Ethique et argent : faut-il interdire à tout prix les banques privées de cellules sexuelles ?

Bonjour

Comment comprendre ? Car c’est bien là, de fait, l’une de ces « discriminations » contre lesquelles la loi de la « PMA pour toutes » cherche à lutter. Au lendemain de l’adoption en première lecture par l’Assemblée nationale du projet de loi relatif à la bioéthique, le CCP (Collectif de Centres Privés en AMP) dénonce un manquement à l’équité : aux termes de la future loi ces centres ne pourraient pas pratiquer l’autoconservation des spermatozoïdes et des ovocytes.

« Voilà un quart de siècle que les praticiens libéraux, prennent en charge des couples infertiles, les conseillent et mettent en œuvre les techniques les plus élaborées d’aide à la procréation, jusqu’à l’autoconservation des ovocytes lorsque le contexte clinique le demande, fait valoi le CCP. Cette activité médicale est des plus encadrée. Tous les centres de PMA, publics comme privés, sont soumis à une même démarche qualité, très exigeante, mise en place depuis de nombreuses années, à une même Certification ISO, et aux mêmes visites d’inspections de l’ARS. »

Les Centres privés de Procréation Médicalement Assistée sont (comme leurs homologues publics) tenus de soumettre régulièrement leurs résultats à l’évaluation de l’Agence de Biomédecine. Rien ne distingue les acteurs de PMA sous statut public ou privé, ni le niveau d’expertise professionnelle, ni le dispositif réglementaire qui encadre leur exercice. Dès lors pourquoi cette discrimination dénoncée par le Pr Israël Nisand et le Collège des Gynécologues Obstétriciens Français (CNGOF) ?  

En marche vers des « contrées plus accueillantes » 

« Les débats parlementaires ont, hélas, vu resurgir chez certains élus, de vieux stéréotypes marqués d’un dogmatisme archaïque qui voudrait que l’exercice honnête de la médecine soit l’apanage exclusif d’un secteur public immaculé et nimbé de toutes les vertus » souligne le CCP. Le législateur souhaiterait ainsi confier l’exclusivité de la pratique de l’auto-conservation des gamètes aux laboratoires publics « afin d’éviter la naissance d’un marché des gamètes ouvert aux appétits financiers des praticiens libéraux ». Une accusation de carence éthique pour rappeler que « les spermatozoïdes et les ovocytes ne sont pas des marchandises comme les autres ».  

Questions de ces libéraux en colère : Qu’en sera-t-il demain pour celles qui souhaiteront recourir à une auto-conservation de leurs ovocytes ? Pourront-elles choisir librement leurs praticiens et le lieu de leur prise en charge ? « La réponse est évidemment négative, expliquent-ils. Interdire aux praticiens libéraux de pratiquer l’auto-conservation des gamètes signifiera un report de toute la patientèle vers un nombre nécessairement limité de structures d’accueil avec, pour effet induit, une ségrégation d’accès aux soins selon l’origine géographique des patients. »

On assistera ainsi rapidement, selon eux, à un allongement des délais de prise en charge « qui conduira nombre de patientes (parmi les plus fortunées) à reprendre la route vers des contrées plus accueillantes » (sic). « Le législateur dans sa volonté d’ouvrir un droit à une PMA pour tous va édicter une loi contre-productive qui refuse implicitement aux patientes l’exercice du libre choix de leur médecin, conclut le CCP. Plus encore, cette loi agira contre leur intérêt puisque, en interdisant aux centres privés de prendre en charge l’auto-conservation des gamètes, elle réduira leur chance de voir aboutir leur projet parental. »

Le secteur public français de la PMA est-il « immaculé et nimbé de toutes les vertus » ? Qu’en est-il du « secteur privé » ? Quelles sont donc ces « contrées plus accueillantes » évoquées par le secteur privé français ? Et, plus encore, quels seront les prix (qui seront à la charge des patient.e.s) pratiqués par le public ? Et quels seraient ceux, s’ils le pouvaient, des banques privées ?

A demain @jynau

Cannabis thérapeutique : si tout va bien il ne sera pas disponible avant un certain temps

Bonjour

Le temps de l’administration du médicament n’est pas celui du patient souffrant.

Il y a un an on découvrait un mouvement de l’Agence nationale de sécurité médicament (ANSM) : « Évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ». On apprenait alors qu’un Comité Scientifique Spécialisé Temporaire créé pour un an, aurait pour mission « d’évaluer la pertinence de développer en France l’utilisation thérapeutique du cannabis pour certaines indications et de proposer le cas échéant, les modalités de sa mise à disposition ». On appréciera la formulation.

