Gilets Jaunes et «ignominie»: les auteurs seront-ils poursuivis pour provocation au suicide ?

Bonjour

Pâques 2019. Comprendre comment et pourquoi ? En rester au constat ?   Ignoble, honteuxabject : Après l’ignominie de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, les mots manquent aux représentants de la classe politique pour dire leur indignation après les « Suicidez-vous ! Suicidez-vous ! » lancés aux forces de l’ordre samedi 20 avril à Paris durant de l’acte XXIII des Gilets Jaunes.

Dans le désordre :

François-Xavier Bellamy, jeune tête de liste LR pour les élections européennes :  « Ils crient : “suicidez-vous”. Depuis janvier, 28 policiers se sont suicidés. Deux fois plus que l’an dernier. Autant de familles détruites, auxquelles ce cri inhumain doit retourner le cœur… Aucun de ceux qui ont crié cela ne doit rester impuni. Aucun ».

Christian Estrosi, maire LR de Nice : « Ignoble et abject ».

Eric Ciotti :  « Honteux et indigne ».

Nathalie Loiseau, tête de liste LRM et ancienne ministre des Affaires européennes : « Comment tenir de tels propos là où si souvent les Français se sont rassemblés dans la dignité et en hommage à la République ? Cette foule n’est pas le peuple. Condamnons ensemble ces paroles révoltantes ».

Marine Le Pen, dirigeante du Rassemblement national : « Comment peut-on scander suicidez-vous aux forces de l’ordre ? ! C’est honteux enfin ! Cette haine de la police est idéologique et hélas systématique dans les rangs des anarchistes ».

Emmanuel Grégoire, premier adjoint de la maire PS de Paris Anne Hidalgo : « Il n’est pas acceptable que des gens crient suicidez-vous à la police place de la République ».

Pâques 2019. L’incitation au suicide ?  Dans le code pénal français on peut lire ceci :

Section 6 : De la provocation au suicide.

Article 223-13 : Le fait de provoquer au suicide d’autrui est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende lorsque la provocation a été suivie du suicide ou d’une tentative de suicide. Les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 75000 euros d’amende lorsque la victime de l’infraction définie à l’alinéa précédent est un mineur de quinze ans.

Article 223-14 modifié par Ordonnance n°2000-916 du 19 septembre 2000 – art. 3 (V) JORF 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002 : La propagande ou la publicité, quel qu’en soit le mode, en faveur de produits, d’objets ou de méthodes préconisés comme moyens de se donner la mort est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Article 223-15 : Lorsque les délits prévus par les articles 223-13 et 223-14 sont commis par la voie de la presse écrite ou audiovisuelle, les dispositions particulières des lois qui régissent ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermination des personnes responsables. »

Pâques 2019. Au moins 52 personnes ont été tuées dimanche 21 avril au Sri Lanka dans une série d’explosions dans des hôtels et des églises où était célébrée la messe de Pâques. 280 personnes ont été blessées dans ces explosions, a par ailleurs annoncé le directeur de l’hôpital national de Colombo. Deux déflagrations se sont notamment produites dans l’église Saint-Anthony de Colombo et l’église Saint-Sébastien de Negombo, une localité au nord de la capitale. Au moins 160 personnes blessées dans l’explosion de l’église Saint-Anthony ont été admises à l’hôpital national de Colombo, a déclaré à l’AFP un de ses responsables.

A demain

 

 

 

 

Narcissisme. Quand Emmanuel Macron remet la Légion d’honneur à l’auteur de «Soumission» 

 

Bonjour

Emmanuel Macron remettra ce jeudi 18 avril la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. La cérémonie se déroulera au Palais de l’Elysée en présence de nombreux amis du célèbre écrivain… dont l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy. Le sujet est traité dans Paris Match (Bruno Jeudy) :

