Autisme : ceux qui croyaient au ciel et ceux qui voudraient y croire (France Inter)

 

Bonjour

On a beau faire, faute de science dure la croyance revient à bride abattue. A l’aube c’était  France Inter qui ajoutait  ses voix à toutes celles qui nourrissent, depuis quelques jours, la polémique sur l’autisme-psychanalyse-ou-pas. Une guerre de cinquante ans et de nouvelles flambées de violence. Les vents ont tourné et ce sont désormais les analystes qui sont promis aux bûchers scientifiques.

Nouveau combat de tranchée annoncé avec Avec Florent Chapel, vice-président de la Maison de l’Autisme et Patrick Landman, adversaire du DSM-5, psychiatre et psychanalyste.  Du second on entendra qu’il n’est pas, au micro de la radio publique, en situation de conflit d’intérêts.

Mea culpa analytique

Du premier on apprendra, grâce à une auditrice, qu’il est directeur associé depuis 2008 en charge de l’ensemble des missions de conseil chez L J Corporate (Cabinet conseil en stratégie, membre du réseau international Crisis Management Network) – société très impliquée dans le monde du médicament et de la santé.  Il est aussi l’auteur, avec Sophie Le Callennec, de l’ouvrage « Autisme la grande enquête » (Editions Les Arènes, 2016).

Les vents ont tourné. Aujourd’hui c’est le psychanalyste qui accepte de battre sa coulpe. Il accepte de reconnaître l’existence d’outrances dans le passé. Pour un peu l’Opus Dei analytique aurait bel et bien sévi. On aurait bel et bien accusé des mères d’être la cause première de l’autisme de leur progéniture.  Des mères condamnées.

Le divan aux dimanches

Pour le communicant tout cela existe toujours. Il faut selon lui en finir, radicalement, avec cette diablerie qu’est la thermodynamique des inconscients. Et, dans tous les cas, ne plus financer l’approche analytique sur des deniers publics, la sortir des établissements hospitaliers, des unités de psychiatrie. C’est précisement ce qui se discutera cet après-midi à l’Assemblée nationale, sur la rive gauche de la Seine où la droite républicaine apporte le bois du bûcher. On peut le dire autrement : réserver le divan aux dimanches. Promulguer une nouvelle séparation, entre Freud et de l’Etat.

Une mère appelle. Elle dit, simplement, que la complémentarité est possible, que son enfant de onze ans est scolarisé mais que la psychanalyse l’a beaucoup aidée, elle et le père, son mari. L’analyste est satisfait. Le communicant ne l’est pas. Une autre mère l’accuse de vouloir enrégimenter, militariser les autistes. On songe à la radicalité et aux entreprises de déradicalisation.  Au retour récurrent de  la croyance, cette certitude débarrassée des preuves.

Le temps passe vite sur France Inter.Une centaine d’auditeurs au standard. Trop tard, au revoir. Voici le temps venu des tristes humoristes.

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«La science ne nous en a pas débarrassé : la croyance revient, armée et assassine»

 

Bonjour

Jean-Claude Carrière, 85 ans, a déjà eu plusieurs vies. Historien, traducteur, écrivain, scénariste, parolier, metteur en scène… Il résume ses innombrables facettes sous l’appellation de «conteur». Il vient de publier deux ouvrages majeurs inspirés par le «califat» de l’État islamique. Retour sur les résonances entre la situation contemporaine et les expériences passées, entre croyance, guerre et paix.

Vos deux derniers ouvrages, Croyance et La Paix (éditions Odile Jacob) donnent l’impression que vous avez désormais adopté la position du sage. D’où nous écrivez-vous aujourd’hui? Est-ce bien cela?

– Jean-Claude Carrière: Surtout pas! (rires). Non, je fais ici appel à ma formation d’historien. J’ai fait Normale sup et suis devenu historien. Là, je suis en terrain sûr. À dire vrai, je pense continuellement à l’histoire. Je réfléchis à la manière dont tel ou tel événement peut s’y inscrire. J’analyse: comment recevons-nous cet événement de notre présent? Comment le racontons-nous et comment sera-t-il demain raconté?

