Enfin, le ministère de la Santé reconnaît que des Gilets Jaunes blessés ont pu avoir été «fichés»

Bonjour

C’est un nouvel élément, de taille, dans l’affaire grossissante du « fichage » des Gilets Jaunes blessés et pris en charge ces derniers mois dans des établissements hospitaliers publics. Jusqu’ici Agnès Buzyn s’était cantonnée à une déclaration de principe.

« Exaspérée » par le sujet la ministre des Solidarités et de la Santé avait affirmé, le 7 février dernier sur Europe 1 (à partir de 7’) qu’un tel fichier relevait de la fiction. « Je ne demanderai jamais aux soignants de ficher les malades qui arrivent !  avait-elle déclaré avec emphase. Connaître le nombre de personnes hospitalisées qui seraient soit des “gilets jaunes”, soit des forces de l’ordre, ça n’est pas comme ça que fonctionnent les hôpitaux, et heureusement ! »

La question, alors, concernait l’usage qui avait ou non pu être fait du système « SI-VIC ». L’affaire, depuis, a pris de l’ampleur avec les révélations de Mediapart, Libération et du Canard enchaînéJusqu’à l’entrée en scène du Conseil national de l’Ordre des médecins et au dépôt d’une première plainte contre X pour violation du secret professionnel.

A cette double dimension, déontologique et judiciaire il faut aujourd’hui ajouter les déclarations faites au Monde (François Béguin) par la Direction Générale de la Santé (DGS) du ministère des Solidarités et de la Santé – une DGS interpellée la veille par l’institution ordinale. La DGS dont l’une des missions est de « garantir la déontologie, la transparence et l’accès de tous à des soins de qualité ». Le Monde :

« A la DGS, on assure que SI-VIC a déjà été activé ‘’plus d’une centaine de fois’’ depuis sa création, lors d’attentats ou lors d’événements avec de nombreuses victimes. Selon la DGS, le système n’a par ailleurs été activé lors des manifestations de ‘’gilets jaunes’’ sur l’ensemble du territoire national ‘’que les 8 et 15 décembre 2018. Il a ensuite été activé ponctuellement selon la situation locale par les agences régionales de santé ou les SAMU’’ ».

« Sous couvert d’anonymat, un médecin urgentiste de l’AP-HP raconte au Monde avoir trouvé ’très gênant’’ la demande de la direction de remplir SI-VIC, notamment parce que ‘’les patients n’étaient pas informés qu’ils étaient inscrits dans ce fichier’’. Il explique avoir choisi à titre personnel de ne pas remplir les noms des patients, ’sauf en cas d’attentat’’.

« Interrogée par le Monde sur cette absence de communication aux principaux concernés, la DGS assure que ‘’ce système d’information transitoire sera remplacé dans les prochains mois par un système d’information pérenne qui comprendra une fonctionnalité permettant de délivrer à la personne une information sur ses droits’’ ».

Où l’on comprend soudain que le citoyen ne savait, malheureusement, pas très bien, jusqu’ici, comment « fonctionnent les hôpitaux ». Et que le même citoyen aimerait bien, demain, en savoir un peu plus sur cette future « fonctionnalité » sur laquelle la ministre des Solidarités et de la Santé devra sans doute prochainement s’expliquer.

 

A demain

@jynau

1  « Délibération n° 2016-208 du 7 juillet 2016 autorisant le ministère des affaires sociales et de la santé à mettre en œuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel ayant pour finalité l’établissement d’une liste unique des victimes d’attentats pour l’information de leurs proches par la cellule interministérielle d’aide aux victimes, intitulé ‘’SIVIC’’ ».

 

Les  Gilets Jaunes hospitalisés vont-ils porter plainte pour violation du secret professionnel ?

Bonjour

C’est une affaire sans précédent qui, via Libération, Mediapart et Le Canard enchaîné ne cesse de prospérer. Avec, aujourd’hui deux prolongements importants.

Tout d’abord l’entrée en scène du Conseil national de l’Ordre des médecins . Il dit avoir été alerté par des Conseils départementaux de l’Ordre et par des médecins – notamment des responsables de départements d’information médicale ou de services d’urgence. Tous inquiets de l’utilisation faite du système d’identification unique des victimes SI-VIC dans le cadre du mouvement social des Gilets Jaunes.

