Se pendre, à 17 ans, pour quelques grammes de cannabis (lycée du Touquet-Paris-Plage)

Bonjour

C’est l’une de ces informations tragiques et édifiantes qui n’émergent jamais à l’échelon national. Elle était rapportée, il y a quelques jours, par La Voix du Nord : « Étaples – Le Touquet Après le suicide de leur fille, les parents portent plainte »  (Élodie Rabé).

« Après le suicide de leur fille de 17 ans au port d’Étaples les parents de l’adolescente ont décidé de porter plainte contre les policiers qui sont intervenus au Lycée Hôtelier du Touquet peu de temps avant que l’étudiante commette cet acte désespéré ».

Selon les informations du quotidien nordiste (confirmées par le procureur de la République de Boulogne) les fonctionnaires de police sont intervenus au sein de ce lycée hôtelier sur réquisition du chef d’établissement. Ce dernier soupçonnait l’élève, originaire de Lille et interne au lycée, de dissimuler des stupéfiants.

Les forces de l’ordre ont perquisitionné le casier de l’adolescente et ont effectivement retrouvé une petite quantité de cannabis à l’intérieur. C’est à ce moment-là que la jeune fille se serait enfuie. On ne la retrouvera que plusieurs heures plus tard, pendue au port d’Étaples. Le corps de la lycéenne a été découvert par un agent communal d’astreinte qui a tout de suite alerté les secours mais la jeune fille est décédée sur place.

Onde de choc

L’établissement touquettois où l’adolescente étudiait s’est refusé à tout commentaire, le temps de l’enquête. Le rectorat a tout de même indiqué qu’une cellule d’écoute et d’accompagnement avait été mise en place après l’onde de choc qui a secoué le lycée. La Voix du Nord :

« Si l’autopsie, ordonnée par le parquet, a confirmé le suicide, les parents ont tout de même décidé de porter plainte contre les policiers qui sont intervenus au lycée ce jour-là. Une enquête a été ouverte par le commissariat de police mais l’objet de la plainte doit être précisé. Pénalement, seule la provocation au suicide peut être réprimée par la loi.

Si vous avez vous-même des idées suicidaires ou si vous remarquez des comportements inquiétants autour de vous, n’hésitez pas à contacter le Fil santé jeunes, un numéro anonyme et gratuit, au 0800 235 236, de 9 h à 23 h. Vous pouvez aussi vous rendre sur : https ://www.filsantejeunes.com/ ».

Cela s’est passé au Touquet-Paris-Plage, une cité radieuse, depuis peu régulièrement citée dans les médias – citée également dénommée « Arcachon du Nord », « Jardin de la Manche », « Perle de la Côte d’Opale », « Paradis des sports » ou « Station des quatre saisons ».

Elle avait 17 ans.

A demain

@jynau

Gilets Jaunes : petites colères montantes de la France dépendante «des clopes et du diesel» 

Bonjour

En 2019, c’est promis, des sociologues nous éclairerons enfin sur les véritables racines du phénomène étrange que nous traversons. Sur cette colère multiforme, ces violences, cette détestation soudaine d’un président hier adoré, cette fracture d’une France qui ne se reconnaît plus. Et restera un chapelet de mots : « jactance », « carabistouilles », « moratoire », « entourloupe », « intelligence et subtilité », « mabouls ». Un chapelet auquel il faudra ajouter « clopes et diesel ».

Ce fut un mot de Griveaux voulant salir Wauquiez. Benjamin-Blaise Griveaux, 41 ans, est porte-parole macronien du gouvernement. Laurent Wauquiez, 43 ans est  président de Les Républicains (LR).

Benjamin-Blaise Griveaux au JDD: «Wauquiez, c’est le candidat des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel.» Uns saillie méprisante analysée par David Desgouilles 1 dans Le Figaro : « Le mépris sidérant de Griveaux pour les «gars qui fument des clopes et roulent au diesel » (Paul Sugy).

