Folie et politique : Emmanuel Macron osera-t-il un jour visiter un hôpital psychiatrique ?

Bonjour

« ‘’Une nuit, un patient a uriné dans son lit. Il était tellement proche des autres – c’était une chambre de deux avec trois lits – que ça a inondé les deux d’à côté. » Hochements de têtes résignés autour de la table. Des anecdotes comme ça, on en entend dix par jour sous le barnum dressé devant le mur d’enceinte de l’hôpital psychiatrique Philippe-Pinel d’Amiens (Somme). Une partie du personnel y fait grève depuis soixante-six jours pour protester contre la dégradation des conditions de travail et de la qualité des soins. Et, depuis trente-sept nuits, se relaie pour dormir dans les tentes plantées à l’entrée de l’établissement. »

C’est Le Journal du Dimanche (Pierre Bafoil) qui, aujourd’hui, raconte l’insupportable. L’hôpital psychiatrique d’Amiens en grève après ceux de Bourges, Allonnes, Rennes, Amiens ou Saint-Etienne. Des personnels en grève non pas pour de l’argent mais pour « réclamer les moyens d’exercer dignement leur métier », des soignants usés d’être devenus de simples gardes-malades. Et puis, en juin, à l’hôpital du Rouvray, à Sotteville-lès-Rouen, des soignants observant une grève de la faim de près de deux semaines avant d’obtenir, péniblement, la création d’une trentaine de postes d’infirmiers et d’aides-soignants.

A Amiens, rapporte le JDD c’est la fermeture d’une unité au début de l’été, la quatrième en quatre ans, qui a mis le feu aux poudres. En réaction, le « collectif Pinel en lutte » s’est formé, réunissant représentants des syndicats et acteurs concernés, des aides­-soignants aux psychiatres en passant par les familles de patients. Pour mettre fin au bras de fer, l’Agence Régionale deSsanté a promis une « aide » (sic) d’un million d’euros et la direction, dix postes supplémentaires. Insuffisant, selon les grévistes, qui réclament l’effacement de la dette de l’hôpital, une large table ronde et soixante embauches.

Et puis, ces derniers mois, une dizaine de praticiens ont déjà « rendu la blouse du service public » ; douze autres vont les suivre d’ici à février 2019. Cela porterait à 50% le taux de postes vacants. Elio Mélis, le directeur général, assure au JDD que « des recrutements sont en cours »…

 «  Le diagnostic est largement partagé : la psychiatrie publique française est en pleine dépression. Ces dernières années, de nombreux rapports en ont fait le constat unanime éditorialise pour sa part Le Monde. Sur le terrain, tout contribue à cette crise : des délais sans fin de prise en charge, des soignants usés et désabusés, des familles et des patients qui se sentent abandonnés. La ministre de la santé, Agnès Buzyn, a elle-même reconnu, il y a quelques mois, qu’ ‘’il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années ‘’ en psychiatrie, et elle a déploré un état de ‘’souffrance générale’’ des professionnels et des malades. »

Paupérisation mais budgets constants

Il faut ici citer, précisément, les propos d’Agnès Buzyn. C’était en janvier dernier et ce dans un entretien au Monde, corrigé jusqu’à la dernière seconde, Extraits :

« La psychiatrie est une discipline qui s’est paupérisée et sur laquelle il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années. Pourtant les besoins sont en constante augmentation, parce que la société est de plus en plus dure, qu’il y a plus d’addictions, moins d’accompagnement des familles…

« On peut dénoncer des conditions de travail parfois très dures, ainsi que des conditions d’hospitalisation parfois dégradées, mais il faut être attentif à ne pas généraliser les situations dramatiques que l’on peut observer dans certains endroits. Ce serait dévaloriser le travail formidable qui est fait dans beaucoup d’établissements de santé mentale. En psychiatrie, il y a le pire et le meilleur. »

« Il me semble important de donner un signal de prise en compte de cette souffrance générale, des professionnels et des malades. Ce faisant, je veux parvenir à destigmatiser ces derniers, et rendre leur dignité à ceux qui sont pris en charge dans des conditions déplorables. Le regard de la société sur ce secteur doit changer. »

