VIH : les généralistes pourront prescrire la prophylaxie pré-exposition (Agnès Buzyn)

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C’est un communiqué dont deux lignes vont alimenter une polémique discrète mais montante sur les risques infectieux associés à la prophylaxie pré-exposition (PrEP). Un communiqué de presse intitulé : « Recul du VIH en France, Agnès Buzyn salue un progrès pour la santé sexuelle en France ». Un communiqué publié à la veille de la tenue à Lyon de la  « sixième conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme » , La ministre des Solidarités et de la Santé, se félicite des dernières données de 2018, publiées par Santé publique France, qui montrent un recul du VIH en France : le nombre de personnes ayant découvert leur séropositivité au VIH diminue de manière significative par rapport à 2017 (-7%). Objectifs inchangés : « mettre fin à l’épidémie de sida d’ici 2030 » (sic) et  « faire évoluer les représentations sociales ».

« Le nombre de personnes ayant découvert leur séropositivité VIH en France (données issues de la déclaration obligatoire) a été estimé à 6 200 en 2018. La diminution observée entre 2013 et 2018 pour les personnes nées en France est de 16% pour les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH), et de 22% chez les personnes contaminées par rapports hétérosexuels. En revanche ce nombre reste stable chez les femmes hétérosexuelles nées à l’étranger, et a significativement augmenté chez les HSH nés à l’étranger de +38% sur la même période. »

Conclusion : il est nécessaire de poursuivre les actions engagéeset derenforcer, en parallèle d’une approche en population générale, une approche ciblée en direction des populations les plus exposées au VIH. Traduction : l’importance de la prévention diversifiée doit être rappelée:le dépistage du VIH, le traitement comme prévention  (une charge virale indétectable = pas de transmission du VIH), la prophylaxie pré exposition (PrEP) et le traitement post-exposition (TPE). Sans sans oublier que « le préservatif qui reste l’outil de base de la prévention protégeant également des autres infections sexuellement transmissibles (IST) ».

Pour Agnès Buzyn « le déploiement de la PrEP doit se poursuivre et des travaux sont en cours pour permettre aux médecins généralistes d’initier une telle prophylaxie ». Ce faisant la ministre des Solidarités et de la Santé semble ignorer les alertes lancées (avec quelques difficultés dans les médias généralistes) 1 par des spécialistes des maladies sexuellement transmissibles, au premier rang desquels le Pr Eric Caumes chef du service des maladies infectieuses à la Pitié Salpêtrière et ses confrères auteurs de « Retour des infections sexuellement transmissibles : vers une épidémie de l’ampleur du sida ? » (The Conversation) :

« Ces dernières années, le développement de la PrEP n’a pas arrangé la situation des Infections Sexuellement Transmissibles (IST) dans la population des HSH. Disponible en France depuis 2016, ce protocole consiste pour les personnes séronégatives, donc non porteuses du virus, à prendre en prévention le traitement contre le VIH. Les 12 000 à 15 000 personnes qui ont recours à la PrEP prennent des médicaments en continu (un comprimé tous les jours) ou “à la demande” (un comprimé avant un rapport, puis un comprimé durant au moins 2 jours après une prise de risque sexuel). Des études récentes, en France comme en Australie, confirment malheureusement que cette prévention médicamenteuse – efficace uniquement contre le VIH tant que la personne prend le traitement – entraîne une diminution du port du préservatif et une augmentation des prises de risque. Ce qui se traduit sans surprise, par une augmentation des autres IST. »

A demain @jynau

1 Sur ce thème : Infections sexuellement transmissibles: le procès fait à la PrEP Rev Med Suisse 2019; volume 15. 1640-1641

On aura bientôt oublié qu’il existait des médicaments homéopathiques remboursés

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Voulu par Agnès Buzyn après quelques étranges atermoiements, le rouleau à dérembourser fonctionne désormais comme annoncé : quatre mois après l’avis de la Haute Autorité de Santé concluant oficiellement à l’absence d’efficacité avérée des produits homéopathiques, deux arrêtés attendus publiés ce mardi 9 novembre au Journal Officiel  organisent leur déremboursement complet – et ce à compter du 1er janvier 2021.

