Psychiatrie : que faire quand l’isolement et la contention mécanique sont nécessaires ?

 

Bonjour

Spécialité médicale éminemment politique, la psychiatrie est aujourd’hui radicalement absente de la sphère politicienne. Son nom n’est jamais prononcé dans les torrents verbeux de la campagne présidentielle. Dans les gazettes ? Elle ne figure plus que dans quelques rubriques : les faits divers sanglants et quelques procès de cour d’assises. On l’avait toutefois retrouvée ici ou là, ces dernières années (dans La Croix et Libération notamment) au travers de la question, médicale, légale et éthique, de la « contention des malades » 1 Une question enfin abordée de manière pragmatique par la Haute Autorité de Santé – un travail original, éthique et politique qui doit être salué 2.

« L’évolution de la psychiatrie se caractérise par d’importants progrès en matière de prises en charge plus précoces, ouvertes sur la cité et plus efficaces. Elles impliquent de plus en plus les patients et leurs proches en améliorant le pronostic des troubles mentaux les plus sévères, écrit la HAS.  Aujourd’hui, le plus fréquemment, l’hospitalisation ne correspond qu’à un temps limité des prises en charge souvent pour des tableaux cliniques décompensés. Les différentes réponses en termes de soins doivent s’appuyer sur la relation et la participation du patient. Le recours à une mesure d’isolement ou de contention ne peut se justifier qu’en dernier recours, au terme d’un processus de désamorçage d’un tableau clinique critique. »

Fatalité asilaire

 Dans un tel contexte le recours aux mesures d’isolement et de contention psychiatriques est devenu un sujet hautement sensible. Ce qui était jadis tenu pour une fatalité asilaire (la « camisole ») ne peut plus l’être aujourd’hui. Le respect des libertés individuelles entre ici en conflit avec le rôle et la fonction des intervenants, la légitimité de telles mesures, la sécurité du malade et celle d’autrui. Reste la question de la fréquence de ces situations de contentions. « Les données épidémiologiques/statistiques sont rares et aucun suivi n’existait jusqu’à présent mais il semble que le recours à l’isolement et la contention soit en recrudescence, avec des situations inégales d’une région à l’autre, d’un établissement à l’autre, voire d’un service à l’autre. »

De fait, depuis plusieurs années, diverses autorités attirent l’attention sur les recours aux mesures d’isolement et de contention, considérant que leur usage n’est pas toujours motivé par des raisons thérapeutiques et qu’il convient de les encadrer. Ce fut le cas du Contrôleur général des lieux de privation de liberté et du Comité européen pour la prévention de la torture qui, depuis plusieurs années, dénoncent « un usage non systématiquement justifié de ces mesures ». C’est dans ce contexte et pour répondre à la nécessité d’un encadrement plus rigoureux de ces mesures que la Direction Générale de la Santé et celle de l’Organisation des Soins ont dans leur demandé à la HAS de travailler le sujet.

On entend bien que l’angélisme n’est pas ici de mise. Ces « pratiques thérapeutiques » peuvent « être considérées comme indispensables dans certaines situations ». Pour autant cette nécessité, et la violence qui la sous-tend, ne saurait tout justifier. Cette contrainte nécessaire pour les personnes concernées justifie, précisément, que ces pratiques soient « particulièrement encadrées et envisagées dans des conditions très précises ». Comment, en d’autres termes, maintenir dans les espaces psychiatriques un état de droit, une déontologie et une éthique dans les espaces psychiatriques.

« Soins sans consentement »

L’essentiel ? En France, 400 000 personnes sont hospitalisées chaque année dans des établissements et services psychiatriques. Les épisodes de violence des patients hospitalisés, lorsqu’ils surviennent, affectent autant les soignants que ces patients. Pour la HAS les mesures d’isolement et de contention « ne doivent s’appliquer qu’aux patients hospitalisés en soins sans consentement » et ce « en dernier recours ».

