Radicalisation : l’Ordre des médecins remonte poliment les bretelles de Gérard Collomb

 

Bonjour

Le 22 août, sur RMC BFMTV, Gérard Collomb ministre de l’Intérieur faisait une révélation : « Dans le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT), nous considérons qu’à peu près un tiers des personnes présentent des troubles psychologiques (…) ». Il ajoutait : « Il est clair que le secret médical, c’est quelque chose de sacré, mais en même temps, il faut trouver le moyen qu’un certain nombre d’individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas commettre des attentats ».

Etrange mélange des genres où le sacré se devrait d’être modulé – et où le pouvoir exécutif aimerait rapprocher psychiatres et forces de police au nom de la lutte contre le terrorisme. Les propos de Gérard Collomb n’ont pas soulevé d’emblée l’indignation que l’on attendait. Au lendemain des attaques meurtrières de Barcelone, dans une fin août émolliente, à la veille d’une rentrée sociale imprévisible, la France semble entre deux eaux. Et puis, soudain, cette réaction que l’on espérait : elle est signée du Conseil national de l’Ordre des médecins. C’est un communiqué aussi court que limpide qui fait suite aux déclarations du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb quant une « éventuelle coopération » entre les autorités policières et les services psychiatriques pour lutter contre la radicalisation.

Absolue confidentialité

« Pleinement conscient, comme l’ensemble de la société, des dangers liés à la radicalisation » l’Ordre des médecins rappelle avoir pris depuis plusieurs mois, sur ce sujet, « des positions précises et détaillées ». Des positions « dont les autorités ne s’étaient jusqu’à présent pas saisies ». La Place Beauvau et le ministère de la Santé apprécieront comme il se doit cette précision. Et goûteront les éléments qui suivent.

L’Ordre des médecins rappelle tout d’abord « la nécessité absolue de préserver les principes fondamentaux de l’exercice professionnel, en particulier celui du secret médical ». Sans s’inscrire dans le champ du sacré cher à l’ancien maire de Lyon, le code de déontologie est très clair : la confidentialité entre le médecin et le patient est absolue. C’est un principe essentiel dans la relation de confiance qui lie les professionnels à leurs malades.

« Toutefois, dans certaines circonstances exceptionnelles, la loi permet aux médecins de passer outre au secret médical en cas de danger probable, rappelle encore l’institution ordinale. C’est pourquoi l’Ordre préconise la pleine application des textes en vigueur, et en particulier ceux du code pénal qui s’adressent à tout citoyen, plutôt que de créer de nouvelles dérogations au sujet desquelles on ne peut mesurer les possibles dérives ultérieures. »

Données policières

Et, pour finir, une courte leçon d’éthique politique et démocratique : « Enfin, dans un régime de libertés, la coopération des médecins ne peut se faire qu’avec les autorités de justice. Il en va du respect des principes fondamentaux de notre République.  C’est sur ces bases que l’Ordre des médecins se tient prêt à dialoguer avec les autorités de l’Etat afin de garantir, aux médecins et aux patients, le respect du contrat déontologique qui les lie. »

Dialoguer avec les « autorités de l’Etat » et non avec le seul ministre de l’Intérieur, même accompagné de la ministre de la Santé. Reste cette donnée policière :  le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT) établit qu’à peu près un tiers des personnes signalées présentent des troubles psychologiques. Soit près de 6 000 personnes. Quels types de pathologies ? Et sont-elles soignées ? M. Collomb pourrait-il répondre ces questions sans déroger au secret qui s’impose à ses fonctions ?

A demain

 

Maladie mentale et «radicalisés» : les psychiatres vont-ils collaborer avec la police ?

Bonjour

Hier encore, dans les dîners en ville évoquer la question des liens entre maladie psychiatrique et radicalisation terroriste suscitait le malaise. C’est désormais une question officielle. A la suite de l’attentat de Barcelone Gérard Collomb, ministre français de l’Intérieur, a annoncé au micro de RTL qu’il explorait la piste d’une collaboration avec les services psychiatriques et psychiatres libéraux. Objectif : « repérer » les terroristes potentiels ; renforcer la détection des profils à risque, notamment des personnes développant des « délires autour de la radicalisation islamique ».

