«Pognon» : Jupiter, Zelig ou caméléon, de qui Emmanuel Macron est-il vraiment le nom ?

Bonjour

Un an déjà que mille et un médias n’en finissent pas de s’interroger sur la psychologie du président de la République. Souvent en vain. Mais avec le temps et la multiplication des symptômes, le diagnostic mûrit. Ainsi, en ce 18 juin 2018, voici deux lectures signifiantes et complémentaires. L’une issue de Slate.fr 1 , l’autre de Libération 2.

Slate.fr : « Emmanuel Macron est un président Zélig. Dans Zelig, le film de Woody Allen, Léonard Zelig est atteint d’un trouble de la personnalité qui le fait ressembler en tous points aux gens qui l’entourent. Pendant le film, il ressemble ainsi notamment à Al Capone puis, avant de s’échapper, à Adolf Hitler. Zelig est «l’homme Caméléon». Au caractère «caméléon» de Zelig, Macron ajoute le pouvoir de séduction. La séduction importe mais seulement relativement si l’on considère la présidence Macron sous l’angle de sa fonction historique qui implique les qualités d’un Zelig.

« Emmanuel Macron ne se contente pas de représenter l’ensemble des élites du pouvoir de la Ve République, des giscardiens aux hollandistes en passant par les mitterrandiens, les rocardiens, les balladuriens, les chiraquiens etc… Emmanuel Macron incarne à lui seul l’ensemble du champ politique des années 1992-2017. L’ancien système partisan a sombré, coulé par l’armada de candidats express sélectionnés par LREM, mais l’ancien champ politique – dans son versant idéologique existe encore. Il faut au Président l’incarner, dans ses contradictions. Villiers et Chevènement sont deux cartes de couleurs différentes dans un jeu tenu fermement par un Emmanuel Macron passé maitre dans l’art du bluff. »

Le masque d’après les masques

Libération : « Dans la vidéo postée sur les réseaux sociaux [« Pognon de dingues »], Macron prend un plaisir pervers à se couler dans le parler de l’Autre, mais ce sont surtout ses silences qu’il faut tenter d’interpréter. Celui sur l’«Aquarius» fut édifiant. Comme naguère Sarkozy, Macron cause peuple. Sarkozy mangeait les négations et massacrait la grammaire, Macron fustige en bras de chemise le «pognon de dingue» que l’on injecte dans l’aide sociale. Et il tient à faire savoir qu’il cause peuple, en faisant fuiter la vidéo d’une réunion prétendue off, sous les dorures de l’Elysée.

« Pousse-t-il le vice jusqu’à avoir prémédité l’effet combiné chemise et dorures ? A ce stade, tout est possible. Il est de plus en plus difficile de s’y retrouver dans les intentionnalités, entre les vrais faux off, et les faux vrais. Pour tenter tout de même, on peut se raccrocher à l’heureuse formule du chroniqueur d’Europe 1 Raphaël Enthoven : ‘’Il porte le masque du type qui a tombé tous les masques’’. On ne saurait mieux dire. Quand on ne sait plus ce que l’on voit ni ce que l’on entend, se souvenir de cette phrase. »

A demain

 1 « Pourquoi Emmanuel Macron est si proche de Philippe de Villiers et Jean-Pierre Chevènement »  de Gaël Brustier Slate.fr 18 juin 2018

2 « Sous le ‘’pognon’’, les silences de Macron »de Daniel Schneidermann, Libération, 18 juin 2018

 

 

Psychiatrie et politique : Hamon traite Macron de « kéké » – mais demande aussitôt le pardon

 

Bonjour

« Kéké » est-il le synonyme du « cacou » provençal ? Une certitude : Benoît Hamon est aujourd’hui fondateur du mouvement Générations. L’ancien ministre socialiste (par ailleurs frondeur et candidat à la dernière élection présidentielle) a qualifié de « kéké » Emmanuel Macron, actuel président de la République.

Quand, comment et pourquoi ? C’était le 29 mai à l’hôpital psychiatrique du Rouvray (Sotteville-lès-Rouen). La où sept salariés soignants sont en grève de la faim pour les meilleures raisons du monde – et, peut-être, sous les fenêtres des bureaux moquettés de leur direction. Nous avons, sur ce blog, évoqué ce conflit psychiatrique symptomatique. Une affaire de dignité. Benoît Hamon :

« On a un président de la République qui va faire, pardon de le dire, le kéké en faisant de la com dans tous les sens. Et ici dans un hôpital psy, on n’est même pas capable d’engager un dialogue sur une demande de 52 postes quand des salariés font une grève de la faim (…) incompétence absolue des services de l’État couverts par la ministre ».

