Rugby et psychologie de Sébastien Vahaamahina: mais pourquoi a-t-il perdu son sang-froid ?

Bonjour

Il y avait eu le célébrissime « coup de tête » de Zidane Zinédine (9 juillet 2006). Il y aura le tragi-comique « coup de coude » de Vahaamahina Sébastien (20 novembre 2019).  Une nouvelle fois, dans les médias, on a invoqué le « coup de folie ». Avant que l’homme ne soit voué aux gémonies par une large fraction de l’Ovalie. Et ce pour ne pas avoir, devant les caméras, su garder son sang-froid 1.

L’Equipe, quotidien sportif cherche à comprendre. Et invite Meriem Salmi à éclairer notre gouverne : l’homme est « psychologue du sport ». « Il voulait probablement trop bien faire et il s’est laissé emporter. L’homme a débordé du joueur. Il n’y a pas d’intervention volontaire de faire mais simplement un débordement émotionnel qui n’a pas du tout été géré ».

Autre psychologue appelé au chevet : Christian Ramos qui a travaillé avec la Fédération Française de Rugby. Il nous par le mécanisme réflexe, du cerveau reptilien qui sommeille en nous, « siège de nos instincts de survie ». Il nous parle aussi de néocortex, plus lent que le reptilien. Il nous dit aussi que l’harmonie n’est que « le juste équilibre entre les intelligences émotionnelles, rationnelles et situationnelles ».

Ni Hasard ni Fatalité

Une page plus loin, toujours dans L’Equipe, notre toujours excellent et sévère confrère Pierre-Michel Bonnot. Il ausculte d’autres profondeurs. Selon lui, ce jour là, c’est l’inconscient qui, structuré comme un coude, parla chez Sébastien Vahaamahina. Le désir, finalement, de rentrer à Clermont-Ferrand, la fatigue de jouer dans un quinze national depuis longtemps à côté de ses souliers et sous la coupe de ses dirigeants contestés.

« Coup de folie » ? Peut-être pas. Mais beaucoup de non-dits. Finalement, un bien beau cadrage-débordement réussi du vieux reptilien sur le jeune néocortex. Et la France qui perd son sang-froid et le match contre les Gallois.

A demain @jynau

1 Sang-froid : Aptitude à garder, en toutes circonstances, présence d’esprit et maîtrise de soi; cette même possession de soi-même. Synon. aplomb, assurance, impassibilité; anton. Affolement

« Le sang-froid est une vertu curieuse et on a raison de la vanter, bien qu’elle implique un certain mépris de l’homme et une grande considération pour la fatalité » (Chardonne, Claire, 1931, p. 143).

 

Pays-Bas : depuis neuf ans recluse dans une cave, la famille attendait sagement la «fin des temps»

Bonjour

Survivalisme ou psychiatrie ? L’étrange est partout, à commencer par le fil de l’AFP et cette dépêche mandée des Pays-Bas : six adultes (un homme et probablement ses cinq enfants) viennent d’être retrouvés par la police néerlandaise dans le sous-sol d’une ferme isolée du nord du pays. Ils y vivaient reclus depuis neuf ans pour, dit un média local, «attendre la fin des temps». La mère serait morte en 2010 et aurait, peut-être, été enterrée à proximité du domaine.

Lors d’une conférence de presse Roger de Groot, maire de Ruinerwold, village où se trouve la ferme perdue au milieu des champs et entourée d’arbres, a déclaré : «Je n’ai jamais rien vu de tel auparavant», La police a précisé dans un tweet avoir «trouvé six adultes, qui sont actuellement pris en charge». «Tous les scénarios sont encore ouverts. Une enquête est en cours». Combien de scenarii ?

« Il parlait d’une manière enfantine »

« C’est l’un des fils, âgé d’environ 25 ans, qui a permis cette découverte, rapporte l’AFP. Sale, vêtu de vieux vêtements, les cheveux en bataille, il s’était rendu dimanche soir dans un bar du village dans un état ‘’confus’’, demandant de l’aide, a raconté le gérant du café, Chris Westerbeek, à la chaîne locale RTV Drenthe. Le jeune homme a affirmé ne pas être sorti de la maison ‘’depuis neuf ans’’, a-t-il rapporté. ‘’Il a dit qu’il n’était jamais allé à l’école et semblait très confus. Il parlait d’une manière enfantine’’, a poursuivi Chris Westerbeek. »

Arrivée sur les lieux, la police a arrêté un homme de 58 ans, le locataire de la ferme, «pour ne pas avoir coopéré à l’enquête». Il ne s’agissait cependant pas du père de famille mais d’un ressortissant autrichien. Les personnes découvertes «avaient un mode de vie autarcique» dans la propriété depuis neuf ans, et plusieurs des enfants, désormais adultes, «n’ont pas été inscrits dans le registre des naissances», a indiqué le maire.

