Feu vert d’Agnès Buzyn au croisement de fichiers policiers et des données psychiatriques

Bonjour

Psychiatres et policiers œuvrant la main dans la main au service de la lutte contre la radicalisation ? Tout commence en août 2017, comme ce blog le garde en mémoire. Gérard Collomb, alors ministre français de l’Intérieur, annonçait au micro de RTL qu’il explorait la piste d’une collaboration avec les services psychiatriques et psychiatres libéraux. Objectif : « repérer » les terroristes potentiels ; renforcer la détection des profils à risque, notamment des personnes développant des « délires autour de la radicalisation islamique ». Puis il précisa sa pensée : impliquer davantage les psychiatres dans la « prévention » des passages à l’acte terroriste. Le ministre s’exprimait ainsi sur RMC/BFMTV :

« Dans le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT), nous considérons qu’à peu près un tiers des personnes présentent des troubles psychologiques (…)  Il est clair que le secret médical, c’est quelque chose de sacré, mais en même temps, il faut trouver le moyen qu’un certain nombre d’individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas commettre des attentats ».

Pour sa part le Dr David Gourion (psychiatre libéral, ancien chef de clinique à l’hôpital Sainte-Anne) soulignait dans une tribune parue dans Le Monde que « le lien entre maladie mentale et terrorisme n’est pas avéré », que « la loi sur le secret médical n’est pas compatible avec la mise en place d’une « collaboration » entre psychiatres et services de police » :

« M. Collomb a dit qu’il fallait travailler à repérer les personnes en voie de radicalisation. Il y a une réalité qui est la réalité psychiatrique qui est que la plupart des patients qui font des épisodes délirants ont l’impression que Dieu leur parle ; ça veut dire que les personnes de confession musulmane qui vont avoir un délire mystique pourraient être catégorisées comme ‘à risque’. Pour le coup, il ne faut absolument pas le faire, c’est dangereux. Le psychiatre n’a pas vocation à collaborer avec le ministère de l’Intérieur. Ce n’est pas son rôle. Nous sommes des médecins et pas des collègues des policiers ».

L’Ordre des médecins avait déjà travaillé ce délicat sujet. « Il sera du plus grand intérêt de connaître la position du Dr Agnès Buzyn, collègue de Gérard Collomb en charge de la Santé » écrivions-nous en août 2017.

Deux ans plus tard Gérard Collomb a laissé sa place à Christophe Castaner. Des médecins s’élèvent contre le fichage des personnes hospitalisées blessées lors de certaines manifestations contre la politique gouvernementale. Et Agnès Buzyn vient, pour le Premier ministre, de signer un décret qui permet le croisement de données médicales avec les fichiers policiers : Décret n° 2019-412 du 6 mai 2019 modifiant le décret n° 2018-383 du 23 mai 2018 autorisant les traitements de données à caractère personnel relatifs au suivi des personnes en soins psychiatriques sans consentement 

 « Publics concernés : agences régionales de santé (ARS) ; représentants de l’Etat dans le département ; personnes faisant l’objet de soins psychiatriques sans consentement. 
Objet : mise en relation, pour certaines finalités entre certaines informations enregistrées dans les traitements de données à caractère personnels dénommés HOPSYWEB d’une part et FSPRT d’autre part. 
Entrée en vigueur : le texte entre en vigueur le lendemain de sa publication. 
Notice : le décret autorise la mise en relation entre les données enregistrées dans les traitements HOPSYWEB et FSPRT. Cette mise en relation concerne uniquement les informations transmises au représentant de l’Etat dans le département sur les admissions en soins psychiatriques sans consentement prévues par le code de la santé publique et le code de procédure pénale et a pour objet la prévention de la radicalisation. »

« Le texte autorise un croisement, pour les noms, prénoms et dates de naissance, entre le Fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) – qui comptait début avril 20.904 individus inscrits, dont 11.152 fiches «actives» – et le fichier médical des personnes faisant l’objet de ‘’soins psychiatriques sans consentement’’, résume Le Figaro  (Jean Chichizola).  Si un individu du second fichier se trouvait également dans le FSPRT, le décret prévoit qu’en soit averti le représentant de l’État dans le département en question (le préfet ou le préfet de police de Paris). Pour les services de l’État, c’est une nécessité pour repérer des individus qui sont à la fois des personnes souffrant de réels troubles psychiatriques et qui, dans le même temps, trahissent un comportement radicalisé visible lors de crises mais aussi au moment où les patients sont ‘’stabilisés’’ par leur traitement. La mesure est en revanche critiquée par nombre de médecins psychiatres. »

En août 2017 le Conseil national de l’Ordre des médecins avait clairement pris position contre ce dispositif  : Risque terroriste : l’Ordre rappelle les principes fondamentaux de l’exercice médical :

 « Suite aux déclarations du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, au sujet d’une éventuelle coopération entre les autorités policières et les services psychiatriques pour lutter contre la radicalisation, l’Ordre national des médecins tient à rappeler sa position sur le risque terroriste et le secret professionnel du médecin.

