A la rentrée, soyez fort.e comme un.e Aztèque : osez la Spiruline Végane Vitalité ! (publicité)

Bonjour

Végane – sans gluten – sans lactose – sans soja- sans OGM. L’Assomption passée, les attachées de presse commencent à rentrer. Et avec elles les innombrables communiqués du même nom. Aujourd’hui « Spiruline BIO Tonus & Vitalité Anti-fatigue de Nat & Form® ». Tout y est : un « véritable concentré de nutriments » ;  produit connu « en tant que superaliment » ; offre une « excellente biodisponibilité de ses éléments » (protéines, vitamines, minéraux et antioxydants).

C’est du lourd : sa concentration en fait un complément précieux tonifiant et stimulant de l’organisme ; utilisé en cas de fatigue ou convalescence et (ce qui ne gâte rien) « particulièrement apprécié des sportifs ». Ce n’est pas tout : « en raison de sa richesse en nutriments la spiruline est également utilisée dans plusieurs pays comme le Pérou, la Chine, le Vietnam ou encore le Togo pour lutter contre la malnutrition ». C’est dire.

Six comprimés par jour

En savoir plus ? Il suffit de demander : « La spiruline est une algue microscopique, aux bienfaits nutritionnels et thérapeutiques exceptionnels, apparue sur notre planète il y a plus de trois milliards d’années. Son nom vient de sa forme en spirales de ses filaments. Les Aztèques la récoltaient déjà, ainsi que certains peuples de la région de Kanem en Afrique durant les périodes de pénurie alimentaire. » Loin d’être une plante c’est aussi un concentré de cynobactéries.

Fini le temps des Aztèques. Cette algue est aujourd’hui produite « dans de nombreux endroits où le climat lui est favorable ». Quant à  Nat & Form, rien n’est à craindre : uniquement des produits naturels et biologiques « restitués » (sic) avec la plus grande attention.

« Certifié agriculture BIO / un couvercle en matière végétale / un pilulier en carton 100% recyclable. Poudre de spiruline biologique – 500 mg – 200 Gélules – en vente en pharmacies, parapharmacies et magasins bio – Six comprimés par jour – Sans colorant ni conservateur – Prix : 9,95 euros. Végane – Sans gluten – Sans lactose – Sans soja- Sans OGM – Non Ionisé – Sans additif ni conservateur. »

Calculer le prix du kilo d’algues et la rentabilité du sujet ? Ce serait compter sans la quintessence de l’algue, la magie du passé, le poids de la publicité.

A demain @jynau

Linky = danger ? Qui sont ces médecins qui défient la science et les bienfaits de l’électricité ?

Bonjour

30 juillet 2019. C’est une nouvelle étape dans un feuilleton médiatique à trois bandes : la science (habituellement triomphante), la justice (aveugle) et la médecine (cet art qui se nourrit de science). Le tribunal de grande instance de Tours vient de demander le retrait « pour raisons médicales » du compteur Linky chez treize particuliers qui avaient saisi la justice (AFP). Sur cent vingt-et-un référés anti-Linky (cités dans trois jugements et déposés par des habitants de la région Centre-Val de Loire opposés à la pose de ce compteur à leur domicile) cent-huit ont été rejetés mais treize ont été admis « pour des raisons médicales ».

Pour l’un d’entre eux, un enfant âgé de 7 ans domicilié dans la ville de Tours, le tribunal a admis que « l’état de fatigue chronique » et « les difficultés de sommeil », « pouvaient être en rapport avec le compteur Linky ». Ces données cliniques figuraient sur un « certificat médical ».  Pour ce cas, comme pour les douze autres, le TGI de Tours demande le retrait des compteurs et ordonne « la livraison d’électricité exempte de courant porteur en ligne ». Arguant du principe de précaution et muni de « certificats médicaux », Me Arnaud Durand, l’avocat (spécialisé) des plaignants, avait évoqué le 4 juin un « dommage imminent » pour « des personnes qui ne pourront pas vivre chez elles ».