« Je le dis très solennellement à Agnès Buzyn : si elle continue cette politique qui consiste à laisser des hommes et des femmes se faire violence contre leur propre corps, elle prendra, comme ministre de la Santé, une responsabilité historique extrêmement grave et ça ne pourra pas rester sans conséquence », a accusé Benoît Hamon.

L’Espoir

Benoît Hamon, 50 ans, sait bien que la crise de la psychiatrie française ne date pas d’hier. Mais il accuse Agnès Buzyn, 55 ans, d’être responsable « de la dégradation des conditions de travail et de soins ». Interrogée sur Cnews, l’accusée a assuré que les services de l’Etat travaillaient, à Rouen comme ailleurs, d’arrache-pied. Agnès Buzyn :

« Le dialogue n’est pas rompu avec ces professionnels (…) Ce qui compte c’est qu’on leur donne un message d’espoir sur le fait que nous allons augmenter, évidemment, les ressources humaines (…) la difficulté, dans cet établissement, c’est le recrutement des psychiatres, nous n’en avons pas suffisamment. »

C’est ainsi : sur fond de misères médicales, des accusations de l’opposition, des polémiques politiques et quelques maigres aveux du pouvoir exécutif.

A demain

 

Faire appel à Freud pour expliquer l’engouement dont Brigitte Macron est l’objet ?

Bonjour

Que serait la démocratie française sans les ondes gratuites de France Culture ? Lundi 7 mai 2018. Journal de la mi-journée. Invitée : Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Outre la réponse embarrassée de Mme Schiappa quant à la polémique naissante sur « la quête française de l’absolu et les 50 euros d’APL », on entend notamment ceci :

« Les Français sont dans une forme de paradoxe. On est à la fois extrêmement attaché à notre histoire et notamment à la Révolution française qui est un événement fondateur du pays avec les valeur qui ont été portées par la Révolution. tel que nous le connaissons aujourd’hui. Et dans le même temps, c’est vrai, je crois que la France a un besoin d’incarnation, qui se retrouve dans ce que propose le chef de l’Etat. Et d’ailleurs la cinquième République elle est fondée sur cela. Elle est fondée sur un Président de la République qui incarne véritablement  l’Etat.

« Et je crois d’ailleurs que l’engouement des Française et des Français pour la personne de Brigitte Macron, elle se trouve aussi là-dedans, dans ce besoin d’incarnation de quelque chose qui nous dépasse. Je sais que c’est politiquement incorrect de dire cela, mais je crois que l’explication est quasiment freudienne, on est un peuple romanesque, romantique, et qui aime avoir un couple à sa tête. Et c’est la vérité que l’on observe. Il suffit de voir le nombre de courrier et la popularité de Brigitte Macron pour le comprendre. »

Invité suivant de France Culture : Régis Debray, philosophe et écrivain, figure de la vie intellectuelle française. Il revient sur les mutations de notre histoire politique qu’il a observées ces cinquantes dernières années – et ce à l’occasion de la sortie de son « Bilan de faillite » (Gallimard). Hauteur de vue avec quelques envolées lumineuses. Redoutable passage sur la « transcendance ». L’auditeur en vient à regretter que Marlène Schiappa ne soit plus là.

A demain

PS: les biographes à venir de Mme Schiappa retiendront que, selon Le Canard Enchaîné, cette dernière multiplie les compliments à l’égard de la Première dame. « Je suis très proche de Brigitte, on s’appelle souvent. Elle me soutient beaucoup. Elle me demande des conseils », raconterait ainsi la secrétaire d’Etat, ancienne mancelle.  Lors d’un récent déplacement au consulat de New York, elle aurait confié à quelques femmes autour d’elle : « Hier, Simone de Beauvoir, aujourd’hui Brigitte Macron ». Cette comparaison a été confirmée par l’entourage de la secrétaire d’État à Closer.

Le poids des alcools, le choc de la honte : la thérapeutique annoncée de Jean-Vincent Placé

Bonjour

C’est un dossier comme tant d’autres – à l’exception notable de la personnalité et de la carrière politique du premier concerné : Jean-Vincent Placé, 50 ans, élu sénateur de l’Essonne en 2011 président de l’Union des démocrates et des écologistes (UDE) quatre ans plus tard avant d’être nommé  secrétaire d’État à la Réforme de l’État et à la Simplification du 11 février 2016 au 10 mai 2017. Ancien membre des Verts. Chevalier de l’ordre national du mérite.

