Pédophilie au sein du clergé et célibat perpétuel des prêtres imposé par le pape François

Bonjour

Une nouvelle fois le pape passe à confesse entre Ciel et Terre. Dimanche 27 janvier, lors de la conférence de presse tenue dans l’avion qui le ramenait de Panama François a parlé. Et l’AFP était là. « A un mois de l’organisation de la réunion mondiale sur ’la protection des mineurs’’ au Vatican, le pape  s’est montré plutôt lucide sur son issu. Lucide ou fataliste ?  Il estime que cette réunion suscite des attentes « surdimensionnées » – et ce alors même que la pédophilie est « problème humain qui est partout ». Pour autant, heureusement, tout n’est pas perdu :

« Il faut redimensionner cette attente, parce que, je le dis, le problème des abus continuera.Il faut résoudre le problème dans l’Eglise, mais, en résolvant le problème dans l’Eglise par une prise de conscience, nous contribuerons à le résoudre dans la société, dans les familles, où la honte fait que l’on couvre tout. »

Officiellement, dans le jargon traditionnel, la réunion des présidents des conférences épiscopales convoquée fin février par le pape a pour ambition d’élaborer « des protocoles pour aller de l’avant », une sorte de « catéchèse » sur ce thème d’une particulière gravité et d’une grande ampleur. C’est que, confie le pape, « parfois les évêques ne savent pas quoi faire ». A eux de « prendre conscience du drame » car, assure par ailleurs le Souverain Pontife, « la souffrance est terrible ».

Une interdiction millénaire

Et puis l’immanquable corollaire. Interrogé sur un possible assouplissement des règles sur le célibat des prêtres, le pape François a clairement rejeté fermement toute remise en cause générale de cette pratique en vigueur dans le catholicisme romain. « Personnellement, je pense que le célibat est un don pour l’Eglise. Deuxièmement, je ne suis pas d’accord pour permettre que le célibat soit optionnel. Non », a déclaré le pape. Et puis, néanmoins, une brèche dans cette muraille théologique.  Il a, nous dit l’AFP, néanmoins envisagé « quelques possibilités pour des endroits très reculés » comme les îles du Pacifique ou l’Amazonie (sic), quand « il y a une nécessité pastorale ». « C’est une chose en discussion avec les théologiens, ce n’est pas ma décision ».

 On sait que le rite romain, observé par l’immense majorité des catholiques, rejette complètement cette possibilité depuis le XIe siècle (et ce alors même qu’auparavant les prêtres ont, pendant des siècles)  pu être mariés. « Les textes bibliques indiquent d’ailleurs que l’apôtre Pierre, dont le pape est officiellement le successeur, avait une belle-mère » observe l’AFP.

En mars 2017, le pape François avait publiquement annoncé « réfléchir » à la possibilité d’ordonner des  viri probati – des hommes mariés d’âge mûr impliqués dans l’Eglise –, excluant donc cette ouverture pour les jeunes hommes, et bien sûr les femmes. L’hypothèse de ces ordinations sera à l’ordre du jour du prochain synode en octobre dédié à l’Amazonie, immense territoire latino-américain souffrant d’un manque de prêtres autochtones.

Réduction des risques

Mais le pape argentin a, dans son avion, confirmé son rejet de la fin du célibat – et ce en citant une phrase de son prédécesseur Paul VI (« Je préfère donner ma vie que de changer la loi du célibat »). Il y a quelques mois, une proposition de l’épiscopat belge de permettre à certains jeunes hommes mariés de devenir prêtres n’a eu aucune suite. Quant à l’Eglise catholique allemande, elle prie pour une discussion en son sein sur le célibat – et ce non pas en raison de la crise des vocations, mais bien après la révélation d’agressions sexuelles sur des milliers d’enfants pendant des décennies.

Et l’AFP de signaler qu’un récent rapport commandé par l’Eglise allemande sur ces sévices sexuels commis par des membres du clergé (entre 1946 et 2014) a identifié le « célibat des prêtres » comme l’une des possibles causes (indirectes) de ces agressions. Où l’on regrette de ne pas connaître la bibliographie des travaux médicaux et scientifiques, épidémiologiques et théologiques qui, sans nul doute, ont, depuis un millénaire, dû être menés sur un sujet d’une telle gravité. Un sujet désormais indissociable d’une politique de réduction des risques.

