Quand l’Agence nationale du médicament ne corrige pas une fort désagréable consonance 

 

Bonjour

Cela pourrait n’être qu’une mauvaise plaisanterie. C’est une alerte officielle de l’ANSM : « Attention aux confusions entre le médicament Lytos (clodronate de sodium tétrahydraté) et le complément alimentaire Lithos (citrate de potassium et de magnésium) » .

On nous explique qu’un risque de confusion entre le médicament Lytos et le complément alimentaire Lithos a été signalé lors de la délivrance de ces produits en pharmacie. Combien de signalements ? Combien d’incidents ou d’accidents ? On ne le saura pas. Reste que deux agences nationales de sécurité (du médicament et de l’alimentation) ont « souhaité alerter les professionnels de santé et les patients sur ce risque d’erreur ». Rappel aux intéressés :

« Le médicament Lytos du laboratoire Riemser Pharma GmbH est un biphosphonate indiqué dans certains cas graves d’hypercalcémie (augmentation du taux de calcium dans le sang) en relais de la forme injectable et dans certaines destructions du tissu osseux accompagnées ou non d’hypercalcémie

« Le complément alimentaire Lithos commercialisé par Biohealth Italia est utilisé en cas de forte perte de liquide liée à une transpiration excessive, une forte diurèse ou une diarrhée. »

Où l’on entend que les prononciations de ces deux produits sont identiques et « leurs écritures » (sic) très proches ; d’où le fait qu’une confusion et des « erreurs médicamenteuses » peuvent aisément survenir.

Situations confuses

Que faire dans une telle situation ? C’est assez simple. Afin de « limiter ce risque » (sic) les deux agences nationales formulent une série de recommandations. Aux prescripteurs : prescrire systématiquement le médicament Lytos en dénomination commune internationale (DCI) en plus de son nom commercial ; pour le complément alimentaire Lithos : ajouter le statut du produit (complément alimentaire), le séparer des médicaments et ajouter (si possible) la mention « à titre de conseil » sur les prescriptions.

Aux pharmaciens : en cas d’écriture peu lisible ou de doute, vérifier auprès du prescripteur le produit prescrit en se faisant préciser son statut et la substance active, et le cas échéant, l’indication ; vérifier qu’il s’agit du produit souhaité, lors de la commande orale ou informatique du produit au grossiste répartiteur, lors de la réception de la commande ainsi que lors de la délivrance aux patients, notamment en vérifiant la substance active du produit prescrit.

Suivent encore des recommandations aux grossistes répartiteurs et aux patients (en cas de doute, interroger son pharmacien ou son médecin). On pourrait aussi imaginer que les responsables des deux agences nationales de sécurité demandent à l’un des deux fabricants de modifier le nom de sa spécialité. Mais ce serait peut-être trop demander

A demain

 

A tout hasard, connaissez-vous le vrai goût de l’acide désoxyribonucléique de Ricard® ?

Bonjour

Soleil estival d’un matin dominical à la terrasse du Celtic. Pour le JDD c’est déjà la rentrée : Jean-Michel Blanquer, ministre macronien de l’Education nationale, nous dit « ce qui va changer ». Et le descendant de Jules Ferry de désigner notre nouvel ennemi : sus à « l’égalitarisme » !

Page 10 du JDD : une interview-fleuve du PDG, depuis deux ans, d’un géant : Alexandre Ricard. L’homme garde la tête froide alors même que George Clooney vient d’agiter le monde des spiritueux : il vient de vendre sa marque de tequila pour un milliard de dollars à Diageo, le « numéro un mondial »…

Orangina, Pampryl et Banga

Il y a vingt ans Alexandre Ricard avait 25 ans. Et Pernod Ricard venait de perdre sa place dans le CAC 40 : le groupe s’était diversifié dans des boissons sans alcool avec Orangina, Pampryl et Banga… Puis le groupe s’est recentré sur les spiritueux. A l’époque c’était audacieux. Mais depuis, tout va mieux. « En dix ans, après avoir investi vingt milliards d’euros en acquisitions, nous sommes passés de sixième à numéro deux mondial » dit Alexandre. Autre confidence :

