«La PMA pour toutes !» (Pr Frydman) Que répondront Fillon, Macron, Mélenchon et Le Pen ?

 

Bonjour

Le célèbre Pr René Frydman a fait un cauchemar : il était devenu agent de la circulation ; en charge d’orienter des femmes infertiles (ou pas) vers l’étranger ; un pays étranger où elles bénéficieront d’inséminations que la loi de bioéthique leur refuse en France.

Ce spécialiste avait déjà cherché à se faire entendre, avec près de deux cents de ses confrères. C’était dans Le Monde il y aura bientôt un an : « Nous, médecins, avons aidé des couples homosexuels à avoir un enfant même si la loi l’interdit ». Ce sera dès demain « Le Droit de choisir ». On l’apprend aujourd’hui : le Journal du Dimanche lui offre deux pleines pages d’extraits choisis de son prochain ouvrage : « Le cri de colère de René Frydman qui réclame la PMA pour tous ». Ce sera « Le Droit de choisir ». (Le Seuil, 112 pages, 14 euros). Etrange livre, en vérité, où le collectif se fond dans le singulier :

« Dans un manifeste publié dans Le Monde du 17 mars 2016, signé par deux cents spécialistes, René Frydman, pionnier de la médecine procréative, assume « avoir aidé, accompagné certains couples ou femmes célibataires dans leur projet d’enfant dont la réalisation n’est pas possible en France ». D’une certaine manière, il admet avoir bousculé une législation désuète. Dans ce livre, rédigé à la première personne, il nous dit pourquoi. »

Sonnette législative

Le « Je » prend la place du « Nous », en somme. Un grand classique politique. L’éditeur présente son auteur comme un « lanceur d’alertes en blouse blanche » qui « choisit ses combats » et qui, aujourd’hui, « tire la sonnette d’alarme ». Tirer cette sonnette avec « l’espoir de changer la législation française sur l’assistance médicale à la procréation ». Une législation à laquelle il est loin d’être étranger mais dont il dénonce désormais « les blocages et les incohérences ».

Aujourd’hui « consultant universitaire » à l’hôpital Foch de Suresnes, René Frydman se fait, naturellement, le porte-parole de gynécologues, biologistes, psychologues et obstétriciens : « face au progrès de la connaissance scientifique et aux changements des modes de vie et des aspirations, le médecin doit-il, peut-il, rester spectateur, comme l’y engage la loi française ? ».

Faut-il, en somme ne pas respecter la loi quand la loi ne vous semble pas bonne ? De même que celle de Didier Tabuteau et Martin Hirsch sur la « Sécurité Sociale Intégrale » ,  l’initiative de René Frydman tombe à pic pour, sur des bases éthiques et pragmatiques, réveiller une pré-campagne présidentielle soporifique. Que répondront MM Fillon, Macron, Mélenchon et Mme Le Pen ?  Avec quels arguments de fond ? Que dira Jacques Testart  sur son site ?

Etrange passivité

Le consultant universitaire de Foch a déjà dit sa fatigue devant une situation qui n’évolue pas. Il redit sa colère devant une France « autrefois défricheuse dans le domaine de la PMA » et qui désormais « se laisse dépasser par d’autres pays ». Une France qui ne change pas sa loi bioéthique interdisant (depuis toujours) aux femmes seules et/ou homosexuelles d’avoir accès aux techniques de PMA. Il rappelle quelques éléments douloureux pour la gauche de gouvernement et celle qui n’y aspire pas :

« L’ouverture de la PMA à toutes les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle ou leur conjugalité faisait partie des promesses du candidat Hollande lors de la présidentielle de 2012. Cette possibilité a été écarté au moment du débat sur la loi sur le mariage pour tous. Le Comité national d’éthique est saisi… depuis janvier 2013. Tout semble paralysé. Nous n’en pouvons plus de demeurer passifs. »

Etrange « passivité obligée » pour des citoyens qui publient des manifestes, pour des agents de la circulation qui ont très largement accès à tous les canaux politiques et médiatiques. Que doit faire le militant (socialiste) quand il prend conscience des limites de son militantisme – et ce alors même que son parti détient le pouvoir exécutif ?

