Homosexualité et procréations : précisions et interrogations après l’indiscrétion de Libération

Bonjour

La fort dérangeante indiscrétion de Libération (Eric Favereau) sur le prochain avis du Comité national d’éthique mérite quelques précisions et interrogations. On peut, dans le Libé de ce 13 juin, lire ceci :

« Selon nos informations, le groupe de travail du CCNE a pris position sur l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes. Mais quid des femmes seules ? Parallèlement, ledit groupe s’opposerait à la GPA, comme à l’autoconservation des ovocytes. On peut supposer – mais ce n’est pas automatique – que l’avis a été validé en assemblée plénière du CCNE. On peut l’imaginer, d’autant plus que le nouveau président du CCNE, dans ses précédentes fonctions, et en particulier à la tête de l’Agence nationale de recherche sur le sida, s’est toujours montré ouvert sur ces questions. »

Or, selon nos informations, les conclusions du groupe de travail du Comité national d’éthique n’ont, précisément, pas été validée par le comité plénier de cette institution. La réunion doit se tenir dans quelques jours et tout laisse penser que les débats ne seront pas dénués de vivacité. Sans préjuger le rôle que pourra jouer Jean-François Delfraissy (nouveau président nommé par François Hollande) il sera du plus vif intérêt d’observer de quelle manière les arguments développés hier par le Comité pourraient être balayés.

Question éthique majeure

 Il faut  ici relire l’avis n° 90 (adopté le 24 novembre 2005 à l’unanimité des membres du CCNE moins une abstention). On y trouvera ceci, au chapitre « Accès à l’AMP des personnes seules et/ou homosexuelles » :

« La loi française est formelle, exigeant la présence d’un homme et d’une femme, à l’origine du projet parental. Si l’AMP était ouverte aux personnes seules et/ou aux homosexuels, cela impliquerait une indifférence des donneurs de spermatozoïdes ou d’ovocytes, au destin de leurs gamètes qui pourraient être donnés à un couple hétérosexuel ou homosexuel ou à une personne seule sans choix préalable de leur part. La levée de l’anonymat qui serait éventuellement réclamée par des receveurs ou des donneurs volontaires dans une telle situation, introduirait paradoxalement une discrimination.

 « Si l’indifférence au destin final de leurs gamètes n’était pas partagée par le plus grand nombre de donneurs en situation d’anonymat, cela risquerait de tarir la source du don par crainte d’un destin de leurs gamètes dont ils ne veulent pas. La possibilité d’un double circuit, limité à cette question donneurs anonymes et non anonymes en fonction de la sexualité ou du célibat de la personne receveuse pose d’emblée une question éthique majeure. »

Et encore :

« L’AMP a toujours été destinée à résoudre un problème de stérilité d’origine médicale et non à venir en aide à une préférence sexuelle ou à un choix de vie sexuelle. L’ouverture de l’AMP à l’homoparentalité ou aux personnes seules ouvrirait de fait ce recours à toute personne qui en exprimerait le désir et constituerait peut-être alors un excès de l’intérêt individuel sur l’intérêt collectif. La médecine serait simplement convoquée pour satisfaire un droit individuel à l’enfant. »

 Ces éléments et de cette mémoire seront au cœur, demain, du comité plénier du Comité national d’éthique français pour les sciences de la vie et de la santé. Quel poids aura, alors, « l’indiscrétion » de Libération ?  Des voix s’élèveront pour dire que quelques pays étrangers font une lecture différente de celle de la France, que les temps sont venus de changer, que tout est désormais en marche, qu’existe une nouvelle dynamique qui doit renouveler la réflexion éthique. Personne n’évoquera publiquement les souhaits personnels, sur le sujet de l’homosexualité et de la procréation, du nouveau président de la République.

A demain

 

 

Procréation assistée pour homosexuelles : la dérangeante indiscrétion de Libération

 

Bonjour

Libération daté de demain 13 juin : « Selon nos informations, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) devrait rendre ‘’avant la fin juin’’ un avis favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux lesbiennes mais s’opposerait à la gestation pour autrui ». Si le « avant la fin juin » n’est pas une révélation, le contenu de l’avis l’est bien. Qui a parlé au sein du Comité désormais présidé par Jean-François Delfraissy ?

