« Le dernier mort du Bataclan» : première affaire de suicide après stress post-traumatisant

Bonjour

Couverture-choc du Parisien de ce dimanche 16 juin (Timothée Boutry) : « 131ème victime. Guillaume Valette. Le dernier mort du Bataclan ». Nous sommes à la frontière de la violence terroriste, de la médecine, de la psychiatrie et de la justice. C’est aussi une tragédie, celle d’un survivant du Bataclan, indemne physiquement, mais atteint d’un état de stress post-traumatique d’une particulière sévérité. Guillaume Valette s’est pendu le 19 novembre 2017, dans sa chambre de la clinique psychiatrique du Val-de-Marne où il avait été admis un mois et demi plus tôt. Il avait 31 ans.

Mais aujourd’hui, dix-neuf mois plus tard, quelle est l’actualité ? « Depuis le mois dernier, le suicide de Guillaume Valette n’est plus seulement une tragédie, révèle Le Parisien.  Sur la base d’un rapport médical ayant imputé son geste à l’attaque, les juges d’instruction ont considéré que cet ancien analyste dans un laboratoire scientifique pourrait bien être le 131ème mort des attentats du 13 novembre. Pour ses parents, qui se sont battus pour obtenir cette première reconnaissance, c’est un soulagement, même s’il n’atténue pas leur peine et que leur combat n’est pas terminé. Car il appartiendra à la cour d’assises d’apporter une réponse définitive »

Etat de stress post-traumatique (ESPT), selon l’Institut de Victimologie :

 « Une situation ou un événement stressant (de courte ou de longue durée) exceptionnellement menaçant ou catastrophique qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus » entraîne « une réponse différée ou prolongée » dont la conséquence est dans 15 à 35 % des cas selon la nature de l’événement traumatique et le vécu subjectif du sujet, un ESPT.

« L’ESPT peut s’accompagner de divers troubles comorbides qui sont parfois la seule manifestation clinique dont se plaint le patient qui ne fait pas le lien avec l’événement traumatique causal. La prévalence vie entière de l’ESPT atteint en Europe, selon l’étude ESEMeD menée en 2004 sur un échantillon de 21 425 habitants de six pays d’Europe, 2.9 % des femmes et 0.9 % des hommes, c’est beaucoup moins qu’aux Etats-Unis. Il faudrait par conséquent rechercher systématiquement des antécédents traumatiques chez tous les patients qui consultent un professionnel de santé pour traiter la cause de certains troubles et non les conséquences. »

De ce point de vue le cas de Guillaume illustre de manière exemplaire combien le terrorisme peut faire des ravages à distance. Le jeune homme  avait fait l’objet, en janvier 2017, d’un examen médico-légal par un psychiatre du Fonds de garantie des actes de terrorisme et autres infractions (FGTI), l’organisme chargé d’évaluer le préjudice des victimes.     «Ce sujet présente un trouble psycho-traumatique caractérisé, qui reste évolutif, avec de très nombreux évitements, des moments d’anxiété majeure en de nombreuses circonstances […], une modification de son rapport à l’existence, un remaniement de son système de valeurs, le sentiment d’un éloignement dans son rapport aux autres », résume-t-il alors, précisant que son état n’est pas encore stabilisé.

Episode dépressif majeur

« L’état médical de Guillaume s’aggrave à l’été 2017, rapporte Le Parisien. Hypocondriaque, il multiplie les visites chez le médecin. Son état d’anxiété est tel qu’il est admis en psychiatrie en août. Trois mois plus tard, il met fin à ses jours. Alain et Arlette Valette prennent attache avec Me Claire Josserand-Schmidt, une avocate qui intervient notamment auprès de l’Association française de victimes du terrorisme (AFVT). Ils sont persuadés que le suicide de leur fils est la conséquence de l’attentat. »

C’est alors le Dr Catherine Wong, psychiatre spécialisée dans la réparation juridique du dommage corporel qui prend connaissance du dossier. Et qui porte un diagnostic : au moment de son décès, le jeune homme souffrait d’une « dépression délirante ». Aucun antécédent psychiatrique,  Dr Wong privilégie la piste du traumatisme psychique dans son rapport daté de janvier 2019 :

« On peut établir que le traumatisme du 13/11/15 a été responsable d’un état de stress post-traumatique chez M. Guillaume Valette, qui s’est compliqué d’un épisode dépressif majeur […] et que le suicide a été une complication de cet épisode dépressif majeur. Le suicide de M. Valette Guillaume est donc bien la conséquence ultime de l’attentat du 13/11/15 ».

