Déradicalisation et psychiatrie : la fin de la bien triste histoire du château de Pontourny

Bonjour

28 juillet 2017 : « Pontourny, c’est fini ». Clap de fin pour un film que l’on ne verra jamais ; un film dont nul ne sait ce qu’il nous aura coûté. L’unique centre de « déradicalisation » de France, au lieu-dit et château de Pontourny en Indre-et-Loire, d’une capacité de vingt-cinq personnes va être fermé, vient d’annoncer le ministère de l’Intérieur.

 « L’expérience ne s’est pas révélée concluante, déclare le ministère dans son communiqué. L’expérimentation d’un centre d’accueil ouvert, fonctionnant sur la base du volontariat, a montré ses limites. Le gouvernement a ainsi décidé de mettre un terme à l’expérimentation conduite à Pontourny, sur la commune de Beaumont-en-Véron. » Un communiqué intitulé « Fermeture du premier centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté ».

« A montré ses limites » est une expression au-delà de l’euphémisme.  Conçu pour accueillir vingt-cinq pensionnaires, sur la base du volontariat, le centre n’en a effectivement accueilli que neuf. Aucun de ces jeunes n’a suivi le programme jusqu’à son terme. Et depuis février dernier, la structure n’accueille plus aucun pensionnaire. Le château avait vu partir son dernier pensionnaire après que celui-ci avait été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour des faits de violences familiales.

Rase campagne

Et le ministère de l’Intérieur de poursuivre sur cet arrêt en rase campagne :

« Malgré la compétence, la détermination et l’investissement des personnels du centre, qui ont démontré leur savoir-faire pour assurer une prise en charge pluridisciplinaire des bénéficiaires, l’expérience ne s’est pas révélée concluante. L’expérimentation d’un centre d’accueil ouvert, fonctionnant sur la base du volontariat, a montré ses limites.

Le préfet d’Indre-et-Loire a été chargé d’entamer sans délai les consultations locales pour envisager la reconversion du site. Une attention toute particulière sera portée à la situation des salariés du site, qui bénéficieront d’un accompagnement individuel de la part des services de l’Etat, en liaison avec la ville de Paris dont dépendent les agents titulaires du site. »

Ancien asile Saint-Joseph

Tout avait commencé le 10 mars 2016 avec l’annonce imprévue, faite sur France Inter, de la création en Touraine de centre d’emblée controversé. D’abord à l’échelon local, ensuite à l’échelle nationale. Grosse couverture médiatique par la suite et polémiques en cascade. Tout se termine seize mois plus tard avec une promesse  gouvernementale à laquelle personne ne croit plus, ou presque :

« Cette fermeture ne signifie pas l’abandon d’une politique de prise en charge des publics en voie de radicalisation dans des structures adaptées. Le gouvernement étudiera, notamment, la possibilité d’ouvrir des structures de petite taille pour y accueillir des individus sous main de justice et y développer des solutions alternatives à l’incarcération. »

Le château de Pontourny défie le temps. Il avait été transformé en asile durant 14-18.  Ancien asile Saint-Joseph puis propriété de la ville de Paris il était devenu « centre éducatif » et allait fermer ses portes quand on le crut sauvé par la politique officielle de déradicalisation. C’était il y a un an, déjà presque un siècle.

A demain

1 Tous les papiers de ce blog consacrés depuis seize mois à cette initiative  sont disponibles ici.

 

 

 

L’affaire Charlie Gard : maladie génétique, fin de vie, tweets et mises en scène diplomatiques 

 

Bonjour

C’est une affaire qui tient en haleine tous les médias britanniques. C’est aussi une histoire sans précédent où la médecine croise le droit, la religion et la diplomatie – une mise en scène où l’on voit une pathologie génétique nourrir un affrontement de deux idéologies sinon de deux logiques.

Soit Charlie Gard, un bébé aujourd’hui âgé de onze mois souffrant d’une forme rare et grave du syndrome de déplétion de l’ADN mitochondrial ; forme neurodégénérative avec myopathies ; absence de réactions au stimulations ; surdité congénitale ; épilepsie sévère ; atteintes cardiaques, hépatiques et rénales.

