Racisme policier. Christophe Castaner, que veut-il nous dire avec son «soupçon avéré» ?

Bonjour

09/06/2020. Qui écrit les discours de Christophe Castaner ? Comment peut-on en arriver à de telles formulations ?  On se souvient des mots, solennels, du ministre de l’Intérieur : « Aucun raciste ne peut porter dignement l’uniforme de policier ou de gendarme (…) Aussi, j’ai demandé à ce qu’une suspension soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes».

Associé à l’annonce du la fin de la « pratique de l’étranglement » ces propos font grand bruit dans le monde policier qui, dit-on, se sent désavoué (euphémisme) par son ministre. Où l’on entend des syndicalistes décrypter la sémantique ministérielle. A commencer par l’étrange « soupçon avéré d’actes ou de propos racistes ».

« Soupçon avéré » : une « formulation juridique hasardeuse » dit Le Monde. Il faut ici revenir aux sources

Avéré . Dans le langage courant on trouve d’avantage la locution « il s’avère que »  pour exprimer que la vérité de certains faits est établie. Dans la langue judiciaire ce participe s’emploi dans la forme impersonnelle : « il est avéré que… » avec le sens de «  il est démontré que… ».

Soupçon. Opinion défavorable, fondée sur des indices discutables, souvent par apriorisme ou suggestion affective, par laquelle, à tort ou à raison, on attribue à quelqu’un des actes répréhensibles ou des mauvaises pensées.

Comment comprendre, dès lors, les propos ministériels ? Est-ce dire qu’en matière d’actes ou de propos racistes  dans la police une suspension sera « systématiquement envisagée » (sic) pour chaque opinion défavorable dont l’existence a été démontrée ? Est-ce bien cela ? Qu’en dira le droit ? Dans l’attente on sait ce qu’en pensent les policiers.

A demain @jynau

Interdire la pratique «de l’étranglement» : pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Bonjour

08/06/2020. Pourquoi aura-t-il fallu attendre si longtemps ? «Je veux une tolérance zéro contre le racisme dans les forces de l’ordre», vient de déclarer Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur. Il souhaite notamment que «chaque soupçon avéré de racisme» dans les forces de l’ordre entraîne une suspension.

«Aucun raciste ne peut porter dignement l’uniforme de policier ou de gendarme (…) Aussi, j’ai demandé à ce qu’une suspension soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes».

Dns le même temps le ministre a annoncé que la méthode d’interpellation policière controversée de la «prise par le cou, dite de l’étranglement sera abandonnée. » 1

« Elle ne sera plus enseignée dans les écoles de police et de gendarmerie. C’est une méthode qui comportait des dangers. Si un policier ou un gendarme doit maintenir quelqu’un au sol lors de son interpellation, il sera désormais interdit de s’appuyer sur sa nuque ou son cou. Le principe que lorsque vous interpellez une personne au sol elle doit le rester le moins longtemps, reste en vigueur».

« La France, ce n’est pas les Etats-Unis »

Ces annonces font suite à la demande d’Emmanuel Macron à son gouvernement: se saisir (enfin) du dossier des « violences dans la police » – alors que plusieurs manifestations sont actuellement organisées en France dans le sillage des mobilisations aux États-Unis et dans de nombreux pays après la mort de George Floyd.

Christophe Castaner a toutefois nié toute similitude entre les situations américaine et française : 

« La France, ce n’est pas les Etats-Unis. (…) Face aux amalgames et aux slogans orduriers, je n’accepterai jamais les accusations permanentes d’une partie bien minoritaire, mais hurlante de la population. Il n’y a pas d’institution raciste ou de violence ciblée. J’ai pour nos forces de l’ordre une exigence particulière (…). Je le dis avec fermeté : le racisme n’a pas sa place dans notre société et encore moins dans notre police républicaine ».

