«Licence IV»: le gouvernement va créer dix mille sites de consommation de boissons alcooliques

Bonjour

On attend (avec le plus vif intérêt) la réaction d’Olivier Véran, nouveau ministre des Solidarités et de la Santé. Edouard Philippe, Premier ministre entend « revitaliser » les déserts territoriaux français. A cette fin il vien d’annoncer   qu’il allait distribuer gratuitement 10 000 « Licence IV » pour les petites communes de moins de 3 500 habitants.

La licence IV est, dans la réglementation française, une autorisation créée le 24 septembre 1941 sous le régime de Vichy, pour les débits de boisson souhaitant vendre à consommer sur place les boissons de tous les groupes. La création de cette licence était jusqu’à peu interdite. Le seul moyen d’en obtenir consistait à l’acquérir, soit directement sur la commune concernée par le futur débit, soit sur une commune de la même région. Son prix varie en fonction de l’offre et de la demande sur la région ou la commune concernée. 

« Edouard Philippe veut permettre la création de 10 000 bistrots dans les campagnes » résume, en Bretagne, Le Télégramme :

« Edouard Philippe a choisi un café-restaurant, « Le P’tit campagnard », à Girancourt, dans les Vosges. Pas par hasard. D’abord, parce qu’il s’agit d’un établissement rural, situé à 15 minutes d’Epinal, qui était en vente depuis trois ans et qui risquait de disparaître. Et ensuite, parce que ce fameux café-restaurant est l’un des bénéficiaires de la seconde initiative du gouvernement : l’opération 1 000 cafés portée par le groupe d’économie sociale et solidaire SOS. En Bretagne, deux communes ont également été retenues : Guilligomarc’h (29) et Sains (35). »

Bistrots versus soignants

« Là où nous attendons des soignants, du service public de qualité, de l’emploi, de l’aide à la personne, nous aurons donc des bistrots ! Cette décision, qui ravira certainement le lobby alcoolier, envoie un message désastreux sur le plan de la santé publique. Car toutes les études démontrent que le niveau d’alcoolisation d’un pays est directement lié à l’offre et à l’accessibilité en boissons alcooliques. »

Alors que le succès du Défi de janvier/Dry January à la française a montré la prise de conscience de la population quant au risque alcool, le gouvernement a décidé de l’accroitre en incitant les gens à boire davantage sous prétexte de convivialité. Nul doute que les conséquences se feront sentir mécaniquement, de façon immédiate, sur le niveau des ivresses, le nombre d’accidents de la route dans ces zones où la voiture est souvent le seul moyen de locomotion, et à long terme sur les maladies, dont de nombreux cancers.

Un gouvernement en mal d’imagination pour revitaliser les zones rurales qui ne propose en dernier recours que l’alcool, synonyme dans ce cas de désespérance et d’aggravation des inégalités sociales de santé, et à terme de morts, de maladies, de handicaps et de violence. On pouvait souhaiter un meilleur départ au nouveau ministre de la Santé. »

« Convaincre , un peu ivre, son voisin que l’alcool est bon pour la santé. »

On peut aussi élargir la focale politique et addictologique. Comme le Dr William Lowenstein, président de SOS Addiction  qui rapproche cette annonce d’un papier du Monde citant une redoutable étude française (« Prescription Opioid Retail Sales and Socioeconomic Conditions in France »)  établissant un lien entre consommation d’antalgiques majeurs et pauvreté :

« La désertification s’imbrique avec la pauvreté. Retisser un réseau social, digne et protecteur, sans alcool et sans opioïdes, est-il possible pour « les pauvres »?  Notamment ds les campagnes françaises ? La question devrait même s’étendre au cannabis, dont la culture pourrait relancer quelques départements en difficulté.

Le gouvernement a tranché, sociologiquement sûr de sa recette. Comme d’habitude, la prévention des conduites addictives, ne saurait être une priorité. Une licence IV pour faire revivre les déserts français, qu’en penserait Saint-Exupery : « j’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant, quelque chose rayonne en silence. » ?