« Finalement Nicolas Sarkozy sera présent à la remise de légion d’honneur à son «ami» Michel Houellebecq (il avait été invité à son récent mariage) L’agenda de l’ancien président s’est finalement libéré et il sera à l’Elysée ce soir pour honorer le célèbre écrivain. En revanche, son épouse Carla Bruni-Sarkozy sera absente. L’ex-chef d’Etat y croisera les nombreux invités personnels de l’auteur de «Sérotonine». Parmi eux : le philosophe et académicien Alain Finkielkraut, l’écrivain Frédéric Beigbeder, le journaliste David Pujadas, le chanteur Jean-Louis Aubert (ex-Téléphone), le directeur de la rédaction de «Valeurs Actuelles» Geoffroy Lejeune et la journaliste Charolotte d’Ornellas. »

« Comme le veut la tradition, Emmanuel Macron prononcera un discours pour retracer la carrière du décoré. Le chef de l’Etat connaît Michel Houellebecq depuis plusieurs années. Leur première rencontre date de l’époque où le futur président de la République était ministre de l’Economie. Il avait reçu le romancier à Bercy. Les deux hommes se tutoient. Parmi les sept romans publiés par l’auteur de ‘’Sérotonine’’, Emmanuel Macron a une préférence pour ‘’La carte et le territoire’’ récompensé par le prix Goncourt en 2010. Le chef de l’Etat a pris l’habitude d’ailleurs de qualifier l’écrivain ‘’d’entomologue de la société française’’. »

Un minimum de culture et de connaissance historique

Le sujet est aussi traité dans Le Monde – sous un angle différent, le quotidien vespéral ouvrant ses colonnes à Jean-Philippe Domecq, romancier et essayiste (« L’amie, la mort, le fils » (Thierry Marchaisse, 2018) et « Exercices autobiographiques » (La Bibliothèque, 2017) :

«  Sauf à considérer qu’une récompense républicaine n’a plus de sens, on ne peut laisser sans discussion l’octroi de la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. D’autant que, d’ordinaire, les cérémonies de décoration honorifique à l’Elysée sont collectives et que celle-ci sera entièrement dédiée à l’auteur de ‘’Sérotonine’’ (…) Est-il possible de faire entendre enfin, malgré le concert de louanges qui accueille la parution de chaque roman de Michel Houellebecq, qu’il y a un décalage, profond mais passé sous silence, entre la ferveur médiatique dont il bénéficie et l’appréciation critique que beaucoup de lecteurs ont de son œuvre ? Tout un lectorat qui n’a pas de leçon d’ouverture d’esprit à recevoir a fort bien perçu que chaque narrateur des romans de Houellebecq exprime son dégoût de l’émancipation.

« Souvenons-nous : pourquoi et quand Céline a-t-il sorti son sinistre fonds de commerce politique ? Dès l’instant où Céline s’est confondu avec Bardamu, son narrateur. Ceux qui invoquent sans cesse la pertinente et nécessaire distinction entre narrateur et auteur pourraient s’aviser que, de roman en roman, le narrateur de Michel Houellebecq a la même attitude à l’encontre des conquêtes de la modernité européenne ; cela finit par faire des romans porte-voix, et porte-voix d’une idéologie nauséabonde. Evidemment, l’auteur est un malin, chaque fois il se dérobe derrière son narrateur et échappe aux mains qui le veulent bien. C’est qu’il les soulage, il leur signifie que tout est permis dans les opinions.

« ‘’Cette distinction vient récompenser un grand écrivain français reconnu comme tel’’, dit le communiqué de l’Elysée. Un minimum de culture et de connaissance historique permet pourtant de voir qu’il y eut toujours des succès massifs pour la littérature du « ça va mal », du « on a tout perdu ». Des titres comme Les Beaux Draps, de Céline, ou Les Décombres, de Lucien Rebatet, ont donné à qui les lisait le sentiment d’avoir tout compris et qu’’’on se le disait bien’’. Depuis les années 1930, ce tour d’opinion facile n’y va plus si direct ; on est passé du lyrisme paranoïaque à l’ironie perverse-narcissique. »

Ironie ou pas, et bien au-delà du lyrisme de la paranoïa, de la perversité et du Palais de l’Elysée, on ne peut que conseiller, de la psychiatre, psychanalyste et victimologue Marie-France Hirigoyen, le remarquable « Les Narcisse » (Editions La Découverte)

A demain

@jynau

 

Autisme et politique : Sophie Cluzel regrette-t-elle vraiment d’avoir insulté les psychiatres ?

