350 euros hospitaliers pour savoir où vous en êtes de votre fertilité. Il ne sont pas remboursés

Bonjour

C’est un papier « santé » du Parisien/Aujourd’hui en France. Il nous parle d’une « initiative unique » en France. A découvrir au Centre hospitalier intercommunal de Créteil (CHIC). Nom de code : « Fertilité check up© » (sic). Médecin responsable : Pr. Nathalie Massin. Médecin :  Dr. Jean-Marc Le Vaillant « dix ans aux côtés de René Frydman, père du premier bébé éprouvette ». Pitch :

« Vous avez un projet de maternité immédiat ou futur ? Vous souhaitez connaître votre potentiel de fertilité ? Vous souhaitez planifier une conception dans votre projet de vie ? Vous souhaitez connaître votre potentiel de fertilité actuel ou futur ? Vous souhaitez savoir où vous en êtes… Nous vous proposons des réponses à ces questions grâce au Fertilité check-up©. »

« Ce test comprend : un examen échographique complet, le Fertiliscan©, développé par l’équipe médicale du centre d’Assistance Médicale à la Procréation du CHIC – examen de trente minutes environ, réalisé par voie endovaginale avec un inconfort modéré (sic) ; un « questionnaire de vie » – (histoire médicale et état actuel ; un entretien avec un expert de la fertilité qui fera les conclusions de l’examen complet et répondra à toutes vos questions. »

On explique encore que cet examen permet d’étudier les trois fonctions indispensables à la reproduction : l’ovulation, la capacité utérine, la perméabilité tubaire. A noter : « ce test permet également la possibilité de dépister l’endométriose.».

« C’est l’examen de première intention par excellence qui permet de donner à une femme, dans les meilleurs délais, une évaluation de sa fertilité, résument les promoteurs.  Pour prendre RDV pour un fertilité-check up, cliquez ici. Accessible sans courrier de médecin traitant, le Fertilité check-up© est proposé au tarif de 350€ – incluant le Fertiliscan© et la consultation spécialisée (non pris en charge à ce jour par la sécurité sociale). »

Pourquoi cette absence « à ce jour » d’une prise en charge par l’Assurance maladie, elle qui rembourse à 100% toutes les techniques et prises en charge de procréation médicalement assistée 1 ? Pourquoi Créteil et pourquoi 350 euros ? On ne nous le dit pas. On le regrettera.

A demain

1 On trouvera ici ce qu’il en est officiellement, pour l’Assurance maladie, du « bilan médical de la stérilité ou infertilité ». Extrait :

« Une consultation médicale pour infertilité s’envisage, le plus souvent, lors de l’absence de grossesse au bout d’une ou deux années de rapports sexuels réguliers. Ce délai peut être plus court en fonction de l’âge et des problèmes médicaux antérieurs du couple. Une consultation médicale devient nécessaire lorsqu’un couple n’arrive pas à concevoir un enfant après 12 à 24 mois de rapports réguliers (deux ou trois fois par semaine) aux périodes propices, en l’absence de contraception. Cette consultation a lieu beaucoup plus tôt, souvent après 6 mois d’essais infructueux, si la femme a plus de 35 ans ou s’il existe une maladie de l’appareil génital connue ou suspectée chez l’homme ou la femme.

« Cette consultation permet : de confirmer le diagnostic d’infertilité par son ancienneté ; de retrouver une cause parfois simple d’infertilité qui peut être facilement modifiée (par exemple : mauvaise connaissance des processus de la fécondation et des périodes de fécondité) ; d’envisager, après un examen médical du couple, les examens complémentaires nécessaires. »

 

 

 

«PMA pour toutes» : effacement de la frontière de la reproduction sexuée chez les mammifères