Premier arrêté : c’est un document peu banal qui énumère le nom des centaines de médicaments homéopathiques qui vont être radiés de la liste des spécialités pharmaceutiques remboursables. Toutes les formes sont concernées (granules, comprimés, ampoules, pommade…) ainsi que les nomenclatures homéopathiques, allant d’Arnica montana ou Influenzinum à Nux vomica. 

Second arrêté :  il met fin à la prise en charge par l’Assurance-maladie des préparations homéopathiques, réalisées par les pharmaciens, « en l’absence d’intérêt démontré pour la santé publique ». Cet arrêté complète un décret  publié fin août qui modifiait les conditions de remboursement des préparations homéopathiques.

Dans les deux cas, le déremboursement complet interviendra comme prévu au 1er janvier 2021. Entre-temps, il appartiendra à l’Union nationale des caisses d’Assurance-maladie (UNCAM) de fixer la baisse du taux de prise en charge au 1er janvier 2020 à 15 %.  Signe qui ne trompe pas : le déremboursement est signé de l’adjoint à la sous-directrice de la politique des produits de santé et de la qualité des pratiques et des soins (F. Bruneaux) et par le sous-directeur du financement du système de soins (N. Labrune).

On aura bientôt oublié, en France, que certains médicaments homéopathiques étaient remboursés sans avoir prouvé leur efficacité scientifique et ce en vertu d’un statut dérogatoire dont les raisons resteront longtemps encore à expliquer. Leur taux de remboursement, fixé à 65 % en 1984, avait été ramené à 35 % en 2003 puis à 30 % en 2011. Oublié aussi qu’en 2018 les remboursements de spécialités homéopathiques avaient représenté 126,8 millions d’euros sur environ 20 milliards pour l’ensemble des médicaments pris en charge par la collectivité.

Pour l’heure, le rouleau à dérembourser fonctionne comme annoncé.

A demain @jynau

Quatre policiers tués à Paris : cinq jours pour passer du «coup de folie» à «l’hydre islamiste»

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Tout va de plus en plus vite, y compris et surtout pour les médias ainsi, corollaire, que pour le pouvoir exécutif. Cinq jours après l’attentat ayant coûté la vie à quatre fonctionnaires de la Préfecture de police de Paris (PP) le président de la République Emmanuel Macron a rendu hommage, mardi 8 octobre, aux victimes – des victimes tuées par « leur collègue radicalisé », un agent administratif de la PP habilité secret-défense.

Le 3 octobre on apprenait que le tueur était est membre de la Direction du renseignement (DR-PP), qui aurait eu « un coup de folie ». L’assaillant « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales », assurait aussitôt le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. La psychiatrie en première ligne, donc. Le 5 octobre, « rebondissement islamiste » aux conséquences policières et politiques que nul ne peut encore imaginer. L’assaillant «aurait adhéré à une vision radicale de l’islam» et était en contact avec des individus de la «mouvance islamiste salafiste» indiquait Jean-François Ricard, procureur antiterroriste.

Nous sommes le 8 octobre. Le chef de l’Etat, accompagné du Premier ministre, Edouard Philippe, et des ministres de la justice, Nicole Belloubet, et des armées, Florence Parly, a prononcé un discours (solennel autant qu’inquiétant, presque orwellien) dans la cour de la préfecture. Il a promis un « combat sans relâche » « face au terrorisme islamiste », appelant « la nation toute entière » à « se mobiliser » face à « l’hydre islamiste » 1 :