Comment comprendre ? Tout ou presque a été dit sur le désormais célèbre « Linky-le-compteur-intelligent, » dont l’installation, pilotée par  Enedis, permet « de relever à distance et en direct la consommation des clients ». Linky – le-compteur-communiquant ; symbole de la modernité nourrissant d’innombrables fantasmes polémiques depuis son déploiement imposé à compter de 2015. Cœur du sujet, médical politique et judiciaire : l’exposition aux champs électromagnétiques et le respect de la vie privée. Avec cette contrainte : il est désormais impossible, en France, de se faire livrer en électricité si l’on refuse l’installation d’un Linky à son domicile.

Dangereux Linky ? L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) avait répondu (une nouvelle fois) par le menu il y a précisément deux ans :

« Faible probabilité que l’exposition aux champs électromagnétiques émis par les compteurs communicants radioélectriques (gaz et eau) et les autres (électricité), dans la configuration de déploiement actuelle, engendre des effets sanitaires à court ou long terme ».

Livraison de la Fée Electricité

« Incertitudes sanitaires » conclut pour sa part Me Durand qui, s’engouffrant dans la brèche, annonce sa volonté  « de saisir d’autres tribunaux dans toute la France pour lutter contre l’installation de ces compteurs ».

Que répond Enedis ? Dans une réaction adressée à l’AFP l’entreprise chargé du déploiement des Linky, a annoncé sa volonté de faire appel de cette décision du TGI de Tours, tout en se disant « convaincu de l’innocuité des compteurs » (sic). Mais ce n’est pas tout – et la suite ne manque pas de sel. :

 « Concernant les personnes pour lesquelles la juge demande à Enedis de prendre en compte leur situation particulière, la décision du tribunal nous conforte dans notre démarche d’écoute à l’égard de certains clients qui se déclarent électrosensibles. Il s’agit (…) de cas extrêmement rares pour lesquels nous mettons en œuvre un accompagnement personnalisé et adapté à chaque situation particulière. »

L’AFP rappelle encore qu’en France vingt-deux tribunaux ont été saisis d’actions conjointes et que la grande majorité des plaignants ont été déboutés. En mars dernier, à Toulouse,  treize personnes souffrant « d’hypersensibilité aux ondes » avaient toutefois obtenu le droit de ne pas être équipées contre leur gré. A Bordeaux, le juge avait demandé à Enedis de poser un « filtre protecteur » chez une dizaine de personnes considérées comme « électro-hypersensibles ». Le géant opérateur avait fait appel de ces deux décisions.

Une question reste toutefois pendante : qui sont ces médecins qui  certifient percevoir des liens étranges que la raison officielle ne connaît pas ? Qui sont ces docteurs en médecine qui, d’une signature, défient aujourd’hui la science, la société et les innombrables bienfaits de la livraison, intelligente et domiciliée, de la Fée Electricité ?

A demain @jynau

Greta Thunberg : aux antipodes du Dr Alexandre, ce qu’une psychiatre peut nous apprendre

Bonjour

On se souvient de ces lignes, glanées dans le flots des tweets et signées @dr_l_alexandre :

« Je ne suis pas jaloux de @GretaThunberg. J’aimerais pas (sic) avoir des TOC graves, une dépression infantile, un mutisme sélectif, un Asperger avec monoideation et des troubles alimentaires graves me conduisant à être minuscule! Je respecte l’enfant malade mais regrette sa manipulation »

Ainsi, aujourd’hui,  un docteur en médecine âgé de 59 ans peut oser écrire ainsi. Son hyper-médiatisation née de provocations répétées en est-elle la raison ? Une fraction de la Toile s’indigne. Réponse du Dr Laurent Alexandre :

« Je rappelle que ce sont les parents de @GretaThunberg qui ont révélé son dossier psychiatrique (pas moi). Et je pense que cela devrait être un délit de révéler le dossier médical de son enfant mineur ! Je trouve cela dégueulasse ! Signalez les parents de @GretaThunberg ».

Fort heureusement la médecine, la psychiatrie est plurielle. Ainsi, aujourd’hui, une tribune publiée dans Le Mondeoù le Dr Laurent Alexandre tient chronique et alimente polémiques. Elle est signée du Dr Marion Robin, psychiatre pour adolescents à l’Institut mutualiste Montsouris et auteure d’« Ado désemparé cherche société vivante » (Odile Jacob, 2017).

