Trois éducatrices enferment et filment un jeune autiste dans un sac poubelle : relaxées !

Bonjour

12/06/2020. Le répéter : on ne lit jamais assez la presse quotidienne régionale. Ainsi, aujourd’hui, La Nouvelle République du Centre Ouest : « Tribunal de Blois : le jeune autiste avait été filmé dans un sac-poubelle » (Lionel Oger). Une information relayée sur le site handicap.fr (E. Dal’Secco).

Résumons l’impensable. Lundi 8 juin quatre salariées de l’IME de Naveil (Loir-et-Cher) comparaissaient devant les juges du tribunal correctionnel de Blois sous l’accusation de violences commises sur un garçon autiste de 12 ans.

« Une épreuve tout d’abord pour les parents d’un jeune garçon autiste qui a été l’espace d’un bref instant le ‘’jouet’’ de professionnelles pourtant expérimentées et dévouées, rapporte le quotidien régional.  Une épreuve aussi pour ces quatre femmes d’une trentaine d’années qui se sont retrouvées à la barre du tribunal accusées de ‘’violence sur personne vulnérable et diffusion d’images relatant une atteinte à l’intégrité’’ après une garde à vue de 48 heures. Et une épreuve, enfin, pour l’IME de Naveil en qui les parents avaient placé leur confiance et qui a suspendu trois de ses salariées en attendant la réponse judiciaire. »

« Ça ne lui fait rien, j’ai du mal à lui faire serrer les cuisses. » 

Que s’est-il passé à Naveil ? Le directeur de l’institut avait informé les parents après la découverte d’une vidéo (diffusée lors du procès). On y voit leur fils âgé de 12 ans assis dans un sac-poubelle remonté jusqu’aux aisselles. Derrière lui, une éducatrice tient un tuyau d’aspirateur et aspire l’air contenu dans le sac (sic). On entend rire les éducatrices. L’une d’elles commente : « Ça ne lui fait rien, j’ai du mal à lui faire serrer les cuisses. » L’enfant regarde autour de lui, semble mal à l’aise, agite un bras, puis gémit.

Jusque dans le Loir-et-Cher cette pratique a un nom : vacuum challenge – défi en vogue sur Internet entre personnes consentantes,, dénoncé pour ses risques potentiels.Lors de cette comparution immédiate, ces éducatrices et une infirmière de cet institut (où l’enfant séjourne depuis cinq ans) ont expliqué qu’elles testaient entre elles ce fameux challenge quand le jeune garçon est entré dans la pièce. Intrigué, il serait entré de lui-même dans le sac. « L’effet est surprenant, mais pas douloureux, raconte une éducatrice, nous n’avons pas réfléchi, dès qu’il a montré qu’il n’aimait pas ça, on l’a laissé sortir. » (sic)

La Nouvelle République rapporte encore que la présidente du tribunal, Maggy Deligeon, demande pourquoi la scène a été filmée et partagée au sein d’un groupe de collègues via Facebook. « C’est un groupe professionnel au sein duquel on s’envoie des liens, des photos, des vidéos pour échanger sur nos pratiques. » « Feriez-vous la même chose à vos enfants ? » poursuit la présidente. « Non, répondent les prévenues (qui n’ont pas été jusqu’à avancer une hypothétique vertu thérapeutique pour se justifier) nous avons commis une bêtise professionnelle. » 

 Le père de l’enfant est officier supérieur dans la gendarmerie et président d’une association œuvrant en faveur des personnes handicapées, Il demande la parole : 

« Mon fils n’a pu entrer de lui-même dans ce sac alors que l’aspirateur fonctionnait, il a une forte aversion pour la contention et est hypersensible au bruit. » 

Ce n’est pas tout : une quatrième éducatrice est poursuivie pour avoir filmé une autre séquence où l’on voit l’enfant assis sur un siège. La jeune femme le fait tourner comme sur un manège en imitant la voix d’un forain. « Ça l’a fait rire, les sensations semblaient lui plaire. »

La Fête des mères dans une cellule du commissariat.

Le procureur Frédéric Chevallier : « Votre comportement est choquant, vous avez confondu votre rôle de protectrices en vous servant de cet enfant vulnérable comme d’un objet. » Le ministère public requiert alors quatre à six mois de prison avec sursis probatoire (comportant une interdiction d’exercer) pour trois des prévenues.

L’avocat des parents, Me Stéphane Rapin : « Vous qualifiez ces faits de bêtise alors que le choc émotionnel causé à cet enfant hypersensible constitue une violence. Vous l’avez pris pour un jouet et vous avez filmé pour rire de lui. Quant à ce vacuum challenge, cette pratique peut être dangereuse et même mortelle. »

Tour à tour les trois avocats des éducatrices ont plaidé la relaxe : « Elles ont passé la Fête des mères dans une cellule du commissariat. Jamais elles n’ont eu l’intention de faire du mal ou d’humilier. Il s’agissait d’un jeu, choquant certes ; mais pas dangereux, le sac était au niveau des aisselles, elles ont peut-être commis une faute professionnelle, mais pas une infraction. »

Ou encore : Me Sarah Lévêque qui elle aussi plaide la relaxe : « Qui n’a jamais fait tourner son enfant sur un fauteuil pour le voir rire ? Moi-même je l’ai fait et il a adoré ».