« Si j’étais un député LREM de province, je maudirais Benjamin Griveaux. Voilà qui renforce en effet cette impression de mépris des villes-monde pour tout ce qui ne vit pas dans une grande métropole (…) Il y a un an, Emmanuel Macron déplorait en des termes outranciers le manque de mobilité d’ouvriers creusois qui auraient pu trouver du travail à deux heures de route (…) Le sujet est inflammable (…) Emmanuel Macron aurait tort de traiter ce dernier par le mépris et d’y appliquer la vision binaire ‘’progressistes contre nationalistes’’. Car, même s’il n’a pas enregistré des scores faramineux lors du premier tour de la présidentielle dans cette France périphérique, il risquerait de s’y faire complètement haïr, tant la problématique de la voiture y est centrale. »

« Si Laurent Wauquiez était le candidat des gens qui roulent au diesel (je laisse de côté l’aspect moralisateur sur le tabac), il ne serait pas loin de l’Élysée. Or, la sociologie électorale de LR, ce n’est pas les ouvriers et employés qui vont au boulot chaque jour et doivent emprunter leur véhicule diesel, c’est plutôt les retraités qui roulent peu (…) Cette France-là a besoin de protection, pas de diminution à la hache des effectifs des services publics. Mais peut-être Benjamin Griveaux souhaite-t-il par cette pression décourager Wauquiez d’aller à la conquête de cet électorat-là. Et laisser ce dernier au RN, validant le clivage mortifère progressistes-nationalistes dans lequel il souhaite enfermer la vie politique française. »

Sur la ligne de grande banlieue Paris/Meaux/Château-Thierry,

Voilà pour le diesel. Et les « clopes » ? Un symptôme édifiant des clivages du pays et des révoltes montantes nous est donné par  France Bleu Paris (Louis-Valentin Lopez). « Des mégots écrasés sur le sol, des paquets vides … Ce n’est pas un fumoir, mais le dernier wagon de la ligne P du Transilien reliant Paris à Château-Thierry dans l’Aisne. Malgré le renforcement des contrôleurs, les ‘’wagons fumeurs’’  ne sont pas en voie de disparition.

« On a beau être une grande entreprise publique de transports … On a beau avoir appliqué, scrupuleusement et avant la lettre, l’interdiction de fumer dans les lieux publics … On a beau avoir des agents de sûreté ferroviaire qui patrouillent régulièrement, écrivait il y a deux ans le site des buralistes français. Et bien, sur la ligne de grande banlieue Paris/Meaux/Château-Thierry, le wagon de queue est squatté régulièrement par des jeunes qui, par provocation ou non, trouvent cela normal d’y fumer … Les PV, ils s’en moquent et les opérations anti-fumeurs aussi. »

 Deux ans plus tard les contrôleurs franciliens ont  la ligne P en ligne de mire. Mercredi 19 décembre, une opération de contrôle a été menée mobilisant pas moins d’une soixantaine d’agents de la Sûreté ferroviaire ainsi qu’une dizaine de policiers municipaux et nationaux. En trois heures, 51 procès-verbaux ont été dressés avec pour motif : « violation de l’interdiction de fumer ».

« Les passagers connaissent les risques encourus ainsi que le prix de l’amende (68 euros), mais ils ont appris à esquiver les contrôles, rapporte France Bleu. Depuis 2017, la tâche s’est compliquée pour les fraudeurs : « nos agents de la sûreté ferroviaire peuvent verbaliser, faire descendre les passagers du train », signale Christophe Lallot, directeur adjoint de la zone Sûreté Ile-de-France Nord-Est. Des agents en civil peuvent être présents et contrôler dans les gares. Pour autant, ils ‘’ont besoin des services de police pour finaliser les procès-verbaux ou encore sécuriser les adresses’’. Cette année sur la ligne P, plus de 1 600 procès-verbaux ont été dressés, dont presque 700 pour violation de l’interdiction de fumer. »

 La France des clopes et du diesel ? On peut le dire autrement : la France dépendante du tabac et des carburants.

