Affaire Benalla : aura-t-elle ou pas un impact sur l’agenda politique de la «PMA pour toutes» ?

Bonjour

Voici, sous les ors élyséens, venu le temps des grands embarras. A commencer par cette extraordinaire affaire Benalla – une affaire depuis trois jours au cœur de tous les médias généralistes, de toutes les interrogations politiques.

« L’affaire Benalla est une affaire judiciaire et politico-médiatique française impliquant entre autres personnes Alexandre Benalla, chargé de mission et la sécurité du président de la République Emmanuel Macron, résume déjà, avec sa charmante distance synthétique, Wikipédia. Il est accusé d’avoir violenté un couple de personnes et usurpé la fonction de policier lors des manifestation du 1er mai 2018 à Paris. L’opposition et une partie des médias soulèvent la question de la responsabilité du cabinet et de l’exécutif pour ne pas avoir signalé les faits au procureur de la République de Paris, ou critiquent la gestion médiatique de l’affaire. La majorité parlementaire critique une politisation du dossier. »

L’affaire a aujourd’hui toutes les caractéristiques d’une affaire d’Etat. Elle déstabilise un président de la République qui se refuse à prendre la parole pour s’expliquer ; un président qui, soudain, a perdu les clefs des « horloges » dont il croyait, hier encore, être le maître. C’est aussi une affaire qui survient alors même qu’Emmanuel Macron peinait ouvertement à maîtriser ses troupes sur un sujet à forte symbolique politique et sociétale : la « PMA pour toutes ».

Peu avant que n’éclate l’affaire Benalla la confusion était générale. Avec, fait inédit, des prises de parole publiques divergentes au sein de la majorité La République en marche, pour appeler à traduction rapide, dans la loi, de ce qui fut une « promesse de campagne » du candidat Macron.

« Se faire mousser »

Puis, mercredi 17 juillet, une réponse officielle. « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation », a prévenu, à l’issue du conseil des ministres, Benjamin Griveaux, porte-parole de l’exécutif. « Il faudra que nous présentions, et nous nous étions engagés, un projet de loi qui sera présenté en conseil des ministres avant la fin de l’année, pour un examen au début du premier trimestre de l’année prochaine », a-t-il déclaré. Ce projet de loi englobera plusieurs thématiques de bioéthique, dont la PMA. Le gouvernement préfère en effet que ce sujet ne soit pas « isolé » des autres.

Le gouvernement s’oppose ainsi ouvertement à plusieurs dizaines de ses députés ouvertement désireux d’avancer au pas de charge. Il désavoue également le député macronien Guillaume Chiche qui avait annoncé, dans Le Journal du dimanche du 15 juillet, son intention de déposer une proposition de loi. Un député qui avait publiquement reçu le soutien du président de l’Assemblée nationale François de Rugy.

Or voici que peu après Richard Ferrand, président du groupe LRM à l’Assemblée, repoussait cette hypothèse et tançait son collègue Chiche, par ailleurs critiqué par d’autres membres de la majorité dénonçant un élu voulant « se faire mousser » au détriment du « collectif ». Etrange ambiance dans une équipe hier encore soudée après son raz-de-marée.

« PMA pour toutes » : ce dossier est d’une particulière sensibilité pour le gouvernement comme pour la majorité présidentielle au sein de laquelle (on le découvre aujourd’hui) cohabitent des « sensibilités » très différentes. Benjamin Griveaux, réfute le moindre « début d’un commencement d’un mollissement du gouvernement » sur la question. Quant à Emmanuel Macron, il n’a cessé d’exprimer son souhait, avant de légiférer, d’obtenir un « débat apaisé ».

Force est de constater, dans ce mois de juillet avançant, que le temps est moins que jamais à l’apaisement. Sans parler de l’orage à proximité du Palais, qui pourrait bien bouleverser horloges et calendriers.

