Infirmiers de Pratique Avancée: Agnès Buzyn annonce qu’ils pourront suturer les plaies

Bonjour

C’est la rentrée et c’est une course politique contre la montre. Une course médicale pour « désengorger » les urgences « en surchauffe »  et tenter de les « fluidifier ». Agnès Buzyn a, lundi 2 septembre, dévoilé en accéléré une série de mesures. Des annonces faites au CHU de Poitiers lors d’un déplacement inopiné. La ministre des Solidarités et de la Santé y a eu cette formule médicalisée : « On a besoin de trouver une solution de fond, pas juste de soigner le symptôme, cette fièvre ressentie au niveau de l’activité des urgences ». Pourquoi le CHU de Poitiers ? « Parce que cet établissement a « fait preuve d’inventivité ».

On sait le contexte national : une crise inédite par son ampleur, sa durée, son objet. Un mouvement de grève entamé depuis bientôt six mois qui touche aujourd’hui la moitié des services d’urgences du secteur public – 233 selon le collectif Inter-Urgences, 195 selon Agnès Buzyn. En juin une mission fut confiée par la ministre au chef du SAMU de Paris le Pr Pierre Carli, et à l’urgentiste- député (La République en marche, Charente) Thomas Mesnier. Leur rapport est attendu pour plus tard et en dépit des interventions médiatiques du Dr Mesnier la fièvre montait, le symptôme empirait. Il fallait parler et on décida ce déplacement ministériel à Poitiers pour parer au plus pressé, tenter de calmer avant de recevoir, le 9 septembre « tous les acteurs du secteur ».

Course contre la montre politique : alors qu’Agnès Buzyn parlait à Poitiers, plusieurs organisations de médecins hospitaliers ou urgentistes annonçaient de « rejoindre la mobilisation portée par le collectif Inter-Urgences » et participer à son assemblée générale, le 10 septembre à Saint-Denis. « Nous demandons de mettre fin aux restrictions budgétaires », expliquent ces médecins dans un communiqué, réclamant notamment « un moratoire sur la fermeture de lits » et un « recrutement de personnels à la hauteur des besoins ».

A la frontière du futur quinquennat

On lira ici les annonces ministérielles de Poitiers : « Déplacement CHU Poitiers – Premières mesures pour les Urgences ». L’une d’entre elles a d’ores et déjà frappé les médias généralistes : les infirmiers pourront refermer les plaies.

« Fluidifier les urgences, c’est aussi libérer du temps médical et s’appuyer sur la grande compétence des paramédicaux : c’est pourquoi Agnès Buzyn a décidé de donner un coup d’accélérateur aux protocoles de coopération en donnant aux infirmiers accès à deux protocoles pour l’imagerie et les sutures de plaie, qui donneront lieu au versement de la toute nouvelle prime de coopération [80 euros par mois]. La ministre a annoncé la création d’Infirmiers de Pratique Avancée (IPA) « Urgences » qui pourront directement prendre en charge les patients (diagnostic à l’aide d’un algorithme, réalisation d’actes techniques en autonomie, prescription d’imagerie). »

Des infirmiers suturant et prescrivant, donc. Ce n’est qu’un début. Pour ce nouveau métier (IPA-Urgences) les premières formations commenceront dès l’automne 2020. Premiers soignants diplômés en 2022. Nous serons alors à la frontière du futur quinquennat. D’ici là d’autres annonces ministérielles sont attendues. Les premières, dès la semaine prochaine. Une course contre la montre, pour désengorger et fluidifier.

A demain @jynau

Dignité : l’Etat français peut-il imposer de radiographier les os des mineurs étrangers ?

Bonjour

« Nous restons convaincus qu’on ne peut pas protéger les enfants en se fondant sur un risque avéré d’erreur médicale : cela disqualifie et la médecine et la protection de l’enfance. Cette décision parlementaire faisant fi délibérément du risque d’erreur important de ces tests pour cet usage est incompréhensible et irresponsable. Nous continuerons à agir pour que la pratique des tests radiologiques osseux dans ce cadre disparaisse. »

 C’était il y a, précisément, trois ans. Plusieurs institutions médicales montaient sur les barricades médiatiques. « Il est encore temps de restaurer toute sa noblesse au projet de loi de protection de l’enfance en renonçant à une procédure inopérante, stigmatisante, génératrice d’arbitraire, en un mot « contre-éthique », envers des jeunes qui appellent, non pas la suspicion, mais à notre protection, écrivaient les signataires dans Le Monde . Nous en appelons à la représentation nationale : il faut exclure tout recours à un examen médical, notamment aux tests d’âge osseux, pour établir l’âge civil des mineurs étrangers isolés. »

Le Parlement venait alors d’adopter définitivement la nouvelle proposition de loi relative à la protection de l’enfant. C’est un texte qui n’a guère fait gronder les foules. Il comprend différentes mesures destinées à améliorer le dispositif de protection de l’enfance – des mesures qui, dans l’ensemble, ont été  bien reçues par les milieux professionnels de la santé et de l’action sociale.