Loin de l’urologue transhumanisant elle voit en Greta Thunberg le symbole d’une jeunesse qui ne peut plus se permettre de rester en adolescence. Ou plus précisément cette psychiatre cherche à comprendre ce qui se trame  au-delà de l’« effet Greta Thunberg », qui « insupporte certains adultes » (sic). Pour elle « la défense du vivant par la jeune génération marque le passage d’une adolescence assise à une jeunesse en action ». On lira, dans Le Monde, ce texte éclairant d’une nouvelle lumière les comporteemnts de la génération montante. Extraits :

« L’image dominante de l’adolescence est aujourd’hui représentée par des jeunes de 12 à 25 ans qui traversent une crise. Apathiques, repliés sur eux-mêmes, critiques envers leurs parents : la vision d’une adolescence ‘’canapé-selfie’’ inquiète, et plus personne ne sait exactement à quel âge ce stade de développement est censé se terminer. Activisme idéologique et engagement politique paraissent loin de cette construction de l’adolescence occidentale des trente dernières années, qui a plutôt été l’objet d’une médicalisation à l’excès.

« Pourtant, la génération Z, née après 2000, nous montre que cette époque est en train d’être révolue. Brutalement, en 2018, une mobilisation citoyenne émerge chez les jeunes, qui ne sont plus appelés adolescents. Greta Thunberg, 15 ans à ce moment, engage une grève étudiante qui mobilise des centaines de milliers de participants à travers le monde (…)

« Au-delà de la jeune Greta, qui a la particularité de questionner sans détour la lucidité et la culpabilité des adultes, les poussant ainsi à se mobiliser dans l’action ou à se replier dans le discrédit, cette nouvelle génération sollicite directement la fonction de ‘’ contenance ‘’ du monde adulte : il s’agit de la façon dont celui-ci est capable de répondre, de reformuler, d’agir et non seulement de réagir à cette jeunesse qui l’interroge et avance vite. Mais comment est-on passé si rapidement d’une adolescence assise à une jeunesse en action ? (…)

« Ces trois étapes – supporter la prise de conscience de sa propre finitude, modifier radicalement son rapport à autrui, agir sur soi pour agir sur le monde – sont les conditions centrales pour qu’un jeune sorte de l’adolescence et ne s’enferre pas dans une attente infinie et une passivité adulte aliénante. C’est l’entrée dans l’adolescence qui rend possible la richesse d’un œil neuf, la remise en question, l’impulsion, l’exploration sans limite, mais c’est la sortie qui rend possible la construction.

« C’est l’entrée dans l’adolescence qui rend possible l’intelligence visionnaire, mais c’est la sortie qui rend possibles la réalisation de cette intelligence dans les actes, l’engagement dans la vie lorsqu’on a pressenti la mort, l’engagement dans la survie psychique et physique de l’espèce lorsque ses remparts en sont à ce point menacés. C’est ici le visage inédit d’une jeunesse qui ne peut plus se permettre de rester en adolescence. »

Si l’on pouvait, on interrogerait volontiers l’auteure sur les raisons profondes qui peuvent conduire un médecin hypermédiatisé à expliquer à la Terre entière qu’il n’est pas « jaloux de Greta Thunberg » – un médecin qui, sur Tweeter se définit ainsi :

« NBCI e-santé bioéthique Anti-collapsologue Anti@gretathunberg. 54,4K Followers »

Pour rappel : @GretaThunberg : 798,7 K

A demain @jynau

Démission soudaine de François de Rugy : Macron et les Dix petits nègres d’Agatha Christie

Bonjour

16 juillet 2019. Mis en cause par les révélations de Mediapart (dîners fastueux entre amis sur les fonds publics et coûteuse rénovation de son logement de fonction) François Goullet de Rugy a présenté sa démission. Il s’en explique dans un communiqué :

« Depuis le début de la semaine dernière, Mediapart m’attaque sur la base de photos volées, de ragots, d’approximations, d’éléments extérieurs à ma fonction. La volonté de nuire, de salir, de démolir, ne fait pas de doute. Je suis soumis à un feu roulant de questions nouvelles et contraint de parer sans cesse à de nouvelles attaques.

Face aux contre-vérités de Médiapart, j’ai déposé ce matin une plainte pénale en diffamation (…) Les attaques et le lynchage médiatique dont ma famille fait l’objet me conduisent aujourd’hui à prendre le recul nécessaire – ce que chacun comprendra. La mobilisation nécessaire pour me défendre fait que je ne suis pas en mesure d’assumer sereinement et efficacement la mission que m’ont confiée le Président de la République et le Premier ministre.