Aujourd’hui Gérard Collomb récidive : il entend impliquer davantage les psychiatres dans la « prévention » des passages à l’acte terroriste. Le ministre s’exprimait sur RMC/BFMTV :

« Dans le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT), nous considérons qu’à peu près un tiers des personnes présentent des troubles psychologiques (…)  Il est clair que le secret médical, c’est quelque chose de sacré, mais en même temps, il faut trouver le moyen qu’un certain nombre d’individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas commettre des attentats ».

Sur RTL le ministre avait déclaré :

« On a deux types d’attaques aujourd’hui : des attaques planifiées et des gens qui se radicalisent brutalement, avec souvent des profils psychologiques extrêmement troublés. Nous sommes en train de travailler avec ma collègue ministre de la Santé pour essayer de repérer l’ensemble de ces profils qui, demain, peuvent passer à l’acte et donc mobiliser l’ensemble des hôpitaux psychiatriques, des psychiatres libéraux, de manière à parer à cette menace terroriste individuelle », a-t-il dit. Il s’agirait d’avoir « des protocoles, quand un certain nombre de gens ont des délires autour de la radicalisation islamique, pour pouvoir avoir des échanges avec celles et ceux qui les côtoient ».

Dieu leur parle

Pour sa part le Dr David Gourion (psychiatre libéral, ancien chef de clinique à l’hôpital Sainte-Anne) souligne dans une tribune parue dans Le Monde que « le lien entre maladie mentale et terrorisme n’est pas avéré », que « la loi sur le secret médical n’est pas compatible avec la mise en place d’une « collaboration » entre psychiatres et services de police » :

« M. Collomb a dit qu’il fallait travailler à repérer les personnes en voie de radicalisation. Il y a une réalité qui est la réalité psychiatrique qui est que la plupart des patients qui font des épisodes délirants ont l’impression que Dieu leur parle ; ça veut dire que les personnes de confession musulmane qui vont avoir un délire mystique pourraient être catégorisées comme ‘à risque’. Pour le coup, il ne faut absolument pas le faire, c’est dangereux. Le psychiatre n’a pas vocation à collaborer avec le ministère de l’Intérieur. Ce n’est pas son rôle. Nous sommes des médecins et pas des collègues des policiers ».

L’Ordre des médecins avait déjà travaillé ce délicat sujet. Il sera du plus grand intérêt de connaître la position du Dr Agnès Buzyn, collègue de Gérard Collomb en charge de la Santé. Sacré, le secret médical peut-il ici être violé ? Le « radicalisé » est-il un malade mental à identifier publiquement et à enfermer ? Le terrorisme imposera-t-il de réécrire la déontologie médicale ?

A demain

 

Déradicalisation et psychiatrie : la fin de la bien triste histoire du château de Pontourny

Bonjour

28 juillet 2017 : « Pontourny, c’est fini ». Clap de fin pour un film que l’on ne verra jamais ; un film dont nul ne sait ce qu’il nous aura coûté. L’unique centre de « déradicalisation » de France, au lieu-dit et château de Pontourny en Indre-et-Loire, d’une capacité de vingt-cinq personnes va être fermé, vient d’annoncer le ministère de l’Intérieur.

 « L’expérience ne s’est pas révélée concluante, déclare le ministère dans son communiqué. L’expérimentation d’un centre d’accueil ouvert, fonctionnant sur la base du volontariat, a montré ses limites. Le gouvernement a ainsi décidé de mettre un terme à l’expérimentation conduite à Pontourny, sur la commune de Beaumont-en-Véron. » Un communiqué intitulé « Fermeture du premier centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté ».

« A montré ses limites » est une expression au-delà de l’euphémisme.  Conçu pour accueillir vingt-cinq pensionnaires, sur la base du volontariat, le centre n’en a effectivement accueilli que neuf. Aucun de ces jeunes n’a suivi le programme jusqu’à son terme. Et depuis février dernier, la structure n’accueille plus aucun pensionnaire. Le château avait vu partir son dernier pensionnaire après que celui-ci avait été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour des faits de violences familiales.