C’était en janvier dernier. Puis rien. Et les symptômes du grand mal hospitalier n’ont, depuis, cessé de se multiplier

Il y a sept mois Le Monde demandait à la ministre Buzyn si le « manque de moyens financiers mis en avant par les soignants » était « une réalité ». « Dans beaucoup d’endroits, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme sur les moyens parce que leur activité est la variable d’ajustement du budget du reste de l’hôpital, répondait Agnès Buzyn. Vu la faiblesse et la souffrance du secteur psychiatrique, je souhaite que les moyens de cette discipline soient préservés. »

Loin d’imaginer une augmentation des moyens la ministre réclamait donc, au mieux, à un statu quo. « Annoncer des moyens supplémentaires n’est pas toujours l’alpha et l’oméga en matière de bonnes pratiques, rétorquait la ministre. C’est même parfois la solution de facilité. » Sept mois plus tard comment qualifier cette facilité politique ?

On lira aussi, dans le JDD l’entretien (Anne-Laure Barret) avec Daniel Zagury, psychiatre spécialiste de la barbarie du quotidien 1 – et pour autant toujours resté fidèle à l’hôpital public. Il y explique le déni des directeurs et des administrations hospitalières, l’obsession politico-administrative de la maîtrise des coûts, le triomphe absolu de l’idéologie managériale au sein des directions et des cadres infirmiers – des cadres qui jadis ne faiaient qu’un avec les médecins mais aujourd’hui tragiquement aspirés par les moquettes directoriales…

Fort de Brégançon

« Personne, pourtant, ne semble véritablement mesurer la gravité de cette situation, observe, avec justesse, Le Monde.  Cette indifférence, voire cette cécité, est aussi alarmante qu’incompréhensible, alors que, au cours de sa vie, un Français sur cinq connaîtra un trouble psychique. En 2016, 2,1 millions de patients (dont un quart âgés de moins de 18 ans) ont été pris en charge, soit par les quelque 3 900 centres médico-psychologiques répartis sur le territoire, soit par les hôpitaux psychiatriques, qui ont accueilli 417 000 malades. »

L’origine de cette crise est connue : augmentation sans fin de la demande -réduction continuelle de l’offre. Entre 2010 et 2016, près de 300 000 personnes supplémentaires ont ainsi été suivies en psychiatrie. Le Syndicat des psychiatres des hôpitaux estime qu’entre 900 et 1 000 postes de psychiatres sont aujourd’hui non pourvus.

Où l’on en vient au politique. Emmanuel Macron, président de la République doit annoncer dans quelques semaines une grande réforme du système de santé – réforme sans cesse reportée. Abandonnant sa réclusion en notre fort de Brégançon et les charmes de Bormes-les-Mimosas trouvera-t-il le courage et le temps de se rendre dans cet Amiens qu’il connaît si bien ? Il y retrouvera la symbolique de la grandeur de la France : Philippe Pinel (1745-1826). Un homme qui œuvré pour l’abolition de l’entrave des malades mentaux par des chaînes et, plus généralement, pour l’humanisation de leur traitement.

A demain

1 « La Barbarie des hommes ordinaires » de Daniel Zagury. Editions de l’Observatoire. 2018

« Pourquoi les actes les plus barbares sont-ils si souvent commis par les hommes les plus ordinaires ? Un mari assassine brutalement la femme qu’il disait aimer ; une mère tue son enfant à la naissance ; un homme respectable participe à un génocide ; un petit délinquant prépare une tuerie. Cela suscite à chaque fois l’incrédulité et la stupéfaction de l’entourage et des médias. C’était « un homme sans histoire », « une jeune femme discrète », « un marginal sans grande envergure »…

 « Comment ces personnes basculent-elles dans la barbarie ? Quels sont les mécanismes psychiques à l’œuvre pour que leur pensée se vide et que plus rien ne les retienne ? Quelles barrières émotionnelles et morales sont un temps franchies pour que surgisse l’impensable ?

