PMA : le Comité national d’éthique répondra-il ou non aux vœux d’Emmanuel Macron ?

 

Bonjour

Le Pr Jean-François Delfraissy, nouveau président du Comité national d’éthique (CCNE) vient de donner un entretien à Famille Chrétienne (Antoine Pasquier). Un entretien éclairant quant aux relations toujours étranges et complexes qu’entretiennent cette institution et le pouvoir politique qui lui permet d’exister 1. Un entretien qui permet, aussi, d’en savoir un peu plus sur un avis que l’on pensait perdu dans les sables : celui à haute valeur sociétale qui devait traiter de l’ouverture de la PMA aux femmes homosexuelles et aux femmes célibataires. On sait qu’à la différence de Marine Le Pen, Emmanuel Macron y est favorable – mais qu’il attend l’avis du CCNE. Jean-François Delfraissy :

« Cet avis sera rendu public après l’élection présidentielle. Le CCNE, qui est une instance autonome et indépendante, préfère ne pas entrer dans le débat présidentiel, en raison du risque possible de manipulation. C’est plus raisonnable. L’agenda du CCNE et du politique n’est pas le même. Cette élection mettra au pouvoir une nouvelle équipe qui aura peut-être déjà des positions claires ou non sur le sujet de la PMA. C’est un assez bon moment, je crois, pour venir l’éclairer avec notre avis et lui envoyer un message. »

Le président du CCNE a bien conscience du fait qu’autoriser la PMA aux couples de femmes homosexuelles et aux femmes seules constituerait un bouleversement majeur. « Sur des sujets aussi difficiles que celui de la PMA, nous n’arriverons pas à contenter tout le monde » se borne-t-il à dire. On lui rappelle qu’en janvier dernier, sur France Inter, il a déclaré qu’existait, en France « une demande sociétale pour recourir à la gestation pour autrui ».

Revoir la copie

« La GPA est un sujet complexe et difficile, répond-il aujourd’hui Ce que j’ai voulu exprimer sur France Inter, c’est la nécessité d’aborder les deux aspects du sujet : constater d’un côté qu’il existe une demande sociétale qui est indiscutable et, de l’autre, tenir compte du risque de marchandisation du corps de la femme. Encore une fois, je vous renvoie à l’avis que publiera le CCNE, avec un débat autour de ces questions. Cet avis adoptera une vision assez large. »

Mais encore ? « L’avis du CCNE qui sortira au printemps 2017 sera différent de celui qui serait sorti il y a deux ans ; j’en suis persuadé. Nos réflexions sont valables pour un temps donné, dans un contexte sociétal et international qui est lui-même mouvant et changeant. Nous devons tenir compte des aspects positifs et négatifs du moment. S’il faut revoir la copie lors de la révision de la loi de bioéthique de 2018, ça sera l’occasion de le faire. »

Revoir la copie ? Le CCNE s’était exprimé sur la GPA dans un avis du 1er avril 2010 « Problèmes éthiques souleves par la gestation pour autrui ». Pour s’y opposer :

« Finalement, à l’issue d’une réflexion riche et collégiale, pour les six ordres de raisons qui viennent d’être exposées et pour la grande majorité des membres du CCNE, l’ensemble des arguments favorables au maintien de la législation en vigueur l’emportent sur ceux qui sont favorables à la légalisation de ce procédé de PMA, même de manière strictement limitée et contrôlée. »

Le marbre et l’hérésie

Revoir la copie ? En novembre 2005, le même CCNE avait rendu une copie radicalement négative quant à l’ouverture de la PMA aux homosexuelles ou aux femmes seules. Il s’agissait de l’avis n° 90 (adopté à l’unanimité des membres du CCNE moins une abstention).

« La loi française est formelle, exigeant la présence d’un homme et d’une femme, à l’origine du projet parental. Si l’AMP était ouverte aux personnes seules et/ou aux homosexuels, cela impliquerait une indifférence des donneurs de spermatozoïdes ou d’ovocytes, au destin de leurs gamètes qui pourraient être donnés à un couple hétérosexuel ou homosexuel ou à une personne seule sans choix préalable de leur part. La levée de l’anonymat qui serait éventuellement réclamée par des receveurs ou des donneurs volontaires dans une telle situation, introduirait paradoxalement une discrimination.

