France Télévisions a tourné en dérision les malades schizophrènes ? Absolution

Bonjour

Qu’en dit-on, dans les bureaux moquettés de la haute direction de France Télévisions ? Rien, sans doute, ou si peu de choses. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel vient de se prononcer après la diffusion dans le jeu « Fort Boyard », le 24 juin 2017, d’une séquence intitulée « l’asile » – séquence remontée et renommée « la cellule capitonnée » (sic). L’affaire, alors avait fait quelque bruit.

Dans un texte publié par Le Monde un groupe sans précédent d’associations de patients et de professionnels de santé avaient exprimé leur profond malaise devant ce spectacle qui stigmatisait les souffrances et les malades psychiatriques. Ils demandaient son retrait et des excuses publiques de France Télévisions.

« Nous demandons le retrait de l’épreuve en cause et des excuses de la chaîne. Nous demandons la diffusion de messages de déstigmatisation de la maladie et du handicap psychique aux mêmes heures d’écoute. Que les efforts entrepris au quotidien pour déstigmatiser les troubles psychiques par les associations, les usagers, les professionnels, les pouvoirs publics ne soient pas anéantis en quelques minutes d’Audimat ! »

Séquence caricaturale et stigmatisante

 Ils n’auront rien de tout cela. Seule mesure : le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) vient de « mettre en garde » France Télévisions. Faut-il rappeler que cette dernière, en vertu de l’article 36 de son cahier des charges « veille au respect de la personne humaine et de sa dignité. Elle contribue, à travers ses programmes et son traitement de l’information et des problèmes de société, à la lutte contre les discriminations et les exclusions de toutes sortes ». Conclusion : rien à signaler. Ou presque :

« (…) le CSA a regretté la diffusion d’une telle épreuve dans cette émission familiale et emblématique du service public. Il a estimé que la séquence en question, caricaturale et stigmatisante à l’égard des personnes souffrant de troubles psychiatriques ou psychiques, portait atteinte aux dispositions précitées du cahier des charges de France Télévisions. En conséquence, le Conseil a demandé aux responsables de France Télévisions de veiller à mieux respecter, à l’avenir, ses obligations en matière de respect des droits et libertés et les a mis en garde contre le renouvellement de telles pratiques. » 

Veiller à mieux respecter ? Combien de « mises en garde » avant on ne sait quelle sanction ? Et combien de caricatures avant que la direction du service public présente des excuses ?

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Polémique psychiatrie – terrorisme : le président Macron vole au secours de Gérard Collomb

 

Bonjour

Nous vivons sous le règne jupitérien du « en même temps », ce balancier linguistique et rhétorique qui permet de passer entre les gouttes. Du moins quand l’averse politique n’est pas trop violente. Une nouvelle démonstration vient d’en être faite par le Président dans son récent et premier discours de rentrée aux préfets. Emmanuel Macron y est revenu sur la polémique qui, le mois dernier, a suivi les propos de Gérard Collomb. Au lendemain des attentats de Barcelone le ministre de l’Intérieur avait demandé à deux reprises que les psychiatres collaborent avec les forces de police dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Une initiative qui avait vivement irrité le monde de la psychiatrie et conduit l’Ordre des médecins à rappeler quelles vérités déontologiques.

Que nous dit, aujourd’hui et via les préfets, le président de la République ? Il revient tout d’abord sur le « Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste » le « fameux FSPRT » (sic).

« Dans le FSPRT, nous considérons qu’à peu près un tiers des personnes présentent des troubles psychologiques avait déclaré Gérard Collomb en août sur RMC/BFMTV. Il est clair que le secret médical, c’est quelque chose de sacré, mais en même temps, il faut trouver le moyen qu’un certain nombre d’individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas commettre des attentats ».