Bonjour

Sans être véritablement une première scientifique c’est bien, a priori, un événement que l’on peut qualifier d’historique. Une équipe de biologistes dirigés par Zhi-Kun Li, membre de l’Académie chinoise des  sciences vient d’annoncer être parvenu à faire naître des souriceaux de deux souris femelles à partir de cellules souches embryonnaires associées à « une édition ciblée du génome ». Devenues adultes, les souris ont pu à leur tour donner naissance à des souriceaux en bonne santé. Tout, ou presque, est expliqué dans la revue Cell Stem Cell :  « Generation of Bimaternal and Bipaternal Mice from Hypomethylated Haploid ESCs with Imprinting Region Deletions »

Officiellement les chercheurs chinois cherchaient à expliquer « pourquoi, à la différence des reptiles, des amphibiens et de certains poissons, qui peuvent recourir à la parthénogenèse, les mammifères passent-ils obligatoirement par la reproduction sexuée ». La vérité est sans doute un peu plus compliquée, la Chine investissant largement aujourd’hui dans des travaux  (et des applications) situés au-delà des frontières définies, depuis plus d’un demi-siècle, par la bioéthique occidentale.

En 2028 ou 2038

Utilisation de cellules souches embryonnaires de souris femelles dotées d’un seul jeu de chromosome; modifications génétiques des régions identifiées comme participant à l’ « empreinte parentale » ; introduction de ces « succédanés de spermatozoïdes »  dans des ovocytes d’autre souris femelles…

Obtention d’embryons transférés dans les utérus d’autres souris où ils se sont développés jusqu’au terme. Sur 210 embryons, 29 souris sont nées viables et se sont reproduites de manière naturelle – donnant naissance à des souriceaux en bonne santé.

Une seconde expérience a été menée à partir de deux souris mâles : douze souriceaux sont nés de cette manipulation – mais ils sont tous morts 48 heures après leur naissance. Où l’on voit que les faits et la Nature peuvent parfois être têtus.

User de cette technique dans cette autre catégorie de mammifères qu’est l’espèce humaine ? Donner corps, chair et âme à la reproduction définitivement déba²rrassée de la sexualité ? « Il est peu plausible que ce genre de technologie puisse être appliqué à l’homme dans un avenir proche, estime Dusko Ilic (King’s College de Londres) qui n’a pas participé aux travaux. Le risque d’anomalies sévères est trop élevé et cela prendrait des années de recherche, sur différents types d’animaux, pour arriver à comprendre comment cette méthode pourrait être appliquée en toute sécurité ».

 Pour sa part, et sans se prononcer sur la dimension éthique de l’affaire, Axel Kahn, généticien et philosophe français, vient d’estimer, sur France Inter, à « dix ou vingt ans » le délai nécessaire avant de disposer, chez la femme, du savoir-faire.

A demain

PMA : le gouvernement actuel défend le principe de l’anonymat des cellules sexuelles

Bonjour

C’est un scoop de La Croix (Loup Besmond de Senneville). Qui nous révèle que notre gouvernement a fait parvenir vendredi 5 octobre à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) un document défendant le principe de l’anonymat des donneurs de gamètes – tout en faisant état d’un débat au sein de la société française sur ce sujet devenu d’une particulière sensibilité. « Le document est d’importance, dans le contexte particulièrement sensible des débats sur la révision des lois de bioéthique » rappelle La Croix.

Pourquoi maintenant ? Ce texte de 17 pages est destiné à éclairer les juges de Strasbourg, qui examinent actuellement deux dossiers d’enfants nés du don et demandant d’accéder à l’identité de leur géniteur : ceux d’Audrey Kermalvezen, membre de l’association Origines, et de Clément Silliau-Roussial, le vice-président de l’association PMAnonyme. La Croix :

« De nature juridique, le document constitue essentiellement une défense du principe d’anonymat des donneurs de gamètes actuellement en vigueur dans le droit français. Pour constituer sa ligne de défense, la France adopte plusieurs axes. D’abord, elle présente l’anonymat comme un moyen de protéger à la fois les donneurs « de toute dérive pécuniaire ou pression psychologique », les parents et l’enfant. Pour ce dernier, l’anonymat constitue « la moins mauvaise solution », peut-on lire. Tout cela constitue, d’après la France, un « équilibre entre les intérêts en présence ». Ensuite, la France estime devoir disposer en la matière d’une « marge d’appréciation ».

