Le combat «anti-PMA pour toutes» est dépassé. Le prochain s’attaquera à la GPA

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Fin ou presque de l’acte I. Synthèse, par Le Monde, de Reuters et de l’AFP : agitant des drapeaux vert et rouge « Liberté Égalité Paternité », plusieurs dizaines de milliers d’opposants à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes ont marché dans le calme, dimanche 6 octobre, depuis les Jardins du Luxembourg, près du Sénat, jusqu’au pied de la Tour Montparnasse, à l’appel d’un collectif d’une vingtaine d’associations, dont la Manif pour tous. 74 500 personnes, selon un comptage réalisé par le cabinet Occurrence pour « un collectif de média »s. Les organisateurs annoncent avoir comptabilisé de leur côté 600 000 manifestants. La préfecture de police de Paris avance elle le chiffre de 42 000. A titre de comparaison, 100 000 manifestants avaient défilé en France lors de la première action contre le mariage gay en novembre 2012.

 « Cette manifestation, c’est un avertissement au gouvernement. Ouvrira-t-il le dialogue ou restera-t-il comme Hollande en 2012 dans le mépris ? », avait déclaré la présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, avant le départ du cortège. Dans sa ligne de mire, l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, promesse de campagne d’Emmanuel Macron et mesure phare de la loi bioéthique adoptée en première lecture le 27 septembre par l’Assemblée nationale. On voit mal désormais comment le gouvernement pourrait « ouvir le dialogue ».

La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a déclaré le même jour sur LCI qu’elle n’était pas « surprise » par l’ampleur de la mobilisation, mais n’envisage pas de retrait du projet de loi. « Je trouve ça tout à fait légitime que cette partie de notre société française ait envie de s’exprimer », a-t-elle dit. « Le vote des députés est sans appel. La PMA pour toutes les femmes a été adoptée à une large majorité des voix. » Exprimez-vous, citoyens, cela ne servira plus à rien !

De fait le contexte est nettement moins favorable aux anti-PMA qu’à l’époque des controverses sur le mariage homosexuel. Au plus fort de la contestation contre la loi Taubira, jusqu’à 340 000 personnes étaient descendues dans la rue selon la police, 1,4 million selon les organisateurs. Et, selon différents sondages, une majorité de Français soutiendrait désormais l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux lesbiennes.

Symptôme : seule une poignée d’élus « Les Républicains » étaient dans le cortège parisien, dont deux des trois candidats à la présidence du parti – les députés Guillaume Larrivé et Julien Aubert – mais aussi l’eurodéputée François-Xavier Bellamy. Les eurodéputés du Rassemblement national Nicolas Bay et Gilbert Collard étaient aussi présents.

Où l’on comprend, sans mal désormais, que la page se tourne et que le prochain combat est d’ores et déjà connu : ce sera celui contre la dépénalisation, rampante en France, de la GPA. Une GPA présentée au choix comme une nouvelle forme de libération du corps de la femme  ou, plus justement, comme la forme, dramatiquement moderne, d’un nouvel esclavage dans l’espace marchand.

A demain @jynau

Le père, la mère, la bioéthique et le symbolique : voici ce qu’Agnès Buzyn n’a jamais dit

Bonjour

Pour être parfois, ici, critique avec l’actuelle ministre des Solidarités et de la Santé il importe de rapporter le détournement sémantique dont elle est aujourd’hui la victime – dans un certain champ politique comme sur les « réseaux sociaux » qui les jouxtent. Un sujet opportunément traité par « Les Décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat).

Agnès Buzyn était invitée de l’émission « Ça vous regarde » sur LCP, le 24 septembre. Elle y était interrogée longuement au sujet du projet de loi de bioéthique en cours d’examen à l’Assemblée nationale. Et notamment sur « l’absence de père » quand un couple de femmes ou une femme seule ont recours à une forme de « PMA pour toutes » qui n’est pas (encore) autorisée en France. « Que répondez-vous à cela ? », demande la journaliste Myriam Encaoua.

« Ecoutez, déjà, elles existent déjà [les familles sans père] (…) Il y a une famille sur cinq à une famille sur quatre qui est monoparentale et souvent, les pères sont totalement absents. Donc ces familles existent et les femmes réussissent à élever des enfants qui n’ont pas de problème particulier, de difficultés. »

Agnès Buzyn évoque alors le fait que « beaucoup de femmes font des enfants seules » aujourd’hui, « cette réalité-là, elle existe ». Selon elle, le projet de loi bioéthique vise donc aussi en partie à « sécurise[r] le parcours » de ces femmes. « L’idée n’est évidemment pas que toute la société bascule vers des enfants, voilà…, sans père… » Et c’est à ce moment-là qu’intervient l’échange sur la place « symbolique »du père. C’est une séquence de 24 secondes:

« – Myriam Encaoua, : « Un père, c’est une fonction symbolique. Cela peut être une femme ? »

Agnès Buzyn : « Cela peut être une femme, évidemment. Cela peut être une altérité qui est trouvée ailleurs dans la famille, on le voit, cela peut être des oncles, […] une grand-mère. Je crois que les enfants ont besoin d’amour, tout nous démontre aujourd’hui que ce qui compte c’est la sérénité autour de l’enfant et cela, toutes les familles peuvent le garantir. »

Délire magnifique

C’est cet extrait, explique Le Monde, qui a été mis en avant par des opposants à l’élargissement de la PMA ces derniers jours. Dès le jeudi 26 septembre, Nicolas Dupont-Aignan réécrivait la réponse d’Agnès Buzyn en lui prêtant la phrase : « Un père, ça peut être une femme, évidemment ». Un véritable « délire », selon le chef de file de « Debout la France ». Le Monde rapporte encore que cet extrait a également fait les « choux gras » de plusieurs sites opposés à la PMA, comme Contre-info.com.

