La célébrissime icône publicitaire de Marlboro vient de mourir, à 90 ans. Pourquoi ?

Bonjour

Il s’appelait Robert C. Norris et des millions de Terriens connaissaient son sourire, le port de son chapeau de cowboy et son célèbre geste : s’allumer une cigarette. Il fut et restera le premier «Marlboro Man». Et il vient de mourir. On lira sa biographie, exemplaire, dans The New York Times (Mariel Padilla) : « Robert Norris, Marlboro Man Who Didn’t Smoke, Dies at 90 ».

Où l’on apprend que Robert Norris, loin d’être un acteur était un éleveur dans un ranc. En 1955 son profil est repéré par des publicitairees. Le chapeau, le ranch, les grands espaces, le vent fais du matin, la fin des Indiens et la pleine liberté de fumer des Marlboro….  Sa mâle prestance avait alors été utilisée pour changer l’image de la marque Marlboro, née en 1924 et à l’époque perçue comme une marque exclusivement féminine. « La campagne de publicité mondialement célèbre, jugée comme l’une des meilleures de l’histoire, a contribué à faire de Marlboro la première marque de cigarette au monde » rappelle aujourd’hui Le Figaro.

Ainsi, et pendant près de quinze ans, Robert Norris a contribué à ce changement d’image – avant de faire une croix sur l’usage de son visage. Et ce « pour arrêter de donner le mauvais exemple à ses enfants ». «Marlboro Man» n’avait jamais fumé. Il est mort le 3 novembre 2019 à Colorado Springs au Pikes Peak Hospice & Palliative Care. Son décès a été annoncé sur le site Ted Cross Ranches. Aucune cause précise n’a été donnée. Robert Norris n’avait jamais fumé.

On peut y voir, une nouvelle fois une double duplicité : de Big Tobacco et sa vieille et toujours fidèle alliée, la  publicité.

A demain @jynau

Agnès Buzyn va devoir autoriser l’usage de la publicité par les dentistes et les médecins

Bonjour

Non. L’Etat français ne peut plus interdire aux médecins et aux chirurgiens-dentistes d’user des outils de la publicité. Cette interdit n’est pas conforme au droit européen. Ainsi vient de décider, dans sa sagesse, le Conseil d’Etat qui entend contraindre désormais le gouvernement « de procéder à l’abrogation » de cette règle « devenue illégale ».

Ce n’est pas faute d’avoir prévenu : dès juin 2018, le Conseil d’Etat avait prévenu dans une étude que cette interdiction était « susceptible d’être affectée par l’évolution de la jurisprudence européenne ». Una an auparavant la Cour de justice de Luxembourg avait en effet acté que les traités fondateurs de l’UE « s’opposent à une législation nationale (…) qui interdit de manière générale et absolue toute publicité » pour les spécialistes de l’art thérapeutique dentaire.

Puis, début 2019, l’Autorité de la concurrence avait à son tour pointé « la nécessité de modifier à brève échéance » le code de la santé publique et rapportait alors que le gouvernement « travaill(ait) à leur refonte (…) dans un délai de 6 à 12 mois ».

Aujourd’hui la décision rendue par le Conseil d’Etat contraint désormais Agnès Buzyn à tenir compte de ce « changement de circonstances ». Or la ministre des Solidarités et de la Santé avait précisément rejeté, en octobre 201, la demande d’un médecin qui contestait ce refus « pour excès de pouvoir ». Pour le Conseil d’Etat, dès lors que « l’acte réglementaire est devenu illégal (…), il revient au juge d’annuler ce refus pour contraindre l’autorité compétente de procéder à son abrogation ».

Les loups publicitaires dans la bergerie des soignants

A charge pour le « pouvoir réglementaire » de définir de nouveaux « procédés de publicité compatibles avec les exigences de protection de la santé publique, de dignité de la profession médicale, de confraternité entre praticiens et de confiance des malades envers les médecins ». Cette décision est bien évidemment saluée par Me Fabrice Di Vizio, qui a plaidé ce dossier. Il annonce aujourd’hui dans un communiqué son intention de « poursuivre l’Etat et réclamer des dommages et intérêts pour tous les praticiens sanctionnés à tort ».

