Transhumanisme : le smartphone est une « prothèse obligatoire et généralisée » (Jacques Testart)

Bonjour

On n’en sortira donc jamais. En 2018, bientôt un demi-siècle après les faits,  le biologiste Jacques Testart, bientôt 80 ans, demeure l’indépassable « père scientifique du premier bébé-éprouvette français ». Et depuis bientôt un demi-siècle celui qui ne s’est jamais réconcilié avec le « père médical » du même bébé alerte le monde entier – contre les dérives croissantes de la médecine, de la biologie, de la génétique et de ce cocktail mortel baptisé « transhumanisme ».

« Le transhumanisme est une idéologie infantile » explique aujourd’hui  Testart dans Libération (Erwann Cario). Où l’on entend, à nouveau, ce lanceur d’alerte atypique et souvent délicieusement bougon reprendre ses thèmes de prédilection. (« Au péril de l’humain. Les promesses suicidaires des transhumanistes ». Editions du Seuil) :

« Le transhumanisme est une idéologie qui prospère sur les innovations extraordinaires de la technoscience, que ce soit autour de la génétique, du cerveau, de l’intelligence artificielle. Il y a des trucs assez fantastiques qui donnent une prise pour faire croire que tous les mythes anciens, qu’on traîne depuis le début des temps, l’immortalité, l’intelligence supérieure ou le héros imbattable, vont devenir réels. Ce ne sont rien d’autre que des rêves enfantins, une idéologie infantile. »

Eglise catholique

Et  le déjà vieux Libé de revenir, une fois de plus à la charge. « On vous connaît pour être à l’origine du premier bébé-éprouvette, n’est-ce pas contradictoire de s’opposer à ces ‘’progrès’’ » demande-t-il à l’ancien militant d’extrême-gauche. Réponse de celui qui partage, avec José Bové, certaines des positions de l’Eglise catholique :

« Vous pensez bien que je suis habitué à cette question. La fécondation in vitro, c’est une intervention pour les gens qui ne peuvent pas faire d’enfants. Il s’agissait, en 1982, de restituer un état de normalité qui est la possibilité de fonder une famille. Ça ne dépassait pas ce cadre, on ne faisait pas de bébé sur-mesure.

 « Quand je me suis aperçu, quatre ans plus tard, que cette technique pouvait permettre à terme de faire des bébés de «meilleure qualité», j’ai écrit L’Œuf transparent. J’expliquais qu’on allait pouvoir trier parmi les embryons pour choisir celui qui convient le mieux. Ça a finalement été inventé par des Anglais et ça s’appelle le diagnostic génétique préimplantatoire. Je me suis battu contre et je continue à me battre. Alors oui, on peut me dire qu’il fallait que les gens restent stériles parce que c’est la nature. Mais à ce titre, on n’aurait pas inventé la médecine, on n’aurait pas de médicaments, de vaccins… Ce n’est pas ma façon de voir. Moi, je veux que les gens puissent vivre une bonne vie, en bonne santé, et que ça vaille le coup, qu’ils puissent être créatifs. »

On lira avec intérêt, dans Libé, les réflexions de cet élève du biologiste-moraliste Jean Rostand (1894-1977) sur l’origine et la portée de idéologie transhumaniste – et sur la marche de notre humanité vers le « post-humain ». Et ses confidences quant à son amour pour les petits félins qualifiés de domestiques :

 « Je parle du monde tel qu’on le conçoit aujourd’hui, avec la nature et ses relations à l’homme. Ce monde qu’on peut admirer tous les jours. Quand on regarde un chat, par exemple. Pour moi, le chat, c’est la perfection. C’est un animal fabuleux. Un animal qui a cette grâce, et en même temps cette distance, cette espèce de mépris… Si on regarde une abeille, c’est la même chose. Je suis émerveillé par la nature.

