Psychiatrie post-vérité : Donald Trump le charismatique est-il un narcisse pathologique ?

 

Bonjour

Vous vous intéressez au pouvoir, à la psychiatrie et à l’équilibre du monde ? Vous prendrez plaisir à la lecture, sur le site Slate.fr, d’ « Alors Trump, fou ? » de Moisés Naím » (traduction de Bérengère Viennot). Un texte qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, prend une saveur toute particulière à l’heure de la dernière ligne droite chaque jour plus extravertie de notre campagne présidentielle – une dernière ligne droite où les caractéristiques de la psychologie d’Emmanuel Macron commencent à faire l’objet d’un intérêt critique de plus en plus marqué par certains médias.

« Les dirigeants charismatiques inspirent de grandes manifestations de dévouement et, inévitablement, leur orgueil ne manque pas de se laisser dilater par les applaudissements, flatteries et autres louanges dont ils sont l’objet, écrit Moisés Naím. Cette vanité poussée à l’extrême peut très facilement se transformer en narcissisme éventuellement pathologique. En fait, je suis convaincu que l’un des risques professionnels les plus courants chez les politiciens, artistes, athlètes et chefs d’entreprises qui réussissent est le narcissisme, c’est-à-dire une fascination exagérée suscitée par leur propre personne. »

Νάρκισσος. Narcisse. Narcissisme. Tout ou presque a été écrit avant même l’invention du miroir, sur les dangers de la contemplation de soi-même dans l’exercice du pouvoir. Puis vint la psychiatrie et ses frontières entre normal et pathologique. L’American Psychiatric Association a élaboré une série de critères 1 pour diagnostiquer le narcissisme pathologique (« trouble de la personnalité narcissique »). « Selon les recherches sur le sujet, les personnes qui en souffrent montrent une mégalomanie persistante, un besoin excessif d’être admiré et une absence d’empathie, résume Moisés Naím. Elles manifestent une grande arrogance, des sentiments de supériorité et des comportements ciblant la prise de pouvoir. Elles ont aussi des egos très fragiles, elles ne tolèrent pas la critique et ont tendance à rabaisser les autres pour se réaffirmer elles-mêmes. »

Déontologie bafouée

Et Donald Trump ? Point n’est besoin d’être psychiatre pour comprendre que le président américain présente (et se plait à présenter) plusieurs des symptômes caractéristiques du narcissisme. Mais cela le rend-il inapte à occuper l’un des postes les plus importants de la planète ? Certains spécialistes le pensent et l’ont écrit dans une lettre envoyée au New York Times. Un texte qui ne respecte pas la règle déontologique minimale qui veut que les psychiatres s’imposent de ne jamais porter de diagnostic – même concernant une personnalité publique– à distance.

Bien évidemment d’autres psychiatres ne sont pas du même avis et le disent également dans les colonnes du New York Times. Comme le Dr Allen Frances, qui fut le directeur du groupe de travail ayant préparé la quatrième édition du D.S.M. IV.

« Beaucoup de diagnosticiens amateurs attribuent à tort au président Trump un trouble de la personnalité narcissique. C’est moi qui ai rédigé les critères qui définissent ce trouble, et M. Trump n’y correspond pas. C’est peut-être un narcissiste de catégorie mondiale, mais cela n’en fait pas un malade mental pour autant, parce qu’il n’éprouve ni les souffrances ni les handicaps dont la manifestation est nécessaire pour poser un diagnostic de maladie mentale. M. Trump inflige de graves souffrances plutôt qu’il ne les éprouve, et sa folie des grandeurs, son égocentrisme et son absence d’empathie ont été grandement récompensés plutôt que sanctionnés.»

Moyen Âge trumpien dystopique

Et le psychiatre (qui, lui non plus n’a pas examiné le président) de laisser la place au citoyen ;

« Le recours aux insultes psychiatriques est une manière malavisée de contrer les attaques de M. Trump contre la démocratie. Son ignorance, son incompétence, son impulsivité et son désir de s’octroyer des pouvoirs dictatoriaux peuvent et doivent être dénoncés de façon appropriée. Ses motivations psychologiques sont trop évidentes pour être intéressantes, et les analyser ne mettra pas un terme à sa conquête irréfléchie du pouvoir. L’antidote à un Moyen Âge trumpien dystopique sera politique, pas psychologique.»