On attend désormais avec le plus vif intérêt les suites qu’Agnès Buzyn donnera à cet épineux dossier : comment d’abroger l’interdiction de publicité au profit d’une « libre communication « non commerciale, loyale et honnête » ? Comment se limiter à la seule publication d’informations relatives à leurs compétences, à leurs pratiques professionnelles, aux actes et activités pratiquées habituellement … et s’abstenir de citer des témoignages de tiers, comme des anciens patients (sur le modèle TripAdvisor) ?

Comment concilier la « liberté de communiquer » et l’interdiction qui est faite «d’exercer la profession comme un commerce », conformément à la déontologie médicale consacrée par le droit français et européen ? Comment ne pas attiser ici l’esprit de lucre ? Et comment entrouvrir la porte de la bergerie des soignants sans y faire entrer les loups, toujours affamés, de la publicité ?

A demain

Big Pharma prie les médias de ne plus confondre les «cadeaux» et les «avantages» médicaux

Bonjour

Big Pharma vient d’apprendre qu’une étude publiée dans leBritish Medical Journal, (largement relayée par les médias) ose émettre une hypothèse : les médecins qui percevraient des « cadeaux » de la part des entreprises du médicament (Leem) auraient tendance à effectuer des « prescriptions plus chères et de moindre qualité ». Elle tient à préciser que ces entreprises du médicament « font de leurs relations avec les médecins généralistes une priorité absolue » (sic). Aussi émettent-elles « les plus vives réserves sur les conclusions tirées de cette étude et souhaitent apporter des précisions essentielles à sa bonne lecture ».

Tout d’abord que la base www.transparence.sante.gouv.fr inclut « des données composites émanant de plusieurs secteurs d’activité » et qu’elle regroupe sous le terme générique « d’avantages », des invitations à des événements scientifiques ou de formation, des frais d’hébergement, de déplacement ou de restauration… Exemple :

« Un médecin généraliste invité à un congrès orthopédique par une entreprise de dispositif médical et qui n’atteint pas les objectifs de prescription de génériques de l’Assurance maladie, va, selon la méthodologie de l’étude, être considéré exposé à l’influence des laboratoires pharmaceutiques. Pour mémoire, 219 382 avantages ont été accordés par les entreprises du médicament aux médecins généralistes en 2016. Sur ce nombre, seuls 306 dépassent 1 000 euros, ce qui relativise fortement la portée des conclusions de l’étude. »

Restauration de la confiance, alimentation de la suspicion.

Plus généralement le Leem estime que « l’étude ainsi que ses commentateurs entretiennent volontairement une confusion ». Confusion entre la notion de cadeaux [qui sont interdits par la loi depuis 1993] et celle d’avantages [qui sont autorisés, mais strictement encadrés par cette même loi et largement soumis à l’avis des ordres professionnels].

L’étude établit une corrélation entre la perception d’avantages par certains médecins généralistes et leur comportement de prescription ?  Mais comment ne pas souligner (comme les auteurs de l’étude) que cette corrélation n’est pas un lien de causalité – puisque « les données disponibles ne permettent en aucun cas d’établir une relation directe entre la perception d’avantages de la part d’un industriel et la prescription de médicaments proposés par cette même entreprise ». Pour finir :

« Le Leem dénonce fermement ce nouveau dénigrement d’une industrie dont la vocation première est d’apporter aux patients des solutions thérapeutiques toujours plus sûres et toujours plus efficaces. Il souligne que les relations de travail entre les médecins et les entreprises du médicament sont indispensables à une meilleure prise en charge des patients et invite à abandonner les caricatures. Le Leem regrette la vision simpliste et infantilisante des médecins généralistes projetée par certains commentateurs de l’étude. »

Et Big Pharma de souhaiter une restauration de la confiance de préférence à une alimentation de la suspicion.

 A demain @jynau

Alcoolisme fœtal, grossesse et publicité: à partir de quand faut-il commencer à s’indigner ?

