Les triomphes d’Emmanuel Macron coïncident avec une augmentation des cas d’exorcisme

Bonjour

L’étrange est partout. Nous sommes au surlendemain du (nouveau) triomphe d’Emmanuel Macron Et voici que le malicieux Figaro nous apprend que chacun des cent diocèses de France dispose désormais d’un prêtre exorciste 1. Comment ne pas faire le rapprochement quand on se souvient de la confession (à un journal dominical) du candidat Macron pour qui « la politique c’est mystique » ? Et ne vivons-nous pas aujourd’hui une forme d’exorcisme collectif sous couvert de pâmoison contagieuse et d’incitation au dégagisme ?

Car exorciser c’est, pour l’essentiel, purifier. On chasse le mal de l’endroit où il se trouve (sans trop s’inquiéter, d’ailleurs, de son prochain refuge). C’est chasser Satan du corps d’un possédé. C’est le délivrer de l’esprit malfaisant qui l’ensorcelle ce qui n’est pas, on le sait, sans lien avec la pratique de la psychiatrie et de l’addictologie (les « démons » de l’alcoolisme).

Ou avec celle de l’écriture – comme l’explique Paul Valéry soutenant que Gustave Flaubert fut toujours hanté par le démon de la connaissance encyclopédique, dont il a essayé de s’exorciser en écrivant « Bouvard et Pécuchet ». Sans oublier, avant Louis-Ferdinand Céline, Marcel Proust : « Je ne saurais trop recommander aux écrivains la vertu purgative, exorcisante, du pastiche ».

Bureau national des exorcismes

Le Figaro, lui, a eu accès aux chiffres officiels : il y a dix ans, et pour la seule Île-de-France, le nombre d’exorcismes pratiqués par des prêtres catholiques avoisinait une quinzaine de cas par an. Une cinquantaine d’exorcismes sont désormais accomplis annuellement. Et de citer le père Emmanuel Coquet, secrétaire général adjoint de l’épiscopat qui accompagne le bureau national des exorcistes :

« Il y a un accroissement très net. Les exorcistes sont frappés de voir que le phénomène prend de plus en plus d’ampleur. En réalité c’est l’évêque qui est l’exorciste du diocèse mais il confie cette tâche par une délégation formelle à un ou deux prêtres qui sont assistés par une équipe de laïcs et de religieux pour cette mission ».

Imagine-t-on ce que peut être, aux frontières du sourcier et du passeur de feu, le pouvoir d’exorciser ? La première difficulté, confesse le père Emmanuel Coquet, est de trier les dossiers. Près de 2500 demandes environ arrivent chaque année dans les diocèses d’Île-de-France. Le temps passe et Satan réclame plus de discernement que dans le passé. Le diabolique n’a plus les pieds fourchus, il fait de plus en plus dans le symbolique. Il faut savoir trier avant que d’exorciser.

Expertises psychiatriques

C’est bien pourquoi l’Église catholique « fait appel à des expertises psychiatriques pour évaluer si la personne aurait plutôt besoin de soins médicaux ». Ce n’est que si l’exorcisme est opportun qu’il est pratiqué –  encadré en termes liturgiques. Précision : le rituel contenant les prières de l’exorcisme n’est pas public. Seul l’évêque le reçoit et le transmet au prêtre pour sa mission d’exorciste. Rien n’est dit sur les tarifs.

Le psychanalyste, l’addictologue, la psychologue ne sont jamais très loin : un exorcisme majeur n’est, tout bien pesé, rien d’autre qu’une liturgie de la parole : lectures de textes de la Bible, prières de litanies, profession de foi, imposition des mains et formule de l’exorcisme. Une différence : le thérapeute n’est jamais seul qui œuvre toujours accompagné de plusieurs personnes en prières. Père Emmanuel Coquet :