Selon RTV Drenthe, la famille vivait dans le sous-sol «dans l’attente de la fin des temps» et certaines des personnes découvertes «n’avaient aucune idée de l’existence d’autres personnes» dans le monde. La famille possédait un potager et d’une chèvre, d’après ce média. La famille a été relogée dans un parc de vacances situé à proximité, selon les médias locaux. Un sous-sol aux Pays-Bas ? Un « parc de vacances » à Ruinerwold, ? Partout règne l’étrange.

A demain @jynau

Autisme : voici comment on peut, en 3145 signes, résumer tout ce que chacun devrait savoir

Bonjour

Bloguer c’est, aussi, forwarder. Ici (au risque d’irriter) les « dix messages clés » signés dans la Revue du Praticien (septembre 2019) par le Pr Catherine Barthélémy (Faculté de Médecine, Université de Tours –  catherine.barthelemy @univ-tours.fr), l’une des meilleures spécialistes françaises du syndrome autistique. Nous avons souligné.

« 1 L’autisme n’est pas un syndrome rare. Une personne sur 100 est atteinte, ce qui signifie 700 000 personnes en France, 7500 nouveau-nés par an.

2 L’autisme est un trouble du neurodéveloppement qui apparaît dans les premiers semestres de vie et qui n’est pas dû à une mauvaise relation mère-bébé mais à des anomalies structurelles et fonctionnelles, probablement anténatales, du cerveau dit «social».

3 Connaît-on la cause de l’autisme ? Les idées reçues restent vivaces, mettant en cause les vaccinations, le gluten, les métaux lourds… Ces relations causales n’ont jamais été validées par la science.

4 L’autisme ne concerne pas seulement l’enfant avant 3 ans, il évolue toute la vie. Beaucoup d’adolescents, d’adultes atteints de ces troubles n’ont pas encore reçu de diagnostic et de prise en charge adaptée. Le diagnostic « vie entière » est une priorité de santé publique dans notre pays.

5 Les formes cliniques de l’autisme sont nombreuses : on parle d’un spectre de l’autisme allant de formes légères avec parfois des talents exceptionnels jusqu’à des formes sévères, associées à des déficiences multiples et à des maladies comme l’épilepsie (dans 30% des cas chez l’adulte), qu’il faut traiter.

6 L’autisme n’atteint pas seulement les garçons: le tableau clinique chez les filles peut être trompeur car ces dernières ont des stratégies pour paraître socialement « conformes » et s’adapter à ce qu’on attend d’elles. On comptait classiquement 4 garçons pour 1 fille. Ce sex-ratio est actuellement remis en question.

7 L’intervention précoce est un facteur majeur d’évolution positive : la plasticité des réseaux nerveux du « cerveau social » est à son maximum dans les premières années de vie. Cela représente un capital de récupération et d’adaptation si la prise en charge pluridisciplinaire adaptée est très précoce, avant 3 ans.

8 Quelles interventions chez l’enfant ? Les interventions recommandées en France (ABA, TED, Denver, PECS, TEACCH) visent le développement de compétences sociales, de langage et pour certaines des apprentissages précis, centrés sur l’autonomie et l’adaptation à la vie en collectivité. Différents programmes complémentaires impliquent des professionnels (orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeutes, psychologues) toujours en lien étroit avec la famille et le médecin traitant.

9 Il n’y a pas de traitement pharmacologique curatif de l’autisme : la prescription de psychotropes, neuroleptiques en particulier, à visée comportementale, doit être rigoureusement justifiée (troubles du comportement sévères et résistants) et encadrée selon la réglementation de la Haute Autorité de santé. En cas de comorbidité, comme les troubles du sommeil ou de l’attention, la mélatonine ou le méthylphénidate peuvent être prescrits.