Bonjour ?

Sophie Cluzel, 58 ans, est depuis près de deux ans, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées. Le 1er avril, sur les ondes de RMC   elle déclenchait une violente polémique en succombant avec délice à l’invite « anti-psy » de Jean-Jacques Bourdin. C’était le début d’une affaire sans précédent connu, affaire qui est loin d’être terminée.

Dix jours plus tard, ce communiqué : « Pédopsychiatres et psychiatres du service public exigent des excuses à la suite des propos outranciers de Sophie Cluzel, Secrétaire d’Etat au Handicap ». Un texte adressé à Sophie Cluzel avec copie « à Monsieur le président de la République à Madame la ministre des Solidarités et de la Santé ». Ire comparable au sein du Syndicat national des psychiatres privés – ainsi que du Conseil national professionnel de psychiatrie (qui regroupe l’ensemble des sociétés savantes et syndicats de psychiatrie) « condamnant à l’unanimité et avec la plus grande fermeté les propos irresponsables et scandaleux de la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées .»

 Qui allait pouvoir effacer l’outrage ? Agnès Buzyn vient de faire un premier pas. La ministre des Solidarités et de la Santé visitait, le 12 avril, l’Établissement de santé mentale de l’agglomération lilloise (EPSM-AL). Elle y a rencontré, le Dr Patricia Do Dang, cheffe de pôle du secteur 59I04 et de la Clinique intersectorielle de l’adolescent. Cette soignante lui a déclaré que, comme nombre de pédopsychiatres, elle avait été très heurtée par les propos de la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées.

Totale confiance dans la psychiatrie et les psychiatres

Des propos « disqualifiants voire insultants » qui démontraient, selon la pédopsychiatre, une ignorance des réalités de terrain. Des paroles, rapporte Le Quotidien du Médecin (Géraldine Langlois), qui  révélaient également selon elle le « manque de soutien du plus haut sommet de l’Etat » envers les professionnels.

Réponse d’Agnès Buzyn, les propos de Mme Cluzel faisaient référence « à un vieux reproche fait par des familles sur la prise en charge des enfants autistes dans les années 1980, qui culpabilisaient les familles ». Et, selon la ministre, la secrétaire d’État « doit regretter d’avoir heurté » les pédopsychiatres. « Nous avons totalement confiance dans la psychiatrie et les psychiatres dans la prise en charge » de ces enfants, a assuré la ministre des Solidarités et de la Santé.

Ce « nous » ministériel, en toute logique républicaine, s’impose désormais à Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat. Cette dernière, désormais n’a plus le choix si elle entend continuer à assumer ses responsabilités : il lui revient, au plus vite, de présenter ses regrets à la communauté des soignants qu’elle a « heurtés » Et de s’expliquer.

A demain

@jynau

Autisme : Emmanuel Macron présentera-t-il ses excuses à l’ensemble des psychiatres français ? 

Bonjour

Elle voulait, d’un mouvement du menton,  « changer la donne », elle est parvenue à liguer contre elle tous les pédopsychiatres et psychiatres du service public. Sophie Cluzel, 58 ans, est depuis près de deux ans, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées. Elle s’exprimait le 1er avril dernier,  sur les ondes de RMC (1er avril). Et elle a très volontiers succombé à l’invitation « anti-psy » de Jean-Jacques Bourdin :

« J-J B : Il va falloir que l’on arrête une fois pour toutes de placer ces enfants autistes devant des psychiatres …

S.C. : Complètement d’accord avec vous ! C’est bien pour ça qu’on change la donne, qu’on arrête de parler de psychiatrie, qu’on parle vraiment d’une très bonne prise en charge, très très précoce

– Ce n’est pas un enfant qui a perdu la raison … ! Certainement pas !