Et le 2 mai dernier les juges d’instruction en charge du dossier adressent aux parents de Guillaume un « avis à partie civile » reconnaissant ainsi implicitement le statut de victime de leur fils. « C’est une avancée considérable, souligne Me Josserand-Schmidt. En accueillant la constitution de partie civile de la famille de Guillaume, les juges d’instruction admettent la possibilité du lien de causalité entre l’attentat et son suicide. La discussion médicale se poursuivra devant la cour d’assises qui tranchera lors du procès. »

Où l’on apprend que le trébuchet aveugle de la justice française peut percevoir le poids de certaines blessures invisibles. « Ces blessures peuvent, tout autant qu’une jambe amputée ou un œil arraché, handicaper la victime dans sa sphère personnelle, familiale, intime, sociale, dit l’avocate, en écho. L’histoire de Guillaume doit alerter les pouvoirs publics sur le nécessaire accompagnement des victimes d’attentats sur la durée. Notre système d’indemnisation devrait aussi en tirer les conséquences : si les atteintes fonctionnelles sont plutôt bien évaluées en cas de blessures corporelles, nous en sommes encore, s’agissant des blessures psychiques, très loin. »

A demain @jynau

C’est scientifiquement prouvé : l’affaire du Levothyrox® n’avait aucune raison d’exister

Bonjour

 

Mais que s’est-il donc passé  dans l’affaire du Levothyrox® ? Officiellement rien de sanitaire, mais un simple phénomène dit « de société ». L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient de publier le rapport final de son étude de pharmaco-épidémiologie sur ce qu’il est convenu d’appeler « les conséquences du passage à la nouvelle formule du Levothyrox® en France ». Réalisée à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS), cette étude a porté sur plus 2 075 106 personnes âgées de 18 à 85 ans. Elle a consisté à comparer, à caractéristiques sociodémographiques et médicales identiques, l’état de santé des personnes exposées à la nouvelle formule du Levothyrox® en France en 2017 à celui de personnes traitées par l’ancienne formule du Levothyrox® l’année précédente. 

Conclusion :

« Les résultats ne fournissent pas d’argument en faveur d’une toxicité propre de la nouvelle formule du Levothyrox ® . Ils reflètent plutôt les difficultés rencontrées par  certains patients lors du changement de formule. »

Résumé chiffré du contexte. Fin 2017, parmi les patients qui avaient (entre avril et juin) initié la nouvelle formule du Levothyrox® 18% avaient « opté pour une autre spécialité », dans le cadre de la diversification de l’offre thérapeutique. Dans le même temps, la fréquence des dosages de TSH a nettement augmenté (+31%) et ce à la suite du passage à la nouvelle formule. « Une augmentation des recours aux dosages de TSH était attendue compte tenu de la recommandation faite aux professionnels de santé de surveiller l’équilibre thyroïdien chez certaines catégories de patients lors du changement de formule » prévient l’ANSM.

Fallait-il s’inquiéter ? Afin de mesurer les éventuels risques associés au passage à la nouvelle formule du Levothyrox®, des indicateurs d’état de santé et de recours aux soins (hospitalisations, décès, arrêts de travail, recours aux soins ambulatoires, consommations médicamenteuses) ont été comparés entre les patients exposés à la nouvelle formule du Levothyrox en 2017 et ceux traités par l’ancienne formule l’année précédente. 

