Le jeune homme de la tour Eiffel : que faire aux confins du terrorisme et de la psychiatrie ? 

Bonjour

Où l’on revient sur le cas de cet homme âgé de 18 ans qui a tenté de pénétrer dans la tour Eiffel armé d’un couteau, samedi 5 août, vers 23 h 30. Une affaire sur laquelle Le Monde (Soren Seelow) apporte de nouvelles précisions. Nous en étions restés à la tentative d’intrusion : après avoir bousculé un agent de sécurité, l’homme avait franchi un portique et sorti un couteau en criant « Allah Akbar ». Des militaires de l’opération Sentinelle lui avaient alors ordonné de poser son arme à terre : il s’était aussitôt exécuté puis avait été interpellé sans opposer de résistance.

On savait déjà que, né en Mauritanie et de nationalité française, l’homme souffrait de troubles psychiatriques. Aussi le parquet de Paris avait-il, dans un premier temps, écarté la piste d’un attentat. Or on apprend que, finalement, une enquête pour « apologie du terrorisme et tentative d’homicide volontaire » a été ouverte.

Hospitalisation d’office

La section antiterroriste s’est saisie pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle » et « tentatives d’assassinat sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». Cette saisine a été décidée « au regard de la radicalisation du mis en cause et de ses déclarations en garde à vue », a expliqué au Monde une source judiciaire. Et l’enquête a été confiée à la section antiterroriste de la brigade criminelle et à la Direction générale de la sécurité intérieure.

Pour autant la dimension psychiatrique ne fait aucun doute : l’homme était placé sous le régime de l’hospitalisation d’office depuis plusieurs mois. « Il a profité d’une permission de sortie de deux jours, entre le 4 et le 6 août, pour mener son projet à bien, à la veille de ses 19 ans » nous apprend Le Monde. Quel crédit, dès lors, accorder aux « déclarations en garde à vue » ? Qui, ici, peut faire la part du délire ? Le jeune homme aux antécédents psychiatriques a revendiqué son geste, précisant qu’il entendait s’attaquer à un militaire.

« Il s’est dit en relation sur les réseaux sociaux avec un membre de l’organisation Etat islamique qui l’aurait incité à passer à l’acte », a précisé une source proche de l’enquête. Des déclarations prises avec précaution par les enquêteurs.

Porosité

Il faut ajouter que la justice a en effet découvert que ce jeune homme avait déjà été condamné par un tribunal pour enfants (le 15 décembre 2016) à quatre mois de prison assortis d’un sursis de mise à l’épreuve de deux ans pour « apologie du terrorisme » et « menaces de mort ». Nous étions alors en juillet 2015 et le jeune homme avait 16 ans. Déjà délirant ?

« Cet incident illustre une nouvelle fois la porosité existant, parfois, entre un passage à l’acte djihadiste et des troubles mentaux, observe, fort justement, Le Monde.  L’EI joue de cette zone grise, imprégnant de sa propagande mortifère les esprits les plus fragiles, et n’hésitant pas à revendiquer des attentats commis par des individus plus déséquilibrés que réellement convaincus, comme celui perpétré sur la promenade des Anglais, à Nice, le 14 juillet 2016. »

Que faire face à cette porosité ? Comment la traiter ? Comment la prévenir ? Et, faute de le punir, comment juger le délire ?

A demain

PSG et psychiatrie : un homme armé et criant «Allah Akbar» arrêté au pied de la Tour Eiffel

Bonjour

Où vont se nicher les délires parisiens contemporains ? Qui décrypte, aujourd’hui, les nouveaux symptômes psychiatriques ? Où sont les Jean Oury d’aujourd’hui ? Hier 5 août 2017 peu avant minuit, Paris. La tour Eiffel y « arborait les couleurs du PSG ». Paris, Rome, le pain, les monuments, les jeux triomphants. « Coup de frayeur » : un homme porteur d’une « arme blanche » est interpellé par la police. Il tentait de forcer l’un des points de contrôle de sécurité de la « Dame de fer » vient de faire savoir la Société d’exploitation de la tour Eiffel à la presse.