Ce livre éclaire les conditions qui, d’étape en étape, conduisent à des actes aussi atroces. Il explore la clinique de la banalité du mal. Il nous semble incroyable de commettre de telles horreurs. Cela dépasse notre entendement. Pourtant, les cas ici présentés ne relèvent ni de la maladie, ni de la perversion, ni de la psychopathie. Autrement dit, ils nous ressemblent. »

 

 

Les soignants peuvent-ils « séquestrer » leurs « managers » pour mieux se faire entendre ?

Bonjour

Les médias généralistes nationaux n’en parlent pas. Ou si peu. Une larme sur France Culture. Sécheresse sur France Inter. Depuis plusieurs semaines un mouvement de grève du personnel affecte le fonctionnement de l’hôpital psychiatrique Pierre-Janet du Havre (ville dont l’actuel Premier ministre Edouard Philippe fut un temps un édile). Pourtant les images sont là : depuis dix jours un groupe de sept agents occupe le toit de l’établissement pour réclamer l’ouverture d’une nouvelle unité d’hospitalisation, la création de cinquante postes, l’arrêt de la polyvalence des agents et la titularisation des personnels aux statuts précaires. Nous sommes loin, ici, du maintien d’on ne sait quel « privilège ».

« Ce mouvement a franchi un cap le jeudi 5 juillet au soir. Entre 19 h 30 et 20 h 20, les grévistes ont retenu le directeur de l’établissement, son adjointe et la directrice des soins au dernier étage du bâtiment, rapportent quelques médias. Ils avaient été, le matin, une vingtaine à prendre la décision de séquestrer leur directeur après l’échec des négociations organisées le matin.  Tous ont quitté les lieux vers 21 heures après avoir discuté avec les représentants syndicaux et deux médecins de l’établissement. »

Les syndicalistes rejettent le terme de « séquestration » pour lui préférer celui de « blocage ». Le Syndicat des managers publics de santé (SMPS) a aussitôt dénoncé des méthodes « injustifiables et inadmissibles ». Le syndicat se désole qu’« une nouvelle fois, l’intimidation, la contrainte, l’emploi de la force ne soient pas considérés comme des lignes rouges, mais comme des moyens utilisables pour obtenir satisfaction ». Les grands mots. Le refus de comprendre la dimension symptomatique, le poids du symbolique. Faut-il redire que la « satisfaction », ici, vise les malades ?

Que disent d’autres ces syndicalistes-managers ? Ils  appellent de ses vœux le retour à l’apaisement et demande aux pouvoirs publics de rappeler « fermement à la règle les personnes à l’initiative de tels actes ». Où l’on mesure, au Havre comme ailleurs, le chemin qui reste à accomplir pour une convergence des luttes syndicales au sein de l’hôpital.

A demain

 

Extension du domaine de la lutte contre les addictions : les jeux sur écrans des adolescents

Bonjour

19 juin 2018. Les radios matinales s’en régalent : l’addiction aux écrans est officiellement une « maladie mentale ». France Inter et France Culture tendent utilement leur micro au Dr Olivier Phan, pédopsychiatre, addictologue à la Fondation santé des étudiants de France 1The New York Times use quant à lui du conditionnel.

L’actualité : l’addiction aux jeux vidéo (ou « trouble du jeu vidéo ») vient d’être reconnue comme une maladie par l’Organisation mondiale de la santé : elle figure dans la 11e version de sa Classification internationale des maladies – première mise à jour globale de cette nomenclature depuis le début des années 1990.

« Après avoir consulté des experts dans le monde entier, et après avoir avoir examiné la littérature de manière exhaustive, nous avons décidé que ce trouble devait être ajouté », a déclaré le directeur du département de la santé mentale et des toxicomanies de l’OMS, Shekhar Saxena. Il s’agit là, selon l’organisation onusienne, d’« un comportement lié à la pratique des jeux vidéo ou des jeux numériques, qui se caractérise par une perte de contrôle sur le jeu, une priorité accrue accordée au jeu, au point que celui-ci prenne le pas sur d’autres centres d’intérêt et activités quotidiennes, et par la poursuite ou la pratique croissante du jeu en dépit de répercussions dommageables ».

Comment porter le diagnostic ? Lorsque l’on observe au fil du temps des conséquences majeures sur les « activités personnelles, familiales, sociales, éducatives, professionnelles ». Quand « la personne joue tellement que d’autres centres d’intérêt et activités sont délaissés, y compris le sommeil et les repas ».

