Canicule annoncée et mise en scène médiatique de l’action politique. Seize années de recul

Bonjour

Du journalisme, de la politique et de la santé publique. C’était il y a seize ans précisément. Un journaliste du Monde souhaitait faire un papier sur la réaction des responsables sanitaires face à la montée du mercure -envolée alors pleinement constatée dans les locaux (nullement climatisés) du quotidien vespéral. Appellant (téléphone fixe) la Direction Générale de la Santé le journaliste se vit aussitôt éconduit. La DGS ? Mais elle ne gère pas les questions relative à la chaleur ! « Qui ? Voyez peut-être du côté de l’InVS [Institut national de Veille Sanitaire]. »

Contacté l’InVS conseilla aussitôt au curieux de contacter … la DGS. Puis les Drs Patrick Pelloux et Jean-François Mattei parlèrent dans les médias. On connaît la suite, tragique.

Aujourd’hui 24 juin 2019, ce message adressé (par mail) aux milliers de journalistes français plus ou moins en charge du sujet :

« Agnès BUZYN, Ministre des Solidarité et de la Santé, Christelle DUBOS et Adrien TAQUET, secrétaires d’Etat

Se rendront au CORRUSS, centre de gestion de crise du ministère des Solidarités et de la Santé Lundi 24 juin 2019 A 10 h 30 En présence de Jérôme SALOMON, Directeur général de la Santé Cette visite sera l’occasion d’un point sur la mise en place du plan canicule et la préparation des pouvoirs publics. Les ministres pourront rappeler les conseils de prévention pour la population et les personnes les plus sensibles, ainsi que l’importance de la mobilisation de tous. »

A demain @jynau

PS 1 : Madame Agnès BUZYN Ministre des Solidarités et de la Santé Visitera l’EHPAD – Résidence de l’Abbaye 3 Impasse de l’Abbaye, 94100 Saint-Maur-des-Fossés lundi 24 juin 2019 12h00 Déroulé prévisionnel : 12h00 Arrivée à l’EHPAD l’Abbaye de Saint-Maur-des-Fossés et visite des espaces climatisés (Presse accréditée) Passage dans la crèche intergénérationnelle intégrée à l’EHPAD (Presse accreditéé) Echanges avec les personnes âgées et les enfants de la crèche dans le restaurant collectif (Presse accréditée) Visite du service d’aide à domicile rattaché à l’EHPAD, temps d’échange avec les personnel (Presse accréditée) 13h00 Micro-tendu

PS 2 : Episode caniculaire Mme Agnès BUZYN, ministre des Solidarités et de la Santé Visite l’espace Saint – Michel 35 Avenue Courteline, 75012 Paris Lundi 24 juin 2019 14h00 L’espace Courteline, est un espace qui regroupe à la fois un accueil de jour, environ 100 personnes par jour, et 33 lits haltes soins santé. Déroulé provisoire : 14h00 Visite de la structure Temps d’échange avec les équipes Micro – tendu

PMA : Comment, sur France Inter, ne pas avoir le droit de dire que l’on n’est pas réactionnaire

Bonjour

Trop, c’est trop. Comment en moins de cinq minutes parvenir à dire la complexité du sujet ? Et comment le faire sans aussitôt être soupçonnée, sur France Inter, de n’être qu’une « conservatrice », voire une « réactionnaire ». Soupçonnée, accusée, condamnée. La philosophe Sylviane Agacinski, auteure de « L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué » 1 est l’invitée de la journaliste Léa Salamé.

La philosophe a senti le piège mais s’y précipite tête baissée, avec délice semble-t-il. Elle cite son ennemie jurée, l’improbable juriste transhumaniste Marcela Iacub. Elle tire à tout va, au-delà même de la GPA. Elle parle de notre « rapport à la chair », du désir de s’en émanciper ». Elle s’excusera bientôt de vouloir trop en dire en si peu de temps. Comme, par exemple, que l’on a pas un « droit » à « avoir un enfant ».

