Le spritz de Campari : comment faire un succès alcoolisé à partir d’une tache d’huile d’Italie ?

Bonjour

Loi Evin ou pas, avez-vous observé le nombre des publicités agressives réclamant de consommer au plus vite des boissons alcooliques anisées d’origine industrielle ? C’est là une convergence publicitaire qui fait suite à celle incitant à la consommation intensive de bières durant la Coupe du monde de football. Autre sujet d’actualité, dans l’ombre du mojito, le « spritz », raconté par l’AFP et repris dans les pages d’été de nombre de quotidiens.

Prosecco, de l’eau de Seltz et association alcoolisée plus ou moins amère : Campari (Spritz bitter) ou Aperol,(Spritz dolce ou Aperol Spritz). Sans oublier une rondelle de citron, d’orange ou d’orange sanguine ainsi – le cas échéant – qu’une olive.

A chaque marque il faut une histoire. Elle commencerait, ici, à l’occupation autrichienne dans le nord-est de l’Italie, au XIXe siècle. Quand un vin n’était pas très bon (ou qu’il faisait chaud) les soldats, dit-on, l’allongeaient avec de l’eau pétillante. Puis vient l’Aperol® , en 1919, à Padoue : alcool, oranges amères, gentiane et rhubarbe remplacent le vin : l’ancêtre du Spritz est né. Puis, en 2003, le puissant groupe milanais Campari s’empare de la marque Aperol®, alors inconnue en dehors du nord-est de l’Italie.

« Quand nous l’avons achetée, cette marque vendait quelques millions de litres dans trois villes du nord-est de l’Italie : Venise, Padoue et Trévise, où en moyenne chaque habitant buvait cinq spritz par jour », explique Bob Kunze-Concewitz, le patron de Campari – qui compte dans son large portefeuille de spiritueux la marque du même nom, mais aussi des vodkas ou des whiskys.

« ‘’Nous nous sommes rendu compte de son vrai potentiel et nous avons conçu grâce à l’Italie, notre laboratoire, un modèle de développement très précis’’. A chaque fois, le groupe entre dans un quartier d’une ville (choisie pour son potentiel) et collabore avec deux ou trois bars, en offrant une formation intense aux barmen et des événements pour faire déguster le breuvage. Petit à petit, selon une ‘’stratégie de tache d’huile’’, le spritz séduit des consommateurs. »

Puis Campari s’est ensuite attaqué à l’immense secteur international de la grande distribution. « Le groupe a mis le paquet sur la publicité pour casser cette image de boisson juste pour la période estivale. Ensuite, les internautes ont pris le relais. Sur les réseaux sociaux, #Spritz compte plus d’un million de publications Instagram, rapporte l’AFP. Aperol est désormais la marque la plus importante du groupe (13 % des ventes). Elle a connu une croissance de 19,5 % en 2017, avec des hausses de 27 % en France ou 51 % aux États-Unis, et même supérieure à 100 % dans de nouveaux marchés comme la Russie, le Mexique ou le Brésil. Au premier semestre 2018, les ventes ont encore progressé de 24,7 %. Aperol vise une croissance encore à deux chiffres dans les prochaines années. »

Face à Instagram et à la « stratégie de la tache d’huile » que reste-t-il, aujourd’hui, de la loi Evin ?

A demain

Homosexualité : en Suisse un médecin français estime pouvoir la traiter par homéopathie 

Bonjour

L’étrange est aussi à nos frontières. Aujourd’hui dans la cité de Calvin, à la Une du quotidien Le Courrier (Rachad Armanios): « ‘’Remèdes contre l’homosexualité’’ : Le chef de la Santé à Genève, choqué par les propos d’un médecin sur l’homosexualité, a saisi la commission de surveillance des professions de la santé et des droits des patients.

Où l’on apprend que les autorités suisses ont, mercredi 15 août, ouvert une enquête concernant un médecin français – un docteur en médecine qui qualifie l’homosexualité  de « symptôme » pouvant faire l’objet d’un traitement homéopathique.

