Sportifs et publicités alcooliques : onze experts accusent Emmanuel Macron et Agnès Buzyn

Bonjour

Poisson-pilote ? Elle s’appelle Perrine Goulet. Députée (La République en marche, Nièvre) elle avait travaillé chez EDF Gaz de France Distribution comme conseillère clientèle à Nevers avant d’intégrer, il y a dix ans, le Centre nucléaire de Belleville comme responsable système d’information.

Le 26 mars 2018, Greenpeace portait plainte contre elle pour incitation au meurtre, à la suite d’une déclaration à l’Assemblée nationale datant du 22 mars concernant les militants pénétrant dans des complexes nucléaires : « Pourquoi nous ne ferions pas un peu comme aux États-Unis, (…) avec possibilité de ne pas se poser de questions et, quand il y a une intrusion, de tirer ? ». La députée s’était défendue dès le lendemain. Hors ed question de vouloir tuer des militants de Greenpeace elle voulait signifier « tirer dans les jambes ».

Peu de temps après Edouard Philippe, Premier ministre lui demandait un rapport sur le « financement du sport ». Travail achevé. Le Journal du Centre :

« Vendredi 30 novembre, à l’Assemblée nationale, la députée LREM Perrine Goulet, dans un rapport sur le financement des politiques sportives en France, a proposé des pistes pour financer le sport.

L’élue nivernaise, dans ses propos, semble douter de «  »l’efficacité » pour la santé publique de la loi Évin, qui restreint la promotion de l’alcool et du tabac depuis 1991. Elle déplore plusieurs incohérences, comme l’apparition des publicités prohibées sur des chaînes françaises à l’occasion de compétitions à l’étranger », rapporte une dépêche de l’AFP. Elle est favorable au « retour du sponsoring d’équipes françaises pour les viticulteurs et les brasseurs ».

« Ça ne sert à rien d’interdire l’alcool dans les stades si les gens s’enivrent massivement avant d’aller au match, ce qui pose des problèmes de sécurité », a-t-elle affirmé à l’AFP.

Elle propose, également, la suppression du certificat de non contre-indication à la pratique sportive. »

Lundi 3 décembre, méchant retour de volée d’une équipe de onze experts historiques de santé publique 1. Réintroduire sans limites la vente d’alcool dans les stades sous prétexte de soutien aux petits clubs sportifs ? « C’est oublier, disent-ils, les trente-neuf morts du Stade du Heysel à Bruxelles le 29 mai 1985. L’alcool avait coulé à flots avant que ne s’accumulent les morts. »

« Explication éculée »

Pour ces experts l’ explication éculée de Mme Goulet ne doit tromper personne. La même proposition a déjà été faite par un de ses collègues LREM, Alain Touret, pour soutenir les clubs de foot de la ligue 1 en commençant par un match du PSG, « petit club s’il en est ». Et de filer une métaphore aquatique :

« Ne soyons pas dupes. Il est évident que le lobby alcoolier harcèle la représentation nationale pour autoriser de nouvelles occasions de boire, avant et pendant les matchs. La députée LREM n’est que le poisson pilote des requins de l’alcool dont le but réel est d’en finir une fois pour toutes avec la Loi Evin et la loi Alliot-Marie de 1993 (interdiction de l’alcool, des chants racistes ou injurieux, des fumigènes), ce qui en langage hypnotique, macronien et alcoolier se dit « assouplir la loi ». »

Et ces experts de s’attaquer directement au chef de l’Etat et à la ministre des Solidarités et de la Santé :

« Désigné comme l’Homme de l’année par la Revue du Vin de France pour l’ensemble de son œuvre en faveur de l’alcool, le président Macron considère que l’information sanitaire est « anxiogène », voire « mortifère ». Méprisant les recommandations de l’OMS qui demandent d’élaborer les politiques de santé sans interférence des lobbies, il a installé le lobby alcoolier à l’Elysée même, en la personne de sa conseillère Agriculture, Audrey Bourolleau, ancienne Déléguée générale de Vin et Société. Le lobby alcoolier, ivre de ses succès, prétend même devenir un acteur crédible de la prévention. Autant confier aux renards la garde des poulaillers.