« Je ne laisserai pas les agissements odieux de certains jeter l’opprobre sur toute une institution. Ces dernières semaines, trop ont failli dans leur devoir républicainDes propos racistes ont été proférés, des discriminations révélées. C’est inacceptable. Je veux une tolérance zéro contre le racisme dans notre République. »

« Je ne serai satisfait que lorsque nous pourrons cesser de nous demander comment nous sommes passés des “Vive la police !” scandés lors des manifestations suivant les attentats contre Charlie aux slogans et horreur de ces derniers jours », a encore dit le ministre.

Combien de temps faudra-t-il pour que nous cessions de nous poser la question ?

A demain @jynau

1 «On est dubitatifs sur l’ensemble des déclarations du ministre et notamment sur la suppression de la technique d’étranglement», a déclaré à l’AFP le délégué national du syndicat des gardiens de la paix, Alliance, Frédéric Lagache. «Dès lors qu’elle est faite dans un court instant, c’est la seule technique qui permette aux agents de maîtriser un individu dont le poids est supérieur, observe M. Lagache. Sinon, on en sera réduit au combat de rue ou à l’utilisation du taser.».

Le cou sous le genou d’un policier pendant 8’ 46’’: mais de quoi George Flyod est-il mort ?

Bonjour

02/06/2020. Un effet connexe de la pandémie ? Les Etats-Unis et quelques capitales dans le monde s’embrasent après la mort filmée de George Floyd, Afro-Américain de 46 ans, il y a une semaine à Minneapolis. Les conclusions de l’autopsie officielle, lundi 1er juin font suite à une étude indépendante et établissent que la victime est morte asphyxiée en raison d’une «pression exercée sur son cou». On apprend dans le même temps que George Flyod présentait des traces de fentanyl et de méthamphétamine. Quel rapport avec les causes premières de la mort ?

Résumons : George Floyd, 46 ans, est mort le 27 mai à Minneapolis après qu’un policier blanc a plaqué son genou sur son cou pendant 8 minutes et 46 secondes – selon les éléments de la plainte criminelle contre l’agent impliqué.

La première autopsie officielle (avant l’indépendante)  concluait que Georges Floyd n’était pas mort de strangulation ou par asphyxie, mais du fait de sa contention au sol, « combinée avec ses problèmes de santé et une intoxication potentielle. » Floyd était atteint d’une pathologie cardiovasculaire. Les premières conclusions indiquaient qu’aucune constatation physique ne permet d’étayer un diagnostic d’asphyxie ou d’étranglement traumatique.

« Homicide involontaire avec circonstances atténuantes »

Puis une autopsie indépendante était arrivée à la conclusion d’une « mort par asphyxie » en raison d’une «pression forte et prolongée», selon l’avocat de la famille de la victime. «Des médecins indépendants ayant mené une autopsie sur M. Floyd ont conclu que le décès avait résulté d’une asphyxie par pression prolongée», a déclaré l’avocat, Ben Crump. Cette pression prolongée «sur son cou a coupé le flot sanguin allant vers son cerveau et la pression sur son dos a entravé sa capacité à gonfler ses poumons».

«Les preuves soutiennent l’asphyxie comme cause du décès et l’homicide comme circonstance de la mort», vient de souligner  lors d’une conférence de presse le Dr Allecia Wilson, médecin légiste de l’université du Michigan, qui a pu examiner le corps de la victime.

«L’effet combiné de l’arrestation et de l’immobilisation de M. Floyd par la police, ses antécédents médicaux et la présence potentielle de substance psychoactive dans son corps ont probablement contribué à sa mort», indiquent les résultats de l’autopsie officielle des autorités locales. L’ancien policier Derek Chauvin, 44 ans, a été arrêté et inculpé «d’homicide involontaire». Il devait comparaître lundi devant un tribunal, mais cette première audience a été reportée au 8 juin.

S’oriente-t-on vers un « homicide involontaire avec circonstance atténuantes » ? Ce serait là un parfait condensé, en somme, de l’Amérique de Donald Trump.

A demain @jynau

EHPAD : après-demain, « assouplissement supplémentaire des conditions de visite» (sic)

Bonjour

01/06/2020. Qui, chez Olivier Véran, est en charge de la rédaction des communiqués de presse ? Tâche ingrate. Celui daté de ce jour a pour titre  « Assouplissement supplémentaire des conditions de visite dans les établissements hébergeant des personnes âgées ».

