«Voyage aux confins de l’esprit» : le LSD, la conscience, les addictions et la dépression.

Bonjour

Conseil de lecture (exempt de tout conflit d’intérêts) pour esprits curieux n’ayant pas froid aux yeux.

Titre : « Voyage aux confins de l’esprit. Ce que le LSD et la psilocybine nous apprennent sur nous-mêmes, la conscience, la mort, les addictions et la dépression ».

Auteur : Michael Pollan

Préface du Dr Bertrand Lebeau-Leibovici et de Vincent Verroust

Traduction de Leslie Talaga et Caroline Lee

Louanges : « Après avoir lu les premières pages vous ne pourrez plus vous arrêter ! » (The New York Times). « Convaincant et palpitant » (The Guardian).

Editions : Quanto. WWW.editionsquanto.com 440 pages 24,50 euros

Présentation de l’éditeur : « Le LSD et les champignons magiques, des reliques des années hippies? Détrompez-vous. Ces substances psychédéliques font aujourd’hui leur grand retour en recherche clinique et les perspectives qu’elles ouvrent sont extraordinaires. Elles révèlent les mécanismes de notre conscience grâce auxquels nous donnons du sens à notre vie et appréhendons les autres et le monde. Elles permettent le traitement de la dépression, des addictions (tabac, alcool) ou de notre anxiété à l’approche de la mort, dans des temps très courts et avec un taux de réussite remarquable.

« Afin de comprendre la réalité de cette révolution en cours, ce qu’elle peut nous apprendre sur nous-mêmes et la nature des expériences dont il est question, le journaliste et écrivain Michael Pollan a mené l’enquête, à la première personne. Au fil de ses rencontres avec des patients, des chamans modernes, des guides spirituels et la nouvelle génération de scientifiques qui cartographient notre cerveau, nous le suivons dans des lieux où il ne s’était jamais aventuré, parfois même jusqu’au plus profond de lui-même. Voyage aux confins de l’esprit est un succès mondial traduit en seize langues. Il est le témoignage fascinant de ce que nous sommes et de ce à quoi pourrait ressembler l’avenir de la conscience ».

Nous y reviendrons sous peu.

A demain @jynau

Mais pourquoi diable les soignants sont-ils à ce point désespérés quant à l’avenir de leur métier ?

Bonjour

Perte de sens. Tout est sombre. « J’aime mon métier mais je ne conseillerais pas à mes enfants de l’exercer ». On commence à entendre l’antienne. La voici à nouveau confirmée par d’inquiétantes données chiffrées 1 : deux médecins sur trois ne recommanderaient pas à un proche de devenir soignant. Idem pour cinq infirmiers sur dix des infirmiers et presque autant pour les aides-soignants font le même constat. « Ces résultats sont en parfaite osmose avec le sentiment des carabins sur l’avenir de la médecine, ajoute Le Quotidien du Médecin. Une enquête dévoilée la semaine dernière par l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) montre que 46,5 % des carabins partagent cette opinion.

Sur le panel de médecins pessimistes, l’immense majorité redoute les conséquences de la réduction du personnel et de la stagnation voire de la baisse des budgets  sur leur métier au quotidien. Plus de neuf médecins sur dix estiment que la relation patient-praticien n’évoluera pas dans le bon sens pensent que le patient verra de plus en plus le soignant comme un « prestataire de santé ». Pour les rares optimistes la relation patient-praticien évoluera positivment et ce notamment grâce à l’expertise du patient sur sa pathologie. Résumé :

« L’étude  dresse, une fois de plus, le portrait d’un système de santé en déclin. Les répondants déclarent à 66,8% être en souffrance physique et/ou morale alors qu’ils étaient 58% en 2018. Les résultats mettent en exergue le peu d’espoir que les soignants ont en une amélioration de leurs conditions de travail : 86,6% des soignants se déclarent pessimistes quant à l’avenir quand seuls 13,4% d’entre eux se déclarent optimistes.