« Le gouvernement, par la voix d’Agnès Buzyn, s’est incliné récemment au Parlement face à la stratégie agressive des alcooliers pour faire boire les jeunes à coups de prémix à base de vin après les avoir appâtés avec des bonbons au mojito. La majorité à l’Assemblée nationale envisage maintenant d’ouvrir en grand les vannes de l’alcool dans le sport, avec en perspective les profits de la Coupe du Monde de Rugby en 2023 et des Jeux Olympiques de 2024. »

Et de rappeler que le grand « Plan national (2018-2022) de mobilisation contre les addictions » est toujours dans les limbes de la République.  Un invraisemblable retard qui, selon eux, s’explique : le pouvoir exécutif est en écrit actuellement une nouvelle version sous la dictée des lobbies.

A demain

1 Bernard Basset, vice-président de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA) ; Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI ; Gérard Dubois, professeur de santé publique, Académie de médecine ; Claude Got, Professeur honoraire, université René Descartes ; Serge Hercberg, professeur de nutrition, université Paris-XIII ; Catherine Hill, épidémiologiste ; Albert Hirsch, professeur de pneumologie, université Paris-VII ; Mickael Naassila, professeur de physiologie, président de la Société française d’alcoologie ; François Paille, professeur de thérapeutique et d’addictologie, université de Lorraine, président du Collège universitaire national des enseignants d’Addictologie (CUNEA) ; Michel Reynaud, professeur de psychiatrie et d’addictologie ; Nicolas Simon, professeur de médecine à Marseille, président de l’ANPAA

 

 

Alcool : Agnès Buzyn défend les bonbons mojito et les yaourts pina colada. Pourquoi ?

Bonjour

On pouvait, hier, lire ceci dans Le Parisien (Elsa Mari) : « L’amendement qui prévoyait de taxer ces bonbons au goût alcool a été rejeté par les députés, avec l’appui de la ministre de la Santé ». Ou encore : « Les bonbons mojito ne seront pas taxés ! ».  France Info : « L’Assemblée rejette la taxe sur les bonbons « saveur cocktail » et les vins aromatisés », avec le soutien d’Agnès Buzyn et au grand dam des addictologues et des défenseurs de la santé publique. Comment comprendre ?

Depuis longtemps l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) dénonçait le fait que des industriels puissent indirectement faire de la publicité pour leurs boissons alcooliques via différents produits alimentaires ne contenant pas d’alcool tout en y faisant ouvertement référence (une déclinaison alcoolique des antiques « cigarette en chocolat ».

En juillet dernier,  sur RMC-BFMTV le Dr William Lowenstein parlait de « cynisme commercial criminel » – alors même que nous sommes, avec le président Macron, censés être dans le « quinquennat de la prévention ». « Quel est l’intérêt d’initier les mômes au goût alcool avec de telles images ? » Pourquoi pas des sucettes au goût d’ecstasy ?des chewing-gums néo-cocaïnés ?. Le président de SOS Addictions attendait alors, avec impatience, la réaction des tutelles et, tout particulièrement, « celle de la Direction Générale de la Santé ». On imagine, aujourd’hui, sa déception.

« Saveur rhum »

Un espoir été pourtant né quand, mi-novembre, le Sénat vota un amendement destiné à taxer plus lourdement les produits alimentaires « faisant référence à l’alcool ». Et c’est cet amendement que l’Assemblée nationale vient de rejeter avec le soutien de …. la ministre des Solidarités et de la Santé. Alors même que cette dernière s’était déclarée favorable à cette initiative. Selon elle le fait de taxer ces aliments risquait d’être censuré par le Conseil constitutionnel « dont la jurisprudence sur la fiscalité comportementale est très stricte ». (sic)

« L’amendement n’est pas passé car il aurait conduit à taxer davantage des produits qui font référence à l’alcool  – comme de la glace « saveur rhum » – que l’alcool lui-même comme du rhum, a précisé le ministère de la Santé au Parisien. On n’abandonne pas l’idée, on va la retravailler peut-être dans le cadre d’une proposition de loi. On pourra même aller plus loin, jusqu’à l’interdiction de ces produits ». Reculer pour, après-demain, mieux sauter ? Qui y croit ?

Amine Benyamina, psychiatre et addictologue à l’hôpital Paul-Brousse (Villejuif) : « Les députés ont voté sous l’influence direct des lobbys qui veillent au grain. En matière de santé publique, c’est un message déplorable. On touche le fond ». Bernard Jomier, médecin et sénateur (apparenté socialiste, Paris) : « Ces produits sont conçus pour les emmener vers une consommation d’alcool, elle entraîne des addictions. On trouvera des moyens d’en reparler. Hors de question d’abandonner ce combat ».