« Hier le consommateur avait une fidélité absolue à une marque. Si le bar du quartier ou le magasin du coin n’avait plus son Ricard ou son Chivas, il traversait la ville pour en trouver et pouvait même aller plus loin. [On raconte volontiers la même histoire pour Le Monde] Aujourd’hui, le consommateur est toujours fidèle… mais à trois, quatre, cinq et jusqu’à six marques (…). »

Perrier-Jouët®

Que pourraient, sur ce sujet, nous dire les spécialistes affûtés de sociologie-addictologie ? De même, quelle lecture médicale faire de cette autre fine observation ricardienne : « l’apéritif reste, en France, le plus grand moment de consommation avec 60% de la valeur du marché des spiritueux ». Suivie de cette autre confidence :

« Là encore, les habitudes ont évolué entre le verre en terrasse à midi, l’apéro chic au champagne ou le mojito. Il reste une priorité pour nous car c’est l’ADN du groupe. Quand mon grand-père a fondé Ricard en 1932, c’était pour partir à la conquête de l’apéritif. »

Jameson®

On lira la suite, passionnante, des opérations marchandes et planétaires visant à séduire « la génération des 25-35 ans ». « Je souhaite qu’une de nos marques soit présente à chaque moment de consommation » dit Alexandre. La décalque de ce souverain sur l’empire duquel le soleil ne se couchait jamais ? « Si à tous les mariages dans le monde on boit du Perrier-Jouët, elle deviendra de facto la première marque de champagne » dit l’empereur des spiritueux et des bulles. Mais y-a-t-il assez de Perrier-Jouët en caves pour réjouir tous les mariées et tous les mariages du monde ?

Quant à la plus grande satisfaction d’Alexandre, au-delà des ADN anisés, elle vient d’Irlande : Jameson®. Une centaine d’ambassadeurs, jeunes diplômés sont envoyés par Alexandre aux quatre coins de la planète. Mission diplomatique :  séduire et faire boire au plus grand nombre, mariage ou pas, cette gloire à peine tourbée. C’est écrit et chiffré : sur cet empire, le soleil ne se couche jamais.

A demain

 

Alcool et publicité : les canettes de Carlsberg doivent désormais être sobrement habillées

Bonjour

Certaines images incitent-elles à boire ? A fumer ? Quelle est la part de la publicité dans l’incitation à consommer ? Dans l’enkystement addictif ?  Faute de chiffres on en reste souvent à des postulats politiques et associatifs nimbés sans lien vraiment démontrés de causalité. Postuler que le paquet neutre s’opposerait aux puissants réflexes qui font que, quoi qu’il en coûte, on achète du tabac ?

 La chose est sans doute nettement plus perverse avec les affiches incitant à découvrir, par mille et un clins d’œil, les fraîcheurs désinhibantes de la vodka, et autres alcools industriels, distillés ou brassés – sans oublier les célèbres apéritifs anisés de l’été. Heureusement les veilleurs veillent. Ainsi l’ANPAA qui nous informe de l’activité de la Cour de cassation en matière de boissons alcooliques.

La dernière affaire commence lorsque Carlsberg décide de commercialiser « des canettes de bière qui reproduisaient des joueurs de football célèbres ». « Elles faisaient référence au parrainage du championnat anglais par la marque, et renvoyaient à un jeu qui lui-même associait explicitement le football, le championnat anglais et la marque de bière, explique l’Association nationale de prévention en alcoologie et en addictologie. Toutes ces références et renvois ont été censurés dès la première instance, ce qui avait provoqué le retrait des rayons desdites canettes. »

Propagande

Mais la multinationale Carlsberg, sûre de son fait (ou voulant voir jusqu’où elle pouvait aller en France) avait fait appel – puis s’était pourvue en cassation. Au final, dans un arrêt rendu le 5 juillet 2017, la Cour de cassation a confirmé, concernant les boissons alcooliques, que le « packaging » devait respecter les principes posés par la loi Evin en matière de publicité. Pourquoi ? On ne le saura pas véritablement.

