Comment autoriser les médecins à se faire de la publicité avec loyauté et confraternité ?

 

Bonjour

L’une des clef de voûte de la déontologie médicale française a vécu. C’est à découvrir sur le site du Conseil d’Etat : « Règles applicables aux professionnels de santé en matière d’information et de communication ». Où l’on apprend qu’Edouard Philippe, Premier ministre avait, en décembre dernier confié au Conseil d’État la réalisation d’une étude sur ce thème. Adoptée le 3 mai dernier par l’assemblée générale du Conseil d’État cette étude est aujourd’hui rendue publique.

Après avoir longuement consulté (auditions des ordres professionnels et des syndicats professionnels des professions de santé, de représentants des établissements de santé publics et privés, d’associations de patients, de l’Autorité de la concurrence et de la Caisse nationale d’assurance maladie etc.) le Conseil d’État relève que la réglementation française interdisant la publicité directe ou indirecte aux professions de santé a vécu.

« Cette réglementation est susceptible d’être affectée par l’évolution de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, conclut le rapport. De plus, l’encadrement strict des informations que les praticiens peuvent aujourd’hui rendre publiques ne paraît plus répondre totalement aux attentes d’un public demandeur de transparence sur l’offre de soins. Enfin, l’essor rapide de l’économie numérique a rendu obsolètes certaines des restrictions actuelles en matière d’information dans le domaine de la santé. »

Le cadre actuel des informations pouvant être communiquées par les médecins au public (sur leur plaque et leur ordonnancier – noms, prénoms, numéro de téléphone, jours et heures de consultations, secteur d’exercice, diplômes, titres et qualifications reconnus) devrait donc prochainement s’élargir. Jusqu’où ? Comment ne pas, ici, ouvrir les vannes à la jungle de la dérégulation marchande et à ses innombrables outrances ?

« Tout ne doit pas être possible. Il ne faudrait pas, sous prétexte de suppression de l’interdiction de la publicité pour ces professions, que l’on puisse faire n’importe quoi, a précisé à l’AFP Yves Doutriaux, président du groupe de travail. Cette liberté de communiquer, si elle est adoptée, s’accompagnera de l’interdiction d’exercer la profession comme un commerce, conformément à la déontologie médicale consacrée par le droit français et européen. La communication du professionnel de santé devra, entre autres, être loyale, honnête, ne faire état que de données confirmées et s’abstenir de citer des témoignages de tiers, comme des anciens patients.»

TripAdvisor

Sur ce point, précisément, voici ce que l’on peut lire dans le rapport, pour justifier l’évolution d’ores et déjà souhaitée par le gouvernement comme par l’Ordre des médecins 1 :

« Une telle réflexion apparaît d’autant plus nécessaire qu’une « rupture de fait » affecte déjà les relations traditionnelles entre le public et les professionnels de santé. Ainsi, il n’est plus rare de voir certains patients consulter, sur Internet, les avis émis par d’autres internautes avant de choisir leur praticien, un peu à la manière de touristes choisissant leurs hôtels au vu des notations en ligne. De même, certains professionnels de santé se plaignent, désormais, de ne pas pouvoir préserver leur e-réputation. Face aux informations, parfois teintées de charlatanisme, qui circulent sur les réseaux sociaux, les conseils donnés par les pouvoirs publics et les professionnels de santé semblent quelquefois peu audibles dans un contexte de méfiance alimenté par les crises sanitaires, passées et actuelles. »

 Voilà pourquoi le moment est aujourd’hui venu de « changer de braquet ». Sans pour autant accorder une autorisation pure et simple de publicité  : payer pour se faire référencer dans des moteurs de recherche … passer des annonces payantes … etc. Un laxisme qui ouvrirait car la voie à des pratiques commerciales contraires à la déontologie, à la confraternité, à la loyauté et potentiellement néfastes pour la santé publique.

Etre de son temps, en somme, sans oublier totalement les vertus du passé.

A demain

1 Rapport du docteur Jacques Lucas, vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins, « Le médecin dans la société de l’information et de la communication, » septembre 2016.

 

 

 

Mais pourquoi diable a-t-on ainsi mis au pilori les homéopathes et l’homéopathie ?