« ‘’Un burn-out à 28 ans, après 5 ans d’exercice … donnez-nous les moyens de rester humains !’’ – G., infirmer, Eure-et-Loir.  66,8% des soignants interrogés déclarent être en souffrance physique et / ou morale. C’est une augmentation importante au regard de l’année 2018 où 58% des soignants déclaraient ressentir un épuisement moral et physique.

« En avril 2018, une étude de l’Ordre national des Infirmiers montrait que près de 10 % des infirmiers avaient très souvent ou quelques fois des idées suicidaires et qu’ils étaient près de 60 % à craquer très souvent ou quelques fois en raison de leur travail. Le baromètre 360 medics corrobore cette étude puisque 79,9% des aides-soignants et 69,1% des infirmiers déclarent aujourd’hui être en souffrance physique et/ou morale. Ce résultat édifiant traduit une réalité du monde médical : les soignants sont massivement exposés aux risques psychosociaux, et le nombre de suicides de soignants ne cesse d’augmenter. Une enquête de l’association Soins aux Professionnels de Santé (SPS) révélait, en 2017, que sur la moitié des 700 professionnels de santé interrogés (médecins, pharmaciens, infirmiers, aides-soignants, salariés comme libéraux), plus de 40% d’entre eux disent connaître un confrère qui a fait une tentative de suicide. »

Voilà les derniers chiffres. Il reste à aller au-delà du constat. Qui s’y attaquera ?

A demain @jynau

1 « Enquête sur le moral des soignants 2019 » de « 360 medics ». Elle a été réalisée sur la base d’un questionnaire autoadministré sur le web auprès de la communauté d’étudiants en santé et de professionnels de santé́ en exercice du 18 septembre au 11 octobre 2019. 6 956 répondants ont été pris en compte. L’analyse statistique et la pondération par type d’exercice professionnel ont été réalisés par AplusA à partir des données fournies par la DRESS. Parmi les répondants, 47,7% d’infirmiers, 17,6% de médecins, et 15% d’aide soignants, 19,7% issus d’autres professions de santé. 59,4% exercent en structure publique, 23,2% en structure privée et 17,4% exercent en libéral. 55,3% ont entre 25 et 45 ans, 24,5% d’entre eux ont moins de 25 ans et 20,2% d’entre eux ont plus de 45 ans.

« 360 medics » se présente ainsi : c’est une startup lyonnaise lancée en 2014 ayant développé une application et une interface web qui réunissent toutes les ressources et tous les outils utiles à la pratique quotidienne des soignants. « 360 medics est aujourd’hui la seule application à œuvrer pour l’amélioration de la qualité des soins en mettant à disposition des soignants des informations médicales fiables, pertinentes et actualisées en temps réel ». Fondée par Grégoire Pigné (CEO), Clotilde Petit (COO) et Romain Bruckert (CTO), la startup a levé 1 million d’euros auprès de Kreaxi, Crédit Agricole Création et plusieurs « business angels » en 2017. L’application fédère à ce jour plus de 200 000 soignants parmi lesquels 80 000 médecins en France.

« AplusA » se présente ainsi : l’un des principaux acteurs à l’international – et le leader français – des études de marché Santé, intervenant dans plus de 75 pays. Depuis 1990, les équipes d’AplusA (riches de plus de 140 collaborateurs permanents uniquement dédiés aux marchés de la Santé) ont géré des études sur pratiquement l’ensemble des problématiques des industries de santé et développent constamment de nouvelles solutions et outils pour répondre à l’évolution des besoins de ses clients : industrie pharmaceutique, biotech, dispositifs médicaux, santé grand public, assurances, institutions telles que la CNAM…

L’étrange histoire du Thermedol®, ou la démonstration que l’effet placebo est contagieux