« Parmi les individus qui figurent dans le FSPRT je suis particulièrement préoccupé par ceux qui présentent des troubles psychologiques ou psychiatriques, ces sujets doivent bien évidemment être traités avec les Agences régionales de santé » ajoute aujourd’hui Emmanuel Macron. Puis vient le balancement du « em même temps » :

« Là-dessus nous rentrons dans un débat sensible et je fais une parenthèse, lorsque le ministre d’Etat a ouvert à juste titre ce sujet il n’a pas proposé que la psychiatrie soit annexée au ministère de l’Intérieur comme certains ont voulu le croire ou l’entendre. De la même façon, je crois que nul ne peut expliquer à nos concitoyens que lorsqu’un individu a été signalé à tous les services, est identifié comme dangereux, sans aucun lien avec le ministère de l’Intérieur il puisse être libéré d’un hôpital psychiatrique où il se trouve alors même que chacun sait qu’il incarne une menace pour le reste de la collectivité. »

Terrorisme islamiste et troubles psychiatriques

Les psychiatres peuvent donc être rassurés : ils ne travailleront donc pas pour les services de police. Mais leurs patients à risques seront traités par les ARS. Le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur n’a pas dit ce que certains ont voulu croire ou entendre. Mais les psychiatres seraient bien avisés de ne plus libérer celles et ceux qui incarnent une menace pour la société. Ecoutons encore le président Macron s’adressant aux préfets :

« Je ne dis pas que le terrorisme islamiste (…) se réduit aux troubles psychiatriques mais je dis que ce terrorisme islamiste organisé, structuré sur notre territoire et à l’étranger que vous combattez au quotidien, que nous sommes en train de démanteler, que nous combattons sur des théâtres d’opérations et que nous vaincrons  ils déclenchent chez les individus les plus fragiles des comportements dangereux. Soit en ramenant à sa cause des individus fragiles qui n’avaient rien à voir initialement avec la radicalisation, soit en conduisant ou en poussant à l’acte des individus fragiles qui par mimétisme, et je n’irai pas plus loin sur ce terrain, commettent des actes irréparables.

Et donc ces sujets sont liés avec des frontières qu’il convient de préserver, avec une complexité extrême qu’il convient d’éclairer mais ne pas le regarder en face c’est réduire votre efficacité, c’est ne pas protéger correctement nos concitoyens. Je veux donc plus de coordination entre vous et les Agences régionales de santé et je souhaite que vos propositions, vos initiatives prises à partir du terrain puissent éclairer la décision nationale sur ce point. J’ai aussi demandé à la ministre des Solidarités et de la Santé de proposer pour la fin de l’année une vraie stratégie en matière de psychiatrie et de pédopsychiatrie pour au-delà de ces symptômes extrêmes que nous observons sur le terrain on puisse apporter une réponse concrète à ce nouveau fait social qui est bien là. »

En août la ministre Agnès Buzyn n’avait pas publiquement réagi aux propos de son collègue Gérard Collomb. La voici, en septembre, rattrapée par la patrouille présidentielle.

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L’origine cérébrale des «voix» entendues par les personnes schizophrènes a été localisée

 

Bonjour

Ce sont de premiers résultats présentés lors du 30e congrès du Collège européen de neuropsychopharmacologie (ECNP) 2017 qui vient de se tenir à Paris. Spectaculaires ils ont été évoqués sur France Inter et sont détaillés par le Quotidien du Médecin.  Des chercheurs français ont localisé une zone du cerveau d’où proviennent les « voix » perçues par les personnes souffrant de schizophrénie. A partir d’un essai clinique contrôlé contre placebo mené auprès de cinquante-neuf patients, ils ont pu montrer qu’une stimulation magnétique transcrânienne (SMT/TMS) permettait la disparition partielle de ce symptôme.

« Il s’agit du premier essai contrôlé qui montre une amélioration chez ces patients en ciblant une zone spécifique du cerveau et en utilisant cette stimulation (SMT/TMS) à haute fréquence », souligne le Pr Sonia Dollfus (CHU de Caen, France), auteur principal de l’étude. De telles hallucinations auditives sont présentes chez environ 70 % des patients souffrant de schizophrénie.