A demain

Révélation : les femmes enceintes perdent de leur matière grise cérébrale durant la grossesse

 

Bonjour

C’est une information que l’on pressent importante mais dont on mesure mal l’exacte portée. Elle confère une nouvelle dimension aux échanges biologiques existant entre une femme enceinte et l’enfant qu’elle porte – une dimension hors de l’ordinaire touchant au cœur même de la pensée humaine : la substance grise cérébrale. C’est la conclusion d’un travail qui vient d’être publié sur le site de Nature : “Pregnancy leads to long-lasting changes in human brain structure” par des chercheurs espagnols et hollandais dirigés par Elseline Hoekzema et Erika Barba-Müller (Unitat de Recerca en Neurociència Cognitiva, Departament de Psiquiatria i Medicina Legal, Universitat Autònoma de Barcelona).

Pour résumer, la grossesse modifie le cerveau d’une femme, a pour effet de modifier la taille et la structure des régions de la substance grise. Il apparaît, de plus, que ces modifications demeurent dans les deux années qui suivent la naissance de l’enfant. Plus troublant encore : elles semblent corrélées à l’attachement affectif entre la mère et son enfant. «  C’est tout simplement fascinant » a déclaré au New York Times le Dr Ronald E. Dahl, directeur de l’Institut du développement humain à l’Université de Californie, Berkeley : “Pregnancy Changes the Brain in Ways That May Help Mothering” (The New-York Times).

Fascinant, le sujet est d’ores et déjà repris par The Economist ; “Scanning reveals what pregnancy does to a mother’s brain” et la BBC : “Pregnancy alters woman’s brain ‘for at least two years’”.

Rien chez les hommes

Ce travail a duré plus de cinq ans et a été mené auprès de vingt-cinq femmes espagnoles âgées d’une trentaine d’années souhaitant avoir un premier enfant. Des scanners cérébraux ont été pratiqués avant qu’elles soient enceintes et peu après l’accouchement. Des examens comparables ont été effectués chez vingt femmes « témoins ».  Des réductions importantes de volume de la substance grise cérébrale n’ont été observées que chez les femmes venant de donner la vie. D’autre part aucune différence n’a été notée entre les seize femmes qui ont subi un traitement pour la fertilité et les neuf autres. La question demeurent de savoir quelles structures et composants précis de cette matière grise a été touchée.

Par acquis de conscience Les chercheurs ont également scannographié  les cerveaux d’hommes faisant ou non l’expérience de la paternité : aucune différence.  Les chercheurs ont constaté, de visu, que les régions cérébrales concernées des mères montraient une activité neuronale plus grande lorsque les femmes regardaient des photos de leurs propres bébés par rapport à des photographies d’autres enfants. Six mois après la naissance des examens psychologiques (évaluant l’attachement émotionnel, le plaisir et l’hostilité d’une femme envers son bébé) ont été effectués. Les réponses permettraient de conclure que l’importance des modifications cérébrales est en lien avec   le degré d’attachement de la mère à son enfant (et réciproquement).

The New York Times cite une étude récente allant dans le même sens : “Spontaneous mentalizing captures variability in the cortical thickness of social brain regions”.

 “Transfusion cérébrale”

Quelle signification donner à un tel phénomène, à cette « transfusion cérébrale » ? Pour Paul Thompson, spécialiste de neurosciences à l’Université de Californie du Sud (et qui n’a pas participé à l’étude) quelques pistes se dessinent. On pourrait imaginer que la perte de matière grise observée n’a rien de bénéfique et qu’elle pourrait même avoir des conséquences  négatives. Elle serait alors la simple conséquence du stress et du manque de sommeil associés à cette période de la vie des femmes.

Une autre possibilité, nettement plus séduisante, est que la perte se substance cérébrale observée est n’est que la traduction d’un programme inné mis en place au fil de l’évolution pour offrir tous les chances à l’enfant porté. Un nouveau phénomène de maturation souvent imaginé, parfois fantasmé, jamais démontré.

Les psychanalystes feront, à coup sûr, d’autres et nombreuses interprétations quant à la démonstration d’un nouveau lien biologique entre la mère et celui qu’elle porte et nourrit. On peut imaginer que ce travail mené à Barcelone ne laissera pas insensible Pedro Almodóvar.

Il y a plus polémique, et plus grave. Cela concerne la pratique des mères porteuses.  En mettant comme ils le font, sous une nouvelle lumière, l’ampleur des échanges qui existent lors de la grossesse entre la mère et l’enfant ces résultats fournissent de nouveaux arguments à celles et ceux qui s’opposent à ce nouvel esclavage.

A demain

En 2017, un bébé «trois parents» naîtra en Angleterre. Qu’en pense Emmanuel Macron ?

