Les terribles diagnostics de Mme Elisabeth Roudinesco sur François et Pénélope Fillon

Bonjour

François et Pénélope Fillon porteront-ils plainte contre Mme Elisabeth Roudinesco, psychanalyste à Paris ? Dans la dernière livraison de L’Obs la gardienne des temples freudiens se livre à un exercice qui n’est ni anodin ni sans danger : porter à distance des diagnostics sur les Grands de ce monde.

C’est, dans la période moderne, une entreprise que mena depuis Genève, avec talent et succès,  le Dr Pierre Rentchnick (« Ces malades qui nous gouvernent »). François Mitterrand n’était pas encore au pouvoir en France et l’affaire apparaissait alors comme encore sulfureuse. On sait ce qui, depuis, s’est passé.

Judas et Brutus

N’étant pas médecin Mme Roudinesco se borne aux pathologies mentales. Et encore, traitant longuement de Donald Trump elle se garde de décréter qu’il est « cliniquement fou ». « Je ne peux pas le dire, car je ne fais pas de diagnostic foudroyant (sic) » prévient-elle. Pour la France et l’actuelle élection présidentielle la psychanalyste ne résiste pas à nous offrir ses lumières. Nous avons assisté « à la mise à mort de François Hollande par Judas et Brutus, c’est-à-dire Emmanuel Macron et Manuel Valls ».

D’où il ressort que l’auteur de la célèbre formule selon laquelle « la politique c’est mystique » est bien un homme qui trahit pour de l’argent. Et qu’il n’a, si l’on se souvient bien, guère d’avenir. Puis vient le cas et l’affaire Fillon qui voit un homme s’acharner.  Mme Roudinesco :

« L’acharnement à dénier est un mécanisme que chacun peut comprendre, mais s’acharner à dénier un fait avéré en affirmant avoir la légalité avec soi mais pas la moralité, et bafouer ce qu’on a dit, c’est un vrai problème, cela montre que ce candidat est atteint de démesure. Voilà une névrose qui effare tout le monde, y compris son propre camp. Pour se défendre, il ne peut que développer des théories complotistes : « Je n’ai rien fait, les médias sont ligués contre moi pour m’abattre etc. »

Donald Trump a d’ailleurs usé de la même rhétorique. François Fillon n’est pas fou mais son raisonnement l’est. Car s’il perd, il détruit son parti. Et s’il gagne, comment pourra-t-il être président après avoir refusé de se soumettre à la justice ? »

Le cas Emma Bovary

Pour Mme Roudinesco (qui vote Benoît Hamon), François Fillon « fait  passer son narcissisme personnel avant son parti et avant l’intérêt de l’Etat ». Est-il le premier ? « Il fait d’ailleurs peser un risque non négligeable sur sa vie de famille, ajoute-t-elle. On peut éprouver de la compassion pour Pénélope Fillon réduite au silence et dont on en connaît la voix que par une vidéo où elle exprime une plainte, un ennui, une sorte de bovarysme. »

Rappelons que le « bovarysme »  est, schématiquement, un trouble de la personnalité dont souffrent (parfois) les personnes dites « insatisfaites » 1. Ce terme fait référence à la célèbre héroïne de Gustave Flaubert, Emma Bovary. On se souvient qu’Emma passe son enfance dans un couvent. Pour tromper son ennui, elle se réfugie dans la lecture, rêvant d’une vie aventureuse et romanesque. Plus tard, elle épousera un triste médecin, Charles Bovary. En apparence, Emma a tout pour être heureuse. Mais elle s’ennuie en Normandie, sa vie amoureuse ne correspond en rien à celle de ses rêves. Elle va alors dépenser sans compter et entretenir plusieurs liaisons adultères. On connaît la fin. Cette entité a fait l’objet de nombreux travaux et écrits médicaux, psychiatriques et psychanalytiques.

Au final cette étrange conclusion de Mme Roudinesco concernant le couple Fillon : « Le spectateur-électeur est ainsi mis dans une situation de voyeur devant quelque chose qui ne le regarde pas ».