L’isolement et la contention ne sauraient être que des mesures d’ultime recours, mises en œuvre quand l’ensemble des mesures de prévention des épisodes de violence a échoué. Et les différentes recommandations pratiques formulées par la HAS visent « à améliorer la prise en charge des patients et la qualité des soins, et à veiller au respect de leurs droits fondamentaux ainsi qu’à leur sécurité ». Extraits :

« Il doit s’agir de faire face à un danger important et imminent pour le patient ou autrui. L’utilisation de la contention et de l’isolement ne peut avoir lieu que pour une durée limitée, après une évaluation du patient, sur décision du médecin présent. Si ce n’est pas un psychiatre, la confirmation de cette décision par un psychiatre doit intervenir dans l’heure. La contention ne peut être mise en place que dans le cadre de l’isolement. 

« L’objectif de ces mesures ne peut en aucun cas être de punir, humilier ou établir une domination sur des patients ou de résoudre un problème organisationnel comme un manque de personnels. La HAS encourage les établissements de santé à aménager des espaces d’apaisement dans les unités de soins afin de constituer une étape supplémentaire de désescalade avant l’isolement et la contention.

« À l’initiation de la mesure d’isolement, l’indication est limitée à 12 heures (6 heures pour la contention). Si l’état de santé du patient le nécessite, la décision et la fiche de prescription doivent être renouvelées dans les 12 heures (6 heures pour la contention). En cas de prolongation, la décision et la fiche de prescription doivent être renouvelées toutes les 24 heures. Les isolements de plus de 48 heures et les contentions de plus de 24 heures doivent rester exceptionnels. »

Registres

On ajoutera que la mise en place d’une mesure d’isolement doit être effectuée dans des conditions de sécurité suffisantes pour le patient et l’équipe de soins dans un lieu dédié adapté, un espace d’isolement qui permette le repos et l’apaisement. La contention mécanique doit être faite dans cet espace. Enfin, il est primordial que le patient en situation d’isolement ou de contention bénéficie d’une surveillance accrue avec au minimum deux visites médicales toutes les 24 heures.

Par ailleurs (comme le prévoit la loi de modernisation du système de santé) chaque mesure d’isolement ou de contention devra être recensée dans un registre en préservant l’anonymat du patient. Ce registre mentionnera le nom du psychiatre ayant décidé cette mesure, sa date et son heure, sa durée et le nom des professionnels de santé ayant surveillé le patient.  La HAS ne désespère pas : de tels registres devraient, à terme, permettre un meilleur recueil de données relatives à ces pratiques. Dans l’attente on peut s’interroger sur les raisons qui font que le spectacle politique, alors même qu’il s’en nourrit, est devenu allergique à la psychiatrie.

A demain

1 « Une épidémie de « contentions physiques » en milieu psychiatrique et hospitalier est annoncée » Journalisme et santé publique 18 septembre 2015

2 « Isolement et contention en psychiatrie générale. Méthode Recommandations pour la pratique clinique » Haute Autorité de Santé. Février 2017.

 

 

Polémique sur la psychanalyse et la pédopsychiatrie : précisions de Bruno Fallissard

Bonjour

Evoquant le cri d’alarme lancé il y a quelques jours dans les colonnes du Monde quant à l’avenir de la pédopsychiatrie en France, nous ne pensions pas réactiver la vieille querelle centrée (pour résumer) sur la place de la psychanalyse au sein de cette discipline. C’était une erreur.

Plusieurs critiques nous ont ainsi été faites expliquant en substance que la tribune du Pr Bruno Fallissard 1 était une forme de plaidoyer à peine masqué en faveur de l’usage des approches psychanalytique dans le champ de la pédopsychiatrie – et notamment dans la prise en charge des personnes souffrant de syndromes autistiques. Ces critiques ad hominem nous ont conduit à demander à l’auteur s’il souhaitait, sur ce thème, apporter des précisions. Les voici :

« A vrai dire il faut hésiter entre la tristesse de voir qu’aujourd’hui, encore plus qu’avant semble-t-il, tout et n’importe quoi ressort inlassablement. Et puis, plus raisonnablement, il faut accepter que les choses soient comme elles sont et que tout le monde a le droit de s’exprimer.