Dès lors, j’ai présenté ma démission au Premier ministre ce matin (…) Je remercie le Président de la République et le Premier ministre de la confiance qu’ils m’ont témoignée en me demandant de relever le défi du ministère de la transition écologique et solidaire. Je leur redis ma fidélité.

Je pense aussi à mes collaborateurs qui ont servi avec conscience et engagement. Merci à elles et à eux. Je pense enfin à ma femme et à ma famille, que je veux aussi protéger par ma décision difficile. Je veux dire aussi à bientôt (…) »

Château d’Yquem et crustacés

Mediapart, rappelle Le Monde ;  a recensé mercredi 10 juillet une dizaine de repas, avec homards et grands crus, qui ont eu lieu entre octobre 2017 et juin 2018 et où étaient reçus à chaque fois entre dix et trente invités appartenant au cercle amical et relationnel (sic) de Séverine Servat de Rugy, l’épouse de l’ex-écologiste (re-sic), journaliste à Gala. Parmi les convives identifiés par le site figuraient aussi des membres de la famille de l’ancien président de l’Assemblée et des amis de son épouse. Les photos montrant Mme de Rugy poser devant une bouteille de Mouton Rothschild 2004 ou M. de Rugy devant une table de Saint-Valentin ornée de pétales de rose ont été abondamment relayées sur les réseaux sociaux et ont fait aussitôt scandale. On vit aussi des bouteilles de château d’Yquem étrangement trôner devant mayonnaise et crustacés.

D’autres révélations croustillantes suivirent. Et c’est peu dire que ces images passèrent mal – après les Gilets Jaunes et les exhortations gouvernementales et présidentielles à moins dépenser. La polémique fit des vagues grossissantes au sein même du parti du Président. La députée et ancienne ministre de l’écologie Delphine Batho estima très vite que la démission s’imposait. C’est donc fait. Reste la question du remboursement des sommes injustement dépensées… Et celle de savoir si l’ancien ministre d’Etat demeurera député.

Rappelons que François Goullet de Rugy, 45 ans, avait été nommé en septembre dernier au gouvernement après la démission surprise de Nicolas Hulot. Il nourrissait alors une nouvelle ambition : durer au « ministère de l’impossible ». « Je suis ici pour agir pour l’écologie avec méthode, détermination et persévérance dans le temps », avait-il lancé lors de sa prise de fonction au ministère.

« République de la délation »

La veille de l’annonce de cette démission Emmanuel Macron, depuis la Serbie amie, était revenu sur le dossier de Rugy, masi pour s’en prendre aux médias – comme il l’avait fait il y a un an lors de la piteuse affaire Benalla.  Voici ce qu’il déclara :

« Il y a encore dans notre pays le respect de la personne individuelle, des droits de la défense et de la possibilité de répondre, sinon ça devient la République de la délation. Il suffit que je sorte une photographie, dise des choses sur vous, sur n’importe qui, ça devient les Dix petits nègres « Je souhaite que chacun puisse être respecté, que les principes que j’ai posés soient respectés »

« Dix petits nègres » ?Quel rapport avec la République française, le contre-pouvoir médiatique et le respect de la personnes. Est-ce l’inconscient du Président qui nous parle depuis la lointaine Serbie ?

On se souvient de ce célèbre roman d’Agatha Christie, vieux précisément de quatre-vingts ans. En quoi concerne-t-il François de Rugy ? Dix personnages, qui ont tous, par le passé, perpétré un homicide devant lequel la justice est impuissante, sont invités à se rendre sur une île : bien qu’ils en soient alors les seuls résidents, ils sont mystérieusement assassinés les uns après les autres, d’une façon qui rappelle les dix couplets d’une comptine. Voici le premier couplet :

« Dix petits nègres s’en allèrent dîner.
L’un d’eux s’étouffa
et il n’en resta plus que Neuf. »

On attend la suite.

