Jactance et Gilets Jaunes : annulation du moratorium, pas de détricotage, zéro entourloupe

Bonjour

Les crises politiques voient émerger des mots généralement inusités sous les ors et dans les médias. C’est tout particulièrement vrai avec celle des Gilets Jaunes, une crise violente qui soulève également des difficultés linguistiques comme le rapporte Slate.fr 1. Une crise qui voit le pouvoir exécutif ne plus savoir comment dire ce qu’il entend peut-être faire.

5 décembre 2018. Après la suspension des taxes et la mise en place d’un « moratoire » justifié et développé par le Premier ministre voici que la foudre est venue, à la nuit tombée, des horloges du Palais de l’Elysée : le moratorium n’est plus vive l’annulation des taxes programmées pour janvier.

« Annulation » : Action d’annuler, de s’annuler; résultat de cette action. Annulation de mariage; cas d’annulation; demander l’annulationDroit d’annulation, recours en annulation, demande en annulation, procédure d’annulation; annulation des actes, des délibérations, des élections, des contrats, d’un testament.

« Un des résultats les plus considérables de cette annulation de l’autorité royale par des causes pourtant presque opposées, c’est que la loi salique devient inutile ». Hugo, Le Rhin,1842, p. 448.

La psychanalyse parle aussi d’annulation rétro-active.  « Défense caractérisant notamment la névrose obsessionnelle par laquelle une action est accomplie pour abolir magiquement une action antérieure. »  (Piéron 1963).

Tricoteuses

Le 5 décembre 2018 vit aussi réémerger « détricoter »  dans un pays où les femmes ne tricotent plus guère. Dans le champ politique ce verbe avait notamment été utilisé par Marisol Touraine quand, quoique ministre de la Santé de François Hollande, elle n’avait rien pu faire contre le détricotage d’une partie alcoolique de la loi Evin.

Emmanuel Macron, s’est ainsi opposé au cours du conseil des ministres, à tout rétablissement de l’Impôt sur la fortune (ISF), a rapporté l’Elysée, confirmant une information des Echos. « Nous ne détricoterons rien de ce qui a été fait depuis dix-huit mois », a déclaré le chef de l’Etat.

« Détricoter » : Défaire les mailles d’un tricot. Familier. Défaire point par point ce qui avait été soigneusement élaboré : Détricoter une loi. Peut aussi, dans l’inconscient collectif français, renvoyer aux heures sombres des formidables « Tricoteuses »;

 A cette occasion le chef de l’Etat a « recadré » la très imprudente Marlène Schiappa qui, benoîtement, pensait pouvoir exprimer une opinion contraire à la sienne. « Recadrer » : rappeler à l’ordre après un comportement ou des propos jugés  inappropriés. Remettre dans le droit chemin.

Jactance et bobards

Et puis, après la peu banale jactance républicaine, l’émergence d’ « entourloupe ».

Les augmentations de taxes sur les carburants sont « annulées pour l’année 2019 », a confirmé le ministre de la Transition écologique François de Rugy sur BFMTV lors d’un ahurissant  débat (« Sortir de la crise ») avec quatre gilets jaunes. En ces termes : « Comme ça il n’y a pas d’entourloupe. Le président [de la République française] je l’ai eu au téléphone il y a quelques minutes. Il m’a dit: ‘’les gens ont eu l’impression qu’il y avait une entourloupe, qu’on leur disait c’est une suspension mais hop ça reviendra après' » ».

« Entourloupe » : Plaisanterie, mauvais tour, destiné à prendre avantage sur quelqu’un.  Synon. fam. crasse. « Alors, ils se montaient des bobards, des entourloupes monumentales, ils rêvaient tous de réussites, de carambouilles formidables… » (Céline, Mort à crédit,1936 p. 342)

Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, sur France Inter, à l’aube du 6 décembre : « Si nous ne réformons pas, le pays est foutu ».

A demain

@jyanu

1 « Le défi posé aux médias par les ‘’gilets jaunes’’ est aussi linguistique »  Thomas Deslogis Slate.fr 5 décembre 2018

A lire aussi: «  La crise des ‘’gilets jaunes’’ révèle l’histoire d’une France qui disparaît » Daniel Behar Slate.fr 5 décembre 2018

 

 

Pourquoi gendarmes et policiers se suicident-ils désormais beaucoup plus que par le passé ?