A demain

@jynau

1 Chroniqueur à Causeur et au Figaro Vox, David Desgouilles signe aussi des billets d’humeur dans le Figaro Magazine. Il a publié en juin 2015 « Le Bruit de la douche », aux éditions Michalon. Puis « Dérapage » (éd du Rocher 2017) A paraître « Les vaincus » (éd du Rocher 2019). Présentation de « Dérapage » :

« Lors d’un débat télévisé, le chroniqueur Stéphane Letourneur, croyant son micro coupé, adresse une remarque graveleuse à une femme politique. Cruelle erreur ! La meute des internautes se déchaîne, il devient l’homme à abattre sur les réseaux sociaux. Quelques jours plus tard, Nicolas Sarkozy est victime d’un enlèvement, alors qu’il fait du vélo dans la montagne varoise.

 « Une actu chassant l’autre, l’annonce du kidnapping de l’ancien Président tourne en boucle sur les chaînes d’info. Une aubaine pour Letourneur, enfin délivré de la traque dont il était la cible, et qui a trouvé refuge dans un petit village jurassien. Mais le calme ne dure pas… Quel est ce groupe de personnes au comportement étrange installé dans la propriété voisine ? Pourquoi semblent-ils si méfiants ? Quel rôle joue Pauline, consœur  journaliste de Letourneur ? Une politique-fiction haletante et magistralement orchestrée. »

 

 

 

Lariboisière : on pensait que la femme retrouvée morte au sein des urgences avait …«fugué»

Bonjour

Deux nouveaux éléments dans une affaire dramatiquement édifiante et qui devrait connaître de futurs prolongements. Tout d’abord la prise de parole d’Agnès Buzyn. Il y a cinq ans Marisol Touraine resta longtemps silencieuse dans l’affaire de la morte des urgences de Cochin. Aujourd’hui le ministre des Solidarités et de la Santé parle. Invitée du journal national de France 3 elle vient de déclarer qu’il y a eu « défaillance dans la prise en charge de cette patiente ».

C’est une évidence. Car quelle que soit la cause de la mort (qui sera prochainement établie par une autopsie médico-légale) il est acquis que cette femme est restée douze heures sans être examinée – ni a fortiori de recevoir de soins. Et ce « après avoir été accueillie par l’infirmière d’accueil et d’orientation et enregistrée dans le circuit de prise en charge du service »

Interrogé par Le Parisien (Marc Payet) le Dr Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) donne quelques détails. « Elle souffrait de céphalée et de fièvre, et n’avait pas réussi à trouver un médecin en ville, dit-il. Il est sûr en tout cas qu’elle n’a pas vu de médecin.».

Des heures sans être vus

Agnès Buzyn attend désormais les conclusions des différentes enquêtes en cours qui devront se pencher sur les modalités d’organisation et le respect des procédures. Mais que sait-elle, d’ores et déjà ? «Il y a une organisation en dépit du bon sens, a confié à Libération (Eric Favereau) un anesthésiste (anonyme) de l’AP-HP. A Larib, quand les patients arrivent, ils sont certes bien vus par une infirmière. Ils sont ensuite conduits dans une salle de soins. Et là, rien. Il n’y a aucune surveillance. On peut y rester des heures, sans être vu. Je l’ai expérimenté. C’est incompréhensible. La direction de l’hôpital le sait, l’administration est tout aussi responsable car elle laisse faire. Elle a toutes les statistiques d’attente. Or, cela continue comme cela. En plus, il est écrit que les personnes accompagnantes ne peuvent pas rester. Absurde, dangereux, et non réglementaire.»

Une accusation qui pèsera dans l’instruction du dossier.