« La Cour a été très succincte dans son développement » semble regretter l’ANPAA. Elle a suivi le rapporteur qui préconisait un arrêt non spécialement motivé et indiquait à la Cour : « les mentions figurant sur les canettes et les packs litigieux constituent une opération de parrainage ayant pour objet ou pour effet la propagande ou la publicité directe ou indirecte en faveur des boissons alcooliques, laquelle est interdite par le dernier alinéa de l’article L.3323-4 du Code de la Santé Publique. »

Retrait des produits

 Pour l’association, ces éléments vont dans le sens d’un meilleur encadrement de la promotion des boissons alcooliques au moyen d’opérations de parrainage. L’ANPAA tente d’ailleurs de faire sanctionner la visibilité massive en France de Carlsberg lors de l’Euro 2016 (jugement à venir) ou celle de sa filiale Kronenbourg dans le Festival Rock en Seine. L’association souligne d’autre part que l’arrêt du 5 juillet de la Cour de cassation entre en résonance avec deux décisions judiciaire récentes obtenues en référé avec retrait des produits de la distribution : TGI de Paris – Ordonnance de référé du 18 mai 2017 ANPAA contre Brasserie Bavaria (référence à un jeu concours sur le packaging) ; TGI de Paris – Ordonnance de référé du 20 avril 2017 (Bière 3ème mi-temps du Racing club de Toulon).

Pour l’heure, propagande interdite ou pas, restent les affiches publicitaires incitant le plus grand nombre à découvrir, via mille et un clins d’œil subliminaux ou pas, le large éventail des boissons alcooliques industrielles.

A demain

 

 

 

 

I-Phones : l’étrange et dérangeante publicité du président Macron pour la marque à la pomme

Bonjour

29 juin 2017. La photo officielle du nouveau président de la République française vient d’être publiée via le compte Twitter du Palais. Une photo en majesté.  On peut la découvrir ici. C’est un cliché à haute valeur symptomatique, une mine d’ores et déjà explorée et désacralisée comme nous le révèle Slate.fr : « Le portrait officiel d’Emmanuel Macron: le meilleur placement produit pour Apple ».

« La marque à la pomme ne pouvait pas rêver mieux. Négligemment appuyé contre son bureau, fenêtre ouverte sur le jardin ensoleillé de l’Elysée: Emmanuel Macron ne choisit ni le jardin de l’Elysée comme François Hollande ou Jacques Chirac, ni la bibliothèque à la manière de Nicolas Sarkozy ou François Mitterrand. Ce n’est pas la présence du drapeau européen qui choque sur cette photo –Nicolas Sarkozy avait lui même posé avec en 2007–, ni même le faible nombre de livres –on en aperçoit deux à sa gauche, et un ouvert à sa droite.

« La photo tout juste sortie est pourtant déjà historique car, à la droite d’Emmanuel Macron, ce sont bien ses deux iPhones qui sont posés sur le bureau. Des smartphones qui ne sont pas là par hasard, puisqu’une vidéo postée par sa responsable de communication Sibeth Ndiaye le montre en train de les disposer méticuleusement pour la photo. On y voit même le reflet du coq, l’emblème français. »

Le Parisien rappelait en janvier dernier que Bruno Le Roux (aujourd’hui oublié) affirmait en 2015 qu’Emmanuel Macron ne se séparait « jamais de ses deux iPhone. Il envoie des SMS très tard et très tôt ! ».

Stendhal, Gide et De Gaulle

Dans le documentaire sur la campagne du candidat En Marche! réalisé par Yann L’Hénoret, on voyait régulièrement le candidat les yeux sur ses téléphones. Comme le montre cette photo de  Soazig de la Moissonière photographe de la Présidence, que Slate.fr avait  publiée au lendemain de son élection.

« Un sacré coup de pub pour Apple, dont Macron avait visité le siège à Cupertino en janvier 2016, ajoute Slate.fr. D’autant que c’est la première fois qu’il y a un outil technologique sur une photo présidentielle, les internautes n’ont pas manqué de le remarquer. Et cela tombe vraiment bien pour Apple qui fête les dix ans de son produit phare aujourd’hui, le tout premier iPhone a été vendu le 29 juin 2007. »

Jehan Fouquet

Quant aux livres, les autres stars papier, le palais de l’Elysée en a communiqué les titres à un journaliste de ReutersLes Mémoires du Général de GaulleLe Rouge et le Noir de Stendhal et Les Nourritures terrestres d’André Gide. Naturel ? Pas vraiment. La photo a demandé trois jours de retouche, précise un journaliste du Figaro qui a pris le temps d’analyser les métadonnées du cliché officiel.

