Bébés et post-vérité : le trop d’écrans responsable de graves troubles du développement

Bonjour

Qui, dans le nouveau gouvernement « Edouard Philippe I » aura lu l’enquête fort intéressante publiée dans Le Figaro (Agnès Leclair). Qui aura vu la vidéo essentielle qui l’accompagne ? C’est l’une de ces enquêtes qui font encore parfois le sel de la presse écrite, imprimée sur papier ou sur écran. C’est aussi un sujet majeur pratiquement absent de la sphère politique et sanitaire : un sujet qui aurait passionné Aldous Huxley : « l’explosion des troubles chez les tout-petits surexposés aux écrans ».

« La plupart des enfants qui me sont adressés passent au moins six heures par jour devant des écrans. Certains n’arrivent pas à parler, à encastrer trois cubes ou à tenir leur crayon » explique au Figaro le Dr Anne-Lise Ducanda, médecin de la PMI de l’Essonne. Elle parle aussi d’« enfant-écran », de retards de développement, de troubles de la relation, du langage et du comportement. Le Dr Ducanda lance, calmement, pédagogiquement, une alerte essentielle. Elle vient, à l’attention des pouvoirs publics et des parents de réaliser une vidéo essentielle et alarmante – une vidéo à partager, à diffuser dans laquelle cette spécialiste fait le lien avec les « troubles du spectre autistique » et les « troubles envahissant du développement ». Voici cette vidéo : « Les écrans : un danger pour les enfants de 0 à 4 ans ».

Ecoutons encore le Dr Ducanda :

« En 2003, 35 enfants en difficulté m’étaient signalés par les écoles sur 1.000 élèves de maternelle en petite et moyenne section de l’Essonne. Depuis un an et demi, on m’en a déjà signalé 210 en grande difficulté. Toutes les semaines, je suis sollicitée pour de nouveaux cas. À force d’en voir, j’ai fini par faire le lien avec leur consommation d’écrans. Et je ne parle pas d’enfants qui regardent la télévision une heure par jour ! La plupart de ceux qui me sont adressés passent au moins six heures par jour devant des écrans. Les troubles sont plus graves qu’il y a 15 ans et disparaissent dans la majorité des cas quand les parents arrivent à “déconnecter” leurs enfants.»

Enfants sauvages

Que penser de l’avenir de ces bébés qui grandissent à l’ombre des chaînes d’info en continu dans des foyers où la télévision reste allumée toute la journée ?  De ces nourrissons biberonnés à la comptine sur smartphone, des bambins qui ont appris à télécharger une vidéo avant de savoir faire une phrase ? Y aurait-il un biais de recrutement dans la région de Viry-Châtillon ? « La PMI est fréquentée par des enfants « issus de familles lambda, mais aussi de milieux plus défavorisés » précise le Dr Ducanda. Et encore :

 « L’écran , c’est la tétine d’aujourd’hui. Pourquoi les parents se passeraient des écrans pour “calmer” leur enfant alors que personne ne les a mis en garde ? Ils sont rassurés, car leurs enfants ne regardent que des programmes qui leur sont destinés ou des petites applications dites “éducatives” pour apprendre les couleurs ou l’anglais. Ils s’émerveillent de leur habileté et pensent que plus tôt on initie les bébés aux outils numériques, mieux ils seront armés pour le futur. »

Le Figaro explique que, déjà, de nombreux professionnels de la petite enfance ont contacté ce médecin pour évoquer leurs propres observations. Comme l’orthophoniste Carole Vanhoutte (Villejuif, Val-de-Marne) :

« Depuis quelques années, je vois des enfants dès l’âge de 3 ans avec moins d’une dizaine de mots à leur vocabulaire, raconte cette orthophoniste, cofondatrice de l’association Joue, pense, parle. Récemment, il y a eu un nouveau glissement avec l’arrivée de petits dès l’âge de 2 ans et demi qui ne sont pas du tout dans la communication. Ils se comportent comme des enfants un peu “sauvages”, dans leur bulle, comme s’ils n’avaient pas eu l’habitude d’être en relation avec une autre personne ».

