Bioéthique et promesse d’égalité bradée : une même tribune médiatique pour le prix de deux

Bonjour

C’est une rareté éditoriale (ou une simple bévue rédactionnelle) : le même texte publié aujourd’hui dans Le Journal du Dimanche et dans le Libé de demain. Dans les deux titres, le même titre : « Projet de loi bioéthique : une promesse d’égalité bradée ». Et une même auteure : Nadia Ramassamy, 58 ans, médecin et députée (LR, La Réunion) – par ailleurs membre de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale.

Que nous dit, à deux reprises donc, la Dr Ramassamy ? Que si la démocratisation de la « PMA pour toutes » prévue dans le projet de loi bioéthique est une bien « avancée », le texte du projet de loi « ne permettra pas de lutter contre les discriminations à l’égard des couples de femmes et des enfants conçus par PMA ». Extraits :

« Instaurer la PMA pour toutes est une chose, permettre l’effectivité de cette mesure d’égalité en est une autre. Aujourd’hui, pour une PMA, les couples hétérosexuels doivent attendre deux ans, au minimum, entre les premières consultations et l’insémination. De même, les taux de réussite des fécondations in vitro sont très variables d’un établissement de santé à un autre. Les parcours de PMA sont donc très souvent longs et difficiles, mais rien dans le projet du gouvernement n’est prévu pour accompagner administrativement et psychologiquement les parents. »

Pour l’auteure, aucun doute : l’une des causes principales de ces délais d’attente est le « manque criant de dons de gamètes ». Or l’ouverture de la PMA à toutes les femmes va mécaniquement augmenter la demande de ces gamètes. Et le texte de loi, en l’état, ne permet pas la démocratisation de la PMA « car rien n’est prévu pour encourager le don ».

Destructions des gamètes et levée de l’anonymat

De plus, sur l’accès aux origines, le projet de loi va permettre aux enfants conçus par PMA de pouvoir, à 18 ans, s’ils le souhaitent, connaître l’identité de leur donneur.

« Or, dans tous les pays où l’on a levé l’anonymat des donneurs, les dons ont à chaque fois considérablement chuté. En outre, une fois la loi promulguée, les dons recueillis avant cette promulgation seront intégralement détruits. La destruction des gamètes et la levée de l’anonymat vont donc créer une pénurie de gamètes et faire de l’ouverture de la PMA pour toutes un «coup d’épée dans l’eau». Les déplacements à l’étranger de couples ou de femmes seules continueront et réserveront cette méthode de conception aux ménages les plus aisés. La pénurie risque de créer une hiérarchie des demandes entre les couples ou les femmes seules, et donc une inégalité. »

L’auteure observe également que rien, dans le projet de loi, n’est prévu pour organiser des campagnes de sensibilisation et d’information sur le don, ni d’augmentation des moyens pour les Centres d’études et de conservation des œufs et du sperme (Cecos). Ce n’est pas tout. Selon elle la promesse d’égalité, de lutte contre les discriminations et les stigmatisations est dévoyée dans l’établissement de la filiation.

« Ce n’est pas une honte d’avoir été conçus par un don, mais pourquoi donc le gouvernement veut-il inscrire le mode de conception dans l’acte intégral de naissance uniquement pour les enfants de couples de femmes homosexuelles et non pour les couples infertiles hétérosexuels ? C’est une stigmatisation et une inégalité de traitement qui peut entraîner des discriminations. L’acte de naissance des enfants et l’établissement de la filiation des enfants nés par PMA doivent être identiques quelle que soit l’orientation sexuelle des parents. »

On peut résumer : le projet de loi actuel de révision de la loi de bioéthique ne fait qu’un petit pas. « Il reste encore beaucoup de pas à faire dans la reconnaissance de la diversité des familles, dans l’égalité de droits entre toutes les familles, entre les parents et entre les enfants, quels que soit l’orientation sexuelle des parents et le mode de conception des enfants. » Qui fera tous ces pas ? La médecin-députée LR le sait-elle ? Si oui elle ne nous le dit pas. Ni dans le JDD, ni dans Libé.

A demain @jynau

 

Polémique eugéniste : de quel droit nous interdire de connaître nos gènes et notre avenir?