Bonjour

C’est démontré : non seulement l’effet placebo existe mais il est aussi socialement transmissible. De quoi faire enrager certains tenants éconduits de l’homéopathie. La démonstration est apportée dans « Nature Human Behaviour » : « Socially transmitted placebo effects » par des chercheurs du département de psychologie d’étude du cerveau de l’université Dartmouth (HanoverNew Hampshire). Elle est traduite dans Le Quotidien du Médecin : «Quand la conviction du médecin augmente l’efficacité du traitement » (Damien Coulomb)

Les chercheurs de Dartmouth expliquent avoir recruté 194 étudiants en médecine, inscrits à des cours d’introduction à la psychologie et aux neurosciences, et les avaoir réparti de façon aléatoire pour tenir les rôles de médecins ou de patients. Les « médecins » appliquaient soit une crème présentée comme antalgique et dénommée Thermedol® soit une crème « contrôle » – la peau des « patients » avait était chauffée jusqu’à une température de 48 °C (afin de provoquer l’apparition de légères douleurs transitoires).

Au moment de l’application de la crème, les patients devaient noter la douleur ressentie sur une échelle allant de 1 à 100 (critère de jugement subjectif). En outre une évaluation plus objective de la douleur était fournie à partir de la mesure de la conductivité cutanée. Etude, bien évidemment, conduite en double aveugle. On aura compris que le Thermedol® était, comme la crème contrôle, un placebo.

Knock ou le Triomphe de la médecine

Ajoutons que  « médecins » faisaient l’objet d’un pré-conditionnement visant à les convaincre de la supériorité du Thermedol® sur le contrôle : ils subissaient le même traitement que les « patients » mais les expérimentateurs trichaient sur la température : la peau était chauffée localement à 43 °C avant l’application du Thermedol et à 48 °C après application du contrôle, et à 43 °C. Nullement informés  les « médecins » ressentaient donc objectivement une douleur moindre lors de l’application du Thermedol®.

« Lors de l’application par les ‘’médecins’’, les chercheurs ont constaté une ‘’transmission sociale’’ de l’effet placebo induit chez les soignants résume Le Quotidien du Médecin. La conductivité cutanée, et donc la douleur ressentie par les  ‘’patients’’, connaissait en effet un pic après application du Thermedol®. alors qu’elle restait plate après le contrôle. Par ailleurs, la douleur ressentie était significativement augmentée de 7,35 points en moyenne. Comment les médecins ont-ils transmis leur conviction de la supériorité d’une crème sur l’autre ? La réponse à cette question a été fournie par l’analyse des images fournies par les caméras fixées sur la tête des patients. Les algorithmes d’analyse ont enregistré des différences importantes dans l’expression faciale et la communication non verbale des médecins lors des applications respectives du Thermedol et de la crème contrôle. Les médecins se montraient moins distants et plus empathiques lors de l’application de la crème dont ils étaient persuadés de l’efficacité. »

Que conclure ? Que cette expérimentation « montre l’importance de l’interaction entre patients et médecins » lors de la prise en charge, concluent ses auteurs. Voilà qui confortera celles et ceux qui pouvaient (encore) en douter. Les auteurs estiment aussi que ces « mécanismes psychosociaux » qui concernent soignants et soignés devraient être mieux étudiés, voire intégrés dans l’évaluation des médicaments et des protocoles de prise en charge. Est-il trop tôt pour imaginer, un siècle après Knock ou le Triomphe de la médecine, que ces mécanismes (et leur maîtrise) pourraient commencer à être enseignés sur les bancs de nos facultés ? Avant d’être utilisés. Si tel était le cas, les éthiciens pousseraient-ils des cris d’orfraie ?

A demain @jynau


Rugby: la psychologie de Sébastien Vahaamahina, mais pourquoi a-t-il perdu son sang-froid ?

Bonjour

Il y avait eu le célébrissime « coup de tête » de Zidane Zinédine (9 juillet 2006). Il y aura le tragi-comique « coup de coude » de Vahaamahina Sébastien (20 novembre 2019).  Une nouvelle fois, dans les médias, on a invoqué le « coup de folie ». Avant que l’homme ne soit voué aux gémonies par une large fraction de l’Ovalie. Et ce pour ne pas avoir, devant les caméras, su garder son sang-froid 1.