« Une société de vigilance. Voilà ce qu’il nous revient de bâtir. Savoir repérer au travail, à l’école, les relâchements, les déviations. Cela commence par vous, fonctionnaires, serviteurs de l’Etat. Faisons bloc, tous ici réunis face au terrorisme. Nous mènerons toujours le combat et à la fin nous l’emporterons, car nous avons cette force d’âme. Nous le faisons pour nos morts, pour nos enfants, nous le faisons pour la nation. »

 « Trop souvent nous avons parlé, fait des lois puis sommes revenus au quotidien, comme si de rien n’était », a-t-il regretté, après s’être incliné devant les cercueils des quatre victimes. « Ce n’est en aucun cas un combat contre une religion, a-t-il précisé. Mais contre son dévoiement, qui conduit au terrorisme. »

Avant ce discours du chef de l’Etat, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, avait remis la Légion d’honneur, à titre posthume, aux quatre victimes : Damien Ernest, Anthony Lancelot, Brice Le Mescam, Aurélia Trifiro. Pour l’heure le pouvoir exécutif ne parle plus de psychiatrie, reconnaît un « dysfonctionnement d’Etat » mais se refuse à parler d’une « affaire d’Etat ».

A demain @jynau

1 Hydre :  MYTHOL. Serpent monstrueux à sept têtes qui repoussaient, à raison de deux pour une, à mesure qu’on les tranchait.

− P. métaph. [Symbole du mal qui se renouvelle ou s’étend dangereusement sans qu’on puisse le détruire] Quand Bossuet descendit dans la carrière, la victoire ne demeura pas longtemps indécise; l’hydre de l’hérésie fut de nouveau terrassée (Chateaubr., Gén., t. 1, 1803, p. 5).

Il était clair que l’hydre de l’anarchie était sortie de sa boîte et qu’elle se démenait dans le quartier (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 402).

L’hydre fasciste qui a presque submergé le monde d’un flot de sang (Déclar. univ. Homme,1949, p. 12).

B. − ZOOL. Polype d’eau douce, de très petite taille, ayant la faculté de régénérer les parties de son corps qui lui sont enlevées, dont la reproduction a lieu par bourgeonnement et par œufs, et appartenant à la classe des Hydrozoaires :

Cancer du sein et pesticides : voici, en résumé, pourquoi il ne faut plus écouter Ségolène Royal

Bonjour

S’autoriser à tout dire sur les sujets les plus graves – et ne pas être capable de reconnaître ses erreurs. Serait-ce le propre des hommes et des femmes de pouvoir ? Aujourd’hui le cas de Ségolène Royal est, de ce point de vue, tristement édifiant.

Invitée de BFM-TV vendredi 4 octobre, l’ancienne ministre de l’environnement a présenté les pesticides comme une cause majeure du cancer du sein : « Aujourd’hui, plus d’une femme sur dix est touchée par le cancer du sein, est-ce que vous vous rendez compte de ça ? C’est dû à quoi, cela ? C’est dû aux pesticides. »

Tollé immédiat dans les cénacles spécialisés. Le sujet est d’importance. Près de 60 000 nouveaux cas par an. Plus de onze mille décès prématurés dans le même temps. De nombreux facteurs de risques ont été identifiés parmi lesquels des antécédents familiaux et, corollaire, des prédispositions génétiques. L’alcool, le tabac et le surpoids font aussi partie des facteurs de risques parfaitement établis. Avec, en pointillé, les perturbateurs endocriniens. Pour ce qui est des « pesticides » aucune mis en évidence scientifique de possibles effets sur l’apparition du cancer du sein dans la population générale. Rien ne permet certes d’être définitif mais rien ne permet d’affirmer comme le fait l’ancienne ministre socialiste

Précaution et confusion

C’est ce qu’a aussitôt relevé le jeune président de la Ligue nationale contre le cancer, Axel Kahn, qui s’est étonné de ces déclarations sur Twitter

Hasard ou fatalité, Ségolène Royal (aujourd’hui ambassadrice  chargée de la négociation internationale pour les pôles arctique et antarctique) était de nouveau interrogée sur le sujet sur France Inter lundi 7 octobre. Allait-elle faire son mea-culpa radiophonique? « Est-ce que vous êtes allée trop vite en disant cela ? Est-ce que vous voulez rectifier ? », lui a demandé la journaliste, Léa Salamé. 