Rase campagne

Et le ministère de l’Intérieur de poursuivre sur cet arrêt en rase campagne :

« Malgré la compétence, la détermination et l’investissement des personnels du centre, qui ont démontré leur savoir-faire pour assurer une prise en charge pluridisciplinaire des bénéficiaires, l’expérience ne s’est pas révélée concluante. L’expérimentation d’un centre d’accueil ouvert, fonctionnant sur la base du volontariat, a montré ses limites.

Le préfet d’Indre-et-Loire a été chargé d’entamer sans délai les consultations locales pour envisager la reconversion du site. Une attention toute particulière sera portée à la situation des salariés du site, qui bénéficieront d’un accompagnement individuel de la part des services de l’Etat, en liaison avec la ville de Paris dont dépendent les agents titulaires du site. »

Ancien asile Saint-Joseph

Tout avait commencé le 10 mars 2016 avec l’annonce imprévue, faite sur France Inter, de la création en Touraine de centre d’emblée controversé. D’abord à l’échelon local, ensuite à l’échelle nationale. Grosse couverture médiatique par la suite et polémiques en cascade. Tout se termine seize mois plus tard avec une promesse  gouvernementale à laquelle personne ne croit plus, ou presque :

« Cette fermeture ne signifie pas l’abandon d’une politique de prise en charge des publics en voie de radicalisation dans des structures adaptées. Le gouvernement étudiera, notamment, la possibilité d’ouvrir des structures de petite taille pour y accueillir des individus sous main de justice et y développer des solutions alternatives à l’incarcération. »

Le château de Pontourny défie le temps. Il avait été transformé en asile durant 14-18.  Ancien asile Saint-Joseph puis propriété de la ville de Paris il était devenu « centre éducatif » et allait fermer ses portes quand on le crut sauvé par la politique officielle de déradicalisation. C’était il y a un an, déjà presque un siècle.

A demain

1 Tous les papiers de ce blog consacrés depuis seize mois à cette initiative  sont disponibles ici.

 

 

 

L’affaire Charlie Gard : maladie génétique, fin de vie, tweets et mises en scène diplomatiques 

 

Bonjour

C’est une affaire qui tient en haleine tous les médias britanniques. C’est aussi une histoire sans précédent où la médecine croise le droit, la religion et la diplomatie – une mise en scène où l’on voit une pathologie génétique nourrir un affrontement de deux idéologies sinon de deux logiques.

Soit Charlie Gard, un bébé aujourd’hui âgé de onze mois souffrant d’une forme rare et grave du syndrome de déplétion de l’ADN mitochondrial ; forme neurodégénérative avec myopathies ; absence de réactions au stimulations ; surdité congénitale ; épilepsie sévère ; atteintes cardiaques, hépatiques et rénales.

Arrêt des soins

Depuis plusieurs mois un litige oppose les parents de l’enfant au Great Ormond Street Hospital for Children où il est hospitalisé depuis octobre 2016. C’est un litige largement médiatisé ses parents ayant lancé un appel GoFundMe en ligne (réunissant 1,4 million d’euros) et faisant campagne pour que leur enfant bénéficie d’un traitement expérimental (aux Etats-Unis) et ce, in fine, contre l’avis de l’équipe médicale.

Une première décision de justice a donné tort aux parents, la Family Division de la High Court of England and Wales statuant que l’enfant devait être autorisé à mourir. Une décision confirmée en appel et soutenant, sur la base d’avis d’experts, que le traitement expérimental n’était pas adapté à la forme de pathologie dont souffrait cet enfant (mutation du gène RRM2B). Puis en juin la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) approuvait à son tour la décision d’arrêt de soins.

Plus de temps

La décision de la CEDH, définitive et prise à la majorité, confirme les décisions antérieures qui « étaient méticuleuses, complètes, et ont fait l’objet d’un examen à trois degrés de juridiction, avec une motivation claire et détaillée permettant d’étayer de manière pertinente et suffisante leurs conclusions » en ayant notamment entendu « tous les experts médicaux intervenus dans le traitement ainsi que les experts convoqués par les requérants ».

