Mais pourquoi les médecins français n’ont-ils pas le droit de faire leur propre publicité ?

Bonjour

C’est une information publicitaire du cabinet d’avocats DI VIZIO (« spécialiste des médecins libéraux qui a défendu de nombreux professionnels français dans des procès liés à leurs pratiques publicitaires »).  Il  annonce aujourd’hui avoir saisi le Conseil d’Etat « pour exiger de l’Etat français le respect des décisions rendues par cette juridiction le 6 novembre dernier, et libéralisant le droit à la publicité des professions de santé ».   Dans sa requête, le cabinet d’avocat demande l’application immédiate de la législation européenne sur le territoire français, comme jugé par le Conseil d’Etat lui-même, sous astreinte financière de 4 000€ par jour de retard.

Exposé des motifs : « De nombreux médecins, infirmiers ou encore dentistes sont poursuivis, jusqu’à être rayés de leur ordre, pour leurs pratiques publicitaires pourtant légales et reconnues au niveau européen. Parmi les exemples : un site Internet prétendument non-conforme aux règles de déontologie, l’indication du nombre d’implants posés chaque année, le fait de préciser une spécialité reconnue par la faculté mais non pas par l’Ordre… « Le droit a été dit, et le gouvernement refuse de l’appliquer. Les ordres professionnels profitent de ce laxisme pour continuer à poursuivre et condamner, comme si aucun arrêt n’était intervenu. L’Etat doit être mis face à ses responsabilités, de même que chaque membre des juridictions disciplinaires qui condamne un praticien », résume Me Fabrice Di Vizio.

Rappel : La Cour de justice de l’Union européenne a  décidé en 2017 que l’interdiction de publicité pour les professionnels de santé belges était contraire au droit communautaire, ouvrant la voie à la levée de l’interdiction de publicité des soignants dans toute l’Europe. Pourtant, sous pression des ordres professionnels, ce droit n’a pas été retranscrit à l’époque dans la loi française. Toujours en 2018, la Commission européenne a également enjoint à la France de mettre sa réglementation en conformité avec le droit communautaire. Sans succès.

Ensuite, c’est la Cour de justice de l’Union européenne qui a rendu une ordonnance concernant la France et son Code de déontologie des dentistes, en expliquant que le texte qui fondait l’interdiction de publicité était contraire au droit communautaire. Sans effet. Enfin, le 6 novembre 2019, le Conseil d’Etat a reconnu que la déontologie française ne pouvait plus être appliquée et que l’Etat aurait dû abroger les textes interdisant la publicité des professions de santé. Et pourtant, ce 10 février 2020, la législation française n’est toujours pas conforme aux normes européennes et les ordres professionnels en profitent, quoi qu’illégalement, pour continuer à poursuivre et condamner des praticiens.  

Problème : Comment concilier la « liberté de communiquer » et l’interdiction qui est faite «d’exercer la profession comme un commerce », conformément à la déontologie médicale consacrée par le droit français et européen ? Comment ne pas attiser ici l’esprit de lucre ? Et comment entrouvrir la porte de la bergerie des soignants sans y faire entrer les loups, toujours affamés, de la publicité ?

On attend la suite.

A demain @jynau

Coronavirus et publicité : l’espoir thérapeutique est-il niché dans un laboratoire lyonnais ?

Bonjour

Faut-il y voir un lien avec l’information de France 2 et le mystérieux traitement administré à la Pitié-Salpêtrière ? C’est une information de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes : « Coronavirus : un laboratoire lyonnais espère trouver au plus vite un traitement ». On y apprend que le nouveau coronavirus a bousculé tous les plans de VirPath, un laboratoire universitaire lyonnais qui espère trouver au plus vite, parmi la pharmacopée déjà existante, un traitement efficace contre le 2019n-CoV.

« Ce laboratoire propose une stratégie originale au sein du consortium «REACTing», mis en place par l’Inserm pour faire face à des crises sanitaires comme la grippe H5N1, Ebola ou Zika. Quand la plupart s’activent sur le développement de vaccins ou testent le peu d’anti-viraux disponibles, VirPath va aller chercher des médicaments utilisés pour des maladies qui n’ont a priori rien à voir avec une infection respiratoire comme le 2019-nCoV. »

FR3 nous dit encore que les chercheurs lyonnais n’attendent pas les observations accidentelles pour exploiter les effets secondaires de certains médicaments. Ainsi ont-ils trouvé « qu’un médicament prescrit pour lutter contre l’hypertension s’avérait très efficace contre toutes les souches de grippe ». Selon Le Figaro ils en sont à l’essai clinique de phase 2 et espèrent lever des fonds pour un essai de phase 3, en vue d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cette nouvelle indication thérapeutique qui pourrait s’avérer déterminante, relève Manuel Rosa-Calatrava, directeur de de recherche à l’Inserm et directeur-adjoint du laboratoire.