10 Le médecin traitant ou le pédiatre sont en première ligne : pour repérer, pour « accompagner » l’annonce du diagnostic, pour orienter vers une «plateforme » de diagnostic de proximité qui définira les projets d’interventions spécifiques, pour assurer le suivi somatique. Le médecin qui repère, diagnostique et prescrit est un acteur majeur du système de soins et d’accompagnement. »

A demain @jynau

Quatre policiers tués à Paris : cinq jours pour passer du «coup de folie» à «l’hydre islamiste»

Bonjour

Tout va de plus en plus vite, y compris et surtout pour les médias ainsi, corollaire, que pour le pouvoir exécutif. Cinq jours après l’attentat ayant coûté la vie à quatre fonctionnaires de la Préfecture de police de Paris (PP) le président de la République Emmanuel Macron a rendu hommage, mardi 8 octobre, aux victimes – des victimes tuées par « leur collègue radicalisé », un agent administratif de la PP habilité secret-défense.

Le 3 octobre on apprenait que le tueur était est membre de la Direction du renseignement (DR-PP), qui aurait eu « un coup de folie ». L’assaillant « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales », assurait aussitôt le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. La psychiatrie en première ligne, donc. Le 5 octobre, « rebondissement islamiste » aux conséquences policières et politiques que nul ne peut encore imaginer. L’assaillant «aurait adhéré à une vision radicale de l’islam» et était en contact avec des individus de la «mouvance islamiste salafiste» indiquait Jean-François Ricard, procureur antiterroriste.

Nous sommes le 8 octobre. Le chef de l’Etat, accompagné du Premier ministre, Edouard Philippe, et des ministres de la justice, Nicole Belloubet, et des armées, Florence Parly, a prononcé un discours (solennel autant qu’inquiétant, presque orwellien) dans la cour de la préfecture. Il a promis un « combat sans relâche » « face au terrorisme islamiste », appelant « la nation toute entière » à « se mobiliser » face à « l’hydre islamiste » 1 :

« Une société de vigilance. Voilà ce qu’il nous revient de bâtir. Savoir repérer au travail, à l’école, les relâchements, les déviations. Cela commence par vous, fonctionnaires, serviteurs de l’Etat. Faisons bloc, tous ici réunis face au terrorisme. Nous mènerons toujours le combat et à la fin nous l’emporterons, car nous avons cette force d’âme. Nous le faisons pour nos morts, pour nos enfants, nous le faisons pour la nation. »

 « Trop souvent nous avons parlé, fait des lois puis sommes revenus au quotidien, comme si de rien n’était », a-t-il regretté, après s’être incliné devant les cercueils des quatre victimes. « Ce n’est en aucun cas un combat contre une religion, a-t-il précisé. Mais contre son dévoiement, qui conduit au terrorisme. »

Avant ce discours du chef de l’Etat, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, avait remis la Légion d’honneur, à titre posthume, aux quatre victimes : Damien Ernest, Anthony Lancelot, Brice Le Mescam, Aurélia Trifiro. Pour l’heure le pouvoir exécutif ne parle plus de psychiatrie, reconnaît un « dysfonctionnement d’Etat » mais se refuse à parler d’une « affaire d’Etat ».

A demain @jynau

1 Hydre :  MYTHOL. Serpent monstrueux à sept têtes qui repoussaient, à raison de deux pour une, à mesure qu’on les tranchait.

− P. métaph. [Symbole du mal qui se renouvelle ou s’étend dangereusement sans qu’on puisse le détruire] Quand Bossuet descendit dans la carrière, la victoire ne demeura pas longtemps indécise; l’hydre de l’hérésie fut de nouveau terrassée (Chateaubr., Gén., t. 1, 1803, p. 5).

Il était clair que l’hydre de l’anarchie était sortie de sa boîte et qu’elle se démenait dans le quartier (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 402).

L’hydre fasciste qui a presque submergé le monde d’un flot de sang (Déclar. univ. Homme,1949, p. 12).

B. − ZOOL. Polype d’eau douce, de très petite taille, ayant la faculté de régénérer les parties de son corps qui lui sont enlevées, dont la reproduction a lieu par bourgeonnement et par œufs, et appartenant à la classe des Hydrozoaires :

Policiers tués de Paris: rebondissement islamiste. Que restera-t-il, demain, du «coup de folie» ?