L’homme était apparemment seul et a été « très rapidement maîtrisé et arrêté » par les forces de police présentes. La piste terroriste est pour l’instant écartée. « Le parquet de Paris  a ouvert une enquête de flagrance confiée au 3e district de police judiciaire, pour apologie du terrorisme et tentative d’homicide volontaire », a précisé une source judiciaire.

« Un homme a franchi un premier portique en bousculant un agent de sécurité d’un coup d’épaule. Il a ensuite sorti un couteau en criant ‘’Allah Akbar’’, confie la source habituelle dite ‘’proche de l’enquête’’. Des militaires de l’opération Sentinelle lui ont alors ordonné de poser son couteau à terre. Il l’a posé sans opposer de résistance et a été immédiatement interpellé. Il s’agit du « profil de quelqu’un qui a des antécédents psychiatriques » (sic) et qui est sorti d’une antenne de psychiatrie fin juillet. » Pourquoi « antenne » ?

Selon les premiers éléments, il s’agit d’un Français, né en août 1998 en Mauritanie. On ajoutera que la tour Eiffel, arborait (pour Neymar) les couleurs du PSG jusqu’à 1 heure du matin, qu’elle accueille ses derniers visiteurs jusqu’à minuit tous les jours de l’année et ferme ses portes à 00 h 45. Quant à l’immense PSG il avait, sans le génie brésilien, disposé du minuscule Amiens.

A demain

 

Déradicalisation et psychiatrie : la fin de la bien triste histoire du château de Pontourny

Bonjour

28 juillet 2017 : « Pontourny, c’est fini ». Clap de fin pour un film que l’on ne verra jamais ; un film dont nul ne sait ce qu’il nous aura coûté. L’unique centre de « déradicalisation » de France, au lieu-dit et château de Pontourny en Indre-et-Loire, d’une capacité de vingt-cinq personnes va être fermé, vient d’annoncer le ministère de l’Intérieur.

 « L’expérience ne s’est pas révélée concluante, déclare le ministère dans son communiqué. L’expérimentation d’un centre d’accueil ouvert, fonctionnant sur la base du volontariat, a montré ses limites. Le gouvernement a ainsi décidé de mettre un terme à l’expérimentation conduite à Pontourny, sur la commune de Beaumont-en-Véron. » Un communiqué intitulé « Fermeture du premier centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté ».

« A montré ses limites » est une expression au-delà de l’euphémisme.  Conçu pour accueillir vingt-cinq pensionnaires, sur la base du volontariat, le centre n’en a effectivement accueilli que neuf. Aucun de ces jeunes n’a suivi le programme jusqu’à son terme. Et depuis février dernier, la structure n’accueille plus aucun pensionnaire. Le château avait vu partir son dernier pensionnaire après que celui-ci avait été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour des faits de violences familiales.

Rase campagne

Et le ministère de l’Intérieur de poursuivre sur cet arrêt en rase campagne :

« Malgré la compétence, la détermination et l’investissement des personnels du centre, qui ont démontré leur savoir-faire pour assurer une prise en charge pluridisciplinaire des bénéficiaires, l’expérience ne s’est pas révélée concluante. L’expérimentation d’un centre d’accueil ouvert, fonctionnant sur la base du volontariat, a montré ses limites.

Le préfet d’Indre-et-Loire a été chargé d’entamer sans délai les consultations locales pour envisager la reconversion du site. Une attention toute particulière sera portée à la situation des salariés du site, qui bénéficieront d’un accompagnement individuel de la part des services de l’Etat, en liaison avec la ville de Paris dont dépendent les agents titulaires du site. »

Ancien asile Saint-Joseph

Tout avait commencé le 10 mars 2016 avec l’annonce imprévue, faite sur France Inter, de la création en Touraine de centre d’emblée controversé. D’abord à l’échelon local, ensuite à l’échelle nationale. Grosse couverture médiatique par la suite et polémiques en cascade. Tout se termine seize mois plus tard avec une promesse  gouvernementale à laquelle personne ne croit plus, ou presque :

« Cette fermeture ne signifie pas l’abandon d’une politique de prise en charge des publics en voie de radicalisation dans des structures adaptées. Le gouvernement étudiera, notamment, la possibilité d’ouvrir des structures de petite taille pour y accueillir des individus sous main de justice et y développer des solutions alternatives à l’incarcération. »

Le château de Pontourny défie le temps. Il avait été transformé en asile durant 14-18.  Ancien asile Saint-Joseph puis propriété de la ville de Paris il était devenu « centre éducatif » et allait fermer ses portes quand on le crut sauvé par la politique officielle de déradicalisation. C’était il y a un an, déjà presque un siècle.

