Indigne : dans les facultés de médecine racisme et antisémitisme «prennent de l’ampleur»

Bonjour

Pourquoi ?

Nous sommes en février 2019 et c’est un communiqué de la Conférence des doyens des facultés de médecine. Extraits. « Il y a de plus en plus d’actes racistes et antisémites perpétrés à l’encontre des enseignants, des autorités et des étudiants de confession juive et/ou d’origine étrangère » – un phénomène « scandaleux et inadmissible ». « Cette situation n’est pas nouvelle, des faits identiques s’étant déjà déroulés en 2013 et 2014. Mais la recrudescence récente de ces comportements inquiète la Conférence des doyens. Quelle que soit la forme que revêtent ces actes (humour, etc.), ils ne peuvent pas être tolérés ».

Les doyens « appellent le corps enseignant à redoubler de vigilance et à dénoncer au plus vite tout comportement répréhensible ». Elle appelle aussi les étudiants à « informer les autorités compétentes lorsqu’ils assistent à des agissements antisémites et racistes ».

« Il n’y a pas eu d’actes précis ces derniers jours (…) en revanche, nous avons observé des tags à la faculté de Créteil, à Lyon et à Grenoble, où le président de l’université était directement visé, a déclaré le président de la conférence, Jean Sibilia, au site spécialisé What’s up doc. Nous ne disposons d’aucun outil pour affirmer que ces faits sont en augmentation. Néanmoins, on sent monter, comme tout le monde, cette ambiance d’intolérance.»

« Une faculté de médecine – plus qu’une autre peut-être – doit défendre une certaine vision citoyenne et sociétale. S’il y a un endroit où l’on doit favoriser la cohésion sociale, c’est bien dans les amphis de la faculté, au sein d’une institution qui a une vocation humanitaire et sanitaire. Essayons de bien vivre ensemble et arrêtons de véhiculer cette agressivité et ces ondes négatives comme on le voit sur les réseaux sociaux. Il faut que l’on sorte de ça. Et si le monde académique ne diffuse pas ce message là, qui le portera ?

« La tolérance zéro c’est dénoncer ces actes et ne plus les subir. C’est libérer la parole. Dans toutes les facultés il y a désormais des commissions bien-être où le moindre fait, la moindre parole qui vient à l’encontre du vivre ensemble peuvent être signalés. Toute intolérance doit y être rapportée, et le sexisme et l’homophobie en font partie. Derrière, si nécessaire, la commission disciplinaire pourra être saisie. Et au-delà, les propos antisémites, racistes ou discriminants sont des faits punis par la loi. »

« Préparation d’un week-end d’intégration »

Le 8 février, un étudiant de l’université Paris-13 (Seine-Saint-Denis) a été exclu après la plainte d’une étudiante en médecine, qui accusait plusieurs étudiants d’avoir tenu des propos antisémites à son égard. L’étudiant a été sanctionné par la section disciplinaire de l’université pour « un an, dont deux mois ferme », a précisé Paris-13 dans un communiqué. Sept autres étudiants et étudiantes, également mis en cause dans cette affaire, ont été relaxés. Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long) rappelle que la jeune fille, étudiante en deuxième année de médecine sur le campus de Bobigny, avait porté plainte en octobre 2018, assurant avoir fait l’objet de harcèlement à caractère antisémite de la part d’un groupe d’élèves, notamment lors de la préparation d’un week-end d’intégration.

Alertée, la présidence de l’université avait saisi la section disciplinaire, ainsi que le procureur. La ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal avait à l’époque dénoncé des faits « profondément inacceptables ».

En janvier, le parquet de Bobigny a classé sans suite la plainte de la jeune fille, pour « infraction insuffisamment caractérisée ». Son avocat, Me Antonin Péchard, avait alors dit au « Quotidien » avoir « déposé une plainte avec constitution de partie civile » pour tenter d’obtenir l’ouverture d’une enquête par un juge d’instruction.  Depuis octobre, cette situation a donné lieu « à un grand nombre de spéculations et déclarations publiques excessives ou prématurées et aux exagérations les plus violentes sur les réseaux sociaux », regrette l’université dans un communiqué. Elle appelle « la communauté universitaire dans son ensemble à redoubler d’efforts et d’actions concrètes, de même qu’à poursuivre un inlassable examen de conscience sur les questions de discrimination, de racisme et d’antisémitisme. »

Nous sommes en France et en février 2019. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, vient d’annoncer que le nombre des actes antisémites avait augmenté de 74 % en France entre 2017 et 2018 (passant de 311 à 541). Le ministre était en déplacement à Sainte-Geneviève-des-Bois, où deux arbres plantés en mémoire d’Ilan Halimi, jeune juif tué en 2006 par le « gang des barbares », venaient d’être retrouvés sciés à la base. Ils ont été replantés. Et La  Marseillaise fut chantée.

