Première mondiale : un bébé est né à partir d’un utérus prélevé chez une femme décédée

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Première obstétricale mondiale à très forte charge symbolique, cette naissance aura une forte résonance médiatique internationale. Elle est détaillée dans The Lancet : « Livebirth after uterus transplantation from a deceased donor in a recipient with uterine infertility ».

L’intervention chirurgicale (une transplantation utérine) a été pratiquée en septembre 2016 chez une femme âgée de 32 ans présentant une absence utérine congénitale (syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser). Ce syndrome est caractérisé par une aplasie congénitale de l’utérus et de la partie supérieure du vagin, chez des femmes ayant un développement normal des caractères sexuels secondaires et un caryotype 46,XX normal. Ce syndrome affecte environ une femme sur 4500.

« Le premier signe du syndrome de MRKH est une aménorrhée primaire survenant chez des femmes jeunes ayant par ailleurs des caractères sexuels secondaires normalement développés, des organes génitaux externes normaux, un fonctionnement ovarien normal et un caryotype 46,XX sans anomalies chromosomiques apparentes, explique-t-on sur le site Orphanet.  Le syndrome a longtemps été considéré comme une anomalie sporadique, mais un nombre croissant de cas familiaux appuie aujourd’hui l’hypothèse d’une cause génétique. Le traitement de l’aplasie vaginale, consistant en la reconstitution d’un néovagin, peut permettre à la patiente d’avoir une vie sexuelle normale. La détresse psychologique étant très importante chez les jeunes femmes atteintes d’un syndrome de MRKH, un soutien psychologique est primordial pour ces patientes et leur famille avant et au cours du traitement. »

La transplantation utérine a été pratiquée l’hôpital das Clínicas de l’Université de São Paulo (Brésil) après prélèvement d’un utérus chez une donneuse décédée à 45 ans des suites d’une hémorragie méningée. Récupération postopératoire satisfaisante, sortie après une semaine d’observation à l’hôpital et mise en place d’un traitement immunosuppresseur. Les premières règles ont eu lieu 37 jours après la transplantation puis tous les 26 à 32 jours. La grossesse est survenue après le premier transfert d’un embryon unique, et ce sept mois après la transplantation. L’accouchement (par césarienne) a eu lieu le 15 décembre 2017 à la 36e semaine de gestation. La petite fille pesait 2550 g à la naissance. L’utérus transplanté a été retiré après la césarienne et le traitement immunosuppresseur suspendu. Sept mois plus tard la mère et l’enfant (toujours nourri au sein) se portaient bien.

La petite fille pesait 2550 g à la naissance. L’utérus transplanté a été retiré après la césarienne et le traitement immunosuppresseur suspendu. Sept mois plus tard la mère et l’enfant (toujours nourri au sein) se portaient bien. Dirigés par le Pr Dani Ejzenberg (Departamento de Obstetrícia e Ginecologia, Hospital das Clínicas, Faculdade de Medicina da Universidade de São Paulo) dans The Lancet :

« Nous décrivons, à notre connaissance, le premier cas de naissance à la suite d’une transplantation utérine d’un donneur décédé chez un patient atteint du syndrome de MRKH. Les résultats établissent la preuve de concept pour le traitement de l’infertilité utérine par transplantation d’un donneur décédé, ouvrant ainsi la voie à une grossesse en santé pour toutes les femmes atteintes d’infertilité utérine, sans nécessiter de donneur vivant ni d’intervention chirurgicale chez un donneur vivant. »

Depuis la première greffe d’utérus d’une donneuse vivante, en 2013, en Suède, trente-neuf transplantations ont été réalisées dans le monde, dont onze ont conduit à une naissance. A l’inverse toutes les greffes d’utérus prélevés post mortem, soit une dizaine aux Etats-Unis, en République tchèque et en Turquie, avaient échoué avant cette première mondiale.

Pour le Pr Andrew Shennan (Kings College de Londres) la voie est désormais ouverte  aux dons d’utérus post mortem.  Des dons qui permettront aux femmes privées d’utérus de porter leur propre enfant sans recourir à des donneuses vivantes ou à des mères porteuse.

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@jynau

Premiers humains génétiquement modifiés : le Frankenstein chinois va faire une « pause »

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28 novembre 2018. Quelques lignes mandées depuis Hongkong par l’AFP. Et une question centrale : l’a-t-il ou non véritablement fait ?  He Jiankui, chercheur de la Southern University of Science and Technology (SUSTech) à Shenzhen a-t-il commis l’irréversible : a-t-il, comme il l’avait affirmé à l’Associated Press, modifié pour la première fois dans l’histoire le patrimoine héréditaire d’embryons humains ?