Bonjour

Il y a quelques jours un gendarme de la Garde républicaine mettait fin à ses jours dans les jardins de l’hôtel Matignon, résidence historique du Premier ministre et cœur battant de l’exécutif. « Malaise » écrivit Le Figaro (Jean Chichizola ).

Il y a quelques jours Maggy Biskupski, présidente de l’association des policiers en colère se suicidait – avec son arme de service à son domicile- au lendemain du 11 novembre. Malaise généralisé dans tous les espaces médiatiques et politiques français.

 « Vite une Commission d’enquête » sur les suicides des policiers et des gendarmes, pour « agir contre cette souffrance »réclama dans un tweet le député de La France insoumise Alexis Corbière – citant, pour l’année 2017, le chiffre de cent-trente-cinq suicides dans leurs rangs. Où l’on voit les Français insoumis en appeler à la mécanique dominante pour alléger la souffrance des gardiens des l’ordre.

Sur un tel sujet, Le Monde (Nicolas Chapuis) :

« Faut-il interpréter le choix du lieu (de travail) ou de l’arme (de service) comme un message sur les conditions de vie ou le mal-être des policiers et gendarmes ? Impossible à dire tant les raisons d’un passage à l’acte sont intimes, complexes et personnelles. Mais au-delà des situations individuelles, c’est bien le chiffre global qui envoie un avertissement clair chaque année : en 2018, on dénombre déjà 61 personnes qui se sont suicidées au sein des forces de l’ordre.

L’année est particulièrement difficile pour les gendarmes, qui comptent déjà 31 morts dans leurs rangs (contre 16 à la même époque en 2017). La police connaît, de son côté, un très relatif répit après la série noire de 2017 (46 morts en novembre dont une terrible semaine avec 8 décès), avec 30 morts à ce jour en 2018. Des variations statistiques macabres qui ont peu de sens, tant la tendance est lourde : depuis deux décennies, entre 60 et 70 membres des forces de l’ordre se suicident chaque année, sur une population de quelque 150 000 policiers et 100 000 gendarmes. Un chiffre bien supérieur à celui des victimes de crimes et d’accidents, une dizaine de morts par an. »

Souffrances

Les statistiques officielles ne sont pas nouvelles qui auraient pu conduire à de véritables politiques de réduction des risques. « Après la vague d’attentats de 1995, qui avait mis à l’épreuve les troupes, la police nationale s’était dotée l’année suivante d’un service de psychologues cliniciens, qui sont aujourd’hui 89 sur l’ensemble du territoire. La gendarmerie lui avait emboîté le pas en 1998, avec un dispositif d’accompagnement qui réunit à ce jour 38 personnes, rappelle Le Monde. Les plans ministériels se sont également succédé, depuis 2000, avec une dernière mouture en mai 2018 qui insiste sur la mobilisation de chacun (collègues, chefs de service, médecins…). La direction générale de la gendarmerie nationale a organisé jeudi 15 novembre une journée d’échanges sur le même thème. Mais rien n’y fait : le risque de suicide chez les forces de l’ordre est invariablement plus élevé que dans le reste de la population, de l’ordre de 36 %. »

Nombre de policiers pointent également du doigt la responsabilité politique, avec notamment la question des conditions de travail et le cumul de plusieurs millions d’heures supplémentaires, provoquant fatigue et découragement. Les forces de l’ordre tentent notamment de travailler autant sur la prévention que sur la « postvention ». Les équipes de psychologues se rendent dans les commissariats touchés par le suicide d’un collègue  – pour, écrit Le Monde, conjurer un éventuel « effet Werther »référence au phénomène des suicides mimétiques qui suivit la publication des  Souffrances du jeune Werther dans l’Europe du  XVIIIe siècle.

Faut-il raisonnablement, au XXIe, user ici du verbe « conjurer » ? Une « marche blanche » sera organisée place du Trocadéro à Paris, le 24 novembre, en mémoire de Maggy Biskupski

A demain

@jynau

 

Elle avait étouffé son bébé jusqu’à ses deux ans: cinq ans de prison, dont trois avec sursis

Bonjour

Elle avait « caché son bébé dans le coffre de sa voiture pendant deux ans ». Dissimulé cet enfant dans cet espace lui infligeant des privations invraisemblables à l’origine des handicaps désormais irréversibles.  Rosa Maria Da Cruz a été condamnée, ce vendredi 16 novembre, à cinq ans de prison, dont trois avec sursis, par la cour d’assises de la Corrèze. Si rien ne change elle restera emprisonnée le temps durant lequel elle avait étouffé son bébé.