« Partageant les interrogations de ces médecins au regard du secret médical, le CNOM a saisi dès le 15 avril la Direction générale de la santé (DGS). Rappelant que la finalité de SI-VIC est le dénombrement, l’aide à l’identification et le suivi des victimes dans une situation sanitaire exceptionnelle, l’Ordre a demandé à la DGS de lui apporter toutes précisions utiles au sujet de son déploiement dans le contexte du mouvement social dit des gilets jaunes.  Dans le même temps, l’Ordre a saisi la CNIL, afin de recueillir son avis sur l’extension du système SI-VIC, qu’elle avait autorisé pour faire face à des situations sanitaires exceptionnelles, dans un contexte qui paraît être bien différent. »

Hauts fonctionnaires hospitaliers visés

Ensuite la première action en justice dans ce cadre : un Gilet Jaune  blessé le 9 février devait, ce vendredi 19 avril, porter une plainte contre X, soupçonnant un possible fichage «illicite» par l’hôpital parisien l’ayant opéré, a annoncé son avocat à l’AFP. Ce jour-là, à proximité de l’Assemblée nationale, ce manifestant âgé de 30 ans, Sébastien Maillet, avait eu la main arrachée par une grenade GLI-F4 qui avait explosé. Il avait ensuite été opéré à l’hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP).

Cette plainte contre X dont l’AFP a eu connaissance, vise les infractions de «collecte illicite de données à caractère personnel» et de «violation du secret professionnel». Le jeune homme estime que le fichier Si-VICa été détourné de sa finalité, avec «pour objectif de créer une liste de personnes militantes». Il fait valoir que son nom a «très certainement» été enregistré dans ce fichier sans son accord et que les médecins ont donc potentiellement violé «le secret professionnel» en dévoilant le nom d’un de leurs patients, militant de la cause des «gilets jaunes».

«Certains événements politiques comme le mouvement des Gilets Jaunes révèlent que des administrateurs, des hauts fonctionnaires, peuvent se comporter comme des voyous en violant la loi et en faisant du fichage discriminatoire à raison de l’appartenance politique, et plus odieux encore, au sein même des hôpitaux publics sur des blessés dont certains gravement mutilés», a commenté auprès de l’AFP Me Arié Alimi, son avocat.

Ces administrateurs, ces hauts fonctionnaires œuvrant au sein des hôpitaux publics se reconnaîtront-ils ? Engageront-ils une action pour diffamation ?

A demain

@jynau

Rebondissement dans l’affaire des Gilets Jaunes blessés et fichés, le samedi, aux urgences

Bonjour

Que répondront, demain, Agnès Buzyn et Martin Hirsch ? Jusqu’ici la ministre des Solidarités et de la Santé a nié les faits. Quant au Directeur général de l’AP-HP il ne voit pas où est, ici la nouveauté : « Gilets Jaunes : aux urgences de l’AP-HP, les blessés sont-ils oui ou non secrètement fichés ? »

Le Canard enchaîné, Médiapart et Libération avaient réuni une série de données laissant penser que oui. Avec notemment une note de la Direction générale de l’AP-HP datée du samedi 16 mars et signée de l’administrateur de garde comportant cette mention ainsi libellée : « Attention : il est indispensable de saisir les identités dans victimes en temps rééel dans SI-VIC ». A l’heure actuelle (17h15) elles ne sont pas toutes saisies. Merci d’avance ». Copie de cette note, par mail, avait été adressée à Anne Rubinstein, directrice de cabinet de Martin Hirsch et à Arnaud Poupard, son « conseiller pour la sécurité ».

Le Dr Gérald Kierzek expliquait avoir été témoin de ces consignes le samedi 13 avril à l’hôpital Hôtel-Dieu de Paris : «J’étais de garde pour la première fois un samedi. J’ai entendu un coup de fil, où la cadre de santé, c’est-à-dire l’infirmière en chef, disait ‘’comme d’habitude, vous appelez l’administrateur de garde quand c’est un gilet jaune’’.»