« Selon une enquête d’opinion publiée au mois de mars, six Français sur dix (61 %) seraient favorables à l’ouverture de la PMA aux couples de femmes – une hausse de six points par rapport à 2014, écrit Libé (Eric Favereau). Par ailleurs, 50 % des Français se disent pour la gestation pour autrui (GPA), selon ce baromètre réalisé par BVA pour la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques des ministères sociaux (Drees). »

Question : la réflexion éthique doit-elle s’adapter aux résultats des sondages et autres enquêtes d’opinion. Depuis sa création (en 1983) le Comité national d’éthique s’est prononcé à deux reprises (en 2005 et 2010) contre l’ouverture de la PMA aux femmes seules ou aux couples de femmes. Cette pratique doit, comme le dispose la loi de bioéthique, demeurer une thérapeutique réservée aux couples souffrant de stérilité et composés d’un homme et d’une femme en âge de procréer. Non, en somme, à la « médecine de prestation ».

Jupiter et le marbre de la loi

Question connexe : la réflexion éthique doit-elle contenter le président de la République ? Lors de la campagne électorale Emmanuel Macron n’a pas fait mystère de ses opinions, notamment à Marie-Claire :

« Ma conviction personnelle est qu’il faut étendre la PMA au nom de l’égalité hommes-femmes et du droit à l’accès à une prestation médicale. Mais je respecterai l’avis attendu du Comité consultatif national d’éthique et je regarderai aussi l’état de la société et des débats qui s’y jouent pour agir de manière apaisée. »

« L’avis du comité sur cette question extrêmement polarisante ne fera sûrement pas l’unanimité. Il pourrait même déclencher des anticorps de part et d’autre » a déclaré, en écho le président Delfraissy qui fut nommé à ce poste par l’ancien président Hollande. Libération :

« Selon nos informations, le groupe de travail du CCNE a pris position sur l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes. Mais quid des femmes seules ? Parallèlement, ledit groupe s’opposerait à la GPA, comme à l’autoconservation des ovocytes. On peut supposer – mais ce n’est pas automatique – que l’avis a été validé en assemblée plénière du CCNE. On peut l’imaginer, d’autant plus que le nouveau président du CCNE, dans ses précédentes fonctions, et en particulier à la tête de l’Agence nationale de recherche sur le sida, s’est toujours montré ouvert sur ces questions. »

Questions éthiques et politiques : Revient-il désormais au président du CCNE de dicter ses préférences à son assemblée plénière ? Les temps sont-ils venus où le président de la République pourrait faire graver ses convictions dans le marbre de la loi ?

A demain

 

Jusqu’à quel âge un homme peut-il procréer ? Les nouveaux députés vont devoir s’expliquer

Bonjour

Une fraction de la France tombée en pâmoison 1 devant Emmanuel Macron vient de voter pour élire ses députés. Ces derniers ne savent pas encore qu’ils seront, un jour prochain, amenés à prendre position sur un sujet éminemment sociétal : qu’est-ce qu’un homme en âge de procréer ?

Nous avions découvert, en février dernier, l’histoire peu banale de Luigi à qui l’administration française interdisait de procréer au motif qu’il avait 69 ans 2. L’histoire rebondit aujourd’hui avec l’information du Parisien (Carole Sterlé) : « Seine-Saint-Denis : à 69 ans, il obtient le droit à une PMA afin d’être père ». La justice a, pour la première fois, contraint l’Agence de la biomédecine (ABM) de donner son feu vert à l’exportation du sperme congelé d’un homme de 69 ans, Luigi, qui envisage d’entamer une démarche d’assistance médicale à la procréation (AMP) en Belgique, avec son épouse de 33 ans. L’information a été confirmée le 7 juin à l’AFP par l’Agence.

L’ABM, après avoir refusé, puis tardé à répondre avant de poursuivre, au fond, la procédure judicaire en expliquant que « les professionnels sur le terrain et l’agence ont besoin d’une clarification de règles applicables pour savoir de façon incontestable comment doit être interprétée en pratique la loi de bioéthique dans ce domaine ». De fait, depuis 1994 aucune disposition légale ou réglementaire ne fixe un âge pour l’homme dans une démarche d’AMP ; il doit juste être « en âge de procréer » – contrairement à la femme, pour laquelle l’assurance-maladie fixe l’âge limite de prise en charge à 43 ans).

Nouvelles réflexions

La vieille question de l’âge du père fait l’objet de nouvelles réflexions au sein de la Fédération française d’étude de la reproduction et du Collège national des gynécologues-obstétriciens français. Elle sera également à l’agenda de la prochaine révision, l’an prochain, de la loi de bioéthique.