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Cannabis, drogues douces, drogues dures: hypocrisie et phrase du jour (France Inter)

 

Bonjour

C’est l’été et l’Angélus sur France Inter avec disparition de Nagui. Le temps de réfléchir. Nouvelle émission : « Le débat de midi » #débatdemidi. Aujourd’hui : « Cannabis : la grande hypocrisie ? ». William Lowenstein, médecin addictologue, président de SOS addictions ; Eric Poulliat, co-rapporteur de la mission parlementaire d’information relative à l’application d’une procédure d’amende forfaitaire au délit d’usage illicite de stupéfiants ; Nicolas Prisse, président de la MILDECA.

Rien de nouveau sous le soleil addictif et politique. Ou presque. Au Canada a donc franchi le pas : la consommation et la culture du cannabis vont devenir légales à partir du 17 octobre. En France s’ouvrent et se ferment des commerces qui vendent du cannabis plus ou moins « légal », plus ou moins « light ». Une enquête de Terra Nova laisserait penser que la moitié des Français – 51% – serait favorable à une dépénalisation.

Dans le même temps le pouvoir exécutif reste sourd et peut aisément être qualifié sinon de schizophrénique, du moins de dissociation éminemment hypocrite.

« Le cannabis reste un stupéfiant, martèlent les ministres de la santé et de la justice, rappelle France Inter.Mais les sanctions ne sont pas très lisibles et pas souvent appliquées : cela va d’un simple rappel à la loi à des peines de prison. Le gouvernement a donc décidé d’instaurer une amende forfaitaire : 300 euros pour les consommateurs. Nombreux sont ceux qui voient dans la politique française en la matière une forme d’hypocrisie. »

On écoutera, avec profit, l’émission. Et la phrase du jour : signée de William Lowenstein (45’30’’)« C’est pas tellement drogues dures drogues douces. C’est quels usages durs ou doux faisons-nous de ces substances psychoactives ».

Et ensuite ? Les Rita Mitsouko. « Alors c’est quoi » :

« Alors c’est quoi que j’appelle
c’est la joie, c’est elle
que les émois étincellent
et s’entremêlent encore nos voix.

A chaque fois je remets ça
1 2 3 ça recommence
à chaque fois je remets ça.

Réponds moi encore, montre toi
réponds moi encore, montre toi
réponds moi encore, et encore
et encore, encore une fois (…) »

C’est l’été sur France Inter.

A demain

 

Cannabis «légal» : Agnès Buzyn révèle à quel point le gouvernement ne maîtrise pas le sujet

 

Bonjour

Agnès Buzyn découvre soudain qu’il existe un marché du cannabis. Et que des lois peuvent sur ce sujet, varier selon les pays. Découvrant tout ceci la ministre des Solidarités et de la Santé a demandé à ses services « des notes » explicatives. Telle est, en substance, le message qu’elle vient de faire passer, ce dimanche 17 juin, sur RTL. C’est une réaction à la vague montante, en France, des ventes de CBD 1. Le symptôme, aussi, du profond embarras du gouvernement face à ce sujet à la lisière du licite et de qui pourraint le pas l’être.

Conclusion : le gouvernement veut clarifier la loi. Selon Mme Buzyn les établissements en question (qualifié de « coffee shops » mais qui peuvent être des bureaux de tabac) « détournent le droit ». A la question « auront-ils fermé dans quelques mois ? », elle a répondu : « Je pense qu’ils auront fermé ». Pas plus de précisions…

Pour la ministre « ces coffee shops se sont ouverts sur une zone grise du droit. Le droit dit que le chanvre peut être utilisé à des fins industrielles quand il contient moins de 0,2 % de THC [substance active du cannabis]. Il ne parle pas de produits en cigarette mais de la plante. Or ces magasins détournent le droit en disant que leurs cigarettes contiennent moins de 0,2 % de THC ».