« C’était un peu résumé », a répondu l’intéressée, nullement gênée. Avant de dénoncer  l’existence d’une « loi du silence pendant des années sur les effets de la dégradation environnementale et notamment sur tous les produits chimiques qu’il y a dans l’air, dans les sols, dans l’alimentation ».

Selon Ségolène Royal, « dans l’aléa et dans le principe de précaution, si on attend que tout soit démontré, il n’y a plus de principe de précaution ». Une formulation qui témoigne à merveille d’une méconnaissance, voulue ou non, du concept du principe de précaution. On attend, sur ce sujet, les commentaires des journalistes militants écologistes.

Il y a un an, le cas Jadot

Ségolène Royale n’est pas la seule à commettre de telles fautes jamais reconnues. Il y a un an Yannick Jadot, sur RTL,  faisait de même, accusant les pesticides d’être responsables du phénomène, toujours inexpliqué, des « bébés sans bras »:

 « Je suis absolument scandalisé par cette affaire, comme tous vos auditeurs, en tant que père de famille, on a tous été très touché, de voir ces enfants sans bras, sans main. On a des associations qui fonctionnent avec quasiment aucun moyen, et à qui on enlève les moyens, des associations qui font le registre des malformations. (…) On veut casser le thermomètre. »

 « Ce que l’on veut ne pas voir, c’est que il est très probable que ces malformations soient liées aux pesticides. Toutes les familles qui ont été touchées par ces malformations vivent à côté des champs de maïs et des champs de tournesols. On n’a jamais voulu savoir en France, on veut pas faire les études épidémiologiques autour des incinérateurs, autour des centrales nucléaires, on veut pas le faire sur les pesticides parce qu’on ne veut pas savoir. »

 M. Jadot n’avait aucune preuve quant à l’origine de ces malformations. Mais M. Jadot a des convictions politiques. Comme Mme Royal. Des convictions qui ajoutent ici gravement à la confusion générale et ajoute au discrédit du scientifique. C’est, aussi, une forme de populisme.

A demain @jynau

Le combat «anti-PMA pour toutes» est dépassé. Le prochain s’attaquera à la GPA

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Fin ou presque de l’acte I. Synthèse, par Le Monde, de Reuters et de l’AFP : agitant des drapeaux vert et rouge « Liberté Égalité Paternité », plusieurs dizaines de milliers d’opposants à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes ont marché dans le calme, dimanche 6 octobre, depuis les Jardins du Luxembourg, près du Sénat, jusqu’au pied de la Tour Montparnasse, à l’appel d’un collectif d’une vingtaine d’associations, dont la Manif pour tous. 74 500 personnes, selon un comptage réalisé par le cabinet Occurrence pour « un collectif de média »s. Les organisateurs annoncent avoir comptabilisé de leur côté 600 000 manifestants. La préfecture de police de Paris avance elle le chiffre de 42 000. A titre de comparaison, 100 000 manifestants avaient défilé en France lors de la première action contre le mariage gay en novembre 2012.

 « Cette manifestation, c’est un avertissement au gouvernement. Ouvrira-t-il le dialogue ou restera-t-il comme Hollande en 2012 dans le mépris ? », avait déclaré la présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, avant le départ du cortège. Dans sa ligne de mire, l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, promesse de campagne d’Emmanuel Macron et mesure phare de la loi bioéthique adoptée en première lecture le 27 septembre par l’Assemblée nationale. On voit mal désormais comment le gouvernement pourrait « ouvir le dialogue ».

