L’argent de la bière peut-il soutenir la lutte contre les violences faites aux femmes ?

Bonjour

Il est des communiqués de presse qui, désormais, ne peuvent plus ne pas interroger, troubler, déranger. Ainsi, celui du  Paris Beer Club annonçant qu’il « sera présent à la Nuit des Relais pour soutenir la Fondation des Femmes ». Ce sera le 25 novembre, à 20 heures.

Le Paris Beer Club (ex-“Bières et Papilles”) est une « association engagée depuis sa création contre les préjugés misogynes et le sexisme ordinaire ».  Aussi a-t-elle « spontanément répondu présent à la « Nuit des Relais », la « grande course contre les violences faites aux femmes organisée par la Fondation des Femmes ». Précision : lors de la Paris Beer Week, l’association célèbre non seulement la diversité des brasseries artisanales, mais aussi l’ouverture d’esprit dont il faudrait faire preuve quand on parle de bière (sic).

Il faut ici entendre que la « lutte contre le sexisme » est « heureusement très soutenue dans la communauté de la bière artisanale ». « Petit à petit, nous essayons de mettre fin aux stéréotypes de genre autour de la bière, car ils sont offensants en plus d’être potentiellement dangereux, explique-t-on encore. Percevoir les femmes comme des objets qui servent à accomplir le désir des hommes engendre beaucoup de réelles violences faites contre elles, d’autant plus si celles-ci contrarient cette fausse utopie masculine. »

Extrait du communiqué :

« Lors de la dernière course à Paris, sous la nef du Grand Palais, grâce à la mobilisation sans précédent de plus de 4 000 parisien.ne.s, plus de 230 000 € ont été collectés et ont ainsi permis la réalisation d’une quarantaine de projets de lutte contre les violences partout en France. ‘’Une course bon esprit, à la finalité fédératrice, couplée à une levée de fonds qui a été un réel projet d’équipe, très motivant’’, témoigne Marie, capitaine de l’équipe Les Germaines à la Nuit des Relais 2018. Cette année, l’objectif reste le même pour la Fondation des Femmes avec la Nuit des Relais 2019 : rassembler des équipes de 5 à 10 personnes jusqu’au 15 novembre, date de clôture des inscriptions, qui collectent chacune 1 000 € avant la course ensuite intégralement redistribués aux initiatives associatives à fort impact. »

Applaudir ? Sourire ? Ignorer ? On ne peut manquer de se souvenir de deux « lettres ouvertes » 1 récemment publiées dans Le Figaro : «Violences contre les femmes: n’oublions pas le rôle de l’alcool !». Ces deux textes étaient été adressés à la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn et à la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Dans les deux cas les signataires dénonçaint l’absence de mesures de prévention et de prise en charge de l’alcoolisme et des addictions dans la lutte contre les violences conjugales.

On ne connaît pas, si elles existent, les réponses de Mmes Schiappa et Buzyn.

A demain @jynau

1 La première lettre ouverte est signée par: Pr Michel Reynaud (psychiatre et addictologue, président du Fonds Actions Addictions), Pr Laurent Bègue (professeur de psychologie sociale à l’Université Grenoble Alpes), Bernard Basset (vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie – ANPAA), Pr Amine Benyamina (psychiatre, addictologue, Président de la Fédération Française d’Addictologie), Pr Mickaël Naassila (Professeur de physiologie à l’université de Picardie Jules Verne et Président de la Société française d’alcoologie) et Dr Jean-Michel Delile (psychiatre addictologue, président de la Fédération addiction).

La seconde lettre ouverte est signée par: Betty Morisset pour le CoPMA (Collectif de proches de malades alcooliques), Françoise Gaudel pour la FPEA (France patients experts addictions), Felix Le Moan pour la CAMERUP (Coordination des associations et mouvements d’entraide reconnus d’utilité publique – aide et accompagnement des personnes en difficulté avec l’alcool et de leur entourage), Jean-Claude Tomczak pour les Amis de la Santé.

Agnès Buzyn face à la colère hospitalière: curieuses confidences au Journal du Dimanche

Bonjour

La tempête gronde et nous vivons des temps médiatiques dominicaux ambigus.  Hier cette annonce à la veille de la manifestation nationale de jeudi 14 novembre des médecins et des personnels de l’hôpital public : « N’en jetez plus, la coupe est pleine. Chirurgiens, médecins, infirmières, psychologues… Dans trois tribunes publiées sur le site du Journal du Dimanche, ils jettent un regard cru sur l’évolution de leurs conditions de travail.