A demain

@jynau

Pédophilie au sein du clergé et célibat perpétuel des prêtres imposé par le pape François

Bonjour

Une nouvelle fois le pape passe à confesse entre Ciel et Terre. Dimanche 27 janvier, lors de la conférence de presse tenue dans l’avion qui le ramenait de Panama François a parlé. Et l’AFP était là. « A un mois de l’organisation de la réunion mondiale sur ’la protection des mineurs’’ au Vatican, le pape  s’est montré plutôt lucide sur son issu. Lucide ou fataliste ?  Il estime que cette réunion suscite des attentes « surdimensionnées » – et ce alors même que la pédophilie est « problème humain qui est partout ». Pour autant, heureusement, tout n’est pas perdu :

« Il faut redimensionner cette attente, parce que, je le dis, le problème des abus continuera.Il faut résoudre le problème dans l’Eglise, mais, en résolvant le problème dans l’Eglise par une prise de conscience, nous contribuerons à le résoudre dans la société, dans les familles, où la honte fait que l’on couvre tout. »

Officiellement, dans le jargon traditionnel, la réunion des présidents des conférences épiscopales convoquée fin février par le pape a pour ambition d’élaborer « des protocoles pour aller de l’avant », une sorte de « catéchèse » sur ce thème d’une particulière gravité et d’une grande ampleur. C’est que, confie le pape, « parfois les évêques ne savent pas quoi faire ». A eux de « prendre conscience du drame » car, assure par ailleurs le Souverain Pontife, « la souffrance est terrible ».

Une interdiction millénaire

Et puis l’immanquable corollaire. Interrogé sur un possible assouplissement des règles sur le célibat des prêtres, le pape François a clairement rejeté fermement toute remise en cause générale de cette pratique en vigueur dans le catholicisme romain. « Personnellement, je pense que le célibat est un don pour l’Eglise. Deuxièmement, je ne suis pas d’accord pour permettre que le célibat soit optionnel. Non », a déclaré le pape. Et puis, néanmoins, une brèche dans cette muraille théologique.  Il a, nous dit l’AFP, néanmoins envisagé « quelques possibilités pour des endroits très reculés » comme les îles du Pacifique ou l’Amazonie (sic), quand « il y a une nécessité pastorale ». « C’est une chose en discussion avec les théologiens, ce n’est pas ma décision ».

 On sait que le rite romain, observé par l’immense majorité des catholiques, rejette complètement cette possibilité depuis le XIe siècle (et ce alors même qu’auparavant les prêtres ont, pendant des siècles)  pu être mariés. « Les textes bibliques indiquent d’ailleurs que l’apôtre Pierre, dont le pape est officiellement le successeur, avait une belle-mère » observe l’AFP.

En mars 2017, le pape François avait publiquement annoncé « réfléchir » à la possibilité d’ordonner des  viri probati – des hommes mariés d’âge mûr impliqués dans l’Eglise –, excluant donc cette ouverture pour les jeunes hommes, et bien sûr les femmes. L’hypothèse de ces ordinations sera à l’ordre du jour du prochain synode en octobre dédié à l’Amazonie, immense territoire latino-américain souffrant d’un manque de prêtres autochtones.

Réduction des risques

Mais le pape argentin a, dans son avion, confirmé son rejet de la fin du célibat – et ce en citant une phrase de son prédécesseur Paul VI (« Je préfère donner ma vie que de changer la loi du célibat »). Il y a quelques mois, une proposition de l’épiscopat belge de permettre à certains jeunes hommes mariés de devenir prêtres n’a eu aucune suite. Quant à l’Eglise catholique allemande, elle prie pour une discussion en son sein sur le célibat – et ce non pas en raison de la crise des vocations, mais bien après la révélation d’agressions sexuelles sur des milliers d’enfants pendant des décennies.

