« Ensauvagement » et « fermer le ban »: le Premier ministre dépassé par les événements

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04/09/2020. On pensait pouvoir en rire ; cela devient une affaire qui met à mal l’autorité du Premier ministre. Cela a commencé avec la rentrée scolaire. Jean Castex demandait alors de «fermer le ban». Visés : deux de ses ministres ennemis et parmi les plus dissipés : le ministre de l’Intérieur et le garde des Sceaux. Les deux en étaient venus aux mots – autour de celui d’«ensauvagement».

«Fermez le ban: il n’y a aucune polémique, affirmait à la presse le chef du gouvernement lors d’un déplacement scolaire à Châteauroux (Indre). Le vrai sujet, en revanche, c’est bien celui de mobiliser face à la montée des violences et de l’insécurité. La question n’est pas les mots qu’on emploie pour qualifier le phénomène, mais les actions que l’on met et que l’on va mettre en place pour y faire face. Le ministre de l’Intérieur, comme l’ensemble du gouvernement, constate effectivement qu’il y a une montée du sentiment d’insécurité et je peux vous dire la totale mobilisation du gouvernement pour y faire face. »

Peu de temps auparavant, Sur Europe 1, le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti avait récusé «l’ensauvagement de la société» dénoncé par la droite et par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et par la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa. «L’ensauvagement, c’est un mot qui (…) développe le sentiment d’insécurité, avait-il osé déclarer. Or pire que l’insécurité, il y a le sentiment d’insécurité» qui est de l’ordre du fantasme» et est nourri par «les difficultés économiques et certains médias ».

Peu après le rappel à l’ordre du Premier ministre Gérald Darmanin récidivait. «On peut utiliser des mots différents. Personnellement, j’utilise le mot d’ensauvagement et je le réitère», déclarait-il publiquement lors d’un déplacement à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne). Le ban venait à nouveau d’ouvrir.

Nous nous demandions alors quelles seraient les sanctions – et pourquoi le ministre de l’Education nationale  restait coi. Or voici qu’il vient de parler. Après son collègue Éric Dupond-Moretti, c’est au tour de Jean-Michel Blanquer de récuser le terme «d’ensauvagement». «Ce n’est pas mon mot préféré, je le trouve flou (…) Par optimisme, je préfère ne pas l’utiliser. Je ne considère pas que notre société est fatalement ensauvagée , a expliqué le ministre de l’Éducation vendredi matin sur Europe 1. Je n’ai pas de fétichisme 1 sur ce mot, mais pas de tabou non plus. » Jean-Michel Blanquer n’a cependant pas nié que l’insécurité «est une réalité et un sentiment» (sic).

L’expression « d’ensauvagement », régulièrement reprise par Marine Le Pen, est devenue « radioactive » au sein du gouvernement, depuis que le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, l’a employée dans un entretien au Figaro .  « Avec cette nouvelle prise de position de Jean-Michel Blanquer, force est de constater que ses ministres ne respectent pas la consigne » observe le quotidien. On attend, sur ce point, la position d’Emmanuel Macron.

A demain @jynau

1 Fétichisme A.− Système religieux consistant à faire de divers objets naturels ou façonnés les signes efficaces de puissances supra-humaines et à les utiliser dans des pratiques de magie. 

B.− P. anal. Attachement ou respect exagéré pour quelqu’un ou quelque chose. (Quasi-)synon. culte. « Elle a le fétichisme de l’autorité et l’horreur de toutes les indépendances » (Amiel, Journal,1866, p. 478).

Le Pr Didier Raoult bientôt transformé en martyr scientifique par l’Ordre des médecins ?

Bonjour

03/09/2020. C’est une nouvelle et croustillante étape dans une affaire désormais sans fin : « l’affaire Raoult ». On en trouvera l’essentiel dans Le Figaro (Cécile Thibert). Un développement symptomatique des passions et des colères générées par le comportement du microbiologiste marseillais au sein de sa communauté médicale et scientifique spécialisée.

Il faut ainsi rappeler qu’en juillet, la Société de pathologie infectieuse de langue française (Spilf) avait déposé plainte contre Didier Raoult, le plus que médiatique directeur de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection auprès du Conseil départemental de l’Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône. Sanctions encourues : du simple avertissement à la radiation définitive.

« Promotion d’un traitement qui n’a pas démontré son efficacité, diffusion de fausses informations auprès du public, graves manquements au devoir de confraternité, réalisation d’essais cliniques dont la légalité reste à démontrer… La Spilf – qui rassemble plus de 500 spécialistes des maladies infectieuses – reproche au microbiologiste d’avoir enfreint pas moins de neuf articles du code de déontologie médicale » résume Le Figaro.