Particulière gravité

Rebondissement aujourd’hui avec un communiqué inattendu du Conseil national de l’Ordre des médecins : « Utilisation de SI-VIC dans le contexte du mouvement social dit des gilets jaunes ». Un communiqué qui élargit notablement le sujet, lui confère une nouvelle importance ainsi qu’une particulière gravité :

« Le Conseil national de l’Ordre des médecins a été alerté par des Conseils départementaux de l’Ordre et par des médecins, notamment responsables de départements d’information médicale ou de services d’urgence, de l’utilisation faite du système d’identification unique des victimes SI-VIC dans le cadre du mouvement social des gilets jaunes.

« Partageant les interrogations de ces médecins au regard du secret médical, le CNOM a saisi dès le 15 avril la Direction générale de la santé. Rappelant que la finalité de SI-VIC est le dénombrement, l’aide à l’identification et le suivi des victimes dans une situation sanitaire exceptionnelle, l’Ordre a demandé à la DGS de lui apporter toutes précisions utiles au sujet de son déploiement dans le contexte du mouvement social dit des gilets jaunes.

 Dans le même temps, l’Ordre a saisi la CNIL, afin de recueillir son avis sur l’extension du système SI-VIC, qu’elle avait autorisé pour faire face à des situations sanitaires exceptionnelles, dans un contexte qui paraît être bien différent. »

 On attend avec le plus vif intérêt les réponses circonstanciées, sinon d’Agnès Buzyn, du moins de son Directeur Général de la Santé.

A demain

@jynau

 

Policiers : vingt-huit suicides depuis le début de l’année. Christophe Castaner et la «fatalité»

Bonjour

Christophe Castaner est ministre de l’Intérieur. Vendredi 12 avril il visitait, à Paris, l’Hôpital des Gardiens de la Paix (35, boulevard Saint Marcel ; établissement de soins de suite et de réadaptation composé de 19 lits de soins de suite indifférenciés et 36 lits dans le secteur de prise en charge de l’appareil locomoteur et de 10 places d’hôpital de jour. » Une occasion de parler du suicide des policiers et des gendarmes. Des suicides qui, a affirmé le ministre de la République, ne sont pas une « fatalité ».

C’est là un phénomène inquiétant et en progression 1 vis-à-vis duquel le ministre s’est engagé à « mettre les bouchées doubles ». Il a insisté sur l’importance de la hiérarchie dans la prévention du suicide, estimant qu’elle devait être « une vigie attentive et bienveillante ». Une approche dont pourrait s’inspirer Agnès Buzyn confrontée, elle, aux suicides des soignants dans le monde hospitalier.

« La police et la gendarmerie ne sont pas malades du suicide », a encore affirmé Christophe Castaner, promettant un nouveau programme de lutte et de prévention des suicides – et une accélération dans la mise en œuvre du plan lancé en 2018 par son prédécesseur. Création, notamment, d’une « cellule alerte prévention suicide » pour la police nationale. Cette cellule sera pilotée par Noémie Angel, membre de l’Inspection générale de l’administration. Un numéro de téléphone dédié, disponible 24h/24, « permettra de signaler les risques et de mettre les personnes en souffrance en relation avec des psychologues. »

Vendredi 19 avril. Hasard ou fatalité ? Une semaine seulement après ces annonces l’ensemble des syndicats de police appelle à des rassemblements  et demande à être reçu « en urgence » par Christophe Castaner. La cause : deux nouveaux suicides de policiers, jeudi 18 avril – une capitaine de Montpellier et un policier de Paris.

La capitaine de police de la sûreté départementale de l’Hérault s’est suicidée dans son bureau à Montpellier avec son arme de service. Le suicide serait intervenu vers 8 heures à l’hôtel de police de Montpellier. Aucune détonation n’a été entendue, mais des collègues ont été alertés par une odeur de poudre. Ils ont alors découvert vers 9 heures cette femme de 48 ans, mère de deux fillettes, inanimée, une balle en plein cœur. La direction départementale de la sécurité publique de l’Hérault n’a pas souhaité communiquer à ce stade.

Un autre policier a été retrouvé mort jeudi en début d’après-midi à son domicile à Villejuif (Val-de-Marne). Agent de la direction de l’ordre public et de la circulation de la préfecture de police de Paris, ce policier de 25 ans s’était suicidé avec son arme à feu. Il appartenait à la division régionale de la sécurité routière et intervenait dans les écoles.