Et l’AFP de signaler qu’un récent rapport commandé par l’Eglise allemande sur ces sévices sexuels commis par des membres du clergé (entre 1946 et 2014) a identifié le « célibat des prêtres » comme l’une des possibles causes (indirectes) de ces agressions. Où l’on regrette de ne pas connaître la bibliographie des travaux médicaux et scientifiques, épidémiologiques et théologiques qui, sans nul doute, ont, depuis un millénaire, dû être menés sur un sujet d’une telle gravité. Un sujet désormais indissociable d’une politique de réduction des risques.

A demain

@jynau

 

 

 

Cancers versus «aliments bio»: le syllogisme à haut risque de Stéphane Foucart (Le Monde)

Bonjour

On sait, notamment grâce à George Orwell et Simon Leys, comment le militantisme aveugle peut pervertir les plus beaux esprits. Nous rapportions il y a peu l’étonnante affaire de la couverture médiatique grand public d’une publication scientifique 1 de chercheurs français consacrée à l’ « alimentation bio » dans ses hypothétiques rapports avec les prévalences de certaines affections cancéreuses chez l’homme. Une affaire en gestation dans le  communiqué de presse de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) : « Moins de cancers chez les consommateurs d’aliments bio ? ».

«  Une diminution de 25% du risque de cancer a été observée chez les consommateurs « réguliers » d’aliments bio, par rapport aux personnes qui en consomment moins souvent. C’est ce que révèle une étude épidémiologique menée par une équipe de l’Inra, Inserm, Université Paris 13, CNAM, grâce à l’analyse d’un échantillon de 68 946 participants de la cohorte NutriNet-Santé. (…)»

L’affaire fut aussitôt relayée par les militants écologistes de Générations Futures qui remplacèrent, bonne guerre, le point d’interrogation par un autre, d’exclamation. « Une nouvelle étude INSERM/INRA montre que les consommateurs réguliers de bio ont un risque moindre de 25 % de développer un cancer par rapport aux non-consommateurs de produits bio ! ».  Puis  Le Monde (Stéphane Foucart, Pascale Santi) et sa manchette 2 amplifièrent la caisse de résonance : « L’alimentation bio réduit de 25 % les risques de cancer. »

Aujourd’hui notre confrère Stéphane Foucart revient, toujours dans Le Monde, sur le sujet. Comme pour  justifier  son traitement. Intitulé :« En matière de santé publique, le rigorisme scientifique est une posture dangereuse »( sic).

Passions militantes

Présentation du quotidien vespéral : « Sur certaines questions, la preuve parfaite ne pourra jamais être obtenue, estime Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », qui revient dans sa chronique sur l’étude parue dans « JAMA Internal Medicine » établissant un lien entre alimentation bio et cancer. Extraits signifiants :

« Rarement étude épidémiologique aura reçu une telle attention. Chacun à sa manière, la majorité des grands médias internationaux a rendu compte de ses résultats, publiés le 22 octobre dans JAMA Internal Medicine (…)  Quelques voix, y compris scientifiques, se sont élevées pour relativiser ces conclusions. L’écho donné à ces travaux aurait été excessif : l’échantillon de l’étude serait biaisé, il faudrait attendre d’avoir confirmation du résultat, il ne faut pas affoler les gens, la cigarette et l’alcool sont plus dangereux, une autre étude, britannique celle-ci et publiée en 2014, n’a pas montré de liens entre alimentation bio et cancer en général…

« Les scientifiques qui interviennent ainsi dans le débat public le font souvent avec les meilleures intentions. Avec, comme étendard, l’exigence de rigueur. Celle-ci est bien sûr louable. Mais, en matière de la santé publique, le rigorisme scientifique est une posture dangereuse. Sur ces questions complexes, la preuve parfaite ne sera jamais obtenue. Il est simplement impossible de mesurer avec un haut niveau de confiance, sur une longue durée, les habitudes alimentaires et les expositions à un grand nombre de contaminants d’une large population d’individus. Des biais, des limites expérimentales, des facteurs non contrôlés : il y en aura toujours. »

Question de l’auteur : Un biais ignoré pourrait-il être cause ? « C’est possible » se répond-il. Avant de se donner des raisons d’en douter. Et de se résumer : « à défaut d’une preuve formelle de causalité, qu’aucune étude épidémiologique ne fournira jamais, nous voici donc devant un faisceau d’indices concordants ». Et de jeter un œil sur un passé qu’il n’a pas directement connu : « à regarder rétrospectivement les grands scandales sanitaires ou environnementaux, on observe que, presque toujours, signaux d’alerte et éléments de preuve étaient disponibles de longue date, mais qu’ils sont demeurés ignorés sous le confortable prétexte de l’exigence de rigueur, toujours libellée sous ce slogan : ’ Il faut faire plus de recherches’’. »