1 – « Notre mission de service public est de tout faire tout le temps, mais le gouvernement ne nous en donne pas les moyens. […] En épuisant les soignants, on les a fait fuir : spirale sociale infernale », écrivent Patrick Pelloux et treize praticiens de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

2 – Faute de personnel suffisant, « les blocs opératoires dysfonctionnent, au point que de nombreuses interventions programmées des mois à l’avance sont annulées le jour même », déplorent quinze praticiens réunis par Michel Tsimaratos de l’hôpital de la Timone à Marseille dans une lettre ouverte adressée aux parlementaires.

3 – Plus que de « malaise », Remy Nizard, chef de service du service de chirurgie orthopédique à l’hôpital Lariboisière à Paris, préfère parler « de désespérance ». Il s’interroge : « comment pouvons-nous collectivement accepter d’être l’un des pays de l’OCDE qui paye le moins bien ses infirmiers? »

A quoi joue le quotidien dominical ? Parallèlement aux trois tribunes il annonce « dévoiler les efforts d’Agnès Buzyn pour obtenir les moyens d’apaiser la fronde ». Cela donne, en Une « La guerre secrète d’Agnès Buzyn » (sic). Puis « Traitement de choc (Anne-Laure Barret et Hervé Gattegno avec le service politique) . Dévoiler ? Comment ? Extraits (nous soulignons) :

« Pour Agnès Buzyn, c’est l’heure de la revanche. Alors que médecins et soignants hospitaliers organisent jeudi une manifestation nationale, point d’orgue du mouvement né en mars, la ministre de la Santé semble avoir remporté un bras de fer engagé contre Bercy pour desserrer l’étau budgétaire. En septembre, ses annonces avaient fait un flop. La contestation n’a pas faibli depuis, au point d’inspirer à Emmanuel Macron la crainte d’une « coagulation » de la fronde des soignants avec celle des opposants à la réforme des retraites, à un mois de la grève reconductible du 5 décembre. C’est pourquoi la crise des urgences est redevenue une urgence.

« Les arbitrages n’étaient pas encore rendus samedi mais la décision essentielle est prise : l’exécutif va « ouvrir les vannes » (dixit une source gouvernementale) pour améliorer l’ordinaire des soignants et le fonctionnement des hôpitaux. « Primes », « investissements », « revalorisations » : ces termes ont fait leur réapparition dans les discussions entre les cabinets d’Agnès Buzyn et de Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, qui ont multiplié les réunions ces dernières semaines sous l’égide d’Edouard Philippe.

« S’y ajoute l’idée, étudiée à Bercy, d’une reprise (totale ou partielle) par l’Etat de la dette astronomique des hôpitaux – 30 milliards d’euros! Objectif : redonner de l’oxygène au système de santé et permettre aux directeurs d’établissements d’investir à nouveau dans les équipements et le matériel, dont la dégradation alimente la frustration des personnels au quotidien.

Ce qui a changé? Le climat social, qui s’est durci, principalement autour de la question des retraites. La radicalisation du mouvement hospitalier, aussi, sur laquelle Buzyn a plusieurs fois attiré l’attention de Macron et de Philippe, allant jusqu’à comparer les blouses blanches au Gilets jaunes : « Les syndicats sont d’accord avec moi mais la base ne veut rien entendre, leur a-t-elle dit. Ils sont complètement débordés. » Sans oublier l’inquiétude des élus locaux, toutes couleurs politiques confondues, qui s’alarment à 4 mois des élections municipales de voir la crise s’enraciner dans leurs hôpitaux, souvent les premiers employeurs de leur ville.