Question : faut-il, sur des deniers publics, permettre à tous les hommes qui le demandent, d’avoir accès gratuitement aux techniques de PMA ?  Et ce quel que soit leur âge ? La question, plus que délicate vient d’être soulevée lors des récentes Journées du Collège national des gynécologues obstétriciens français, organisées à Montpellier.

En France la limite d’âge d’accès à la PMA (avec prise en charge de l’Assurance maladie) a été fixée unilatéralement à 43 ans pour les femmes. Il n’existe en revanche (à ce jour) aucune restriction pour les hommes avançant en âge et souhaitant devenir père. La loi précise seulement que les deux membres du couple doivent être « en âge de procréer ». Question, vieille comme cette loi : comment définir un homme « en âge de procréer », puisque, même si la fertilité masculine diminue, un homme peut devenir spontanément père à tout âge 3.

Malformations

La question peut toutefois être posée sous différents angles, comme l’avait fait l’an dernier la Dr Joëlle Belaisch-Allart :

« Il est établi que les taux de succès après insémination et fécondation in vitro sont moins bons lorsque le père est âgé. Mais la question principale est de savoir si l’âge du père a un impact sur la santé et le bien-être de l’enfant à venir. Les répercussions d’une paternité tardive sur le risque de malformations fœtales sont démontrées mais modérées. Une étude du CECOS a montré que le risque de malformation, notamment de trisomie 21, est augmenté lorsque le donneur de sperme a plus de 45 ans. D’autres études ont confirmé une discrète augmentation des malformations, dès 40-45 ans, mais surtout après 50 ans.

« Les risques sociétaux sont en revanche établis et de mieux en mieux décrits. Bien que l’espérance de vie soit de 79 ans pour les hommes en France selon les dernières données de l’Insee, leur espérance de vie en bonne santé n’est que de 62,5 ans.  Quelle image paternelle aura l’enfant pour ce père vieillissant et quel regard les enfants porteront sur leur camarade dont le père a l’âge de leur grand père ? Certaines équipes parlent à cet égard de couple transgénérationnel.

« L’impact de l’âge avancé du père serait particulièrement sensible au moment de l’adolescence, avec à la fois une certaine honte de ce père vieillissant et un sentiment de culpabilité. Des études récentes ont en outre mis en évidence une association entre certains troubles psychiatriques et l’âge du père, mais attention à toute généralisation car les explications à cette augmentation du risque d’autisme et plus encore de troubles bipolaires chez les enfants de pères âgés par rapport aux enfants de pères jeunes sont diverses. Peuvent entrer en ligne de compte, outre les interactions père-enfant, la génétique et l’épigénétique.

« Sur le plan éthique, l’absence de limite d’âge pour le père pose la question de l’égalité homme-femme d’une part et d’autre part celle de l’équité dans l’accès à l’AMP, car les indications dépendent des centres et des praticiens, même si la majorité des professionnels de santé tendent à retenir un seuil compris entre 55 ou 60 ans pour l’homme, comme l’illustrent deux enquêtes récentes. »

Pas après 58 ans

La première a été réalisée auprès des biologistes et des cliniciens des centres de PMA. 84% des répondants disent « prendre en compte l’âge de l’homme » et 24% la différence d’âge entre les deux membres du couple. Le seuil retenu par 85,2% des participants pour l’homme est de moins de 60 ans. Les spécialistes de l’AMP souhaitent également dans leur grande majorité que la loi statut sur une limite d’âge pour la prise en charge, entre 55 et 60 ans (56 ans en moyenne).

La deuxième enquête a été menée auprès des gynécologues et gynécologues obstétriciens qui accueillent les couples avant de les référer ou non à un centre de PMA. La moitié d’entre eux seulement déclarent fixer une limite d’âge pour l’homme, dans leur pratique. Pour ceux qui fixent une limite, celle-ci est de 58 ans en moyenne. La grande majorité des répondants estime néanmoins que la prise en charge par l’Assurance maladie doit être limitée aussi pour l’homme – et ce en moyenne à 53 ans.

Dans cette étude, 72% des répondants étaient des femmes et l’on observe une différence dans les réponses en fonction du sexe : 64% des femmes souhaitent une limite par la loi contre 39% des hommes, 83% des femmes souhaitent une limite pour la prise en charge par l’Assurance maladie contre 74% des hommes. L’âge influence également les réponses : 70% des médecins de moins de 40 ans souhaitent une limite fixée par la loi contre 52% chez les plus de 40 ans.