A demain

@jynau

 

Les confidences d’Alexandre Ricard sur les boissons au cannabis et la prévention de l’alcoolisme

Bonjour

Un géant vient de se confier au Figaro Eco (Ivan Letessier). Cela donne : « Pernod Ricard livre ses recettes pour accélérer encore » (sic). Où l’on apprend que les petits actionnaires de Pernod Ricard auront de quoi boire du petit-lait (re-sic) : « le géant français des spiritueux, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 9  milliards d’euros sur l’exercice clos fin juin, atteint un sommet en Bourse, où il est valorisé plus de 37 milliards ».

Alexandre Ricard, son PDG depuis février 2015 a, nous explique Le Figaro,  remis son groupe sur les rails de la croissance (re-re-sic) plus tôt que prévu. « Mieux, le petit-fils de Paul Ricard, le fondateur du groupe [19 000 collaborateurs], veut désormais passer la surmultipliée (sic.s). Extraits choisis de son entretien au Figaro.

« En juillet 2015, alors que nous n’avions plus de croissance, je m’étais engagé à la redresser dans la fourchette de 4 à 5 % en trois à cinq ans. Nous avons dépassé cette ambition à la fois en valeur, puisque le chiffre d’affaires a progressé de 6 % sur le dernier exercice, et en temps, puisque nous y sommes parvenus en trois ans. Nous avons atteint tous les objectifs d’une feuille de route centrée sur les consommateurs: notre approche de la distribution est plus efficace et nos innovations représentent un tiers de notre croissance. Nous avons formé nos managers à être plus réactifs et à ne pas avoir peur de l’échec. Les fondamentaux sont là, nous avons construit de quoi accélérer. Ma mission est simple: construire dans la durée une croissance pérenne et profitable. »

 « (…) J’ai du mal à cacher mon enthousiasme. Nous avons deux leviers extraordinaires pour accélérer: d’une part, notre portefeuille est de loin le plus complet de l’industrie pour couvrir tous les moments de consommation (apéritif, cocktail chic, dîner, soirée festive…) ; d’autre part, nous sommes le seul acteur à disposer d’une exposition unique à la classe moyenne émergente à travers la Chine et l’Inde où nous sommes leaders avec respectivement 42 et 45 % de part de marché. Nous sommes les mieux placés pour saisir la plus grande partie de la croissance future du secteur.

 « La France est à la fois le centre névralgique du groupe et ses racines. Ricard reste la première marque de spiritueux en France. J’éprouve un réel plaisir à observer l’attachement viscéral entre la France et Ricard, même de la part de ceux qui n’en boivent pas. Je ressens de la fierté et de l’émotion d’être à la tête d’un groupe qui a un tel lien avec la France. Nous sommes un des rares champions français. »

 Cannibalisation des vins et spiritueux

 Le Figaro pose alors cette question :  « Le cognac est l’une de vos trois priorités, avec la vodka et le whisky. Le secteur fait face à une pénurie de matières premières, notamment en termes d’eaux-de-vie jeunes. Comment comptez-vous gérer ce handicap ? » Réponse :

« Nous n’avons pas de handicap. Pendant les années difficiles pour le cognac, Pernod Ricard a continué d’investir dans des stocks stratégiques d’eaux-de-vie. Nous sommes capables de servir une croissance en volumes de 7 à 9 %, à laquelle s’ajoute notre capacité à augmenter les prix. Gérer la rareté, cela peut être un moteur de croissance. »

 Puis, enfin, sur le fond : « L’alcool fait l’objet de mises en garde de plus en plus vives, et la Cour des comptes préconise une hausse des taxes. Est-ce un risque pour le secteur des spiritueux ? » Réponse :

« Il faut se placer du point de vue du consommateur. La consommation d’alcool a baissé de 60 % en volume depuis les années 1960. 71 % du prix des bouteilles est constitué de taxes. N’exagérons pas, c’est assez cher. La consommation responsable est celle de la majorité, même si je ne nie pas certains comportements. Il n’y a pas de convivialité dans l’excès: d’ailleurs, un patron de bar ne sert pas de clients ivres, car il ne veut pas perdre ses clients conviviaux. Nous sommes pour une consommation responsable et modérée. La tendance, c’est de boire moins et mieux, le bon verre au bon moment. Chacun doit trouver son propre équilibre. C’est ce qu’il y a de plus compliqué, car il y a autant d’équilibres que d’individus. Cela ne passe pas par des décrets, mais par l’éducation et la responsabilisation. »