 Nicolas Hulot, Agnes Buzyn et Mounir Mahjoubi

Le parallèle avec l’autisme n’a pas manqué de susciter de vives réactions. « Ces constats n’ont pas la même valeur que des études épidémiologiques. Ce médecin de PMI est en contact avec une fraction de la population qui n’est pas forcément représentative et en tire des conclusions générales, a déclaré au Figaro Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS au sein du laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistiques. Il ne faut pas oublier qu’une très forte exposition aux écrans est corrélée au niveau socio-économique des familles. Il faut aussi prendre en compte les conditions de vie, la manière dont parents et enfants interagissent. Quel est l’impact spécifique des écrans sur le développement ? C’est une question à laquelle il n’est pas si facile de répondre. »

Certes. Qui y répondra ? Le Dr Ducanda souhaite le lancement de nouvelles études scientifiques qui pourraient valider sa piste d’un lien entre l’augmentation du nombre d’enfants diagnostiqués victimes de troubles du spectre autistique et l’omniprésence des écrans. Voilà un bien beau sujet politique et écologique. Pour Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé,  Mounir Mahjoubi jeune secrétaire d’État chargé du numérique dans le gouvernement Édouard Philippe. Nicolas Hulot, ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire. Sans oublier le président de la République.

A demain

Comment, en trois clics, en savoir trop sur le Premier ministre Edouard Philippe

 

Bonjour

Combien de temps Edouard Philippe (hier maire du Havre, aujourd’hui Premier ministre) résistera-t-il au dépeçage médiatique ? Quelques heures après l’annonce de sa nomination (un secret élyséen de Polichinelle) voici que l’on sait tout de lui – et que l’on peut aussi, en trois clics déjà tout savoir sur bien des coulisses. Démonstration :

Le Monde se régale en donnant les extraits les plus croustillants de ce que le maire du Havre, intime d’Alain Juppé écrivait dans Libération (sic) sur celui qui allait le sacrer Premier ministre. Car pendant les quatre derniers mois de la campagne, M. Philippe tenait une chronique dans le quotidien de Jean-Paul Sartre. Et il prenait alors plaisir à éreinter le futur président de la République.

« Chaque semaine, explique Le Monde, le maire Les Républicains du Havre – également romancier occasionnel 1– a livré dans une chronique publiée dans Libération son regard sur cette élection atypique, dans laquelle « la réalité a définitivement battu la fiction dans le registre de l’inattendu »comme il l’écrit le 12 avril. Des textes dans lesquels il n’épargne pas toujours celui qui est devenu président de la République. »

Naevius Sutorius Macro

Edouard Philippe consacre précisément sa première chronique, le 18 janvier, à Emmanuel Macron. Quand certains voient en lui Brutus, le fils adoptif de César qui a participé à la mort de son père, lui estime que « le Romain qui ressemble le plus à Macron, c’est Macron » , ou plus précisément « Naevius Sutorius Macro, dit Macron ».  Il décrit ce « haut fonctionnaire devenu, à la faveur d’une révolution de palais, le conseiller de Tibère, empereur détaché des affaires courantes », chef qu’il « finira par assassiner ».

Le futur Premier ministre dépeint encore un Emmanuel Macron « tribun adepte d’un populisme désinvolte », « qui n’assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier ».  « Il marche sur l’eau en ce moment », note M. Philippe le 15 février. Et d’ironiser sur l’attitude christique du candidat : « Il guérit les aveugles, il multiplie les pains, il répand la bonne parole. A la France paralysée, il ordonne “Lève-toi et en marche !” (…) Et tout ça tout seul, sans réel programme ni réelle équipe. Il suffit de croire en lui. D’avoir la foi. » Le maire du Havre cite alors Saint-Matthieu – « par ailleurs saint patron des banquiers, ça ne s’invente pas  » – rapportant les paroles de Jésus : « Car il en viendra beaucoup sous mon nom qui diront : “C’est moi le Christ”, et ils abuseront bien des gens. »

Puis le ton change à mesure que l’on s’approche du premier tour. « Il faut aider Macron car sa victoire n’est pas acquise » écrira-t-il bientôt. Aider Naevius Sutorius Macro ? On connaît la suite.