A demain

@jynau

 

 

 

«Sérotonine» et Captorix® : à l’attention des lecteurs du prochain roman de Houellebecq

Bonjour

Nouveau rituel français : le lancement, multimédias et en fanfare, du prochain roman de Houellebecq. Tous ou presque sacrifient à cette nouvelle idole. Un lancement d’autant plus aisé que le plus grand des romanciers français (vivants) leur a offert un marchepied : son entretien à Harper’s avec un panégyrique en trompe l’oeil de Donald Trump : « Donald Trump Is a Good President. One foreigner’s perspective By Michel HouellebecqJohn Cullen (Translator) » 1.

Rituel tristement moutonnier. Voici donc un roman programmé pour devenir un produit de consommation pour masses plus ou moins laborieuses. Michel Houellebecq, « Sérotonine »Flammarion, 348 pp., 22 €. En librairie et dans toutes les bonnes gares dès le 4 janvier 2.

Un rituel où il convient de déflorer avec talent, le recenseur pouvant aisément se mettre en valeur. « Dans ‘’Sérotonine’’, son septième roman qui paraît le 4 janvier, l’écrivain endosse un nouvel avatar du mâle occidental, homophobe à la libido en berne et sous antidépresseur. Une dérive émouvante autour de la perte du désir, sur fond de révolte des agriculteurs. » peut-on lire dans Libération (Claire Devarrieux). Extrait :

« Deux occurrences ne font pas une tradition. Mais depuis que deux romans de Michel Houellebecq ont coïncidé avec une catastrophe, on guette la sortie de ses livres en croisant les doigts. Rentrée littéraire 2001 : des terroristes font un carnage sur une plage de Thaïlande à la fin de Plateforme. Le livre paraît le 3 septembre, le 11 ont lieu les attentats à New York. Un an plus tard, à peu près dans le même contexte que dans Plateforme, 200 touristes sont tués à Bali. Janvier 2015 : Soumission imagine sur un mode ironique l’arrivée au pouvoir en France d’un parti islamiste. Le roman sort le 7, le jour même de la tuerie à Charlie Hebdo. D’où l’impeccable brève publiée la semaine dernière par l’hebdomadaire, au moment où on s’apprête à aborder le quatrième anniversaire de «Charlie». «Trouillards Hebdo : « Le prochain livre de Houellebecq sortira le 4 janvier. On s’abstiendra d’en dire du mal : la dernière fois, ça ne nous a pas franchement réussi. » »

Désirs érotiques

Et Libé d’ajouter que si Sérotonine ne fait que peu de cas de scènes sexuelles c’est, précisément, que Florent-Claude (le narrateur) n’a plus de désirs érotiques. Il prend du Captorix®. Cet antidépresseur lui permet « de moins souffrir, de se laver à nouveau et d’entretenir un minimum de sociabilité », mais il a un effet plus que dévastateur sur la libido : il la supprime.

Et le multimédias de nous dire que ce nouveau roman houellebecquien est l’un des plus « émouvants » de l’auteur. Que sa « tonalité dépressive » est en harmonie avec l’époque que nous traversons. Sans pour autant fermer la porte à la possibilité du bonheur. Le Monde (Jean Birnbaum) :

« Autant Soumission (Flammarion, 2015) tendait à dominer ses lecteurs, à leur forcer la main, autant Sérotonine leur restitue une belle liberté. Ce congé (temporaire ?) donné à l’idéologie marque ainsi le plein retour de Houellebecq à la littérature. A l’heure de la solitude en ligne et des « cœurs » numériques, il fait du texte poétique le lieu où l’amour se réfugie. D’où, pour finir, la portée ironique du titre, Sérotonine. Contrairement à ce qu’il semble indiquer, le bonheur humain n’est pas une affaire d’hormone ou de neurotransmetteur, en réalité il passe par les mots adressés, par la langue à même la peau. »

« Le narrateur ne fait que boire et gober des antidépresseurs afin de booster cette hormone qui donne son titre au roman, et que les toxicomanes connaissent bien – la sérotonine est notamment stimulée par la consommation d’ecstasy ou de LSD » croit pouvoir rapporter Frédéric Beigbeder dans Le Figaro où il tresse mille couronnes de lauriers à son mystérieux et dérangeant ami.