 Et pour finir :  « Le marché du cannabis se légalise en Amérique du Nord, certains de vos rivaux y investissent 1. Avez-vous de tels projets ? »

« Nous n’avons aujourd’hui aucun projet d’investissement. Nous analysons les conditions dans lesquelles le cannabis se légalise, dans la mesure où certains estiment que cela peut disrupter le marché. Notre responsabilité est de vérifier qu’il n’y a pas de cannibalisation sur des vins et spiritueux haut de gamme. Rien ne permet de craindre un tel phénomène pour le moment. »

 A demain

1 Sur ce sujet furieusement d’avenir :  « Cannibalisme, spiritueux et Pernod Ricard : légalisé le cannabis liquide sera-t-il alcoolisé ? » Journalisme et santé publique du 30 août 2018

Qui sont donc ces Françaises solitaires qui vont au-delà des Pyrénées pour tenter d’enfanter ?

Bonjour

La « PMA pour toutes/sans père » fait chaque jour un peu plus débat en France. Et depuis des années des femmes françaises « sans partenaire masculin » se rendent (notamment) à Barcelone pour tenter de concevoir et de procréer via une insémination artificielle (IAD) médicalisée ou une fécondation in vitro. Leur nombre, nous dit-on, ne cesse de croître.

Qui sont-elles ? L’Institut Marquès 1 connaît une partie des réponses et il vient d’entrouvrir son coffre à la presse française. C’est bien trop bref et sans aucune valeur sociologique. Voici ce que dit le Dr Maria López-Teijón, directrice de l’Institut Marquès et auteure d’un « Blog de la fertilité » affichant « plus de 450 K adeptes » (sic).

« D’après cette enquête, la plupart de ces femmes ont des traits communs : elles sont ‘’très indépendantes’’ ; elles ont des ‘’niveaux éducatifs’’ et ‘’pouvoirs d’achat moyens et hauts’’ ; elles ont avant tout un ‘’projet familial clair’’. ‘’Les profils de patientes que nous recevons en tant que spécialistes de le procréation médicalement assistée, sont un reflet des changements de notre société qui, sans doute, se trouve en plein processus de féminisation” »

On aimerait en savoir plus. On ne le saura pas. Reste, comme toujours,  la publicité :

« Au-delà d’une législation favorable, l’Institut Marquès offre aux patientes françaises les dernières avancées médicales, scientifiques et techniques, ainsi qu’un traitement personnalisé dans leur propre langue. Chaque patient a un professionnel de référence attitré qui, en plus de la prise en charge en français, accompagne les patientes et fournit toutes les informations nécessaires tout au long du processus. Grâce à cela, les patientes peuvent effectuer le traitement uniquement pour le transfert en évitant les déplacements inutiles.

Voir son embryon au-delà des Pyrénées 

 « Le centre est pionnier dans l’utilisation des incubateurs Embryoscope, qui permettent d’obtenir des images du développement des embryons obtenus par FIV que la patiente peut voir depuis chez elle en direct à travers d’Internet ou depuis son téléphone portable. Dans le centre barcelonais tous les embryons sont cultivés avec de la musique (une étude de l’équipe a montré en 2013 que les micro-vibrations musicales améliorent un 5% le taux de fécondation).

Le tout sur fond d’eugénisme et de marchandisation du corps humain dont les noms ne sont jamais pas prononcés :

« Au moment de sélectionner un donneur, seuls les centres qui disposent de leur propre banque de sperme peuvent attribuer dans de bonnes conditions le candidat idéal pour chaque femme, ainsi ils peuvent aller au-delà des données basiques comme le groupe sanguin, rhésus, poids, taille ou couleur de peau, des yeux et des cheveux. L’Institut Marquès possède sa propre banque de sperme et bien que le don soit anonyme et que la patiente ne peut pas connaitre l’identité du donneur, l’équipe médicale elle, dispose de photos et d’informations sur ses loisirs, goûts et formation. De plus, il n’y a pas de liste d’attente. »

Ne pas s’inquiéter : si, en plus d’avoir recours à un donneur de sperme, les femmes ont besoin d’un don d’ovules, l’Institut Marquès répond à la demande. Autre option : l’adoption non pas d’enfants mais d’embryons :« Les patientes peuvent adopter un embryon venant d’autres femmes et couples sains (sic) qui ont réalisé avec succès un traitement de fécondation in vitro et qui ont cédé leur tutelle à l’Institut Marquès une fois qu’ils ont décidé qu’ils ne voulaient pas d’autres enfants. L’adoption d’embryons augmente année après année. 20% des adoptions correspondent à des femmes sans partenaire masculin. »

La « PMA pour toutes/sans père » fait débat en France. Ce n’est plus le cas en Espagne.