A demain

1 Tous les papiers de ce blog consacrés depuis seize mois à cette initiative  sont disponibles ici.

 

 

 

De l’usage du « stress social » dans l’étude des racines de l’addiction à la nicotine

Bonjour

Jusqu’à quelles extrémités faut-il aller chercher les racines biologiques de l’addiction tabagique ? Plutôt que de faire « baisser leur stress » (comme le pensent généralement les fumeurs) l’ingestion de nicotine augmenterait l’impact de celui-ci. C’est ce que semble démontrer, chez la souris, une étude qui vient d’être publiée dans Molecular Psychiatry : « Nicotinic receptors mediate stress-nicotine detrimental interplay via dopamine cells’ activity » ; une étude menée par des chercheurs du CNRS, laboratoire Neurosciences Paris-Seine et à l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire de Nice Sophia Antipolis.

C’est, pour tout dire, une démonstration assez sophistiquée dans laquelle on peine à tout englober. Ces chercheurs expliquent disposer de donnée montrant que bloquer les récepteurs nicotiniques des rongeurs s’opposent à la mise en place de la réponse au stress – ce qui indiquerait que ces récepteurs sont bel et bien impliqués dans les voies physiologiques du stress. Ces chercheurs montrent d’autre part que l’exposition à la nicotine augmenterait la sensibilité murine au stress.

« Nous avons utilisé un modèle de stress qui est le ‘’stress social’’, a expliqué au Quotidien du Médecin Philippe Faure, directeur de recherche au CNRS et co-auteur principal de l’étude avec Jacques Barik, maître de conférences à la faculté de Nice. Quand les souris sont placées avec un congénère dominant, une hiérarchie se met en place et la souris dominée est défaite. La répétition de ces défaites provoque, au bout d’environ dix jours, l’apparition de symptômes comportementaux de stress : les individus stressés évitent leurs congénères et montrent des signes d’anhédonie, caractérisés par le fait qu’ils sont moins attirés par l’eau sucrée. »

Anhédonistes

On rappellera ici que l’anhédonie est un symptôme qui caractérise l’incapacité d’un sujet à ressentir des émotions positives lors de situations considérées antérieurement comme plaisantes. Cette incapacité est fréquemment associée à un sentiment de désintérêt diffus. Ajoutons que ce néologisme a été proposé par Théodule Ribot en 1896 pour désigner l’insensibilité au plaisir. Traduit en anglais par anhedonia il a, dit-on, rencontré beaucoup de succès dans les pays anglo-saxons.

Exposez maintenant ces souris à un antagoniste pharmacologique des récepteurs nicotiniques alpha 7 : elles ne montrent plus ce type d’évitement social. On peut en conclure que l’expression des symptômes de stress nécessite les récepteurs nicotiniques. « Réciproquement, on observe que les symptômes de stress sont présents dès le premier jour de défaite si les animaux ont consommé de la nicotine, ou si on active ce récepteur alpha 7 : la nicotine potentialise donc les effets du stress, poursuit Philippe Faure au Quotidien. Il s’agit donc d’une boucle qui s’auto-entretient : on fume pour calmer les effets du stress, mais la nicotine aggrave au contraire ces effets… ce qui rend plus difficile encore l’arrêt du tabac. »

Et maintenant ? Les chercheurs expliquent devoir désormais confirmer chez l’homme ce qu’ils ont décrypté chez la souris. Trouveront-ils, sans mal, des volontaires ?