« Elle a par la suite fait son chemin jusqu’à Eric Zemmour, qui y a fait allusion dans son intervention à la convention de la droite de Marion Maréchal samedi 28 septembre. Le polémiste, qui dénonçait le monde moderne en maniant l’ironie (à partir de 4 minutes 30 secondes) :

« Comment ne pas être heureux de voir ces hommes au système pileux abondant qui peuvent enfin avouer leur vraie nature de femme ? De ces femmes qui n’ont pas besoin du contact dégoûtant des hommes pour faire des bébés. De ces mères qui n’ont plus besoin d’accoucher pour être mères. Comme dit la magnifique Agnès Buzyn, une femme peut être un père. »

Où l’on perçoit clairement la malignité-perversité du propos. « En résumé, conclut Le Monde, Agnès Buzyn n’a pas dit : « Une femme peut être un père » ou « un père peut être une femme ». Interrogée sur le rôle « symbolique » du père, elle a répondu qu’il pouvait « évidemment » être occupé par une « mère » ou un autre membre de la famille. Mais où l’on perçoit, aussi, la complexité du maniement dans les médias du symbolique par le politique.

A demain @jynau

PMA : les gynécologues et obstétriciens français ne répondront plus aux médias !

Bonjour

C’est un communiqué de presse à la frontière du compréhensible. Il est signé du Dr Bertrand de Rochambeau, bien connu des médias, président du Syndicat national des gynécologues et obsttriciens français (Syngof). Voici ce document :

« Le projet de révision de loi sur la bioéthique est l’occasion de mesurer la place du SYNGOF dans notre société. Le SYNGOF a été le seul syndicat médical à avoir été auditionné par la commission spéciale de l’assemblée nationale qui a étudié le projet de loi du gouvernement.

« Maintenant que ce projet de loi est discuté en séance plénière à l’Assemblée Nationale, nous sommes interrogés par la presse grand public. ‘’ Le SYNGOF est-il pour ou contre l’ouverture de la PMA à toutes les femmes que promet le gouvernement ?’’ est la question la plus souvent posée. Le conseil d’administration a autorisé le syndicat à se positionner dans les domaines qui pourraient mettre la profession en difficulté. Après étude du projet, la commission fertilité a validé les points que nous avons portés devant la commission spéciale (Audition publique, vidéo consultable sur le site de l’AN) :

S’opposer à l’exclusion du secteur privé à but lucratif des activités de cryoconservation embryonnaire, des dons et de l’autoconservation des gamètes, tel que cela figure dans le projet de loi. On voudrait créer et entretenir la pénurie que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Soutenir une meilleure information des femmes et un encadrement de l’autoconservation « sociétale » des ovocytes, c’est-à-dire hors motif médical (…)

Soutenir le rôle du médecin Gynécologue et Obstétricien dans la pratique de l’IVG pour motif médical et réaffirmer la clause de conscience spécifique à l’activité d’IVG. »

Conclusions : « Il n’y aura donc pas de réponse du Syngof à la question polémique des médias. C’est à la représentation nationale de préciser l’importance de la politique de rupture bioéthique en réponse à la demande du gouvernement.

Le Syngof, lui, défendra les Gynécologues et les Obstétriciens contre les éventuelles conséquences de cette loi, néfastes à leur exercice. Il dénonce et dénoncera les mesures qui laisseraient craindre que cette loi ne puisse jamais s’appliquer. Situation qui n’est pas si absurde tant le sujet est complexe et les lois mal écrites une réalité. »

Comprendra et décryptera qui le pourra.

A demain @jynau

Bioéthique et dons de sperme : les files d’attente, la ligne de départ et la «politique de la carotte»

Bonjour

« Mettre des mots » sur la bioéthique…

Tous les médias généralistes s’y emploient, qui découvrent la complexité du traitement journalistique de cette morale en marche. Ouvrant la première lecture du projet de loi de révision de la loi de bioéthique Agnès Buzyn vient, à propos de la « PMA pour toutes » de parler d’une « chance ». Invité sur RTL ce mercredi 25 septembre, le PrMichaël Grynberg, (hôpital Antoine-Béclère, Clamart) gynécologue-obstétricien spécialiste de la reproduction emet  des « réserves ».

« C’est une avancée sociale, il n’y a aucun doute là-dessus. C’est bien que l’on s’adapte à ces changements sociétaux », a-t-il déclaré, tout en craignant que la mesure ne « rallonge la file d’attente » pour avoir accès à un don de sperme. « On est déjà à flux tendu ou en pénurie », a-t-il expliqué, affirmant que le délai d’attente pour un don de sperme pour un couple hétérosexuel était actuellement de 12 à 18 mois. « On sera à deux voire trois ans » si on n’arrive pas à augmenter le nombre de donneurs » avertit-il, lorsque la PMA sera ouvertes aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires.