Et le quotidien de détailler après avoir pris connaissance d’un argumentaire de six pages dans lequel les plaignants exposent méticuleusement les motifs. À commencer par la promotion et la prescription tous azimuts de l’hydroxychloroquine  par le chercheur marseillais depuis le mois février. «Le Pr Didier Raoult a délibérément prescrit de l’hydroxychloroquine souvent associée à de l’azithromycine à des patients atteints de Covid-19 sans qu’aucune donnée acquise de la science ne soit clairement établie à ce sujet, et en infraction avec les recommandations des autorités de santé», souligne la société savante.

Hydroxychloroquine, essai clinique et cadre légal

Pugnaces les auteurs de la plainte rappellent que le code de déontologie médicale interdit aux médecins de présenter comme «salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé». Et ce alors même que les risques, notamment cardiaques, sont bien établis (150 cas d’atteinte cardiaque liés à l’hydroxychloroquine entre janvier et mai, dont 7 décès, selon l’Agence du médicament).

De même, les médecins sont tenus de ne faire état au public que de «données confirmées», de «faire preuve de prudence» et d’avoir le «souci des répercussions de ses propos». Ce que Didier Raoult n’aurait pas respecté, selon la Spilf,  en affirmant que l’hydroxychloroquine permettait une «amélioration spectaculaire»  – et ce avant de jurer aux députés de la commission d’enquête parlementaire sur la gestion de l’épidémie n’avoir «jamais recommandé ce traitement»

« Les plaignants n’ont pas non plus digéré les multiples offenses du chercheur marseillais, qui a traité de «fous» ceux qui ne prescrivaient pas son traitement, avant d’insinuer que certains avaient délibérément laissé mourir des patients » ajoute Le Figaro. «Ici, à Paris, on comptait les morts, moi je comptais les positifs (…) On n’a pas soigné les gens (…) c’est un choix qui a été fait», a-t-il ainsi déclaré le 25 juin sur BFMTV.

Enfin, et c’est peut-être le plus grave, les auteurs de la plainte accusent le scientifique marseillais de ne pas avoir réalisé ses essais cliniques sur l’homme dans le cadre légal. Une enquête nationale de l’Agence de sécurité du médicament est en cours qui pourrait dépasser le seul cadre des poursuites ordinales.

Et maintenant ? La plainte argumentée doit donner lieu à une « proposition de conciliation » entre les deux parties. Si, comme on peut l’imaginer, celle-ci n’aboutissait pas, le dossier serait instruit par la chambre disciplinaire régionale, présidée par un magistrat. Une procédure qui dure habituellement près d’un an. Avant les éventuels appels. D’ici là le Pr Raoult pourra, une nouvelle fois, amplement dénoncer dans les médias la méchante vindicte professionnelle dont il fait officiellement l’objet– un phénomène qui ne pourra qu’amplifier l’aura dont ce « semi-rebelle » atypique dispose dans l’opinion comme, plus étonnant sans doute, chez une fraction de ses confrères.

A demain @jynau

Jean Castex : «Silence dans les rangs ! Maintenant, on ne dit plus ensauvagement !»

Bonjour

01/09/2020. Rentrée des classes, y compris au gouvernement. Chef d’établissement, le Premier ministre Jean Castex. Il vient d’appeler, lors de la première journée à «fermer le ban». Visés : deux des plus dissipés : le ministre de l’Intérieur et le garde des Sceaux. Les deux en sont venus aux mots devant l’ensemble de l’établissement scolaire. La cause : utiliser ou pas l’expression «ensauvagement».1

«Fermez le ban: il n’y a aucune polémique», a affirmé à la presse le chef du gouvernement lors d’un déplacement scolaire à Châteauroux (Indre). « Le vrai sujet, en revanche, c’est bien celui de mobiliser face à la montée des violences et de l’insécurité» a-t-il ajouté. Y compris et surtout à Châteauroux ?

«La question n’est pas les mots qu’on emploie pour qualifier le phénomène, mais les actions que l’on met et que l’on va mettre en place pour y faire face», a-t-il encore professé. «Le ministre de l’Intérieur, comme l’ensemble du gouvernement, constate effectivement qu’il y a une montée du sentiment d’insécurité et je peux vous dire la totale mobilisation du gouvernement pour y faire face», a assuré Jean Castex.