Bonjour

Qui ne connaît le Dr Jean-Paul Ortiz, néphrologue de Cabestany (Pyrénées-Orientales) et président de la CSMF ? Depuis plus de quatre ans déjà le Dr Ortiz s’adresse régulièrement aux médias. Et sait tricoter avec l’actualité. Ainsi, aujourd’hui, avec l’homéopathie, ses polémiques, les embarras ordinaux et les atermoiements d’Agnès Buzyn quant à son remboursement. Le Dr Ortiz prend la parole via un communiqué de presse concentré intitulé « Homéopathie : le médecin à l’écoute du patient » :

« L’homéopathie fait débat dans le pays depuis plusieurs semaines. La CSMF dénonce la mise au pilori 1 de l’homéopathie et des médecins qui la pratiquent, ainsi que le manque de confraternité des propos tenus. L’homéopathie doit faire l’objet d’une évaluation scientifique comme tous les autres produits de santé afin de démontrer scientifiquement son efficacité (sic). »

Et le Dr Ortiz, confraternellement, de poursuivre :

« Les médecins qui pratiquent l’homéopathie sont avant tout des médecins qui ont dans leur arsenal thérapeutique les outils habituels et qui, en complément, peuvent proposer à leurs patients des traitements homéopathiques. Le patient reste libre dans son choix de traitement et le médecin a pour responsabilité de l’informer de façon claire et appropriée sur toutes les thérapeutiques possibles, dont l’homéopathie pour ceux qui la prescrivent. La priorité du médecin doit être de rester à l’écoute du patient. »

 On observera que, pas plus que l’Ordre, le syndicat que préside M. Ortiz ne prend le risque de se prononcer sur la question du remboursement. Il ne nous dit pas, non plus, qui attache aujourd’hui à l’antique pilori les homéopathes et leur homéopathie.

A demain

Pilori : « Poteau ou appareil tournant sur un pilier situé sur une place publique, auquel on attachait un condamné, avec un carcan au cou, pour l’exposer aux regards de la foule et marquer ainsi son infamie ».

« Une tige en charpente, que mettait en mouvement un cabestan caché dans l’intérieur du petit édifice, imprimait une rotation à la roue, toujours maintenue dans le plan horizontal, et présentait de cette façon la face du condamné successivement à tous les points de la place. C’est ce qu’on appelait tourner un criminel. Comme on voit, le pilori de la Grève était loin d’offrir toutes les récréations du pilori des Halles » (Hugo, N.-D. Paris, 1832, p.264).

 

Décryptage du scandale du SAMU de Strasbourg : Agnès Buzyn et le média alsacien

Bonjour

#JusticePourNaomi. La ministre a tenu parole : le dossier ne restera pas dans un tiroir d’acajou. Conformément à son engagement Agnès Buzyn rend public le rapport d’enquête sur les circonstances ayant conduit au décès d’une jeune patiente à la suite des appels adressés au Samu de Strasbourg le 29 décembre 2017. Le rapport a été remis hier à la famille.

Chaque citoyen doté d’Internet peut en prendre connaissance à cette adresse :« Enquête sur les circonstances ayant conduit au décès d’une jeune patiente suite aux sollicitations du Samu de Strasbourg le 29 décembre 2017 (Dr A-C.Bensadon et J.Roger (IGAS) »

C’est le décryptage, froid, de l’intolérable. Et demain ? La ministre a demandé à l’Agence Régionale de Santé Grand Est, au Centre Hospitalier Universitaire de Strasbourg et au SAMU 67 de mettre en place les préconisations du rapport afin d’empêcher qu’un tel évènement ne se reproduise et de tirer toutes les leçons des dysfonctionnements révélés par le décès de Madame Musenga.

Agnès Buzyn et le lanceur d’alerte alsacien

Et après demain ? « La ministre annoncera, début juillet, des mesures pour actualiser les procédures de traitement des appels au 15, renforcer et homogénéiser les formations des personnels qui y répondent ainsi que celles des médecins régulateurs, et encourager tous les SAMU à engager une démarche qualité. Ces mesures s’appuieront sur les recommandations des organisations professionnelles et syndicales des professionnels impliqués dans le fonctionnement des SAMU / Centres 15. »

Madame Naomi Musenga avait trouvé la mort le 29 décembre 2017 dans des circonstances inacceptables. L’affaire aurait pu ne jamais être connue. Il aura fallu la ténacité de la famille et le relais d’un média alsacien pour que des enseignements puissent, six mois après, être tirés au plan national. La justice, demain, dira le droit. Sans réclamer de palmes ou de médailles il serait juste que Mme Buzyn n’oublie pas, un jour prochain, de saluer l’œuvre de ce média : Heb’di : lanceur d’alerte alsacien. #JusticePourNaomi

A demain

Exclusif  : les buralistes français vont réclamer le monopole des ventes de cannabis « légal »

Bonjour

Nous rapportions il y a peu l’arrivée dans le Jardin de la France du « cannabis légal ». L’affaire rebondit aujourd’hui, toujours dans les précieuses colonnes de La Nouvelle République. Où l’on apprend – une première ! – que nos chers buralistes réclameront sous peu à Emmanuel Macron le monopole de la vente du cannabidiol (CBD).