Connu au chapitre des faits divers : Le 12 novembre 2013, la région Ile-de-France  demande à Jean-Vincent Placé de payer ses amendes, soit 18 161 €, correspondant à 133 amendes pour stationnements interdits et excès de vitesse. Pour sa défense, il indiquera qu’il « n’est pas un homme de chiffres ».

Victime, le  3 septembre 2017, d’une agression et d’une tentative de vol de sa montre de luxe à Paris. Il  déclare alors envisager d’arrêter la politique.

Dans la nuit du 4 au 5 avril 2018, il est placé en garde à vue dans le commissariat du 5ème arrondissement de Paris pour insultes racistes et « outrage à agents » alors qu’il se trouvait en état d’ivresse. La garde à vue ne sera levée que le 6 avril 2018, jour où il est présenté au parquet de Paris. Il devra comparaître le 11 juillet devant la justice.

Pour la suite, l’ancien homme politique a choisi Paris Match . Un témoignage qui mérite d’être rapporté. « Je mesure bien la honte et l’indignité d’avoir été en état d’ébriété, d’avoir eu un comportement déplacé et inconvenant. J’en paierai les conséquences. Je le dois à ma famille auprès de laquelle je m’excuse aussi » a-t-il expliqué, par téléphone à Caroline Fontaine, journaliste de l’hebdomadaire.

Alcoolique mais ni pervers, ni raciste

Il se confie longuement sur les tourments qu’il a traversés, lui qui se définit comme un homme d’action.

 « Les trente-sept heures de garde à vue ont eu un mérite : j’ai enfin pris le temps de réfléchir. J’ai réalisé que, dans les derniers mois, j’avais bu excessivement en diverses circonstances. Il y a eu des excès, de l’alcoolisme. J’assume le mot. C’est une maladie, l’alcoolisme.

« Une chose est de boire trop, une autre d’être pris pour un pervers et un raciste. Je n’ai jamais insulté cette jeune femme. Elle l’a confirmé lors de la confrontation. Je n’ai jamais proféré d’insultes racistes. Encore moins avec ce videur qui se fait appeler Vladimir et se prétend serbe. Lui m’a mis une gifle, mes lunettes sont tombées, elles se sont cassées en deux. L’outrage aux policiers est à replacer dans ce contexte d’énervement »,

Le citoyen Placé a écrit une lettre d’excuses au préfet de police de Paris. Et Paris Match confie qu’il ne pourra cacher quelques sanglots quand il évoquera son enfance difficile quand il est arrivé en France, à l’âge de 7 ans. Aujourd’hui, il veut, dit-il «solder le temps d’avant, présenter (ses) excuses, arrêter de boire. Mais après, je veux qu’on me laisse tranquille ».

Aider à s’identifier, à avancer

Le HuffPost a, le premier, cherché à comprendre en interrogeant Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre et auteure du livre « Les femmes face à l’alcool » 1. Quand prend-on conscience de sa dépendance ? Certaines personnes admettent leur dépendance dès qu’elles trouvent anormale leur relation à l’alcool. D’autres quand elles comprennent ne plus pouvoir pathologiquement s’en abstenir. En parler publiquement ? La psychiatre Christine Barois : « Au début, je trouvais que reconnaître publiquement son addiction était un peu pervers. Mais en même temps, la communauté peut nous porter. Cela a le mérite d’aider à avancer. »

Cela pourrait aussi, surtout, dépasser le seul cas Jean-Vincent Placé. « Cela peut donner du courage à d’autres personnes, assure Fatma Bouvet de la Maisonneuve. Cette déclaration évoque leur souffrance. Ils peuvent s’y identifier. » «  Exactement, j’ai beaucoup de réactions de patients qui sont sensibles à cette prise de position publique  Pour le coup, bravo ! » commente Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction.

« Cette situation lui en évoque une autre, plus ou moins similaire, rappelle Le HuffPost. Au mois de janvier 2015, la chanteuse Véronique Sanson s’était, elle aussi, confiée à Paris Match sur son difficile parcours avec l’alcool. Comme le soulignait Fatma Bouvet de la Maisonneuve, à l’époque dans L’Obs, les mots de l’interprète d' »Amoureuse » sur son alcoolisme avaient permis de diffuser un message de santé publique fort: déculpabiliser les femmes qui souffrent de la même maladie et les pousser à se soigner. »

Où l’on voit qu’après quelques premières hésitations il n’était finalement pas inutile de rapporter ce qu’il en était de l’esclandre, rue Princesse, de Jean-Vincent Placé.