La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a déclaré le même jour sur LCI qu’elle n’était pas « surprise » par l’ampleur de la mobilisation, mais n’envisage pas de retrait du projet de loi. « Je trouve ça tout à fait légitime que cette partie de notre société française ait envie de s’exprimer », a-t-elle dit. « Le vote des députés est sans appel. La PMA pour toutes les femmes a été adoptée à une large majorité des voix. » Exprimez-vous, citoyens, cela ne servira plus à rien !

De fait le contexte est nettement moins favorable aux anti-PMA qu’à l’époque des controverses sur le mariage homosexuel. Au plus fort de la contestation contre la loi Taubira, jusqu’à 340 000 personnes étaient descendues dans la rue selon la police, 1,4 million selon les organisateurs. Et, selon différents sondages, une majorité de Français soutiendrait désormais l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux lesbiennes.

Symptôme : seule une poignée d’élus « Les Républicains » étaient dans le cortège parisien, dont deux des trois candidats à la présidence du parti – les députés Guillaume Larrivé et Julien Aubert – mais aussi l’eurodéputée François-Xavier Bellamy. Les eurodéputés du Rassemblement national Nicolas Bay et Gilbert Collard étaient aussi présents.

Où l’on comprend, sans mal désormais, que la page se tourne et que le prochain combat est d’ores et déjà connu : ce sera celui contre la dépénalisation, rampante en France, de la GPA. Une GPA présentée au choix comme une nouvelle forme de libération du corps de la femme  ou, plus justement, comme la forme, dramatiquement moderne, d’un nouvel esclavage dans l’espace marchand.

A demain @jynau

Policiers tués de Paris: rebondissement islamiste. Que restera-t-il, demain, du «coup de folie» ?

Bonjour

L’heure devient d’une extrême gravité. On connaît désormais son nom : Mickaël Harpon, informaticien de 45 ans, travaillait depuis 2003 à la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP). A tué à l’arme blanche, le 3 octobre, quatre fonctionnaires de ses collègues sur son lieu de travail. D’emblée syndicats, autorités et médias ont évoqué « un coup de folie ». L’assaillant « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales », avait aussitôt déclaré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, ce que confirmaient plusieurs syndicats de police. Ni le ministre, ni les syndicats, ni les médias n’expliquaient ce que pouvait désigner la formule « coup de folie ». Mais, déjà, certains médias annonçaient que l’auteur de l’attaque s’était converti à l’islam depuis 18 mois – ajoutant aussitôt ne pas savoir s’il existait un lien entre sa conversion et ce « passage à l’acte ».

Quarante-huit heures plus tard, rebondissement aux conséquences policières et politiques que nul ne peut encore imaginer : l’assaillant «aurait adhéré à une vision radicale de l’islam» et était en contact avec des individus de la «mouvance islamiste salafiste», a indiqué samedi Jean-François Ricard, procureur antiterroriste, cité par l’AFP. Les premières investigations ont relevé son «approbation de certaines exactions commises au nom de cette religion», «son souhait de ne plus avoir certains contacts avec des femmes», «sa justification» des attentats de Charlie Hebdo en 2015, «son changement d’habitude vestimentaire depuis quelques mois», a déclaré le procureur antiterroriste lors d’une conférence de presse.

Procédure pour violences conjugales

Mickaël Harpon abandonnait «toute tenue occidentale au profit d’une tenue traditionnelle pour se rendre à la mosquée», a encore révélé le procureur. Les investigations ont aussi «permis de faire apparaître des contacts entre l’auteur des faits et plusieurs individus, susceptibles d’appartenir à la mouvance islamiste». Cet homme au casier judiciaire vierge mais qui avait fait l’objet d’une procédure pour violences conjugales en 2009 s’était converti à l’islam il y a «une dizaine d’années», a précisé le procureur Ricard, qui a décrit dans le détail le parcours du tueur jeudi, évoquant une scène «d’une extrême violence».