Arrêt des soins

Depuis plusieurs mois un litige oppose les parents de l’enfant au Great Ormond Street Hospital for Children où il est hospitalisé depuis octobre 2016. C’est un litige largement médiatisé ses parents ayant lancé un appel GoFundMe en ligne (réunissant 1,4 million d’euros) et faisant campagne pour que leur enfant bénéficie d’un traitement expérimental (aux Etats-Unis) et ce, in fine, contre l’avis de l’équipe médicale.

Une première décision de justice a donné tort aux parents, la Family Division de la High Court of England and Wales statuant que l’enfant devait être autorisé à mourir. Une décision confirmée en appel et soutenant, sur la base d’avis d’experts, que le traitement expérimental n’était pas adapté à la forme de pathologie dont souffrait cet enfant (mutation du gène RRM2B). Puis en juin la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) approuvait à son tour la décision d’arrêt de soins.

Plus de temps

La décision de la CEDH, définitive et prise à la majorité, confirme les décisions antérieures qui « étaient méticuleuses, complètes, et ont fait l’objet d’un examen à trois degrés de juridiction, avec une motivation claire et détaillée permettant d’étayer de manière pertinente et suffisante leurs conclusions » en ayant notamment entendu « tous les experts médicaux intervenus dans le traitement ainsi que les experts convoqués par les requérants ».

Le 30 juin l’équipe médical du Great Ormond Hospital acceptait de donner un plus de temps aux parents et de retarder la procédure des soins palliatifs. Puis le 3 juillet e président américain Donald Trump tweetait « If we can help little #CharlieGard, as per our friends in the U.K. and the Pope, we would be delighted to do so. » Et la Maison Blanche de préciser qu’après avoir appris la situation du bébé Charlie le président Trump essayait, autant que faire se peut, d’aider cette famille. Puis le Vatican se manifesta à son tour via, notamment, le célèbre cardinal Elio Sgreccia, ancien président de l’Académie pontificale pour la vie. Et le pape François de faire également part de son émotion.

Vie sacrée

« Pour sauver la vie de Charlie Gard, le Vatican se dit prêt à tout. Même à lui accorder au pied levé la nationalité vaticane et faciliter son transfert dans les services de l’établissement pédiatrique du Saint siège,  l’hôpital de l’Enfant-Jésus, précise le correspondant en Italie du Quotidien du Médecin. ’Le Saint-Père suit avec affection et émotion l’affaire du petit Charlie Gard et exprime sa proximité à ses parents’’, a indiqué le Vatican dans un communiqué. Depuis, les sherpas du plus petit État du monde sont en contact avec le gouvernement britannique. Le ministre des Affaires étrangères, Angelino Alfano, a également contacté son homologue britannique, Boris Johnson. Pour l’heure, le héros du Brexit, refuse les propositions italiennes au motif que le verdict de la Cour Suprême londonienne doit être respecté et les soins de l’enfant stoppés. »

Pour Londres, le transfert de Charlie au Vatican est possible – à condition que l’hôpital de l’Enfant-Jésus s’engage à respecter le verdict prononcé par la Cour suprême britannique. « Il est évident que l’hôpital du pape ne peut pas prendre une telle condition en considération car la vie est sacrée », estime la direction de l’hôpital pontifical. Un affrontement médiatisé de deux conceptions de la médecine et de la vie. Demain, une série télévisée.

A demain

Faute de patients, le premier dispensaire français de déradicalisation va-t-il bientôt fermer ?

Bonjour

C’était il y aura bientôt un an ; presque un siècle. Le 10 mars 2016. France Inter n’avait pas encore sectionné ses grandes ondes. On y révélait la création du « premier centre français de déradicalisation ». Ou plus précisément du premier « Centre de prévention de la radicalisation d’insertion et de citoyenneté ». Manuel Valls, alors, était Premier ministre :

« Ce centre « étatique » officiellement appelé « Centre de réinsertion et de citoyenneté » sera lui, doté de moyens. Il accueillera 30 jeunes radicalisés dans un premier temps. Leur programme de déradicalisation durera 10 mois. Une dizaine de centres similaires devraient ouvrir partout en France d’ici fin 2017.  C’est près de Tours en Indre-et-Loire qu’ouvrira ce centre. Le lieu est choisi mais pas rendu public, car il faut encore convaincre quelques élus locaux réticents. »