Seuls les riches ?

Nous savons désormais que nous allons vers une révision de la loi de bioéthique qui ne pourra pas faire l’économie de la question de la limiter l’âge des pères pour la PMA ? « Les deux Assemblées étant très largement masculines, les réponses risquent de ne pas être en faveur de limite, observait l’an dernier Joëlle Belaisch-Allart. La discussion engagée et les points de vue exprimés par les professionnels ayant participé à ces deux enquêtes révèlent une nette tendance en faveur d’une limite d’âge définie par la loi et un seuil pour la prise en charge par l’Assurance maladie, des règles qui simplifieraient les pratiques et permettraient une meilleure égalité dans l’accès à la PMA. »

Question : interdire une prise en charge de la PMA pour les hommes de plus de 60 ans signifierait-il que seuls les riches auraient accès à la paternité aidée ? On observera, ici, les réponses du Comité national d’éthique, celles des nouveaux députés et, qui sait, du président de la République.

A demain

1 « Les habitués de l’Okel, agités par l’ivresse, se livraient (…) à des pâmoisons extatiques. (…) mais peu à peu la force du chanvre s’étant dissipée, (…) ils gisaient le long des divans » (Nerval, Voy. Orient, t.2, 1851, p.165)

2 « L’histoire de Luigi à qui l’administration française interdit de procréer parce qu’il a 69 ans » Journalisme et santé publique, 25 février 2017

3 « La Sécurité sociale doit-elle permettre aux hommes de plus de 60 ans d’avoir des enfants ? » Journalisme et santé publique, 13 décembre 2016

Les médecins français doivent-ils devenir des collecteurs d’ovocytes humains ?

Bonjour

La fin peut-elle justifier tous les moyens ? La pénurie autorise-t-elle toutes les extrémités ? Deux questions au cœur de la dernière initiative de l’Agence de la biomédecine (ABM) qui entend nous faire parler du « don d’ovocytes » via une plaquette d’information diffusée sur son site.

« Don d’ovocytes, parlons-en ! » : ce document est destiné aux « professionnels de santé » qui se doivent de ne pas oublier leurs devoirs. A savoir : « les médecins traitants informent régulièrement leurs patientes sur le don de gamètes » et « les médecins gynécologues informent régulièrement leurs patientes sur le don d’ovocytes » comme le dispose la loi de 2011 de bioéthique.

On connaît les aspects pratiques : prise en charge totale des frais médicaux et non médicaux ; indemnité pour la perte de rémunération ; anonymat, volontariat et consentement écrit de la donneuse majeure et âgée de moins de 37 ans. On connaît moins en revanche le fait que cette même donneuse peut être nullipare depuis la publication (fin 2016) des textes d’applications de la loi de 2011 : décret dit « nullipare » publié au Journal Officiel du 15 octobre 2015.

Informer et contraindre

C’est là un décret étonnant qui fait que le donneur nullipare peut conserver « une partie de ses gamètes en vue d’une éventuelle réalisation ultérieure à son bénéfice d’une assistance médicale à la procréation » ; décret qui prévoit que la moitié au moins des ovocytes matures d’un même prélèvement seront orientés vers le don et qui souligne que la donneuse nullipare devra être informée de « l’éventualité d’une impossibilité de conservation d’ovocytes à son bénéfice en cas d’obtention d’une quantité insuffisante de gamètes ». « Cette avancée aidera de nombreux couples stériles à devenir parents. Elle respecte l’esprit du don qui est d’agir par solidarité et générosité » avait cru pouvoir commenter Marisol Touraine, alors ministre de la Santé et signataire dudit étonnant décret.

Qui fera la part entre le respect de l’esprit du don et l’incitation par le médecin traitant à ce même don ? A fortiori quand a pénurie d’ovocytes est instituée cause nationale ? Neuf cents couples confrontés à une infertilité féminine et qui, chaque année, s’inscrivent sur des listes d’attente ce qui réclame de trouver autant de donneuses supplémentaires. Avec, en toile de fond, les alléchantes propositions commerciales étrangères, espagnoles notamment fondées sur la rémunération-défraiement des donneuses.