« Elle rappelle ainsi qu’« il n’existe à l’heure actuelle aucun consensus européen sur le régime de l’accès par les enfants issus d’un don de gamètes aux données concernant les donneurs ». Enfin, le gouvernement aborde le cas des enfants nés sous X qui peuvent avoir accès, depuis 2002, à des données sur la femme qui les a portés. Cette situation n’est « pas transposable à celle d’un enfant né d’une PMA avec donneur », souligne le gouvernement. Qui justifie du même coup une différence de traitement entre « nés sous X » et « nés du don ».

« Le don de gamète est un acte solidaire et responsable qui, à aucun moment, ne place l’enfant issu de ce don dans une situation de détresse et d’interrogation par rapport à son histoire assimilable à celle qui caractérise l’abandon d’enfant », peut-on encore lire dans ce document. Et le gouvernement d’exposer longuement l’état du débat sur l’accès aux origines dans la société française. Il rappelle notamment la position du Comité consultatif national d’éthique, favorable à une forme d’accès aux origines, ainsi que celle du Conseil d’État, qui propose que l’enfant né d’un don puisse accéder à l’identité du donneur – à condition que celui-ci donne son consentement au moment de la demande formulée par le premier enfant né de son don.

Le gouvernement estime en outre que le débat organisé lors des Etats Généraux de la bioéthique « n’a pas permis de dégager d’option privilégiée à ce titre, les associations étant partagées sur le sujet, il a permis de mettre en évidence l’existence d’une revendication de l’accès aux origines des enfants nés d’une PMA de la part des jeunes ayant pris part au débat ».

Pour autant le citoyen appréciera que son gouvernement ajoute que ces « travaux préparatoires » « ne préjugent pas du contenu du projet de loi » en la matière. Et le même citoyen de patienter. A l’heure où ces lignes sont écrites le gouvernement doit changer. Et nul ne sait qui, dans le prochain, rédigera l’avant-projet de loi.

A demain

 

« PMA pour toutes » : le Conseil de l’Ordre des médecins accusé de manœuvres politiques

Bonjour

C’était écrit, c’est publié. Dans une tribune publiée aujourd’hui dans Le Figaro : plus de 340 médecins 1  protestent contre la position du Conseil national de l’Ordre des médecins qui, auditionné par l’Assemblée nationale, a déclaré ne pas être opposé à la légalisation de la PMA pour les femmes seules et pour les couples de femmes.

Une institution ordinale qui ne semble nullement troublé par l’utilisation d’une thérapeutique de la stérilité d’un couple hétérosexuel à des fins sociétales.

L’affaire avait été révélée le 19 septembre en exclusivité par La Croix (Loup Besmond de Senneville). « Une prise de position qui fera grand bruit » estimait le quotidien catholique. Une prise de position aussitôt applaudie par la ministre Agnès Buzyn invitée matinale de RTL. Tout, depuis, est expliqué sur le site ordinal central.  Avec cette peu banale et trop modeste affirmation :

«L’Ordre ne doit pas être une instance moralisatrice face à une demande sociétale. Si la société veut une aide médicale à la procréation (AMP) élargie aux femmes seules ou homosexuelles en couple, c’est à elle de trancher. L’Ordre ne peut s’y opposer.»

Hippocrate et son serment

Les médecins signataires de la tribune se désolidarisent de cette prise de position : elle leur semble « contraire à la vocation de la médecine et au serment d’Hippocrate ». Notamment parce que la PMA pour les femmes célibataires ou pour les couples de femmes « n’est pas une indication médicale » – au sens où la médecine est « un art dont les buts exclusifs sont de prévenir les maladies, restaurer les fonctions défaillantes de l’organisme, réparer les malformations anatomiques ».