Et puis je suis un homme de spectacle et la dramaturgie me passionne. C’est ce que j’aborde dans La Paix, cette paix durant laquelle il ne se passe rien, que pouvons-nous en dire aujourd’hui? Dans les œuvres littéraires, romanesques, théâtrales, il y a toujours un conflit, toujours une querelle, toujours une hostilité voire une guerre. Dans la tragédie, bien sûr, mais aussi la comédie. Avec, bien évidemment, au départ, l’épopée. Mais si tout cela est mis de côté, alors que peut-on encore raconter ? (Lire la suite sur Slate.fr)

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Alerte : le «fiché S » va quitter le centre de déradicalisation, trois jours après y être entré

 

Bonjour

On se souvient du « jeune fiché S ». De l’émotion qu’il avait créé à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire) – émotion quand on avait appris qu’il allait être admis dans le premier centre français de déradicalisation. Trois jours plus tard, c’est fini. Le préfet d’Indre-et-Loire vient d’annoncer,  ce 30 septembre en fin d’après midi, le départ de « David », 23 ans et originaire d’Arras,  vers une autre « structure ». Une mesure visant à « apaiser la population locale » – une population  sans l’adhésion de laquelle le succès de l’expérience du château-chapelle de Pontourny risquait de tourner court. Et Dieu sait, dit-on, que la population est inquiète.  L’affaire est rapportée par La Nouvelle République (Philippe Samzun).

Pour autant le préfet d’Indre-et-Loire a refusé d’infirmer ou de confirmer le fait que le garçon ait effectivement fait l’objet d’une « fiche S ». Pourquoi ? « C’est confidentiel, ça relève du secret défense » a insisté le préfet Louis Le Franc. Sans rire.  Il a en revanche expliqué que le pensionnaire du centre de Pontourny avait été condamné pour des faits de violence volontaire, ce qui s’avérait incompatible avec les – nouveaux – critères d’admission de ce centre unique en France. Que ne le savait-il plus tôt ?

Aucune violence

« Les attentats de Nice, ainsi que l’assassinat du prêtre en Normandie, nous ont conduit à réfléchir à la notion de violence en tant que telle, et à demander à ce que ce critère soit désormais pris en compte dans les critères d’admission » complète Laurent Baumel, député directement concerné  (socialiste, frondeur). Qui comprend quoi à de telles explications ? Et qu’est-ce, précisément, que le concept de déradicalisation ? Où commence-t-il ? Préventif ou thérapeutique ?

« Le départ de David  devrait avoir lieu très prochainement. Il sera accueilli au sein d’une structure plus adaptée dans la mesure où il n’est pas question d’abandonner ces jeunes qui, la plupart du temps, ont eu un parcours de vie très douloureux » insiste le préfet Louis Le Franc. Abandonner ? Pontourny accueille actuellement trois garçons et trois filles âgés de 18 à 25 ans. On n’a pas fini de parler de radicalisation, entre Loire et Vienne, à Beaumont-en-Véron.

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Le premier «fiché S» crée l’émotion chez les voisins du premier centre de déradicalisation

Bonjour

Ce ne seront pas des anges. C’est le premier « fiché S» a être admis dans le « premier centre français de déradicalisation. L’affaire aurait dû rester secrète. C’était compter sans la presse et sans le futur déradicalisé. Il s’est confié à La Voix du Nord (Sophie Filippi-Paoli): « Itinéraire d’un fiché «S» de 23 ans : ‘’Je veux changer, refaire surface’’».

« Fiché « S », I., 23 ans, originaire de l’Arrageois, va intégrer aujourd’hui le premier centre de déradicalisation de France pour un séjour de dix mois. Récit d’une vie chaotique entre violences et islamisation radicale avec, au final, une envie de s’en sortir, de « se couper du milieu ».