L’Equipe, quotidien sportif cherche à comprendre. Et invite Meriem Salmi à éclairer notre gouverne : elle est « psychologue du sport ». « Il voulait probablement trop bien faire et il s’est laissé emporter. L’homme a débordé du joueur. Il n’y a pas d’intervention volontaire de faire mais simplement un débordement émotionnel qui n’a pas du tout été géré ».

Autre psychologue appelé au chevet : Christian Ramos qui a travaillé avec la Fédération Française de Rugby. Il nous par le mécanisme réflexe, du cerveau reptilien qui sommeille en nous, « siège de nos instincts de survie ». Il nous parle aussi de néocortex, plus lent que le reptilien. Il nous dit aussi que l’harmonie n’est que « le juste équilibre entre les intelligences émotionnelles, rationnelles et situationnelles ».

Ni Hasard ni Fatalité

Une page plus loin, toujours dans L’Equipe, notre toujours excellent et sévère confrère Pierre-Michel Bonnot. Il ausculte d’autres profondeurs. Selon lui, ce jour là, c’est l’inconscient qui, structuré comme un coude, parla chez Sébastien Vahaamahina. Le désir, finalement, de rentrer à Clermont-Ferrand, la fatigue de jouer dans un quinze national depuis longtemps à côté de ses souliers et sous la coupe de ses dirigeants contestés.

« Coup de folie » ? Peut-être pas. Mais beaucoup de non-dits. Finalement, un bien beau cadrage-débordement réussi du vieux reptilien sur le jeune néocortex. Et la France qui perd son sang-froid et le match contre les Gallois.

A demain @jynau

1 Sang-froid : Aptitude à garder, en toutes circonstances, présence d’esprit et maîtrise de soi; cette même possession de soi-même. Synon. aplomb, assurance, impassibilité; anton. Affolement

« Le sang-froid est une vertu curieuse et on a raison de la vanter, bien qu’elle implique un certain mépris de l’homme et une grande considération pour la fatalité » (Chardonne, Claire, 1931, p. 143).

 

Le Dr Jérôme Cahuzac a-t-il enfin bouclé sa boucle au centre hospitalier corse de Bonifacio ?

Bonjour

C’est fait. Les médias seront-ils présents pour la sortie du premier patient ?  Corse Matin  nous révèle que l’ancien ministre du Budget (condamné pour fraude fiscale et blanchiment en 2018) s’apprête à exercer de nouveau sa profession initiale. « Sa prise de fonction est imminente », a confirmé au Quotidien du Médecin  le directeur du centre hospitalier de Bonifacio, à la porte duquel le Dr Jérôme Cahuzac patientait depuis plusieurs mois.  Au programme : trois demi-journées hebdomadaires au sein du service de soins de longue durée.

L’avocat de l’ancien ministre a justifié le retour de son client à la vie professionnelle. « La fonction professionnelle de Jérôme Cahuzac avant sa vie politique, c’était d’être médecin. Il aspirait à pouvoir exercer une profession. Je tiens à dire qu’il continue à purger sa peine, il est toujours sous bracelet électronique et il ne s’agit pas d’une faveur mais de la mesure normale que chacun pourrait voir accomplir dans le cadre d’une peine », a-t-il précisé, selon des propos rapportés par BFM TV.

