grands embarras. A commencer par cette extraordinaire affaire Benalla – une affaire depuis trois jours au cœur de tous les médias généralistes, de toutes les interrogations politiques.

« L’affaire Benalla est une affaire judiciaire et politico-médiatique française impliquant entre autres personnes Alexandre Benalla, chargé de mission et la sécurité du président de la République Emmanuel Macron, résume déjà, avec sa charmante distance synthétique, Wikipédia. Il est accusé d’avoir violenté un couple de personnes et usurpé la fonction de policier lors des manifestation du 1er mai 2018 à Paris. L’opposition et une partie des médias soulèvent la question de la responsabilité du cabinet et de l’exécutif pour ne pas avoir signalé les faits au procureur de la République de Paris, ou critiquent la gestion médiatique de l’affaire. La majorité parlementaire critique une politisation du dossier. »

L’affaire a aujourd’hui toutes les caractéristiques d’une affaire d’Etat. Elle déstabilise un président de la République qui se refuse à prendre la parole pour s’expliquer ; un président qui, soudain, a perdu les clefs des « horloges » dont il croyait, hier encore, être le maître. C’est aussi une affaire qui survient alors même qu’Emmanuel Macron peinait ouvertement à maîtriser ses troupes sur un sujet à forte symbolique politique et sociétale : la « PMA pour toutes ».

Peu avant que n’éclate l’affaire Benalla la confusion était générale. Avec, fait inédit, des prises de parole publiques divergentes au sein de la majorité La République en marche, pour appeler à traduction rapide, dans la loi, de ce qui fut une « promesse de campagne » du candidat Macron.

« Se faire mousser »

Puis, mercredi 17 juillet, une réponse officielle. « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation », a prévenu, à l’issue du conseil des ministres, Benjamin Griveaux, porte-parole de l’exécutif. « Il faudra que nous présentions, et nous nous étions engagés, un projet de loi qui sera présenté en conseil des ministres avant la fin de l’année, pour un examen au début du premier trimestre de l’année prochaine », a-t-il déclaré. Ce projet de loi englobera plusieurs thématiques de bioéthique, dont la PMA. Le gouvernement préfère en effet que ce sujet ne soit pas « isolé » des autres.

Le gouvernement s’oppose ainsi ouvertement à plusieurs dizaines de ses députés ouvertement désireux d’avancer au pas de charge. Il désavoue également le député macronien Guillaume Chiche qui avait annoncé, dans Le Journal du dimanche du 15 juillet, son intention de déposer une proposition de loi. Un député qui avait publiquement reçu le soutien du président de l’Assemblée nationale François de Rugy.

Or voici que peu après Richard Ferrand, président du groupe LRM à l’Assemblée, repoussait cette hypothèse et tançait son collègue Chiche, par ailleurs critiqué par d’autres membres de la majorité dénonçant un élu voulant « se faire mousser » au détriment du « collectif ». Etrange ambiance dans une équipe hier encore soudée après son raz-de-marée.

« PMA pour toutes » : ce dossier est d’une particulière sensibilité pour le gouvernement comme pour la majorité présidentielle au sein de laquelle (on le découvre aujourd’hui) cohabitent des « sensibilités » très différentes. Benjamin Griveaux, réfute le moindre « début d’un commencement d’un mollissement du gouvernement » sur la question. Quant à Emmanuel Macron, il n’a cessé d’exprimer son souhait, avant de légiférer, d’obtenir un « débat apaisé ».

Force est de constater, dans ce mois de juillet avançant, que le temps est moins que jamais à l’apaisement. Sans parler de l’orage à proximité du Palais, qui pourrait bien bouleverser horloges et calendriers.

A demain

Cannabis, drogues douces, drogues dures: hypocrisie et phrase du jour (France Inter)

 

Bonjour

C’est l’été et l’Angélus sur France Inter avec disparition de Nagui. Le temps de réfléchir. Nouvelle émission : « Le débat de midi » #débatdemidi. Aujourd’hui : « Cannabis : la grande hypocrisie ? ». William Lowenstein, médecin addictologue, président de SOS addictions ; Eric Poulliat, co-rapporteur de la mission parlementaire d’information relative à l’application d’une procédure d’amende forfaitaire au délit d’usage illicite de stupéfiants ; Nicolas Prisse, président de la MILDECA.