Cette annonce avait suscité d’innombrables interrogations au sein de la communauté scientifique spécialisée. Puis quelques indignations. Mercredi 28 novembre dans le cadre du « Second International Summit on Human Genome Editing » (sic) He Jiankui a annoncé faire une « pause » dans ses essais cliniques – et ce « compte tenu de la situation actuelle ». Le scientifique a déclaré devoir « présenter des excuses pour le fait que ce résultat ait fuité de façon inattendue » (re-sic). Pour autant il semble être fier de son exploit, financé sur ses propres deniers nous dit la BBC.

« He Jiankui est également revenu sur les conditions dans lesquelles son expérience s’était déroulée, précise l’AFP. Il a ainsi expliqué lors d’une table ronde qui se tenait dans un amphithéâtre bondé que huit couples composés d’un père séropositif et d’une mère séronégative s’étaient portés volontaires avant que l’un d’entre eux ne se rétracte. »

Nous sommes en novembre 2018. Que se passera-t-il ensuite ?

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@jynau

«PMA pour toutes» : le chef de l’Etat réaffirme «les yeux dans les yeux» sa promesse pour 2019  

Bonjour

Aucun recul et promesse tenue. Lors d’une rencontre de deux heures avec une quinzaine d’associations LGBT, le président de la République a, jeudi 22 novembre, assuré que la loi révisée de bioéthique serait promulguée en 2019 – et que le projet de loi comporterait bien une extension (aux femmes seules et aux couples de femmes) de la pratique de l’insémination artificielle avec sperme de donneur (« PMA pour toutes/sans père »). Cette pratique ne peut, aujourd’hui en France, être proposée qu’aux couples infertiles composés d’un homme et d’une femme en âge de procréer.

Le chef de l’Etat « leur a dit les yeux dans les yeux qu’il tiendrait son engagement de campagne, que le gouvernement proposerait l’ouverture de la PMA à toutes les femmes », a précisé Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. « Il a confirmé qu’il n’y avait pas de report, pas de recul et que, courant 2019, la loi serait promulguée et que le calendrier annoncé était maintenu » a-t-elle ajouté.

Aucun recul ? L’Agence France Presse rappelle que Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement avait déclaré en juillet que ce projet de loi serait présenté en conseil des ministres « avant la fin de l’année pour un examen au début du premier trimestre 2019 ». Puis il y a quelques jours Marc Fesneau, ministre des relations avec le Parlement, annonçait que ce texte ne serait pas examiné à l’Assemblée avant l’été, du fait d’un calendrier parlementaire chargé. Une annonce aussitôt  dénoncée par le Parti socialiste et par plusieurs associations de défense des droits des homosexuels.

Remboursement et anonymat

« Il y a un décalage de quatre mois et demi ou cinq mois [par rapport au calendrier initial] en raison de l’encombrement du calendrier parlementaire », a fait savoir, jeudi 16 novembre, à l’AFP, le rapporteur de la mission d’information sur la bioéthique, Jean-Louis Touraine, médecin et député (La République en marche, Rhône). « Une stratégie électorale avant l’intérêt des familles », dénonçait le président de SOS-Homophobie, Joël Deumier. Ce dernier y voyait une manière d’éviter des débats polémiques avant les élections européennes de mai 2019 – au moment où l’exécutif souffre depuis plusieurs semaines d’une baisse continue de sa popularité. Quant à l’entourage d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, récente partisane de cette extension, il assurait que « l’objectif est de présenter le projet de loi au premier trimestre [2019], quitte à ce que le débat ait lieu plus tard pour des raisons de calendrier ».

Au terme de la rencontre élyséenne du 22 novembre le président de SOS-Homophobie a fait état « d’échanges constructifs » et confirmé l’engagement d’Emmanuel Macron sur la promulgation d’une loi « incluant PMA et filiation » « l’année prochaine ».A l’inverse les représentantes de deux associations de lesbiennes – Les Dégommeuses et la Conférence Européenne Lesbienne – ont quitté la réunion de l’Elysée, estimant n’avoir reçu « aucune garantie » du chef de l’Etat en termes de calendrier et fustigeant un énième « report ».

Pour l’heure rien n’a encore filtré, depuis l’Elysée, quant aux dispositions pratiques qui seront associées à cette disposition – qu’il s’agisse de la prise en charge (ou non) par l’Assurance maladie, de la lutte contre la pénurie de dons de sperme ou de la levée de l’anonymat des donneurs.

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@jynau

La « PMA pour toutes/sans père » est-elle vraiment compatible avec les droits de l’Homme ?