 Demain, on s’assiéra au bar, on entendra une chaîne d’info en continu au dessus des verres, on grattera des jeux dits de hasard et on pourra s’abreuver pour vivre ensemble, et parfois convaincre , un peu ivre, son voisin que l’alcool est bon pour la santé. »

On attend (avec le plus vif intérêt) la lecture d’Olivier Véran, nouveau ministre des Solidarités et de la Santé

A demain @jynau

NB Négrita®. Territoires désertifiés ou pas, les ondes radiophoniques diffusent depuis peu, à la veille des fêtes de Mardi-Gras (25 février) de lourdes incitations publicitaires à user de cette boisson lors l’élaboration de crêpes, beignets et autres gourmandises sucrées. Le site de la marque précise : « Petit-déjeuner, déjeuner, goûter, salée, sucrée, hivernale ou encore estivale : découvrez toutes les occasions pour réaliser des recettes avec le rhum Négrita! »

Réchauffement climatique: mille scientifiques nous exhortent à la «désobéissance civile»

Bonjour

20/02/2020. Sur fond de collapsologie et de violentes colères montantes voici une sombre tribune, sans précédent, mise en ligne sur le site du Monde :

« Nous, soussignés, représentons des disciplines et domaines académiques différents. Les vues que nous exprimons ici nous engagent et n’engagent pas les institutions pour lesquelles nous travaillons. Quels que soient nos domaines d’expertise, nous faisons tous le même constat : depuis des décennies, les gouvernements successifs ont été incapables de mettre en place des actions fortes et rapides pour faire face à la crise climatique et environnementale dont l’urgence croît tous les jours. Cette inertie ne peut plus être tolérée (…).

 « Les sociétés humaines ne peuvent continuer à ignorer l’impact de leurs activités sur la planète sans en subir les conséquences, comme l’ont montré de longue date et chaque jour plus clairement de nombreuses études reflétant le consensus scientifique. Si nous persistons dans cette voie, le futur de notre espèce est sombre.

Notre gouvernement se rend complice de cette situation en négligeant le principe de précaution et en ne reconnaissant pas qu’une croissance infinie sur une planète aux ressources finies est tout simplement une impasse. Les objectifs de croissance économique qu’il défend sont en contradiction totale avec le changement radical de modèle économique et productif qu’il est indispensable d’engager sans délai. »

Les mille signataires 1 dénoncent encore les politiques françaises actuelles en matière climatique et de protection de la biodiversité : elles sont selon eux encore « très loin d’être à la hauteur des enjeux et de l’urgence auxquels nous faisons face ». Et d’ajouter que, loin de confirmer une prétendue opposition entre écologie et justice sociale, le mouvement des « gilets jaunes » « a dénoncé à juste titre l’inconséquence et l’hypocrisie de politiques qui voudraient d’un côté imposer la sobriété aux citoyens tout en promouvant de l’autre un consumérisme débridé et un libéralisme économique inégalitaire et prédateur ».

On connaît les conséquences de ces convictions : « continuer à promouvoir des technologies superflues et énergivores comme la 5G ou la voiture autonome est irresponsable à l’heure où nos modes de vie doivent évoluer vers plus de frugalité et où nos efforts collectifs doivent être concentrés sur la transition écologique et sociale ». Traduction :

« Nous appelons à participer aux actions de désobéissance civile menées par les mouvements écologistes, qu’ils soient historiques (Amis de la Terre, Attac, Confédération paysanne, Greenpeace…) ou formés plus récemment (Action non-violente COP21, Extinction Rebellion, Youth for Climate…). »

Cet appel à la « désobéissance civile » n’interdit pas le respect des règles démocratiques. Les signataires demandent aussi aux pouvoirs publics ede dire la vérité concernant la gravité et l’urgence de la situation » – à savoir que « notre mode de vie actuel et la croissance économique ne sont pas compatibles avec la limitation du dérèglement climatique à des niveaux acceptables ».