Conclusion :

« Les résultats ne fournissent pas d’argument en faveur d’un risque augmenté de problèmes de santé graves au cours des mois suivant l’initiation de la nouvelle formule du Levothyrox®. En effet, ils ne mettent pas en évidence d’augmentation spécifique de survenue d’hospitalisations, de décès, d’arrêts de travail d’au moins 7 jours, ni de consommation de médicaments utilisés pour traiter des symptômes somatiques tels que ceux déclarés en pharmacovigilance lors du passage à la nouvelle formule du Levothyrox®. Les analyses complémentaires prenant en compte les interruptions de traitement par la nouvelle formule du Levothyrox® confirment ces résultats. » 

En revanche ces résultats mettent bien en évidence une augmentation des recours aux soins ambulatoires et de certaines consommations médicamenteuses avec le passage à la nouvelle formule du Levothyrox®.. Ainsi, on observe une augmentation de 2% du nombre de consultations médicales, concentrée sur la période d’août à octobre 2017 quelle que soit la période d’initiation de la nouvelle formule. Ils montrent en outre « une hausse relative de l’utilisation de certains médicaments comme les benzodiazépines suite au passage à la nouvelle formule du Levothyrox® ». L’ANSM n’en dit pas plus, pas plus qu’elle ne chiffre le coût de ce phénomène.

Que s’est-il passé ? Officiellement rien de sanitaire, mais un simple phénomène de société.Comment, désormais, s’en persuader ?

A demain @jynau

Que les gens insoumis se le tweetent : non, le chef Jean-Luc Mélenchon ne souffre pas de dépression

Bonjour

Le dépressif est-il le mieux placé pour parler de sa dépression ? Le Monde qualifie de « sibylline » la « note » de son blog « L’ère du peuple ». Comprendre que l’on ne comprend pas aisément ce texte sens obscur, mystérieux, symbolique comme celui des oracles antiques. Synonyme : abscons, cabalistique, énigmatique, ésotérique, hermétique, impénétrable, indéchiffrable. Voilà qui ne réjouira guère le leader de La France insoumise, 67 ans, député des Bouches-du-Rhône. On peut aussi parler de « repli stratégique » du chef de cette famille politique ; un chef qui entend prendre du recul pour mieux gagner en hauteur. Voici le texte de son post simplement titré : « Pendant que la poussière retombe »

« Pour que l’on ne se méprenne pas sur mon silence depuis mon intervention dimanche dernier, je crois utile de donner quelques nouvelles.

Primo : je me repose. C’est normal au terme de près d’un an de campagne dans laquelle j’ai été très investi en même temps que je menais ma vie de parlementaire.

Deuxio : par tradition intellectuelle, j’attends toujours que « la poussière retombe » avant d’analyser un nouveau paysage.

Tertio : j’attends aussi la fin de l’installation de notre délégation insoumise au Parlement européen avant de m’exprimer.

Quatuor : je ne suis choqué ni meurtri d’aucune expression critique. D’abord parce qu’il est normal que chacun veuille vivre sa vie, faire entendre ses conclusions et déployer ses calculs si vite que ce soit. Ensuite parce que, après ce que je viens de vivre depuis un an, je ne serais pas raisonnable d’attendre de l’élégance dans la vie politique. Enfin parce que les différents regards qui se portent sur le contexte font partie de celui-ci. Et donc ils méritent d’être eux-aussi observés sérieusement pour bien comprendre ce qui se passe.

Quinque : j’ai été très touché des innombrables marques de solidarité et de tendresse dans l’épreuve qui m’ont été adressées venant de partout. J’en remercie cordialement leurs auteurs. Comme moi ils savent que « la lutte pour les sommets suffit à remplir le cœur d’un Homme » comme dit Albert Camus. Ils savent que ceci n’a rien à voir avec les crapahutages carriéristes.