Le 30 juin l’équipe médical du Great Ormond Hospital acceptait de donner un plus de temps aux parents et de retarder la procédure des soins palliatifs. Puis le 3 juillet e président américain Donald Trump tweetait « If we can help little #CharlieGard, as per our friends in the U.K. and the Pope, we would be delighted to do so. » Et la Maison Blanche de préciser qu’après avoir appris la situation du bébé Charlie le président Trump essayait, autant que faire se peut, d’aider cette famille. Puis le Vatican se manifesta à son tour via, notamment, le célèbre cardinal Elio Sgreccia, ancien président de l’Académie pontificale pour la vie. Et le pape François de faire également part de son émotion.

Vie sacrée

« Pour sauver la vie de Charlie Gard, le Vatican se dit prêt à tout. Même à lui accorder au pied levé la nationalité vaticane et faciliter son transfert dans les services de l’établissement pédiatrique du Saint siège,  l’hôpital de l’Enfant-Jésus, précise le correspondant en Italie du Quotidien du Médecin. ’Le Saint-Père suit avec affection et émotion l’affaire du petit Charlie Gard et exprime sa proximité à ses parents’’, a indiqué le Vatican dans un communiqué. Depuis, les sherpas du plus petit État du monde sont en contact avec le gouvernement britannique. Le ministre des Affaires étrangères, Angelino Alfano, a également contacté son homologue britannique, Boris Johnson. Pour l’heure, le héros du Brexit, refuse les propositions italiennes au motif que le verdict de la Cour Suprême londonienne doit être respecté et les soins de l’enfant stoppés. »

Pour Londres, le transfert de Charlie au Vatican est possible – à condition que l’hôpital de l’Enfant-Jésus s’engage à respecter le verdict prononcé par la Cour suprême britannique. « Il est évident que l’hôpital du pape ne peut pas prendre une telle condition en considération car la vie est sacrée », estime la direction de l’hôpital pontifical. Un affrontement médiatisé de deux conceptions de la médecine et de la vie. Demain, une série télévisée.

A demain

Alcool et cannabis sont-ils compatibles avec le caractère « terroriste » d’un attentat ?

Bonjour

Sites et agences de presse ont déjà dit l’essentiel de ce qui s’est passé à l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne). Reste une question pour l’heure sans réponse, médico-légale et toxicologique. Résumons. Le parquet antiterroriste a été saisi, samedi 18 mars, après qu’un homme, Ziyed Ben Belgacem, a été abattu par un militaire de l’opération « Sentinelle » au terme d’une course-poursuite avec les forces de l’ordre – une course-poursuite qui avait démarré à l’aube, en Seine-Saint-Denis. Agé de 39 ans, l’homme a été tué après avoir tenté de s’emparer de l’arme de l’une des militaires en patrouille dans l’aéroport.

Dans un rituel désormais codifié François Molins, procureur de la République de Paris, est venu, dans un style qui n’appartient qu’à lui, dire l’essentiel devant la presse.  Il a précisé que Ziyed Ben Belgacem avait déclaré : « Posez vos armes, mains sur la tête, je suis là pour mourir par Allah. De toute façon, il va y avoir des morts ». Ses dernières paroles témoignent, selon le procureur, qu’il s’agissait d’« un individu extrêmement violent », avec une intention terroriste, déterminé à « aller jusqu’au bout ». Principaux éléments du dossier :

Peu avant 7 heures, samedi matin, Ziyed Ben Belgacem fait l’objet d’un contrôle routier à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), alors qu’il roule « à vive allure, tous feux éteints », selon M. Molins. Il présente ses papiers, puis ouvre le feu avec un pistolet à grenaille et blesse légèrement un policier. Prend la fuite, et se dirige vers un bar qu’il connaît et où il était quelques heures auparavant. Met en joue des clients, tire sans faire de blessés et abandonne son téléphone sur place.

Machette et cocaïne

Est repéré à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) à la suite d’un car-jacking. Prend la direction d’Orly avec le véhicule volé. « En une heure trente, il y a eu une fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur », selon François Molins. La suite a été maintes fois racontée.  Arrivé à l’aéroport d’Orly peu après 8 heures, il rentre dans le terminal sud. Attaque à 8 h 22 une militaire, arme de poing à la main, et l’utilise comme bouclier, revolver sur la tempe. En se redressant après être parvenu à s’emparer du « Famas » de la militaire, l’attaquant laisse la possibilité aux militaires de le viser ; selon le procureur, le troisième tir lui est fatal. Les enquêteurs ont découvert le revolver à grenaille avec cinq cartouches dont trois percutées, 750 euros en liquide, un Coran, un briquet et un paquet de cigarettes.