Mais ce texte inscrivait aussi dans la loi le possible usage des tests radiologiques osseux pour établir l’âge des mineurs isolés étrangers. François Hollande, son gouvernement et le Parlement n’ignoraient pourtant rien de l’absence totale de fiabilité de ces tests pour cet usage. Ils n’ignoraient rien non plus de la demande d’y renoncer définitivement, formulée par les plus hautes instances médicales, scientifiques, éthiques et des droits de l’enfant, maintes fois évoquée lors des débats parlementaires. Marisol Touraine, alors, était restée muette.

Obsolescence et dignité

L’Académie nationale de médecine, le Haut Comité de santé publique, le Comité national d’éthique avaient tous affirmé qu’un tel examen n’est nullement fiable pour établir l’âge civil d’une personne aux confins de l’enfance et de l’âge adulte – avec une marge d’erreur se situant entre dix-huit et vingt-quatre mois. De plus le détournement d’examens médicaux pour une finalité administrative, bien loin de protéger, risquait d’empêcher d’obtenir un droit au séjour, et constituait ce que les signataires de la tribune du Monde nommaient, avec raison, faute éthique.

Trois ans plus tard la question est solennellement posée : le recours aux tests osseux sur des mineurs étrangers isolés – pour déterminer leur âge – est-il conforme à la Constitution ? Une question à laquelle vont devoir répondre les membres du Conseil constitutionnel via une  question prioritaire de constitutionnalité (QPC) déjà évoquée sur ce blog.

Utilisés dans de nombreux pays européens pour déterminer l’âge des jeunes migrants lorsqu’un doute subsiste, ces tests de maturité osseuse sont très critiqués, notamment par les associations d’aide aux migrants, par certains médecins et professionnels de la justice, rappelle l’AFP. En cause : leur caractère obsolète – ils reposent sur des données statistiques collectées dans les années 1930-1940 sur une population américaine et bien portante – et leur marge d’erreur, d’au moins dix-huit mois pour les 16-18 ans, la tranche d’âge concernée.

Mais moins que d’obsolescence il s’agit bien de dignité. Il y a quelques jours les ONG Médecins du monde et le Secours catholique, ainsi que la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la magistrature et la Cimade réclamaient l’interdiction de ces tests. Ils dénonçaient « l’absence de pertinence scientifique et éthique de ces tests et leur caractère attentatoire aux droits de l’enfant » et critiquent notamment « l’exposition d’enfants à des rayons irradiants, potentiellement dangereux pour la santé, sans aucune finalité thérapeutique ». Déontologie et dignitéon eût aimé que le Conseil de l’Ordre des médecins français ne soit pas, ici, muet.

A demain

@jynau

1 Il s’agissait de la « Société française pour la Santé de l’Adolescent « (SFSA), de la « Société française de pédiatrie » (SFP), du « Syndicat national des médecins de protection maternelle et infantile » (SNMPMI), de l’ « Association Nationale des Maisons des Adolescents » (ANMDA), de l’ « Association Française de Pédiatrie Ambulatoire » (AFPA) ainsi que de l’ONG « Pédiatres du monde »

 

Mais qui est ce médecin et député macronien soudain accusé de sexisme et de vulgarité ?

Bonjour

Le nouveau monde macronien n’est pas sans réserver quelques surprises et autres désinhibitions. Au lendemain de Noël les citoyens apprenaient que le chef de file des députés La République en marche (LRM), Gilles Le Gendre, dénonçait les « propos inadmissibles » d’un député LRM – député « des Français établis à l’étranger ». Avant le réveillon ce député avait tweeté ceci à l’adresse d’Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie-Les Verts (EELV) du Val-de-Marne.

