Quatre millions d’euros publics pour dénormaliser le tabac. Zéro pour la cigarette électronique

Bonjour

C’est une invitation de L’Alliance contre le tabac, regroupement de 25 organisations de lutte contre le tabagisme : rendez-vous le mardi 28 janvier 2020 à la troisième édition « rencontres associatives ouvertes au public ». Hôtel Best Western Ronceray Opéra, 10 boulevard Montmartre, 75002 Paris. De 9h à 16h45 (café d’accueil dès 8h30 / cocktail déjeunatoire offert). Attention : « cette conférence n’est pas ouverte aux personnes ayant des liens avec l’industrie du tabac ». Pitch :

« Cette conférence réunissant acteurs de la société civile, experts de santé publique, décideurs politiques, lobbyistes sera animée autour de quatre sessions et permettra d’amorcer, au cours des interventions et échanges avec le public, une réflexion pour repenser le « storytelling » et les modalités de communication des acteurs de la lutte contre le tabagisme à la faveur de la poursuite de leurs objectifs. »


Cette manifestation s’isncrit dans le cadre du « pré-lancement d’un projet triennal ambitieux porté par l’Alliance pour 2020-2022 ». Il s’agit de la « dénormalisation du tabac » en France, un programme financé par le Fonds de lutte contre les addictions. L’Alliance contre le tabac souhaite désormais « s’attacher à changer en profondeur l’image du tabac ». Méthode :

« A cette fin, le projet porté par l’Alliance vise à renouveler le discours dénonçant les actions de l’industrie du tabac tant par l’abord de nouveaux thèmes que par l’utilisation de méthodes de communication renouvelées. Pour atteindre cet objectif de dénormalisation, l’Alliance va s’investir dans le champ des relations publiques, très utilisées et avec succès, par l’industrie du tabac depuis plusieurs décennies pour semer le doute sur la dangerosité de ses produits et attirer, toujours plus, de jeunes consommateurs : les relations publiques changent de camp et se mettent maintenant au service de la lutte anti-tabac ! »

Vapoter, c’est renormaliser ?

Tout cela ne va pas sans le recours au jargon : « L’objectif de l’Alliance est de coupler ses actions auprès des législateurs et des acteurs de santé publique avec une approche grand public diversifiée, prenant en compte le profil des personnes ciblées (les jeunes, les femmes) pour faire chuter la prévalence tabagique en France et aboutir à une première génération sans tabac dès 2032. Repenser la stratégie de positionnement et s’approprier les modalités d’action de l’industrie du tabac pour inverser la tendance à la faveur de la lutte contre le tabagisme ».

Tel sera le sujet des débats du mardi 28 janvier 2020. Où la cigarette électronique sera exclue des échanges – ce qui ne manque pas d’interroger. On lira, sur ce point, le texte publié en décembre dernier, par Vap’you (Sébastien Béziau) : « Le pactole pour Alliance Contre le Tabac : près de 4 millions d’euros sur le Fond addictions ! ». Extrait :

« En soi, “dénormaliser” la consommation de cigarettes n’est pas un mauvais sujet. Le problème, c’est la manière de le faire. On imagine qu’avec près de 4 millions d’euros l’Alliance Contre le Tabac va pouvoir mener de nombreuses actions. Lesquelles ? Mystère. Mais ce qui inquiète c’est le périmètre de ce que l’Alliance Contre le Tabac considère comme de la dénormalisation (du tabac). En effet, ses porte-paroles ne manquent jamais une occasion de rappeler leur position idéologique par rapport au vapotage. Pour eux, vapoter dans les lieux publics contribue à la renormalisation de l’acte de fumer, c’est écrit noir sur blanc dans ce communiqué. On peut alors légitimement se demander si le projet contient des actions de stigmatisation et de coercition envers les vapoteurs. »

Ainsi « vapoter » serait « renormaliser » ? Faire une croix sur le tabac serait faire la promotion de ce dernier ? Jésuites et radicalisés apprécieront le sujet. Les vapoteurs seront-ils autorisés à entrer, le 28 janvier prochain, à l’Hôtel Best Western Ronceray Opéra (1) De 9h à 16h45 (café d’accueil dès 8h30 / cocktail déjeunatoire offert) ?

A demain @jynau

1 On appréciera le cliché : « Hôtel Best Western Ronceray Opéra »

Donald Tump et Greta Thumberg : apocalypse, prophètes de malheur, et chasse aux sorcières

Bonjour

Après les inquiétants Dr Laurent Alexandre, Michel Onfray et Pascal Bruckner, voici Donald Trump, président en fonction des Etats-Unis. L’homme le plus puissant de la planète confirme son entrée au club de ceux qui détestent (méprisent, condamnent, ont peur de) Greta Thumberg. Cela s’est passé à Davos, temple éphémère du capitalisme. Et cela nous est rapporté par Les Echos (Nicolas Barré).