« Il peut arriver que les forces de la personne soient soudain décuplées, explique le père Coquet. On laisse la personne exprimer la violence qu’elle porte en elle mais il faut se protéger en cas de difficultés. D’autres ne supporteront pas la vue d’un crucifix ou l’évocation de tel ou tel saint. D’autres encore se mettent à parler une langue qu’ils n’ont jamais apprise… Nous assistons après l’exorcisme à d’authentiques apaisements, libérations et guérisons intérieures. Tout cela est bien réel cela ne s’invente pas. »

Qui, père Emmanuel, pourrait raisonnablement penser que tout cela est inventé ? Reste toutefois, pendante, la grande question : Satan existe-t-il réellement (comme le soutient le Pape François) ou n’est-il qu’un symbole (comme le soutienne les Jésuites). L’affaire, nous dit Le Figaro, agite aujourd’hui les hautes sphères de la hiérarchie catholique. Elle n’est pas non plus étrangère à la politique française puisque l’on sait, désormais, que le nouveau président de la fille aînée de l’Eglise a été formé par les pères jésuites. Au célèbre collège de La Providence. Ce qui ne s’invente pas.

A demain

1 « En France, le nombre d’exorcismes en nette augmentation » Le Figaro (Jean-Marie Guénois) 12 juin 2016.

Petits enfants malades des écrans : quand la ministre de la Santé se saisira-t-elle du dossier ?

Bonjour

C’est une addiction plate et précoce. Et c’est une tribune essentielle dans Le Monde daté du 31 mai : « La surexposition des jeunes enfants aux écrans est un enjeu majeur de santé publique ».  Des médecins et professionnels 1 alertent sur les graves troubles du comportement et de l’attention qu’ils observent de plus en plus chez les petits. Sujet aussitôt repris et développé au journal de 13 heures de France Inter. C’est une affaire naissante que nous avons déjà abordée sur ce blog. C’est un dossier majeur dont l’émergence médiatique coïncide avec une nouvelle donne politique : l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, Emmanuel Macron qui, durant la campagne a répété toute l’importance qu’il entendait voir accordée à la prévention.

Que nous disent les professionnels de la santé et de la petite enfance ? Qu’ils observent dans leur pratique les graves effets d’une exposition massive et précoce des bébés et des jeunes enfants à tous types d’écrans : smartphone, tablette, ordinateur, console, télévision. Lisons-les un instant : :

« Nous recevons de très jeunes enfants stimulés principalement par les écrans, qui, à 3 ans, ne nous regardent pas quand on s’adresse à eux, ne communiquent pas, ne parlent pas, ne recherchent pas les autres, sont très agités ou très passifs. La gravité de ces troubles nous conduit à réinterroger les éléments déjà exposés dans des articles précédents.

« Captés ou sans cesse interrompus par les écrans, parents et bébé ne peuvent plus assez se regarder et construire leur relation. Les explorations du bébé avec les objets qui l’entourent, soutenues par les parents, sont bloquées ou perturbées, ce qui empêche le cerveau de l’enfant de se développer de façon normale. Ces deux mécanismes – captation de l’attention involontaire et temps volé aux activités exploratoires – expliquent à eux seuls les retards de langage et de développement, présents chez des enfants en dehors de toute déficience neurologique. »

Taper, lécher, renifler….

Ils observent aussi chez ces enfants des symptômes très semblables aux troubles du spectre autistique (TSA), des absences ­totales de langage à 4 ans, des troubles attentionnels prégnants ; des troubles relationnels majeurs : « l’enfant ne sait pas entrer en contact avec les autres, il les tape, lèche, renifle… » ; des stéréotypies gestuelles et une intolérance marquée à la frustration surtout lorsqu’on leur enlève « leur » écran à l’enfant.