Rosa Maria Da Cruz  était poursuivie pour « violences suivies de mutilation ou infirmité permanente sur mineur de 15 ans par ascendant, privation de soins ou d’aliments compromettant la santé d’un enfant et dissimulation ayant entraîné atteinte à l’état civil d’un enfant ». Huit ans de prison avaient été requis par l’avocat général Olivier Kern. Ce dernier  avait souligné « la nécessité impérieuse de cette condamnation » pour que l’accusée, mère de trois autres enfants, « comprenne que Séréna n’est pas un non-événement ».

« Ce procès n’est pas le procès du déni de grossesse », avait-il également déclaré – référence à la thèse plaidée par la défense de l’accusée. « Songez bien, deux ans, ce n’est pas quelques semaines (sic) avait-il ajouté. ll en faut de l’organisation, de la réflexion pour cacher un enfant à ses proches directs, son conjoint, ses enfants. Elle fait le choix de la dissimulation de cet enfant. » Est-ce bien aussi simple ?

L’AFP nous dit que Mme Da Cruz est restée, face aux réquisitions, comme pendant l’essentiel du procès, figée, parfois prostrée, voire recroquevillée auprès de son avocate, dos tourné à la salle, la tête appuyée sur sa main, et le visage masqué par un épais rideau de cheveux bruns. « Je voudrais demander pardon à Serena pour tout le mal que je lui ai fait », a-t-elle déclaré d’une voix faible et lasse, alors que son avocate venait de plaider l’acquittement. « Je me rends compte que je lui en ai fait beaucoup, et que je ne reverrai plus jamais ma petite fille ».

Auparavant, les parties civiles avaient bien évidemment appelé à ne pas « psychologiser le débat à outrance », comme on peut être tenté de le faire pour comprendre « comment une mère peut-elle faire ça ». Séréna est aujourd’hui âgée de 7 ans et vit en famille d’accueil depuis cinq ans. Comment peut-on, collectivement et sans psychologie, comprendre comment on peut en arriver là ?

A demain

@jynau

 

Rosa Maria Da Cruz a étouffé son enfant pendant deux ans dans un coffre. Vous la condamnez ?

Bonjour

Accusé de « viols » Georges Tron, 61 ans, ancien secrétaire d’Etat éphémère et depuis toujours maire de Draveil, vient d’être acquitté. Dans un procès à très grand spectacle le procureur  avait requis six ans de prison ferme contre lui, comparant l’homme au « comte Dracula ». Où l’on voit que l’outrance ne sied ni à la manifestation de la vérité ni à la proportion des peines.

Même jour (15 novembre 2018) devant une autre cour d’assises, à Tulle (Corrèze), des  experts tentent d’éclairer, pour les jurés, le profil psychologique d’une femme qui a « caché son bébé dans un coffre de voiture pendant deux ans ».

« Déni absolu de grossesse », « dénégation d’enfant », « incapacité parentale » ? Comment une « bonne » mère de trois enfants en est-elle venue à « cacher le quatrième aux yeux du monde, avec des soins a minima entraînant des handicaps irréversibles » (AFP). Cela donne, comme toujours, à la lisière du droit, de la médecine et de l’étrange médical.

« Indemne de toute pathologie psychiatrique », « pas psychotique », manifestant « une certaine normalité », une intelligence « d’une bonne moyenne », « pas manipulatrice », et « absolument pas perverse ». Mais aussi « très immature », présentant une « immaturité affective », et une « identité féminine floue et incertaine ».

La description ainsi flottante de la personnalité de l’accusée Rosa Maria Da Cruz n’aura guère éclairé la cour sur le « pourquoi » d’une affaire de dissimulation hors normes. Mais plusieurs experts, parfois s’opposant, en ont décrit les mécanismes, évoquant une « genèse » possible dans ses maternités traumatiques précédentes (sic).

Mais encore ?  L’AFP : « L’accusée a fait preuve d’un « déni de grossesse total », a estimé le Dr Jacques Bertrand, psychiatre. Un déni caractérisé par « l’inconscience de l’état de grossesse, l’absence de signe extérieur ou physiologique, par la transparence au regard de l’entourage, et par des antécédents similaires ».