Autre élément nouveau, et semble-t-il d’ores et déjà confirmé : dans la nuit, cinq heures après son admission, cette femme « a été appelée », et « il n’y a pas eu de réponse ». Elle aurait alors été considérée comme « ayant fugué ».  Son décès a ensuite été constaté  par le personnel des urgences – et ce au moment du changement d’équipes. Elle était morte sur son brancard. Il était 6h20.

A demain

@jynau

La femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière : un drame annoncé dès juillet

Bonjour

Que s’est-il passé aux urgences de Lariboisière entre le 17 décembre 2018 (18h 45) et le lendemain (6h20) ? Entre l’arrivée d’une patiente d’une cinquantaine d’années prise en charge par la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris – et la découverte de cette patiente, morte sur un brancard ? La direction de l’AP-HP ayant décidé de modifier ses pratiques et de saisir le procureur de la République de Paris la médecine légale et la justice auront à se prononcer. Et à la différence de l’affaire similaire survenue à Cochin il y a près de cinq ans 1 une question majeure sera soulevée : celle des responsabilités.

Il faudra, ici, garder en mémoire les témoignages d’ores et déjà recueillis par plusieurs médias, dont France3 Paris-Ile-de-France. Et rappeler que le vieil hôpital Lariboisière  héberge le plus important service d’urgences de la capitale. Qu’il  a été conçu pour 180 passages par jour, mais qu’il en accueille 300 « Nous sommes à saturation d’un système. En 1988, il y avait 8 millions de passages aux urgences, on est à 21 millions de passages et les moyens n’ont pas augmenté en conséquence » redit, pour la millième fois devant les caméras le toujours médiatique Patrick Pelloux, médecin urgentiste. Les pouvoirs publics doivent ouvrir les yeux sur un système à bout de souffle. «

Ouvrir les yeux des pouvoirs publics ? Il faut ici écouter Yann Flecher, du syndicat CGT de Lariboisière-Fernand Widal AP-HP : «  Ce qui arrive aujourd’hui, malheureusement, n’est que la conséquence de ce que nous avions déjà dénoncé au mois de juillet, puisque nous avions dit qu’un drame arriverait. » Qui, en juillet, avait écouté la prophétie de la CGT ?

A demain

@jynau

1 Tous les articles de ce blog sur cette affaire sont disponible à cette adresse : « L’affaire de la femme morte aux urgences de Cochin ». Egalement : « Urgences de Cochin: faute d’autopsie, on ne saura jamais la vérité » (Slate.fr, 1er mars 2014)

 

Morte après douze heures aux urgences de Labiboisière : cette fois l’AP-HP saisit la justice

Bonjour

Les temps changent. L’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris a, le 18 décembre, publié le communiqué de presse suivant :

« L’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris a avisé le procureur de la République de Paris le mardi 18 décembre 2018 au matin de la survenue du décès inexpliqué d’une patiente au sein du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière, dans le 10ème arrondissement de Paris. Ce décès a été constaté à 6h20 le même jour. Un obstacle médico-légal a été apposé sur le certificat médical de décès.

A ce stade, les éléments dont dispose l’hôpital font apparaître que cette patiente a été prise en charge par la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris le lundi 17 décembre 2018 et amenée au service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière vers 18h45. Elle a été accueillie par l’infirmière d’accueil et d’orientation et enregistrée dans le circuit de prise en charge du service.  Une enquête interne pour reconstituer la chronologie précise des faits, connaître les circonstances et les causes de ce décès est diligentée. »

France Info précise que l’enquête a été confiée par le parquet de Paris au Service de l’accueil et de l’investigation de proximité, du 10e arrondissement de la capitale. Il s’agira notamment « de déterminer si cette patiente a été examinée par un médecin ». Quant à l’AP-HP elle indique qu’elle « transmettra toutes les informations à la justice » (sic), que «les  autorités de tutelle ont également été informées », que « la famille de la patiente a été prévenue par l’hôpital qui lui a fait part de ses condoléances et de son soutien » et « qui se tient, par ailleurs, à son entière disposition. »