A demain

Psychiatrie et télé-réalité : France Télévisions devrait arrêter «Fort Boyard» – et s’excuser

Bonjour

Rire de tout, rire jusqu’à la folie, rire quel qu’en soit le prix ? C’est une tribune opportune qui ne pourra pas ne pas être entendue … C’est un événement médiatique, la révolte de citoyens éclairés contre les dirigeants d’une télévision publique qui ne savent définitivement plus où ils sont, à quoi ils servent et qui les rémunèrent. C’est une adresse qui, dans un pays démocratique, ne saurait rester sans réponse.

Dans un texte publié par Le Monde une réunion sans précédent d’associations de patients et de professionnels de santé 1 disent leur malaise devant « l’épreuve » de l’émission « Fort Boyard » : une cellule capitonnée qui stigmatise les souffrances psychiatriques. Ils demandent son retrait et des excuses publiques de France Télévisions. Résumons l’essentiel pour ceux qui ne sont pas dépendants de ce spectacle financé par des deniers publics.

Médias handicapés

Depuis le 24 juin, l’émission « Fort Boyard » diffuse une ­séquence intitulée « L’asile », rebaptisée « La cellule capitonnée » : dans ce jeu, le candidat, d’abord entravé par une camisole de force, est enfermé dans une salle capitonnée sans porte de sortie, sous des caméras de surveillance. Il doit se secouer et se contorsionner, à « en devenir fou », pour ­reprendre les termes de la production. Pour les signataires, trop c’est trop :

« Pourquoi, alors que cette séquence bouleverse tant de téléspectateurs, de personnes concernées, familles, proches et professionnels de santé, la ­direction de France 2 n’envisage-t-elle pas une seconde sa suppression ?

« Pourquoi, alors qu’un colloque, « Handicaps et médias », était organisé dans les locaux de France Télévisions, cinq jours après sa première diffusion, en présence de Delphine Ernotte et de représentants du ministère de la culture, du secrétariat d’Etat chargé des personnes handicapées, du Conseil supérieur de l’audiovisuel, n’avons-nous encore entendu aucune voix s’élever contre cette épreuve qui stigmatise la maladie et le handicap psychique ?

Les pires des clichés

« Comment est-il possible que des responsables chargés de programmes de divertissement aient pu, en conscience, valider un tel scénario ? Comment un service public censé être ­vigilant sur les risques de discriminations, racismes et atteintes à la dignité des personnes peut-il être aussi loin de la société ? « Fort Boyard » aurait-il enfermé des candidats ayant eu une autre pathologie ou handicap ?

« Pourquoi conforter auprès du grand public des fantasmes de « fou ridicule » ? Selon toutes les études, la stigmatisation est la première cause de souffrance, de retard de soins et d’exclusion des personnes touchées par des troubles psychiques. Pourquoi alimenter une nouvelle fois les pires clichés sur les maladies mentales, alors que d’autres émissions ont déjà été signalées ? »

Mme Ernotte, ancienne d’Orange

On lira la suite sur le site ou le papier de notre vieux Monde. « Nous demandons le retrait de l’épreuve en cause et des excuses de la chaîne y écrivent les signataires. Nous demandons la diffusion de messages de déstigmatisation de la maladie et du handicap psychique aux mêmes heures d’écoute. Que les efforts entrepris au quotidien pour déstigmatiser les troubles psychiques par les associations, les usagers, les professionnels, les pouvoirs publics ne soient pas anéantis en quelques minutes d’Audimat ! »

Delphine Ernotte, 50 ans, a fait toute sa carrière à France Telecom (devenue Orange) où elle a occupé de nombreux postes de direction. Elle devrait fêter bientôt ses deux années de présidence de France Télévisions.

A demain

1 Associations d’usagers : Unafam, collectif Schizophrénies, Schizo oui, Schizo espoir, Promesses, Schiz’osent être, Schizo jeunes, Solidarité réhabilitation, Comme des fous, Fnapsy, Schiz’osent écrire, collectif SOS psychophobie, Frontières invisibles, Réseau romand des pairs praticiens en santé mentale (Re-pairs), Association francophone des médiateurs de santé pairs (AFMSP), Cofor (Centre de formation au rétablissement de Marseille), collectif Lieu de répit, association JUST.