A demain

1 Fatma Bouvet de la Maisonneuve, « Les Femmes face à l’alcool » Editions Odile Jacob.

Autisme : intelligent, le « plan Macron » est financièrement bien en deçà de ses ambitions

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Jamais le pouvoir exécutif n’aura, en France, autant parlé de l’« autisme ».  Emmanuel Macron, président de la République suivi d’Edouard Philippe, Premier ministre puis Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées viennent en quelques heures de dévoiler les grandes lignes du quatrième volet d’un « Plan autisme » rebaptisé « Stratégie nationale ». C’est ici l’aboutissement d’une large réflexion-concertation lancée par Emmanuel Macron en  juillet 2017.

Il s’agit d’en finir avec les violentes polémiques théoriques et médicales générées depuis des décennies par cette entité – polémiques sur ses causes et les meilleures modalités de sa prise en charge. Il s’agit aussi de combler le retard français dans le diagnostic précoce et la prise en charge d’un vaste ensemble mal défini dans lequel l’ « autisme » est désormais systématiquement associé aux  « troubles du neuro-développement ».

Pour l’heure le gouvernement martèle son message : cette « stratégie nationale » est radicalement différente des politiques précédentes ; des politiques qui avaient fait se succéder trois « Plans autisme » et conduit à une situation insupportable, vivement dénoncée par la Cour des comptes, mais aussi par l’Inspection générale des affaires sociales ou encore par l’Académie nationale de médecine.

Lire la suite sur Slate.fr.

Autisme et politique : Emmanuel Macron annonce un prochain remboursement du dépistage

 

Bonjour

Tout aurait dû n’être connu que demain. Mais Emmanuel Macron n’a pas résisté à brûler quelques politesses : il a ainsi, dès ce 4 avril, annoncé « au moins 340 millions d’euros prévus sur cinq ans ». Une somme destinée à « un renforcement des investissements dans la recherche sur l’autisme ». Et une annonce faite à l’occasion d’un déplacement présidentiel (perturbé) au CHU de Rouen – avec visite du président dans une unité de détection précoce.

« On va investir dans la santé, c’est essentiel. Il y a des réorganisations à faire, a expliqué le président Emmanuel Macron aux personnels de santé du CHU de Rouen. Pour moi, l’autisme, c’est une cause essentielle. Pour beaucoup de familles, ce sont des vies qui sont bouleversées. Le cœur de ce que nous voulons faire, c’est de renforcer nos investissements en matière de recherche ». a insisté le président de la République. Il était accompagné d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé et de Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées – ainsi que de son épouse Brigitte Macron.

L’unité du CHU de Rouen visitée est spécialisée dans le diagnostic précoce des troubles du spectre autistique – il faut en moyenne un an et demi pour obtenir un diagnostic en France. « Il faut avoir un diagnostic le plus tôt possible. Nous allons généraliser la formation de tous les professionnels, pédiatres, médecins, pour avoir, au 9e mois ou au 24e mois, aux consultations prévues, le réflexe de vérifier le minimum et alerter sur un trouble psycho-autistique » a déclaré Emmanuel Macron.

« En matière de politique de l’autisme, la France n’est pas au niveau , avait récemment reconnu Mme Cluzel. Les familles concernées sont trop souvent exposées à un parcours du combattant indigne de notre République et la France se trouve loin derrière de nombreux pays de l’OCDE en matière de recherche. »

Selon l’AFP, le président de la République a évoqué la mise en place d’un « forfait de remboursement pour les parents à partir du 1er janvier 2019 » pour les dépistages  ainsi que « le développement d’une école inclusive». Mais encore ? Il ne reste plus demain, au Premier ministre Edouard Philippe, que de détailler la mise en place concrète des mesures.

A demain

Prédateurs ou docteurs : interdire les relations sexuelles entre les médecins et leurs patient.e.s ?

Bonjour

De la sexualité au cabinet. Plusieurs femmes victimes de « prédateurs sexuels » en « blouse blanche » ou « sur divan » viennent de demander à Agnès Buzyn de faire inscrire dans le code de déontologie médicale l’interdiction explicite aux médecins d’avoir des relations sexuelles avec les patients dont ils assurent le suivi. Une « Pétition Hippocrate » déjà signée par plusieurs personnalités relaie cette demande dont fait état Le Monde (François Béguin) 1.