« La fin du monde, ça veut dire que tout ça disparaît. On le constate déjà. On voit que la moitié des insectes a disparu en vingt ans. On le voit aussi au niveau de l’humanité, avec des comportements induits par la technologie, comment les gens ont changé leurs relations aux autres. On est en train d’infantiliser la population, de la déresponsabiliser, de lui faire perdre son autonomie en la mettant sans arrêt à la merci de ‘’spécialistes’’ qui dictent le bon comportement. »

Entre Orwell et Rostand

 L’Œuf transparent (préface de Michel Serres) a aujourd’hui près de vingt ans. Présentation :

« La séparation établie en son temps par Poincaré entre la science qui dit « ce qui est » et la morale « ce qui doit être » s’est fissurée. La morale désormais accompagne la science dans chacun de ses gestes, dans chacune de ses avancées. L’évolution rapide des techniques de procréation assistée confère ainsi au scientifique une responsabilité à laquelle il ne saurait se dérober, à moins de se comporter en Faust des temps modernes. C’est en ce sens que Jacques Testart, spécialiste français de la fécondation in vitro, s’interroge ici sur les conséquences éthiques d’un contrôle systématique de l’identité de l’oeuf produit en éprouvette. Voici donc un livre sérieux et grave, frappé du double sceau de la compétence et du scrupule. Pour Testart, en effet, « l’éthique n’est pas cette crème informe qu’on repasse souvent sur le gâteau de la science », mais devrait constituer le moteur même de la science. Un ouvrage exigeant mais sans illusion qui passionne et inquiète à la fois. (Paul Klein) ».

Libé à Testart : «  Vous expliquez qu’on manque d’un récit alternatif pour un futur différent de celui proposé par le transhumanisme, très populaire dans les œuvres de science-fiction. Quel pourrait être ce nouveau récit ? » Réponse du biologiste devenu moraliste :

« Je ne vais pas l’écrire. Mais il est indispensable parce que le récit transhumaniste est tout à fait recevable, surtout par les jeunes. Ils sont très réceptifs. Ça recoupe à la fois leurs relations sociales, leur imagination, leur jouissance, même… Ça me glace de voir ces gamins devant un écran d’ordinateur quinze heures par jour, mais on ne peut rien faire. On ne peut pas interdire ces choses-là.

« Je parle beaucoup du téléphone portable [NDLR : smartphone]. Aujourd’hui, les gens ne pourraient plus s’en débarrasser. C’est une prothèse obligatoire et généralisée. C’est un exemple assez fort de quelque chose qui s’est imposé en quinze ou vingt ans et qui est devenu indispensable dans le monde entier, jour et nuit, pour toutes les activités. Et il y a aussi les montres connectées, les assistants domestiques, tous ces projets de médecine prédictive et personnalisée à partir du génome. On ne peut pas espérer arrêter ça de façon autoritaire. Il faut pouvoir montrer que ce n’est pas comme ça que nous avons envie de vivre. Il faut donner autre chose à rêver. »

Quel gamin glaçant devant son écran d’ordinateur écrira bientôt ce qu’Orwell pressentit et que Testart n’écrira pas ?

A demain

 

GPA : lettre à Edouard Philippe et la tragique histoire d’une mère porteuse britannique

Bonjour

Une lettre ouverte  comme un symptôme éclairant dans monde de plus en plus marchand. Elle vient d’être adressée à Édouard Philippe, Premier ministre. Des intellectuels renommés (la philosophe Sylviane Agacinski, la psychanalyste Marie Balmary, les écrivaines Eliette Abecassis ou Alice Ferney) et une vingtaine d’associations y réclament l’interdiction du démarchage commercial opéré, en France, par une agence américaine spécialisée dans la promotion de la gestation pour autrui (GPA) – et ce au mépris de la loi française qui, précisément, l’interdit.

« Monsieur le Premier ministre, écrivent les signataires, nous souhaitons attirer votre attention sur une situation qui nuit profondément aux droits des femmes et des enfants et qui est en contradiction avec notre législation. À la veille du débat, à l’Assemblée nationale, de la loi sur les violences sexuelles et sexistes, et alors que la lutte contre les violences faites aux femmes est grande cause nationale, une agence américaine vient faire la promotion de ses services dans diverses villes de France, à travers des conférences gratuites-cocktail (sic). Non seulement cette agence propose la GPA mais aussi la sélection du sexe de l’enfant, pratique éminemment sexiste et misogyne, elle aussi interdite en France. »

En être pour ses frais

Dans le même temps un fait divers, également éclairant. Une mère porteuse britannique est actuellement poursuivie par un « commanditaire homosexuel ». Il l’accuse de lui avoir « volé » son petit garçon et de l’avoir empêché d’assister à l’accouchement. Une affaire rapportée par The Daily Mail : « Surrogate mother is sued by gay father who claims she ‘stole’ his baby boy by barring him from birth and refusing to hand over the child when his partner who was in his 70s died ». Et par The  Sun : « Baby Battle :  Gay dad sues surrogate mum after she kept baby after the birth ».