Bonjour

Bloguer c’est aussi, sinon s’indigner, du moins faire part des indignations. Nouvelle polémique à la frontière du sanitaire et du publicitaire. « Une campagne de prévention orchestrée par une association représentant la filière viticole provoque la colère des professionnels de la santé publique » rapporte Le Figaro (Soline Roy).  «Un bon vin peut bien attendre neuf mois.» : tel est le slogan d’une nouvelle campagne de prévention des risques liés à la consommation d’alcool pendant la grossesse qui en a fait bondir plus d’un dans le monde de la santé publique. » Cœur de la controverse : un visuel associant la rondeur d’un verre de vin à celle du ventre d’une femme enceinte

L’affaire vaut d’être rapportée. Elle est menée par Vin & Société, une structure qui  dit représenter les 500.000 acteurs de la vigne et du vin. La nouvelle campagne « émet un message important à l’attention des femmes enceintes : en raison des risques que la consommation d’alcool peut représenter pour la santé du futur bébé, ‘’par précaution, zéro alcool pendant la grossesse’’ ». Pitch :

« La notion de temps long est propre à la grossesse. Elle l’est également au vin : produit culturel, il est ancré dans notre histoire et dans notre patrimoine, il se prépare patiemment au rythme des saisons jusqu’à la vendange. Il vieillit parfois dans nos caves et nous accompagne tout au long d’une vie lors des moments de partage, à table, en famille et entre amis. C’est cette double attente qui s’exprime à travers la signature ‘’Un bon vin peut bien attendre neuf mois’’ et que l’on retrouve dans le visuel, qui évoque le verre de vin et l’arrondi du ventre des femmes enceintes. »

 Une campagne publicitaire au service d’une ambition : « toucher directement les femmes enceintes ou souhaitant l’être » (sic). Une campagne publicitaire et « trois volets complémentaires » : « une annonce diffusée début novembre dans les journaux et les sites mobiles de la presse féminine et familiale – (Parents, Cosmopolitan, Magic Maman) ; une initiative originale avec la création d’un bijou en série limitée (re-sic) avec les créatrices de la marque April Please ; et enfin un dispositif web et digital permettant à la fois la diffusion d’informations pratiques et l’engagement des femmes enceintes qui le souhaitent via la participation de la blogueuse influenceuse Poussine (re-re-sic) ».

 Krystel Lepresle, déléguée générale de Vin & Société :  « Nous avons souhaité nous adresser directement aux femmes enceintes à travers ce dispositif multi-canal, sans les culpabiliser. Nous ne remplacerons jamais les professionnels de santé, ce n’est pas notre rôle. En revanche, nous sommes les mieux placés pour donner le bon mode d’emploi de notre produit. Nous avons toute une vie pour nous faire plaisir, mais pendant la grossesse, et en l’absence d’études concordantes, il est recommandé de ne pas consommer d’alcool »

Pr Michel Reynaud, psychiatre addictologue et président du Fonds Actions Addictions : « C’est terrifiant ! Tout est utilisé pour se donner une bonne image.»

Bernard Jomier, médecin généraliste et sénateur écologiste (apparenté PS) de Paris – très actif sur Twitter : «La prévention doit rester le domaine des acteurs de santé publique. On est dans un contournement très subtil et très bien mené de la loi Évin ».

Guylaine Benech, consultante formatrice en santé publique : « On atteint des sommets de cynisme ! »

Joël Forgeau, président de Vin & Société : « Comme nous nous y sommes engagés en juin 2018 auprès du Président de la République, Vin & Société met en oeuvre des mesures fortes de prévention et de lutte contre les consommations nocives d’alcool. La filière vitivinicole porte une attention particulière au syndrome d’alcoolisation foetale et a une position claire : pendant la grossesse, par précaution, il convient de ne pas consommer d’alcool. Nous avons également proposé au gouvernement d’améliorer la visibilité du pictogramme femme enceinte sur les étiquettes, avec une taille à 0,8 cm et en améliorant le contraste. C’est un rappel utile, mais rien ne vaut la prévention et la parole des professionnels de santé face à un public vulnérable » (re-re-re sic).

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : on attend toujours qu’elle s’exprime sur le sujet.

Palais de L’Elysée : silence complet.

A demain @jynau

Vrai ou faux : les fœtus humains goûteraient la musique classique et celle des tambours africains

Bonjour

Il est des études qui ne semblent menées que pour que la presse s’en empare et en chante les vertus – retombées économiques assurées. Ainsi ce travail que viennent de présenter à Berlin les responsables du centre barcelonais de PMA de l’Institut Marquès 1 lors de la 29ème édition du Congrès Mondial Ultrasound in Obstetrics and Gynaecology (ISUOG). Où l’on apprend que, « comme les nouveau-nés, les fœtus aiment la musique classique et traditionnelle, mais ne peuvent l’entendre que si elle leur parvient par le vagin de leur mère ». Tout ou presque est expliqué ici : Fetal facial expression in response to intravaginal emission of different types of music

« Les chercheurs ont évalué les mouvements de la bouche et de la langue de trois cents foetus entre 18 et 38 semaines de gestation, explique-t-on à la presse. Et ce en réponse à quinze chansons de trois styles musicaux différents: classique (Mozart, Beethoven…), traditionnel (chants, tambours africains …) et pop-rock (Shakira, Queen …).