FR3, enfin : « Depuis une semaine, ce laboratoire, membre du Centre international de Recherche en Infectiologie de Lyon (Ciri), est mobilisé 7 jours sur 7. Les chercheurs sont en passe de terminer l’étape numéro un qui consiste à isoler le 2019-nCoV, le dupliquer afin de disposer d’une banque de travail suffisante. « On est parti de prélèvements nasaux de patients infectés et hospitalisés à l’hôpital Bichat à Paris avec tout ce que peut contenir un nez », raconte un des techniciens du laboratoire. Un véritable travail d’enquête biologique. Ils sont peu à être habilités à travailler sur ce nouveau coronavirus . L’équipe de chercheurs est stimulée par le fait de se sentir ainsi utile et attendue par le grand public. »

A demain @jynau

Sous la Dépakine®, le Plavix® : Sanofi refuse 116 millions d’euros à l’Assurance-maladie !

Bonjour

Rebondissement médiatique dans l’affaire de la Dépakine® : le groupe pharmaceutique Sanofi a annoncé lundi 3 février sa mise en examen pour « tromperie aggravée » et « blessures involontaires » dans l’affaire de la commercialisation de ce médicament anti-époleptique de référence. Sanofi fait valoir que cette mise en examen lui permettrait « de faire valoir tous ses moyens de défense et sera l’occasion de démontrer qu’il a respecté son obligation d’information et fait preuve de transparence ».

Le géant pharmaceutique français a par ailleurs assuré qu’il « continuera de coopérer pleinement avec les autorités judiciaires et a toute confiance dans les suites de la procédure ». Aurait-il un instant songé à ne pas pleinement coopérer avec la justice de son pays ?

Ce rebondissement s’inscrit dans le cadre d’une enquête ouverte en 2016 et qui vise  à établir s’il y avait eu « tromperie sur les risques inhérents à l’utilisation du produit et les précautions à prendre ayant eu pour conséquence de rendre son utilisation dangereuse pour la santé de l’être humain » et couvrait la période allant de 1990 à avril 2015.

Un demi-siècle de commercialisation

Le valproate de sodium est commercialisée depuis plus d’un demi-siècle sous la marque Dépakine® par Sanofi. Cette enquête fait suite à une procédure lancée en mai 2016 par l’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant (Apesac), qui représente 4 000 personnes, pour moitié des enfants malades, et s’appuyant sur quatorze cas de mères ayant reçu de la Dépakine lors de leur grossesse.

Rappel : il y a un an précisément on apprenait que Sanofi avait refusé de donner suite aux premières demandes d’indemnisation des victimes de Dépakine®. En d’autres termes il rejettait sur les autorités sanitaires française l’entière responsabilité de ce qui était désormais médiatiquement présenté comme un « scandale sanitaire ». Le Monde précisait alors que la Dépakine® était accusée d’avoir provoqué des malformations et des retards de développement chez des milliers d’enfants dont la mère prenait cet antiépileptique (principe actif : acide valproïque) durant sa  grossesse.

Selon les estimations de l’Assurance-maladie et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, la Dépakine®  et ses dérivés sont directement responsable (depuis 1967) de malformations (entre 2 150 et 4 100 cas suspectés) et de troubles du neuro-développement (entre 16 600 et 30 400 cas). Les risques de malformations liées au valproate de sodium ont été mis en lumière par des études scientifiques dès les années 1980 et  les risques neuro-développementaux l’ont été à partir du début des années 2000.

Quand le géant Sanofi osait dénigrer ses concurrents

Voilà pour la Dépakine®. Passons au dossier (moins connu des médias généralistes)  du Plavix® (clopidogrel) dont on imagine qu’il figure en bonne place sur le bureau de Nicolas Revel, directeur général de l’Assurance Maladie. Et ce accompagné d’une croustillant exclusivité des Echos (Yann Duvert @yann-duvert) « Comment l’Assurance-maladie a raté l’occasion de se faire rembourser des millions par Sanofi ». Un petit bijou de papier, un rideau à moitié sur un spectacle financé par des deniers publics mais qui, trop souvent, nous échappe. Une affaire que nous avions pour notre part évoqué fin 2016 : « Sanofi n’aurait pas du dénigrer les génériques pour faire la promotion de son Plavix®».