Détourner le droit ? C’est-à-dire vrai un peu plus compliqué. « Il va falloir qu’on revoie la législation et revoir comment on met de l’ordre dans tout cela, reconnaît ainsi Mme Buzyn , évoquant un travail conjoint avec la DGCCRF (ministère de l’Economie). Aujourd’hui toute vente de cannabis à usage récréatif lorsqu’il contient du THC, quelle que soit la dose, est normalement condamnable. Mais c’est vrai que la législation sur les 0,2 % peut être un peu floue. » Et c’est aujourd’hui que l’exécutif en prendrait conscience ?

La « folle » bataille anti-tabac du gouvernement

La ministre n’oublie pas qu’elle fut (et demeure) médecin. « Je ne suis jamais hostile à ce qui peut soulager les douleurs (…). Je suis contre la légalisation du cannabis parce que je pense que c’est un produit toxique et dangereux, qui entraîne des troubles cognitifs majeurs chez des jeunes, un grand nombre d’accidents de la route… Et on n’est pas en train de lutter comme des fous pour faire en sorte que les Français arrêtent de fumer pour qu’ils se mettent à fumer du cannabis ! »

Si l’on osait on dirait à la ministre que cette alternative est quelque peu datée : les Français consomment, aujourd’hui, autant de cannabis que de tabac… La France devance toujours très nettement les autres membres de l’Union européenne quant à l’usage du cannabis. «En 2016, 42% des adultes de 18 à 64 ans déclarent en avoir déjà consommé au cours de leur vie, résume l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Avec des premiers usages qui se déroulent principalement entre 15 et 25 ans et une proportion d’expérimentateurs de cannabis maximale entre 26 et 34 ans pour les deux sexes, l’usage de cannabis demeure avant tout un phénomène générationnel.»

En écho, l’Insee, qui vient pour la première fois d’intégrer le trafic des drogues illicites dans le calcul du produit intérieur brut , évalue à un milliard d’euros la somme générée par le trafic de cannabis –et à 800 millions d’euros celle du trafic de cocaïne.

Mme Buzyn n’a pas dit pour quand elle avait demandé à ses services de lui remettre leurs notes sur ce qui existe sur le marché français et dans d’autres pays. Dans l’attente, les ventes peuvent-elles continuer ?

A demain

1 « Existe-t-il vraiment un cannabis ‘’légal’’ en France ? » Slate.fr 15 juin 2018

 

 

Premier ministre, Edouard Philippe a tranché : on sauvera  entre 300 et 400 vies chaque année

Bonjour

Le pouvoir exécutif exécute : après, hier, le « service sanitaire », le décret d’application abaissant de 90 km/h à 80 km/h la vitesse maximale autorisée sur 400 000 kilomètres de routes secondaires à partir du 1er juillet a été publié dans la nuit du 16 au 17 juin au Journal officiel – et ce après des mois de controverse et de tempêtes au sein même du gouvernement.

En pratique cette limitation de vitesse s’appliquera sur les routes secondaires à double sens sans séparateur central (muret, glissière) – soit 40 % du réseau routier français. Cette mesure vise à réduire la mortalité routière qui, après le plus-bas historique de 2013 (3 427 morts, métropole et Outre-mer), est repartie à la hausse entre 2014 et 2016. En 2017 : 3 684 morts. Et pourtant, paraxoxe caractéristique de l’automobile, un sondage publié en avril dernier concluait que 76 % des Français se déclaraient opposés à cette mesure.

Conscient du tollé qu’il allait susciter, le Premier ministre Edouard Philippe s’est toujours dit « prêt à assumer l’impopularité » de cette disposition qui permettra, selon les meilleurs spécialistes, de sauver 300 à 400 vies par an. Réticent (pour des raisons politiciennes) le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, avait préféré brandir un « joker » quand un élu l’avait interrogé sur le sujet. Triste réflexe et carte mortelle. Et silence assourdissant d’Emmannuel Macron, pourtant champion de la prévention.