Un chef d’œuvre administratif et jacobin. Nous sommes ici dans la « deuxième phase du déconfinement » et, « en cohérence avec l’évolution nationale », les « recommandations nationales relatives aux visites dans les établissements hébergeant des personnes âgées sont assouplies à compter du 5 juin 2020 » – et ce « notamment en préparation des fêtes familiales à venir comme la fête des mères ou la fête des pères ».

Plaçons des intertitres pour aider à comprendre le message.

Le contexte

« Les personnes âgées, tout particulièrement lorsque leur état de santé est fragilisé, sont les plus à risques de développer une forme grave de Covid-19. Près de 45% des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) déclarent encore au moins un cas de Covid-19. La plus grande vigilance doit donc être observée dans l’application des mesures de sécurité sanitaire rappelées dans les recommandations nationales. »

Le dilemme éthique

« Toutefois, cet impératif doit être concilié avec le respect du libre-choix des personnes désirant voir leurs proches. »

Les conséquences pratiques

« Il est ainsi recommandé aux directions des établissements dont la situation sanitaire le permet d’assurer une reprise des visites des proches. Par ailleurs, il est décidé un assouplissement supplémentaire des consignes applicables. Sont ainsi désormais autorisées :

  • les visites de plus de deux personnes à la fois, lorsque la visite n’est pas faite en chambre ;
  • les visites en chambre de deux personnes à la fois maximum, lorsque les conditions de sécurité le permettent ;
  • les visites de mineurs, à la condition que ces derniers puissent porter un masque.

Par ailleurs, il est mis fin à la condition de présence continue d’un professionnel aux côtés des proches. (sic)

Largesse d’esprit mais rappel au règlement

« Il est enfin rappelé que la reprise de davantage de visites médicales et paramédicales et des activités collectives en tout petits groupes peut être décidée, ainsi que l’intervention de bénévoles formés et encadrés. En particulier, lorsque l’établissement est doté d’un jardin ou d’une cour, des activités extérieures peuvent être organisées (promenades, animations en tout petits groupes).

« L’ensemble de ces visites et activités s’applique dans le strict respect des consignes de sécurité sanitaire définies dans le protocole relatif aux consignes applicables dans les ESMS et USLD établi le 20 avril 2020, actualisé au 1er juin 2020. Le lavage des mains, la distanciation physique et le port du masque chirurgical restent ainsi obligatoires pour tous les visiteurs. »

Autre chef d’œuvre, loin des EHPAD, « StopCovid », l’application numérique du gouvernement sera déployée demain 2 juin. Elle doit aider à lutter contre la pandémie de Covid-19. Ses détracteurs dénoncent un dispositif dangereux pour les libertés publiques. Flop annoncé ou succès liberticide ? Parier sur le premier ?

A demain @jynau

Bernard-Henri Lévy dénonce tous ces médecins qui nous faisaient la leçon à la télévision

Bonjour

01/05/2010. Pour un peu, en rire : « Sur la pandémie, Bernard-Henri Lévy n’a rien à nous dire, aussi en fera-t-il un livre ». Or il l’a (déjà) fait  : « Ce qui virus qui rend fou » 1. Et ce matin le philosophe était (déjà) l’invité du Grand Entretien de la matinale de France Inter en compagnie de Nicolas Demorand et Léa Salamé.

Etait-ce la précocité de l’heure ou la complexité d’un sujet trop vite survolé ?  On a connu BHL capable d’autres envolées. Comment comprendre, par exemple, qu’il puisse attribuer à Paul Valéry « et d’autres » (sic) la célèbre formule de René Leriche : « La santé c’est la vie dans le silence des organes ». Pour le reste qu’a-t-il à nous dire ? Extraits :

« Il y a eu une sorte de mondialisation de la peur, la façon dont, à la seconde, une épidémie de terreur s’est abattu sur le monde, ça ne s’est jamais produit (…) Je trouve que les villes vides, c’est pas beau, rester chez soi était utile pour une raison sanitaire, mais ce n’est pas une vertu.

