La hausse annoncée du prix du tabac est injuste en termes de pouvoir d’achat. S’indigner ou pas ?

Bonjour

Dès que possible faire passer le prix du paquet de cigarettes à 10 euros en … trois ans. L’affaire a été votée dans la nuit du  17 au 18 octobre en commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Et tout laisse penser que le Parlement suivra le gouvernement. Contrairement au chorus médiatique rien ne laisse espérer que la mesure, beaucoup trop étalée dans le temps, permettra de réduire notablement le nombre des fumeurs. Sans même parler de la contrebande, hydre de Lerne et des buralistes.

Mais encore ? « Derrière les enjeux de santé publique, cette décision a des conséquences non négligeables en termes de pouvoir d’achat, qui plus est de manière inégalitaire, peut-on lire dans un travail des « décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat). Les fumeurs, plus nombreux dans les foyers à faibles revenus, seront nettement frappés au portefeuille. Un enjeu loin d’être négligeable en plein débat sur le budget 2018, où le gouvernement se voit accusé de favoriser les plus riches au détriment des plus pauvres. »

Président des Riches

Et de citer l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)  qui a publié, en juillet 2017, une étude des effets de la politique du gouvernement. Leurs résultats montraient qu’en proportion des revenus, les 10 % de ménages les plus aisés étaient les grands gagnants des réformes en cours, tandis que les 10 % les plus pauvres voient leur pouvoir d’achat augmenter moins fortement que la moyenne (1,0 % contre 1,4 %). D’où, peut-être cette image de « Président des Riches ».

A elle seule, la hausse des prix du tabac représente une perte de pouvoir d’achat moyenne d’environ 0,8 % pour les ménages français, selon l’OFCE, qui y a consacré une note détaillée. Or, elle pénalisera plus durement les plus pauvres (parce qu’ils fument plus en moyenne, et parce que le prix du tabac est le même pour tous). Les chercheurs ont ainsi calculé que la seule hausse des prix du tabac représenterait en moyenne une perte de pouvoir d’achat de 2,4 % pour les 10 % de ménages aux revenus les plus bas. Una analyse partagée par la direction générale du Trésor qui a publié sa propre étude d’impact des mesures gouvernementales.

« Là aussi, le paquet de cigarettes à 10 euros apparaît comme une mesure ‘’plombante’’ pour le pouvoir d’achat (elle pèse notamment plus lourd que la baisse des APL) » soulignent les « décodeurs ». Ils ajoutent qu’une baisse de la consommation de cigarettes de l’ordre de 15 % combinée à la hausse de 3,50 euros des prix aurait pour conséquence environ 5 milliards d’euros par an de recettes supplémentaires pour l’Etat.

Duplicité à tiroirs

Et en toute hypothèse, sans surprise, « les gros fumeurs à faibles revenus seront durement touchés par la hausse des prix ». Et ceux qui voudront sortir de leur prison tabagique seront encore plus touchés puisqu’il leur faudra payer leurs substituts nicotiniques (ou leur cigarette électronique) au même prix que les riches. On peut s’indigner de cette duplicité à tiroirs.

« Ces données ne remettent évidemment pas en cause le bien -fondé de la lutte antitabac », conclut, in extremis, Le Monde. Pour rappel, le tabac est responsable d’environ 78 000 décès prématurés chaque année en France ce qui en fait la première cause de mortalité évitable.  Quant au « coût social » du tabagisme il est estimé (par l’économiste Pierre Kopp) à hauteur de 120 milliards d’euros par an. Sans parler des drames et des larmes. A comparer aux 14 milliards d’euros que les taxes sur le tabac rapportent à l’Etat.

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Le président des riches entend faire payer plus cher les boissons sucrées aux plus pauvres

Bonjour

Dans l’ombre des péroraisons médiatiques sur les yacht, les lingots, la « flat tax » et la suppression de l’impôt sur la fortune : le sucre. Les députés, qui examinent en commission le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2018, ont adopté, dans la nuit du 17 au 18 octobre, une nouvelle formule de la « taxe soda ». Il s’agit d’une initiative pétrie de bonnes intentions : lutter contre l’obésité sucrée.

