A qui faut-il demander quand, et comment, nous serons-nous tous totalement déconfinés ?

Bonjour

07/04/2020 Hier encore inconnu, désormais omniprésent, le mot brûle les lèvres de l’exécutif.  Interviewé une fois encore par Jean-Jacques Bourdin sur RMC/BFMTV, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé a déclaré «Le confinement durera aussi longtemps qu’il sera nécessaire qu’il dure». «C’est à chacun de nous, dans notre comportement quotidien, d’être capable de comprendre qu’en restant chez nous on sauve des vies. Nous devons être patients. Notre patience sauve des vies».

Interrogé sur un probable prolongement de ce confinement, le ministre a répondu : «Ce n’est pas à moi de vous apporter [cette réponse] et je n’ai pas encore la totalité des informations permettant au président de trancher. Vous aurez la réponse rapidement». Puis, face à l’insistance du journaliste, le ministre a déclaré qu’il y aurait «peut-être» une intervention «dans la semaine» du président de la République, du Premier ministre «ou des deux» lors de laquelle la question de la durée du confinement pourrait être abordée.

«Il ne faut pas trop parler du déconfinement, sinon on a l’impression que c’est fini. Nous sommes encore en phase d’aggravation. (…) Il est trop tôt pour parler du déconfinement», a par ailleurs insisté Olivier Véran, qui a cependant rapidement évoqué la cellule chargée «d’étudier toutes les pistes, toutes les solutions» créée au sein de son ministère et dirigée par Jean Castex. C’est ici la troisième structure scientifique crée en quelques semaines et en charge de conseiller l’exécutif  sur des sujets essentiels.

 » C’est un couteau suisse !  »

Les Français vont ainsi, après les Prs Jean-François Delfraissy et Jérôme Salomon, apprendre à découvrir Jean Castex devenu « Mr Déconfinement » : énarque, 54 ans, passé par la Cour des comptes et dernièrement réélu triomphalement maire LR de Prades (Pyrénées-Orientales) quand la France n’était pas encore confinée comme elle l’est désormais. .«Un haut fonctionnaire qui connaît parfaitement le monde de la santé et qui est redoutable d’efficacité», l’a encensé Édouard Philippe. « Jean Castex est un roc, un grand serviteur de l’État qui connaît le monde de la santé sur le bout des doigts » (Gilles Boyer, député européen).

« Depuis longtemps, Jean Castex, un intime d’Alexis Kohler, le plus proche collaborateur d’Emmanuel Macron à l’Élysée, entretient aussi de solides liens d’amitié avec l’entourage du Premier ministre: son directeur de cabinet, Benoît Ribadeau-Dumas, l’adjoint de celui-ci Thomas Fatome ou encore le complice de toujours Gilles Boyer » observe Le Figaro (Marion Mourgue).  «C’est un couteau suisse!», salue Xavier Bertrand qui l’a repéré il y a quinze ans sur les conseils de Philippe Douste-Blazy. 

« Quelques années plus tard, c’est au tour d’Emmanuel Macron de le repérer. Le chef de l’État, qui le reçoit en octobre 2018, songe très sérieusement à Jean Castex pour le ministère de l’Intérieur, croit savoir Le Figaro. Le poste lui échappe de peu: certains ténors de la majorité s’y opposent, voyant en l’élu LR la main invisible de Nicolas Sarkozy. En 2010, l’ancien chef de l’État l’avait choisi comme conseiller aux affaires sociales, en remplacement de Raymond Soubie, puis comme secrétaire général adjoint de l’Élysée. »

Emmanuel Macron avait aussi pensé à ce haut fonctionnaire pour prendre la tête de la SNCF. Il l’avait finalement choisi pour organiser les Jeux olympiques de 2024. Si l’on osait nous dirions qu’il lui reste encore quelques haies à sauter.

A demain @jynau

A lire, sur Slate.fr : « À quoi ressemblera le grand déconfinement ? Pour lever le confinement, les expert·es ne disposent d’aucune certitude. Aussi le gouvernement est-il confronté à une situation sans précédent, à très haut risque sanitaire et politique ».

IVG et confinement : le gouvernement autorisera-t-il les soignants à ne pas respecter la loi?

Bonjour

Volontiers prolixe sur son action contre l’épidémie, le pouvoir exécutif peut aussi étrangement garder le silence. C’est le cas face à l’appel de soignant·es et de personnalités politiques qui s’inquiètent du risque qui pèse sur le droit à avorter pendant le confinement.