Peu de temps auparavant, Sur Europe 1, le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti avait récusé «l’ensauvagement de la société» dénoncé par la droite et par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et par la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa. «L’ensauvagement, c’est un mot qui (…) développe le sentiment d’insécurité, avait-il osé déclarer. Or pire que l’insécurité, il y a le sentiment d’insécurité» qui est de l’ordre du fantasme» et est nourri par «les difficultés économiques et certains médias ».

Le ministre de l’Education nationale ? Pour l’heure il se tait. Et nul ne connaît les sanctions prévues à l’encontre de ceux qui, au sein de la classe gouvernementale et politique oseraient encore user de ce mot désormais prohibé.

A demain @jynau

1 Ensauvagement: Chute dans la sauvagerie, dans le fait de vivre à l’écart des autres êtres humains et de la civilisation.

Etre pris avec de la drogue devient l’équivalent d’une contravention de stationnement

Bonjour

01/09/2020. C’est donc fait. « A compter de ce 1er septembre, toute personne surprise avec un joint au bec ou de la drogue dans les poches pourra se voir adresser une amende de 200 euros par voie postale ou électronique, si l’usager accepte la destruction de son produit, nous rappelle Libération (Charles Delouche). A la manière d’une amende de stationnement, la somme pourra être minorée à 150 euros si elle est payée dans les quinze jours. Mais pourra grimper jusqu’à 450 euros en cas de retard. Lancée dans certaines villes de France depuis la mi-juin, On parle ici d’amende forfaitaire délictuelle (AFD) doit s’appliquer à « toutes les drogues » mais qui vise en particulier les consommateurs de cannabis – un procédé testée depuis juin dans plusieurs villes, dont Reims, Créteil ou Rennes.

Surpris ? Fin juillet, lors d’un déplacement à Nice, le premier ministre, Jean Castex, avait annoncé sa généralisation à la rentrée afin d’aider les forces de l’ordre à « appliquer une sanction sans délai » et de lutter « contre les points de revente qui gangrènent les quartiers ». Dans les villes tests, au 26 août, 545 amendes avaient été infligées, dont 172 à Rennes, selon le procureur de la République de la ville, Philippe Astruc. Sur ces 172 verbalisations, « 166 portaient sur du cannabis et 7 sur de la cocaïne », a-t-il précisé dans un communiqué. « 70 % des avis d’infraction ont été transmis aux contrevenants dont 32 % se sont déjà acquittés du paiement de l’amende », a ajouté le procureur.

Et une fois de plus cette impasse que l’exécutif s’obstine à ne pas vouloir prendre en compte : en dépit d’une politique parmi les plus répressives d’Europe les Français demeurent les premiers consommateurs de cannabis et se placent au troisième rang pour la cocaïne. Ainsi, en août, le ministre de l’Intérieur, Gérard Darmanin, a promis que cette amende, qui sera appliquée « partout en France, dans les quartiers de Créteil comme dans le 16e arrondissement de Paris » (sic), est une « technique qui consiste à tuer tout trafic de drogue » (re-sic).

Rappel et commentaires : la loi de 1970, qui indique qu’un consommateur risque un an de prison et 3 750 euros d’amende, s’est donc vue agrémentée d’une possibilité de verbaliser directement sur la voie publique une personne surprise avec de la drogue. On est passée de la «tronçonneuse inutilisable» de la loi de 1970 à une «agrafeuse de masse» avec cette AFD estime fort justement, dans Libération, le Dr William Lowenstein, addictologue et président de SOS Addictions. «La répression contre le trafic de stupéfiants a sa place en France. Mais à condition qu’elle se fasse en même temps que le soin, la prévention et la réduction des risques, ajoute-t-il. Un pilier sécuritaire ne peut pas à lui seul corriger une politique de santé des addictions.» 

Pour le Dr Lowenstein, une idée efficace, «évoquée depuis quinze ans» pour lutter contre les problèmes d’addiction serait la création d’unités d’urgence en addictologie. «La prohibition seule ne peut pas avoir valeur de protection préventive ». Selon Jean Maxence Granier, également interrogé par Libé, président de l’association Asud (Auto support des usagers de drogues), cette AFD n’est que «la reconduite d’une politique de prohibition qui ne fonctionne pas depuis cinquante ans. La criminalisation de l’usage va à l’encontre de ce qu’il se passe dans le monde en matière de drogues».

Dès le 30 juillet, un collectif d’associations s’est formé en opposition à ce projet. Le Syndicat des avocats de France, la Ligue des droits de l’homme ainsi que des organismes spécialisés dans la santé tels que la Fédération Addiction ou Médecins du monde dénoncent une «promesse de fermeté illusoire» de la part du Premier ministre.