A demain @jynau

« Le dernier mort du Bataclan» : première affaire de suicide après stress post-traumatisant

Bonjour

Couverture-choc du Parisien de ce dimanche 16 juin (Timothée Boutry) : « 131ème victime. Guillaume Valette. Le dernier mort du Bataclan ». Nous sommes à la frontière de la violence terroriste, de la médecine, de la psychiatrie et de la justice. C’est aussi une tragédie, celle d’un survivant du Bataclan, indemne physiquement, mais atteint d’un état de stress post-traumatique d’une particulière sévérité. Guillaume Valette s’est pendu le 19 novembre 2017, dans sa chambre de la clinique psychiatrique du Val-de-Marne où il avait été admis un mois et demi plus tôt. Il avait 31 ans.

Mais aujourd’hui, dix-neuf mois plus tard, quelle est l’actualité ? « Depuis le mois dernier, le suicide de Guillaume Valette n’est plus seulement une tragédie, révèle Le Parisien.  Sur la base d’un rapport médical ayant imputé son geste à l’attaque, les juges d’instruction ont considéré que cet ancien analyste dans un laboratoire scientifique pourrait bien être le 131ème mort des attentats du 13 novembre. Pour ses parents, qui se sont battus pour obtenir cette première reconnaissance, c’est un soulagement, même s’il n’atténue pas leur peine et que leur combat n’est pas terminé. Car il appartiendra à la cour d’assises d’apporter une réponse définitive »

Etat de stress post-traumatique (ESPT), selon l’Institut de Victimologie :

 « Une situation ou un événement stressant (de courte ou de longue durée) exceptionnellement menaçant ou catastrophique qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus » entraîne « une réponse différée ou prolongée » dont la conséquence est dans 15 à 35 % des cas selon la nature de l’événement traumatique et le vécu subjectif du sujet, un ESPT.

« L’ESPT peut s’accompagner de divers troubles comorbides qui sont parfois la seule manifestation clinique dont se plaint le patient qui ne fait pas le lien avec l’événement traumatique causal. La prévalence vie entière de l’ESPT atteint en Europe, selon l’étude ESEMeD menée en 2004 sur un échantillon de 21 425 habitants de six pays d’Europe, 2.9 % des femmes et 0.9 % des hommes, c’est beaucoup moins qu’aux Etats-Unis. Il faudrait par conséquent rechercher systématiquement des antécédents traumatiques chez tous les patients qui consultent un professionnel de santé pour traiter la cause de certains troubles et non les conséquences. »

De ce point de vue le cas de Guillaume illustre de manière exemplaire combien le terrorisme peut faire des ravages à distance. Le jeune homme  avait fait l’objet, en janvier 2017, d’un examen médico-légal par un psychiatre du Fonds de garantie des actes de terrorisme et autres infractions (FGTI), l’organisme chargé d’évaluer le préjudice des victimes.     «Ce sujet présente un trouble psycho-traumatique caractérisé, qui reste évolutif, avec de très nombreux évitements, des moments d’anxiété majeure en de nombreuses circonstances […], une modification de son rapport à l’existence, un remaniement de son système de valeurs, le sentiment d’un éloignement dans son rapport aux autres », résume-t-il alors, précisant que son état n’est pas encore stabilisé.

Episode dépressif majeur

« L’état médical de Guillaume s’aggrave à l’été 2017, rapporte Le Parisien. Hypocondriaque, il multiplie les visites chez le médecin. Son état d’anxiété est tel qu’il est admis en psychiatrie en août. Trois mois plus tard, il met fin à ses jours. Alain et Arlette Valette prennent attache avec Me Claire Josserand-Schmidt, une avocate qui intervient notamment auprès de l’Association française de victimes du terrorisme (AFVT). Ils sont persuadés que le suicide de leur fils est la conséquence de l’attentat. »

C’est alors le Dr Catherine Wong, psychiatre spécialisée dans la réparation juridique du dommage corporel qui prend connaissance du dossier. Et qui porte un diagnostic : au moment de son décès, le jeune homme souffrait d’une « dépression délirante ». Aucun antécédent psychiatrique,  Dr Wong privilégie la piste du traumatisme psychique dans son rapport daté de janvier 2019 :

« On peut établir que le traumatisme du 13/11/15 a été responsable d’un état de stress post-traumatique chez M. Guillaume Valette, qui s’est compliqué d’un épisode dépressif majeur […] et que le suicide a été une complication de cet épisode dépressif majeur. Le suicide de M. Valette Guillaume est donc bien la conséquence ultime de l’attentat du 13/11/15 ».

