Comptabiliser les blessés des Gilets Jaunes : Agnès Buzyn opposée au «fichage des malades»  

Bonjour

Combien ? Agnès Buzyn vient d’annoncer qu’elle allait prochainement recevoir des représentants de la Société française d’ophtalmologie, qui s’alarme des blessures oculaires causées lors des manifestations de Gilets Jaunes. « C’est un problème spécifique dont je souhaite discuter avec la Société française d’ophtalmologie, a-t-elle déclaré sur Europe 1. Je vais les recevoir parce qu’ils m’ont alertée sur beaucoup de blessures à l’œil. Ce problème-là, spécifique, je vais le regarder avec eux. »

La veille, dans une tribune publiée sur Mediapart et accompagnée d’une pétition, une centaine de personnalités avait appelé Agnès Buzyn à « lever le voile » sur le nombre de blessés, manifestants ou forces de l’ordre, hospitalisés depuis le début du mouvement.

Les signataires de la tribune s’indignent des blessures, parfois irréversibles, causées notamment par l’utilisation de lanceurs de balles de défense (LBD), et se disent « choqués » par le « silence » de « l‘administration de la santé publique ». Réplique d’Agnès Buzyn :

« Les hôpitaux reçoivent tout le monde, sans trier et sans ficher. Un médecin, un urgentiste qui soigne un malade va connaître sa blessure mais ne va pas identifier s’il est un Gilet Jaune, un membre des forces de l’ordre ou même un passant qui a couru et s’est blessé. Connaître le nombre de personnes hospitalisées qui seraient soit Gilets Jaunes, soit forces de l’ordre, ce n’est pas comme ça que les hôpitaux fonctionnent et je ne demanderai jamais aux soignants de ficher les malades qui arrivent. »

Blessures délabrantes

La Pr Chloé Bertolus  (service de chirurgie maxillo-faciale, hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP) était interrogée il y a peu, par Le Quotidien du Médecin, Elle expliquait dénombrer seize traumatisés faciaux pris en charge dans les hôpitaux de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) depuis le début de ces manifestations de «gilets jaunes». Elle explique en substance que ces lanceurs de balles sont des armes certes non létales mais nullement inoffensives :

 «Les blessures causées sont des fractures comminutives mandibulaires ou du zygoma avec une plaie en regard, mais sans pertes de substance comme on pourrait l’observer avec des armes à feu, précisait-elle. Elles s’apparentent à des fractures obtenues suite à un choc par un objet contondant. Les blessures les plus délabrantes concernent l’orbite, avec une possible perte du globe oculaire. La prise en charge chirurgicale implique une opération de trois heures minimum pour une fracture isolée de la mandibule. Certains patients ont eu des blocs beaucoup plus longs, et auront d’autres interventions chirurgicales.»

«La principale difficulté est que ces blessures sont annoncées par des hématomes et non par des plaies ouvertes, ce qui les rend plus difficiles à diagnostiquer»observait  pour sa part le Pr Pierre Carli, président du Conseil national français de l’urgence hospitalière et patron du Samu de Paris. Ce spécialiste conduit actuellement un travail de recueil et d’analyse des dossiers des blessés par lanceurs de balle pris en charge dans les services d’urgence hospitaliers français. Objectif : élaborer des protocoles visant à améliorer la prise en charge des blessés.

On ajoutera que la pétition lancée auprès des soignants par le Pr Laurent Thines, neurochirurgien (CHRU de Besançon) [« Les soignants français pour un Moratoire sur l’utilisation des armes sub-létales »] a dépassé les 154 000 signatures. Agnès Buzyn n’a pas été interrogée sur ce sujet. En temps que médecin et membre du gouvernement elle pourrait l’être prochainement.