 

Bonjour

Daté du 15 décembre 2016, c’est un document historique : « HFEA permits cautious use of mitochondrial donation in treatment, following advice from scientific experts ». Pour la première fois un pays (le Royaume-Uni) autorise la conception (à des fins thérapeutiques) de bébés issus de « trois parents ». Le feu vert a été  pour donné par la Human Fertilisation and Embryology Authority  (HFEA) sorte d’Agence sanitaire et éthique britannique. C’est là une première mondiale à fort impact scientifique, éthique et juridique 1.

On connaît l’essentiel du procédé : il s’agit d’une variante de la fécondation in vitro caractérisée par le transfert du noyau de l’ovule d’une femme dans l’ovule énuclée d’une donneuse. D’où la formule (assez alambiquée) de « don mitochondrial »). Objectif : prévenir la transmission de mutations, portées par l’ADN mitochondrial de la future mère et responsables de pathologies rares mais souvent graves (une centaine de cas chaque année).  Comme dans la FIV (mise au point il y a quarante ans également au Royaume-Uni) l’ovule ainsi obtenu est ensuite fécondé avec un spermatozoïde du futur père puis implanté dans l’utérus de la femme.

Pandore

On peut ne voir là que la variante d’une technique bien connue de procréation médicalement assistée. Une méthode qui permettra à des couples de donner la vie à des enfants en  « bonne santé ». On peut aussi dénoncer une nouvelle porte ouverte sur l’inconnue, une boîte de Pandore marquant l’acceptation de modifications génétiques transmissibles au sein de l’espèce humaine.

Dans les deux cas force est de reconnaître que le feu vert britannique a été donné au terme d’un processus démocratique. En février 2015, les députés britanniques avaient approuvé cette technique de conception. Puis, fin novembre 2016, un comité d’experts britanniques avait donné son aval  à son utilisation, tout en recommandant une « adoption prudente » de cette méthode. Le feu vert du comité d’éthique du Royaume-Uni est un « feu vert prudent, pas enthousiaste », souligne Sally Cheshire, présidente de la HFEA.

« C’est une décision historique et je suis sûre que les patients prêts à bénéficier de cette technique seront ravis », a-t-elle ajouté. Au risque d’irriter Mme Cheshire on ne voit pas bien ce que le ravissement des bénéficiaires vient faire dans cette question éthique d’une particulière gravité.

Testart et Frydman

C’est aussi une question hautement controversée.  « Avec cette thérapie germinale, on modifie le génome, on introduit 1 % d’un génome qui vient d’ailleurs et on ne sait pas quel impact cela risque d’avoir » estime le Pr René Frydman qui est pourtant loin de partager les allergies éthiques anti-PMA de son ancien collègue Jacques Testart. Selon lui, cette technique n’aurait pas été suffisamment testée. « Je pense qu’il nous manque des données scientifiques pour envisager un passage chez l’homme », a poursuivi le Pr Frydman.

Il y a aussi la question fondamentale de la possible modification de la lignée germinale, l’ADN mitochondrial de la donneuse étant ensuite transmis à la descendance des enfants ainsi conçus. « Nous pensons que les parlementaires britanniques ont commis une grave erreur et espérons, qu’elle n’aura pas de conséquences désastreuses », a souligné Marcy Darnovsky, directrice du Center for Genetics and Society. ”

D’autres mettent en garde contre un risque d’eugénisme. Les opposants pointent du doigt les dérives possibles de cette technique, ouvrant la voie à la sélection des bébés. « Une fois cette frontière éthique franchie, une fois actée le fait qu’il est permis de manipuler le génome humain, il deviendra difficile de ne pas franchir les étapes suivantes pour aboutir à un monde de bébés fabriqués sur mesure, un scénario que tout le monde veut éviter », alerte David King de Human Genetics Alert.

Jérôme Lejeune

Il faut aussi compter, en France, avec la Fondation Jérôme Lejeune pour qui cette nouvelle technique de PMA avec manipulation du génome implique plusieurs « transgressions » : modification des lignées germinales et fabrication d’embryons transgéniques. Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune vient d’interpeller les responsables politiques français ainsi que les autorités de la recherche et de la santé :

« Face à cet Hiroshima bioéthique, que propose la France ? Qu’est-il envisagé pour protéger l’intégrité du patrimoine génétique de chaque être humain ? La FIV à 3 parents marque une révolution biotechnologique et éthique que la France ne peut ignorer. La modification du patrimoine génétique humain relève à la fois de l’eugénisme et du transhumanisme. La campagne présidentielle qui s’ouvre est l’occasion pour les futurs responsables politiques de s’engager sur une question qui ne manquera pas de se poser en France. Il en va du destin de l’humanité. »

On peut ne pas partager les convictions de M. Le Méné et le rejoindre dans son souci de démocratie. On pressent la position, sur ce sujet de François Fillon et celle de Jean-Luc Mélenchon. On aimerait connaître celle d’Emmanuel Macron.