Ils appellent les responsables politiques nationaux comme locaux « à prendre des mesures immédiates pour réduire véritablement l’empreinte carbone de la France et stopper l’érosion de la biodiversité ». Ils exhortent, enfin, l’exécutif et le Parlement « à faire passer les enjeux environnementaux avant les intérêts privés (…) ».

Rappel : la « désobéissance civile » est le refus assumé et public de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent, tout en faisant de ce refus une arme de combat pacifique. Le terme fut créé par l’américain Henry David Thoreau dans son essai La Désobéissance civile (1849). Parlait-on, déjà, de modes de vie devant évoluer à la fois vers plus de frugalité etde respect de la biodiversité ?

A demain @jynau

1 Liste des mille premiers signataires.

Conseil de lecture : Debray R. « Le Siècle Vert. Un changement de civilisation » Editions Gallimard, Collection Tracts. «Un autre monde est en train de naître devant nos yeux. Un autre esprit, dans nos façons de penser, d’espérer et d’avoir peur. L’angoisse écologique qui donne sa couleur au siècle nouveau n’annonce rien moins, pour notre civilisation, qu’un changement d’englobant. Ce fut l’Histoire, ce sera la Nature. De quoi prendre le vert au sérieux
Régis Debray.

Débat politique : MM Christophe Castaner et Olivier Faure se font la guerre sur France Inter

Bonjour

19 février 2020. Jusqu’où descendra-t-on sous la ligne de flottaison ? Les citoyens-auditeurs de France Inter ont, ce matin, dressé l’oreille à la fin de l’échange entre les journalistes et Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur. Tout avait été presque parfait : le ministre expliquait ce qu’avait dit la veille le Président sur les mosquées, l’islam, la laïcité menacée …. Colères et menaces rentrées… Puis, soudain, la fin, explosive, quand on aborda l’affaire Griveaux des vidéos-intimes-à-caractère-sexuel-mises-sur-les-réseaux-sociaux. Politique et morale, morale personnelle et vie publique, intimité et liberté … Erreur ou faute …  Et puis, soudain, cette sortie ministérielle concernant Olivier Faure, premier secrétaire du Part socialiste :

 « Les politiques doivent rester des femmes et des hommes, sinon ils se coupent de la réalité. Je suis un père de famile. (…) J’ai été surpris d’entendre à votre micro Olivier Faure, que je connais bien et que j’ai accompagné dans ses divorces, dans ses séparations … J’ai été assez étonné de ses leçons de morale. ».

Rappel, sur cette même antenne, début février, M. Faure s’était tristement illustré en comparant certains de ses anciens amis politiques socialistes à des « alcooliques anonymes ». Ce n’est pas cette comparaison qui avait semble-t-il heurté l’actuel ministre de l’Intérieur. Mais celle-ci, au même micro matinal, le 17 février, à propos de la vidéo de l’ancien candidat à la mairie de Paris :

« Quand vous êtes un décideur public, un ministre, vous devez prendre toutes les précautions d’usage, pour ne jamais être à portée des maîtres chanteurs. Imaginez une vidéo qui ne serait pas diffusée, et un maître chanteur qui en permanence revient vous voir pour vous faire prendre des décisions sous menace de la diffuser. Il ne faut jamais se rendre vulnérable. »  

Rancœur et ligne de flottaison

Olivier Faure avait alors précisé toutefois qu’il ne souhaiterait pas une telle mésaventure « à son pire ennemi ». Et aussitôt, ce matin, M. Faure de convoquer une conférence de presse pour réagir à la saillie de Christophe Castaner. « L’affaire est trop grave », fait-on remarquer au cabinet du premier secrétaire du Parti socialiste. « Le député de Seine-et-Marne estime qu’une attaque sur la vie privée d’un opposant mérite une riposte et veut ainsi rappeler solennellement quelques principes du débat public » rapporte Le Monde (Sylvia Zappi). Et notre consœur de se souvenir :