Alors venons-en aux faits. Je ne suis pas psychanalyste Je n’ai pas suivi d’analyse. Personne dans ma famille n’est psychanalyste ni n’a été en analyse. Mon activité clinique est dans le service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Robert Debré, connu pour ses positions non, voire antipsychanalytiques. Dans mon papier j’ai essayé de peser avec précaution tous les mots que j’utilisais : 

« Pour s’occuper de ces patients, il faut à l’évidence des médecins, médecins formés non seulement à l’étude du fonctionnement du cerveau, mais aussi à la psychologie, à la systémique familiale et, avant tout, à la clinique pédopsychiatrique. »

Je ne parle jamais de psychanalyse, et je mets en avant le fait de devoir connaître le fonctionnement du cerveau (bien sûr). Mais aussi, et on l’oublie souvent, de la systémique, tellement importante en pédopsychiatrie. Et j’aurais pu parler de la phénoménologie, tellement importante aussi. Mais tout le monde ne voit là que des arrières pensée psychanalytiques…

 Alors, du coup, effectivement il y a de quoi partir en croisade contre cette pensée anti-psychanalytique folle. Et c’est ce que je fais de temps en temps, parce que je pense qu’il faut le faire. 

La psychanalyse est une discipline respectable, passionnante sur un plan théorique et utile aux patients comme l’ont montré de nombreuses études randomisées. Voilà tout. »

 A demain

1 Bruno Falissard est directeur du Centre de Recherche en Epidemiologie et Santé des Populations (Maison de Solenn, Paris) et président de l’International Association for Child and Adolescent Psychiatry and Allied Professions (Iacapap)

 

Demain, en France, les pédopsychiatres se compteront sur le bout des doigts. Pourquoi ?

 

Bonjour

Plus qu’une simple tribune c’est un cri d’alarme que vient de lancer, dans Le Monde, le Pr Bruno Fallissard, pédopsychiatre et biostatisticien. Directeur de l’unité Inserm « santé mentale et santé publique » l’auteur est bien placé pour savoir que, collectivement, nous ne voulons pas voir que les enfants peuvent souffrir de problèmes psychiatriques.

Le Pr Fallissard fournit ici d’utiles précisions de vocabulaire.  Il ne faut pas voir dans l’expression « maladie mentale » une maladresse de style. « Point d’euphémisme, point de  » trouble  » ou de  » syndrome « , mais des  » maladies « , car il existe en psychiatrie des maladies comme dans le reste de la médecine, écrit-il. Et ces maladies sont parmi les plus fréquentes chez les jeunes, et parmi les plus graves. »

Quelques dizaines d’internes

Comment prendre au mieux en charge les jeunes patients atteints de maladies psychiatriques ? « Presque toujours sur la base d’un travail de groupe associant les patients, les familles, des enseignants, des travailleurs sociaux et des soignants parmi lesquels, bien sûr, des médecins que l’on dénomme pédopsychiatres (…) Pour s’occuper de ces patients, il faut à l’évidence des -médecins, formés non seulement à l’étude du fonctionnement du cerveau, mais aussi à la psychologie, à la systémique familiale et, avant tout, à la clinique pédopsychiatrique. »

Or, et c’est l’objet de ce cri d’alarme : la pédopsychiatrie est, aujourd’hui, programmée pour disparaître. Ecoutons le lanceur d’alerte :

« La dernière attaque en date vient de la réforme en cours de la formation des internes en pédopsychiatrie. Tout est fait pour que la spécialité devienne la moins attractive possible. Il y a 640 pédopsychiatres en France, d’une moyenne d’âge légèrement supérieure à 60 ans. La discipline a perdu plus de 50 % de ses effectifs sur la période 2007-2016. Aujourd’hui, quelques dizaines d’internes seulement sont formés chaque année. Vouloir encore diminuer ce nombre, c’est assumer la fin de la discipline. »