A demain

@jynau

«Lanceurs de Balles» et «armes sublétales» : le Conseil d’Etat en approuve l’usage

Bonjour

Le Pr Laurent Thines est neurochirurgien au CHU de Besançon. Il vient de lancer une pétition pour un moratoire sur l’utilisation des armes sublétales – au premier rang desquelles le désormais trop célèbre LBD 40 (LBD pour «lanceur de balle de défense») utilisé par les forces de l’ordre lors des différents « Actes » des Gilets Jaunes. Le Pr Thines estime de son devoir d’alerter « sur leur dangerosité extrême ». Sa pétition est adressée à Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur : « Les soignants français pour un moratoire sur l’utilisation des armes sub-létales » (plus de 76 000 personnes ont signé à l’heure où nous écrivons ces lignes). Le Conseil d’Etat doit, ce 1er  février, se prononcer 1 quant à l’usage qui peut ou non être fait par la police et la gendarmerie de cet outil fabriqué par l’armurier suisse Brügger & Thomet qui utilise deux types de munition de 40 mm de diamètre.

« Associées à des stratégies de ‘’nassages’’ qui ne laissent aucune possibilité aux manifestants de partir (puisqu’ils se retrouvent encerclés par les forces de police), l’utilisation de ces armes, dont les tirs sont dirigés vers la tête pour les flashballs, occasionnent des blessures, très graves, qui sont qualifiées par les équipes médicales elles-mêmes de ‘’blessures de guerre’’ » font valoir les organisateurs des manifestations de Gilets Jaunes. Des données confirmées par les équipes médicales spécialisées qui parlent de fractures graves mandibulaires et de pertes orbitaires . On lira ici le texte de cette pétition :

« Chers collègues, Je m’appelle Laurent Thines. Je suis neurochirurgien et chef de service au CHRU de Besançon. Soignant comme vous, j’ai été particulièrement choqué par les photos prises et les lésions observées chez les personnes blessées lors des mouvements de manifestation. Beaucoup, très jeunes (potentiellement nos enfants), ont été mutilés alors qu’ils ne représentaient aucune menace pour les forces de l’ordre. Le cas de la jeune Fiorina, étudiante picarde de 20 ans touchée à l’oeil par un projectile de LBD4O le 8 décembre 2018 en est un des plus tristes exemples (photo). Vitesse du projectile 90m/sec (324 km/h) et force d’impact 200 joules (parpaing de 25 lâché sur un visage d’une hauteur de 1m).

« Je crois qu’il est de notre devoir, en tant que soignants d’alerter sur la dangerosité extrême de ces armes, dites sub-létales et c’est pourquoi je viens de lancer cette pétition « Les soignants français pour un Moratoire sur l’utilisation des armes sub-létales’’. Je souhaiterais savoir si vous voudriez participer en signant ce communiqué pour porter notre voix et en diffusant cette pétition auprès de vos contacts médicaux et paramédicaux:

« Les différents mouvements de revendication qui ont eu lieu ces dernières années dans notre pays (manifestations de lycéens, écologistes, travailleurs, gilets jaunes) ont montré que de nombreux concitoyens ont été gravement blessés par l’utilisation de lanceurs de balle de défense (flash-ball, LBD40) ou de grenades (de type lacrymogène ou désencerclement).

« Les récents événements ont permis de rapporter à ce jour plus de 90 blessés graves parmi les manifestants en relation avec le mésusage de ces armes (personnels non formés, non respect du règlement ou des conditions d’utilisation, ciblage volontaire de l’extrémité cervico-céphalique). Les lésions constatées et prises en charge par Nous, personnels soignants, dues à ces armes utilisées sur des personnes parfois très jeunes ou âgées, exerçant leur droit à manifester, sont choquantes et inacceptables : énucléation, amputation d’extrémité de membre, fracas maxillo-facial et dentaire, traumatisme cranio-cérébral engageant le pronostic vital… Tant de vies ont été ainsi sacrifiées…

« Une étude récente, publiée en 2017 dans le British Medical Journal Open, rapporte une collection internationale de 1984 cas de traumatismes liés à ces armes dites « sub-létales » : le risque cumulé de décès (3%) ou de handicap séquellaire grave (15,5%) est d’1 chance sur 5. Cette étude confirme donc l’extrême dangerosité constatée dans notre pays de ces armes, au même titre que les armes à feu.  (Haar RJ, Iacopino V, Ranadive N, et al. Death, injury and disability from kinetic impact projectiles in crowd-control settings: a systematic review. BMJ Open 2017;7:e018154. doi:10.1136/ bmjopen-2017-018154)