Rien de nouveau sous le soleil addictif et politique. Ou presque. Au Canada a donc franchi le pas : la consommation et la culture du cannabis vont devenir légales à partir du 17 octobre. En France s’ouvrent et se ferment des commerces qui vendent du cannabis plus ou moins « légal », plus ou moins « light ». Une enquête de Terra Nova laisserait penser que la moitié des Français – 51% – serait favorable à une dépénalisation.

Dans le même temps le pouvoir exécutif reste sourd et peut aisément être qualifié sinon de schizophrénique, du moins de dissociation éminemment hypocrite.

« Le cannabis reste un stupéfiant, martèlent les ministres de la santé et de la justice, rappelle France Inter.Mais les sanctions ne sont pas très lisibles et pas souvent appliquées : cela va d’un simple rappel à la loi à des peines de prison. Le gouvernement a donc décidé d’instaurer une amende forfaitaire : 300 euros pour les consommateurs. Nombreux sont ceux qui voient dans la politique française en la matière une forme d’hypocrisie. »

On écoutera, avec profit, l’émission. Et la phrase du jour : signée de William Lowenstein (45’30’’)« C’est pas tellement drogues dures drogues douces. C’est quels usages durs ou doux faisons-nous de ces substances psychoactives ».

Et ensuite ? Les Rita Mitsouko. « Alors c’est quoi » :

« Alors c’est quoi que j’appelle
c’est la joie, c’est elle
que les émois étincellent
et s’entremêlent encore nos voix.

A chaque fois je remets ça
1 2 3 ça recommence
à chaque fois je remets ça.

Réponds moi encore, montre toi
réponds moi encore, montre toi
réponds moi encore, et encore
et encore, encore une fois (…) »

C’est l’été sur France Inter.

A demain

 

Cannabis «légal» : Agnès Buzyn révèle à quel point le gouvernement ne maîtrise pas le sujet

 

Bonjour

Agnès Buzyn découvre soudain qu’il existe un marché du cannabis. Et que des lois peuvent sur ce sujet, varier selon les pays. Découvrant tout ceci la ministre des Solidarités et de la Santé a demandé à ses services « des notes » explicatives. Telle est, en substance, le message qu’elle vient de faire passer, ce dimanche 17 juin, sur RTL. C’est une réaction à la vague montante, en France, des ventes de CBD 1. Le symptôme, aussi, du profond embarras du gouvernement face à ce sujet à la lisière du licite et de qui pourraint le pas l’être.

Conclusion : le gouvernement veut clarifier la loi. Selon Mme Buzyn les établissements en question (qualifié de « coffee shops » mais qui peuvent être des bureaux de tabac) « détournent le droit ». A la question « auront-ils fermé dans quelques mois ? », elle a répondu : « Je pense qu’ils auront fermé ». Pas plus de précisions…

Pour la ministre « ces coffee shops se sont ouverts sur une zone grise du droit. Le droit dit que le chanvre peut être utilisé à des fins industrielles quand il contient moins de 0,2 % de THC [substance active du cannabis]. Il ne parle pas de produits en cigarette mais de la plante. Or ces magasins détournent le droit en disant que leurs cigarettes contiennent moins de 0,2 % de THC ».

Détourner le droit ? C’est-à-dire vrai un peu plus compliqué. « Il va falloir qu’on revoie la législation et revoir comment on met de l’ordre dans tout cela, reconnaît ainsi Mme Buzyn , évoquant un travail conjoint avec la DGCCRF (ministère de l’Economie). Aujourd’hui toute vente de cannabis à usage récréatif lorsqu’il contient du THC, quelle que soit la dose, est normalement condamnable. Mais c’est vrai que la législation sur les 0,2 % peut être un peu floue. » Et c’est aujourd’hui que l’exécutif en prendrait conscience ?

La « folle » bataille anti-tabac du gouvernement

La ministre n’oublie pas qu’elle fut (et demeure) médecin. « Je ne suis jamais hostile à ce qui peut soulager les douleurs (…). Je suis contre la légalisation du cannabis parce que je pense que c’est un produit toxique et dangereux, qui entraîne des troubles cognitifs majeurs chez des jeunes, un grand nombre d’accidents de la route… Et on n’est pas en train de lutter comme des fous pour faire en sorte que les Français arrêtent de fumer pour qu’ils se mettent à fumer du cannabis ! »

Si l’on osait on dirait à la ministre que cette alternative est quelque peu datée : les Français consomment, aujourd’hui, autant de cannabis que de tabac… La France devance toujours très nettement les autres membres de l’Union européenne quant à l’usage du cannabis. «En 2016, 42% des adultes de 18 à 64 ans déclarent en avoir déjà consommé au cours de leur vie, résume l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Avec des premiers usages qui se déroulent principalement entre 15 et 25 ans et une proportion d’expérimentateurs de cannabis maximale entre 26 et 34 ans pour les deux sexes, l’usage de cannabis demeure avant tout un phénomène générationnel.»