« Les commanditaires de cette gestation pour autrui étaient deux hommes, âgés d’une trentaine d’années pour le premier et d’environ 70 ans pour le second, résume le site Gènéthique. Ils avaient rencontré la mère par le biais d’une agence de GPA. Elle avait accepté d’être inséminée par le plus jeune des deux hommes. L’homme de 70 ans étant décédé avant la naissance, la femme a refusé de donner l’enfant, arguant que « l’enfant n’était plus destiné à un couple amoureux » et qu’elle « avait tissé un lien avec l’enfant lorsqu’elle était enceinte ». Elle estime faire le bon choix pour l’enfant.

Pour le commanditaire, au contraire, la mère a « enfreint les termes de leur contrat ». A cette nuance près, souligne le site français, que « la loi britannique considère toujours la mère porteuse comme une mère, ce qui lui donne le droit de garder l’enfant ». Sur le site web du gouvernement britannique, on peut ainsi lire : « les contrats de gestation pour autrui ne sont pas garantis par la loi britannique, même si vous avez un contrat signé avec votre mère porteuse et que vous avez payé ses frais ».

A demain

1 « Monsieur le Premier ministre, défendez les femmes et les enfants contre la marchandisation des êtres humains ! » Blog du Collectif pour le Respect de la Personne  (CoRP), 13 mai 2018.

« PMA pour toutes » :  les bataillons catholiques face à l’armée d’Emmanuel Macron 

 

Bonjour

D’un côté les promesses du candidat Macron, de l’autre les exhortations mystiques du président de la République au Collège des Bernardins. Au centre la question de l’ouverture ou pas de la pratique de l’insémination artificielle médicalisée au-delà du champ de la thérapeutique de la stérilité. L’affaire de la « PMA pour toutes » marque ainsi les limites du consensuel en même temps macronien.

« PMA : En marche sur des œufs » s’amuse Libération « Emmanuel Macron, il est des promesses visiblement plus difficiles à tenir que d’autres, écrit Matthieu Ecoiffier. Notamment celle d’ouvrir la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. » Et Libé de rapporter qu’à l’occasion de son premier anniversaire à l’Elysée, certains de ses proches ont été interpellés sur la concrétisation de cet engagement de campagne. «Je suis attaché à ce que nous fassions ce que nous avons dit, que la PMA pour toutes soit adoptée avant la fin du mandat de la majorité», a ainsi déclaré l’indéfectible Richard Ferrand, général en chef des députés LREM, sur France Inter. « Sans enthousiasme et en marchant sur des œufs » a noté Libé.

On sait aussi que pratiquement en même temps, Michel Aupetit, archevêque de Paris rappelait son credo politico-éthique dans les colonnes du Quotidien du Médecin.

« Nous sommes à un carrefour entre deux sociétés. L’une est fondée sur la fraternité, elle repose sur les relations interpersonnelles, et sur un droit qui cherche la défense du plus faible. Mais aujourd’hui, un autre type de société se construit, fondée sur l’individualisme et sur le principe de l’autonomie. Le droit change et s’aligne sur les désirs individuels. »

Au sujet de la « PMA pour toutes » et à la question de savoir s’il doit exister un droit à l’enfant, Mgr Michel Aupetit répond : « Non. C’est le chosifier. (…) La Convention relative aux droits de l’enfant adoptée en 1989 avec la participation de la France, mentionne le droit d’être élevé par son père et par sa mère. Voulons-nous une société du désir individuel aux conséquences terribles ? Ou celle qui prône le respect des personnes, du droit de l’enfant, des plus fragiles… »

Diabolisation

Et il ne faut oublier qu’avant d’être nommé, par Rome, archevêque de Paris Michel Aupetit avait revendiqué «être descendu dans la rue pendant la Manif pour tous». C’était il y a précisément cinq ans. Et il écrivait alors :

« Il ne convient pas qu’au nom d’un individualisme exacerbé, on crée une loi pour chaque catégorie de personnes. Sinon, pourquoi pas la polygamie ? L’inceste ? L’adoption d’un enfant par un frère et une sœur ? Pourquoi pas, en effet, “puisqu’ils s’aiment”, pour reprendre l’argumentation des partisans du “mariage homosexuel” ? »