« Avec le pot de maquillage @EstherBenbassa que vous vous mettez sur la tête, vous incarnez plus que jamais ce que vous tentez maladroitement de caricaturer. Vous le sentez l’amalgame violent maintenant? https://twitter.com/EstherBenbassa/status/1076414210370883584 … »

Réaction, deux jours plus tard, de M. Le Gendre sur Twitter : « Le bureau du groupe parlementaire LRM se désolidarise de notre collègue Joachim Son-Forget à la suite de ses propos inadmissibles contre la sénatrice Esther Benbassa. Aucune controverse politique ne justifie de verser dans le sexisme et la vulgarité », a déclaré M. Le Gendre sur Twitter.

Pour sa part la sénatrice déclarait à l’Agence France Presse que « l’expression sans complexe d’un tel sexisme, venant d’un parlementaire, après #metoo, a de quoi laisser sans voix ». Et le député de répliquer : « La référence au maquillage ne peut en aucun cas être mélangée à une attaque sur le physique ». Et Le Monde de rappeler qu’en septembre dernier ce député des Français de l’étranger avait déjà reçu de vives critiques pour avoir défendu le forain Marcel Campion, qui avait tenu des propos homophobes à propos d’élus parisiens.

Rebondissement à la veille des vœux du président de la République : le député accusé de sexisme a annoncé au magazine Valeurs actuelles puis à l’Agence France-Presse, samedi 29 décembre, qu’il venait de quitter le parti présidentiel et son groupe parlementaire. Ce représentant à l’Assemblée nationale « des Français de Suisse et du Liechtenstein » a confié à l’hebdomadaire continuer de soutenir le président Emmanuel Macron, mais ne pas exclure de « constituer une liste aux élections européennes et de créer un parti, quitte à continuer à utiliser la satire et des méthodes de communication innovantes ».

Drame et constance

« Après échanges téléphoniques non fructueux, j’ai pris ma décision après l’avoir annoncée au président. Pas de drame mais de la constance », a, de son côté, écrit le député de 35 ans dans un de ses nombreux messages publiés samedi sur Twitter. « J’ai fait la guerre pour habiter rue de la paix », a-t-il encore publié, citant ainsi le rappeur Booba, accompagné du mot-clé « démissionLREM ».

Et la sénatrice EELV Esther Benbassa de se réjouir (toujours sur Twitter) de ce départ :

« Merci à ttes & ts pour votre soutien. D’abord suspendu de son groupe à l’#Assemblée, @sonjoachim quitte #LREM. Le #sexisme en politique, ça ne passe plus, ça casse. Un seul espoir: qu’il ne passe plus nulle part. C’est notre combat commun à ttes et à ts. Avis à @MarleneSchiappa. »

Les médias recensent les sorties du député abandonnant son groupe. Un peu avant minuit jeudi, il avait commencé par un selfie posté par le député avec une peluche de blaireau, où il s’en prenait à ceux, dont ses collègues LRM, qui avaient critiqué ses propos envers Mme Benbassa. « Dédicace spéciale à tous les trolls, collègues hypocrites déversant leur fiel, poltrons cachés dans leur anonymat, et toute ma compassion envers les binaires et les coincés au level 1, le boss de fin étant trop subtil et trop intelligent pour eux », avait-il légendé.

Plus tard, le député a posté une vidéo de lui tirant avec un fusil de sniper – un de ses hobbies – ou des photomontages le montrant en personnage de dessin animé ou en joueur de foot avec le maillot de la Suisse devant le drapeau du Kosovo.

Mécanismes visuo-vestibulaires de l’auto-conscience corporelle

Mais qui est donc ce député ? Il s’agit de Joachim Son-Forget, 35 ans, né Kim Jae Duk à Séoul – avant d’être adopté, à l’âge de trois ans, par une famille française et de grandir à Langres. Il fait ses études à Dijon, Paris et Lausanne. Une carrière peu banale exposée dans le détail sur Wikipédia :

« Titulaire d’un master recherche en sciences cognitives (co-accrédité par l’université Paris-Descartes, l’EHESS et l’ENS Paris) qu’il valide avec un mémoire encadré par Stanislas Dehaene. Poursuivant aussi des études de médecine, il obtient en 2008 son diplôme de fin de deuxième cycle des études médicales à l’université de Dijon puis passe l’examen classant national.