Dans cette étude, 26 patients ont bénéficié d’un traitement par stimulation transcrânienne à haute fréquence (20 hertz) au cours de deux séances par jour pendant deux jours au niveau d’une zone précise du lobe temporal associée au langage, au niveau de la branche ascendante du sulcus latéral gauche (scissure de Sylvius) et du sulcus temporal supérieur gauche. Tout comme les 33 autres participants qui, eux, ont reçu le placebo, les « voix » entendues par les patients traités ont été évaluées au moyen d’une échelle des hallucinations auditives (AHRS)

Zone anatomique spécifique

Une réduction significative a été observée chez plus d’un tiers des patients traités (35 %) contre seulement 9 % dans le groupe contrôle. La baisse était considérée comme « significative » lorsque les patients amélioraient leur score de plus de 30 %. Pour le Pr Dollfus ce résultat permet de faire deux types d’observation. « Nous pouvons maintenant dire avec certitude que nous avons trouvé une zone anatomique spécifique du cerveau associée à des hallucinations auditives verbales dans la schizophrénie. Nous avons d’autre part montré que le traitement avec la stimulation magnétique transcrânienne à haute fréquence fait une différence chez certaines personnes atteintes ».

Pour autant la spécialiste reste prudente et souligne l’importance du travail qui reste à accomplir quant à l’usage thérapeutique qui pourra être fait de ces premiers résultats.

« Ces travaux s’appuient sur des études antérieures qui ont montré le rôle important de l’activité excessive des sous-régions du lobe temporal dans la génération des hallucinations vocales dans la schizophrénie, commente le Pr Andreas Meyer-Lindenberg (Central Institute of Mental Health, Mannheim) membre du comité exécutif de l’ECNP, cité par Le Quotidien du Médecin. Pour en faire un traitement, un essai contrôlé, comme celui de Dollfus et de ses collègues, est important. Même si les taux de réponse ont été modérés, la TMS est une arme de plus de l’arsenal thérapeutique, notamment pour les patients qui ne répondent pas aux médicaments. »

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Pour tromper son ennui un infirmier allemand aurait tué délibérément entre 90 et 180 patients

Bonjour

La figure de l’anesthésiste (de l’infirmier) criminel est un classique fort prisé des médias généralistes. On la retrouve aujourd’hui avec Niels Högel. L’affaire a éclaté en 2005, lorsque Niels Högel avait été surpris par une collègue en train de pratiquer une injection non prescrite à un patient dans la clinique de Delmenhorst – ce qui lui avait valu, en 2008, sa première condamnation pour tentative de meurtre à Oldenbourg (Basse-Saxe).

Cet ancien infirmier a, depuis, été condamné à la prison à perpétuité pour l’assassinat de deux patients. Puis, à la suite de cette condamnation, il a confié à son psychiatre être l’auteur d’environ cinquante autres homicides, le plus souvent par surdose médicamenteuse.

Aujourd’hui une commission d’enquête spéciale, mise en place à la suite de ces aveux, estime, à partir d’exhumations effectuées dans le cadre de ses investigations, que le nombre total de patients tués se situe entre 90 et 180.  « Après 134 exhumations, et plusieurs centaines de témoignages, on peut prouver au moins 90 meurtres, et il y en a au moins autant qu’on ne peut pas prouver, a reconnu devant la presse le chef de la commission d’enquête. Ce nombre est exceptionnel, unique, dans l’histoire de la République fédérale [d’Allemagne]. »

Aucune alerte n’a fonctionné

« Ce que nous avons pu apprendre est effrayant et dépasse tout ce que l’on aurait pu imaginer », a indiqué le chef de la police d’Oldenbourg. L’homme a indiqué que son mobile était parfois ‘’l’ennui’’, parfois aussi sa volonté de démontrer à ses collègues sa capacité à ramener à la vie des patients au seuil de la mort. Un cas de figure peut-être moins rare qu’on pourrait le croire.

Ce n’est pas tout : selon la police allemande, cette affaire met aussi en lumière les dysfonctionnements des deux cliniques où travaillait l’infirmier. Alors que le nombre des décès augmentait lorsqu’il était de service, aucun mécanisme interne n’a donné l’alerte. «Ces meurtres auraient pu être empêchés », juge le chef de la police. Pourquoi ne l’ont-ils pas été ? De ce côté-ci du Rhin, et toutes proportions gardées, cette ahurissante affaire n’est pas sans rappeler celle qui à Besançon a vu au début de cette année un anesthésiste soupçonné de sept empoisonnements volontaires.