Trop c’est trop, cela se résumera bientôt à ceci : « @franceinter Sylviane Agacinski, philosophe, sur la #PMA : « La famille, c’est comme la sexualité, c’est une totale liberté, mais ce n’est pas (avoir) un droit à un enfant » #le79Inter 08:08 – 24 juin 2019 »/

Léa Salamé comprend que, décidément, l’invitée à trop à dire. Que le sujet, réactionnaire en diable, méritait un plus large créneau. C’est promis, Sylviane Agacinski sera réinvitée. Promis juré. Après la canicule, l’été sera entièrement bioéthique et philosophique. Et furieusement politique.

A demain @jynau

1 « L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué » Collection Tracts (n° 7), Gallimard Parution : 27-06-2019. 48 pages, 150 x 210 mm, agrafé.

«Notre corps charnel nous est propre, mais il ne nous appartient pas comme un bien, autrement dit une propriété aliénable, que l’on peut donner ou vendre, comme un vélo ou une maison. La confusion fatale entre les deux est délibérément entretenue par l’idéologie ultralibérale qui veut nous persuader que, puisque notre corps « nous appartient », nous sommes libres de l’aliéner. Admirons le paradoxe.  Sylviane Agacinski. 
L’homme moderne veut dominer la nature, changer sa nature, et s’affranchir de la chair, de la mort et de la génération sexuée. Grâce à la puissance scientifique et technique, certains rêvent de changer de corps et de produire leur descendance en laboratoire. L’homme futur sera-t-il sexuellement indifférencié? Naîtra-t-il sans père ni mère? Aux dépens de qui?  À la veille du débat au Parlement, et alors que la «bioéthique» semble perdre tout repère, ce Tract nous alerte sur les dangers d’un ultralibéralisme dont le modèle, en ce domaine, est la Californie.

Addictions : avant même le cannabis légalisé, Emmanuel Macron est attendu sur les opiacés

Bonjour

C’est une tribune dominicale forte autant qu’originale à lire dans le JDD. Elle est signée de quatre-vingt dix médecins et autres soignants spécialisés dans le champ des addictions 1. Ils alertent le président Macron et et le gouvernement Philippe sur un risque addictif encore mal connu du plus grand nombre. Ecoutons-les :

« La crise des opiacés fait rage aux États-Unis : avec 72.000 morts en 2017, les overdoses aux antidouleurs dérivés de l’opium tuent plus que les accidents de la route et les armes à feu réunis. La prise de conscience du corps médical comme des politiques a été tardive, laissant la situation dégénérer en crise majeure de santé publique. La France pourrait à son tour encourir le risque d’une crise sanitaire. Il est urgent d’agir.

« Douze millions de Français utilisent des médicaments opiacés, sans être alertés sur leur potentiel addictif et sur les risques d’overdose. Les hospitalisations pour ce motif ont doublé, les décès triplé. Il existe pourtant un antidote, à base de naloxone, que la personne concernée ou son entourage peuvent administrer ‘facilement’. Mais il est réservé aux acteurs du soin en addictologie, sans diffusion ni information large aux différents acteurs de la santé.

« La priorité est d’en étendre l’accès aux médecins généralistes, de les former et les sensibiliser à son usage. Ces overdoses peuvent, en effet, concerner n’importe quel consommateur d’antidouleurs, prescrits par tout médecin en toute bonne foi. Cantonner l’information sur les opiacés et sur leur antidote aux centres spécialisés est absurde, dangereux et irresponsable.

« Le problème des opiacés est révélateur d’un dysfonctionnement structurel dans la prise en charge des addictions. Il est admis que le médecin généraliste est le point d’entrée dans le soin : il accueille, soigne et oriente, le cas échéant, vers un spécialiste. Or, l’addictologie s’est construite – à son insu – comme une spécialité médicale, en tension avec les parcours de soins classiques, et parfois dans l’oubli de ses dimensions non médicales.

« Les résultats sont éloquents : 52% des généralistes déclarent traiter différemment leurs patients souffrant d’addiction des autres et nous manquons de ponts entre addictologie et médecines du travail ou scolaire, pourtant concernées par ces situations. Le corps médical peut se trouver démuni face à une pathologie courante qui, rappelons-le, ne concerne pas que les marginaux et les exclus.