Bien d’autres éléments passionneront les citoyens curieux des asymétries d’un visage ou, à l’inverse, du port des bagues et de la présence des hampes. Sans oublier l’Horloge dont le locataire des lieux entend, on le sait, être le maître. Le tout sous un ciel de France d’un bleu trop délavé pour faire raisonnablement songer à l’immense Jehan Fouquet.

A demain

Vérité post-politique : Le Guen, Natacha Polony et le grand mercato de Roselyne Bachelot

Bonjour

Il y a une vie après la politique socialiste. Ainsi le Dr Jean-Marie Le Guen, 64 ans. Hier secrétaire d’État chargé du Développement et de la Francophonie, avant-hier Premier secrétaire du Mouvement de la Jeunesse Socialiste, membre fondateur de l’Unef-ID, vice-président de la Mutuelle nationale des étudiants de France. Ancien député au long cours ; toujours Conseiller de Paris.

A présidé le Conseil d’administration (juin 2008 – juin 2010)  puis le Conseil de surveillance (juin 2012-mai 2014) de l’AP-HP. Déjà recyclé chez Siaci Saint-Honoré, le premier courtier en assurance indépendant français. Il y occupe les fonctions de « conseiller du président ». Siaci Saint-Honoré, « une vision, des valeurs partagées ». Personne ne parle de conflits d’intérêts.

1400 euros par émission

La vie n’est pas toujours simple après la chronique politique. Ainsi Natacha Polony, 42 ans. Titulaire d’un DEA de poésie contemporaine, agrégée de lettres modernes, ancienne secrétaire nationale du Mouvement des citoyens, puis membre du bureau du Pôle républicain de Jean-Pierre Chevènement, chargée du droit des femmes. En 2002, candidate aux législatives dans la 9e circonscription de Paris (2,24 % des suffrages exprimés).

Puis journaliste à l’hebdomadaire Marianne, au Figaro, invitée dans l’émission Ce soir (ou jamais !), chroniqueuse sur France Ô. Chroniqueuse sur Europe 1. Engagée comme chroniqueuse dans l’émission On n’est pas couché présentée sur France 2. Confie au Nouvel Observateur qu’elle perçoit 1 400 euros par émission – ne participera pas à une quatrième saison.

« Talk d’actu »

« Après Paris Première, c’est au tour d’Europe 1 d’évincer la journaliste, vient de faire savoir puremedia.com. Depuis 2012, elle était en charge de la revue de presse dans la matinale de Thomas Sotto, mais également co-animatrice tous les samedis de l’émission Médiapolis avec Oliver Duhamel. Elle a reçu une lettre mettant un terme à tous ses contrats avec son employeur. ‘’Je suis surprise d’avoir reçu ce courrier. Je m’explique difficilement cette décision, affirme la journaliste. Pour l’instant, je suis donc sans rien. Je cherche du travail’’. a-t-elle confié au site média. Elle serait toutefois en discussion avec la chaîne C8 ainsi que Thierry Ardisson pour rejoindre sa bande du dimanche. »

Il y a une vie après un poste de ministre. Mais quelle vie ? Roselyne Bachelot , 70 ans. Reconvertie dans les médias depuis 2012 (D8, RTL, France 2 etc.) Elle « animait 100% Bachelot » sur  RMC. C’est fini, nous dit Le Point. Elle va rejoindre LCI à la rentrée. Avec Julien Arnaud ex-journaliste d’iTélé passé l’an dernier sur LCI, Roselyne présentera « un grand talk d’actu au sein de la tranche 10-12 heures du lundi au vendredi ». « Sa personnalité et sa liberté de ton vont renforcer LCI dans sa position de chaîne de débat d’idées », fait valoir Thierry Thuillier, directeur général de la chaîne. C’est mot pour mot (ou presque) ce que disait RMC avant de s’en séparer.

