A qui faut-il demander quand, et comment, nous serons-nous tous totalement déconfinés ?

Bonjour

07/04/2020 Hier encore inconnu, désormais omniprésent, le mot brûle les lèvres de l’exécutif.  Interviewé une fois encore par Jean-Jacques Bourdin sur RMC/BFMTV, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé a déclaré «Le confinement durera aussi longtemps qu’il sera nécessaire qu’il dure». «C’est à chacun de nous, dans notre comportement quotidien, d’être capable de comprendre qu’en restant chez nous on sauve des vies. Nous devons être patients. Notre patience sauve des vies».

Interrogé sur un probable prolongement de ce confinement, le ministre a répondu : «Ce n’est pas à moi de vous apporter [cette réponse] et je n’ai pas encore la totalité des informations permettant au président de trancher. Vous aurez la réponse rapidement». Puis, face à l’insistance du journaliste, le ministre a déclaré qu’il y aurait «peut-être» une intervention «dans la semaine» du président de la République, du Premier ministre «ou des deux» lors de laquelle la question de la durée du confinement pourrait être abordée.

«Il ne faut pas trop parler du déconfinement, sinon on a l’impression que c’est fini. Nous sommes encore en phase d’aggravation. (…) Il est trop tôt pour parler du déconfinement», a par ailleurs insisté Olivier Véran, qui a cependant rapidement évoqué la cellule chargée «d’étudier toutes les pistes, toutes les solutions» créée au sein de son ministère et dirigée par Jean Castex. C’est ici la troisième structure scientifique crée en quelques semaines et en charge de conseiller l’exécutif  sur des sujets essentiels.

 » C’est un couteau suisse !  »

Les Français vont ainsi, après les Prs Jean-François Delfraissy et Jérôme Salomon, apprendre à découvrir Jean Castex devenu « Mr Déconfinement » : énarque, 54 ans, passé par la Cour des comptes et dernièrement réélu triomphalement maire LR de Prades (Pyrénées-Orientales) quand la France n’était pas encore confinée comme elle l’est désormais. .«Un haut fonctionnaire qui connaît parfaitement le monde de la santé et qui est redoutable d’efficacité», l’a encensé Édouard Philippe. « Jean Castex est un roc, un grand serviteur de l’État qui connaît le monde de la santé sur le bout des doigts » (Gilles Boyer, député européen).

« Depuis longtemps, Jean Castex, un intime d’Alexis Kohler, le plus proche collaborateur d’Emmanuel Macron à l’Élysée, entretient aussi de solides liens d’amitié avec l’entourage du Premier ministre: son directeur de cabinet, Benoît Ribadeau-Dumas, l’adjoint de celui-ci Thomas Fatome ou encore le complice de toujours Gilles Boyer » observe Le Figaro (Marion Mourgue).  «C’est un couteau suisse!», salue Xavier Bertrand qui l’a repéré il y a quinze ans sur les conseils de Philippe Douste-Blazy. 

« Quelques années plus tard, c’est au tour d’Emmanuel Macron de le repérer. Le chef de l’État, qui le reçoit en octobre 2018, songe très sérieusement à Jean Castex pour le ministère de l’Intérieur, croit savoir Le Figaro. Le poste lui échappe de peu: certains ténors de la majorité s’y opposent, voyant en l’élu LR la main invisible de Nicolas Sarkozy. En 2010, l’ancien chef de l’État l’avait choisi comme conseiller aux affaires sociales, en remplacement de Raymond Soubie, puis comme secrétaire général adjoint de l’Élysée. »

Emmanuel Macron avait aussi pensé à ce haut fonctionnaire pour prendre la tête de la SNCF. Il l’avait finalement choisi pour organiser les Jeux olympiques de 2024. Si l’on osait nous dirions qu’il lui reste encore quelques haies à sauter.

A demain @jynau

A lire, sur Slate.fr : « À quoi ressemblera le grand déconfinement ? Pour lever le confinement, les expert·es ne disposent d’aucune certitude. Aussi le gouvernement est-il confronté à une situation sans précédent, à très haut risque sanitaire et politique ».

La guerre contre l’épidémie nous fera-t-elle oublier celle pour la survie de l’hôpital public ?