– Non, il des troubles de la communication…

– Voilà …

– Des troubles d’interactions avec ses pairs, et donc c’est comme ça qu’on change la donne (…) »

‘Nous sommes atterrés »

Depuis l’ire couvait dans l’ensemble de la communauté psychiatrique française 1. Et voici, dix jours plus tard, ce communiqué : « Pédopsychiatres et psychiatres du service public exigent des excuses à la suite des propos outranciers de Sophie Cluzel, Secrétaire d’Etat au Handicap ». Un texte adressé à Sophie Cluzel avec copie « à Monsieur le président de la République à Madame la ministre des Solidarités et de la Santé ». Extraits :

« Psychiatres et pédopsychiatres du service public, nous sommes atterrés par votre sortie médiatique sur les ondes de RMC. Vous y avez affirmé votre volonté ‘’de ne plus placer les enfants autistes devant un psychiatre’’, en dénonçant une ‘’prise en charge inadéquate dans les hôpitaux psychiatriques où ils n’ont rien à faire’’. Vous avez même souhaité ‘’que l’on arrête de parler de psychiatrie’’.

« Nous vous demandons des excuses. Nous ne pouvons accepter la violence de vos propos et nous nous interrogeons sur les enjeux de votre intervention. Il ne peut s’agir d’erreurs à répétition. Après Marie-Arlette Carlotti, Ségolène de Neuville, les gouvernements se suivent, mais les secrétaires d’État au handicap lancent leurs bombes les unes après les autres à l’encontre du travail effectué par les psychiatres et les équipes hospitalières. Ils annulent ainsi les constats de notre ministre de tutelle réaffirmant la nécessité d’allouer plus de moyens à l’hôpital public. (…)»

« Nous ne rencontrons que très rarement ces enfants Asperger pour lesquels le plan de stratégie nationale contre l’autisme a d’ailleurs été fait, et donc ne s’adressant pas aux problématiques de la grande majorité des enfants et adultes ‘’TSA’’. Aussi nous ne pouvons accepter vos propos aussi grotesques que calomnieux. Nous tenons encore et encore à réaffirmer nos positions éthiques : Non, L’annonce du diagnostic TSA ne peut le plus souvent se suffire à lui-même (…) Non, nous ne pouvons pas abandonner les enfants ‘’TSA’’ et leurs familles alors que les risques d’exclusion sociale sont inhérents à ces troubles (…) Non, les services hospitaliers ne discriminent pas les patients. Ils accueillent tout type de troubles, y compris ceux qui sont à risque de faire exploser les institutions. (…) Non, nous ne réclamons pas le monopole (…) »

Emmanuel et Brigitte

« En nous désignant comme bouc émissaire de l’incurie de l’Etat, peut être retardez-vous le moment où les familles de vous demanderont des comptes ! Aux côtés des familles, nous souhaitons connaître vos propositions face au manque de places adaptées au sein des institutions médico-sociales, en particulier en ESAT et en foyer occupationnel. En interdisant ‘’le passage devant un psychiatre’’, vous évitez ainsi que des médecins ne se fassent les porte-voix des épreuves vécues par la majorité des TSA ‘’non haut niveau’’, présentant un retard global, sans accès langage, avec des comorbidités (auto-et/ou d’hétéro-agressivité). 

« En vous exprimant ainsi, vous effectuez un clivage dramatique entre les missions de la solidarité et de la santé et celles du handicap. Vous dissociez de façon toute à fait archaïque la souffrance physique, la souffrance psychique et la souffrance sociale. Vous apparaissez ainsi hors de la réalité vécue des humains présentant des handicaps et de leurs familles placés sous votre responsabilité (…)

«Aussi nous exigeons des excuses publiques pour vos propos disqualifiant nos compétences et notre engagement professionnel. Face à votre discours discriminant et glaçant, nous opposons nos inventions thérapeutiques ‘’ sur mesure ‘’  et notre détermination éthique qui sont des graines semées auprès des enfants les plus vulnérables et leurs familles et qui nous permettent de rêver en ce printemps nouveau. »

Sophie Cluzel s’excusera-t-elle ? Agnès Buzyn le fera-t-elle à sa place ? On peut imaginer qu’Emmanuel Macron (qui avec son épouse Brigitte avait, il y a un an, exprimé publiquement son engagement personnel concernant la prise en charge de l’autisme) aura à cœur de retisser le lien rompu entre son gouvernement et ces professionnels.