Pleinement conscient, comme l’ensemble de la société, des dangers liés à la radicalisation, l’Ordre des médecins a pris des positions précises et détaillées sur le sujet depuis plusieurs mois, positions dont les autorités ne s’étaient jusqu’à présent pas saisies.

L’Ordre des médecins rappelle la nécessité absolue de préserver les principes fondamentaux de l’exercice professionnel, en particulier celui du secret médical. En effet, le code de déontologie est très clair : la confidentialité entre le médecin et le patient est absolue. C’est un principe essentiel dans la relation de confiance qui lie les professionnels à leurs malades.

Toutefois, dans certaines circonstances exceptionnelles, la loi permet aux médecins de passer outre au secret médical en cas de danger probable. C’est pourquoi l’Ordre préconise la pleine application des textes en vigueur, et en particulier ceux du code pénal qui s’adressent à tout citoyen, plutôt que de créer de nouvelles dérogations au sujet desquelles on ne peut mesurer les possibles dérives ultérieures. Enfin, dans un régime de libertés, la coopération des médecins ne peut se faire qu’avec les autorités de justice. Il en va du respect des principes fondamentaux de notre République. »

Mai 2019 : ainsi donc, au nom de la « prévention de la radicalisation », le Dr Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé n’a pas entendu le rappel  solennel de l’Ordre des médecins.

A demain

@jynau

Gilets Jaunes :  remarquable révolte médicale contre le fichage hospitalier des malades blessés

Bonjour

C’est une initiative qui fait honneur à la profession de médecin. Ils sont plus d’une centaine, venus de tous les horizons, à appeler au boycott du fichage SI-VIC des malades, à « s’opposer à leur administration afin de garantir aux patients leur anonymat » et à réclamer une enquête parlementaire. Tout le spectre professionnel et politique est là, réuni au nom d’une certaine idée de ce qu’est la médecine et de ce qu’elle ne saurait devenir. De Bernard Debré à William Lowenstein et Patrick Pelloux, de Christophe Prudhomme et André Grimaldi à Jérôme Marty, de « Jaddo » à Laurent Lantieri et Xavier Emmanuelli, de Dominique Dupagne à Gérald Kierzek.

Leur profession de foi est à lire dans L’Express.

« Nous, médecins, rappelons notre attachement viscéral au secret professionnel. C’est pourquoi nous refusons le fichage des « Gilets Jaunes » blessés arrivant aux urgences. De même que nous nous opposons à tout autre fichage des patients sans leur consentement, visant à une transmission des données en dehors de l’hôpital à des fins autres que médicales.  

« Le secret professionnel, pilier ancestral de notre profession, a été institué dans l’intérêt des patients. Il couvre tout ce qui est porté à la connaissance du médecin dans l’exercice de sa profession. Il s’agit non seulement de ce qui lui a été confié, mais aussi de ce qu’il a vu, entendu ou compris. Il a l’interdiction de divulguer les informations dont il est dépositaire (…) »  

« Patients, écrivent-ils, imaginez que vous alliez à l’hôpital et que votre présence, votre identité voire des informations médicales ne soient plus confidentielles et immédiatement communiquées à des tiers dans un fichier parallèle à votre dossier médical, fichier dans lequel vous seriez inscrit par exemple en raison de votre appartenance politique, sexuelle, religieuse ou ethnique ? »  

Or c’est très précisément ce qui se passe depuis cinq mois :

« Ce dispositif est détourné par l’administration hospitalière et les agences régionales de santé (ARS), notamment l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et l’ARS Ile-de-France. Les autorités sanitaires enjoignent médecins et équipes soignantes à rentrer dans cette base de données les patients « gilets jaunes », à saisir leurs identités et données médicales mais aussi tout élément d’identification physique pour remonter des informations aux différentes autorités. » 

Pour les signataires l’existence même d’un fichier parallèle renseigné après sélection de nos patients pour n’y entrer que les « Gilets Jaunes » « est parfaitement antidéontologique ». Aucune information n’est donnée aux patients sur ce fichage, aucun consentement n’est recueilli. La tenue en temps réel, comme demandée par les autorités, permet une identification et une localisation précise des patients. Ces mêmes signataires disent encore être « face à l’institutionnalisation d’une dérive inacceptable: le fichage de patients à des fins possibles d’exploitations politiques ou judiciaires ».