La Cour de cassation avait alors confirmé une amende de 40,6 millions d’euros infligée à Sanofi en 2013 par l’Autorité de la concurrence, pour avoir mené une campagne de dénigrement des génériques concurrents de son célébrissime antiagrégant plaquettaire. Elle confirmait un jugement de la cour d’appel de Paris de décembre 2014, qui avait « caractérisé une pratique de dénigrement » mise en œuvre pendant cinq mois (entre 2009 et 2010) par le géant français. « La position dominante » de Sanofi avec le Plavix®  et son générique maison, Clopidrogel Winthrop ® , a eu pour effet « de limiter l’entrée de ses concurrents sur le marché français » jugeait la Cour.

Trois ans plus tard, extraits des Echos :

« Parfois, mieux vaut ne pas trop tergiverser, surtout si des millions sont en jeu. La Caisse nationale d’assurancemaladie des travailleurs salariés (CNAMTS) en a fait l’amère expérience, dans le cadre du litige qui l’oppose au laboratoire Sanofi. Alors qu’elle réclamait plus de 115 millions d’euros au géant de la pharmacie, le tribunal de commerce de Paris vient de rejeter sa demande, au motif que l’action engagée était prescrite.

Après la condamnation de l’Autorité de la concurrence et l’amende de 40,6 millions d’euros pour abus de position dominant certains concurrents de Sanofi ont tenté de se faire rembourser le préjudice subi.

« Selon nos informations, Teva, qui a attaqué Sanofi en justice et lui réclamait 30 millions d’euros, a finalement trouvé un accord à l’amiable avec son concurrent. Idem du côté de Sandoz, une filiale de Novartis, qui évaluait son préjudice à 15 millions d’euros environ. Le laboratoire allemand Salutas et le slovène Lek, qui réclamaient respectivement 2 millions et 2,6 millions d’euros, ont fait de même. »

« En revanche, aucun accord n’a été conclu entre Sanofi et la CNAMTS, gestionnaire du régime général de l’assurance-maladie, et par conséquent amenée à rembourser le Plavix aux patients. La Caisse a attaqué le laboratoire devant le tribunal de commerce de Paris, lui réclamant 115,9 millions d’euros. Mais pour une raison inexpliquée, la procédure n’a été lancée qu’en 2017.

« Le tribunal a estimé en octobre dernier que le délai de prescription de cinq ans avait été dépassé. Selon la jurisprudence, ce délai démarre au moment où la CNAMTS a eu connaissance des agissements anticoncurrentiels de Sanofi. Soit selon la justice dès 2011, lorsqu’elle a témoigné auprès du gendarme de la concurrence sur les pratiques du laboratoire. ‘’Dans cette affaire, c’est clairement l’inertie de la CNAM qui a été sanctionnée, d’autant qu’elle aurait pu agir avant la décision de l’Autorité de la concurrence en déposant une assignation, quitte à compléter le dossier ensuite’’, s’étonne un expert. »

Qui a fauté ? Où est la morale ? Contactée par Les Echos la CNAM n’a pas souhaité s’exprimer. Le géant Sanofi, de son côté, n’a pas souhaité faire de commentaires. Nul ne sait où sont les 115,9 millions d’euros en question. Ni ce qu’ils deviendront.

A demain @jynau

Interdite de Dry January, Santé publique France en est réduite à la comptabilité alcoolique

Bonjour

Il y a les merles. Et puis il y a les grives. Faute de jouer pleinement leur rôle sanitaire dans l’opération « Dry January » les salariés de la puissante agence Santé publique France publient des chiffres à l’attention des journalistes. Où l’on remet les pendules à l’heure quant à la place des vins dans l’imprégnation alcoolique de la population française. « Bien que le volume global d’alcool pur consommé en France (11,7 litres par habitant de 15 ans et plus en 20171 ) soit en diminution depuis les années 1960, essentiellement en raison de la baisse de la consommation quotidienne de vin, la France reste parmi les pays les plus consommateurs d’alcool au monde, se situant au sixième rang parmi les trente-quatre pays de l’OCDE »

Chiffres clés sur la consommation d’alcool en France métropolitaine : 23,6% des personnes de 18-75 ans dépassaient les repères de consommation en 2017 · 11,7 litres par an et par personne de 15 ans et plus · 41 000 décès attribuables à l’alcool par an, dont 30 000 chez les hommes et 11 000 chez les femmes · 16 000 décès par cancer et 9 900 décès par maladie cardiovasculaire chaque année · 87% des 18-75 ans consomment de l’alcool au moins une fois par an · 26% des 65-75 ans déclarent une consommation quotidienne d’alcool · 13,4% des 18-24 ans déclarent au moins dix ivresses par an · 10% des 18-75 ans consomment à eux seuls 58% de l’alcool consommé.