Les hymnes de l’équipe de football préférée de leurs parents

Pour cela, un haut-parleur vaginal mis au point par l’équipe de l’Institut Marquès. » Pour la Dr López-Teijón, directrice de l’Institut, «les fœtus ne peuvent entendre que si le son leur parvient directement du vagin, ils peuvent à peine percevoir le bruit venant de l’extérieur ».

Conclusion : La musique préférée des foetus « sont des mélodies qui ont perduré au fil des ans »,explique la Dr Marisa López-Teijón, « soit une sérénade de Mozart, soit le son ancien des tambours africains ». Une exception : la chanson de Bohemian Rhapsody (Queen), « qui s’est avérée à être l’une des chansons préférées des bébés pendant la grossesse ». On verra ici le hit parade global.

Aller plus loin ? Tout ici est possible. L’Institut Marquès vient ainsi de commencer une étude, toujours à Barcelone, « afin d’analyser la réaction des fœtus lorsqu’ils entendent les hymnes de l’équipe de football préférée de leurs parents ». Tout est possible, à commencer par ce qui commence à ressembler au pire?

A demain @jynau

1 L’Institut Marquès se présente comme un centre de référence international en Gynécologie, Obstétrique et Procréation Médicalement Assistée, présent à Barcelone, Londres, Irlande (Dublin et Clane), Italie (Rome et Milan) et au Koweït. Il assure offrir « les taux de réussite de grossesse les plus élevés, avec 89% par cycle de FIV avec don d’ovocytes ».

 

 

Stades alcoolisés : but marqué, mais comment penser que la partie politique est gagnée ?

Bonjour

D’abord ne pas se tromper d’hymne. Andorre, c’est après Albanie. Ensuite se laisser bercer par le clavier : suffirait-il de bloguer pour, parfois, être écouté ? De se manifester pour marquer ?

Nous en étions resté à la joie de trois joueurs enthousiastes, comme grisés, persuadés d’avoir déjà remporté la partie. C’était compter sans l’assistance vidéo à l’arbitrage (video assistant referee ou VAR) qui fait gronder et trépigner les gradins. Le jugement vient de tomber : but accordé. Le cabinet du Premier ministre français Édouard Philippe vient d’adresser un courrier, daté du 2 septembre, au président de la Fédération française d’addictologie (FFA), le Pr Amine Benyamina. Et la FFA vient de rendre public le verdict :

« Le Premier ministre tient à vous confirmer, ainsi que l’ont fermement exprimé Agnès Buzyn, ministre de la Santé, et Roxana Maracineanu, ministre des Sports, que le gouvernement n’envisage pas de modifier la réglementation en vigueur relative à l’interdiction de vente d’alcool dans les stades, telle qu’inscrite dans la loi Evin ».

On se souvient que l’article L49-1-2 du code des débits de boissons et des mesures contre l’alcoolisme, institué par la loi Evin, interdit la vente de boissons alcoolisées dans « les stades, dans les salles d’éducation physique, les gymnases et, d’une manière générale, dans tous les établissements d’activités physiques et sportives ». Et on sait aussi que cette disposition est affaiblie par de nombreuses dérogations.

Robinets et vitres VIP

On se souvient aussi que plus d’une centaine de députés de La République en marche, bataillon avancé de l’actuel gouvernement, ont déposé une proposition de loi « visant à faire de la France une nation sportive »; un texte qui propose d’autoriser temporairement la vente d’alcool par les clubs lors de rencontres sportives dans les tribunes. On se souvient enfin que, sur la pointe des pieds, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé avait évoqué l’hypothèse éventuelle de proposer de supprimer vins de champagnes et spiritueux sous les ors des loges VIP. Avant de faire savoir qu’elle se rétractait.