La boucle est-elle enfin bouclée pour celui qui fut un chirurgien prometteur avant de planer vers le zénith politique puis  de s’effondrer, d’être condamné et placé sous surveillance électronique? Cet homme pourra-t-il exercer sereinement sur la durée ? « Nous verrons bien, répond le prudent directeur du centre hospitalier de Bonifacio. Pour l’instant, les patients n’ont pas rencontré le Dr Cahuzac. Il est contractuel. Nous verrons s’il rend service à la population. Si cela ne convient pas, on peut mettre fin au contrat. »

De la morale générale et de la déontologie médicale

Rendre service à la population corse ? « En tant que contractuel, Jérôme Cahuzac n’est pas soumis aux règles qui s’imposent aux fonctionnaires, qui en théorie ne peuvent pas travailler si les mentions inscrites au bulletin numéro 2 de leur casier judiciaire «sont incompatibles avec l’exercice des fonctions», précise Libération (Anaïs Condomines) Pour revenir à son premier métier, ce chirurgien de formation avait besoin de deux choses : d’abord, de l’inscription au tableau de l’Ordre des médecins. Ensuite, d’une autorisation du procureur de la République, laquelle nous a été confirmée par Dominique Russo, directeur de l’hôpital de Bonifacio. » Celui-ci indique  : «Cette autorisation que nous avons reçue précise simplement les modalités d’horaires compatibles avec le port du bracelet électronique de monsieur Cahuzac», qui réside par ailleurs à un quart d’heure de route du centre hospitalier.

Quant au conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom), il a lui aussi donné son accord pour la reprise d’activité de Jérôme Cahuzac, le 13 juin dernier, réuni en formation restreinte. Me  Elias Bourran, avocat pénaliste au barreau de Paris, nous détaille les nuances législatives : «Le rapporteur du conseil de l’Ordre doit vérifier si le candidat remplit les conditions de moralité, de probité et de dévouement imposées par le code de déontologie des médecins. Lorsqu’il y a une mention au casier judiciaire, le rapporteur devrait refuser l’inscription du candidat. En théorie, Jérôme Cahuzac ne devrait pas pouvoir s’inscrire au tableau de l’ordre. Mais il y a une nuance : les commentaires de l’article 3 du code de la déontologie précisent que « si la moralité renvoie aux mœurs d’une société, celle du médecin a sa dimension propre à l’exercice de la profession de médecin ». En d’autres termes, le Cnom a estimé qu’une condamnation pour fraude fiscale ne contrevient ni aux compétences médicales de l’ancien ministre, ni à sa moralité de médecin.»

Où l’on voit (au risque d’irriter) que le temps ne change rien à cette vérité qui veut que la médecine, cet art nourri de science, ne soit pas confondue avec la morale générale.

A demain @jynau

A Paris, quatre policiers sont tués, poignardés par un cinquième, abattu : un « coup de folie » ?

Bonjour

Dans les médias, soudain, une nouvelle vague montante d’émotion nourrie d’incompréhension. Un agent administratif de la préfecture de police de Paris (informaticien, vingt ans de maison) a, le 3 octobre, tué quatre fonctionnaires à l’arme blanche, sur son lieu de travail, avant d’être abattu. L’agression s’est produite en début d’après-midi dans les locaux de la préfecture, l’un des lieux les plus sécurisés de la capitale française, sur l’île de la Cité. « Le mobile à ce stade n’est pas connu », a déclaré Loïc Travers, secrétaire national adjoint Ile-de-France du syndicat Alliance.  Les circonstances laissent supputer qu’il a commencé dans le cadre et à proximité de son bureau avant d’en sortir et d’attaquer d’autres collègues ». 

L’assaillant est membre de la Direction du renseignement (DR-PP), qui aurait eu « un coup de folie » et « porté des coups de couteau avant d’être abattu par des fonctionnaires de police dans la cour de la préfecture ». Sourd et muet, l’agresseur a d’abord tué sa supérieure hiérarchique puis a poignardé deux autres personnes dans un escalier puis un dernier dans la cour de la préfecture où il a été abattu par un de ses collègues.

« Jamais de difficultés comportementales« 

Le parquet national antiterroriste, « en observation », a fait savoir à Reuters qu’il ne s’était pas saisi de l’affaire à ce stade. « C’est malheureusement un fait divers » (sic), a dit sur BFM TV Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure. Frédéric Guillot, délégué CGT à la préfecture de police de Paris : « On connaît avec beaucoup de tristesse un épisode de suicides dans la police, mais qu’un collègue se retourne contre d’autres, de mémoire ça n’est jamais arrivé ».