Nulle part

Il fallut ensuite attendre septembre et l’approche des vendanges. La France apprit alors que ce dispensaire d’un nouveau genre venait d’ouvrir. Le gouvernement invita les journalistes de la presse parisienne. Quelques-uns expliquèrent alors, comme sur France Inter, être allé « quelque part au milieu de nulle part ». Plus précisément entre Bourgueil et Chinon, en Touraine, à Beaumont-en-Véron. Plus précisément encore  au « Château de Pontourny », vieux manoir transformé en asile durant 14-18.  Ancien asile Saint-Joseph. Propriété de la ville de Paris devenue « centre éducatif » et qui allait fermer ses portes.

Sur invitation du gouvernement les journalistes expliquèrent que ce centre accueillerait des jeunes de 18 à 30 ans n’ayant jamais été incarcérés – et n’ayant non plus pas été identifiés sur des zones de conflits. Des jeunes « au stade précoce de rupture ». Comprendre : « le centre accueillera des jeunes qui sont entrés dans une spirale dangereuse, des victimes de rabatteurs sur la Toile ». Plus la presse repartit d’où elle était venue.

Coup de filet

Les gazettes, comme souvent, se désintéressèrent de la suite. Seules quelques-unes suivirent l’affaire, les débuts chaotiques, les peurs des riverains, les gesticulations-contorsions politiques loco-régionales.  Puis vinrent les incidents, les accusations de mensonges : quelques-uns des jeunes hébergés dans le vieux château avaient déjà dépassé « le stade de la rupture ». Il y avait même, parmi eux un « fiché S ». Le château reconverti prenait l’eau. Nous sommes en février 2017 et les grilles du château sont fermées, les tentures tirées, le chauffage éteint.

La Nouvelle République, aujourd’hui, redit l’essentiel dans un encadré :

 « 27 septembre. La présence à Pontourny de David, un homme de 23 ans originaire d’Arras (Pas-de-Calais), est dévoilée. Son tort ? Il est fiché S. Suspecté de velléités de départ vers la Syrie, il fait l’objet d’une condamnation pour violence. Il doit quitter le centre ; 17 janvier. Mustafa Savas, pensionnaire de Pontourny, est arrêté lors d’un coup de filet antiterroriste dans le Bas-Rhin. Il est suspecté d’être proche de la filière djihadiste de Strasbourg, où il aurait côtoyé un des kamikazes du Bataclan ; 9 février. Le dernier « volontaire » de Pontourny quitte la Touraine, condamné par la justice à quatre mois de prison avec sursis pour « violences et apologie du terrorisme » ».

Prosélytisme anti-islam

Quelques gazettes nationales ont été alertées. « L’expérience » est en train de tourner court. Le premier et unique centre de « déradicalisation » de France a perdu mercredi 8 février son dernier pensionnaire, comme le rapporte Europe 1. Une information que franceinfo est en mesure de confirmer. Originaire de l’ouest de la France, le jeune homme en question a été condamné mercredi à quatre mois de prison avec sursis pour violences et apologie du terrorisme, indiquent des sources concordantes à franceinfo.

Des faits commis alors qu’il était hébergé dans un foyer pour mineurs, il y a trois ans. Or, les critères du centre de Pontourny sont stricts : les « bénéficiaires » ne peuvent pas y rester s’ils ont été condamnés pour violences, même de droit commun.  L’individu, présent à l’audience, sera logé à l’hôtel pendant une semaine, le temps de trouver un autre lieu d’hébergement, précise une source proche du dossier.

Selon Europe 1« l’encadrement avait noté qu’il vivait le programme comme du prosélytisme anti-islam et qu’il semblait se radicaliser davantage ». Alors qu’ils n’ont jamais été guère plus de six ou sept dans un centre prévu pour trente places, les jeunes volontaires, âgés de 19 à 30 ans, ont peu à peu quitté le centre. Certains ne sont tout simplement pas revenus d’une permission de week-end, indique une source proche du dossier à franceinfo.

Salle polyvalente de Beaumont-en-Véron

Pontourny fini ? La question est, pour l’instant, en suspens. Vendredi 27 janvier, le nouveau ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, excluait toute fermeture, tout en reconnaissant que les « premiers résultats montrent qu’il faut encore continuer à travailler ».