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Radicalisation et maladie mentale : Gérard Collomb déclenche une polémique psychiatrique

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Repérer au plus vite, et grâce aux psychiatres, les individus a priori les plus susceptibles de commettre un acte terroriste. En osant cette proposition Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, savait-il qu’il déclencherait une polémique ? Au lendemain des attentats de Barcelone, dans une fin août caniculaire, l’ancien maire de Lyon connaît désormais les forces en présence. Il y eut tout d’abord la réaction solennelle du Conseil national de l’Ordre des médecins ; réaction vigoureuse rappelant ce qu’il en est, déontologiquement, de cette question.

« Dans un régime de libertés, la coopération des médecins ne peut se faire qu’avec les autorités de justice. Il en va du respect des principes fondamentaux de notre République.  C’est sur ces bases que l’Ordre des médecins se tient prêt à dialoguer avec les autorités de l’Etat afin de garantir, aux médecins et aux patients, le respect du contrat déontologique qui les lie. »

Impuissance de la police

Dans la foulée l’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique (IDEPP) fait part de son émotion. Tout en reconnaissant que « certains actes de terrorisme ont été commis par des individus souffrant de trouble psychique », ce syndicat affirme dit « ne [pas pouvoir] accepter la teneur des propos du ministre de l’Intérieur ». « La stigmatisation des malades mentaux ne peut apporter aucun élément de progrès, ni en général, ni sur ce sujet, souligne-t-il. L’amalgame entre le terrorisme et la psychiatrie n’est pas acceptable, pas plus que l’amalgame entre la criminalité et la psychiatrie. » Plus généralement l’IDEPP « condamne toute surenchère et toute tentative de pointer la population des malades mentaux comme vecteur de criminalité, dangerosité et de terrorisme en particulier ».

Contactée par le Quotidien du Médecin le Dr Rachel Bocher s’est dit pour sa part « outrée » des propos « extrêmement graves » du ministre de l’Intérieur. « Face à cette confusion entre le monde politique et le monde médical, j’en appelle au président de la République, fustige la présidente de l’INPH, psychiatre et chef de service au CHU de Nantes. Cette vision simpliste de la psychiatrie et ce renvoi de la problématique de la radicalisation et du terrorisme sur la scène médicale traduisent l’impuissance des services de police. »

Quant au Dr Maurice Bensoussan, président du Syndicat des psychiatres français (SPF), il appelle également à arrêter les amalgames et les confusions. « C’est très outrageant pour les personnes atteintes de troubles psychiatriques » souligne-t-il. Des cadres existent déjà, les psychiatres ont des obligations de signalement, peuvent déroger au secret médical dans certains cas très précis. Nous pouvons avoir une réflexion commune sur le sujet, mais chacun doit rester à sa place. »

Domination psychanalytique

Mais il faut également compter avec le point de vue dissonant du Dr Patrice Schoendorff, président de la Fédération française de psycho-criminalistique. Longuement interrogé par le Journal du Dimanche du 27 août. « Il y a urgence à agir sur ces sujets, mais malheureusement, les freins habituels sont tous là, à tous les étages, regrette- t- il. La psychiatrie française, longtemps dominée par la psychanalyse, s’arc-boute derrière le secret médical. Certes, mais travailler avec la justice ou la police ce n’est pas, en soi, violer le secret médical. Nous aurions besoin de davantage de pragmatisme. »

Le Dr Schoendorff ajoute que « l’école française de psychiatrie » a pour caractéristique de « détester le profilage ». « L’immense majorité de mes collègues ne veut pas entendre parler de profils de malades… Or tous les jours, nous sommes bien face à des attaques terroristes perpétrées par des personnes en souffrance psychologique manifeste. Il faudrait bien réfléchir à la question !

Réfléchir ? Le psychiatre précise que la Fédération française de psycho-criminalistique a d’ores et déjà isolé trois « profils », trois « catégories » de « terroristes » : « la première regroupe les idéologues embrigadés. Ceux- là ne concernent que la justice. Ils peuvent intéresser les psys uniquement s’ils cherchent ensuite à se faire passer pour fous. » La deuxième catégorie est celle des individus souffrant de troubles de la personnalité, de l’identité, des personnes fragiles qui peuvent basculer et passer à des actions violentes. « Ceux- là fréquentent un jour ou l’autre les urgences psychiatriques, ou une consultation… C’est sur cette catégorie, probablement celle du conducteur du camion de Nice, que nous devons le plus travailler. Sur laquelle il y a des choses à faire en amont.»