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C’est d’ores et déjà acté dans La Croix, média plus que sensible à cette nouvelle morale en marche qu’est la bioéthique : dans un avis adopté mardi 20 novembre, les membres de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) « souhaitent l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules ».

« Pour fonder leur argumentaire, ils s’appuient sur le principe d’égalité, écrit Loup Besmond de Senneville. Les soutiens de l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules ne manqueront pas de souligner que ce rapport constitue un ‘’feu vert’’  supplémentaire.  La CNCDH préconise, par 27 voix pour, 3 contre et 8 abstentions, le changement de la loi. Dans ce texte de treize pages, ses membres se positionnent notamment en faveur de l’extension de la PMA, mais aussi pour la levée de l’interdiction du double don de gamètes, pour le remboursement de la PMA par la Sécurité sociale, pour le changement des règles de filiation et l’autoconservation des ovocytes. »

Pour La Croix, rien de très inattendu (encore que…) dans cet avis mis au point par un groupe d’une dizaine de conseillers qui ont auditionné dix-sept  personnes de tous horizons, dont des juristes, des membres d’association et des médecins. « Son originalité consiste davantage dans l’argumentation qui est employée, en particulier celle ayant trait à la notion d’égalité, estime le quotidien catholique.  La Commission estime ainsi que l’extension de la PMA ‘’procède autant d’une consécration du principe d’égalité de traitement que de la cohérence de notre système juridique ’’. »

Comprendra qui le pourra.  Il faudra pour cela gommer la frontière existant entre une thérapeutique et l’expression d’un nouveau droit fondé sur l’expression d’une souffrance. « Si cette interprétation surprend, c’est qu’elle diffère très sensiblement de celle du Conseil d’État en la matière, se plait à souligner La Croix. Ces derniers mois, les membres de la plus haute juridiction administrative ont en effet exprimé à plusieurs reprises une conception très différente de l’égalité. C’est notamment le cas dans l’avis sur la révision des lois de bioéthique rendu en juillet. Dans ce texte, les juristes différenciaient clairement les situations des couples hétérosexuels et des autres ».

Oppositions et confessions

« Avec cet avis, la CNCDH se met en opposition non seulement avec le Conseil d’État, mais aussi avec le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme, analyse, très critique, la juriste Aude Mirkovic dans La Croix. L’égalité ne suppose pas de traiter tout le monde de la même manière, mais de réserver le même traitement à ceux qui sont dans une situation comparable. »

Et La Croix de confesser avoir interrogé un syndicaliste qui siège au sein de la CNCDH. Un homme (ou une femme) qui défend le « sérieux » des auditions menées par le groupe de travail : « Nous avons eu une discussion contradictoire avec des experts de tous bords. »

Néanmoins, confie le quotidien catholique, il/elle fait partie de ceux/celles, « minoritaires », qui sont en désaccord avec une partie des conclusions. « Ma question n’est pas tant de savoir s’il faut un papa et une maman. Elle est autre: pouvons-nous vraiment fonder une société sur l’absence des hommes ? ». Qui répondra ?

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@jynau

 

Comment Wauquiez a-t-il pu oser un parallèle entre «PMA», «eugénisme» et le «nazisme» ?

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Laurent Wauquiez, 43 ans, fut longtemps un élève brillant et primé de l’école de la République française. Auteur remarqué d’un mémoire de maîtrise intitulé Le Flambeau des Mille et une nuits et l’Orient des Lumières, 1704-1798, avant d’être reçu, en 1997, premier à l’agrégation d’histoire. Vingt ans plus tard, devenu président des Républicains (LR) il semble avoir perdu tous ses repères universitaires. Ne plus savoir qui il aimerait être, et moins encore où il aimerait aller.

A la lisière de l’éthique de l’eugénisme et du nazisme la dernière affaire en date le concernant  est édifiante. Elle nous est, notamment,  rapportée parLe Figaro (Marion Mourgue). Où l’on apprend que  le mouvement politique « Sens commun » (né de la « Manif pour Tous » et membre des Républicains) organisait, hier 18 novembre, une journée de débats avec pour thème: «la droite que nous voulons est conservatrice». Laurent Wauquiez avait été invité à y prendre la parole. Et il y a abordé le « sujet sensible de la PMA pour toutes les femmes ». «Il faut que nous réfléchissions à ce que nous voulons et à ce que nous refusons», a-t-il insisté en estimant que «l’enfant n’est pas un droit, l’enfant, c’est un devoir». «Il faut que nous aidions nos compatriotes à comprendre ce qui se joue. Oui c’est un engrenage et il mènera nécessairement à la marchandisation des gamètes», a insisté le président des Républicains – dont on souvient qu’il avait, sur ce thème, co-signé une tribune dans ce même Figaro1

Mais il est allé cette fois un peu plus loin. dénonçant «la marchandisation des gamètes qui amène à l’eugénisme» déjà «fait par un régime, c’est le nazisme».