« Au-delà de ces indications, tout acte intrusif chez une personne qu’on sait en bonne santé sort du champ médical, écrivent-ils.  C’est le cas de l’insémination artificielle avec sperme de donneur en dehors de la complémentarité homme-femme. Il est donc paradoxal pour ne pas dire antinomique que l’Ordre des médecins ne s’oppose pas à l’élargissement de la PMA. Le rôle de l’Ordre est pourtant de rappeler les limites et les exigences de notre profession. »

Plus largement, en ne s’opposant pas à la PMA non médicale, l’Ordre des médecins ouvre la porte à tous les abus :

« Qui pourra s’opposer demain aux demandes de couples hétérosexuels qui voudront un bébé parfait et se tourneront vers le corps médical pour répondre à leur attente au nom de l’égalité? Nous savons que le marché de la procréation est immense. Ouvrir la PMA non médicale aux femmes en bonne santé, c’est ouvrir le marché du corps humain. »

 Les signataires regrettent, euphémisme, que l’Ordre n’ait pas questionné l’ensemble de la profession médicale sur cette question fondamentale. « Il était facile de le faire par informatique durant les États généraux de la bioéthique auxquels l’Ordre s’est soustrait, observent-ils. Il ressort des sondages effectués sur la question que la majorité des médecins est hostile à l’extension de la PMA. Nous, médecins, avons l’impression d’avoir été utilisés à des fins politiques et idéologiques par l’institution censée nous représenter. Cela va créer des fractures dans notre profession. » Qui les réduira ?

A demain

 1 La liste complète des cosignataires peut être consultée ici

 

GPA : le journaliste Marc-Olivier Fogiel (RTL) nous explique que ce n’est pas ce que l’on croit

Bonjour

4 octobre 2018. La matinale de la « radio la plus écoutée de France » invite l’un de ses journalistes-vedettes : Marc-Olivier Fogiel. Ce dernier vient faire la promotion de son « livre d’enquête » et « récit intime » (« Qu’est-ce qu’elle a ma famille ? » Editions Grasset). Il y raconte comment il a eu personnellement recours avec son compagnon, par deux fois aux Etats-Unis, à la GPA – pratique interdite en France.

Voici (transcrit par RTL) un résumé des échanges avec Elisabeth Martichoux :  « GPA : « Je n’ai pas choisi d’enfant sur catalogue », dit Marc-Olivier Fogiel sur RTL »

– Vous rendez public votre histoire par militantisme ?

« Je pense être journaliste d’abord et pas du tout militant dans ma vie je ne le suis pas, j’ai longtemps hésité et quand j’entends les débats aujourd’hui, des débats tronqués, des débats faits de fantasme, je me suis dit, je vais opposer des faits pour que chacun puisse avoir un avis sur une réalité. Pour ça, il fallait que je me dévoile et pas que, c’est un livre d’enquêtes, j’ai rencontré d’autres familles. Ce n’est pas un livre au pays des bisounours parce que la GPA, ça peut très bien se passer mais ça peut aussi être plus compliquée. Je le fais un peu malgré ma réserve pour mes filles, pour les autres familles et pour le débat public. »

– Au sujet de la GPA :

« Je n’ai vraiment pas envie de m’engager dans cette voie-là au départ. Décidant d’aller dans ce chemin de la paternité, je voulais fermer la porte de la GPA parce que pour moi arracher un enfant à une mère qui l’avait porté, c’était quelque chose d’impossible.  Là où j’avais des réserves il y a quasiment dix ans d’avoir fait ce choix, quand je vois pourquoi j’ai fait ce choix et ce que ça donne aujourd’hui, je suis très heureux de l’avoir fait. »

– Vous cherchez l’enfant idéal ?

« Non, je cherche à éviter un éventuel problème. Comme ça existe ici dans le cadre de la PMA, où il y a déjà des recherches sur l’embryon ici en France, des recherches légales. On évite le problème.  J’essaie d’éliminer des risques, après je suis dans l’auto génétique comme tout à chacun. Un ovocyte après peut arriver tout et son contraire dans la vie de tous les jours.  Cette recherche sur l’embryon, elle est légale en France. »

– Vous préféreriez que ça soit anonyme, qu’on vous attribue des ovocytes par hasard ?