Et lorsque ces professionnels interrogent les ­parents ils découvrent la place centrale des écrans dans la famille. « L’enfant est en contact permanent avec les écrans : de façon directe ou indirecte, quand un écran est allumé dans la pièce où l’enfant se trouve, ou lorsque le parent regarde son portable mais ne regarde plus son enfant » écrivent-ils. Ce problème doit être un enjeu de santé publique (…) Le même phénomène est observé dans tous les autres pays avec des campagnes de prévention déjà en cours. En Allemagne, elles ont lieu dans les crèches pour inciter les parents à regarder leur bébé ; à Taïwan, des amendes de 1 400 euros peuvent être imposées à un parent qui laisse son enfant de moins de 2 ans devant les écrans. »

Pour ces professionnels il y a urgence citoyenne: des campagnes nationales issues des observations et des recommandations des professionnels du terrain (sans aucun lien ou conflits d’intérêts avec l’industrie du numérique et de l’audiovisuel) doivent être menées en France « et diffusées dans tous les lieux de la petite enfance ». On comprendrait mal qu’en écho aux priorités du président Macron sur la prévention Agnès Buzyn, ministre de la Santé (et des Solidarités) n’entendent pas ce vibrant appel des professionnels de la santé et de la petite enfance.

A demain

1 Dr Anne Lise Ducanda et Dr Isabelle Terrasse, médecins de PMI au Conseil départemental de l’Essonne ; Sabine Duflo, psychologue et thérapeute familiale en pédopsychiatrie (CMP, EPS Ville-Evrard) ; Elsa Job-Pigeard et Carole Vanhoutte, orthophonistes (Val-de-Marne) cofondatrices de « Joue, pense, parle » Lydie Morel, orthophoniste, cofondatrice de Cogi’Act (Meurthe-et-Moselle) ; Dr Sylvie Dieu Osika, pédiatre à l’hôpital Jean Verdier de Bondy et Eric Osika, pédiatre à l’hôpital Ste Camille de Bry-sur-Marne ; Anne Lefebvre, psychologue clinicienne en pédopsychiatrie (CMP enfants et CMP adolescents, CHI 94) ; ALERTE (Association pour l’éducation à la réduction du temps écran), Dr Christian Zix, neuropédiatre, directeur médical du CAMSP de St-Avold (Moselle) Dr Lise Barthélémy, pédopsychiatre à Montpellier.

 

Suicides au travail : la SNCF est-elle menacée par le syndrome de France Telecom ?

 

Bonjour

C’est une longue dépêche de l’Agence France Presse. Elle coïncide avec l’annonce du nouveau nom donné par la SNCF à ses prestigieux TGV : un invraisemblable « inOui » faux palindrome et ridicule véritable 1. La dépêche, elle, ne prête pas à sourire.

L’AFP rappelle qu’en avril, la CGT-cheminots posait la question : « Y a-t-il un syndrome SNCF ? » comparable à la souffrance des salariés de France Télécom et la série de suicides de 2008-2009. Le premier syndicat de la SNCF y voit des « ressemblances frappantes ». Si toutes ne font pas le parallèle, les quatre organisations représentatives (CGT, Unsa, SUD, CFDT) ont demandé ensemble mi-avril une « table ronde sur les risques psychosociaux ».

Stabilité de l’anxiété

Quels sont les symptômes ? Un malaise diffus et des arrêts maladie qui ont augmenté de 8 % entre 2008 et 2015, quand les effectifs diminuaient de 6 %. Un premier trimestre 2017 marqué « par un nombre exceptionnel de drames », accidents graves du travail ou suicides, soulignent les syndicats. Au moins six suicides pouvant avoir un lien avec le travail ont été recensés sur les trois premiers mois par SUD-Rail, dont celui d’un de ses délégués à Saint-Lazare. Un chiffre contesté par l’entreprise qui assure à l’AFP que la situation « ne s’aggrave pas » ; elle  souligne qu’un seul suicide a été reconnu comme accident du travail par la Sécurité sociale en 2016.

Que dit la médecine ? On cite ici le Pr Michel Lejoyeux (AP-HP), spécialiste de psychiatrie et responsable, à la SNCF, de la « cellule psychopathologique ». Tous les deux ans elle « sonde l’état mental des cheminots ». Selon le Pr Lejoyeux le dernier baromètre (renseigné anonymement en 2015 par 2 000 agents à l’issue de leur visite médicale) montre « une stabilité du taux d’anxiété et de dépression » et « un niveau comparable » aux autres entreprises. Il n’observe « pas d’épidémie d’anxiété à la SNCF au sens de maladie anxieuse, mais il est tout à fait possible que les salariés se sentent plus malheureux, mon tamis ne permet pas de le mesurer ». Le Pr Lejoyeux changera-t-il de tamis ? Pour l’heure il estime que l’entreprise est à la pointe en matière de prévention des risques psychosociaux (RPS).