La commission des affaires sociales a ainsi adopté un amendement en ce sens présenté par le médecin et rapporteur général Olivier Véran (LRM, ex-PS). Il faut savoir, comme le rappelle l’AFP, que l’ensemble des boissons contenant une quantité – même minime – de sucres ajoutés sont déjà taxées depuis 2013. Après l’adoption de cet amendement, elles seront taxées au même niveau qu’aujourd’hui à partir de 5 grammes de sucre pour 100 millilitres, deux fois plus au-dessus de 8 grammes et trois fois plus au-dessus de 10 grammes.

Olivier Véran vs Agnès Buzyn

 « L’objectif n’est pas d’avoir de l’argent en plus, mais d’avoir un dispositif plus intelligent » et d’« inciter les industriels à réduire le taux de sucre », a expliqué M. Véran. Ce dernier était déjà engagé sous le précédent quinquennat sur ces questions et, un moment, avait été annoncé comme futur ministre de la Santé. Le groupe LR a d’ailleurs rappelé que l’actuelle ministre, Agnès Buzyn, avait émis lors de son audition des réserves sur un tel dispositif. La ministre avait, judicieusement, dit préférer développer « l’éducation à la santé », plutôt que de « taxer les personnes les plus pauvres » ; des personnes pauvres l’on sait plus consommatrices de boissons sucrées que les riches.

Ne pas vouloir « d’argent en plus » tout en augmentant les prix ? La formule, jésuite en diable, peut faire sourire. Et la question se pose pour le tabac. Les mêmes députés de la même commission ont, durant la même nuit adopté la hausse progressive du prix du tabac souhaitée par Bercy et la ministre de la Santé. Calendrier : 1 euro en mars 2018 ; 50 centimes en avril puis en novembre 2019 ; 40 centimes en novembre 2020. Les députés ont également décidé que la convergence des prix entre la Corse et le continent devra être achevée à partir de …. 2021. Pour le médecin urgentiste et député Thomas Mesnier (LRM) ce calendrier « permet à chacun de se mettre dans la perspective de l’arrêt » du tabac.

Se mettre dans la perspective de l’arrêt de son addiction tabagique ,et ce grâce à une augmentation millimétrée des prix qui aura pour effet de permettre au fumeur de s’adapter et de continuer à être taxé ? Imaginer faire passer le goût du sucre en augmentant le coût des sodas ? Question: la « fiscalité comportementale » soigne-t-elle les addictions ?

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Femmes enceintes : combien seront-elles qui fumeront durant le quinquennat Macron ?

Bonjour

C’est une illustration chiffrée d’une incurie sanitaire française. Certains iraient peut-être jusqu’à parler de scandale. On la trouve nichée dans la dernière enquête officielle 1 française sur la périnatalité : « Entre 2010 et 2016 la consommation de tabac pendant la grossesse n’a pas baissé, et 17 % des femmes ont fumé au moins une cigarette par jour au troisième trimestre de la grossesse ».

Sans même parler des conséquences directe sur la femme faudrait-il redire la somme des risques auxquels expose le fait de fumer durant une grossesse ? Ils sont détaillés sur le site de Tabac Info Service.

« Les femmes fumeuses ont deux fois plus de risque de faire une grossesse extra-utérine. Le risque de faire une fausse couche spontanée est en moyenne triplé ; pour une femme fumant plus de trente cigarettes par jour en début de grossesse, ce risque de fausse couche spontanée serait multiplié par cinq. Le placenta risque de se fixer trop bas dans l’utérus, ce qui peut provoquer un hématome rétro placentaire et entraîner des saignements lors du troisième trimestre de la grossesse. Le risque de rupture des membranes avant trente-quatre semaines d’aménorrhée est multiplié par trois, ce qui en fait la première cause d’accouchement prématuré chez la femme enceinte fumeuse.

« Les effets du tabagisme sur le fœtus dépendent des quantités fumées : plus on fume, plus les effets sont importants. Dans l’utérus, le fœtus reçoit de l’oxygène par le sang de sa mère ; quand celle-ci fume, son sang se charge de monoxyde de carbone, gaz particulièrement toxique. De plus, la nicotine a un effet vasoconstricteur sur les artères du placenta et sur l’artère ombilicale, ce qui rend la circulation du sang moins bonne. Tout cela contribue donc à la mauvaise oxygénation du bébé. D’autres substances chimiques contenues dans la fumée sont également néfastes au développement du fœtus. Tous ces effets expliquent le retard de croissance intra-utérin (RCIU) : bébés plus petits en poids, taille, périmètre crânien. Ces effets peuvent être graves lorsque le bébé naît prématurément. »

Payer de sa poche

« L’idéal est bien sûr d’arrêter de fumer avant la grossesse, ajoute le site. Si cela n’a pas pu se faire, l’arrêt sera toujours bénéfique à n’importe quel moment de la grossesse, que ce soit pour la future maman comme pour le fœtus. » L’idéal, bien sûr, eût été que les femmes enceintes soient pleinement aidées dans cette épreuve majeure qu’est l’arrêt. Or tel n’est pas le cas, loin s’en faut. A commencer par le fait que ces femmes doivent payer de leur poche une partie des traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhaleur…) qui pourraient les aider.