Puis le coup de théâtre : Après une demi-heure de délibéré, le tribunal a relaxé les quatre salariées de l’IME de Naveil. « Votre comportement n’est pas qualifiable professionnellement, a déclaré la présidente Maggy Deligeon, mais, juridiquement, les infractions reprochées ne sont pas constituées. » Les parents de l’enfant ont été déboutés de leurs demandes. Le parquet fera appel de cette décision. Les trois salariées suspendues depuis le dépôt de plainte sont convoquées, le 16 juin, par leur employeur.

On ne commente pas une décision de justice. On ne lit jamais assez la presse quotidienne régionale

A demain @jynau

Certaines «émotions» nous permettent-elles, désormais, de ne plus respecter le droit ?

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10/06/2020. Il y avait eu le déjà célèbre « soupçon avéré ». Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur,  récidive depuis 48 heures dans son maniement hautement problématique de la langue française. Certains journalistes parlent de « gaffes », de « dérapages » ou de « monstruosités sémantiques ou juridiques ».Vint ensuite, le 9 juin les propos tenus sur BFM TV-RMC . C’était à la veille des manifestations prévues contre le racisme et les violences policières :

« Les manifestations ne sont pas [autorisées] dans les faits, car il y a un décret du Premier ministre dans le cadre de la deuxième phase du déconfinement qui interdit les rassemblements de plus de dix personnes. Mais je crois que l’émotion mondiale, qui est une émotion saine sur ce sujet, dépasse au fond les règles juridiques qui s’appliquent. »

« Nous ne souhaitons pas réaffirmer l’interdiction, qui est de droit, qui est de fait, et il n’y aura pas de sanctions et de procès-verbal pour la participation à cette manifestation. Il faut que cette émotion forte puisse être soutenue. »

Jean-Paul Sartre et la magie

Ces mots ont aussitôt embrasé l’opposition politique et inquiètent certains piliers de la majorité présidentielle. Les juristes ne tarderont guère a donner de la voix sur le thème de l’Etat et du droit. Pour l’heure, le président des Républicains, Christian Jacob, a estimé sur Twitter que dire que « l’émotion prédomine sur la loi » met « gravement en danger l’ordre public ». « Ses propos sont indignes d’un ministre de l’Intérieur, écrit-il.  En République, la force doit rester à la loi.» Florian Philippot, ancien cadre du Rassemblement national, sur franceinfo  :

« C’est le cirque : le ministre de l’Intérieur explique que les manifestations sont interdites mais que l’émotion les justifie. Peut-on organiser des manifs si on est ému, par exemple par l’appartenance de la France à l’UE? ».

Qu’en diront, le moment venu le Conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel ? Où l’on en vient, sans véritable surprise, à s’interroger sur un concept pleinement d’actualité, spécialité des psychologues et de tous les professionnels de la psyché : l’émotion. En y intégrant les variantes ministérielles : émotion « mondiale » et émotion « saine » (sic) qui de nature à pouvoir dissoudre les règles juridiques habituelles. Et comment résister à ne pas citer ces lignes, étrangement prophétiques, écrites il y a quatre-vingts ans :

« À présent nous pouvons concevoir ce qu’est une émotion. C’est une transformation du monde. … Le passage à l’émotion est une modification totale de « l’être-dans-le-monde » selon les lois très particulières de la magie. » Sartre, Esquisse d’une théorie des émotions, Paris, Hermann, 1939, p. 43, 66.

A demain @jynau

Chloroquine et égotisme. A propos de deux cas célèbres : le président Trump et le Pr Didier Raoult

Bonjour

04/06/2020. En rire ? Donald Trump, 73 ans, 1,90m, pèse 110kg, rythme cardiaque : 63 pulsations par minute. Vaccinations à jour. Bon état général. N’a constaté aucun effet secondaire durant  le « traitement préventif » de deux semaines d’hydroxychloroquine qu’il avait souhaité pouvoir prendre. L’annonce vient d’en être faite par le Dr Sean Conley, médecin de la Maison Blanche.

«Le président a terminé ce traitement en toute sécurité et sans effets secondaires, a indiqué le Dr Sean Conley dans un communiqué sur l’état de santé du président. Il continue à subir régulièrement des tests Covid-19 et à ce jour tous les résultats ont été négatifs».

Donald Trump avait révélé le 18 mai qu’il prenait quotidiennement de l’hydroxychloroquine.  «J’en prends depuis dix jours, un comprimé par jour», avait alors déclaré le président américain à la stupéfaction générale, lors d’un échange avec les journalistes à la Maison Blanche. «J’entends beaucoup de choses extraordinairement positives» sur ce médicament, avait-il justifié. Vous connaissez l’expression: qu’est-ce que vous avez à perdre?»