« Recréer de l’humain »

Que dit la direction ? Elle parle d’« un dispositif de prévention des risques psychosociaux conséquent, sans doute le plus abouti en France » : plus de 125 médecins du travail, une trentaine de psychiatres, des psychologues répondant au téléphone jour et nuit, et 10 000 managers formés. Néanmoins, la direction a proposé aux syndicats de discuter des risques psychosociaux (RPS) le 1er juin lors du prochain comité national d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CNHSCT).

Que disent les leaders syndicaux ? Ils pointent « beaucoup d’incertitudes, de mécontentements, de colère, de la démotivation, voire une réelle détresse ». Les cheminots se demandent si « demain, ils vont changer de métier » ou devront « aller travailler dans une filiale », explique Cédric Robert (CGT). Ils estiment également que le mal-être ambiant résulte d’une « dégradation des conditions de travail », conséquence de la suppression de 100 000 postes depuis le début des années 1980 et des « réorganisations incessantes » pour gagner en productivité. Près de 27 000 salariés ont vécu un changement d’organisation du travail en 2015. Ce qui n’est pas sans rappeler  l’affaire de la « vague de suicides » de France-Telecom de janvier 2008 à mars 2010 … avant de devenir Orange.

L’affaire sera, le 1er juin, au cœur du prochain comité national d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de la SNCF. La nouvelle organisation voulue par la direction a un objectif affiché : « recréer de l’humain ». Invraisemblable, la formule résume tout.

A demain

1 « inouï » [inwi] est présent dans la langue française depuis la fin du XVIIème. Le mot est issu de ouï, part. passé de ouïr : « qui n’a pas été entendu, sans exemple, inouï ».  Plus rare : « Inouïsme », subst. masc.,rare. Caractère de ce qui est inouï ; étrangeté.

 

Bébés et post-vérité : le trop d’écrans responsable de graves troubles du développement

Bonjour

Qui, dans le nouveau gouvernement « Edouard Philippe I » aura lu l’enquête fort intéressante publiée dans Le Figaro (Agnès Leclair). Qui aura vu la vidéo essentielle qui l’accompagne ? C’est l’une de ces enquêtes qui font encore parfois le sel de la presse écrite, imprimée sur papier ou sur écran. C’est aussi un sujet majeur pratiquement absent de la sphère politique et sanitaire : un sujet qui aurait passionné Aldous Huxley : « l’explosion des troubles chez les tout-petits surexposés aux écrans ».

« La plupart des enfants qui me sont adressés passent au moins six heures par jour devant des écrans. Certains n’arrivent pas à parler, à encastrer trois cubes ou à tenir leur crayon » explique au Figaro le Dr Anne-Lise Ducanda, médecin de la PMI de l’Essonne. Elle parle aussi d’« enfant-écran », de retards de développement, de troubles de la relation, du langage et du comportement. Le Dr Ducanda lance, calmement, pédagogiquement, une alerte essentielle. Elle vient, à l’attention des pouvoirs publics et des parents de réaliser une vidéo essentielle et alarmante – une vidéo à partager, à diffuser dans laquelle cette spécialiste fait le lien avec les « troubles du spectre autistique » et les « troubles envahissant du développement ». Voici cette vidéo : « Les écrans : un danger pour les enfants de 0 à 4 ans ».

Ecoutons encore le Dr Ducanda :

« En 2003, 35 enfants en difficulté m’étaient signalés par les écoles sur 1.000 élèves de maternelle en petite et moyenne section de l’Essonne. Depuis un an et demi, on m’en a déjà signalé 210 en grande difficulté. Toutes les semaines, je suis sollicitée pour de nouveaux cas. À force d’en voir, j’ai fini par faire le lien avec leur consommation d’écrans. Et je ne parle pas d’enfants qui regardent la télévision une heure par jour ! La plupart de ceux qui me sont adressés passent au moins six heures par jour devant des écrans. Les troubles sont plus graves qu’il y a 15 ans et disparaissent dans la majorité des cas quand les parents arrivent à “déconnecter” leurs enfants.»