Un « pote de droite »

Sur Slate.fr Jean-Marie Pottier éclaire joliment l’affaire sous un autre angle : « Édouard Philippe, notre ‘’pote de droite’’ ». Depuis plus d’une décennie, la caméra de Laurent Cibien, un ancien camarade de lycée, suit l’ascension politique du nouveau Premier ministre. Il faut lire (et regarder) pour comprendre.

Enfin, sur France Culture on retrouve le maire du Havre, ancien rocardien passé avec armes humour et bagages dans le camp d’en face.  Cela donne : « Édouard Philippe : pourquoi j’ai vu 4 fois la série « The West Wing » ». Un entretien daté de novembre 2016 dans lequel David Kessler (ancien conseiller à la présidence de la République) échange avec Édouard Philippe, autour d’une passion qui leur est commune, la série « The West Wing ». Ou comment les séries permettent au personnel politique de voir son travail avec distance.

« C’est dans l’air du temps: la politique française se raconte en séries, au point que même Alain Juppé s’incruste sur le tournage de la deuxième saison de Baron noir. observe Jean-Marie Pottier. Après le film de Yann L’Hénoret sur Emmanuel Macron, dont on a évoqué une possible version sérielle sur Netflix, voici donc la nomination à Matignon d’un Premier ministre, le député-maire du Havre Édouard Philippe qui est déjà le héros d’une série documentaire. » Déjà.

A demain

1 Libération (Alain Auffray) rapporte qu’avec son grand ami Gilles Boyer (ex-directeur de campagne d’Alain Juppé) il a écrit en 2011 un thriller politique remarqué. Dans l’ombre (Le livre de poche) raconte une primaire truquée précédant une élection présidentielle infestée de magouilles et de trahisons. Dans le dénouement, une scène haletante montre le narrateur, un «apparatchik» sans état d’âme, découvrant que la personne que son «patron» s’apprête à nommer Premier ministre est mouillée jusqu’au cou dans une histoire criminelle. Mais tout finit bien. Démasqué in extremis, le méchant n’ira pas à Matignon.

Mediapart révélait d’autre part il y a peu que le député Philippe était aussi, dans la vraie vie, capable de petits dérapages désinvoltes. Il a ainsi écopé d’un blâme de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique qui a constaté quelques négligences dans sa déclaration de patrimoine de 2014. « Aucune idée », avait-il écrit en réponse aux questions sur la valeur de son appartement parisien.

L’Académie nationale de médecine vent debout contre le « syndrome de l’éolienne »

 

Bonjour

Comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Depuis sa rue Bonaparte voici que l’Académie nationale de médecine tonne et prend officiellement position dans une affaire donquichottesque où l’on ne l’attendait guère : les éoliennes terrestres. Avec un rapport (sans conflits d’intérêts) adopté à la quasi-unanimité :  92 voix pour, 1 voix contre et 4 abstentions. Le tout sous l’autorité du Pr Claude-Henri Chouard.              

L’intérêt académique tient à l’extension programmée de la filière éolienne terrestre et au nombre croissant de plaintes de la part d’associations de riverains que cette extension soulève. Avec un cortège de troubles fonctionnels réalisant ce qu’il est convenu d’appeler le « syndrome de l’éolienne ». Quel est l’impact sanitaire réel de cette nouvelle technologie verte ? Est-il possible de proposer des recommandations raisonnables susceptibles d’en diminuer la portée éventuelle ?

Qualité de vie

Une quasi-certitude : l’éolien terrestre ne semble pas induire directement des pathologies organiques. Pour autant il affecte au travers de ses nuisances sonores et surtout visuelles la qualité de vie d’une partie des riverains.