Pour toutes ces raisons, Nous, soignants (médecins, chirurgiens, urgentistes, réanimateurs, infirmier(e)s, aides soignant(e)s…) apolitiques et attachés à l’idéal de notre pays, la France, au travers de la déclaration des Droits de l’Homme, de la Femme et du Citoyen, demandons qu’un moratoire soit appliqué sur l’usage des armes sub-létales de maintien de l’ordre en vue de bannir leur utilisation lors des manifestations. »

Flash-Ball® et traumatisme crânio-encéphalique sévère

Les magistrats du Conseil d’Etat lisent-ils le British Medical Journal Open ? Si non lisent-ils La Revue de Médecine Légale ? Dans ce cas ils se reporteron avec intérêt à  « La dangerosité du Flash-Ball® : cas rapporté d’un traumatisme crânio-encéphalique et revue de la littérature » J.Hiquet E.Christin L.Benali S.Gromb-Monnoyeur https://doi.org/10.1016/j.medleg.2016.01.001. 2 S’ils sont pressés ces magistrats se limiteront au résumé :

« Le Flash-Ball® est couramment utilisé par les unités de police et de gendarmerie en France depuis 1995. Bien que la dangerosité des lanceurs sub-létaux de balles de défense soit connue, les traumatismes imputables au Flash-Ball® sont régulièrement relayés dans les médias mais restent peu décrits dans la littérature. Les auteurs rapportent le cas d’un jeune homme âgé de 34 ans, victime d’un impact de projectile type balle caoutchouc de Flash-Ball® en marge d’une manifestation sportive, à l’origine d’un traumatisme crânio-encéphalique sévère avec persistance d’un tableau sequellaire.

«Ce cas, associé à une revue de la littérature, illustre le fait que bien que le Flash-Ball® soit qualifié d’arme sub-létale, ce dernier peut être à l’origine de tableaux traumatiques graves, particulièrement en cas d’impact au niveau de l’extrémité céphalique, et également de décès. »

A demain

@jynau

1 Le Conseil d’Etat a rejeté vendredi 1er février les demandes de suspension de l’usage du lanceur de balles de défense (LBD) dans les prochaines manifestations de « gilets jaunes ». Le juge des référés du Conseil d’Etat a estimé qu’en raison des « actes de violences et de destructions » observés lors des manifestations des « gilets jaunes » depuis novembre 2018, « ces armes demeurent particulièrement appropriées ».  Le Conseil d’Etat souligne cependant que les forces de l’ordre doivent utiliser le LBD « sous réserve du strict respect des conditions d’usage, qu’il appartient tant aux autorités nationales qu’aux responsables d’unités de rappeler »

2 Une publication opportunément signalée sur le site de France Inter : « Pétition de soignants contre les LBD : « J’ai vu des scanners de patients aux crânes fracassés » » par Ouafia Kheniche

 

Policiers et gendarmes ont-ils le droit de blesser avec leurs « Lanceurs de Balles de Défense »  ? 

Bonjour

Dramaturgie. Les Actes des Gilets Jaunes se suivent sans se ressembler. Le 2 février (Acte XII) devrait être marqué par un « Hommage national pour les victimes ». A Paris, après un temps de parole, les blessés ouvriront la marche. Pendant la manifestation, une pause aura lieu pour demander l’interdiction des armes type Flashball, LBD 40, etc. Il est demandé aux manifestants de bien vouloir venir en se mettant des pansements sur l’œil, des bandages, de mettre du rouge sur les gilets jaunes en guise de sang..