On découvrait aussi le texte, publié sur The Conversation, signé par le Dr Nicolas Authier,  psychiatre, professeur de pharmacologie médicale, directeur de l’Observatoire Français des Médicaments Antalgiques et président de la Commission des stupéfiants et psychotropes de l’ANSM : « Usage thérapeutique du cannabis : la France engage officiellement la réflexion ».

Ainsi donc la France allait  « s’interroger sur l’usage médical du cannabis dans des pathologies chroniques mal soulagées par les traitements conventionnels ». Cette même France qui avait, il y a quelques années, donné une autorisation pour le marché à un médicament à base de cannabis (le Sativex®) mais qui avait, depuis, toujours refusé le prix à payer. Rien ne semblait presser. On rappellera que vingt-et-un pays de l’Union européenne sur vingt-huit autorisent le cannabis à usage thérapeutique.

Le temps du patient souffrant

Puis, en mai dernier, on apprenait  la création d’Espoir (Im)patient : le premier lobby français au service des malades qui pourraient être aidés par une version médicamenteuse du cannabis, l’usage de fleurs ou de spécialités comme les huiles ou les sprays. Des « actions d’influence » étaient annoncées avec des rencontres auprès de parlementaires, membres de l’administration et du gouvernement ; « forte présence dans les médias via la présentation des réalités de patient.e.s qui souhaiteraient être accompagné.e.s pour mener leur combat publiquement ». L’initiative réunissait une cinquantaine de patients, proches de patients et professionnels de santé (Amine Benyamina, William Lowenstein,  Olivier Bertrand, Bertrand Lebeau et Rodolphe Ingold). Une action développée  dans le cadre des travaux conduits au sein de l’ANSM pour ouvrir l’accès au cannabis thérapeutique. 

Nous sommes en octobre 2019. Et qu’apprend-on ? Que l’ANSM « poursuit les travaux nécessaires à la mise en place d’une expérimentation visant à l’accès au cannabis à usage médical ».  Aujourd’hui, création d’un comité scientifique pluridisciplinaire composé de dix-huit professionnels de santé et représentants de patients. Premier objectif de ce comité est de mettre en place les conditions pratiques de l’expérimentation : produits qui seront utilisés, formations des professionnels de santé et conditions du suivi des patients. « Les travaux de ce comité seront poursuivis au cours de l’expérimentation afin de suivre, analyser les données du registre, notamment les données d’efficacité et de sécurité, et de rédiger un rapport d’analyse.

Soyons raisonnable et impatient. On comprend sans mal que le temps de l’administration du médicament ne soit pas celui du patient souffrant. Est-ce dire pour autant que tout est définitivement figé ? Qu’il n’existe pas de procédures accélérées ? Que l’on ne peut s’inspirer des solutions adoptées à l’étranger ?

A demain @jynau

E-cigarette au pilori : où sont les coupables de l’augmentation des risques tabagiques ?

Bonjour

Les sondages peuvent parfois nous rapprocher d’une vérité encore difficile à chiffrer. Ainsi celui réalisé par BVA pour l’association SOVAPE et présenté au « Sommet de la vape » organisé le 14 octobre à Paris. Thème : « Vapoter versus Fumer » – assorti d’une question sur la nicotine. Un travail mené alors même que l’on découvrait l’existence, aux Etats-Unis, de la « maladie sans nom » que l’on sait désormais associée à l’usage de produits frelatés et illicites en provenance du marché noir (huiles pour THC).

Contexte : selon le baromètre annuel publié par Santé publique France, un Français sur deux (51%) considérait le vapotage autant, voire plus nocif que la cigarette, un sentiment qui a augmenté de 10% entre 2014 et 2017. Cette évolution de la perception des risques va à l’inverse de nombre d’études médicales et scientifiques plutôt rassurantes.

D’après le sondage réalisé en septembre 2019 par BVA : seuls 7% des français savent que vapoter est beaucoup moins risqué que fumer ; ils ne sont que 25% à penser que c’est peu ou beaucoup moins risqué ; 59% pensent que vapoter est autant voire plus risqué que fumer ; 15% avouent ne pas savoir. Globalement 75% des Français se trompent sur les risques du vapotage comparé à ceux du tabagisme.