« L’agression s’est déroulée sur fond de malaise latent dans les rangs de la police, rappelle Reuters. Plusieurs milliers de fonctionnaires ont manifesté la veille à Paris pour exiger une amélioration de leurs conditions de travail, mais aussi clamer leur mal-être face à une ‘’haine du flic’’ qu’ils jugent de plus en plus préoccupante en France. Cinquante-deux policiers se sont suicidés depuis janvier. »

L’assaillant « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales », a déclaré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, ce que confirment plusieurs syndicats de police. Un « conflit personnel » ? Pour l’heure ni le ministre, ni les syndicats ni les médias n’expliquent ce que peut désigner la formule « coup de folie ». Et, déjà, certains médias annoncent que l’auteur de l’attaque s’était converti à l’islam depuis 18 mois – ajoutant aussitôt ne pas savoir s’il existe un lien entre sa conversion et ce « passage à l’acte ».

A demain @jynau

Bioéthique et procréation : la bien vieille barbe de l’éditorial du patron de Libération

Bonjour

Laurent Joffrin, 67 ans, exerce les redoutables fonctions de directeur de la rédaction et de la publication de Libération. A longtemps travaillé au Nouvel Observateur. Editorialise et commente dans différents médias. C’est un patron de presse qui, par ailleurs, écrit considérablement sur mille et un sujets considérés comme étant d’actualité. A ce titre il ne pouvait échapper à la révision de la loi de bioéthique et à la « PMA » dont tous les médias font aujourd’hui leurs choux gras.

Il fallait au patron de Libération un angle compatible avec le combat que mènent ses troupes militantes au nom de la « PMA pour toutes ». On peut voir là comme une forme de résurgence d’un rude combat mené par le même quotidien, il y aura bientôt cinquante ans : celui mené en faveur de la dépénalisation de l’IVG sous la professionnelle férule, notamment, de Béatrice Vallaeys. Les temps, certes, ont changé puisque le nouveau combat de Libé est celui du gouvernement voulant traduire dans la loi une promesse d’Emmanuel Macron, candidat à la présidence de la République.

Aujourd’hui Laurent Joffrin publie un éditorial intitulé  « PMA : l’Académie des vieilles barbes ». Entendre par là l’Académie nationale de médecine qui vient d’exprimer clairement sa position sur le projet de loi de bioéthique 1. Et Laurent Joffrin, qui se range sans surprise aux côtés d’Agnès Buzyn, se gausse de l’utilisation, par l’Académie de la formule «rupture anthropologique majeure» 2.

« L’argument «anthropologique» use d’un mot savant – et flou – pour stigmatiser une rupture fondamentale dans l’évolution des sociétés humaines. Aussitôt, on pense à un basculement civilisationnel dramatique qui verrait des apprentis sorciers violer les lois sacrées de la nature au détriment de millions d’enfants. »

 Anthropologie véritable

L’ennui, selon lui, c’est que les « vrais anthropologues » (sic)  ne semblent guère (re-sic) souscrire à cette version de l’anthropologie. Et le patron de Libération, ce citer, sans surprise « Françoise Héritier, l’une des plus célèbres spécialistes de la discipline » :

«Rien de ce que nous faisons ou pensons, systèmes de vie, d’attitude et de comportement, n’est issu directement de lois naturelles. Tout passe par un filtre mental, cérébral et idéel, produit d’une réflexion collective qui prend forme à un moment de notre histoire, évolue et peut encore évoluer. […] Rien de ce qui nous paraît naturel n’est naturel.» 

Traduction du patron de Libération : « Les anti-PMA appellent la science au secours : la science les désavoue ».