« Le plan de lutte contre les suicides dans la police doit devenir une cause nationale et être décrété priorité ministérielle », réclame l’intersyndicale de la police dans un communiqué :

« DEUX NOUVEAUX FLICS NOUS ONT QUITTÉ DEPUIS CE MATIN

« Depuis le début de l’année 2019, 28 de nos collègues ont choisi d’en finir avec la vie et ont commis le geste irréparable. Les journées dramatiques s’enchaînent à un rythme insoutenable et jamais connu. Face à ce fléau, l’intersyndicale de tous les corps de la Police Nationale ne supporte plus de perdre autant de collègues. Des mesures fortes et immédiates doivent être prises sans délai. Malgré les propos du Ministre le 2 avril dernier, après le plan de 2009, celui de 2015, un troisième plan de mobilisation a vu le jour mais, de plans en réunions, nous en sommes toujours au même point.

« L’intersyndicale appelle, ce jour, l’ensemble des personnels, sans clivage syndical ni de corps, à se rassembler le vendredi 19 avril 2019, de 11h 30 à midi, en silence, devant leurs services respectifs en hommage à nos collègues. L’Intersyndicale demande à être reçue en urgence par le MINISTRE de l’INTÉRIEUR. Le plan de lutte contre les suicides dans la Police doit devenir une cause nationale et être décrété PRIORITÉ ministérielle. »

A demain

@jynau

1 « Pourquoi gendarmes et policiers se suicident-ils désormais beaucoup plus que par le passé ? » Journalisme et santé publique, 17 novembre 2018.

 

 

 

Narcissisme. Quand Emmanuel Macron remet la Légion d’honneur à l’auteur de «Soumission» 

 

Bonjour

Emmanuel Macron remettra ce jeudi 18 avril la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. La cérémonie se déroulera au Palais de l’Elysée en présence de nombreux amis du célèbre écrivain… dont l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy. Le sujet est traité dans Paris Match (Bruno Jeudy) :

« Finalement Nicolas Sarkozy sera présent à la remise de légion d’honneur à son «ami» Michel Houellebecq (il avait été invité à son récent mariage) L’agenda de l’ancien président s’est finalement libéré et il sera à l’Elysée ce soir pour honorer le célèbre écrivain. En revanche, son épouse Carla Bruni-Sarkozy sera absente. L’ex-chef d’Etat y croisera les nombreux invités personnels de l’auteur de «Sérotonine». Parmi eux : le philosophe et académicien Alain Finkielkraut, l’écrivain Frédéric Beigbeder, le journaliste David Pujadas, le chanteur Jean-Louis Aubert (ex-Téléphone), le directeur de la rédaction de «Valeurs Actuelles» Geoffroy Lejeune et la journaliste Charolotte d’Ornellas. »

« Comme le veut la tradition, Emmanuel Macron prononcera un discours pour retracer la carrière du décoré. Le chef de l’Etat connaît Michel Houellebecq depuis plusieurs années. Leur première rencontre date de l’époque où le futur président de la République était ministre de l’Economie. Il avait reçu le romancier à Bercy. Les deux hommes se tutoient. Parmi les sept romans publiés par l’auteur de ‘’Sérotonine’’, Emmanuel Macron a une préférence pour ‘’La carte et le territoire’’ récompensé par le prix Goncourt en 2010. Le chef de l’Etat a pris l’habitude d’ailleurs de qualifier l’écrivain ‘’d’entomologue de la société française’’. »

Un minimum de culture et de connaissance historique

Le sujet est aussi traité dans Le Monde – sous un angle différent, le quotidien vespéral ouvrant ses colonnes à Jean-Philippe Domecq, romancier et essayiste (« L’amie, la mort, le fils » (Thierry Marchaisse, 2018) et « Exercices autobiographiques » (La Bibliothèque, 2017) :

«  Sauf à considérer qu’une récompense républicaine n’a plus de sens, on ne peut laisser sans discussion l’octroi de la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. D’autant que, d’ordinaire, les cérémonies de décoration honorifique à l’Elysée sont collectives et que celle-ci sera entièrement dédiée à l’auteur de ‘’Sérotonine’’ (…) Est-il possible de faire entendre enfin, malgré le concert de louanges qui accueille la parution de chaque roman de Michel Houellebecq, qu’il y a un décalage, profond mais passé sous silence, entre la ferveur médiatique dont il bénéficie et l’appréciation critique que beaucoup de lecteurs ont de son œuvre ? Tout un lectorat qui n’a pas de leçon d’ouverture d’esprit à recevoir a fort bien perçu que chaque narrateur des romans de Houellebecq exprime son dégoût de l’émancipation.