Finalement premier but marqué, donc. Mais nullement match gagné. Et encore moins de trophée. La  saison sera longue qui verra l’équipe sponsorisée des députés macroniens 1 repartir à l’attaque  – des députés assurés du soutien bienveillant du véritable juge-arbitre, en fonction jusqu’au printemps 2022. Des députés qui, certains de bonne foi, estiment que la consommation-publicité dans les stades de boissons alcoolisées industriellement élaborées aidera à faire de la France une « nation sportive ».

Peuvent-ils gagner ? Verra-t-on, face à eux, des joueurs privés d’un Didier Deschamps et comme enivrés de leur premier but ? Des joueurs démobilisés, oubliant ce qui devrait, en toute logique, être leur prochain objectif (métaphorique): les vitres cristallines et les robinets dorés des loges VIP.

A demain @jynau

1 Cette proposition de loi est portée par trois solides députés macroniens  François-Cormier-Bouligeon député (LREM, Cher), 46 ans – Cédric Roussel député (LREM, Alpes-Maritimes), 46 ans – Belkhir Belhadad député, (LREM, Moselle, 50 ans). 

Alcools, gradins et loges VIP: pourquoi le gouvernement ne nous dit-il pas, enfin, la vérité ?

Bonjour

Revenons un instant sur le texte signé, dans Le Figaro, par les Drs Amine Benyamina*, Bernard Basset** et Axel Kahn*** 1. Un étrange papier dans lequel les auteurs se réjouissent « que pour la première fois depuis vingt-cinq ans d’attaques incessantes contre la loi Évin, les alcooliers aient connu une défaite ». La suite et, pourrait-on croire, la fin de  l’édifiante affaire politique des stades pré-alcoolisés et des VIP champagnisées.

Résumons.Trois députés macroniens  François-Cormier-Bouligeon député (LREM, Cher), 46 ans – Cédric Roussel député (LREM, Alpes-Maritimes), 46 ans – Belkhir Belhadad député, (LREM, Moselle, 50 ans) sont à l’origine d’une proposition de loi « sportive » qui alimente depuis peu une violente polémique sanitaire et politique. Ils ont été rejoints par plus de soixante de leurs collègues. Certains les ont, depuis, quittés.

Quant à leur proposition « portant diverses dispositions pour faire de la France une Nation sportive » (sic) enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale le 24 juillet dernier, elle n’est toujours pas sur le site dédié de cette dernière.

Une affaire close comme le laisserait penser le satisfecit du triumvirat du Figaro ? Nullement. Et tout laisse malheureusement penser que le tweet unique d’Agnès Buzyn, loin du clairon victorieux, pourrait bien signer la fuite en rase campagne devant les députés macroniens sportifs marchant au pas cadencé des alcooliers industriels. Et puis, hier, ce tweet explicatif d’Axel Kahn :

« L’article contentieux 13 du projet de loi sur le sport semble avoir été retiré, les ministres de la santé et des sports se sont engagées par tweets et interviews, l’Élysée semble avoir donné des assurances. »

Où l’on notera l’usage du verbe sembler. Un verbe fragile, délicat à manier 2.

Un article d’une proposition de loi retiré par ses auteur-députés ? Et ce à la demande du locataire du Palais de L’Elysée ? L’exécutif pesant sur le législatif ? Il semble que cela mériterait d’être vérifié. Et officiellement, haut et fort, confirmé. Par exemple par la ministre des Solidarités et de la Santé. Ou par le Premier ministre étrangement absent de ce dossier. On attend.

A demain @jynau

1 * Médecin psychiatre-addictologue, chef du département de psychiatrie-addictologie groupe hospitalier Paul-Brousse (AP-HP), professeur à l’université Paris-Sud, président de la Fédération française d’addictologie (FFA). ** Médecin spécialiste en santé publique, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), administrateur de la Fédération française d’addictologie. *** Généticien, président honoraire de l’université Paris-Descartes, président de la Ligue nationale contre le cancer.

2 « Supposons deux corps électrisés; bien qu’ils nous semblent en repos, ils sont l’un et l’autre entraînés par le mouvement de la terre » (H. Poincaré, Valeur sc., 1905, p. 185).

« Pour tous les événements qui dans la vie et ses situations contrastées se rapportent à l’amour, le mieux est de ne pas essayer de comprendre, puisque, dans ce qu’ils ont d’inexorable comme d’inespéré, ils semblent régis par des lois plutôt magiques que rationnelles » (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 501).