A demain

@jynau

1 L’Institut Marquès se présente ainsi : « Un centre barcelonais à la renommée internationale dans les domaines de la gynécologie, l’obstétrique et la reproduction assistée, présent à Barcelone, Londres, Irlande (Dublin et Clane), Italie (Rome et Milan) et Kuwait. Ce centre, spécialisé dans les cas qui présentent une difficulté particulière, aide les personnes dans plus de cinquante  pays à réaliser leur rêve de devenir parents. L’Institut Marquès offre les meilleurs taux de grossesse, avec 89% de réussite par cycle de fécondation in vitro avec don d’ovocytes. Leader en innovation, il développe une importante ligne d’investigation sur les bénéfices de la musique lors des débuts de la vie et la stimulation fœtale. Aussi, engagé pour la cause environnementale, l’Institut Marquès réalise depuis 2002 des études sur le rapport entre les toxiques environnementaux, la stérilité et les traitements de reproduction assistée. »

2 « PMA : à Barcelone, une plate-forme mondiale de cession d’embryons humains abandonnés » Journalisme et santé publique, 23 septembre 2018

 

 

 

 

 « Tabac chauffé » : l’invraisemblable micmac de Big Tobacco et des autorités de santé

Bonjour

Faire le chemin de la frontière, jusqu’à Ferney-Voltaire pour mieux dissiper les brouillards français.  Ainsi ce papier édifiant de la Revue Médicale Suisse : « Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? »1. Il s’agit ici de lIQOS™ , du gloTM  et du PloomTM Tech des trois géants mondiaux du tabagisme.

Huit spécialistes de santé publique de Lausanne décryptent ici un sujet essentiel – un sujet sur lequel les hauts responsables sanitaires français (et les autres) n’ont pas encore jugé de se pencher : le micmac du « tabac chauffé ». Résumé :

« Face à la diminution constante des ventes de cigarettes conventionnelles, l’industrie du tabac a développé et mis sur le marché depuis 2015 un nouveau type de produits qui ne « brûlent » pas le tabac, dits produits du tabac « chauffé » (heated tobacco products ou HTP). Ils sont vendus comme des produits à risques potentiellement réduits, du fait de leur capacité technique à limiter le processus de combustion et la génération de composés toxiques.

« Toutefois, les principaux composés toxiques émis par la fumée de cigarette conventionnelle sont aussi présents. Actuellement, très peu de recherches indépendantes existent pour vérifier le niveau de risque des HTP, ce qui soulève d’importantes questions parmi la population et les acteurs de santé publique. Cet article fait le point sur ces produits. »

Allégations sans démonstration

Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz ont cherché à faire le tour de la question. Ils rappellent, point essentiel, que les produits HTP diffèrent de la vaporette/vapoteuse/cigarette électronique qui ne contient pas, elle, de tabac. L’absence de combustion ferait des HTP des « produits du tabac moins toxiques que les cigarettes ». Pour sa part, le géant Philip Morris International (PMI) a engagé auprès de l’US Food and Drug Administration (FDA) une demande de certification permettant de présenter son dispositif comme à risque réduit par rapport aux cigarettes classiques. Mais début 2018, le groupe consultatif de la FDA a conclu que l’entreprise « n’avait pas réussi à démontrer qu’une réduction de l’exposition aux produits chimiques pouvait raisonnablement se traduire par une réduction mesurable des maladies ou des décès ».

