Non, Michel-Edouard Leclerc, rien, dans l’affaire Lactalis n’aura jamais été « nickel » !

Bonjour

C’est décidément, une étrange affaire – comme l’ombre portée d’un scandale sanitaire. Un sorte de scandale en creux qui révèle de bien étranges pratiques, des failles potentiellement graves, des dysfonctionnements majeurs au sein du système industriel de l’agro-alimentaire et de la grande distribution.

Aujourd’hui, sortant du bois, Michel-Edouard Leclerc, PDG du groupe éponyme. M. Leclerc goûte les médias, qui le lui rendent bien. On l’entend fréquemment vanter son groupe, s’auto-célébrer, dénoncer ses concurrents, laver plus blanc.

Aujourd’hui inversion des couleurs. Où l’on voit malgré tout que l’homme est également à l’aise dans l’expression médiatique du mea culpa, breton ou pas. Il s’agit d’une « défaillance inadmissible » confesse-t-il. Cible : la vente, par E.Leclerc, de produits Lactalis qui avaient été rappelés par l’industriel après la contamination de bébés par des salmonelles. Un dérapage qui a suscité l’indignation et l’inquiétude des parents et des associations.

 Savoir assumer

« Personne n’imaginait qu’il restait de tels produits en circulation. A titre personnel, je pensais que tout était nickel », vient ainsi de déclarer Michel-Edouard Leclerc au Parisien : « Lait Lactalis vendu malgré le rappel : Michel-Edouard Leclerc s’explique » :

« Tout a commencé vendredi dernier à la suite d’un article publié dans La Voix du Nord. Une cliente déclarait avoir acheté une boîte de lait qui aurait dû être retirée des rayons dans le magasin Leclerc de Seclin (Nord). Personne n’imaginait alors qu’il restait de tels produits en circulation. A titre personnel, je pensais que tout était nickel. J’ai demandé un état des lieux plus poussé au sein de l’enseigne et patratas… c’est là qu’on s’est rendu compte que 984 boîtes, soit 200 références, n’avaient pas été retirées malgré les rappels successifs. Elles ont été achetées par 782 clients. J’ai donc mis en place un comité de crise pour les contacter. (…) »

« Nous assumons cette faille et nous nous en excusons auprès des parents. (…) A ma connaissance, il n’y a pas eu d’enfant malade. Si c’est le cas, je le dirai. Je suis également père de quatre enfants et j’ai déjà eu des situations compliquées à gérer. Je sais assumer. C’est notre devoir. »

 Presque un alexandrin

 Rien de plus beau que la vérité sinon, en amont des immanquables révélations médiatiques, une communication de crise parfaitement maîtrisée. A retenir, dans les écoles spécialisées : « A titre personnel, je pensais que tout était nickel ». Pour un rien on tenait un nouvel alexandrin – signé Michel-Edouard Leclerc.

Le PDG du groupe éponyme savait-il, en se confessant au Parisien, que Le Canard Enchaîné du lendemain reviendrait sur le sujet ? Confirmant ses informations de la semaine dernière le volatile médiatique atypique fournit de nouveaux éléments de nature à discréditer les propos tenus par Lactalis mais aussi l’action les différents services administratifs concernés et la gestion de l’affaire par le cabinet du ministre de l’Agriculture : « Le document qui enfonce la défense de Lactalis – Leurres du laitier (Christophe Labbé) ».

Pour l’heure la ministre de la Santé reste coi. Les médias généralistes s’interrogent : pourquoi ?

A demain

Publicité & Duplicité : Philip Morris annonce qu’il va essayer « d’arrêter la cigarette »

Bonjour

C’est un événement. Mieux : ce serait l’événement sanitaire de la nouvelle année. Philip Morris Limited vient d’acheter des espaces publicitaires dans un certain nombre de quotidiens britanniques. Il y vante sa bonne résolution de nouvelle année : « nous essayons d’abandonner la cigarette ». C’est un événement à prendre avec des pincettes. Imagine-t-on Total annoncer son renoncement aux richesses pétrolifères ? Frigidaire au froid, Amazon à la livraison, Hermès au luxe, Gallimard aux livres  ?