À qui la priorité sera-t-elle donnée à ce moment-là ? « Le but c’est de ne pas en donner. Il faudra que les médecins et biologistes acceptent de jouer le jeu, de mettre tout le monde sur la même ligne de départ », poursuit Michaël Grynberg, qui rappelle qu’il existe déjà des listes d’attente, et que « plus on s’inscrit tôt, plus vite on a accès » au don de sperme.

Ce spécialiste de la reproduction confie d’ailleurs à ce propos qu’il est actuellement demandé « aux couples de rapporter des donneurs, ça leur permet de gagner du temps ». C’est là « une politique de la carotte » assumée, parce que selon lui, « on n’a pas été capable de faire une bonne campagne de communication pour avoir des donneurs ». 

… « mettre des mots » sur la Bioéthique.

A demain

Qui lira la tribune à la mer lancée par quarante soignant.e.s de la maternité de Lariboisière ?

Bonjour

Bloguer c’est, aussi, transmettre. Nous relayons ici la tribune envoyée au Collectif Inter-Urgences par la maternité de l’hôpital Lariboisière et cosignée par une quarantaine de soignant.e.s du service. Voici ce texte :

« Madame, Monsieur,

« C’est un cri, un SOS , une bouteille à la mer lancée de la maternité de l’hôpital Lariboisière ! Le service est à bout de souffle, n’a plus d’énergie, et rien n’est fait…. Nous sommes des infirmières puéricultrices, des infirmières, des auxiliaires de puériculture, des aide-soignantes, des sage-femmes…. A tout les niveaux c’est la menace d’un craquage complet de l’ensemble de l’équipe! Nous avions déjà sonné la sonnette d’alarme en septembre 2018. Nous avions informé de notre difficulté à prendre ne charge correctement et accueillir nos patientes et leur bébé. Nous avons réussi à obtenir un audit de la part de l’administration de l’hôpital sous la menace de notre chef de service d’arrêter toutes nouvelles inscriptions à la maternité. Cet audit a bien eu lieu mais a surtout permis à la direction de l’hôpital de nous appuyer la tête encore plus sous l’eau.

« La réponse de cet audit est la suppression de 16 postes d’infirmières, de 2 postes d’infirmières puéricultrice sans pour autant baisser l’activité. Comment voulez-vous que l’on travaille dans ces conditions ? Les locaux sont vétustes avec des prises électriques non protégées, des moisissures aux plafonds, des canalisations qui se bouchent régulièrement, des matelas de lit lacérés, des fauteuils peu présents également lacérés, du matériel de soins qui tombe régulièrement en panne et qui n’est remplacé que 3 semaines plus tard… Comment assurer la sécurité des patientes, des bébés quand nous sommes en sous effectifs à flux tendu, que nous vivons au-dessus de nos moyens d’accueil puisque tous les hôpitaux parisiens persistent et signent à nous envoyer les personnes en précarité ? Trouvez-vous cela normal qu’une dame habitant au fin fond du 77 vienne accoucher à Lariboisière ? Et lorsque nous lui demandons la raison, elle nous explique que la maternité proche de chez elle lui a indiquée notre hôpital « au vue de sa situation » ? Nous ne pouvons plus travailler dans ces conditions, nous faisons de la maltraitance envers les patients et rien n’est fait. 

La honte qui nous habite

« Et puis il y a la honte qui nous habite : devoir demander à une jeune maman de sortir de sa chambre avec son bébé et de descendre pour une « mise à l’abri aux urgences ». Une mise à l’abri ? Être là par terre, sans rien avec un bébé et voir même les aînés dans un local non adapté ? Il existe des locaux non utilisés par les hôpitaux qui pourraient être employés à l’accueil de ces jeunes mères en attendant un lieu adapté. Et qui est en première ligne pour mettre ces personnes dehors ? Nous les soignants ! Pas les administrateurs de l’hôpital ! C’est bien notre regard qui croise celui de ces mamans paniquées à l’idée de se retrouver dans un milieu hostile sans ressource. Ces mêmes mamans qui ont eu un parcours migratoire terrifiant et qui pensent qu’en France nous valons mieux que ces barbares qu’elles laissent derrière elles. Mais sommes nous vraiment mieux ? Lorsque que nous tentons d’avoir des explications, on nous demande de nous taire car c’est « comme ça ».

« Nous devons accueillir les autres patientes donc faire de la place. Un éternel recommencement, un tourbillon infernal où nous soignants nous continuons à nous enfoncer pour mieux nous noyer… Nous sommes fatigués, nous sommes usés, nous revenons sur nos jours de repos, nous faisons des heures supplémentaires qui ne seront jamais redonnés, arrêts de travail au quart de tour, … nous ne sommes que des pions, des lignes sur un tableau. Aucune considération pour notre vie personnelle. Nous devons être disponible pour le service sinon il y aura des conséquences. Si nous n’adhérons pas au nouveau plan de restructuration la porte nous est grande ouverte ! A la veille de la mise en place de cette nouvelle organisation de service, nous ne sommes pas en mesure de planifier quoique ce soit.

C’est un réel cri de détresse

Aucune clarté sur les nouvelles missions, les nouveaux horaires. La direction de l’hôpital nous a indiqué lors d’une réunion qu’à partir de novembre nous travaillerons en 12h avec la même densité de travail et moins de personnel. Nous demandons depuis plusieurs mois l’annonce et la présentation de nos planning et nous n’avons toujours pas de réponse. Ces suppressions de poste ne sont pas du tout anticipées ni réfléchies à la hauteur de notre travail car à compter du mois de novembre les infirmières puéricultrices par exemple ne pourront plus poser ni congés annuels ni de repos récupérateurs car en sous effectif. Trouvez-vous cela normal ?