Tout ceci dit, après le 6 juin, je m’exprimerai plus largement, aussi clairement que j’en suis capable. Je dirai mon appréciation du moment politique. Je proposerai une suite pour notre chemin et je dirai ce qu’il en sera pour moi. »

Et puis cette fin, qui intrigue :

« Quelques précisions pour éviter les fantasmes médiatiques traditionnels à mon sujet : je ne déprime pas, je ne pars pas à la retraite. Je suis au combat et j’y resterai jusqu’à mon dernier souffle, si je le peux. Comme pour beaucoup de mes lecteurs, la nature de mon engagement n’est pas celui d’une carrière (au demeurant la mienne serait faite) mais plutôt de l’ordre d’un chemin de vie. Mon intention est d’en maîtriser le contenu, la forme et les rythmes, dans l’intérêt du but poursuivi et pour moi-même. Je le tente une fois de plus en sachant aussi que les rythmes de l’histoire sont imprévisibles, pour le meilleur comme pour le pire de ce qu’elle contient, aujourd’hui encore. Mais ‘’il faut imaginer Sisyphe heureux’’, vous le savez bien. »

Et pendant ce temps là les jeunes Insoumis.es (Clémentine Autain, Alexis Corbière, François Ruffin)) ne cachent plus ni leurs impatiences ni leurs appétits. Lire les oracles fut longtemps de l’ordre du sacré. C’est aujourd’hui devenu un métier.

A demain

@jynau

Homéopathie : de quel droit le placebo et ses effets ne seraient-ils pas remboursés ?

Bonjour

Acte V, scène 4.  Elle a commencé par un communiqué de presse des Laboratoires Boiron daté du 17 mai 2019. Où l’on voit la firme confirmer des informations qui avaient fuité dans la presse (Libération, France Info)  – peut-être avec l’aide d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Et où l’on voit, aussi, que l’ire lyonnaise demeure ; de même que les ronds de fumée peine voilés à destination de Bercy et du Palais de L’Elysée. Cela donne ceci :

« Les laboratoires Boiron ont reçu le premier avis de la commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS), jeudi 16 mai 2019 en fin de journée, soit bien après sa fuite dans un média. La diffusion par la presse de ce premier avis, censé être confidentiel, cause un réel préjudice aux salariés, clients et actionnaires du groupe.

Dans ce premier avis, la commission de la transparence émet une recommandation défavorable au maintien de la prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques.

La procédure d’évaluation en cours prévoit qu’après réception de ce premier avis, les laboratoires Boiron disposent de 10 jours pour transmettre des commentaires écrits ou pour demander une audition auprès de la HAS. Cette procédure permettra aux laboratoires de présenter leurs arguments quant au bien-fondé de la prise en charge des médicaments homéopathiques. A l’issue de cette procédure, la HAS rendra un avis définitif qui sera transmis à la ministre des Solidarités et de la santé pour décision.

74% des Français qui ont recours aux médicaments homéopathiques les jugent efficaces et sont contre l’arrêt de leur remboursement (Ipsos, octobre 2018). Un déremboursement éventuel aurait des conséquences négatives pour les patients, pour les finances publiques et pour l’économie française.

La France génère 60% du chiffre d’affaires du groupe Boiron et un éventuel déremboursement menacerait un millier d’emplois. La cotation des actions des laboratoires Boiron, suspendue jeudi 16 mai 2019 en raison de la diffusion par un média d’une information confidentielle, reprendra lundi 20 mai à l’ouverture de la Bourse. »

Extraits précieux

Le même jour Le Monde (Paul Benkimoun) avait publié de précieux extraits du texte, en particulier l’analyse sur laquelle la HAS a fondé son avis. Cela donnait cela :

« Le Monde a consulté le projet d’avis adopté le 15 mai par la commission de la transparence(CT)  de la HAS (…) Dans ce document de 85 pages (plus une bonne cinquantaine de pages d’annexes), la commission précise le contexte de l’évaluation qui lui a été demandée. Celle-ci porte sur ‘’les médicaments à nom commun (hors préparations magistrales) soumis à la procédure d’enregistrement auprès de l’ANSM [Agence nationale de sécurité du médicament] et bénéficiant actuellement d’une prise en charge à 30 % par l’Assurance-maladie’’. Après une présentation des principes de l’homéopathie – dont elle rappelle qu’ils  ‘’ne sont pas soutenus par les données actuelles de la science’’ –, et une description de son utilisation en France, la CT détaille les documents sur l’analyse desquels elle fonde son avis.