Intelligentsia et prérogatives

Qui assumera ? Le Pr Fallissard ne craint pas de répondre, au risque de froisser dans un milieu peu habitué aux réquisitoires prononcés en public :

« Depuis le début des années 2000, la pédopsychiatrie est victime d’assauts d’une violence sans précédent. Assauts venant de certains collègues psychiatres pour adultes ou de certains neuro-pédiatres, qui voient là une possibilité d’élargir leurs prérogatives ; assauts venant de l’intelligentsia du monde universitaire et de la recherche, qui pense trop souvent que les neurosciences à elles seules apporteront une solution à tous les problèmes psychiatriques ; assauts de certains politiques, souvenons-nous d’un récent projet de loi contre la possibilité de recourir à certains soins dans l’autisme. »

Il ajoute une donnée historique oubliée en ces temps de post-vérité : les spécialités médicales ne sont pas éternelles. Qui se souvient de la disparition, il y a un demi-siècle, de la « neuropsychiatrie » malheureusement écartelée, depuis, en deux disciplines étrangères ? La pédopsychiatrie française entame-t-elle, en 2017 une disparition bientôt irréversible ? Si oui, qui en sera tenu pour responsable ?

A demain

Les terribles diagnostics de Mme Elisabeth Roudinesco sur François et Pénélope Fillon

Bonjour

François et Pénélope Fillon porteront-ils plainte contre Mme Elisabeth Roudinesco, psychanalyste à Paris ? Dans la dernière livraison de L’Obs la gardienne des temples freudiens se livre à un exercice qui n’est ni anodin ni sans danger : porter à distance des diagnostics sur les Grands de ce monde.

C’est, dans la période moderne, une entreprise que mena depuis Genève, avec talent et succès,  le Dr Pierre Rentchnick (« Ces malades qui nous gouvernent »). François Mitterrand n’était pas encore au pouvoir en France et l’affaire apparaissait alors comme encore sulfureuse. On sait ce qui, depuis, s’est passé.

Judas et Brutus

N’étant pas médecin Mme Roudinesco se borne aux pathologies mentales. Et encore, traitant longuement de Donald Trump elle se garde de décréter qu’il est « cliniquement fou ». « Je ne peux pas le dire, car je ne fais pas de diagnostic foudroyant (sic) » prévient-elle. Pour la France et l’actuelle élection présidentielle la psychanalyste ne résiste pas à nous offrir ses lumières. Nous avons assisté « à la mise à mort de François Hollande par Judas et Brutus, c’est-à-dire Emmanuel Macron et Manuel Valls ».

D’où il ressort que l’auteur de la célèbre formule selon laquelle « la politique c’est mystique » est bien un homme qui trahit pour de l’argent. Et qu’il n’a, si l’on se souvient bien, guère d’avenir. Puis vient le cas et l’affaire Fillon qui voit un homme s’acharner.  Mme Roudinesco :

« L’acharnement à dénier est un mécanisme que chacun peut comprendre, mais s’acharner à dénier un fait avéré en affirmant avoir la légalité avec soi mais pas la moralité, et bafouer ce qu’on a dit, c’est un vrai problème, cela montre que ce candidat est atteint de démesure. Voilà une névrose qui effare tout le monde, y compris son propre camp. Pour se défendre, il ne peut que développer des théories complotistes : « Je n’ai rien fait, les médias sont ligués contre moi pour m’abattre etc. »

Donald Trump a d’ailleurs usé de la même rhétorique. François Fillon n’est pas fou mais son raisonnement l’est. Car s’il perd, il détruit son parti. Et s’il gagne, comment pourra-t-il être président après avoir refusé de se soumettre à la justice ? »

Le cas Emma Bovary

Pour Mme Roudinesco (qui vote Benoît Hamon), François Fillon « fait  passer son narcissisme personnel avant son parti et avant l’intérêt de l’Etat ». Est-il le premier ? « Il fait d’ailleurs peser un risque non négligeable sur sa vie de famille, ajoute-t-elle. On peut éprouver de la compassion pour Pénélope Fillon réduite au silence et dont on en connaît la voix que par une vidéo où elle exprime une plainte, un ennui, une sorte de bovarysme. »