«  Nous étions une équipe dynamique, active, voulant toujours aller de l’avant avec une bonne entente entre tous. Et aujourd’hui un an après notre première alerte nous somme désabusé. Nous avons peur pour la sécurité des patientes, la sécurité des bébés. Si les conditions restent telles qu’elles une catastrophe va arriver comme il a pu se passer aux urgences générales. » C’est un réel cri de détresse, un appel à l’aide que nous vous envoyons en espérant faire écho avec les mamans dites « 115 » qui ont eu le courage de vous contacter. Et si votre faisceau de lumière pouvait s’agrandir un peu plus et s’intéresser également aux soignants ? »

24 septembre 2019. Ce cri sera-t-il entendu au vaste siège éclairé de la direction générale de l’AP-HP ? Sous les ors du cabinet de la bien-nommée ministre des Solidarités et de la Santé ? Bloguer c’est, aussi, transmettre, relayer, espérer.

A demain @jynau

Bioéthique et procréation : la bien vieille barbe de l’éditorial du patron de Libération

Bonjour

Laurent Joffrin, 67 ans, exerce les redoutables fonctions de directeur de la rédaction et de la publication de Libération. A longtemps travaillé au Nouvel Observateur. Editorialise et commente dans différents médias. C’est un patron de presse qui, par ailleurs, écrit considérablement sur mille et un sujets considérés comme étant d’actualité. A ce titre il ne pouvait échapper à la révision de la loi de bioéthique et à la « PMA » dont tous les médias font aujourd’hui leurs choux gras.

Il fallait au patron de Libération un angle compatible avec le combat que mènent ses troupes militantes au nom de la « PMA pour toutes ». On peut voir là comme une forme de résurgence d’un rude combat mené par le même quotidien, il y aura bientôt cinquante ans : celui mené en faveur de la dépénalisation de l’IVG sous la professionnelle férule, notamment, de Béatrice Vallaeys. Les temps, certes, ont changé puisque le nouveau combat de Libé est celui du gouvernement voulant traduire dans la loi une promesse d’Emmanuel Macron, candidat à la présidence de la République.

Aujourd’hui Laurent Joffrin publie un éditorial intitulé  « PMA : l’Académie des vieilles barbes ». Entendre par là l’Académie nationale de médecine qui vient d’exprimer clairement sa position sur le projet de loi de bioéthique 1. Et Laurent Joffrin, qui se range sans surprise aux côtés d’Agnès Buzyn, se gausse de l’utilisation, par l’Académie de la formule «rupture anthropologique majeure» 2.

« L’argument «anthropologique» use d’un mot savant – et flou – pour stigmatiser une rupture fondamentale dans l’évolution des sociétés humaines. Aussitôt, on pense à un basculement civilisationnel dramatique qui verrait des apprentis sorciers violer les lois sacrées de la nature au détriment de millions d’enfants. »

 Anthropologie véritable

L’ennui, selon lui, c’est que les « vrais anthropologues » (sic)  ne semblent guère (re-sic) souscrire à cette version de l’anthropologie. Et le patron de Libération, ce citer, sans surprise « Françoise Héritier, l’une des plus célèbres spécialistes de la discipline » :

«Rien de ce que nous faisons ou pensons, systèmes de vie, d’attitude et de comportement, n’est issu directement de lois naturelles. Tout passe par un filtre mental, cérébral et idéel, produit d’une réflexion collective qui prend forme à un moment de notre histoire, évolue et peut encore évoluer. […] Rien de ce qui nous paraît naturel n’est naturel.» 

Traduction du patron de Libération : « Les anti-PMA appellent la science au secours : la science les désavoue ».

L’Académie s’inquiète de la multiplication des «enfants sans père» ? « Nouveau désaveu : la plupart des études universitaires menées sur la question démentent cette horrifique angoisse, écrit Laurent Joffrin qui conseille Cairn.info, « site universitaire pour le moins sérieux » (re-re-sic) et une étude datée de 2006 : « Du désir à l’acte : les enfants de la procréation médicalement assistée (PMA) » Hélène Lazaratou et Bernard Golse. Laurent Joffrin donne la conclusion « sans appel » des auteurs :

«Au total, en accord avec les études existantes, les enfants qui sont nés par des méthodes de procréation médicalement assistée ne présentent pas de problèmes particuliers dans leur développement mental ou émotionnel.» 

Voici, en réalité, la conclusion de ces mêmes auteurs, en 2006 :

« Sur un plan psychanalytique, il va de soi que le rôle des PMA sur le développement de l’enfant ne peut être conçu qu’au sein d’un modèle polyfactoriel renvoyant au concept freudien de  » série complémentaire « . Dans cette perspective, le maniement de la relation avec les parents ayant recours aux PMA se doit donc d’être extrêmement prudent sur le plan éthique, afin de ne pas donner lieu à un processus inacceptable de culpabilisation.