‘’Près de 1 000 études ont été identifiées et près de 300 ont été sélectionnées sur la base de critères de sélection détaillés dans le présent avis.’’ La commission a examiné ‘’23 revues systématiques de la littérature et méta-analyses, 10 essais contrôlés randomisés et 6 études concernant la consommation médicamenteuse, dans 25 indications ou symptômes.’’ Après analyse, la CT souligne qu’’’au total aucune étude n’a démontré la supériorité en termes d’efficacité (morbidité) de l’approche homéopathique par rapport à des traitements conventionnels ou au placebo.’’

Dans la conclusion de son projet d’avis, la commission met en balance les arguments. D’un côté, elle pointe l’absence de gravité de certaines affections ou symptômes bénins, spontanément résolutifs, pour lesquels ‘’le recours aux médicaments (dont l’homéopathie) n’est pas nécessaire’’, ‘’l’absence de démonstration d’efficacité’’ des médicaments homéopathiques, ‘’l’absence de démonstration de leur impact sur la santé publique’’, ‘’l’absence de place définie dans la stratégie thérapeutique’’. A l’inverse, elle reconnaît ‘’la gravité et/ou l’impact potentiel sur la qualité de vie des patients de certains symptômes/affections étudiés pour lesquels il existe un besoin médical à disposer d’alternatives thérapeutiques ou de médecines complémentaires’’ et ‘’la très bonne tolérance et le profil de sécurité des médicaments homéopathiques.’’ »

C’est sur cette base que la  CT donne « un avis défavorable au maintien de la prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques ». Or Agnès Buzyn a déjà (de manière étrangement apolitique) assuré qu’elle « suivrait l’avis de la Haute Autorité de Santé. Il restera à cette ministre d’expliquer aux citoyens pourquoi la collectivité ne devrait pas prendre en charge les possibles vertus du placebo et de ses effets. A quel titre et de quel droit ?

A demain

@jynau

Gilets Jaunes et «ignominie»: les auteurs seront-ils poursuivis pour provocation au suicide ?

Bonjour

Pâques 2019. Comprendre comment et pourquoi ? En rester au constat ?   Ignoble, honteuxabject : Après l’ignominie de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, les mots manquent aux représentants de la classe politique pour dire leur indignation après les « Suicidez-vous ! Suicidez-vous ! » lancés aux forces de l’ordre samedi 20 avril à Paris durant de l’acte XXIII des Gilets Jaunes.

Dans le désordre :

François-Xavier Bellamy, jeune tête de liste LR pour les élections européennes :  « Ils crient : “suicidez-vous”. Depuis janvier, 28 policiers se sont suicidés. Deux fois plus que l’an dernier. Autant de familles détruites, auxquelles ce cri inhumain doit retourner le cœur… Aucun de ceux qui ont crié cela ne doit rester impuni. Aucun ».

Christian Estrosi, maire LR de Nice : « Ignoble et abject ».

Eric Ciotti :  « Honteux et indigne ».

Nathalie Loiseau, tête de liste LRM et ancienne ministre des Affaires européennes : « Comment tenir de tels propos là où si souvent les Français se sont rassemblés dans la dignité et en hommage à la République ? Cette foule n’est pas le peuple. Condamnons ensemble ces paroles révoltantes ».

Marine Le Pen, dirigeante du Rassemblement national : « Comment peut-on scander suicidez-vous aux forces de l’ordre ? ! C’est honteux enfin ! Cette haine de la police est idéologique et hélas systématique dans les rangs des anarchistes ».

Emmanuel Grégoire, premier adjoint de la maire PS de Paris Anne Hidalgo : « Il n’est pas acceptable que des gens crient suicidez-vous à la police place de la République ».

Pâques 2019. L’incitation au suicide ?  Dans le code pénal français on peut lire ceci :

Section 6 : De la provocation au suicide.

Article 223-13 : Le fait de provoquer au suicide d’autrui est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende lorsque la provocation a été suivie du suicide ou d’une tentative de suicide. Les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 75000 euros d’amende lorsque la victime de l’infraction définie à l’alinéa précédent est un mineur de quinze ans.