« Étendre l’accès au naloxone, continuer de décloisonner le monde de l’addictologie et impulser une vaste campagne de prévention au niveau de la menace sanitaire à laquelle nous sommes exposés : voilà trois mesures urgentes et complémentaires à engager pour éviter que ne soient reconduites les erreurs du passé, avec leurs effets dramatiques en matière de santé publique. »

Eviter que ne soient reconduites les erreurs du passé, avec leurs effets dramatiques en matière de santé publique. Voilà une phrse qui devrait siffler au oreilles présidentielles et gouvernementales. Seize ans après 2003 l’effervescence actuelle de l’exécutif vis-à-vis d’une canicule annoncée en témoigne : il peut exister un réactivité politique après une erreur majeure du passé et ses effets dramatiques de santé publique. Pourquoi ce qui a été possible avec une montée de température ne pourrait-il pas être anticipé face à la menace montante des opiacés ?

A demain @jynau

1 Dr Guy Sebbah, Directeur général Groupe SOS Solidarités, Paris Dr William Lowenstein, Interniste et addictologue, Président de SOS Addictions, Paris Pr Amine Benyamina, psychiatre addictologue AP-HP, Villejuif Dr Pierre Polomeni, Psychiatre addictologue, Paris Christian Ben Lakhdar, économiste, Lille Dr Laurent Karila, psychiatre addictologue, Paris Jean- Pierre Couteron, psychologue addictologue, porte-parole de la fédération addiction, Paris Dr Franck Questel, praticien hospitalier addictologue, Paris Dr Nicolas Delos, médecin généraliste CSAPA, Limoux Dr Philippa Bain, médecin coordonnateur, Trèbes  Dr Valérie Garambois, Médecin coordonnateur, Carcassonne Dr Olivier Jenny, médecin addictologue, Grenoble Dr Amille Barrault, médecin addictologue, Créteil Marie Jo Lizée, infirmière addictologue, Lyon Dr Chanaelle Obadia, médecin généraliste, assistante spécialiste Paris Dr Philippe Grunberg, médecin généraliste, Montfermeil Dr Emmanuelle Peyret, psychiatre addictologue, Paris Dr Caroline Le Lan, praticien hospitalier addictologue, Rennes Dr Claire Peloso, pharmacien, Paris Karine Beyer, cadre de santé, Agen Dr René Maarek, pharmacien, Paris Dr Joëlle Benkel, praticien hospitalier, addictologue, Sevran Dr Grégoire Cleirec, médecin addictologue, Paris Mokka Lorberg, psychopraticienne addictologie, Paris Annie Bressler, infirmière addictologue, Montereau Dr Gérard Campagne, médecin addictologue, Bayonne Isabelle Grospelier, infirmière addictologue, Longjumeau Dr Xavier Marcos, médecin addictologue, Gonesse Dr Thierry Saint Marie, psychiatre addictologue, Bicêtre Dr Ramos Anivel, médecin addictologue, Périgueux Dr Anne Marie Simonpoli, praticien hospitalier, Colombes Dr Valérie Bourcier, médecin addictologue, Créteil Sylvie Poinet, infirmière addictologue, Rouen Dr Wajdi Mehtelli, psychiatre addictologue, Paris Dr Laure Spinosi, addictologue, Tourcoing Dr Michel Crouzer, médecin addictologue, Poissy Dr Aymeric Reyre, psychiatre addictologue, Bobigny Dr Jean Pierre Mugard, addictologue, Avignon Dr Sophie Arnaud-Reveneau, médecin addictologue, Lyon David Saint Vincent, directeur. Association la Passerelle, Elbeuf Dr Xavier Aknine, médecin généraliste, Gagny Lilian Babé, Consultant Indépendant en Addictologie, Besançon Dr Mario