Pour Libé les choses sont claires : Mgr Aupetit est aujourd’hui « dans la ligne de l’offensive des catholiques réactionnaires menée lors des Etats généraux de la bioéthique ».  dont la phase de consultation s’est achevée la semaine dernière.  « Le premier bilan qu’a tiré le Comité consultatif national d’éthique de ces Etats généraux pourrait expliquer la procrastination et le manque d’empressement du gouvernement et de la majorité sur le sujet » estime Matthieu Ecoiffier. Il ajoute que les associations favorables à la « PMA pour toutes » dénoncent aujourd’hui un « noyautage » et une « monopolisation de la parole » par les anti ».

Infernale marchandisation

Pour sa part le Pr Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique (et peu suspect de rouler pour l’Eglise catholique) vient, dans les colonnes du Figaro, de s’exprimer sur le même sujet. « Noyautage » ? « Monopolisation de la parole » ?

« J’ai avant tout été frappé par une forme de diabolisation des opposants à l’évolution de la loi dans les débats auxquels j’ai participé et dans les médias. Ceux qui ne sont pas d’accord avec l’ouverture de la PMA ou la modification de la loi sur la fin de vie sont très souvent traités de «réacs», d’obscurantistes ou désignés comme croyants. Ils sont accusés de mépris envers les couples homosexuels ou les femmes célibataires. C’est une manière de fermer le débat, de dénier à l’autre sa capacité de réflexion ou de mettre en doute son raisonnement en le considérant comme biaisé par une idéologie. »

 Et de rappeler, comme l’avaient fait il y a un an dans un avis remarqué une partie des membres de ce Comité 1 que l’extension de la PMA peut, en cascade, aboutir à la fin de l’anonymat et de la gratuité du don de gamètes – et remettre en cause l’interdiction de la procréation post mortem. Plus le temps passe et plus l’enjeu devient clair : prendre ou non le risque d’entrouvrir une porte jusqu’ici verrouillée – une porte qui, pour certains, ne peut que conduire vers l’enfer de la marchandisation du corps humain.

A demain

1 Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kuttenn, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé

 

«PMA pour toutes» : pourquoi les opposants seraient-ils médiatiquement « diabolisés » ?

Bonjour

Fin des Etats Généraux de la Bioéthique. Quelques incitations médiatiques généralement poussives un public d’habitués souhaitant en découdre … bien difficile de dire que ce fut un exercice pleinement démocratique. Pour l’heure le CCNE se gorge de chiffres sans significations statistiques. Il parle d’une « importante mobilisation des citoyens ». « Importante », vraiment : 29 000 personnes (sur 183 500 visiteurs uniques) participant sur le site internet,18 500 assistant aux 250 débats organisés par ces structures inconnues que sont les « espaces éthiques régionaux ».

Importantes, vraiment, les auditions de 87 « associations », de 36 « sociétés savantes », de 9 groupes de courants philosophiques ou religieux, de 15 institutions et de 3 entreprises ou syndicats d’entreprises ? Et de quelle manière seront traitées les « près de 65 000 contributions » postées par 29 000 internautes ? On observera toutefois que près de la moitié d’entre elles portaient sur le thème « Procréation et société » et une sur quatre sur « la fin de vie ». Pour le reste : au mieux un intérêt poli.

Et puis, dans ce contexte un entretien accordé au Figaro (Agnès Leclair) par le Pr Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), Didier Sicard fait le bilan des États généraux de la bioéthique. On lui demande quelle lecture il fait de la présence massive des opposants à la « PMA pour toutes » dans ces débats. Sa réponse :

« J’ai avant tout été frappé par une forme de diabolisation des opposants à l’évolution de la loi dans les débats auxquels j’ai participé et dans les médias. Ceux qui ne sont pas d’accord avec l’ouverture de la PMA ou la modification de la loi sur la fin de vie sont très souvent traités de «réacs», d’obscurantistes ou désignés comme croyants. Ils sont accusés de mépris envers les couples homosexuels ou les femmes célibataires. C’est une manière de fermer le débat, de dénier à l’autre sa capacité de réflexion ou de mettre en doute son raisonnement en le considérant comme biaisé par une idéologie. J’y vois une confusion entre le débat politique et la dimension anthropologique de ces thèmes. »

 Conséquences en cascade

 On demande au Pr Sicard de nous en dire un peu plus : En quoi le débat sur l’ouverture de la PMA lui semble-t-il complexe ?