Rien n’y fait. Comme depuis des décennies, lee président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur n’écoutent pas les arguments des soignants. Et l’actuel ministre de la Santé, que l’on avait cru sensible à une politique de réduction des risques, se tait. Désespérer ?

A demain @jynau

Covid-19 : finalement, le port du masque ne devrait pas être imposé aux chanteurs d’opéra

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31/08/2020. Mais comment a-t-on pu en arriver à un tel chantier ? Les contradictions, suspicions, controverses et polémiques relatives au masque resteront, en France, comme la grande affaire d’un exécutif dépassé par l’épidémie de Covid-19. Une affaire qui reste à comprendre et dans laquelle la justice sera, un jour, amenée à se prononcer.  Pour l’heure c’est la « rentrée » avec « port du masque généralisé » et les plus grandes confusions demeurent quant aux obligations, interdictions, dérogations.

Contexte : selon un sondage « Odoxa-Dentsu Consulting » 8 Français sur 10 sont inquiets de la situation sanitaire du pays. Un niveau presque aussi élevé que ceux relevés au plus fort de l’épidémie, en plein confinement. L’angoisse des Français en cette rentrée est aussi économique. Plus de 8 sondés sur 10 sont également pessimistes sur l’évolution de la croissance et du pouvoir d’achat.

Enceintes scolaires et universitaires : masque généralisé partout et tout le temps. Mais le port du masque dans les crèches, chez les assistantes maternelles ou pour la garde de petits enfants à domicile ne sera «pas obligatoire en présence des enfants». Pourquoi ?  Le ministère de la Santé et le secrétariat d’État chargé de l’Enfance ne le dit pas. Le masque sera cependant obligatoire pour les parents à l’intérieur des structures et au domicile de l’assistant maternel, ainsi que lors de «toute interaction» entre adultes. Toutefois, «un nouvel avis scientifique a été sollicité pour évaluer l’opportunité de faire évoluer» les règles concernant le port du masque «dans les prochains jours», préviennent les services d’Olivier Véran et d’Adrien Taquet. Comprenne qui pourra.

Entreprises. À partir de demain, mardi 1er septembre, le port du masque sera obligatoire dans «tous les espaces de travail clos et partagés». Sont concernés les salles de réunion, les open-spaces, les couloirs, les vestiaires et les bureaux partagés. Les personnes disposant d’un bureau fermé ne seront pas tenues de porter leur masque (lorsqu’elles y seront seules). Attention toutefois Elisabeth Borne, ministre du travail, évoque des exceptions de « bon sens » (sic). On attend une nouvelle version du protocole sanitaire.

En pratique la mesure pourra être aménagée en fonction des secteurs d’activité et des situations. C’est ce qu’a affirmé dimanche 30 août sur BFM-TV Elisabeth Borne, passant en revue différents cas. Essayons de suivre les grandes lignes des explications de la ministre

1 Le port du masque est la « règle de base » en lieu clos « C’est très important que tous les Français qui vont reprendre le travail soient rassurés sur le fait que sur le lieu de travail on applique les bonnes règles pour protéger leur santé », a estimé Elisabeth Borne. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) avait préconisé dans un avis publié à la mi-août de systématiser le port du masque dans tous les espaces de travail clos et partagés. C’est sur cette base que le gouvernement tranché en faveur de l’obligation du port.

« Vraiment, porter le masque systématiquement en entreprise quand on est à plusieurs, c’est très important pour se protéger, protéger ses collègues et protéger ses proches », a développé la ministre. Ce sera selon elle la « règle de base », « très simple ».

2 Le masque pourra parfois être retiré. L’obligation pourra cependant avoir des exceptions en fonction des situations, a nuancé la ministre, sur la base du « bon sens ». « Evidemment, si vous êtes tout seul dans votre bureau, vous n’êtes pas obligé de mettre un masque », a-t-elle assuré. Autres exemples : « Quand vous êtes dans un open space, vous avez envie de souffler, vous pouvez retirer votre masque dix minutes » ou lorsque « vos collègues sont partis à la cantine, vous êtes quelques-uns à être restés, là vous pouvez retirer votre masque ».

Mieux encore : contrairement à ce que le gouvernement avait laissé entendre Elisabeth Borne a ajouté que dans les entreprises qui ont « toutes les bonnes règles », on pourra « avoir des assouplissements au caractère systématique du port du masque ». Elle a évoqué par exemple des locaux avec « une très bonne ventilation » ou « dans des grands volumes ». La mise en place de protections comme des parois en Plexiglas, ainsi que la densité d’occupation des locaux et la distance entre les salariés, pourraient également entrer en compte.