 Infliger des souffrances plutôt que les éprouver… Pour un peu cela serait une assez bonne définition de l’exercice du pouvoir. Reste le pouvoir exercer par Narcisse. « Le pouvoir isole, et les narcissistes en position de pouvoir ont tendance à être encore plus vulnérable à l’isolement qui accompagne les fonctions les plus puissantes, écrit Moisés Naím. (…) Au bout de trois mois de mandat, il est déjà évident que le président Trump sera obligé de renoncer à honorer de nombreuses promesses de campagne. Les frustrations se multiplient. On peut supposer sans grand risque que ses déceptions seront de plus en plus fréquentes et ses frustrations de plus en plus douloureuses. Cela ne peut pas être une bonne chose pour sa santé mentale. » Ni pour la planète.

A demain

1 Des sentiments mégalomaniaques et la conviction que leur supériorité doit être reconnue. 2) Une obsession autour de fantasmes de pouvoir, de succès, d’intelligence et de séduction physique. 3) L’impression d’être unique, supérieur et par conséquent la recherche de groupes et d’institutions prestigieux. 4) Un besoin constant d’être admiré. 5) Le sentiment d’avoir le droit d’être traité de façon spéciale, et que les autres doivent obéir. 6) Une tendance à exploiter autrui et à en tirer profit pour obtenir des bénéfices personnels. 7) L’incapacité à ressentir de l’empathie pour les sentiments, les désirs et les besoins des autres. 8) Une jalousie intense et la conviction que l’entourage éprouve forcément le même type de jalousie. 9) Une tendance à agir de façon pompeuse et arrogante.

Sur ce thème on lira aussi avec intérêt le récent  « Tous narcissiques » de Jean Cottraux (Editions Odile Jacob)

 

 

Pourquoi tant de malades psychotiques sont-ils détenus dans les prisons françaises ?

 

Bonjour

L’intérieur de la prison révèle ce qui l’entoure. Cette vérité nous est rappelée dans une éclairante tribune du Monde signée du Dr Guillaume Monod, psychiatre à la maison d’arrêt de Villepinte, par ailleurs docteur en philosophie.

L’actualité est connue : c’est ce qu’il est désormais convenu de nommer, sans trembler, la « surpopulation carcérale ». Mais, pour le Dr Monod, ces conditions de vie indignes ne devraient pas être seulement perçues comme révélatrices de l’insuffisance des moyens dont dispose l’administration pénitentiaire pour mener à bien ses missions de sanction, de sécurité et de réinsertion. « Elle doit aussi imposer un questionnement sur la véritable nature d’une institution qui accueille une population caractérisée autant par la délinquance que par la pathologie psychiatrique » écrit-il.

Contexte historique

Des chiffres ? Ils sont accablants : 10 % à 20 % des détenus des prisons françaises souffrent d’un trouble psychotique – soit cinq à dix fois plus que dans la population générale. Soit, concrètement, cent à deux cents détenus sur les mille cent de la maison d’arrêt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis. C’est, tout simplement, l’effectif des patients d’un hôpital psychiatrique de taille moyenne, « mais qui n’aurait que l’équivalent d’un temps plein de psychiatre, de 3,5 temps plein de psychologues cliniciens, et de 5 temps plein d’infirmiers assurant à la fois les soins somatiques et les prises en charges psychiatriques ».

Le Dr Monod replace ces éléments dans leur contexte historique : « A l’aube du XIXe, les aliénistes ont théorisé simultanément la prison moderne et l’hôpital psychiatrique. La prison fut conçue non seulement pour punir l’acte délinquant, mais aussi — et surtout — pour guérir l’intention à l’origine du geste, intention considérée comme une faute légale et morale mais aussi comme un défaut médical (…). »

Surveillants/infirmiers psychiatriques

Et, selon lui, rien n’a changé. On peut le dire autrement : la présence en détention d’un grand nombre de malades psychiatriques n’est ni une anomalie sociologique, ni une défaillance de la politique pénale, ni même la simple conséquence du fait juridique que l’altération du jugement n’est pas une raison suffisante pour surseoir à l’incarcération et imposer l’hospitalisation. La question pourrait être posée pour les addictions.