Enfants sauvages

Que penser de l’avenir de ces bébés qui grandissent à l’ombre des chaînes d’info en continu dans des foyers où la télévision reste allumée toute la journée ?  De ces nourrissons biberonnés à la comptine sur smartphone, des bambins qui ont appris à télécharger une vidéo avant de savoir faire une phrase ? Y aurait-il un biais de recrutement dans la région de Viry-Châtillon ? « La PMI est fréquentée par des enfants « issus de familles lambda, mais aussi de milieux plus défavorisés » précise le Dr Ducanda. Et encore :

 « L’écran , c’est la tétine d’aujourd’hui. Pourquoi les parents se passeraient des écrans pour “calmer” leur enfant alors que personne ne les a mis en garde ? Ils sont rassurés, car leurs enfants ne regardent que des programmes qui leur sont destinés ou des petites applications dites “éducatives” pour apprendre les couleurs ou l’anglais. Ils s’émerveillent de leur habileté et pensent que plus tôt on initie les bébés aux outils numériques, mieux ils seront armés pour le futur. »

Le Figaro explique que, déjà, de nombreux professionnels de la petite enfance ont contacté ce médecin pour évoquer leurs propres observations. Comme l’orthophoniste Carole Vanhoutte (Villejuif, Val-de-Marne) :

« Depuis quelques années, je vois des enfants dès l’âge de 3 ans avec moins d’une dizaine de mots à leur vocabulaire, raconte cette orthophoniste, cofondatrice de l’association Joue, pense, parle. Récemment, il y a eu un nouveau glissement avec l’arrivée de petits dès l’âge de 2 ans et demi qui ne sont pas du tout dans la communication. Ils se comportent comme des enfants un peu “sauvages”, dans leur bulle, comme s’ils n’avaient pas eu l’habitude d’être en relation avec une autre personne ».

 Nicolas Hulot, Agnes Buzyn et Mounir Mahjoubi

Le parallèle avec l’autisme n’a pas manqué de susciter de vives réactions. « Ces constats n’ont pas la même valeur que des études épidémiologiques. Ce médecin de PMI est en contact avec une fraction de la population qui n’est pas forcément représentative et en tire des conclusions générales, a déclaré au Figaro Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS au sein du laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistiques. Il ne faut pas oublier qu’une très forte exposition aux écrans est corrélée au niveau socio-économique des familles. Il faut aussi prendre en compte les conditions de vie, la manière dont parents et enfants interagissent. Quel est l’impact spécifique des écrans sur le développement ? C’est une question à laquelle il n’est pas si facile de répondre. »

Certes. Qui y répondra ? Le Dr Ducanda souhaite le lancement de nouvelles études scientifiques qui pourraient valider sa piste d’un lien entre l’augmentation du nombre d’enfants diagnostiqués victimes de troubles du spectre autistique et l’omniprésence des écrans. Voilà un bien beau sujet politique et écologique. Pour Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé,  Mounir Mahjoubi jeune secrétaire d’État chargé du numérique dans le gouvernement Édouard Philippe. Nicolas Hulot, ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire. Sans oublier le président de la République.

A demain

La folle passion amoureuse est-elle devenue une addiction qui devrait être traitée ?

 

Bonjour

Le mal d’amour. Faudra-t-il médicaliser ce qui, parfois, fait tout le sel d’une vie ? En viendra-t-on à étendre le concept d’addiction à la fusion-passion amoureuse romantique 1 ? Et, si oui, faut-il imaginer un traitement ? Telles sont les questions posées entre les lignes des informations que l’on retrouve aujourd’hui dans un jeu de poupées russes. D’abord sur Slate.fr : « L’amour, une addiction qui peut prendre deux formes ». Ensuite sur New Scientist : « Addicted to love? Craving comes in two forms, and both can hurt ». Enfin sur Philosophy, Psychiatry & Psychology : « Addicted to love: What is love addiction and when should it be treated ? ».