Mutisme des responsables politiques de la santé publique

Ce n’est pas tout : 80% pensent que la nicotine est cancérigène. « Il est pourtant établi scientifiquement et de longue date que ce n’est pas le cas, souligne SOVAPE. C’est un message que délivre régulièrement l’INCa afin d’inciter les fumeurs à se servir de la nicotine pour sortir du tabagisme (sic). La diabolisation de la nicotine, à tort, renforce le climat anxiogène sur le vapotage.

« Les administrateurs de la FIVAPE indiquent qu’en sept ans d’observation, jamais une séquence médiatique n’a provoqué un impact aussi important et généralisé. Même les vapoteurs plus anciens se montrent inquiets et posent de nombreuses questions. Ils rapportent aussi une défiance très forte de leur entourage vis-à-vis de leur pratique du vapotage et de leur consommation de nicotine. »

Constat identique chez les animateurs de groupes auto-support tels que VAPE INFO SERVICE ou JE NE FUME PLUS : les aides à l’arrêt sont remises en cause et les candidats à la « défume » semblent repousser leur projet. Les tentatives « d’arrêt franc » pourraient redevenir la norme, malgré le taux d’échec et malgré les efforts récents des pouvoirs publics pour inciter les fumeurs à se faire aider (Mois Sans Tabac).

Conclusion : peu avant le démarrage de l’opération annuelle « Mois Sans Tabac », la défiance vis-à-vis du vapotage et de la nicotine pourrait avoir de lourdes conséquences sur la dynamique positive engagée depuis plusieurs années en France. Question : qui est coupable de cette augmentation des risques tabagiques ? Pourquoi, toujours, ce mutisme des responsables politiques actuels de la santé publique ?

A demain @jynau

Pourquoi il nous faut saluer la loi pro-PMA mais anti-GPA enfin votée par les députés français

Bonjour

A en croire le communiqué de presse du gouvernement ce fut comme un ravissement – « une atmosphère constructive et respectueuse des convictions de chacun ».  Des débats finalement apaisés. Et à la fin le gouvernement l’a démocratiquement emporté. Beau comme l’antique. « Le 15 octobre 2019 Agnès Buzyn, Nicole Belloubet, Frédérique Vidal et Adrien Taquet ont salué l’adoption en première lecture du projet de loi relatif à la bioéthique par l’Assemblée nationale – première étape législative vers l’adoption définitive du texte. » Le texte a été voté en première lecture par 359 voix, 114 députés ont voté contre et 72 se sont abstenus, sous des applaudissements de la majorité. Il devrait être examiné par le Sénat au premier trimestre 2020. Le gouvernement espère voir la loi promulguée avant l’été 2020.  

Les ministres des Solidarités et de la Santé, de la Justice, de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et le Secrétaire d’Etat auprès de la Ministre des Solidarités et de la Santé ont défendu leur projet au cours de cent trente heures de débat parlementaire en commission spéciale et en séance publique. Victoire gouvernemental totale : les principales mesures du projet de loi ont été adoptées par l’Assemblée nationale ;  les interdits que le gouvernement avait décidé de poser sont maintenus.

Ainsi est donc adopté en première lecture, l’accès à la PMA pour les couples de femmes et les femmes non mariées « L’extension de cette procédure doit selon la formule d’Agnès Buzyn permettre d’« ouvrir les yeux sur ce qu’est la famille française contemporaine » (sic). Adoptée également « la sécurisation de la filiation des enfants d’un couple de femmes, nés par PMA ». « Le besoin, pour les personnes nées de PMA avec don, d’avoir accès à l’identité du donneur de gamètes est également reconnu, souligne le gouvernement. A cet effet, la création d’une commission dédiée et d’une base de données centralisée et sécurisée, gérée par l’Agence de la Biomédecine est confirmée. » Autre mesure dans le champ de la procréation, l’autoconservation des gamètes « sans raison médicale », pour les femmes comme pour les hommes, dans des limites d’âge, est adoptée.