Bonjour

L’heure devient d’une extrême gravité. On connaît désormais son nom : Mickaël Harpon, informaticien de 45 ans, travaillait depuis 2003 à la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP). A tué à l’arme blanche, le 3 octobre, quatre fonctionnaires de ses collègues sur son lieu de travail. D’emblée syndicats, autorités et médias ont évoqué « un coup de folie ». L’assaillant « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales », avait aussitôt déclaré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, ce que confirmaient plusieurs syndicats de police. Ni le ministre, ni les syndicats, ni les médias n’expliquaient ce que pouvait désigner la formule « coup de folie ». Mais, déjà, certains médias annonçaient que l’auteur de l’attaque s’était converti à l’islam depuis 18 mois – ajoutant aussitôt ne pas savoir s’il existait un lien entre sa conversion et ce « passage à l’acte ».

Quarante-huit heures plus tard, rebondissement aux conséquences policières et politiques que nul ne peut encore imaginer : l’assaillant «aurait adhéré à une vision radicale de l’islam» et était en contact avec des individus de la «mouvance islamiste salafiste», a indiqué samedi Jean-François Ricard, procureur antiterroriste, cité par l’AFP. Les premières investigations ont relevé son «approbation de certaines exactions commises au nom de cette religion», «son souhait de ne plus avoir certains contacts avec des femmes», «sa justification» des attentats de Charlie Hebdo en 2015, «son changement d’habitude vestimentaire depuis quelques mois», a déclaré le procureur antiterroriste lors d’une conférence de presse.

Procédure pour violences conjugales

Mickaël Harpon abandonnait «toute tenue occidentale au profit d’une tenue traditionnelle pour se rendre à la mosquée», a encore révélé le procureur. Les investigations ont aussi «permis de faire apparaître des contacts entre l’auteur des faits et plusieurs individus, susceptibles d’appartenir à la mouvance islamiste». Cet homme au casier judiciaire vierge mais qui avait fait l’objet d’une procédure pour violences conjugales en 2009 s’était converti à l’islam il y a «une dizaine d’années», a précisé le procureur Ricard, qui a décrit dans le détail le parcours du tueur jeudi, évoquant une scène «d’une extrême violence».

L’assaillant a acheté le matin même de l’attaque deux couteaux, un «couteau de cuisine métallique» de 33 centimètres, et «un couteau à huîtres», qu’il a dissimulés sur lui. C’est à l’aide de ces couteaux qu’il a attaqué, entre 12h53 et 13 heures, plusieurs de ses collègues, avant d’être abattu par un policier stagiaire dans la cour de la préfecture.

L’étude de la téléphonie de son épouse, dont la garde à vue, débutée jeudi, a de nouveau été prolongée samedi pour 48 heures, a révélé que le couple avait «échangé 33 SMS, le matin des faits entre 11h21 et 11h50». «Au cours de cette conversation, l’auteur des faits a tenu des propos à connotation exclusivement religieuse qui se sont terminés par ces deux expressions: « Allah akbar » puis « suis notre prophète bien aimé, Muhammad, et médite le Coran »», a relaté le procureur. Il aurait, selon les témoignages dans son entourage, tenu «des propos similaires dans la nuit».

Où l’on mesure, la somme des questions majeures désormais soulevées, aux confins de la religion et de la psychiatre, du pouvoir policier et du pouvoir politique.

A demain @jynau

A Paris, quatre policiers sont tués, poignardés par un cinquième, abattu : un « coup de folie » ?

Bonjour

Dans les médias, soudain, une nouvelle vague montante d’émotion nourrie d’incompréhension. Un agent administratif de la préfecture de police de Paris (informaticien, vingt ans de maison) a, le 3 octobre, tué quatre fonctionnaires à l’arme blanche, sur son lieu de travail, avant d’être abattu. L’agression s’est produite en début d’après-midi dans les locaux de la préfecture, l’un des lieux les plus sécurisés de la capitale française, sur l’île de la Cité. « Le mobile à ce stade n’est pas connu », a déclaré Loïc Travers, secrétaire national adjoint Ile-de-France du syndicat Alliance.  Les circonstances laissent supputer qu’il a commencé dans le cadre et à proximité de son bureau avant d’en sortir et d’attaquer d’autres collègues ». 