« À la suite de cet examen, il décide de poursuivre son cursus médical en Suisse et d’y effectuer l’intégralité de son internat, en tant qu’interne en radiologie au centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne. Il obtient en 2015 un doctorat en sciences médicales en neurosciences cohabilité par l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et l’université de Lausanne ; rédigé sous la direction d’Olaf Blanke et Reto Meuli, il porte sur le thème des mécanismes visuo-vestibulaires de l’auto-conscience corporelle. »

Et, en parallèle, ce médecin soutient François Hollande lors de l’élection présidentielle de 2012. Cinq ans plus tard est nommé candidat nommé de LREM  aux élections législatives dans la sixième circonscription des Français établis hors de France. Obtient 63,21 % des voix dès le premier tour. Une trop forte abstention ne lui permet pas d’être directement élu13. Au second tour, il obtient 74,94 % des voix, l’abstention culminant à 81,22 %.

Président du cercle de réflexion Global Variations il obtient la nationalité kosovare en juin 2018 « à titre exceptionnel ». Il explique que dès son adolescence « il a été très tôt captivé par la richesse culturelle et humaine du pays » et est par ailleurs vice-président du groupe d’amitié France-Kosovo à l’Assemblée nationale.  Le Monde parle, à son endroit, d’un député qui signe « de nombreux tweets assez éloignés de la réserve attendue d’un député ». Euphémisme. Nouveau monde macronien, surprises et désinhibitions.

A demain

@jynau

 

Ethique politique : la France peut-elle sonder les os pour  déterminer l’âge des jeunes étrangers ?

Bonjour

Une minute de lecture d’une dépêche de l’AFP pour des abîmes de réflexion éthique et politique. Nous sommes en France.  Le Conseil constitutionnel statuera prochainement « sur les examens osseux effectués pour déterminer l’âge des mineurs étrangers isolés ». Les « sages » se prononceront avant le printemps 2019 : il nous diront si, à leurs yeux, la Constitution française autorise la pratique de tels tests. Un jeu de patate chaude : cette question prioritaire de constitutionnalité (QPC) leur a été transmise par la Cour de cassation aujourd’hui 21 décembre.

Le dossier : cette QPC a été soulevée par la défense d’un « jeune » Guinéen qui avait assuré être âgé de 15 ans à son arrivée en France. C’était en 2016. Renvoyé vers le conseil départemental de l’Ain, il avait refusé de se soumettre à ces examens radiologiques censés permettre de déterminer son âge, mais (nous rappelle fort utilement Le Monde) dont la fiabilité est vivement critiquée médicalement et judiciairement.

Dans le cas de ce « jeune » Guinéen un juge des enfants avait cru pouvoir déduire qu’il n’était pas mineur et avait levé son placement auprès de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Nous étions alors, déjà, en 2017.

Taubira, Touraine et Valls

« Le jeune homme avait fait appel en acceptant cette fois les tests osseux, explique l’AFP. En juillet, la cour d’appel de Lyon avait estimé son âge entre 20 et 30 ans, confirmant qu’il ne bénéficierait pas de l’ASE. Il avait formé un pourvoi en cassation. A l’appui de ce pourvoi, qui a été examiné mardi par la Cour de cassation, sa défense a déposé une QPC visant l’article 388 du code civil, qui encadre depuis 2016 le recours à ces examens radiologiques – souvent de la main ou du poignet – pour déterminer l’âge d’un jeune. »

Utilisés dans de nombreux pays européens pour déterminer l’âge des jeunes migrants lorsqu’un doute subsiste, ces examens de maturité osseuse sont très critiqués, notamment par les associations d’aide aux migrants et certains médecins et professionnels de la justice. Une circulaire de 2013 de la garde des Sceaux Christiane Taubira Marisol Touraine (Santé) et Manuel Valls (Intérieur) préconisait que ces examens ne devaient intervenir qu’en dernier recours ; pourtant l’examen médical reste souvent pratiqué aujourd’hui. En décembre 2017, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, affirmait encore y être « fermement opposé », et demandait à ce qu’il soit proscrit.

Questions politiques et éthiques. Qui, en France, lit les circulaires signées  de la garde des Sceaux et des ministres de la Santé et de l’Intérieur ? Qui, en France, écoute le Défenseurs des droits ? Qui s’intéressera aux délibérations radiographiques des « sages » du Conseil constitutionnels ?

A demain

@jynau

 

 

La France peut-elle sonder les os des jeunes étrangers isolés pour déterminer leur âge ?