Cette surreprésentation psychiatrique au sein d’une surpopulation carcérale résulte, pour le Dr Monod, des choix théoriques qui ont présidé, depuis deux cents ans, à l’élaboration du sens de la sanction pénale contemporaine, fondée sur l’amalgame pernicieux du crime et de la maladie mentale. « Il n’y a donc aucune raison de s’étonner si les surveillants sont régulièrement amenés à remplir le rôle d’infirmiers psychiatriques, assurant au quotidien la prévention du suicide, l’accompagnement des détenus pour leur thérapie, la contention et l’isolement d’un patient présentant un trouble psychiatrique aigu » ajoute-t-il.

Ramener le taux d’incarcération des maisons d’arrêts françaises à des chiffres raisonnables ? C’est une « nécessité morale et juridique ». Pour autant ceci ne permettra pas de résoudre la question de la place de la psychiatrie dans le parcours pénal. Les malades psychiatriques doivent-ils, aujourd’hui en France, effectuer leur peine en prison ?  Doivent-ils être doublement punis ?

A demain

Drogue et psychiatrie : prescrire la kétamine comme un antidépresseur majeur ?

 

Bonjour

La kétamine n’a pas fini de faire rêver. Cette amine psychotrope synthétisée en 1962 pour les laboratoires Parke-Davis est aujourd’hui utilisée comme anesthésique général. Son usage fut rapidement détourné à d’autres fins que thérapeutique et on a, ici ou là, signalé son usage sur les théâtres d’opérations militaires où l’indifférence du combattant à la douleur constitue un avantage certain. Ses propriétés stupéfiantes expliquent aussi son usage (illégal) en milieu festif 1.

Il faut aujourd’hui compter avec le texte publié par  The Lancet Psychiatry « Ketamine treatment for depression: opportunities for clinical innovation and ethical foresight » signé par le Dr Rupert McShane (Oxford Health NHS Foundation Trust, Warneford Hospital, Oxford). Un texte repris et développé par la BBC.

Selon lui la kétamine peut constituer un traitement remarquable chez certaines personnes souffrant de dépressions sévères et résistantes à toutes les autres approches médicamenteuses. Ce spécialiste estime que le moment est venu d’en savoir plus et de constituer un registre pour surveiller sn usage et en tirer au plus vite les leçons pratiques.  Dans son expérience clinique sur cent-une personnes souffrant de dépression résistante quarante-deux ont répondu à la kétamine.

Pas d’automédication

Le Dr McShane espère qu’un nombre croissant de médecins l’utiliseront pour traiter ces formes de dépression. « Nous pensons que le traitement des patients devrait se faire dans des centres spécialisés et être officiellement suivi dans les registres nationaux ou internationaux, explique-t-il. Cela nous aiderait à résoudre les problèmes de sécurité ou d’abus à long terme et à réduire la dose, la fréquence, let les durées de traitement. »

Les dosages de la kétamine utilisée dans son essai clinique sont beaucoup moins élevés que les quantités utilisées par les personnes qui le prennent comme drogue illégale. Le Dr McShane met en garde contre tout type d’automédication et avertit qu’il ne s’agit en rien d’une thérapeutique miracle obtenue en une prise unique.

Prudence

Outre-Manche l’institution psychiatrique demeure prudente. Le Pr Allan Young (Collège royal des psychiatres) a estime qu’il existe toujours des « lacunes importantes » dans la connaissance de l’utilisation de la kétamine. « Avant que la kétamine puisse être recommandée en pratique clinique contre la dépression, une recherche approfondie est nécessaire pour comprendre comment utiliser de manière optimale, a-t-il déclaré. Le Collège royal des psychiatres s’inquiète de la sécurité des patients et, par conséquent, recommande aux praticiens de la santé mentale de faire preuve de prudence lorsqu’ils traitent des patients avec la kétamine ».