Ce déni de grossesse, a-t-il poursuivi, a été suivi d’un « déni d’enfant ». Matérialisé, pour Séréna, par « la chosification de l’enfant », la « négligence de l’enfant », avérée [ vingt-trois mois de confinement] et la « nécessité de « mise au monde » symbolique par un tiers découvrant ». [C’est un garagiste qui a trouvé l’enfant dans le coffre, en 2013]

Michel-Henri Delcroix, président de l’Association française pour la reconnaissance du déni de grossesse (AFRDG) a évoqué à la barre un « déni absolu » jusqu’à l’accouchement, un cas exceptionnel selon lui, car non suivi de néonaticide.

Parmi les nombreux experts entendus à Tulle : Emmanuelle Bonneville-Baruchel, psychologue clinicienne et professeur de psychopathologie. Selon elle  une « incapacité parentale ». L’AFP : « est revenu, à maintes reprises au procès, le premier déni de grossesse. L’’’accouchement catastrophe’’ de son deuxième enfant, en 2004 au Portugal au terme d’un déni total, déjà. Mais cette fois-là, la famille sauva la mise. »

Condamner ? Acquitter ?  La psychiatrie pencherait ici, paradoxalement pour un refus de l’hypothèse de l’abolition du discernement. Rosa Maria Da Cruz encourt vingt ans de réclusion, pour violences suivies de mutilation ou infirmité permanente sur mineur de 15 ans par ascendant. Sa fille Séréna ? Placée en  famille d’accueil depuis sa découverte dans son coffre elle souffrirait, dit-on aux jurés, d’un « déficit fonctionnel à 80 % » et d’un « syndrome autistique irréversible ».

Où l’on en vient, à Tulle comme à Draveil à la même question de l’existence des monstres 1. Suivie de celle de leur condamnation par les hommes

A demain

1 Conseil de lecture : « Les monstres n’existent pas » (Editions Stock) de la journaliste Ondine Millot.

« Entre 1989 et 2000, Dominique Cottrez, mère de famille, aidesoignante, a caché huit grossesses à son entourage, et tué ses huit nouveau-nés. À chaque fois, elle a accouché seule et étouffé les bébés. Elle a gardé leurs corps à côté de son lit. Ondine Millot rencontre Dominique Cottrez cinq ans après son arrestation. Une relation se noue, elles se revoient. Sans jugement, mais non plus sans indulgence, la journaliste cherche à comprendre : l’enfance, les épreuves et le chemin qui ont mené aux crimes. Elle interroge la mère infanticide, son mari, ses deux filles adultes, ses proches. Au-delà du fait divers, son récit au coeur de l’intime avance au fil de ses découvertes : les monstres n’existent pas. Seuls existent le silence, la détresse, la violence que l’on reçoit, et que l’on transmet ensuite aux autres, aux autres et à soi. »

Le gouvernement français redonnera-t-il leur pleine dignité aux personnes handicapées ?

Bonjour

L’espoir, parfois, luit. « Droit de vote et de se marier pour tous, instauration de droits « à vie »: le gouvernement s’est engagé jeudi à « changer le quotidien » des personnes handicapées, dévoilant notamment une série de mesures concernant la « simplification » de démarches administratives » nous annonce l’Agence France Presse.

Lors de la deuxième réunion du Comité interministériel du handicap, à Matignon, Edouard Philippe, Premier ministre  a présenté « dix nouvelles mesures » pour « faciliter la vie » des personnes handicapées. Parmi les mesures dites « emblématiques », les personnes majeures placées « sous tutelle » auront, à l’avenir, un droit de vote inaliénable et pourront aussi se marier, se pacser et divorcer – et ce « sans qu’un juge puisse les en priver ».

Il s’agit là de mesures visant à « remettre les personnes handicapées dans la citoyenneté », a expliqué Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées. « L’objectif est que tout le monde puisse voter, au plus tard, aux prochaines élections municipales de 2020 » a-t-elle précisé dans une interview au Parisien-Aujourd’hui en France.

L’espoir luit. Le gouvernement s’est engagé à abroger l’article du code électoral donnant la faculté au juge des tutelles de retirer le droit de vote aux personnes majeures sous tutelle – situation qui concerne par exemple les « handicapés mentaux ». On estime à 310.000 le nombre des personnes qui seraient aujourd’hui en France privées de ce droit. Que des personnes majeures protégées sous tutelle ne puissent ni se marier, ni se pacser, ni divorcer sans l’autorisation d’un juge ? Une « réalité inacceptable »  pour Mme Cluzel qui précise que « le code civil sera modifié d’ici le début de l’année ».