Bonjour

C’est aujourd’hui une question majeure de bioéthique politique. Une question rarement traitée dans les médias généralistes français – et un sujet qui passe à l’as dans le projet de loi bioéthique. L’affaire est opportunément rappelée aujourd’hui par Le Parisien/Aujourd’hui en France (Florence Méréo: « Maladie, faut-il miser sur la médecine prédictive ? ». Avec, coïncidence, la sortie du « livre-plaidoyer » 1 du Pr Pascal Pujol, 55 ans, spécialiste d’oncogénétique au CHU de Montpellier.

Le Pr Pujol est par ailleurs président de la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP). Il s’agit ici d’une forme de lobby créé en 2014 « pour répondre à des questions médicales et transversales dans le contexte d’une médecine prédictive et personnalisée en plein essor ». La volonté de la SFMPP est de répondre de façon multidisciplinaire et sociétale aux questions que pose cette nouvelle approche de la médecine en intégrant les dimensions éthiques et économiques. La SFMPP a notamment pris position sur le dépistage prénatal non invasif de la trisomie 21 en 2016, l’extension des indications d’analyse BRCA1 et BRCA2, l’utilisation des signatures génomiques et a élaboré des recommandations cliniques pour les données secondaires du génome.

Dans son ouvrage l’oncogénéticien « appelle à un élargissement des tests génétiques aux adultes qui le demandent ». Et plus particulièrement aux futurs parents afin de rechercher des gènes responsables de maladies graves pour leurs futurs enfants (dépistage préconceptionnel). « Mais voilà, alors qu’elles faisaient partie du débat initial, ces applications ont disparu des travaux actuels de révision des lois de bioéthique » précise Le Parisien. . « Catastrophique et ridicule, tranche Jean-Louis Mandel, 73 ans, généticien de renom et professeur honoraire au Collège de France. Il y a une évidente perte de chance de mise en place d’actions préventives pour des patients. Je pense aux femmes porteuses de BRCA qui ne sont pas détectées parce que leurs antécédents familiaux ne les y autorisent pas. »

Qu’en pense Agnès Buzyn, elle dont le passé médical et le fonctions passées et présentes font qu’elle ne peut pas ne pas avoir un avis argumenté ? Silence total. « Prudence et réserve, tempère de son côté le ministère de la Santé, confie Le Parisien. ‘’Les risques et inconvénients d’un tel élargissement seraient plus grands que les avantages supposés’’, nous confie-t-il, arguant les répercussions immanquables sur ceux qui ont recours aux tests. Cela peut générer par exemple l’angoisse d’une maladie qui ne se déclarera jamais la consommation de soins inutiles ou encore des comportements ou choix de vie que la personne s’imposera à tort ». Ce qui mériterait, face aux Prs Mandel et Pujol, de plus amples explications.  

Pascal Pujol : « Après avoir été en avance, nous nous sommes fait doubler ces cinq dernières années. L’Europe du nord, la Hollande, la Chine ont véritablement mis en place leurs plans gouvernementaux pour une politique de santé avec la génétique. Nous avons le nôtre : France Médecine Génomique 2025, qui doit nous permettre d’étudier le génome dans sa globalité. Un outil formidable… qui a un train de retard à l’allumage. Il a été lancé il y a quatre ans mais n’est pas opérationnel. Pendant ce temps, les Anglais ont passé la barre des 120 000 personnes séquencées.

Les dépistages préconceptionnels consistent à détecter, chez des parents sains, un risque pour leurs enfants de développer des maladies génétiques terribles comme la mucoviscidose ou l’amyotrophie spinale. Mais aujourd’hui, alors que dans neuf cas sur dix il n’y a pas d’antécédents, seuls les couples ayant déjà eu un premier enfant atteint par une pathologie ont le droit d’y avoir accès. Ce n’est ni satisfaisant, ni éthique. Alors qu’en septembre, le Comité d’éthique s’était prononcé pour l’élargissement de ces tests, le projet de loi de bioéthique ne l’a pas retenu 2. Je le regrette car le progrès médical est réel.

Le coût des tests n’est pas comparable au coût de la prise en charge de ces maladies par la société. Certes, des dérives sont possibles mais il y aura toujours des garde-fous et je crois en la raison des hommes. La vraie question est : le patient veut-il savoir ? Cette liberté doit primer. Si tel est le cas, nous devons l’accompagner au mieux. L’enjeu est bien d’améliorer sa santé. »

Jean-Louis Mandel : « Je ne comprends pas pourquoi nous freinons à ce point. Sur le préconceptionnel, il y a, selon moi, une peur d’être taxés d’eugénistes, alors que ce n’est ni plus, ni moins, que le même principe que le dépistage de la trisomie 21. »

Précisément. Où l’on en revient au concept de pente glissante – et à celui d’ « eugénisme mou » développé par un Jacques Testart que personne ne veut entendre dans le champ de l’exécutif et du législatif.