La demande, comme la situation, est sans précédent : obtenir que l’exécutif donne son feu vert de principe pour que la loi et les règlements sur la pratique de l’IVG ne soient pas toujours pleinement respectés – et ce sans que les soignant·es puissent en être les victimes.

Rien d’extravagant dans cet appel soutenu par cinq anciennes ministres. Et le gouvernement a prouvé qu’il pouvait prendre rapidement des mesures sanitaires rapides (notamment dans le champ des addictions), au nom d’une politique de réduction des risques. Pour l’heure Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé garde le silence. Jusqu’à quand ?

A lire, sur Slate.fr : « Urgences et confinement : respecter ou pas la loi sur l’IVG ? »

A demain @jynau

L’inexcusable «corrélation» du préfet de Police de Paris entre le confinement et la réanimation

Bonjour

04/04/2020. Il ne s’agissait nullement, ici, d’un lapsus. Comment le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a-t-il pu s’exprimer ainsi, déclenchant en un instant autant de réactions justement indignées ?

« Ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, ceux qu’on trouve dans les réanimations, ce sont ceux qui, au début du confinement, ne l’ont pas respecté, c’est très simple, il y a une corrélation très simple », a-t-il déclaré lors d’un point presse sur un contrôle routier pour dissuader les départs en vacances.

Ces propos ont aussitôt provoqué un début de polémique le contraignant, phénomène sans précédent, à s’excuser par deux fois : dans un communiqué et en direct lors d’une courte allocution. « Au-delà de l’inexactitude c’est une erreur et je la regrette à plusieurs titres. D’abord parce que je sais avoir heurté de nombreuses personnes qui ont des proches en réanimation ou qui ont perdu récemment l’un des leurs. Je n’avais pas l’intention de rajouter la culpabilité à leur peine », a-t-il ainsi déclaré. 

Puis il rappelé le « courage » des « citoyens exposés à cette maladie » : soignants, sapeurs-pompiers, policiers, gendarmes, services publics, caissiers, employés de commerce, routiers, taxis… « Je veux leur dire à tous mon profond respect. (…) Ce qui compte c’est l’unité nationale », a précisé celui dont certains responsables politiques ont aussitôt réclamé la démission.

Le corollaire et la corrélation

Sur BFMTV, le Pr Frédéric Adnet, du Samu de Seine-Saint-Denis : .« Je n’ai pas de mots (…) Insulter, traiter les malades qui sont en danger de mort de délinquance c’est vraiment un scandale».

Plusieurs élus de la France Insoumise ont aussi rapidement pris la parole dont le président Jean-Luc Mélenchon : « L’état d’urgence sanitaire ne doit pas avoir ce visage insultant. Les gens doivent être respectés! » Toujours à gauche, le premier secrétaire du Parti socialiste, a évoqué des « propos absolument scandaleux ».

A l’autre extrémité,  Marine Le Pen a qualifié ces propos de « totalement stupides (…) de surcroît d’une froideur et d’une méchanceté qui donnent la nausée ». Non loin d’elle, Nicolas Dupont-Aignant, président de Debout La France : « Les personnes en réanimation luttent contre la mort, elles ont souvent attrapé le coronavirus avant le confinement ou pendant leur travail car l’État ne leur a pas fourni de masques (soignants, policiers, salariés…). Je demande la démission du Préfet ».

Jusqu’au sein des députés LREM et apparentés, les propos du préfet ont choqué. L’élue des Hauts-de-Seine, Laurianne Rossi, évoque des « jugements moraux à répétition et la culpabilisation des Français » ; Aurélien Tâché, député de la majorité dans le Val-d’Oise, estime que le préfet de police, « aux méthodes très contestables et contestées » est à nouveau « sorti de son devoir de réserve ». 

Enfin, pour l’ancien député LREM, Matthieu Orphelin, toujours proche de la majorité, la déclaration préfectorale est à la fois « lamentable et grave ». Corollaire, sinon simple corrélation : « Il doit lui-même en tirer les conclusions qui s’imposent ».

A demain @jynau

La justice va-t-elle condamner des soignants contaminés qui continuent à travailler ?