« L’ouverture de la PMA peut paraître une demande simple et légitime au plan de la liberté mais transforme la société en faisant des enfants un enjeu et non plus une finalité. Certes, des situations particulières peuvent justifier l’ouverture de ce droit. Mais faire de la PMA une thérapeutique banale interroge. N’est-ce pas faire fi de la complexité de ce qui se joue dans la filiation? On se moque de la question de la place du père en disant que ce n’est pas très grave, mais n’y a-t-il pas un risque de donner aux enfants le sentiment d’être des clones de leur mère?

 « Un désir d’enfant pour soi me paraît un peu contradictoire. Oublier qu’un enfant résulte du désir entre une femme et un homme, c’est peut-être faire prendre un risque à notre humanité future. Ce risque semble particulièrement important dans le cas de l’ouverture de la PMA aux femmes célibataires alors que l’on pourrait comprendre que le mariage pour tous entraîne la PMA pour les couples de femmes. Ces questions bioéthiques sont comme des poupées russes, car elles peuvent entraîner des conséquences en cascade. Ainsi, l’extension de la PMA peut aboutir à la fin de l’anonymat, de la gratuité du don de gamètes et remettre en cause l’interdiction de la procréation post mortem. »

Question que ne pose pas Le Figaro : le Pr Sicard a-t-il déjà été traités de « réac », d’ « obscurantiste » ou désigné comme « croyant » ?

A demain

Sperme, ovules, embryons : les donneurs français devront décliner leur identifiants

Bonjour

Comme désarçonnés. L’annonce, hier 17 avril 2018, dans les colonnes du Monde, du changement radical de doctrine de la Fédération nationale des Centres de Conservation des Œufs et du Sperme (Cecos) a pris les médias généralistes de court. La Croix « ouvre le débat » quand Le Figaro et Libération font l’impasse sur le sujet. France Inter tente la pédagogie quand RTL demande des explications à Nathalie Rives, présidente de la Fédération des Cecos.

L’affaire n’est pas des plus simples qui devra, in fine, être tranchée par le législateur. Résumons-là. La Fédération des Cecos (29 centres qui organisent le don de gamètes en France, et conservent spermatozoïdes, ovules et embryons) se prononce en faveur d’une « levée partielle de l’anonymat des donneurs » Ceci vaudrait pour les donneurs de sperme, mais aussi pour les donneuses d’ovocytes et les couples donneurs d’embryons « surnuméraires » conçus dans le cadre de fécondations in vitro. Ces données pourraient être  « un texte décrivant les motivations du donneur, son origine géographique, son secteur d’activité professionnelle, ses antécédents médicaux (et ce alors même même si les personnes présentant des risques sont dès à présent écartées…), s’il a des enfants ou non, le nombre d’enfants issus du don etc. »

« Cela permettrait de répondre aux attentes de certains enfants ou jeunes adultes conçus par don, en humanisant le donneur, sans déstabiliser l’édifice actuel » explique Nathalie Rives. Rien n’est encore acquis en ce qui concerne le caractère obligatoire ou non, pour les donneurs, de ces mesures. Donner ses cellules sexuelles, voire ses embryons « surnuméraires » imposera-t-il de donner aussi cette somme de données dont on postule (sans doute à tort au vu des progrès du numérique) qu’elle seront « non identifiantes » ?

Porte ouverte au commerce des gamètes

En toute hypothèse la position de la Fédération des Cecos marque une rupture majeure et sans doute irréversible dans l’histoire française du don de gamètes. L’anonymat était (avec la gratuité et le bénévolat) l’une des clefs de voûte du dispositif éthique mis en place, en 1973 par le Pr Georges David à l’hôpital de Bicêtre.  « Il était une réponse aux opposants à cette technique proposée à certains couples infertiles, en particulier l’Eglise catholique, qui assimilaient le don de gamètes à un adultère » se souvient Le Monde. C’était aussi, et surtout, l’extension du modèle éthique mis en place avec le don du sang (et plus tard des organes) – ainsi qu’un rempart contre la marchandisation du corps humain. Et c’est ce modèle, largement plébiscité en France, qui fut intégré dans les premières lois de bioéthique de 1994.