Le socle de l’interdit de la GPA

Ce n’est pas tout, loin s’en faut. « Parallèlement à ces avancées, et face à des pratiques qui se répandent à l’étranger, le gouvernement a tenu une ligne claire et cohérente, assure ce même gouvernement.. Le respect des principes fondateurs de notre droit bioéthique que sont le respect de la dignité humaine et la non marchandisation du corps, a conduit à réaffirmer pendant les débat l’interdiction de la gestation pour autrui. »

C’est ainsi que les tests génétiques dits « récréatifs » (re-sic) demeurent « interdits » – et ce « pour éviter toute dérive et exploitation de données personnelles très sensibles ». Plus important peut-être : il en est de même pour le diagnostic préimplantatoire des anomalies chromosomiques visant à améliorer le taux de succès des fécondations in vitro. « C’est par la recherche que ce taux de succès pourra être amélioré, estime le gouvernement. Enfin, les valeurs éthiques françaises sur la scène de la recherche internationale sont à nouveau affirmées par le maintien intangible de l’interdiction de créer des embryons à des fins de recherche et l’interdiction de modifier le patrimoine génétique d’un embryon destiné à naître. »

Où l’on perçoit ainsi, bien au-delà de la « PMA », la volonté gouvernementale de faire que la France demeure une exception dans le vaste monde de plus en plus ouvert à la marchandisation des éléments du corps humain – de plus en plus demandeur d’un nouvel eugénisme, démocratique. Un monde transhumanisé. De ce point de vue le maintien de la condamnation solennelle de la GPA (réaffirmée par le gouvernement contre l’avis de quelques députés de son camp) constitue un socle éthique et démocratique essentiel. Question: pour combien de temps ?

A demain @jynau

PS A lire, dans Politis (n°1570), de Jacques Testart :  « Lois de bioéthique : la griserie technophile »

Enfant trisomique oublié une journée dans le bus. Quel sera le futur des enfants imparfaits ?

Bonjour

Hasard et fatalité. La sortie d’un film 1 et un fait divers qui ne peuvent pas ne pas déranger. Un enfant âgé de 10 ans, atteint de trisomie 21 et lourdement handicapé, a passé toute une journée dans un bus, oublié par son accompagnateur de l’institut médico-éducatif Léonce Malécot de Lens (Pas-de-Calais) et par la conductrice. L’affaire est rapportée aujourd’hui 14 octobrepar France Bleu Nord. Sa famille a porté plainte pour « mise en danger d’autrui ».

Nous sommes le jeudi 3 octobre. Le petit Younès prend le bus comme d’habitude à Liévin, où il est domicilié. Mais à l’arrivée, il est oublié et le véhicule, affrété par l’institut médico-éducatif (IME), repart jusqu’au dépôt. Ni la conductrice, ni l’accompagnateur de l’IME ne le remarquent. L’enfant passe alors la journée dans ce bus à l’arrêt au dépôt, jusqu’à ce qu’un mécanicien le découvre, par hasard, sept heures plus tard, la ceinture toujours attachée.

« C’est un réel traumatisme de voir tout ce qu’on a fait pendant toutes ces années anéanti en une journée », témoigne Khalifa, la maman de Younès, au micro de France Bleu Nord. Depuis dix jours, l’enfant a peur d’être seul la nuit et doit porter des couches, « alors que ce n’était plus le cas depuis un an », poursuit Khalifa, qui fait part de son « incompréhension ». Dans un communiqué, la direction de l’IME Léonce Malecot de Lens a reconnu que le contrôle du bus n’a pas été fait correctement et a annoncé la mise en place de mesures pour améliorer les procédures de contrôle.

C’est une tribune qui dérange. On la trouvera publiée dans Le Monde par sept personnes peu connues du « grand public » 2 qui reviennent sur la révision de la loi de bioéthique et  « sur un certain nombre de dispositions qui peuvent légitimement inquiéter ceux qui se soucient de la place des personnes handicapées dans notre société ». Ils citent notamment l’article 19 du projet de loi prévoit un élargissement du diagnostic prénatal : 

« La femme enceinte est également informée que certains examens de biologie médicale à visée diagnostique mentionnés peuvent révéler des caractéristiques génétiques fœtales sans relation certaine avec l’indication initiale de l’examen et que, dans ce cas, des investigations supplémentaires, notamment des examens des caractéristiques génétiques de chaque parent, peuvent être réalisées dans les conditions du dispositif prévu ».

Jacques Testart, Sylviane Agacinski, José Bové et Blanche Streb 

Selon eux il faut voir là « une forme de ‘’traque’’ à la pathologie qui s’amplifie ». Ils ajoutent que la PMA est désormais présentée comme l’accès à un droit supplémentaire pour les couples de femmes et les femmes seules, en réponse à une souffrance. « Ce mode de procréation étendu induit une forme de ‘’fabrication’’ de l’enfant, et un état d’esprit où l’on attend une certaine conformité, écrivent-ils. Le gouvernement s’est opposé en commission à l’élargissement du diagnostic préimplantatoire (DPI) à la trisomie, mais comment garantir que ce tri ne se fera pas à l’avenir ? »

Plus généralement cette loi semble pour eux (comme pour des personnalités aussi diverses que le biologiste Jacques Testart, la philosophe Sylviane Agacinski, ou encore José Bové et Blanche Streb), « amplifier la recherche du bébé sain à tout prix » – pour ne pas dire « l’érection d’un droit à l’enfant sain » – avec son corollaire : l’élimination croissante des embryons et des fœtus présentant des risques d’affection grave.