« Syndrome de l’éolienne » ? L’Académie range les symptômes en généraux : troubles du sommeil, fatigue, nausées, etc. ; neurologiques : céphalées, acouphènes, troubles de l’équilibre, vertiges, etc. ; psychologiques (stress, dépression, irritabilité, anxiété, difficultés de concentration, troubles de la mémoire, etc.) ; endocriniens (perturbation de la sécrétion d’hormones stéroïdes, etc.) ; cardio-vasculaires (hypertension artérielle, maladies cardiaques ischémiques, tachycardie, etc.) ; socio-comportementaux (perte d’intérêt pour autrui, agressivité, baisse des performances professionnelles, accidents et arrêts de travail, déménagement, dépréciation immobilière, etc.).

Et l’Académie d’observer que ces symptômes ne semblent guère spécifiques. Au point que l’on pourrait selon elle parler ici  d’ « Intolérances Environnementales Idiopathiques ». Nous sommes là, dans la très grande majorité des cas, face à des manifestations de type subjectif, fonctionnel « ayant pour point commun les notions de stress, de gêne, de contrariété, de fatigue… ». Force est d’autre part de constater qu’elles ne concernent qu’une partie des riverains, « ce qui soulève le problème des susceptibilités individuelles, quelle qu’en soit l’origine ».

Souffrance existentielle

L’analyse de la littérature médicale et scientifique (plus d’une soixantaine d’articles ont été publiés à ce jour sur les effets sanitaires des éoliennes) ne permet pas de démontrer que celles-ci retentissent significativement sur la santé. En d’autres termes, aucune maladie ni infirmité ne semble pouvoir être imputée à leur fonctionnement. Il faut dès lors demander l’aide de l’OMS et sa définition extensive de la santé (« un état de complet bien-être physique, mental et social ») pour pouvoir avancer.

« Dans cette acception, force est d’admettre que le syndrome des éoliennes, quelque subjectifs qu’en soient les symptômes, traduit une souffrance existentielle, voire une détresse psychologique, bref une atteinte de la qualité de vie qui, toutefois, ne concerne qu’une partie des riverains » écrit l’Académie. Sur cette base elle formule quelques recommandations de bon aloi. L’une d’elle, toutefois, pourrait ruiner toutes les autres. Elle consisterait à « n’autoriser l’implantation de nouvelles éoliennes que dans des zones ayant fait l’objet d’un consensus de la population concernée quant à leur impact visuel ».

Comment obtient-on, sur un tel sujet un consensus de la population ? Depuis sa rue Bonaparte, à deux pas du Louvre, l’Académie ne nous le dit pas.

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Post-vérité : le Dr Olivier Véran sera-t-il nommé ministre de la Santé et des Solidarités ?

Bonjour

C’est fait. Emmanuel Macron, 39 ans, vient d’être élu huitième président de la Vème République française. 66,03% des suffrages exprimés. Plus de 4 millions de  bulletins blancs ou nuls. L’audace a payé, disent les commentateurs sans originalité. Certains voient en lui Bonaparte (sic). D’autres évoquent le grand risque du péché d’orgueil. A quand Napoléon ?

Hier, il a solennellement annoncé, d’emblée, avant l’Hymne à la joie et la froide scénographie du Louvre, qu’il « protégerait les plus fragiles» et « organiserait les solidarités ». Et maintenant ? Candidat, il avait confié qu’il hésitait, pour Matignon, « entre un homme et une femme ». Mais ensuite, pour les plus fragiles et la réorganisation de la solidarité ? Qui à la suite de Marisol Touraine ?

Emmanuel Jean-Michel Frédéric Macron, 39 ans, est le fils du Pr Jean-Michel Macron, spécialiste de neurologie au CHU d’Amiens.  Et ici ou là on murmure le nom du Dr Olivier Véran, 37 ans et neurologue au CHU de Grenoble.

Economie et neurologie

Olivier Véran ? Avant de faire de la politique, le médecin revendique une longue carrière dans la société civile, qu’il a commencée en tant qu’aide-soignant. Une expérience difficile pour lui, et « le travail le plus dur, le moins payé et le moins valorisé socialement » qu’il ait (jusqu’ici) accompli. Voici sa fiche d’identité publiée il y a peu dans Le Monde :

« Ce neurologue diplômé en économie et politique de santé à Sciences Po se fait connaître grâce à son engagement militant sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Il est porte-parole de l’intersyndicat national des internes des hôpitaux puis président du syndicat des assistants des hôpitaux de Grenoble.