La brochure de l’ABM est destinée à « éclairer le dialogue avec les potentielles donneuses ». Elle s’inscrit dans le cadre du plan d’action ministériel  pour la procréation, l’embryologie et la génétique humaines (PEGh) 2017-2021, – arrêté par Marisol Touraine et publié mi-mai. Ce plan « s’articule avec le ‘’contrat d’objectifs et de performances’’ qui lie l’ABM à sa tutelle. »

« Contrat d’objectifs et de performances » ?  Ou quand la fin justifie les moyens.

A demain

Trisomie 21: questions économiques et éthiques posées par le «dépistage prénatal non invasif»

 

Bonjour

Nous annoncions début mai, sur ce blog, la mise en place à l’échelon national du dépistage prénatal non invasif (DPNI) de la trisomie 21. Une mise en place visant notamment à contrecarrer le développement, sur ce sujet, d’une médecine à deux, trois ou quatre vitesses. Cette organisation se complète aujourd’hui avec la publication (très attendue) d’un avis de la Haute Autorité de Santé (HAS) : « Place des tests ADN libre circulant dans le sang maternel dans le dépistage de la trisomie 21 fœtale ».

C’est un avis qui a été (longuement) élaboré à la demande de la Direction Générale de la Santé. Un avis éminemment prudent . C’est ainsi que les questions relatives aux tests ADNlc pour la détection d’autres anomalies chromosomiques (notamment la trisomie 18 ou 13) n’ont pas été traitées. Elles sont pourtant d’actualité. Et la HAS s’st bien gardée de sortir de son périmètre technique.

« Les enjeux liés au bien-fondé d’un dépistage de la trisomie 21 fœtale et les questions relatives au handicap ou à la prise en charge des enfants porteurs d’une trisomie 21 n’ont pas non plus été abordés » précise-t-elle d’entrée. On observera que les enjeux liés à ce « bien-fondé du dépistage » ne sont pratiquement jamais abordées dans la sphère publique ; ni par les responsables politiques ni par les médias d’information générale.

Préférences sociétales

Pour autant cette même HAS s’est penchée sur les « aspects médico-économiques liés à l’introduction d’un test ADNlcT21 »  – et ce « afin de renseigner les impacts en termes de conséquences et de coût pour la collectivité ». Elle s’est aussi penchée sur les « aspects éthiques » – et ce « afin de documenter les éventuels désaccords soulevés par une modification des recommandations concernant le dépistage de la T21 fœtale ». Sans oublier les « aspects sociaux » – ces dernier « entendus comme préférences sociétales » (sic).

Au chapitre médico-économique on peut, en conclusion, lire ceci :

« Sur le fondement des critères de résultats non pondérés de l’évaluation médico-économique (c.à.d. nombre de T21 fœtales diagnostiquées en prénatal, nombre de pertes fœtales évitées, performances de la stratégie), l’intégration du test ADNlcT21 dans le parcours de dépistage prénatal de la T21 apparait plus pertinente que la stratégie standard pour laquelle un examen invasif à visée diagnostique est proposé d’emblée aux femmes enceintes ayant un risque de T21 fœtale ≥ 1/250.

« Ainsi, pour un prix du test ADNlcT21 supposé à 390 €, la stratégie S2a semble préférable à S1, sous la condition que le coût supplémentaire de 1 € par femme enceinte dépistée (440 000 € au total) soit supportable pour la collectivité. Pour annuler ce surcoût, il conviendrait d’abaisser le prix du test ADNlcT21 à 363 €. »

Traduction nécessaire

Le chapitre consacré aux « aspects éthiques » est assez jargonneux 1. Il est aussi, à dire vrai, en partie superfétatoire dès lors que la question du « bien-fondé » a été évacuée. La HAS souligne toutefois que des « enjeux éthiques soulevés par le dépistage de la T21 fœtale » sont importants à rappeler. Il s’agit selon elle de « l’accueil des personnes porteuses d’une trisomie 21 » et du « soutien apporté à leur famille ». Il s’agit aussi  « de l’information et l’accompagnement des femmes enceintes (ou des couples) avant la réalisation des tests et au moment du rendu de leurs résultats ».

Enfin deux enjeux éthiques « dépassant le cadre de cette évaluation » ont été identifiés par les experts. Le premier concerne « l’étendue des résultats susceptibles d’être recherchés par les différents tests réalisés dans le cadre de ce dépistage ». C’est là aborder un sujet dont personne, en haut lieu de veut parler ; un sujet que cristallisent les offres faites par  l’Hôpital Américain de Paris 2. Le second enjeu est ainsi formulé par la HAS : « en lien avec le principe de justice, il convient de s’interroger lors de la mise en place d’un changement de procédure sur l’impact éventuel de son financement sur d’autres domaines de santé ».