3 Des assouplissements pourront être autorisés. Soudainement pragmatique, la ministre pense ici aux activités professionnelles qui « par nature sont difficilement compatibles avec le port du masque. On va les recenser avec les partenaires sociaux et on verra les réponses qu’on peut apporter », a par ailleurs dit Elisabeth Borne. Il y a notamment « les ateliers », comme « les garages », où « vous êtes amenés à faire des efforts physiques » et où les salariés pourront être « dispensés du port du masque » si « l’atelier est bien ventilé », avec « les collègues [qui] sont loin », a-t-elle détaillé. « Loin » ?

La ministre a ainsi fait savoir qu’un décret (re-sic) permettrait de dispenser « les chanteurs d’opéra » du port du masque. Ces derniers pourront ainsi, après-demain, pleinement s’exprimer – quand les opéras ne seront plus fermés.

A demain @jynau

La vague « anti-masques » émerge et enfle en Allemagne. Risque-t-elle d’atteindre la France ?

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30/08/2020. Comment ne pas voir désormais, ici, un nouveau symptôme, mi-politique, mi sanitaire ? Comment le classer ? Et faut-il s’en inquiéter ? Des milliers d’opposants au port du masque et aux mesures de restriction contre le coronavirus sont descendus dans la rue samedi 29 août dans plusieurs villes d’Europe, résume l’AFP.  A Berlin tout d’abord. A Londres ensuite où un millier de manifestants se sont rassemblés à Trafalgar Square et ont réclamé « la fin de la tyrannie médicale ». A Paris, enfin, où deux cents à trois cents personnes ont protesté contre le port du masque, désormais obligatoire dans toute la capitale. Peu après 16 h 30, 123 personnes avaient été verbalisées pour …. non-port du masque selon la préfecture de police.

A Berlin la police s’est opposée à la manifestation d’opposants au port du masque et aux mesures de restrictions contre la pandémie de Covid-19  – et ce faute de respect des gestes barrière par les quelque 38.000 participants. La manifestation a conduit à trois cents interpellations après des violences entre manifestants d’extrême droite et forces de l’ordre. «La distanciation minimum n’est pas respectée (…) malgré les demandes répétées» des forces de l’ordre, a indiqué la police, «c’est pourquoi il n’y a pas d’autre possibilité que de dissoudre le rassemblement». Mais comment des anti-masques pourraient-ils défiler masqués ?

« A peine entamée, le cortège parti en matinée de l’emblématique Porte de Brandebourg avait dû faire halte sur l’injonction de la police, résume l’AFP.  Après l’annonce de la dispersion en début d’après-midi, les manifestants, dont beaucoup étaient assis sur la route, sont restés sur place et ont crié «résistance!», puis «nous sommes le peuple!», un slogan employé par l’extrême droite, et entamé l’hymne national allemand.

Selon le ministre de l’Intérieur de Berlin, Andreas Geisel, environ deux cents d’entre eux ont été interpelés devant l’ambassade russe, après avoir lancé des pierres et bouteilles sur les policiers, et la plupart remis en liberté ensuite. Il n’y a pas eu de blessés. Dans la soirée, un groupe a également franchi des barrières autour du Reichstag, qui abrite le parlement, avant d’être repoussé sans ménagement par les policiers, selon un photographe de l’AFP.

Qu’en sera-t-il, demain, en France ?

Au total, quelque 38.000 personnes (selon les autorités) ont participé (en majorité dans le calme) à un meeting au cours duquel les organisateurs ont appelé «à la fin de toutes les restrictions en place» pour combattre le nouveau coronavirus.

Intitulé «fête de la liberté et de la paix», l’événement rassemblait «libres penseurs», militants anti-vaccins, conspirationnistes ou encore sympathisants d’extrême droite. C’est le deuxième de ce type en un mois, un phénomène qui inquiète les autorités. « La foule était très mélangée, de toutes classes d’âge, y compris des familles avec des enfants en bas âge, rapporte l’AFP.  Les drapeaux de la paix arc-en-ciel et de l’Allemagne se côtoyaient, les manifestants ont aussi à plusieurs reprise crié «Merkel doit partir!», le mot d’ordre du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne.

Une précédente manifestation du même type avait déjà réuni le 1er août quelque 20.000 personnes appartenant majoritairement à la sphère d’extrême droite. Elle avait elle aussi été interrompue par la police pour les mêmes raisons que samedi.