Meilleur maillage au monde

La troisième catégorie regroupe ceux que le Dr Schoendorff appelle des copycats. « Ce sont nos malades habituels, dit-il en souriant (sic). Ils défraient aujourd’hui la chronique un couteau à la main, ou au volant d’une voiture, comme à une autre époque, ils ont défrayé la chronique en tuant des joggeuses quand les meurtres de joggeuses étaient médiatisés. »

Et puis on lit ceci, toujours dans Le Journal du Dimanche (Laurent Valdiguié) : « Le ministère de la Santé devrait immédiatement créer un centre référent pour ces questions. Il faut aussi constituer une banque de données sur ces cas », confie un directeur d’hôpital de la région lyonnaise, sous couvert d’anonymat. Dans son hôpital, il détecte chaque année « jusqu’à cinq cas de radicalisation islamiste ». Ce qui ferait 500 cas potentiels par an en France… « Dans les faits, aucun psychiatre n’est formé à détecter des personnes en cours de radicalisation, admet- il. Mais nous “estimons” des cas comme nous le pouvons et les signalons à la justice et à la préfecture. Mais après, il n’y a aucun retour. »

« En France, nous avons un des meilleurs maillages au monde pour suivre les personnes souffrant de troubles mentaux. Il y a l’hôpital, les consultations… Mais tout ce dispositif n’est pas mobilisé, ni même sensibilisé, à ces phénomènes. C’est navrant », conclut le Dr Patrice Schoendorff. Navrant ?

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Radicalisation : l’Ordre des médecins remonte poliment les bretelles de Gérard Collomb

 

Bonjour

Le 22 août, sur RMC BFMTV, Gérard Collomb ministre de l’Intérieur faisait une révélation : « Dans le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT), nous considérons qu’à peu près un tiers des personnes présentent des troubles psychologiques (…) ». Il ajoutait : « Il est clair que le secret médical, c’est quelque chose de sacré, mais en même temps, il faut trouver le moyen qu’un certain nombre d’individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas commettre des attentats ».

Etrange mélange des genres où le sacré se devrait d’être modulé – et où le pouvoir exécutif aimerait rapprocher psychiatres et forces de police au nom de la lutte contre le terrorisme. Les propos de Gérard Collomb n’ont pas soulevé d’emblée l’indignation que l’on attendait. Au lendemain des attaques meurtrières de Barcelone, dans une fin août émolliente, à la veille d’une rentrée sociale imprévisible, la France semble entre deux eaux. Et puis, soudain, cette réaction que l’on espérait : elle est signée du Conseil national de l’Ordre des médecins. C’est un communiqué aussi court que limpide qui fait suite aux déclarations du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb quant une « éventuelle coopération » entre les autorités policières et les services psychiatriques pour lutter contre la radicalisation.

Absolue confidentialité

« Pleinement conscient, comme l’ensemble de la société, des dangers liés à la radicalisation » l’Ordre des médecins rappelle avoir pris depuis plusieurs mois, sur ce sujet, « des positions précises et détaillées ». Des positions « dont les autorités ne s’étaient jusqu’à présent pas saisies ». La Place Beauvau et le ministère de la Santé apprécieront comme il se doit cette précision. Et goûteront les éléments qui suivent.

L’Ordre des médecins rappelle tout d’abord « la nécessité absolue de préserver les principes fondamentaux de l’exercice professionnel, en particulier celui du secret médical ». Sans s’inscrire dans le champ du sacré cher à l’ancien maire de Lyon, le code de déontologie est très clair : la confidentialité entre le médecin et le patient est absolue. C’est un principe essentiel dans la relation de confiance qui lie les professionnels à leurs malades.