« Ces femmes racontent comment leur thérapeute a profité et abusé de leur état de vulnérabilité et de leur faiblesse pour les manipuler et mettre en place avec elles des relations de nature sexuelle. Un mécanisme de transfert et de contre-transfert amoureux bien identifié, et contre lequel Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, mettait déjà formellement en garde. L’interdit des relations sexuelles avec le patient suivi figure d’ailleurs dans le code d’éthique des psychanalystes. »

La loi serait souvent impuissante à sanctionner les transgressions. « Les plaintes pénales des patients séduits et manipulés par leur médecin sont le plus souvent déclarées irrecevables », font valoir les auteurs de la pétition, dans la mesure où la relation, sans violence, peut être perçue comme une relation entre adultes consentants. « Le nombre de plaintes est infime par rapport à la réalité, les victimes se sentent salies, elles ont le sentiment d’avoir été naïves », estime le docteur Dominique Dupagne, médecin généraliste et, notamment, créateur du site atoute.org

Menaces sur la sexualité librement consentie

Et l’Ordre dira-t-on ? En 2016, on a recensé 35 sanctions prononcées par les chambres disciplinaires de première instance pour des manquements déontologiques liés à des actes à connotation sexuelle – dont six radiations. Au niveau de la chambre disciplinaire nationale, qui traite les appels, 15 sanctions ont été prononcées en 2016 pour ce motif, dont quatre radiations. « Il y a un corporatisme très fort chez les médecins, nous avons plein d’exemples où les conseils départementaux de l’Ordre protègent des notables, souligne le docteur Dupagne, cité par Le Monde. On n’est pas sûrs qu’ajouter un interdit explicite dans le code de déontologie diminuera le nombre de comportements déviants, mais il permettrait au moins de renverser la charge de la preuve. Ce serait alors au médecin de se justifier, pas à la plaignante. »

L’Ordre, ici, n’est pas sourd. Le Conseil national a reçu l’initiateur de la pétition et lui a exposé les raisons pour lesquelles cette initiative lui paraissait « inappropriée ».

« L’Ordre entend bien les propositions qui viseraient à inscrire dans le code de déontologie un article supplémentaire qui interdirait toute relation sexuelle, même librement consentie, entre un médecin et son patient. Il estime cependant qu’une telle disposition, et son inscription dans un texte réglementaire, serait une intrusion dans la vie privée de personnes libres et consentantes. Cela lui parait en outre inutile, dès lors que les textes actuellement applicables et appliqués permettent de réprimer en droit disciplinaire tous les abus de faiblesse sur personne en situation de vulnérabilité, y compris en matière sexuelle. »

On peut le dire autrement : l’interdiction, par voie réglementaire, de relations sexuelles librement consenties entre un médecin et son patient contreviendrait, selon l’Ordre, aux principes de la liberté des personnes. Faut-il rappeler que la Convention européenne des Droits de l’Homme, en son Article 8, établit que « toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance » ?

Ceci n’empêchera pas l’Ordre de mener une « lutte déterminée contre toutes sortes d’abus à caractère sexuel que des médecins commettraient ». Il lui restera à faire la part, en son sein, entre les quelques prédateurs et toutes celles et ceux qui ne le sont pas. On attend, désormais, la réponse de la Dre Buzyn.

A demain

1 Les personnalités suivantes soutiennent cette pétition : Dr Christophe Andrésite web, psychiatre ; Pénélope Bagieusite web, autrice de bande dessinée ; Marilyn Baldecksite web déléguée générale de l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail ;  Baptiste Beaulieusite web, médecin généraliste et romancier ; Dr Alain Beaupin, Médecin généraliste. Président de l’Union Confédérale des Médecins Salariés ; Dr Dominique Dupagnesite web, médecin généraliste, créateur du site atoute.org ; Sylvie Fainzangsite web, anthropologue, directrice de recherche à l’Inserm ; Dr Irène Frachon, médecin pneumologue à Brest ; Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France (FMF) ; Dr Gilles Lazimisite web, médecin généraliste , maître de conférences associé de la faculté de Médecine Sorbonne Université et membre du Haut Conseil à l’Égalite entre les Femmes et les Hommes ; Dr Gérard Lopezsite web, fondateur et président de l’Institut de Victimologie de Paris ; Pr Anne-Marie Magnier, médecin généraliste, professeur à la faculté de Médecine Sorbonne Université ; Dr Emmanuelle Pietsite web, présidente du Collectif Féministe Contre le Viol ; le Planning Familial de Parissite web ;  Dre Muriel Salmonasite web, psychiatre, fondatrice et présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie et Jacques Testartsite web, biologiste, docteur en sciences, directeur de recherche honoraire à l’Inserm.