Mauvaise foi

Certes. Mais à l’inverse combien de signaux d’alerte et d’éléments de preuves sans grands scandales sanitaires ? Aucune mauvaise foi, sans doute, ici. Et beaucoup de travail. Pour autant tous les méchants ingrédients du syllogisme qui, souvent, est le corollaire des passions sous-jacentes du militant raisonné.

Ainsi la santé publique, science molle, ne saurait justifier le rigorisme qui fait la noblesse des disciplines du haut du pavé. Il suffirait, en somme, de se fier à son instinct, à ses postulats, à ses croyances pour que l’évidence prenne les couleurs de la science. Une affaire qui n’est pas sans rappeler celle des « bébés sans bras » 3.

Où il nous faut bien revenir à une vérité première transdisciplinaire, celle qui veut qu’en dépit des apparences ni l’association ni la corrélation ne sont synonymes de causalité. Et à cette malheureuse évidence, trop souvent présente, qui fait que bien des entorses à la science sont nécessaires pour acquérir une audience massive, sinon de qualité.

« Prudence, prudence, prudence avec ces annonces, écrit Hervé Maisonneuve sur son blog spécialisé. Je vous suggère d’écouter tranquillement John P. A. Ioannidis (Stanford University School of Medicine) qui explique que la plupart des recherches en nutrition sont biaisées, voire fausses. Il faut des spins dans les communiqués de presse pour faire le buzz… ». Et c’est ainsi, qu’ici, le buzz se fit.

A demain

@jynau

1 The frequency of organic food consumption is inversely associated with cancer risk: results from the NutriNet-Santé prospective Cohort. JAMA Internal Medicine. 22 octobre 2018 (Julia Baudry, Karen E. Assmann, Mathilde Touvier, Benjamin Allès, Louise Seconda, Paule Latino-Martel, Khaled Ezzedine, Pilar Galan, Serge Hercberg, Denis Lairon & Emmanuelle Kesse-Guyot).

2 Foucart S, Santi P. L’alimentation bio réduit significativement les risques de cancer. Le Monde du 23 octobre 2018.

3 Les «bébés nés sans bras», un scandale politique pour un mystère scientifique Slate.fr 24 octobre 2018

 

 

Drogues : les ados français ne consomment plus pour transgresser mais pour être « normaux »

Bonjour

Dans un monde logique ce sont des résultats précieux dont le politique s’emparerait : ceux de l’étude ARAMIS, disponible depuis peu sur le site de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) 1. Soit un travail mené entre 2014 et 2017 (entretiens individuels et collectifs) auprès de 200 jeunes (13-18 ans) issus de milieux sociaux diversifiés en France métropolitaine. ARAMIS : Attitudes, Représentations, Aspirations et Motivations lors de l’Initiation aux Substances psychoactives.

Cette étude explore leurs motivations à consommer des drogues (principalement de l’alcool, du tabac et du cannabis), leurs perceptions selon les substances ainsi que leurs connaissances des risques. Elle retrace aussi les trajectoires de consommation. L’enquête ARAMIS souligne aussi la perception largement partagée par les jeunes d’un environnement (familial, amical, social mais aussi culturel, via, par exemple, l’impact de séries très populaires) favorable aux usages, marqué par l’omniprésence des occasions de consommer et l’offre des produits.

Ces éléments apparaissent d’autant plus incitatifs qu’ils vont de pair avec une relative facilité d’accès à des substances légalement interdites de vente aux mineurs (alcool et tabac) ou illicite (cannabis).

La rencontre avec les « produits » ?  Une expérience banalisée, à laquelle il est difficile de se dérober à l’adolescence. Avec cette observation :

« Dans ce contexte d’accessibilité aisée à des produits en théorie prohibés, les initiations relèvent davantage d’un désir de conformité sociale que d’une transgression. La curiosité, l’angoisse de passer à côté d’une expérience et surtout la volonté d’adhésion au groupe sont principalement évoquées à propos de l’envie de ‘’tester’’ ».