Bonjour

Une minute de lecture d’une dépêche de l’AFP pour des abîmes de réflexion éthique et politique. Nous sommes en France.  Le Conseil constitutionnel statuera prochainement « sur les examens osseux effectués pour déterminer l’âge des mineurs étrangers isolés ». Les « sages » se prononceront avant le printemps 2019 : il nous diront si, à leurs yeux, la Constitution française autorise la pratique de tels tests. Un jeu de patate chaude : cette question prioritaire de constitutionnalité (QPC) leur a été transmise par la Cour de cassation aujourd’hui 21 décembre.

Le dossier : cette QPC a été soulevée par la défense d’un « jeune » Guinéen qui avait assuré être âgé de 15 ans à son arrivée en France. C’était en 2016. Renvoyé vers le conseil départemental de l’Ain, il avait refusé de se soumettre à ces examens radiologiques censés permettre de déterminer son âge, mais (nous rappelle fort utilement Le Monde) dont la fiabilité est vivement critiquée médicalement et judiciairement.

Dans le cas de ce « jeune » Guinéen un juge des enfants avait cru pouvoir déduire qu’il n’était pas mineur et avait levé son placement auprès de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Nous étions alors, déjà, en 2017.

Taubira, Touraine et Valls

« Le jeune homme avait fait appel en acceptant cette fois les tests osseux, explique l’AFP. En juillet, la cour d’appel de Lyon avait estimé son âge entre 20 et 30 ans, confirmant qu’il ne bénéficierait pas de l’ASE. Il avait formé un pourvoi en cassation. A l’appui de ce pourvoi, qui a été examiné mardi par la Cour de cassation, sa défense a déposé une QPC visant l’article 388 du code civil, qui encadre depuis 2016 le recours à ces examens radiologiques – souvent de la main ou du poignet – pour déterminer l’âge d’un jeune. »

Utilisés dans de nombreux pays européens pour déterminer l’âge des jeunes migrants lorsqu’un doute subsiste, ces examens de maturité osseuse sont très critiqués, notamment par les associations d’aide aux migrants et certains médecins et professionnels de la justice. Une circulaire de 2013 de la garde des Sceaux Christiane Taubira Marisol Touraine (Santé) et Manuel Valls (Intérieur) préconisait que ces examens ne devaient intervenir qu’en dernier recours ; pourtant l’examen médical reste souvent pratiqué aujourd’hui. En décembre 2017, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, affirmait encore y être « fermement opposé », et demandait à ce qu’il soit proscrit.

Questions politiques et éthiques. Qui, en France, lit les circulaires signées  de la garde des Sceaux et des ministres de la Santé et de l’Intérieur ? Qui, en France, écoute le Défenseurs des droits ? Qui s’intéressera aux délibérations radiographiques des « sages » du Conseil constitutionnels ?

A demain

@jynau

 

 

Maladie d’Alzheimer: faut-il autoriser sa prédiction  grâce à l’Intelligence Artificielle ?

Bonjour

Progrès majeur ou impasse paradoxale ? Une équipe de chercheurs de l’Université de Californie vient d’annoncer avoir mis au point une procédure de dépistage qui permettrait, grâce aux techniques de l’Intelligence Artificielle, de prédire la survenue de la maladie d’Alzheimer « avec une sensibilité de 100 % » et ce plusieurs années avant l’apparition des premiers symptômes cliniques. Ce travail vient d’être publié dans Radiology : « A Deep Learning Model to Predict a Diagnosis of Alzheimer Disease by Using 18F-FDG PET of the Brain ». Il a été codirigé par le Dr Jae Ho Sohn et on peut en trouver un résumé ici.

« Nous avons développé un algorithme d’intelligence artificielle (IA) qui permet de prédire la maladie d’Alzheimer à partir de l’imagerie cérébrale TEP-FDG avec une spécificité de 82% et une sensibilité de 100%, en moyenne six ans avant le diagnostic clinique. Par comparaison, nos radiologues utilisant une approche clinique standard associée à des méthodes semi-automatiques obtiennent une sensibilité de 57% et une spécificité de 91% » a expliqué au Quotidien du Médecin (Dr Véronique Nguyen)  le Dr Jae Ho Sohn département de radiologie et d’imagerie biomédicale de l’Université de Californie à San Francisco). Il ajoute :

«En pratique, l’intelligence artificielle (IA) obtient des performances significativement supérieures à celles des lecteurs humains (radiologues), mais en réalité l’homme secondé par l’IA obtiendrait probablement de meilleures performances que l’un ou autre pris séparémentUn scénario possible serait d’utiliser l’IA pour dépister les patients, afin de s’assurer que les cas de maladie d’Alzheimer dans un futur proche ne sont pas manqués (vu la sensibilité de 100%). Puis les radiologues pourraient venir confirmer les cas afin de réduire les faux positifs (vu la spécificité a 82% – 18% de faux positifs) et de juger les cas exceptionnels».