Bonjour

07/04/2020. Mémoire: songer à ne pas la perdre. C’est un épisode de campagne qui, soudain, nous rappelle où nous étions encore il y a quelques semaines. Vendredi 2 avril lors d’une conférence de presse téléphonique concernant la situation épidémique dans le Grand Est, Christophe Lannelongue a expliqué, foi du charbonnier, qu’il n’y avait « pas de raison de remettre en cause » le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers. Un « COPERMO ». Ce dernier prévoit notamment la suppression sur cinq ans de 174 lits (sur 1 577 en 2018) et de 598 postes au CHRU de Nancy (sur environ 9 000). « Nous aurons quelques semaines de retard mais la trajectoire restera la même », a-t-il osé.

C’est peu dire que ces propos ont suscité la colère dans une France qui découvre les vertus des soignants et celles de l’hôpital public ; une France qui réinvente chaque soir les rites de la communion laïque et solidaire. Sur les réseaux sociaux, les déclarations de M. Lannelongue ont déclenché une vague indignée :  de réactions outrées : « incompréhensible », « inadmissible », « irresponsable », « inhumain », « monstrueux ».

Olivier Véran a vite pris le pouls de cette ire : le ministre des Solidarités et de la Santé a dû tweeter le dimanche 5 avril : « à Nancy comme partout, l’heure est à la mobilisation de tous pour faire face au #COVID19 ». « L’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent & de refonder notre Hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra ».

« Coûte que coûte »

Maigre tweet qu’il lui a fallu développer dès le lendemain, lors d’une nouvelle conférence de presse. Où l’on entendit le ministre annoncer, avec l’emphase minimale qui est parfois la sienne, la nécessité de « suspendre la portée » des projets et réorganisations hospitalières engagées avant la crise due au Covid-19, – et ce jusqu’à la réalisation de « l’inventaire de l’épidémie avec les soignants ».

« La crise du Covid-19 change la donne hospitalière. Ce changement s’inscrira, à n’en pas douter, dans la durée. Pour sortir de la crise, il conviendra donc, au-delà de l’indispensable reconnaissance due au personnel hospitalier, […] de réinterroger en profondeur nos réflexes et nos manières de penser en matière de gestion hospitalière, pour préparer grand plan d’investissement de notre système de santé » a-t-il annoncé ; il faisait ici référence au « plan massif » pour l’hôpital après la crise sanitaire promis le 25 mars, à Mulhouse, par Emmanuel Macron.

« D’ici là, il convient de considérer avec humilité les projets, les réorganisations engagées avant cette crise, et d’en suspendre toute la portée, jusqu’à ce que l’inventaire de cette épidémie, tout l’inventaire, ait pu être effectué avec tous les soignants. Car l’hôpital devra s’armer pour répondre avec résilience aux épidémies, tout en poursuivant ses missions fondamentales, notamment vis-à-vis des maladies chroniques ou des pathologies fonctionnelles. »

Où l’on retrouve, dans les mots ministériels, le redoutable concept d’humilité. Il tranche désormais radicalement avec les certitudes assénées, sous les ors de la République, hier encore, par l’exécutif en général, le sanitaire en particulier. Quand il fallait « coûte que coûte » réduire le nombre des lits pour mieux voguer vers « l’hôpital-entreprise ». Quand on avait oublié la réalité du risque épidémique. Il conviendra de s’en souvenir.

A demain @jynau

Une première large opération de dépistage viral va, enfin, être lancée dans les Ehpad

Bonjour

06/04/2020. Le ministre de la santé Olivier Véran vient de donner le bilan quotidien : 8 911 morts sont dues au Covid-19 depuis le 1er mars en France (le bilan a augmenté  de 833 en 24 heures).Le coronavirus a fait 6 494 morts dans les hôpitaux (605 de plus en 24 heures), et 2 417 morts en Ehpad.

Et le ministre d’annoncer qu’une vaste opération de dépistage va être lancée auprès des personnes les plus vulnérables, « en mettant la priorité sur des personnes âgées, les personnes handicapées, les plus fragiles ainsi que les professionnels qui les accompagnent, en établissements comme à domicile ». Selon Olivier Véran, le principe est de tester dans les Ehpad « tous les résidents et tous les personnels à compter de l’apparition du premier cas confirmé de malades de coronavirus au sein de l’établissement ». 