Derrière cet « enjeu central de sociabilité » et de « renforcement des liens avec les pairs » se cachent des différences selon les substances addictives :

Tabac : Le contact initial est toujours rapporté de façon négative – y compris parmi ceux qui se flattent d’avoir ensuite surmonté cette « épreuve » et leur répulsion initiale.

Alcool : Les jeunes relatent avoir le plus souvent d’abord goûté très jeunes – au sein du cercle familial. Les avis sont moins univoques, singulièrement quand il s’agit de l’initiation festive entre amis quelques années après la première expérience.

Cannabis : Sa découverte est plutôt jugée positivement par comparaison à celle du tabac – a fortiori quand il s’agit d’herbe.

Dans la « hiérarchie des dommages », le tabac est fortement stigmatisé alors que la nocivité de l’alcool ou du cannabis paraissent minimisées. D’où, malgré tout, cet espoir (lointain) de dénormalisation de la consommation de tabac (qui concerne toujours aujourd’hui un adolescent sur trois)  :

« Le tabac est en effet jugé très dangereux tant pour son pouvoir addictif que pour ses graves conséquences sanitaires (auxquelles de nombreux adolescents sont confrontés dans leur contexte familial). Il en résulte une représentation fortement dégradée du tabac et un processus de dénormalisation de son usage qui distingue cette génération des précédentes.

« Les risques du cannabis semblent pour leur part assez largement ignorés. À rebours de la disgrâce du tabac, le cannabis, et surtout l’herbe, bénéficient d’une image positive et dédramatisée. L’herbe en vient même à être valorisée pour ses vertus médicinales(…) une multiplicité de motivations sont mises en avant : relaxation, apaisement, distraction, endormissement, auto-thérapie… mais aussi des fonctions stimulantes pour affronter contraintes et difficultés. »

Et puis, encore, ceci, qui renvoie aux vieux propos marxistes sur la religion dans ses connexions avec l’opium et le peuple :

« D’autres jeunes gens, minoritaires en nombre mais qui portent un discours résolu, se tiennent délibérément à l’écart des usages. Leur démarche volontariste face à un certain conformisme ambiant peut correspondre au désir de s’opposer, par exemple, à un historique familial de consommations excessives et à des représentations négatives de personnes dépendantes.

 « L’abstinence à l’adolescence peut enfin être liée au facteur religieux. Concernant, les discours des jeunes de confession musulmane, l’enquête ARAMIS témoigne des tensions qui peuvent exister à propos de l’alcool entre une aspiration à consommer et l’interdit religieux relayé au sein du cercle familial; cet interdit est aussi évoqué à propos des usages de tabac et de cannabis. »

Dans une France logique ce sont là des résultats dont le politique laïc s’emparerait pour aider à bâtir un monde meilleur.

A demain

1 Ivana Obradovic, , « Représentations, motivations et trajectoires d’usage de drogues à l’adolescence », Tendances n°122, OFDT 2017, 8 p. https://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/eftxioy1.pdf

 

Radicalisation : l’Ordre des médecins remonte poliment les bretelles de Gérard Collomb

 

Bonjour

Le 22 août, sur RMC BFMTV, Gérard Collomb ministre de l’Intérieur faisait une révélation : « Dans le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT), nous considérons qu’à peu près un tiers des personnes présentent des troubles psychologiques (…) ». Il ajoutait : « Il est clair que le secret médical, c’est quelque chose de sacré, mais en même temps, il faut trouver le moyen qu’un certain nombre d’individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas commettre des attentats ».

Etrange mélange des genres où le sacré se devrait d’être modulé – et où le pouvoir exécutif aimerait rapprocher psychiatres et forces de police au nom de la lutte contre le terrorisme. Les propos de Gérard Collomb n’ont pas soulevé d’emblée l’indignation que l’on attendait. Au lendemain des attaques meurtrières de Barcelone, dans une fin août émolliente, à la veille d’une rentrée sociale imprévisible, la France semble entre deux eaux. Et puis, soudain, cette réaction que l’on espérait : elle est signée du Conseil national de l’Ordre des médecins. C’est un communiqué aussi court que limpide qui fait suite aux déclarations du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb quant une « éventuelle coopération » entre les autorités policières et les services psychiatriques pour lutter contre la radicalisation.