A demain @jynau

1 Pujol P, Peylet B (avec) «Voulez-vous savoir ? Ce que nos gènes disent de notre santé » Humensciences. 184 p. 20 €.

« Nos prédispositions génétiques touchent le cancer comme les maladies cardiaques ou certaines pathologies rares que l’on peut transmettre à ses enfants sans en être atteint soi-même. Les progrès de la génétique permettent aujourd’hui de prédire un nombre croissant de ces maladies afin de mieux les soigner en les dépistant plus tôt, voire de les éviter. En parallèle, l’avènement d’une médecine de précision basée sur la génomique offre des traitements « personnalisés » qui transforment des chances de rémission faibles en guérison pour la plupart des malade : Des chimiothérapies peuvent être évitées.

« Mais pour les maladies qui restent sans solution pour l’instant, la seule option est celle du diagnostic avant la naissance. Jusqu’où faut-il aller ? Que dire à cette jeune femme porteuse d’un gène héréditaire de cancer du sein ? Et à ce couple de non-voyants qui demande un diagnostic prénatal parce qu’ils veulent « un enfant qui voit » ? Eugénisme ? Faut-il étendre les tests génétiques à la population générale ? Quelle est la pertinence des tests commerciaux ? Et d’ailleurs, à qui appartiennent nos données génétiques ? Pour aider à répondre à ces questions, l’auteur, professeur de médecine, nous amène dans ses consultations et nous fait vivre les situations auxquelles il est quotidiennement confronté. La médecine vit une révolution et cela nous concerne tous »

2 Nous y reviendrons sous peu.

Sperme de donneur «fléché» : les députés macroniens vont-ils rejeter cette funeste idée ?

Bonjour

Rappel. C’était hier sur France Inter (« Le téléphone sonne ») : « La PMA en pratique » . Le Pr Jean-Louis Touraine, ancien socialiste, député (LREM, Rhône) et préposé idéologique du gouvernement à la révision de la loi de biéothique exprimait sa volonté de voir mis en place un système de « donneur de sperme fléché » ; une méthode de « don dirigé » pour lutter contre la pénurie.  « On vient simplement devant le médecin avec son donneur en disant « voilà mon donneur avec qui je veux faire ma PMA » ».

« Nous, nous y réfléchissons et ce sera l’objet d’un débat à l’Assemblée, expliquait le Pr Touraine. Il y a des arguments pour : ça limite la pénurie ; on pourrait aussi demander au donneur de donner pour neuf autres personnes, en plus de la personne accompagnée. Et puis je crois que la solution c’est exactement celel qui a été appliquée pour les dons d’organes, reins par exemple.  Avant il n’y avait que les parents, frères et soeurs qui pouvaient être des donneurs vivants. Aujourd’hui il peut s’agir des amis. (…) La décision n’est pas encore prise c’est un débat qui va s’ouvrir. Nous allons voir si, parmi les députés de la majorité, nous serons favorables au ‘’don dirigé’’ ».

Pour les CECOS, c’est non !

Quelle est, ici, la position des praticiens des Centres d’études et de conservation du sperme et des œufs humains (CECOS) ? « Nous n’y sommes pas favorables : les relations ultérieures entre donneur et receveurs pourraient se révéler être bien compliqués …  nous a déclaré la Pr Nathalie Rives, présidente de la Fédération des CECOS. Il est tout de même paradoxal de défendre le don anonyme entre couples et donneurs, la possibilité pour l’enfant de connaître l’identité du donneur à l’âge adulte et en même temps d’envisager le don fléché … »

Où l’on voit que le passage d’une PMA thérapeutique stricte de la stérilité d’un couple à une autre (« pour toutes », qui ne le sera plus) conduit immanquablement à générer des paradoxes. A commencer par ceux qui naîtront de la disparition progressive de l’un des trois concepts qui (avec le bénévolat et la gratuité) a depuis un demi-siècle, fondé l’éthique à la française : l’anonymat. Où l’on comprend, au risque de nous répéter, que les temps, progressivement, se rapprochent qui verront la France s’ouvrir, sous une forme ou sous une autre, à la marchandisation des éléments du corps humain.