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Hôpital américain de Neuilly : le médecin des stars qui a (aussi) soigné le colonel Kadhafi

Bonjour

Il est des médecins qui, plus que d’autres, ont aisément accès aux médias généralistes. Ainsi le Dr Philippe Siou. Il avait fait récemment parler de lui dans une affaire emberlificotée concernant Michel Polnareff. On le retrouve aujourd’hui dans le Journal du Dimanche, rayon « Plaisirs People ». Promotion de son dernier opus : « Nouvelles Frontières de la longévité » (Editions Léo Scheer, 18 euros). A retrouver bientôt sur les étals entre les Dr Cymes Michel et Saldmann Frédéric.

Dr Siou ? « Après avoir passé l’internat en médecine, il s’est consacré à la psychiatrie, nous raconte son éditeur.  Puis, après onze ans d’études supérieures, il est retourné à la médecine au sein de l’Hôpital américain de Paris où il a effectué toute sa carrière.  Il est également Représentant permanent auprès de l’Office des Nations unies, à Genève, et de l’Organisation mondiale de la santé, où il défend la cause d’un pays émergent du Pacifique Sud, le Vanuatu. »

Ornières 

« Inconnu ou presque du grand public, 65 ans, il reçoit les personnalités du monde entier -artistes, politiques mais aussi tyrans (sic) – dans le très chic hôpital américain de Neuilly-sur-Seine » précise le JDD. Trois lignes sur la longévité et on revient aux étoiles soignées. Du moins celles du passé, comme Rock Hudson et Michael Jackson. Et Mouamar Khadafi (1942-2011). Cela donne ceci :

« Il arrive qu’un médecin se retrouve en toute connaissance de cause face à un assassin. Je ne m’interdirai pas de soigner un tyran s’il est malade. C’est peut-être ce qui fait ma différence avec lui… Je ne sais pas si j’ai raison ou si j’ai tort, ni si mes pairs me soutiendront, mais je considère qu’un médecin doit soigner tout le monde (…) C’est ainsi que je vois mon métier : tendre la main à celui qui est dans l’ornière. »

Question: peut-on, depuis le très chic Hôpital américain, aisément tendre la main ?

A demain

 

Quand Agnès Buzin disait la vérité vraie dans L’Humanité (lobbies, alcools et publicité)

 

Bonjour

Toujours relire ses classiques. Le 1er décembre 2015 Agnès Buzyn, future ministre de la Santé (et des Solidarités) accordait un long entretien à L’Humanité (Alexandre Fache). La présidente de l’Institut National du Cancer s’insurgeait alors contre le « détricotage de la loi Evin » : l’élargissement de la publicité pour l’alcool que les députés (majorité socialiste) venaient (officiellement contre l’avis du gouvernement) d’intégrer à la « loi de santé » alors portée par la socialiste Marisol Touraine.

Il faut relire aujourd’hui ce que la future ministre (sociale-démocrate) déclarait au quotidien (communiste). Une lecture d’autant plus nécessaire que le nouveau président de la République n’a nullement caché, durant la campagne, son intérêt marque pour les vins français de grande qualité :  « Alcool et santé publique : Emmanuel Macron a sacrifié au rite bachique et républicain ». Agnès Buzin, réagissant à « l’assouplissement de la loi Evin » :

« C’est un échec grave pour la santé publique et une victoire des lobbies. Clairement, les industriels ont gagné cette bataille sur le front parlementaire, mais cela ne doit pas faire oublier combien l’alcool, consommé avec excès, peut être dangereux pour la santé. D’autant que la publicité dans ce domaine est redoutablement efficace : plus de pub, c’est une consommation qui va s’accroître, avec les conséquences que l’on sait. Or, la consommation moyenne des plus de 18 ans est déjà très haute en France, de l’ordre de trois verres d’alcool par jour.

Résister « en terrasse »

Nous étions alors peu après les attentats de Paris du 13 novembre.  « Après les attentats, de nombreuses voix ont appelé à résister ‘’en terrasse’’, un verre à la main, observe L’Humanité. Est-ce plus difficile, dans ce contexte, de faire passer un message de prévention sur l’alcool ? »

« Non, parce que nous ne prônons pas l’abstinence, mais la raison. On n’a jamais dit qu’il ne fallait plus boire d’alcool en France. Quand, après les attentats, s’est fait sentir un besoin de réaffirmer notre culture, on ne s’est pas opposé à ce message. Ce que nous tentons de combattre, c’est l’excès d’alcool, ou la consommation quotidienne d’alcool, qui concernent beaucoup de Français et augmentent significativement les risques pour la santé. »

L’Humanité lui demande encore en quoi, précisément, le détricotage publicitaire de la loi Evin pose un problème de santé publique.