L’assaillant a acheté le matin même de l’attaque deux couteaux, un «couteau de cuisine métallique» de 33 centimètres, et «un couteau à huîtres», qu’il a dissimulés sur lui. C’est à l’aide de ces couteaux qu’il a attaqué, entre 12h53 et 13 heures, plusieurs de ses collègues, avant d’être abattu par un policier stagiaire dans la cour de la préfecture.

L’étude de la téléphonie de son épouse, dont la garde à vue, débutée jeudi, a de nouveau été prolongée samedi pour 48 heures, a révélé que le couple avait «échangé 33 SMS, le matin des faits entre 11h21 et 11h50». «Au cours de cette conversation, l’auteur des faits a tenu des propos à connotation exclusivement religieuse qui se sont terminés par ces deux expressions: « Allah akbar » puis « suis notre prophète bien aimé, Muhammad, et médite le Coran »», a relaté le procureur. Il aurait, selon les témoignages dans son entourage, tenu «des propos similaires dans la nuit».

Où l’on mesure, la somme des questions majeures désormais soulevées, aux confins de la religion et de la psychiatre, du pouvoir policier et du pouvoir politique.

A demain @jynau

A Paris, quatre policiers sont tués, poignardés par un cinquième, abattu : un « coup de folie » ?

Bonjour

Dans les médias, soudain, une nouvelle vague montante d’émotion nourrie d’incompréhension. Un agent administratif de la préfecture de police de Paris (informaticien, vingt ans de maison) a, le 3 octobre, tué quatre fonctionnaires à l’arme blanche, sur son lieu de travail, avant d’être abattu. L’agression s’est produite en début d’après-midi dans les locaux de la préfecture, l’un des lieux les plus sécurisés de la capitale française, sur l’île de la Cité. « Le mobile à ce stade n’est pas connu », a déclaré Loïc Travers, secrétaire national adjoint Ile-de-France du syndicat Alliance.  Les circonstances laissent supputer qu’il a commencé dans le cadre et à proximité de son bureau avant d’en sortir et d’attaquer d’autres collègues ». 

L’assaillant est membre de la Direction du renseignement (DR-PP), qui aurait eu « un coup de folie » et « porté des coups de couteau avant d’être abattu par des fonctionnaires de police dans la cour de la préfecture ». Sourd et muet, l’agresseur a d’abord tué sa supérieure hiérarchique puis a poignardé deux autres personnes dans un escalier puis un dernier dans la cour de la préfecture où il a été abattu par un de ses collègues.

« Jamais de difficultés comportementales« 

Le parquet national antiterroriste, « en observation », a fait savoir à Reuters qu’il ne s’était pas saisi de l’affaire à ce stade. « C’est malheureusement un fait divers » (sic), a dit sur BFM TV Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure. Frédéric Guillot, délégué CGT à la préfecture de police de Paris : « On connaît avec beaucoup de tristesse un épisode de suicides dans la police, mais qu’un collègue se retourne contre d’autres, de mémoire ça n’est jamais arrivé ».

« L’agression s’est déroulée sur fond de malaise latent dans les rangs de la police, rappelle Reuters. Plusieurs milliers de fonctionnaires ont manifesté la veille à Paris pour exiger une amélioration de leurs conditions de travail, mais aussi clamer leur mal-être face à une ‘’haine du flic’’ qu’ils jugent de plus en plus préoccupante en France. Cinquante-deux policiers se sont suicidés depuis janvier. »

L’assaillant « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales », a déclaré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, ce que confirment plusieurs syndicats de police. Un « conflit personnel » ? Pour l’heure ni le ministre, ni les syndicats ni les médias n’expliquent ce que peut désigner la formule « coup de folie ». Et, déjà, certains médias annoncent que l’auteur de l’attaque s’était converti à l’islam depuis 18 mois – ajoutant aussitôt ne pas savoir s’il existe un lien entre sa conversion et ce « passage à l’acte ».

A demain @jynau