On rappellera que la FDA américaine en déconseille l’usage «en dehors d’un milieu hospitalier ou d’essais cliniques, en raison du risque de troubles du rythme cardiaque. On rappellera aussi que la plus grande confusion règne dans ce domaine après la remise en cause par The Lancet et The New England Journal of Medicine d’études publiées dans leurs propres colonnes. On ajoutera enfin, corollaire, qu’en France le Pr Didier Raoult, (objet de premiers sondages nationaux) continue d’avancer sur son chemin de gloire médiatico-politique.

La dernière étape est datée du 3 juin : un nouvelle interview « exceptionnelle » royalement accordée  à Ruth Elkrief et Margaux de Frouville (BFM TV) en son bureau marseillais. Avec cette confidence : « La notoriété acquise à cette occasion me pèse plus qu’autre chose, je m’en fous un peu ». Interrogé sur son flamboyant  égotisme 1, le microbiologiste a cette réponse amplement signifiante : « La mégalomanie, ceux qui en parlent sont ceux qui sont incapables de voir la grandeur. On peut toujours dire que de Gaulle ou Churchill étaient mégalomanes. Ça m’indiffère. » En rire ?

A demain @jynau

1 Egotisme. A.- Disposition de celui ou de celle qui fait constamment référence à soi en particulier dans le discours. « Mais n’est-ce pas aussi que je la fatiguais par la monotonie de mes propos? Mon égotisme outre qu’il est peu séduisant, ne se renouvelle guère ». Barrès, Un homme libre,1889, p. 209.

Tendance à s’analyser, dans sa personne physique et morale.  « L’égotisme littéraire consiste finalement à jouer le rôle de soi; à se faire un peu plus nature que nature; un peu plus soi qu’on ne l’était quelques instants avant d’en avoir eu l’idée ». Valéry, Variété II,1929, p. 96.

B.− Quasi-synon. de égocentrisme et de égoïsme. « Elles [les femmes] ont d’ailleurs des sens très rudimentaires, des sens de femelles, peu perfectibles, inaccessibles à ce qui ne touche pas directement l’égotisme féminin qui absorbe tout en elles ». Maupassant, Notre cœur,1890, p. 455.

C.− Philosophie. D’un point de vue théorique et avec une valeur laudative, exaltation du sentiment du moi dans son unicité « La religion du MOI, le culte de la personne intime, la contemplation de soi-même, le divin égotisme (France, Vie littér.,t. 4, 1892, p. 226):

Chloroquine. Le Pr Raoult ne serait pas le médecin traitant du président Donald Trump

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20/05/2020. Où l’on entre, en dépit du sujet, dans le loufoque transatlantique. C’est que, sur fond de pandémie et de polémique scientifique, de nouveaux propos ahurissants ont été tenus par l’un des hommes les plus puissants du monde – avec résonance de ce côté-ci de l’Atlantique. Et le public rit d’un spectacle à faire peur. En trois actes.

I Donald Trump, président des Etats-Unis. Il continue de défendre le recours à l’hydroxychloroquine contre la Covid-19. Lundi 18 mai, il a d’ailleurs assuré en prendre tous les jours un cachet – et ce « depuis une semaine et demie », avec l’accord de son médecin. « J’ai commencé à en prendre parce que je pense que c’est bon, j’ai entendu beaucoup de bonnes histoires » à ce propos, a-t-il ajouté, précisant qu’il n’était pas, lui, infecté par le nouveau coronavirus. « Vous seriez surpris de découvrir combien de personnes en prennent, en particulier celles qui sont en première ligne » a-t-il ajouté vantant désormais les mérites imaginaires d’une action non plus curative mais préventive.

« Donald Trump s’est entiché très tôt de ce médicament, rappelle notre confrère Gilles Paris dans Le Monde.  Il en a vanté les vertus supposées au plus fort de l’épidémie, en mars et en avril, alors que ses experts, à commencer par le directeur de l’Institut national américain des maladies infectieuses, le Pr Anthony Fauci, plaidaient la prudence et insistaient sur la nécessité de tests conduits de manière scientifique. »

Le 28 mars, la Food and Drug Administration (FDA) accordait une autorisation d’urgence pour permettre aux hôpitaux américains d’utiliser de l’hydroxychloroquine issue du stock national pour traiter des patients qui ne seraient pas autrement admissibles à un essai clinique. Un mois plus tard, le 24 avril, marche arrière de la même FDA mettant en garde contre « les sérieux problèmes de rythme cardiaque » dus à ce médicament.

Silence présidentiel puis nouvelle croisade et révélation de l’existence de son traitement – quelques heures après la publication d’un éditorial d’une particulière sévérité dans le Washington Post  – éditorial citant les conclusions négatives de travaux conduits dans l’Etat de New York par deux équipes de chercheurs auprès de plus de 2 800 patients, soit un groupe « bien plus grand que la toute petite recherche initiale du professeur franc-tireur Didier Raoult ».