« La publicité est déjà très largement ouverte aux alcooliers et les limitations actuelles imposées par la loi Evin sont extrêmement réduites. Cet assouplissement fait tomber les dernières barrières et permettra demain le sponsoring d’émissions de télé par exemple. Or, encore une fois, des études ont montré que chaque euro dépensé en publicité par les alcooliers – et ils en dépensent déjà 460 millions d’euros par an ! – augmente automatiquement la consommation d’alcool : +1% des pubs sur l’alcool, c’est +0,15% de la consommation. C’est d’ailleurs l’objectif de ces publicité s: créer un besoin, qui va accroître la consommation. »

Tourisme et grands alcooliers

Défendre les terroirs viticoles, les vins qui en sont issus et les vignerons qui les élaborent ?

« Franchement, il suffit d’ouvrir n’importe quel hebdomadaire ou supplément dédié à l’alcool, aux terroirs, au tourisme œnologique, pour s’apercevoir que la communication sur ces sujets n’est absolument pas bridée 1 Du moment qu’elles ne font pas l’apologie de la consommation mais qu’elles parlent du goût, de l’odeur, des savoir-faire, ces publicités sont déjà admises. Non, vraiment, on ne peut pas dire que les viticulteurs français soient en peine de communiquer sur leur métier et leurs produits.

« D’ailleurs, cet assouplissement de la loi Evin ne leur profitera pas à eux en premier, mais sans doute plus aux grands alcooliers internationaux, qui ont des moyens bien supérieurs pour investir dans la publicité. C’est donc la consommation de tous les alcools qui augmenterait avec cet assouplissement. On nous parle de relancer l’économie. Mais 500.000 morts en douze ans, plus les malades, les prises en charge, les médicaments, cela ne va pas faire faire des économies à la Sécurité sociale, ça c’est sûr ! »

Agnès Buzyn est aujourd’hui ministre des Solidarités et de la Santé. A ce titre elle a le pouvoir et le devoir d’agir sur la publicité et les comptes de la Sécurité sociale. Va-t-elle décider de retricoter la loi Evin ? L’Humanité lui demandait, le 1er décembre 2015 si l’activisme des lobbies (qui trouvent des oreilles très attentives au Parlement ou à Bercy) était selon elle une fatalité.

« Si je pensais qu’il s’agissait d’une fatalité, j’aurais arrêté de me battre. Mais ce n’est pas le cas. »

Dont acte. Sera-t-elle la ministre de la réduction des risques ?

A demain

1 Dans son édition datée du 23 mai Le Monde publie, dans un « supplément vins », un entretien avec « l’écrivain-dandy » Frédéric Beigbeder. On l’interroge notamment sur ses flacons. Il répond : « Beaucoup de mes vins datent de 1999, l’année de naissance de ma fille. Pour l’instant, elle préfère le mojito. J’ai commencé comme ça aussi. Avec des cocktails. J’ai bu des trucs dégoûtants : du Malibu-ananas, de la vodka-orange, du whisky-Coca… De fil en aiguille, je suis allé vers le vin, mais je ne peux pas dire quel a été le -déclic. Le vin n’existe pas dans les boîtes de nuit ! Tu ne peux pas commander un Pontet-Canet au Montana. »

On l’interroge aussi sur le genre du vin : « J’ai remarqué que les femmes que j’ai connues aiment bien le champagne, alors que j’aime les alcools forts. Mais, avec ma femme, Lara, c’est agréable, on boit en couple – rires – Elle aime le vin. C’est elle qui décide. Au début, elle préférait le blanc de Bourgogne et elle vient progressivement au rouge. »

Boit-il chaque jour ? « Oui, je crois : que ce soit au restaurant ou chez moi, j’ouvre une bouteille. Comme dans tous mes livres, où je parle de vin. Je n’aime pas le baratin autour, mais c’est le mode de vie autour du vin que j’aime. C’est un carburant à conversation. Après, pour séduire, il vaut mieux des alcools blancs que du vin rouge. C’est pour cela que toutes les femmes russes sont si belles. »