Pourquoi aura-t-il fallu attendre si longtemps ? Le sujet avait été traité, une nouvelle fois, par le Comité national d’éthique (CCNE) dans un document daté du 1er avril. Un document essentiel qui traitait notamment de la préservation, dans les Ehpad, « d’un espace de circulation physique, même limité ». Une mesure qui, aux yeux des sages du Comité, « semblait impératif en dépit des mesures d’isolement, afin d’éviter que le confinement, quelle que soit sa justification au regard des impératifs de santé publique, ne devienne pour ceux qui n’ont plus la liberté de choisir leur cadre et leur mode de vie, une mesure de coercition. » Extraits:

« Pour les résidents ‘’testés négativement’’, la visite de proches, eux-mêmes contrôlés négativement, pourrait être autorisée, dans des conditions strictes de sécurité sanitaires . Cette proposition exige évidemment que des tests puissent être proposés à grande échelle.

« Concernant les familles et les proches aidants qui souhaitent que le résident puisse au moins temporairement les rejoindre à leur domicile, de telles initiatives devraient être encouragées, après avoir bien entendu recueilli l’assentiment du résident et pratiqué des tests permettant de prévenir des risques de contamination intrafamiliale. Ces préconisations ne peuvent être mises en œuvre que si les établissements disposent de la possibilité d’assurer les tests de dépistage du Covid-19 auprès des personnels et des résidents. »

Et le CCNE de rappeler, alors, « l’impérieuse nécessité de faciliter la mise en place des tests de dépistage dans ces établissements et l’accès aux moyens de protection pour le personnel, comme pour les résidents ». Il semble désormais acquis, du moins pour partie, que les « sages » du CCNE ont été entendus. Sans doute est-il trop tôt pour demander pourquoi il aura fallu attendre si longtemps pour que le gouvernement braque ses projecteurs sur ces établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes.

A demain @jynau

 

IVG et confinement : le gouvernement autorisera-t-il les soignants à ne pas respecter la loi?

Bonjour

Volontiers prolixe sur son action contre l’épidémie, le pouvoir exécutif peut aussi étrangement garder le silence. C’est le cas face à l’appel de soignant·es et de personnalités politiques qui s’inquiètent du risque qui pèse sur le droit à avorter pendant le confinement.

La demande, comme la situation, est sans précédent : obtenir que l’exécutif donne son feu vert de principe pour que la loi et les règlements sur la pratique de l’IVG ne soient pas toujours pleinement respectés – et ce sans que les soignant·es puissent en être les victimes.

Rien d’extravagant dans cet appel soutenu par cinq anciennes ministres. Et le gouvernement a prouvé qu’il pouvait prendre rapidement des mesures sanitaires rapides (notamment dans le champ des addictions), au nom d’une politique de réduction des risques. Pour l’heure Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé garde le silence. Jusqu’à quand ?

A lire, sur Slate.fr : « Urgences et confinement : respecter ou pas la loi sur l’IVG ? »

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : le gouvernement exhorté à autoriser le traitement du Pr Didier Raoult

Bonjour

06/04/2020. Combien de temps encore ? Hier c’était une lettre ouverte de personnalités médicales réunies à l’initiative de Philippe Douste-Blazy – initiative accompagnée d’une pétition ayant, à ce jour, réuni plus de 210 000 signatures.

Aujourd’hui c’est une tribune publiée par Le Figaro : « L’appel de trois grands noms de la santé en faveur des préconisations du PRaoult ». Une tribune qui surprendra car signée de l’ancien directeur scientifique de l’Institut national du cancer, de l’ancien président de la Haute Autorité de santé et de l’ancien directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Soit Fabien Calvo, Jean-Luc Harousseau et Dominique Maraninchi, respectivement professeur émérite de pharmacologie à l’université de Paris-Diderot, ancien professeur d’hématologie à l’université de Nantes et professeur émérite de cancérologie à Aix-Marseille Université.

Les trois recommandent d’appliquer le traitement élaboré par le professeur Didier Raoult – et ce « dès l’apparition des premiers symptômes du coronavirus ». Extraits :

« (…)  Nous souhaitons apporter notre perception à la controverse: nous avons tous trois été cliniciens ou pharmacologues, et investigateurs d’essais cliniques «randomisés», et deux d’entre nous ont dirigé ou présidé l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Haute Autorité de santé (HAS). Ce texte n’est qu’une opinion engagée, que nous voulons contributive à la discussion. Nous savons que les «experts» ont déjà montré qu’ils peuvent se tromper ; la réflexion médicale se doit cependant d’être partagée pour éclairer une décision qui au final sera issue du dialogue médecin-patient. (…)