« MM. Castaner et Faure se connaissent bien. Avec Benoît Hamon, ils ont tous les deux fait leurs classes chez les jeunes rocardiens et sont restés longtemps proches au sein du PS. Membres des mêmes courants et partageant la même approche sociale-démocrate. Jusqu’à ce que le maire de Forcalquier rompe avec le PS et rejoigne le mouvement En marche d’Emmanuel Macron. Depuis, la rancœur s’est installée. »

Christophe Castaner avait été ciblé par M. Faure après le « moment de détente » que le ministre de l’Intérieur s’était octroyé dans une boîte de nuit parisienne en mars 2019, en plein mouvement des « gilets jaunes ». « Quand on est ministre de l’intérieur, on est 24 heures sur 24 au service de la République. Imaginez qu’à l’heure où il était en boîte de nuit, il y ait eu un attentat. Imaginez qu’on l’ait retrouvé à moitié saoul. Il y a quand même une dignité à assumer jour et nuit », avait-il déclaré.

Aujourd’hui M. Castaner rappelle qu’il a passé la dernière nuit de la Saint-Sylvestre avec les gendarmes, les pompiers et les policiers. Depuis quelques heures de nombreuses personnalités ont critiqué les propos de Christophe Castaner. « Ministre de l’intérieur de la cour de recréation. Franchement, on savait que ça volait pas très haut, mais là on atteint un niveau… », a tweeté Raphaël Glucksmann, député européen élu apparenté PS. « On savait que c’était un mauvais ministre, c’est aussi un mauvais pote ! Et puis sur la morale d’un autre siècle », a enchaîné Elsa Faucillon, députée PCF des Hauts-de-Seine.

Jusqu’à la droite où la saillie a choqué. Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat.

 « Olivier Faure a rappelé une évidence : Benjamin Griveaux a manqué de prudence et a commis une faute. En attaquant Olivier Faure sur sa vie privée, Christophe Castaner fait la preuve de la bassesse dont est capable ce pouvoir qui dégrade chaque jour davantage le climat politique ».

Pour sa part Olivier Faure a tenu une conférence presse le même jour à l’Assemblée nationale. «Christophe Castaner a commis une faute grave, a-t-il dénoncé. Dès lors, il appartient au président de la République, garant de nos institutions, de convoquer le ministre de l’Intérieur dans les meilleurs délais et d’en tirer les conséquences.»

Est-ce une nouvelle menace ? Qui nous dira où se situe la ligne de flottaison ? Et qui, le moment venu, écopera ?

A demain @jynau

Covid-19 et croisières : l'OMS, dépassée par les événements, navigue désormais à courte vue

Bonjour

19 février 2020. Bulletin quotidien : 75 200 cas, 2012 morts. A Genève, citant une étude du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies portant sur plus de 72 000 cas, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a précisé que plus de 80 % des patients souffraient d’une forme bénigne de la maladie. Toujours selon ce travail, jusqu’à 39 ans, le taux de mortalité du Covid-19 reste très bas avant 40 ans 0,2 %), puis s’élève progressivement avec l’âge. Que deviennent les 20% souffrant d’une forme « non-bénigne » ? Le patron de l’OMS ne le dit pas.

Jusqu’à présent le principal foyer de contamination hors de Chine demeurait le désormais célèbre paquebot de croisière Diamond-Princess, dont l’évacuation vient de commencer. On se souvient qu’il avait été été placé en quarantaine début février dans le port de Yokohama, près de Tokyo, avec plus de 3 700 personnes à son bord – 2 666 croisiéristes et 1 045 membres d’équipage. Selon le dernier bilan 542 personnes étaient désormais contaminées à bord – soit 88 cas de plus que la veille. A bord, les passagers étaient confinés dans leurs cabines mais pouvaient sortir pour de brèves promenades sur un pont du navire avec l’obligation de porter un masque, des gants et rester à distance des autres croisiéristes. On attend, ici, les témoiganges « vécus ».