Cinq ans après les temps ont considérablement changé, comme en témoigne la relecture des pièces de « l’affaire de la femme morte aux urgences de Cochin » 1. Une femme âgée de 61 ans morte le 15 février 2014 dans des circonstances similaires. Elle avait été retrouvée morte, seule, assise dans un fauteuil de la salle de surveillance des urgences à 23 heures. Transportée par les sapeurs-pompiers. Elle y avait été admise à 16h 30 pour une petite blessure cutanée sans gravité. L’affaire avait ému et relancé la polémique sur l’organisation des urgences médicales de l’AP-HP.

Ne pas saisir le procureur de la République

 Mais à la différence de Lariboisière la direction générale de l’AP-HP avait pris la décision, incompréhensible, de ne pas saisir François Molins, procureur de la République de Paris (qui ne s’était pas non plus auto-saisi) et de traiter l’affaire en interne. Aucune autopsie, pas d’obstacle « médico-légal » sur le certificat  de décès ». La politique de l’entre-soi.

Pour sa part avant même les conclusions de l’enquête interne Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP  avait déclaré, sur France Inter, qu’en toute hypothèse cette femme «ne pouvait pas être sauvée». Pourquoi n’a-t-on pas pratiqué d’autopsie médico-légale aux fins de rechercher les causes exactes de la mort ? «Il s’agissait d’une mort inopinée et cette mesure n’a pas semblé nécessaire» répondait-on à la direction de l’AP-HP.

Voici ce que nous déclarait alors, pour Slate.fr,  Michel Sabourault, procureur général. honoraire :

«Du strict point de vue du droit l’absence d’autopsie médico-légale est totalement incompréhensible Cette femme aurait, dans la rue, était victime d’une mort suspecte ou inexpliquée on aurait mieux cherché à comprendre qu’on ne l’a fait ici. Le refus de la famille ne peut en aucune manière s’opposer à l’action du parquet. Cette recherche des causes de la mort dans un cadre médico-légal est d’autant plus importante qu’elle aurait permis de dire si les failles reconnues et incontestables dans la prise en charge de cette patiente ont pu, ou non, être des facteurs aggravants. La justice n’étant pas saisie pour des raisons que l’on ignore l’AP-HP ne peut être mise en cause. Ceci donne clairement le sentiment que l’AP-HP fonctionne dans un espace spécifique, hors du cadre commun. C’est difficilement compréhensible et hautement regrettable.»

 Cette même analyse peut être faite sous un autre angle. «Voici donc une jeune sexagénaire, venue aux urgences de Cochin pour une petite blessure au pied, à qui on pose un bracelet pour l’identifier et qui meurt assise, six heures plus tard, sans bruit et sans plainte, à côté de quatre personnes et en face du box infirmier, résumait pour sa part le Dr William Lowenstein, interniste ancien responsable des urgences de Laennec et praticien de l’AP-HP, président de SOS Addictions. Ce n’est que lorsque la blancheur cadavérique intrigue une aide-soignante que le décès est constaté. On ne veut pas connaître les causes de la mort. La direction de l’AP-HP ne sait pas ce qui s’est exactement passé mais assure qu’il n’y a pas eu de faute. Et formule des recommandations pour une cause première qu’elle dit ignorerCe n’est ni crédible, ni rassurant.»

C’était il y aura bientôt cinq ans.

A demain

@jynau

1 Tous les articles de ce blog sur cette affaire sont disponible à cette adresse : « L’affaire de la femme morte aux urgences de Cochin ». Egalement : « Urgences de Cochin: faute d’autopsie, on ne saura jamais la vérité » (Slate.fr, 1er mars 2014)

Gilets Jaunes et les sapeurs-pompiers de Paris. Etats d’esprit entre violences et résilience 

Bonjour

15 décembre 2018. A quoi s’attendre sur le front des Gilets Jaunes ? Vont-ils quitter leurs ronds-points 1 pour gagner les villes et lorgner les vitrines des magasins ?  Les médias en boucle vont-ils encore diffuser sans fin de nouvelles violences citadines ? Tout ceci va-t-il (grande inquiétude sans cesse médiatisée) continuer à impacter les échanges marchands (ceux qui réclament plus de pouvoir d’achat réduisant les volumes habituels des commerces) ?