II Pr Didier Raoult, microbiologiste à Marseille. Dans le sillage des remous qui suivirent les déclarations de Donald Trump le directeur également controversé de l’IHU de Marseille s’exprimait sur Radio Classique. Après avoir assuré qu’il venait d’être informé (« Je ne suis pas au courant, je ne suis pas son médecin traitant) le Pr Raoult a une nouvelle fois choisi de croiser le fer avec des ennemis absents:

« Je voudrais qu’on remette les choses en perspective et voir à quel point il y a eu une hallucination collective des médias et de certains dirigeants sur l’hydroxychloroquine, qui est l’un des médicaments les plus prescrits au monde. Tous les médecins en ont déjà prescrit (…). Il y a eu une dramatisation d’un médicament banal, classique, on a inventé de tout, des arrêts cardiaques, etc… ça doit être préventif de la folie, car ceux qui ne veulent pas en prendre deviennent fous. Il y aura un examen à faire de comment les médias se sont emballés. »

III Bruno Lemaître, généticien-psychologue à Lausanne. Ce spécialiste de la réponse immunitaire aux infections chez les insectes a commencé sa carrière auprès du professeur Jules Hoomann, prix Nobel 2011 de médecine vient de donner un passionnant entretien au Monde (Sandrine Cabut). Non pas sur les drosophiles (sa spécialité) mais bien sur les hommes.

« Parallèlement à son métier de chercheur, Bruno Lemaitre s’est lancé avec passion dans l’étude de la psychologie des personnalités, explique Le Monde. Il explore en particulier le narcissisme, et son influence dans les sciences et la société. Après un premier essai sur ce thème en 2016 (An Essay on Science and Narcissism, autoédition, non traduit), il a publié Les Dimensions de l’ego (éditions Quanto, 2019). » Extrait :

« Les crises comme la pandémie de Covid-19 contribuent-elles à propulser sur le devant de la scène des narcissiques ?

De manière générale, les personnalités narcissiques peuvent aimer les situations de crise, parce que leur forte confiance en eux-mêmes leur procure une forte résistance au stress qui leur permet de prendre des décisions rapides. Ce sont donc des moments d’émergence de nouveaux leaders, en politique notamment. Dans des crises scientifiques qui deviennent des enjeux publics, comme l’épidémie de sida, le réchauffement climatique ou aujourd’hui le Covid-19, des chercheurs à gros ego, que l’on connaît déjà dans la communauté, se révèlent au grand jour.

Ainsi les propos du microbiologiste Didier Raoult sur la pandémie et l’efficacité de l’hydroxychloroquine peuvent paraître surdimensionnés, mais il exerce une fascination sur certains publics. C’est finalement délétère pour la recherche, car les gens sont très en demande de ce traitement alors qu’on ne sait pas s’il est efficace, et on ne peut plus faire d’essais cliniques dans des conditions apaisées, ce qui retarde le processus. Didier Raoult est un chercheur reconnu, mais c’est aussi un homme de pouvoir. Il est difficile de lutter contre des personnes qui affichent une telle confiance, tout en prenant aussi, parfois, la position de victime de la communauté scientifique. Résultat, on est dans une situation très confuse. »

Notre consœur lui demande s’il existe des antidotes. Réponse : « Il n’y a pas de solution simple au problème de l’ego. Si on en avait une, on aurait évité bien des guerres, des individus comme Kadhafi, Bachar El-Assad ou Donald Trump n’auraient pas accédé au pouvoir. Sans aller jusque-là, nous avons tendance à choisir des leaders sûrs d’eux-mêmes, qui souvent déçoivent ensuite. Les dirigeants laborieux, éthiques, sont moins attractifs. »

Il ajoute que dans un récent article publié dans la revue The Leadership Quartely, des chercheurs suisses et allemands proposent une solution originale : choisir des leaders par tirage au sort. Selon leur étude, ce mode de sélection conduirait à des dirigeants moins enclins à abuser de leur pouvoir et qui prennent de meilleures décisions pour le groupe que les leaders « traditionnels ».

A demain @jynau

Après l’hydroxychloroquine, un essai clinique rigoureux avec la chlorpromazine (Largactil)

Bonjour

L’heure, pandémique, est au réexamen des possibles thérapeutiques médicamenteux. Après Marseille et la chloroquine, le groupe hospitalier (GHU) Paris Sainte-Anne vient d’annoncer le lancement de l’étude reCoVery : évaluer la pertinence de la chlorpromazine (Largactil) dans le traitement du Covid-19. Nous parlons bien ici du célèbre antipsychotique découvert il y a près de 70 ans (Henri Laborit, Pierre Deniker et al). Pourrait-il diminuer l’évolution défavorable de l’infection lorsqu’il est administré dès l’apparition des signes respiratoires ? Pourrait-il aussi réduire la contagiosité du SARS-CoV-2 ?