« Ce nouveau rassemblement intervient dans un contexte de grogne croissante dans l’opinion allemande à l’égard des restrictions liées à la pandémie, observe encore l’AFP.  Et ce même si l’Allemagne a plutôt mieux résisté que ces voisins, et que les restrictions pour lutter contre le nouveau coronavirus n’ont jamais été aussi strictes qu’en France ou en Italie par exemple. Plusieurs organisations de gauche avaient appelé à des contre-manifestations.

 «Il sera important que nous montrions qu’il ne peut y avoir de tolérance pour les racistes, les antisémites, les extrémistes de droite et les nazis», a asséné Anne Helm, dirigeante de la section berlinoise du parti de gauche radicale Die Linke. » Où l’on voit ainsi dans ce contexte épidémique resurgir, en Allemagne, les vieilles oppositions idéologiques et politiques – sinon toujours démocratiques. Qu’en sera-t-il, demain, dans une France économiquement chauffée à blanc et bientôt entièrement masquée ?

A demain @jynau

Coup de théâtre : la justice allemande autorise une grosse manifestation «anti-masque»

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28/08/2020. Cela ferait-il jurisprudence en France ? C’est un violent camouflet pour la vieille ville de Berlin : la justice allemande a levé vendredi 28 août une interdiction décrétée par la municipalité de la capitale allemande concernant une manifestation d’opposants au port du masque et aux mesures contre l’épidémie de la Covid-19 prévue le 29 août et largement soutenue par l’extrême droite.

« Des milliers d’opposants au port du masque et aux mesures de restrictions contre la pandémie de Covid-19 pourront ainsi défiler mais en respectant les gestes barrière et distances, rapporte l’AFP. Saisi en référé, le tribunal administratif de Berlin a estimé que ‘’l’existence d’un danger immédiat pour la sécurité publique’’ n’était pas valable a priori.

On se souvient que les autorités de la capitale allemande avaient justifié leur décision d’interdire cette manifestation par l’impossibilité de respecter les distances d’au moins 1,5 mètre entre manifestants – et ce dans un contexte de reprise de l’épidémie en Allemagne. Le tribunal a toutefois conditionné la tenue de ce rassemblement, pour lequel sont attendues quelque 22.000 personnes, à certaines conditions : une distance minimale soit bien respectée entre manifestants – toutefois ces derniers ne devront pas obligatoirement porter un masque. A l’heure où nous écrivons ces lignes la ville de Berlin avait encore la possibilité de déposer un recours contre cette décision dans la journée auprès de la Cour administrative supérieure de Berlin-Brandebourg.

La position de Gérald Darmanin et celle la justice française  

On se souvient aussi, comme le rappelle l’AFP,  qu’une précédente manifestation d’opposants aux mesures contre l’épidémie avait réuni le 1er août quelque 20.000 personnes dans un cortège rassemblant «libres penseurs», militants anti-vaccins, conspirationnistes ou encore sympathisants d’extrême droite. Elle avait été interrompue par la police car les manifestants, après avoir été plusieurs fois rappelés à l’ordre, n’avaient pas respecté les gestes barrière.

L’interdiction de cette manifestation avait suscité un tollé dans les rangs de l’extrême droite qui l’avait qualifiée de «dictatoriale». Celle-ci s’est félicitée vendredi de la décision judiciaire: le député de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), Leif-Erik Holm, a parlé sur Twitter d’une «victoire pour la liberté». «L’État de droit a protégé la liberté de réunion contre l’arbitraire» de la municipalité de gauche berlinoise, s’est de son côté réjouit une autre dirigeante de ce parti, Beatrix von Storch.

Bien évidemment des contre-manifestations sont également prévues à Berlin. Et toujours la même question : faut-il laisser une pleine et entière liberté à ceux qui mettent théoriquement en danger la sécurité sanitaire ? On aimerait connaître la position du ministre français de l’Intérieur et celle la justice française.

A demain @jynau

«Papy et mamie» désormais interdits de sortie scolaire: le nouvel impair de Jean Castex

Bonjour

28/08/2020. Jusqu’où l’exécutif sanitaire peut-il s’immiscer dans la vie privée, rogner les libertés individuelles ? A quel titre et de quel droit. « Evitons que papy et mamie aillent chercher leurs petits-enfants à l’école, quitte à augmenter le périscolaire jusqu’à ce que les parents puissent venir eux-mêmes les récupérer. » Voilà un nouvel impair commis le 27 août par le chef du gouvernement, Jean Castex, lors de sa conférence de presse consacrée à l’épidémie de coronavirus. Impair qui a aussitôt réagir – et ce d’autant plus que la veille, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, avait tenté l’impossible pour vendre à la presse l’idée d’une rentrée « normale ».