Plexus intramuraux du tube digestif

Peut-être faut-il pour comprendre la puissance de Sérotonine se pencher sur le récent essai d’Agathe Novak-Lechevalier : Houellebecq, l’art de la consolation (Stock). Il faudra aussi s’intéresser à la 5-hydroxytryptamine (5-HT) ; sur ce neurotransmetteur dans le système nerveux central et dans les plexus intramuraux du tube digestif. Cette sérotonine impliquée dans la gestion des humeurs et associée à l’état de bonheur lorsqu’elle est à un taux équilibré, réduisant la prise de risque et en poussant ainsi l’individu à maintenir une situation qui lui est favorable.

Le Monde évoqua pour la première fois son existence le 23 mai 1957, dans un papier du Dr Claudine Escoffier-Lambiotte : « La psychopharmacologie et les médicaments psychiatriques » :

« Un certain nombre de travaux récents donnent un nouvel intérêt à l’hypothèse de l’origine chimique des psychoses. Les Allemands, synthétisant un dérivé de l’acide lysergique ou L.S.D. 25, réussissent à provoquer des troubles d’allure hallucinatoire et même schizophrénique par l’injection de doses infinitésimales de ce produit, de l’ordre du microgramme par kilo, remettant ainsi en question tout le problème d’une auto-intoxication de l’organisme par une substance jusqu’ici passée inaperçue.

« Les Américains, s’efforçant d’extraire du sérum des schizophrènes le principe de leur maladie, découvrent que les substances inductrices de troubles psychiques comme la mescaline et le L.S.D. 25 renforcent en réalité l’action d’une hormone nouvelle : la sérotonine, alors que les médicaments réducteurs des psychoses comme la réserpine et la chlorpromazine apparaissent comme des anti-sérotonines.

« Les travaux français ont montré toute la complexité du problème et l’importance primordiale du terrain constitutionnel à l’égard de ces divers produits chimiques, qui permettront peut-être un jour de comprendre mieux le mécanisme de la maladie mentale. »

23 mai 1957. Michel Houellebecq, né Michel Thomas, a vu le jour le 26 février 1956. Ou, selon les sources, deux ans plus tard.

A demain

1 « In all sincerity, I like Americans a lot; I’ve met many lovely people in the United States, and I empathize with the shame many Americans (and not only “New York intellectuals”) feel at having such an appalling clown for a leader.

However, I have to ask—and I know what I’m requesting isn’t easy for you—that you consider things for a moment from a non-American point of view. I don’t mean “from a French point of view,” which would be asking too much; let’s say, “from the point of view of the rest of the world.” (…) »

2 Michel Houellebecq. Sérotonine.  « Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l’amour» écrivait récemment Michel Houellebecq. Le narrateur de Sérotonine approuverait sans réserve. Son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses villes, détruit ses campagnes au bord de la révolte. Il raconte sa vie d’ingénieur agronome, son amitié pour un aristocrate agriculteur (un inoubliable personnage de roman – son double inversé), l’échec des idéaux de leur jeunesse, l’espoir peut-être insensé de retrouver une femme perdue. Ce roman sur les ravages d’un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables, est aussi un roman sur le remords et le regret. »

Hors collection – Littérature française. 352 pages – 139 x 210 mm. Broché. ISBN : 9782081471757 À paraître le 04/01/2019

 

Un pays qui «se cabre», un ras-le-bol qui «sourd»: les deux verbes inquiétants du jour

Bonjour

21 novembre 2018. Tous les médias reprennent les mots prononcés, hier depuis Bruxelles, par Emmanuel Macron en réponse aux manifestations des Gilets Jaunes:

 « Nous sommes un pays qui se cabre car nous n’aimons pas le changement imposé, mais qui sait mener des transformations profondes quand le sens de l’histoire est là et que le projet est plus grand que lui. C’est une réalité que de dire que nous ne sommes pas un pays qui s’ajuste au fil de l’eau avec des réformes savamment pesées et la capacité d’un consensus permanent. Soyons lucides sur nous-mêmes. Nous ne sommes pas un régime parlementaire qui évolue par petites touches.