L’Académie s’inquiète de la multiplication des «enfants sans père» ? « Nouveau désaveu : la plupart des études universitaires menées sur la question démentent cette horrifique angoisse, écrit Laurent Joffrin qui conseille Cairn.info, « site universitaire pour le moins sérieux » (re-re-sic) et une étude datée de 2006 : « Du désir à l’acte : les enfants de la procréation médicalement assistée (PMA) » Hélène Lazaratou et Bernard Golse. Laurent Joffrin donne la conclusion « sans appel » des auteurs :

«Au total, en accord avec les études existantes, les enfants qui sont nés par des méthodes de procréation médicalement assistée ne présentent pas de problèmes particuliers dans leur développement mental ou émotionnel.» 

Voici, en réalité, la conclusion de ces mêmes auteurs, en 2006 :

« Sur un plan psychanalytique, il va de soi que le rôle des PMA sur le développement de l’enfant ne peut être conçu qu’au sein d’un modèle polyfactoriel renvoyant au concept freudien de  » série complémentaire « . Dans cette perspective, le maniement de la relation avec les parents ayant recours aux PMA se doit donc d’être extrêmement prudent sur le plan éthique, afin de ne pas donner lieu à un processus inacceptable de culpabilisation.

Il y aurait lieu sans doute d’approfondir les dynamiques différentes du désir d’enfant et du désir de grossesse dans le cadre de ces situations particulières, mais tel n’était pas notre propos, ici Nous voulions seulement insister sur la revue de la littérature internationale qui permet, aujourd’hui, de penser que le devenir des enfants nés par PMA ne se trouve marqué par la survenue d’aucune difficulté psychologique ou psychopathologique spécifique. »

Chute de l’éditorial: « De là à penser que les scrupules  »anthropologiques » des burgraves de l’Académie de médecine ne sont que l’habillage savant de préjugés racornis, il n’y a qu’un pas. » Les Burgraves de la rue Bonaparte apprécieront.

A demain @jynau

1 L’Académie nationale de médecine a, dans sa séance du mardi 18 septembre 2019, a adopté ce document par 69 voix pour, 11 voix contre et 5 abstentions Auteurs du rapport : Jean-François Mattei (rapporteur) au nom du Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine. Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine: Catherine Barthélémy, Marie-Germaine Bousser, Jacques Bringer, Jean Dubousset, Gilles Crépin, Elisabeth Eléfant, Claudine Esper, Jean-Noël Fiessinger, Dominique Lecomte, Yves Le Bouc, Jean-Roger Le Gall, Jean-François Mattei, Dominique Poitout, Paul Vert.

2 Extrait du rapport de l’Académie nationale de médecine (ANM) :

« A ce titre, la conception délibérée d’un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure qui n’est pas sans risques pour le développement psychologique et l’épanouissement de l’enfant. L ‘argument régulièrement avancé pour rejeter le risque pour 1’enfant se fonde sur certaines évaluations, essentiellement dans quelques pays anglo-saxons et européens, faisant état de l’absence d’impact avéré sur le devenir de 1’enfant.

L’ANM ne juge pas très convaincantes ces données au plan méthodologique, en nombre de cas et en durée d’observation sur des enfants n’ayant pas toujours atteint l’âge des questions existentielles. Quoiqu’il en soit, 1’ANM rappelle que 1’incertitude persiste sur le risque de développement psychologique de ces enfants au regard du besoin souvent exprimé de connaître leurs origines. Cela conduit donc à souhaiter qu’il y ait des études en milieu pédopsychiatrique à partir d’enfants privés de pèresparmi lesquels ceux issus de 1’AMP pour des femmes seules ou en couples. Cela permettra d ‘évaluer le devenir de ces enfants au nom du principe de précaution si souvent évoqué pour des sujets d ‘importance moindre. II apparaît, à 1’ANM que cette disposition est contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989, ratifiée par la France. Celle-ci mentionne le droit de l’enfant à connaître ses parents en insistant sur le « bien de l’enfant » comme sur son « intérêt supérieur ».