Le papier est signé Delphine Coutier : « Cannabidiol : les buralistes veulent l’exclusivité ». Tout s’est noué dans la soirée du dimanche 17 juin 2018, lors de l’assemblée générale de la chambre syndicale des buralistes d’Indre-et-Loire. Toile de fond : l’annonce de l’arrivée en cœur de ville, 3 rue Jules-Charpentier, d’une franchise assurant la vente de « cannabis légal ». Et la présence d’une boutique ayant pignon sur rue dans l’ancien fief communiste voisin.

« Drugstores de la vie des Français » 

Tout cela, imprimé sur papier journal, a « mis le feu aux poudres » (sic). « Il faut faire en sorte que cette franchise, qui se sert du code NAF des buralistes, n’ouvre pas », a menacé Matthieu Meunier. président des buralistes d’Indre-et-Loire. Quant à Philippe Cloy « Macron des buralistes » et président national de leur Confédération, présent à cette assemblée générale, il a une nouvelle fois montré toute l’ambivalence qui caractérise cette profession.

D’un côté attendre que la « réglementation soit éclaircie ». De l’autre et en même temps, « demander l’exclusivité de la vente ». Ne pas « jouer les apprentis sorciers » et tout faire auprès de Bercy pour les jouer au plus vite. La Nouvelle République :

« Philippe Coy, qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot, devait envoyer un courrier à la ministre de la Santé : ‘’Une fois la législation éclaircie, si la commercialisation du CBD est autorisée, nous sommes le réseau le plus adapté à en assurer la vente. Nous sommes une profession réglementée. D’ailleurs, nous demandons l’exclusivité de sa vente. Notre formidable réseau de 25.000 buralistes qui accueillent 10 millions de clients par an. C’est le meilleur des maillages pour répondre à un commerce de proximité différencié ‘’ ».

 C’est aussi, dit-on, un bien beau maillage de « liens sociaux » avec amplificateurs politiques. Où l’on retrouve la ministre Agnès Buzyn – Mme Buzyn qui, comme Marisol Touraine, se refuse obstinément à rencontrer les vapoteurs et qui fait mine de ne rien comprendre aux vertus de la réduction des risques. C’est écrit : Agnès Buzyn devra bientôt, une fois encore, composer avec les buralistes, ces tenanciers auto-proclamés et amplificateurs des  futurs « drugstores de la vie des Français ».

A demain

L’homéopathie et la déontologie : le Conseil de l’Ordre des médecins botte en touche  

Bonjour

On ne plaisante plus. Adoptée en séance plénière le  14 juin 2018 elle a été rendue publique cinq jours plus tard : « Mise au point du Conseil national de l’Ordre des médecins sur le cadre déontologique qui s’impose à tous ». Quelques point sur quelques I. Et tout cela à cause des médias qui en usant des termes de « médecines alternatives et complémentaires » à propos, notamment, de l’homéopathie, « entretiennent une ambiguïté qui est source de confusion et de litiges d’interprétation ».

Une affaire commencée avec une virulente tribune anti-homéopathique signée de 124 praticiens publiée dans Le Figaro du 18 mars dernier. Une tribune dans laquelle l’Ordre était accusé  :

« En 2018, l’Ordre des médecins tolère des pratiques en désaccord avec son propre Code de déontologie et les pouvoirs publics organisent, voire participent, au financement de certaines de ces pratiques (…) L’homéopathie comme les autres pratiques qualifiées de «médecines alternatives», n’est en rien scientifique. Ces pratiques sont basées sur des croyances promettant une guérison miraculeuse et sans risques. »

Fermeté et généralités

Que l’on ne se méprenne pas : l’Ordre respecte « la liberté d’expression des opinions critiques ou divergentes de chacun dans l’espace public ». Pour autant son Conseil national de l’Ordre des médecins tient à rappeler avec la plus grande fermeté quelques généralités:

1 que le terme « médecine » implique, comme préalable à toute prescription  thérapeutique, une démarche médicale initiale de diagnostic clinique, complétée au besoin par des investigations complémentaires en faisant appel, s’il y a lieu, à des tiers compétents ;
2 que tout médecin doit exercer la médecine conformément aux données acquises de la science, tant dans l’élaboration du diagnostic que dans la proposition d’un traitement ;

3 que les données acquises de la science étant par  essence  évolutives, les controverses sur telle ou telle modalité de traitement, médicamenteux ou autre,  doivent conduire  à une évaluation actualisée, impartiale et rigoureuse par la communauté médicale et scientifique du service médical rendu.