Prise en charge par l’Assurance-Maladie ?

L’OMS évalue à pas moins de 2,5 milliards le nombre de personnes qui, à travers le monde jouent aujourd’hui à des « jeux vidéo ». Mais le trouble ne toucherait qu’une « petite minorité » de tous les amateurs.

« Il n’y a pas de profil type, ou plutôt il n’y en a plus, expliquait en février dernier le Dr Phan au Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) Les problèmes liés à l’usage du jeu vidéo touchent toutes les couches de la société. En revanche, il existe des différences avec les autres types de consommateurs que l’on reçoit. Là où les parents d’un accroc au cannabis vont se plaindre du fait qu’il soit ‘’toujours dehors’’, ceux d’un consommateur problématique de jeux vidéo vont trouver qu’il ne ‘’sort jamais’’. Un usage problématique des jeux vidéo ne signifie pas juste ‘’jouer beaucoup’’. Il est problématique parce qu’il s’accompagne d’un impact sur la vie familiale, sociale et sur l’emploi du temps. Un adolescent qui joue intensément, mais qui n’hypothèque pas son avenir et reçoit ses amis chez lui pour jouer à la console ou se déplace en lan (rassemblement de joueurs sur un week-end N.D.L.R), n’est pas à classer parmi les joueurs problématiques. »

Pour ce spécialiste le classement par l’OMS des troubles de l’usage de jeu vidéo au sein de la CIM pourrait changer beaucoup de choses au niveau d’une éventuelle prise en charge de ces troubles par l’Assurance-Maladie. « Nous pourrions aussi espérer obtenir des financements spécifiques pour établir des protocoles de recherche et des parcours de prise en charge, ajoutait-il en février. Pour traiter un problème, et le problème existe bel et bien, il faut le nommer. »

C’est fait.

A demain

1 « Jeux vidéo, alcool, cannabis. Prévenir et accompagner son adolescent » : le Dr Phan a cosigné (avec les Drs Céline Bonnair et Alexandre Har, la psychologue Nathalie Bastard et le coordinateur du CSAPA Pierre Nicole de Paris, Zephyr Serehen) un ouvrage qui vise à aider les parents à accompagner, informer et prévenir leurs adolescents face aux conséquences des usages problématiques de jeux vidéo, aux conduites à risques pouvant être engendrées par les prises d’alcool, et enfin aux difficultés liées à l’abus et la dépendance de cannabis.

 

Enfer et politique : combien de temps les soignants de psychiatrie pourront-ils tenir ?

 

Bonjour

Titre : « La psychiatrie publique est devenue un enfer ». C’est une tribune qui fera date. Elle est publiée dans Le Monde (daté du 13 juin) et signée du Dr Daniel Zagury. On ne présente plus cet expert à toutes celles et ceux qui s’intéressent aux rapports médiatisés entre justice et psychiatrie. Mais c’est une autre voix que porte aujourd’hui ce chef de service dans un hôpital psychiatrique de Seine-Saint-Denis.

Aujourd’hui le Dr Zagury décrit un désastre et nous parle depuis un espace hospitalier qui se transforme en enfer. Une voix qui suit la grève de la faim des soignants de l’hôpital du Rouvray. Une voix qui s’adresse directement à Agnès Buzyn, Emmanuel Macron et cette galaxie réunie sous le nom de « pouvoirs publics ». Une voix, aussi, qui précède une révolte dont nul ne connaît encore les mille et une formes qu’elle pourra prendre. A ce titre cette tribune du Monde est, aussi, un coup de semonce. Extraits :

« Au regard de l’histoire de la psychiatrie française, comme au regard de la force de la vocation de ceux qui choisissent de venir en aide aux plus vulnérables, qui sont souvent les plus démunis, on peut gager que les soignants en psychiatrie ne quitteront pas silencieusement le navire en perdition et qu’ils feront connaître, par tous les moyens, l’état de délabrement honteux du soin en psychiatrie publique.

