Quarante-huit coups de couteau : le meurtre du médecin généraliste pouvait-il être prévenu ?

 

Bonjour

« Coup de folie » a déclaré son avocat, avant même les conclusions à venir des experts en psychiatrie. Et personne n’a, en ces temps troublés, évoqué la piste du « terrorisme ». « S’il est une certitude concernant le meurtrier du Dr Patrick Rousseaux, tué le 1er février à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) de plusieurs dizaines de coups de couteau c’est que les expertises psychiatriques le concernant seront cruciales, résume Le Parisien qui publie une photo parlante du médecin. Hier soir, Mourad B., 41 ans, a été mis en examen pour ‘’homicide volontaire aggravé’’. » Il a été placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne).

Pour Le Parisien « la santé psychiatrique de Mourad pose question » au regard des  coups de couteau qu’il a donnés au praticien qui avait été (« un moment donné ») son médecin traitant. Le procureur de la République de Chartres, Rémi Coutin, a d’ores et déjà précisé que l’homme avait tenu des propos incohérents et décousus en garde à vue. « Tout l’enjeu de cette affaire, c’est la question de sa responsabilité pénale », avance l’avocat de Mourad B., Me Xavier Torré.

L’autopsie réalisée à Angers a révélé que, contrairement à ce qui avait été indiqué précédemment, le corps de la victime ne présentait pas trente mais quarante-huit coups de couteau, a précisé le procureur. « Il semble que le décès soit lié à l’ensemble de ces blessures, et non à certains coups mortels », a expliqué le médecin légiste à  L’Écho Républicain. En pratique il s’agira, une nouvelle fois, pour la justice d’évaluer le « discernement » du meurtrier au moment des faits. Etait-il totalement « aboli » ou simplement « altéré ». Pour Me Torré, les jeux sont faits : son nouveau client a été « pris d’un coup de folie ».

« Il n’allait pas bien »

On sait aujourd’hui qu’après avoir tué son médecin en fin de matinée, le meurtrier a rallié en voiture les Yvelines, où il a de la famille. Puis il a ainsi été interpellé aux Mureaux dans la soirée alors qu’il marchait, les bras ensanglantés. « Un proche, qui le croisait lors d’événements familiaux, n’a jamais noté de problème particulier, note encore Le Parisien (Nicolas Jacquard).  Domicilié dans le centre historique de Nogent-le-Rotrou, l’homme se rendait régulièrement chez sa sœur et son beau-frère – lesquels habitent à deux pas du cabinet médical. C’est là que ce couple a été entendu jeudi 2 février par les gendarmes, et qu’un vélo a notamment été saisi. »

Pas de « problème particulier », donc. Mais un neveu du meurtrier a expliqué que Mourad avait été hospitalisé récemment en psychiatrie. « Il n’allait pas bien, et s’en était rendu compte, complète Me Torré. Il était lui-même en demande de prise en charge. » « Aura-t-on un jour une réponse à ses motivations ? Je l’espère mais n’en suis pas certain. En attendant il y a une émotion légitime dans la commune, je souhaite qu’elle ne se transforme pas en colère. »

Colère ? La municipalité de Nogent-le-Rotrou a ouvert, dès le lendemain du meurtre, une cellule d’aide psychologique proposée à tous les habitants. Puis, le lendemain, un rassemblement et une marche silencieuse ont été organisées à laquelle ont participé plus de cinq cents personnes. Un autre rassemblement est prévu mardi 7 février devant la préfecture d’Eure-et-Loir à Chartres, à l’appel de la CSMF.

Boîtiers de téléalarme

On sait que ce syndicat médical exhorte le gouvernement à prendre « des mesures exceptionnelles et immédiates » pour renforcer la sécurité des médecins. Il réclame la mise en place d’un numéro d’appel d’urgence, réservé aux praticiens (avec reconnaissance du numéro de l’appelant). Il demande aussi l’installation de caméras de surveillance aux abords et dans les salles d’attente – et d’un boîtier de téléalarme dans les cabinets médicaux, financé par les pouvoirs publics.