A demain

1 On avait appris en septembre dernier la création au Mexique (pays qui ne dispose pas de législation sur ce sujet) d’un enfant « à trois parents » : « Première mondiale: un enfant a été créé à partir de «trois parents». Impossible en France » (Journalisme et santé publique du 27 septembre 2016)

 

Les sages-femmes alertent sur le Syntocinon®, un médicament banalisé dans les maternités

 

Bonjour

Les temps changent. Symptôme qui ne trompe guère, c’est Le Quotidien du Médecin (Dr Irène Drogou) qui relaie l’information. Le Collège national des sages-femmes (CNSF) vient de franchir un nouveau pas dans la mutation de cette profession : il vient de publier ses premières recommandations. Et ces recommandations ressemblent trait pour trait à une alerte lancée.

Objet : l’usage qui est fait aujourd’hui de l’oxytocine,  ocytocine de synthèse commercialisée sous un seul conditionnement (en ampoule de solution injectable de 5UI/ml) sous la marque Syntocinon® par le Laboratoire Sigma Tau France.

« Mis au point dans les années 1950, ce médicament a obtenu son AMM en août 1970. Ses indications sont les suivantes : insuffisance des contractions utérines (CU) en début ou en cours de travail ; chirurgie obstétricale (césarienne, interruption de grossesse…) en vue d’une bonne rétraction utérine ; atonie utérine consécutive à une hémorragie du post-partum immédiat. Pour ces trois indications le service médical rendu (SMR) est évalué comme important par la commission de transparence de la HAS (Haute Autorité de Santé).

Travail spontané

C’est sur ce médicament, utilisé quotidiennement pendant le travail spontané,  que s’est porté le choix des sages-femmes. Ce premier travail de recherche mené en partenariat avec le Collège national des gynécologues-obstétriciens (CNGOF), l’Inserm et le Collectif interassociatif autour de la naissance (CIANE).

Aujourd’hui les sages-femmes alertent : le Syntocinon® n’est pas sans risques. En 2011 une étude de l’Inserm, publiés dans BMJ Open avait démontré que ce médicament multiplie par 1,8 le risque d’hémorragie grave – et que ce sur-risque augmente avec la dose d’hormone administrée pendant le travail. Or il semblerait que l’on administre, en  France administre, globalement davantage Syntocinon® que dans les autres pays européens.

Au final ce travail a redéfini le premier stade du travail (soit du début de la dilatation du col à la dilatation complète), et notamment de la première phase, dite « phase de latence ». Le CNSF conclut que le début de la « phase active » (la deuxième phase)  est désormais repoussé à 5-6 cm de dilatation (contre 3-4 cm auparavant). Le CNSF appelle à respecter cette phase de latence, comme le formulent déjà les recommandations américaines.

Administrer au bon moment

« Ces recommandations sont importantes car elles visent à trouver un juste milieu. Il ne s’agit pas de « démédicaliser » mais de mieux prescrire, la juste dose, au bon moment », explique la Dr Camille Le Ray, gynécologue-obstétricienne (maternité  Port Royal, Paris). Ces recommandations concernent les accouchements de femmes à terme, portant un seul bébé, avec une présentation céphalique, et dans le cadre d’un travail spontané (non déclenché). »

Le CNSF recommande en outre de pratiquer la rupture artificielle des membranes (qui accélère le rythme des contractions utérines) avant l’administration Syntocinon®. Il souligne, de plus, que la péridurale n’est pas une indication à une administration systématique de ce médicament.  Enfin le CNSF appelle encore à une « médicalisation raisonnée » en recommandant d’attendre jusqu’à deux heures maximum que le bébé descende avant d’utiliser le Syntocinon®.