La période de quarantaine étant théoriquement terminée aujourd’hui (rappelons que la période maximale d’incubation supposée de la maladie Covid-19 est de quatorze jours) cinq cents passagers ne présentant pas de symptômes (dont les tests se sont révélés négatifs, qui n’ont pas eu de contact avec des personnes porteuses du virus) ont commencé à débarquer mercredi. Une fois libérées, elles ne subiront « aucune restriction à leurs mouvements ». Le débarquement des milliers d’autres passagers devrait se poursuivre durant plusieurs jours, les personnes étant testées négatives au coronavirus pouvant progressivement être évacuées.

« Gestion totalement cahotique de la crise »

Les personnes à bord sont originaires de cinquante-six pays et territoires, dont la moitié du Japon, selon l’opérateur américain Princess Cruises, qui décompte également des centaines d’employés philippins et des centaines de croisiéristes américains. 

Monté à bord du bâtiment, le Pr Kentaro Iwata, spécialiste japonais des maladies infectieuses à l’université de Kobe, a fait grand bruit en qualifiant de « totalement chaotique » la gestion de la crise du coronavirus par Tokyo dans des vidéos vues des centaines de milliers de fois. « Ce navire est totalement inapproprié au contrôle de propagation des infections. Il n’y a pas de distinction entre les zones vertes (saines) et rouges (celles potentiellement infectées) » et « le personnel peut circuler d’un endroit à l’autre, manger, téléphoner », raconte-t-il. « J’ai été en Afrique pour traiter l’épidémie d’Ebola. J’ai été dans d’autres pays pour le choléra, en Chine en 2003 pour m’occuper du SRAS (…). Jamais je n’ai eu peur d’être moi-même infecté, dit-il dans la vidéo en anglais. Mais à l’intérieur du Diamond-Princess, j’ai eu peur (…) car il n’y avait aucun moyen de dire où se trouvait le virus. » Il s’est déclaré si inquiet qu’il s’est placé en quarantaine pour quatorze jours afin de ne pas risquer de contaminer sa famille.

Hypermédiatisée l’affaire du Diamond Princess (comme celle d’autres paquebots de croisière « contaminés ») a bouleversé ce secteur de l’économie touristique. Le nombre et la concentration-promiscuité des passagers associés aux contraintes des mises en quarantaine changent brutalement la donne. Au point que l’OMS elle-même s’interroge.

«  Si nous devons interrompre toutes les croisières du monde au cas où il y aurait un contact potentiel avec un possible agent pathogène, où nous arrêterons-nous ? », vient ainsi de déclarer  le Dr Michael Ryan, directeur des urgences de l’OMS. On se souvient que l’organisation onusienne s’était déjà prononcée contre la restriction brutale des voyages – et que son message avait alors été superbement ignoré. Aujourd’hui les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont, entre autres,  interdit l’entrée sur leur territoire aux étrangers s’étant récemment rendus en Chine. Jusqu’à la Russie qui vient d’annoncer qu’elle fermait ses frontières aux ressortissants chinois – prenant le risque de réveiller les mânes marxistes-léninistes.  

Des raisons d’espérer ? Face à l’épidémie, Pékin vient d’annonder une exemption des « droits de douane punitifs » qu’il imposait dans le cadre de sa guerre commerciale avec Washington sur certains produits médicaux américains. Des équipements utilisés pour la transfusion de patients ou pour mesurer la pression artérielle seront ainsi exemptés à partir du 2 mars.

A Macao, les célèbres casinos rouvriront sous peu, après la décision des autorités sanitaires de mettre fin à deux semaines de fermeture.