Citée par Le Monde (Soazig Le Nevé) Michelle Hugues, 67 ans, grand-mère de deux enfants scolarisés en primaire en région parisienne, ne cache pas son courroux. Durant le confinement, c’est elle qui a assuré en partie le suivi de leur scolarité, par écran interposé. « Autant je suis sortie gratifiée de cette expérience, autant je suis navrée si le premier ministre nous enlève notre place aujourd’hui, commente-t-elle. Laisser les enfants plus longtemps à l’étude pour “squeezer” les grands-parents ? Non, je ne suis pas d’accord. »

« Prolonger le périscolaire est une chose, mais jusqu’à quelle heure ?, interroge quant à elle Béatrice Laurent, secrétaire nationale éducation etclture de l’UNSA. Souvent, les grands-parents surveillent aussi les devoirs et préparent le repas du soir quand les parents ont des horaires tardifs. » Et pour les municipalités, recruter des animateurs n’est pas chose aisée, ajoute-t-elle, car c’est « un boulot précaire aux horaires distendus ».

D’autres préfèrent voir là un impair. Comme la maire de Rosoy, commune d’un millier d’habitants dans l’Yonne, qui préside l’association des maires ruraux de son département.  Dominique Chappuit veut croire qu’il s’agit de la part de M. Castex « d’une phrase en l’air ». « Ce ne peut être le premier ministre qui décide si les grands-parents vont ou non chercher leurs petits-enfants. Arrêtons d’infantiliser les adultes et de culpabiliser les enfants. »  Sollicité, Matignon n’avait pas, jeudi après-midi, apporté de précision au sujet d’un éventuel plan de renforcement du périscolaire.

« Les autorités sous-réagissent et sur-réagissent, personne n’y comprend rien. » 

C’est là un nouvel impair. Après avoir prévenu que le port du masque serait désormais ­requis « pour tout le monde » dans l’enseignement supérieur, c’est presque incidemment, dans une réponse à une question posée à l’issue de son allocution, que Jean Castex a annoncé qu’il serait aussi obligatoire à Paris et dans les ­départements limitrophes à compter du vendredi 28 août dans la capitale et trois départements de la petite couronne : Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine et Val-de-Marne – et non plus seulement dans quelques rues très fréquentées de Paris comme c’était le cas ­depuis le 10 août.

« La décision a visiblement pris de court la Préfecture de police de ­Paris et la Mairie, qui avaient prévu de se réunir plus tard dans la journée pour examiner l’opportunité d’une telle généralisation. rapporte encore Le Monde (François Béguin). Signe du flottement dans la prise des décisions, les joggeurs et les cyclistes seront finalement ­dispensés de porter un masque, a annoncé la Préfecture de police de Paris, le lendemain, après que la maire (Parti socialiste), Anne Hidalgo, avait demandé une dérogation pour ces derniers. »

 La veille, l’obligation annoncée concernait « tous les piétons circulant dans les espaces publics, les utilisateurs de vélos, deux-roues, trottinettes et autres engins de mobilité personnelle, motorisés ou non » et seuls les occupants de véhicules motorisés en étaient dispensés. Une telle mesure n’est pas inédite dans le pays : plusieurs grandes villes étaient déjà visées par de tels arrêtés, dont Marseille, depuis la veille au soir. Elle n’avait cependant jamais concerné autant d’habitants sur un territoire aussi étendu.

Fait inattendu ce flottement de l’exécutif a mis au jour une opposition marquée chez deux infectiologues parisien hautement médiatisés. Pour le Pr Gilles Pialoux,  chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Tenon il faut saluer cette généralisation. « Le discours a été tellement cacophonique lors de la première vague qu’il faut des messages simples », estime-t-il. Autre vertu, selon lui, « cela installe la culture du masque, comme dans les métropoles asiatiques ». Le masque ne sert pas seulement à protéger de projections, mais « évite aussi de se toucher le visage », rappelle-t-il – oubliant qu’en pratique il n’en est souvent rien.

Son confère le Pr Eric Caumes, l’incisif chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière est aux antipodes de cette analyse : « Sur le plan épidémiologique et scientifique, cette mesure ne se justifie pas à l’extérieur, il y a zéro cluster dehors. Alors qu’en intérieur, c’est absolument indispensable, cela fait longtemps qu’il n’aurait pas dû y avoir d’exception. Les autorités sous-réagissent sur certains points et sur-réagissent sur d’autres, personne n’y comprend rien. »

Le citoyen encore moins – citoyen qui, demain, s’interrogera sur le tout et n’importe quoi inhérent à un Tour de France ouvert à tous les vents.