« L’insatisfaction professionnelle n’est pas le pire. Il faut y ajouter la honte de ce qu’ils sont contraints de faire chaque jour, la culpabilité de tourner le dos au métier qu’ils avaient choisi, la rage de constater la surdité et l’aveuglement des puissances tutélaires qui ne les protègent plus, mais se retournent contre eux, souvent avec cynisme et cruauté. Ils savent que c’est à eux que l’on imputera le moindre incident, alors même qu’ils dénoncent des conditions d’activité globalement dysfonctionnelles (…)

« A force de cracher des injonctions normatives, des guides de bonnes pratiques, des recommandations, des protocoles dont tous les soignants savent qu’ils sont inapplicables, voire parfois franchement ridicules, la bureaucratie s’est interdit à elle-même d’y comprendre quoi que ce soit. (…) Il faut avoir le courage de regarder la vérité en face, comme le contrôleur des lieux de privation de liberté vient de nous le rappeler. Aujourd’hui en France, on abuse outrageusement de l’isolement et de la contention. Toutes les unités sont saturées et le dispositif global du soin est désarticulé. Le psychotique agité encombre les urgences. On presse le psychiatre de garde de l’hospitaliser. Il n’y a pas de lit disponible. On l’attache, parfois plusieurs jours, le temps qu’une place se libère. Les cadres infirmiers s’invectivent. Les médecins se disputent. Les patients sont catapultés, parfois sans le minimum de bilan clinique et biologique exigible. Le contexte n’est pas propice à la lucidité diagnostique. Des erreurs médicales graves sont commises (…)

« N’importe quel administrateur ou psychiatre de garde vous le confirmera : c’est devenu l’enfer. »

Situations indignes et révoltantes

Tout ceci n’est pas sans faire songer aux récentes déclarations à Slate.fr 1 du Dr Pierre Zangerpsychiatre et vice-président de SOS Addictions:

« Depuis des années, les atteintes gravissimes aux libertés fondamentales des patients en psychiatrie publique (enfermement, isolement et contention en premier lieu) sont dénoncées par les divers contrôleurs. Rappelons que les internements illégaux, qui se multiplient comme des petits pains dans la quasi-totalité des établissements de psychiatrie publique –y compris les plus prestigieux– sont assimilables au regard de la loi à un crime, à un kidnapping, une séquestration… (…)

 « On assiste à la multiplication des chambres d’isolement, honteusement rebaptisées chambres de “soins intensifs”, alors que c’est de rupture de lien, de solitude dont souffrent ceux qui y sont abandonnés. Or elles sont souvent aménagées le plus en périphérie des services, le plus à l’écart. La sangle ne remplace pas le lien humain. Des caméras en contrepartie pullulent comme des champignons, bientôt des gilets voire des matraques pour “protéger” les soignants, le fléau de la mise en chambre d’isolement et celui de la contention, sans même parler de la fermeture à clé des services, y compris ceux qui sont dits “libres”. Si les politiques et décideurs se souciaient réellement des soignés comme des soignants, nous ne serions pas dans la situation indigne et révoltante que connaît la psychiatrie française.»

Et maintenant ? Pour le Dr Zagury l’urgence est de « redonner aux soignants la vraie place qui est la leur ». Et il faut aussi, corollaire « limiter la bureaucratie aveugle dont le langage mécanique a métastasé jusque dans les esprits de certains soignants ».

« Est-ce trop demander à nos contrôleurs, nos superviseurs, nos décideurs de quitter leurs bureaux pour venir voir comment nous travaillons et dialoguer avec nous, questionne-t-il. Ont-ils à ce point peur de constater le gouffre entre leurs graphiques et la réalité vivante des services ? »

« Nicolas Sarkozy avait honteusement stigmatisé les malades mentaux au gré d’une instrumentalisation systématique de drames dans lesquels quelques-uns ont été impliqués, conclut le Dr Zagury.  François Hollande a eu au moins le mérite de ne pas instrumentaliser les faits divers. On attend d’Emmanuel Macron qu’il réconcilie avec le pays les malades mentaux et les soignants en psychiatrie. »

Une tribune qui fera date.