Une analyse faite en 2012 à partir de l’enquête du Ciane révèle qu’un tiers des femmes ont reçu ce médicament «  à leur insu » – et parmi celles qui ont été informées, 55% « n’ont pas pu exprimer leur consentement » (CIANE, 2012). Pour sa part le Collège des sages-femmes insistent sur la nécessité de « sensibiliser le public ». Aussi recommande-t-il  « à chaque maternité de pouvoir évaluer son taux d’administration d’oxytocine durant le travail spontané comme indicateur de la qualité des soins en salle de naissance ». On peut, en écho, lire ceci sur le site du CIANE :

Droit d’être informées

« Le CIANE restera attentif à ce que toutes les femmes, dans chaque maternité, profitent très rapidement de l’avancée que constituent ces recommandations. Or, l’administration systématique et banalisée d’oxytocine est ancrée de longue date dans les pratiques en maternité.

« C’est pourquoi, en parallèle aux évaluations déjà prévues sur l’évolution des pratiques, nous demandons le recueil et la publication pour chaque maternité du taux d’utilisation d’oxytocine : les femmes ont le droit d’être informées des pratiques en vigueur dans les maternités dans lesquelles elles envisagent d’accoucher. »

Les temps changent. Qui s’en plaindrait ?

A demain

La Sécurité sociale doit-elle permettre aux hommes de plus de 60 ans d’avoir des enfants ?

 

Bonjour

Ses groupies n’en sont pas encore revenues : Mick Jagger, 73 ans, vient d’avoir un pénultième enfant. La maman, Melanie Hamrick, 29 ans, est très heureuse. Le chanteur des Stones aussi. Et le bébé se porte comme un charme. Sur Slate.fr le redoutable Laurent Sagalovitsch ose une question interdite, celle de la vasectomie obligatoire pour les hommes qui dépassent les soixante-dix ans :

« (…) au risque de passer pour une grenouille de synagogue, je trouve absolument scandaleux, insensé et irresponsable de prétendre à la paternité quand on a déjà un pied et même un peu plus dans la tombe. Mick Jagger, malgré ses millions en pagaille, son anoblissement, sa grande bouche, ses disques d’or en veux-tu en-voilà, a toutes les chances de crever avant même que son dernier rejeton soit en mesure de l’appeler papa. Ou tout comme. Quand on sait que l’espérance de vie est de soixante-dix-neuf ans, trois mois, deux semaines, une heure et douze minutes pour les hommes, grandes sont les probabilités pour le nouveau-né de se retrouver orphelin de père à une époque où il sera loin, très loin d’avoir atteint l’âge adulte. »

Grenouilles de synagogue ou pas, force est de constater que la Nature est ce qu’elle est, et les inégalités procréatrices entre sexe ce qu’elles sont. On sait aussi, bénitiers ou pas, que les techniques de procréation médicalement assistée on fait des miracles. Mick Jagger approchait les quarante ans quand naissait le premier bébé-éprouvette français. Et il n’était plus un ange (1992) lorsqu’en Belgique on découvrit épar hasard » la technique qui permet aujourd’hui aux hommes stériles ou « hypofertiles » de devenir père : l’Injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde (ICSI) un moment baptisée « Viol de l’ovule ».

Deniers publics

Faut-il, sur des deniers publics, permettre à tous les hommes qui le demandent, d’avoir accès gratuitement aux techniques de PMA ?  Et  ce quel que soit leur âge ? La question, plus que délicate vient d’être soulevée lors des récentes Journées du Collège national des gynécologues obstétriciens français, organisées à Montpellier.

En France la limite d’âge d’accès à la PMA (avec prise en charge de l’Assurance maladie) a été fixée unilatéralement à 43 ans pour les femmes. Il n’existe en revanche (à ce jour) aucune restriction pour les hommes avançant en âge et souhaitant devenir  père. La loi précise seulement que les deux membres du couple doivent être « en âge de procréer ». Question, vieille comme cette loi : comment définir un homme « en âge de procréer », puisque, même si la fertilité masculine diminue, un homme peut devenir spontanément père à tout âge (et qu’aucune loi ne saurait, dans les espaces démocratiques, l’en empêcher).

La question peut toutefois être posée sous différents angles, comme l’a fait, à Montpellier la Dr Joëlle Belaisch-Allart.  Nous donnons ici des extraits de sa communication :

« Il est établi que les taux de succès après insémination et fécondation in vitro sont moins bons lorsque le père est âgé. Mais la question principale est de savoir si l’âge du père a un impact sur la santé et le bien-être de l’enfant à venir. Les répercussions d’une paternité tardive sur le risque de malformations fœtales sont démontrées mais modérées. Une étude du CECOS a montré que le risque de malformation, notamment de trisomie 21, est augmenté lorsque le donneur de sperme a plus de 45 ans. D’autres études ont confirmé une discrète augmentation des malformations, dès 40-45 ans, mais surtout après 50 ans.