Passage de témoin à Agnès Buzyn

On peut aussi dire la déontologie en marchant sur des œufs : « Le traitement préconisé par un médecin ne peut, en aucun cas, être alternatif aux données acquises de la science et à l’état de l’art, mais il peut comporter une prescription adjuvante ou complémentaire, médicamenteuse ou autre, que le médecin apprécie en conscience dans chaque situation, après avoir délivré au patient une information loyale, claire et appropriée. »

Mais dans le même temps la loi « interdit de présenter comme salutaires et sans danger des prises en charge ou des thérapeutiques non éprouvées ». Que conclure ? Ici l’Ordre botte en touche. « Nous n’avons aucune qualité pour savoir si l’homéopathie est bien ou non », résume le Dr Jacques Lucas, vice-président de l’Ordre national, cité par Le Quotidien du Médecin. Botte en touche et se défausse :  « Ce n’est pas l’Ordre qui délivre les diplômes ou qui fait la formation universitaire. C’est aussi à l’Université de faire le ménage dans ses diplômes. Il faut que les titres délivrés aujourd’hui soient arbitrés sur le plan de l »intérêt scientifique. À partir de là, l’Ordre en retirera les conclusions en matière de reconnaissance ou non », ajoute le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national.

Dans un tel contexte l’Ordre, bien évidemment, ne s’est pas prononcé sur la question politique du déremboursement de l’homéopathie. Il laisse prudemment le soin de trancher à l’un de ses membres : le Dr Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

A demain

Deux médecins cloués par deux cents confrères dans l’affaire des médicaments Alzheimer

 

Bonjour

Neurologues, gériatres, psychiatres : près de deux cents médecins clament, dans une lettre ouverte à Agnès Buzyn publiée lundi 18 juin dans Le Figaro, leur « désarroi » devant une récente décision de la ministre des Solidarités et de la Santé la santé : le déremboursement de quatre « médicaments anti-Alzheimer » présents sur le marché depuis plus de vingt ans. C’est une fronde sans précédent contre la Haute Autorité de santé qui (après des années d’atermoiements) avait (notamment)jugé le rapport bénéfices/risques de ces médicaments insuffisants : Aricept, Ebixa, Exelon, Reminyl ainsi que leurs génériques (remboursés à hauteur de 15 % par l’Assurance-maladie, pour un coût annuel d’environ 90 millions d’euros).

Ces médecins des vingt-huit centres mémoire de ressources et de recherche sur la maladie d’Alzheimer et maladies apparentées (CMRR) de France et neuf sociétés savantes demandent « solennellement et publiquement » (sic) à Agnès Buzyn de « revenir sur cette décision qui dessert la prise en soins actuelle et future des malades en étant susceptible d’altérer la confiance que portent les patients, leurs familles et les professionnels dans les processus de décision en matière de santé ». Leur lettre a, sans surprise, reçu le soutien des principales associations de patients (France Alzheimer et France Parkinson).

Manquement à la confraternité

On ajoutera que les signataires ciblent méchamment (et publiquement) deux de leurs confrères :

« Nous sommes aussi extrêmement surpris des propos tenus (ou rapportés dans les médias), par des collègues qui ont eu à juger de ce dossier au sein de la Commission de Transparence, propos qui ne peuvent que susciter beaucoup d’interrogations sur leur impartialité. Ainsi, l’un d’entre eux 1 dont les positions «anti-médicament» étaient de notoriété publique, bien avant sa nomination à la Commission de Transparence, vient de publier un ouvrage suggérant que la maladie d’Alzheimer ne serait en fait pas une maladie, mais seulement une «construction sociale».