« Les investigateurs de l’étude, sous la coordination du Dr Marion Plaze (cheffe de service du Pôle Hospitalo-Universitaire Paris 15e), ont en effet observé que l’incidence des formes symptomatiques du Covid-19 était moindre chez les patients du GHU psychiatrie et neurosciences (4 %) que chez les soignants (14 %), résume Le Quotidien du Médecin  (Coline Garré). Ce constat, qui recoupe ceux des unités psyCovid en France et d’équipes étrangères, fait l’objet d’une étude séro-épidémiologique lancée, parallèlement à reCoVery (intitulée Clever), chez les patients et personnels du GHU.

« Ces observations nous ont amenés à formuler l’hypothèse que la chlorpromazine (CPZ) pourrait avoir une action prophylactique sur le SARS-CoV-2 et protégerait les patients des formes symptomatiques et virulentes de cette infection », expliquent les auteurs dans un article publié dans « L’encéphale ». Cette hypothèse se fonde également sur de précédentes recherches documentant une action antivirale de la chlorpromazine. Plusieurs études publiées en 2014 et 2018 mettaient en évidence l’efficacité de cette molécule pour inhiber la réplication virale du MERS-CoV et du SARS-CoV-1.

« En outre, l’équipe du GHU, en collaboration avec l’Institut Pasteur, vient de montrer, via une expérimentation in vitro débutée en avril 2020, que cette molécule exerce également des effets antiviraux sur le SARS-CoV-2 sur des cellules humaines. L’étude devrait être disponible sous peu sur le site MedRxiv » ajoute Le Quotidien.  L’essai thérapeutique pilote de phase III randomisé en simple aveugle, reCoVery, en collaboration avec l’AP-HP et la clinique de l’Alma porte sur des patients souffrant de Covid-19, hospitalisés pour des symptômes respiratoires, mais pas en réanimation avec ventilation mécanique.Les patients seront randomisés à l’inclusion entre le groupe soins standards et le groupe chlorpromazine en association avec le traitement standard, où ils recevront jusqu’à 300 mg par jour de CPZ jusqu’à ce que les critères de guérison soient remplis, dans une limite de 21 jours maximum.

Il est prévu d’inclure quarante patients, vingt dans chaque bras, précisent les auteurs. L’étude est d’une durée maximale de trois mois. Les promoteurs regarderont également si, au-delà des bénéfices attendus sur l’évolution de l’infection, les patients verront diminuer l’anxiété fréquemment associée à la dyspnée provoquée par le Covid-19.

A demain @jynau

PS Henri Laborit. Rien n’interdit, quarante ans plus tard, de (re)voir « Mon Oncle d’Amérique ».

Donald Trump, les UV et l’eau de Javel : sommes-nous dans le loufoque ou dans le sarcastique ?

Bonjour

26/04/2020. Cela restera comme un point d’orgue inversé. Un sommet du baroque bas-empire. Peut-être le début de la fin. Jeudi 23 avril le président américain Donald Trump a « extrapolé » sur les possibilités de détruire le virus responsable du Covid-19  à l’intérieur du corps humain. Et ce un usant  d’« ultraviolets » ou de « produits d’entretien ménagers ».

Bill Bryan, sous-secrétaire à la sécurité du territoire, venait d’exposer les résultats d’une étude sur la durée de vie du SARS-CoV-2, soulignant sa (relative) vulnérabilité à l’humidité, à la chaleur, aux ultraviolets, et aussi à des produits désinfectants comme l’eau de Javel ou l’alcool ménager. Donald Trump s’est alors livré à quelques commentaires devant un auditoire rapidement ébahi sinon catastrophé, puis proprement effaré. 

«J’ai posé une question que se posent beaucoup d’entre vous et qui me semble intéressante… Supposons qu’on dirige une lumière très puissante à l’intérieur du corps… à travers la peau ou d’une autre manière?», a suggéré le président américain. «Et puis le désinfectant, qui détruit le virus en une minute… Serait-il possible de faire une injection à l’intérieur du corps pour un nettoyage, puisque vous voyez, il s’attaque aux poumons… Ça semble intéressant».

Aussitôt les producteurs de détergents se sont empressés de publier des mises en garde pour dissuader les consommateurs d’ingérer ou d’inhaler leurs spécialités. Devant l’ampleur des réactions Trump a affirmé que ses propos étaient «sarcastiques». 

Sarcastique ? Le sarcasme, en français, est une « ironie acerbe, mordante ». On peut ici préférer loufoque : « Qui est un peu fou, dont le comportement est bizarre, extravagant, contraire au bon sens. Synon. absurde, farfelu, fou, insensé, maboul (fam.), timbré (fam.). « C’est vrai, je ne sais pas distinguer si tu es loufoque, abruti ou neurasthénique (Aymé, Boeuf cland., 1939, p. 132) »

A demain @jynau

N° d’appel médico-pychologique le « 19 » : le gouvernement entendra-t-il Xavier Bertrand ?