Le père et le frère de Ziyed Ben Belgacem ont été placés en garde à vue le même jour. Après le contrôle routier, il les avait appelés pour leur confier « avoir fait une bêtise ». Un cousin a également été placé en garde à vue après s’être spontanément présenté aux policiers. Il avait croisé Ben Belgacem dans la nuit. Dimanche matin, son père a été relâché : « Mon fils n’a jamais été un terroriste, a-t-il témoigné sur Europe 1. Jamais il fait la prière : il boit. Et sous l’effet de l’alcool et du cannabis, voilà où on arrive. Il me téléphone à sept ou huit heures du matin et il était énervé à l’extrême, même sa mère n’arrivait pas à le comprendre. Il me dit ‘’Je te demande pardon, j’ai fait une connerie avec un gendarme’’. »

Une perquisition a eu lieu au domicile du suspect, situé à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise). Elle a permis la découverte de quelques grammes de cocaïne, d’une machette et de devises étrangères. Né en 1978, Ziyed Ben Belgacem était connu des services de police pour des affaires de droit commun (neuf mentions à son casier judiciaire, notamment des affaires de stupéfiants et de vols aggravés). En 2001, il est condamné à cinq ans de prison pour vol à main armée par la cour d’assises du Val-de-Marne. En 2009 il est condamné successivement à trois puis cinq ans d’emprisonnement pour trafic de stupéfiants.

Mieux comprendre

Au cours d’un de ses séjours en détention, il laisse transparaître « des signaux de radicalisation » (2011 et 2012) . L’homme n’est pas pour autant « fiché S ». Une perquisition administrative est effectuée chez lui, dans le cadre de l’état d’urgence en 2015. Sans résultat. L’homme vivait au sixième étage d’un immeuble dans un quartier populaire de Garges-lès-Gonesse. Plusieurs voisins le décrivent comme un homme sombre et renfermé, solitaire. Depuis septembre et sa dernière sortie de prison, il était sous contrôle judiciaire.

Et maintenant ? Le procureur de la République de Paris explique que le but de l’information judiciaire sera de tenter « d’expliquer son cheminement psychologique ». François Molins observe aussi que le choix de la cible, des militaires de l’opération Sentinelle« correspond aux mots d’ordre diffusés par les organisations terroristes djihadistes ». La nouveauté, dans cette nouvelle affaire tient à l’évocation du rôle possiblement joué par des substances psychotropes (alcool et cannabis notamment) dans le passage à l’acte. Jusqu’ici cette hypothèse n’était pas envisagée d’emblée, du moins pas publiquement.1

Ces substances expliquent-elles « la fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur » ? La désinhibition auto-induite modifie-t-elle la qualification de l’acte ? On se souvient que lors d’une séance de questions à l’Assemblée nationale le Premier ministre Manuel Valls avait, le 25 novembre 2015, insisté sur le fait qu’« aucune excuse sociale, sociologique et culturelle» ne devait être cherchée au terrorisme après les attentats de Paris. En toute hypothèse, la publication des résultats toxicologiques n’aident en rien, dans ce domaine, à excuser. Elle permettrait toutefois de mieux éclairer, de mieux comprendre, les circonstances de tels actes.

A demain

1 Sur ce thème : « Les analyses toxicologiques des corps des terroristes font aussi partie de l’enquête » Slate.fr 28 novembre 2015

Faute de patients, le premier dispensaire français de déradicalisation va-t-il bientôt fermer ?