Il y aurait lieu sans doute d’approfondir les dynamiques différentes du désir d’enfant et du désir de grossesse dans le cadre de ces situations particulières, mais tel n’était pas notre propos, ici Nous voulions seulement insister sur la revue de la littérature internationale qui permet, aujourd’hui, de penser que le devenir des enfants nés par PMA ne se trouve marqué par la survenue d’aucune difficulté psychologique ou psychopathologique spécifique. »

Chute de l’éditorial: « De là à penser que les scrupules  »anthropologiques » des burgraves de l’Académie de médecine ne sont que l’habillage savant de préjugés racornis, il n’y a qu’un pas. » Les Burgraves de la rue Bonaparte apprécieront.

A demain @jynau

1 L’Académie nationale de médecine a, dans sa séance du mardi 18 septembre 2019, a adopté ce document par 69 voix pour, 11 voix contre et 5 abstentions Auteurs du rapport : Jean-François Mattei (rapporteur) au nom du Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine. Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine: Catherine Barthélémy, Marie-Germaine Bousser, Jacques Bringer, Jean Dubousset, Gilles Crépin, Elisabeth Eléfant, Claudine Esper, Jean-Noël Fiessinger, Dominique Lecomte, Yves Le Bouc, Jean-Roger Le Gall, Jean-François Mattei, Dominique Poitout, Paul Vert.

2 Extrait du rapport de l’Académie nationale de médecine (ANM) :

« A ce titre, la conception délibérée d’un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure qui n’est pas sans risques pour le développement psychologique et l’épanouissement de l’enfant. L ‘argument régulièrement avancé pour rejeter le risque pour 1’enfant se fonde sur certaines évaluations, essentiellement dans quelques pays anglo-saxons et européens, faisant état de l’absence d’impact avéré sur le devenir de 1’enfant.

L’ANM ne juge pas très convaincantes ces données au plan méthodologique, en nombre de cas et en durée d’observation sur des enfants n’ayant pas toujours atteint l’âge des questions existentielles. Quoiqu’il en soit, 1’ANM rappelle que 1’incertitude persiste sur le risque de développement psychologique de ces enfants au regard du besoin souvent exprimé de connaître leurs origines. Cela conduit donc à souhaiter qu’il y ait des études en milieu pédopsychiatrique à partir d’enfants privés de pèresparmi lesquels ceux issus de 1’AMP pour des femmes seules ou en couples. Cela permettra d ‘évaluer le devenir de ces enfants au nom du principe de précaution si souvent évoqué pour des sujets d ‘importance moindre. II apparaît, à 1’ANM que cette disposition est contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989, ratifiée par la France. Celle-ci mentionne le droit de l’enfant à connaître ses parents en insistant sur le « bien de l’enfant » comme sur son « intérêt supérieur ».

«PMA pour toutes» : à l’Académie de médecine la messe est encore bien loin d’être dite

Bonjour

On ne l’attendait plus, la voici : Depuis la rue Bonaparte l’Académie nationale de médecine vient (enfin) de prendre une « position officielle » quant au projet de loi de révision de la loi de bioéthique 1. Et nous sommes bien loin du consentement béat que le gouvernement semblait espérer dans le paysage « apaisé » que souhaitait le président de la République.

Les griffes académiques portent sur le titre 1er, consacré au thème de l’Assistance Médicale à la Procréation et tout particulièrement sur le chapitre de la « PMA pour toutes ». Ainsi donc il y aurait extension de l’accès à l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Et le critère médical d’infertilité, qui aujourd’hui conditionne cet accès serait supprimé. Dans le même temps, la prise en charge par l’assurance maladie resterait identique et se trouverait étendue aux nouveaux publics éligibles. Voici la position (nous soulignons) de l’Académie nationale de médecine (ANM) : :

« L’extension de l’AMP aux couples de femmes et aux femmes seules relève davantage d’une loi sociétale s’inscrivant dans la suite des lois sur le Pacte civil de solidarité et du Mariage pour tous, que de la loi de bioéthique dans la mesure où les techniques utilisées sont anciennes et ne soulèvent pas de nouvelles questions d’ordre médical. S’agissant d’une mesure à caractère sociétal et au-delà des convictions de chacun, 1’ANM ne s’estime pas à même de donner un avis hors du champ de ses missions. En revanche, elle se sent impliquée et estime de son devoir de soulever un certain nombre de réserves liées à de possibles conséquences médicales.

« L’ANM reconnaît la légitimité du désir de maternité chez toute femme quelle que soit sa situation, mais elle veut souligner que si 1 ‘invocation de 1 ‘égalité des droits de toute femme devant la procréation est compréhensible, il faut aussi au titre de la même égalité des droits tenir compte du droit de tout enfant à avoir un père et une mère dans la mesure du possible. Sur ce point, il y a donc une rupture volontaire d’égalité entre les enfants.

« A ce titre, la conception délibérée d’un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure qui n’est pas sans risques pour le développement psychologique et l’épanouissement de l’enfant. L ‘argument régulièrement avancé pour rejeter le risque pour 1’enfant se fonde sur certaines évaluations, essentiellement dans quelques pays anglo-saxons et européens, faisant état de l’absence d’impact avéré sur le devenir de 1’enfant. L’ANM ne juge pas très convaincantes ces données au plan méthodologique, en nombre de cas et en durée d’observation sur des enfants n’ayant pas toujours atteint l’âgege des questions existentielles. Quoiqu’il en soit, 1’ANM rappelle que 1’incertitude persiste sur le risque de développement psychologique de ces enfants au regard du besoin souvent exprimé de connaître leurs origines.