A demain

1 Le Conseil national professionnel de psychiatrie (qui regroupe l’ensemble des sociétés savantes et syndicats de psychiatrie) « condamne à l’unanimité et avec la plus grande fermeté les propos irresponsables et scandaleux de la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées prononcés le 1er avril 2019.»

Quant au Syndicat national des psychiatres privés il écrit : «Face aux mensonges, à l’ignorance totale, au mépris et au déni pour le travail fourni et difficile des psychiatres, affichés par les représentants du peuple et certains médias qui les relaient nous sommes  scandalisés et exigeons qu’un débat soit organisé avec des représentants de la psychiatrie. Le sujet de l’Autisme est tristement devenu un enjeu politique ».

Nouveau : un délégué ministériel déploiera la feuille de route de la santé mentale nationale

Bonjour

C’est un communiqué officiel et ministériel daté du 11 avril 2019 : Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a nommé le Pr Frank Bellivier délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie.

Chef du département de psychiatrie et de médecine addictologique du groupe hospitalier Saint-Louis, Lariboisière et Fernand Widal à Paris et chercheur reconnu dans le domaine des troubles mentaux (et notamment du trouble bipolaire) il sera en charge du déploiement de la feuille de route santé mentale et psychiatrie, annoncée en juin 2018. « Il est également connu pour sa vision globale, multidisciplinaire et intégrative de la discipline ainsi que pour son expérience auprès des patients » précisent les services de la ministre.

Psychiatrie stratégique dans les régions et autres territoires

Sa feuille de route à lui : « impulser la dynamique de transformation et d’ouverture de la psychiatrie, coordonner le pilotage national de la stratégie « santé mentale et psychiatrie », et ainsi participer au développement de la stratégie dans les régions et les territoires ».

« C’est donc un profil très neurosciences qu’a choisi la ministre pour un poste pourtant très politique, tant les tensions sont aujourd’hui nombreuses dans la planète psy, et le manque de moyens criant, comme on le voit depuis deux ans avec des grèves à répétition dans les grands hôpitaux psychiatriques, comme celui d’Amiens, ou du Havre, commente Libération (Eric Favereau). Vendredi 12 avril le nouveau délégué ministériel à la psychiatrie fera sa première sortie avec la ministre dans des services de santé mentale à Lille. »

La ministre Agnès Buzyn donnera-t-elle au Pr Franck Bellivier la liberté de déployer la feuille de route nationale dans les territoires en se débarrassant du jargon techno-politique qui prévaut dans les sphères parisiennes étouffantes du pouvoir exécutif ?

A demain

@jynau

Suicides : quelques mots à propos des médecins hospitaliers et des personnes emprisonnées  

Bonjour

L’hôpital et la prison. Deux centrales syndicales hospitalières Action praticiens hôpital (APH) et Jeunes Médecins ont annoncé qu’elles saisiront désormais  « systématiquement » la justice après un suicide d’un confrère afin de mettre « les pouvoirs publics face à leurs responsabilités ».

JEUNES MEDECINS@JeunesmedecinsF Ça suffit. Dorénavant, « nous saisirons la justice » #suicides cc @Dr_moji @DrSabrinaaurora @gkierzek @EgoraInfo @leQdM @HOSPIMEDIA @lemondefr @EmanuelLOEB @F_Verdonk @Etienne_Pot @ISNItwit @HAS_sante @MinSoliSante

Les deux structures, reprend Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos) veulent mettre un terme à « l’omerta » qui règne selon elles autour de ces décès, qu’ils surviennent sur le lieu de travail ou à domicile. Le 3 mars 2019, le Dr Nicolas Siegler, un urologue de 37 ans exerçant dans le Gard, a mis fin à ses jours. Un mois plus tôt le Pr Christophe Barrat, chirurgien de 57 ans, s’est suicidé par défenestration dans les locaux de l’hôpital Avicenne (Assistance publique – Hôpitaux de Paris), à Bobigny. En 2018, un interne en psychiatrie  de 27 ans du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et un jeune assistant orthopédiste exerçant à l’hôpital de Castres se sont donné la mort. Trois autres suicides ont eu lieu à Châteauroux, à Eaubonne et à Strasbourg.