Bonjour

C’était il y aura bientôt un an ; presque un siècle. Le 10 mars 2016. France Inter n’avait pas encore sectionné ses grandes ondes. On y révélait la création du « premier centre français de déradicalisation ». Ou plus précisément du premier « Centre de prévention de la radicalisation d’insertion et de citoyenneté ». Manuel Valls, alors, était Premier ministre :

« Ce centre « étatique » officiellement appelé « Centre de réinsertion et de citoyenneté » sera lui, doté de moyens. Il accueillera 30 jeunes radicalisés dans un premier temps. Leur programme de déradicalisation durera 10 mois. Une dizaine de centres similaires devraient ouvrir partout en France d’ici fin 2017.  C’est près de Tours en Indre-et-Loire qu’ouvrira ce centre. Le lieu est choisi mais pas rendu public, car il faut encore convaincre quelques élus locaux réticents. »

Nulle part

Il fallut ensuite attendre septembre et l’approche des vendanges. La France apprit alors que ce dispensaire d’un nouveau genre venait d’ouvrir. Le gouvernement invita les journalistes de la presse parisienne. Quelques-uns expliquèrent alors, comme sur France Inter, être allé « quelque part au milieu de nulle part ». Plus précisément entre Bourgueil et Chinon, en Touraine, à Beaumont-en-Véron. Plus précisément encore  au « Château de Pontourny », vieux manoir transformé en asile durant 14-18.  Ancien asile Saint-Joseph. Propriété de la ville de Paris devenue « centre éducatif » et qui allait fermer ses portes.

Sur invitation du gouvernement les journalistes expliquèrent que ce centre accueillerait des jeunes de 18 à 30 ans n’ayant jamais été incarcérés – et n’ayant non plus pas été identifiés sur des zones de conflits. Des jeunes « au stade précoce de rupture ». Comprendre : « le centre accueillera des jeunes qui sont entrés dans une spirale dangereuse, des victimes de rabatteurs sur la Toile ». Plus la presse repartit d’où elle était venue.

Coup de filet

Les gazettes, comme souvent, se désintéressèrent de la suite. Seules quelques-unes suivirent l’affaire, les débuts chaotiques, les peurs des riverains, les gesticulations-contorsions politiques loco-régionales.  Puis vinrent les incidents, les accusations de mensonges : quelques-uns des jeunes hébergés dans le vieux château avaient déjà dépassé « le stade de la rupture ». Il y avait même, parmi eux un « fiché S ». Le château reconverti prenait l’eau. Nous sommes en février 2017 et les grilles du château sont fermées, les tentures tirées, le chauffage éteint.

La Nouvelle République, aujourd’hui, redit l’essentiel dans un encadré :

 « 27 septembre. La présence à Pontourny de David, un homme de 23 ans originaire d’Arras (Pas-de-Calais), est dévoilée. Son tort ? Il est fiché S. Suspecté de velléités de départ vers la Syrie, il fait l’objet d’une condamnation pour violence. Il doit quitter le centre ; 17 janvier. Mustafa Savas, pensionnaire de Pontourny, est arrêté lors d’un coup de filet antiterroriste dans le Bas-Rhin. Il est suspecté d’être proche de la filière djihadiste de Strasbourg, où il aurait côtoyé un des kamikazes du Bataclan ; 9 février. Le dernier « volontaire » de Pontourny quitte la Touraine, condamné par la justice à quatre mois de prison avec sursis pour « violences et apologie du terrorisme » ».

Prosélytisme anti-islam

Quelques gazettes nationales ont été alertées. « L’expérience » est en train de tourner court. Le premier et unique centre de « déradicalisation » de France a perdu mercredi 8 février son dernier pensionnaire, comme le rapporte Europe 1. Une information que franceinfo est en mesure de confirmer. Originaire de l’ouest de la France, le jeune homme en question a été condamné mercredi à quatre mois de prison avec sursis pour violences et apologie du terrorisme, indiquent des sources concordantes à franceinfo.

Des faits commis alors qu’il était hébergé dans un foyer pour mineurs, il y a trois ans. Or, les critères du centre de Pontourny sont stricts : les « bénéficiaires » ne peuvent pas y rester s’ils ont été condamnés pour violences, même de droit commun.  L’individu, présent à l’audience, sera logé à l’hôtel pendant une semaine, le temps de trouver un autre lieu d’hébergement, précise une source proche du dossier.