« Il y avait deux personnes que le président américain ne devait surtout pas croiser dans la station de ski suisse transformée comme chaque année en camp retranché : la jeune activiste du climat Greta Thumberg, présente dans la salle pendant son discours, et le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, l’homme à qui Trump aurait demandé d’enquêter sur les affaires du fils de Joe Biden, candidat démocrate à la Maison-Blanche. »

Jeanne d’Arc

Donald Trump s’en est pris ensuite aux « prophètes du malheur du climat qui ne cessent d’annoncer « l’apocalypse ». Taïaut ! Sus aux servants de la collapsologie ! Pour sa part Greta Thunberg avait, devant ce peu banal parterre, accusé le monde de n’avoir « rien fait sur le climat ». Trump lui a répondu en dénonçant ceux qui ont annoncé « la fin du pétrole » et « une crise de la surpopulation ». « Ces alarmistes veulent tous la même chose, dominer et contrôler tous les aspects de nos vies… »

Puis il a dénoncé la « chasse aux sorcières » dont il s’estime victime à l’occasion du  procès en destitution  qui s’ouvre à Washington. « Alors que le Sénat à Washington s’est transformé en tribunal historique, Trump prend le monde à témoin pour montrer que sa stratégie a payé » rapportent encore Les Echos. Chasse aux sorcières ; Apocalypse ; Prophètes de malheur … Souvent comparée à Jeanne d’Arc, Greta Thumberg n’a pas répondu au Grand Satan.

On attend les commentaires affûtés de Michel Onfray, Pascal Bruckner et de l’inquiétant Dr Laurent Alexandre.

A demain @jynau

Crachats, VIH et sérophobie : précisions et précautions après la diffusion d’une vidéo virale

Bonjour  

C’est un sujet qui avait disparu de l’actualité depuis près de deux décennies. On le retrouve aujourd’hui avec l’émotion suscitée, sur les « réseaux sociaux », par une vidéo – images qui montrent un policier interpeller violemment un manifestant. Le syndicat policier « Alliance » affirme quant à lui que la personne impliquée aurait craché du sang au visage du policier en disant « j’ai le sida, tu vas crever ».  

« L’ampleur de cette actualité engendre fatalement nombre de réactions, au contenu parfois imprécis et stigmatisant sur le VIH/sida » rappelle fort justement l’association AIDES qui « tient à rappeler le poids des mots et ce qu’ils peuvent porter de stigmas et d’informations fausses ». Voici son message :

« La rapidité de traitement de l’actualité implique régulièrement des approximations ou pire, de laisser la place à de fausses croyances. C’est particulièrement vrai concernant le VIH/sida. Or, laissez véhiculer de fausses idées, c’est nourrir la sérophobie qui fait le jeu de l’épidémie. Aux médias, syndicats, policier-es, manifestants-es, citoyens-nes, nous rappelons que :  

VIH ≠ SIDA : Une personne séropositive n’a pas le sida. Lorsqu’elle dispose d’un traitement, elle vit simplement avec le virus, et dispose d’une espérance de vie similaire à une personne séronégative. Aujourd’hui en France, découvrir sa séropositivité n’est pas une condamnation à mort et le VIH ne peut évidemment pas être considéré comme une arme.

Les modes de contaminations sont : les sécrétions sexuelles, le lait maternel, le sang. La salive ne transmet pas le VIH. De plus, le VIH a une très faible résistance à l’air libre. Après cinq à dix secondes à l’air libre, une goutte de sang ne contient plus de virus.

Le TasP (Treatment as Prevention) est une réalité : une personne séropositive sous traitement dont la charge virale est indétectable devient intransmissible (I=I). Cela veut dire qu’elle ne peut plus transmettre le virus, quel que soit le mode de transmission. »  

Pour AIDES, il est de la responsabilité de toutes et tous de rappeler « dès que nécessaire » ces informations. Sans cela, les stigmatisations et fausses croyances ne pourront pas cesser. A fortiori dans un contexte de violences, policières ou pas, et de « vidéo virales », souvent pathogènes.  

A demain @jynau

Un « déséquilibré ensanglanté » meurt après avoir reçu des coups de taser policiers. Et après?