« Alors même que manifester est un droit de tout citoyen français, alors même que les manifestations sont déclarées, partout en France, à Paris comme dans chaque ville de province, le gouvernement d’Emmanuel Manon exerce sur le mouvement des GJ une répression policière d’une violence extrême, font valoir les organisateurs. Les armes utilisées par les forces de l’ordre contre les manifestants sont des flashballs, LBD 40, GLI F4, grenades GMD de désencerclement. »

« Associées à des stratégies de ‘’nassages’’ qui ne laissent aucune possibilité aux manifestants de partir (puisqu’ils se retrouvent encerclés par les forces de police), l’utilisation de ces armes, dont les tirs sont dirigés vers la tête pour les flashballs, occasionnent des blessures, très graves, qui sont qualifiées par les équipes médicales elles-mêmes de ‘’blessures de guerre’’ » ajoutent-ils. Des données confirmées par les équipes médicales spécialisées qui parlent de fractures graves mandibulaires et de pertes orbitaires 1

Abus individuels

Et les organisateurs de « demander instamment à Emmanuel Macron de cesser la répression de l’expression citoyenne et légale des Gilets Jaunes et l’utilisation des armes de type flashball LBD 40, Gli F4. grenades GMD de désencerclement. »

C’est dans ce contexte que le Conseil d’Etat devrait trancher quant à l’usage qui peut ou non être fait par la police et la gendarmerie du « Lanceur de Balle de Défense » (LBD). La plus haute juridiction administrative française vient d’être saisie de cette question  et rendra sa décision avant les manifestations du 2 février. « La section du contentieux, présidée par Edmond Honorat, devait examiner trois affaires distinctes : deux recours contre des décisions rendues par les tribunaux administratifs de Montpellier et de Paris et un référé liberté formé par la CGT, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, et soutenu par la Ligue des droits de l’homme et le Défenseur des droits » précise Le Monde (Nicolas Chapuis).

Pour les avocats des requérants il y là une « urgence extrême » puisque cet outil est, pour résumer, incompatible avec le droit fondamental de manifester sans risque pour son intégrité physique. La preuve par les chiffres : « 350 signalements de blessures », dont « 159 blessés à la tête ».  Question de fond : ces blessures sont-elle la conséquence d’un mauvais usage du LDB ou sont-elles consubstantielles à cet outil dans de telles circonstances  d’ « émeutes urbaines »?

Pour le ministère de l’Intérieur les choses sont claires : les « utilisations abusives individuelles » ne justifient pas la suppression de cet outil policier et relèvent « d’une enquête pénale ». Et ce ministère de préciser qu’il y avait eu 9 228 cas d’utilisation du LBD pour 111 signalements, soit « 9 117 tirs sans enquête judiciaire ». On peut, aussi, faire le calcul inverse. Que dira le Conseil d’Etat ?

A demain

@jynau

1 Une nouvelle vidéo amateur diffusée par l’émission de TMC « Quotidien » et le rapport d’un policier publié par Le Parisien relancent l’hypothèse d’un tir de lanceur de balles de défense (LBD) pour expliquer la blessure de Jérôme Rodrigues, samedi 26 janvier, place de la Bastille à Paris. Hospitalisé après avoir été touché à l’œil droit lors de l’acte XI de la mobilisation des « gilets jaunes », M. Rodrigues, une figure du mouvement, assure avoir été atteint par un tir de grenade et un autre de LBD.

L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », a été saisie et les autorités ont jusqu’à présent émis des réserves sur le scénario avancé par M. Rodrigues : le 27 janvier le secrétaire d’Etat à l’intérieur, Laurent Nuñez, avait affirmé ne pas disposer d’éléments attestant cette théorie, tout en appelant à être « prudent » et en ajoutant que dix-huit tirs de LBD avaient été recensés samedi place de la Bastille.

 

Gilets Jaunes et «LBD 40»  : graves fractures mandibulaires, perte possible du globe oculaire

Bonjour

Nous vivons des temps où la violence et ses conséquences émergent sous de nouvelles formes. A commencer par celles des désormais tristement célèbres LBD 40 – LBD pour «lanceur de balle de défense» (sic). Ce « lanceur » utilisé dans les unités de la police nationale française, est fabriqué par l’armurier suisse Brügger & Thomet. « Il utilise deux types de munition de 40 mm de diamètre, précise Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb). La puissance à l’impact est de 160 joules, pour des distances opérationnelles de 10 et 30 m ou de 25 et 50 m, selon la munition utilisée. À titre de comparaison, une balle de tennis servie à 200 km/h délivre une puissance de 90 joules. » Et à ce titre le LBD 40 alimente un polémique croissante  comme en témoignent les blessures causées par les forces de l’ordre lors des manifestations des Gilets Jaunes.