« La liste ne cesse de s’allonger, soulignent les deux syndicats de praticiens hospitaliers. Les réactions des pouvoirs publics comme des établissements concernés minimisent l’impact des conditions de travail conduisant à ces drames, le plus souvent par des communiqués lapidaires et insupportables. » Action praticiens hôpital (APH) et Jeunes Médecins dénoncent l’absence d’une instance spécifique où ils siégeraient afin de participer à l’examen des conditions de travail, de la sécurité et de la santé de tous les praticiens

Comment relativiser

On apprend, dans le même temps, qu’en France le nombre de suicides de personnes détenues a atteint en 2018 un pic jamais égalé depuis au moins dix ans avec 131 personnes décédées – contre 117 en 2017. Le plus jeune avait 22 ans, le plus âgé en avait 68. L’essentiel de ces passages à l’acte intervient au sein de l’établissement pénitentiaire (119 contre 103 en 2017), tandis qu’un plus petit nombre (12 contre 14) a lieu hors des murs (à l’hôpital, en permission de sortir, etc.).

Selon une étude interne extrêmement détaillée que Le Monde (Jean-Baptiste Jacquin) s’est procurée, la direction de l’administration pénitentiaire relativise néanmoins ce constat en observant que par rapport au nombre de détenus, qui a lui aussi atteint un record en dépassant les 70 000, le taux de suicide (16 pour 10 000) est inférieur à ceux de 2016 (16,3 pour 10 000) ou 2009 (18,3 pour 10 000).

« L’administration pénitentiaire a pris ce sujet très au sérieux notamment depuis le plan d’action ministériel de 2009 relatif à la prévention du suicide des personnes détenues, précise le quotidien vespéral. Un audit mené en 2015 par l’Inspection des Services Pénitentiaires, l’Inspection de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et l’Inspection Générale des Affaires Sociales avaient formulé des recommandations qui ont été mises en œuvre depuis, mais sans grand effet sur le taux de suicide.

Ce constat d’échec est mis en lumière par un collectif d’associations (Caritas France, l’Observatoire international des prisons, les Petits frères des pauvres) qui, nous apprend Le Monde,  organisaient jeudi 28 mars à Paris pour la onzième année consécutive un hommage aux morts de la prison. Ces associations font valoir que l’une des explications de ces suicides (essentiellement par pendaison dans la cellule) est à rechercher dans la dégradation des conditions de détention liées à la surpopulation carcérale. Pour Alexis Saurin, président de la Fédération des associations de réflexion action prison et justice, « l’administration pénitentiaire doit changer de modèle : « chercher à donner aux gens envie de vivre plutôt que de se contenter d’essayer d’empêcher le passage à l’acte ».

« Accidentés de la vie »

Huit pays de la grande Europe – dont la France –, affichent toujours de « graves problèmes de surpopulation » carcérale, selon une étude du Conseil de l’Europe rendue publique mardi 2 avril et résumée par l’AFP.  Outre la Russie, parmi les pays affichant le plus grand nombre absolu de détenus figurent le Royaume-Uni (84 373), la Pologne (73 822) et la France (69 596). La France enregistre également le plus haut taux de suicide (12,6 pour 10 000 prisonniers) et le plus grand nombre d’évasions (611).

 « On ne pourra pas faire baisser significativement le nombre de suicides à l’intérieur [des prisons] tant que l’on ne fera pas baisser les suicides à l’extérieur qui font quelque 10 000 morts par an », explique étrangement la direction de l’administration pénitentiaire. française Autrement dit, si la France a l’un des taux de suicide en détention le plus élevé d’Europe (après la Norvège ), c’est que ce chiffre dans la population non détenue y est aussi nettement plus élevé qu’ailleurs.

Et la difficulté dans l’analyse du taux de suicide en détention, sept fois plus que dans la population générale, est de quantifier la part qui s’expliquerait par les caractéristiques de la population concernée – marquée par des fragilités psychologiques, voire psychiatriques, et de nombreux « accidents de la vie ».

Cette lecture vaudrait-elle également pour les suicides de soignants ?