Bonjour

02/04/2020. Paradoxes, justice et réduction des risques. Ces sont des informations de l’Agence France Presse reprises par les médias généralistes. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques, Éric Spitz, a annoncé jeudi 2 avril avoir saisi les procureurs de Pau et Bayonne du cas de deux soignants soupçonnés d’avoir poursuivi leurs activités tout en se sachant contaminés par le Covid-19.

Dans le Béarn, «c’est un professionnel du corps paramédical», ni médecin ni infirmier, qui est soupçonné d’avoir exercé en faisant fi du virus, a précisé à l’AFP Cécile Gensac, procureure de la République à Pau. Ce soignant, qui exerce «dans l’agglomération paloise», fait l’objet d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet palois, «pour de premières vérifications».

Au Pays basque, le procureur de la République de Bayonne, Jérôme Bourrier, a été saisi au sujet d’un médecin généraliste qui exerçait dans son cabinet, à Boucau (8300 habitants). «Le signalement fait par le préfet il y a environ une semaine stipule qu’il aurait continué d’exercer après avoir été testé positif au Covid-19», a précisé le procureur. Le mis en cause, le Dr Gilles Lassabe, accusé par un courrier de l’Agence régionale de santé (ARS) de «mise en danger de la vie d’autrui», se dit «choqué» et affirme avoir «fait tout ce qu’il fallait», dans le respect des règles sanitaires.

Il lui est notamment reproché d’avoir fait campagne aux élections municipales, alors même qu’il avait été diagnostiqué Covid+. Testé le 11 mars à l’hôpital de Bayonne, le médecin de Boucau sera déclaré positif deux jours après. Depuis, le maire du Boucau Francis Gonzalez, ainsi qu’un adjoint, sont en réanimation dans le service spécialisé du centre hospitalier de la Côte basque. Dix autres de ses colistiers ont été contaminés et sont (ou ont été) en confinement. Après ses 14 jours d’arrêt, le Dr Lassabe a repris ses activités. «Je suis indigné de ces lettres malveillantes destinées à nuire, dans cette période électorale», a-t-il déclaré à l’AFP.

Une enquête préliminaire, confiée à la gendarmerie de Bayonne, a été ouverte. L’Ordre des médecins a aussi été avisé. Le gouvernement va-t-il saisir, sur le fond, le Comité national d’éthique ?

A demain @jynau

Confinement: inquiet pour les personnes autistes Emmanuel Macron annonce des aménagements

Bonjour

02/04/2020. Un président humain, une mesure essentielle de réduction des risques. On sait l’intérêt qu’il porte aux personnes qui souffrent de cette pathologie comme à leurs proches. Emmanuel Macron a annoncé, jeudi 2 avril, un aménagement des règles de confinement les concernant. A l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, le chef de l’Etat a adressé un message vidéo aux autistes et à leurs accompagnants, qui connaissent une période « difficile » avec la crise du coronavirus :

« Depuis le confinement qui a débuté le 16 mars, vos habitudes ont changé et vous êtes peut-être un peu perdus. Vous aviez l’habitude d’aller travailler ou d’étudier tous les jours quelque part, et du jour au lendemain tout cela n’était plus possible (…) Vous aviez l’habitude de sortir de chez vous quand vous le vouliez, et du jour au lendemain, vous avez dû rester chez vous. »

« Je sais que vous ne voulez qu’une seule chose : qu’on vous rende votre vie d’avant », a-t-il ajouté, car « pour certains d’entre vous, rester enfermé chez soi est une épreuve » qui « fait parfois monter une angoisse », « dure pour vous et pour vos proches ».

Pouvoir sortir plus souvent

Le président de la République précise qu’un formulaire d’attestation adapté spécialement pour eux et leurs accompagnants leur permettra de « sortir un peu plus souvent », tout en leur demandant de continuer à respecter les gestes barrières. Cet assouplissement est « une bonne chose, c’était très attendu par les associations et les familles », a aussitôt réagi auprès de l’Agence France-Presse Christine Meignien, présidente de la fédération « Sésame Autisme » : « Quand vous changez l’emploi du temps d’une personne autiste, ça génère des angoisses et des troubles du comportement qui peuvent être extrêmement violents ».

 « On a eu des cas où les pompiers ont dû intervenir pour des crises violentes »« Pour certains, ce qui va les apaiser c’est un tour en voiture, ou une balade de plusieurs heures à pied. Donc on a dit depuis le début qu’il fallait nous autoriser à nous éloigner de plus d’un kilomètre pour aller par exemple courir ou crier dans une forêt… Sinon ça ne sera pas tenable, ni pour les familles ni pour les établissements ».