 « La principale difficulté est que ces blessures sont annoncées par des hématomes et non par des plaies ouvertes, ce qui les rend plus difficiles à diagnostiquer », a expliqué au Quotidien le Pr Pierre Carli, président du Conseil national de l’urgence hospitalière (CNUH) et patron du SAMU de Paris. Le Pr Carli mène  actuellement un travail de recueil et d’analyse des blessés par LBD  traités par les services d’urgence en France. « Le but est de produire des protocoles visant à améliorer la prise en charge », explique-t-il. Les résultats sont attendus au cours de l’année 2019. Un travail qui complètera celui, méthodique, de l’écrivain et documentariste David Dufresne. « Vigie des violences policières, il recense et signale sur Twitter les blessés par les forces de l’ordre lors des manifestations des ‘’gilets jaunes’’, dit de lui Le Monde (Zineb Dryef). Il dénonce la répétition d’un mensonge d’Etat.

Le Quotidien a aussi interrogé la Pr Chloé Bertolus (service de chirurgie maxillo-faciale, hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP). Elle  dénombre à ce jour seize traumatisés faciaux hospitalisés dans les hôpitaux de l’AP-HP depuis le début des manifestations des Gilets Jaunes. Delon elle les LBD  « sont des armes non létales mais pas inoffensives » :

« Ces blessures sont des fractures comminutives mandibulaires ou du zygoma, avec une plaie en regard, mais sans pertes de substance comme on pourrait l’observer avec des armes à feu. Elles s’apparentent à des fractures obtenues suite à un choc par un objet contondant. Les blessures les plus délabrantes concernent l’orbite, avec une possible perte du globe oculaire. »

La prise en charge chirurgicale implique une opération de trois heures minimum pour une fracture isolée de la mandibule. « Certains patients ont eu des blocs beaucoup plus longs, et auront d’autres interventions chirurgicales » précise le Pr Bertolus.

David Dufresne vient quant à lui, sur le site de Médiapart, de dresser un état des lieux de l’ensemble des blessures occasionnées par les forces de l’ordre. Il estime que depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes les LBD seraient à l’origine d’une « centaine de blessures à la tête sur toute la France » – dont 18 éborgnements.

On ajoutera cet extrait de l’exposé des motifs d’une proposition de loi présentée par seize sénatrices et sénateurs « visant à interdire l’usage des lanceurs de balles de défense dans le cadre du maintien de l’ordre » :

« Depuis l’acte I des gilets jaunes (le 17 novembre 2018) le bilan ne cesse de s’alourdir. Deux mille blessés chez les manifestants, environ un millier parmi les forces de l’ordre, selon le ministère de l’Intérieur. Selon plusieurs observateurs, spécialistes du maintien de l’ordre, on dénombrerait, au 17 janvier, une centaine de blessés graves, parmi lesquels 71 liés à des tirs de lanceurs de balles de défense (LBD), pour nombre d’entre eux irréversibles.

«Le volume de tirs d’armes dites « intermédiaires » « à létalité réduite » ou encore « sublétales » a atteint un niveau historique ces dernières semaines. Pourtant, le Gouvernement persiste à nier l’évidence. La réponse des forces de l’ordre aurait été « proportionnée aux violences des manifestants » selon l’exécutif. En balayant la moindre critique, le ministre de l’Intérieur s’avance avec imprudence, avant même les conclusions des enquêtes judiciaires diligentées à la suite de blessures.