« Les tentatives de communication, de justification et, finalement, de diversion de l’AP-HP et de l’ARS Île-de-France sont autant d’aveux de culpabilité ajoutent-ils Pour fuir leurs responsabilités, les autorités sanitaires se défaussent sur nous, soignants.  Nous sommes médecins, nous devons aux patients la garantie d’un exercice respectueux des malades, des lois de notre pays, du Code de la Santé Publique, du Code Pénal et la Déontologie de notre profession.  Face à des demandes illégales, nous répondons donc par un devoir de « désobéissance éthique ». Nous refusons d’obéir à l’Administration. »

Et de demander « l’ouverture d’une enquête parlementaire pour faire toute la lumière sur cette affaire. Répétons-nous : une initiative qui fait honneur à la profession de médecin

A demain

@jynau

1 Les 100 premiers signataires : Arvers Philippe, addictologue et tabacologue à Varces, administrateur de la Société francophone de tabacologie, chercheur associé à l’université de Grenoble ; Attali Fabrice, médecin généraliste, Paris ; Bapt Gérard, député honoraire, ancien président de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur le Mediator, ancien membre du CA de l’ANSM ; Bellhasen Loriane, psychiatre, médecin chef de service du Centre F. Gremy, Paris ; Bellhasen Mathieu, psychiatre, chef de pôle, cofondateur de Utopsy, Asnières ; Belmatoug Nadia, interniste à Beaujon, Clichy ; Ben Ali Sabrina, médecin généraliste, Paris ; Ben Kemoun Paule Annick, ophtalmologiste, Baugé ; Ben Salah Amina, interne en médecine physique et de réadaptation, Paris ; Bérès Jacques, chirurgien, cofondateur de Médecins sans frontières et de Médecins du monde, Paris ; Boukantar Mohamed, médecin généraliste, Paris ; Calafiore Matthieu, maître de conférence, médecine générale, Lille ;  Canis Michel, chirurgien gynécologue, chef de service démissionnaire, CHU Clermont-Ferrand ; Chaumeil Franck, médecin généraliste, vice-président de l’UFML, Bordeaux ; Chemla Patrick, psychiatre médecin chef de secteur, Reims ; Chevallier Laurent, interniste nutritionniste, Montpellier ; Choukri Ben Omrane, médecin généraliste, Paris ; Cremniter Didier, psychiatre des Cellules d’Urgence Médico-Psychologique, Paris ; Cuq Philippe, chirurgien, président de l’Union des chirurgiens de France, Toulouse ;

Debré Bernard, urologue, ancien ministre, ancien député, conseiller de Paris ; Delaunay Régis, cardiologue, chef de service, référent médical du Système d’Information Patient, St-Brieuc ; Delépine Gérard, chirurgien cancérologue, Paris ; Delépine Nicole, pédiatre cancérologue, Paris ; Delion Pierre, psychiatre professeur de pédopsychiatre-psychiatrie, Lille ; Denormandie Philippe, chirurgien, Garches ; Des Elisabeth, Pneumologue, Cugnaux/Grand Toulouse ; Deschenau Alice, Psychiatre, cheffe du service Addictions, GH Paul Guiraud, rédactrice en chef de What’s up Doc, Villejuif ; Desruelle Philippe, gynécologue-obstétricien, Strasbourg ; Druais Pierre-Louis, Président du Collège de la Médecine Générale (CMG), Le Port-Marly ; Ducassé Jean-Louis, anesthésiste-réanimateur, urgentiste, ancien chef de service du Samu 31, CHU de Toulouse ; Dupagne Dominique, médecin généraliste, Paris ; Durand Matthieu, chirurgien urologue, praticien hospitalier universitaire, fondateur de What’s up Doc, Nice ; Emmanuelli Xavier, ancien anesthésiste réanimateur ancien président et co fondateur de médecin sans frontières (prix Nobel de la Paix), président du Samu Social International, Paris ; Erbstein Jean-Jacques, médecin généraliste, écrivain, Créhange ; Escat François, chef de service des urgences de la clinique de l’Occitanie, vice-président du syndicat national des urgentistes de l’hospitalisation privée, Toulouse ;  Fraslin Jean-Jacques, médecin généraliste, Bouguenais ; Frasnier Olivier, urgentiste, groupe hospitalier de Bretagne sud ; Ghosn Jade, infectiologue, Président de la Société Française de Lutte contre le SIDA, Paris ; Golse Bernard, professeur émérite de pédopsychiatrie, ancien chef de service à Necker, Paris ; Grand Alain, épidémiologiste, chef de service, CHU Purpan, Toulouse ; Grimaldi André, diabétologue, professeur émérite, ancien chef du service de diabétologie de la Pitié-Salpêtrière, Paris ; Guez Fabien, cardiologue à Ambroise Paré, Boulogne ; Guy Coichard Christian, médecin de la douleur, membre de la Commission médicale d’établissement AP-HP, Paris ; Haertig Alain, urologue, professeur, expert judiciaire, membre du Conseil de l’ordre des médecins, Paris ; Halimi Philippe, radiologue, ancien chef du service de radiologie de l’HEGP, président-fondateur de l’association Jean-Louis Mégnien, Paris ; Halioua Bruno, dermatologue, président de l’Association des Médecins Israélites de France, Paris ; Hamon Jean-Paul, médecin généraliste, président de la Fédérations des Médecins de France, Clamart ; Hauteville Dominique, médecin des hôpitaux, professeur agrégé du val de Grâce, oncologie médicale à Paule-Brousse, Villejuif ; Hercberg Serge, épidémiologiste, directeur INSERM, Bobigny ;