Le Premier ministre avait été soutenu dans son action avec la publication, dans Le Monde d’une tribune percutante  ignée par un collectif rassemblant les anciens délégués interministériels à la sécurité routière 1 ayant exercé entre 1972 et 2015. Un texte visant à peser sur le président de la République et qui n’était pas sans faire songer à tous ceux que le quotidien vespéral a publié, dans les années 1980 et 1990, signés alors par un groupe des « cinq sages » emmenés par le redoutable Pr Claude Got. 2

Selon les signataires la décision de baisser la vitesse maximale à 80 kilomètres/heure sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central permettrait d’épargner tous les ans entre 300 et 400 vies et de réduire notablement le nombre des blessés graves.

« Réduire le nombre de morts et de blessés sur les routes françaises est un véritable enjeu de politique publique » a fait valoir le Premier ministre. Non sans courage. On aimerait qu’Edouard Philippe élargisse désormais son propos à l’ensemble des pathologies addictives – et développe, enfin, une véritable politique globale de « réduction des risques ». N’en déplaise aux jokers du ministre de l’Intérieur.

A demain

1 Christian Gerondeau, Pierre Mayet, Pierre Denizet, Jean-Michel Bérard, Isabelle Massin, Rémy Heitz, Cécile Petit, Michèle Merli, Jean-Luc Nevache, Jean-Robert Lopez, anciens délégués interministériels à la sécurité routière entre 1972 (année de création de la fonction) et 2015.

2 Ce dernier récidive aujourd’hui dans Le Journal du Dimanche via un longue étude originale réalisée pour la Ligue contre la violence routière. « A chaque fois, c’est la même chose : les routes qui concentrent le plus d’accidents mortels sont peu nombreuses, et sont très souvent sans séparateurs entre les deux voies ».

 

 

Si Big Tobacco doit disparaître, ce sera peut-être à cause des mégots de ses cigarettes

Bonjour

 « Mégot » :Bout de cigare, de cigarette non consumé. « Quand il avait fini une cigarette, il crachait son mégot devant lui et tentait à la volée, de le rattraper du pied » (Camus,Peste,1947, p.1413).

Peu connue du grand public Bruce Poirson, 35 ans, est secrétaire d’État auprès du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire. Elle convoque ce jeudi 14 juin les industriels du tabac : le gouvernement veut les obliger à « collecter les mégots jetés dans la nature ». Mme Poirson s’en explique dans Le Parisien/Aujourd’hui en France (Frédéric Mouchon).

« J’ai convoqué un à un les cigarettiers pour leur demander de lutter contre une pollution qui est devenue un fléau : les mégots. C’est le principal déchet que l’on retrouve sur nos trottoirs et dans la nature. Il est aujourd’hui à la charge exclusive des villes. Rendez-vous compte qu’il se vend en France près de 50 milliards de cigarettes et que l’on estime que plus de 30 milliards finissent dans notre environnement. »

 Mme Poirson attend des géants de Big Tobacco qu’ils reconnaissent la pollution que génèrent les mégots de leurs cigarettes – et qu’ils  fassent des propositions d’engagements concrets avec des solutions efficaces d’ici septembre. « C’est à ce moment-là que je ramasserai les copies. Si je suis ferme sur les objectifs, je n’ai en revanche pas de religion sur les moyens d’y parvenir » assure-t-elle.

 Silence sur la cigarette électronique

 Le Parisien fait observer à Mme Poirson que Big Tobacco estime que ce n’est pas aux industriels de payer le coût lié au traitement des mégots. Retour de volée :

« Personne ne peut se défausser de sa responsabilité. Et sur ce dossier, le Premier ministre veut des résultats rapides. Certes il y a de l’incivisme de la part de fumeurs et cela doit changer. Mais les industriels du tabac ont à assumer une responsabilité qui va jusqu’au déchet de leur produit. Il leur appartient de se soucier de ce que deviennent les milliards de mégots qu’ils génèrent, tout comme le fabricant de votre machine à laver a la responsabilité de se soucier de ce que devient votre vieil appareil une fois que vous le jetez. Ça s’appelle la responsabilité élargie du producteur, ça fait presque trente ans que cela existe en France pour bon nombre de produits. »