Selon Europe 1« l’encadrement avait noté qu’il vivait le programme comme du prosélytisme anti-islam et qu’il semblait se radicaliser davantage ». Alors qu’ils n’ont jamais été guère plus de six ou sept dans un centre prévu pour trente places, les jeunes volontaires, âgés de 19 à 30 ans, ont peu à peu quitté le centre. Certains ne sont tout simplement pas revenus d’une permission de week-end, indique une source proche du dossier à franceinfo.

Salle polyvalente de Beaumont-en-Véron

Pontourny fini ? La question est, pour l’instant, en suspens. Vendredi 27 janvier, le nouveau ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, excluait toute fermeture, tout en reconnaissant que les « premiers résultats montrent qu’il faut encore continuer à travailler ».

A l’ombre du château-dispensaire certains habitants de Beaumont-en-Véron réclament clairement la fin de l’expérience. L’association « Radicalement digne de Pontourny », hostile au projet depuis toujours, réclame « la fermeture immédiate du centre ». Elle accuse : « L’Etat s’est moqué ouvertement et effrontément de la population bellimontoise en lui mentant constamment sur le profil des pensionnaires accueillis au sein de l’établissement ». Elle dénonce une « gabegie financière sans nom avec deux à trois pensionnaires pour trente encadrants (…). Sans compter quelque dix millions d’euros investis dans ce centre. »

« Radicalement digne de Pontourny » appelle la population bellimontoise, mais aussi chinonaise et du Véron à manifester » à ses côtés, samedi 11 février. Le rendez-vous est fixé pour un départ à 10 h, devant la salle polyvalente de Beaumont-en-Véron. Une précision: le reportage de France Inter ne pourra pas être écouté sur les grandes ondes, désormais sectionnées.

A demain

 

Non, le petit garçon n’avait pas dû, en classe, «baisser son pantalon» : 12.000 € à l’institutrice

 

Bonjour

Toujours suivre ses dossiers. Sans oublier les plus scabreux. La Cour d’appel d’Orléans a, lundi 30 janvier condamné Farida Belghoul pour complicité de diffamation et Dalila Hassan pour diffamation. Ces deux femmes avaient, par vidéo Youtube interposée, relaté un témoignage plus que fumeux. Celui d’une mère tchétchène dont le fils de 4 ans aurait été contraint de baisser son pantalon par l’institutrice tout comme une petite fille de cette école maternelle de La Blotterie, de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire). Les deux enfants auraient été invités par la maîtresse à se toucher les organes génitaux et à se faire des « bisous ».

L’étrange et la haine étaient au rendez-vous et l’affaire avait fait grand bruit dans un pays où l’on parlait « théorie du genre ». C’était il y a, déjà, trois ans : « Excitations sexuelles de parents d’élèves d’une école maternelle au Jardin de la France ».

Dossier scabreux

Dalila Hassan était alors, localement, la « correspondante » des JRE (« Journées de retrait de l’école »), qui avait fait appel à Farida Belghoul, porte-parole du mouvement JRE. Et l’affaire avait localement pris une dimension politique avec campagne pour les élections municipales.

L’affaire avait, avec le plus grand tact, été révélée par La Nouvelle République du Centre Ouest (François Bluteau). Puis les médias nationaux l’avaient traitée – avant de l’oublier. C’est le même quotidien régional qui la clôt.  La Cour d’appel d’Orléans a confirmé la culpabilité de Farida Belghoul pour complicité de diffamation envers l’institutrice et celle de Dalila Hassan pour diffamation. Elle inflige 8.000 € d’amende à Farida Belghoul (contre 5.000 € en première instance) et 2.000 € pour Dalila Hassan (au lieu de 4.000 €). L’avocat général, Jean-Dominique Trippier, avait requis une confirmation du premier jugement.

Au civil, les deux appelantes devaient régler solidairement 12.000 € à l’institutrice par ce jugement du tribunal correctionnel de Tours du 19 mai 2016, au titre du dommage moral. Les parties civiles, lors du procès d’appel, avaient demandé 20.000 € pour le préjudice moral causé à cette enseignante. La Cour le fixe à 15.000 € et à 3.000 € les frais en cause d’appel. Toujours suivre ses dossiers. Sans oublier les plus scabreux.

A demain