Pour des raisons économiques, politiques et éthiques une traduction serait appréciée. Où sont les traducteurs ?

A demain

1 Sur ce sujet, on peut se reporter à « Problèmes éthiques du dépistage prénatal non invasif (DPNI) » Sann, L. Rev. med. perinat. (2016) 8: 72. doi:10.1007/s12611-016-0351-2

 2 L’Hôpital Américain de Paris propose trois type de DPNI dont le « MaterniT21Plus » (800 euros) : « Le test MaterniT21Plus permet de dépister les trois principales trisomies (21, 13 et 18)  et les anomalies des chromosomes sexuels. Il s’est graduellement enrichi de la recherche des trisomies 16 et 22 ainsi que des principales microdélétions dépistables de manière non invasive avant la naissance. La plupart sont rares, certaines plus fréquentes, telles le syndrome de Di George (environ 1/2000).  Sont actuellement disponibles les recherches de délétion 22q11 (syndrome de Di George), 5p (syndrome du cri du Chat), délétion 1p36, délétion 15q (syndromes d’Angelman et Prader-Willi), 11q (syndrome de Jacobsen), 8q (syndrome de Langer Giedon), 4p (syndrome de Wolf-Hirschorn). » 

 

Marché et stérilité : abuse-t-on aujourd’hui de la procréation médicalement assistée ?

Bonjour

Cela commence par un éditorial dérangeant publié par l’European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology – un texte repéré par l’APM, reprise par  Le Point puis par le site pourquoidocteur.fr.

Célébrera-t-on, après-demain, les quarante ans de Louise Brown, premier « bébé-éprouvette » ? Mettra-t-on alors en perspective le phénomène considérable qu’est devenu la procréation médicalement assistée, les nouvelles « promesses de parentalité » et les évolutions du concept d’infertilité ? Et intègrera-t-on l’ensemble dans la dynamique offre-demande du marché ?

Pas d’alarme sur le sperme

« Entre 1997 et 2011, près de 900 000 enfants sont nés par FIV en Europe et ce nombre pourrait avoir dépassé 1,4 million aujourd’hui », précisent les auteurs, hollandais et autrichiens de l’éditorial. Ils exposent un paradoxe européen : il n’existe aucune baisse de la fertilité de nature à justifier une telle évolution. Ils ajoutent aussi que les annonces alarmistes (récurrentes et médiatisées) sur la baisse de la qualité du sperme ne sont nullement justifiées d’un point de vue scientifiques.

Comment comprendre ? Il y a certes le recul progressif de l’âge des premières maternités – mais il ne saurait, à lui seul, expliquer la progression du recours à la technique de la FIV. Sans doute faut-il aussi compter avec la facilité (et la rapidité) avec laquelle le diagnostic de stérilité (ou d’« hypofertilité ») est aujourd’hui porté ; une facilité d’autant plus grande qu’il faut désormais compter avec les pratiques ouvertement mercantiles de certains centres de PMA et le développement d’un tourisme procréatif se jouant des frontières éthiques nationales.

Le souhait du candidat Macron

Tout, en somme, converge pour que le marché de la PMA se développe et que des gestes initialement à visée thérapeutiques (la FIV et l’ICSI) soient mis en œuvre avant même que le diagnostic qui devrait les justifier soit porté et confirmé. Et c’est bien dans ce cadre qu’il faut aujourd’hui inscrire le souhait exprimé (avant son élection à la présidence de la République) par Emmanuel Macron : permettre aux femmes seules (et aux couples de femmes) de pouvoir avoir accès aux techniques de procréation médicalement assistée. La dimension thérapeutique s’effacerait alors un peu plus au bénéfice d’une demande individuelle et sociétale. Avec quelles conséquences ?

Emmanuel Macron candidat avait ajouté qu’une fois élu il attendrait, sur ce point politiquement crucial, l’avis du Comité national d’éthique. Il n’est pas le seul.

A demain

Contre la ménopause précoce, peut-on oser les «rajeunissements ovariens» en Espagne ?