A demain @jynau

Infirmière poignardée : le ministre Olivier Véran aura-t-il le courage de lui rendre hommage ?

Bonjour

Le 13 février une infirmière, âgée de 30 ans, était mortellement poignardée à l’arme blanche par un patient d’une unité psychiatrique à Thouars, dans les Deux-Sèvres. L’infirmière, mère de deux enfants, a été agressée par un patient, âgé de 20 ans, qui cherchait à quitter cette unité psychiatrique du Centre hospitalier Nord Deux-Sèvres. Il lui a porté un coup de couteau au thorax, manquant de blesser également une autre infirmière. Héliportée au CHU de Poitiers, la jeune femme est morte dans l’après-middi.

Ce drame a rapidement suscité une vive émotion dans la communauté nationale des soignants en psychiatrie. D’emblée  Le Monde renvoyait à « La psychiatrie ‘’au bord de l’implosion’’ en France » (18 septembre 2019). Puis vint un texte remarquable du « Printemps de la psychiatrie ». 

« (…) Il est inacceptable qu’une professionnelle de santé meurt dans l’exercice de ses fonctions. Il est inacceptable qu’une personne hospitalisée pour des soins recourt à un tel acte de violence. Il est également inacceptable que toute cette horreur se produisent dans le climat de destruction de l’hôpital public et de la psychiatrie publique en particulier (…)

« Ce que nous savons, de manière générale, c’est que depuis 2008 l’augmentation des moyens en psychiatrie finance exclusivement du sécuritaire (chambres d’isolement, caméras de surveillance, renforcement de la hauteur des murs…). Aucun investissement dans des moyens humains n’a été fait sauf à créer des unités pour malades difficiles et des unités d’hospitalisation spécialement aménagées (UHSA) pour les détenus.

«  Douze ans plus tard, après des mois de lutte, les soignants sont toujours dans la rue pour dénoncer la honte quotidienne dans l’exercice de leur travail, l’indignité des conditions d’accueil et de soins des patients, les tensions régnantes à l’hôpital tant avec l’administration, entre collègues, avec les usagers etc.

«  Depuis plus d’une dizaine d’années, les rapports du contrôleur général des lieux de privation de liberté indiquent la déshumanisation globale qui règne dans la psychiatrie publique, le sous-effectif, le manque de formation, les maltraitances ordinaires… Quand allons-nous arrêter ces politiques criminelles qui sont un terrain propice à ce que le pire surgisse ? »

Partager la peine de la famille endeuillée

Nous sommes le 19 février et l’on parle à nouveau de la mort de l’infirmière poignardée. C’était à l’Assemblée nationale lors des questions au gouvernement. Caroline Fiat, 43 ans, est une députée « insoumise » élue de Meurthe-et-Moselle. Elle est aussi la première aide-soignante à siéger dans l’Hémicycle. Caroline Fiat a ; hier, voulu rendre hommage à l’infirmière poignardée en réclamant une minute de silence, démarche à laquelle s’est opposé le président Richard Ferrand (LREM).

 «Nous avons passé le week-end à n’entendre parler, bien malgré nous, que de l’élection municipale à Paris, occultant toute l’actualité, notamment le 14 février où le personnel hospitalier s’est mobilisé pour clamer son amour à l’hôpital public, a-t-elle expliqué. Pire encore, a été passé sous silence le meurtre d’une jeune collègue (…) poignardée à mort par un patient. »

On attendait, ici, un consensus, une preuve, fût-elle fugace, de cette humanité qui avait tant manqué aux députés marcheurs lors de l’affaire du congé parental après le deuil d’un enfant. C’était oublier le macronien Richard Ferrand, ancien socialiste devenu président de l’Assemblée nationale.