En écho, l’Académie nationale de médecine souligne que la situation de confinement imposée pendant l’épidémie Covid-19 déstabilise les personnes autistes et leur entourage. « De nombreux enfants, adolescents et adultes autistes, certains avec handicap sévère, habituellement accompagnés par des équipes spécialisées, ont rejoint à temps plein le domicile de leurs parents, souvent dans des conditions de grande promiscuité, observe l’Académie. Les difficultés spécifiques des personnes autistes au quotidien peuvent poser des problèmes complexes de fonctionnement familial notamment pour l’ apprentissage des gestes barrières, la planification de la journée, la gestion des crises comportementales, la continuité de la prise des médicaments, les interventions des professionnels à domicile… »

Et l’Académie de souligner que différentes actions ont été mises en œuvre en urgence par le gouvernement (https://handicap.gouv.fr/) pour répondre au niveau national aux questions et apporter des aides concrètes aux familles, aux personnes autistes ainsi qu’aux professionnels qui les accompagnent et qui les soignent (https://handicap.gouv.fr/actualites/article/covid-19-et-autisme-retrouvez-tous-les-dispositifs-d-appui-mis-en-place). Sans oublier Autisme Info service.

A demain @jynau

Est-il moral d’isoler les résidents des Ehpad ? Voilà, ici, la réponse du Conseil scientifique

Bonjour

Parallèlement à l’éthique, la science. Après l’avis du Comité national d’éthique sur le confinement des personnes âgées hébergées dans des Ehpad, celui du Conseil scientifique que l’on peut lire ici.. Sont-ils compatibles ? Complémentaires ? Ce dernier « renouvelle son alerte sur l’importance de la lutte contre le Covid-19 dans des structures collectives, en particulier dans les structures accueillant des personnes âgées, qui sont fragiles et particulièrement vulnérables face au virus (avis du 16 mars) ».

«  En l’absence de mesures spécifiques, les contaminations externes entrainent des conséquences majeures en terme de pourcentage de pensionnaires contaminés. Au-delà des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehapad), d’autres structures d’accueil collectif de publics vulnérables sont concernées, selon des formes spécifiques.

« Les mesures envisagées à l’échelle des établissements doivent tenir compte d’exigences sanitaires pour les personnes résidentes et leur entourage, ainsi que d’exigences éthiques et humaines fortes, également essentielles. Les modèles d’organisation doivent être adaptés selon les configurations locales, en visant des soins de qualité aux résidents, quelle que soit l’issue de ces soins, ainsi que des conditions de retour après hospitalisation. »

Le Conseil scientifique rappelle qu’aujourd’hui en France, l’INSEE estime à plus de 1,5 million le nombre des personnes dites dépendantes. Les établissements publics et privés pour personnes âgées comptent près de 750 000 lits au sein de 7200 établissements. 160 000 personnes handicapées sont par ailleurs accueillies dans des établissements spécialisés, 80 000 adultes et 80 000 enfants présentant des handicaps sévères.

Quel usage l’exécutif fera-t-il, en pratique et au plus vite, ed ces deux avis ?

A demain @jynau

Confinement, alcool et violences familiales : non, l’Etat ne doit surtout pas interdire la vente

Bonjour

25/03/2020. Voilà le parfait exemple la fausse « bonne idée ». Le préfet de l’Aisne a pris la décision d’interdire toute vente d’alcool à emporter en cette période de confinement généralisé. Ce pour « éviter les troubles et les violences notamment intra-familiales ». « A part promouvoir, dans ce département, la distillation au domicile et surcharger les urgences et services hospitalier pour delirium tremens, je ne vois guère l’intérêt de cette mesure préfectorale » commente le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions.