Blaise, psychiatre addictologue, chef de pole, Centre médical Marmottan, Paris Dr Marie-Alice ROBERT, Médecin addictologue, Nantes Dr Jean-Paul BOYES, Médecin Coordonnateur, RAMIP – Réseau Addictions Midi-Pyrénées, Toulouse Dr DUTECH Michel, médecin, président de la Forms et du RAP 31, Nailloux Dr Lydia, BRISPOT, Médecin généraliste, Colomiers Dr Gérard FONTAN, Médecin généraliste, Toulouse Dr Pascale HEREDIA-RODIER, médecin addictologue, Toulouse Dr Jacques BARSONY, médecin retraité, Toulouse Dr Elodie LALEU, Médecin généraliste addictologue, Toulouse Dr Jacques DIAZ, hépatogatroentérologue, Toulouse Lionel DIENY, Directeur, Association CMSEA, Metz Laurence Emin, Directrice, Association Addiction Méditerranée, Marseille Dr Agnès LAFFORGUE, Médecin généraliste, Toulouse Dr Marie-Josée FERRO COLLADOS, Médecin addictologue, Toulouse Dr Céline MAUROUX Médecin généraliste, Montastruc La Conseillère   Dr Roch PONS, médecin généraliste, Levignac Dr Karima KOUBAA Medecin addictologue, Toulouse Dr Jean Michel OLIVER, Hepatogastroenterologue, Muret Dr Nabil YAJJOU Médecin généraliste, Toulouse Dr Anne Tironneau-Fouqueray    Médecin territorial Conseil départemental Haute Garonne, Toulouse Dr Yves Leglise, CHU Montpellier et Groupe SOS Solidarités, Montpellier Dr Sylvain Guichard, Médecin addictologue, Montpellier Docteur Hélène Donnadieu Rigole : Responsable du Département d’Addictologie, CHU Montpellier Professeur Dominique Larrey, Pôle Digestif – Hépato- Gastro- Entérologie – CHU Montpellier Dr Karine VOIRET, médecin addictologue, Marseille Dr Marine DOS SANTOS, médecin addictologue, Arles Dr André MADRID, médecin généraliste, Marseille Dr Anne CHEVAI, médecin addictologue, Paris Dr Rebecca ROTNEMER, médecin addictologue, Paris Dr Marie-Pierre PETIT, médecin addictologue, Avignon Dr Jean NOUCHI, médecin addictologue, Nice Dr Christian ADDA, médecin addictologue, Limoux Dr David ESSERPE, médecin addictologue, Marseille Dr Stéphane PLAT, médecin addictologue, Nîmes Dr Alexia DEGRANDSART, médecin addictologue, Les Andelys Dr Anne-Gaëlle DRAPIER, médecin addictologue, Paris Dr Christine ETCHEPARE, médecin addictologue, Paris Dr Pascale ROLLAND, médecin addictologue, Paris Dr Linda BELARBI-MERINE, médecin addictologue, Paris Dr Samia CHENA, médecin addictologue, Paris Dr Christophe LAMBERT, médecin addictologue, Nice Dr Dominique LEONARDI, médecin addictologue, Nice Dr Jean-Paul BELMONDO, médecin addictologue, Marseille Dr Dominique DUFEZ, médecin, Avignon Dr Marta COLLE, médecin addictologue, Saint Denis  Dr Pascale SANTANA, médecin addictologue, Saint Denis Dr Philippe Grunberg, médecin généraliste, Gagny Dr Aram KAVCIYAN, Psychiatre, Praticien Hospitalier, Chef du service addictologie du CH de Montfavet

«Révolution dans la filiation» : Agnès Buzyn lève le voile gouvernemental dans le JDD

Bonjour

23 juin 2019. Ainsi donc c’est le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret, Emmanuelle Souffi, Hervé Gattegno). Outre un entretien ministériel, il aura eu l’exclusivité. On y trouvera l’essentiel de l’avant-projet de loi de révision de la loi de bioéthique – qui ne sera présenté en conseil des ministres que dans un mois. Un texte actuellement examiné par le Conseil d’Etat.