Le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, suggère encore un accompagnement ponctuel des visites par un policier, en cas d’appel suspect ou de patients reconnus difficiles, ainsi que la mobilisation d’un chauffeur, pris en charge par les collectivités territoriales, pour accompagner le médecin pendant les gardes de nuit.

On ne peut pas, dans l’émotion, ne pas entendre ces réclamations syndicales. Et pourtant. Posons comme hypothèse que ce dispositif ait existé le 1er février dernier. Aurait-il prévenu les conséquences du « coup de folie » de Mourad B. ?

A demain

Meurtre du généraliste de Nogent-le-Rotrou : un suspect, déséquilibré, a été arrêté aux Mureaux

 

Bonjour

Un quadragénaire soupçonné d’avoir tué mercredi 1er février à l’arme blanche le Dr Patrick Rousseaux dans son cabinet de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) a été interpellé aux Mureaux (Yvelines). L’homme est en garde à vue dans des locaux de la gendarmerie d’Eure-et-Loir, après son arrestation, mercredi 1er février, aux Mureaux (Yvelines). Ce suspect aurait attiré l’attention des policiers aux Mureaux du fait de son étrange comportement.

« En marge de cette audition, les gendarmes vont effectuer une série de vérifications sur son éventuel téléphone portable, sur son entourage et sur son passé, précise L’Echo Républicain. Le suspect a été trouvé sur la voie publique par des policiers qui avaient remarqué une blessure à un bras. L’homme leur a expliqué qu’il s’était lui-même entaillé « pour enlever une puce électronique qu’on lui avait posée ». Hospitalisé pour faire soigner ses blessures, il a agressé le personnel soignant.

Recueillement silencieux

L’émotion est grande dans le Perche. « Les praticiens de Nogent-le-Rotrou garderont leur cabinet fermé ce vendredi 3 février, a assuré un généraliste au Quotidien du Médecin. Ce même jour, ils se retrouveront tous ensemble pour décider de la conduite à tenir. Parallèlement, un recueillement silencieux, lancé par un des patients du Dr Rousseaux, aura lieu ce vendredi à 18 heures devant le cabinet du praticien décédé. »

Responsable départemental de la CSMF, le Dr Gérald Galliot parle pour sa part d’un « sentiment de révolte ». Les violences, qu’elles soient physiques ou verbales, augmentent dans les cabinets, assure-t-il. « Pas une année sans qu’un confrère ne soit brutalisé à son cabinet, ajoute-t-il, même si le sommet de l’horreur a été atteint hier ».

Outre une action de la CSMF prévue à Chartres le 7 février le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins rappelle qu’il a rencontré le 15 décembre dernier le ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux. Ce dernier « avait à cette occasion souscrit plusieurs engagements relatifs à la protection des professionnels de santé, applicables dans les plus brefs délais ». L’Ordre l’exhorte, ainsi que Marisol Touraine, à mettre en œuvre ces mesures au plus vite. Ces engagements politiques seront-ils suffisants ?

A demain

 

Schizophrénie et maladies psychiatriques : ne pas diaboliser la molécule de nicotine

 

Bonjour

La lutte, vitale, contre le tabagisme ne doit pas conduire à diaboliser la nicotine. Outre dans les produits industriels induisant une redoutable dépendance cet alcaloïde présent dans les plantes de la famille des solanacées (dont le tabac) a des propriétés insecticides et fongicides. Une famille d’insecticides de synthèse (dénoncés par les écologistes), les néonicotinoïdes, est dérivée de la nicotine naturelle. Et sans doute les propriétés de la nicotine sont-elles encore à découvrir, voire ses usages amenés à s’élargir.