«L’Inspection générale de la Police nationale (IGPN), la police des polices, saisie des enquêtes les plus graves, comptait 81 procédures judiciaires au 15 janvier. ‘’Quand il y a des yeux perdus ou des blessures graves, il est nécessaire de se poser des questions, explique un membre de l’inspection. Il faut se réinterroger régulièrement sur la pratique et le régime juridique des armes intermédiaires.’’ 

Au contraire, le Gouvernement persiste et signe. Fin décembre, le ministère de l’Intérieur a passé commande de 1280 nouveaux LBD sur quatre ans. »

A demain

@jynau

Cocaïne, mafias et euphories : voici les origines contrôlées des drogues consommées en France  

Bonjour

30 janvier 2019. Gros succès de La Croix qui se penche aujourd’hui sur la cocaïne, nouvelle passion des Français. Le quotidien catholique (Marie Boëton et Marianne Meunier) explique que désormais « plus d’un Français sur vingt a pris de la cocaïne au moins une fois dans sa vie » – «  un chiffre qui a quadruplé depuis 2000 ». « La consommation sur les lieux de travail s’est particulièrement répandue, notamment parmi les métiers les plus pénibles, ajoute-t-il. La ‘’blanche’’, longtemps réservée à une élite fortunée, touche désormais tous les milieux sociaux. Consommée de façon assumée, elle n’a pourtant rien perdu de sa dangerosité. » On lira notamment ce qu’il en est des soignants, des serveurs, et du remplacement par la cocaïne des traditionnels alcools des marins-pêcheurs.

En 2018, 2,8 % des 18-25 ans (et 3,4 % des 26- 34 ans) ont découvert les joies de la cocaïne. Ses tarifs ont chuté, passant de 150 € le gramme à la fin des années 1990 à 85 € aujourd’hui. Un prix qui peut descendre à 60 €, voire 50 €/g en cas d’achat en plus grande quantité. Elle était impliquée, au moins en partie, dans 18 % des décès par overdose en 2016, contre 11 % cinq ans plus tôt.

Où l’on saisit, une nouvelle fois, la dimension éminemment « politique » des phénomènes que certains voudraient cantonner dans une conception étriquée de la la « santé publique ». Dans un entretien accordé à La Croix le psychiatre Laurent Karila accuse les pouvoirs publics de ne pas alerter suffisamment sur la dangerosité de l’euphorisante  cocaïne désormais commandée par SMS ou Snapchat. Pour l’heure Agnès Buzyn ne répond pas.

Parallèlement à La Croix, c’est un document riche d’enseignements que vient de mettre en ligne l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) : le « Rapport national sur les drogues 2018 ». On y apprend que « l’herbe de cannabis est la seule substance illicite dont on observe la production en France ». « Alors que la culture d’herbe était majoritairement le fait de petits cultivateurs autosuffisants, la situation a commencé à changer, à partir de 2011, avec l’apparition de ‘’cannabis factories’’ tenues par le crime organisé et l’investissement de particuliers dans la culture commerciale » précise l’OFDT.

Cocaïne colombienne via le port du Havre

Confirmation géopolitique et commerciale : la France, compte tenu de sa position géographique au cœur de l’Europe occidentale, est une zone de transit pour les principales substances illicites (cannabis, cocaïne, héroïne, drogues de synthèse) produites dans le monde. Elle l’est aussi par ses départements d’outre-mer situés sur le continent américain (Guadeloupe, Martinique et Guyane) à proximité des grandes zones de production et de transit de la cocaïne (Colombie, Venezuela).

Mais encore ? La « résine de cannabis » consommée en France provient du Maroc, le plus souvent via l’Espagne tandis que l’herbe de cannabis provient principalement d’Espagne, des Pays-Bas et de Belgique. De nouvelles routes de trafic émergent, par l’intermédiaire de la Libye pour la résine de cannabis et de l’Albanie pour l’herbe de cannabis.
Quant à la cocaïne de plus en plus consommée en France, elle provient essentiellement de Colombie avant de  transite essentiellement au sud par l’Espagne et au nord par les Pays-Bas (Rotterdam) et la Belgique (Anvers). Précision : depuis quelques années, la cocaïne transitant par le Venezuela puis les Antilles françaises pénètre sur le continent européen par le port du Havre. Quant au trafic de « mules » empruntant la voie aérienne entre la Guyane et la métropole, il est aussi « en forte augmentation ».