Pour Paul Keedwell, psychiatre à l’Université de Cardiff, « La kétamine dans le traitement de la dépression est l’une des découvertes les plus excitantes en psychiatrie depuis des années. Cependant, plus de recherche est nécessaire ainsi qu’un registre qui permette aux chercheurs de partager de nouveaux résultats, positifs ou négatifs ». Un point de vue entièrement partagé, en France, par le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions.

A demain

1 En France la kétamine en tant que matière première est inscrite sur la liste des stupéfiants par l’arrêté du 8 août 1997. Ce classement était justifié par l’apparition de cas d’abus en milieu médical et l’émergence d’une consommation de kétamine dans les milieux festifs (« rave-party »), confirmée par une enquête réalisée en 2000 et 2001. Selon cette enquête, les produits impliqués, quand ils étaient identifiés, étaient le plus souvent des médicaments vétérinaires, plus fortement dosés que les médicaments à usage humain.

Infirmière poignardée avant de prodiguer des soins, soutien de la ministre de la Santé

 

Bonjour

S’habituer ? Le 4 avril une infirmière libérale a été poignardée, à trois reprises, par un homme à qui elle allait prodiguer des soins. C’était en Alsace, à Buhl, non loin de Wissembourg. La femme est grièvement blessée. Des précisions sont apportées par les Dernières Nouvelles d’Alsace :

« Les faits se sont déroulés au rez-de-chaussée de ce bâtiment situé entre les églises protestante et catholique de Buhl. L’infirmière s’est présentée un peu avant 8h au domicile de son patient, au 68 B rue des Seigneurs à Buhl, un petit village du canton de Wissembourg, pour lui donner son traitement médicamenteux. L’homme attendait derrière la porte un couteau à la main. Dès qu’il a ouvert, il s’est jeté sur l’infirmière et l’a poignardée à trois reprises à la poitrine et à l’épaule. L’agresseur présumé s’est ensuite retranché dans son logement. »

La victime, âgée d’une cinquantaine d’années, a été prise en charge par les sapeurs-pompiers. Elle a été évacuée dans un état grave par l’hélicoptère de la sécurité civile du Bas-Rhin Dragon 67 vers le CHU de Strasbourg-Hautepierre. Les DNA ajoutent que l’auteur présumé des faits a été interpellé peu après par les gendarmes de la compagnie de Wissembourg.

Tentative de meurtre

« Les militaires du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie ont dû faire usage de leur pistolet à impulsion électrique pour maîtriser l’individu. L’un des gendarmes a été blessé à la main par un éclat de verre au cours de l’intervention. Le suspect de 57 ans, qui souffrirait de schizophrénie, a été placé en garde à vue pour tentative de meurtre aggravé. Le parquet de Strasbourg a ordonné qu’il soit examiné par un psychiatre, lequel a considéré que son état était incompatible avec la garde à vue. Le quinquagénaire a été hospitalisé en psychiatrie. »

Dans la soirée du 5 avril Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, a fait publier un communiqué. Elle dit « tenir à lui témoigner tout son soutien » et « lui souhaiter un rétablissement rapide ».

La ministre dit aussi « condamner ces faits d’une rare violence » et « tenir à saluer le travail exemplaire accompli chaque jour par les infirmiers au service de leurs patients, dans des conditions parfois difficiles ».

S’habituer ?

A demain

Psychiatrie : que faire quand l’isolement et la contention mécanique sont nécessaires ?

 

Bonjour

Spécialité médicale éminemment politique, la psychiatrie est aujourd’hui radicalement absente de la sphère politicienne. Son nom n’est jamais prononcé dans les torrents verbeux de la campagne présidentielle. Dans les gazettes ? Elle ne figure plus que dans quelques rubriques : les faits divers sanglants et quelques procès de cour d’assises. On l’avait toutefois retrouvée ici ou là, ces dernières années (dans La Croix et Libération notamment) au travers de la question, médicale, légale et éthique, de la « contention des malades » 1 Une question enfin abordée de manière pragmatique par la Haute Autorité de Santé – un travail original, éthique et politique qui doit être salué 2.