« À l’époque, je n’avais aucun problème pour ça, et si aujourd’hui, je n’ai pas été légalisé, je ne pense pas que la société soit prête pour ça, ça ne me poserait évidemment aucun problème. Ça n’est pas comme ça aux États-Unis, ça m’a posé un problème, je ne vais pas dire éthique mais il a fallu que je surmonte une difficulté, et aujourd’hui, je suis contente de l’avoir fait parce que c’était à refaire, je le referais comme ça. »

– Demain, les couples hétéros peuvent se dire, je vais choisir un enfant sur catalogue finalement ?

« Je n’ai pas choisi un enfant sur catalogue. Encore une fois, les couples hétérosexuels ici quand ils ont recours à la PMA, quand ils sont contraints à une infertilité, cette recherche sur l’embryon évite les problèmes. Mais là, ce n’est même pas sur l’embryon, c’est un choix d’ovocyte. »

Au sujet des femmes porteuses :

« Elles sont dédommagées de ce qu’elles font comme la donneuse d’ovocyte l’est. C’est donc un dédommagement équilibré c’est comme ça qu’ils appellent, c’est un comité qui l’établit, c’est autour de 18 000 €. »

Ça revient à acheter un enfant, les adversaires de la GPA s’indignent ce que le désir d’enfant passe par une transaction ?

« Je peux comprendre le débat quand on est mal informé, quand on raconte les histoires, c’est pas du tout comme ça que les choses se font. Les adversaires de la GPA ont même ouvert une boutique éphémère où on peut soit disant acheter des enfants, c’est ça la réalité des adversaires de la GPA. »

 « Ce n’est pas la réalité de la façon dont les choses se passent dans les pays où s’est cadré. J’aimerais que les opposants à la manif pour tous, au mariage pour tous, viennent à l’école, voient les profs, et quand ils nous disent, mais de voir des petites filles aussi équilibrées dans une classe, c’est la réponse à toutes les questions que les gens se posent légitimement. »

Au sujet du désir d’enfant :

« Aujourd’hui, je suis d’abord papa et mes enfants, c’est ce qui compte au-dessus de tout. »

 Tout est dit, ou presque. Où l’on apprend, loin des « fantasmes » , le prix actuel, outre-Atlantique de la marchandisation d’un corps humain : « autour de 18 000 € ».

A demain

 

 

« PMA » : l’interdire aux lesbiennes n’est nullement contraire à l’égalité devant la loi

Bonjour

Rien ne va plus au plus haut sommet de l’Etat. En marge de « l’affaire Collomb » (le départ précipité du ministre de l’Intérieur, désormais en froid avec le président de la République) voici une décision de droit qui réduit à néant l’un des arguments le plus souvent avancé par les partisans de la « PMA pour toutes » – une mesure officiellement soutenue par le président de la République ainsi que par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé.

Refuser d’accorder l’accès à une procréation médicalement assistée à deux lesbiennes n’est pas contraire au principe d’égalité devant la loi, estime le Conseil d’Etat dans une décision rendue publique mardi 3 octobre par l’Agence France Presse. La plus haute juridiction administrative a ainsi, le 28 septembre  arrêté que :

« La différence de traitement (…) entre les couples formés d’un homme et d’une femme et les couples de personnes de même sexe (…) n’est pas contraire au principe d’égalité. »

Pour les juges du Palais Royal « le principe d’égalité ne s’oppose ni à ce que législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu’il déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général ».

Le Conseil d’Etat avait, début de juillet, été saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par un couple de femmes. Le centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse leur avait refusé leur demande de PMA (insémination artificielle avec sperme de donneur) en avril. Ce couple (dont des problèmes d’infertilité avaient été médicalement diagnostiqués) estimait que la loi de bioéthique actuelle, qui réserve la PMA aux couples infertiles composés d’un homme et d’une femme en âge de procréer infertiles ou risquant de transmettre une maladie à l’enfant) « méconnaît le principe d’égalité devant la loi ».