Or si l’Assurance Maladie « accompagne l’arrêt du tabac » elle ne rembourse, sur prescription, ces traitements qu’à hauteur de 150 euros par année civile et par femme enceinte « bénéficiaire » (sic). Pourquoi cette incompréhensible et injuste limitation ? On ne le saura pas. Reste les faits, ravageurs : « entre 2010 et 2016 la consommation de tabac pendant la grossesse n’a pas baissé, et 17 % des femmes ont fumé au moins une cigarette par jour au troisième trimestre de la grossesse ». Les faits et leurs conséquences. La proportion d’enfants avec un poids faible (pour leur âge gestationnel) a augmenté entre 2010 et 2016 (de 10,1 % à 10,8 % chez les enfants uniques nés vivants).

Une stabilité à 17% courant sur la fin du quinquennat Sarkozy et sur les quatre-cinquième du quinquennat Hollande. La nouvelle ministre des Solidarités et de la Santé est parfaitement informée. Voilà un parfait indicateur de l’incurie française dans ce domaine. Quelle sera, de ce pourcentage, l’évolution au cours de la présidence Macron ?

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1 « Les maternités en 2016 – Premiers résultats de l’enquête nationale périnatale ». Ministère français des solidarités et de la santé. 11 octobre 2017.

 

Sperme et PMA : si les importations sont licites, à quoi sert la loi française de bioéthique ?

Bonjour

Que retenir, en résumé, du long monologue jupitérien ? L’interdiction faite, désormais, aux pauvres de jeter des pierres sur les « premiers de cordée » (« sinon c’est toute la cordée qui dégringole »). Et le refus de tirer à boulets rouges sur celles et ceux qui ne partagent pas les convictions présidentielles sur l’ouverture de la PMA aux femmes seules ou homosexuelles. Car si le discours ne varie pas sur le fond le ton, lui, a bien changé. A commencer par cette précision de taille : si elle devait se faire l’ouverture des indications de PMA des outils juridiques devraient prévenir une évolution mécanique vers la GPA à laquelle Emmanuel Macron affirme avec une plus grande clarté être totalement opposé.

Pour le reste, gant de velours : « Le politique ne doit pas imposer un choix en brutalisant les consciences » ; « sujet complexe qui heurte les convictions philosophiques et religieuses ». Et volonté réitérée d’obtenir, en 2018, un climat apaisé seul garant d’un débat de qualité. Comment Emmanuel Macron apaisera-t-il les passions qui enflamment, sur ce sujet, Mmes Marlène Schiappa, jeune secrétaire d’Etat, Irène Théry, sociologue militante médiatisée et Ludovine de La Rochère, présidente de « La Manif Pour Tous ».

Insémination artificielle à domicile

C’est dans ce contexte qu’un autre mouvement radicalisé (« L’AVenir pour Tous ») vient d’annoncer à ses ouailles « avoir découvert sur internet que l’auto-reproduction (…) est bien une réalité consommée depuis les années 1990 et son développement via internet. En effet, l’insémination à domicile avec donneur anonyme est pratiquée et commercialisée depuis le Danemark (première banque de sperme au monde) dans plus de 100 pays dont … la France. Et ce depuis 30 ans ! ».

A dire vrai le sujet est loin d’être nouveau qui était abordé il y a quelques jours dans un documentaire diffusé sur Arte : « Bébés sur mesure ».  Pour autant il s’agit bien d’un sujet essentiel qui soulève, en France, une série de questions juridiques, médicales et éthique hautement dérangeantes et, à ce titre, régulièrement occultées. Où l’on reparle de la firme danoise Cryos International spécialisée dans le commerce de paillettes de sperme congelé. Cryos dont Libé livrait un portrait il y a dix ans déjà « Sperme de luxe ».