A demain

1 « La psychiatrie française est-elle inhumaine ? » Slate.fr, 6 mars 2018

Abcès de l’hôpital psychiatrique du Rouvray : la directrice de l’ARS exclut de démissionner  

Bonjour

C’était avant l’aube, sur France Inter. Remarquable interview de Christine Gardel, directrice régionale de l’ARS Normandie et ancienne du cabinet de Marisol Touraine. Un entretien réalisé Pierre Weill. L’embarras d’une directrice d’ARS confrontée à un « conflit social » et interrogée par un journaliste qui connaît son dossier. Désavouée Mme Gardel ? « Pas du tout » dit-elle. Et d’exclure l’hypothèse de sa démission.

« J’ai reçu les grévistes, pour comprendre leurs revendications. Puis le conflit s’est durci autour d’une demande de création de 52 emplois. Là j’ai tout mis en œuvre pour reprendre le dialogue (…) Nous travaillons sur la sortie de grève et un protocole (…) Sur quelles activités y a-t-il des besoins de personnels supplémentaires? C’est la question qu’on s’est posé, notamment sur la prise en charge des détenus, des ados, et des dépendants aux drogues et à l’alcool. »

Les grévistes demandent cinquante-deux postes supplémentaires. Seront-ils créés ? « Sur ces trois thématiques il y aura des créations. On est en négociation sur le nombre. On se revoit ce soir. La bonne prise en charge s’est l’hospitalisation quand elle est réclamée. Sur les ados, c’est la dernière limite, et c’est la prise en charge à domicile qui compte… pour l’éviter. Donc on va mettre en place des équipes mobiles pour cela ».

On sait qu’Agnès Buzyn a, enfin, dépêché trois émissaires « pour mener une enquête-flash, un audit, et voir quels moyens sont nécessaires pour accompagner cet établissement ». « Vous avez raison de pointer du doigt la situation critique de la psychiatrie française », a-t-elle lancé, à l’Assemblée nationale, au député communiste Hubert Wulfranc, qui l’interpellait sur le manque de moyens dans le secteur. C’est dire.

Faire sortir  “les moins pires”. 

« Nous sommes à 115 % de notre capacité d’accueil, il nous faut, au minimum, 52 nouveaux infirmiers, rappelle Agathe Chopart, infirmière et représentante CGT du personnel, décrivant des patients placés dans « n’importe quelle unité, faute de place », certains étant installés d’urgence dans des lits de fortune « sans oreiller », dans un bureau tout juste débarrassé de ses meubles. « On en est au point où la direction et la commission médicale d’établissement ont décidé de faire partir le plus vite possible les patients “les moins pires”. »

Selon Mme Chopart nombre de soignants sont sous antidépresseurs. Ils culpabiliseraient notamment quant au sort réservé aux mineurs. « Les adolescents sont vulnérables. Leur pathologie est balbutiante, mais on ne les soigne pas, on se contente de les prendre en charge », dit-elle, citée par Le Monde (Aurore Esclauze). « Nous avons besoin des infirmiers partout. Ce sont eux qui connaissent le terrain et qui peuvent aiguiller les psychiatres» explique pour sa part le Dr Gilles Barthe, psychiatre dans l’établissement et membre de l’Union syndicale de la psychiatrie.

Une nouvelle fois sollicitée la direction n’a pas, une nouvelle fois, souhaité s’exprimer. Une marche de soutien est prévue mercredi 6 juin à Sotteville-lès-Rouen. Et les dockers du port de Rouen annoncent un « jeudi noir », lendemain, pour soutenir le personnel hospitalier.

A demain

Crise aiguë à l’hôpital psychiatrique du Rouvray : voici enfin venu le temps des émissaires

Bonjour

Agnès Buzyn aura donc, enfin, pris la parole : trois émissaires ont été dépêchés à l’hôpital psychiatrique du Rouvray, près de Rouen pour résoudre un conflit édifiant – un conflit qui a conduit des membres du personnel à faire une grève de la famin, puis à être hospitalisé en urgence pour raison de santé. Le 5 juin, devant l’Assemblée nationale, la ministre des Solidarités et de la Santé :