Les personnes dont le handicap « n’est pas susceptible d’évoluer favorablement » verront certains droits attribués « à vie »: l’allocation adulte handicapé (dont le montant mensuel passera à 860 euros maximum pour une personne seule le 1er novembre) pour les personnes dont le taux d’incapacité est supérieur à 80 % ; la reconnaissance de qualité de travailleur handicapé ; la carte mobilité inclusion. Quant aux jeunes dont le handicap n’est pas susceptible d’évolution favorable, l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) sera attribuée jusqu’à 20 ans.

Psychiatrie et infamie

L’espoir lui, aussi, aux frontières. Comme dans le nord du Bas-Rhin, à Bischwiller, où vient d’être créé un zoo thérapeutique (Le Quotidien du Médecin, Denis Durand de Bousingen ) « La fondation Sonnenhof a mis en place un parc animalier de 130 animaux issus de quinze espèces différentes, entièrement entretenu par les résidents, des personnes déficientes intellectuelles. Elle souhaite aujourd’hui ouvrir son zoo et ses activités équestres au grand public, nous apprend-on. Fondation médico-sociale protestante, le Sonnenhof de Bischwiller est l’une des rares structures de ce type à avoir totalement intégré la médiation animale dans ses activités, en se fondant sur l’expérience développée à Lambaréné (Gabon) par le Dr Albert Schweitzer. »

« Comme le rappellent les psychologues de la fondation, amener les personnes déficientes mentales à s’occuper d’animaux les faits passer du statut de patient ‘’objet de soins’’  à celui de sujets actifs qui ‘’prend soin’’. À côté de l’entretien du zoo, les résidents s’occupent de poneys islandais et les montent : les programmes d’équithérapie ont des effets spectaculaires chez les enfants hyperactifs ou présentant des troubles du comportement. De plus, certains enfants polyhandicapés parviennent eux aussi à monter à cheval, ce qui développe leur motricité. Quant aux résidents qui ne peuvent pas se déplacer, ils peuvent eux aussi bénéficier de rencontres avec les animaux, en particulier des agneaux dressés à cette fin. »

Accueillant plus de 1 000 résidents, enfants et adultes, cette fondation emploie huit cents personnes, dont cinq médecins généralistes, deux psychiatres et un médecin de soins de suite et de réadaptation. Si le financement de l’établissement est assuré à la fois par l’ARS et le département, toutes les activités de médiation animale sont payées par la fondation elle-même. Et depuis deux ans, le Sonnenhof s’est ouvert exceptionnellement au grand public de la région, notamment scolaire, qui a pu découvrir le zoo et les activités équestres. Un succès pour la fondation, qui répond à sa volonté de mieux se faire connaître et, surtout, de favoriser la rencontre entre le monde du handicap et l’ensemble de la société.

L’espoir luira-t-il à Paris où, nous dit Slate.fr ( Laurent Sagalovitsch  seules neuf stations du métro parisien sont accessibles aux personnes handicapées ?  « Une infamie et une honte pour une ville qui prétend à l’universalité ». Qu’en diront la mairie et la RATP ?

A demain

@jynau

 

Agnès Buzyn laissera-t-elle longtemps gonfler l’abcès psychiatrique de Saint-Etienne ?

Bonjour

Un esprit dérangé rirait de la coïncidence.

C’est un communiqué de presse de la Haute Autorité de Santé : « Améliorer la coordination des soins dans le domaine de la santé mentale ».

C’est une enquête de France Bleu : « La folle mise au ban de la psychiatrie à Saint-Étienne » (David Valverde). Où l’on  retrouve l’invraisemblable abcès psychiatrique stéphanois.   Le service hospitalier de psychiatrie est maintenant en grève depuis le 13 septembre. Une révolte pour dénoncer le manque criant de moyens dont les malades mentaux sont les premières victimes.

« Malgré les propos rassurants de la direction de l’hôpital sur l’antenne de France Bleu Saint-Étienne Loire ces dernières semaines, il semble que les choses ne s’améliorent pas, bien au contraire. La situation ne cesse de se détériorer selon les professionnels de santé et les familles de malades que France Bleu a pu rencontrer. Ce mardi matin, les psychiatres sont « convoqués par le directeur de l’hôpital. Depuis dix-huit mois, ce sont dix-huit médecins qui ont quitté leur poste.  