En écho, l’Insee, qui vient pour la première fois d’intégrer le trafic des drogues illicites dans le calcul du produit intérieur brut , évalue à un milliard d’euros la somme générée par le trafic de cannabis –et à 800 millions d’euros celle du trafic de cocaïne.

Mme Buzyn n’a pas dit pour quand elle avait demandé à ses services de lui remettre leurs notes sur ce qui existe sur le marché français et dans d’autres pays. Dans l’attente, les ventes peuvent-elles continuer ?

A demain

1 « Existe-t-il vraiment un cannabis ‘’légal’’ en France ? » Slate.fr 15 juin 2018

 

 

Premier ministre, Edouard Philippe a tranché : on sauvera  entre 300 et 400 vies chaque année

Bonjour

Le pouvoir exécutif exécute : après, hier, le « service sanitaire », le décret d’application abaissant de 90 km/h à 80 km/h la vitesse maximale autorisée sur 400 000 kilomètres de routes secondaires à partir du 1er juillet a été publié dans la nuit du 16 au 17 juin au Journal officiel – et ce après des mois de controverse et de tempêtes au sein même du gouvernement.

En pratique cette limitation de vitesse s’appliquera sur les routes secondaires à double sens sans séparateur central (muret, glissière) – soit 40 % du réseau routier français. Cette mesure vise à réduire la mortalité routière qui, après le plus-bas historique de 2013 (3 427 morts, métropole et Outre-mer), est repartie à la hausse entre 2014 et 2016. En 2017 : 3 684 morts. Et pourtant, paraxoxe caractéristique de l’automobile, un sondage publié en avril dernier concluait que 76 % des Français se déclaraient opposés à cette mesure.

Conscient du tollé qu’il allait susciter, le Premier ministre Edouard Philippe s’est toujours dit « prêt à assumer l’impopularité » de cette disposition qui permettra, selon les meilleurs spécialistes, de sauver 300 à 400 vies par an. Réticent (pour des raisons politiciennes) le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, avait préféré brandir un « joker » quand un élu l’avait interrogé sur le sujet. Triste réflexe et carte mortelle. Et silence assourdissant d’Emmannuel Macron, pourtant champion de la prévention.

Le Premier ministre avait été soutenu dans son action avec la publication, dans Le Monde d’une tribune percutante  ignée par un collectif rassemblant les anciens délégués interministériels à la sécurité routière 1 ayant exercé entre 1972 et 2015. Un texte visant à peser sur le président de la République et qui n’était pas sans faire songer à tous ceux que le quotidien vespéral a publié, dans les années 1980 et 1990, signés alors par un groupe des « cinq sages » emmenés par le redoutable Pr Claude Got. 2

Selon les signataires la décision de baisser la vitesse maximale à 80 kilomètres/heure sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central permettrait d’épargner tous les ans entre 300 et 400 vies et de réduire notablement le nombre des blessés graves.

« Réduire le nombre de morts et de blessés sur les routes françaises est un véritable enjeu de politique publique » a fait valoir le Premier ministre. Non sans courage. On aimerait qu’Edouard Philippe élargisse désormais son propos à l’ensemble des pathologies addictives – et développe, enfin, une véritable politique globale de « réduction des risques ». N’en déplaise aux jokers du ministre de l’Intérieur.

A demain

1 Christian Gerondeau, Pierre Mayet, Pierre Denizet, Jean-Michel Bérard, Isabelle Massin, Rémy Heitz, Cécile Petit, Michèle Merli, Jean-Luc Nevache, Jean-Robert Lopez, anciens délégués interministériels à la sécurité routière entre 1972 (année de création de la fonction) et 2015.

2 Ce dernier récidive aujourd’hui dans Le Journal du Dimanche via un longue étude originale réalisée pour la Ligue contre la violence routière. « A chaque fois, c’est la même chose : les routes qui concentrent le plus d’accidents mortels sont peu nombreuses, et sont très souvent sans séparateurs entre les deux voies ».