« Nerveux, très mince, souriant, il parle de tout facilement : les armes qui l’entourent sur la vidéo qu’il nous montre, ses braquages, sa dépendance à l’alcool et même ses troubles psychiatriques : «  Je suis bipolaire.  » En revanche, il est beaucoup plus difficile pour I. d’aborder le pourquoi de sa fiche « S », d’évoquer les raisons qui ont poussé la préfecture du Pas-de-Calais à proposer son dossier au premier centre de déradicalisation de France , à Beaumont-en-Véron en Indre-et-Loire. Pourtant, il est sur le départ : on l’y attend aujourd’hui. Mais, voilà, les liens ne sont pas coupés et ses « amis » sont violents (…). »

Les yeux dans les yeux

Cet « ex-braqueur violent et bipolaire », nous dit La Nouvelle République, « effraie la population et les élus ». Bernard Château, maire de Beaumont-en-Véron : « On se doutait bien que le centre n’abriterait pas des anges, mais on a l’impression d’avoir été trompés. » « Le recrutement devait aussi être régional, et voilà un client qui arrive du Pas-de-Calais. Ce sera bientôt de toute la France » estime le maire  l’élu qui a « demandé expressément au préfet » que l’individu soit « renvoyé » dans sa région. D’autres élus se sentent floués : ceux à qui, pour obtenir leur semi-neutralité,  on avait été promis (« oralement »), qu’il n’y aurait « ni « fichés S », ni individus sous main de justice ».

L’association « Radicalement digne de Pontourny » reprend simplement, sur son site le papier de La Voix du Nord. Elle estime que les promesses faites « les yeux dans les yeux » ont été « bafouées ».

Refaire surface

Selon La Nouvelle République le préfet d’Indre-et-Loire devait s’entretenir du sujet avec les services du Premier ministre hier après-midi et, finalement un communiqué de presse confirmait que ladite personne avait bien « rejoint le centre de prévention ».

Seul élément nouveau, « le comité de suivi de l’établissement se réunira en préfecture vendredi 30 septembre pour faire le point sur le démarrage du programme et le fonctionnement du centre. » Pour Laurent Baumel, député (socialiste-frondeur) d’Indre-et-Loire, tout doit être revu s’il était acquis que la personne en question « a été condamnée pour violences ». Du côté du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation qui dirige le dispositif, on insistait hier soir sur le fait que les individus ne devaient surtout pas avoir déjà agi « dans un cadre terroriste », et devaient avoir « une véritable volonté de s’en sortir ».

Le premier « fiché S » dit quant à lui non pas vouloir « s’en sortir », mais bien « refaire surface ». La nuance est de taille.

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Déradicalisation au château de Pontourny : quelques pistes pour journalistes d’investigation

 

Bonjour

Nous sommes loin d’en avoir fini avec l’affaire du château de Pontourny, premier « centre français de déraricalisation ». Il y a la question, croustillante, du testament d’essence catholique. Mais il y a aussi bien d’autres pistes, factuelles et symboliques. On les voit dessinée dans La Nouvelle République du Centre Ouest (Patrick Goupil) : « Pontourny : les premiers pensionnaires sont arrivés ».

Il faut ici compter avec  l’association « Radicalement Digne de Pontourny ». Son nom signe les convictions de ses membres qui se réunissent autour d’un concept : « non au centre expérimental de déradicalisation en milieu habité ». « En divulguant le lieu de Pontourny et en le médiatisant à outrance, le gouvernement nous met en danger, écrivent-ils.  Créer un centre de déradicalisation sans en cacher l’adresse c’est  s’exposer aux représailles de DAESH. » Cette association 1901 a pour adresse le n° 4 de la rue du 8 Mai 1945 (37420 Beaumont-en-Véron). A un jet de raisin breton de la chapelle du château. Elle dit défendre les intérêts immédiats des riverains.