L’addition de ces causes a fini par produire son effet. « Le Président veut absolument tenir sur sa réforme, donc il est prêt à lâcher sur le reste ; Buzyn a poussé son avantage », analyse un ministre influent. Après un échange vif en réunion, Darmanin lui a fait porter un bouquet de roses. Cadeau de bienvenue dans le grand bain de la politique? La suite a plutôt tourné à l’avantage de Buzyn. (…) »

On n’en saura guère plus. Sinon qu’il n’est pas question, bouquet de roses ou pas, de toucher au « point d’indice de la fonction publique ». Pas question de satisfaire la revendication majeure et préalable du Collectif Inter Urgences (300 euros d’augmentation de salaires) : cela représenterait « 9 milliards d’euros par an ». Guère plus sinon que la ministre « n’aurait pas été très loin d’une menace de démission » si elle n’obtenait pas gain de cause sur le déremboursement de l’homéopathie – ce qui ne manquera pas d’étonner quand on connaît un tant soit peu le dossier 1.

Guère plus sinon qu’elle serait parvenue à « trouver les arguments pour convaincre Macron, fils d’un professeur de neurologie du CHU d’Amiens » (sic) – notamment en lui narrant le « rôle néfaste de grands mandarins » tout en plaidant pour redonner du pouvoir aux médecins dans la direction des hôpitaux qui, comme chacun sait, sont devenus des entreprises depuis dix ans et la loi Bachelot. Agnès Buzyn aurait eu ce mot à l’attention du fils du neurologue : « Il faut à tout prix éviter que l’hôpital sorte de son lit. Sinon on ne l’y fera pas rentrer ».

C’est métaphoriquement dit : l’heure est à la contention hospitalière. Et à la relecture des trois tribunes médicales dominicales.

A demain @jynau

Cigarette électronique et maladie «sans nom»: les vitamines, prises médiatiquement en grippe?

Bonjour

La maladie sans nom ne l’est plus. Les autorités sanitaires américainesont officiellement annoncé vendredi 8 novembre avoir très probablement percé le mystère des maladies pulmonaires « liées au vapotage » : une huile de vitamine E ajoutée dans des recharges au cannabis vendues sur le marché noir. Cette huile et cette pratique étaient d’ores et déjà soupçonnée comme à l’origine d’une pathologie qui a touché plus de 2000 vapoteurs américains et causé 39 décès. Quasi-confirmation aujourd’hui avec la découverte de l’agent chez 29 patients dont les fluides pulmonaires ont été analysés par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC).

« Ces analyses apportent la preuve directe que l’acétate de vitamine E est le principal responsable de lésions dans les poumons » a déclaré Anne Schuchat, directrice adjointe des CDC, précisant qu’aucune autre toxine potentielle n’avait pour l’instant été détectée dans les analyses.

« La vitamine E est normalement inoffensive. Elle s’achète sous forme de gélule à avaler ou d’huile à appliquer sur la peau, mais elle est nocive une fois inhalée ou chauffée. L’acétate est le nom chimique de la molécule, explique Radio Canada. Le porte-parole de Santé Canada Éric Morrissette a déclaré que l’acétate de vitamine E n’était pas autorisé dans les produits de vapotage de cannabis canadiens. Néanmoins, il dit que Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada surveillent activement la situation de la maladie causée par le vapotage (sic). »

Le Tweeteur intempestif de la Maison Blanche

Le schématisme, la caricature et le réductionnisme médiatiques conduiront-ils sous peu à accuser la vitamine E per se après la condamnation définitive de la cigarette électronique ? Pour sa part l’AFP souligne que cette annonce des CDC intervient quelques heures après l’annonce par le président américain Donald Trump de sa volonté de faire passer l’âge minimum pour acheter des cigarettes électroniques aux Etats-Unis de 18 à 21 ans. La déclaration présidentielle s’inscrit dans un plan plus vaste pour réduire le vapotage chez les jeunes – plan qui sera dévoilé « la semaine prochaine ». « Nous allons annoncer une initiative très importante sur le vapotage. Nous devons particulièrement prendre soin de nos enfants, donc nous allons avoir une limite d’âge de 21 ans environ », a déclaré le milliardaire-président à des journalistes.

Où l’on voit que le concept de la réduction des risques sanitaires est loin d’être perçu et compris par le Tweeteur intempestif de la Maison Blanche. Où l’on observe aussi que le même a fait part de ses inquiétudes sur l’impact que pourraient avoir des restrictions trop lourdes sur l’avenir de cette industrie naissante. Son administration pourrait ainsi revenir sur son projet d’interdire purement et simplement les cigarettes électroniques aromatisées, annoncé en septembre. « Nous devons veiller sur de nombreuses personnes, y compris les emplois [sic], a dit le milliardaire new-yorkais. C’est devenu une grande industrie, nous allons nous en occuper. »

Entre le drame et la farce, tout est politiquement dit.