Bonjour

24/03/2020. C’est un ancien ministre de la Santé, toujours homme politique (LR), qui n’a rien oublié de ses dossiers Xavier Bertrand, aujourd’hui président d’une région, les Hauts-de-France, qui fut l’une des premières touchées par l’épidémie. Invité, le 23 mars, sur France Inter, il a abordé un sujet qui n’est pas encore devenu pleinement d’actualité, les conséquences médico-psychologiques liées aux mesures de confinement et à leur durée.

L’ancien ministre de la Santé rappelle que « le confinement, c’est pas une option, c’est pas fait pour embêter les gens : c’est tout simplement que tant que vous n’avez pas de vaccin ou de traitement, le confinement est le meilleur moyen de freiner et de stopper l’épidémie. Il n’y a pas d’autre solution, il faut le respecter et ceux qui s’amusent à le braver doivent être punis pour comprendre. Ils se mettent en danger eux-mêmes et mettent en danger ceux qu’ils aiment. »

« La semaine qui commence va être plus dure que la précédente, explique-t-il. C’est une épreuve collective et individuelle, et nous devons anticiper ce que vont vivre des millions de nos concitoyens. » C’est pourquoi il souhaite  la mise en place d’«un numéro d’appel national, dès cette fin de semaine, qui pourrait être le ’19’». «Il permettrait à chaque personne de pouvoir être en contact avec quelqu’un qui lui répond. Ça peut être des conseils, de l’aide, un soutien médico-psychologique», a-t-il proposé, assurant que «chaque foyer est comme une cocotte-minute».

Pour n’être pas nouvelle, la métaphore de la cocotte-minute est ici parfaitement adaptée. Nous devrions apprendre sous peu la prolongation de la durée de l’actuel confinement auquel la France est soumise. Il n’est pas trop tard pour que l’exécutif commence à traduire dans les faits la suggestion de Xavier Bertrand. Ce dernier propose, d’ores et déjà, un nom pour un tel projet : le Dr Xavier Emmanuelli.

A demain @jynau

Coronavirus : le Collectif inter-hôpitaux réclame entre trois et quatre milliards d’euros

Bonjour

Entre trois et quatre milliards d’euros. C’est, certes, « beaucoup » mais c’est devenu « indispensable ». Tel est le commentaire du collectif inter-hôpitaux (CIH) en marge de la demande qu’il formule à l’attention de l’exécutif pour que l’hôpital public puisse faire face, au mieux, à l’épidémie de Covid-19. Demande formulée via un communiqué de presse daté du 8 mars – et relayé par Le Quotidien du Médecin.

« Le gouvernement doit proposer au Parlement un correctif budgétaire immédiat afin de financer l’hôpital » soutient le CIH  qui cite l’Italie où un milliard d’euros a été débloqué en urgence. Pour la France le collectif réclame en outre un « plan pluriannuel de recrutement et de revalorisation des personnels » estimé entre « 3 et 4 milliards d’euros ». 

On sait que, depuis le début de la crise, les hôpitaux sont pleinement mis à contribution pour tenter de faire face à l’épidémie. « Plans blancs, déprogrammation d’interventions pour libérer des lits, déplafonnement des heures supplémentaires… Tout est fait pour faire surmonter la crise sanitaire et c’est bien. Mais cette mobilisation de tous les personnels ne pourra être suffisante et durable, si elle n’est pas soutenue », estime le CIH.

Déplafonnement des heures supplémentaires

Il réclame notamment le recrutement, à court terme, de quarante mille infirmières nécessaires pour rouvrir les lits fermés, remplacer les arrêts maladie ou congés maternité et « obtenir des ratios d’effectifs soutenables au lit des malades y compris en psychiatrie, sous-dotée et asphyxiée ».

« Il faut avoir des lits disponibles, isoler les patients infectés, et prendre en charge les formes graves, écrit le CIH. Le gouvernement n’échappera pas, après l’épidémie, au débar sur l’absolue inadéquation entre une gestion de crise et le financement de l’activité à l’hôpital. Mais pour l’heure l’urgence est d’avoir les moyens de prendre en charge, recruter les infirmières qui font défaut et qui sont indispensables. »

Conclusion du CIH : « Nous attendons du gouvernement qu’il prenne conscience de l’urgence des décisions, qu’il prenne des actes budgétaires forts : des moyens MAINTENANT ».

Prochaine étape : les réponses d’Olivier Véran. Pour l’heure, le ministre de la Santé vient de signer un décret pour déplafonner les heures supplémentaires des professionnels de santé à l’hôpital « leur permettant ainsi de pouvoir plus facilement assurer la continuité des soins dans les services dans cette situation exceptionnelle ».

A demain @jynau

Coronavirus aux Etats-Unis. Donald Trump déraisonne, parle de lui à la troisième personne

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29/02/2020. Le trouble gagne bien des esprits. Le virus s’inflitre dans les réseaux neuronaux, gagne les quartiers généraux. Partant, il amplifie les symptômes témoignant de la déraison. C’est tout particulièrement vrai de l’autre côté de l’Atlantique où Donald Trump semble plus déstabilisé que jamais face à cette épi-pandémie. Pour l’heure, elle n’a pratiquement pas touché les Etats-Unis mais elle met en péril la dynamique économique du pays et, corollaire, le bilan du président. Jerome Powell, patron de la Réserve fédérale vient ainsi de publier un communiqué de presse pour assurer que « les fondamentaux de l’économie américaine restent solides », bien que « le coronavirus pose un risque croissant pour l’activité économique » 1.