Les pistes de La Nouvelle République ? On en revient aux fameuses « clauses successorales ». Elles sont ainsi résumées :

« Lorsqu’en 1896, Marie-Alphonse Greban de Pontourny, dernier propriétaire du domaine qui porte son nom, établit comme légataire universel [son cousin]Jean-Baptiste Turquet, il précise que « le domaine doit avoir pour mission une œuvre charitable chrétienne avec obligation du culte catholique, un office par semaine ».

Le cas de l’aumônier

Le quotidien régional explique qu’avant le bouclage « nul interlocuteur ne souhaitait s’exprimer sur le sujet » mais qu’il semble acquis que ces clauses successorales ont déjà été étudiées par les pouvoirs publics. « Dès la décision de la Ville de Paris de fermer le centre de Pontourny, les conditions de reprise avaient été évoquées, faisant écarter certaines pistes pour demeurer dans la sphère du social, précise Patrick Goupil. Le centre de déradicalisation étant un établissement qui relève du ‘’code de l’action sociale et des familles’’, la compatibilité avec le legs est donc plausible. »

Mais il y a aussi le cas, assez pendable, de l’aumônier 1. « Le projet prévoit en plus le recrutement d’un aumônier catholique, ce qui n’était pas le cas quand l’établissement était dirigé par la Ville de Paris, peut-on lire dans La Nouvelle République. Ce détail semble montrer que les nouveaux responsables tiennent à se mettre en conformité avec le legs. Quant aux offices catholiques à tenir, il semble que la Ville de Paris avait trouvé la solution, puisqu’il se dit qu’elle versait régulièrement à la paroisse de quoi faire dire des messes ! »

Pain bénit

Il se dit désormais qu’il serait bon de vérifier cette information. La Ville de Paris donnant de l’argent pour que des messes soient dites… Cela ferait un assez bon article. Du pain bénit pour journalistes d’investigation.

« En attendant, le centre semble avoir reçu ses premiers pensionnaires » croit encore savoir le quotidien régional. L’arrivée « se serait faite » en milieu de semaine et « tardivement ». Il s’agirait de quatre volontaires (dont au moins trois jeunes filles). « Logés dans une partie au-dessus du foyer, non visible de la route, les pensionnaires restent des plus discrets. Selon toute vraisemblance, les arrivées devraient s’échelonner lentement, et la volonté affichée de faire le plein d’ici novembre, serait en fait décalée à décembre. » Et le confrère ne résiste pas à la chute : « Pour Noël peut-être ? ».

A Paris, bien loin de Beaumont-en-Véron, Le Figaro annonçait qu’il y aurait aujourd’hui en France 1954 mineurs signalés comme radicalisés . Combien de Pontourny ?

A demain

1 Aumônier : Ecclésiastique dont la fonction ordinaire était de distribuer les aumônes de ceux à qui il était attaché, de leur dire la messe, de faire la prière du soir et du matin, etc. Grand aumônier de France. Premier aumônier du roi. Aumônier ordinaire du roi. Aumônier de quartier. Aumônier du commun. Aumônier de la reine. L’aumônier d’un évêque. L’aumônier d’une princesse, d’un grand seigneur. Il se dit aujourd’hui des Ecclésiastiques attachés à certains corps, à certains établissements, pour enseigner la religion et les diriger spirituellement. L’aumônier d’un régiment, d’un hôpital, d’un collège, d’une prison. L’aumônier d’un vaisseau.

Un terroriste français a-t-il ou non le droit d’être enterré «quelque part en France» ?

 

Bonjour

Libération parle « d’imbroglio ». C’est bien le mot. Imbroglio  Imbroglio autour d’un corps mort, d’une tombe impossible. C’est l’ombre d’Antigone, celle de Jean Anouilh, l’interdit prononcé des rites funéraires – et tout ce qui en résulte. Aujourd’hui Créon est joué par le tribunal administratif de Versailles. Il le sera, peut-être, demain par le Conseil d’Etat. Et si un extrême devait arriver au pouvoir il ferait voter une loi. C’est une pièce qui durera.