 « L’ouverture de l’AMP à l’homoparentalité ou aux personnes seules ouvrirait de fait ce recours à toute personne qui en exprimerait le désir et constituerait peut-être alors un excès de l’intérêt individuel sur l’intérêt collectif. La médecine serait simplement convoquée pour satisfaire un droit individuel à l’enfant. »

Jean-François Delfraissy confie être « de ceux qui pensent que l’éthique évolue ». « C’est pour cela que je suis favorable au mécanisme français de révision de la loi de bioéthique, ajoute-t-il. Si on considère que certaines grandes questions d’éthique sont très liées à l’évolution de la société, il est logique que les réponses qui sont apportées puissent ne pas être inscrites dans le marbre. Certains vous diront que c’est une hérésie ce que je suis en train de vous raconter, et qu’il existe des choses intangibles auxquelles il ne faut pas toucher. Je ne le crois pas. » Une hérésie ?

A demain

1 « La bioéthique, c’est éminemment politique » Slate.fr 26 avril 2017

 

Voici une bonne nouvelle politique concernant 300.000 personnes diabétiques

 

Bonjour

Dans ce froid quinquennat finissant, personne n’y croyait plus. Et puis, il y a quelques minutes, cette annonce faite à la presse par le ministère de la Santé : « le nouveau système d’auto-surveillance de la glycémie sans contact, FreeStyle Libre® (laboratoire Abbott), pris en charge à 100% par l’Assurance maladie ». C’est là, en pratique, une avancée médicale marquée du sceau de la solidarité.

Le dispositif FreeStyle Libre®est un lecteur de glycémie de « nouvelle génération ». Il permet d’effectuer une mesure flash du taux de glucose sans lancette, sans piqûre. De ce fait il remplace la mesure de la glycémie capillaire par prélèvement sanguin. « Des études ont montré une amélioration de l’équilibre glycémique et un impact positif sur le suivi des patients et leur capacité à mieux s’insérer dans la vie sociale » dit-on au ministère.

Dessous des cartes

Jusqu’à présent le « pack de démarrage » (un lecteur et deux capteurs pour le premier mois) était facturé 169,90 euros par Abbott. Pour continuer à l’utiliser il était bien évidemment nécessaire d’acheter des capteurs supplémentaires. Soit 120 euros par mois… Pour autant 30 000 personnes avaient déjà acquis ce dispositif sans prise pris en charge par l’Assurance maladie. Désormais 300 000 patients insulinotraités sous multi-injections ou pompe, devraient à terme bénéficier de ce dispositif innovant.

Pourquoi maintenant alors que l’injustice criante de la situation était déjà, ici ou là, dénoncée de longue date par quelques voix solitaires 1 ? Marisol Touraine fait savoir que c’est elle qui est à l’origine de cette avancée. Elle a demandé au Comité économique des produits de santé (CEPS) « de mener une négociation avec le laboratoire Abbott sur le prix du nouveau système d’auto-surveillance de la glycémie sans contact FreeStyle Libre® ». Et la négociation « a abouti à un accord permettant de prendre en charge ce dispositif médical à 100% par l’Assurance maladie » 2.

On aimerait, bien évidemment, connaître le dessous des cartes politiques et financières. Qui était à la table des négociations ? A quel prix Abbott a-t-il accepté de signer ? Avec quelles contreparties ? Et pourquoi tout cela doit-il secret ?

Reste l’essentiel : en pratique une avancée médicale marquée du sceau de la solidarité.

A demain

1 « Diabétiques, pour mieux vivre votre diabète, faites donc comme Bertrand Burgalat : adoptez Free-Style® de chez Abbott » Journalisme et santé publique 26 octobre 2015

2 A noter que la prescription de FreeStyle Libre® est limitée aux médecins diabétologues et aux pédiatres expérimentés en diabétologie.

Tabac : qui sera le ministre qui en finira avec l’absurdité du « forfait nicotinique » ?