« Notre proposition permettrait de répondre aux attentes de certains enfants ou jeunes adultes conçus par don, en humanisant le donneur, sans déstabiliser l’édifice actuel », estime Nathalie Rives. Pourquoi ne pas aller plus loin et donner satisfactuin à celles et ceux qui (comme  l’association PMAnonymes) réclament la possibilité pour les enfants d’accéder à l’identité du donneur à leur majorité. Pourquoi ne pas plaider en faveur d’un accès sans limitation aux origines personnelles d’une personne majeure qui le souhaiterait ?

 « L’identité du donneur n’est pas forcément la réponse au questionnement des jeunes adultes, répond  Mme  Rives. Parallèlement, nous savons que les couples receveurs plébiscitent l’anonymat du don. Le recours au don de gamètes s’effectue après un parcours difficile, qui les oblige à renoncer à concevoir avec leurs propres spermatozoïdes ou ovules. C’est une grande souffrance. L’intervention d’un tiers identifié dans leur démarche n’est pas souhaitée. »

Quel serait l’impact de cette mesure sur le nombre de donneurs de gamètes ? Nul ne le sait. « Ceux qui donnent aujourd’hui n’y sont pas prêts, reconnaît Mme Rives. Seront-ils remplacés par une autre catégorie de donneurs ? » Si oui lesquels ? Si tel n’est pas le cas, et après avoir été fermées durant un demi-siècle, les portes seront ouvertes, en France, au commerce des cellules sexuelles.

A demain

 

Rebondissement bioéthique : les Cecos sont favorables à la « PMA pour toutes » 

 

Bonjour

C’est une information importante à découvrir dans Le Monde (Gaëlle Dupont) : la Fédération nationale des centres de conservation des œufs et du sperme (Cecos) se prononce en faveur de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Interrogés à ce sujet, 373 professionnels de santé travaillant en leur sein (médecins, biologistes, psychologues, généticiens, techniciens…) se sont prononcés pour à 69  %. Ils sont également très favorables (à 89  %) à ce que les deux parents soient reconnus, sans nécessité pour le parent « non biologique » de passer par l’adoption.

« Cet avis reflète l’évolution de la société » commente Nathalie Rives, présidente de cette Fédération 1.  Il est plus mitigé concernant l’accès des femmes seules à la PMA, puisque 53  % n’y sont pas favorables. « La réticence ne porte pas sur la capacité à élever un enfant d’une femme seule, mais sur le risque pour l’enfant,explique Mme Rives. Que se passe-t-il pour lui s’il arrive quelque chose à son seul parent ? »

On sait que ce choix sera proposé au législateur. D’ores et déjà les professionnels alertent sur les conditions concrètes de mise en œuvre d’une ouverture des techniques de PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. « Il faut absolument prévoir des moyens pour accueillir les personnes qui solliciteront des dons, dont le nombre pourrait doubler par rapport à aujourd’hui, et recruter des donneurs afin d’avoir des gamètes en quantités suffisantes, prévient Mme  Rives. Faute de quoi, un changement dans la loi ne ferait que donner de faux espoirs à toute une catégorie de la population. »

Marchandisation

Le comité consultatif national d’éthique (CCNE) avait déjà expliqué, l’an dernier, qu’autoriser, par la loi, les couples de femmes et les femmes seules à avoir accès à l’insémination artificielle médicalisée avec sperme de donneur soulevait bien des interrogations: sur la relation des enfants à leurs origines (puisqu’en France le don de sperme est anonyme et gratuit) ou sur le fait de grandir sans père. Interrogations, aussi, sur la prise en charge par l’assurance-maladie d’un geste qui ne peut en aucune manière être considéré comme une thérapeutique de la stérilité féminine.

« Cette demande d’ouverture doit être confrontée à la rareté actuelle des gamètes qui risque de provoquer un allongement des délais d’attente ou une rupture du principe de gratuité des dons, soulignait encore le CCNE. Cela pourrait ouvrir des perspectives de marchandisation des produits du corps humain et remettre en cause le système de santé français fondé sur des principes altruistes. »  Ce sont là, avec le sujet de la levée de l’anonymat 1 des questions éthiques essentielles, des questions pour l’heure le plus souvent noyées sous les considérations politiciennes ou partisanes. Des questions qui restent, collectivement, à documenter, à explorer. Avant de trancher.