Ainsi que: Pr Marie-Odile Krebs, chef de service SHU Sainte-Anne, PIsabelle Amado, responsable du  centre ressource Ile-de-France en remédiation cognitive et réhabilitation psychosociale, Dominique Willard, psychologue responsable du réseau Profamille, Ile-de-France, Pr Christophe Lançon, chef de service CHU Sainte-Marguerite, Marseille, DOlivier Canceil, vice-président de Santé mentale France, PEmmanuel Haffen, président de l’AFPBN, Association française de psychiatrie biologique, PAntoine Pelissolo, CHU Henri-Mondor, président de la collégiale des psychiatres de l’APHP, DMarie-Noëlle Vacheron, chef de pôle Sainte-Anne, PMarion Leboyer, CHU Henri-Mondor, PPierre-Michel Llorca, CHU Clermont-Ferrand, Pr Patrick McGorry, directeur exécutif d’Orygen (The National Centre of Excellence in Youth Mental Health), Australie, Denys Robiliard, rapporteur de la mission parlementaire sur la santé mentale et l’avenir de la psychiatrie, Alain Ehrenberg, sociologue, président du Conseil national de santé mentale, Magali Coldefy, chercheure, Emmanuelle Jouet, chercheure, DYann Hodépsychiatre, réseau Profamille.

Avec le soutien de :  Fondation FondaMental (France), Fondation Maria Halphen (Australie), Fondation Deniker (France), revue Santé mentale, Cofor, Solidarités usagers psy, Sabrina Palumbo, Véronique Friess, Christophe Malinowski (infirmier), Delphine Blanchard, Julien Martinez, Médiapsy, La Folie ordinaire, DJean-Marie Pairin (psychiatre), Sophie Da Cruz (journaliste), Alexandre Fache (journaliste), Olivia Hagimont (illustratrice), Florence Braud (aide-soignante en psychiatrie), Philippe Banyols (directeur du centre hospitalier de Thuir), Clara De Bort (directrice d’hôpital), Dominique Garcia (professeur des universités), Alexandra Bichon (infirmière de secteur psychiatrique), Hélène Sanchez (infirmière en psychiatrie), Aymeric Le Corre (infirmier), Benoît Eyraud (collectif Contrast), Baptiste Beaulieu (médecin et écrivain), Catherine Dufour (écrivain), Agathe Martin (écrivain), Philippa Motte (consultante en santé mentale et handicap psychique), Olivier Las Vergnas (professeur à l’université de Lille), Anne Adam Pluen (communicante en santé), Gwénaël André (enseignant en Validation Therapy, Martin Winckler (médecin et écrivain).

Les triomphes d’Emmanuel Macron coïncident avec une augmentation des cas d’exorcisme

Bonjour

L’étrange est partout. Nous sommes au surlendemain du (nouveau) triomphe d’Emmanuel Macron Et voici que le malicieux Figaro nous apprend que chacun des cent diocèses de France dispose désormais d’un prêtre exorciste 1. Comment ne pas faire le rapprochement quand on se souvient de la confession (à un journal dominical) du candidat Macron pour qui « la politique c’est mystique » ? Et ne vivons-nous pas aujourd’hui une forme d’exorcisme collectif sous couvert de pâmoison contagieuse et d’incitation au dégagisme ?

Car exorciser c’est, pour l’essentiel, purifier. On chasse le mal de l’endroit où il se trouve (sans trop s’inquiéter, d’ailleurs, de son prochain refuge). C’est chasser Satan du corps d’un possédé. C’est le délivrer de l’esprit malfaisant qui l’ensorcelle ce qui n’est pas, on le sait, sans lien avec la pratique de la psychiatrie et de l’addictologie (les « démons » de l’alcoolisme).

Ou avec celle de l’écriture – comme l’explique Paul Valéry soutenant que Gustave Flaubert fut toujours hanté par le démon de la connaissance encyclopédique, dont il a essayé de s’exorciser en écrivant « Bouvard et Pécuchet ». Sans oublier, avant Louis-Ferdinand Céline, Marcel Proust : « Je ne saurais trop recommander aux écrivains la vertu purgative, exorcisante, du pastiche ».