Article 223-14 modifié par Ordonnance n°2000-916 du 19 septembre 2000 – art. 3 (V) JORF 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002 : La propagande ou la publicité, quel qu’en soit le mode, en faveur de produits, d’objets ou de méthodes préconisés comme moyens de se donner la mort est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Article 223-15 : Lorsque les délits prévus par les articles 223-13 et 223-14 sont commis par la voie de la presse écrite ou audiovisuelle, les dispositions particulières des lois qui régissent ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermination des personnes responsables. »

Pâques 2019. Au moins 52 personnes ont été tuées dimanche 21 avril au Sri Lanka dans une série d’explosions dans des hôtels et des églises où était célébrée la messe de Pâques. 280 personnes ont été blessées dans ces explosions, a par ailleurs annoncé le directeur de l’hôpital national de Colombo. Deux déflagrations se sont notamment produites dans l’église Saint-Anthony de Colombo et l’église Saint-Sébastien de Negombo, une localité au nord de la capitale. Au moins 160 personnes blessées dans l’explosion de l’église Saint-Anthony ont été admises à l’hôpital national de Colombo, a déclaré à l’AFP un de ses responsables.

A demain

 

 

 

 

Aujourd’hui, 20 avril 2019 place de la République: pourquoi une telle ignominie ?

Bonjour

Il faudra bien comprendre comment et pourquoi on peut en arriver à une telle extrémité ? 20 avril 2019, place de la République à Paris, en marge du XXIIIème acte des Gilets Jaunes. Des violences, des flammes. Puis l’impensable.

« Suicidez-vous, suicidez-vous, suicidez-vous ! » ont hurlé certains manifestants aux forces de l’ordre. Des vidéos les montrent vêtus de gilets jaunes ou non, scander ces paroles face à des forces de l’ordre que l’on peut voir, casquées, à plusieurs mètres.

« Honte à ceux qui se sont livrés à une telle ignominie!  a réagi en début de soirée sur Twitter le ministre de l’Intérieur. Soutien total à nos forces mobilisées, et à leurs familles. L’immense majorité des Français sait ce qu’elle leur doit. »

Anatole France, l’état d’urgence

La veille les syndicats de forces de l’ordre appelaient à une mobilisation pour alerter sur le nombre élevé et croissants de suicides dans leurs rangs. Le même jour Eric Morvan, 62 ans,  directeur général de la police nationale (DGPN), dans une lettre envoyée à tous les policiers invitait la profession au dialogue et à la libération de la parole face ce phénomène – un sujet longtemps tabou chez les forces de l’ordre. Aujourd’hui Le Monde consacrait sa manchette au phénomène : « Suicides dans la police : l’état d’urgence »,

« Ignominie  : Action, parole basse et déshonorante. ‘’Nous vivons dans un âge fréquent en lâchetés, abondant en ignominies, fertile en crimes’’. » Une phrase signée Anatole France ; extraite de « Sur la pierre blanche », roman philosophique, à la fois historique et d’anticipation. L’œuvre traite dans son ensemble de l’évolution de l’Humanité et esquisse la possibilité d’une création des États-Unis du monde. Elle se termine par la description d’un idéal socialiste/communisme en l’an 2270, et par une remarque sur les limites biologiques et temporelles de l’espèce humaine, qui ont pour conséquence que non seulement l’Humanité disparaîtra, mais que d’autres espèces, peut-être plus intelligentes, prendront la suite.

L’ouvrage fut publié en 1905. Nous sommes en 2019, place de la République, à Paris.

A demain

@jynau

Narcissisme. Quand Emmanuel Macron remet la Légion d’honneur à l’auteur de «Soumission» 

 

Bonjour

Emmanuel Macron remettra ce jeudi 18 avril la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. La cérémonie se déroulera au Palais de l’Elysée en présence de nombreux amis du célèbre écrivain… dont l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy. Le sujet est traité dans Paris Match (Bruno Jeudy) :