Boulevard politique pour l’exécutif

 Il n’en fallait pas plus pour, en tir groupé, faire donner les poids (plus ou moins) lourds de l’exécutif. Un boulevard politique. «Chercher à séduire aveuglément ‘’Sens Commun’’ conduit aux outrances les plus abjectes. Laurent Wauquiez en fait une fois de plus la démonstration. Nous irons au bout de nos engagements en faveur de la PMA pour toutes, dans le cadre républicain d’un débat digne», a tweeté le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. «La fin ne justifie pas les moyens (…) c’est irresponsable», a solennellement déclaré Agnès Buzyn dans une vidéo postée sur Twitter :

 « Evidemment, aucun acte médical en France ne peut conduire à l’eugénisme. C’est dévoyer le sens des mots. C’est irresponsable pour un soi-disant responsable politique ».

Laurent Nuñez, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur, a pour sa part estimé que les propos de Laurent Wauquiez lui paraissaient « très excessifs »« Et c’est un euphémisme », a-t-il ajouté. Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, y voyait un « intolérable mélange de méconnaissance du sujet et d’agressivité contre les femmes ». Sans oublier le nouveau numéro deux du gouvernement, François de Rugy, a pour sa part dénoncé un « dérapage scandaleux » et « une injure faite aux couples hétérosexuels qui l’ont déjà pratiquée, et à tous ceux qui la pratiqueront demain ».

Finkielkraut, Houellebecq & Onfray

Rétropédalage immédiat (également sur Twitter) de  Laurent Wauquiez. «En rappelant l’horreur de l’eugénisme et du nazisme, j’ai voulu rappeler les leçons de l’Histoire. Nos débats contemporains ne sont évidemment pas les mêmes mais quand on parle d’éthique, il faut être très vigilant sur les chemins que nous ouvrons», a-t-il écrit. La veille, le même appelait  la droite à retrouver «sa colonne vertébrale» et à entendre aujourd’hui les intellectuels «qui ont sonné le réveil en France et dans toute une partie du monde», à l’instar d’Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq, Chantal Delsol, Michel Onfray.

«Conserver ce qui vaut et réformer ce qu’il faut» avait-il encore déclaré rappelant son opposition radicale à la politique d’Emmanuel Macron. «Ma détermination est infiniment plus grande que ce qu’il pense, avait-il scandé. La renaissance de la politique française ne se fera que sur les idées et la détermination à faire». Parmi celles-ci, la défense des racines chrétiennes de l’Europe, la défense de la nation et de «la transmission», ou encore l’opposition à l’élargissement de la PMA pour «éviter d’ouvrir toute boîte de Pandore».

Pandore ?

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@jynau

1 Dans laquelle il alertait à juste titre sur le développement, alarmant et sans frontières, de la firme Cryos

 

Elle avait étouffé son bébé jusqu’à ses deux ans: cinq ans de prison, dont trois avec sursis

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Elle avait « caché son bébé dans le coffre de sa voiture pendant deux ans ». Dissimulé cet enfant dans cet espace lui infligeant des privations invraisemblables à l’origine des handicaps désormais irréversibles.  Rosa Maria Da Cruz a été condamnée, ce vendredi 16 novembre, à cinq ans de prison, dont trois avec sursis, par la cour d’assises de la Corrèze. Si rien ne change elle restera emprisonnée le temps durant lequel elle avait étouffé son bébé.

Rosa Maria Da Cruz  était poursuivie pour « violences suivies de mutilation ou infirmité permanente sur mineur de 15 ans par ascendant, privation de soins ou d’aliments compromettant la santé d’un enfant et dissimulation ayant entraîné atteinte à l’état civil d’un enfant ». Huit ans de prison avaient été requis par l’avocat général Olivier Kern. Ce dernier  avait souligné « la nécessité impérieuse de cette condamnation » pour que l’accusée, mère de trois autres enfants, « comprenne que Séréna n’est pas un non-événement ».

« Ce procès n’est pas le procès du déni de grossesse », avait-il également déclaré – référence à la thèse plaidée par la défense de l’accusée. « Songez bien, deux ans, ce n’est pas quelques semaines (sic) avait-il ajouté. ll en faut de l’organisation, de la réflexion pour cacher un enfant à ses proches directs, son conjoint, ses enfants. Elle fait le choix de la dissimulation de cet enfant. » Est-ce bien aussi simple ?