« Sanitairement, il fallait les gestes barrières, cesser de se serrer la main…la vrai problème, c’est que les gens se soient confit dans ce confinement, cette incroyable docilité, que ce silence des organes soit un silence de couvre-feu et mirador. Quand j’entends certains médecins, comme Anthony Fauci, dire ‘le serrement de main ne reviendra plus’, c’est affreux ! (…) J’ai du mal à associer soumission et … grandeur : je trouve qu’il y a plus de grandeur chez ceux qui ont accepté les règles en râlant.

« Pascal ne disait pas que rester chez soi était de cuisiner et mettre ses plats sur Instagram, mais que c’était douloureux, que le repli sur le soi n’est pas une vertu (…) On est devenu délateur. Il y a eu des actes de civisme, mais aussi un incivisme grandissant : le civisme, c’est pas de s’enfermer, de jouir de rester chez soi« .

« Il y avait un traitement plus complexe à faire de tout ça (…) Il y avait quelque chose qui était en route et qui est en train de se sceller. Nous sommes de plus en plus nombreux à choisir la santé dans le débat entre sécurité et santé (…) Le passage entre contrat social et contrat vital : c’est ce qui est préoccupant, je crois que c’est pas un bon deal. »

« La République ce n’est pas le pouvoir des experts ! »

De cette promotion on ne retiendra guère, avec la mémoire de Michel Foucault, que le passage les rapports entre pouvoir politique et le pouvoir médico-scientifique. Un pouvoir politique qui cherche à se relégitimer grâce à un « supposé savoir » associé à un « abus d’autorité incroyable ». Le Pr Jean-François Delfraissy et son Conseil scientifique apprécieront- de même qu’Emmanuel Macron. BHL:

« Ces médecins qui passaient leur temps à nous faire la leçon à la télévision, pardonnez-moi mais moi, à l’oreille j’entendais l’abus d’autorité. Ce pouvoir médical cela fait des siècles qu’il se cherche, des siècles qu’il tente de s’imposer. Et là il a failli triompher ! La République ce n’est pas le pouvoir des experts ! La République c’est le pouvoir des politiques. La République ce n’est pas l’hygiénisme, c’est pas le pouvoir des médecins qui transforme la politique en clinique, qui font la chasse au virus …. La politique, ce n’est pas le pouvoir médical … »

Et le philosophe médiatique d’accuser journalistes, médias et spectateurs d’avoir accepté cette « prise de pouvoir par les médecins ». « D’ailleurs les meilleurs d’entre eux savaient que c’était absurde, ils étaient embarrassés de ce rôle, ils savent qu’ils ne sont pas d’accord les uns avec les autres, que la médecine n’est que très partiellement une science exacte, que la médecine c’est plein de querelles, que c’est encore pire que la philosophie… ».

Selon lui le président de la République a eu grand tort de parler de « guerre », les médecins et les médias ont eu tort d’entretenir un sentiment de peur cette « mauvaise conseillère ». Avec, en toile de fond des « émerveillés du confinement », un monde qui serait (enfin) débarrassé des humains.

Et BHL d’évoquer (lui aussi) le Pr Didier Raoult qu’il n’est pas sans admirer.

« Moi je connais la chloroquine, je suis un vieux paludéen, c’est aussi un bon médicament, il m’a sauvé la vie il y a cinquante ans… Le spectacle qu’ont donné les médecins à cette occasion, ce tintamarre,  cette pétarade, cette chamaillerie, cette pétarade à la table du roi, c’était l’illustration  du pire de ce que je dis sur les exagérations du pouvoir médical. »

Précision : durant le confinement BHL n’est pas allé à la campagne. Il est resté à Paris et n’a fait que deux reportages, l’un au Bangladesh, l’autre à Lesbos.

A demain @jynau

1 « Ce virus qui rend fou » Bernard-Henri Levy, Editions Grasset, 112 pages, 8 euros, sortie le 10 juin L’ intégralité des droits d’ auteur de ce livre sera versée à l’ ADELC (Association pour le Développement de la Librairie de Création).