« Cela conduit donc à souhaiter qu’il y ait des études en milieu pédopsychiatrique à partir d’enfants privés de pères, parmi lesquels ceux issus de 1’AMP pour des femmes seules ou en couples. Cela permettra d ‘évaluer le devenir de ces enfants au nom du principe de précaution si souvent évoqué pour des sujets d ‘importance moindre. II apparaît, à 1’ANM que cette disposition est contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989, ratifiée par la France. Celle-ci mentionne le droit de l’enfant à connaître ses parents en insistant sur le « bien de l’enfant » comme sur son « intérêt supérieur ».

« De fait, on quitte le domaine de la vraisemblance puisque deux parents du même sexe ne suffisent pas pour donner vie à un enfant. Il s ‘agira pour la première fois de permettre à deux femmes d’être les deux mères d’un même enfant. Pourtant, l’existence de deux mots distincts, père et mère, signifie que l’un ne peut se substituer à 1’autre car le rôle des mères et des pères ne sont pas équivalents. L’ANM estime que, de plus en plus malmenée par les évolutions sociétales, la figure du père reste pourtant fondatrice pour la personnalité de l’enfant comme le rappellent des pédopsychiatres, pédiatres et psychologues qui demeurent dans leur majorité pour le moins réservés sur cette innovation radicale. A la différence notoire des situations subies par certaines familles monoparentales, des réserves médicales sont également exprimées sur 1’extension de la procréation volontaire aux femmes seules en raison de 1’observation d’une vulnérabilité, source d’anxiété et de fragilité maternelle avec des couples mère/enfant qui peuvent être pathologiques comme cela a été souligné lors des auditions par la commission spéciale à 1’Assemblée nationale. Dans tous les cas d’extension de 1’AMP, on ne peut méconnaître la question de l’altérité et celle de la différence homme-femme. »

Plus généralement l’Académie nationale de médecine veut encore souligner que la « PMA pour toutes » (comme celle de l’autoconservation des ovocytes par volonté personnelle) correspondent à des demandes sociétales pour des femmes qui ne souffrent d’aucune pathologie de la reproduction. « II ne s’agit aucunement d’indications médicales conformes à la mission de la médecine qui est de soigner, souligne-t-on rue Bonaparte. Ce changement de nature de l’acte médical n’est pas sans soulever de sérieuses questions de fond pour 1’avenir de la pratique médicale. » A n’en pas douter, ces questions seront soulevées. Les réponses risquent de nous parvenir un peu trop tard.

A demain @jynau

1 Le rapport est signé: Jean-François Mattei (rapporteur) au nom du Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine. Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine: Catherine Barthélémy, Marie-Germaine Bousser, Jacques Bringer, Jean Dubousset, Gilles Crépin, Elisabeth Eléfant, Claudine Esper, Jean-Noël Fiessinger, Dominique Lecomte, Yves Le Bouc, Jean-Roger Le Gall, Jean-François Mattei, Dominique Poitout, Paul Vert.

L’Académie dans sa séance du mardi 18 septembre 2019, a adopté le texte de ce rapport par 69 voix pour, 11 voix contre et 5 abstentions.

«PMA pour toutes» : avant la «malédiction», le devoir de participer à la manifestation

Bonjour

Y aurait-il ici un grand architecte organisant la montée en pression médiatique ? Hier un philosophe catholique traite de la « malédiction » associée à la volonté gouvernementale de permettre « à toutes les femmes » (veuves exceptées) d’avoir accès aux techniques de procréation médicalement assistée (PMA). Aujourd’hui la voix au chapitre médiatique est prise par Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la la Conférence des évêques de France (CEF).

Cela s’est passé au célèbre Collège parisien des Bernardins. Un endroit, observe Le Monde (Cécile Chambraud)  qui « est en passe de devenir le cadre privilégié des relations entre l’Eglise catholique et la République macronienne ». Les fidèles des deux camps se souviennent encore que le 9 avril 2018le président de la République française y menait une étrange opération de séduction envers les catholiques – allant jusqu’à encourager ces derniers à nourrir de leurs réflexions critiques le débat sur la révision des lois de bioéthique.

Et c’est au même endroit que plusieurs « figures de l’épiscopat » ont exprimé, lundi 16 septembre, tout le mal qu’elles pensent du texte adopté samedi en commission par les députés, et qui viendra en séance publique à l’Assemblée nationale dès le 24 septembre.

Dissociation de la sexualité et de la procréation

« A ce stade du débat parlementaire, souligne Le Monde, le moment était propice pour s’adresser à l’opinion catholique et l’alerter en particulier contre l’extension de la PMA à toutes les femmes et contre les risques de manipulation du génome humain perçus dans les dispositions du projet de loi. Sur l’estrade du grand auditorium des bernardins, retransmis en direct par la chaîne de télévision KTO, le panel d’orateurs a élevé le ton. » A commencer par son président :

Mgr de Moulins-Beaufort : « Nous devons constater que nos responsables politiques restent aveugles aux enjeux de ce qu’ils vont décider et qu’ils ne tiennent pas vraiment compte du résultat des Etats généraux (…) On livre la procréation à la manipulation médicale et la filiation au bricolage que la sophistication de nos sociétés est capable d’imaginer par toute une ingénierie juridique ».

Dr Michel Aupetit, archevêque de Paris :  « Nous sommes dans l’ère du professeur Nimbus et des savants fous (…) Il faut donner un statut juridique à l’embryon humain ». 