A demain @jynau

Soins aux immigrés : la hiérarchie macronienne va-t-elle sanctionner treize de ses députés?

Bonjour

Combien de temps l’indignation démocratique durera-t-elle ? Sur RTL Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT vient de saluer la récente prise de position solennelle du Conseil national de l’Ordre des Médecins condamnant le gouvernement. C’est là un double événement  qui nous dit l’essentiel de la double faute, éthique et politique commise (avec son « délai de carence de trois mois ») par la ministre des Solidarités et de la Santé 1, le gouvernement d’Edouard Philippe et le président de la République.  

On connaît désormais le détail et l’analyse du scrutin organisé en urgence le 7 novembre : « Analyse du scrutin n° 2277 Deuxième séance du 07/11/2019 Scrutin public sur l’amendement n° 2156 (rect.) du Gouvernement après l’article 78 de la seconde partie du projet de loi de finances pour 2020 (première lecture) – Mission Santé »

Nombre de votants : 70 Nombre de suffrages exprimés : 64 Majorité absolue : 33 Pour l’adoption : 50 Contre : 14. On ajoutera que onze députés LREM avaient le même jour, co-signé jeudi 7 novembre une tribune pour s’opposer à la volonté gouvernementale : Jean-François Cesarini, Martine Wonner, Sonia Krimi, Albane Gaillot, Jennifer de Temmerman, Delphine Bagarry, Marion Lenne, Hubert Julien-Laferriere, Jean-François M’Baye, Pierre-Alain Raphan et Nathalie Sarles.

Il apparaît finalement que sur les 304 députés de La République en Marche seuls … 51 étaient présents dans l’Hémicycle. 42 ont votés pour, 5 se sont abstenus, un n’a pas voté (Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale) et 3 ont voté contre. Trois femmes issues de la « société civile » : Delphine Bagarry, 49 ans, médecin urgentiste de formation ; Fabienne Colboc, 48 ans, titulaire d’une licence de sociologie ; Martine Wonner, 59 ans, psychiatre.

Seront-ils tous les treize (onze plus deux) bientôt sanctionnés par leur hiérarchie politique pour avoir, peut-être au nom d’une certaine conception de la solidarité et de la médecine, ainsi enfreint les consignes du parti marcheur ? On en viendrait, presque, à le souhaiter. Pour que, dans notre espace démocratique, l’indignation ne soit pas vaine.

A demain @jynau

1 Extrait du Monde (Manon Rescan) rapportant le vote à l’Assemblée nationale : « Agnès Buzyn a fermement endossé le choix du gouvernement. ‘’Ce que je fais aujourd’hui je le fais avec rigueur, sans rien renier aux fondamentaux auxquels nous sommes tous attachés’’, aplaidé Mme Buzyn. Elle a assuré chercher, avec ces dispositions, à lutter contre une forme de ‘’tourisme médical’’ de personnes qui ‘’rentrent avec un visa touristique en France, qui, en prétextant qu’ils n’ont pas de papiers, demandent l’AME, obtiennent des soins et rentrent chez eux’’ ».

Le Monde n’a pas jugé nécessaire de faire un commentaire.

Soins aux immigrés : Agnès Buzyn devra rendre des comptes à l’Ordre des médecins

Bonjour

On l’avait oublié, le voici. Le Conseil national de l’Ordre des médecins vient de prendre clairement position dans la polémique née de la volonté du gouvernement de restreindre les soins offerts aux demandeurs s’asile (le désormais faemux « délai de carence de trois mois »). C’est un communiqué d’une particulière solennité qui s’adresse au gouvernement – et tout particulièrement au Dr Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« Le Conseil national de l’Ordre des médecins a pris connaissance des annonces du Gouvernement sur l’immigration, en matière de santé. Il tient à alerter les pouvoirs publics sur les conséquences de l’instauration d’un délai de carence de trois mois pour pouvoir bénéficier de la Protection universelle maladie (PUMa).