Le fils aîné du président, Donald Jr., a pour sa part soutenu, sur Fox News, que les démocrates espéraient que les Etats-Unis soient touchés et que « la pandémie (…) tue des millions de personnes, afin de mettre fin à la série de victoires de Donald Trump ». Slate.fr observe que Pete Hegseth, un républicain régulièrement invité chez Fox, a confirmé : les démocrates et les médias veulent que le virus se répande: «Ils veulent que ça s’empire, ils veulent des cas mystères, des villes en quarantaine, ils veulent une crise nationale pour une seule raison.» Le but est selon lui de tenter de faire perdre Trump en novembre 2020. Deux autres journalistes vedettes de Fox assènent la même chose.

« La veille, le président des Etats-Unis avait pesté sur son compte Twitter, parlant de lui, une fois de plus, à la troisième personne du singulier » rapporte notre confrère Gilles Paris (Le Monde) :

« Ainsi, le coronavirus, qui a commencé en Chine et s’est propagé à divers pays à travers le monde, mais très lentement aux Etats-Unis, parce que le président Trump a fermé notre frontière et a mis fin aux vols, TRÈS TÔT, est maintenant blâmé, par les démocrates-qui-ne-font-rien, comme quelque chose qui est la faute de “Trump” »

Il peut aussi se montrer évasif, absent, fataliste. « Ça va disparaître. Un jour, c’est comme un miracle, ça disparaîtra. Vous savez, ça pourrait empirer avant de s’améliorer. Ça pourrait peut-être disparaître. Nous allons voir ce qui se passe. Personne ne sait vraiment ».

En pratique la nomination du vice-président Mike Pence (opposé au préservatif comme mode de prévention du sida comme aux programmes d’échanges de seringues pour les toxicomanes) coordinateur des différentes agences de santé fait que ce sera ce dernier qui contrôlera étroitement la communication liée au nouveau coronavirus. Comment concilier les paroles fantasques du président et les mises en garde des experts sanitaires ?

Toujours sur Fox News, l’ancien gouverneur de l’Arkansas Mike Huckabee s’est lancé dans une tirade épique. Selon lui Trump «pourrait personnellement aspirer le virus de soixante mille personnes, le retirer de leurs poumons puis nager au fond de l’océan pour le recracher…il serait juste accusé de polluer la mer.» Dans le même temps les autorités californiennes confirmaient l’existence d’un deuxième cas de contamination d’origine inconnue. Un troisième cas, tout aussi étrange, a été signalé dans l’Oregon. Un premier décès a été enregistré.

Le président n’a pas tweeté. Mais il a annoncé qu’il rencontrerait lundi 2 mars des représentants des grands groupes pharmaceutiques pour évoquer la gestion de l’épidémie. La rencontre aura lieu à la Maison-Blanche et sera l’occasion pour le président d’interroger les laboratoires pharmaceutiques sur les avancées médicales concernant les traitements et un possible vaccin.

A demain @jynau

1 Dans Le Journal du Dimanche (à paraître demain 1er mars) l’économiste Daniel Cohen estime que le’épi-pandémie de coronavirus  » va certainement provoquer une baisse significative de la croissance mondiale ». Il juge que le FMI s’est montré « beaucoup trop optimiste » jusqu’à présent et redoute « que des foyers s’allument un peu partout [en Europe], à l’instar de ce qui s’est passé en Italie », aggravant encore la situation économique. Selon lui, « le monde va sans doute changer », les conséquences de l’épidémie s’ajoutant à celles de la guerre commerciale engagée par Donald Trump depuis le début de son mandat. Il juge en effet qu' »on a passé le pic de la mondialisation » et que « beaucoup de forces poussent » vers moins d’échanges. Et de conclure : « Il va falloir faire cesser ces tours du monde que la chaîne de valeur fait parcourir aux marchandises. »

Infirmière poignardée : le ministre Olivier Véran aura-t-il le courage de lui rendre hommage ?

Bonjour

Le 13 février une infirmière, âgée de 30 ans, était mortellement poignardée à l’arme blanche par un patient d’une unité psychiatrique à Thouars, dans les Deux-Sèvres. L’infirmière, mère de deux enfants, a été agressée par un patient, âgé de 20 ans, qui cherchait à quitter cette unité psychiatrique du Centre hospitalier Nord Deux-Sèvres. Il lui a porté un coup de couteau au thorax, manquant de blesser également une autre infirmière. Héliportée au CHU de Poitiers, la jeune femme est morte dans l’après-middi.

Ce drame a rapidement suscité une vive émotion dans la communauté nationale des soignants en psychiatrie. D’emblée  Le Monde renvoyait à « La psychiatrie ‘’au bord de l’implosion’’ en France » (18 septembre 2019). Puis vint un texte remarquable du « Printemps de la psychiatrie ». 