A demain

1 http://madamebovary.fr/definition-du-bovarysme/

 

 

Les étranges alliances : «Le Monde» fait affaire avec Doctissimo ; F. Bayrou avec E. Macron

 

Bonjour

C’est peu dire que nous vivons des temps étranges. Depuis quelques heures tous les commentateurs politiques se nourrissent de l’alliance a priori contre nature que forment le tendre Emmanuel Macron et François Bayrou l’aguerri. Certains y verront le mysticisme de Jeanne d’Arc et son ombre infernale, Gilles de Rais. Le second a dit les pires choses sur le premier ? Qu’importe ! Cette alliance a précisément pour objet de le transformer. Qui se repaîtra de l’autre ? Tout nous est dit sur les ondes. Ainsi que son exact contraire. Et le maire de Pau (grand spécialiste de Henri IV et ancien ministre de l’Education nationale) de souligner qu’alliance n’est en rien allégeance.

Des temps étranges. On apprend à l’instant que le groupe Le Monde lance un bimestriel consacré à la santé et au bien-être – et ce en collaboration avec le site Doctissimo. Ce sera, étrangement, « Sens & santé » (difficile à prononcer). Un bimestriel positionné très précisément « au croisement de la recherche scientifique, des médecines complémentaires et de l’art de vivre ». Une mission ? Bien évidemment. « Vous aider à retrouver ce qui relie en vous le corps et l’esprit, dans un rapport plus équilibré à la nature et au monde » promet, dans son premier édito, la rédactrice en chef Elisabeth Marshall-Hannart, ancienne de La Vie.

« Les secrets du ventre »

Mais encore ? Une centaine de pages, lancement le 2 mars, 5,95 euros, 80.000 exemplaires. Au sommaire du premier numéro : « les secrets du ventre, cœur de la vitalité, clé de notre équilibre » ; « les aliments fermentés » ; « les bains de forêt » et l’immanquable aromathérapie.

Le groupe Le Monde s’associe pour l’occasion à Doctissimo, deuxième site de France dans la catégorie féminin-santé et propriété du groupe Lagardère. Un poids lourd de la Toile sanitaire fondé en 2000 par les Drs Claude Malhuret et Laurent Alexandre, aujourd’hui dirigeant d’un entreprise de génétique belge, devenu spécialiste du transhumanisme, par ailleurs chroniqueur régulier du Monde.

Wikipédia : « Concernant la communication et la publicité, Doctissimo propose aux annonceurs de communiquer par des opérations de parrainage éditorial (parrainage institutionnel, publi-rédactionnels, espace produits, etc.), e-mailing ou de publicité. Doctissimo propose aussi son contenu en ligne à la vente pour tous supports et peut aussi réaliser des dossiers spéciaux et exclusifs ».

« Ce nouveau magazine vient s’insérer dans un marché de la santé en pleine forme, alors que les magazines généralistes sont en crise » nous dit l’Agence France Presse. Que dire de plus ?

A demain

 

 

Drogue politique : demain, des champs de cannabis au pays des tulipes et de Maastricht

Bonjour

Fumer du cannabis modifie les états de conscience. Certains citoyens goûtent ces modifications, en deviennent bientôt friands, puis dépendants, estiment qu’ils y ont droit, deviennent violents parfois. L’Etat peut-il leur interdire l’accès à cette substance ? Si oui à quel titre, avec quels arguments autres que sanitaires ? Est-ce à lui d’en organiser le commerce et – le cas échéant – d’en tirer profit ?

Cette équation vaut pour toutes les substances psychotropes, à commencer par le tabac et l’alcool, ces éternelles gabelles. On la retrouve, déclinée, dans d’innombrables faits divers et joutes politiques. Elle est aujourd’hui d’actualité aux Pays-Bas où une courte majorité parlementaire vient de se prononcer pour la dépénalisation de la culture de cette plante. « C’est là une manière de sortir d’une zone grise, estime Euronews. Aujourd’hui, la vente est tolérée mais sa production est interdite sauf dans des cas bien particuliers. Résultat, les fameux coffee-shop hollandais doivent souvent faire appel à des sources illégales. »

Les partisans voient dans cette dépénalisation des futurs lopins un bon moyen de lutter contre les mafias (plus ou moins) criminelles. Les opposants estiment (notamment) que cultiver du cannabis au pays de Maastricht va à l’encontre des traités européens signés par les Pays-Bas. Et ce alors même que la production nationale pourra aisément partir vers l‘étranger – comme c’est le cas avec le florissant commerce des fleurs séchées.