On sait que les personnes schizophrènes consomment du tabac plus fréquemment encore que la moyenne de la population – consommation associée à une forte dépendance à la nicotine 1. Pourquoi ? La question est rarement posée, sauf par quelques équipes 2. Elle ne l’est jamais par les responsables politiques en charge de la lutte contre le tabagisme qui, au mieux, regardent ce phénomène comme une fatalité psychiatrique. Selon des chercheurs de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’INSERM et de l’École normale supérieure (ENS), ce tabagisme intensif pourrait être favorisé par un « effet positif » de la nicotine sur le fonctionnement du cortex préfrontal.

Cortex préfrontal

Associés à des collègues étrangers ces chercheurs viennent de publier dans Nature Medicine une étude originale voire prometteuse permettant de visualiser, dans des modèles animaux, l’effet direct de la nicotine à l’échelon cérébral : « Nicotine reverses hypofrontality in animal models of addiction and schizophrenia »

Dirigés par Fani Koukouli et Uwe Maskos (Institut Pasteur de Paris, Neurobiologie Intégrative des Systèmes Cholinergiques)  ces chercheurs expliquent que le cortex préfrontal est une région dont les mécanismes physiologiques sont altérés chez certains malades psychiatriques, dont les schizophrènes. A l’état normal  l’activité du cortex préfrontal est modulée par des neurotransmetteurs (dont l’acétylcholine) via les récepteurs à acétylcholine (ou « nicotiniques »). Ces récepteurs sont impliqués dans de multiples processus dont le contrôle des mouvements volontaires, la mémoire, l’attention, la douleur ou l’anxiété.

Les auteurs ont créé un modèle murin spécial de schizophrénie via une mutation génétique humaine récemment identifiée comme potentiellement associée aux troubles cognitifs des schizophrènes et à la dépendance au tabac. Il s’agit d’une mutation sur le gène CHRNA5. La baisse d’activité cérébrale de ce modèle peut être comparée à celle de patients schizophrènes voire souffrant d’une addiction. Puis, via une technologie d’imagerie in vivo, les chercheurs ont observé (dans des zones spécifiques d’interneurones) une activité diminuée des cellules du cortex préfrontal chez les souris génétiquement modifiées.

Cigarette électronique

Est-ce une nouvelle cible thérapeutique ? On peut l’espérer. « L’administration répétée de nicotine rétablit l’activité normale du cortex préfrontal », explique Uwe Maskos. La fixation de la nicotine sur les interneurones « influence l’activité des cellules pyramidales du cortex préfrontal qui retrouvent un état d’excitation normal », précise la chercheuse Fani Koukouli. La molécule thérapeutique devra présenter une configuration voisine de la nicotine mais débarrassée de ses effets nocifs.

Dans l’attente, qui s’intéresse à la cigarette électronique chez les malades psychiatriques souffrant en outre d’une addiction tabagique ?

A demain

1 Sur ce thème, venu de Suisse : « Comment arrêter de fumer quand on souffre de troubles psychiatriques ? »

2  Sur ce thème, par exemple, dans la maladie de Parkinson : « Chronic high dose transdermal nicotine in Parkinson’s disease: an open trial ».

 

« Le charme discret de la guérison d’Alzheimer » Bientôt dans toutes les librairies

 

Bonjour

Un clone, ou presque. Après le raz-de-marée éditorial du «  Charme discret de l’intestin » voici « Guérir Alzheimer Comprendre et agir à temps ».

Couverture d’un même vert néo céladon, mêmes dessins en blanc et noir (Jill Enders), même titillement de la curiosité qui pousse à l’achat. Et même corps humain à mille et une facettes. Avec, au cœur, le cerveau. Hier il était en connexion directe avec les immensités obscures de notre tube digestif. Aujourd’hui il est en questionnement central sur lui-même.