En 1945 fut consacré aux étrangers irréguliers un même accès à la couverture santé qu’aux Français et étrangers en situation régulière, couverture qui n’a jamais été définitivement remise en cause depuis. Fidèle à sa mission d’assurer le respect de l’éthique et de la déontologie, l’Ordre des médecins ne peut envisager qu’une fraction de la population soit à présent discriminée dans son droit à être soigné, sur le sol français.

En effet, les demandeurs d’asile devront désormais attendre trois mois avant d’accéder à une prise en charge des frais de santé. Quelles solutions leur seront proposées pour se soigner durant cet intervalle ? L’institution ordinale ne peut que mettre en garde sur les risques d’une telle décision en matière de santé individuelle pour cette population, mais aussi en matière de santé publique à l’échelle nationale. »

Plus grave encore l’Ordre estime que les annonces gouverneemntales interrogent également « le principe de solidarité qui est le fondement même de notre pays et de notre système de santé ». « Alors que l’hôpital vit une crise sans précédent, il serait par ailleurs incompréhensible d’orienter des patients supplémentaires vers des services d’urgence déjà surchargés, observe l’institution ordinale. Les médecins – qui ont fait le serment de protéger toutes les personnes, sans aucune discrimination, si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité – ont besoin d’explications. »

Question majeure : ces médecins seront-ils contraints, demain, de refuser de soigner cette population ? Préoccupé par cette situation, le CNOM demande au Gouvernement une clarification sur les conséquences à venir dans l’exercice professionnel des médecins, et pour la sécurité sanitaire de toute personne vivant sur notre territoire.

Les comptes sont demandés. Comment pourrait-on justifier que la ministre des Solidarités et de la Santé, qui a fait le serment ici évoqué, ne réponde pas en urgence aux graves préoccupation d’une institution en charge de la déontologie médicale ?

A demain @jynau

Quel député osera voter la restriction des soins donnés aux étrangers les plus vulnérables?

Bonjour

Où est Agnès Buzyn, dont il faut rappeler aujourd’hui qu’elle est en charge «des Solidarités et de la Santé » ? Edouard Philippe,  Premier ministre a annoncé ce 6 novembre plusieurs mesures remettant en cause les dispositifs d’accès aux soins des personnes étrangères parmi les plus vulnérables. Ces annonces représentent, objectivement  des reculs sans précédent pour l’accès aux soins de ces personnes. Neuf ONG humanitaires 1 partent en guerre.

« Les demandeurs d’asile sont directement pris pour cible, accusent-elles. Alors qu’ils arrivent souvent en France fragilisés physiquement et psychologiquement à cause d’un parcours migratoire difficile, le Gouvernement décide de les fragiliser davantage et de compliquer encore plus leur accès aux soins. Aucun gouvernement n’avait osé aller aussi loin !

« L’instauration d’un délai de carence de trois mois à partir de l’entrée sur le territoire français pour pouvoir bénéficier de la sécurité sociale (PUMa) vient d’être confirmée. Cette mesure va aggraver l’état de santé de ces personnes. Cela entraînerait également des prises en charge à un stade plus avancé de leur pathologie qui devra être traitée par les Urgences, déjà saturées.  Par ailleurs mettre fin à l’accès aux soins des personnes faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire (OQTF) aura pour conséquence de laisser de nombreuses personnes à la rue sans droits, aggravant leur précarisation. »  

Ce n’est pas tout

L’AME (Aide médicale d’Etat) est, elle aussi, visée par le gouvernement. « Alors que ce système est déjà complexe et entraîne de nombreux retards de soins, les mesures annoncées vont venir renforcer ces entraves aux soins avec une complexification administrative et une mise sous pression supplémentaire, des PASS (Permanences d’accès aux soins de santé), des hôpitaux dont les Urgences, des CPAM, des travailleurs sociaux et des associations » préviennent les ONG. Parmi ces mesures, l’introduction d’une obligation d’entente préalable pour certains soins couverts par l’AME (validation par un médecin du besoin de soins pour sa prise en charge effective) et la modification de la condition de résidence en condition de résidence irrégulière sont des reculs importants qui rajoutent des difficultés déjà réelles à la prise en charge médicale des personnes en situation irrégulière.    