Pères vieillissants

« Les risques sociétaux sont en revanche établis et de mieux en mieux décrits. Bien que l’espérance de vie soit de 79 ans pour les hommes en France selon les dernières données de l’Insee, leur espérance de vie en bonne santé n’est que de 62,5 ans.  Quelle image paternelle aura l’enfant pour ce père vieillissant et quel regard les enfants porteront sur leur camarade dont le père a l’âge de leur grand père ? Certaines équipes parlent à cet égard de couple transgénérationnel.

« L’impact de l’âge avancé du père serait particulièrement sensible au moment de l’adolescence, avec à la fois une certaine honte de ce père vieillissant et un sentiment de culpabilité. Des études récentes ont en outre mis en évidence une association entre certains troubles psychiatriques et l’âge du père, mais attention à toute généralisation car les explications à cette augmentation du risque d’autisme et plus encore de troubles bipolaires chez les enfants de pères âgés par rapport aux enfants de pères jeunes sont diverses. Peuvent entrer en ligne de compte, outre les interactions père-enfant, la génétique et l’épigénétique.

Deux troublantes enquêtes

« Sur le plan éthique, l’absence de limite d’âge pour le père pose la question de l’égalité homme-femme d’une part et d’autre part celle de l’équité dans l’accès à l’AMP, car les indications dépendent des centres et des praticiens, même si la majorité des professionnels de santé tendent à retenir un seuil compris entre 55 ou 60 ans pour l’homme, comme l’illustrent deux enquêtes récentes. »

La première a été réalisée auprès des biologistes et des cliniciens des centres de PMA. 84% des répondants disent « prendre en compte l’âge de l’homme » et 24% la différence d’âge entre les deux membres du couple. Le seuil retenu par 85,2% des participants pour l’homme est de moins de 60 ans. Les spécialistes de l’AMP souhaitent également dans leur grande majorité que la loi statut sur une limite d’âge pour la prise en charge, entre 55 et 60 ans (56 ans en moyenne).

La deuxième enquête a été menée auprès des gynécologues et gynécologues obstétriciens qui accueillent les couples avant de les référer ou non à un centre de PMA. La moitié d’entre eux seulement déclarent fixer une limite d’âge pour l’homme, dans leur pratique. Pour ceux qui fixent une limite, celle-ci est de 58 ans en moyenne. La grande majorité des répondants estime néanmoins que la prise en charge par l’Assurance maladie doit être limitée aussi pour l’homme – et ce en moyenne à 53 ans.

Dans cette étude, 72% des répondants étaient des femmes et l’on observe une différence dans les réponses en fonction du sexe : 64% des femmes souhaitent une limite par la loi contre 39% des hommes, 83% des femmes souhaitent une limite pour la prise en charge par l’Assurance maladie contre 74% des hommes. L’âge influence également les réponses : 70% des médecins de moins de 40 ans souhaitent une limite fixée par la loi contre 52% chez les plus de 40 ans.

Vasectomisés d’autorité

Et maintenant ?  Va-t-on vers une révision de la loi de bioéthique afin de limiter l’âge des pères pour la PMA ? « Les deux Assemblées étant très largement masculines, les réponses risquent de ne pas être en faveur de limite, observe Joëlle Belaisch-Allart. La discussion engagée et les points de vue exprimés par les professionnels ayant participé à ces deux enquêtes révèlent une nette tendance en faveur d’une limite d’âge définie par la loi et un seuil pour la prise en charge par l’Assurance maladie, des règles qui simplifieraient les pratiques et permettraient une meilleure égalité dans l’accès à la PMA. »

Les politiques se rangeront-ils à l’avis des spécialistes ? Voilà un bien beau débat de société. Question : interdire une prise en charge de la PMA pour les hommes de plus de 60 ans signifierait-il que seuls les riches auraient accès à la paternité aidée ? Ou faut-il, au nom du principe de précaution, envisager le recours systématique à la pratique de la vasectomie ?