Le poids et la publicité des grands alcooliers industriels

Aujourd’hui Santé publique France tente aussi de dresser une « cartographie de la consommation d’alcool en France ». Qui boit quoi et combien (sinon pourquoi) ? Que découvre-t-on que l’on ne connaisse (ou pressente) déjà ?

« La consommation quotidienne d’alcool concerne, selon les régions, 7,1 % à 12,6 % des adultes sachant que la moyenne nationale est de 10,0 %. Elle est significativement moins fréquente en Ile-de-France (7,1 %), Normandie (7,9 %) et Pays de la Loire (8,1 %), ainsi que dans l’ensemble des DROM. Selon le Baromètre Santé 2014, la Guadeloupe (6,9 %), la Guyane (5,2 %), la Martinique (7,0 %) et La Réunion (5,8 %) affichent des prévalences comparables entre elles, et significativement moins élevées que la moyenne de la France métropolitaine. Les régions Hauts-de-France (11,5 %), Nouvelle-Aquitaine (12,3 %) et Occitanie (12,6 %) se distinguent par une consommation quotidienne plus fréquente, etc. etc. etc. »

Elargit la focale ? « Ces données confirment les tendances observées en Europe, nous apprend Santé publique France. Même si les pays européens conservent des caractéristiques culturelles spécifiques, en termes de préférences de consommation comme de pratiques d’alcoolisation (un modèle latin d’usage régulier d’alcool opposé à un modèle nordique et anglo-saxon de consommations moins fréquentes mais plus importantes), les comportements tendent à s’uniformiser depuis quelques décennies en population générale comme parmi les adolescents. » Pourquoi ? Poids des grands alcooliers industriels et de leurs publicité ? Santé publique France se garde bien de nous renseigner.

Maximum dix verres par semaine et danger dès le premier verre

Pour finir un copié-collé et quelques bonnes intentions : « La consommation d’alcool fait partie des principaux déterminants de santé et des trois premières causes de mortalité évitable avec 41 000 décès en 2015. L’alcool constitue donc l’un des axes forts du programme de Santé publique France. L’Agence produit à la fois des données d’observation et de surveillance, et des actions nationales de prévention adaptées aux différents publics. Son programme Alcool répond à l’objectif de réduire la morbi-mortalité associée à la consommation d’alcool en France. »

Rappel : En 2017, le travail d’expertise scientifique mené par Santé publique France et l’Institut National du Cancer a permis d’élaborer de nouveaux repères de consommation à moindre risque : si l’on consomme de l’alcool, maximum 10 verres par semaine, maximum 2 verres par jour, et des jours dans la semaine sans consommation . Ces repères permettent désormais aux Français de faire le choix éclairé d’une consommation à moindre risque pour leur santé, sachant que les risques pour la santé d’une consommation d’alcool existent dès le premier verre.

Comprendra qui le pourra. En sachant que nous sommes nombreux à attendre que la tête de cette agence publique ait le courage de révéler quelles sont les véritables raisons de son absence au Dry January.

A demain @jynau

Guerre des tranchées entre les «bons vivants» et ceux qui entendent bien le rester (2)

Bonjour

Terribles ambivalences de l’alcool, suite. Nous avons apprécié, comme il convenait, le texte porté par le talentueux Philippe Claudel et publié dans Le Figaro : « Arrêtez de culpabiliser les amateurs de vin ! ». Un texte intéressant nourri par une certaine mauvaise foi puisqu’il dénonçait une opération (le « Défi De Janvier ») en la caricaturant.

Un texte, en outre, qui usant des innombrables richesses du vin (son monde, ses mythes, sa culture) avait pour conséquence de faire oublier les innombrables dangers des boissons alcooliques industrielles, brassées ou distillées, pré-formatées et commercialisées à grand renfort de publicités. Or c’est très précisément là un sujet qu’aucun des deux camps en présence (nous schématisons) ne veut, ne souhaite, ne peut aborder.