Bonjour

Des publications scientifiques ne sont pas incompatibles avec une communication à visée publicitaire. Le groupe IVI est la première institution médicale privée qui, en Espagne, est  entièrement dédiée à la reproduction assistée 1. Et IVI organise du 11 au 13 mai, à Bilbao, le « 7ème Congrès International IVI sur la Médecine Reproductive » – 1 400 participants, plus de 72 nationalités.

La publicité ? Destinée notamment à la presse française elle concerne les dernières expérimentations cliniques sur le « rajeunissement ovarien ». « Depuis plusieurs dizaines d’années, de nombreux facteurs conduisent à retarder la maternité, qu’ils soient sociaux, professionnels, économiques, etc., rappelle IVI aux journalistes. Cependant, la biologie n’a pas suivi cette tendance et, actuellement, le meilleur moment de reproduction chez les femmes se situe dans leur vingtaine, alors que beaucoup ne pensent pas encore avoir d’enfants à cet âge. C’est durant cette période que les meilleurs ovules sont produits, augmentant ainsi les possibilités de grossesse sans complications pour donner naissance à un bébé en bonne santé. »

Pour autant on estime que 1 % des femmes souffrent très tôt d’insuffisance ovarienne (ou ménopause précoce) et qu’elles ont, malgré leur jeune âge, des difficultés à procréer. C’est ici qu’IVI entre en scène:

« Dans le cadre d’une étude réalisée en collaboration avec l’hôpital La Fe de Valence, IVI a réussi à obtenir quatre grossesses chez des patientes qui présentaient une insuffisance ovarienne précoce, grâce au rajeunissement ovarien. C’est l’une des lignes de recherche menées par IVI et que dirige le Pr Antonio Pellicer, co-président et fondateur du groupe. ‘’Nous étudions des méthodes innovantes pour activer des follicules qui, autrement, ne se développent pas et les résultats sont prometteurs, dit-il. Ce traitement fait renaître l’espoir chez des patientes qui, sans cela, n’auraient pas la possibilité de concevoir avec leurs propres ovules’’ ».

Cortex ovarien

Rajeunir, certes, mais comment ? IVI dit étudier deux techniques pouvant donner lieu au rajeunissement ovarien (qui active la croissance des follicules à des stades précoces, indépendants de l’action des gonadotrophines) : la fragmentation du tissu ovarien (OFFA pour Ovarian Fragmentation for Follicular Activation) et l’injection de cellules mères dans l’artère ovarienne. Deux méthodes qui permettraient à l’ovaire d’inverser partiellement son processus de vieillissement et d’activer ses « follicules dormants ».

L’OFFA est d’ores et déjà proposée (en derniers recours) par IVI Valence aux patientes souffrant d’insuffisance ovarienne précoce : prélever par laparoscopie un échantillon de cortex ovarien pour ensuite le fragmenter et le réimplanter. « Cette procédure est très peu invasive et les patientes ressortent de la clinique le jour même, assure IVI. Le résultat de l’intervention peut s’évaluer simplement à l’aide d’une prise de sang afin de vérifier la variation des niveaux de l’hormone antimüllérienne, marqueur de la réserve ovarienne. »

Ethique et marché

L’autre méthode de rajeunissement ovarien consiste à injecter de cellules souches de la moelle osseuse (BMDSC, pour Bone Marrow-Derived Stem Cells) dans l’artère ovarienne. Une procédure qui fait l’objet d’une étude pilote menée par le Pr Antonio Pellicer et sa collaboratrice, la Dr Sonia Herraiz, en collaboration avec l’hôpital La Fe de Valence. « Cette technique présente également des résultats prometteurs, car des grossesses spontanées sont survenues chez des femmes disposant d’une faible réserve ovarienne, suite à une greffe de moelle osseuse » assure-t-on, sans plus de détails.

De tels travaux expérimentaux sont-ils menés en France ? Comment l’Agence de biomédecine perçoit-elle ces incitations à gagner l’Espagne pour avoir accès à des procédures particulières de procréation médicalement assistée ?  Le grand marché est-il compatible avec l’éthique et la solidarité telles que la France les défend ?

A demain

1 IVI, fondée en 1990, est la première institution médicale en Espagne entièrement dédiée à la reproduction assistée. Depuis cette date, IVI a contribué à la naissance de plus de 160.000 enfants grâce à la mise en œuvre de méthodes de reproduction assistée particulièrement innovantes.  Début 2017, IVI a fusionné avec RMANJ, devenant ainsi le plus grand groupe de reproduction assistée avec plus de soixante-dix cliniques dans le monde.