L’affaire intéresse au plus haut point le site des buralistes français – site qui s’est fendu d’une traduction de la publicité britannique :

« Philip Morris est connu pour ses cigarettes. Chaque année, beaucoup de fumeurs s’en débarrassent. C’est à notre tour, maintenant. Notre ambition consiste à arrêter de vendre des cigarettes au Royaume-Uni. Cela ne va pas être facile. Mais nous sommes déterminés à faire de notre ambition une réalité. Il y a 7,6 millions de fumeurs adultes au Royaume-Uni. La meilleure décision qu’ils peuvent prendre est d’arrêter de fumer. Beaucoup vont y arriver. »

« Mais beaucoup vont continuer de fumer. C’est pourquoi nous voulons remplacer la cigarette par d’autres produits, la cigarette électronique ou le tabac chauffé, qui représentent un meilleur choix pour les millions d’hommes et de femmes, au Royaume-Uni, qui néanmoins ne voudraient pas arrêter de fumer. »

Géant toxique

Et le vieux géant toxique d’expliquer avoir investi 2,5 milliards de livres sterling en R & D : « Nous avons lancé des nouveaux produits dans beaucoup de pays, et des millions de fumeurs adultes ont abandonné la cigarette en choisissant de meilleures options. Aucun fabricant de cigarettes n’a agi comme cela jusqu’à maintenant. Et vous pouvez vous demander si nous le pensons vraiment. Nous le pensons. »

 Et P.M. Ltd d’afficher, sur le sol britannique, ses engagements pour 2018 : lancer et promouvoir un site web – smokefreefuture –  visant à informer les fumeurs souhaitant arrêter ou se tourner vers des alternatives à la cigarette ; proposer notre aide aux autorités locales dans les zones où les taux de prévalence tabagique sont les plus élevés ; obtenir une autorisation gouvernementale pour insérer, directement dans nos paquets de cigarettes, des informations pour arrêter de fumer où se convertir à des produits alternatifs ; développer la disponibilité de nouveaux produits alternatifs au Royaume-Uni.

Pincettes tabagiques et politiques ? Le site de nos buralistes de préciser que Peter Nixon (Managing Director de Philip Morris Limited) avait adressé un courrier à Theresa May, Premier ministre britannique, pour confirmer l’implication de son entreprise dans son nouveau message : « Nous sommes persuadés que nous avons un rôle important à jouer pour contribuer à rendre le Royaume-Uni un pays sans tabac (…) Les engagements que nous annonçons représentent des étapes pratiques qui peuvent contribuer à parvenir plus vite à cet objectif ».

Silence coupable

Duplicité publicitaire ou réduction des risques ?  Il y a plus d’un an déjà que le géant annonce, urbi et orbi, son projet : arrêter de commercialiser des cigarettes de tabac et les remplacer par un dispositif permettant de fumer avec du tabac non plus « brûlé » mais « chauffé ». Un dispositif que la firme aimerait confondre avec la cigarette électronique ce qu’il n’est en aucune façon. En avril 2017 Philip Morris faisait ainsi état « pour convaincre les fumeurs » d’arrêter la cigarette de l’arrivée d’IQOS et de ses recharges « Heets ». Un objet présenté comme étant à « moindre nocivité » par rapport au tabac. Une affirmation contestée au Royaume-Uni et qui laisse les responsables sanitaires français sans voix.

Un silence toujours aussi incompréhensible laissant les vapoteurs et les addictologues éclairés seuls face à cette difficulté méthodologique, seuls face à la puissance des géants. Un silence coupable.

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Un cadeau original, discret et urgent : pour les fêtes de fin d’année, un peu de votre sang

Bonjour

Qui écrit les communiqués de presse de l’Établissement français du sang (EFS) ? Jadis c’était du copié-collé : il fallait donner. Avec le temps le texte a évolué. Aujourd’hui on pianote sur plusieurs claviers, pour toucher plusieurs « cibles ». Cela donne :

« Engagez-vous ! Prenez le temps de sauver des vies. Partagez votre pouvoir ! »

S’engager, comme dans l’armée. Prendre un peu de son temps, contre la mort. Reste le partage du pouvoir ? Voilà qui est plus complexe. Plus dangereux aussi, qui pourrait paradoxalement nous rapprocher de la marchandisation des éléments du corps humain. Pour l’heure nous sommes toujours dans un pays laïc qui, contre les vents capitalistes mauvais, maintient son credo du don corporel anonyme bénévole et gratuit. Notamment à l’approche des « fêtes de Noël ».

Moins d’une heure

Et puis l’essentiel : les réserves de sang sont en baisse depuis une dizaine de jours et sont désormais trop fragiles pour aborder en sécurité le début de l’année nouvelle.

« Alors que la fin de l’année est marquée par une baisse de la collecte de sang du fait des congés, des phénomènes météorologiques et des épidémies saisonnières, l’EFS en appelle à la générosité de toutes et tous en cette période de fêtes en les conviant dans l’un de ses 128 centres de collecte ou dans l’une des nombreuses collectes mobiles qui se tiennent en décembre. Vous êtes surbooké ? Cela ne prendra que 45 minutes de votre temps (dont seulement une dizaine pour le prélèvement).