« L’évolution de la psychiatrie se caractérise par d’importants progrès en matière de prises en charge plus précoces, ouvertes sur la cité et plus efficaces. Elles impliquent de plus en plus les patients et leurs proches en améliorant le pronostic des troubles mentaux les plus sévères, écrit la HAS.  Aujourd’hui, le plus fréquemment, l’hospitalisation ne correspond qu’à un temps limité des prises en charge souvent pour des tableaux cliniques décompensés. Les différentes réponses en termes de soins doivent s’appuyer sur la relation et la participation du patient. Le recours à une mesure d’isolement ou de contention ne peut se justifier qu’en dernier recours, au terme d’un processus de désamorçage d’un tableau clinique critique. »

Fatalité asilaire

 Dans un tel contexte le recours aux mesures d’isolement et de contention psychiatriques est devenu un sujet hautement sensible. Ce qui était jadis tenu pour une fatalité asilaire (la « camisole ») ne peut plus l’être aujourd’hui. Le respect des libertés individuelles entre ici en conflit avec le rôle et la fonction des intervenants, la légitimité de telles mesures, la sécurité du malade et celle d’autrui. Reste la question de la fréquence de ces situations de contentions. « Les données épidémiologiques/statistiques sont rares et aucun suivi n’existait jusqu’à présent mais il semble que le recours à l’isolement et la contention soit en recrudescence, avec des situations inégales d’une région à l’autre, d’un établissement à l’autre, voire d’un service à l’autre. »

De fait, depuis plusieurs années, diverses autorités attirent l’attention sur les recours aux mesures d’isolement et de contention, considérant que leur usage n’est pas toujours motivé par des raisons thérapeutiques et qu’il convient de les encadrer. Ce fut le cas du Contrôleur général des lieux de privation de liberté et du Comité européen pour la prévention de la torture qui, depuis plusieurs années, dénoncent « un usage non systématiquement justifié de ces mesures ». C’est dans ce contexte et pour répondre à la nécessité d’un encadrement plus rigoureux de ces mesures que la Direction Générale de la Santé et celle de l’Organisation des Soins ont dans leur demandé à la HAS de travailler le sujet.

On entend bien que l’angélisme n’est pas ici de mise. Ces « pratiques thérapeutiques » peuvent « être considérées comme indispensables dans certaines situations ». Pour autant cette nécessité, et la violence qui la sous-tend, ne saurait tout justifier. Cette contrainte nécessaire pour les personnes concernées justifie, précisément, que ces pratiques soient « particulièrement encadrées et envisagées dans des conditions très précises ». Comment, en d’autres termes, maintenir dans les espaces psychiatriques un état de droit, une déontologie et une éthique dans les espaces psychiatriques.

« Soins sans consentement »

L’essentiel ? En France, 400 000 personnes sont hospitalisées chaque année dans des établissements et services psychiatriques. Les épisodes de violence des patients hospitalisés, lorsqu’ils surviennent, affectent autant les soignants que ces patients. Pour la HAS les mesures d’isolement et de contention « ne doivent s’appliquer qu’aux patients hospitalisés en soins sans consentement » et ce « en dernier recours ».

L’isolement et la contention ne sauraient être que des mesures d’ultime recours, mises en œuvre quand l’ensemble des mesures de prévention des épisodes de violence a échoué. Et les différentes recommandations pratiques formulées par la HAS visent « à améliorer la prise en charge des patients et la qualité des soins, et à veiller au respect de leurs droits fondamentaux ainsi qu’à leur sécurité ». Extraits :

« Il doit s’agir de faire face à un danger important et imminent pour le patient ou autrui. L’utilisation de la contention et de l’isolement ne peut avoir lieu que pour une durée limitée, après une évaluation du patient, sur décision du médecin présent. Si ce n’est pas un psychiatre, la confirmation de cette décision par un psychiatre doit intervenir dans l’heure. La contention ne peut être mise en place que dans le cadre de l’isolement. 

« L’objectif de ces mesures ne peut en aucun cas être de punir, humilier ou établir une domination sur des patients ou de résoudre un problème organisationnel comme un manque de personnels. La HAS encourage les établissements de santé à aménager des espaces d’apaisement dans les unités de soins afin de constituer une étape supplémentaire de désescalade avant l’isolement et la contention.