A demain

Avortement et vie affective : le Pr Nisand dénonce la démission radicale de l’école laïque

Bonjour

Quarante ans après: , nouvelles passions, nouvelles insultes, nouvelles suspicions. Fronts contre fronts. Comment avancer ? En partie avec Israël Nisand. Il était, hier, en bas de page du Figaro. Il trône aujourd’hui dans La Croix. Le gynécologue-obstétricien du CHU de Strasbourg est le coauteur, en 2006, d’un rapport sur la prévention de l’IVG chez les mineures, le Pr Nisand dénonce l’absence d’information sur la vie affective dans les écoles et l’absence d’engagement des responsables politiques.

Tout à l’heure il le redira au journal de 13 heures de France Inter. Bâton de pèlerin hospitalo-universitaire il prêche dans le désert laïc. Qui l’écoute ? Qui l’entend ? Qui le comprend ?

Pornographie et religions

Au cœur des passions : la proposition de loi socialiste visant à « l’extension du délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse ». On comprend que ce n’est là qu’un prétexte à conflit idéologique. Le vrai sujet est ailleurs. Il est notamment dans le nombre pratiquement constant d’IVG pratiquées chaque année  en France (218 100 en 2015). Il faut ici écouter quelques instants le Pr Nisand dans La Croix :

« Il est impossible de faire baisser le nombre d’IVG sans une information adaptée de nos jeunes dans les écoles. Il existe une loi de 2001 qui prévoit, dès l’âge de 4 ans, de faire trois heures d’information sur la vie affective. Or cette loi n’est pas appliquée, sans que cela n’ait jamais fait réagir un seul ministre.

 « Tous font le même constat: les associations de parents d’élèves s’opposent à cette information, sous la pression d’un certain nombre de courants religieux. Et je regrette que l’Église se soit toujours opposée à ce que ce travail de sensibilisation soit fait. La conséquence est catastrophique. Car à l’arrivée, c’est bien souvent la pornographie qui fait ce travail d’information auprès des jeunes, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer.

 « La solution serait de mobiliser tous les professionnels de santé, médecins, infirmières, sages-femmes, pour créer des réseaux locaux qui iraient faire de l’information auprès des jeunes et faciliteraient l’accès à la contraception. »

Maladies vénériennes

 Tout est dit de nos maux : l’incurie pédagogique, le manquement à la loi, le développement de la pornographie comme substitut au travail « ducatif des citoyens adultes. C’est là une accusation d’une particulière gravité. C’est aussi une démission de la laïcité. On s’étripe sur les fantasmagories du burkini, on laisse les écrans allumés, on n’informe pas sur la vie affective, ses substrats biologiques et organiques, ses innombrables dimensions psychologiques.

Historiquement « l’éducation à la sexualité » a fait son entrée dans les lycées français en 1973 – il s’agissait alors d’un enseignement facultatif, axé sur la contraception et les maladies vénériennes. Aujourd’hui l’éducation à la sexualité en milieu scolaire est (officiellement) obligatoire. La loi Aubry du 4 juillet 2001 prévoit ainsi trois séances annuelles d’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées :

« Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène. Ces séances présentent une vision égalitaire des relations entre les femmes et les hommes. Elles contribuent à l’apprentissage du respect dû au corps humain. Elles peuvent associer les personnels contribuant à la mission de santé scolaire (…) »

Education du citoyen

 Tout est écrit, détaillé à l’extrême dans une circulaire du 17 février 2003 signée Jean-Paul de Gaudemar, directeur de l’enseignement scolaire : « L’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées ». C’est un très beau texte. Il commence ainsi :

« L’évolution des mentalités, des comportements, du contexte social, juridique et médiatique dans le domaine de la sexualité, ainsi que des connaissances scientifiques liées à la maîtrise de la reproduction humaine a conduit les pouvoirs publics à développer l’éducation à la sexualité en milieu scolaire comme une composante essentielle de la construction de la personne et de l’éducation du citoyen. 

« Dans le cadre de sa mission d’éducation et en complément du rôle de premier plan joué par les familles, l’école a une part de responsabilité à l’égard de la santé des élèves et de la préparation à leur future vie d’adulte : l’éducation à la sexualité contribue de manière spécifique à cette formation dans sa dimension individuelle comme dans son inscription sociale. 

Infections sexuelles et transmissibles

« Cette démarche est d’autant plus importante qu’elle est à la fois constitutive d’une politique nationale de prévention et de réduction des risques – grossesses précoces non désirées, infections sexuellement transmissibles, VIH/ sida – et légitimée par la protection des jeunes vis-à-vis des violences ou de l’exploitation sexuelles, de la pornographie ou encore par la lutte contre les préjugés sexistes ou homophobes.