Chloroquine : Donald Trump bunkerisé offre deux millions de doses au Brésil de Bolsonaro

Bonjour

01/06/2020. Qui a dit que les populistes étaient allergiques à la solidarité ? La Maison Blanche a annoncé, le jour de Pentecôte, que les Etats-Unis venaient d’envoyer au Brésil de Jair Bolsonaro deux millions de doses d’hydroxychloroquine. «Les peuples américain et brésilien sont solidaires dans la lutte contre le coronavirus. Aujourd’hui, pour preuve de cette solidarité, nous annonçons que le gouvernement américain a livré deux millions de doses d’hydroxychloroquine au peuple du Brésil, a indiqué l’exécutif américain dans un communiqué. Elle sera utilisée de manière préventive pour aider à défendre les infirmières, les médecins et les professionnels de la santé contre le virus. Elle sera aussi utilisée comme traitement pour soigner les Brésiliens infectés. »

Le même jour le président brésilien Jair Bolsonaro participait à un rassemblement avec ses partisans à Brasilia, bravant une nouvelle fois les recommandations sanitaires. Le chef de l’Etat brésilien, ouvertement contre les mesures de confinement, s’est présenté devant le palais présidentiel, saluant des dizaines de sympathisants qui scandaient : « mythe ! mythe !mythe !». L’AFP rapporte que, tout en se gardant (cette fois) de toucher les mains de ses partisans, M. Bolsonaro, entouré de ses gardes du corps, a porté deux enfants sur ses épaules. Il est par la suite monté sur un cheval de la police.

C’est là le dernier exemple des mises en scène de Jair Bolsonaro qui s’oppose à tout confinement pour protéger l’économie et fait la promotion de l’usage de l’hydroxychloroquine en dépit des dernières recommandations de l’OMS. « Nous restons très calmes et sereins, et il n’y aura aucune modification » dans nos consignes, a déclaré il y a quelques jours Mayra Pinheiro, secrétaire à la gestion du travail et à l’éducation sanitaire, lors d’une conférence de presse à Brasilia, la capitale.

Sous la pression du président Jair Bolsonaro, le ministère de la Santé du Brésil a publié il y a peu un document qui étendait les recommandations d’utilisation de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine y compris aux cas bénins de Covid-19. Avec près de 500 000 cas et 30 000 morts, le Brésil (210 millions d’habitants) est le pays le plus touché par la pandémie en Amérique latine et le deuxième dans le monde derrière les Etats-Unis (1, 8 millions de cas ; plus de 100 000 morts).

Officiellement le président Trump est toujours sous hydroxychloroquine à visée préventive. Le 31 mai il a été brièvement conduit dans un bunker souterrain de la Maison-Blanche. Ce confinement a été décidé par le Secret Service, le service de protection du président et de personnalités alors qu’une manifestation (à la suite de la mort de George Floyd) se tenait devant le lieu de résidence du président américain. D’après CNN, le président a passé un peu moins d’une heure en ces lieux, avec sa femme Melania et leur fils Barron. 

A demain @jynau

StopCovid : ce traçage de contact via smartphone pourrait être activé dès ce week-end

Bonjour

26/05/2020. Là encore tout se précipite au sein de l’exécutif et du législatif.  La CCNIL vient, en urgence, de donner  son ultime feu vert à la mise en place de « StopCovid », l’application controversée de traçage de contacts pour smartphones voulue par le gouvernement pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. On trouvera ici tout les détail de cette décision : « La CNIL rend son avis sur les conditions de mise en œuvre de l’application « StopCovid » »

La CNIL se prononçait « en urgence » sur un projet de décret relatif à cette application mobile. Une application qui « vise à informer les personnes utilisatrices qu’elles ont été à proximité de personnes diagnostiquées positives au COVID-19 et utilisant la même application ». Postulat : « cette proximité induit un risque de contamination ».