« L’offensive industrielle du tabac « chauffé » suscite une multitude de questions parmi la population et les acteurs de santé publique : comment ces produits fonctionnent-ils ? Quelle est la composition des émanations de ces produits ? Le tabac « chauffé » est-il véritablement moins à risque pour la santé des utilisateurs et des non-utilisateurs ? Quelles sont les conditions de commercialisation et d’usage de ces produits (cadres légaux) et quelles sont les stratégies marketing développées par les industriels ? »

Il faut ici lire la Revue Médicale Suisse qui esquisse quelques éléments de réponse. Sans oublier de décrypter la publicité de Big Tobacco :

« Les efforts de communication des entreprises vont dans le sens de reconnaître les risques sanitaires de la cigarette conventionnelle et de profiler les produits HTP comme des produits plus « propres » et moins nocifs, notamment par la mise en avant de nouvelles technologies. Des arguments tels que « réduction des émissions toxiques », « sans combustion », cleaner sont usités dans leurs communications marketing.

« Un accent particulier est également porté sur la mise en avant du confort des utilisateurs et de leur entourage (« pas de fumée », « moins d’odeur », « pas de cendre »), tout en permettant aux fumeurs de vivre une expérience très proche de celle procurée par la cigarette, avec du vrai tabac. De cette manière, l’industrie du tabac entend se présenter comme un partenaire fiable de santé publique, tout en conservant sa clientèle maintenue dépendante à la nicotine. »

Quelques premières études indépendantes attesteraient d’une quantité de composés toxiques inférieure à celle comprise dans la fumée de cigarettes conventionnelles,  mais sans pour autant pouvoir conclure que les HTP induisent moins de risques sur la santé que les produits de tabac classiques. « L’absence de combustion n’empêche ni la production de fumée ni la présence des principaux produits toxiques retrouvés dans la fumée de cigarette » résument les auteurs suisses.

Et d’ajouter que le nombre d’études indépendantes concernant les produits HTP est relativement faible, et qu’aucune n’inclut des personnes utilisatrices ou ne porte sur les effets potentiels sur la santé. « Il est donc impératif que d’autres études scientifiques indépendantes de l’industrie du tabac testent la véracité des informations avancées par cette dernière et analysent le contenu de la fumée émise par ces HTP » soulignent-ils.

Recrutement de nouveaux consommateurs

Où l’on retrouve, comme dans le cas de la cigarette électronique, l’invraisemblable passivité des autorités sanitaires nationales (sans parler de l’OMS) sur un sujet majeur de santé publique – un invraisemblable et coupable  désintérêt médical et scientifique pour cette question prioritaire de réduction des risques.

« Actuellement en Suisse et dans d’autres pays, les produits du tabac « chauffé » profitent des brèches laissées par les cadres légaux, notamment en matière d’avertissements sur les emballages, de taxation et d’usage dans les lieux publics. Les cigarettiers, tout en continuant de saper les efforts de prévention du tabagisme, déploient en outre pour les HTP des stratégies marketing renouvelées et sophistiquées 2. Cela laisse craindre le recrutement de nouveaux consommateurs, notamment parmi les jeunes.

« Par ailleurs, il sera très difficile scientifiquement d’évaluer l’impact réel des HTP sur la santé de leurs utilisateurs, en particulier pour celles et ceux qui ont au préalable fumé pendant plusieurs années des cigarettes traditionnelles. La part attribuable, respectivement à la consommation des HTP et à celle des cigarettes traditionnelles, sera méthodologiquement très complexe à apprécier. Quant à celles et ceux qui commenceraient leur exposition au tabagisme directement par la consommation de ces HTP, il faudra de nombreuses années de suivi pour en apprécier le véritable risque, en raison de la latence entre l’exposition et la survenue des cancers dus au tabac. »

A demain

@jynau

1 Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? Rev Med Suisse 2018; volume 14.1935-1941

2 « Philip Morris veut convaincre que son avenir se fera sans cigarettes ».  Le Temps, 2 octobre 2018

 

Tabagisme : la belle voix hypnotique de la SNCF sait-elle que la cigarette électronique existe ?

Bonjour

Nous connaissons tous sa voix. Combien connaissent son visage ? « Simone la voix culte de la SNCF » se nomme, dans le civil,  Simone Hérault. Son timbre rythme la vie de plus de trois mille gares en France. Et ce depuis près de quarante ans, depuis que la SNCF a décidé de mettre à quai les « aboyeurs », préposés aux annonces en gare des années 1930.