Hervé Christian, médecin légiste, Président de la Société Française et Francophone d’Ethique Médicale et de l’Académie Internationale Ethique, Médecine et Politiques Publiques, Paris ; Houpert Alain, radiologue et sénateur de la Côte d’Or, Dijon ; Humbert Philippe, professeur de dermatologie, Besançon ; « Jaddo », médecin généraliste, blogueuse écrivain ; Jardry Jean-Pierre, médecin généraliste, administrateur de la Fédération Hospitalière de France, Cannes ; Jomier Bernard, médecin généraliste, sénateur et conseiller de Paris ;  Kahn-Bensaud Irène, pédiatre, ancienne présidente de l’Ordre des médecins de Paris ; Kierzek Gérald, urgentiste, Paris ; Lantieri Laurent, chirurgien plasticien, chef de service, HEGP, Paris ;  Le Goff Jean-Yves, chirurgien viscéral et digestif, Le Blanc Mesnil ; Legeais Didier, urologue, ancien président du syndicat des médecins de l’Isère et ancien vice-président de l’union des chirurgiens de France, Grenoble ; Legrand Bertrand, médecin généraliste, fondateur observatoire du tiers payant, Tourcoing ; Lehmann Christian, médecin généraliste, écrivain, Poissy ; Libert Arnaud, médecin généraliste, Paris ;  Loeb Emmanuel, psychiatre, pharmacologue, président de « Jeunes médecins », Kremlin-Bicêtre ; Lowenstein William, addictologue, président de SOS Addictions et ancien membre du bureau du Conseil national du sida, Paris ; Lugrin Carl, médecin généraliste, Paris ; Maheu Emmanuel, rhumatologue à l’hôpital Saint-Antoine, Paris ;  Maisonneuve Hervé, spécialiste de l’intégrité scientifique, ancien professeur associé en santé publique à Paris Sud, Paris ; Marty Jérôme, médecin généraliste, président de l’Union Française pour une Médecine Libre, Fronton ; Masmejean Emmanuel, chirurgien orthopédique, SOS Mains, HEGP, Paris ; Meller Stephan, médecin généraliste, Caen ; Mullner Joachim, psychiatre, Paris ; Nenninger Thomas, Biologiste, membre de la Commission Nationale de la Biologie médicale, Paris ; Pelloux Patrick, urgentiste, président de l’Association des Médecins Urgentistes de France, SAMU de Paris, Paris ; Pen Loïc, urgentiste, chef de service démissionnaire, Creil ; Pigement Claude, gastro-entérologue, ancien vice-président du conseil d’administration de l’ANSM, Aubervilliers ; Pourcher Guillaume, chirurgien de hôpitaux, Académie Nationale de Chirurgie, Paris ; Privat Alain, neurobiologiste, ancien directeur INSERM, Montpellier ; Prudhomme Christophe, urgentiste, porte-parole de l’Association des Médecins Urgentistes de France, Bobigny ; Renard Gilles, PU-PH, ancien chef de service d’ophtalmologie et directeur scientifique de la Société Française d’Ophtalmologie, Paris ; Reynaud Michel, Professeur de psychiatrie addictologie, ancien président de la Fédération Française d’Addictologie et membre de la Conférence Nationale de Santé, Paris ; Roche Albert, médecin, président du Crif Bordeaux-Aquitaine (Conseil représentatif des institutions juives de France), Bordeaux ;

Schapiro David, chirurgien ophtalmologiste, membre de la Société française d’ophtalmologie, Paris ; Son-Forget Joachim, médecin radiologue, député de la circonscription des Français établis en Suisse et au Liechtenstein ; Slama Marc, chirurgien plasticien, ancien chef de service de chirurgie maxillo-faciale, Paris ; Slitine Lamia, rhumatologue, Paris ; Smolski Nicole, anesthésiste-réanimateur, syndicaliste, présidente honoraire d’Action Praticiens Hôpital, Lyon ; Souciet Anne, médecin de PMI, Paris ; Spire Bruno, directeur de recherches à l’INSERM, Président d’honneur de AIDES, Marseille ; Taieb Jonathan, Secrétaire Général, Association des Médecins israélites de France, Paris ; Tanquerel, Jean-Jacques, médecin département d’information médicale (DIM), Saint-Malo ; Tartière Suzanne, anesthésiste-réanimateur, ancienne directrice médicale du samu Social, Samu de Paris ; Thinès Laurent, neurochirurgien, professeur, Besançon ; Toledano Alain, cancérologue radiothérapeute, président de l’Institut Rafael et du conseil médical de l’Institut d’Oncologie des Hauts de Seine, Neuilly-sur-Seine ; Tourmente Charlotte, médecin et journaliste, Paris ; Trivalle Christophe , Gériatre, membre de la Commission médicale d’établissement AP-HP, Villejuif ;  Vallancien Guy, urologue, membre de l’Académie nationale de médecine et de l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST), Paris ; Varnet Olivier, neurologue, syndicaliste, secrétaire général SMNH-FO, Gonesse ; Venier Fabrice, urgentiste, Rouen ; Weill Martine, médecin, journaliste, Paris ; Yeguiayan Jean-Michel, médecin du travail et urgentiste, Saint-Etienne