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et spécialiste de la bioéthique à la CEF : « Une telle révolution dans le droit de la filiation est-elle voulue par le peuple français ? ».

Le devoir de le faire

Interrogé à l’issue de la réunion des Bernardins, Mgr de Moulins-Beaufort a apporté tout son soutien à la manifestation du 6 octobre à laquelle seront présents, à droite et plus, François-Xavier Bellamy et Marion Maréchal : « Je ne vois pas comment nous pourrions empêcher des citoyens, catholiques ou non, inquiets de ce projet de loi, de manifester s’ils pensent que c’est un moyen utile pour se faire entendre et pour faire progresser le débat. Et j’aurais tendance à dire qu’ils ont le devoir de le faire. » 

On aura compris qu’après son opposition séculaire à toute forme de dissociation de la sexualité et de la procréation humaines, la hiérarchie catholique française ne pouvait faire l’économie du combat contre l’extension de la PMA à « toutes les femmes » – en éclairant sur toutes les modifications qu’elle entraîne dans le champ de la parentalité avec la « suppression de l’ascendance paternelle ».

Pour en savoir plus, prière de se reporter au dernier livre en date rédigé par Mgr d’Ornellas, Bioéthique, quel monde voulons-nous ? (Codédition Bayard, les Editions du cerf, MAME). En attendant de manifester, ou pas.

A demain @jynau

PMA pour toutes, veuves exceptées ? Comment Agnès Buzyn convaincra-t-elle les députés ?

Bonjour

Voici donc l’histoire –édifiante– d’une profonde incohérence politique révélée par la révision de la loi de bioéthique.On sait que le gouvernement défendra dès le 24 septembre devant le Parlement l’extension aux couples de femmes et aux femmes seules l’accès aux techniques de procréation médicalement assistée, une mesure aussi appelée «PMA pour toutes».

La mesure a été votée le 11 septembre par la commission spéciale de l’Assemblée nationale, mais elle est contestée par celles et ceux estimant qu’une thérapeutique contre la stérilité ne saurait être mise en œuvre à d’autres fins sans danger et prise en charge par la collectivité. Des contestataires qui empruntent parfois les chemins esparpés de la religion catholique et invoquent la « malédiction » (François-Xavier Bellamy).

Dans une belle unité le gouvernement et les députés macroniens répondent, en substance, qu’il ne s’agit ici que de répondre à une nouvelle « demande sociétale », de gommer autant que faire se peut une forme de discrimination entre femmes et de ne pas établir de différence entre la stérilité pathologique d’un couple hétérosexuel et la situation des femmes seules ou homosexuelles. A l’unisson (ou presque) le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) explique que cette ouverture s’inscrit «dans une revendication de liberté et d’égalité dans l’accès aux techniques de PMA pour répondre à un désir d’enfant».

« Désir d’enfant » ? Qui pourrait résister ? Qui devrait ? On peut certes entendre la logique gouvernementale. Il est en revanche nettement plus difficile de comprendre comment le même gouvernement peut, dans le même temps, s’opposer à une demande s’inscrivant dans la même logique: celle de lever l’interdiction de la PMA post mortem….

A lire sur Slate.fr : « PMA pour toutes, sauf pour les veuves. Agnès Buzyn entend maintenir coûte que coûte l’interdiction faite aux femmes d’avoir accès aux spermatozoïdes de leur compagnon décédé conservés par congélation ou à leurs embryons. »

A demain @jynau

«PMA pour toutes»: François-Xavier Bellamy écartelé entre bioéthique et malédiction

Bonjour

Parler en plein conscience. C’est un document : l’entretien accordé au Journal du Dimanche (David Revault d’Allonnes) par François-Xavier Bellamy. Où l’on perçoit, en pleine lumière et en une phrase la voie qui peut mener du politique à la religion, de l’action à la croyance.

On se souvient de François-Xavier Bellamy, détendu et cortiqué, visage d’ange, bientôt trente-quatre ans, essayiste, professeur agrégé de philosophie ainsi, depuis peu, que député européen dans le camp déserté « Les Républicains ».

« Fils d’un cadre et d’une enseignante de français, passe sa jeunesse à Versailles, effectue sa scolarité à l’école privée Sainte-Marie des Bourdonnais, puis au lycée Notre-Dame-du-Grandchamp, découvre le scoutisme où il occupe des responsabilités en étant assistant du commissaire national éclaireur pour les scouts marins et chef de la Passerelle (équipe responsable du scoutisme marin) en 2009, lycée Henri-IV, intègre l’École normale supérieure,  effectue des stages au sein des rédactions du Times et du Sunday Times. Entre 2009 et 2011, enseigne la philosophie au lycée Auguste-Renoir d’Asnières, puis au lycée Louis-Bascan à Rambouillet et au lycée hôtelier de Guyancourt. Depuis 2011, il en détachement dans le privé et enseigne la philosophie à l’École normale catholique. »

La réalité de nos corps

Quoique incontestablement conservateur de droite l’homme demeure parfois difficile à classer. Aujourd’hui il François-Xavier explique dans le JDD pourquoi il s’oppose à la « PMA pour toutes », actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. Extraits :