Absolue confidentialité

« Pleinement conscient, comme l’ensemble de la société, des dangers liés à la radicalisation » l’Ordre des médecins rappelle avoir pris depuis plusieurs mois, sur ce sujet, « des positions précises et détaillées ». Des positions « dont les autorités ne s’étaient jusqu’à présent pas saisies ». La Place Beauvau et le ministère de la Santé apprécieront comme il se doit cette précision. Et goûteront les éléments qui suivent.

L’Ordre des médecins rappelle tout d’abord « la nécessité absolue de préserver les principes fondamentaux de l’exercice professionnel, en particulier celui du secret médical ». Sans s’inscrire dans le champ du sacré cher à l’ancien maire de Lyon, le code de déontologie est très clair : la confidentialité entre le médecin et le patient est absolue. C’est un principe essentiel dans la relation de confiance qui lie les professionnels à leurs malades.

« Toutefois, dans certaines circonstances exceptionnelles, la loi permet aux médecins de passer outre au secret médical en cas de danger probable, rappelle encore l’institution ordinale. C’est pourquoi l’Ordre préconise la pleine application des textes en vigueur, et en particulier ceux du code pénal qui s’adressent à tout citoyen, plutôt que de créer de nouvelles dérogations au sujet desquelles on ne peut mesurer les possibles dérives ultérieures. »

Données policières

Et, pour finir, une courte leçon d’éthique politique et démocratique : « Enfin, dans un régime de libertés, la coopération des médecins ne peut se faire qu’avec les autorités de justice. Il en va du respect des principes fondamentaux de notre République.  C’est sur ces bases que l’Ordre des médecins se tient prêt à dialoguer avec les autorités de l’Etat afin de garantir, aux médecins et aux patients, le respect du contrat déontologique qui les lie. »

Dialoguer avec les « autorités de l’Etat » et non avec le seul ministre de l’Intérieur, même accompagné de la ministre de la Santé. Reste cette donnée policière :  le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT) établit qu’à peu près un tiers des personnes signalées présentent des troubles psychologiques. Soit près de 6 000 personnes. Quels types de pathologies ? Et sont-elles soignées ? M. Collomb pourrait-il répondre ces questions sans déroger au secret qui s’impose à ses fonctions ?

A demain

 

Maladie mentale et «radicalisés» : les psychiatres vont-ils collaborer avec la police ?

Bonjour

Hier encore, dans les dîners en ville évoquer la question des liens entre maladie psychiatrique et radicalisation terroriste suscitait le malaise. C’est désormais une question officielle. A la suite de l’attentat de Barcelone Gérard Collomb, ministre français de l’Intérieur, a annoncé au micro de RTL qu’il explorait la piste d’une collaboration avec les services psychiatriques et psychiatres libéraux. Objectif : « repérer » les terroristes potentiels ; renforcer la détection des profils à risque, notamment des personnes développant des « délires autour de la radicalisation islamique ».

Aujourd’hui Gérard Collomb récidive : il entend impliquer davantage les psychiatres dans la « prévention » des passages à l’acte terroriste. Le ministre s’exprimait sur RMC/BFMTV :

« Dans le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT), nous considérons qu’à peu près un tiers des personnes présentent des troubles psychologiques (…)  Il est clair que le secret médical, c’est quelque chose de sacré, mais en même temps, il faut trouver le moyen qu’un certain nombre d’individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas commettre des attentats ».

Sur RTL le ministre avait déclaré :

« On a deux types d’attaques aujourd’hui : des attaques planifiées et des gens qui se radicalisent brutalement, avec souvent des profils psychologiques extrêmement troublés. Nous sommes en train de travailler avec ma collègue ministre de la Santé pour essayer de repérer l’ensemble de ces profils qui, demain, peuvent passer à l’acte et donc mobiliser l’ensemble des hôpitaux psychiatriques, des psychiatres libéraux, de manière à parer à cette menace terroriste individuelle », a-t-il dit. Il s’agirait d’avoir « des protocoles, quand un certain nombre de gens ont des délires autour de la radicalisation islamique, pour pouvoir avoir des échanges avec celles et ceux qui les côtoient ».