A demain @jynau

Loi de bioéthique : l’Assemblée nationale, après René Frydman, se doit d’entendre Jacques Testart

Bonjour

Ainsi donc il existe une « Commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la bioéthique. Forte de soixante-et-onze membres, présidente, vice-présidents et secrétaires. Et cette commission vient d’entamer le marathon de ses auditions – quelques dizaines de personnalités dont quelques unes inatendues et d’autres, incontournables :  Dominique Martin, directeur général de l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM) ; Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste ; Pr Serge Uzan, Vice-président du Conseil national de l’Ordre des Médecins (CNOM) et Dr Anne-Marie Trarieux, présidente de la section Éthique et Déontologie.

Et encore : Haïm Korsia, Grand Rabbin de France ; Mgr Pierre d’Ornellas, responsable du groupe de travail sur la bioéthique, Conférence des évêques de France ; Pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France ; « X » Conseil français du culte musulman (en attente de confirmation) ; Fédération de la libre pensée : M. Dominique Goussot, responsable de la Commission « Droit et Laïcité » ;  Grande Loge Mixte de France : Mme Élise Ovart-Baratte, conseillère ; Grand Orient de France : M. Bruno Tavernier, vice-président de la commission nationale de santé publique et bioéthique ; Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International ;  Le Droit Humain : Mme Nadine Le Forestier, membre expert de la commission bioéthique ; « X » Grande Loge de France (en attente de confirmation) ; « X » Grande Loge Féminine de France (en attente de confirmation) ; « X » Association Philosophique Française Le Droit Humain (en attente de confirmation) ; « X » Grande Loge nationale Française (en attente de confirmation).

Eugénisme, transhumanisme et libéralisme intégral

Sans oublier le Pr René Frydman, pionnier-de-la-procréation-médicalement-assistée (PMA), que l’on ne présente plus, depuis très longtemps déjà. Et qui maîtrise suffisamment les médias pour avoir dit, la veille, via le site du Journal du Dimanche, ce qu’il dirait aujourd’hui aux députés de cette commission. 

« Je veux leur dire que la France est très en retard en matière de PMA et leur expliquer pourquoi. » Voici les trois points qu’il compte aborder :

1. La PMA donne de meilleurs résultats chez les femmes jeunes : Frydman plaidera pour que toutes les Françaises en soient informées par la Sécurité sociale. 2. Il demandera la légalisation des techniques permettant de détecter le « potentiel des embryons », des tests chromosomiques qui peuvent permettre « d’éviter de faire des FIV pour rien, des fausses couches, bref,de lancer des femmes dans le mur ». 3. Il réclamera « un soutien accru à la recherche » afin de « comprendre pourquoi les problèmes d’infertilité augmentent ».

Nul ne sera surpris : Frydman reprend et développe ces thèmes depuis des années dans les nombreux médias où il jouit du pouvoir médiatique de s’exprimer haut et fort. Où l’on en vient à regretter l’absence de cet autre « pionnier », son exact double inversé. Jacques Testart, qui guerroie sur d’autres fronts, défend d’autres nobles causes, nourrit d’autres polémiques dans le vaste champ de la bioéthique. Testart qui embrasse un horizon plus large aurait pu, sous les ors de l’Assemblée nationale, dessiller quelques députés en marche.

Nous ignorons, ici, les raisons de cette absence. S’il nous était possible de conseiller les soixante-et-onze membres de la commission spéciale nous leur indiquerions, en parfait écho des paroles du Pr René Frydman la lecture d’un texte du biologiste éthique Jacques Testart, disponible sur son blog. Un texte mesuré, politique et prophétique  : « L’eugénisme va dans le sens politique du libéralisme intégral ».

A demain @jynau

Le « donneur de sperme fléché », ou comment ruiner la logique française de la bioéthique

Bonjour

Suivisme. Sur la révision de la loin de bioéthique les médias généralistes moutonnent, s’auscultent, se recopient. Et puis soudain France Inter (« Le téléphone sonne ») : « La PMA en pratique ». Au micro le Pr Jean-Louis Touraine, ancien immunologiste, ancien socialiste, député (LREM, Rhône) et préposé idéologique du gouvernement à la révision de cette loi. A ses côtés une praticienne : Pr Nelly Achour-Frydman (CECOS de l’hôpital Antoine Béclère de Clamart).  