 En 2012, il s’engage au PS et devient suppléant de la députée Geneviève Fioraso, élue députée. Celle-ci étant nommée ministre, il la remplace à l’Assemblée de 2012 à 2015, devenant notamment l’un des rapporteurs de la loi santé.

 Après son départ de l’hémicycle, il est élu conseiller régional PS dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, puis se voit confier par la ministre de la santé Marisol Touraine un rapport sur le financement de l’hôpital.

Engagé dans le mouvement En marche ! depuis le printemps 2016, il planche  surle projet santé du candidat tout en conservant son poste au CHU de Grenoble et espère être réélu député lors des législatives de juin. »

Solidarité et fragilités

On peut aussi garder du Dr Véran  le souvenir d’un député qui, de 2012 à 2015, a siégé à la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, où il a suivi avec une particulière attention les « dossiers santé »Il a notamment pris position en faveur de l’ouverture expérimentale à Paris d’une salle de shoot, été chargé d’une délicate mission sur la filière sang en France, milité pour la fin de la discrimination des homosexuels du don du sang, travaillé la question de l’emploi médical temporaire à l’hôpital, été rapporteur du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2015, volet assurance maladie – puis rapporteur du volet prévention et promotion de la loi de modernisation de la santé – comprenant le plan anti-tabac, la lutte contre le binge-drinking, les salles de consommation à moindres risques.

Il a aussi œuvré contre les troubles nutritionnels et fait voter un amendement visant à interdire de recourir à des mannequins en état de dénutrition manifeste. Et pour finir Marisol Touraine l’avait récemment chargé du pilotage du comité de réforme du mode de financement des établissements de santé.

On l’avait aussi retrouvé, assez tôt, « référent santé » du candidat du mouvement En marche ! Puis corrigeant quelques erreurs de son leader. Et maintenant ? Le profil parfait ? Un président de 39 ans et un ministre de la Santé médecin hospitalier et de deux ans son cadet ? Certains ont pris les paris.  Que ce soit lui ou pas on gardera la mémoire de la première promesse présidentielle : « protéger les plus fragiles et organiser les solidarités ».

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En France, le « sexe neutre » ne pourra jamais avoir droit de cité. Voici pourquoi.

 

Bonjour

Psychothérapeute anonyme, l’homme est aujourd’hui âgé de 65 ans. À sa naissance, il avait été a été inscrit à l’état civil comme étant de « sexe masculin ». Sa mère voulait un garçon. À l’âge de 63 ans, il avait demandé la rectification de son acte de naissance, afin qu’y soit inscrite la mention « sexe neutre » au lieu de « sexe masculin ». Il expliquait alors qu’il était impossible de déterminer son sexe à la naissance, que par la suite il n’avait connu aucun développement sexuel somatique, de sorte qu’il ne pouvait être identifié, ni comme homme, ni comme femme. Il se définit comme « intersexe » : « ni homme, ni femme ». « Quand je me regarde nu dans un miroir, le matin ou le soir, je vois bien que je n’appartiens pas au monde des hommes ni à celui des femmes » explique-t-il.

En saisissant la justice cette personne voulait se débarrasser d’un « sexe de fiction ». A la surprise générale, sa requête avait été acceptée par un juge des affaires familiales du tribunal de Tours, en 2015. Puis, en mars 2016 la cour d’appel d’Orléans avait rejeté la décision refusant de « reconnaître, sous couvert d’une simple rectification d’état civil, l’existence d’une autre catégorie sexuelle ». C’est ainsi que, fin mars, l’affaire est arrivée devant la Cour de cassation. « Il ne se sent ni homme ni femme. Il ne peut devenir ni homme ni femme. Et il ne veut devenir ni homme ni femme », avait plaidé l’avocat du plaignant.

C’était la première fois dans sa longue et riche histoire que cette haute juridiction était confrontée à la question de savoir si la mention «  sexe neutre » pouvait être inscrite dans les actes de l’état civil. Et la réponse est non.