 

Bonjour

C’est une information politique que vient de publier l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT).  Son « tableau de bord tabac du mois de mars 2017 » s’intéresse aux traitements d’aide à l’arrêt du tabac. On y apprend que les ventes de mars 2017 atteignent un niveau record : soit 253 000 équivalents patients, une hausse de 58 % par rapport à mars 2016. Précisions :

« Au total, ces ventes du premier trimestre 2017 sont très supérieures à celles du premier trimestre 2016  (+ 42 %). Ce niveau élevé de ventes (ce terme fait référence aux commandes des officines de pharmacie auprès de leurs fournisseurs et non aux achats des particuliers) peut être rapproché de la mise en place en novembre 2016 par l’Assurance maladie du remboursement forfaitaire à hauteur de 150 euros annuels des traitements par substituts nicotiniques. »

Le Champix remboursé 

Selon l’OFDT l’effet de cette mesure n’aurait pas été immédiat puisque, en novembre et en décembre 2016, les ventes se situaient autour de 200 000 équivalents patients. En pratique ce n’est qu’à partir de janvier qu’elles ont bondi à plus de 225 000 équivalents patients pour atteindre 253 000 en mars.

Où l’on voit qu’un nombre croissant de fumeurs cherche à briser les chaînes de la dépendance au tabac. Où l’on prend aussi une nouvelle fois conscience de l’incohérence doublée d’absurdité (pour ne pas parler de scandale) qu’il y a à plafonner le remboursement des « traitements d’aide à l’arrêt du tabac » 1. Et ce alors même que la ministre de la Santé vient de signer un arrêté remboursant le Champix  « dans le sevrage tabagique, en seconde intention, après échec des stratégies comprenant des substituts nicotiniques chez les adultes ayant une forte dépendance au tabac »…

Ne pas rembourser pleinement les traitements de première intention qui aide à lutter contre la première cause évitable de mortalité prématurée ? A quel titre ? De quel droit ?  Pourquoi le fumeur est-il considéré comme le seul malade atteint d’une affection de longue durée devant payer son traitement ? Qui est à l’origine de cette discrimination ? Quel sera le politique qui comprendra qu’il faut, au plus vite, en finir avec cette insupportable inégalité ? Et mieux réfléchir à la grande question de la cigarette électronique. Le prochain ministre de la Santé ?

A demain

1 L’Assurance Maladie rembourse, sur prescriptionles traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhaleur…) à hauteur de 150 € par année civile et par bénéficiaire, à compter du 1er novembre 2016. Pour être remboursés, les substituts nicotiniques doivent figurer sur la liste des substituts nicotiniques pris en charge par l’Assurance Maladie. Ils doivent être prescrits sur une ordonnance consacrée exclusivement à ces produits ; aucun autre traitement ne doit figurer sur cette ordonnance.

E-cigarette : par décret, il ne sera plus interdit de vapoter au restaurant et au café

Bonjour

La carte et le territoire : il aura fallu huit ministres pour signer le « Décret n° 2017-633 du 25 avril 2017 relatif aux conditions d’application de l’interdiction de vapoter dans certains lieux à usage collectif ». Un texte paru aujourd’hui au Journal Officiel et qui entrera en vigueur le 1er octobre prochain. Une traduction de ce texte est fournie par vapingpost.com (Nathalie Dunand).

 Courteline n’est pas loin. L’interdiction de vapoter concernera « les locaux recevant des postes de travail situés ou non dans les bâtiments de l’établissement, fermés et couverts, et affectés à un usage collectif, à l’exception des locaux qui accueillent du public ». On peut donc en conclure que bars, cafés et restaurants sont exclus de l’interdiction puisqu’ils « accueillent du public ». Idem pour les hôtels, les administrations. Qu’en sera-t-il pour les hôpitaux, les établissements psychiatriques, les prisons ?

Reste aussi à définir, pour les travailleurs, les locaux fermés et couverts à usage collectif qui « reçoivent des postes de travail ». « Couloirs, espaces autour de machines à café ou fontaine à eau par exemple, semblent exclus du champ de l’interdiction » croit pouvoir lire vapingpost.com.  Tel ne devrait pas être le cas des open space.

150€ maximum

Les huit ministres du gouvernement sur le départ précise « qu’une signalisation rappellera le principe de l’interdiction de vapoter et, le cas échéant, les conditions d’application dans l’enceinte des lieux concernés ». Ne pas respecter les interdictions de vapoter expose à une contravention de 2e classe (150€ maximum). Les responsables qui ne mettraient pas en place la signalisation s’exposent quant à eux une contravention de 3e classe (450 € maximum).

On sait par ailleurs que le vapotage est prohibé « dans les établissements scolaires et les établissements destinés à l’accueil, à la formation et à l’hébergement des mineurs », mais aussi « dans les moyens de transport collectif fermés ».