L’assaillant est membre de la Direction du renseignement (DR-PP), qui aurait eu « un coup de folie » et « porté des coups de couteau avant d’être abattu par des fonctionnaires de police dans la cour de la préfecture ». Sourd et muet, l’agresseur a d’abord tué sa supérieure hiérarchique puis a poignardé deux autres personnes dans un escalier puis un dernier dans la cour de la préfecture où il a été abattu par un de ses collègues.

« Jamais de difficultés comportementales« 

Le parquet national antiterroriste, « en observation », a fait savoir à Reuters qu’il ne s’était pas saisi de l’affaire à ce stade. « C’est malheureusement un fait divers » (sic), a dit sur BFM TV Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure. Frédéric Guillot, délégué CGT à la préfecture de police de Paris : « On connaît avec beaucoup de tristesse un épisode de suicides dans la police, mais qu’un collègue se retourne contre d’autres, de mémoire ça n’est jamais arrivé ».

« L’agression s’est déroulée sur fond de malaise latent dans les rangs de la police, rappelle Reuters. Plusieurs milliers de fonctionnaires ont manifesté la veille à Paris pour exiger une amélioration de leurs conditions de travail, mais aussi clamer leur mal-être face à une ‘’haine du flic’’ qu’ils jugent de plus en plus préoccupante en France. Cinquante-deux policiers se sont suicidés depuis janvier. »

L’assaillant « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales », a déclaré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, ce que confirment plusieurs syndicats de police. Un « conflit personnel » ? Pour l’heure ni le ministre, ni les syndicats ni les médias n’expliquent ce que peut désigner la formule « coup de folie ». Et, déjà, certains médias annoncent que l’auteur de l’attaque s’était converti à l’islam depuis 18 mois – ajoutant aussitôt ne pas savoir s’il existe un lien entre sa conversion et ce « passage à l’acte ».

A demain @jynau

Bioéthique et procréation : la bien vieille barbe de l’éditorial du patron de Libération

Bonjour

Laurent Joffrin, 67 ans, exerce les redoutables fonctions de directeur de la rédaction et de la publication de Libération. A longtemps travaillé au Nouvel Observateur. Editorialise et commente dans différents médias. C’est un patron de presse qui, par ailleurs, écrit considérablement sur mille et un sujets considérés comme étant d’actualité. A ce titre il ne pouvait échapper à la révision de la loi de bioéthique et à la « PMA » dont tous les médias font aujourd’hui leurs choux gras.

Il fallait au patron de Libération un angle compatible avec le combat que mènent ses troupes militantes au nom de la « PMA pour toutes ». On peut voir là comme une forme de résurgence d’un rude combat mené par le même quotidien, il y aura bientôt cinquante ans : celui mené en faveur de la dépénalisation de l’IVG sous la professionnelle férule, notamment, de Béatrice Vallaeys. Les temps, certes, ont changé puisque le nouveau combat de Libé est celui du gouvernement voulant traduire dans la loi une promesse d’Emmanuel Macron, candidat à la présidence de la République.

Aujourd’hui Laurent Joffrin publie un éditorial intitulé  « PMA : l’Académie des vieilles barbes ». Entendre par là l’Académie nationale de médecine qui vient d’exprimer clairement sa position sur le projet de loi de bioéthique 1. Et Laurent Joffrin, qui se range sans surprise aux côtés d’Agnès Buzyn, se gausse de l’utilisation, par l’Académie de la formule «rupture anthropologique majeure» 2.

« L’argument «anthropologique» use d’un mot savant – et flou – pour stigmatiser une rupture fondamentale dans l’évolution des sociétés humaines. Aussitôt, on pense à un basculement civilisationnel dramatique qui verrait des apprentis sorciers violer les lois sacrées de la nature au détriment de millions d’enfants. »

 Anthropologie véritable

L’ennui, selon lui, c’est que les « vrais anthropologues » (sic)  ne semblent guère (re-sic) souscrire à cette version de l’anthropologie. Et le patron de Libération, ce citer, sans surprise « Françoise Héritier, l’une des plus célèbres spécialistes de la discipline » :

«Rien de ce que nous faisons ou pensons, systèmes de vie, d’attitude et de comportement, n’est issu directement de lois naturelles. Tout passe par un filtre mental, cérébral et idéel, produit d’une réflexion collective qui prend forme à un moment de notre histoire, évolue et peut encore évoluer. […] Rien de ce qui nous paraît naturel n’est naturel.» 