« Les transitions sont dures, parce qu’elles supposent de changer les habitudesEn aucun cas la transition écologique ne saurait se faire au détriment de la transition sociale, et ne saurait se faire au détriment des plus fragiles. »

 Cabrer (emploi transitif) : le sujet désigne une personne quand l’objet  désigne un animal, en particulier un cheval. Dresser, faire dresser sur les membres postérieurs : « Les gardes mobiles cabrent leurs chevaux devant les barricades des longues haies » Nizan, Les Chiens de garde,1932, p. 203.

Par analogie, en aviation : cabrer un avion. En relever la partie antérieure, soit pour lui faire prendre une ligne de vol ascendante, soit pour faire diminuer sa vitesse : « Notre radio et nos deux pilotes (…), s’amusent de leur appareil, comme d’un jouet magnifique; ils le cabrent jusqu’à l’impossible ». Morand, Air indien,1932, p. 233.

Question : qui, aujourd’hui, cabre la France ?

Même jour, cette citation du Monde (Patrick Roger) : « A Plounéour-Ménez (Finistère), 1 250 habitants, le maire, Jean-Michel Parcheminal, a revêtu, seul, un gilet jaune sous son écharpe tricolore. ‘’Pour le symbole, pour leur montrer ma solidarité. En tant qu’élu, nous vivons leurs souffrances. Ce n’est quand même pas normal que nos enfants n’arrivent pas à vivre décemment de leur travail, assure cet ancien militant des gauches syndicales et politiques. On sent aujourd’hui sourdre un ras-le-bol général. Les taxes sur le carburant n’ont été que le déclencheur d’un malaise profond, qui s’exprime en dehors de toute organisation, de manière spontanée. Cela n’a rien à voir avec ce qu’on a connu avec les Bonnets rouges [en 2013, en réaction à la mise en place de l’écotaxe pour les véhicules de transport de marchandises] ».

Sourdre (au figuré) : Naître, se manifester. «  En un instant toutes ses émotions de jeunesse lui sourdirent au cœur ». Balzac, Fille yeux d’or, 1835, p. 363.

A demain

@jynau

Pourquoi gendarmes et policiers se suicident-ils désormais beaucoup plus que par le passé ?

Bonjour

Il y a quelques jours un gendarme de la Garde républicaine mettait fin à ses jours dans les jardins de l’hôtel Matignon, résidence historique du Premier ministre et cœur battant de l’exécutif. « Malaise » écrivit Le Figaro (Jean Chichizola ).

Il y a quelques jours Maggy Biskupski, présidente de l’association des policiers en colère se suicidait – avec son arme de service à son domicile- au lendemain du 11 novembre. Malaise généralisé dans tous les espaces médiatiques et politiques français.

 « Vite une Commission d’enquête » sur les suicides des policiers et des gendarmes, pour « agir contre cette souffrance »réclama dans un tweet le député de La France insoumise Alexis Corbière – citant, pour l’année 2017, le chiffre de cent-trente-cinq suicides dans leurs rangs. Où l’on voit les Français insoumis en appeler à la mécanique dominante pour alléger la souffrance des gardiens des l’ordre.

Sur un tel sujet, Le Monde (Nicolas Chapuis) :

« Faut-il interpréter le choix du lieu (de travail) ou de l’arme (de service) comme un message sur les conditions de vie ou le mal-être des policiers et gendarmes ? Impossible à dire tant les raisons d’un passage à l’acte sont intimes, complexes et personnelles. Mais au-delà des situations individuelles, c’est bien le chiffre global qui envoie un avertissement clair chaque année : en 2018, on dénombre déjà 61 personnes qui se sont suicidées au sein des forces de l’ordre.