Cryos International, donc, ses « donneurs », la « sélection » de ses derniers, les « réservations », les « tarifs » et son mode d’emploi pour la livraison et l’insémination à domicile . Avec ces précisions :

« Expédiez-vous du sperme de donneur à des clients privés dans le monde entier pour des inséminations à domicile ?

– Oui. Cryos est une banque de tissus autorisée au titre de la directive européenne sur les tissus et cellules humains. À ce titre Cryos peut expédier du sperme de donneur ayant fait l’objet de tests de dépistage à des clients privés à des fins d’insémination à domicile, quelles que soient leur situation matrimoniale et leur orientation sexuelle. Toutefois nous recommandons toujours à tous nos clients d’être suivis par un médecin. De nombreux facteurs peuvent influer sur le résultat d’une insémination artificielle, comme les examens médicaux, le diagnostic, les analyses, le moment choisi, la stimulation hormonale ou les autres traitements médicamenteux. Un traitement est généralement plus efficace s’il est réalisé par un médecin ou dans une clinique, et présente un taux de réussite trois ou quatre fois supérieur par cycle. Le traitement peut prendre la forme d’une insémination intra-utérine (insémination directement dans la cavité utérine avec du sperme purifié) ou d’une FIV (fécondation in vitro). Ces deux méthodes ne peuvent être réalisées que par un médecin ou dans une clinique.

Le sperme de donneur est du même standard de la même qualité que celle fourni aux médecins et aux établissements de procréation médicalement assistée.

Ai-je légalement le droit d’importer du sperme de donneur?

L’Union européenne forme un espace sans frontière et la libre circulation des marchandises est garantie. Cependant, vous êtes tenu(e) de respecter la législation nationale concernant l’importation et l’utilisation des marchandises. »

Le sperme est-il une marchandise ? Que dit la législation française sur la question de l’importation des gamètes ? Qui interdit, en pratique, à des femmes seules ou homosexuelles françaises d’avoir recours à un tel service ? Et si rien ne l’interdit pourquoi modifier la loi ? Nous allons, sur ce sujet, interroger l’Agence de la biomédecine.

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Aujourd’hui les antivaccins «jouent avec le feu». Entretien avec l’historien Patrick Zylberman

 

Bonjour

Patrick Zylberman est professeur émérite d’histoire de la santé à l’École des hautes études en santé publique et membre du Centre Virchow-Villermé (Paris-Descartes/Berlin-La Charité). Il a participé, en 2016 au Comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination. Membre du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages d’histoire de la santé publique. Selon lui, «l’État-nation doit faire face à une crise de légitimité qui frappe jusqu’à des enjeux sanitaires comme les vaccins». Pour Slate.fr il nous en a expliqué les causes et les conséquences – et prend position quant au choix fait par le gouvernement d’étendre les obligations vaccinales.

Historien, vous vous êtes attaché à analyser sur le long terme les phénomènes d’oppositions à la pratique vaccinale. Quelles lectures faites-vous de la situation actuelle à la lumière des théories du complot et dans le contexte actuel de la post-vérité?

– Les récriminations contre les vaccins montent dans l’opinion depuis la fin des années 1990. C’est vrai aux États-Unis, mais aussi en Europe, au Japon, en Australie. Au sein de ces populations depuis longtemps médicalisées, les notions de risque et de probabilité semblent aujourd’hui bien mal acceptées. En 1996, les Centre pour le contrôle des maladies américains  avaient consacré un dépliant à l’examen critique des rumeurs plus ou moins anciennes sur la vaccination; des rumeurs traditionnelles (le vaccin est un poison) jusqu’aux plus contemporaines (théories de la conspiration). Cinq ans plus tard  on recensait aux États-Unis plus de 300 sites inondant internet de leur propagande anti-vaccinale.

Aujourd’hui  l’opinion est loin d’être sourde aux sirènes de la peur et de l’erreur: un quart des parents américains d’un enfant de moins de six ans se disent persuadés que trop de vaccins «affaiblissent» les défenses immunitaires des petits –c’est là un article de foi pour les anti-vaccins. Comme la France (avec l’hépatite B) ou l’Angleterre (avec la rougeole), les États-Unis ont eu (dans les années 1970) leur «crise de la vaccination» avec une folle campagne visant le vaccin contre la coqueluche. Ce phénomène eut, là aussi, pour conséquence l’interruption de la vaccination, avec recrudescence de l’incidence de la maladie chez les jeunes –une incidence entre dix et cent fois supérieure à celle des pays où cette vaccination n’a pas été interrompue.  Puis la campagne dirigée contre le vaccin anti-coqueluche atteindra  la Suède, le Japon, le Royaume-Uni, la Russie, l’Italie, l’Allemagne fédérale, l’Irlande et l’Australie…. 