Et le 2 mai dernier les juges d’instruction en charge du dossier adressent aux parents de Guillaume un « avis à partie civile » reconnaissant ainsi implicitement le statut de victime de leur fils. « C’est une avancée considérable, souligne Me Josserand-Schmidt. En accueillant la constitution de partie civile de la famille de Guillaume, les juges d’instruction admettent la possibilité du lien de causalité entre l’attentat et son suicide. La discussion médicale se poursuivra devant la cour d’assises qui tranchera lors du procès. »

Où l’on apprend que le trébuchet aveugle de la justice française peut percevoir le poids de certaines blessures invisibles. « Ces blessures peuvent, tout autant qu’une jambe amputée ou un œil arraché, handicaper la victime dans sa sphère personnelle, familiale, intime, sociale, dit l’avocate, en écho. L’histoire de Guillaume doit alerter les pouvoirs publics sur le nécessaire accompagnement des victimes d’attentats sur la durée. Notre système d’indemnisation devrait aussi en tirer les conséquences : si les atteintes fonctionnelles sont plutôt bien évaluées en cas de blessures corporelles, nous en sommes encore, s’agissant des blessures psychiques, très loin. »

A demain @jynau

C’est scientifiquement prouvé : l’affaire du Levothyrox® n’avait aucune raison d’exister

Bonjour

 

Mais que s’est-il donc passé  dans l’affaire du Levothyrox® ? Officiellement rien de sanitaire, mais un simple phénomène dit « de société ». L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient de publier le rapport final de son étude de pharmaco-épidémiologie sur ce qu’il est convenu d’appeler « les conséquences du passage à la nouvelle formule du Levothyrox® en France ». Réalisée à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS), cette étude a porté sur plus 2 075 106 personnes âgées de 18 à 85 ans. Elle a consisté à comparer, à caractéristiques sociodémographiques et médicales identiques, l’état de santé des personnes exposées à la nouvelle formule du Levothyrox® en France en 2017 à celui de personnes traitées par l’ancienne formule du Levothyrox® l’année précédente. 

Conclusion :

« Les résultats ne fournissent pas d’argument en faveur d’une toxicité propre de la nouvelle formule du Levothyrox ® . Ils reflètent plutôt les difficultés rencontrées par  certains patients lors du changement de formule. »

Résumé chiffré du contexte. Fin 2017, parmi les patients qui avaient (entre avril et juin) initié la nouvelle formule du Levothyrox® 18% avaient « opté pour une autre spécialité », dans le cadre de la diversification de l’offre thérapeutique. Dans le même temps, la fréquence des dosages de TSH a nettement augmenté (+31%) et ce à la suite du passage à la nouvelle formule. « Une augmentation des recours aux dosages de TSH était attendue compte tenu de la recommandation faite aux professionnels de santé de surveiller l’équilibre thyroïdien chez certaines catégories de patients lors du changement de formule » prévient l’ANSM.

Fallait-il s’inquiéter ? Afin de mesurer les éventuels risques associés au passage à la nouvelle formule du Levothyrox®, des indicateurs d’état de santé et de recours aux soins (hospitalisations, décès, arrêts de travail, recours aux soins ambulatoires, consommations médicamenteuses) ont été comparés entre les patients exposés à la nouvelle formule du Levothyrox en 2017 et ceux traités par l’ancienne formule l’année précédente. 

Conclusion :

« Les résultats ne fournissent pas d’argument en faveur d’un risque augmenté de problèmes de santé graves au cours des mois suivant l’initiation de la nouvelle formule du Levothyrox®. En effet, ils ne mettent pas en évidence d’augmentation spécifique de survenue d’hospitalisations, de décès, d’arrêts de travail d’au moins 7 jours, ni de consommation de médicaments utilisés pour traiter des symptômes somatiques tels que ceux déclarés en pharmacovigilance lors du passage à la nouvelle formule du Levothyrox®. Les analyses complémentaires prenant en compte les interruptions de traitement par la nouvelle formule du Levothyrox® confirment ces résultats. » 

En revanche ces résultats mettent bien en évidence une augmentation des recours aux soins ambulatoires et de certaines consommations médicamenteuses avec le passage à la nouvelle formule du Levothyrox®.. Ainsi, on observe une augmentation de 2% du nombre de consultations médicales, concentrée sur la période d’août à octobre 2017 quelle que soit la période d’initiation de la nouvelle formule. Ils montrent en outre « une hausse relative de l’utilisation de certains médicaments comme les benzodiazépines suite au passage à la nouvelle formule du Levothyrox® ». L’ANSM n’en dit pas plus, pas plus qu’elle ne chiffre le coût de ce phénomène.