A l’ombre du château-dispensaire certains habitants de Beaumont-en-Véron réclament clairement la fin de l’expérience. L’association « Radicalement digne de Pontourny », hostile au projet depuis toujours, réclame « la fermeture immédiate du centre ». Elle accuse : « L’Etat s’est moqué ouvertement et effrontément de la population bellimontoise en lui mentant constamment sur le profil des pensionnaires accueillis au sein de l’établissement ». Elle dénonce une « gabegie financière sans nom avec deux à trois pensionnaires pour trente encadrants (…). Sans compter quelque dix millions d’euros investis dans ce centre. »

« Radicalement digne de Pontourny » appelle la population bellimontoise, mais aussi chinonaise et du Véron à manifester » à ses côtés, samedi 11 février. Le rendez-vous est fixé pour un départ à 10 h, devant la salle polyvalente de Beaumont-en-Véron. Une précision: le reportage de France Inter ne pourra pas être écouté sur les grandes ondes, désormais sectionnées.

A demain

 

Hommes politiques et douleurs lombalgiques : voici le temps des nouveaux arracheurs de maux

 

Bonjour

Pays plus que jacobin la France a mal à ses colonnes vertébrales. Eponge médiatique , Le Parisien le sent qui fait sa Une dur les nouvelles thérapeutiques lombalgiques : « Mal de dos : les solutions qui marchent » (sic). Ce fléau coûte un milliard d’euros par an à la Sécurité sociale. Raison de plus pour ne pas ajouter au fardeau.

« L’injection de gel alcoolique » : clinique Paris V – Générale de santé (ou à l’hôpital Lariboisière) de 700 euros à 2 600 euros qu’il faudra sortir de son portefeuille. Cette méthode est « la dernière alternative à l’opération ». Elle est présentée par Jacques Théron, neuroradiologue interventionnel. Pour le Pr Pierre Guigui, chirurgien orthopédique (HEGP) « le niveau de preuve n’est pas suffisant ».Point/barre.

Emmanuel M.

Dans le champ politique c’est la voix montante d’Emmanuel Macron qui, pour l’heure, fait des merveilles. Un phrasé original, une posture de jeune premier, des accents de sirènes. Hier il saluait Jeanne d’Arc, lévitait au Puy du Fou. Aujourd’hui il fait planer enter Rhône et Saône, au Café des Fédérations, dans la Capitale des Gaules. On pardonne des frais de bouche. On se presse à ses meetings ; on s’enchante de l’absence de tout programme. Avec lui l’étrange coule de source, on voit disparaître peu à peu les écrouelles du royaume. Pour un peu ce serait, à l’échelon national, le mystère renouvelé d’Urbain Grandier. On ne veut surtout pas connaître la fin.

ReActiv8® contre la lombalgie chronique invalidante. C’est une information mandée de Dublin (Irlande).  Mainstay Medical International (société de dispositifs médicaux) y bat le tambour pour son « dispositif de neurostimulation implantable destiné à traiter la lombalgie chronique invalidante ». Elle vient de réussir la première vente et la première pose de son implant en Allemagne : « Une des causes reconnues de la lombalgie chronique est un affaiblissement du contrôle par le système nerveux central des muscles qui stabilisent en permanence la colonne vertébrale dans le bas du dos, puisqu’une colonne vertébrale instable peut provoquer des maux de dos. ReActiv8® (vidéo) est conçu pour stimuler électriquement les nerfs responsables de la contraction de ces muscles et ainsi de contribuer à restaurer le contrôle musculaire et d’améliorer la stabilité de la colonne vertébrale, ce qui permet au corps de récupérer de la lombalgie chronique ». Le Parisien conseille à ses lecteurs lombalgiques de se renseigner auprès de leur médecin traitant ; nous conseillons à ces derniers cette adresse : http://www.mainstay-medical.com/fr/ (aucun lien ni conflit d’intérêts).

François F.