Caroline Fiat : « Alors que je propose de rendre hommage à une professionnelle de santé assassinée en observant une minute de silence à sa mémoire, le Président de l’Assemblée nationale me retire la parole ! Ce refus n’honore pas notre Assemblée. #DirectAN #psychiatrie #QAG Or dès qu’un fonctionnaire d’Etat décède dans l’exercice de ses fonctions, il est d’usage de lui rendre hommage par une minute de silence dans cet Hémicycle.»

 Richard Ferrand :  «Mme Fiat, nous sommes tous sensibles à l’émotion provoquée par le drame que vous venez d’évoquer, mais ainsi que je l’ai indiqué au président de votre groupe, l’usage limite la pratique des minutes de silence à des cas exceptionnels et solennels, et il ne peut y avoir dans cet hémicycle de minutes de silence à l’initiative d’un député ou d’un groupe» 

«Permettez-moi aussi de vous dire que sur tous les bancs siègent des professionnels de santé et que chacun ici partage la peine de la famille endeuillée», a-t-il poursuivi, avant de retirer parole à Caroline Fiat. La députée insoumise était debout, les larmes aux yeux.

Agnès Buzyn n’est plus ici pour donner son point de vue, elle qui, un instant, parla de redonner un souffle à la psychiatrie française. Aujourd’hui elle entend conquérir Paris, fait la une du Parisien (« Je n’ai peur de rien !») 1. A sa place, sur le banc du gouvernement, l’hyperactif Dr Olivier Véran. Aura-t-il le temps de partager la peine de la famille endeuillée, de rendre hommage à l’infirmière poignardée ?

A demain @jynau

1 Interrogée sur le fait qu’elle a quitté le ministère « en larmes », Agnès Buzyn répond :

« J’ai dû prendre ma décision d’être candidate en 24 heures. C’est normal d’avoir de l’émotion quand on quitte des gens qu’on aime. Partir d’un ministère dans lequel on a été pleinement engagée, qui correspond à ce que je suis en tant que femme, en tant qu’ ancien médecin, cela m’a obligée à évoluer en un temps très court. Ça n’enlève rien à mon envie d’exercer le mandat de maire. C’est le plus beau mandat. »

Covid-19 et dictature : pendant l’épidémie, Pékin n'oublie pas de museler ses « dissidents »

Bonjour

18 février 2020. Dernier décompte officiel : 73 336 cas- 1874 morts. Et toujours cette loupe grossissante qu’offre l’épidémie. Xu Zhiyong, un militant anticorruption qui avait déjà purgé quatre ans de prison entre 2013 et 2017, a été arrêté le samedi 15 février – information donnée par Amnesty International. « China: Detention of activist shows unrelenting assault on freedom of expression ».

 L’homme était en fuite depuis décembre, après avoir participé à une réunion d’opposants dans la ville de Xiamen. Il n’en continuait pas moins à diffuser sur les réseaux sociaux des articles dénonçant le régime communiste. C’est ainsi, par exemple, que le 4 février, il avait appelé à la démission du président Xi, critiquant sa gestion de la guerre commerciale avec les Etats-Unis, des manifestations à Hong Kong et de l’épidémie de Covid-19.. «Les fournitures médicales manquent, les hôpitaux sont débordés et beaucoup de personnes contaminées ne sont pas dépistées, avait-il dénoncé. C’est la pagaille. » Pagaille ?

Longtemps attablés au Flore

Hua Ze, une amie de longue date du dissident qui vit aux Etats-Unis, a confirmé être sans nouvelles de lui depuis samedi. «Le simple fait qu’il ait été en cavale depuis si longtemps tout en continuant à s’exprimer était en soi (…) une sorte de défi» aux autorités, a-t-elle commenté. Le cas n’est pas unique.

Où l’on voit que les conséquences de cette épidémie alimentent une fronde inhabituelle contre le pouvoir, accusé d’avoir tardé à réagir et d’entraver la liberté d’expression. «La guerre du gouvernement chinois contre le coronavirus ne l’a en aucun cas détourné de son offensive généralisée contre les voix dissidentes», observe Amnesty. Xu Zhiyong a été arrêté alors qu’il se trouvait à Canton, a déclaré à l’AFP une source qui a requis l’anonymat. Interrogée, la police cantonaise n’a pas répondu aux questions de l’AFP.