Que sera cet « Acte V » des mobilisations de fin de semaine puisque les annonces – promesses d’Emmanuel Macron n’ont pas, loin s’en faut, calmé tous les Gilets Jaunes ?

Dans l’attente les médias généralistes ne cessent d’ausculter les « forces de l’ordre ». Ce ne sont que gendarmes, policiers et CRS fatigués, lassés, usés. Pour sa part le Dr Michel Bignand, 51 ans, médecin chef de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) s’est confié au Quotidien du Médecin (Marie Foult).

Il explique qu’en temps normal entre 2 000 et 2 200 pompiers de Paris sont mobilisés chaque jour (sur un effectif total de 8 500 pompiers de la brigade). Mais avec les « manifestations parisiennes » les effectifs ont été augmentés : de 350 à 600 pompiers supplémentaires mobilisés entre le 24 novembre et le 8 décembre.

« En tout, la brigade est intervenue sur plus de 544 feux dont plus de 230 feux de véhicules ! Nous avons pris en charge 250 blessés légers et quatre personnes en urgence absolue. Il y a eu beaucoup d’intoxications légères dues aux gaz lacrymogènes, des traumatismes des membres, du thorax et de la tête, dont des plaies de l’extrémité céphalique liées à l’utilisation de pavés ou de Flash-Ball. Il faut souligner qu’il n’y a pas eu de morts et peu de blessés graves malgré l’intensité graduelle de la violence. »

Médecine militaire et vandalisme

Les troupes sont rodées : les pompiers de Paris sont entraînés aux violences urbaines depuis les émeutes de 2005 survenues dans les banlieues françaises ; et les équipes médicales y sont aussi préparées.

« Nous appliquons en réalité les mêmes principes que la médecine militaire – la moitié des 55 médecins urgentistes de la brigade sont issus du service de santé des armées. L’objectif est d’extraire rapidement les blessés, tout en protégeant l’équipe. Le service médical attend en dehors de la zone ‘’chaude’’. Lorsque des victimes sont signalées, une équipe médicale est engagée, sous couvert des forces de police. On récupère la victime, on l’extrait de la foule, puis on la met à l’abri. On ne la traite pas directement au sein de la zone chaude, sauf s’il y a des gestes urgents à pratiquer. On l’évacue ensuite dans un deuxième temps. S’il y a un point de regroupement des victimes, un médecin peut faire le tri selon la gravité des blessures. »

Et, à la demande du Quotidien du Médecin, le Dr Michel Bignand accepte de lever le voile sur l’état d’esprit au sein de la brigade :

« Les pompiers sont résilients. Mais ceux qui étaient sur place ont ressenti une violence particulière. Des camions ont été caillassés, des tuyaux arrachés, ça reste du vandalisme, mais du vandalisme violent. Avec toujours le risque du mouvement de foule qui peut dégénérer.  En interne, on essaie de faire tourner les équipes mobilisées et nous avons un plan de rappel. Mais il y a une vraie mentalité du service public ! Même fatigués, les pompiers se portent volontaires, ils se sentent vraiment impliqués. Après il ne faudrait pas que ça dure des mois… C’est épuisant, non seulement physiquement, mais aussi psychologiquement. »

Acte V. Epuisement.

A demain

@jynau

1 Sur ce thème on conseillera l’original : « Avec les ‘’gilets jaunes’’, le rond-point français accède à la conscience de place. Les ‘’gilets jaunes’’ ont détourné la fonction des carrefours giratoires, transformant ces connecteurs froids de l’ère automobile en lieux de vie éphémères. » Jean-Laurent Cassely (Slate.fr— 14 décembre 2018)

Et, plus classique : « ‘’Gilets jaunes’’ : ‘’ La révolte des ronds-points ‘’ » Florence Aubenas (Le Monde – 15 décembre 2018).