500 grammes de drogues douces

L’affaire est racontée avec un délicieux pointillisme dans Le Monde par notre excellent confrère Jean-Pierre Stroobants :

« Le texte, finalement approuvé à une courte majorité (77 contre 72), représente un tournant dans la politique à l’égard des drogues douces pratiquée par les Pays-Bas depuis 1976. La détention de cannabis ou de haschisch pour la consommation personnelle (moins de 5 grammes) était autorisée, comme la vente dans les célèbres coffee-shops. La culture et le transport étaient, en revanche, prohibés ce qui a permis le développement de filières criminelles qui ont pris en charge l’approvisionnement des points de vente.

Ces réseaux mafieux ont prospéré grâce, notamment, au fait que de nombreux étrangers venaient faire leur marché dans les quelque 600 coffee-shops du pays. Selon les estimations, le chiffre d’affaires annuel de ce business dépasserait 1 milliard d’euros. Sous la pression des pays voisins, la vente à ces consommateurs a, depuis, quelques années, été réglementée et limitée : chaque commerce ne peut, en théorie, avoir en stock plus de 500 grammes de drogues douces. »

Cette « courte majorité » est le fruit de divisions et d’alliances contre nature qui ne sont pas sans faire songer à celle que l’on voit aujourd’hui en France entre François Bayrou l’aguerri et le phosphorescent Emmanuel Macron.  Et, comme en France, il reste à savoir si l’alliance de circonstance apportera ses fruits. « Les partis qui l’ont adopté à la Deuxième Chambre doivent encore décrocher un vote favorable à la Première Chambre (le Sénat), nous explique Stroobants. Dans cette assemblée, le parti du premier ministre ne s’oppose pas par principe à une révision des dispositions actuelles mais trouve que le projet voté à la chambre manque de cohérence et ne permet pas une régulation intelligente ».

Affaires criminelles

L’intelligence régulatrice voilà bien, avec la politique-mystique, la question du moment.

Il faut, pour comprendre, rappeler que la « politique de tolérance » vis-à-vis du cannabis initialement instaurée aux Pays-Bas (et qui fit longtemps rêver en France) ne devait être qu’une première étape vers une régularisation complète. « Mais le processus s’est arrêté, avec toutes les conséquences qui en découlent. Le problème principal est que la vente par les coffee-shops est certes autorisée, mais que leur approvisionnement est illégal, résume Stroobants. La culture professionnelle est elle aussi interdite. Il y a donc tolérance d’une gestion d’entreprise qui dépend en partie de processus de production et d’achats illicites. Les entrepreneurs de coffee-shops sont par conséquent obligés de faire des affaires avec des criminels. » Imaginez des buralistes français fricoter avec des contrebandiers…

Pour l’heure la solution trouvée au pays de Vermeer (actuellement exposé à Paris) prévoit de maintenir l’interdiction de la culture de cannabis. En revanche, si elle est contrôlée par les pouvoirs publics et soumise à l’impôt, cette même culture ne fera plus l’objet de poursuites. Les cultivateurs devront obtenir une autorisation du ministère de la santé et soumettre leurs produits à des enquêtes de qualité. Les coffee-shops ne pourraient plus acheter des produits qu’aux personnes officiellement agréées, qui leur livreraient des paquets préemballés de 5 grammes.

C’est, au pays de Delft et de la crise des tulipes,  une assez belle peinture de l’emprise croissante de l’Etat sur la modification des états de conscience du citoyen.

A demain

Combien de soignants violentés avant que Mme Touraine fasse ouvrir la porte de son cabinet ?

 

Bonjour

Il faut donc désormais compter avec « l’agression de l’hôpital de Soissons » ? C’est peu dire que la profession médicale est, une nouvelle fois, choquée de ces quelques lignes de L’Union de Reims :

« Ce samedi matin 18 février, aux environs de 7 heures, un patient a agressé un médecin aux urgences de l’hôpital de Soissons. Il a été frappé d’un coup de poing qui l’a fait tomber. À terre, il a pris un coup de pied qui lui a fracturé la jambe droite. ‘’Il s’est présenté avec une éraflure superficielle à l’avant-bras, raconte le Dr Marc Moukanni. Je lui ai donné une ordonnance de médicaments et lui ai dit d’attendre 8h30 : s’il avait encore mal, on lui ferait une radio’’.»