« (…) Il est inacceptable qu’une professionnelle de santé meurt dans l’exercice de ses fonctions. Il est inacceptable qu’une personne hospitalisée pour des soins recourt à un tel acte de violence. Il est également inacceptable que toute cette horreur se produisent dans le climat de destruction de l’hôpital public et de la psychiatrie publique en particulier (…)

« Ce que nous savons, de manière générale, c’est que depuis 2008 l’augmentation des moyens en psychiatrie finance exclusivement du sécuritaire (chambres d’isolement, caméras de surveillance, renforcement de la hauteur des murs…). Aucun investissement dans des moyens humains n’a été fait sauf à créer des unités pour malades difficiles et des unités d’hospitalisation spécialement aménagées (UHSA) pour les détenus.

«  Douze ans plus tard, après des mois de lutte, les soignants sont toujours dans la rue pour dénoncer la honte quotidienne dans l’exercice de leur travail, l’indignité des conditions d’accueil et de soins des patients, les tensions régnantes à l’hôpital tant avec l’administration, entre collègues, avec les usagers etc.

«  Depuis plus d’une dizaine d’années, les rapports du contrôleur général des lieux de privation de liberté indiquent la déshumanisation globale qui règne dans la psychiatrie publique, le sous-effectif, le manque de formation, les maltraitances ordinaires… Quand allons-nous arrêter ces politiques criminelles qui sont un terrain propice à ce que le pire surgisse ? »

Partager la peine de la famille endeuillée

Nous sommes le 19 février et l’on parle à nouveau de la mort de l’infirmière poignardée. C’était à l’Assemblée nationale lors des questions au gouvernement. Caroline Fiat, 43 ans, est une députée « insoumise » élue de Meurthe-et-Moselle. Elle est aussi la première aide-soignante à siéger dans l’Hémicycle. Caroline Fiat a ; hier, voulu rendre hommage à l’infirmière poignardée en réclamant une minute de silence, démarche à laquelle s’est opposé le président Richard Ferrand (LREM).

 «Nous avons passé le week-end à n’entendre parler, bien malgré nous, que de l’élection municipale à Paris, occultant toute l’actualité, notamment le 14 février où le personnel hospitalier s’est mobilisé pour clamer son amour à l’hôpital public, a-t-elle expliqué. Pire encore, a été passé sous silence le meurtre d’une jeune collègue (…) poignardée à mort par un patient. »

On attendait, ici, un consensus, une preuve, fût-elle fugace, de cette humanité qui avait tant manqué aux députés marcheurs lors de l’affaire du congé parental après le deuil d’un enfant. C’était oublier le macronien Richard Ferrand, ancien socialiste devenu président de l’Assemblée nationale.

Caroline Fiat : « Alors que je propose de rendre hommage à une professionnelle de santé assassinée en observant une minute de silence à sa mémoire, le Président de l’Assemblée nationale me retire la parole ! Ce refus n’honore pas notre Assemblée. #DirectAN #psychiatrie #QAG Or dès qu’un fonctionnaire d’Etat décède dans l’exercice de ses fonctions, il est d’usage de lui rendre hommage par une minute de silence dans cet Hémicycle.»

 Richard Ferrand :  «Mme Fiat, nous sommes tous sensibles à l’émotion provoquée par le drame que vous venez d’évoquer, mais ainsi que je l’ai indiqué au président de votre groupe, l’usage limite la pratique des minutes de silence à des cas exceptionnels et solennels, et il ne peut y avoir dans cet hémicycle de minutes de silence à l’initiative d’un député ou d’un groupe» 

«Permettez-moi aussi de vous dire que sur tous les bancs siègent des professionnels de santé et que chacun ici partage la peine de la famille endeuillée», a-t-il poursuivi, avant de retirer parole à Caroline Fiat. La députée insoumise était debout, les larmes aux yeux.

Agnès Buzyn n’est plus ici pour donner son point de vue, elle qui, un instant, parla de redonner un souffle à la psychiatrie française. Aujourd’hui elle entend conquérir Paris, fait la une du Parisien (« Je n’ai peur de rien !») 1. A sa place, sur le banc du gouvernement, l’hyperactif Dr Olivier Véran. Aura-t-il le temps de partager la peine de la famille endeuillée, de rendre hommage à l’infirmière poignardée ?

A demain @jynau

1 Interrogée sur le fait qu’elle a quitté le ministère « en larmes », Agnès Buzyn répond :

« J’ai dû prendre ma décision d’être candidate en 24 heures. C’est normal d’avoir de l’émotion quand on quitte des gens qu’on aime. Partir d’un ministère dans lequel on a été pleinement engagée, qui correspond à ce que je suis en tant que femme, en tant qu’ ancien médecin, cela m’a obligée à évoluer en un temps très court. Ça n’enlève rien à mon envie d’exercer le mandat de maire. C’est le plus beau mandat. »