L’année est particulièrement difficile pour les gendarmes, qui comptent déjà 31 morts dans leurs rangs (contre 16 à la même époque en 2017). La police connaît, de son côté, un très relatif répit après la série noire de 2017 (46 morts en novembre dont une terrible semaine avec 8 décès), avec 30 morts à ce jour en 2018. Des variations statistiques macabres qui ont peu de sens, tant la tendance est lourde : depuis deux décennies, entre 60 et 70 membres des forces de l’ordre se suicident chaque année, sur une population de quelque 150 000 policiers et 100 000 gendarmes. Un chiffre bien supérieur à celui des victimes de crimes et d’accidents, une dizaine de morts par an. »

Souffrances

Les statistiques officielles ne sont pas nouvelles qui auraient pu conduire à de véritables politiques de réduction des risques. « Après la vague d’attentats de 1995, qui avait mis à l’épreuve les troupes, la police nationale s’était dotée l’année suivante d’un service de psychologues cliniciens, qui sont aujourd’hui 89 sur l’ensemble du territoire. La gendarmerie lui avait emboîté le pas en 1998, avec un dispositif d’accompagnement qui réunit à ce jour 38 personnes, rappelle Le Monde. Les plans ministériels se sont également succédé, depuis 2000, avec une dernière mouture en mai 2018 qui insiste sur la mobilisation de chacun (collègues, chefs de service, médecins…). La direction générale de la gendarmerie nationale a organisé jeudi 15 novembre une journée d’échanges sur le même thème. Mais rien n’y fait : le risque de suicide chez les forces de l’ordre est invariablement plus élevé que dans le reste de la population, de l’ordre de 36 %. »

Nombre de policiers pointent également du doigt la responsabilité politique, avec notamment la question des conditions de travail et le cumul de plusieurs millions d’heures supplémentaires, provoquant fatigue et découragement. Les forces de l’ordre tentent notamment de travailler autant sur la prévention que sur la « postvention ». Les équipes de psychologues se rendent dans les commissariats touchés par le suicide d’un collègue  – pour, écrit Le Monde, conjurer un éventuel « effet Werther »référence au phénomène des suicides mimétiques qui suivit la publication des  Souffrances du jeune Werther dans l’Europe du  XVIIIe siècle.

Faut-il raisonnablement, au XXIe, user ici du verbe « conjurer » ? Une « marche blanche » sera organisée place du Trocadéro à Paris, le 24 novembre, en mémoire de Maggy Biskupski

A demain

@jynau

 

Elle avait étouffé son bébé jusqu’à ses deux ans: cinq ans de prison, dont trois avec sursis

Bonjour

Elle avait « caché son bébé dans le coffre de sa voiture pendant deux ans ». Dissimulé cet enfant dans cet espace lui infligeant des privations invraisemblables à l’origine des handicaps désormais irréversibles.  Rosa Maria Da Cruz a été condamnée, ce vendredi 16 novembre, à cinq ans de prison, dont trois avec sursis, par la cour d’assises de la Corrèze. Si rien ne change elle restera emprisonnée le temps durant lequel elle avait étouffé son bébé.

Rosa Maria Da Cruz  était poursuivie pour « violences suivies de mutilation ou infirmité permanente sur mineur de 15 ans par ascendant, privation de soins ou d’aliments compromettant la santé d’un enfant et dissimulation ayant entraîné atteinte à l’état civil d’un enfant ». Huit ans de prison avaient été requis par l’avocat général Olivier Kern. Ce dernier  avait souligné « la nécessité impérieuse de cette condamnation » pour que l’accusée, mère de trois autres enfants, « comprenne que Séréna n’est pas un non-événement ».

« Ce procès n’est pas le procès du déni de grossesse », avait-il également déclaré – référence à la thèse plaidée par la défense de l’accusée. « Songez bien, deux ans, ce n’est pas quelques semaines (sic) avait-il ajouté. ll en faut de l’organisation, de la réflexion pour cacher un enfant à ses proches directs, son conjoint, ses enfants. Elle fait le choix de la dissimulation de cet enfant. » Est-ce bien aussi simple ?