Au 180, Boulevard Haussmann, à Paris, le conseil national de l’Ordre des médecins a pris la mesure de l’affaire. Il vient d’exprimer son « émotion et sa colère ». Ce n’est pas tout :

« Alors que plusieurs drames ont endeuillé notre profession ces dernières semaines, cette nouvelle agression rappelle l’absolue nécessité et l’urgence de garantir la sécurité des personnels soignants dans l’exercice de leur mission auprès des populations.  Dans un contexte d’escalade de la violence à l’encontre des personnels soignants, l’Ordre des médecins réitère à la ministre de la Santé sa demande d’être reçu, avec des représentants des Ordres des infirmiers et des sages-femmes, afin de définir les mesures à adopter pour assurer la protection des professionnels de santé. Le Conseil national de l’Ordre des médecins rappelle, aujourd’hui plus que jamais, l’importance pour les médecins de pouvoir exercer leur profession en toute sécurité, dans l’intérêt des patients. »

Hématome cérébral

Ce n’est pas la première fois, loin s’en faut, que l’institution ordinale alerte, publiquement ou pas, le gouvernement. On se souvient d’une demande solennelle formulée à la fin du mois d’octobre dernier. C’était après la « claque monumentale » suivie d’un « hématome cérébral » dont avait été victime le Dr Corinne Joyeux, médecin généraliste frappée dans son cabinet de Châtellerault (Vienne). L’agresseur, jeune père de famille de 26 ans avait été écroué pour six mois.

Contacté par le Quotidien du Médecin le Dr Patrick Bouet, président de l’Ordre des médecins avait salué cette condamnation comme étant une « décision exemplaire ».  « L’Ordre s’était porté partie civile, il y en a assez de ces agressions, a déclaré le Dr Bouet. Une condamnation de cette nature répond à notre exigence. Nous nous battons depuis plusieurs années pour que soit reconnue la gravité des agressions contre les médecins et pour garantir la sanctuarisation des cabinets médicaux. »

L’Ordre national a d’ores et déjà demandé une audience au ministre de l’Intérieur – et attend une réponse ferme de la ministre de la Santé. Contacté par le Quotidien, le ministère de la Santé gardait, alors, le silence. Il y aura, bientôt, quatre mois.  Combien faudra-t-il de ces suppliques pour qu’un responsable politique réagisse ?

A demain

 

Ethique bafouée, donneurs rémunérés et sang contaminé : lumineuse soirée sur Arte

 

Bonjour

Remarquable soirée télévisée le 21 février sur Arte. Elle commencé avec « Le business du sang », documentaire de François Pilet et Marie Maurisse (Radio Télévision Suisse). Puis un véritable document éthique, juridique, politique : « Entretien avec François Toujas », président de l’Etablissement français du sang (entretien mené de manière exemplaire par Emilie Aubry).

Qu’a-t-on appris ? Que rien, depuis trente ans (et les affaires du sang contaminé), n’avait changé dans le commerce mondial du sang. Rien si ce n’est l’accroissement des flux et la modernisation des conditions d’esclavage des plus pauvres de certains pays industrialisés. Toujours le cynisme inoxydable des dirigeants (et actionnaires) des géants de ce business :  l’américain Baxter, l’australien CSL Behring, l’espagnol Grifols et le suisse ­Octapharma. Arte :

« Aujourd’hui, le plasma, un composant du sang très recherché pour ses protéines, vaut plus cher que le pétrole. Utilisé par des sociétés pharmaceutiques pour fabriquer des médicaments coûteux, ce précieux liquide, indispensable aux malades, est devenu une marchandise rentable. Avec des bénéfices s’élevant à plus d’un milliard d’euros, la société suisse Octapharma est l’un des quatre acteurs principaux de ce marché florissant. Ses centres de collecte, implantés principalement aux États-Unis, où le prélèvement rémunéré (…) est légal, attirent les habitants des quartiers défavorisés.