Rappelons que le « bovarysme »  est, schématiquement, un trouble de la personnalité dont souffrent (parfois) les personnes dites « insatisfaites » 1. Ce terme fait référence à la célèbre héroïne de Gustave Flaubert, Emma Bovary. On se souvient qu’Emma passe son enfance dans un couvent. Pour tromper son ennui, elle se réfugie dans la lecture, rêvant d’une vie aventureuse et romanesque. Plus tard, elle épousera un triste médecin, Charles Bovary. En apparence, Emma a tout pour être heureuse. Mais elle s’ennuie en Normandie, sa vie amoureuse ne correspond en rien à celle de ses rêves. Elle va alors dépenser sans compter et entretenir plusieurs liaisons adultères. On connaît la fin. Cette entité a fait l’objet de nombreux travaux et écrits médicaux, psychiatriques et psychanalytiques.

Au final cette étrange conclusion de Mme Roudinesco concernant le couple Fillon : « Le spectateur-électeur est ainsi mis dans une situation de voyeur devant quelque chose qui ne le regarde pas ».

A demain

1 http://madamebovary.fr/definition-du-bovarysme/

 

 

Quarante-huit coups de couteau : le meurtre du médecin généraliste pouvait-il être prévenu ?

 

Bonjour

« Coup de folie » a déclaré son avocat, avant même les conclusions à venir des experts en psychiatrie. Et personne n’a, en ces temps troublés, évoqué la piste du « terrorisme ». « S’il est une certitude concernant le meurtrier du Dr Patrick Rousseaux, tué le 1er février à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) de plusieurs dizaines de coups de couteau c’est que les expertises psychiatriques le concernant seront cruciales, résume Le Parisien qui publie une photo parlante du médecin. Hier soir, Mourad B., 41 ans, a été mis en examen pour ‘’homicide volontaire aggravé’’. » Il a été placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne).

Pour Le Parisien « la santé psychiatrique de Mourad pose question » au regard des  coups de couteau qu’il a donnés au praticien qui avait été (« un moment donné ») son médecin traitant. Le procureur de la République de Chartres, Rémi Coutin, a d’ores et déjà précisé que l’homme avait tenu des propos incohérents et décousus en garde à vue. « Tout l’enjeu de cette affaire, c’est la question de sa responsabilité pénale », avance l’avocat de Mourad B., Me Xavier Torré.

L’autopsie réalisée à Angers a révélé que, contrairement à ce qui avait été indiqué précédemment, le corps de la victime ne présentait pas trente mais quarante-huit coups de couteau, a précisé le procureur. « Il semble que le décès soit lié à l’ensemble de ces blessures, et non à certains coups mortels », a expliqué le médecin légiste à  L’Écho Républicain. En pratique il s’agira, une nouvelle fois, pour la justice d’évaluer le « discernement » du meurtrier au moment des faits. Etait-il totalement « aboli » ou simplement « altéré ». Pour Me Torré, les jeux sont faits : son nouveau client a été « pris d’un coup de folie ».

« Il n’allait pas bien »

On sait aujourd’hui qu’après avoir tué son médecin en fin de matinée, le meurtrier a rallié en voiture les Yvelines, où il a de la famille. Puis il a ainsi été interpellé aux Mureaux dans la soirée alors qu’il marchait, les bras ensanglantés. « Un proche, qui le croisait lors d’événements familiaux, n’a jamais noté de problème particulier, note encore Le Parisien (Nicolas Jacquard).  Domicilié dans le centre historique de Nogent-le-Rotrou, l’homme se rendait régulièrement chez sa sœur et son beau-frère – lesquels habitent à deux pas du cabinet médical. C’est là que ce couple a été entendu jeudi 2 février par les gendarmes, et qu’un vélo a notamment été saisi. »