« PMA, Filiation, Embryons : La loi qui va révolutionner la famille » titre le quotidien dominical. Ce qui est sans doute un tout petit peu excessif. Qu’apprendra-t-on que nous ne pressentions ? Rien, ou presque. A commencer par le remboursement de l’insémination artificielle avec sperme de donneur pour les femmes vivant seules ou avec une autre femme.

On retiendra aussi la possibilité plus ou moins offerte à certains enfants d’avoir accès à leurs origines : Agnès Buzyn. affirme souhaiter « lever le voile sur l’origine de la filiation » pour les enfants nés grâce à un donneur, afin qu’ils accèdent à des informations sur celui-ci à leur majorité.  « Il faut établir une filiation qui a la même portée et les mêmes effets que la filiation biologique ou adoptive sans bouleverser le droit de la filiation actuel. Elle reposerait sur une reconnaissance de filiation avant la naissance du bébé », explique la ministre, qui se dit favorable à la création d’« un nouveau type de filiation qui concernera aussi les couples hétérosexuels qui ont recours à un don » :

Pour ce qui est des dons de sperme et d’ovocytes, Agnès Buzyn :

 « L’anonymat au moment du don sera préservé, mais il s’agit ensuite de permettre à l’enfant d’avoir accès à son histoire et à l’identité de son donneur quand il aura atteint ses 18 ans. Ça peut être un accès à des informations non identifiantes sur le donneur voire connaître son identité si le donneur y a consenti soit au moment du don, soit au moment où l’adulte en fait la demande. Les modalités de cet accès aux origines sont étudiées par le Conseil d’Etat ».

Anticipant les travers d’une telle mesure, Agnès Buzyn dit ne pas redouter une chute des dons en expliquant que « dans les pays qui ont généralisé cet accès aux origines, les dons ont diminué avant de remonter parce que ce ne sont pas les mêmes personnes qui donnent. » Ce qui ne manquera pas d’être discuté et contesté. « Les jeunes qui demanderont à connaître l’identité de leur donneur ne prendront pas ce dernier pour un parent. Etre parent, ce n’est pas des gamètes, mais de l’amour », affirme encore la ministre des Solidarités et de la Santé  

Quant à l’autorisation pour les femmes de congeler leurs ovocytes (comme c’est possible en Espagne ou en Belgique) la ministre révèle que le gouvernement allait l’autoriser, de façon très encadrée à partir de 30 ou 32 ans. Pourquoi ? « Pour éviter une baisse de la natalité due notamment à l’allongement des études ». Ce qui ne manquera pas de surprendre les principales intéressées.

A demain @jynau

Maladie de la «vache folle»: graves questions après la mort d’une chercheuse de l’INRA

Bonjour

Où l’on reparle des prions pathologiques. La famille d’une chercheuse âgée de 33 ans, morte lundi 17 juin d’une forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, a porté plainte contre l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) où elle avait travaillé et où elle aurait été contaminée, en 2010, par un prion responsable de cette maladie. L’affaire a été révélée, vendredi 21 juin, par Mediapart (Pascale Pascariello) et confirmée par les avocats de la famille de même que par l’INRA. Ce dernier affirme aujourd’hui, que « tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiqués aux autorités sanitaires et à la justice ».

Coment comprendre ? L’accident qui pourrait être à l’origine de la contamination date de 2010, lorsque la jeune femme travaillait (en contrat à durée déterminée) à l’unité de virologie et immunologie moléculaire de Jouy-en-Josas (Yvelines), un laboratoire sécurisé spécialisé dans l’étude des prions. Sous certaines conditions ces structures protéiques naturelles peuvent devenir hautement pathogènes : l’un des variants est responsable d’une forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob: l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB ou maladie de la « vache folle »).