L’AFP nous dit que Mme Da Cruz est restée, face aux réquisitions, comme pendant l’essentiel du procès, figée, parfois prostrée, voire recroquevillée auprès de son avocate, dos tourné à la salle, la tête appuyée sur sa main, et le visage masqué par un épais rideau de cheveux bruns. « Je voudrais demander pardon à Serena pour tout le mal que je lui ai fait », a-t-elle déclaré d’une voix faible et lasse, alors que son avocate venait de plaider l’acquittement. « Je me rends compte que je lui en ai fait beaucoup, et que je ne reverrai plus jamais ma petite fille ».

Auparavant, les parties civiles avaient bien évidemment appelé à ne pas « psychologiser le débat à outrance », comme on peut être tenté de le faire pour comprendre « comment une mère peut-elle faire ça ». Séréna est aujourd’hui âgée de 7 ans et vit en famille d’accueil depuis cinq ans. Comment peut-on, collectivement et sans psychologie, comprendre comment on peut en arriver là ?

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@jynau

 

«PMA pour toutes/sans père» : Emmanuel Macron ne maîtrise plus les aiguilles des horloges   

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Le décryptage politique affûté reste à faire – mais c’est à l’évidence un symptôme signifiant des tâtonnements récurrents de  la Macronie.  Nous l’évoquions hier, sur la foi d’une indiscrétion de Libération. C’est aujourd’hui acté par l’AFP. « Pressé par sa majorité et toute la gauche, mais faisant face aux bruyantes réticences de la droite, le gouvernement a décidé de reporter aux alentours de l’été l’examen à l’Assemblée nationale du texte controversé qui ouvre la procréation médicalement assistée à toutes les femmes. Une décision qui a suscité la colère des militants. »

 « Il y a un décalage de quatre mois et demi ou cinq mois [par rapport au calendrier initial] en raison de l’encombrement du calendrier parlementaire », a fait savoir, jeudi 16 novembre, à l’AFP, le rapporteur de la mission d’information sur la bioéthique, Jean-Louis Touraine, médecin et député (La République en marche, Rhône). Le Pr Touraine est bien bon de justifier le recul temporel par l’encombrement calendaire. Et ce spécialiste reconnu d’immunologie en ignorerait-il les effets ?

« Une stratégie électorale avant l’intérêt des familles », a sèchement dénoncé le président de SOS-Homophobie, Joël Deumier. Ce dernier y voit une manière d’éviter des débats polémiques avant les élections européennes de mai 2019 – tandis que l’exécutif souffre depuis plusieurs semaines d’une baisse continue de sa popularité.

Qu’en dit Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, récente partisane de la « PMA pour toutes/sans père » ? On ne le saura pas. Son ministère a toutefois assuré à l’AFP que « l’objectif est de présenter le projet de loi au premier trimestre [2019], quitte à ce que le débat ait lieu plus tard pour des raisons de calendrier ».

Le pouvoir exécutif avait initialement annoncé qu’il présenterait le projet de révision de la loi de bioéthique avant la fin de l’année 2018 – pour un débat au Parlement au premier trimestre 2019. On se souvient aussi que l’ouverture de la PMA/IAD à « toutes les femmes » figurait dans le programme du candidat Emmanuel Macron – qui l’avait toutefois conditionné à un avis favorable du Comité consultatif national d’éthique.

L’affaire Benalla !

On se souvient enfin que cet avis obtenu, ainsi que celui de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, tout était soudain apparu nettement plus compliqué que prévu – à commencer par les hésitations publiquement exprimées par Edouard Philippe, Premier ministre hier encore opposé à cette évolution.

« Il faut créer les conditions pour un débat le plus apaisé possible, pour un projet de loi aux enjeux complexes, dont la PMA n’est pas le plus difficile » confie l’entourage d’Agnès Buzyn, citant « la congélation des ovocytes, les recherches sur l’embryon, le droit de la filiation. On souhaiterait que l’examen soit précédé d’un travail en commun entre les députés et les sénateurs. » Ce dont ne veut ni M. Larcher ni M. Ferrand.

L’annonce du report dans le temps suscite l’ire des associations LGBT (lesbiennes, gays, bi, trans). « Nous sommes furieux, a tonné auprès de l’AFP Laurène Chesnel, déléguée famille de l’Inter-LGBT. On nous fait passer après la réforme constitutionnelle. (…) Ce n’est pas à nous de payer l’affaire Benalla ! ».

Comprenne qui pourra.

A demain

@jynau