Ce médecin généraliste et naturopathe exerce depuis 2004 à Genève et Lausanne. Il a également créé un télé-enseignement payant sur Internet consacré aux « médecines alternatives ». Sur son site :

« Jean-Yves HENRY est un médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Il développe depuis 1988 des bases de données biologiques et des systèmes-experts d’aide au diagnostic et au choix thérapeutique 

« Installé en Suisse, il coordonne l’enseignement de la FFMI ( www.medecine-integree.com ). Publication d’une dizaine d’ouvrages médicaux, dont : une « Matière Médicale diathésique » et un « Répertoire de Médecine intégrée », qui organisent la pathologie et la thérapeutique, mettant en lumière sur les liens existants entre l’homéopathie, la MTC, la psychologie et la biologie sérique. » 

Conseiller d’Etat du canton de Genève, et alerté via les réseaux sociaux, Mauro Poggia, a demandé l’ouverture d’une enquête. Il estime que le fait que le médecin semble penser que l’homosexualité soit une maladie à guérir est « un élément suffisant pour ouvrir une enquête ». Pour sa part le président de l’Association des médecins genevois, Michel Matter, cité par la RTS, parle de « charlatanisme »Des associations de personnes homosexuelles envisagent pour leur part de saisir la justice.

Joint par téléphone par la télévision publique RTS, le Dr Jean-Yves Henry (né en 1947 et diplômé de l’université de Bordeaux) affirme ne pas comprendre l’effervescence provoquée par son article publié en 2009 sur son site.

Choix de vie « respectable »

Sur son site, le médecin écrit que « l’homosexualité n’est pas une pathologie, mais un symptôme particulier (choix de vie respectable) de patients “border-line” ». Et ajoute:

« Il se trouve que la Matière médicale homéopathique comporte des remèdes présentant ce symptôme (attirance pour une personne d’un même sexe) … parmi beaucoup d’autres.

« Garçons : Argentum nitricum … Don Juanisme (n’a pas pu choisir son sexe !), multiplication des expériences amoureuses par peur de rater quelque chose (et donc infidélité chronique ++) ; Pulsatilla (si) …  immaturité et demande de dépendance : « aimes-moi deux fois moi, puisque moi et l’autre c’est pareil …» ; Platina (au) … problématique de séduction et de domination, NB. si travesti  (cf. les “drag queens”) : aspect hystérique surajouté.

« Filles : Lachesis (ge) … dominatrice et jalouse, revanches à prendre ; Sepia (mg) … par difficulté à « rencontrer » l’altérité et à accepter sa féminité. Souvent dans un parcours de “non-détachement paternel” = sorte d’Amazone au “Sur-moi” très fort, qui ne vit que dans un auto-contrôle strict ; Natrum muriaticum … situation de deuil et mélancolie –> régression : patiente anxieuse, agitée, déteste qu’on la touche. Dysmorphophobie (cellulite ++), désir de “faire comme les autres filles“, mais ne peut pas se décider. »

Réfléchir/Rembourser

Dans une note en bas de la page, le Dr Henry apporte quelques précisions :

« Ce bref article professionnel spécialisé à  ‘’bénéficié’’ d’un traitement médiatique particulier de la part d’une journaliste de la revue « Au féminin », rapidement relayé par certains média qui a fait bondir la fréquentation de notre site ! Le médecin qui guéri l’homosexualité avec l’homéopathie” ! Ce titre accrocheur, destiné à faire le buz sur la toile, est bien éloigné de la réalité.

Nous regrettons bien sûr que cette personne ne nous ai pas d’abord contacté pour se faire expliquer l’approche particulière que constituait l’homéopathie : le symptôme « homosexualité » n’étant pour ces praticiens qu’un des 64 000 symptômes des bases de données sur lesquelles nous travaillons quotidiennement.