Euphorie montant vers le septième ciel… installation du manque et de la dépendance… souffrances… sevrage plus ou moins imposé… possibilités de rechutes…. Que la passion amoureuse partage des symptômes avec l’addiction la plus marquée n’est pas chose nouvelle. Des travaux d’imagerie cérébrales le démontreraient à celles et ceux qui pourraient encore en douter.

Deux visions de l’amour

Comment faire ici la part du normal et du pathologique ? Séparer l’effet de la cause ?  Anders Sandberg, (Oxford University Centre for Neuroethics), donne une définition à New Scientist. Selon lui l’addiction à l’amour, « c’est quand vous réalisez que vous ne voulez pas être amoureux et vous ne pouvez pourtant l’empêcher, et que cela a des conséquences néfastes, comme de la maltraitance, que l’on franchit le seuil de quelque chose qui se rapprocherait de l’addiction ». Nous ne sommes guère avancés.

« Lui et son collègue, Brian Earp, ont trouvé des preuves qu’il y avait deux types d’addiction à l’amour, après avoir analysé soixante-quatre études publiées entre 1956 et 2016, résume Slate.fr. Ainsi, il y a d’abord la vision « ‘’étroite’’ de l’addiction à l’amour. Dans ce schéma, les victimes ont énormément de mal à lutter contre des désirs démesurés d’être constamment aux côtés de l’objet de leur affection. Elles veulent passer tout leur temps avec, et développent des obsessions qui peuvent parfois pousser jusqu’à le traquer ou le tuer. »

Et puis il y aurait une autre version de la passion amoureuse, moins romantique et, partant, moins pathologique. On y retrouve des effets similaires à la drogue mais sur un mode a minima. Et la victime sortirait de son épreuve comme renforcée.

Faut-il traiter toutes ces souffrances par trop romantiques ? Qui, quand et comment ? Par la seule parole, le courant électrique ou le médicament ? Il faut, ici, lire New Scientist et, plus encore, Philosophy, Psychiatry & Psychology. Rien de vraiment rassurant.

A demain

1 Sur la question de l’extension du concept d’addiction : Karila L. « 25 idées reçues. Addictions, comprendre, soigner, prévenir » 2èmeédition revue et augmentée. Préface du Dr William Lowenstein. Editions Le Cavalier Bleu. Paris, 2017

Psychiatrie post-vérité : Donald Trump le charismatique est-il un narcisse pathologique ?

 

Bonjour

Vous vous intéressez au pouvoir, à la psychiatrie et à l’équilibre du monde ? Vous prendrez plaisir à la lecture, sur le site Slate.fr, d’ « Alors Trump, fou ? » de Moisés Naím » (traduction de Bérengère Viennot). Un texte qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, prend une saveur toute particulière à l’heure de la dernière ligne droite chaque jour plus extravertie de notre campagne présidentielle – une dernière ligne droite où les caractéristiques de la psychologie d’Emmanuel Macron commencent à faire l’objet d’un intérêt critique de plus en plus marqué par certains médias.

« Les dirigeants charismatiques inspirent de grandes manifestations de dévouement et, inévitablement, leur orgueil ne manque pas de se laisser dilater par les applaudissements, flatteries et autres louanges dont ils sont l’objet, écrit Moisés Naím. Cette vanité poussée à l’extrême peut très facilement se transformer en narcissisme éventuellement pathologique. En fait, je suis convaincu que l’un des risques professionnels les plus courants chez les politiciens, artistes, athlètes et chefs d’entreprises qui réussissent est le narcissisme, c’est-à-dire une fascination exagérée suscitée par leur propre personne. »