A demain

1 Autre évolution : la Fédération des Cecos  se prononce en faveur d’une levée « partielle et non identifiante » de l’anonymat des donneurs. « Cela permettrait de répondre aux attentes de certains enfants ou jeunes adultes conçus par don, en humanisant le donneur, sans déstabiliser l’édifice actuel », explique Nathalie Rives.

Seraient concernés les donneurs de sperme et les donneuses d’ovocytes, ainsi que les couples donneurs d’embryons « surnuméraires » conçus dans le cadre de fécondations in vitro. La nature des « données non identifiantes » est encore floue devrait être précisée. dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique. L’impact de cette proposition sur le nombre de donneurs reste inconnu

« Frère Emmanuel » a déclenché la colère des associations de défense des droits homosexuels

Bonjour

Les réseaux sociaux sont sur des charbons ardents. « Frère Emmanuel » titre, taquin, Libération. Mais le président de la République est déjà bien loin des évêques de France et du sublime Collège des Bernardins. Il guerroie sur le front de la Syrie compliquée, sera demain en compagnie de Jean-Pierre Pernault à l’heure de l’Angélus, puis face à « deux hommes blancs de plus de 60 ans » (Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel). Puis commencera une autre semaine présidentielle, ses calvaires ferroviaires, ses colères universitaires, etc.

Aujourd’hui les médias sont, comme souvent, en retard sur le Maître des Horloges. Ainsi l’Agence France Presse qui poursuit le recensement des réactions enregistrées après le discours tenu devant la Conférence des évêques de France – discours qui « n’en finit pas de faire des vagues ». «  Après les critiques venues surtout de la gauche de la définition par le chef de l’Etat de la laïcité, des associations de défense des droits des homosexuel·le·s ont dénoncé la ‘’maladresse’’ voire le caractère ‘’choquant’’ des propos du président de la République » résume Le Monde.

A commencer par la référence présidentielle aux « familles homosexuelles ». On se souvient peut-être que  Emmanuel Macron avait, aux Bernardins, salué « les associations catholiques et les prêtres » qui « accompagnent des familles monoparentales, des familles divorcées, des familles homosexuelles ».

« On ne parle pas de la sexualité d’une famille », a réagi Catherine Michaud, présidente de GayLib. Elle rappelle que l’expression consacrée est « famille homoparentale et pas homosexuelle ». « Ce distinguo est terrifiant et inacceptable », a-t-elle déclaré à l’AFP.  De même, pour le président de SOS Homophobie, Joël Deumier, le président de la République a commis une « maladresse » en évoquant « les familles homosexuelles ».

Après le président, le nouvel archevêque de Paris

 Plus généralement la bienveillance du chef de l’Etat envers les instances catholiques a choqué ces associations. « J’aimerais qu’on m’explique à quel moment en France l’Eglise accompagne les familles homoparentales », déclare Catherine Michaud, rappelant que certains évêques avaient au contraire publiquement pris position, lors du précédent quinquennat, « contre le mariage pour tous » ou pour l’organisation de « thérapies de conversion pour les homosexuels ». « L’Eglise n’aide pas et n’accompagne ces familles [homoparentales] mais s’oppose à leur reconnaissance et à leur protection par la loi », ajoute Joël Deumier.

Et ensuite ? Les associations de défense des droits des homosexuel·le·s espèrent toujours que le gouvernement proposera au Parlement d’étendre le droit à la PMA aux couples de femmes et femmes seules, à l’issue des Etats généraux de la bioéthique. Et que les élus en marche de la majorité suivront d’un pas unique et cadencé. « La promesse du président de la République était d’ouvrir la PMA à toutes les femmes, sous couvert d’un avis favorable du Comité consultatif national éthique obtenu en juin 2017 », rappelle Catherine Michaud.

Or les nouvelles paroles d’Emmanuel Macron ne la rassurent pas. « Il n’a pas apporté de réponse sur les questions relatives à la PMA, à la création d’un statut de beau-parent ou la protection des familles homoparentales » observe le président de SOS Homophobie.  «Que le président parle avec les religions est très bien, il doit parler avec tout le monde. Mais dans ce régime laïc, les réformes ne doivent pas être contraintes par le religieux » conclut Catherine Michaud.

On attend désormais, sur ce point, les explications et la position de Mgr Michel Aupetit, médecin et nouvel archevêque de Paris qui n’a jamais caché son opposition radicale à la promesse présidentielle de la « PMA pour toutes ».

A demain