« Souvenons-nous : pourquoi et quand Céline a-t-il sorti son sinistre fonds de commerce politique ? Dès l’instant où Céline s’est confondu avec Bardamu, son narrateur. Ceux qui invoquent sans cesse la pertinente et nécessaire distinction entre narrateur et auteur pourraient s’aviser que, de roman en roman, le narrateur de Michel Houellebecq a la même attitude à l’encontre des conquêtes de la modernité européenne ; cela finit par faire des romans porte-voix, et porte-voix d’une idéologie nauséabonde. Evidemment, l’auteur est un malin, chaque fois il se dérobe derrière son narrateur et échappe aux mains qui le veulent bien. C’est qu’il les soulage, il leur signifie que tout est permis dans les opinions.

« ‘’Cette distinction vient récompenser un grand écrivain français reconnu comme tel’’, dit le communiqué de l’Elysée. Un minimum de culture et de connaissance historique permet pourtant de voir qu’il y eut toujours des succès massifs pour la littérature du « ça va mal », du « on a tout perdu ». Des titres comme Les Beaux Draps, de Céline, ou Les Décombres, de Lucien Rebatet, ont donné à qui les lisait le sentiment d’avoir tout compris et qu’’’on se le disait bien’’. Depuis les années 1930, ce tour d’opinion facile n’y va plus si direct ; on est passé du lyrisme paranoïaque à l’ironie perverse-narcissique. »

Ironie ou pas, et bien au-delà du lyrisme de la paranoïa, de la perversité et du Palais de l’Elysée, on ne peut que conseiller, de la psychiatre, psychanalyste et victimologue Marie-France Hirigoyen, le remarquable « Les Narcisse » (Editions La Découverte)

A demain

@jynau

 

E171 : pourquoi autant d’atermoiements du gouvernement avant d’interdire cet additif ?

Bonjour

Son « réitérer » aura payé. Il y a trois jours l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) disait brutalement son fait au gouvernement. Ce dernier l’interrogeait une nouvelle fois : que penser du « E171 » ? Et retour médiatique sur cette substance potentiellement cancérigène constituée de particules de dioxyde de titane (TiO2)  utilisée dans de nombreux produits alimentaires pour ses propriétés colorantes et opacifiantes – puisqu’il est dit que les aliments contemporains doivent être (pourquoi ?) « colorés » et « opacifiés ».

A nouveau saisie du sujet par le gouvernement 1 l’Anses « réitérait ses recommandations générales sur les nanomatériaux visant notamment à limiter l’exposition des travailleurs, des consommateurs et de l’environnement, en favorisant des alternatives sûres et équivalentes en termes d’efficacité ». « Rien de nouveau sous le soleil scientifique, en somme, écrivions-nous alors. Et un pouvoir exécutif qui devrait savoir en tirer au plus vite les conclusions. Vingt-quatre heures plus tard le gouvernement annonçait sa décision de « suspendre » l’E171. Une suspension « par précaution » à compter de l’an prochain, décision à laquelle Agnès Buzyn n’a pas été associée 2.

Un arrêté suspendant la mise sur le marché des denrées alimentaires contenant l’additif E171 à partir du 1er janvier 2020 vient d’être signé « et sera publié dans les meilleurs délais ». L’additif E171 bénéficiant d’une autorisation délivrée au niveau de l’Union européenne, cet arrêté sera notifié dès signature à la Commission européenne et aux autres Etats-membres, qui se réuniront dans un délai de dix jours « pour examiner cette mesure ».

Le ministère de la santé aux abonnés absents

« Cette décision, qui vise à garantir un haut niveau de sécurité sanitaire de l’alimentation, s’inscrit dans la continuité des actions prises par le gouvernement depuis plusieurs mois » assure le pouvoir exécutif. Pourquoi n’a-t-elle pas été prise plus tôt ? L’Anses s’était prononcée il y a, précisément deux ans à la demande du gouvernement, sur le sujet. Et avait rendu un avis détaillé concluant à l’existence « d’effets qui n’avaient pas été identifiés auparavant, notamment les potentiels effets promoteurs de la cancérogenèse du E171 ».