Sont chargé de l’exécution du présent décret,: la ministre de l’environnement, de l’énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat, la ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, la ministre des affaires sociales et de la santé, le garde des sceaux, ministre de la justice, la ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, le ministre de l’intérieur, la ministre de la fonction publique et le ministre de la ville, de la jeunesse et des sports.

Eux et leurs successeurs.

A demain

Pharmacie, éthique et politique : méchantes recettes pour faire de gros bénéfices

 

Bonjour

On peut voir là, au choix, des informations édifiantes ou révoltantes. Elles sont disponibles sur le site Medscape (Aude Lecrubier). On y découvre les révélations de plusieurs médias britanniques quant aux méthodes de la multinationale pharmaceutique sud-africaine Aspen Pharmacare. « S’il n’obtient pas les hausses de prix demandées auprès des gouvernements, Aspen va jusqu’à stopper les ventes, quitte à envisager de détruire ses propres stocks, résume Medscape. Or, Aspen est en situation de quasi-monopole sur ces génériques… »

Après The Guardian, ces pratiques sont mises en lumière par The Times (Billy Kenber) : « Drug giant’s secret plan to destroy cancer medicine » et par  The Independant (Katie Forster): « Pharmaceutical giant ‘plotted to destroy cancer drugs to drive prices up 4,000%’ ». On y apprend le bras de fer engagé avec le gouvernement espagnol pour obtenir une forte hausse des prix de cinq génériques d’anticancéreux acquis auprès de GlaxoSmithKline.  Une bataille qu’ont déjà perdu (ou que n’ont pas mené) certains pays européens.

Parmi les cinq médicaments concernés, le busulfan (Myleran®, Aspen) indiqué dans le traitement de la leucémie myéloïde chronique a vu son prix passer de 5,20 £ à 65,22 £ le flacon de comprimés en 2013 – soit une augmentation de plus de 1100% après l’acquisition par Aspen.

Faire céder les gouvernements

« Notons qu’en France, le prix du médicament vendu par Aspen est désormais de 68 euros par flacon de 25 comprimés alors qu’il était de 14,93 euros en 2006, souligne Medscape. Une autre molécule, le chlorambucil (Leukeran®, Aspen), également utilisée en hémato-oncologie coute désormais 40,51 £ par boite versus 8,36 £ avant le rachat en 2013. En France, le produit est aujourd’hui commercialisé par le laboratoire Techni Pharma pour 20,96 euros la boite de 30 cps. Dans l’Hexagone, le Purinethol® coute désormais 64,63 euros par flacon de 25 cps au lieu de 4,35 euros lorsqu’il était commercialisé par GSK. »

Face à refus du gouvernement espagnol d’accepter une augmentation de prix allant jusqu’à 4000%, le laboratoire est passé des menaces à l’action destructrice. Selon The Independent, cette méthode de pression a déjà été utilisée par le laboratoire en Italie où les pénuries de médicaments et les menaces d’arrêter les ventes ont fini par faire céder le gouvernement.

Interrogé par The Times, Aspen n’a pas fait de commentaire sur la question de la destruction des stocks espagnols, précise Medscape. En revanche, Dennis Dencher, DG d’Aspen Pharma Europe a indiqué que les hausses de prix avaient pour but « de promouvoir un accès durable aux patients », que les prix initiaux étaient « très bas et insoutenables » et que les « pénuries d’anticancéreux d’Aspen n’étaient pas délibérées ».

Existe-t-il une éthique minimale dans la jungle des multinationales pharmaceutiques ? Que pourrait révéler, sur le sujet, le Comité économique français des produits de santé ?

A demain

 

Psychologie et post-vérité : Emmanuel Macron restera-t-il le « maître des horloges » ?

Bonjour

Futur président de la République ou pas, nous chérissons tous quelques formules. A échéance régulière Emmanuel Macron parle ainsi, depuis des mois, du « maître des horloges ». C’est pour dire qu’il l’est, le sera, le restera. Maître des horloges pour ne pas dire maître définitif d’un temps qui ne fait que passer ? La formule ne manque pas d’intriguer chez un homme de pouvoir, par ailleurs désireux d’embrasser et la carte et le territoire.