« À l’initiation de la mesure d’isolement, l’indication est limitée à 12 heures (6 heures pour la contention). Si l’état de santé du patient le nécessite, la décision et la fiche de prescription doivent être renouvelées dans les 12 heures (6 heures pour la contention). En cas de prolongation, la décision et la fiche de prescription doivent être renouvelées toutes les 24 heures. Les isolements de plus de 48 heures et les contentions de plus de 24 heures doivent rester exceptionnels. »

Registres

On ajoutera que la mise en place d’une mesure d’isolement doit être effectuée dans des conditions de sécurité suffisantes pour le patient et l’équipe de soins dans un lieu dédié adapté, un espace d’isolement qui permette le repos et l’apaisement. La contention mécanique doit être faite dans cet espace. Enfin, il est primordial que le patient en situation d’isolement ou de contention bénéficie d’une surveillance accrue avec au minimum deux visites médicales toutes les 24 heures.

Par ailleurs (comme le prévoit la loi de modernisation du système de santé) chaque mesure d’isolement ou de contention devra être recensée dans un registre en préservant l’anonymat du patient. Ce registre mentionnera le nom du psychiatre ayant décidé cette mesure, sa date et son heure, sa durée et le nom des professionnels de santé ayant surveillé le patient.  La HAS ne désespère pas : de tels registres devraient, à terme, permettre un meilleur recueil de données relatives à ces pratiques. Dans l’attente on peut s’interroger sur les raisons qui font que le spectacle politique, alors même qu’il s’en nourrit, est devenu allergique à la psychiatrie.

A demain

1 « Une épidémie de « contentions physiques » en milieu psychiatrique et hospitalier est annoncée » Journalisme et santé publique 18 septembre 2015

2 « Isolement et contention en psychiatrie générale. Méthode Recommandations pour la pratique clinique » Haute Autorité de Santé. Février 2017.

 

 

Polémique sur la psychanalyse et la pédopsychiatrie : précisions de Bruno Fallissard

Bonjour

Evoquant le cri d’alarme lancé il y a quelques jours dans les colonnes du Monde quant à l’avenir de la pédopsychiatrie en France, nous ne pensions pas réactiver la vieille querelle centrée (pour résumer) sur la place de la psychanalyse au sein de cette discipline. C’était une erreur.

Plusieurs critiques nous ont ainsi été faites expliquant en substance que la tribune du Pr Bruno Fallissard 1 était une forme de plaidoyer à peine masqué en faveur de l’usage des approches psychanalytique dans le champ de la pédopsychiatrie – et notamment dans la prise en charge des personnes souffrant de syndromes autistiques. Ces critiques ad hominem nous ont conduit à demander à l’auteur s’il souhaitait, sur ce thème, apporter des précisions. Les voici :

« A vrai dire il faut hésiter entre la tristesse de voir qu’aujourd’hui, encore plus qu’avant semble-t-il, tout et n’importe quoi ressort inlassablement. Et puis, plus raisonnablement, il faut accepter que les choses soient comme elles sont et que tout le monde a le droit de s’exprimer.

Alors venons-en aux faits. Je ne suis pas psychanalyste Je n’ai pas suivi d’analyse. Personne dans ma famille n’est psychanalyste ni n’a été en analyse. Mon activité clinique est dans le service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Robert Debré, connu pour ses positions non, voire antipsychanalytiques. Dans mon papier j’ai essayé de peser avec précaution tous les mots que j’utilisais : 

« Pour s’occuper de ces patients, il faut à l’évidence des médecins, médecins formés non seulement à l’étude du fonctionnement du cerveau, mais aussi à la psychologie, à la systémique familiale et, avant tout, à la clinique pédopsychiatrique. »

Je ne parle jamais de psychanalyse, et je mets en avant le fait de devoir connaître le fonctionnement du cerveau (bien sûr). Mais aussi, et on l’oublie souvent, de la systémique, tellement importante en pédopsychiatrie. Et j’aurais pu parler de la phénoménologie, tellement importante aussi. Mais tout le monde ne voit là que des arrières pensée psychanalytiques…

 Alors, du coup, effectivement il y a de quoi partir en croisade contre cette pensée anti-psychanalytique folle. Et c’est ce que je fais de temps en temps, parce que je pense qu’il faut le faire. 