Que s’est-il passé ? Officiellement rien de sanitaire, mais un simple phénomène de société.Comment, désormais, s’en persuader ?

A demain @jynau

Que les gens insoumis se le tweetent : non, le chef Jean-Luc Mélenchon ne souffre pas de dépression

Bonjour

Le dépressif est-il le mieux placé pour parler de sa dépression ? Le Monde qualifie de « sibylline » la « note » de son blog « L’ère du peuple ». Comprendre que l’on ne comprend pas aisément ce texte sens obscur, mystérieux, symbolique comme celui des oracles antiques. Synonyme : abscons, cabalistique, énigmatique, ésotérique, hermétique, impénétrable, indéchiffrable. Voilà qui ne réjouira guère le leader de La France insoumise, 67 ans, député des Bouches-du-Rhône. On peut aussi parler de « repli stratégique » du chef de cette famille politique ; un chef qui entend prendre du recul pour mieux gagner en hauteur. Voici le texte de son post simplement titré : « Pendant que la poussière retombe »

« Pour que l’on ne se méprenne pas sur mon silence depuis mon intervention dimanche dernier, je crois utile de donner quelques nouvelles.

Primo : je me repose. C’est normal au terme de près d’un an de campagne dans laquelle j’ai été très investi en même temps que je menais ma vie de parlementaire.

Deuxio : par tradition intellectuelle, j’attends toujours que « la poussière retombe » avant d’analyser un nouveau paysage.

Tertio : j’attends aussi la fin de l’installation de notre délégation insoumise au Parlement européen avant de m’exprimer.

Quatuor : je ne suis choqué ni meurtri d’aucune expression critique. D’abord parce qu’il est normal que chacun veuille vivre sa vie, faire entendre ses conclusions et déployer ses calculs si vite que ce soit. Ensuite parce que, après ce que je viens de vivre depuis un an, je ne serais pas raisonnable d’attendre de l’élégance dans la vie politique. Enfin parce que les différents regards qui se portent sur le contexte font partie de celui-ci. Et donc ils méritent d’être eux-aussi observés sérieusement pour bien comprendre ce qui se passe.

Quinque : j’ai été très touché des innombrables marques de solidarité et de tendresse dans l’épreuve qui m’ont été adressées venant de partout. J’en remercie cordialement leurs auteurs. Comme moi ils savent que « la lutte pour les sommets suffit à remplir le cœur d’un Homme » comme dit Albert Camus. Ils savent que ceci n’a rien à voir avec les crapahutages carriéristes.

Tout ceci dit, après le 6 juin, je m’exprimerai plus largement, aussi clairement que j’en suis capable. Je dirai mon appréciation du moment politique. Je proposerai une suite pour notre chemin et je dirai ce qu’il en sera pour moi. »

Et puis cette fin, qui intrigue :

« Quelques précisions pour éviter les fantasmes médiatiques traditionnels à mon sujet : je ne déprime pas, je ne pars pas à la retraite. Je suis au combat et j’y resterai jusqu’à mon dernier souffle, si je le peux. Comme pour beaucoup de mes lecteurs, la nature de mon engagement n’est pas celui d’une carrière (au demeurant la mienne serait faite) mais plutôt de l’ordre d’un chemin de vie. Mon intention est d’en maîtriser le contenu, la forme et les rythmes, dans l’intérêt du but poursuivi et pour moi-même. Je le tente une fois de plus en sachant aussi que les rythmes de l’histoire sont imprévisibles, pour le meilleur comme pour le pire de ce qu’elle contient, aujourd’hui encore. Mais ‘’il faut imaginer Sisyphe heureux’’, vous le savez bien. »

Et pendant ce temps là les jeunes Insoumis.es (Clémentine Autain, Alexis Corbière, François Ruffin)) ne cachent plus ni leurs impatiences ni leurs appétits. Lire les oracles fut longtemps de l’ordre du sacré. C’est aujourd’hui devenu un métier.

A demain

@jynau