Et gare aux géants qui ne voudraient pas mettre d’emblée la main au porte-monnaie ! Ils seraient alors soumis au principe de la responsabilité élargie des producteurs et devraient contribuer financièrement, comme les autres industriels, à la collecte et au traitement des déchets issus des produits qu’ils ont vendus. « Aujourd’hui, c’est l’environnement qui trinque et ce sont d’abord les contribuables qui paient pour le balayage des mégots à travers leurs impôts locaux, dit encore Mme Poirson. Ce n’est plus tolérable. »

 Tolérable ou pas, l’affrontement risque d’être frontal. Dans un communiqué publié à la veille de la rencontre Big Tobacco a opposé un non catégorique. « Ce n’est pas aux industriels, aux fumeurs ou aux citoyens de payer, par des taxes ou des impôts supplémentaires, le coût lié au traitement des mégots, estime ainsi le porte-parole de British American Tobacco Eric Sensi-Minautier. Les incivilités commises par une minorité ne doivent pas porter préjudice à la majorité ». Quant à créer une « éco-contribution » sur le prix du paquet de cigarette, cela « déresponsabiliserait les consommateurs inciviques, sans régler le problème à sa source ».

 À Paris, où 350 tonnes de mégots sont ramassées par les agents de la ville chaque année, la maire Anne Hidalgo appelle les cigarettiers à les ramasser et à les recycler. « Il est aujourd’hui possible de valoriser les mégots, souligne l’élue, en les transformant en mélasse capable d’accroître le pouvoir calorifique des fours à haute température où sont incinérés les déchets dangereux. » Mme Hidalgo n’a rien dit sur la cigarette électronique.

«Mégot(t)ier» : Ramasseur, vendeur de mégots; p. ext., clochard, mendiant; individu qui lésine ou qui fait preuve de mesquinerie. « Les mégottiers sont une corporation qui a son marché place Maubert » (Ch. Virmaitre, Dict. arg.,Suppl., 1899, p.136).

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Cannabis «légal», buralistes et vapotage : le gouvernement français siffle la fin de la récré

Bonjour

Cela ne pouvait raisonnablement durer. L’affaire du cannabis « légal » ne cessait de prendre de l’ampleur dans le pays. Nous demandions hier, sur ce blog, quelle serait la réaction d’Agnès Buzyn et d’Emmanuel Macron confrontés à la nouvelle passion des buralistes pour les ventes d’une substance aux frontières du rêve et de l’illicite. La réponse n’a pas tardé.

Elle nous est fournie aujourd’hui via la Mission interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites addictives (Mildeca). Cette dernière vient ainsi de publier une mise au point d’importance rappelant la législation sur le cannabidiol (CBD). Une mise au point détaillée aussitôt reproduite sur le site des buralistes.

« Le cannabidiol (CBD) fait partie des composés actifs majeurs du cannabis, autrement appelé chanvre, au même titre que le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC). Les tétrahydrocannabinols sont des substances inscrites sur la liste des stupéfiants. Leur utilisation est donc strictement encadrée » rappelle la Miledca. Qui ajoute :

« De nombreux produits présentés comme contenant du CBD sont récemment apparus sur le marché français. Il s’agit essentiellement d’e-liquides pour cigarettes électroniques, de produits cosmétiques ou de gélules. C’est pourquoi, les autorités sanitaires souhaitent apporter une clarification sur la réglementation applicable à ces produits. (…) Certaines publicités en faveur de produits contenant du CBD entretiennent une confusion entre le cannabis et le CBD et font ainsi la promotion du cannabis. Cette pratique est susceptible de constituer l’infraction pénale de provocation à l’usage de stupéfiant. »

Que retenir, en pratique ? Ceci :