« Cette décision, qui part de l’affichage d’une bonne intention, n’est pourtant pas aussi pertinente qu’on pourrait le penser a priori, explique l’Association nationale de prévention en alcoologie et en addictologie (ANPAA). En effet, si l’alcool est souvent impliqué dans la survenue de violences familiales, comme facteur favorisant ou causal, cela ne saurait justifier l’interdiction totale à l’ensemble d’une population. » Et ce pour cinq raisons majeures :

  1. Si le confinement peut exacerber les tensions familiales, et éventuellement les violences, dans certains couples, ce n’est évidemment pas le cas dans la très grande majorité des familles qui vivent cette période avec les difficultés que nous connaissons tous, mais sans verser dans l’agressivité envers son conjoint ou ses enfants.
  2. Certaines familles sont à risque de conflits aigus voire de violence, et le confinement, avec ou sans alcool, peut aggraver ces situations, mais il n’y a rien d’automatique, en tout cas rien de démontré.
  3. La cessation de la vente d’alcool va entraîner chez certains buveurs dépendants des phénomènes de sevrage aigu, pouvant aller jusqu’au delirium tremens, dont les conséquences peuvent être plus sérieuses que le maintien de la consommation, même excessive.
  4. Tous les buveurs dépendants ne sont pas violents et toutes les personnes violentes n’ont pas besoin de l’alcool pour passer à l’acte.
  5. Les buveurs, excessifs ou non, qui ne souhaitent pas arrêter, vont pour une partie aller dans le département voisin, au risque de rompre le confinement et de diffuser le virus, sans compter les éventuelles conséquences sur la sécurité routière si l’on commence à consommer sur le parking du supermarché avant de reprendre le volant, ou sur le trajet du retour au domicile. L’interdiction va avoir une incidence sur les personnes qui, même en cette période de confinement, respectent les repères de consommation et qui n’ont pas envie de se priver du plaisir indéniable que l’alcool peut procurer.

« Il est hors de question de minimiser le rôle de l’alcool dans les violences intra-familiales, mais la décision du préfet de l’Aisne n’apporte pas de véritable solution et crée de nombreux autres problèmes qui n’ont manifestement pas été pris en compte, observe fort justement l’ANPAA La maîtrise des risques, plutôt que la prohibition qui a démontré son inefficacité, paraît plus nécessaire que jamais. »

Il faut aussi, face à cette question majeure, prendre connaissance de la réflexion majeure menée par la Fédération Addiction sur le thème : « Usages et addictions en temps de confinement  » 1. Nous en publions des extraits ci-dessous :

«  En ces temps de confinement, la question des usages de substances se pose de façon accrue pour tout un chacun. On peut distinguer trois publics qui nécessitent chacun des postures et actions spécifiques .

« Pour les personnes malades : L’addiction est un enfermement, une prison dont les personnes peinent à s’extraire alors même que leur vie en devient impossible. On a longtemps cru les aider à en les enfermant dans des hôpitaux ou des asiles mais ça n’a pas marché… Le présent nous frappe.  Pour les millions de Français dépendants de substances, légales ou non, le confinement pose avec une nouvelle acuité l’éternel problème de gérer une dépendance dans un contexte de crainte de pénurie. La réponse peut paraitre simple : il suffit d’arrêter. Cette idée, illustrée par quelques réactions s’étonnant de voir l’accès au tabac et à l’alcool préservés alors qu’il est si difficile de trouver des masques, des gels HA et parfois même des produits de première nécessité, réactive le mythe du « ce n’est qu’une histoire de volonté » et de la prohibition comme solution. Le confinement en deviendrait l’instrument, une sorte d’abstinence obligée grâce à une claustration salvatrice. Or c’est l’inverse qui nous semble être nécessaire : il faut assurer une garantie absolue d’approvisionnement en produits de dépendance, pour pouvoir ensuite aider ceux qui le souhaiteront à réduire ou à arrêter.

« Cela repose sur un constat pragmatique : l’angoisse cardinale de l’addict est celle du manque. Et l’angoisse, le stress sont les moteurs essentiels du besoin irrépressible de consommer, du « craving ». Cette situation d’angoisse du manque est donc non seulement à calmer en soi pour apaiser le patient mais aussi pour réduire l’intensité du craving et donc les risques de débordements, d’agressivité, de troubles du comportement, de violences, de prises de risques, d’overdoses, etc.

« Nous avons donc approuvé sans réserve la poursuite de l’approvisionnement en tabac et en boissons alcoolisées, et regretté de n’être pas plus avancés sur une régulation du cannabis. Mais s’il faut garantir l’accès, il est tout aussi important d’accentuer et de garantir l’accès aux différentes aides : nous avons demandé et soutenu la réouverture des boutiques de « vape », tout en les invitant à organiser un accueil sécure des usagers, et avons demandé l’extension des dispositions de l’arrêté du 14/03/20 sur les traitements chroniques, aux Traitements de Substitution aux Opaciés (TSO) et même aux stupéfiants prescrits de manière chronique (Skenan, Ritaline…). Cela a été entendu rapidement et intégré dans le nouvel arrêté du 20/03 pour les TSO !