« Engagez-vous ! Prenez le temps de sauver des vies. Partagez votre pouvoir ! »

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Médicaments : petit voyage dans les sombres couloirs de nos étranges « listes noires » 

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Longtemps les «listes noires» des médicaments n’eurent pas droit de cité en France. Big Pharma et le gros dictionnaire Vidal régnaient. On l’a oublié: il était interdit aux journaux de citer les noms de marque des spécialités. Puis les temps changèrent. La découverte, fort tardive, des premiers grands scandales (celui de la thalidomide, suivi de celui du distilbène) changea lentement la donne. Nouvelle liberté: le médicament officiel commençait à être désacralisé –possiblement attaqué.

Un premier contre-pouvoir émergea au début des années 1980. Ce fut la naissance du mensuel Prescrire, revue indépendante de l’industrie pharmaceutique. Une véritable révolution. Dix ans plus tard les affaires du sang contaminé précipitèrent la nécessaire scission entre le ministère de la Santé et la gestion de la sécurité sanitaire des médicaments. Ce processus eut notamment pour effet de libérer la parole, amplifiant soudain le discours prémonitoire, l’entreprise pionnière du Dr Henri Pradal. Tous les freins allaient bientôt être levés.

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A demain

Par décision ministérielle, les ivresses sont interdites durant tout le temps de la grossesse

 

Bonjour

Les mêmes causes alcooliques produisent les mêmes effets délétères et les mêmes réactions des autorités sanitaires. La France boit et le ministère de la Santé et Santé publique France viennent de lancer une campagne nationale d’information (presse et web) à l’adresse du grand public et des professionnels de santé. Un message sur une affiche : « Vous buvez un peu d’alcool, il boit beaucoup ». Objectif : promouvoir, sinon obtenir, l’abstinence totale pendant la grossesse (numéro d’alcool Info services : 0 980 980 930 7jours sur 7, de 8h à 2h).

Où l’on reparle de l’alcool, première cause non génétique de handicap mental à la naissance chez l’enfant. En France, 500 000 personnes souffriraient des conséquences d’une alcoolisation fœtale et un nouveau-né sur mille (entre 600 et 800 enfants chaque année) présente une forme complète de syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF); un syndrome identifié pour la première fois en France, par le pédiatre Paul Lemoine (1917-2006) qui mena, à partir de 1958 dans la région nantaise, une étude sur les enfants nés de femmes malades de l’alcool, à partir de laquelle il sera le premier, en 1968, à décrire de façon exhaustive le tableau clinique 1.

Un demi-siècle après

Nous sommes une demi-siècle plus tard.  « Peu de personnes ont conscience du sujet des troubles causés par l’alcoolisation fœtale » fait valoir la ministre de la Santé Agnès Buzyn qui, après tant d’autres, affiche sa détermination à lutter contre ce fléau de santé publique qu’est la malade alcoolique. Des chiffres concernant les futures mères ? Entre 18 et 25 ans, plus d’une femme sur quatre a connu plusieurs épisodes d’ivresse dans l’année – et une sur dix dans le mois. Et près du tiers des femmes enceintes consomment occasionnellement de l’alcool.

Renforcer « l’information au quotidien » ?  La ministre a annoncé l’évolution prochaine du microscopique « pictogramme »présent sur toutes les étiquettes et tenu pour alerter sur les dangers de la consommation d’alcool pendant la grossesse – un pictogramme obligatoire depuis dix ans et que personne ou presque n’a remarqué.  « Sa lisibilité et sa visibilité restent insuffisantes ou hétérogènes » avoue la ministre. Un euphémisme.

A celles et ceux qui ne le savent pas encore, précisons qu’un arrêté du 2 octobre 2006 (signé de Xavier Bertrand) impose la présence sur toutes les bouteilles d’alcool d’un pictogramme représentant une femme enceinte, un verre à la main, barrée d’un trait rouge, ou d’un message ainsi rédigé: «La consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse, même en faible quantité, peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant.» Des dispositions ignorées du plus grand nombre – à commencer par les premières intéressées.

Dérangeante étude britannique

Et puis, hasard ou fatalité voici qu’une publication britannique du BMJ pourrait, pour partie, ruiner la campagne de santé publique française : « Low alcohol consumption and pregnancy and childhood outcomes: time to change guidelines indicating apparently ‘safe’ levels of alcohol during pregnancy? A systematic review and meta-analyses ».

Les auteurs (des épidémiologistes) ont réalisé une méta-analyse incluant vingt-quatre cohortes et deux études quasi expérimentales. Conclusion : les données scientifiques actuelles sont insuffisantes pour tirer des conclusions définitives quant aux effets sur l’enfant à naître d’une consommation faible à modérée d’alcool pendant la grossesse (consommation hebdomadaire inférieure ou égale à 32 grammes d’alcool pur, soit trois à quatre verres de vin).