A compter du 1er février les éditions Actes Sud (bientôt quarante ans) publient un texte provocateur du Dr Michael Nehls – traduit de l’allemand par Isabelle Liber (420 pages, 22,50 euros). L’auteur ? L’éditeur le présente ainsi :

« Après un doctorat de médecine et une thèse de génétique moléculaire, Michael Nehls a développé au sein de grandes entreprises pharmaceutiques, des médicaments soignant les maladies dites “ de civilisation ” comme le diabète ou les troubles cardiovasculaires. Il a collaboré à de nombreuses publications et dirigé des recherches dans plusieurs universités en Allemagne et aux Etats-Unis. Il est l’auteur de quatre ouvrages dont deux sur la maladie d’Alzheimer [Die Alzheimer-Lüge: Die Wahrheit über eine vermeidbare Krankheit. Heyne, 2014 / Alzheimer ist heilbar. Rechtzeitig zurück in ein gesundes Leben. Heyne, 2015]. »

Agir avant la maladie

Sa profession de foi : « En remédiant à temps aux carences existantes, on peut stopper la progression de l’Alzheimer. Et en intervenant encore plus en amont, il est même possible d’inverser le processus… et de guérir. » On explique qu’en 2013, aux Etats-Unis, lors d’études cliniques d’un genre nouveau, les premières « guérisons » de la maladie d’Alzheimer ont pu être constatées ; que « grâce à une thérapie ‘’systémique’’, les patients ont retrouvé toutes leurs facultés cognitives et une vie normale » ; que « ces résultats spectaculaires sont réalisables lorsque le traitement est entamé dès les premiers stades de la maladie ».

Et que tout cela « confirme les travaux de recherche du Dr Michael Nehls » – des travaux qui mettent en évidence que la maladie d’Alzheimer serait une maladie « de civilisation » qui demande « une approche globale de ses causes et de son développement » et que « l’origine de la maladie n’est pas l’âge avancé des patients, mais un ensemble de carences dont souffre le cerveau ». Corollaire : si on « comble ces carences à temps », le bon fonctionnement cérébral « peut se rétablir ».

Sans commentaires

Le lecteur découvrira au fil des chapitres comment, fort de ces postulats, l’auteur détaille les « prescriptions non médicamenteuses combinées de la thérapie systémique » – mode de vie, alimentation, sommeil, sport, bon équilibre hormonal, stimulation cognitive etc. Il découvrira aussi comment, à chaque étape du traitement, une fiche conseil baptisée « ordonnance ». Extraits en ligne.

Actes Sud, une nouvelle fois, vise très très large :

« Ce livre, aussi rigoureux que stimulant, est un guide précieux pour les malades, pour leurs proches mais aussi pour les médecins. Prenant en compte toutes les dimensions d’Alzheimer, y compris anthropologiques, il invite à un véritable changement de paradigme (…).

« Ces résultats spectaculaires apportent la preuve que certaines prescriptions non-médicamenteuses combinées (mode de vie, alimentation, détox, sommeil, sport…) non seulement empêchent la progression de la maladie mais suppriment les symptômes déjà apparus. Un jour, de plus en plus de patients pourront dire : J’avais Alzheimer. »

Pour l’heure, sans commentaires.

A demain

 

Crash-Germanwings : les médecins allemands d’Andréas Lubitz blanchis par la justice allemande

Bonjour

La justice allemande a, lundi 9 janvier, annoncé qu’elle classait sans poursuites son enquête dans le crash de l’avion de Germanwings dans les Alpes françaises en mars 2015. « Les investigations n’ont pas apporté d’indices suffisants ni tangibles sur des responsabilités extérieures de personnes encore vivantes » dans l’entourage familial ou médical du pilote et au sein de son entreprise, a indiqué à l’Agence France Presse Christoph Kumpa, porte-parole du parquet de Düsseldorf, qui dirigeait l’enquête en Allemagne.

Cette même enquête a déterminé que le crash de l’avion a bel et bien été délibérément provoqué par le copilote Andreas Lubitz, 27 ans dépressif et suicidaire de longue date. C’est lui qui a profité de l’absence momentanée du commandant de bord pour s’enfermer dans le cockpit et précipiter l’avion sur la montagne. Le crash de l’appareil, qui reliait Barcelone à Düsseldorf, a fait 150 morts (dont 144 passagers).