« Finalement Nicolas Sarkozy sera présent à la remise de légion d’honneur à son «ami» Michel Houellebecq (il avait été invité à son récent mariage) L’agenda de l’ancien président s’est finalement libéré et il sera à l’Elysée ce soir pour honorer le célèbre écrivain. En revanche, son épouse Carla Bruni-Sarkozy sera absente. L’ex-chef d’Etat y croisera les nombreux invités personnels de l’auteur de «Sérotonine». Parmi eux : le philosophe et académicien Alain Finkielkraut, l’écrivain Frédéric Beigbeder, le journaliste David Pujadas, le chanteur Jean-Louis Aubert (ex-Téléphone), le directeur de la rédaction de «Valeurs Actuelles» Geoffroy Lejeune et la journaliste Charolotte d’Ornellas. »

« Comme le veut la tradition, Emmanuel Macron prononcera un discours pour retracer la carrière du décoré. Le chef de l’Etat connaît Michel Houellebecq depuis plusieurs années. Leur première rencontre date de l’époque où le futur président de la République était ministre de l’Economie. Il avait reçu le romancier à Bercy. Les deux hommes se tutoient. Parmi les sept romans publiés par l’auteur de ‘’Sérotonine’’, Emmanuel Macron a une préférence pour ‘’La carte et le territoire’’ récompensé par le prix Goncourt en 2010. Le chef de l’Etat a pris l’habitude d’ailleurs de qualifier l’écrivain ‘’d’entomologue de la société française’’. »

Un minimum de culture et de connaissance historique

Le sujet est aussi traité dans Le Monde – sous un angle différent, le quotidien vespéral ouvrant ses colonnes à Jean-Philippe Domecq, romancier et essayiste (« L’amie, la mort, le fils » (Thierry Marchaisse, 2018) et « Exercices autobiographiques » (La Bibliothèque, 2017) :

«  Sauf à considérer qu’une récompense républicaine n’a plus de sens, on ne peut laisser sans discussion l’octroi de la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. D’autant que, d’ordinaire, les cérémonies de décoration honorifique à l’Elysée sont collectives et que celle-ci sera entièrement dédiée à l’auteur de ‘’Sérotonine’’ (…) Est-il possible de faire entendre enfin, malgré le concert de louanges qui accueille la parution de chaque roman de Michel Houellebecq, qu’il y a un décalage, profond mais passé sous silence, entre la ferveur médiatique dont il bénéficie et l’appréciation critique que beaucoup de lecteurs ont de son œuvre ? Tout un lectorat qui n’a pas de leçon d’ouverture d’esprit à recevoir a fort bien perçu que chaque narrateur des romans de Houellebecq exprime son dégoût de l’émancipation.

« Souvenons-nous : pourquoi et quand Céline a-t-il sorti son sinistre fonds de commerce politique ? Dès l’instant où Céline s’est confondu avec Bardamu, son narrateur. Ceux qui invoquent sans cesse la pertinente et nécessaire distinction entre narrateur et auteur pourraient s’aviser que, de roman en roman, le narrateur de Michel Houellebecq a la même attitude à l’encontre des conquêtes de la modernité européenne ; cela finit par faire des romans porte-voix, et porte-voix d’une idéologie nauséabonde. Evidemment, l’auteur est un malin, chaque fois il se dérobe derrière son narrateur et échappe aux mains qui le veulent bien. C’est qu’il les soulage, il leur signifie que tout est permis dans les opinions.

« ‘’Cette distinction vient récompenser un grand écrivain français reconnu comme tel’’, dit le communiqué de l’Elysée. Un minimum de culture et de connaissance historique permet pourtant de voir qu’il y eut toujours des succès massifs pour la littérature du « ça va mal », du « on a tout perdu ». Des titres comme Les Beaux Draps, de Céline, ou Les Décombres, de Lucien Rebatet, ont donné à qui les lisait le sentiment d’avoir tout compris et qu’’’on se le disait bien’’. Depuis les années 1930, ce tour d’opinion facile n’y va plus si direct ; on est passé du lyrisme paranoïaque à l’ironie perverse-narcissique. »

Ironie ou pas, et bien au-delà du lyrisme de la paranoïa, de la perversité et du Palais de l’Elysée, on ne peut que conseiller, de la psychiatre, psychanalyste et victimologue Marie-France Hirigoyen, le remarquable « Les Narcisse » (Editions La Découverte)

A demain

@jynau