Bureau national des exorcismes

Le Figaro, lui, a eu accès aux chiffres officiels : il y a dix ans, et pour la seule Île-de-France, le nombre d’exorcismes pratiqués par des prêtres catholiques avoisinait une quinzaine de cas par an. Une cinquantaine d’exorcismes sont désormais accomplis annuellement. Et de citer le père Emmanuel Coquet, secrétaire général adjoint de l’épiscopat qui accompagne le bureau national des exorcistes :

« Il y a un accroissement très net. Les exorcistes sont frappés de voir que le phénomène prend de plus en plus d’ampleur. En réalité c’est l’évêque qui est l’exorciste du diocèse mais il confie cette tâche par une délégation formelle à un ou deux prêtres qui sont assistés par une équipe de laïcs et de religieux pour cette mission ».

Imagine-t-on ce que peut être, aux frontières du sourcier et du passeur de feu, le pouvoir d’exorciser ? La première difficulté, confesse le père Emmanuel Coquet, est de trier les dossiers. Près de 2500 demandes environ arrivent chaque année dans les diocèses d’Île-de-France. Le temps passe et Satan réclame plus de discernement que dans le passé. Le diabolique n’a plus les pieds fourchus, il fait de plus en plus dans le symbolique. Il faut savoir trier avant que d’exorciser.

Expertises psychiatriques

C’est bien pourquoi l’Église catholique « fait appel à des expertises psychiatriques pour évaluer si la personne aurait plutôt besoin de soins médicaux ». Ce n’est que si l’exorcisme est opportun qu’il est pratiqué –  encadré en termes liturgiques. Précision : le rituel contenant les prières de l’exorcisme n’est pas public. Seul l’évêque le reçoit et le transmet au prêtre pour sa mission d’exorciste. Rien n’est dit sur les tarifs.

Le psychanalyste, l’addictologue, la psychologue ne sont jamais très loin : un exorcisme majeur n’est, tout bien pesé, rien d’autre qu’une liturgie de la parole : lectures de textes de la Bible, prières de litanies, profession de foi, imposition des mains et formule de l’exorcisme. Une différence : le thérapeute n’est jamais seul qui œuvre toujours accompagné de plusieurs personnes en prières. Père Emmanuel Coquet :

« Il peut arriver que les forces de la personne soient soudain décuplées, explique le père Coquet. On laisse la personne exprimer la violence qu’elle porte en elle mais il faut se protéger en cas de difficultés. D’autres ne supporteront pas la vue d’un crucifix ou l’évocation de tel ou tel saint. D’autres encore se mettent à parler une langue qu’ils n’ont jamais apprise… Nous assistons après l’exorcisme à d’authentiques apaisements, libérations et guérisons intérieures. Tout cela est bien réel cela ne s’invente pas. »

Qui, père Emmanuel, pourrait raisonnablement penser que tout cela est inventé ? Reste toutefois, pendante, la grande question : Satan existe-t-il réellement (comme le soutient le Pape François) ou n’est-il qu’un symbole (comme le soutienne les Jésuites). L’affaire, nous dit Le Figaro, agite aujourd’hui les hautes sphères de la hiérarchie catholique. Elle n’est pas non plus étrangère à la politique française puisque l’on sait, désormais, que le nouveau président de la fille aînée de l’Eglise a été formé par les pères jésuites. Au célèbre collège de La Providence. Ce qui ne s’invente pas.

A demain

1 « En France, le nombre d’exorcismes en nette augmentation » Le Figaro (Jean-Marie Guénois) 12 juin 2016.

Petits enfants malades des écrans : quand la ministre de la Santé se saisira-t-elle du dossier ?

Bonjour

C’est une addiction plate et précoce. Et c’est une tribune essentielle dans Le Monde daté du 31 mai : « La surexposition des jeunes enfants aux écrans est un enjeu majeur de santé publique ».  Des médecins et professionnels 1 alertent sur les graves troubles du comportement et de l’attention qu’ils observent de plus en plus chez les petits. Sujet aussitôt repris et développé au journal de 13 heures de France Inter. C’est une affaire naissante que nous avons déjà abordée sur ce blog. C’est un dossier majeur dont l’émergence médiatique coïncide avec une nouvelle donne politique : l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, Emmanuel Macron qui, durant la campagne a répété toute l’importance qu’il entendait voir accordée à la prévention.