« Nous sommes à un carrefour historique. Depuis son apparition, la médecine a pour but de remédier à la maladie. Dans ce cadre, la loi autorisait la PMA pour pallier une infertilité pathologique, qui devait être médicalement constatée. Si nous supprimons ce critère, la technique médicale ne servira plus à rétablir l’équilibre de la condition humaine, mais à dépasser ses limites. Cette nouvelle PMA n’est plus un acte médical, en fait : elle concernerait des femmes en parfaite santé, qui n’ont pas d’enfant non pas à cause d’une pathologie, mais simplement parce que la vie se transmet organiquement par la complémentarité du masculin et du féminin. Ce n’est pas une violence sociale, c’est la réalité de nos corps…

« Si nous voulons nous en affranchir, nous assumerons une rupture inédite dans le principe même de la technique médicale : il ne s’agira plus de rétablir le vivant, mais de le dépasser ; non plus de réparer nos corps, mais de les vaincre. Une fois cette nouvelle logique acceptée, je ne vois pas ce qui nous arrêtera : elle nous conduit directement au transhumanisme, par la transformation technique de nos corps. Le désir d’avoir un enfant est bien sûr légitime, mais il ne permet pas tout. »

Un dévoiement de la médecine, la PMA ?  « C’est un choix de société : rompre avec la condition humaine parce que ses limites frustrent nos désirs. Je crois que ce choix sera notre malédiction. » Ainsi le mot est lâché par celui qui sait le poids et le sens du verbe : « malédiction » 1. Il ne reste plus, ensuite, qu’à développer en élargissant le propos :

« La prise de conscience écologique nous l’a déjà fait comprendre : nous avons transformé le monde pour que tout s’organise autour de la satisfaction de nos désirs, quitte à vaincre les résistances que la nature nous imposait ; cela ne nous a pas rendus plus heureux. Au contraire : notre immense pouvoir technique a produit des catastrophes qu’il ne sait pas résoudre, et une fuite en avant perpétuelle dans l’insatisfaction et la frustration. Voulons-nous faire de nos corps le prochain terrain de cette expérience?

Publicités dans le métro

Puis François-Xavier Bellamy souligne un point fort peu abordé par les médias généralistes : l’autorisation donnée par la commission spéciale dans la nuit du 11 au 12 septembre pour que le secteur privé puisse, aussi, assurer la conservation des ovocytes humains. Traduction : « Le marché peut désormais se saisir de la procréation humaine pour en faire commerce. Demain, nous pourrons avoir des publicités dans le métro proposant aux femmes de conserver leurs ovocytes, et les employeurs par exemple pourront faire pression sur des salariées pour qu’elles reportent leur grossesse si elle n’arrange pas l’entreprise… Nous sommes tous responsables du monde qui se construit sous nos yeux. » 

Et l’euro-député LR de citer le député macronien Jean-Louis Touraine, rapporteur du projet de loi, qui aurait selon lui affirmé affirmé en commission : « Il n’y a pas de droit de l’enfant à avoir un père. » « La mère n’est plus celle qui accouche, mais celle qui veut être mère, a expliqué Jean Louis Touraine. C’est une transformation complète de la filiation, qui ne reposera plus sur le lien de la gestation, mais sur la volonté de l’adulte. Or la volonté humaine est fluctuante et fragile, contrairement au fait d’avoir conçu, porté un enfant, qui est irrévocable et définitif… Quand la volonté seule définit la filiation, que se passe-t-il si la mère ne veut plus être la mère? Peut-elle divorcer de son enfant? »

Le JDD demande au catholique conservateur s’il nous décrit « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Réponse :

« C’est toujours en rêvant du « meilleur » des mondes en effet, et même avec les meilleures intentions, que nous préparons un enfer, quand nous acceptons pour cela que la technique remplace le vivant. La promesse du transhumain, c’est la certitude de l’inhumain. Et à la différence d’Huxley, ici il ne s’agit pas de science-fiction. » 2

Politique, pour finir :  oui, il participera au défilé organisé le 6 octobre par la Manif pour tous et par d’autres associations. Au bras de Marion Maréchal ? « Manifester est un droit démocratique. Tout le monde peut y prendre part. Quelle que soit ses convictions politiques. Et je vois des grandes figures issues de la gauche, Sylviane Agacinski ou José Bové, qui s’opposent à cette réforme. » Où l’on comprend, une nouvelle fois ici, le caractère incongru de certains classements.

A demain @jynau

1 « Malédiction » : Action de maudire; résultat de cette action. Paroles par lesquelles on souhaite avec véhémence tout le mal possible à une personne, une famille, une ville, un pays, etc., sans appeler la colère de Dieu mais le plus souvent en l’impliquant

Relig. Parole annonçant un châtiment en punition d’une faute«  (Foi t. 1 1968). Les malédictions du Deutéronome, de Jérémie, des prophètes; Condamnation au malheur prononcé par Dieu; état de celui (ou de ce) qui en est la victime. Malédiction des païens (DG); Imprécations par lesquelles on appelle la colère, la vengeance de Dieu sur quelqu’un. Malédiction divineappeler sur qqn la malédiction de Dieu. 

2 Il faut toutefois, ici, ne pas oublier, du même Aldous Huxley, « Retour au Meilleur des Mondes» (1958) écrit presque trente ans après sa célèbre dystopie, l’auteur cherche à analyser si le monde a évolué dans la direction de la vision du futur qu’il avait eue dans les années 1930 ou s’il s’en était éloigné. Où l’on apprend que si Huxley ne cherchait pas, initialement,  à décrire une vision d’avenir il conclut dans Retour au Meilleur des Mondes, que notre monde se mettait à ressembler à celui de son roman. C’était il y a soixante ans.