Bonjour

Un homme présenté comme «déséquilibré» qui « déambulait ensanglanté » dans les rues des Lilas, près de Paris, est mort dans l’après-midi du 12 décembre 2019 après avoir reçu des coups de taser lors de son interpellation par la police. Information glanée par l’AFP de source policière confirmant une information du Point.

Prévenue par des témoins en fin de matinée, la police municipale avait d’abord tenté d’intervenir auprès de cet homme. Il arpentait la commune des Lilas, en Seine-Saint-Denis, le visage ensanglanté et menaçait de «tuer tout le monde», a expliqué cette source policière.

L’homme «visiblement déséquilibré» criait «Allah akbar» et se «frappait le visage avec une brique». Il avait fini par entrer dans une boulangerie. Alertés par la police municipale, des fonctionnaires de police dépêchés sur les lieux ont fait usage de leur pistolet à impulsion électrique pour l’interpeller.

L’un des agents a été « mordu », précise cette source. L’homme, en arrêt cardio-respiratoire, a été transporté vers un hôpital, où il est décédé quelques heures plus tard. La police judiciaire a été saisie. Cet homme avait 36 ans.

Qui, quel média, quel journaliste, quel écrivain, se penchera sur le « déséquilibré ensanglanté » mort après des coups de taser policiers dans les rues des Lilas, près de Paris?

A demain @jynau

Christophe Castaner : la gendarmerie française est désormais chargée de lutter contre la haine

Bonjour

Qui nous dira pourquoi les mots et le phrasé de Christophe Castaner, ministre français de l’Intérieur, nous font (parfois) songer à la novlangue de George Orwell ? On en connaît le mortel principe développé dans « 1984 » : une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées potentiellement subversives, à prévenir toute formulation de critique de l’Etat. Objectif ultime : éradiquer l’« idée » même de cette critique. On diminue le nombre de mots et de concepts, on élimine les finesses… et la mauvaise maîtrise de la langue transforme alors rapidement les citoyens éclairés en sujet stupides et dépendants, aisément manipulables par les médias de masse, puis auto-manipulés par les réseaux sociaux.

L’idée fondamentale est de supprimer toutes les nuances d’une langue afin de ne conserver que des dichotomies qui renforcent l’influence de l’État : « si tu n’es pas pour, tu es contre », « il n’y a pas de milieu ». Ce type de raisonnement binaire permet de favoriser les « raisonnements à l’affect », d’éliminer tout « débat », toute « discussion », et donc toute critique du pouvoir exécutif. Outre la suppression des nuances, le novlangue est une incarnation de la « double-pensée » : la double signification des mots survivants interdit bientôt toute pensée spéculative, tout germe de contestation. Le « Ministère de la Vérité » est en réalité celui de la propagande ? Et celui de la guerre est rebaptisé « Ministère de l’Amour ». Le tour est joué. Big Brother et ses écrans ont (presque) triomphé.

Nous n’en sommes pas là, bien évidemment, en France où le ministre de l’Intérieur a annoncé, mercredi 4 décembre, la création d’un « Office national de lutte contre la haine » logé au sein de la gendarmerie française. « Il sera chargé de coordonner pour la gendarmerie nationale, pour que tous les moyens soient mobilisés, l’ensemble des enquêtes sur les actes antisémites, antimusulmans, antichrétiens que nous connaissons sur notre territoire, a expliqué le ministre de l’Intérieur. Il sera chargé aussi d’accompagner l’ensemble des acteurs de tous les territoires et de faire le lien avec la police, la justice, pour que les auteurs de ces actes ignobles soient condamnés ».

« Lutter contre la haine » ? L’exécutif a-t-il choisi le bon terme ? « Haine » : Sentiment de profonde antipathie à l’égard de quelqu’un, conduisant parfois à souhaiter l’abaissement ou la mort de celui-ci. Synon. exécration, ressentiment; anton. amour. « .Je vais enfin dire ma manière de penser, exhaler mon ressentiment, vomir ma haine, expectorer mon fiel, éjaculer ma colère, déterger mon indignation (Flaub., Corresp.,1872, p. 57). Que fera, contre Flaubert, la gendarmerie française ?

A demain @jynau

Quatre policiers tués à Paris : cinq jours pour passer du «coup de folie» à «l’hydre islamiste»

Bonjour

Tout va de plus en plus vite, y compris et surtout pour les médias ainsi, corollaire, que pour le pouvoir exécutif. Cinq jours après l’attentat ayant coûté la vie à quatre fonctionnaires de la Préfecture de police de Paris (PP) le président de la République Emmanuel Macron a rendu hommage, mardi 8 octobre, aux victimes – des victimes tuées par « leur collègue radicalisé », un agent administratif de la PP habilité secret-défense.