Il est des silences qui équivalent à des pesants d’or. A la Une du Journal du Dimanche : le « mystère François Fillon », qui fut élu de la Sarthe et qui, lui aussi, souffrit de calculs rénaux et de lombalgies-sciatiques. Rien n’a encore vraiment été dit sur celui dont, hier, certains pensaient pouvoir se gausser (« Mister Nobody »). François Fillon Hier au zénith de la droite, aujourd’hui en marche vers l’hypogée républicaine. C’est sans doute un peu plus compliqué – du moins si l’on tient à réduire tout ceci à une série télévisée démocratisée. Et le JDD d’entretenir le mystère, qui fait le portrait d’un homme que personne n’a jamais pu déchiffrer (sic). « François est un sanglier solitaire, confie un filloniste à la journaliste à l’ombre de l’abbaye de Solesmes. Il peut tout lâcher pour aller ruminer au fond de la forêt. »

Où l’on voit, une nouvelle fois, après Urbain Grandier, l’émergence de l’étrange : il existe en France des sangliers qui, le soir venu et loin de tout, deviennent des ruminants. Les cerfs apprécieront.

C’est dit:  aujourd’hui l’étrange émerge de partout. Le Dr Jean-Yves Maigne, responsable du service de médecine physique à l’Hôtel-Dieu de Paris explique que « le mal de dos a changé de nature avec l’ère moderne ». Trop de pression trop de stress, des colonnes burnoutées. Distingons quand même les lésions véritables, objectivables, de la colonne vertébrale et les douleurs « inexpliquées », souvent constantes et diffuses, le fruit d’un dysfonctionnement des muscles, des articulations et des mille et un entrelacs où se niche et d’où parle la douleur. « Attention, il ne s’agit pas d’une maladie psychosomatique, précise au Parisien le Pr Bruno Jean Fautrel, chef du service de rhumatologie dans le temple de la Pitié-Salpêtrière. C’est comme si on faisait une radio de quelqu’un qui a des courbatures après le sport. On ne verrait rien et pourtant, il a mal. »

C’est, très précisément, la situation de la France, ce vieux pays plus que jacobin qui souffre de ses colonnes vertébrales.

A demain

 

 

 

Premier mea culpa de François Fillon, candidat chrétien à la présidentielle (Sécurité Sociale)

Bonjour

Mieux vaut tôt que trop tard. Il était accusé, depuis sa victoire napoléonienne à la primaire de la Droite, de vouloir « privatiser » la Sécurité Sociale. On se souviendra qu’à l’aube du 11 janvier François Fillon est passé à confesse. C’était sur RMC-BFMTV  (21 minutes) face à Jean-Jacques Bourdin, journaliste auto-déclaré athée.

On l’avait agressé sur le rhume plus ou moins bénin 1. Bourdin le cherche sur la grippe. François Fillon en profite pour lancer quelques piques à Marisol Touraine. Répondra-t-elle ?

Rembourser

« On n’a pas été bons, on n’a pas été clairs dans nos propositions » sur la Sécurité sociale, a reconnu l’ancien Premier ministre. Ce que nous avions écrit a été mal compris, je l’ai retiré, j’ai lancé un débat avec l’ensemble des responsables de la santé, les médecins ». Et encore :

« Les auditions se déroulent en ce moment, je referai des propositions (…) avant la fin du mois de janvier ou début février. Ce que je veux c’est qu’il y ait une meilleure répartition entre les mutuelles et la Sécurité sociale et que les mutuelles soient plus contrôlées car la réforme qui a consisté à rendre obligatoire les mutuelles s’est traduite par des baisses de remboursement. »

Le candidat à la présidentielle proposera « une agence de régulation sur les mutuelles ». Et uniquement sur les mutuelles. C’est immanquable puisque le postulat est qu’« il va bien falloir réorganiser notre système de protection sociale et de santé ».

« On voit que [la Sécu] marche pas. Ce matin toutes les radios nous expliquent que le système est en train de sauter, parce qu’il n’y a plus assez de place dans les services d’urgence, de médecins sur le terrain… Une simple épidémie de grippe est en train de paralyser le système. Ce qui montre que quand Mme Touraine explique que tout va bien, que tout est formidable, que c’est le programme de François Fillon qui menace la Sécurité sociale, ça n’a juste aucun sens. »

Malaise vagal

Bourdin lui demande s’il a changé de position, notamment sur la question des mutuelles, François Fillon répond : « Il y a parfois des porte-parole qui sont un peu rapides, puis comme on est en train de fusionner des équipes qui faisaient campagne pour des candidats différents, il y a encore un peu de réglages à faire, je le reconnais. » Ainsi donc les torts sont partagés.