« En s’attaquant à ces systèmes, le Gouvernement va accroître le nombre de renoncements aux soins, déjà très importants chez ces personnes. Ces mesures vont impacter la santé de ces personnes vulnérables et vont reporter la charge du soin sur les hôpitaux en particulier les Urgences et les PASS, et alourdir les démarches administratives déjà compliquées, ajoutent les neuf associations. Cette complexité des démarches se traduirait notamment par l’obligation pour toute personne demandant l’AME de se présenter physiquement lors de l’enregistrement de leur dossier auprès des CPAM. Cette mesure va venir engorger les guichets de ces caisses, qui n’ont pas les moyens d’accueillir toutes les personnes. »

C’est pourquoi les neuf « demandent au Gouvernement de renoncer à son projet d’instauration d’un délai de carence pour l’accès aux soins des demandeurs d’asile et de mise en place de nouvelles entraves à l’ouverture des droits AME pour les étrangers en situation irrégulière ». Et, plus politiques, ces ONG appellent également les parlementaires à se mobiliser dès demain 7 novembre « pour faire barrage à ce recul sans précédent pour l’accès aux soins de personnes vulnérables ».

Où est la ministre des Solidarités et de la Santé ?

A demain @jynau

1 Médecins du Monde, AIDES, Emmaus France, Gisti (groupe d’information et de soutien des immigrés), La Cimade, UNIOPSS, Médecins sans frontières, Fédération des acteurs de la solidarité, Sidaction. NB ajouter France Assos Santé 

Les «dérives» de l’Aide Médicale de l’Etat pour Le Figaro, quand Libération n’en trouve pas

Bonjour

« Tourisme médical » : existe-t-il en France ? C’est le document que le gouvernement avait demandé à deux Inspections générales pour justifier sa nouvelle politique médicale -un politique fortement contestée par les associations humanitaires, concernant les personnes immigrées et celles demandant l’asile. Ce document peut être consulté ici : « L’aide médicale d’État : diagnostic et proposition. Octobre 2019 » 1. Ses auteurs :  Jean-Yves LATOURNERIE Jérôme SAULIÈRE Christophe HEMOUS (IGF) Fabienne BARTOLI Francis FELLINGER Jean-Louis REY (IGAS)

C’est un sujet à haut potentiel polémique et un rapport qui donne matière à deux lectures dans deux quotidiens politiquement opposés :

Le Figaro. « « Fraude», «abus»… Un rapport choc pointe les dérives de l’Aide médicale d’État » EXCLUSIF – Le Figaro révèle le contenu de l’enquête commandée par le gouvernement à l’Inspection générale des affaires sociales. Par Arthur Berdah et Marcelo Wesfreid

« Le constat est sans appel. Dans un document de plus de 200 pages remis ce mardi au gouvernement, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) dresse un état des lieux précis – et inquiétant – du fonctionnement de l’Aide médicale d’État (AME). Ce dispositif – qui permet à tout étranger résidant sur le sol français de manière irrégulière depuis plus de trois mois d’être soigné gratuitement -, est d’abord décrit comme l’un des systèmes «les plus généreux d’Europe». Fin 2018, il concernait «318.106 étrangers en situation irrégulière, dont la moitié vit en Île-de-France et les deux tiers viennent d’Afrique». Parmi eux, «les Algériens sont la nationalité la plus représentée». Le tout pour un coût total de 904 millions d’euros en 2018, un chiffre en hausse de +1,4% par an depuis 5 ans.

Au-delà de ces éléments statistiques, le rapport affirme avoir par ailleurs analysé les données de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH), qui «permettent également de détecter des atypies». «Les atypies les plus nettes concernent les accouchements, l’insuffisance rénale chronique, les cancers et les maladies du sang ; elles renforcent de façon convaincante l’hypothèse d’une migration pour soins qui n’est clairement pas un phénomène marginal, énumère le rapport. Le rythme de croissance des séances d’hémodialyse, chimiothérapies, et radiothérapies, est particulièrement élevé (plus de 10% pour les bénéficiaires de l’AME). Il peut poser la question de la capacité actuelle du système de soins, et en particulier des centres lourds de dialyse, à assurer l’accueil de ces patients».