« Pour cette population appauvrie, notamment depuis la crise de 2008, le don de sang est parfois l’unique source de revenus. L’entreprise tire profit de la situation pour revendre à prix d’or ses produits – plasma simple ou transformé – aux hôpitaux européens. Cette marchandisation du corps pourrait présenter des risques sanitaires accrus, car le don rémunéré présente un danger : il incite les donneurs à mentir sur leur état de santé et attire une population à risques. Elle pose également de sérieuses questions morales. Est-il admissible que le sang des pauvres gonfle les profits des multinationales ? »

Cannibalisme capitaliste

L’originalité de l’enquête est d’assurer la traçabilité entre les esclaves dépendants de la laiterie sanguine (Octapharma) de Cleveland et les malades de nationalité suisse en passant par le régulateur officiel helvète Swiss Medic. La limite de cette même enquête est de ne pas faire clairement la part entre le sanitaire et l’éthique. Ce n’est pas parce que la rémunération esclavagiste des « donneurs » américains est potentiellement dangereuse qu’elle doit être condamnée. Sa condamnation se fonde sur un autre principe, juridique, d’une toute autre portée : celui de l’indisponibilité (de la non patrimonialité) du corps humain.

Ce principe dispose que nous ne sommes pas propriétaire de notre corps et que, partant, nous ne pouvons en commercialiser les parties. C’est ce principe qui, par exemple, condamne la pratique de la GPA. Il protège le corps humain et ses éléments (tissus, organes, fluides, cellules sexuelles) du cannibalisme du capitalisme et de la mondialisation. Et c’est ce qui explique qu’il est défendu (notamment) par Jean-Luc Mélenchon. On ajoutera que c’est aussi sur cette clef de voûte que s’est construit le corpus français des lois de bioéthique.

Et c’est là, précisément, que le bât blesse dangereusement. Le documentaire et la soirée d’Arte ont en effet abordé une affaire qui n’a, en France, pratiquement jamais été traité par les gazettes généralistes. Une affaire que nous avions, pour note part, bien trop rapidement évoquée il y a deux ans 1. Il s’agit de la victoire de la filiale française d’Octapharma contre celles et ceux qui défendent et incarnent la conception éthique française fondée sur le bénévolat des donneurs, le refus de la rémunération-marchandisation.

Conseil d’Etat contre Ethique

Il faut ici remonter à la fin juillet 2014. Le Conseil d’État mettait alors fin au monopole de l’Établissement français du sang (EFS) dans la vente de plasma sanguin. Il avait été saisi par la société Octapharma France  qui demandait une autorisation de mise sur le marché pour « Octaplas », un dérivé de plasma déjà commercialisé en Europe et qu’elle estimait devoir être considéré comme un « médicament » ne pouvant être refusé à la vente quand bien même son origine ne serait pas véritablement « éthique ».

Il y avait ensuite bien eu, fin 2014, une mobilisation parlementaire communiste sur le sujet lors du vote du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2015 (« Sang et commerce : l’éthique plasmatique française face à la concurrence internationale »). Les communistes, déjà, étaient bien seuls. Puis le Conseil d’Etat trancha, contre l’éthique. Et plus personne ne s’intéressa au sujet. A l’exception notable de Michel Monsellier, président de la Fédération française pour le don de sang bénévole (FFDSB) devenu le porte-parole de la lutte contre le don de plasma rémunéré. « Ses critiques régulières à l’encontre ­d’Octapharma ne lui ont pas valu que des encouragements, euphémise Le Monde.  Ce militant a été accusé de diffamation par l’entreprise suisse, qui l’a traîné devant la justice. Le procès s’est finalement soldé par un non-lieu. »

Roselyne Bachelot et la Légion d’honneur

Le Monde (Marie Maurisse, François Pilet) rappelle aussi qu’en 2009, Wolfgang Marguerre, le puissant fondateur-dirigeant-propriétaire d’Octapharma, avait reçu la Légion d’honneur des mains de Roselyne Bachelot, alors ministre de la santé aujourd’hui chroniqueuse sur RMC. C’était le 18 avril 2009, à l’occasion de la « Journée européenne des droits des patients » comme le rappelle l’entreprise familiale Marguerre.