« En novembre et décembre prochains, trois d’entre eux vont quitter la Charité et laisseront 315 patients sans suivi. Aujourd’hui, faute de médecins, 140 patients sont sur liste d’attente pour être soignés, liste qui grandit chaque jour, car depuis début juillet, aucun nouveau malade n’est accepté, sauf ceux qui passent par les urgences.  Les personnes condamnées par la justice à des obligations de soins ne peuvent plus être suivies. Il n’y a pas la place.  Aujourd’hui, les courriers envoyés par les professionnels de santé, par les associations de familles de malades à l’Agence Régionale de Santé et au ministère de la santé sont restés lettres mortes. » 

Aujourd’hui, poursuit France Bleu,  il n’y a plus assez de médecins expérimentés pour accompagner des étudiants internes, parfois parachutés, par défaut à des postes à responsabilité, à des salaires d’assistants. Les familles de malades et les personnels soignants redoutent qu’il faille un jour un drame impliquant un malade mal ou non suivi pour que des mesures nettes soient prises pour redonner des moyens à la psychiatrie hospitalière stéphanoise.

A Paris la Haute Autorité de Santé estime que dans la prise en charge des patients souffrant de troubles mentaux, la coordination entre les médecins généralistes et les autres acteurs de soins (psychiatres, psychologues, infirmiers, etc.) est « insuffisamment développée ».

Pour un peu on en rirait.

A demain

Polémique après le suicide d’un patient fragile dans un centre d’hébergement à Orléans

Bonjour

Orléans. C’est une information difficilement supportable rapportée par  La République du Centre (Thomas Derais et Philippe Renaud) :

« Le 17 juillet, un résident de l’Aidaphi (Association interdépartementale pour le développement des actions en faveur des personnes handicapées et inadaptées) qui avait mis fin à ses jours plusieurs semaines plus tôt, a été retrouvé dans l’appartement mis à sa disposition, à Orléans, par l’association venant au secours des plus démunis. Quatre salariés sont mis en cause par la direction. Ils arguent pourtant du fait qu’ils se trouvaient en arrêt maladie… »

L’homme (le « résident ») âgé de 46 ans était « en grande fragilité psychologique ». La direction a convoqué trois salariés du Centre d’hébergement et de réinsertion sociale  de la résidence Descamps, située à Orléans, et dépendant de l’Aidaphi, pour des « entretiens disciplinaires ». Un quatrième doit être entendu au cours de la semaine prochaine : deux éducateurs, un cadre et un intervenant exerçant une profession paramédicale.

« Les deux personnes convoquées ce jeudi étaient en arrêt de travail depuis le 21 juin. La direction leur reproche de ne pas avoir organisé le relais pour le suivi de cette personne » rapporte La République du Centre.  « Même si on est en arrêt maladie, il y a des transmissions à effectuer, afin d’assurer la continuité de la prise en charge des résidents », fait valoir Patricia Douane, directrice générale de l’Aidaphi.

Serait-ce si simple ? « La responsabilité de ce décès est totalement rejetée sur les salariés. On les rend responsables de cette situation, alors qu’ils ne le sont pas », s’indigne Vincent Albert, membre de la CGT. Ce syndicaliste explique que « la hiérarchie était parfaitement au courant de la grande fragilité de ce patient et que c’est elle qui aurait dû relayer sa prise en charge » – et non les salariés qui partaient en arrêt de travail.

La République du Centre :

« Des « postes non remplacés », une « dégradation globale des appartements des résidents », un « management d’entreprise pour une association dite d’action sociale » et une « absence de prise en compte des difficultés du personnel » sont une liste non-exhaustive des différents griefs reprochés à la direction par le personnel.

« « On a l’impression d’un déni de la direction sur les conditions de travail », ajoute Vincent Albert. « Je vois des salariés en pleurs, qui tremblent et qui ne se sentent pas bien au travail. On attend de la direction qu’elle vienne apporter sa confiance aux salariés. Mais aujourd’hui, le dialogue n’est plus possible. » L’établissement ne nie pas la réalité des conditions de travail difficiles, et annonce, par la voix de sa directrice générale, le lancement d’une « enquête interne en septembre ».

« La direction pourrait prendre des sanctions graves, voire procéder à des licenciements si elle estime suffisamment lourde la responsabilité des personnes mises en cause. De son côté, la CGT, par l’intermédiaire de ses membres, n’exclut pas une mobilisation, voire un mouvement de grève, ainsi que des recours juridiques en cas de sanctions leur semblant illégitimes. »

Où situer le pur scandale ? Où commence la scandaleuse incurie ?

A demain