Selon les deux lesbiennes, cette « différence de traitement entre les couples souffrant d’une infertilité médicalement diagnostiquée, selon qu’ils sont de même sexe ou de sexe différent », n’est pas justifiée. Or les sages du Conseil d’Etat estiment que tel n’est pas le cas.

Invraisemblable

« C’est une décision invraisemblable, a aussitôt déclaré à l’AFP Me Caroline Mécary, l’avocate du couple. C’était au Conseil constitutionnel de dire si la loi était discriminatoire ou non. » En refusant de lui transmettre cette QPC, « le Conseil d’Etat a outrepassé ses pouvoirs et s’est érigé en censeur » accuse l’avocate. A l’autre extrémité, Ludovine de la Rochère, présidente de « La Manif pour tous » s’est réjouie de cette décision qui exclut le recours aux arguments du camp opposé :

« Cette décision du Conseil d’Etat conforte la nécessité d’un report sur le sujet de la PMA sans père. Compte-tenu de l’engagement du président de la République de ne pas avancer en l’absence de consensus, ce débat ne peut être que reporté : il ne répond à aucune urgence ni aucune discrimination ou atteinte au principe d’égalité comme vient de le rappeler le Conseil d’Etat. Et les implications et conséquences d’une telle mesure – notamment le risque de marchandisation de l’humain, le détournement de la médecine et du système de santé…  –, reconnues par les Etats généraux de la bioéthique comme par toutes les instances, ne sauraient être mises de côté sans réflexion plus approfondie. »

Il faut ici rappeler que dans un rapport rendu en juillet sur la révision des lois de bioéthique, le Conseil d’Etat avait fort prudemment choisi ne pas prendre parti : « Rien n’impose au législateur d’ouvrir aux couples de femmes et aux femmes seules » l’accès à la procréation médicalement assistée, mais rien n’impose non plus le « statu quo », avaient estimé les juges experts dans la résolution des litiges. Ils reviennent aujourd’hui indirectement sur le sujet en compliquant un peu plus le travail à venir du gouvernement et du président – et en facilitant celui des évêques de France partis en croisade contre la « PMA pour toutes ».

A demain

L’archevêque de Paris, docteur en médecine, déclare la guerre au comité national d’éthique

Bonjour

Les fleurets catholiques ne sont plus mouchetés – la poudre confessionnelle commence à parler. C’est une longue interview dans Le Parisien dominical. Celle d’un homme en ascension dans le paysage politique et médiatique national : Mgr Michel Aupetit, 67 ans, « une voix de crooner », médecin et archevêque de Paris : « L’archevêque de Paris s’engage. ‘’Entretien exclusif’’ Mgr Aupetit appelle les catholiques à se mobiliser contre toute évolution des lois de bioéthique » (Propos recueillis par Christine Mateus et Vincent Mongaillard). Voilà qui est clair. Avec, d’entrée, une charge sans précédent :

« Il y a longtemps que je pense que le Comité national d’éthique (CCNE) n’est plus ce qu’il était. J’ai connu celui du Pr Jean Bernard. Il avait été voulu [par François Mitterrand, en 1983] comme un comité des sages qui puisse s’exprimer de manière indépendante. Je ne sens plus cela aujourd’hui. Le résultat était attendu, ce qui est un peu inquiétant. On se demande pourquoi on a fait des Etats Généraux, ils n’ont aucun impact sur la décision finale. »

 Le Pr Jean-François Delfraissy, président du CCNE appréciera d’être, sur la question de la « PMA pour toutes », accusé par un évêque, d’inféodation au pouvoir exécutif et au président Macron.