Aujourd’hui Octapharma commercialise son plasma en France. C’est un coin enfoncé dans le monopole éthique français, une forme d’injure silencieuse faite aux dix mille bénévoles qui, chaque jour, donne leur sang et à ceux qui se précipite pour le donner lors d’un drame national comme on l’a vu lors des attentats de Paris. Les responsables politiques, la ministre de la Santé, ne parlent jamais de ce dossier. Ce fut, précisément, l’illumination de la soirée d’Arte : l’indignation, sur le plateau, de François Toujas, président atypique de l’Etablissement français du sang. Son indignation devant l’esclavage organisé des « donneurs » américains, ses explications mesurées et son militantisme raisonné en faveur d’une éthique française aujourd’hui gravement fragilisée. On aimerait remercier Arte.

A demain

1 « Bioéthique : la première grève annoncée des donneurs de sang bénévoles français » Journalisme et santé publique du 6 janvier 2015

 

Post-vérité : François Fillon a considérablement enrichi son projet pour la santé des Français

 

Bonjour

On se souvient de l’effroi que causa l’annonce, par l’ancien élu de la Sarthe, de son projet présidentiel concernant ce socle sacré national qu’est la Sécurité Sociale. On imagina le pire : sa « privatisation » au profit du géant Axa… Une médecine à deux vitesses…le retour des indigents à l’Hôtel-Dieu… le cardinal de Paris nommé à la tête de l’AP-HP… C’était en novembre de l’an passé. Puis vint, un effet du Canard enchaîné, la descente au sombre purgatoire des assistants parlementaires.

La vérité nouvelle est que nous avions mal compris. Ou plus précisément que le programme de François Fillon pour la santé des Français avait encore besoin d’être enrichi, rebâti. Le candidat révèle tout de cette nouvelle vérité. « Santé: Fillon clarifie son plan mais ne renonce à rien» (Le Figaro). On découvrira ce tour de force en exclusivité dans Le Parisien : « Après les affaires, François Fillon dégaine… son programme santé » – et, déjà, analysé dans Le Monde (François Béguin) : « Sur la santé, François Fillon dévoile un programme plus consensuel ».

Après les ombres de l’esprit de lucre c’est le retour sur le terrain des idées au service de la solidarité. François Fillon présentera les siennes ce mardi 21 février, à la tribune du palais Brongniart, à Paris, lors d’une rencontre organisée bien opportunément par la Mutualité française : à suivre en direct  et (pourquoi?) avec Audrey Pulvar  sur www.Placedelasante.fr #RDVPlacedelaSanté).

Mysticisme et escamotage

Pour un peu on verrait ici une version française de la post-vérité. Le médecin et député Jean Leonetti (Les Républicains, Alpes-Maritimes) le résume à merveille : « On a fait des clarifications et des amendements. C’est à la fois la même chose et quelque chose de très différent ». Voilà une forme d(illustration de l’art de l’escamotage en pleine lumière. Nul ne sait si l’homme politique doit, en France, être un mystique (Emmanuel Macron) mais il doit à coup sûr être un escamoteur.

 Devant la Mutualité François Fillon assurera avoir « rebâti, enrichi, amélioré » son projet. Nous étions dans l’erreur : il n’a « jamais voulu mettre en place une santé à plusieurs vitesses » mais « juste posé une question légitime ». Et aujourd’hui, tout bien compté, son projet « consolide le caractère obligatoire et universel de l’Assurance-maladie dont le niveau de prise en charge des dépenses de santé ne diminuera pas ». Mieux : avec lui au pouvoir nous serons, en 2022, « à un reste à charge zéro pour les audioprothèses, l’optique, les prothèses dentaires et les dépassements d’honoraires ».

Généralistes rémunérés

 Comment ? En marchant avec lui nous innoverons. Nous construirons un « nouveau partenariat » entre la Sécurité Sociale et les organismes complémentaires ainsi qu’une « Agence de garantie de la couverture solidaire des dépenses de santé ». Nos cotisations aux complémentaires santé ? Elles n’augmenteront pas « abusivement ».

Tout, soudain, a changé, le ciel est plus clair. Les petites lunettes pour les enfants seront remboursées intégralement dès 2017, nouvelles aides financières aux retraités démunis pour qu’ils accèdent à une mutuelle, chaque Français aura droit, tous les deux ans à une « consultation de prévention longue et gratuite ». Elle sera assurée par les médecins généralistes, qui seront « rémunérés en conséquence ».