Après les silences d’Agnès Buzyn le matin, on s’évertue, ce soir, à trouver des solutions à l’impossible équation de la destruction du stock des gamètes/droit à connaître ses origines. On ne saisit plus très bien ce qui était, ce qui est, ce qui pourrait être. On parle « insémination artificielle » et « insémination artisanale » (à domicile). Quand soudain survient, sur fond de pénurie chronique, la question de Suzy sur le « don dirigé ». (« On vient simplement avec son donneur, en fait, en disant voilà mon donneur et voilà avec qui je veux faire cette PMA ; ça existe en Belgique. Est-ce plus facile ou plus injuste  » demande la journaliste Fabienne Sintes).

Pr Achour-Frydman : « Dans notre organisation, avec un donneur on peut faire normalement dix enfants, donc cela suscite des questions puisque là c’est pour un couple. Ensuite les psychologues nous disent que l’on met ici le couple receveur dans une dette (…) Après la naissance existe un risque que s’établissent entre le donneur et les receveurs une dette morale qui n’est pas viable (sic) Voilà.».

Pr Touraine : « Nous, nous y réfléchissons et ce sera l’objet d’un débat à l’Assemblée. Il y a des arguments pour : ça limite la pénurie ; on pourrait aussi demander au donneur de donner pour neuf autres personnes, en plus de la personne accompagnée. Et puis je crois que la solution c’est exactement celel qui a été appliquée pour les dons d’organes, reins par exemple.  Avant il n’y avait que les parents, frères et soeurs qui pouvaient être des donneurs vivants. Aujourd’hui il peut s’agir des amis.

« Cela se fait avec le contrôle d’un juge qui s’assure qu’il n’y a aucune pression, aucun échange d’argent, rien de préjudiciable. Et en définitive le fait de connaître son donneur n’a jamais causé de difficultés pour le don d’organes… Or le don de rein c’est quand même quelque chose qui est relativement important. On sait qu’on a un exemple auquel on peut se référer si on veut l’appliquer. Mais la décision n’est pas encore prise c’est un débat qui va s’ouvrir. Nous allons voir si, parmi les députés de la majorité, nous serons favorables au ‘’don dirigé’’ ».

Où l’on voit que ce médecin-député assimile sans difficulté rein et cellule sexuelle, greffe et fécondation-procréation. Où l’on observe, aussi qu’il fait (aujourd’hui) bien peu de cas de l’un des trois concepts qui (avec le bénévolat et la gratuité) a depuis un demi-siècle, fondé l’éthique à la française : l’anonymat. Où l’on comprend, aussi, que les temps, progressivement, se rapprochent qui verront la France s’ouvrir, sous une forme ou sous une autre, à la marchandisation des éléments du corps humain.

Il faudra ainsi observer comment la prochaine révision de la loi de bioéthique pourra, ou non, jouer le vieux rôle du cheval de Troie.

A demain @jynau

Destruction des gamètes, urgences en grève : quand Agnès Buzyn ne dit rien, ou presque

Bonjour

26 août 2019. Sur France Inter, rentrée radiophonique et déjà, la quête des polémiques de qualité qui aideront à dépasser RTL et ses insoutenables « Grosses Têtes ». Ce matin, d’entrée de jeu, Agnès Buzyn est l’invité de Léa Salamé. Et deux sujets croustillants avant l’épais dossier des « retraites des Français » : les « urgences » et la « destruction des stocks de gamètes ».  Deux sujets majeurs, une invitée qui est au cœur du pouvoir exécutif et, à l’arrivée, rien ou presque.

I Urgences en grève. Le dossier était déjà d’actualité avant l’été, il se poursuit en cette rentrée sociale. Passe d’armes rituelle sur le nombre exact des services en grève. Agnès Buzyn s’apprête à faire des propositions « courant septembre » pour résoudre la crise des urgences et leur « consommation des soins » (sic). 

.@agnesbuzyn, ministre de la #santé, sur la #crise des #urgences : « Leur #fréquentation augmente de 5% par an. Les solutions sont nombreuses, et différentes d’un territoire à l’autre » : #le79Inter @LeaSalame

La ministre évoque aussi la mise en place d’un numéro d’urgence, sorte de 115 bis : ‘’Nous travaillons sur un numéro de téléphone de régulation, comme au Danemark ou en Hollande. » Mais pas question d’augmenter les rémunérations

.@agnesbuzyn, ministre de la #santé : : « Accorder 300 euros de plus (par mois) ne résoudra pas la #crise des #urgences et les problèmes d’organisation » #le79Inter @LeaSalame

II Destruction des stocks de gamètes. Agnès Buzyn  prépare aussi le plus gros dossier de sa rentrée : la loi de révision de l’actuelle loi de bioéthique. Et les conséquences de la levée programmée de l’anonymat des donneurs de cellules sexuelles. Que va-t-il se passer ? La vérité impose de dire que l’on ne comprend rien ou presque à ce que tente de nous expliquer la ministre.