Dans cet entretien l’archevêque-médecin reprend des arguments connus (naissance programmée d’un enfant « sans père », utilisation-destruction croissante d’embryons humains à des fins de recherche, dignité de l’homme bafouée) et formule des menaces à peine voilées. Contre l’extension de la PMA, il « appelle les catholiques à se mobiliser par une parole » et laisse les citoyens appeler à manifester. Si tel devait être le cas l’évêque médecin y participerait en tant que simple citoyen.

« À 66 ans, c’est un homme décrit comme affable par tous ceux qui l’approchent, écrivait Le Quotidien du Médecin en décembre dernier après l’annonce de sa nomination. Avec cette dimension de pasteur, que le pape actuel entend privilégier. Mais ce fils de cheminot qui tient aujourd’hui le conseil ‘’famille et société’’ de la Conférence des évêques de France se montre plutôt conservateur sur la morale, hostile à l’IVG, et au ‘’mariage pour tous’’ ».

Une tendance confortée par les thèmes de ses nombreux ouvrages , son opposition ouverte à la loi Taubira et sa participation (remarquée et controversée) à la « Manif pour Tous » du 26 mai 2013.  Et La Croix rappelait qu’il écrivait alors :

« Il ne convient pas qu’au nom d’un individualisme exacerbé, on crée une loi pour chaque catégorie de personnes. Sinon, pourquoi pas la polygamie ? L’inceste ? L’adoption d’un enfant par un frère et une sœur ? Pourquoi pas, en effet, “puisqu’ils s’aiment”, pour reprendre l’argumentation des partisans du “mariage homosexuel” ? »

Croiser le fer

Cinq ans plus tard, devenu l’un des plus haut dignitaire de l’Eglise de France, en connexion directe avec Rome et le Pape,  le voici qui accuse le CCNE et le gouvernement de mentir quand ils affirment à l’unisson que la légalisation de la PMA « pour toutes » n’ouvrira en aucune façon la voie à celle de la Grossesse pour Autrui (GPA).

« Je n’y crois pas une seconde. Lorsqu’il y  au le mariage pour tous on nous avait déjà affirmé qu’il n’y aura pas de GPA. Au non de quoi refuserait-on aujourd’hui la GPA ? »

Interrogé sur la proposition de loi de sénateurs PS visant à supprimer la clause de conscience qui permet à des médecins de ne pas pratiquer d’IVG il répond :

« C’est terrible. Cela signifie qu’on entre dans une forme de dictature qui dit ‘’ Vous n’avez pas le droit de penser, votre conscience doit être éteinte. »

Humiliation

Difficile, dans ce contexte, de ne pas rappeler quelques éléments politiques essentiels autant que paradoxaux. A commencer par les propos, il y a un an, du chef de l’État qui prêchait l’apaisement. Dans un entretien accordé le 15 octobre 2017 à TF1, interrogé sur le possible accès des femmes seules à la procréation médicalement assistée (PMA), Emmanuel Macron disait souhaiter «avoir ce débat de manière apaisée» durant l’année 2018. Tout en estimant «normal de reconnaître ce droit aux femmes seules et aux couples de même sexe», il prévenait: «Sur ces sujets de société, le politique ne doit pas imposer un choix en brutalisant les consciences».

C’était là une allusion aux affrontements suscités par l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, instaurée durant le quinquennat de François Hollande. Quelques mois auparavant, en février 2017, dans un entretien à L’Obs, le candidat Macron avait aussi expliqué que les adversaires du mariage homosexuel avaient alors été «humiliés» car on leur avait insuffisamment «parlé».

Puis le même président, officiellement en quête d’apaisement, lors d’un désormais célèbre discours tenu au Collège des Bernardins, incitait les évêques de France à pleinement s’engager dans le débat public. C’était en avril dernier. Cinq mois plus tard les évêques de France partent en croisade médiatique- avec celui de Paris en tête d’un cortège qui est d’ores et déjà opposé au projet à venir de révision de la loi de bioéthique. Et qui dénonce, pour la première fois (publiquement), le mode de fonctionnement du Comité national d’éthique. Le Pr Delfraissy osera-t-il croiser le fer avec son confrère et évêque Aupetit ?

A demain