Cette saisine faisait suite à l’avis rendu par la CNIL le 24 avril 2020 sur le principe même du déploiement d’une telle application. Compte tenu du contexte exceptionnel de gestion de la crise sanitaire, la CNIL avait considéré possible la mise en œuvre de « StopCovid », sous réserve qu’elle soit utile à la stratégie de déconfinement et qu’elle soit conçue de façon à protéger la vie privée des utilisateurs.

L’application utilisera des données « pseudonymisées » (sic), sans recours à la géolocalisation, et ne conduira pas à créer un fichier des personnes contaminées. La CNIL constate que ses principales recommandations ont été prises en compte et estime ainsi que ce dispositif temporaire, basé sur le volontariat, peut légalement être mis en œuvre.

Orwell

Et dans le même temps, toujours l’urgence, Cédric O, jeune secrétaire d’État au Numérique explique au FigaroElsa Bembaron et Mathilde Siraud) : «Sous réserve du vote au Parlement, l’application StopCovid pourrait être disponible dès ce week-end». Confiant sur le résultat du vote ? Réponse :

« Il y a eu beaucoup de questions légitimes, mais plus nous donnons d’explications, plus les réticences diminuent. Je suis donc raisonnablement confiant et ne crains pas une division de la majorité, mais il convient que chacun s’exprime selon sa conviction. Ce qu’il est important d’expliquer, c’est en quoi l’application vient très utilement compléter le dispositif global, en sus des masques, des tests et des brigades sanitaires.

Ces dernières sont indispensables mais leur action peut avoir des limites que StopCovid vient combler, comme les contaminations dans les transports en commun ou dans la queue du supermarché. C’est ce que nous disent les professions de santé qui, avec le Conseil scientifique, considèrent l’application comme un geste barrière supplémentaire. Ce sont elles les mieux placées pour juger de son utilité. Cela étant dit, si le Parlement devait s’opposer au déploiement de StopCovid, l’application ne serait pas déployée. »

Où l’on voit que nous sommes bien, toujours, en démocratie, que les librairies sont à nouveau ouvertes et que rien n’interdit de lire le 1984 d’Orwell. Sur papier ou sur écran.

A demain @jynau

Comment a-t-on pu imaginer pouvoir utiliser des drones pour mieux déconfiner Paris ?

Bonjour

C’est, d’une certaine manière, un événement démocratique par temps pandémique : le Conseil d’Etat a enjoint lundi 18 mai l’État de cesser «sans délai» d’utiliser des drones à Paris pour surveiller le respect des règles du déconfinement. On lira ici l’ordonnance de jugement.

C’est la « Quadrature du Net » et la « Ligue des droits de l’homme » qui avaient demandé au tribunal administratif de Paris d’ordonner l’arrêt de la surveillance par drones mis en place par la préfecture de police afin de faire respecter les mesures de confinement. Leur requête ayant été rejetée par le tribunal, ces associations avaient fait appel devant le Conseil d’État. La décision de ce dernier est limpide :

« Le juge des référés du Conseil d’État a ordonné à l’État de cesser immédiatement la surveillance par drone du respect des règles sanitaires en vigueur lors de la période de déconfinement. La préfecture de police de Paris avait indiqué que les drones n’étaient pas utilisés pour identifier des personnes, mais uniquement pour détecter des rassemblements du public à Paris contraires aux mesures sanitaires en vigueur et pouvoir ainsi procéder à la dispersion du rassemblement ou l’évacuation des lieux (les drones survolant la ville à une hauteur de 80 à 100 mètres, en utilisant un grand angle et sans capturer d’images en l’absence de carte mémoire).

« Le juge des référés a toutefois relevé que les drones utilisés sont dotés d’un zoom optique et peuvent voler en dessous de 80 mètres, ce qui permet de collecter des données identifiantes. Il a observé que les drones ne sont dotés d’aucun dispositif technique permettant de s’assurer que les informations collectées ne puissent conduire à identifier des personnes filmées, et ce, pour un autre usage que l’identification de rassemblements publics. »

Dès lors, le juge des référés a estimé que l’utilisation de ces drones relève bien « d’un traitement de données à caractère personnel » et, à ce titre, « doit respecter le cadre de la loi informatiques et libertés du 6 janvier 1978». Constatant que ce cadre n’avait pas été respecté, il a par conséquent ordonné à l’État de cesser sans délai la surveillance par drone. Et ce tant qu’un arrêté ou décret ministériel n’aura pas été pris sur le sujet après avis de la CNIL -ou tant que les drones ne seront pas dotés d’un dispositif de nature à rendre impossible l’identification des personnes filmées.