Pas de « problème particulier », donc. Mais un neveu du meurtrier a expliqué que Mourad avait été hospitalisé récemment en psychiatrie. « Il n’allait pas bien, et s’en était rendu compte, complète Me Torré. Il était lui-même en demande de prise en charge. » « Aura-t-on un jour une réponse à ses motivations ? Je l’espère mais n’en suis pas certain. En attendant il y a une émotion légitime dans la commune, je souhaite qu’elle ne se transforme pas en colère. »

Colère ? La municipalité de Nogent-le-Rotrou a ouvert, dès le lendemain du meurtre, une cellule d’aide psychologique proposée à tous les habitants. Puis, le lendemain, un rassemblement et une marche silencieuse ont été organisées à laquelle ont participé plus de cinq cents personnes. Un autre rassemblement est prévu mardi 7 février devant la préfecture d’Eure-et-Loir à Chartres, à l’appel de la CSMF.

Boîtiers de téléalarme

On sait que ce syndicat médical exhorte le gouvernement à prendre « des mesures exceptionnelles et immédiates » pour renforcer la sécurité des médecins. Il réclame la mise en place d’un numéro d’appel d’urgence, réservé aux praticiens (avec reconnaissance du numéro de l’appelant). Il demande aussi l’installation de caméras de surveillance aux abords et dans les salles d’attente – et d’un boîtier de téléalarme dans les cabinets médicaux, financé par les pouvoirs publics.

Le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, suggère encore un accompagnement ponctuel des visites par un policier, en cas d’appel suspect ou de patients reconnus difficiles, ainsi que la mobilisation d’un chauffeur, pris en charge par les collectivités territoriales, pour accompagner le médecin pendant les gardes de nuit.

On ne peut pas, dans l’émotion, ne pas entendre ces réclamations syndicales. Et pourtant. Posons comme hypothèse que ce dispositif ait existé le 1er février dernier. Aurait-il prévenu les conséquences du « coup de folie » de Mourad B. ?

A demain

Meurtre du généraliste de Nogent-le-Rotrou : un suspect, déséquilibré, a été arrêté aux Mureaux

 

Bonjour

Un quadragénaire soupçonné d’avoir tué mercredi 1er février à l’arme blanche le Dr Patrick Rousseaux dans son cabinet de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) a été interpellé aux Mureaux (Yvelines). L’homme est en garde à vue dans des locaux de la gendarmerie d’Eure-et-Loir, après son arrestation, mercredi 1er février, aux Mureaux (Yvelines). Ce suspect aurait attiré l’attention des policiers aux Mureaux du fait de son étrange comportement.

« En marge de cette audition, les gendarmes vont effectuer une série de vérifications sur son éventuel téléphone portable, sur son entourage et sur son passé, précise L’Echo Républicain. Le suspect a été trouvé sur la voie publique par des policiers qui avaient remarqué une blessure à un bras. L’homme leur a expliqué qu’il s’était lui-même entaillé « pour enlever une puce électronique qu’on lui avait posée ». Hospitalisé pour faire soigner ses blessures, il a agressé le personnel soignant.

Recueillement silencieux

L’émotion est grande dans le Perche. « Les praticiens de Nogent-le-Rotrou garderont leur cabinet fermé ce vendredi 3 février, a assuré un généraliste au Quotidien du Médecin. Ce même jour, ils se retrouveront tous ensemble pour décider de la conduite à tenir. Parallèlement, un recueillement silencieux, lancé par un des patients du Dr Rousseaux, aura lieu ce vendredi à 18 heures devant le cabinet du praticien décédé. »

Responsable départemental de la CSMF, le Dr Gérald Galliot parle pour sa part d’un « sentiment de révolte ». Les violences, qu’elles soient physiques ou verbales, augmentent dans les cabinets, assure-t-il. « Pas une année sans qu’un confrère ne soit brutalisé à son cabinet, ajoute-t-il, même si le sommet de l’horreur a été atteint hier ».

Outre une action de la CSMF prévue à Chartres le 7 février le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins rappelle qu’il a rencontré le 15 décembre dernier le ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux. Ce dernier « avait à cette occasion souscrit plusieurs engagements relatifs à la protection des professionnels de santé, applicables dans les plus brefs délais ». L’Ordre l’exhorte, ainsi que Marisol Touraine, à mettre en œuvre ces mesures au plus vite. Ces engagements politiques seront-ils suffisants ?