Selon les auteurs on ne disposerait pas de preuves indiscutables permettant de définir un effet toxique ou de fixer une limite sûre à la consommation d’alcool, même si plusieurs études relatent un risque supérieur (de 10 %) d’accoucher avant terme, et de bébé de petit poids.

Se faire entendre

En Grande-Bretagne, jusqu’en 2008, les recommandations du National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE) préconisaient aux femmes d’éviter toute consommation d’alcool lors du projet de grossesse et du premier trimestre – puis elles indiquaient que leur consommation devait être réduite à deux unités, une à deux fois par semaine (32 gr). Depuis le Royaume-Uni a renforcé ses recommandations début 2016 et les autorités conseillent désormais aux femmes enceintes de s’abstenir de toute consommation alcoolique.

Faut-il, comme le demandent les auteurs, mener de nouvelles recherches sur cet enjeu majeur de santé publique ? S’intéresser, par exemple, aux différences des effets de l’alcool selon les étapes de la gestation ? Ou faut-il, ici, se contenter des preuves concernant les effets tératogènes de l’alcool, les troubles causés par l’alcoolisation fœtale (TCAF) et le SAF. Tolérer les petits écarts désinhibants ou user du principe maximal de précaution en prenant le risque de n’être ni toujours entendu ni toujours compris ?

A demain.

1 Lemoine P, HarousseauH, Borteyru JP, MenuetJC.  « Les  enfants des parents alcooliques: anomalies observées à  propos de 127 cas ». Ouest Médical. 1968;21:476-82.

 

L’alcool et la mer à boire : l’absurdité radicale d’une publicité gouvernementale

Bonjour

Septembre et ses vendanges. Les gazettes font écho à ce nouveau rituel marchand de la grande distribution que sont les « foires au vin ». Le Journal du Dimanche n’échappe pas à la règle. Avec, page 11, une pleine page d’une publicité aujourd’hui incongrue. Elle est financée par le ministère des Solidarités et de la Santé.

Slogan : « Réduire sa consommation d’alcool (…) Franchement, c’est pas la mer à boire ».

« La mer à boire » 1 … Faudrait-il, ici, rire ? Les personnes souffrant d’une dépendance à l’alcool – de même que les médecins et soignants les prenant en charge – apprécieront les affiches montrant ce tour de force publicitaire anonyme. Ceux qui connaissent les supplices du sevrage goûteront tout particulièrement le recours au franchement. Quant aux vignerons, ils dénoncent déjà la présence du tire-bouchon qui orne cette publicité gouvernementale. Comme si le vin était la seule boisson concernée par la dépendance alcoolique.

Les publicitaires et le ministère ne font aucun commentaire. S’ils devaient sortir de leur silence sans doute invoqueraient-ils la dimension symbolique de cet ustensile. Et sans doutent évoqueraient-ils le nécessaire humour qui peut pimenter la publicité. Encore faut-il savoir doser pour ne pas devenir immangeable. Comme avec cette autre affiche gouvernementale qui parle de la « fin des haricots » pour inciter à manger « plus de légumes et de céréales complètes ».

A demain

1 La « mer à boire » ? On en trouverait la première trace chez La Fontaine dans sa fable « Les deux chiens et l’âne mort » :

« (…) L’homme est ainsi bâti : quand un sujet l’enflamme,
L’impossibilité disparaît à son âme.
Combien fait-il de vœux, combien perd-il de pas,
S’outrant pour acquérir des biens ou de la gloire !
Si j’arrondissais mes états !
Si je pouvais remplir mes coffres de ducats !
Si j’apprenais l’hébreu, les sciences, l’histoire !
Tout cela, c’est la mer à boire ;
Mais rien à l’homme ne suffit. (…)»

Travail et liberté : voici comment booster la fluidité des workflows dans les CHU français

 

Bonjour

Droit du travail et ordonnances. C’est un mail publicitaire mandé par Maincare Solutions (Espace France – Bât. E-F. 4 voie Romaine – Canéjan, 33612 Cestas Cedex). Il est signé de la « Responsable Marketing Communication » (Direction Marketing Produits). Lisons :

« Après un déploiement progressif de M-RH Chronotime dans différents services pilotes, le CHU de Tours a généralisé la solution dans l’ensemble de l’établissement au 1er janvier 2017. Il s’agit d’une première mise en production de M-RH Chronotime dans un CHU français.

Cette mise en œuvre a été réalisée en étroite collaboration entre les équipes projet du CHU de Tours et celles de l’éditeur Maincare Solutions. Aujourd’hui, l’ensemble du personnel hospitalier gère ses temps à l’aide du module M-RH Chronotime de la suite M-RH. Il fluidifie les workflows et augmente l’efficacité de gestion. »

Que donnerait ce communiqué écrit en français ?

A demain