Νάρκισσος. Narcisse. Narcissisme. Tout ou presque a été écrit avant même l’invention du miroir, sur les dangers de la contemplation de soi-même dans l’exercice du pouvoir. Puis vint la psychiatrie et ses frontières entre normal et pathologique. L’American Psychiatric Association a élaboré une série de critères 1 pour diagnostiquer le narcissisme pathologique (« trouble de la personnalité narcissique »). « Selon les recherches sur le sujet, les personnes qui en souffrent montrent une mégalomanie persistante, un besoin excessif d’être admiré et une absence d’empathie, résume Moisés Naím. Elles manifestent une grande arrogance, des sentiments de supériorité et des comportements ciblant la prise de pouvoir. Elles ont aussi des egos très fragiles, elles ne tolèrent pas la critique et ont tendance à rabaisser les autres pour se réaffirmer elles-mêmes. »

Déontologie bafouée

Et Donald Trump ? Point n’est besoin d’être psychiatre pour comprendre que le président américain présente (et se plait à présenter) plusieurs des symptômes caractéristiques du narcissisme. Mais cela le rend-il inapte à occuper l’un des postes les plus importants de la planète ? Certains spécialistes le pensent et l’ont écrit dans une lettre envoyée au New York Times. Un texte qui ne respecte pas la règle déontologique minimale qui veut que les psychiatres s’imposent de ne jamais porter de diagnostic – même concernant une personnalité publique– à distance.

Bien évidemment d’autres psychiatres ne sont pas du même avis et le disent également dans les colonnes du New York Times. Comme le Dr Allen Frances, qui fut le directeur du groupe de travail ayant préparé la quatrième édition du D.S.M. IV.

« Beaucoup de diagnosticiens amateurs attribuent à tort au président Trump un trouble de la personnalité narcissique. C’est moi qui ai rédigé les critères qui définissent ce trouble, et M. Trump n’y correspond pas. C’est peut-être un narcissiste de catégorie mondiale, mais cela n’en fait pas un malade mental pour autant, parce qu’il n’éprouve ni les souffrances ni les handicaps dont la manifestation est nécessaire pour poser un diagnostic de maladie mentale. M. Trump inflige de graves souffrances plutôt qu’il ne les éprouve, et sa folie des grandeurs, son égocentrisme et son absence d’empathie ont été grandement récompensés plutôt que sanctionnés.»

Moyen Âge trumpien dystopique

Et le psychiatre (qui, lui non plus n’a pas examiné le président) de laisser la place au citoyen ;

« Le recours aux insultes psychiatriques est une manière malavisée de contrer les attaques de M. Trump contre la démocratie. Son ignorance, son incompétence, son impulsivité et son désir de s’octroyer des pouvoirs dictatoriaux peuvent et doivent être dénoncés de façon appropriée. Ses motivations psychologiques sont trop évidentes pour être intéressantes, et les analyser ne mettra pas un terme à sa conquête irréfléchie du pouvoir. L’antidote à un Moyen Âge trumpien dystopique sera politique, pas psychologique.»

 Infliger des souffrances plutôt que les éprouver… Pour un peu cela serait une assez bonne définition de l’exercice du pouvoir. Reste le pouvoir exercer par Narcisse. « Le pouvoir isole, et les narcissistes en position de pouvoir ont tendance à être encore plus vulnérable à l’isolement qui accompagne les fonctions les plus puissantes, écrit Moisés Naím. (…) Au bout de trois mois de mandat, il est déjà évident que le président Trump sera obligé de renoncer à honorer de nombreuses promesses de campagne. Les frustrations se multiplient. On peut supposer sans grand risque que ses déceptions seront de plus en plus fréquentes et ses frustrations de plus en plus douloureuses. Cela ne peut pas être une bonne chose pour sa santé mentale. » Ni pour la planète.