On en reste ainsi à la « filière alcool » sans jamais démembrer cette dernière. On peut en avoir une forme d’illustration à l’écoute du dernier « Téléphone sonne » de France Inter : « Un mois de janvier sans alcool : chiche ? » (invités: Michel Reynaud et Axel Kahn).

Deux camps, donc. Après la tribune des « bons vivants » autoproclamés, voici celle signée par ceux que ces « bons vivants » aiment à dessiner comme étant leur profil inversé 1. Datée du 12 décembre elle est intitulée « Pour faire durer le plaisir, faire une pause-alcool… » (nous soulignons) :

« Dans une tribune parue le 9 décembre dans Le Figaro, de grands cuisiniers, des sportifs, des artistes, se posent en défenseurs du goût et de la tradition et s’attaquent au projet de faire l’expérience d’une pause avec l’alcool en janvier avec le « Défi De Janvier ». Le mythe du « français bon vivant » sous-jacent à leurs propos permet de justifier et d’entretenir l’idée des consommations d’alcool excessives, problématiques voire dépendantes. Il faut garder à l’esprit que 20% de la population consomment 80% de l’alcool vendu en France, et que ces 20% de sur consommateurs sont nécessaires à la bonne santé de la filière alcool.

« Lancé sur un mode ludique, que chacun est libre de relever à sa manière, sans interdiction, culpabilisation ou moralisme, le « Défi De Janvier » n’est pas l’injonction prohibitionniste qu’évoque étrangement cette tribune. Refus de questionner une conception de la vie sociale qui repose sur la seule consommation d’alcool ou ignorance du sujet, difficile de répondre à la place des signataires, mais ce qu’ils dénoncent n’est pas l’opération qui est proposée à nos concitoyens.

« Le « Défi De Janvier » est porté par des acteurs de la société civile, dans sa diversité, soignants certes, mais aussi par la jeunesse, des sportifs, des associatifs, des citoyens… Ils aiment profiter de la vie et de ses plaisirs, avec une curiosité qui dépasse les limites des canons figés de certaines traditions et des normes sociales de consommation qui l’imposent parfois. Respectueux de la culture, dans sa diversité, ils apprécient certes les plaisirs mais en connaissent bien aussi les risques. C’est pourquoi, devant cette équation auquel chacun se confronte, ils proposent ce défi qui consiste à questionner l’injonction permanente à boire de l’alcool et à analyser ses capacités de contrôle.

« Les plaisirs de la vie sont à la fois nombreux et divers, et l’expérience de nos collègues à l’étranger montre l’intérêt d’une pause dans la consommation d’alcool : elle procure à la fois une sensation de bien-être, une amélioration du sommeil, et souvent une perte de poids bienvenue.

« Les gardiens trop sourcilleux des « traditions » ne pourront empêcher chacun de se fixer on non, en toute liberté et toute responsabilité, les termes du « Défi De Janvier ». C’est l’ambition collective que nous portons et nous sommes chaque jour plus nombreux à le faire. »

A demain @jynau

1 Ce texte est signé de  Bernard Basset (ANPAA), Amine Benyamina (FFA), François Bourdillon (médecin santé publique), Jean-Michel Delile (FA), Axel Kahn (LNCC), Michel Reynaud (F2A), Christian Tremoyet (Adixio).

Voici d’autre part les membres du collectif des partenaires du Dry January – Le Défi De Janvier : ADIXIO, ADDICT’ELLES, AIDES, AJPJA, ANPAA, Avenir Santé Jeunes, CAMERUP, Collège de Médecine Générale, CUNEA, CoPMA, FAGE, Fédération des Acteurs de la Solidarité, Fédération Addiction, Fonds Actions Addictions, Fédération Française d’Addictologie, FNAS, FPEA, France Assos Santé, Groupe MGEN, La Ligue Contre le Cancer, Société Française d’Alcoologie, Société Française de Santé publique, SNFGE, SOS Addictions, UNIOPSS.

La célébrissime icône publicitaire de Marlboro vient de mourir, à 90 ans. Pourquoi ?

Bonjour

Il s’appelait Robert C. Norris et des millions de Terriens connaissaient son sourire, le port de son chapeau de cowboy et son célèbre geste : s’allumer une cigarette. Il fut et restera le premier «Marlboro Man». Et il vient de mourir. On lira sa biographie, exemplaire, dans The New York Times (Mariel Padilla) : « Robert Norris, Marlboro Man Who Didn’t Smoke, Dies at 90 ».