Les théories du complot «prennent» dans presque tous les milieux sociaux, professionnels de l’information ou du soin compris -et ce sur toute la surface du globe. Il nous faudra bien parvenir un jour à expliquer pourquoi (…)

Lire la suite, sur Slate.fr »

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Déserts et politique : Edouard Philippe et Agnès Buzyn prêchent dans le Limousin

 

Bonjour

Contre les déserts ce sera l’inverse des vaccins : (tenter de) convaincre sans contraindre. Le plan gouvernemental visant à « renforcer l’accès territorial aux soins » a été présenté ce vendredi 13 octobre par Édouard Philippe et Agnès Buzyn, lors d’un déplacement à Châlus (Haute-Vienne). Dans le Limousin historique. C’est là, pas très loin de chez le Dr Knock et dans une maison de santé pluridisciplinaire, qu’ils ont décliné un programme « articulé autour de quatre priorités ». On verra là un rituel gouvernemental. Il y a cinq ans Marisol Touraine, jeune ministre, avait fait de même avec une douzaines d’axes prioritaires. C’était à Scorbé-Clairvaux  dans le département de la Vienne. Nous y étions, avec Ségolène Royal. Sourires, sous-préfet et roulements de tambours. Puis tout le monde a oublié. Aujourd’hui Mme Touraine et au Conseil d’Etat Mme Royal en charge des  deux Pôles du Globe. Dans l’Hexagone, les déserts n’ont cessé de progresser.

Quid d’aujourd’hui ? « Le plan dévoilé vendredi 13  octobre par le Premier ministre,  et la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, pour lutter contre les déserts médicaux ne comporte aucune mesure spectaculaire qui marquera les esprits, tacle Le Monde. La remise à plat du numerus clausus promise pendant la campagne présidentielle par le candidat Emmanuel Macron, et destinée à mieux adapter le nombre  de médecins formés aux besoins des territoires, n’y figure d’ailleurs pas. » Promettre et, en même temps, différer leur traduction dans les faits.

Le premier axe, résume Le Quotidien du Médecin,  consiste à renforcer l’offre de soins dans les territoires avec une présence médicale accrue. Mesure phare contre les déserts : la publication dès novembre d’un nouvel arrêté de zonage pour les généralistes permettant d’élargir les secteurs fragiles éligibles aux aides conventionnelles ; la fraction de la population concernée passera de 7 à 18 %.  Autre incitation : favoriser le cumul emploi/retraite des praticiens libéraux grâce au relèvement du plafond de revenu annuel de 11 500 euros à 40 000 euros dans les zones « en tension ». Il sont déjà 18 000 à cumuler, on prie pour qu’ils soient 35 000 en 2025.

Le Triomphe de la médecine

D’autres mesures encore, comme la « valorisation des consultations avancées en zone sous-dense » (sic). Et la cerise médiatique : création de 300 postes d’« assistants partagés » entre la ville et l’hôpital dès 2018 en zone fragile (contrat par exemple entre un hôpital et cabinet libéral ou un centre de santé). On va accélérer la révolution numérique et la télémédecine. Sans oublier de généraliser dès 2018 le dossier médical personnel en 2018…  On va aussi doubler le nombre de maisons de santé et de centres de santé durant la fin du quinquennat. Toutes les mesures sont détaillées sur le site du ministère. Et le texte s’approche du lyrique jacobin et décentralisé :

« Chaque territoire est différent. En ville, en périphérie ou à la campagne, sur une île ou en montagne, la prise en charge des problèmes de santé peut varier. La démarche pour l’égal accès aux soins vise à ce que chaque territoire dispose d’un projet de santé adapté et sur-mesure.

Le Plan du Gouvernement pour l’égal accès aux soins dans les territoires propose des solutions aux problématiques identifiées par les patients, mais aussi par les élus et les professionnels de santé. (…) Chaque professionnel de santé exerçant dans un territoire ou souhaitant s’y installer pourra élaborer son propre projet professionnel et mieux l’articuler avec sa vie privée. Il pourra évoluer dans sa carrière professionnelle grâce à la mise en place d’un guichet unique qui l’informera, l’aidera et l’accompagnera dans ses démarches administratives. »

Il faudra, en fin de quinquennat songer à revenir à Châlus (Haute-Vienne). Sans oublier le nouveau Knock, annoncé pour la semaine prochaine. Eternel Triomphe de la médecine.