Traduction du patron de Libération : « Les anti-PMA appellent la science au secours : la science les désavoue ».

L’Académie s’inquiète de la multiplication des «enfants sans père» ? « Nouveau désaveu : la plupart des études universitaires menées sur la question démentent cette horrifique angoisse, écrit Laurent Joffrin qui conseille Cairn.info, « site universitaire pour le moins sérieux » (re-re-sic) et une étude datée de 2006 : « Du désir à l’acte : les enfants de la procréation médicalement assistée (PMA) » Hélène Lazaratou et Bernard Golse. Laurent Joffrin donne la conclusion « sans appel » des auteurs :

«Au total, en accord avec les études existantes, les enfants qui sont nés par des méthodes de procréation médicalement assistée ne présentent pas de problèmes particuliers dans leur développement mental ou émotionnel.» 

Voici, en réalité, la conclusion de ces mêmes auteurs, en 2006 :

« Sur un plan psychanalytique, il va de soi que le rôle des PMA sur le développement de l’enfant ne peut être conçu qu’au sein d’un modèle polyfactoriel renvoyant au concept freudien de  » série complémentaire « . Dans cette perspective, le maniement de la relation avec les parents ayant recours aux PMA se doit donc d’être extrêmement prudent sur le plan éthique, afin de ne pas donner lieu à un processus inacceptable de culpabilisation.

Il y aurait lieu sans doute d’approfondir les dynamiques différentes du désir d’enfant et du désir de grossesse dans le cadre de ces situations particulières, mais tel n’était pas notre propos, ici Nous voulions seulement insister sur la revue de la littérature internationale qui permet, aujourd’hui, de penser que le devenir des enfants nés par PMA ne se trouve marqué par la survenue d’aucune difficulté psychologique ou psychopathologique spécifique. »

Chute de l’éditorial: « De là à penser que les scrupules  »anthropologiques » des burgraves de l’Académie de médecine ne sont que l’habillage savant de préjugés racornis, il n’y a qu’un pas. » Les Burgraves de la rue Bonaparte apprécieront.

A demain @jynau

1 L’Académie nationale de médecine a, dans sa séance du mardi 18 septembre 2019, a adopté ce document par 69 voix pour, 11 voix contre et 5 abstentions Auteurs du rapport : Jean-François Mattei (rapporteur) au nom du Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine. Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine: Catherine Barthélémy, Marie-Germaine Bousser, Jacques Bringer, Jean Dubousset, Gilles Crépin, Elisabeth Eléfant, Claudine Esper, Jean-Noël Fiessinger, Dominique Lecomte, Yves Le Bouc, Jean-Roger Le Gall, Jean-François Mattei, Dominique Poitout, Paul Vert.

2 Extrait du rapport de l’Académie nationale de médecine (ANM) :

« A ce titre, la conception délibérée d’un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure qui n’est pas sans risques pour le développement psychologique et l’épanouissement de l’enfant. L ‘argument régulièrement avancé pour rejeter le risque pour 1’enfant se fonde sur certaines évaluations, essentiellement dans quelques pays anglo-saxons et européens, faisant état de l’absence d’impact avéré sur le devenir de 1’enfant.

L’ANM ne juge pas très convaincantes ces données au plan méthodologique, en nombre de cas et en durée d’observation sur des enfants n’ayant pas toujours atteint l’âge des questions existentielles. Quoiqu’il en soit, 1’ANM rappelle que 1’incertitude persiste sur le risque de développement psychologique de ces enfants au regard du besoin souvent exprimé de connaître leurs origines. Cela conduit donc à souhaiter qu’il y ait des études en milieu pédopsychiatrique à partir d’enfants privés de pèresparmi lesquels ceux issus de 1’AMP pour des femmes seules ou en couples. Cela permettra d ‘évaluer le devenir de ces enfants au nom du principe de précaution si souvent évoqué pour des sujets d ‘importance moindre. II apparaît, à 1’ANM que cette disposition est contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989, ratifiée par la France. Celle-ci mentionne le droit de l’enfant à connaître ses parents en insistant sur le « bien de l’enfant » comme sur son « intérêt supérieur ».