« Nous avons missionné aujourd’hui trois personnes, un directeur des soins, un directeur d’établissement psychiatrique et un président de CME [commission médicale d’établissement] de psychiatrie, qui sont aujourd’hui au sein du Rouvray pour mener une enquête-flash, un audit, et voir quels moyens sont nécessaires pour accompagner cet établissement. Ils devraient nous rendre leurs réflexions dans les prochains jours. Donc nous sommes au plus près de cet établissement pour l’accompagner »,

La ministre a d’autre part déclaré être « extrêmement attentive à la situation des professionnels qui aujourd’hui ont entamé une grève de la faim ». Quatre des sept grévistes de la faim de cet hôpital du Rouvray, à Sotteville-lès-Rouen, ont été hospitalisés depuis lundi « avec un caractère d’urgence ». Après ces hospitalisations, il reste quatre grévistes de faim, selon le syndicat. Ils en étaient mardi au quinzième jour de leur grève de la faim pour obtenir la création de cinquante-deux postes d’aides-soignants.

Pourquoi aura-t-il fallu attendre si longtemps pour que Paris se manifeste ?

A demain

 

Hôpital psychiatrique du Rouvray : l’abcès continue à se collecter, la direction se tait

 

Bonjour

Il faut ici remercier l’AFP de tenir la chronique de ce conflit symptomatique. A l’hôpital psychiatrique du Rouvray, banlieue de Rouen, la grève de la faim observée par les soignants atteint son quatorzième jour. Et deux des sept grévistes ont, lundi été hospitalisés. Il restait donc, lundi à la mi-journée, cinq grévistes de la faim, selon l’intersyndicale.

« Jean-Yves Herment, âgé de 40 ans, a perdu entre 13 % et 14 % de sa masse corporelle, soit bien au-delà de la limite critique de 10 %. Il était déshydraté et très faible. Le SAMU l’a évacué lundi matin, sur une civière, vers un service spécialisé du CHU de Rouen », a expliqué Sébastien Ascoet, délégué syndical CGT. Il ajoute qu’un deuxième gréviste de la faim, âgé d’une trentaine d’années, a été également évacué en fin de matinée. Une femme de 40 ans qui se « trouve dans une situation très préoccupante » devait l’être rapidement. Selon ce syndicaliste, ces trois personnes, en grève de la faim depuis deux semaines, « présentent des risques de séquelles irréversibles ».

Jean-Luc Herment quelques jours avant son hospitalisation (France Info) :

« L’hôpital déborde de partout. On installe des patients sur des lits de camps et des enfants de 13-14 ans dans des chambres avec des adultes. Dans mon service, on est sensés être quatre en poste l’après-midi ou le matin mais on n’est jamais quatre, on est plutôt trois voire deux. Tout ça, ça engendre de la maltraitance, on devient maltraitant avec les patients. Je suis obligé d’enfermer des gens parce que je peux pas m’occuper d’eux, je trouve ça scandaleux. »,

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Ce mouvement vise à obtenir la création, dans l’établissement, de 52 postes d’aides-soignants et d’infirmiers. Les grévistes de cet hôpital du Rouvray dénoncent « une surpopulation chronique » et « une dégradation des conditions de travail et d’accueil ». Ces soignants sont mobilisés à travers différentes actions depuis le 22 mars. Cinquante-deux d’entre eux ont occupé les locaux de la direction du 31 mai au 3 juin.

« Sollicitée le 4 juin, la direction de l’hôpital n’a pas donné suite, précise l’AFP. Le 31 mai elle n’avait souhaité faire ‘’aucun commentaire sur les événements en cours’’. Le 24 mai, elle avait estimé qu’il n’y avait plus de suroccupation dans l’établissement à la suite d’un ensemble d’actions mises en place le 15 avril’’. »

Cette  direction avait notamment annoncé l’embauche de cinq contractuels, un chiffre jugé « ridicule » par les syndicats. « La comparaison des ressources d’assurance-maladie par habitant montre un positionnement du CHU du Rouvray au-delà de la moyenne nationale et de la moyenne régionale », avait alors rétorqué la direction.

Le 4 mai, cinq soignants observaient toujours une grève de la faim à l’hôpital psychiatrique du Rouvray. Afin de ne pas maltraiter, de mieux pouvoir exercer leur métier. Dans ses bureaux la direction se tait.

A demain