 La suppression de 500 000 postes dans la fonction publique au cours du quinquennat ? A l’hôpital elle ne concernera que les « agents administratifs ». Le retour aux 39 heures hebdomadaires ? Il sera négocié progressivement aux échelons locaux. Le diable ? On le trouvera peut-être dans un détail :  la suppression de l’aide médicale d’Etat pour les sans-papiers.

A demain

 

Cigarette électronique : la fin des «tabous» serait politiquement décrétée. Et après ?

 

Bonjour

C’était la conférence de presse 1  qu’il ne fallait pas rater. On y a dit des choses essentielles. A commencer par celle-ci: « [Concernant la cigarette électronique] les choses changent au fur et à mesure que les données scientifiques arrivent, a notamment expliqué le Dr Jérôme Viguier, directeur du pôle santé publique et soins de l’Institut National du Cancer (INCa), aujourd’hui cité par Medscape France (Vincent Bargoin). Des principes de précaution avaient été portés sur le risque potentiel de la nicotine, sur le risque que ce soit un mode d’entrée dans la tabagisme et/ou que cela ne fasse pas diminuer la consommation de tabac par ailleurs. Des données plutôt rassurantes arrivent. Clairement, la cigarette électronique est un outil qui peut rentrer dans le cadre d’un accompagnement à la diminution du tabagisme et au sevrage pour certaines personnes et dans certaines circonstances. Il n’y a plus de tabous à l’égard de l’e-cigarette ».

Les grands moments sont presque silencieux. Ainsi donc, le directeur du pôle santé publique et soins de l’Institut National du Cancer (INCa) le dit sans trompettes : « il n’y a plus de tabous à l’égard de l’e-cigarette ». Prise avec des pincettes, ignorée quand elle n’était pas ostracisée par Marisol Touraine, ministre de la Santé, la cigarette électronique n’est plus tout à fait interdite dans la cité de la santé publique. Quelle belle reconnaissance que le mot prononcé par le Dr Jérôme Viguier. Ainsi donc c’était bien vrai : le e-cigarette avait généré des tabous.

Mode conditionnel

Sans aller jusqu’à « l’interdiction de caractère sacré qui pèse sur une personne, un animal, une chose » le responsable de l’INCa voulait sans doute évoquer une « règle d’interdiction »  décrétée par les hauts responsables sanitaires français.

Il restera aux journalistes d’investigation et autres décodeurs à nous révéler quels sont les responsables de l’instauration de ces tabous. De fait les temps sembleraient changer. Interrogés les spécialistes affirmés de l’addiction tabagique et de la cigarette électronique nous confient observer quelques petits signes d’évolution au sein de l’INCa,  cette institution chargée de coordonner la lutte contre le cancer. Dans son dernier rapport, qui vient d’être publié, on peut découvrir la conclusion suivante au pied de la page 19 :

«  (…) la cigarette électronique pourrait représenter, à terme, un moyen de sevrage supplémentaire pour aider les fumeurs qui décident d’arrêter ou de réduire leur consommation. »

Il reste aux responsables actuels de l’INCa (puis au prochain ministre de la Santé) à nous expliquer ce que signifie concrètement le fait qu’il n’y a plus, en France aujourd’hui, de tabous frappant la cigarette électronique. Et par quel miracle jésuite on peut concilier l’effacement affiché des tabous tout en maintenant l’usage du mode conditionnel.

A demain

1 Conférence de presse de l’INCa, jeudi 2 février. Avec Pr Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer Thierry Breton, directeur général de l’Institut national du cancer Dr Jérôme Viguier, directeur du pôle santé publique et soins, Muriel Dahan, directrice des recommandations et du médicament. Message à la presse :

« Objectif : à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les cancers qui aura lieu le 4 février, Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer, Thierry Breton, directeur général, et le collectif des directeurs de l’Institut, vous invitent à un point presse décryptage afin de dresser un état des lieux de la lutte contre les cancers et des enjeux à venir.  Ce décryptage vous apportera des éléments quantitatifs et qualitatifs nouveaux dans la rédaction de vos articles ou dossiers rédactionnels à l’occasion de cette journée du 4 février » (sic)