Me Patrice Spinosi, avocat de la LDH a déclaré à l’AFP saluer «la volonté du Conseil d’Etat de marquer son attachement aux libertés fondamentales». Selon lui «il n’y a aucune raison de penser que cette décision n’ait pas vocation à s’appliquer sur l’ensemble du territoire français». Les forces de l’ordre devront surveiller autrement la bonne marche du déconfinement.

A demain @jynau

Anne Hidalgo, Olivier Véran et le gouvernement : à qui le bras de fer «parcs et espaces verts» ?

Bonjour

13/05/2020. Que restera-t-il, après demain de cet étrange épisode médiatisé qui voit la maire de Paris en guerre ouverte contre le gouvernement – et ce au nom de la santé publique. Nous avons déjà fait état de l’étrange colère qui, sur ce thème, anime Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé. Objet de la confrontation : la fermeture, imposée par le gouvernement, des 490 parcs et jardins de la capitale – Buttes-Chaumont et jardin du Luxembourg inclus. Et ce au nom de la récente règle gouvernementale, non écrite, qui veut que ces espaces sont interdits au public dans les départements classés « rouges ».

Anne Hidalgo ne comprend pas. « Compte tenu des besoins des Parisiens, car Paris est une ville très dense, je renouvelle ma demande d’ouvrir à la promenade les parcs et jardins avec port du masque obligatoire », a-t-elle tweeté, mardi 12 mai. Depuis plusieurs jours, la maire socialiste de Paris avance notamment l’argument, pour les Parisiens, d’une meilleure « distanciation sociale » – formule dénoncée par l’Académie française. Elle propose aussi que le port du masque soit obligatoire dans ces espaces verts. Elle annonce des « propositions très concrètes » et la transmission, au Premier ministre d’un « protocole qui permette de rassurer le gouvernement sur les conditions d’ouverture de ces parcs et jardins ».

A commencer par des dispositifs pour qu’il n’y ait pas de pique-niques et d’attroupements plus ou moins alcoolisés sur les pelouses. « Nous sommes en mesure de le faire respecter avec les agents du service municipal », ajoute Anne Hidalgo, appelant le gouvernement à faire vite. « Le beau temps arrive, on ne pourra pas contenir les Parisiens sur les trottoirs à proximité des jardins et des parcs qui seraient fermés » insistait-elle jusqu’à hier. Elle a récidivé ce 13 mai, sur RMC-BFMTV qui se régale de ce bras de fer : « Je pense que c’est une question de santé publique» a-t-elle déclaré, s’étonnant que l’on puisse «prendre le métro mais pas marcher dans un parc».

«Ça suffit, le bashing des Parisiens !»

Il ne s’agit pas d’autoriser le n’importe quoi, d’ouvrir les «aires de jeu», explique l’élue. Seulement de permettre aux habitants de «faire du sport», «marcher» et «respirer» – avec limitation du nombre de promeneurs et port du masque obligatoire. Et d’éviter ainsi les attroupements. «Paris est une ville très dense», «il nous faut vraiment gagner de l’espace», avance celle dont les listes sont arrivées en tête du premier tour des élections municipales le 15 mars dernier. Et d’en appeler à «faire confiance» aux habitants, qu’elle refuse de voir dépeints comme irrespectueux des règles sanitaires. «Ça suffit, le bashing des Parisiens», s’agace-t-elle, arguant que les 2,2 millions d’habitants de la capitale «ont été très raisonnables» pendant le confinement.