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Trompe-l’oeil : onze vaccins sont obligatoires mais l’obligation vaccinale est supprimée.

Bonjour

C’est fait :  les modalités de l’extension de la vaccination obligatoire des enfants de moins de 18 mois viennent d’être présentées en conseil des ministres dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2018. Reste l’examen du texte par l’Assemblée nationale. On imagine mal la majorité macroniste faire, ici, marche arrière.

On en connaît l’essentiel : tous les enfants qui naîtront après le 1er janvier 2018 devront recevoir, avant d’avoir atteint l’âge de 18 mois, onze vaccins pédiatriques : antidiphtérique, antitétanique, antipoliomyélitique (déjà obligatoires), et les vaccins jusqu’à présent recommandés, contre la coqueluche, les infections invasives à Haemophilus influenzae de type B, l’hépatite virale B, les infections invasives à pneumonocoque, la méningocoque de sérogroupe C, la rougeole, les oreillons, la rubéole. Tous les vaccins obligatoires seront pris en charge à 65 % par l’assurance-maladie – à l’exception du ROR, remboursé à 100 %. Gratuité dans les centres publics de vaccination et les PMI. Surcoût pour l’assurance-maladie : 12 millions d’euros.

Avoir confiance

Obligation, donc. Officiellement aucune exemption n’est prévue, la clause évoquée fin 2016 à l’issue de la Concertation citoyenne ne résistant pas, selon le gouvernement, à l’analyse juridique. Reste l’argument qui avait été avancé par le Pr Alain Fischer et le Comité d’orientation de cette concertation citoyenne : comment pouvoir être certain de l’acceptabilité d’une mesure qui, sur un sujet à ce point sensible, consisterait à étendre le statut obligatoire à de nouveaux vaccins sans aucune possibilité de s’y soustraire. Réponse, difficilement compréhensible de la ministre Agnès Buzyn :  « L’objectif n’est pas de sanctionner, mais de rendre la confiance dans les vaccins ».

Comment se sortir d’un tel casse-tête ? Comment prévenir les immanquables conflits médiatisés autour des enfants qui, parce que non vaccinés, resteraient à la porte des crèches et des maternelles ? Il suffisait d’un peu d’imagination. « La justification de la vaccination des enfants nés en 2018 devra être fournie à partir du 1er juin 2018 pour toute admission ou maintien en collectivité, résume Le Quotidien du Médecin (Coline Garré). En contrepoint de ce principe d’exigibilité, aucune sanction supplémentaire n’est introduite ; les sanctions du code de santé publique relatives au non-respect de l’obligation vaccinale sont même supprimées, car redondantes avec l’infraction générale prévue dans le Code pénal : jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende pour les titulaires de l’autorité parentale qui ne protègent pas leur enfant.

Contraindre sans punir ?

« Ce n’était juridiquement pas tenable » a expliqué Agnès Buzyn, fin septembre, sur RMC-BFMTV. La ministre des Solidarités et de la Santé a aussi ajouté : « Il n’y aura pas de sanction pénale. Par contre il existe une mesure générale concernant la protection des enfants. C’est la loi : les parents sont censés protéger leurs enfants. Pénalement, légalement, un enfant pourra se retourner un jour contre ses parents parce qu’il a un handicap, parce qu’il n’a pas été vacciné, amputé par exemple à la suite d’une septicémie à pneumocoque. Et là les parents pourront être condamnés à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. »

Attendre, pour l’exemple, que des enfants amputés se retournent contre leurs parents inconséquents ? Que penser de cette trouvaille de l’exécutif ? N’est-ce pas là une obligation en trompe l’œil dont se joueront tous les parents opposés à la vaccination dans son ensemble ou à quelques vaccins tenus pour être « dangereux » ? Où l’on revient à l’équation de départ : comment contraindre sans punir ? Sans prévoir de solides sanctions dissuasives ?

« Ces obligations pourront être levées lorsque les couvertures vaccinales appropriées seront atteintes et que la levée de l’obligation ne risquera pas d’entraîner une baisse des vaccinations », peut-on lire dans l’exposé du projet de loi. Prudent le gouvernement ne fait, ici, aucune prophétie.

A demain