Une épouse et un enfant adopté

Pourquoi ? La Cour rappelle que la loi française ne permet pas de faire figurer, dans les actes de l’état civil, l’indication d’un sexe autre que masculin ou féminin. Elle précise qu’au regard du droit au respect de la vie privée (garanti par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme) la binarité (« masculin » / « féminin ») poursuit un but légitime : « elle est nécessaire à l’organisation sociale et juridique, dont elle constitue un élément fondateur ».

« La reconnaissance par le juge d’une troisième catégorie de sexe aurait des répercussions profondes sur les règles du droit français construites à partir de la binarité des sexes et impliquerait de nombreuses modifications législatives de coordination, ajoute la Cour de cassation. Dans le cas de D., l’atteinte au droit au respect de sa vie privée n’est pas disproportionnée au regard du but légitime poursuivi. » Et la Cour de cassation d’observer que si D. présente une ambiguïté sexuelle, la cour d’appel avait constaté que son apparence physique est masculine, qu’il s’est marié en 1993 et qu’il a adopté un enfant avec son épouse. Autant d’éléments qui font en sorte que « son apparence et son comportement social sont, aux yeux des tiers, ceux d’une personne de sexe masculin et conformes à la mention figurant dans son acte de naissance ».

La vérité juridique française n’est pas celle qui prévaut sous d’autres longitudes ou latitudes. L’Agence France Presse rappelle ainsi que plusieurs pays dont l’Allemagne (2013), le premier en Europe, l’Australie (2014), ainsi que le Népal ont reconnu un troisième sexe ou genre, encore appelé sexe neutre ou intersexualité. Elle fait aussi observer que la France a par ailleurs été condamnée à trois reprises en 2016 par l’Organisation des Nations unies, pour des opérations pratiquées sur des enfants afin de leur attribuer un sexe masculin ou féminin. Mais ce n’était pas l’objet de l’affaire soumise à la sagesse des magistrats.

A demain

La folle passion amoureuse est-elle devenue une addiction qui devrait être traitée ?

 

Bonjour

Le mal d’amour. Faudra-t-il médicaliser ce qui, parfois, fait tout le sel d’une vie ? En viendra-t-on à étendre le concept d’addiction à la fusion-passion amoureuse romantique 1 ? Et, si oui, faut-il imaginer un traitement ? Telles sont les questions posées entre les lignes des informations que l’on retrouve aujourd’hui dans un jeu de poupées russes. D’abord sur Slate.fr : « L’amour, une addiction qui peut prendre deux formes ». Ensuite sur New Scientist : « Addicted to love? Craving comes in two forms, and both can hurt ». Enfin sur Philosophy, Psychiatry & Psychology : « Addicted to love: What is love addiction and when should it be treated ? ».

Euphorie montant vers le septième ciel… installation du manque et de la dépendance… souffrances… sevrage plus ou moins imposé… possibilités de rechutes…. Que la passion amoureuse partage des symptômes avec l’addiction la plus marquée n’est pas chose nouvelle. Des travaux d’imagerie cérébrales le démontreraient à celles et ceux qui pourraient encore en douter.

Deux visions de l’amour

Comment faire ici la part du normal et du pathologique ? Séparer l’effet de la cause ?  Anders Sandberg, (Oxford University Centre for Neuroethics), donne une définition à New Scientist. Selon lui l’addiction à l’amour, « c’est quand vous réalisez que vous ne voulez pas être amoureux et vous ne pouvez pourtant l’empêcher, et que cela a des conséquences néfastes, comme de la maltraitance, que l’on franchit le seuil de quelque chose qui se rapprocherait de l’addiction ». Nous ne sommes guère avancés.

« Lui et son collègue, Brian Earp, ont trouvé des preuves qu’il y avait deux types d’addiction à l’amour, après avoir analysé soixante-quatre études publiées entre 1956 et 2016, résume Slate.fr. Ainsi, il y a d’abord la vision « ‘’étroite’’ de l’addiction à l’amour. Dans ce schéma, les victimes ont énormément de mal à lutter contre des désirs démesurés d’être constamment aux côtés de l’objet de leur affection. Elles veulent passer tout leur temps avec, et développent des obsessions qui peuvent parfois pousser jusqu’à le traquer ou le tuer. »

Et puis il y aurait une autre version de la passion amoureuse, moins romantique et, partant, moins pathologique. On y retrouve des effets similaires à la drogue mais sur un mode a minima. Et la victime sortirait de son épreuve comme renforcée.