Dieu leur parle

Pour sa part le Dr David Gourion (psychiatre libéral, ancien chef de clinique à l’hôpital Sainte-Anne) souligne dans une tribune parue dans Le Monde que « le lien entre maladie mentale et terrorisme n’est pas avéré », que « la loi sur le secret médical n’est pas compatible avec la mise en place d’une « collaboration » entre psychiatres et services de police » :

« M. Collomb a dit qu’il fallait travailler à repérer les personnes en voie de radicalisation. Il y a une réalité qui est la réalité psychiatrique qui est que la plupart des patients qui font des épisodes délirants ont l’impression que Dieu leur parle ; ça veut dire que les personnes de confession musulmane qui vont avoir un délire mystique pourraient être catégorisées comme ‘à risque’. Pour le coup, il ne faut absolument pas le faire, c’est dangereux. Le psychiatre n’a pas vocation à collaborer avec le ministère de l’Intérieur. Ce n’est pas son rôle. Nous sommes des médecins et pas des collègues des policiers ».

L’Ordre des médecins avait déjà travaillé ce délicat sujet. Il sera du plus grand intérêt de connaître la position du Dr Agnès Buzyn, collègue de Gérard Collomb en charge de la Santé. Sacré, le secret médical peut-il ici être violé ? Le « radicalisé » est-il un malade mental à identifier publiquement et à enfermer ? Le terrorisme imposera-t-il de réécrire la déontologie médicale ?

A demain

 

Déradicalisation et psychiatrie : la fin de la bien triste histoire du château de Pontourny

Bonjour

28 juillet 2017 : « Pontourny, c’est fini ». Clap de fin pour un film que l’on ne verra jamais ; un film dont nul ne sait ce qu’il nous aura coûté. L’unique centre de « déradicalisation » de France, au lieu-dit et château de Pontourny en Indre-et-Loire, d’une capacité de vingt-cinq personnes va être fermé, vient d’annoncer le ministère de l’Intérieur.

 « L’expérience ne s’est pas révélée concluante, déclare le ministère dans son communiqué. L’expérimentation d’un centre d’accueil ouvert, fonctionnant sur la base du volontariat, a montré ses limites. Le gouvernement a ainsi décidé de mettre un terme à l’expérimentation conduite à Pontourny, sur la commune de Beaumont-en-Véron. » Un communiqué intitulé « Fermeture du premier centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté ».

« A montré ses limites » est une expression au-delà de l’euphémisme.  Conçu pour accueillir vingt-cinq pensionnaires, sur la base du volontariat, le centre n’en a effectivement accueilli que neuf. Aucun de ces jeunes n’a suivi le programme jusqu’à son terme. Et depuis février dernier, la structure n’accueille plus aucun pensionnaire. Le château avait vu partir son dernier pensionnaire après que celui-ci avait été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour des faits de violences familiales.

Rase campagne

Et le ministère de l’Intérieur de poursuivre sur cet arrêt en rase campagne :

« Malgré la compétence, la détermination et l’investissement des personnels du centre, qui ont démontré leur savoir-faire pour assurer une prise en charge pluridisciplinaire des bénéficiaires, l’expérience ne s’est pas révélée concluante. L’expérimentation d’un centre d’accueil ouvert, fonctionnant sur la base du volontariat, a montré ses limites.

Le préfet d’Indre-et-Loire a été chargé d’entamer sans délai les consultations locales pour envisager la reconversion du site. Une attention toute particulière sera portée à la situation des salariés du site, qui bénéficieront d’un accompagnement individuel de la part des services de l’Etat, en liaison avec la ville de Paris dont dépendent les agents titulaires du site. »

Ancien asile Saint-Joseph

Tout avait commencé le 10 mars 2016 avec l’annonce imprévue, faite sur France Inter, de la création en Touraine de centre d’emblée controversé. D’abord à l’échelon local, ensuite à l’échelle nationale. Grosse couverture médiatique par la suite et polémiques en cascade. Tout se termine seize mois plus tard avec une promesse  gouvernementale à laquelle personne ne croit plus, ou presque :

« Cette fermeture ne signifie pas l’abandon d’une politique de prise en charge des publics en voie de radicalisation dans des structures adaptées. Le gouvernement étudiera, notamment, la possibilité d’ouvrir des structures de petite taille pour y accueillir des individus sous main de justice et y développer des solutions alternatives à l’incarcération. »

Le château de Pontourny défie le temps. Il avait été transformé en asile durant 14-18.  Ancien asile Saint-Joseph puis propriété de la ville de Paris il était devenu « centre éducatif » et allait fermer ses portes quand on le crut sauvé par la politique officielle de déradicalisation. C’était il y a un an, déjà presque un siècle.

A demain

1 Tous les papiers de ce blog consacrés depuis seize mois à cette initiative  sont disponibles ici.