« La communauté scientifique française et internationale s’est émue que la conception des essais du Pr Raoult ne corresponde pas aux critères classiques de la médecine moderne basée sur les preuves, puisque cette étude n’était pas strictement comparative. Cependant, devant ces premiers résultats «encourageants», et en l’absence de TOUTE autre possibilité dans une crise sanitaire sans précédent depuis un siècle, les autorités françaises ont autorisé l’utilisation de ce traitement chez les malades hospitalisés, donc essentiellement dans les formes graves. La Food and Drug Administration américaine vient de suivre cet exemple pour les patients hospitalisés qui ne participent pas à un essai clinique. (…)

Les auteurs ajoutent que sur la base des dernières observations marseillaises la stratégie serait plutôt « de proposer un traitement précoce avant la survenue de complications respiratoires sévères ». Et ce d’autant que « les cohortes marseillaises rapportées ne montrent pas à l’évidence de survenue d’effets secondaires majeurs liés au traitement, lorsque les règles de prescription et contre-indications sont respectées, après un électrocardiogramme (ECG) et dosage du potassium, ce qui faisait partie des réserves de beaucoup de cliniciens ».

« En l’absence d’autre traitement disponible avéré efficace à ce jour (plus de deux cents essais thérapeutiques enregistrés dans le monde), nous pensons légitime, au vu des résultats préliminaires, de mettre en place une nouvelle stratégie avec, avant tout, un accès élargi aux tests diagnostiques des patients suspects parce que symptomatiques ou ayant été au contact d’un patient infecté. »

Les auteurs vont plus loin : ils demandent  « la mise en place de structures de soins associant les personnels hospitaliers et la médecine de ville pour effectuer le diagnostic, la prescription et la surveillance d’hydroxychloroquine et d’azithromycine chez tous les malades positifs non inclus dans un essai clinique ».

« Cette prescription pourrait être réalisée, en l’absence de contre-indication et avec l’accord du patient, dès le diagnostic confirmé, pendant une durée limitée, et accompagnée de la collecte de données simplifiées. De simples modifications des conditions de prescription et de délivrance peuvent rapidement le permettre. Lors de l’arrivée annoncée de tests en plus grand nombre, la surveillance virologique des patients pourra être mieux documentée pendant et à l’arrêt du traitement. »

Devant l’Ordre, un dossier en béton armé

Et les auteurs d’observer, à l’attention des autorités, que les patients français, « légitimement, ne tolèrent pas que le diagnostic sur leur état de santé soit simplement présumé et qu’il leur soit alors seulement recommandé de rester chez eux avec la crainte de complications, alors même qu’une option thérapeutique simple, sous surveillance médicale, peu onéreuse et possiblement efficace pourrait leur être proposée ».

«  L’accès à l’hydroxychloroquine limité aux seuls malades hospitalisés marque aussi une inégalité dans l’accès aux soins, concluent-ils. Le choix de la précaution est aussi un pari politique. » Est-ce là une tribune aux accents prophétiques ?

Parallèlement à ce texte, après deux tribunes dans Le Monde et Le Quotidien du Médecin, le Pr Didier Raoult a accordé une interview fleuve au  Figaro Magazine (Charles Jaigu).

Il y déclare notamment ceci, à l’adresse de l’exécutif et de ses ennemis :

« Je ne suis pas d’accord quand on interdit aux médecins d’utiliser des médicaments qui sont en circulation depuis des décennies. Je ne suis pas d’accord avec l’interférence de l’État dans la relation entre le médecin et le malade. C’est la responsabilité individuelle des médecins. C’est le serment d’Hippocrate. Ce n’est pas du charlatanisme. Il faut donc que l’exécutif se garde de faire de la médecine à notre place.

« Quand il y a faute médicale, quand le médecin n’a pas agi conformément à l’état du savoir, il est puni. Moi, si quelqu’un m’attaque parce que j’ai donné de l’hydroxychloroquine, mon dossier devant l’Ordre des médecins sera en béton armé. Ce n’est pas de la sorcellerie. Je sais qu’on a beaucoup jasé sur le pouvoir médical. Mais à la fin, la médecine, c’est un rapport entre un médecin et un malade. »

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : le gouvernement cèdera-t-il aux nouvelles pressions médicales?