.@agnesbuzyn, ministre de la #santé, sur la loi #bioéthique et la #PMA : « Dans un premier temps, il n’y aura pas de levée d’#anonymat (…) On ne détruira pas le stock de #gamètes disponibles » #le79Inter @LeaSalame

On revient sur les déclarations d’Emmanuel Macron candidat à la présidentielle en 2017, à l’égard des militants de la Manif Pour Tous « humiliés », selon lui, par certains propos du gouvernement de l’époque. On recommence ? Agnès Buzyn estime : « Une loi de bioéthique n’est pas une loi de rupture. Je respecte toutes les opinions ». Voilà qui est bel et bon. Que dirait-on d’une ministre qui « ne respecterait pas toutes les opinions » ? Mais ensuite ? Quid de la possible « humiliation » ? Silence radio.

Le temps est venu de passer aux questions sur les retraites. Précisément, sur RTL et ses « Grosses Têtes », dans quelques heures, une ancienne ministre de la Santé fera rire et glousser. S’en émouvoir ? Le citoyen est libre de ne pas écouter.

A demain @jynau

Démontré: le sperme humain congelé peut se rapprocher des frontières de l’éternité. Et après ?

Bonjour

Aux grands froids la PMA éternellement reconnaissante. Ce sont des données qui ont été présentées lors de la 35ème réunion annuelle de l’European Society of Human Reproduction and Embryology organisée à Vienne : « Long duration of sperm freezing makes no difference to live birth rates in large sperm bank study ».  Un travail présenté par le Dr Chuan Huang (Changsa-Hunan Sperm Bank, China). Des données reprise par la rédaction de santelog.com. Des données qui peuvent donner le vertige.

Où il apparaît que la durée du stockage par congélation du sperme humain ne semble pas affecter les taux de succès des FIV ; une conclusion tirée de l’analyse rétrospective de 119.558 échantillons de sperme de donneurs de la banque de sperme de Hunan. Pour cette analyse, les échantillons ont été répartis en trois  groupes : ceux conservés dans un cryostockage de six mois à cinq ans ; de six à dix ans ans ; de onze à quinze ans.

Conclusions : le taux de survie des spermatozoïdes congelés, après la décongélation, diminue au cours de la période d’étude de quinze ans, passant de 85% à 74% ; cette baisse n’a toutefois que peu d’effet sur le taux de grossesse et de natalité chez les femmes qui utilisent ces échantillons, avec des taux cumulés de naissances vivantes de 82,17%, 80,21% et 80,00% respectivement dans les trois groupes.

Précision : ces taux de réussite élevés ont été atteints avec du sperme de « donneur sélectionné », c’est-à-dire des donneurs évalués en bonne santé par examens physiques et psychologiques et exempts d’antécédents familiaux de maladie génétique.

 Ainsi donc le stockage du sperme chinois « à long terme ne semble » pas affecter les taux de natalité. Or de nombreuses autorités sanitaires ont fixé à dix ans le délai de conservation du sperme (et des ovocytes) -exceptions faites de certaines raisons médicales (comme la préservation de la fertilité avant traitement stérilisant). La littérature ne fournit cependant aucune donnée claire pour justifier cette limite de délais ; seule explication :  la crainte que les spermatozoïdes puissent subir des altérations génétiques dont la fréquence serait allée en augmentant avec le temps.

Pourquoi faudrait-il, ici, appliquer aveuglément un principe de précaution qui n’a pas de raison d’être ? A fortiori en situation de pénurie. On observera qu’en Chine il n’existe pas de limite de durée de stockage du sperme. Ce n’est là que l’une des questions soulevée par ces données. D’autres surgissent et surgiront dès lors que, parallèlement au réchauffement climatique, on prendra toute la mesure de ce que peuvent fournir les grands froids dans la conservation des cellules sexuelles de l’espèce humaine.

A demain @jynau