Où l’on apprend que Robert Norris, loin d’être un acteur était un éleveur dans un ranc. En 1955 son profil est repéré par des publicitairees. Le chapeau, le ranch, les grands espaces, le vent fais du matin, la fin des Indiens et la pleine liberté de fumer des Marlboro….  Sa mâle prestance avait alors été utilisée pour changer l’image de la marque Marlboro, née en 1924 et à l’époque perçue comme une marque exclusivement féminine. « La campagne de publicité mondialement célèbre, jugée comme l’une des meilleures de l’histoire, a contribué à faire de Marlboro la première marque de cigarette au monde » rappelle aujourd’hui Le Figaro.

Ainsi, et pendant près de quinze ans, Robert Norris a contribué à ce changement d’image – avant de faire une croix sur l’usage de son visage. Et ce « pour arrêter de donner le mauvais exemple à ses enfants ». «Marlboro Man» n’avait jamais fumé. Il est mort le 3 novembre 2019 à Colorado Springs au Pikes Peak Hospice & Palliative Care. Son décès a été annoncé sur le site Ted Cross Ranches. Aucune cause précise n’a été donnée. Robert Norris n’avait jamais fumé.

On peut y voir, une nouvelle fois une double duplicité : de Big Tobacco et sa vieille et toujours fidèle alliée, la  publicité.

A demain @jynau

Agnès Buzyn va devoir autoriser l’usage de la publicité par les dentistes et les médecins

Bonjour

Non. L’Etat français ne peut plus interdire aux médecins et aux chirurgiens-dentistes d’user des outils de la publicité. Cette interdit n’est pas conforme au droit européen. Ainsi vient de décider, dans sa sagesse, le Conseil d’Etat qui entend contraindre désormais le gouvernement « de procéder à l’abrogation » de cette règle « devenue illégale ».

Ce n’est pas faute d’avoir prévenu : dès juin 2018, le Conseil d’Etat avait prévenu dans une étude que cette interdiction était « susceptible d’être affectée par l’évolution de la jurisprudence européenne ». Una an auparavant la Cour de justice de Luxembourg avait en effet acté que les traités fondateurs de l’UE « s’opposent à une législation nationale (…) qui interdit de manière générale et absolue toute publicité » pour les spécialistes de l’art thérapeutique dentaire.

Puis, début 2019, l’Autorité de la concurrence avait à son tour pointé « la nécessité de modifier à brève échéance » le code de la santé publique et rapportait alors que le gouvernement « travaill(ait) à leur refonte (…) dans un délai de 6 à 12 mois ».

Aujourd’hui la décision rendue par le Conseil d’Etat contraint désormais Agnès Buzyn à tenir compte de ce « changement de circonstances ». Or la ministre des Solidarités et de la Santé avait précisément rejeté, en octobre 201, la demande d’un médecin qui contestait ce refus « pour excès de pouvoir ». Pour le Conseil d’Etat, dès lors que « l’acte réglementaire est devenu illégal (…), il revient au juge d’annuler ce refus pour contraindre l’autorité compétente de procéder à son abrogation ».

Les loups publicitaires dans la bergerie des soignants

A charge pour le « pouvoir réglementaire » de définir de nouveaux « procédés de publicité compatibles avec les exigences de protection de la santé publique, de dignité de la profession médicale, de confraternité entre praticiens et de confiance des malades envers les médecins ». Cette décision est bien évidemment saluée par Me Fabrice Di Vizio, qui a plaidé ce dossier. Il annonce aujourd’hui dans un communiqué son intention de « poursuivre l’Etat et réclamer des dommages et intérêts pour tous les praticiens sanctionnés à tort ».

On attend désormais avec le plus vif intérêt les suites qu’Agnès Buzyn donnera à cet épineux dossier : comment d’abroger l’interdiction de publicité au profit d’une « libre communication « non commerciale, loyale et honnête » ? Comment se limiter à la seule publication d’informations relatives à leurs compétences, à leurs pratiques professionnelles, aux actes et activités pratiquées habituellement … et s’abstenir de citer des témoignages de tiers, comme des anciens patients (sur le modèle TripAdvisor) ?

Comment concilier la « liberté de communiquer » et l’interdiction qui est faite «d’exercer la profession comme un commerce », conformément à la déontologie médicale consacrée par le droit français et européen ? Comment ne pas attiser ici l’esprit de lucre ? Et comment entrouvrir la porte de la bergerie des soignants sans y faire entrer les loups, toujours affamés, de la publicité ?

A demain