 « Les propos d’un autre 2 rapportés dans la presse, étaient que ‘’Ces médicaments sont bien sûr inefficaces. Ils ont sûrement tué plus de patients qu’ils n’ont jamais aidé la mémoire d’autres’’. De telles postures génèrent légitimement de très importantes réserves concernant l’indépendance de ces experts et les conditions dans lesquelles ce dossier a été instruit par la HAS en 2016. Ils contribuent aussi à jeter l’opprobre sur l’ensemble des spécialistes du domaine, dont la majorité tente d’apporter, par un travail honnête et sincère, un peu de soulagement et d’aide, si modeste soit-elle, aux patients et aux familles. »

Où l’on voit que la modestie n’est pas incompatible avec une certaine débauche d’énergie. Question : les deux spécialistes ainsi cloués (sans pour autant être nommés … ) répondront-ils à cette forme de manquement manifeste à la confraternité ?

A demain

1 Il s’agit, comme nous le rapportons sur Slate.fr, du Pr Olivier Saint-Jean, patron du service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris et de l’ouvrage original qu’il cosigne, aux éditions Michalon, avec Éric Favereau, journaliste à Libération.

2 Propos cités dans Libération (25 mai 2018) par « l’ancien président de la Commission de transparence »

 

 

 «Pognon» : Jupiter, Zelig ou caméléon, de qui Emmanuel Macron est-il vraiment le nom ?

Bonjour

Un an déjà que mille et un médias n’en finissent pas de s’interroger sur la psychologie du président de la République. Souvent en vain. Mais avec le temps et la multiplication des symptômes, le diagnostic mûrit. Ainsi, en ce 18 juin 2018, voici deux lectures signifiantes et complémentaires. L’une issue de Slate.fr 1 , l’autre de Libération 2.

Slate.fr : « Emmanuel Macron est un président Zélig. Dans Zelig, le film de Woody Allen, Léonard Zelig est atteint d’un trouble de la personnalité qui le fait ressembler en tous points aux gens qui l’entourent. Pendant le film, il ressemble ainsi notamment à Al Capone puis, avant de s’échapper, à Adolf Hitler. Zelig est «l’homme Caméléon». Au caractère «caméléon» de Zelig, Macron ajoute le pouvoir de séduction. La séduction importe mais seulement relativement si l’on considère la présidence Macron sous l’angle de sa fonction historique qui implique les qualités d’un Zelig.

« Emmanuel Macron ne se contente pas de représenter l’ensemble des élites du pouvoir de la Ve République, des giscardiens aux hollandistes en passant par les mitterrandiens, les rocardiens, les balladuriens, les chiraquiens etc… Emmanuel Macron incarne à lui seul l’ensemble du champ politique des années 1992-2017. L’ancien système partisan a sombré, coulé par l’armada de candidats express sélectionnés par LREM, mais l’ancien champ politique – dans son versant idéologique existe encore. Il faut au Président l’incarner, dans ses contradictions. Villiers et Chevènement sont deux cartes de couleurs différentes dans un jeu tenu fermement par un Emmanuel Macron passé maitre dans l’art du bluff. »

Le masque d’après les masques

Libération : « Dans la vidéo postée sur les réseaux sociaux [« Pognon de dingues »], Macron prend un plaisir pervers à se couler dans le parler de l’Autre, mais ce sont surtout ses silences qu’il faut tenter d’interpréter. Celui sur l’«Aquarius» fut édifiant. Comme naguère Sarkozy, Macron cause peuple. Sarkozy mangeait les négations et massacrait la grammaire, Macron fustige en bras de chemise le «pognon de dingue» que l’on injecte dans l’aide sociale. Et il tient à faire savoir qu’il cause peuple, en faisant fuiter la vidéo d’une réunion prétendue off, sous les dorures de l’Elysée.

« Pousse-t-il le vice jusqu’à avoir prémédité l’effet combiné chemise et dorures ? A ce stade, tout est possible. Il est de plus en plus difficile de s’y retrouver dans les intentionnalités, entre les vrais faux off, et les faux vrais. Pour tenter tout de même, on peut se raccrocher à l’heureuse formule du chroniqueur d’Europe 1 Raphaël Enthoven : ‘’Il porte le masque du type qui a tombé tous les masques’’. On ne saurait mieux dire. Quand on ne sait plus ce que l’on voit ni ce que l’on entend, se souvenir de cette phrase. »

A demain

 1 « Pourquoi Emmanuel Macron est si proche de Philippe de Villiers et Jean-Pierre Chevènement »  de Gaël Brustier Slate.fr 18 juin 2018

2 « Sous le ‘’pognon’’, les silences de Macron »de Daniel Schneidermann, Libération, 18 juin 2018