L’athée Bourdin l’interroge sur son usage politique (TF1) de la chrétienté. C’était « spontané ». Le catholique répond que certains se revendiquent marxistes. Il ne s’agit pas de « foi » mais de « valeurs ». Il « recommencera ». Une question connectée sur le malaise vagal de Nicolas Sarkozy 2.  Puis cette révélation : Emmanuel Macron aurait pu être le « directeur adjoint de cabinet » de François Fillon. A ce moment-là, dans le studio de RMC-BFMTV, certains jureraient avoir vu un ange passer.

A demain

1 « Une définition du ‘’petit rhume’’ pour François Fillon ». Slate.fr 14 décembre 2016

2 « Nicolas Sarkozy hospitalisé : malaise vagal ? ». Slate.fr 26 juillet 2009

François Roustang l’insoumis (1923-2016) : jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute

 

Bonjour

François Roustang est mort dans la nuit du 22 au 23 novembre. Il avait 93 ans. Souvent qualifié de « dissident », ou de « loup solitaire », il fut tout à la fois  expert en psychopathologie, hypnothérapeute, philosophe, théologien… De ses vingt premières années, au lendemain de sa mort, les gazettes ne disent rien, ou presque. On le retrouve, à sa majorité, dans la Compagnie de Jésus. Il y poursuit des études de philosophie et de théologie avant d’être ordonné prêtre. Les mêmes gazettes se souviennent que, dans les années 1950, il participe de l’aventure d’une revue jésuite, Christus dont il deviendra directeur en 1964.

On réfléchit beaucoup, en France, dans ces années-là. François Roustang y fréquente des hommes au croisement de bien des chemins, à commencer par le jésuite Michel de Certeau. Pour sa part, il ne résiste pas à la psychanalyse, entame une cure (rapide) avec Serge Leclaire (1924–1994), devient membre de l’Ecole freudienne de Paris de Jacques Lacan (1901–1981).

Béatitude bousculée

Philosophie, théologie, psychopathologie, psychanalyse… L’homme ne craint pas de sortir des sillons tracés. Il y a un demi-siècle, on le voit bousculer la béatitude du Concile Vatican II. Il lui faudra quitter les Jésuites – il y était « écartelé ». Quitter la religion catholique pour migrer vers cette autre Eglise qu’est la psychanalyse. Autre Eglise, qui le débarrasse de toute croyance. Et pourtant autres étouffements. Ce n’est pas la libération en laquelle il croyait. Au contraire : l’homme est, dit-on, frappé de constater l’esprit de soumission qui règne au sein de l’Ecole freudienne. Voilà un bien bel objet d’étude : le voici qui, sacrilège, s’intéresse alors à la question des relations maître-disciple dans l’histoire des chapelles analytiques.

C’est le début de nouveaux déchirements : Un destin si funeste (1976), lecture critique des relations entre Sigmund Freud et certains de ses disciples évadés ; Suggestion au long cours (1978), étude du rôle de la suggestion dans la cure analytique. Son intérêt pour les dimensions thérapeutiques de la thermodynamique de l’inconscient va diminuant tandis que croît celui qu’il nourrit pour l’hypnose.

Saint des saints

En France, il est l’un des premiers à s’intéresser à cette pratique thérapeutique méconnue, toujours scrutée de loin avec beaucoup de suspicion. François Roustang remonte aux sources, met en évidence l’intérêt que porta Freud à l’hypnose à ses débuts. Il travaille et fait connaître les textes de l’Américain Milton H. Erickson, « père » de cette discipline qui commence seulement à entrer dans le saint des saints hospitalo-universitaire.

Peu avant l’annonce de sa mort, le neuvième colloque de l’Association française pour l’étude de l’hypnose médicale était consacré à ses travaux sur l’hypnothérapie. On y rappela qu’il avait cofondé le premier diplôme universitaire d’hypnose médicale à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière (Paris) au sein du département d’anesthésie-réanimation. C’était au début de ce siècle. Objectif : associer une réflexion médicale, thérapeutique, philosophique à la compréhension du phénomène hypnotique. « L’œuvre de François Roustang a permis de mieux définir le phénomène hypnotique, la place du thérapeute dans la relation patient-praticien et surtout de s’intéresser, en plus des moyens d’entrer en hypnose, à ce qui se passe dans la transe hypnotique, ce qu’il a appelé “la perceptude hypnotique” » soulignent ceux qui l’ont connu dans cet exercice.