Fin sanglante

Les enquêteurs allemands ont tenté de déterminer s’il y avait eu des « négligences » de la part des nombreux médecins qui ont examiné le pilote dépressif et suicidaire. Entendre par « négligences » des médecins qui n’auraient pas fait part de ses troubles dépressifs de leur patient à son employeur Germanwings, filiale low cost de Lufthansa.

Le copilote, Andreas Lubitz, 27 ans  avait été embauché par Germanwings en septembre 2013. Il passait régulièrement une visite médicale pour renouveler son certificat médical de classe 1. On connaît la suite, les épisodes dépressifs, le syndrome « d’épuisement professionnel », le refus de renouvellement de son certificat médical, puis l’acceptation avec une mention signalant la nécessité d’« examens médicaux spécifiques réguliers ». Jusqu’à la fin, sanglante.

Que croyait-vous qu’il arriva ? « L’enquête a montré que les médecins savaient que Lubitz était dans un état de souffrances psychiques, état qui n’a toutefois pas été diagnostiqué comme « cliniquement dépressif » » explique aujourd’hui M. Kumpa. Mieux encore : selon M. Kumpa « le copilote n’a parlé de ses pulsions suicidaires ni à ses médecins, ni à ses proches, ce qui implique qu’aucun d’entre eux n’était en mesure d’en parler à Germanwings, qui ne savait donc rien de son état réel ». Et voilà pourquoi votre fille est muette : la justice allemande referme le dossier. La médecine du travail ne sera pas inquiétée, pas plus que la compagnie.

Quarante-et-un médecins, dont plusieurs psychiatres

On verra bientôt si la lecture si la même lecture prévaut de ce côté-ci du Rhin : une enquête pour homicides involontaires est toujours instruite à Marseille afin de déterminer le niveau de connaissance de la compagnie concernant l’état mental du copilote, une procédure – ce qui pourrait (le cas échéant) déboucher sur un procès.

Les proches des victimes ont également introduit une procédure aux Etats-Unis contre l’école de pilotage par laquelle est passée Andreas Lubitz, habilité à voler alors qu’il avait été examiné par de nombreux médecins les années avant la catastrophe. Persuadé qu’il était en train de perdre la vue, ce que les analyses n’ont en rien confirmé, il avait consulté quarante-et-un médecins dans les cinq années précédentes, dont plusieurs psychiatres. Quarante-et-un médecins qui ne se sont pas parlés, n’ont pas parlé.

Suite à la catastrophe, l’Agence européenne de sécurité aérienne (AESA) avait préconisé un meilleur suivi médical des pilotes, notamment par le biais d’examens psychologiques et toxicologiques renforcés. Qui, aujourd’hui, sait ce qu’il en est ? Une certitude, toutefois : une certaine proportion de pilotes confient, sous le sceau de l’anonymat, avoir des idées suicidaires.

A demain

Pathologies médiatiques : les personnes épileptiques peuvent-elles twitter sans danger ?

Bonjour

L’affaire fera florès. Elle est rapportée sur le blog BigBrowser (Luc Vinogradoff ) hébergé par Le Monde. C’est l’histoire d’une mésaventure. Celle de Kurt Eichenwald, journaliste politique américain bien connu outre-Atlantique où il a couvert la campagne présidentielle américaine pour Newsweek et Vanity Fair. Il a publié de très nombreux articles, dont quelques scoops, nous dit BigBrowser – notamment sur les violations de l’embargo cubain par Donald Trump. Et ce  sans jamais cacher sa haine du candidat républicain et sa très nette préférence pour Hillary Clinton.

Incarnation

Cette activité intense et cette haine ont fait de lui une cible privilégiée des pro-Trump. Il s’agit là, pour eux, de la parfaite incarnation de la collusion contre nature entre la presse grand public et les démocrates. Une presse qui avait appelé à ne pas voter pour Trump. Avec le succès que l’on sait. BigBrowser :

« Eichenwald a été très, peut-être trop, actif sur Twitter, qu’il utilisait pour promouvoir ses articles, donner son opinion, critiquer Donald Trump et insulter ceux qui le critiquaient, qu’ils soient journalistes, responsables politiques ou anonymes sans followers. Cela a fait de lui une cible, doublement, pour l’armée de trolls qui s’est rangée derrière Trump.