 

 

Affaire de La Pitié-Salpêtrière : la lecture faite par le Pr Lionel Naccache (sur France Inter)

Bonjour

Mercredi 8 mai 2019. Le Pr Lionel Naccache, neurologue, est l’invité du Grand Entretien de France Inter pour la sortie de son ouvrage « Nous sommes tous des femmes savantes » (éditions Odile Jacob). Nicolas Demorand lui pose une question sur la récente affaire de La Pitié Salpêtrière, où œuvre ce spécialiste des sciences cognitives.

« Votre hôpital s’est retrouvé au cœur de l’actualité il y a tout juste une semaine suite à la manifestation du 1er mai. Comment avez-vous vécu ces événements et l’immense emballement qu’ils ont suscité ?

Je les ai vécu comme la plupart d’entre nous. Je n’étais pas à l’hôpital, le 1er mai. Mais quand j’ai appris ce qui s’était passé le soir même, j’ai d’abord été horrifié. Je mes suis dit si on en arrive à une situation où des manifestants sont capables de prendre d’assaut un hôpital – un des derniers lieux où le rapport des gens sont payés pour s’occuper de la santé d’autres personnes – si ça c’est tombé, alors c’est une catastrophe…

– Et puis évidemment, le lendemain, quand on voit les vidéos… c’est le double effet …C’est une seconde réaction de dégoût, de colère. On en vient à se dire que s’il y a une sorte de manipulation.. ou disons une utilisation  … si ces manifestants n’étaient pas une masse organisée, un commando à l’assaut de la réanimation … S’il y a une manipulation de cette information dès le début 1 … alors cela devient extrêmement préoccupant.

– La société d’information dont je parlais tout à l’heure c’est une société qui favorise le fait que l’information est immédiatement accessible sans effort et à tout le monde. Mais ça veut dire aussi que l’on a une responsabilité plus accrue qu’auparavant. Parce qu’on peut enflammer des réactions immédiates – j’ai parlé, dans un autre livre d’’’épilepsie sociale’’ – et donner des réactions d’un impulsivité dingue….

Vous en parlez, entre-vous, à l’hôpital ?

On en parle mais sans doute pas plus qu’à l’extérieur. Car c’est quelque chose qui a secoué toute la société. »  

A demain

@jynau

1 La chronologie précise des faits du 1er mai reste encore à établir ainsi, corollaire, que la hiérarchie des responsabilités dans cette affaire. De ce point de vue un élément important sera la visualisation/décryptage des images de vidéo-surveillance dont Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, avait précisé, le 2 mai, qu’elles étaient « édifiantes ».

 

Nos amies les bêtes disparaissent ; un boucher bio parisien, proie des anti-spécistes

Bonjour

6 mai 2019. A Coteaux-sur-Loire, depuis le « Maroc », on a entendu le premier coucou. Argent dans la poche. Et puis la vie comme elle va, en France, via les médias. A Paris Le Monde a explosé sa manchette pour, une nouvelle fois, hurler dans le désert – tenter de dire  l’enfer qui nous attend.

Un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction dans le monde : c’est l’alerte lancée par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques. Fruit de trois ans de travail, son rapport constitue la première évaluation mondiale de l’état de la biodiversité depuis 2005, et la plus complète.

« Le rythme actuel de disparition des espèces sauvages est sans précédent dans l’histoire de l’humanité et il s’accélère, avertissent les experts. Les causes, toutes d’origine humaine, en sont la destruction des habitats naturels, la surexploitation des ressources, le changement climatique, les pollutions multiples et les espèces invasives.

« Selon les chercheurs, il est encore possible d’enrayer la perte de la biodiversité, à condition de changements rapides et profonds dans notre consommation de ressources tirées de la nature. Il en va, soulignent-ils, de l’avenir de l’humanité. »

Maculer et à frapper des hommes

Le même jour l’AFP nous apprenait que deux personnes étaient en garde à vue après l’agression d’un boucher par des militants anti-spécistes à Paris. Ce boucher a été attaqué sur son stand du marché couvert Saint-Quentin, près de la gare de l’Est dans le 10e arrondissement de la capitale.

« Je préparais une commande pour un client. J’ai senti un liquide me toucher, j’ai mis la main à la tête, le liquide était très rouge. J’ai levé la tête, il y avait entre quinze et vingt individus devant l’étalage avec des slogans : “liberté et défense des animaux” », a témoigné le boucher sur BFM-TV.

Paradoxe ou pas cet homme vend de la « viande bio ». Il assure avoir « été frappé » et affirme que sa marchandise a été « détruite ».  « C’est un boucher qui est dans la filière bio. Ce monsieur est dans une démarche de proximité, de suivi du bien-être animal », a confirmé à l’AFP  Jean-François Guihard, président de la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs.