L’héroïne consommée en France ? Elle provient majoritairement d’Afghanistan (héroïne brune) et transite via la route des Balkans (Turquie, Grèce, Albanie). Et on retrouve aux Pays-Bas (de préférence à la Belgique) la plate-forme principale où les trafiquants français s’approvisionnent ; un pays d’où proviennent également les drogues de synthèse (MDMA/ecstasy, amphétamines) consommées en France.

Derniers chiffres : en 2017, le nombre total de personnes mises en cause pour usage de stupéfiants en France a été d’environ 164 000 contre un peu moins de 160 000 en 2016. La même année, sur dix personnes mises en cause pour une infraction à la législation sur les stupéfiants, huit le sont pour « usage simple ». Le nombre des personnes impliquées pour des faits de trafic (14 570), de même que celui des usagers-revendeurs (17 700), a augmenté de 7 % par rapport à 2016. En 2010, 90 % des interpellations concernaient l’usage simple de cannabis, 5 % celui d’héroïne et 3 % celui de cocaïne. Combien seront-ils en 2019 ?

A demain

@jynau

PS. Le nombre de décès par surdose en 2015 est de 236 chez les 15-49 ans (373 au total) selon le registre général de mortalité (dont le délai de disponibilité des données est de 2 ans). D’après le registre spécifique des décès par surdose (dispositif DRAMES), qui a recensé 406 décès en 2016, les opiacés sont en cause dans 83 %. Les médicaments de substitution aux opiacés sont en cause dans 46 % des cas et l’héroïne dans 26 %. La cocaïne est impliquée dans 18 % des décès. Le nombre de décès par surdose dans le registre général de mortalité est stable chez les 15-49 ans en 2015, par rapport à 2013 et 2014. Entre 2010 et 2016, les médicaments de substitution aux opiacés sont les principales substances impliquées dans les décès par surdose, devant l’héroïne. L’implication de la cocaïne apparaît en hausse dans les décès en lien avec l’usage de drogues depuis 2014.

 

« La République en marche » va-t-elle bientôt excommunier la députée Agnès Thill ?

 

Bonjour

Aux frontières du Grand Débat, comme un parfum du bûcher. C’était à lire dans Le Journal du Dimanche : « Des députés En marche dénoncent les « théories complotistes » de leur collègue Agnès Thill » (Anne-Charlotte Dusseaulx). Nous avons déjà rapporté ce qu’il en était des convictions de cette ancienne députée socialiste devenue macroniste et opposée à la « PMA pour toutes » -une opposition radicale qui la conduit à faire d’étranges ellipses sur fond d’écoles coraniques. Agnès Thill, donc, députée de l’Oise, 54 ans, élevée dans une famille ouvrière chrétienne, ancienne institutrice et que l’on commence à entendre sur les radios périphériques.

La députée Agnès Thill bientôt excommuniée à la demande d’une vingtaine d’élus La République en marche (LREM) qui portent, la concernant, le diagnostic de complotisme ; très mauvais pronostic. Plusieurs cadres du parti, dont son patron Stanislas Guerini, 36 ans, ancien de l’Ecole alsacienne  et le chef de file des députés du groupe majoritaire Gilles Le Gendre, 60 ans, ancien du collège Sainte-Croix  avaient déjà pris leurs distances avec les propos de leur collègue l’élue, dénonçant des opinions « contraires » aux engagements de leur mouvement politique.

Insultes et complotisme

« Si nous connaissons tous l’opposition d’Agnès Thill à la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, et nous respectons ses convictions, bien que nous ne les partagions pas, le débat politique ne doit en aucun cas être nourri d’insultes ni de théories complotistes » écrivent les vingt députés LREM à leur président comme d’autres le feraient au directeur du collège lors d’un conseil de discipline. Ils rappellent à Gilles Legendre qu’Agnès Thill avait déjà fait l’objet d’un avertissement « l’automne dernier » et attendent une « réponse de fermeté ».