L’AFP nous dit que Mme Da Cruz est restée, face aux réquisitions, comme pendant l’essentiel du procès, figée, parfois prostrée, voire recroquevillée auprès de son avocate, dos tourné à la salle, la tête appuyée sur sa main, et le visage masqué par un épais rideau de cheveux bruns. « Je voudrais demander pardon à Serena pour tout le mal que je lui ai fait », a-t-elle déclaré d’une voix faible et lasse, alors que son avocate venait de plaider l’acquittement. « Je me rends compte que je lui en ai fait beaucoup, et que je ne reverrai plus jamais ma petite fille ».

Auparavant, les parties civiles avaient bien évidemment appelé à ne pas « psychologiser le débat à outrance », comme on peut être tenté de le faire pour comprendre « comment une mère peut-elle faire ça ». Séréna est aujourd’hui âgée de 7 ans et vit en famille d’accueil depuis cinq ans. Comment peut-on, collectivement et sans psychologie, comprendre comment on peut en arriver là ?

A demain

@jynau

 

Antidépresseurs : les deux tontons flingueurs de la pharmacie sont de sortie, au Cherche-Midi

Bonjour

Le Point a pris bien des pincettes. Une « exclusivité » associée de mille et une précautions jésuites. L’exclusivité : des extraits d’un livre à paraître : « Dépressions, antidépresseurs. Psychotropes et drogues. Efficacité. Danger. Contre-indications » 21 euros – Cherche-Midi). Les pincettes : un entretien avec le  Pr Antoine Pelissolo (CHU Henri-Mondor, Créteil) dénonçant les simplifications abusives des auteurs de l’ouvrage à paraître ; et une présentation peu banale de Thomas Mahler et Jérôme Vincent :

« Faut-il  avoir peur des antidépresseurs ? Après leur tonitruant « Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux », phénomène éditorial de l’année 2012, « les tontons flingueurs de la pharmacie » (Le Monde) récidivent. Dans « Dépressions, antidépresseurs : le guide » (Cherche-Midi), à paraître la semaine prochaine, le pneumologue Philippe Even  et l’urologue Bernard Debré 1 s’attaquent à un marché estimé à 100 milliards de dollars dans le monde pour l’ensemble des psychotropes, dont 20 milliards de dollars rien que pour les antidépresseurs. Pour ces professeurs, la société s’est, en une quarantaine d’années, considérablement psychiatrisée. Alors qu’à l’époque on ne portait ce diagnostic que pour des mélancolies profondes et que le mot « dépression » était tabou, il concernerait aujourd’hui entre 5 et 10 millions de Français. Est déprimé quelqu’un qui a un mal-être, des angoisses, une inquiétude autrefois passée sous silence… Parallèlement, après des découvertes de molécules innovantes contre cette maladie entre les années 1950 et 1970, l’industrie pharmaceutique ne ferait, selon eux, que recycler les mêmes formules, aboutissant à une surprescription de médicaments vendus de cinq à vingt fois plus cher. Leur efficacité reste, elle, scientifiquement discutable, ciblant en priorité la sérotonine, neuromédiateur dont une baisse de la concentration serait la cause d’humeurs dépressives.

« Philippe Even et Bernard Debré ne s’arrêtent pas aux seuls antidépresseurs, mais abordent aussi l’ensemble des psychotropes : anxiolytiques (120 millions de boîtes prescrites, 200 comprimés par an par Français), antipsychotiques (tranquillisants majeurs) et psychostimulants (Ritaline, notamment). Sollicités pour surmonter les dépressions, les insomnies, les douleurs chroniques ou les migraines, ces substances qui « agissent sur l’esprit » représentent aujourd’hui le premier marché des médicaments, devant ceux destinés aux maladies cardiaques et cancéreuses.