Cet article, vieux de dix ans qui n’avait jamais fait polémique au niveau professionnel, était avant tout destiné à faire réfléchir nos étudiants aux rapports entre les remèdes de la matière médicale et les symptômes comportementaux. L’homéopathe attentif recoupera ce symptôme avec d’autres présentés par le patient, dans le but de trouver le remède susceptible de corriger les régulations défaillantes de tous ordres qui peuvent être motifs de consultation (maux de tête, troubles digestifs, etc …). »

L’étrange ? En France la question est de savoir si les prescriptions homéopathiques doivent, ou non, être prise en charge par l’assurance maladie. C’est une très vieille question politique à laquelle n’a toujours pas répondu l’actuelle ministre Agnès Buzyn.

A demain

 

Comment rendre « hideuse » et « stupide » une campagne de promotion du préservatif

Bonjour

C’est une affaire édifiante. Elle est détaillée sur franceinfo et reprise par Le Point. Où l’on découvre une campagne publicitaire du ministère de la Santé accusée de culpabiliser les jeunes au lieu de les sensibiliser à l’usage du préservatif masculin. Une campagne lancée sous l’égide de Santé Publique France après la publication des derniers chiffres montrant une augmentation de la prévalence des infections sexuellement transmissibles.

« Santé publique France lance,  jusqu’au 18 août, une ‘’campagne digitale’’ campagne est diffusée depuis trois semaines sur Instagram et Snapchat pour ‘’promouvoir l’utilisation du préservatif auprès des jeunes’’ » écrivions-nous en juillet tout en ne cachant pas un certain étonnement devant la forme de l’exposé des motifs :

« En phase avec leurs codes, cette campagne repose sur le concept du « life hacking », des astuces et des techniques que l’on partage pour faciliter le quotidien, qui sont très répandues sur Internet et très prisées des jeunes. La campagne met en scène de manière ludique le préservatif en démontrant ses qualités intrinsèques (résistance, imperméabilité…). Le but est de faire de lui l’accessoire indispensable du quotidien.

« La campagne se décline sous forme de vidéos dans lesquelles les jeunes pourront découvrir en quelles circonstances, autre que l’acte sexuel, le préservatif peut s’avérer utile comme par exemple : allumer un feu, maintenir ses objets aqua phobiques au sec, faire bouillir de l’eau… Et sous forme de posts créatifs relayant en mode ‘’survie’’ des messages informatifs sur le préservatif et les infections sexuellement transmissibles. Ces « Life cards » seront postées sur Instagram et Facebook pendant l’été dans l’objectif de faire réagir les jeunes. »

« Dépanner un pote »

Sans oublier l’intitulé du site conçu sous l’égide de l’agence ministérielle Santé publique France : On SexPrime (sic). Un visuel « hideux » et « stupide » accusentses détracteurs. Ce site expose sept bonnes raisons de « garder un préservatif sur soi ». Comme « éviter de faire la queue à la pharmacie pour acheter un test de grossesse ». Ou « dépanner un pote qui va conclure ». Et parmi ces raisons déclinées sur le mode « humoristique » (sic), l’une d’entre elles, relayée mardi 7 août par le compte officiel du ministère de la Santé, suscite indignation et colère chez plusieurs internautes.
▶️ Découvres ses autres usages avec @OnSexprime : https://t.co/Ojc4gkpriP pic.twitter.com/ZuF8Ipkyna

— Ministère des Solidarités et de la Santé (@MinSoliSante) 7 août 2018

Le visuel explique notamment qu’avoir un préservatif sur soi « évitera d’annoncer à l’infirmière/le médecin que tu as eu un rapport non protégé ». Sous le tweet du ministère de la Santé, de nombreux internautes accusent cette campagne de culpabiliser les personnes qui auraient eu un rapport sexuel non protégé. « Si on vous suit, il est honteux pour une personne de se rendre aux urgences afin de demander un TPE (Prophylaxie d’urgence), ou un simple dépistage », critique un internaute.