Le 3 octobre on apprenait que le tueur était est membre de la Direction du renseignement (DR-PP), qui aurait eu « un coup de folie ». L’assaillant « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales », assurait aussitôt le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. La psychiatrie en première ligne, donc. Le 5 octobre, « rebondissement islamiste » aux conséquences policières et politiques que nul ne peut encore imaginer. L’assaillant «aurait adhéré à une vision radicale de l’islam» et était en contact avec des individus de la «mouvance islamiste salafiste» indiquait Jean-François Ricard, procureur antiterroriste.

Nous sommes le 8 octobre. Le chef de l’Etat, accompagné du Premier ministre, Edouard Philippe, et des ministres de la justice, Nicole Belloubet, et des armées, Florence Parly, a prononcé un discours (solennel autant qu’inquiétant, presque orwellien) dans la cour de la préfecture. Il a promis un « combat sans relâche » « face au terrorisme islamiste », appelant « la nation toute entière » à « se mobiliser » face à « l’hydre islamiste » 1 :

« Une société de vigilance. Voilà ce qu’il nous revient de bâtir. Savoir repérer au travail, à l’école, les relâchements, les déviations. Cela commence par vous, fonctionnaires, serviteurs de l’Etat. Faisons bloc, tous ici réunis face au terrorisme. Nous mènerons toujours le combat et à la fin nous l’emporterons, car nous avons cette force d’âme. Nous le faisons pour nos morts, pour nos enfants, nous le faisons pour la nation. »

 « Trop souvent nous avons parlé, fait des lois puis sommes revenus au quotidien, comme si de rien n’était », a-t-il regretté, après s’être incliné devant les cercueils des quatre victimes. « Ce n’est en aucun cas un combat contre une religion, a-t-il précisé. Mais contre son dévoiement, qui conduit au terrorisme. »

Avant ce discours du chef de l’Etat, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, avait remis la Légion d’honneur, à titre posthume, aux quatre victimes : Damien Ernest, Anthony Lancelot, Brice Le Mescam, Aurélia Trifiro. Pour l’heure le pouvoir exécutif ne parle plus de psychiatrie, reconnaît un « dysfonctionnement d’Etat » mais se refuse à parler d’une « affaire d’Etat ».

A demain @jynau

1 Hydre :  MYTHOL. Serpent monstrueux à sept têtes qui repoussaient, à raison de deux pour une, à mesure qu’on les tranchait.

− P. métaph. [Symbole du mal qui se renouvelle ou s’étend dangereusement sans qu’on puisse le détruire] Quand Bossuet descendit dans la carrière, la victoire ne demeura pas longtemps indécise; l’hydre de l’hérésie fut de nouveau terrassée (Chateaubr., Gén., t. 1, 1803, p. 5).

Il était clair que l’hydre de l’anarchie était sortie de sa boîte et qu’elle se démenait dans le quartier (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 402).

L’hydre fasciste qui a presque submergé le monde d’un flot de sang (Déclar. univ. Homme,1949, p. 12).

B. − ZOOL. Polype d’eau douce, de très petite taille, ayant la faculté de régénérer les parties de son corps qui lui sont enlevées, dont la reproduction a lieu par bourgeonnement et par œufs, et appartenant à la classe des Hydrozoaires :

« Le dernier mort du Bataclan» : première affaire de suicide après stress post-traumatisant

Bonjour

Couverture-choc du Parisien de ce dimanche 16 juin (Timothée Boutry) : « 131ème victime. Guillaume Valette. Le dernier mort du Bataclan ». Nous sommes à la frontière de la violence terroriste, de la médecine, de la psychiatrie et de la justice. C’est aussi une tragédie, celle d’un survivant du Bataclan, indemne physiquement, mais atteint d’un état de stress post-traumatique d’une particulière sévérité. Guillaume Valette s’est pendu le 19 novembre 2017, dans sa chambre de la clinique psychiatrique du Val-de-Marne où il avait été admis un mois et demi plus tôt. Il avait 31 ans.