« Ce mi-guide, mi-pamphlet va-t-il déclencher une nouvelle polémique ? Après la publication de leur premier manuel, devenu un best-seller, les auteurs ont été condamnés à une année d’interdiction d’exercice pour « avoir contesté les derniers acquis de la science », jugement réduit à un blâme par le Conseil national de l’ordre des médecins. En 2016, Philippe Even a été radié pour avoir utilisé le terme de « putains académiques » envers des confrères, une formule qu’il n’a, selon lui, fait qu’emprunter au professeur danois Peter Gotzsche. Si les analyses de ce nouvel ouvrage ne sont pas incontestables, les conclusions se révèlent en fait très raisonnables, rejoignant l’avis émis en 2017 par la Haute Autorité de santé, qui a évoqué « un mauvaise usage des antidépresseurs » et a mis en garde les généralistes : ‘’Quel que soit le niveau de dépression, la prise en charge repose en premier lieu sur une assistance psychologique’’. »

Comment, en somme, espérer la polémique en donnant toutes les raisons de ne pas la voir émerger.

A demain

 L’ouvrage a été rédigé « avec la collaboration » de Guy Hugnetjournaliste indépendant spécialisé dans les enquêtes scientifiques et les affaires criminelles. Ancien cadre de l’industrie pharmaceutique, il a publié plusieurs livres sur les médicaments psychotropes – dont « Antidépresseurs la grande intoxication » (Le Cherche-Midi, 2004), – ainsi que de nombreux articles, notamment dans le mensuel Sciences et Avenir.

 

Psychiatriser l’homosexualité : pour le Vatican les paroles du pape ne sont plus d’Evangile

Bonjour

Comment dit-on rétropédalage en romain ? Nous soutenions, hier, que le Vatican ne pourrait plaider l’ambiguïté quent à la position du pape François sur la nécessité d’avoir recours à la psychiatrie devant les premiers symptômes (avant 20 ans) de l’homosexualité. C’était pécher par oubli du savoir-faire des jésuites. Au journaliste qui lui demandait ce qu’il dirait à des parents constatant les orientations homosexuelles de leur enfant le pape, entre Dublin et Rome :

« Je leur dirais premièrement de prier, ne pas condamner, dialoguer, comprendre, donner une place au fils ou à la fille. Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après vingt ans. Je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. »

Révélation du lapsus

Or le Vatican a, le 27 août, modifié les paroles du pape en gommant le mot « psychiatrie » dans la transcription officielle (en italien, consultable sur le site du Vatican) de la conférence de presse tenue la veille dans l’avion. Une source vaticane a indiqué à l’Agence France Presse que ce caviardage avait été commis  « pour ne pas altérer la pensée du pape ». « Quand le pape se réfère à la “psychiatrie”, il est clair qu’il le fait comme un exemple qui rentre dans les différentes choses qui peuvent être faites, a encore expliqué cette source. Mais avec ce mot, il n’avait pas l’intention de dire qu’il s’agissait d’une maladie psychiatrique, mais que peut-être il fallait voir comment sont les choses au niveau psychologique. »

D’autres exégètes font valoir que Jorge Mario Bergoglio, d’origine argentine, ne fait guère de distinctions entre la psychiatrie, la psychologie et la psychanalyse. « En bon Argentin, rappelle Le Monde, il a révélé avoir lui-même suivi  »une psychanalyse »  pendant six mois, autour de la quarantaine, dans son pays. » Aussi  connaît-il sans doute mieux que d’autres, le poids des mots, le choc révélateur des lapsus.

Et, caviardage ou pas, que François ne compte pas sur la France, fille aînée de l’Eglise, pour le défendre. Le gouvernement d’Emmanuel Macron a ainsi fustigé des propos qu’il qualifie d’ « incompréhensibles et indéfendables ». Et ce par la voix de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes – et de la lutte contre les discriminations homophobes.

A demain

 NB : Sur France Culture : « Les transidentités, racontées par les trans ». En partenariat avec Slate, une série documentaire de Perrine Kervran, réalisée par Annabelle Brouard.

« Raconter les transidentités autrement et surtout demander aux interessé.e.s de nous les raconter. Retracer l’histoire de la militance « trans », décrypter la façon dont la médecine et la psychiatrie ont mis la main sur les destinées des personnes transgenres, montrer comment le questionnement du genre rejaillit sur toute la société. Et faire le point sur les revendications des personnes transgenres aujourd’hui. Pour sortir des récits de transitions spectaculaires, qui occultent le quotidien de citoyens considérés par l’Etat et la société comme des citoyens de seconde zone. »