« Bien sûr, nul ne rêve d’avoir un enfant porteur d’un handicap. Mais la banalisation de la suppression de ces enfants ne peut qu’inquiéter, dans une société qui a souvent du mal à tolérer la différence et la fragilité. Ce que l’on peut légitimement nommer ‘’eugénisme’’ – même s’il n’est pas d’Etat – aura, on peut en être sûr, des conséquences sur le moyen et long terme pour les personnes handicapées et leurs familles : ne reprochera-t-on pas à ceux qui n’ont pas effectué de tri, pas réalisé d’IMG, pas effectué de tests, de porter l’entière responsabilité du handicap et, par là, de peser sur la société ? »

« La connaissance personnelle du handicap nous incite à faire un tout autre raisonnement. Nous constatons que les personnes handicapées, dans les familles qui les accueillent, dans les entreprises qui les intègrent, dans les écoles qui favorisent leur progression, apportent souvent un plus, en termes de lien social, de créativité, d’adaptation du groupe, et même parfois, osons le dire, de joie. Nous ne croyons pas qu’une société progressiste est une société qui aura éliminé la différence, l’écart par rapport à la norme, la fragilité. Au contraire : ce sera celle qui, tout en soignant autant que possible, saura partir des talents de chaque personne pour qu’elle donne le meilleur d’elle-même, et cherchera à s’enrichir de chacun. »

C’est, finalement, une supplique qui vaut d’être entendue : « Messieurs et mesdames les député(e)s, nous comptons sur vous pour refuser l’amplification d’un eugénisme déjà à l’œuvre, et défendre les valeurs de fraternité et de respect de toute personne. Sinon, la belle utopie de l’inclusion risque bien de devenir une coquille vide, un mot d’ordre vain. »

A demain @jynau

1 « Hors normes »  de Eric ToledanoOlivier Nakache avec Vincent CasselReda KatebHélène Vincent :  Bruno et Malik vivent depuis 20 ans dans un monde à part, celui des enfants et adolescents autistes. Au sein de leurs deux associations respectives, ils forment des jeunes issus des quartiers difficiles pour encadrer ces cas qualifiés « d’hyper complexes ». Une alliance hors du commun pour des personnalités hors normes ».

2 Frédérique Bedos, fondatrice de l’ONG Le Projet Imagine ; Pierre Deniziot, conseiller régional d’Ile-de-France (Les Républicains) ; Bernard Devert, président d’Habitat et Humanisme ; Jean-Baptiste Hibon, fondateur du congrès Nouvelle Ere ; Philippe de Lachapelle, directeur de la Fondation Office chrétien des personnes handicapées (OCH) ; Sophie Lutz, philosophe ; Philippe Pozzo di Borgo, inspirateur du film Intouchables.

Agnès Buzyn «surveille»-t-elle les mails des médecins ? Nos précisions sur un titre critiqué

Bonjour

Ecrire, bloguer c’est, parfois, donner l’impression d’exagérer. Ainsi ce titre : « Pourquoi Agnès Buzyn surveille-t-elle les mails des médecins hospitaliers tentés par la grève ? ». Un titre né des déclarations publiques de la ministre des Solidarités et de la Santé

« Ils ne le savent pas mais je suis dans la boucle de mails des médecins qui s’écrivent au sujet de leur envie de faire grève. Je suis sidérée, d’abord de leur méconnaissance du système, du nombre d’informations fausses dont ils disposent et sur lesquelles ils basent leurs raisonnements et à quel point leurs solutions sont des solutions de court terme qui ne régleront pas le problème. »

Pour sa part Le Quotidien du Médecin évoquait ici une « prise de risque », celle de critiquer l’implication de certains médecins hospitaliers dans le Collectif inter-hôpitaux et la grève nationale annoncée pour le 14 novembre.  Plusieurs lecteurs nous ont fait part de leur surprise et de leurs critiques. « Bien qu’elle ne me soit pas sympathique je trouve vache (un coup bas en fait) de dire qu’elle « surveille » les mails. A lire le titre on dirait qu’elle les espionne de façon illégale, nous écrit ainsi Umberto Ucelli.  Il se trouve que les médecins (aussi) s’écrivent des courriels à destinataires nombreux, sorte de forum. Donc elle est parmi probablement des dizaines de destinataires et elle lit ce qu’on lui adresse sans voir forcément qu’elle parmi les destinataires. »