Relation hypnotique

On y a rappelé, aussi, la place centrale du thérapeute dans la relation hypnotique – ce thérapeute qui « organise la rencontre » et crée un « espace de correspondance ». On y a éclairé son propos sur l’apprentissage de « l’expérience hypnotique » et l’acceptation de la confusion de la suggestion hypnotique. Et tous ont salué la richesse de ses visions, de ses écrits, de son enseignement. Certains, dont nous sommes, se souviennent d’un exercice à haut risque : user de l’image de Michel Platini (alors joueur de football) pour éclairer sur ce que peut être l’apport de l’hypnose sur le terrain de la thérapeutique.

C’était dans une émission télévisée alors animée par Bernard Pivot. 1 Nous étions en l’an 2000 et chacun se souvenait encore de Platini n° 10 distributeur de jeu : immergé dans l’action et pourtant capable de percevoir toutes les possibilités offertes. « Dormez, je le veux » : tout le contraire de l’enfermement, le symbole d’une libération, d’une ouverture à la conscience. Guérir ? C’est assez simple : s’ouvrir pleinement aux autres – et donc à soi-même.

Ruptures

« Successivement jésuite, psychanalyste et hypnothérapeute, cet homme inclassable avait consacré sa pratique et sa réflexion au mystère de la vie, vient d’écrire de lui La Croix, quotidien catholique et français. De l’extérieur, il fut incontestablement un homme de ruptures. De l’intérieur, il était celui d’une grande fidélité : une fidélité à la vie, qu’on écrirait presque avec une majuscule si cela ne risquait de masquer l’humilité de l’homme et son souci des vies toujours singulières, la sienne et celle de ceux qui venaient à lui – ou le lisaient – pour aller mieux. »

« Avec l’hypnose, François Roustang se fait l’avocat d’une nouvelle posture dans l’existence, plus souple, plus relâchée, plus détachée, poursuit La Croix. Pour lui, l’hypnose a pour but de déplacer le patient dans un autre état de conscience pour le faire habiter autrement sa vie. Elle fait cesser le flux du langage, la plainte, les ratiocinations diverses liées à la névrose. C’est un “exercice par lequel on cesse de vouloir la maîtrise de notre existence pour se couler dans le flot de la vie”, plaide François Roustang. Grâce à elle, l’humain cesse de “se regarder vivre et accepte de vivre, tout simplement”. »

De Socrate à René Girard

Dans le quotidien Libération, Robert Maggiori complète utilement ce portrait compliqué : « Polémiste né, d’une culture immense, qui allait de la pensée grecque et de Socrate (à ses yeux “trahi” par le Platon de la maturité) à Nietzsche, à Wittgenstein, à Kierkegaard ou à René Girard, il ne se satisfaisait d’aucune orthodoxie, cueillait ce qui lui semblait bon à des fins thérapeutiques aussi bien chez l’“autre père” de la psychanalyse Carl Gustav Jung que chez les théoriciens de l’école californienne de Palo Alto, entre autres Gregory Bateson, où les hypnothérapeutes américains disciples de Milton Erikson. »

Maggiori ajoute que l’auteur d’Un destin si funeste (1976) savait être sardonique, ironique, féroce ; qu’il avait subi durant sa vie autant de critiques qu’il en adressa à ses pairs. Quant au Monde, il rapporte la manière dont, un jour de 2005, il traita en une séance unique l’écrivain Emmanuel Carrère, qui lui rendit visite en songeant au suicide : « Oui, c’est une bonne solution », lui dit-il. Et il ajouta après un silence : « Sinon vous pouvez vivre. »

Redevenir vivant

Vivre c’était, expliquait-il en substance, respirer sur deux registres. Celui de la conscience et celui, organique, du vivant animal. Quant à soigner c’est faire comprendre au souffrant qu’il a une force en lui, la force énergétique de guérir. C’est là une autre dimension, une dimension hypnotique sans laquelle la psychothérapie ne saurait pleinement se pratiquer. Ne pas chercher à guérir mais redevenir, simplement, vivant. Comme une souche. Oublier, enfin, l’humain qui est en soi. Participer, magiquement,au vivant.