Faut-il traiter toutes ces souffrances par trop romantiques ? Qui, quand et comment ? Par la seule parole, le courant électrique ou le médicament ? Il faut, ici, lire New Scientist et, plus encore, Philosophy, Psychiatry & Psychology. Rien de vraiment rassurant.

A demain

1 Sur la question de l’extension du concept d’addiction : Karila L. « 25 idées reçues. Addictions, comprendre, soigner, prévenir » 2èmeédition revue et augmentée. Préface du Dr William Lowenstein. Editions Le Cavalier Bleu. Paris, 2017

Psychologie et post-vérité : Emmanuel Macron restera-t-il le « maître des horloges » ?

Bonjour

Futur président de la République ou pas, nous chérissons tous quelques formules. A échéance régulière Emmanuel Macron parle ainsi, depuis des mois, du « maître des horloges ». C’est pour dire qu’il l’est, le sera, le restera. Maître des horloges pour ne pas dire maître définitif d’un temps qui ne fait que passer ? La formule ne manque pas d’intriguer chez un homme de pouvoir, par ailleurs désireux d’embrasser et la carte et le territoire.

Or voici que tout, depuis quelques jours, nous laisse penser que, précisément, Emmanuel Macron ne maîtrise plus pleinement les aiguilles. Un effet amplifié par les médias qui brûlent chaque heure un peu plus vite ce qu’ils trouvaient utile d’adorer. Jusqu’à cette « folle séquence Whirlpool » d’Amiens où l’homme politique piégé est venu, bien tard, à la rencontre des ouvriers et de son passé.

Le « maître des horloges » ? Ce fut un livre pour enfants paru en 2003 aux Editions Milan, signé de Anne Jonas et illustré par Arnaud Hug.

« Las de toutes ses richesses et de son pouvoir sans limites, un roi prend soudain conscience de la vanité des choses et de la course du temps lorsqu’il aperçoit une ride en se regardant dans un miroir. Dès lors, il n’a plus qu’une idée en tête: trouver le secret de l’immortalité. Il croit arriver à ses fins lorsqu’il rencontre le Maître des horloges, celui qui détient la clé du mystère du temps, mais en voulant provoquer le destin, c’est sa propre mort qu’il va trouver. Ce conte classique fait écho à « La Mort marraine » des frères Grimm et nous livre une petite leçon de sagesse. »

Calendrier grégorien

En 2001 Libération avait découvert non pas un mais bien deux « maîtres des horloges ». UTC (Coordinated Universal Time, temps universel coordonné). Le quotidien de Sartre et de July rappelait alors que le temps universel est basé sur la rotation de la Terre autour de son axe et sur le calendrier grégorien, fondé sur le temps que met la Terre pour tourner autour du Soleil. Quant à UTC, c’est, depuis 1978, la version « moderne » de l’heure GMT (Greenwich Mean Time), tirant profit des horloges atomiques. Elle est essentielle dans la synchronisation des systèmes de navigation radio ou satellite, ou des réseaux informatiques. Tous les dix-huit mois environ, l’UTC doit être corrigé d’une seconde par rapport au temps atomique.

Mais il faut aussi compter avec NTP (Network Time Protocol). Ce protocole informatique est utilisé pour synchroniser un PC connecté au Web avec celui d’un serveur relié à une source de référence (un satellite par exemple). Sa précision par rapport à l’UTC est de l’ordre de la milliseconde. Le NTP prend en compte les délais de transmission et corrige les dérives des horloges locales.

Le « maître des horloges » ? C’était, en 1991, un ouvrage de Philippe Delmas publié aux éditions Odile Jacob. Il y était question de la modernité de l’action publique. Emmanuel Macron avait, alors, quatorze ans.

A demain