Sans doute faut-il ici revenir aux définitions de « surveiller » : Nos critiques retiennent celle-ci : « Observer les agissements d’adversaires potentiels, les lieux d’où peut survenir le danger » ; ou celle-là : « Se tenir informé, par des moyens policiers, des activités de personnes jugées suspectes, du comportement de collectivités, de groupes, de lieux à risques. »

Pour notre part nous ne songions qu’à : « Observer quelqu’un avec une certaine attention pour comprendre son comportement. » Aucun « coup bas », donc. Mais, sans doute, la nécessité de mieux s’expliquer.

A demain @jynau

Pourquoi Agnès Buzyn surveille-t-elle les mails des médecins hospitaliers tentés par la grève ?

Bonjour

Elle l’a (enfin) reconnu … Dimanche 13 octobre, sur le plateau de CNews/Europe1/Les Echos  Agnès Buzyn a parlé d’« un problème de rémunération »des personnels hospitaliers, médicaux ou pas. Mieux encore « rendre l’hôpital public plus attractif ». Une annonce qui précédait de deux jours la nouvelle journée de manifestation (15 octobre) de deux collectifs : « inter-urgences » et « inter-hôpitaux ». Interrogée sur leur revendication centrale (une revalorisation salariale générale de 300 euros net) la ministre des Solidarités et de la Santé, a (enfin) déclaré :

« Il la faut, il y a un vrai sujet sur les rémunérations directes, mais il faut aussi tenir compte des rémunérations indirectes, le temps de travail, les gardes, etc. Un vrai travail doit s’engager. J’ai demandé à mes équipes d’ouvrir ce dossier pour les débuts de carrières médicales et infirmières, parce que c’est vraiment trop difficile aujourd’hui. » « Je pense qu’il y a un problème de rémunération si on veut rendre l’hôpital attractif ».

Ceci ne va pas sans faire mal : en parlant ainsi Agnès Buzyn en a profité, observe Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez), pour jeter une pierre dans le jardin de ses prédécesseurs (citons notamment Marisol Touraine, Roselyne Bachelot et Xavier Bertrand): « Il y a eu plein de réformes non accompagnées qui ont entraîné des dysfonctionnements internes. Il faut changer la gouvernance et l’attractivité. J’y travaille.» 

Manquement à la confraternité

Mais, ajoute Le Quotidien, l’ancienne hématologue hospitalo-universitaire devenue ministre macronienne a aussi osé prendre le risque de critiquer l’implication de certains médecins hospitaliers dans le « collectif inter-hôpitaux .

« Ils ne le savent pas mais je suis dans la boucle de mails des médecins qui s’écrivent au sujet de leur envie de faire grève, a souri la ministre, rappelant qu’elle avait une activité de consultation d’hématologie à l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP) il y a moins de trois ans. Je suis sidérée, d’abord de leur méconnaissance du système, du nombre d’informations fausses dont ils disposent et sur lesquelles ils basent leurs raisonnements et à quel point leurs solutions sont des solutions de court terme qui ne régleront pas le problème. »

Cette sidération sera appréciée. L’Ordre verra-t-il là un grave manquement à la confraternité par personne ayant autorité ? On observera enfin que celle qui a abandonné l’hôpital public pour la politique rejette, la concernant, le qualificatif de « mandarin ». On désignait ainsi, il y a quelques années encore dans le monde hospitalier-universitaire français, un médecin qui, souvent en raison de ses titres, de ses diplômes, de ses fonctions, fait figure de potentat dans son domaine. On pouvait ainsi, dans Le Monde du 15 décembre 1976 lire ceci: «La population finalement appréciera peu de ne plus pouvoir ‘’se payer’’, quand elle estime en avoir besoin, une consultation privée de mandarin ! ».

Ou encore, en 1931 : « À côté des médecins et thérapeutes, qui cherchent à guérir, il y a les pontifes, mandarins et autres, qui ne cherchent qu’à donner le change, gagner des grades, des titres et à faire de l’argent (Léon Daudet, Devant la douleur,1931, p. 7). Question : combien reste-t-il, aujourd’hui, de véritables mandarins dans les hôpitaux français en mal d’attractivité ?

A demain @jynau