« Le 31 mai 2010, la jeune femme, assistante-ingénieure âgée de 24 ans, participait à des études sur la neurotoxicité de ces agents pathogènes sur différentes lignées de souris transgéniques. Elle s’est alors piqué le pouce droit avec une pince, qui a traversé ses deux gants en latex et entraîné un saignement, rapportent plusieurs médias -dont Le Monde (Hervé Morin). Dans la ‘’déclaration d’accident de service’’ rédigée le même jour, il est précisé que la ‘’plaie saignante’’ a été soignée après contact téléphonique avec l’infirmière du centre, le médecin étant absent. »

Grande tristesse

Toutes les précautions ont-elles été prises pour prévenir puis prendre en charge une éventuelle infection ? C’est ce que demandent les avocats de la famille d’Emilie J. (Marc et Julien Bensimhon), qui soulèvent quatre questions précises : la jeune femme avait-elle bénéficié de la formation nécessaire face au risque de contamination ? Etait-elle équipée des gants anti-coupures qui auraient pu prévenir l’accident ? Le protocole qui impose une décontamination sur place et immédiate a-t-il été respecté ? L’INRA a-t-il veillé à la santé de la jeune femme après cet incident ? « Nous avons décidé de porter cette affaire sur le terrain médiatique, parce que l’INRA s’est désintéressé du sujet »,soutient Marc Bensimhon.

Est-ce vrai ?  Et si oui que faudra-t-il en conclure ? L’INRA, qui ne conteste pas la survenue de l’accident en 2010, a rendu public vendredi 21 juin ce communiqué :

« C’est avec une grande tristesse que l’INRA, sa direction et ses collègues ont appris le décès d’une ancienne chercheuse de l’INRA, qui a travaillé au sein de l’unité Virologie et immunologie moléculaire à Jouy-en-Josas de 2009 à 2012.

Il s’agirait d’un cas de maladie de Creutzfeld-Jakob nouveau variant. Les autorités sanitaires (Santé Publique France) en charge de la surveillance de ces maladies poursuivent leurs investigations. Cette ancienne chercheuse ayant eu un accident de service en 2010 lors d’une expérimentation au sein du laboratoire, il est essentiel de comprendre les causes de la maladie.

« L’INRA a répondu à la famille et aux autorités sanitaires en transmettant les pièces qui étaient demandées, et réaffirme son engagement de transparence : tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiquées aux autorités sanitaires et à la justice. Car il est essentiel que toute la vérité soit faite, c’est essentiel pour sa famille, mais aussi pour l’ensemble de la communauté scientifique. L’INRA va par ailleurs contribuer à la mission confiée par la Ministre de la Recherche à l’IGAENR et à l’inspection santé et sécurité au travail, destinée à évaluer les mesures de sécurité dans les laboratoires de recherche sur les prions.»

On attend donc que la vérité soit faite. Et qu’elle soit dite.

A demain @jynau

Cannabis, politique et légalisation: à partir de quel âge autorisera-t-on la récréation ?

Bonjour

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas : « Cannabis : une consommation précoce favorise le déclin cognitif » (Pourquoi Docteur ?, Charlotte Arce). C’est une confirmation que l’on trouvera dans le Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry. Résumons la publication : fumer régulièrement du cannabis durant l’adolescence et poursuivre dans cette voie pendant plusieurs années peut altérer durablement les circuits cérébraux et favoriser une forme de « déclin cognitif ».  

Le travail a été dirigé par Marilyn Cyr, PhD, PsyD (New York State Psychiatric Institute) : « Deficient Functioning of Frontostriatal Circuits During the Resolution of Cognitive Conflict in Cannabis-Using Youth ». Les auteurs ont analysé les données d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) recueillies auprès de vingt-huit adolescents et jeunes adultes (âgés de 14 à 23 ans) et ayant une consommation importante de cannabis ainsi qu’auprès de trente-deux témoins non consommateurs. Les participants ont été analysés au cours de l’exécution d’une tâche d’incompatibilité spatiale appelée (« tâche Simon ») – un exercice qui nécessite de parvenir à résoudre un conflit cognitif pour réagir avec précision.

Par rapport à ceux ne fumant pas de cannabis, les consommateurs ont montré une « activation réduite dans les circuits fronto-striataux » – ceux qui  favorisent le contrôle cognitif et la résolution des conflits. Ils ont aussi observé qu’ une consommation chronique débutée précocemment peut avoir un impact plus important sur le développement de ces circuits cérébraux qu’une consommation débutée plus tardivement.