Bonjour

04/04/2020. C’est une nouvelle étape, médicale, pharmaceutique et politique. Lancé par l’ex-ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy un appel de personnalités médicales demandant aux autorités sanitaires d’assouplir d’urgence les possibilités de prescription d’hydroxychloroquine contre le Covid-19. Un appel peu banal réunissant des personnalités que rien, jusqu’ici, ne réunissait hormis le titre de docteur en médecine 1. Un appel relayé par une pétition baptisée «#NePerdonsPlusDeTemps», qui a recueilli en quelques heures plusieurs dizaines de milliers de signatures soutiens sur la plateforme Change.org. Extraits de cet appel :

« Nous vivons une crise sanitaire mondiale d’une grande ampleur et notre pays est fortement frappé par la vague épidémique de Covid-19. Chaque jour, nous déplorons de nombreux décès. Contre cette maladie, nous ne disposons ni de vaccins, ni de traitement antiviral même si les données scientifiques actuelles sont parcellaires et discordantes.

« Des données chinoises récentes ont suggéré l’efficacité de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine au laboratoire et chez les malades. Une étude publiée par Chen et coll. (Efficacy of hydroxychloroquine in patients with Covid-19 : results of a randomized clinical trial) montre l’efficacité de l’hydroxychloroquine chez les malades atteints par le Covid-19 souffrant de pneumonie moyennement sévère ; les quelques patients qui se sont aggravés ne recevaient pas le traitement.

« Des cartes publiées par Santé Publique France montrent un taux de mortalité chez les personnes hospitalisées beaucoup plus faible à Marseille que dans le reste du territoire. Au vu des données scientifiques internationales ainsi que des expériences de terrain remontant de médecins au contact direct de l’infection et en l’attente de nouvelles données scientifiquement contrôlées, les autorités italiennes, puis américaines ont pris, dans ce domaine, des décisions thérapeutiques hardies (…).

« Le 29 mars, après avis favorable de la FDA (agence américaine du médicament), le ministère de la santé des Etats-Unis d’Amérique (US Department of HHS) a décidé de mettre de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine à la disposition des pharmacies hospitalières sur l’ensemble du territoire fédéral. Le Gouvernement américain utilisera sa réserve stratégique faite de millions de traitements constitués depuis plusieurs semaines.

«  Dès maintenant, la FDA autorise tous les médecins hospitaliers américains à prescrire ces deux médicaments y compris en dehors d’essais thérapeutiques. Elle demande, comme en Italie, que toutes les données médicales des malades traités soient collectées afin de les analyser. Le Portugal vient de recommander ces traitements pour les cas de Covid-19 avec pneumonie (…).

« En attente de nouvelles données scientifiquement contrôlées, dans la situation aigüe que nous connaissons, de plus en plus de médecins pensent que cette stratégie s’impose, conforme à leur serment d’Hippocrate, de traiter leurs malades en leur âme et conscience. »

Que doit faire le pouvoir sanitaire exécutif ?

Les signataires ajoutent que le gouvernement français a pris un décret (n° 2020/337 du 26 mars 2020) qui  ne permet l’utilisation de l’hydroxychloroquine (Plaquenil de Sanofi) qu’ « après décision collégiale, dans le respect des recommandations du Haut-Conseil de la Santé Publique et, en particulier de l’indication pour les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d’une défaillance d’organe ».

Selon eux, à ce stade trop tardif de la maladie, ce traitement risque d’être inefficace. « Si l’efficacité de l’hydroxychloroquine se confirme, il faudra rapidement ouvrir le protocole aux médecins libéraux pour éviter la saturation des hôpitaux » ajoutent-ils encore. Conclusion :

« Nous demandons donc au Premier ministre et à son Ministre de la Santé  de modifier d’urgence ce décret et de mettre à disposition immédiate dans toutes les pharmacies hospitalières de l’hydroxychloroquine ou, à défaut, de la chloroquine pour que chaque médecin hospitalier puisse en prescrire à tous les malades atteints de forme symptomatiques de l’affection à Covid-19, particulièrement à ceux atteints de troubles pulmonaires si leur état le requiert.  Nous appelons l’Etat à effectuer des réserves ou des commandes d’hydroxychloroquine afin que, si l’efficacité se confirmait dans les prochains jours, nous ne soyons pas en manque de traitement. »

Olivier Véran a expliqué à plusieurs reprises ces derniers jours pourquoi il avait pris ce décret (qui reprend les recommandations alambiquées du Haut Conseil de Santé publique. Va-t-il, sous la pression de cet appel, céder ? Si oui comment ne pas voir que de nouvelles demandes d’élargissement seront aussitôt formulées (à commencer par les prescriptions de ville) – et ce toujours en l’absence de certitudes scientifiques.

Que peut, que doit, dans une telle situation, faire le pouvoir sanitaire exécutif ? Saisir ses deux Conseils scientifiques ? Le Comité national d’éthique ?