« Les professionnels de santé ne sont pas là pour juger les gens qui prennent un Traitement Post-Exposition et/ou la pilule du lendemain. Et si certains le font, c’est anormal », tweete une autre. — Negative Aggie (@Myo_Globine) 7 août 2018

Question de genre

Qui, précisément, est à l’origine de cette campagne ? Combien a-t-elle coûté et la ministre des Solidarités et de la Santé a-t-elle donné son aval ? Joint par franceinfo, Nathalie Lydié, responsable de l’unité Santé sexuelle à Santé publique France s’explique :

« Il s’agit d’une campagne de promotion du préservatif qui utilise l’humour et les codes des réseaux sociaux des adolescents. Il est difficile pour les adolescents de parler de sexualité avec des adultes en général, y compris les professionnels de santé aussi bienveillants et accueillants soient-ils. C’est ce point de vue des adolescents que la campagne adopte à travers sept messages différents.»

Pour autant se disant «sensible à la question de la représentation des rôles de genre» Santé Publique France annonce néanmoins qu’elle va « revoir la formulation de la carte n°3 ». Ce visuel a en effet également été critiqué pour avoir mentionné « l’infirmière » au féminin et « le médecin » au masculin. Ce qu’elles.ils ne sont pas toujours.

Où l’on observe, une nouvelle fois, à quel point l’humour est, concernant la santé et la sexualité, un concept qui ne se manie pas sans danger.

A demain

La vaporisation du cannabis électronique est-elle une contrefaçon de la cigarette du même nom ?

Bonjour

Chauffer vaut-il mieux que brûler ? Dans une France caniculée c’est une information du Parisien (Aurélien Viers et Elsa Mari) – reprise non sans gourmandise par le site des buralistes : « Cannabis : le vaporisateur à herbe arrive en France ». Où l’on apprend que l’on peut se procurer (sur Internet mais aussi « dans quelques magasins de cigarettes électroniques ») des vaporisateurs électroniques portables – des instruments qui chauffent l’herbe de cannabis jusqu’à 190 °C, pour en dégager de la vapeur.

« On aspire ainsi uniquement les principes actifs de la plante » explique-t-on au lecteur – tout en rappelant que cette aspiration est illégale en France. Ce serait là une autre forme de réduction des risques sur laquelle les cerveaux de l’Inserm ne se sont pas encore penchés. Grimhild (le prénom a peut-être été changé) dans son magasin « vap’» du XIe arrondissement de Paris :

« Aujourd’hui, les gens veulent inhaler propre et manger sain. Beaucoup veulent l’adopter et abandonner la cigarette électronique, qu’ils trouvent trop toxique. Sur Internet et dans notre boutique, on en vend jusqu’à 5 à 10 par jour ».

Dans le creux de la main

Certains de ces ressemblent à s’y méprendre à des cigarettes électroniques, d’autres tiennent dans le creux de la main. Les prix varient de 75 à 300 €. « On ne peut pas parler de boom, comme avec la cigarette électronique, mais d’une tendance », assure Nicolas Atlan, de la boutique « Docteur Vaporisateur ».

Qu’en dit la faculté ? Le Parisien a interrogé le Dr Amine Benyamina, addictologue à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif. Il  confirme que si on ne peut pas se passer d’herbe, la vaporisation se révèle « moins nocive » :

« Tous les produits issus de la combustion sont à éviter. Avec ce procédé, on évite le tabac, qui contient plus de 4 000 substances, la plupart toxiques. Ils ont raison de l’utiliser. Cette technique est même indiquée dans le cas de chanvre thérapeutique ».

 Un chanvre thérapeutique qui, en dépit des annonces faites sur le sujet par la ministre Agnès Buzyn, est toujours inaccessible en France.

A demain

 

 

 

Consommer de l’alcool augmente le risque de démence. Ne pas en consommer également

Bonjour

C’est un communiqué que vient de publier le service de presse de l’Inserm. Un communiqué dont l’ambiguïté  fait qu’il vaut d’être lu :

« Les conclusions d’une nouvelle étude coordonnée par l’Inserm montrent que la consommation excessive d’alcool à long terme est associée à une augmentation du risque de démence. Les résultats suggèrent également un sur-risque parmi les abstinents, même si les mécanismes sousjacents dans chacun des deux groupes sont vraisemblablement différents. »