« Toutefois, dans certaines circonstances exceptionnelles, la loi permet aux médecins de passer outre au secret médical en cas de danger probable, rappelle encore l’institution ordinale. C’est pourquoi l’Ordre préconise la pleine application des textes en vigueur, et en particulier ceux du code pénal qui s’adressent à tout citoyen, plutôt que de créer de nouvelles dérogations au sujet desquelles on ne peut mesurer les possibles dérives ultérieures. »

Données policières

Et, pour finir, une courte leçon d’éthique politique et démocratique : « Enfin, dans un régime de libertés, la coopération des médecins ne peut se faire qu’avec les autorités de justice. Il en va du respect des principes fondamentaux de notre République.  C’est sur ces bases que l’Ordre des médecins se tient prêt à dialoguer avec les autorités de l’Etat afin de garantir, aux médecins et aux patients, le respect du contrat déontologique qui les lie. »

Dialoguer avec les « autorités de l’Etat » et non avec le seul ministre de l’Intérieur, même accompagné de la ministre de la Santé. Reste cette donnée policière :  le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT) établit qu’à peu près un tiers des personnes signalées présentent des troubles psychologiques. Soit près de 6 000 personnes. Quels types de pathologies ? Et sont-elles soignées ? M. Collomb pourrait-il répondre ces questions sans déroger au secret qui s’impose à ses fonctions ?

A demain

 

Maladie mentale et «radicalisés» : les psychiatres vont-ils collaborer avec la police ?

Bonjour

Hier encore, dans les dîners en ville évoquer la question des liens entre maladie psychiatrique et radicalisation terroriste suscitait le malaise. C’est désormais une question officielle. A la suite de l’attentat de Barcelone Gérard Collomb, ministre français de l’Intérieur, a annoncé au micro de RTL qu’il explorait la piste d’une collaboration avec les services psychiatriques et psychiatres libéraux. Objectif : « repérer » les terroristes potentiels ; renforcer la détection des profils à risque, notamment des personnes développant des « délires autour de la radicalisation islamique ».

Aujourd’hui Gérard Collomb récidive : il entend impliquer davantage les psychiatres dans la « prévention » des passages à l’acte terroriste. Le ministre s’exprimait sur RMC/BFMTV :

« Dans le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT), nous considérons qu’à peu près un tiers des personnes présentent des troubles psychologiques (…)  Il est clair que le secret médical, c’est quelque chose de sacré, mais en même temps, il faut trouver le moyen qu’un certain nombre d’individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas commettre des attentats ».

Sur RTL le ministre avait déclaré :

« On a deux types d’attaques aujourd’hui : des attaques planifiées et des gens qui se radicalisent brutalement, avec souvent des profils psychologiques extrêmement troublés. Nous sommes en train de travailler avec ma collègue ministre de la Santé pour essayer de repérer l’ensemble de ces profils qui, demain, peuvent passer à l’acte et donc mobiliser l’ensemble des hôpitaux psychiatriques, des psychiatres libéraux, de manière à parer à cette menace terroriste individuelle », a-t-il dit. Il s’agirait d’avoir « des protocoles, quand un certain nombre de gens ont des délires autour de la radicalisation islamique, pour pouvoir avoir des échanges avec celles et ceux qui les côtoient ».

Dieu leur parle

Pour sa part le Dr David Gourion (psychiatre libéral, ancien chef de clinique à l’hôpital Sainte-Anne) souligne dans une tribune parue dans Le Monde que « le lien entre maladie mentale et terrorisme n’est pas avéré », que « la loi sur le secret médical n’est pas compatible avec la mise en place d’une « collaboration » entre psychiatres et services de police » :

« M. Collomb a dit qu’il fallait travailler à repérer les personnes en voie de radicalisation. Il y a une réalité qui est la réalité psychiatrique qui est que la plupart des patients qui font des épisodes délirants ont l’impression que Dieu leur parle ; ça veut dire que les personnes de confession musulmane qui vont avoir un délire mystique pourraient être catégorisées comme ‘à risque’. Pour le coup, il ne faut absolument pas le faire, c’est dangereux. Le psychiatre n’a pas vocation à collaborer avec le ministère de l’Intérieur. Ce n’est pas son rôle. Nous sommes des médecins et pas des collègues des policiers ».

L’Ordre des médecins avait déjà travaillé ce délicat sujet. Il sera du plus grand intérêt de connaître la position du Dr Agnès Buzyn, collègue de Gérard Collomb en charge de la Santé. Sacré, le secret médical peut-il ici être violé ? Le « radicalisé » est-il un malade mental à identifier publiquement et à enfermer ? Le terrorisme imposera-t-il de réécrire la déontologie médicale ?

A demain