A demain

1 Des sentiments mégalomaniaques et la conviction que leur supériorité doit être reconnue. 2) Une obsession autour de fantasmes de pouvoir, de succès, d’intelligence et de séduction physique. 3) L’impression d’être unique, supérieur et par conséquent la recherche de groupes et d’institutions prestigieux. 4) Un besoin constant d’être admiré. 5) Le sentiment d’avoir le droit d’être traité de façon spéciale, et que les autres doivent obéir. 6) Une tendance à exploiter autrui et à en tirer profit pour obtenir des bénéfices personnels. 7) L’incapacité à ressentir de l’empathie pour les sentiments, les désirs et les besoins des autres. 8) Une jalousie intense et la conviction que l’entourage éprouve forcément le même type de jalousie. 9) Une tendance à agir de façon pompeuse et arrogante.

Sur ce thème on lira aussi avec intérêt le récent  « Tous narcissiques » de Jean Cottraux (Editions Odile Jacob)

 

 

Pourquoi tant de malades psychotiques sont-ils détenus dans les prisons françaises ?

 

Bonjour

L’intérieur de la prison révèle ce qui l’entoure. Cette vérité nous est rappelée dans une éclairante tribune du Monde signée du Dr Guillaume Monod, psychiatre à la maison d’arrêt de Villepinte, par ailleurs docteur en philosophie.

L’actualité est connue : c’est ce qu’il est désormais convenu de nommer, sans trembler, la « surpopulation carcérale ». Mais, pour le Dr Monod, ces conditions de vie indignes ne devraient pas être seulement perçues comme révélatrices de l’insuffisance des moyens dont dispose l’administration pénitentiaire pour mener à bien ses missions de sanction, de sécurité et de réinsertion. « Elle doit aussi imposer un questionnement sur la véritable nature d’une institution qui accueille une population caractérisée autant par la délinquance que par la pathologie psychiatrique » écrit-il.

Contexte historique

Des chiffres ? Ils sont accablants : 10 % à 20 % des détenus des prisons françaises souffrent d’un trouble psychotique – soit cinq à dix fois plus que dans la population générale. Soit, concrètement, cent à deux cents détenus sur les mille cent de la maison d’arrêt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis. C’est, tout simplement, l’effectif des patients d’un hôpital psychiatrique de taille moyenne, « mais qui n’aurait que l’équivalent d’un temps plein de psychiatre, de 3,5 temps plein de psychologues cliniciens, et de 5 temps plein d’infirmiers assurant à la fois les soins somatiques et les prises en charges psychiatriques ».

Le Dr Monod replace ces éléments dans leur contexte historique : « A l’aube du XIXe, les aliénistes ont théorisé simultanément la prison moderne et l’hôpital psychiatrique. La prison fut conçue non seulement pour punir l’acte délinquant, mais aussi — et surtout — pour guérir l’intention à l’origine du geste, intention considérée comme une faute légale et morale mais aussi comme un défaut médical (…). »

Surveillants/infirmiers psychiatriques

Et, selon lui, rien n’a changé. On peut le dire autrement : la présence en détention d’un grand nombre de malades psychiatriques n’est ni une anomalie sociologique, ni une défaillance de la politique pénale, ni même la simple conséquence du fait juridique que l’altération du jugement n’est pas une raison suffisante pour surseoir à l’incarcération et imposer l’hospitalisation. La question pourrait être posée pour les addictions.

Cette surreprésentation psychiatrique au sein d’une surpopulation carcérale résulte, pour le Dr Monod, des choix théoriques qui ont présidé, depuis deux cents ans, à l’élaboration du sens de la sanction pénale contemporaine, fondée sur l’amalgame pernicieux du crime et de la maladie mentale. « Il n’y a donc aucune raison de s’étonner si les surveillants sont régulièrement amenés à remplir le rôle d’infirmiers psychiatriques, assurant au quotidien la prévention du suicide, l’accompagnement des détenus pour leur thérapie, la contention et l’isolement d’un patient présentant un trouble psychiatrique aigu » ajoute-t-il.

Ramener le taux d’incarcération des maisons d’arrêts françaises à des chiffres raisonnables ? C’est une « nécessité morale et juridique ». Pour autant ceci ne permettra pas de résoudre la question de la place de la psychiatrie dans le parcours pénal. Les malades psychiatriques doivent-ils, aujourd’hui en France, effectuer leur peine en prison ?  Doivent-ils être doublement punis ?

A demain