Comment comprendre ? Il faudra, pour cela, lire l’étude franco-britannique qui vient d’être publiée dans The British Medical Journal 1 . On y apprend que chez les gros consommateurs, les cas d’hospitalisation pour maladie chronique liée à l’alcool ont été associés à un risque de démence quatre fois plus élevé ; et que chez les abstinents, ce risque n’est qu’1,5 fois plus grand. L’affaire est d’importance :

« Avec le vieillissement de la population, le nombre de personnes atteintes de démence devrait normalement tripler d’ici 2050 et tous les facteurs de risque ne sont pas encore identifiés. C’est pourquoi une équipe de chercheurs de l’Inserm basés en France et au Royaume-Uni a entrepris d’étudier l’association entre la consommation d’alcool dans la force de l’âge (entre 40 et 60 ans) et le risque de développer une démence dans les 23 années qui ont suivi. Ils ont aussi examiné si les maladies cardiométaboliques (groupe de pathologies incluant l’accident vasculaire cérébral, les coronaropathies et le diabète) avaient un quelconque effet sur cette association. »

Pour le dire autrement cette étude conclut que les personnes qui « s’abstiennent de boire de l’alcool » ou celles qui « consomment plus de 14 unités d’alcool par semaine entre quarante et soixante ans » présentent un risque accru de développer une démence en vieillissant.

Ces résultats sont issus des données obtenues auprès des dossiers de 9 087 fonctionnaires britanniques âgés de 35 à 55 ans en 1985 (étude Whitehall II).  À intervalle régulier entre 1985 et 1993, les participants volontaires (moyenne d’âge 50 ans) ont fait l’objet d’une évaluation de leur consommation d’alcool et de leur dépendance à l’alcool.

De la cause et de ses effets

« Après avoir pris en compte les données socio-démographiques, le mode de vie et les facteurs associés à la santé qui auraient pu affecter les résultats, les chercheurs ont découvert que l’abstention ou la consommation de plus de 14 unités d’alcool (112g d’alcool) par semaine étaient associées à un risque supérieur de démence par rapport à la consommation de 1 à 14 unités d’alcool par semaine, résume l’Inserm. Parmi les personnes consommant plus de 14 unités d’alcool par semaine, chaque augmentation de 7 unités d’alcool par semaine consommée était associée à une hausse de 17 % du risque de démence. Les cas d’hospitalisation pour maladie chronique liée à l’alcool ont quant à eux été associés à un risque de démence quatre fois plus élevé. »

Qu’en conclure ? « Si ces résultats montrent que l’abstention et la consommation excessive d’alcool sont associées à un risque accru de démence, les chercheurs s’accordent à dire que les mécanismes sous-jacents dans chacun des deux groupes sont vraisemblablement différents, postule l’Inserm. Séverine Sabia, chercheuse à l’Inserm et principale auteur de ces travaux :

« Ces résultats obtenus  renforcent les données selon lesquelles une consommation excessive d’alcool est un facteur de risque de démence, et que ces résultats incitent à préconiser des seuils plus bas de consommation pour favoriser un meilleur vieillissement cognitif. En aucun cas, les résultats observés chez les abstinents ne doivent encourager les personnes ne buvant pas à commencer à boire de l’alcool (…) ».

Et l’Inserm d’ajouter : « Cette étude est une étude d’observation, il n’est donc pas possible de tirer des conclusions définitives sur une relation de cause à effet ».

Question : fallait-il, sans plus de précautions, en ainsi faire la publicité ?

A demain

1 “Alcohol consumption and risk of dementia: 23 year follow-up of Whitehall II cohort study” Séverine Sabia, Aurore Fayosse, Julien Dumurgier, Aline Dugravot, Tasnime Akbaraly, Annie Britton, Mika Kivimäki, Archana Singh-Manoux.

The British Medical Journal : http://www.bmj.com/content/362/bmj.k2927

Troll et « fausses nouvelles » : comment contrer le militantisme anti-vaccinal de Facebook ?

Bonjour

C’est un euphémisme glané sur Slate.fr : « Facebook ne fait rien pour limiter la diffusion de la propagande anti-vaccin » (repéré par Claire Levenson).