Pour ces chercheurs ce deep learning algorithm associé à des tests biochimiques et d’imagerie outil ouvre la voie à une « prédiction précoce de la maladie d’Alzheimer » et ainsi à des « possibilités d’interventions thérapeutiques précoces ». Où l’on pressent, faute de possibilités thérapeutiques aujourd’hui validées,  la somme des dilemmes radiologiques et éthiques à venir.

A demain

@jynau

 

 

A quand l’enregistrement (durant toute la vie) des doses subies de Rayons X sur notre Carte Vitale ?

Bonjour

Quand d’autres s’amusent, papotent, complotent… la rue Bonaparte phosphore. Présidé par le Pr Jean Dubousset un groupe de travail vient, cent-vingt ans après leur découverte, de plancher sur les conséquences des Rayons X 1. Ce groupe de travail ne prend pas de gants :

« Nous observons des manquements fréquents aux recommandations officielles.  Une  radioprotection insuffisante est source de complications potentielles pour les patients et les praticiens… la moitié des complications (survenant autrefois en radiothérapie surviennent aujourd’hui dans les suites d’actes de radiologie interventionnelle ou de diagnostic (dont le dentaire). » 

Tout cela ne peut rester en l’état. Aussi l’Académie nationale de médecine en vient-elle, aujourd’hui, à rappler nous a conduit les indications des nouvelles techniques d’imagerie – techniques qui « minimisent la dose délivrée de rayons X ». Mieux, la vieille Académie  insiste tout particulièrement sur les nouvelles techniques qui n’utilisent pas de radiation ionisante (IRM, échographie, techniques optiques), avec leurs indications respectives. »

Radiographie citoyenne

Pour commencer une évidence bien souvent oubliée (quand elle n’est pas ignorée : la concertation préalable entre praticien prescripteur et le médecin radiologue. C’est ce dernier qui « choisit la technique la plus performante et la moins irradiante, compte tenu du plateau technique dont il dispose, en particulier chez l’enfant et l’adulte jeune ». « Dès les premiers âges de la vie, toute imagerie obligée de la tête ou du tronc impose le recours prioritaire aux techniques non irradiantes » insiste l’Académie.

Pour suivre, un plaidoyer pour une radiographie citoyenne : L’enseignement de la radioprotection doit être renforcé, non seulement pour les professionnels de santé, mais aussi pour le grand public, sans inquiéter celui-ci, mais en le responsabilisant dans ses demandes. « Un changement profond des mentalités en ce qui concerne la radioprotection des patients et des soignants est indispensable et tout doit être fait pour obtenir une adhésion volontaire et acceptée des uns et des autres » fait valoir l’Académie.

Dosimètre individuel cumulatif

Pour finir une demande concrète : « l’enregistrement automatique et cumulé des doses reçues par le patient, tout au long de sa vie, au niveau du tronc et des racines des membres sur puce de la Carte Vitale ». Avec, dans la même logique dynamique :

« Pour le personnel soignant, il est indispensable d’obtenir un dosimètre individuel cumulatif non ferromagnétique (aux réserves habituelles de l’anonymisation) ; le contrôle des mesures de radioprotection personnelles des professionnels médicaux et paramédicaux doit être systématisé, obligatoire, contraignant et plus rigoureux qu’actuellement, comme le sont les mesures de protection des locaux ».

Rappel : les Rayons X ont été découvert en 1895. Depuis un quart de siècle la littérature internationale et les Agences nationales sanitaires démontrent  que la moitié des complications (celles survenant autrefois en radiothérapie)  surviennent aujourd’hui dans les suites d’actes de radiologie interventionnelle ou de diagnostic (dont le dentaire). Quant à la carte Vitale, il semble qu’elle soit faite pour durer.

A demain

1 « De l’usage des Rayons X en radiologie (diagnostique et interventionnelle), à l’exclusion de la radiothérapie. Rapport et recommandations. »