La psychanalyse est une discipline respectable, passionnante sur un plan théorique et utile aux patients comme l’ont montré de nombreuses études randomisées. Voilà tout. »

 A demain

1 Bruno Falissard est directeur du Centre de Recherche en Epidemiologie et Santé des Populations (Maison de Solenn, Paris) et président de l’International Association for Child and Adolescent Psychiatry and Allied Professions (Iacapap)

 

Demain, en France, les pédopsychiatres se compteront sur le bout des doigts. Pourquoi ?

 

Bonjour

Plus qu’une simple tribune c’est un cri d’alarme que vient de lancer, dans Le Monde, le Pr Bruno Fallissard, pédopsychiatre et biostatisticien. Directeur de l’unité Inserm « santé mentale et santé publique » l’auteur est bien placé pour savoir que, collectivement, nous ne voulons pas voir que les enfants peuvent souffrir de problèmes psychiatriques.

Le Pr Fallissard fournit ici d’utiles précisions de vocabulaire.  Il ne faut pas voir dans l’expression « maladie mentale » une maladresse de style. « Point d’euphémisme, point de  » trouble  » ou de  » syndrome « , mais des  » maladies « , car il existe en psychiatrie des maladies comme dans le reste de la médecine, écrit-il. Et ces maladies sont parmi les plus fréquentes chez les jeunes, et parmi les plus graves. »

Quelques dizaines d’internes

Comment prendre au mieux en charge les jeunes patients atteints de maladies psychiatriques ? « Presque toujours sur la base d’un travail de groupe associant les patients, les familles, des enseignants, des travailleurs sociaux et des soignants parmi lesquels, bien sûr, des médecins que l’on dénomme pédopsychiatres (…) Pour s’occuper de ces patients, il faut à l’évidence des -médecins, formés non seulement à l’étude du fonctionnement du cerveau, mais aussi à la psychologie, à la systémique familiale et, avant tout, à la clinique pédopsychiatrique. »

Or, et c’est l’objet de ce cri d’alarme : la pédopsychiatrie est, aujourd’hui, programmée pour disparaître. Ecoutons le lanceur d’alerte :

« La dernière attaque en date vient de la réforme en cours de la formation des internes en pédopsychiatrie. Tout est fait pour que la spécialité devienne la moins attractive possible. Il y a 640 pédopsychiatres en France, d’une moyenne d’âge légèrement supérieure à 60 ans. La discipline a perdu plus de 50 % de ses effectifs sur la période 2007-2016. Aujourd’hui, quelques dizaines d’internes seulement sont formés chaque année. Vouloir encore diminuer ce nombre, c’est assumer la fin de la discipline. »

Intelligentsia et prérogatives

Qui assumera ? Le Pr Fallissard ne craint pas de répondre, au risque de froisser dans un milieu peu habitué aux réquisitoires prononcés en public :

« Depuis le début des années 2000, la pédopsychiatrie est victime d’assauts d’une violence sans précédent. Assauts venant de certains collègues psychiatres pour adultes ou de certains neuro-pédiatres, qui voient là une possibilité d’élargir leurs prérogatives ; assauts venant de l’intelligentsia du monde universitaire et de la recherche, qui pense trop souvent que les neurosciences à elles seules apporteront une solution à tous les problèmes psychiatriques ; assauts de certains politiques, souvenons-nous d’un récent projet de loi contre la possibilité de recourir à certains soins dans l’autisme. »

Il ajoute une donnée historique oubliée en ces temps de post-vérité : les spécialités médicales ne sont pas éternelles. Qui se souvient de la disparition, il y a un demi-siècle, de la « neuropsychiatrie » malheureusement écartelée, depuis, en deux disciplines étrangères ? La pédopsychiatrie française entame-t-elle, en 2017 une disparition bientôt irréversible ? Si oui, qui en sera tenu pour responsable ?

A demain