 

Gilets Jaunes: la France aura-t-elle un nouveau «contrat social» providentiel pour Noël ?

Bonjour

On peut considérer Brune Poirson, 38 ans, comme un poisson pilote dans le grand océan politico-médiatique national. Ainsi la secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire vient-elle de parler de « contrat social ». Elle l’a fait en écho des propos de Jean-Yves Le Drian, 71 ans, ancien socialiste  aujourd’hui ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Et – qui sait ? – prochain Premier ministre.

Pour l’heure, face aux Gilets Jaunes, le ministre Jean-Yves Le Drian, comme tous ses collègues du gouvernement, est inquiet. Très inquiet « pour la démocratie et les institutions françaises ».  Il l’a amplement dit au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI. :

« Je suis ministre des Affaires étrangères, je voyage partout dans le monde et je sais, pour le constater dans certains pays, combien la démocratie est fragile; elle peut être aussi fragile chez nous et donc j’appelle au ressaisissement, par le dialogue, parce que c’est notre manière d’être. Quand j’entends un certain nombre de déclarations, je suis inquiet.

« Lisez l’ensemble des déclarations y compris d’un certain nombre d’acteurs majeurs de la France Insoumise (…) J’entends dire ‘’l’insurrection est là, l’insurrection est en marche’’: c’est pas la République ça, à ma connaissance« .  « Quand j’entends des propos tenus sur le rond-point des Champs-Elysées comme quoi Macron finirait comme Kennedy, je dis qu’il y a des risques pour la RépubliqueC’est insupportable qu’un élu reçoive une balle dans une enveloppe, ce sont des méthodes de mafia, il faut qu’on les condamne collectivement.

« Le danger c’est la mise en cause de nos propres institutions, de notre vivre ensemble (…) Le président de la République doit fixer maintenant le grand cap de ce mouvement pour aller vers le nouveau contrat social indispensable »

Elément de langage

Et peu après heures plus tard, Brune Poirson, de faire de ce concept historique 1 un nouvel « élément de langage ».

« Cela ne doit pas être un débat d’entourloupes, de leurres, mais de propositions qui puissent ensuite être remontées, regroupées pour faire en sorte que l’on marche vers un nouvel Etat providence, un nouveau contrat social dans le pays, a encore expliqué Jean-Yves Le Drian. On ne réforme par un pays uniquement par le haut (…) Je pense que l’heure des territoires est arrivé. Je pense que l’on ne prend pas suffisamment en compte l’impact social et politique des mesures que nous sommes amenés à prendre. »

Autant de mots qui, dans la bouche d’un poids lourd de la Macronie, sonne comme un désaveu de la majorité à laquelle il avait fait le choix d’adhérer et qu’il avait aidé à constituer.  Comment comprendre ? Jean-Yves Le Drian s’est refusé à toute conjecture sur l’avenir politique du Premier ministre Edouard Philippe.

La Bretagne, après Le Havre,  à Matignon ? « Ce n’est pas mon sujet, dit aujourd’hui cet enfant de Lorient.  Je suis ministre des Affaires étrangères. J’ai beaucoup de travail dans un monde très compliqué où il y a des tensions majeures. Je remplis ma tâche avec beaucoup de plaisir. » Pour un peu on en douterait.

A demain

@jyau

1 « Du contrat social » : « Le contrat social ou Principes du droit politique » est un ouvrage de philosophie politique de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762. Cette œuvre « a constitué un tournant décisif pour la modernité et s’est imposée comme un des textes majeurs de la philosophie politique, en affirmant le principe de souveraineté du peuple fondé sur  les notions de liberté, d’égalité, et de volonté générale. » On connaît la suite.