Soit le cas de Larossi Abballa, auteur de l’attentat de Magnanville (Yvelines). Il avait assassiné, le 13 juin dernier, un couple de policiers. Il les avait tués à l’arme blanche avant d’être abattu lors de l’assaut du RAID. Le fils du couple, âgé de trois ans et demi, avait alors été retrouvé en état de choc. Une nouvelle fois l’horreur sur les ondes et les écrans -et tout ce qui en résulte. « Larossi Abballa, un islamiste radical se revendiquant de l’État islamique » précise Wikipédia : « Double meurtre du 13 juin 2016 à Magnanville ».

Larossi Abballa n’a pas, pour l’heure, de sépulture. Son corps est au bord de la Seine, à l’Institut médico-légal de Paris.  Michel Vialay, maire (Les Républicains) de Mantes-la-Jolie avait signifié, dès la fin juillet, son refus de voir inhumer le corps du terroriste dans le carré musulman du cimetière municipal. Il invoquait alors le risque de «trouble à l’ordre public» – la peur de voir ce carré, et la tombe, devenir  l’objet d’un «pèlerinage malsain». Ce sont, désormais, les arguments des maires de France confrontés à de telles situations.

Variations préfectorales

Libération (Bernadette Sauvaget) rappelle que la question s’était posée, en 2012, pour Mohammed Merah (assassin de sept personnes dont trois enfants juifs). Le préfet de Haute-Garonne avait finalement rappelé le maire (socialiste) de Toulouse, Pierre Cohen, à ses obligations. Le droit français dispose qu’il existe, de fait, un droit d’inhumation là où la personne est décédée, là où elle a résidé, ou quand la famille dispose d’une concession funéraire. Or dans l’affaire de Mantes-la-Jolie, Me Victor Lima (l’avocat de la famille Abballa) le préfet des Yvelines s’était abstenu d’une démarche équivalente. Pourquoi ?

Après le refus du maire de Mantes-la-Jolie, les proches de Larossi Abballa avaient formulé une demande à la commune de Magnanville. Refus du maire. La famille avait alors dû recourir au tribunal administratif de Versailles qui devait, ce jeudi 22 septembre, rendre sa décision. En pratique : transmettre ou non au Conseil d’Etat une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) au Conseil d’Etat (ce que veut le maire) 1.La tournure juridique de l’affaire tient au fait qu’une concession funéraire est un contrat. Cette affaire est, aussi, une grande première, à la fois politique et symbolique. Une forme sans précédent de droit du sol.

Et puis, in fine, ce rebondissement  diplomatique qui pourrait (qui sait ?) soulager les magistrats du droit administratif  français : après avoir gardé le silence les autorités marocaines (le roi du Maroc) ont finalement donné leur accord pour que Larossi Abballa soit enterré dans ce pays dont sa famille est originaire. C’est, là encore, une première. Libération rappelle qu’en 2012, le maire de la commune algérienne où vit le père de Mohamed Merah s’était opposé à l’inhumation du terroriste sur son territoire. Et que les autorités maliennes avaient refusé le rapatriement du corps d’Amedy Coulibaly, l’auteur, le 9 janvier 2015, de l’attaque meurtrière contre l’Hyper Cacher de la Porte-de-Vincennes à Paris.

Toutes proportions gardées, Antigone est une tragédie qui ne connaît pas de frontières.

A demain

1 Le tribunal administratif de Versailles a, le 22 septembre,  reconnu le sérieux de la question et l’a donc transmise au Conseil d’Etat, sans se prononcer sur le fond du dossier. La plus haute juridiction administrative a maintenant trois mois pour transmettre cette question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel, si elle estime que tous les critères de recevabilité sont remplis. Le corps devrait donc rester encore (au moins) trois mois à l’Institut médico-légal de Paris.