A demain

@jynau

Deux ans après, le meurtrier présumé du médecin généraliste ne sera finalement pas jugé

Bonjour

Il y a deux ans un homme tuait le Dr Patrick Rousseaux, 64 ans, dans son cabinet de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). L’autopsie devait établir  que le médecin avait succombé à quarante-huit coups de couteau. « S’il est une certitude concernant le meurtrier du Dr Patrick Rousseaux, c’est que les expertises psychiatriques le concernant seront cruciales,  résumait Le Parisien qui publiait une photo parlante du médecin. Hier soir, Mourad B., 41 ans, a été mis en examen pour ‘’homicide volontaire aggravé’’. Il a été placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne). »

« Coup de folie » déclarait son avocat, avant même les conclusions des experts. Et personne n’avait évoqué la piste du « terrorisme ».  Pour Le Parisien « la santé psychiatrique de Mourad posait question » au regard des coups de couteau qu’il avait donnés au praticien qui avait été (« un moment donné ») son médecin traitant. Le procureur de la République de Chartres, Rémi Coutin, précisait que l’homme avait tenu des propos incohérents et décousus en garde à vue. « Tout l’enjeu de cette affaire, c’est la question de sa responsabilité pénale », avance l’avocat de Mourad B. Pour lui aucun doute :  l’homme avait été « pris d’un coup de folie ».

La municipalité de Nogent-le-Rotrou avait ouvert, dès le lendemain du meurtre, une cellule d’aide psychologique proposée à tous les habitants. Puis, le lendemain une marche silencieuse avait réuni plus de cinq cents personnes. Un autre rassemblement avait été prévu à l’appel de la CSMF. Ce syndicat médical exhortait alors le gouvernement à prendre « des mesures exceptionnelles et immédiates » pour renforcer la sécurité des médecins. Il réclamait notamment la mise en place d’un numéro d’appel d’urgence, réservé aux praticiens (avec reconnaissance du numéro de l’appelant), l’installation de caméras de surveillance aux abords et dans les salles d’attente – et d’un boîtier de téléalarme dans les cabinets médicaux, financé par les pouvoirs publics.

Le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, suggérait encore un accompagnement ponctuel des visites par un policier, en cas d’appel suspect ou de patients reconnus difficiles, ainsi que la mobilisation d’un chauffeur, pris en charge par les collectivités territoriales, pour accompagner le médecin pendant les gardes de nuit.

L’affaire avait suscité une vive émotion, suscitant un écho national, se souvient  Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long). À l’époque ministre de la Santé, Marisol Touraine avait exprimé son soutien « à l’ensemble des médecins généralistes de France, endeuillés par ce drame, qui accomplissent chaque jour un travail exemplaire, dans des conditions parfois difficiles, au service de leurs patients ».

« Trouble psychique ayant aboli son discernement »

Deux ans ont passé. La cour d’appel de Versailles vient de rendre un arrêt dans lequel elle déclare irresponsable le meurtrier présumé du Dr Rousseaux – information publiée par  L’Écho républicain :

« Après deux ans de procédures, d’expertises et de contre-expertises psychiatriques, la Cour d’appel de Versailles a rendu son arrêt, jeudi 14 mars 2019 : Mourad Bakir, auteur présumé du meurtre du docteur Patrick Rousseaux, le 1er février 2017, à Nogent-le-Rotrou, est déclaré irresponsable pénalement.

Contacté hier, le procureur de la République, Rémi Coutin, a confirmé nos informations : ‘’ Il évite les assises en raison d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes au moment des faits.’’

La Cour d’appel a, par ailleurs, décidé de maintenir le meurtrier en soins psychiatriques au centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne) et a prononcé une interdiction de paraître en Eure-et-Loir durant vingt ans et de détenir une arme.

L’enquête sur la personnalité de Mourad Bakir, Franco-Marocain de 43 ans, aura permis de comprendre le cheminement paranoïaque l’ayant conduit à cet acte. Le Nogentais, benjamin d’une fratrie de dix enfants, avait perdu sa mère en 1999 et son père en 2017. ll avait changé de comportement, selon plusieurs témoins, depuis la perte de son emploi, moins d’un an avant les faits. »

A demain

@jynau