Depuis plusieurs mois, les actes de vandalisme se multiplient sur des boucheries et commerces de bouche tagués de revendications anti-spécistes par des activistes opposés à toute hiérarchie entre les espèces et qui prônent une alimentation végétalienne. Des activistes passionnés qui font assez peu de cas du végétal et qui, au nom des bêtes, en viennent à maculer et à frapper des hommes.

A demain

@jynau

PS : « Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, se rendra au marché couvert Saint-Quentin dans le 10ème arrondissement de Paris, mardi 7 mai à 9h, auprès de Steevens Kissouna, boucher qui a subi samedi dernier une agression de militants antispécistes. Le Ministre souhaite apporter tout son soutien au commerçant et à travers ce soutien, condamner toutes les actions violentes contre les professionnels de la filière viande. »

 

 

 

Les « 34 de la Pitié-Salpêtrière » passent à l’attaque de Christophe Castaner

Bonjour

Salpêtrière-Castaner Acte VI. Le mea culpa linguistique de Christophe Castaner n’aura été d’aucune utilité à l’exécutif. Pire il se transforme aujourd’hui en boomerang politique et démocratique. Samedi 4 mai a, de ce point de vue, été marqué une étape essentielle dans cette affaire sans précédent et profondément moderne : la trentaine de manifestants placés en garde à vue après avoir été interpellés, le 1er mai, « sur un escalier menant à un service de réanimation » de la Pitié-Salpêtrière se sont révoltés.

Ils ont publiquement assuré qu’ils n’avaient fait que « fuir les ultra-violences policières ». En aucun cas ils ne procédaient à une « attaque » de ce service hospitalier en particulier et, a fortiori, de cet hôpital en général. Or il se trouve que cette « version des faits » est pleinement corroborée par les nombreux témoignages précieusement recueillis/recoupés par de nombreux médias ainsi que par le décryptage effectué par ces derniers (Le Monde et Libération notamment). Des témoignages qui mettent également à mal les affirmations formulées  par la directrice de La Pitié-Salpêtrière et par le directeur général de l’AP-HP – affirmations sur lesquelles Christophe Castaner dit d’être appuyé pour parler d’ « attaque » et tweeter cette information radicalement « inappropriée ».

Lors d’une conférence de presse à Paris, une dizaine de ces personnes regroupées au sein du collectif « Les 34 de la Pitié » ont lu, à plusieurs voix, une déclaration commune pour raconter ce qu’ils avaient « vécu ensemble ». « Cette déclaration a été ‘’validée’ par l’ensemble des interpellés, ont-ils souligné » précise l’AFP.

Pluie lacymogènée

L’un d’entre eux, Johann Maheut, ajoute l’agence, avait par ailleurs livré un récit édifiant quelques heures plus tôt sur son compte Facebook. Le 1er mai vers 16 heures, alors que la manifestation est calme et que le cortège est bloqué en attendant de continuer vers la place d’Italie, « une pluie de palets lacrymogènes s’abat sur l’ensemble de la foule compacte […] sans aucune explication, ni sommation », écrit-il. « Autour de moi, pas de casseurs ni de supposés “Blacks-Blocs”, seulement des gens ordinaires de tous âges ».

Le récit que fait le collectif des gardés à vue ne dit pas autre chose. Alors que le cortège du 1er-mai, scindé en deux par les forces de l’ordre, était noyé sous « une pluie de lacrymogène et de LBD » boulevard de l’Hôpital et que « tout le monde était visé, y compris un grand nombre d’enfants et de personnes fragiles », « seules deux options s’offraient à nous : subir des coups (…) ou se réfugier dans un espace aéré », ont-ils expliqué.

 « Pour fuir ces ultra-violences policières », ces manifestants, « terrifiés », se sont engouffrés par une « grille ouverte » de l’hôpital, où ils se sont « réfugiés sous l’effet de la panique ». Mais, « brusquement », des CRS les ont « chargés », expliquent-ils, alors que « des voltigeurs » sont arrivés de l’autre côté. C’est alors qu’ils ont pris un escalier pour demander « le droit d’asile ».

« A aucun moment nous ne savions qu’il s’agissait du service de réanimation », ont-ils assuré, insistant sur le fait qu’ils n’étaient « jamais rentrés dans le bâtiment » et qu’il ne s’agissait de leur part ni d’une « attaque, ni d’une intrusion violente », mais que « le but » était « bien de se réfugier ».