 « L’éducation à la sexualité à l’école est inséparable des connaissances biologiques sur le développement et le fonctionnement du corps humain, mais elle intègre tout autant, sinon plus, une réflexion sur les dimensions psychologiques, affectives, sociales, culturelles et éthiques. Elle doit ainsi permettre d’approcher, dans leur complexité et leur diversité, les situations vécues par les hommes et les femmes dans les relations interpersonnelles, familiales, sociales. »

C’est un très beau texte citoyen, laïque et républicain. Il est âgé de 13 ans. L’actuelle ministre de l’Education le connaît-elle ?

A demain

Agé de 33 ans le Comité national d’éthique vient de perdre sa tête. Et d’en retrouver une.

Bonjour

La France de la bioéthique est en émoi. Elle vient d’apprendre le départ surprise du président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) : Jean-Claude Ameisen. Nommé par François Hollande président de la République, il qui occupait ce poste depuis 2012. Le Palais de l’Elysée vient de faire savoir qu’il n’avait « pas souhaité être renouvelé dans cette fonction ». La bioéthique française est sous le coup d’une double émotion : le même Palais fait savoir que « le président de la République envisage de nommer M. Jean-François Delfraissy en qualité de président du Comité Consultatif National d’Ethique pour les sciences de la vie et de la santé ».

Le Président de l’Assemblée nationale et le Président du Sénat sont saisis de ce projet de nomination, afin que la commission intéressée de chacune des assemblées se prononce dans les conditions prévues par le cinquième alinéa de l’article 13 de la Constitution. Le candidat déjà prénommé sera auditionné « dans les prochains jours par le Parlement en vue de cette nomination ». Tout indique que les jeux sont faits et que le nom de Jean-François Delfraissy s’ajoutera à ceux de Jean Bernard (1983-1993), Jean-Pierre Changeux (1993-1999), Didier Sicard (1999-2007), Alain Grimfeld (2010-2012) et Jean-Claude Ameisen.

Star radiophonique

Jean Claude Ameisen ?  Avant d’occuper le trône du CCNE il avait longuement fais ses armes, notamment  au sein du comité d’éthique de l’INSERM et du comité éthique et scientifique de la Fondation internationale de la recherche appliquée sur le handicap (FIRAH). De formation immunologique c’est un esprit curieux, boulimique, atypique, féru de rhétorique.  Auteur de nombreux essais sur la science, il est aussi, depuis septembre 2010, le concepteur et l’animateur de l’émission hypnotique  Sur les épaules de Darwin sur France Inter. Il ne fait guère mystère de son engagement politique dans les rangs de ce qu’était il y a peu encore le socialisme.

Jean-François Delfraissy ? Actuel directeur de l’Agence national de recherche sur le sida et les hépatites virales (INRS) il n’est pas connu pour ses travaux dans le champ de l’éthique ou pour son intérêt vis-à-vis de cette « morale en marche ». Egalement immunologiste c’est pour aussi un spécialiste de virologie dont la carrière a été marquée par les recherches sur les hépatites virales B et C – ainsi que par l’émergence du sida et la lutte contre ce fléau (sous l’angle de la coopération avec les pays les plus touchés et les plus déshérités).

Se cacher pour croire

 Sans avoir endossé les vieux habits blancs des anciens mandarins l’homme s’est révélé fin politique, maîtrisant les relais médiatiques et ne dédaignant nullement l’exercice du pouvoir. Cet immunologiste, longtemps chef de service au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne  a une particularité assez rare : il joue collectif, dit de lui Eric Favereau dans Libération.  Et il est apprécié de tous. Ainsi, dans le monde parfois égocentrique de la planète sida, il détonnait, toujours aimable, détestant les conflits, n’aimant pas se faire remarquer, mais aussi efficace (…). Jean-François Delfraissy est croyant. Ne s’en cache pas. »

Faudrait-il se cacher quand on croit ? Voilà un bien beau sujet d’éthique théologique. D’autres viendront sous peu aux frontières du politique, du droit et de la société. A commencer par celle de l’accès des techniques de procréation médicalement assistée aux femmes seules et aux couples de femmes homosexuelles. Qu’en pense ce croyant que l’on tient pour être timide ? Ce joueur collectif devenu capitaine imposera-t-il sa voix ?

A demain