Que nous disent les professionnels de la santé et de la petite enfance ? Qu’ils observent dans leur pratique les graves effets d’une exposition massive et précoce des bébés et des jeunes enfants à tous types d’écrans : smartphone, tablette, ordinateur, console, télévision. Lisons-les un instant : :

« Nous recevons de très jeunes enfants stimulés principalement par les écrans, qui, à 3 ans, ne nous regardent pas quand on s’adresse à eux, ne communiquent pas, ne parlent pas, ne recherchent pas les autres, sont très agités ou très passifs. La gravité de ces troubles nous conduit à réinterroger les éléments déjà exposés dans des articles précédents.

« Captés ou sans cesse interrompus par les écrans, parents et bébé ne peuvent plus assez se regarder et construire leur relation. Les explorations du bébé avec les objets qui l’entourent, soutenues par les parents, sont bloquées ou perturbées, ce qui empêche le cerveau de l’enfant de se développer de façon normale. Ces deux mécanismes – captation de l’attention involontaire et temps volé aux activités exploratoires – expliquent à eux seuls les retards de langage et de développement, présents chez des enfants en dehors de toute déficience neurologique. »

Taper, lécher, renifler….

Ils observent aussi chez ces enfants des symptômes très semblables aux troubles du spectre autistique (TSA), des absences ­totales de langage à 4 ans, des troubles attentionnels prégnants ; des troubles relationnels majeurs : « l’enfant ne sait pas entrer en contact avec les autres, il les tape, lèche, renifle… » ; des stéréotypies gestuelles et une intolérance marquée à la frustration surtout lorsqu’on leur enlève « leur » écran à l’enfant.

Et lorsque ces professionnels interrogent les ­parents ils découvrent la place centrale des écrans dans la famille. « L’enfant est en contact permanent avec les écrans : de façon directe ou indirecte, quand un écran est allumé dans la pièce où l’enfant se trouve, ou lorsque le parent regarde son portable mais ne regarde plus son enfant » écrivent-ils. Ce problème doit être un enjeu de santé publique (…) Le même phénomène est observé dans tous les autres pays avec des campagnes de prévention déjà en cours. En Allemagne, elles ont lieu dans les crèches pour inciter les parents à regarder leur bébé ; à Taïwan, des amendes de 1 400 euros peuvent être imposées à un parent qui laisse son enfant de moins de 2 ans devant les écrans. »

Pour ces professionnels il y a urgence citoyenne: des campagnes nationales issues des observations et des recommandations des professionnels du terrain (sans aucun lien ou conflits d’intérêts avec l’industrie du numérique et de l’audiovisuel) doivent être menées en France « et diffusées dans tous les lieux de la petite enfance ». On comprendrait mal qu’en écho aux priorités du président Macron sur la prévention Agnès Buzyn, ministre de la Santé (et des Solidarités) n’entendent pas ce vibrant appel des professionnels de la santé et de la petite enfance.

A demain

1 Dr Anne Lise Ducanda et Dr Isabelle Terrasse, médecins de PMI au Conseil départemental de l’Essonne ; Sabine Duflo, psychologue et thérapeute familiale en pédopsychiatrie (CMP, EPS Ville-Evrard) ; Elsa Job-Pigeard et Carole Vanhoutte, orthophonistes (Val-de-Marne) cofondatrices de « Joue, pense, parle » Lydie Morel, orthophoniste, cofondatrice de Cogi’Act (Meurthe-et-Moselle) ; Dr Sylvie Dieu Osika, pédiatre à l’hôpital Jean Verdier de Bondy et Eric Osika, pédiatre à l’hôpital Ste Camille de Bry-sur-Marne ; Anne Lefebvre, psychologue clinicienne en pédopsychiatrie (CMP enfants et CMP adolescents, CHI 94) ; ALERTE (Association pour l’éducation à la réduction du temps écran), Dr Christian Zix, neuropédiatre, directeur médical du CAMSP de St-Avold (Moselle) Dr Lise Barthélémy, pédopsychiatre à Montpellier.