Humiliations et garde à vue

Ces manifestants ont été interpellés peu après par les CRS auxquels ils n’ont opposé « aucune violence »Johann Maheut raconte la suite sur Facebook « Un CRS fera redescendre tout le monde, alors que j’arrive au bas de l’escalier, une partie de notre groupe ainsi formé est allongé au sol face contre terre, les mains sur la tête. Commence alors notre interpellation et toutes les humiliations qui vont avec. Nous remettons nos pièces d’identité, puis la palpation commence, un par un. La fouille ne donne rien, pas même un masque à gaz. »

« Dans le bus, l’ambiance est détendue même si chacun se demande ce qu’il va nous arriver, nous n’imaginons pas encore la garde à vue. Comme vous le voyez sur ma photo de l’intérieur du bus, le profil des interpellés est loin de la description faite par M. Castaner », poursuit-il.

Le collectif a ensuite dénoncé des « violences » à leur encontre au dépôt de police et raconté les conditions difficiles de leurs « vingt-huit [à] trente heures » de garde à vue, avec une « pression psychologique intense », sans pouvoir voir leurs avocats.

Ce n’est qu’au Palais de justice qu’ils se sont rendu compte, en découvrant la polémique entourant leur histoire, qu’ils avaient été « victimes d’un engrenage politique » qui les « dépassait ». Une manifestation « déclarée et autorisée » s’est « transformée en cauchemar », ont-ils poursuivi, en évoquant des « événements incompréhensibles et inadmissibles ». Auparavant, ces manifestants, « encore sous enquête préliminaire », avaient remercié les « travailleurs et travailleuses de l’hôpital de la Salpêtrière qui ont fait émerger la vérité ».

« Accepter de revenir sur ses mots, ça ne me pose aucun problème, avait déclaré Christophe Castaner lors de qu’il ne voulait pas présenter come un mea culpa. C’est naturel aussi qu’un homme politique soit un homme qui (…) puisse se dire qu’une situation a évolué. »

Jusqu’où ira, désormais, l’évolution de la situation ?

A demain

@jynau

Affaire de la Pitié-Salpêtrière : il aurait fallu interdire Tweeter à Christophe Castaner

Bonjour

Salpêtrière-Castaner Acte V. Vendredi 3 mai Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur a donc reconnu qu’il n’aurait pas dû employer le terme “attaque” » mais plutôt celui « d’intrusion violente ». Or bien loin de calmer le jeu, ce mea culpa a minima ministériel a amplifié les attaques dont il est  désormais la cible.

« Accepter de revenir sur ses mots, ça ne me pose aucun problème, a encore déclaré Christophe Castaner. C’est naturel aussi qu’un homme politique soit un homme qui (…) puisse se dire qu’une situation a évolué. » Certes. Mais le problème se situe en amont, pas en aval. Il est dans le besoin quasi obsessionnel du ministre de tweeter. Un phénomène épidémique dans les sphère politique ; une obsession qui nourrit à la fois l’ego narcissisé et la quête irréfragable de pouvoir de l’exécutif.

La séquence Castaner-Salpêtrière est, de ce point de vue, parfaitement décryptée dans Le Monde (Cécile Bouanchaud) par  le sociologue Gérald Bronner. Pour ce dernier le ministre de l’Intérieur (une fois encore) a favorisé l’émotion face – et ce alors même que le pouvoir politique a, en démocratie, le devoir de favoriser l’expression de la raison. Extraits :

« (…)  cette précipitation de Christophe Castaner à réagir illustre ce que j’appelle la contamination du croire par le désir. C’est-à-dire croire en un fait ou un récit parce que cela arrange notre représentation du monde. C’est un classique en politique, et pas seulement en politique, nous fonctionnons tous sur ce schéma.

S’agissant de Christophe Castaner, il y a plusieurs hypothèses. La première étant de penser qu’il a entendu de la part de certaines sources qu’il s’agissait d’une attaque et qu’il a repris l’information telle quelle, alors qu’il aurait fallu suspendre son jugement. Dans ce cas, on peut donc, au minimum, lui faire le reproche d’avoir parlé trop vite, en se précipitant sur une ‘’bonne’’ mauvaise nouvelle. Cette précipitation émotionnelle n’est pas admissible de la part d’un homme politique.

L’autre cas de figure est plus cynique et consiste à penser qu’il savait que ce n’était pas une intrusion violente, mais qu’il a décidé de parler d’attaque, se disant que les gens n’en sauraient rien. Dans les deux cas, nous sommes dans des exemples de ce que j’appelle la déchéance de rationalité (…) 

Avec les chaînes d’information en continu et les réseaux sociaux, les politiques semblent être en concurrence permanente entre eux. Il faut être le premier à s’indigner. Les politiques tombent alors dans cette ‘’prise de risque’’ de donner l’information le plus vite possible, pour attirer l’attention, au risque qu’elle soit fausse. Chaque jour, des politiques commentent l’actualité en divulguant des informations imprécises, voire erronées. Il se joue une équation entre l’envie d’être visible et l’envie que telle information soit vraie. »