 

 

Si Big Tobacco doit disparaître, ce sera peut-être à cause des mégots de ses cigarettes

Bonjour

 « Mégot » :Bout de cigare, de cigarette non consumé. « Quand il avait fini une cigarette, il crachait son mégot devant lui et tentait à la volée, de le rattraper du pied » (Camus,Peste,1947, p.1413).

Peu connue du grand public Bruce Poirson, 35 ans, est secrétaire d’État auprès du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire. Elle convoque ce jeudi 14 juin les industriels du tabac : le gouvernement veut les obliger à « collecter les mégots jetés dans la nature ». Mme Poirson s’en explique dans Le Parisien/Aujourd’hui en France (Frédéric Mouchon).

« J’ai convoqué un à un les cigarettiers pour leur demander de lutter contre une pollution qui est devenue un fléau : les mégots. C’est le principal déchet que l’on retrouve sur nos trottoirs et dans la nature. Il est aujourd’hui à la charge exclusive des villes. Rendez-vous compte qu’il se vend en France près de 50 milliards de cigarettes et que l’on estime que plus de 30 milliards finissent dans notre environnement. »

 Mme Poirson attend des géants de Big Tobacco qu’ils reconnaissent la pollution que génèrent les mégots de leurs cigarettes – et qu’ils  fassent des propositions d’engagements concrets avec des solutions efficaces d’ici septembre. « C’est à ce moment-là que je ramasserai les copies. Si je suis ferme sur les objectifs, je n’ai en revanche pas de religion sur les moyens d’y parvenir » assure-t-elle.

 Silence sur la cigarette électronique

 Le Parisien fait observer à Mme Poirson que Big Tobacco estime que ce n’est pas aux industriels de payer le coût lié au traitement des mégots. Retour de volée :

« Personne ne peut se défausser de sa responsabilité. Et sur ce dossier, le Premier ministre veut des résultats rapides. Certes il y a de l’incivisme de la part de fumeurs et cela doit changer. Mais les industriels du tabac ont à assumer une responsabilité qui va jusqu’au déchet de leur produit. Il leur appartient de se soucier de ce que deviennent les milliards de mégots qu’ils génèrent, tout comme le fabricant de votre machine à laver a la responsabilité de se soucier de ce que devient votre vieil appareil une fois que vous le jetez. Ça s’appelle la responsabilité élargie du producteur, ça fait presque trente ans que cela existe en France pour bon nombre de produits. »

Et gare aux géants qui ne voudraient pas mettre d’emblée la main au porte-monnaie ! Ils seraient alors soumis au principe de la responsabilité élargie des producteurs et devraient contribuer financièrement, comme les autres industriels, à la collecte et au traitement des déchets issus des produits qu’ils ont vendus. « Aujourd’hui, c’est l’environnement qui trinque et ce sont d’abord les contribuables qui paient pour le balayage des mégots à travers leurs impôts locaux, dit encore Mme Poirson. Ce n’est plus tolérable. »

 Tolérable ou pas, l’affrontement risque d’être frontal. Dans un communiqué publié à la veille de la rencontre Big Tobacco a opposé un non catégorique. « Ce n’est pas aux industriels, aux fumeurs ou aux citoyens de payer, par des taxes ou des impôts supplémentaires, le coût lié au traitement des mégots, estime ainsi le porte-parole de British American Tobacco Eric Sensi-Minautier. Les incivilités commises par une minorité ne doivent pas porter préjudice à la majorité ». Quant à créer une « éco-contribution » sur le prix du paquet de cigarette, cela « déresponsabiliserait les consommateurs inciviques, sans régler le problème à sa source ».

 À Paris, où 350 tonnes de mégots sont ramassées par les agents de la ville chaque année, la maire Anne Hidalgo appelle les cigarettiers à les ramasser et à les recycler. « Il est aujourd’hui possible de valoriser les mégots, souligne l’élue, en les transformant en mélasse capable d’accroître le pouvoir calorifique des fours à haute température où sont incinérés les déchets dangereux. » Mme Hidalgo n’a rien dit sur la cigarette électronique.

«Mégot(t)ier» : Ramasseur, vendeur de mégots; p. ext., clochard, mendiant; individu qui lésine ou qui fait preuve de mesquinerie. « Les mégottiers sont une corporation qui a son marché place Maubert » (Ch. Virmaitre, Dict. arg.,Suppl., 1899, p.136).

A demain