En vente libre chez les buralistes

« La plupart des adultes ayant des problèmes de consommation d’alcool et d’autres drogues avaient très probablement des problèmes de toxicomanie et d’alcool à l’adolescence, une période de développement au cours de laquelle les circuits neuronaux qui sous-tendent les processus de contrôle cognitif continuent de mûrir, explique Marilyn Cyr.En tant que tel, le cerveau de l’adolescent peut être particulièrement vulnérable aux effets de la consommation de substances, en particulier le cannabis, la drogue récréative la plus couramment consommée par les adolescents du monde entier. »

Marylin Cyr ajoute : « Ces résultats constituent une première étape vers l’identification de cibles cérébrales pour les interventions précoces qui réduisent les comportements de dépendance en améliorant la capacité d’autorégulation ». Ce sont aussi et surtout des résultats qui ne manqueront pas de nourrir la polémique qui vient de s’ouvrir en France quant à la nécessaire légalisation du cannabis « récréatif ».

L’une des propositions des légalisateurs et d’encadrer la commercialisation chez les buralistes – en interdisant (bien évidement) la vente aux mineurs. Rappelons que 25% de lycéens, en France, fument quotidiennement du tabac. Et que pour l’essentiel ils s’approvisionnent chez des buralistes – buralistes employés de l’Etat et à qui la loi interdit (bien évidemment) d’en vendre 1. Qu’en sera-t-il avec le cannabis ? Et quel responsable politique osera dire, alors, qu’il ne savait pas ?

A demain @jynau

1  Spilka S, Godeau E, Le Nézet O et al Usages d’alcool, de tabac et de cannabis chez les adolescents du secondaire en 2018 Tendances n° 132, OFDT, juin 2019

Cannabis et récréation : voici la Note présentée à Emmanuel Macron et Edouard Philippe

Bonjour

Depuis vingt-quatre heures les médias généralistes ne traitent plus, ou presque, que du cannabis. Le « thérapeutique » comme le « récréatif ». Au risque d’ajouter à la confusion générale. Dans ce brouillard, un document officiel est à verser à l’épais dossier : une « Note » du « Conseil d’analyse économique » (CAE) 1. Son titre ne manque pas d’intriguer. La voici : « Cannabis : comment reprendre le contrôle ? ». Pitch :

« En dépit d’une des politiques les plus répressive d’Europe, les Français, et en particulier les mineurs, figurent parmi les plus gros consommateurs de cannabis de l’Union Européenne. Le système actuel de prohibition ne fonctionne pas : il est inapte à protéger les plus fragiles, il pèse lourdement sur les dépenses publiques et il profite au crime organisé. Dans cette nouvelle « Note du CAE », Emmanuelle Auriol et Pierre-Yves Geoffard explorent les réformes à entreprendre pour reprendre le contrôle de ce marché.

« En s’appuyant sur l’analyse économique et l’étude des expériences étrangères récentes, ils défendent l’idée selon laquelle la légalisation du cannabis récréatif, strictement encadrée, permet à la fois de restreindre l’accès au produit pour les plus jeunes, de lutter contre la criminalité, et de développer un secteur économique créateur d’emplois et de recettes fiscales. »

Cette « Note » a été présentée aux cabinets du Premier ministre et du Président de la république, ainsi qu’à celui du Ministre de l’Economie le 4 juin 2019. Elle a également été présentée au directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur et à celui de la ministre de la Santé les 5 et 12 juin 2019. Nous sommes le 20 juin. Edouard Philippe, Christophe Castaner et Agnès Buzyn gardent un religieux silence. Pour l’heure le président Emmanuel Macron rend hommage à la mémoire, au savoir et à la carrière de Georges Pompidou (1911-1974).

A demain @jynau

1 Placé auprès du Premier ministre, le Conseil d’analyse économique réalise, en toute indépendance, des analyses économiques pour le gouvernement et les rend publiques. Il est composé d’économistes universitaires et de chercheurs reconnus.