« Nous ne pouvons tolérer les délires islamophobes, homophobes et paranoïaques d’Agnès Thill » écrivent-ils quand cette dernière appelle à « débattre sur le fond ».  Gilles Le Gendre et Stanislas Guérini ont d’ores et déjà pris leur distance (« Ce texte n’engage que son auteure » ; « nombre des opinions qu’il contient sont contraires aux engagements et aux idées portés par LREM et son groupe parlementaire ». Dans le même temps l’entourage de Gilles Le Gendre à fait savoir à Libération qu’ « exclure Agnès Thill serait la pire des décisions ». « On ne veut pas en faire une martyre ». Le groupe LREM compte actuellement 307 membres.

« L’affaire prend de l’ampleur. La dureté des réactions contre la députée LaREM Agnès Thill, hostile à l’extension de la PMA, traduit une volonté de la diaboliser en faisant l’économie du débat de fond qu’elle soulève » souligne Le Figaro (Guillaume Tabard). « Diaboliser » : tenir pour diabolique – un verbe du premier groupe que l’on tenait pour suranné.

A demain

@jynau

 

 

 

Se pendre, à 17 ans, pour quelques grammes de cannabis (lycée du Touquet-Paris-Plage)

Bonjour

C’est l’une de ces informations tragiques et édifiantes qui n’émergent jamais à l’échelon national. Elle était rapportée, il y a quelques jours, par La Voix du Nord : « Étaples – Le Touquet Après le suicide de leur fille, les parents portent plainte »  (Élodie Rabé).

« Après le suicide de leur fille de 17 ans au port d’Étaples les parents de l’adolescente ont décidé de porter plainte contre les policiers qui sont intervenus au Lycée Hôtelier du Touquet peu de temps avant que l’étudiante commette cet acte désespéré ».

Selon les informations du quotidien nordiste (confirmées par le procureur de la République de Boulogne) les fonctionnaires de police sont intervenus au sein de ce lycée hôtelier sur réquisition du chef d’établissement. Ce dernier soupçonnait l’élève, originaire de Lille et interne au lycée, de dissimuler des stupéfiants.

Les forces de l’ordre ont perquisitionné le casier de l’adolescente et ont effectivement retrouvé une petite quantité de cannabis à l’intérieur. C’est à ce moment-là que la jeune fille se serait enfuie. On ne la retrouvera que plusieurs heures plus tard, pendue au port d’Étaples. Le corps de la lycéenne a été découvert par un agent communal d’astreinte qui a tout de suite alerté les secours mais la jeune fille est décédée sur place.

Onde de choc

L’établissement touquettois où l’adolescente étudiait s’est refusé à tout commentaire, le temps de l’enquête. Le rectorat a tout de même indiqué qu’une cellule d’écoute et d’accompagnement avait été mise en place après l’onde de choc qui a secoué le lycée. La Voix du Nord :

« Si l’autopsie, ordonnée par le parquet, a confirmé le suicide, les parents ont tout de même décidé de porter plainte contre les policiers qui sont intervenus au lycée ce jour-là. Une enquête a été ouverte par le commissariat de police mais l’objet de la plainte doit être précisé. Pénalement, seule la provocation au suicide peut être réprimée par la loi.

Si vous avez vous-même des idées suicidaires ou si vous remarquez des comportements inquiétants autour de vous, n’hésitez pas à contacter le Fil santé jeunes, un numéro anonyme et gratuit, au 0800 235 236, de 9 h à 23 h. Vous pouvez aussi vous rendre sur : https ://www.filsantejeunes.com/ ».

Cela s’est passé au Touquet-Paris-Plage, une cité radieuse, depuis peu régulièrement citée dans les médias – citée également dénommée « Arcachon du Nord », « Jardin de la Manche », « Perle de la Côte d’Opale », « Paradis des sports » ou « Station des quatre saisons ».

Elle avait 17 ans.

A demain

@jynau