« Si vous faites une recherche pour le mot «vaccin» ou «vaccination» sur Facebook aux États-Unis, la plupart des groupes en première position dans les résultats sont anti-vaccins. On trouve sur ces pages des informations erronées sur la dangerosité des vaccins, y compris l’idée qu’il ne faut pas faire confiance aux médecins sur cette question car ils n’en savent pas assez. »

 Où l’on apprend que des pages comme The Truth About Vaccines (La Vérité sur les Vaccins) ou Stop Mandatory Vaccination (Stop à la Vaccination Obligatoire) ont plus de 100.000 followers et expliquent que les enfants non vaccinés sont en meilleure santé que ceux qui ont été vaccinés.

« Un journaliste du Daily Beast a demandé à Facebook pourquoi il était si facile de tomber sur des groupes anti-vaccins dans les recherches et pourquoi rien n’était fait pour limiter la diffusion de ces idées, mais la direction du réseau social a refusé de commenter cette question » rapporte Slate.fr.

Le temps des cliques

 « En 2017, deux chercheurs australiens ont montré à quel point Facebook était essentiel à la diffusion du message anti-vaccin. Le réseau social permet en effet de connecter très rapidement des gens qui ont les mêmes préjugés sur la vaccination, alors qu’il serait beaucoup plus difficile pour eux de se retrouver sans Facebook.

Les utilisateurs se regroupent en cliques, autour de thématiques comme la défiance des médias et des autorités publiques, et leurs membres partagent leurs connexions avec les autres, ce qui accélère la propagation des idées. »

 Et Slate.fr de rappeler que diffusion d’informations erronées sur la dangerosité des vaccins a des conséquences bien réelles: il existe désormais aux États-Unis des zones de résistance croissante à la vaccination, notamment à Portland, Detroit et Houston.

Où l’on en vient, au-delà de Facebook et des Etats-Unis, à soulever la question de la riposte. Le pouvoir exécutif, les autorités sanitaires, doivent-ils user des multiples canaux des « réseaux sociaux » pour contrer la diffusion d’informations « erronées » quand il ne s’agit pas de véritables opérations mensongères ?

User des mêmes armes que la partie adverse ? Relire L’Art de la Guerre ? Qui, aujourd’hui, s’intéresse à ce grand sujet de santé publique ? Qui calcule le rapport entre les éventuels risques et les possibles bénéfices ?

A demain

Troll : après le Royaume Uni, quand Philip Morris proposera-t-il d’aider notre Assurance maladie ?

Bonjour

Paradoxe : les industriels du tabagisme ne manquent vraiment pas d’air. On a peine à y croire et pourtant. C’est une information de The Independant reprise par Slate.fr : « Philip Morris trolle la sécurité sociale britannique ». Le géant mondial du tabac vient de s’adresser au secrétaire d’État à la SantéMatthew Hancock et aux responsables du National Health Service (NHS) : il propose son aide dans la lutte contre le tabagisme en faisant la promotion de son IQOS, un système de tabac « chauffé »  présenté comme étant à « moindre nocivité » par rapport au tabac « brûlé ». Une affirmation contestée au Royaume-Uni mais qui laisse les responsables sanitaires français sans voix.

Mark MacGregor, directeur des affaires générales de Philip Morris au Royaume-Uni et en Irlande s’adresse ainsi à ses correspondants :

«Pour fêter le soixante-dixième anniversaire du NHS, nous sommes ravis de vous proposer nos services afin d’aider les 73.000 fumeurs de votre institution à arrêter. Ce serait une campagne collaborative: vous fourniriez les conseils nécessaires pour arrêter d’être dépendant à la nicotine et pour ceux qui n’arriveraient pas à arrêter nous les aiderions à passer à un produit alternatif sans-fumée.»