Dans une tribune publiée dans Le Monde fin décembre 2018, une vingtaine d’associations – dont la Ligue contre le cancer, Greenpeace, Foodwatch, 60 millions de consommateurs ou encore l’Alliance pour la santé et l’environnement, qui rassemble plusieurs dizaines d’ONG, de sociétés savantes et d’instituts de recherche européens – demandaient au gouvernement d’agir. Et le gouvernement de saisir, une nouvelle fois l’Anses.

Définitivement prohibé le E171 ? Pas vraiment. L’interdiction ne s’appliquera qu’aux seuls aliments. Médicaments courants et dentifrices quotidiens ne seront nullement concernés. Pourquoi ? « Parce que s’est plus compliqué » confie-t-on aux médias à Bercy, le ministère de la Santé ne semblant ici curieusement pas concerné.

A demain

1 L’Anses avait été saisie le 28 février 2019 par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, la Direction générale de la santé, la Direction générale de l’alimentation et la Direction générale de la prévention des risques « pour rendre un appui scientifique et technique sur les risques liés à l’ingestion de l’additif alimentaire E171 ».

2 La décision a été prise par « François de Rugy, ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, et Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire ».

 

Autisme et politique : Sophie Cluzel regrette-t-elle vraiment d’avoir insulté les psychiatres ?

Bonjour ?

Sophie Cluzel, 58 ans, est depuis près de deux ans, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées. Le 1er avril, sur les ondes de RMC   elle déclenchait une violente polémique en succombant avec délice à l’invite « anti-psy » de Jean-Jacques Bourdin. C’était le début d’une affaire sans précédent connu, affaire qui est loin d’être terminée.

Dix jours plus tard, ce communiqué : « Pédopsychiatres et psychiatres du service public exigent des excuses à la suite des propos outranciers de Sophie Cluzel, Secrétaire d’Etat au Handicap ». Un texte adressé à Sophie Cluzel avec copie « à Monsieur le président de la République à Madame la ministre des Solidarités et de la Santé ». Ire comparable au sein du Syndicat national des psychiatres privés – ainsi que du Conseil national professionnel de psychiatrie (qui regroupe l’ensemble des sociétés savantes et syndicats de psychiatrie) « condamnant à l’unanimité et avec la plus grande fermeté les propos irresponsables et scandaleux de la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées .»

 Qui allait pouvoir effacer l’outrage ? Agnès Buzyn vient de faire un premier pas. La ministre des Solidarités et de la Santé visitait, le 12 avril, l’Établissement de santé mentale de l’agglomération lilloise (EPSM-AL). Elle y a rencontré, le Dr Patricia Do Dang, cheffe de pôle du secteur 59I04 et de la Clinique intersectorielle de l’adolescent. Cette soignante lui a déclaré que, comme nombre de pédopsychiatres, elle avait été très heurtée par les propos de la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées.

Totale confiance dans la psychiatrie et les psychiatres

Des propos « disqualifiants voire insultants » qui démontraient, selon la pédopsychiatre, une ignorance des réalités de terrain. Des paroles, rapporte Le Quotidien du Médecin (Géraldine Langlois), qui  révélaient également selon elle le « manque de soutien du plus haut sommet de l’Etat » envers les professionnels.

Réponse d’Agnès Buzyn, les propos de Mme Cluzel faisaient référence « à un vieux reproche fait par des familles sur la prise en charge des enfants autistes dans les années 1980, qui culpabilisaient les familles ». Et, selon la ministre, la secrétaire d’État « doit regretter d’avoir heurté » les pédopsychiatres. « Nous avons totalement confiance dans la psychiatrie et les psychiatres dans la prise en charge » de ces enfants, a assuré la ministre des Solidarités et de la Santé.

Ce « nous » ministériel, en toute logique républicaine, s’impose désormais à Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat. Cette dernière, désormais n’a plus le choix si elle entend continuer à assumer ses responsabilités : il lui revient, au plus vite, de présenter ses regrets à la communauté des soignants qu’elle a « heurtés » Et de s’expliquer.

A demain

@jynau