A demain @jynau

1 Pr. Philippe Douste-Blazy, Professeur de santé publique et d’épidémiologie, ancien Ministre de la Santé ; Pr. Christian Perronne, Chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches ; Dr. Michèle Barzach, ancienne Ministre de la Santé ; Pr. Isabelle Bourgault Villada, Professeur de dermatologie à l’hôpital Ambroise Paré ; Pr. François Bricaire, ancien Chef du service de maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Membre de l’Académie de Médecine ; Pr. Marc Gentilini, Professeur de parasitologie, de santé publique et de clinique des maladies infectieuses, Membre de l’Académie de Médecine ; Pr. Olivier Goulet, Professeur de pédiatrie de l’hôpital Necker ; Pr. Jacques Marescaux, Président Fondateur de l’IRCAD, Membre de l’Académie de Médecine ; Pr. Catherine Neuwirth, Professeur de microbiologie au CHU de Dijon ; Dr. Patrick Pelloux, Président de l’Association des médecins urgentistes de France ; Pr. Paul Trouillas, Professeur de neurologie au CHU de Lyon ; Dr. Martine Wonner, psychiatre, députée LREM du Bas Rhin.

L’inexcusable «corrélation» du préfet de Police de Paris entre le confinement et la réanimation

Bonjour

04/04/2020. Il ne s’agissait nullement, ici, d’un lapsus. Comment le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a-t-il pu s’exprimer ainsi, déclenchant en un instant autant de réactions justement indignées ?

« Ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, ceux qu’on trouve dans les réanimations, ce sont ceux qui, au début du confinement, ne l’ont pas respecté, c’est très simple, il y a une corrélation très simple », a-t-il déclaré lors d’un point presse sur un contrôle routier pour dissuader les départs en vacances.

Ces propos ont aussitôt provoqué un début de polémique le contraignant, phénomène sans précédent, à s’excuser par deux fois : dans un communiqué et en direct lors d’une courte allocution. « Au-delà de l’inexactitude c’est une erreur et je la regrette à plusieurs titres. D’abord parce que je sais avoir heurté de nombreuses personnes qui ont des proches en réanimation ou qui ont perdu récemment l’un des leurs. Je n’avais pas l’intention de rajouter la culpabilité à leur peine », a-t-il ainsi déclaré. 

Puis il rappelé le « courage » des « citoyens exposés à cette maladie » : soignants, sapeurs-pompiers, policiers, gendarmes, services publics, caissiers, employés de commerce, routiers, taxis… « Je veux leur dire à tous mon profond respect. (…) Ce qui compte c’est l’unité nationale », a précisé celui dont certains responsables politiques ont aussitôt réclamé la démission.

Le corollaire et la corrélation

Sur BFMTV, le Pr Frédéric Adnet, du Samu de Seine-Saint-Denis : .« Je n’ai pas de mots (…) Insulter, traiter les malades qui sont en danger de mort de délinquance c’est vraiment un scandale».

Plusieurs élus de la France Insoumise ont aussi rapidement pris la parole dont le président Jean-Luc Mélenchon : « L’état d’urgence sanitaire ne doit pas avoir ce visage insultant. Les gens doivent être respectés! » Toujours à gauche, le premier secrétaire du Parti socialiste, a évoqué des « propos absolument scandaleux ».

A l’autre extrémité,  Marine Le Pen a qualifié ces propos de « totalement stupides (…) de surcroît d’une froideur et d’une méchanceté qui donnent la nausée ». Non loin d’elle, Nicolas Dupont-Aignant, président de Debout La France : « Les personnes en réanimation luttent contre la mort, elles ont souvent attrapé le coronavirus avant le confinement ou pendant leur travail car l’État ne leur a pas fourni de masques (soignants, policiers, salariés…). Je demande la démission du Préfet ».

Jusqu’au sein des députés LREM et apparentés, les propos du préfet ont choqué. L’élue des Hauts-de-Seine, Laurianne Rossi, évoque des « jugements moraux à répétition et la culpabilisation des Français » ; Aurélien Tâché, député de la majorité dans le Val-d’Oise, estime que le préfet de police, « aux méthodes très contestables et contestées » est à nouveau « sorti de son devoir de réserve ». 

Enfin, pour l’ancien député LREM, Matthieu Orphelin, toujours proche de la majorité, la déclaration préfectorale est à la fois « lamentable et grave ». Corollaire, sinon simple corrélation : « Il doit lui-même en tirer les conclusions qui s’imposent ».

A demain @jynau