Mais aujourd’hui, dix-neuf mois plus tard, quelle est l’actualité ? « Depuis le mois dernier, le suicide de Guillaume Valette n’est plus seulement une tragédie, révèle Le Parisien.  Sur la base d’un rapport médical ayant imputé son geste à l’attaque, les juges d’instruction ont considéré que cet ancien analyste dans un laboratoire scientifique pourrait bien être le 131ème mort des attentats du 13 novembre. Pour ses parents, qui se sont battus pour obtenir cette première reconnaissance, c’est un soulagement, même s’il n’atténue pas leur peine et que leur combat n’est pas terminé. Car il appartiendra à la cour d’assises d’apporter une réponse définitive »

Etat de stress post-traumatique (ESPT), selon l’Institut de Victimologie :

 « Une situation ou un événement stressant (de courte ou de longue durée) exceptionnellement menaçant ou catastrophique qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus » entraîne « une réponse différée ou prolongée » dont la conséquence est dans 15 à 35 % des cas selon la nature de l’événement traumatique et le vécu subjectif du sujet, un ESPT.

« L’ESPT peut s’accompagner de divers troubles comorbides qui sont parfois la seule manifestation clinique dont se plaint le patient qui ne fait pas le lien avec l’événement traumatique causal. La prévalence vie entière de l’ESPT atteint en Europe, selon l’étude ESEMeD menée en 2004 sur un échantillon de 21 425 habitants de six pays d’Europe, 2.9 % des femmes et 0.9 % des hommes, c’est beaucoup moins qu’aux Etats-Unis. Il faudrait par conséquent rechercher systématiquement des antécédents traumatiques chez tous les patients qui consultent un professionnel de santé pour traiter la cause de certains troubles et non les conséquences. »

De ce point de vue le cas de Guillaume illustre de manière exemplaire combien le terrorisme peut faire des ravages à distance. Le jeune homme  avait fait l’objet, en janvier 2017, d’un examen médico-légal par un psychiatre du Fonds de garantie des actes de terrorisme et autres infractions (FGTI), l’organisme chargé d’évaluer le préjudice des victimes.     «Ce sujet présente un trouble psycho-traumatique caractérisé, qui reste évolutif, avec de très nombreux évitements, des moments d’anxiété majeure en de nombreuses circonstances […], une modification de son rapport à l’existence, un remaniement de son système de valeurs, le sentiment d’un éloignement dans son rapport aux autres », résume-t-il alors, précisant que son état n’est pas encore stabilisé.

Episode dépressif majeur

« L’état médical de Guillaume s’aggrave à l’été 2017, rapporte Le Parisien. Hypocondriaque, il multiplie les visites chez le médecin. Son état d’anxiété est tel qu’il est admis en psychiatrie en août. Trois mois plus tard, il met fin à ses jours. Alain et Arlette Valette prennent attache avec Me Claire Josserand-Schmidt, une avocate qui intervient notamment auprès de l’Association française de victimes du terrorisme (AFVT). Ils sont persuadés que le suicide de leur fils est la conséquence de l’attentat. »

C’est alors le Dr Catherine Wong, psychiatre spécialisée dans la réparation juridique du dommage corporel qui prend connaissance du dossier. Et qui porte un diagnostic : au moment de son décès, le jeune homme souffrait d’une « dépression délirante ». Aucun antécédent psychiatrique,  Dr Wong privilégie la piste du traumatisme psychique dans son rapport daté de janvier 2019 :

« On peut établir que le traumatisme du 13/11/15 a été responsable d’un état de stress post-traumatique chez M. Guillaume Valette, qui s’est compliqué d’un épisode dépressif majeur […] et que le suicide a été une complication de cet épisode dépressif majeur. Le suicide de M. Valette Guillaume est donc bien la conséquence ultime de l’attentat du 13/11/15 ».

Et le 2 mai dernier les juges d’instruction en charge du dossier adressent aux parents de Guillaume un « avis à partie civile » reconnaissant ainsi implicitement le statut de victime de leur fils. « C’est une avancée considérable, souligne Me Josserand-Schmidt. En accueillant la constitution de partie civile de la famille de Guillaume, les juges d’instruction admettent la possibilité du lien de causalité entre l’attentat et son suicide. La discussion médicale se poursuivra devant la cour d’assises qui tranchera lors du procès. »

Où l’on apprend que le trébuchet aveugle de la justice française peut percevoir le poids de certaines blessures invisibles. « Ces blessures peuvent, tout autant qu’une jambe amputée ou un œil arraché, handicaper la victime dans sa sphère personnelle, familiale, intime, sociale, dit l’avocate, en écho. L’histoire de Guillaume doit alerter les pouvoirs publics sur le nécessaire accompagnement des victimes d’attentats sur la durée. Notre système d’indemnisation devrait aussi en tirer les conséquences : si les atteintes fonctionnelles sont plutôt bien évaluées en cas de blessures corporelles, nous en sommes encore, s’agissant des blessures psychiques, très loin. »

A demain @jynau