Effet de loupe. Au risque de choquer ceux qui, attablés au Flore, se sont réveillés un peu tard, on peut rappeler que l’affaire n’est pas nouvelle. Depuis bientôt un demi-siècle on peut lire, de Simon Leys : Les Habits neufs du président Mao : chronique de la « Révolution culturelle », préfacé par René Viénet, Paris, Champ libre, 1971, 314 p. (1er titre de la collection « Bibliothèque asiatique », dirigée par le sinologue situationniste René Viénet) ; éd. poche, Paris, Livre de Poche, 1989)

A demain @jynau

Covid-19 : en France les ministres changent, dans le monde l’épidémie continue à progresser

Bonjour

Les présents l’affirment : elle a quitté « son » ministère en pleurant… Puis elle est partie conquérir Paris. Sur ordre du président Macron la nouvelle ex-ministre de la santé a cédé sa place à Olivier Véran. Lors de la passation, le nouveau titulaire de l’épais maroquin a assuré que l’épidémie de coronavirus restait «la priorité numéro 1» de « son » ministère. Devant les colères hospitalières et la réforme des retraites. La gestion de l’épidémie «nous mobilise pleinement» et «il s’agit encore de la priorité numéro 1 de ce ministère» a déclaré Olivier Véran –  ajoutant « avoir échangé sur cette situation avec Agnès Buzyn avant leurs prises de parole ».

Le nouveau ministre a également ajouté qu’il partagerait «avec les Français l’ensemble des informations dont je disposerai, (…) je continuerai de faire des compte-rendus réguliers sur la situation», comme l’avait fait celle dont il rêvait de prendre la place. Comment Olivier Véran aurait-il pu imaginer que nous aurions pu penser qu’il pourrait en être autrement ?

Puis ce message : le ministre des Solidarités et de la Santé fera « un point de situation et répondra aux questions » le lundi 17 février 2020 à 19h30 à l’hôpital Bichat (AP-HP)46 rue Henri-Huchard, 75018 Paris. Et ces informations, données par l’AFP : le nouveau ministre a indiqué que dans l’Hexagone, sur les douze cas confirmés, six personnes restaient hospitalisées . Un deuxième cas positif a en revanche été diagnostiqué parmi les quatre ressortissants français à bord du Diamond Princess, en quarantaine au Japon, a précisé Jérôme Salomon, « numéro deux du ministère » (sic).  Un passager français de 80 ans avait déjà été diagnostiqué et est actuellement hospitalisé au Japon. M. Salomon a ajouté : « Ils sont pris en charge par les autorités médicales japonaises. Il n’y a pas de demande à ce jour de rapatriement médical (…). S’il y avait une demande on l’instruirait, dans l’intérêt de ces malades. »

Sur le territoire français, « il reste à ce jour six patients hospitalisés » après la sortie d’un enfant qui a pu quitter le CHU de Grenoble « guéri », a souligné pour sa part Olivier Véran. Il s’agit de l’un des six Britanniques – dont cinq restent hospitalisés dans la région lyonnaise – contaminés fin janvier par un compatriote de retour de Singapour à l’occasion d’un séjour dans un chalet aux Contamines-Montjoie, dans les Alpes. La sixième personne encore à l’hôpital Bichat, est une Chinoise de 50 ans, fille d’un touriste chinois de 80 ans, mort vendredi soir. « Elle va bien aujourd’hui, elle est guérie, les tests montrent qu’elle n’est plus contagieuse. On peut tout à fait envisager sa sortie très prochaine », a assuré le ministre – après l’avoir rencontrée.

Dans le vaste monde : plus de 70 000 contaminations – le nombre de morts dépasse désormais les 1 700

A demain @jynau