« Née en 1950 dans le Val d’Oise, cette comédienne a très tôt irrigué les ondes de sa voix claire et apaisante, raconte la Société Nationale des Chemins de Fer. Dès 1972, Simone est animatrice radio chez France Inter Paris (FIP), où elle travaillera jusqu’en 2001. En 1981, après un casting SNCF parmi les ‘’dames de FIP’’, sa voix, ainsi que celle d’une autre animatrice, est retenue. C’est ainsi que les deux collègues commencent à enregistrer les annonces des différentes gares françaises. Au quotidien, elles renseignent ainsi les voyageurs sur les trains et les activités de la gare. Aujourd’hui, seule Simone continue à porter ces messages : SNCF a trouvé sa voix. »

Lèvres brûlées

Simone aura, au total, enregistré plus de 4 000 heures de messages dans le « studio-son » de la Société Nationale et raconté sur papier son parcours ferroviaire 1. Aujourd’hui une indiscrétion du Journal du Dimanche nous apprend que Simone a repris du service : cette voix iconique-hypnotique va pendant une semaine, à compter de ce 29 octobre, indiquer le nombre d’inscrits en temps réel à l’opération « Mois sans tabac ».

La belle voix de Simone invitera les passagers fumeurs (mais, on le sait, interdits de fumer 2) à les rejoindre. Un message diffusé à l’initiative de Médiatransports  (« leader de l’affichage transport ») 3 dans dix grandes gares de France : les quatre de Paris, Lyon Part-Dieu, Marseille Saint-Charles, Lille Flandres, Strasbourg, Rennes et Bordeaux.

Comment ne pas applaudir à cette initiative ? Et comment, soucieux de santé publique et de réduction des risques,  ne pas se poser la question qui brûle les lèvres : Simone et Médiatransports savent-ils que la cigarette électronique existe ?

A demain

1 « Grâce à ma voix »  Simone Hérault, Jacques Pagniez (interviewer), Claude Villers (préface) La Vie du Rail (2005).

2  «Pour nous, les choses sont d’une grande simplicité, indique le service de presse de la SNCF. Tout est interdit à bord des trains [fumer et vapoter]. Et dans les gares tout ce qui est autorisé pour le tabac l’est également pour le vapotage: interdiction dans les espaces clos, autorisation sur les quais à l’air libre.» Une précision en phase avec celles de l’Association indépendante des utilisateurs de cigarette électronique (Aiduce). (« La chasse aux fumeurs en plein air est ouverte: quid des vapoteurs ? » Slate.fr 23 août 2018)

3  Médiatransports est la régie publicitaire du groupe Publicis, 3e groupe mondial de communication. Acteur « incontournable » de la publicité dans les « univers » du métro, du bus et des gares, cette société est partenaire des trois plus gros opérateurs de transports RATP, SNCF et SNCF RESEAU ainsi que des autorités organisatrices de transports locaux.

Alcool : peut-on encore vanter sans danger les vertus de la «menthe forte qui réconforte» ?

Bonjour

Comment lui résister ? C’est une marque qui traverse les siècles. A grand renfort de publicités inégalées. Une boissons alcoolique « aux deux anges » qui ne prend pas de rides. Une marque qui « met aujourd’hui son expertise fraîcheur et son ingrédient remarquable au service de toutes les situations du quotidien » (sic).

Une marque « anti-nausées » qui fête ses 180 ans. Et qui en profite pour vanter sa gamme de produits pour garantir une haleine fraîche et irréprochable : alcool de menthe, spray à vaporiser directement dans la bouche,  capsules haleine fraîche et une gamme de pastilles et de chewing-gums mentholés. Quoi de mieux que l’alcool pour aseptiser et réconforter ?

Eté comme hiver, 18 gouttes par jour

Sans oublier les nouveaux bonbons sans sucres Menthe Extra­-Forte « aux arômes naturels de menthe, faciles à emporter en voyage ».

Le produit phare ( « L’original depuis 1838 ») demeure une source non négligeable de revenus : le flacon de 50ml d’alcool de menthe au prix conseillé de 8,30 euros dans toutes les bonnes para-pharmacies (mais que nous avons acquis aujourd’hui dans une modeste officine tourangelle pour la somme de 9,80 euros – sucre non compris).

Pas loin de 200 euros le litre pour ce « complément alimentaire à base de plante Menthae piperitae  titrant 80° d’alcool éthylique. Une à trois gouttes – jusqu’à six fois par jour. Eté comme hiver. Se glisse aisément sous le pull-over. Laboratoires Super Diet. Pour votre santé, évitez de grignoter entre les repas.

A demain.