Or voici que tout, depuis quelques jours, nous laisse penser que, précisément, Emmanuel Macron ne maîtrise plus pleinement les aiguilles. Un effet amplifié par les médias qui brûlent chaque heure un peu plus vite ce qu’ils trouvaient utile d’adorer. Jusqu’à cette « folle séquence Whirlpool » d’Amiens où l’homme politique piégé est venu, bien tard, à la rencontre des ouvriers et de son passé.

Le « maître des horloges » ? Ce fut un livre pour enfants paru en 2003 aux Editions Milan, signé de Anne Jonas et illustré par Arnaud Hug.

« Las de toutes ses richesses et de son pouvoir sans limites, un roi prend soudain conscience de la vanité des choses et de la course du temps lorsqu’il aperçoit une ride en se regardant dans un miroir. Dès lors, il n’a plus qu’une idée en tête: trouver le secret de l’immortalité. Il croit arriver à ses fins lorsqu’il rencontre le Maître des horloges, celui qui détient la clé du mystère du temps, mais en voulant provoquer le destin, c’est sa propre mort qu’il va trouver. Ce conte classique fait écho à « La Mort marraine » des frères Grimm et nous livre une petite leçon de sagesse. »

Calendrier grégorien

En 2001 Libération avait découvert non pas un mais bien deux « maîtres des horloges ». UTC (Coordinated Universal Time, temps universel coordonné). Le quotidien de Sartre et de July rappelait alors que le temps universel est basé sur la rotation de la Terre autour de son axe et sur le calendrier grégorien, fondé sur le temps que met la Terre pour tourner autour du Soleil. Quant à UTC, c’est, depuis 1978, la version « moderne » de l’heure GMT (Greenwich Mean Time), tirant profit des horloges atomiques. Elle est essentielle dans la synchronisation des systèmes de navigation radio ou satellite, ou des réseaux informatiques. Tous les dix-huit mois environ, l’UTC doit être corrigé d’une seconde par rapport au temps atomique.

Mais il faut aussi compter avec NTP (Network Time Protocol). Ce protocole informatique est utilisé pour synchroniser un PC connecté au Web avec celui d’un serveur relié à une source de référence (un satellite par exemple). Sa précision par rapport à l’UTC est de l’ordre de la milliseconde. Le NTP prend en compte les délais de transmission et corrige les dérives des horloges locales.

Le « maître des horloges » ? C’était, en 1991, un ouvrage de Philippe Delmas publié aux éditions Odile Jacob. Il y était question de la modernité de l’action publique. Emmanuel Macron avait, alors, quatorze ans.

A demain

 

Psychiatrie post-vérité : Donald Trump le charismatique est-il un narcisse pathologique ?

 

Bonjour

Vous vous intéressez au pouvoir, à la psychiatrie et à l’équilibre du monde ? Vous prendrez plaisir à la lecture, sur le site Slate.fr, d’ « Alors Trump, fou ? » de Moisés Naím » (traduction de Bérengère Viennot). Un texte qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, prend une saveur toute particulière à l’heure de la dernière ligne droite chaque jour plus extravertie de notre campagne présidentielle – une dernière ligne droite où les caractéristiques de la psychologie d’Emmanuel Macron commencent à faire l’objet d’un intérêt critique de plus en plus marqué par certains médias.

« Les dirigeants charismatiques inspirent de grandes manifestations de dévouement et, inévitablement, leur orgueil ne manque pas de se laisser dilater par les applaudissements, flatteries et autres louanges dont ils sont l’objet, écrit Moisés Naím. Cette vanité poussée à l’extrême peut très facilement se transformer en narcissisme éventuellement pathologique. En fait, je suis convaincu que l’un des risques professionnels les plus courants chez les politiciens, artistes, athlètes et chefs d’entreprises qui réussissent est le narcissisme, c’est-à-dire une fascination exagérée suscitée par leur propre personne. »

Νάρκισσος. Narcisse. Narcissisme. Tout ou presque a été écrit avant même l’invention du miroir, sur les dangers de la contemplation de soi-même dans l’exercice du pouvoir. Puis vint la psychiatrie et ses frontières entre normal et pathologique. L’American Psychiatric Association a élaboré une série de critères 1 pour diagnostiquer le narcissisme pathologique (« trouble de la personnalité narcissique »). « Selon les recherches sur le sujet, les personnes qui en souffrent montrent une mégalomanie persistante, un besoin excessif d’être admiré et une absence d’empathie, résume Moisés Naím. Elles manifestent une grande arrogance, des sentiments de supériorité et des comportements ciblant la prise de pouvoir. Elles ont aussi des egos très fragiles, elles ne tolèrent pas la critique et ont tendance à rabaisser les autres pour se réaffirmer elles-mêmes. »