« Le journaliste, âgé de 55 ans, n’a jamais caché le fait qu’il souffrait d’épilepsie depuis l’adolescence. Ces crises peuvent notamment être provoquées par des stimulations de lumières intermittentes, comme des images clignotantes ou des stroboscopes. Lorsque les rumeurs sur la maladie grave dont souffrait Hillary Clinton étaient à leur paroxysme – certains médias conservateurs ont émis l’hypothèse qu’elle était épileptique – il a mis en avant son cas pour expliquer qu’elle n’en avait pas les symptômes. »

Problème mental et secret médical

Le 15 décembre, Kurt Eichenwald participe à un débat politique sur Fox News. Cela se termine mal. On y parlait d’une hospitalisation de Donald Trump dans les années 1990 pour (dixit) des « problèmes mentaux » une affirmation sans preuves ni respect du secret médical. L’émission a été qualifiée d’« accident de train télévisuel » ou de « nouveau bas dans la lente descente de l’Amérique vers l’incivilité ». BigBrowser :

« Dans la foulée, le journaliste postera une cinquantaine de tweets « colériques et généralement incohérents […] avant d’en effacer la plupart ». Dans le dialogue de sourds qu’il menait sur Twitter, il a été interpellé par un compte au nom clairement antisémite, @jew_goldstein, qui lui a envoyé une image stroboscopique avec la phrase « Tu mérites une crise d’épilepsie à cause de tes posts ».

La réponse (venant du compte de Kurt Eichenwald) émanera de sa femme. Elle affirme que le correspondant a déclenché une crise d’épilepsie (partielle) chez son mari – et précise qu’elle a appelé la police pour porter plainte.

Hypnose et régressions

Ce n’est pas la première fois que des trolls tentent de provoquer des crises d’épilepsie en postant des images stroboscopiques sur Internet. En octobre, un compte Twitter soutenant ouvertement Donald Trump avait envoyé au journaliste américain une vidéo contenant des stroboscopes. « Sans réfléchir », il avait joué la vidéo et avait eu le temps de jeter son iPad lorsqu’il avait compris ce que c’était. Un adulte devrait  toujours réfléchir avant de jouer.

Kurt Eichenwald a déposé une plainte pour agression. Son avocat postule que le fait d’envoyer une image dont on sait qu’elle peut provoquer une crise à une personne que l’on sait épileptique doit être considéré comme un crime. Serait-ce si simple ? « Nous sommes arrivés à un point dans l’histoire de ce pays, a écrit le journaliste dans un article de Newsweek, où les gens pensent qu’il est justifié de tenter de blesser gravement quelqu’un simplement à cause de politique ou parce qu’ils pensent que c’est marrant. »

Qui écrira, bien vite, la somme des pathologies induites par cette écriture hypnotique consubstantiellement réductrice ?

A demain

 

Failles de la médecine du travail : vérités cachées sur les idées suicidaires des pilotes de l’air

 

Bonjour

Jadis le commandant de bord était un homme heureux, respecté des passagers, admiré des hôtesses, solide comme un roc dans les tempêtes. A la fin il posait son avion et la carlingue l’applaudissait. Puis il partait vers de nouvelles aventures.

Germanwings : 24 mars 2015 à 9 h 41, Alpes du Sud françaises, sur le territoire de la commune de Prads-Haute-Bléone. « Acte volontaire du copilote » : les 144 passagers et les six membres d’équipage de l’Airbus A320-211 sont tués sur le coup.