Face à elle, étrangement arc-bouté, Olivier Véran : « On peut comprendre le réflexe, mais attention, ça peut être dangereux. Non, nous n’ouvrirons pas les parcs et jardins à Paris et en Ile-de-France ainsi que dans les autres régions qui sont classées rouges. Non pas qu’on n’a pas envie que les gens puissent sortir prendre l’air, mais c’est peut-être extrêmement tentant de se regrouper. » Et le ministre d’imaginer le pire :  « que les gens s’amassent, ne respectent pas les groupes de dix, et ne puissent pas respecter les conditions des gestes barrières ».

Et désormais, au secours d’Olivier Véran, l’ensemble du gouvernement. Ce 13 mai, au sortir du conseil des ministres, Sibeth Ndiaye, porte-parole, a répété la position de l’exécutif : lors de précédentes communications du gouvernement, «nous avons considéré que l’ouverture des parcs et jardins était inopportune compte tenu de la vivacité de la circulation du virus à Paris et en région Île-de-France, et nous ne sommes pas revenus sur cette décision».

Certes. Mais comment comprendre, alors, que les bois de Vincennes et de Boulogne, le Champ-de-Mars et l’esplanade des Invalides ont, eux, bel et bien été déconfinés ? Le virus y est-il moins vivace qu’ailleurs, sur les pentes des Buttes-Chaumont ou dans les douceurs du Luxembourg ?

A demain @jynau

De quel droit Olivier Véran interdit-il la réouverture des parcs et des jardins «rouges» ?

Bonjour

12/05/2020. Il s’agit de l’une des rares différences départementales entre les « rouges » et les « verts » : les premiers doivent maintenir fermés leurs « parcs et jardins » quand les seconds peuvent les ouvrir aux citoyens. De même que les « interdictions » de l’accès aux « plages », voilà qui peut apparaître injuste, soulever bien des questions, épidémiologiques et politiques.

« Compte tenu des besoins des Parisiens, car Paris est une ville très dense, je renouvelle ma demande d’ouvrir à la promenade les parcs et jardins avec port du masque obligatoire », a tweeté, mardi 12 mai, Anne Hidalgo. Depuis plusieurs jours, la maire socialiste de Paris souhaite que ses espaces verts puissent rouvrir au public. Elle avance notamment l’argument d’une meilleure « distanciation sociale » (quelle formule ridicule !) entre les Parisiens. Anne Hidalgo propose aussi que le port du masque soit obligatoire dans l’ensemble des rues de la capitale – ce que le gouvernement ne veut pas – sans dire clairement pourquoi.

Réautoriser les citoyens masqués à respirer dans les parcs et les jardins de la capitale ? Cette idée n’est nullement du goût d’Olivier Véran. Interviewé ce mardi lors d’une visite dans un Ehpad du Val-de-Marne, le ministre des Solidarités et de la Santé l’a fait savoir sur un ton qui semble chaque jour un peu plus irrité : « On peut comprendre le réflexe, mais attention, ça peut être dangereux. Non, nous n’ouvrirons pas les parcs et jardins à Paris et en Ile-de-France ainsi que dans les autres régions qui sont classées rouges. Non pas qu’on n’a pas envie que les gens puissent sortir prendre l’air, mais c’est peut-être extrêmement tentant de se regrouper. »

Et le ministre d’ajouter ses craintes que « les gens s’amassent, ne respectent pas les groupes de dix, et ne puissent pas respecter les conditions des gestes barrières ». Où l’on entend, une nouvelle fois émanant de l’exécutif, cette tendance caporalistique qui le conduit à dire « les gens » pour parler des citoyens. Avec, corollaire, cette détestable habitude d’utiliser le « on » pour parler de lui.

A l’inverse la mairie de Paris estime à que l’ouverture des espaces verts de la ville (une autorisation sur laquelle elle n’a pas autorité) permettrait de répartir les habitants et d’éviter des rassemblements massifs – du type, précisément, de celui plus ou moins alcoolisé observé hier sur les bords du canal Saint-Martin – – et qui a conduit à de nouveaux interdits préfectoraux alcooliques. Deux conceptions, politiques, de la réduction des risques.

A demain @jynau