« Les accompagnements thérapeutiques ont été proposés sous forme de consultation téléphonique et autres supports virtuels. Souvent improvisés, ils ont immédiatement reçu un accueil favorable de patients dont l’angoisse est d’autant plus pesante que le confinement leur impose parfois une promiscuité des contextes familiaux problématiques. Et les questions sociales, notamment de perte de revenus, sont aussi traitées sur ce mode, en lien avec les administrations concernées. (…)

« Pour les personnes cumulant situation de précarité et addictions Le confinement des sans-abris ne déroge pas à ces principes : si l’on veut qu’ils intègrent les « Centres d’hébergement spécialisés » dits de « desserrement », il faut leur garantir l’approvisionnement en tabac, alcool, benzodiazépines, TSO, etc. C’est une condition sine qua non pour qu’ils acceptent d’y entrer et d’y rester et pour que les troubles du comportement soient limités. Cette approche de Réductions des Risques (RDR) pourra aider certains à souhaiter aller plus loin et à « décrocher ». Là encore, les retours de cette première semaine de confinement vont dans ce sens dans des Centres de Soins d’Accompagnement et de Préventions des Addictions (CSAPA) résidentiels réalisation un accompagnement RDR alcool (Ferme Merlet du CEID en Aquitaine, par ex.) : les niveaux de consommation d’alcool baissent, malgré le stress, parce que beaucoup de résidents confinés se disent que c’est l’occasion ou jamais d’arrêter. Et ils le pensent d’autant plus qu’on ne leur demande pas de le faire.

« Pour les personnes cumulant situation de précarité et addictions. Le confinement des sans-abris ne déroge pas à ces principes : si l’on veut qu’ils intègrent les « Centres d’hébergement spécialisés » dits de « desserrement », il faut leur garantir l’approvisionnement en tabac, alcool, benzodiazépines, TSO, etc. C’est une condition sine qua non pour qu’ils acceptent d’y entrer et d’y rester et pour que les troubles du comportement soient limités. Cette approche de Réductions des Risques (RDR) pourra aider certains à souhaiter aller plus loin et à « décrocher ». Là encore, les retours de cette première semaine de confinement vont dans ce sens dans des Centres de Soins d’Accompagnement et de Préventions des Addictions (CSAPA) résidentiels réalisation un accompagnement RDR alcool (Ferme Merlet du CEID en Aquitaine, par ex.) : les niveaux de consommation d’alcool baissent, malgré le stress, parce que beaucoup de résidents confinés se disent que c’est l’occasion ou jamais d’arrêter. Et ils le pensent d’autant plus qu’on ne leur demande pas de le faire.

Pour les personnes confrontées aux stress et angoisses du confinement Enfin, nous avons aussi le souci d’utiliser en population générale les acquis du Dry January pour aider à ne pas trop « consommer », dans un contexte anxiogène pour tout un chacun : les acquis de ce premier DJ aident à ne pas faire passer la lutte contre l’angoisse par les seuls e-apéro, à utiliser les groupes sur internet, comme aussi pour le tabac « Jenefumeplus » et autres Tabac InfoService, réactiver les stratégies apprises pour gérer ses moments sensibles. Sans donner de leçons ni stigmatiser, c’est une excellente occasion de réfléchir aux effets de la démesure humaine dans la crise actuelle et de ne pas persévérer dans l’erreur, en réapprenant la maîtrise de soi, l’écoute des émotions, notamment dans ces fins de journées, après ces stress d’un quotidien menaçant. »

A l’heure où nous écrivons ces lignes nous apprenons que le préfet de l’Aisne a finalement renoncé à sa décision d’interdire toute vente d’alcool à emporter. On le remerciera pour avoir, à son corps défendant, alimenté cette somme de réflexions sur le confinement imposé et l’esclavage des addictions.

A demain @jynau

1 Jean Michel Delile, Psychiatre, Président de la Fédération Addiction Jean Pierre Couteron, Psychologue, Porte-parole de la Fédération Addiction Christian Andréo, directeur Addixio, animateur réseaux sociaux dryjanuary