Dans son dernier opus  sont réunis quelques uns de ses écrits majeurs 2. Il nous explique que la meilleure manière de transformer sa vie, c’est d’effectuer un « retour au présent », de s’asseoir, de cesser de se lamenter sur son passé et, enfin, d’accepter sa souffrance pour mieux l’évacuer. Parvenir, de très loin, à entendre la voix de Socrate, guérisseur des maladies de l’âme.

A demain

1 Une extrait vidéo de cette émission est disponible à cette adresse http://www.ina.fr/video/I16334709 (Bouillon de culture, 18 février 2000).

On peut aussi l’entendre, sur France Culture, revenir sur son parcours,  lors d’un échange avec Laure Adler : https://www.franceculture.fr/emissions/hors-champs/francois-roustang (Hors Champ, 9 janvier 2012). On y entend aussi Michel de Certeau, Serge Leclaire et Léon Chertok.

2  Roustang F. « Jamais contre, d’abord, La présence d’un corps » Odile Jacob, Paris 2015.

 NB Ce texte a initialement été publié dans la Revue Médicale Suisse : « François Roustang (1923-2016) – jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute »

 

Autisme : ceux qui croyaient au ciel et ceux qui voudraient y croire (France Inter)

 

Bonjour

On a beau faire, faute de science dure la croyance revient à bride abattue. A l’aube c’était  France Inter qui ajoutait  ses voix à toutes celles qui nourrissent, depuis quelques jours, la polémique sur l’autisme-psychanalyse-ou-pas. Une guerre de cinquante ans et de nouvelles flambées de violence. Les vents ont tourné et ce sont désormais les analystes qui sont promis aux bûchers scientifiques.

Nouveau combat de tranchée annoncé avec Avec Florent Chapel, vice-président de la Maison de l’Autisme et Patrick Landman, adversaire du DSM-5, psychiatre et psychanalyste.  Du second on entendra qu’il n’est pas, au micro de la radio publique, en situation de conflit d’intérêts.

Mea culpa analytique

Du premier on apprendra, grâce à une auditrice, qu’il est directeur associé depuis 2008 en charge de l’ensemble des missions de conseil chez L J Corporate (Cabinet conseil en stratégie, membre du réseau international Crisis Management Network) – société très impliquée dans le monde du médicament et de la santé.  Il est aussi l’auteur, avec Sophie Le Callennec, de l’ouvrage « Autisme la grande enquête » (Editions Les Arènes, 2016).

Les vents ont tourné. Aujourd’hui c’est le psychanalyste qui accepte de battre sa coulpe. Il accepte de reconnaître l’existence d’outrances dans le passé. Pour un peu l’Opus Dei analytique aurait bel et bien sévi. On aurait bel et bien accusé des mères d’être la cause première de l’autisme de leur progéniture.  Des mères condamnées.

Le divan aux dimanches

Pour le communicant tout cela existe toujours. Il faut selon lui en finir, radicalement, avec cette diablerie qu’est la thermodynamique des inconscients. Et, dans tous les cas, ne plus financer l’approche analytique sur des deniers publics, la sortir des établissements hospitaliers, des unités de psychiatrie. C’est précisement ce qui se discutera cet après-midi à l’Assemblée nationale, sur la rive gauche de la Seine où la droite républicaine apporte le bois du bûcher. On peut le dire autrement : réserver le divan aux dimanches. Promulguer une nouvelle séparation, entre Freud et de l’Etat.

Une mère appelle. Elle dit, simplement, que la complémentarité est possible, que son enfant de onze ans est scolarisé mais que la psychanalyse l’a beaucoup aidée, elle et le père, son mari. L’analyste est satisfait. Le communicant ne l’est pas. Une autre mère l’accuse de vouloir enrégimenter, militariser les autistes. On songe à la radicalité et aux entreprises de déradicalisation.  Au retour récurrent de  la croyance, cette certitude débarrassée des preuves.

Le temps passe vite sur France Inter.Une centaine d’auditeurs au standard. Trop tard, au revoir. Voici le temps venu des tristes humoristes.

A demain