A demain @jynau

Covid – sécession : Marseille et le Pr Didier Raoult en rébellion contre le gouvernement

Bonjour

27/08/2020. Tout un symbole destiné à un Paris chaque jour un peu plus détesté. Ce fut une conférence de presse organisée par le Pr Didier Raoult en son Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection. Présente, outre le microbiologiste, la maire écologiste de Marseille, Michèle Rubirola, et la présidente Les Républicains de la métropole et du département des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal – deux édiles qui ont fait front commun, pour dénoncer les dernières mesures de l’exécutif concernant la gestion de l’épidémie de Covid-19. Une conférence de presse programmée en même temps que celle organisée, à Paris, par le Premier ministre Jean Castex.

Depuis la veille, à Marseille et l’ensemble du département (classé « zone rouge »), le port du masque est obligatoire et les bars, restaurants et épiceries doivent fermer de 23 heures à 6 heures du matin. Les deux élues croient en outre savoir que le gouvernement aurait un temps envisagé un reconfinement local à Marseille, Martine Vassal va jusqu’à évoquer  « une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes qui serait catastrophique ». Elle s’indignant d’une pratique « deux poids deux mesures » par rapport à Paris, où un tel reconfinement n’aurait pas été envisagé.

« Le pessimisme tue les patients »

La maire s’inquiète bien évidemment des conséquences économiques et sociales de ces mesures – et regrette publiquement que le cap de minuit pour les fermetures, négocié avec le préfet de région, Christophe Mirmand, n’ait pas été accepté. « Le gouvernement a décidé depuis Paris de ce qui serait bon pour notre ville, sans engager le dialogue nécessaire avec les élus, et surtout sans nous donner les moyens de faire respecter les décisions qui sont les siennes », a-t-elle insisté.

Mme Vassal, : « A Marseille, on est toujours montré comme les mauvais petits canards ». Un Paris détesté soude les énergies. Les deux élues, qui s’étaient affrontées lors des dernières municipales, ont donc tenu cette conférence de presse en présence du Pr Didier Raoult, personnalité adulée localement, microbiologiste controversé et souvent décrié par ses pairs de la capitale.

A la différence, comme toujours, de l’exécutif sanitaire national il s’est dit optimiste, soulignant que le nombre de cas graves était désormais très bas – à Marseille tout particulièrement. « L’épidémie n’est pas un problème qui dépasse ce qui s’est produit dans le passé », a déclaré le Dr Raoult. Il ne manque pas de souligner, aussi, que le taux de mortalité des patients hospitalisés depuis le 15 juin dans les Bouches-du-Rhône est de 8,1 % – contre 15,8 % à Paris. « Il faut répondre à cette situation avec calme et optimisme. Le pessimisme tue les patients. » Tout un symbole.

A demain @jynau

Alerte: l’étrange impair de Jean Castex sur l’obligation généralisée du masque dans Paris

Bonjour

27/08/2020. Que s’est-il passé ? Comment commettre un tel impair ? Jean Castex, Premier ministre, vient de tenir  une conférence de presse à Matignon sur la reprise de l’épidémie due au nouveau coronavirus et la rentrée des classes. Conférence de presse solennelle accompagné des ministres de la santé, Olivier Véran, et de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, pour cet exercice qui a commencé par un exposé avant des questions-réponses avec les journalistes.

Et le Premier ministre d’annoncer que le préfet de police de Paris « après concertation avec la maire, allait étendre le port du masque à l’ensemble de la capitale ». que désormais dans l’ensemble de la capitale chacun devra porter un masque dans l’espace public.

Puis rétropédalage. L’entourage de Jean Castex est rapidement revenu sur l’affirmation du Premier ministre, Matignon a précisé au Monde, jeudi midi, qu’en réalité la décision n’était pas encore prise. « Le Premier ministre a demandé au préfet de police de se concerter avec les maires des communes concernées. C’est en cours d’étude », assure l’entourage de Jean Castex.

Cette obligation apparaît toutefois très probable, reconnaît-on au sein de l’exécutif, compte tenu de l’accélération de la dynamique épidémique en Île-de-France. Reste à comprendre les raisons de cette précipitation qui, à n’en pas douter, ajoutera quelque peu à la confusion du « tout et son contraire ». A commencer par le prochain départ du Tour de France qui traversera un pays masqué en phase de reconfinement.

A demain @jynau