1 En France les variétés de chanvre autorisées à des fins industrielles et commerciales sont réglementées et inscrites dans le Code de la santé publique ;

2 L’utilisation et la commercialisation de fleurs ou feuilles de chanvre, ou de produits obtenus à partir de ces parties de la plante, ne sont pas autorisées, quelle que soit la variété ;

3 Les e-liquides et autre produits à base de CBD sont interdits s’ils contiennent du THC quel que soit la quantité et s’ils ne sont pas obtenus à partir de variétés et de partie de plantes autorisées;

4 Aucune vertu thérapeutique ne peut être revendiquée notamment par les fabricants, vendeurs de produits contenant du CBD ;

5 Toutes les publicités portant allégations de vertus thérapeutiques sont interdites (à l’exception des médicaments bénéficiant d’une AMM).

Ce dernier point ne manque pas d’être tristement cocasse quand on sait que le seul médicament détenteur, en France, d’une AMM (le Sativex® ) n’est pas commercialisé faute, officiellement, « d’un accord sur le prix », mais en réalité du fait de l’extrême frilosité du pouvoir exécutif.

A demain

 

La direction de l’hôpital psychiatrique du Rouvray occupée : va-t-on faire donner la police ?

 

Bonjour

Revenons, trois jours plus tard, à l’hôpital du Rouvray (Seine-Martime). Nous avions vu des soignants faire une grève de la faim pour pouvoir œuvrer dans la dignité, la leur et celle de leurs patients. « Nouvel abcès hospitalier, écrivait-on. Nouveau symptôme du déchirement d’un tissu que le politique exécutif ne parvient plus à ravauder ». L’affaire prend aujourd’hui une nouvelle dimension après la visite, médiatisée, de Benoît Hamon.

Cinquante-deux agents du centre hospitalier occupent ainsi les locaux de leur direction, après y avoir passé la nuit du 31 mai au 1er juin. « L’occupation par cinquante-deux personnes se poursuivra jusqu’à obtenir la création de cinquante-deux postes ou bien d’être délogés par la police », affirme Sébastien Ascoet, cadre de santé au nom de l’intersyndicale CGT, CFDT, SUD et CFTC. Selon lui, « les personnels de direction avaient abandonné leurs bâtiments dans la matinée du 1er mai ». « L’état de santé des grévistes de la faim est de plus en plus critique. Ils pourraient en ressortir avec des séquelles », estime d’autre part M. Ascoet.

Mutisme directorial

Les grévistes dénoncent « une surpopulation chronique » de ce centre hospitalier et « une dégradation des conditions de travail et d’accueil ». Sollicitée, la direction de l’hôpital n’a souhaité faire « aucun commentaire sur les événements en cours », précise l’AFP.  Le 24 mai, elle avait estimé qu’il n’y avait « plus de suroccupation dans l’établissement à la suite d’un ensemble d’actions mises en place le 15 avril ». La direction avait notamment annoncé l’embauche de cinq contractuels, un chiffre jugé « ridicule » par les syndicats -des syndicats qui en réclament dix fois plus.

« Le nombre d’hospitalisations a augmenté de 8,4 % entre 2014 et 2016, selon les données du dernier rapport d’activité de l’établissement, ajoute l’AFP. Entre 2014 et 2016, les effectifs en équivalent temps plein n’ont progressé que de 0,5 %. » Tout est dit, ici, de ce tissu déchiré, de cette impossibilité de communiquer entre soignants et direction, de ce silence incompréhensible du pouvoir exécutif. Ne manque plus que faire donner la police.

Nous avions cru comprendre qu’Agnès Buzyn avait tout saisi du grand mal dont souffre la psychiatrie hospitalière française. . Une psychiatrie qu’elle qualifiait elle-même, en janvier dernier, de « paupérisée ». La ministre des Solidarités entend-elle aujourd’hui, depuis les lambris de Paris, la colère du Rouvray ?

A demain