Tous ces éléments conduisent les auteurs du rapport à considérer «comme une priorité la lutte contre la fraude et les abus, qui fragilisent l’acceptabilité du dispositif et mettent en tension le système de santé». Pour ce faire, le rapport «recommande plusieurs évolutions du dispositif» pour «lutter de façon visible et volontaire contre la fraude à l’Aide médicale d’État». Il est notamment proposé d’«empêcher l’octroi de visas aux “touristes médicaux”». Cependant, contrairement à ce qu’Emmanuel Macron avait esquissé il y a quelques semaines, l’IGAS considère qu’«une réduction du panier de soins de l’AME paraît peu pertinente, y compris dans une perspective de diminution de la dépense publique». »

Libération : « AME : l’Igas cherche la fraude mais ne trouve pas » (Nathalie Raulin) Missionnées par Matignon, les inspections générales ne sont pas parvenues à établir l’existence d’un «tourisme médical».

« C’est le document sur lequel l’exécutif s’appuie pour justifier sa volonté de réforme des conditions d’accès aux soins des étrangers en situation irrégulière. Un rapport que Matignon a commandité cet été à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et à l’Inspection générale des finances, dans le but explicite de lutter contre les abus et fraudes à l’Aide médicale d’Etat (AME), dispositif garantissant la gratuité des soins dispensés aux sans-papiers résidant en France depuis plus de trois mois. Rendu public mardi, le document peine toutefois à étayer les soupçons de «tourisme médical», distillé en haut lieu ces dernières semaines.

« Premier constat : «Stable depuis 2015», le nombre de bénéficiaires de l’AME n’explique pas la hausse des coûts de 1,4 % par an sur les cinq dernières années (904 millions d’euros en 2018). Le renchérissement du prix de certains médicaments et le surcoût lié à une prise en charge trop tardive des pathologies («les deux tiers des dépenses de soins des bénéficiaires de l’AME sont hospitaliers») n’y sont pas étrangers. Mais c’est sur les «atypies» relevées dans la dépense de soins des bénéficiaires de l’AME que le rapport insiste : «Les plus nettes concernent les accouchements, l’insuffisance rénale chronique, les cancers et les maladies du sang.» Avec cette précision : «Pour 43 % des patients AME en dialyse et 25 % des patients AME en chimiothérapie oncologique, il existe une suspicion de migration pour soins.» Sauf que le bémol vient vite : «Dans le cas du diabète [qui nécessite des dialyses, ndlr], la prédisposition génétique et les conditions de vie constituent des facteurs explicatifs à ne pas négliger.» En clair, nombre de sans-papiers peuvent être atteints de diabète sans que cela soit la raison première de leur présence en France.

« A l’arrivée, faute d’avoir établi l’existence d’une fraude massive, le rapport préconise surtout de renforcer les contrôles sur les critères d’accès à l’AME (hébergement, ressources, durée de résidence) ou sur l’octroi des visas touristiques. Reste le coup de pied de l’âne : s’il déconseille de réduire le panier de soins, le rapport suggère malgré tout de n’ouvrir le droit à certains soins «programmés non essentiels» (telles la chirurgie orthopédique non traumatique, les opérations de la cataracte et celles liées à l’obésité) que neuf mois après l’ouverture des droits à l’AME. Et ce même si «le volume financier représenté par les actes visés est probablement faible»… »

Pour Le Monde (Julia Pascual ) « Ce document des Inspections générales accrédite l’hypothèse d’un ‘’tourisme médical’’ en France. Le Premier ministre s’est appuyé sur le rapport pour sa réforme. »

« Accréditer : Faire accepter quelque chose, faire croire à la vérité d’une chose; donner cours à ».

A demain @jynau

1 Conclusions des auteurs: « Sur la base de son travail d’analyse de données et de revue des processus, la mission :  confirme la validité des trois grands fondements sur lesquels reposent les dispositifs de l’AME et des soins urgents, à savoir un principe d’humanité, un objectif de santé publique et un objectif de pertinence de la dépense publique ;  rappelle que l’AME n’est pas un outil de politique migratoire : si la couverture santé offerte aux étrangers en situation irrégulière participe sans doute de l’attractivité de notre pays pour les migrants, la volonté de réduire cette attractivité ne saurait justifier une restriction du dispositif en dehors des cas de fraude et d’usages abusifs ;  énonce quatorze propositions qui portent sur la sécurisation du dispositif, pour limiter la fraude et les usages abusifs, et sur son amélioration, pour garantir un accès plus précoce aux soins et maîtriser les coûts de gestion. »