A demain

 

Schizophrénie et maladies psychiatriques : ne pas diaboliser la molécule de nicotine

 

Bonjour

La lutte, vitale, contre le tabagisme ne doit pas conduire à diaboliser la nicotine. Outre dans les produits industriels induisant une redoutable dépendance cet alcaloïde présent dans les plantes de la famille des solanacées (dont le tabac) a des propriétés insecticides et fongicides. Une famille d’insecticides de synthèse (dénoncés par les écologistes), les néonicotinoïdes, est dérivée de la nicotine naturelle. Et sans doute les propriétés de la nicotine sont-elles encore à découvrir, voire ses usages amenés à s’élargir.

On sait que les personnes schizophrènes consomment du tabac plus fréquemment encore que la moyenne de la population – consommation associée à une forte dépendance à la nicotine 1. Pourquoi ? La question est rarement posée, sauf par quelques équipes 2. Elle ne l’est jamais par les responsables politiques en charge de la lutte contre le tabagisme qui, au mieux, regardent ce phénomène comme une fatalité psychiatrique. Selon des chercheurs de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’INSERM et de l’École normale supérieure (ENS), ce tabagisme intensif pourrait être favorisé par un « effet positif » de la nicotine sur le fonctionnement du cortex préfrontal.

Cortex préfrontal

Associés à des collègues étrangers ces chercheurs viennent de publier dans Nature Medicine une étude originale voire prometteuse permettant de visualiser, dans des modèles animaux, l’effet direct de la nicotine à l’échelon cérébral : « Nicotine reverses hypofrontality in animal models of addiction and schizophrenia »

Dirigés par Fani Koukouli et Uwe Maskos (Institut Pasteur de Paris, Neurobiologie Intégrative des Systèmes Cholinergiques)  ces chercheurs expliquent que le cortex préfrontal est une région dont les mécanismes physiologiques sont altérés chez certains malades psychiatriques, dont les schizophrènes. A l’état normal  l’activité du cortex préfrontal est modulée par des neurotransmetteurs (dont l’acétylcholine) via les récepteurs à acétylcholine (ou « nicotiniques »). Ces récepteurs sont impliqués dans de multiples processus dont le contrôle des mouvements volontaires, la mémoire, l’attention, la douleur ou l’anxiété.

Les auteurs ont créé un modèle murin spécial de schizophrénie via une mutation génétique humaine récemment identifiée comme potentiellement associée aux troubles cognitifs des schizophrènes et à la dépendance au tabac. Il s’agit d’une mutation sur le gène CHRNA5. La baisse d’activité cérébrale de ce modèle peut être comparée à celle de patients schizophrènes voire souffrant d’une addiction. Puis, via une technologie d’imagerie in vivo, les chercheurs ont observé (dans des zones spécifiques d’interneurones) une activité diminuée des cellules du cortex préfrontal chez les souris génétiquement modifiées.

Cigarette électronique

Est-ce une nouvelle cible thérapeutique ? On peut l’espérer. « L’administration répétée de nicotine rétablit l’activité normale du cortex préfrontal », explique Uwe Maskos. La fixation de la nicotine sur les interneurones « influence l’activité des cellules pyramidales du cortex préfrontal qui retrouvent un état d’excitation normal », précise la chercheuse Fani Koukouli. La molécule thérapeutique devra présenter une configuration voisine de la nicotine mais débarrassée de ses effets nocifs.

Dans l’attente, qui s’intéresse à la cigarette électronique chez les malades psychiatriques souffrant en outre d’une addiction tabagique ?

A demain

1 Sur ce thème, venu de Suisse : « Comment arrêter de fumer quand on souffre de troubles psychiatriques ? »

2  Sur ce thème, par exemple, dans la maladie de Parkinson : « Chronic high dose transdermal nicotine in Parkinson’s disease: an open trial ».