Le commandant de bord Patrick Sondheimer,  34 ans était un pilote expérimenté de la Lufthansa, dix ans d’ancienneté, plus de 6 700 heures de vol. Le copilote, Andreas Lubitz, 27 ans  avait été embauché par Germanwings en septembre 2013. Il passait régulièrement une visite médicale pour renouveler son certificat médical de classe 1. On connaît la suite, les épisodes dépressifs, le syndrome « d’épuisement professionnel », le refus de renouvellement de son certificat médical, puis l’acceptation avec une mention signalant la nécessité d’« examens médicaux spécifiques réguliers ». Jusqu’à la fin, sanglante.

Pensées dépressives

Aujourd’hui, cette publication:Airplane pilot mental health and suicidal thoughts: a cross-sectional descriptive study via anonymous web-based survey” (Environmental Health). Les pilotes de ligne ont répondu à un questionnaire, sous couvert d’anonymat, entre avril et décembre 2015. Ce travail a été mené par six chercheurs du « Department of Environmental Health, Harvard T.H. Chan School of Public Health ».

« Les pensées dépressives chez les pilotes de ligne sont beaucoup plus répandues que ce que nous pensions. » Environ un pilote interrogé sur huit remplit les critères d’une dépression probable. Soixante-quinze d’entre eux font clairement état de pensées suicidaires. »

« Des centaines de pilotes en activité aujourd’hui présentent des symptômes peut-être sans avoir la possibilité d’être traités en raison de la crainte de retombées négatives sur leur carrière.»

C’est la première fois qu’est brossé un tableau de la santé mentale de la profession de pilote de ligne, avec un focus sur les symptômes dépressifs et les idées suicidaires.

Le questionnaire portait sur la santé et la satisfaction au travail et comportait des items standardisés de deux tests anglo-saxons validés, le « Job Content Questionnaire » pour la satisfaction au travail et le National Health and Nutrition Examination Survey. Les symptômes dépressifs étaient spécifiquement évalués. Au total, 3 485 pilotes de ligne de cinquante pays ont été invités à participer. Les réponses sont parvenues de pilotes  des États-Unis, devant le Canada, l’Australie, l’Europe, l’Amérique du Sud et l’Afrique du Sud.

Harcèlement sexuel

Le détail des réponses ne manque pas d’inquiéter. La proportion des dépressions était plus élevée en cas de prise de somnifères, et parmi les victimes de harcèlement sexuel ou verbal. Selon les chercheurs, ces résultats sont d’autant plus précieux qu’une sorte de culture du silence prévaut dans la profession. Les pilotes sont aussi des salariés et redoutent craignant les répercussions sur leur carrière que pourraient avoir la révélation de leurs souffrances psychiques. Où l’on retrouve les impasses et les failles béantes de la « médecine du travail ».

Après l’affaire Andreas Lubitz l’Agence européenne de sécurité aérienne avait, en août dernier, annoncé son souhait de voir renforcés les contrôles médicaux des pilotes au travers de « l’introduction de dépistages de drogues et d’alcool, d’une évaluation exhaustive de la santé mentale » et d’un meilleur suivi en cas d’antécédents de problèmes psychiatriques. Elle avait également demandé d’améliorer la formation et la supervision des médecins qui suivent les pilotes et de prévenir les tentatives de fraudes en obligeant les centres d’examens médicaux pour pilotes à signaler les examens incomplets. Qu’en est-il, en pratique ?

Parallèle hospitalier

On discutera sans soute la valeur statistique des chiffres publiés dans Environmental Health. On rappellera que l’avion est une méthode de transport qui amplement fait la preuve de sa sécurité. Reste qu’il y a bel et bien un nombre significatif de pilotes en activité souffrant de symptômes dépressifs. Que faire ? Les auteurs appellent les directions des compagnies aériennes à faciliter l’accès à une prise en charge préventive des troubles psychiques…

Il faudrait aussi, en toute logique, tenir compte des longues heures de travail, de l’éloignement du foyer, des horaires irréguliers, de tous les facteurs de fatigue et d’instabilité. Sans oublier les situations de harcèlements – ce qui n’est pas sans rappeler le monde hospitaliers.

Les commandants de bord, comme les médecins hospitalo-universitaires ne sont plus exactement ce qu’ils furent.

A demain