Gérald Bronner observe encore, comme nous tous la « pression concurrentielle sur le marché de l’information » ouvre continuellement les vannes aux flots émotionnels, et ce d’autant que l’émotion est un accélérateur puissant d’information. Or, précisément, en tant que ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner a des responsabilités spécifiqeus – à commencer, à commencer celle « d’assujettir ses émotions à sa rationalité ». « Plus que jamais, les politiques ont donc le devoir de ralentir la course de l’information et son interprétation, prévient le sociologue. Sans cela, le niveau de méfiance des citoyens, qui n’a jamais été aussi haut, risque d’être encore plus entamé. »

Pour l’heure, hasard ou pas, on gardera en mémoire que le désormais tristement célèbre tweet ministériel émotionnel fut posté à un jet de grenade de la statue de Philippe Pinel . Pinel, médecin psychiatre resté célèbre pour l’abolition de l’entrave des malades mentaux par des chaînes. Pinel qui œuvra pour la raison et dont la mémoire est honorée, à Paris, par une statue érigée devant l’entrée de La Salpêtrière.

A demain

@jynau

Pitié-Salpêtrière : petite leçon de vocabulaire offerte par Christophe Castaner

Bonjour

Salpêtrière-Castaner Acte IV. Vendredi 3 mai Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur a reconnu lors d’une conférence de presse : « Je n’aurais pas dû employer le terme “attaque » mais plutôt celui « d’intrusion violente ».

Jntrusion? Le terme aurait été évoqué devant lui par des responsables de l’hôpital parisien, dont le personnel était « choqué ». Un terme selon lui  « plus adapté » aux faits. Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP évoquait quant à lui des images de vidéo surveillance « absolument édifiantes ».

« Accepter de revenir sur ses mots, ça ne me pose aucun problème, a poursuivi le ministre de l’Intérieur. C’est naturel aussi qu’un homme politique soit un homme qui (…) puisse se dire qu’une situation a évolué. »  Revenir sur ses mots comme on revient sur ses pas ? On dit aussi « manger son chapeau ».

Quant à l’affaire de la Pitié-Salpêtrière de nombreux témoins expliquent qu’il s’agissait, pour les manifestants, de « trouver refuge » au sein de cet espace hospitalier.

Intrusion   Action de s’introduire dans un lieu, une société sans invitation, sans droit, sans y être attendu.

J’avais troublé la paix du site et violé par mon intrusion les accords d’une antique loi de ce refuge (Bosco, Mas Théot.,1945, p. 248).

Le son des pas brusquement étouffé après l’escalier sonore donnait soudain à notre intrusion, à l’approche de la chambre, je ne sais quel caractère louche (Gracq, Beau tén.,1945, p. 116).

Au fig. a)Action d’intervenir, de s’ingérer dans un domaine sans en avoir le droit.

Tous les cas sont prévus, toutes les mesures possibles de résistance sont indiquées, c’est un traité complet de tactique en cas d’invasion et d’intrusion (Sainte-Beuve, Port-Royal,  4, 1859, p. 50).

Notre statu quo est bien préférable à l’intrusion du Parlement dans la diplomatie (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. 195).

Une constante intrusion des prêtres de l’Église romaine dans la vie privée des fidèles (Bourget, Actes suivent,1926, p. 75).

b) Arrivée soudaine et inopportune de quelque chose.

Intrusion de la réalité dans la féerie. Il me faut maintenant étudier, comme je l’ai fait pour le grec, l’intrusion en français des mots étrangers, des mots anglais en particulier (Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899, p. 80).

Toute grande nouveauté dans un ordre est obtenue par l’intrusion de moyens et de notions qui n’y étaient pas prévus (Valéry, Variété [I], 1924, p. 255).

Jusqu’à ces temps derniers, le public n’admettait pas l’intrusion, dans la peinture, d’éléments non spécifiques (Lhote,  d’abord,1942, p. 162):

... je ne peux dire quel malaise me causait pourtant cette intrusion du mystère et de la beauté dans une chambre que j’avais fini par remplir de mon moi au point de ne pas faire plus attention à elle qu’à lui-même. Proust, Swann,1913, p. 10.

Attaque Acte de violence, agression. Attaque à main armée, attaque nocturne. Synon. agression :

Les crimes newyorkais d’aujourd’hui ce sont, ou des batailles rangées de bootleggers dans les docks de l’Ouest, au pied des grands transatlantiques, ou les attaques à main arméedes bijouteries dans les quartiers riches. Morand, New-York,1930, p. 75.

 Refuge : Lieu où l’on se met en sûreté pour échapper à un ennui ou à un danger qui menace. Synon. asile, retraite.

La pluie glacée tombait plus serrée, et toute la plaine était nue sans lui montrer un refuge (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Vagabond, 1887, p. 670):

Le reporter n’ignorait pas que cette plaine désolée, ces marais impénétrables, cette mer qui offrait à la fuite les refuges innombrables de ses fiords, avaient été toujours propices à l’aventure nihiliste. G. Leroux, Roul. tsar, 1912, p. 143.

C’est un diplomate, et le ministère des Affaires étrangères, aujourd’hui, c’est le refuge des incapables (A. France, Hist. comique, 1903, p. 52).

 A demain

@jynau