Philip Morris (dont le siège opérationnel est à Lausanne) affirme que cette initiative est « totalement en accord » avec les règles de l’OMS. « Nous sommes convaincus que nous pouvons jouer un rôle essentiel afin de prodiguer des conseils et de permettre aux fumeurs de se tourner vers des alternatives comme les cigarettes électroniques ou le tabac chauffé». Pour sa part la sous-secrétaire d’État à la Santé, Steve Brine, a notamment affirmé, lors d’un débat à la Chambre des communes que l’action de Philip Morris était « totalement inappropriée et contre le protocole de l’OMS ». Pour certains activistes ces propos ne sont pas assez forts.

Communication honteuse

Des militants anti-tabac voient là un « coup de com’ honteux » et rappellent que les  règles de l’OMS disposent que « l’industrie du tabac n’a le droit d’être le partenaire d’aucune initiative allant dans le sens des politiques de santé publique étant donné que ces intérêts sont en conflit direct avec les objectifs de ces politiques.»

Il faut voir ici  la suite d’une stratégie méthodique. En janvier dernier Philip Morris avait acheté des espaces publicitaires dans un certain nombre de quotidiens britanniques. Il y vantait sa bonne résolution pour la nouvelle année : « nous essayons d’abandonner la cigarette ».  L’affaire avait alors intéressé au plus haut point le site des buralistes français – site qui s’est fendu d’une traduction de la publicité britannique :

« Philip Morris est connu pour ses cigarettes. Chaque année, beaucoup de fumeurs s’en débarrassent. C’est à notre tour, maintenant. Notre ambition consiste à arrêter de vendre des cigarettes au Royaume-Uni. Cela ne va pas être facile. Mais nous sommes déterminés à faire de notre ambition une réalité. Il y a 7,6 millions de fumeurs adultes au Royaume-Uni. La meilleure décision qu’ils peuvent prendre est d’arrêter de fumer. Beaucoup vont y arriver. »

« Mais beaucoup vont continuer de fumer. C’est pourquoi nous voulons remplacer la cigarette par d’autres produits, la cigarette électronique ou le tabac chauffé, qui représentent un meilleur choix pour les millions d’hommes et de femmes, au Royaume-Uni, qui néanmoins ne voudraient pas arrêter de fumer. »

Et le vieux géant toxique d’expliquer avoir investi 2,5 milliards de livres sterling en R & D pour son tabac « chauffé ». Et d’afficher, sur le sol britannique, ses engagements pour 2018 : lancer et promouvoir un site web – smokefreefuture –  visant à informer les fumeurs souhaitant arrêter ou se tourner vers des alternatives à la cigarette ; proposer notre aide aux autorités locales dans les zones où les taux de prévalence tabagique sont les plus élevés ; obtenir une autorisation gouvernementale pour insérer, directement dans nos paquets de cigarettes, des informations pour arrêter de fumer où se convertir à des produits alternatifs ; développer la disponibilité de nouveaux produits alternatifs au Royaume-Uni.

Vieux Continent

Peter Nixon (Managing Director de Philip Morris Limited) avait alors adressé un courrier à Theresa May, Premier ministre britannique, pour confirmer l’implication de son entreprise dans son nouveau message : « Nous sommes persuadés que nous avons un rôle important à jouer pour contribuer à rendre le Royaume-Uni un pays sans tabac (…) Les engagements que nous annonçons représentent des étapes pratiques qui peuvent contribuer à parvenir plus vite à cet objectif ».

On attend des initiatives similaires sur le Vieux Continent. Pour quand ? Philip Morris s’adressant aux dirigeants de notre Assurance maladie, à Agnès Buzyn, à Emmanuel Macron au nom de la prévention ?

Sans doute peut-on attendre. A la différence du Royaume Uni (où le nombre de fumeurs a été drastiquement réduit grâce notamment à une politique active de promotion de la cigarette électronique) la France demeure l’un des premiers consommateurs de tabac en Europe. Ne s’y sentant pas directement menacé Philip Morris peut se satisfaire de l’état actuel du marché.

Où l’on en viendrait presque, paradoxe, à souhaiter que ce cigarettier à la triste figure en vienne, après le Royaume-Uni, à chercher à démarcher nos responsables sanitaires et notre Assurance maladie.

A demain