 

Mais où peut donc être niché ce satané premier centre français pour futurs déradicalisés ?

Bonjour

Au-delà du périphérique les journalistes parisiens sont souvent comme perdus. Au-delà du périphérique mais aussi entre les autoroutes. Cette vérité s’est une nouvelle fois vérifiée aujourd’hui 13 septembre 2016. Il s’agissait, tambour battant, de parler sur les ondes et les chaînes publiques de l’ouverture prochaine du premier centre français de déradicalisation. Explication de vocabulaire… innombrables envoyés spéciaux… entretiens avec les  jargonneux psychiatres formateurs… questions au préfet… au directeur…  aux voisins… Le sujet sous toutes ses coutures en somme.

Pourtant comme une gêne, comme un flottement géographique. On comprenait bien être loin du périphérique… quelque part dans la Touraine … « loin de tout » (France Inter) … pas une mobylette… au milieu des vignes… un tracteur enjambeur… vers Chinon… dans la « commune de Pontourny »…

Rabatteurs sur la Toile

Or la « commune de Pontourny » n’existe pas, n’a jamais existé et n’existera sans doute jamais. Il faut ici parler du « Château de Pontourny », vieux manoir transformé en asile durant 14-18.  Ancien asile Saint-Joseph. Propriété de la ville de Paris devenue « centre éducatif » et qui allait fermer ses portes. Les portes ne vont donc pas fermer mais les élus et la population ont peur.

L’Etat leur explique pourtant (depuis mars et une indiscrétion de France Inter) que ce centre accueillera des jeunes de 18 à 30 ans n’ayant jamais été incarcérés et n’ayant non plus pas été identifiés sur des zones de conflits. Les jeunes en sont « au stade précoce de rupture ». Comprendre : « le centre accueillera des jeunes qui sont entrés dans une spirale dangereuse, des victimes de rabatteurs sur la Toile ».

Charles Martel, 732

Ce centre « étatique » officiellement appelé « Centre de réinsertion et de citoyenneté » accueillera une trentaine de jeunes radicalisés pour commencer. Leur programme de déradicalisation durera dix mois. Une dizaine de centres similaires devraient ouvrir partout en France d’ici fin 2017.   Les « jeunes radicalisés » seront pris en charge jour et nuit. Le centre sera « ouvert » mais « surveillé », pour un « public » de 18 à 30 ans.

On aurait peut-être moins peur si l’on nous expliquait que le Château de Pontourny n’est pas hors-sol mais bien ancré sur la commune de Beaumont-en-Véron , entre Vienne et Loire. A deux pas de Chinon « petite ville, grand renom », pays de François Rabelais. A deux lieues de Candes, où mourut Saint Martin. Nous sommes ici dans les profondes racines du pays de Véron, triangle d’eaux, de terres, de ceps de cabernet franc et de chenin – triangle  qui a toujours la mémoire des séquelles de la bataille voisine de l’an 732, Charles Martel stoppant une razzia.

Caves interdites

On écoute les reportages, on imagine la montée hebdomadaire des couleurs tricolores. Le directeur du château préfère la formule « Centre de distanciation ». On sent la journaliste inquiète, au moins autant que l’autochtone de Beaumont-en-Véron. Cet homme explique, calmement, qu’en dix mois les futurs locataires auront le temps de tout connaître des lieux et des gens. Or, dit-il en substance, nous avons ici des festivals de jazz et la centrale nucléaire de Chinon-Avoine. « Ils pourront tous savoir, tout repérer, avant de revenir … ».

On raconte que dans les villages voisins, jusqu’à Bourgueil pays de Jean Carmet, la tension monte. On se prépare au pire. Mais ce ne sont pas des choses que l’on dit aux journalistes venus de Paris. Des journalistes qui ne descendent jamais dans les caves. Des journalistes qui, d’ailleurs, sont déjà repartis.

A demain