Déontologie bafouée

Et Donald Trump ? Point n’est besoin d’être psychiatre pour comprendre que le président américain présente (et se plait à présenter) plusieurs des symptômes caractéristiques du narcissisme. Mais cela le rend-il inapte à occuper l’un des postes les plus importants de la planète ? Certains spécialistes le pensent et l’ont écrit dans une lettre envoyée au New York Times. Un texte qui ne respecte pas la règle déontologique minimale qui veut que les psychiatres s’imposent de ne jamais porter de diagnostic – même concernant une personnalité publique– à distance.

Bien évidemment d’autres psychiatres ne sont pas du même avis et le disent également dans les colonnes du New York Times. Comme le Dr Allen Frances, qui fut le directeur du groupe de travail ayant préparé la quatrième édition du D.S.M. IV.

« Beaucoup de diagnosticiens amateurs attribuent à tort au président Trump un trouble de la personnalité narcissique. C’est moi qui ai rédigé les critères qui définissent ce trouble, et M. Trump n’y correspond pas. C’est peut-être un narcissiste de catégorie mondiale, mais cela n’en fait pas un malade mental pour autant, parce qu’il n’éprouve ni les souffrances ni les handicaps dont la manifestation est nécessaire pour poser un diagnostic de maladie mentale. M. Trump inflige de graves souffrances plutôt qu’il ne les éprouve, et sa folie des grandeurs, son égocentrisme et son absence d’empathie ont été grandement récompensés plutôt que sanctionnés.»

Moyen Âge trumpien dystopique

Et le psychiatre (qui, lui non plus n’a pas examiné le président) de laisser la place au citoyen ;

« Le recours aux insultes psychiatriques est une manière malavisée de contrer les attaques de M. Trump contre la démocratie. Son ignorance, son incompétence, son impulsivité et son désir de s’octroyer des pouvoirs dictatoriaux peuvent et doivent être dénoncés de façon appropriée. Ses motivations psychologiques sont trop évidentes pour être intéressantes, et les analyser ne mettra pas un terme à sa conquête irréfléchie du pouvoir. L’antidote à un Moyen Âge trumpien dystopique sera politique, pas psychologique.»

 Infliger des souffrances plutôt que les éprouver… Pour un peu cela serait une assez bonne définition de l’exercice du pouvoir. Reste le pouvoir exercer par Narcisse. « Le pouvoir isole, et les narcissistes en position de pouvoir ont tendance à être encore plus vulnérable à l’isolement qui accompagne les fonctions les plus puissantes, écrit Moisés Naím. (…) Au bout de trois mois de mandat, il est déjà évident que le président Trump sera obligé de renoncer à honorer de nombreuses promesses de campagne. Les frustrations se multiplient. On peut supposer sans grand risque que ses déceptions seront de plus en plus fréquentes et ses frustrations de plus en plus douloureuses. Cela ne peut pas être une bonne chose pour sa santé mentale. » Ni pour la planète.

A demain

1 Des sentiments mégalomaniaques et la conviction que leur supériorité doit être reconnue. 2) Une obsession autour de fantasmes de pouvoir, de succès, d’intelligence et de séduction physique. 3) L’impression d’être unique, supérieur et par conséquent la recherche de groupes et d’institutions prestigieux. 4) Un besoin constant d’être admiré. 5) Le sentiment d’avoir le droit d’être traité de façon spéciale, et que les autres doivent obéir. 6) Une tendance à exploiter autrui et à en tirer profit pour obtenir des bénéfices personnels. 7) L’incapacité à ressentir de l’empathie pour les sentiments, les désirs et les besoins des autres. 8) Une jalousie intense et la conviction que l’entourage éprouve forcément le même type de jalousie. 9) Une tendance à agir de façon pompeuse et arrogante.

Sur ce thème on lira aussi avec intérêt le récent  « Tous narcissiques » de Jean Cottraux (Editions Odile Jacob)