Donald Tump et Greta Thumberg : apocalypse, prophètes de malheur, et chasse aux sorcières

Bonjour

Après les inquiétants Dr Laurent Alexandre, Michel Onfray et Pascal Bruckner, voici Donald Trump, président en fonction des Etats-Unis. L’homme le plus puissant de la planète confirme son entrée au club de ceux qui détestent (méprisent, condamnent, ont peur de) Greta Thumberg. Cela s’est passé à Davos, temple éphémère du capitalisme. Et cela nous est rapporté par Les Echos (Nicolas Barré).

« Il y avait deux personnes que le président américain ne devait surtout pas croiser dans la station de ski suisse transformée comme chaque année en camp retranché : la jeune activiste du climat Greta Thumberg, présente dans la salle pendant son discours, et le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, l’homme à qui Trump aurait demandé d’enquêter sur les affaires du fils de Joe Biden, candidat démocrate à la Maison-Blanche. »

Jeanne d’Arc

Donald Trump s’en est pris ensuite aux « prophètes du malheur du climat qui ne cessent d’annoncer « l’apocalypse ». Taïaut ! Sus aux servants de la collapsologie ! Pour sa part Greta Thunberg avait, devant ce peu banal parterre, accusé le monde de n’avoir « rien fait sur le climat ». Trump lui a répondu en dénonçant ceux qui ont annoncé « la fin du pétrole » et « une crise de la surpopulation ». « Ces alarmistes veulent tous la même chose, dominer et contrôler tous les aspects de nos vies… »

Puis il a dénoncé la « chasse aux sorcières » dont il s’estime victime à l’occasion du  procès en destitution  qui s’ouvre à Washington. « Alors que le Sénat à Washington s’est transformé en tribunal historique, Trump prend le monde à témoin pour montrer que sa stratégie a payé » rapportent encore Les Echos. Chasse aux sorcières ; Apocalypse ; Prophètes de malheur … Souvent comparée à Jeanne d’Arc, Greta Thumberg n’a pas répondu au Grand Satan.

On attend les commentaires affûtés de Michel Onfray, Pascal Bruckner et de l’inquiétant Dr Laurent Alexandre.

A demain @jynau

Marchandisation de l'humain et «malédiction»: nouvelles alertes à l’adresse du législateur

Bonjour

Peut-on, aujourd’hui en France, donner de la voix, s’exprimer publiquement, sans défiler ? Deux jours avant l’examen au Sénat du projet de loi bioéthique (qui prévoit l’extension « à toutes les femmes » de l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA), les opposants devaient à nouveau se retrouver dans les rues de Paris le dimanche 19 janvier.

Le cortège devait « s’élancer » à partir de 13 heures de la place de la Résistance (7e arrondissement), en bord de Seine, pour rejoindre la place de l’Opéra. La présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, se veut « optimiste » : « Je pense que ce sera une manifestation très importante avec un public très conscient des enjeux derrière la loi bioéthique. » En est-elle si certaine ?  Le collectif « Marchons Enfants ! », qui réunit vingt-deux associations (dont La Manif pour tous), espère mobiliser au moins autant que lors de la précédente manifestation du 6 octobre dernier. Ce jour-là, rappelle l’AFP, 74 500 personnes avaient défilé dans les rues de la capitale (comptage du cabinet indépendant Occurrence pour un « collectif de médias »). Les organisateurs annonçaient … 600 000 manifestants et la préfecture de police de Paris avançait le chiffre de … 42 000.

Les opposants à la « PMA pour toutes » espèrent réaliser une démonstration de force avant l’examen mardi 21 janvier, au Sénat, du projet de loi bioéthique, déjà voté en première lecture par l’Assemblée nationale. Les sénateurs, réunis en commission spéciale, ont déjà adopté le 8 janvier le texte, dont l’article sur la PMA – et ce en dépit  de l’hostilité d’une partie de la droite, majoritaire au palais du Luxembourg. Malgré un processus législatif bien engagé, les associations gardent espoir. Le médecin et archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit a il y a quelques jours qualifié de « monstrueux » le fait d’« infliger volontairement [l’absence d’un père] ». Et François-Xavier Bellamy, sur les ondes dominicales et laïques de France Inter, maintient sa prophétie sur la « malédiction ».

« Disqualifier les catholiques parce qu’ils sont catholiques »

Peut-on, aujourd’hui en France, donner de la voix, s’exprimer publiquement, sans avoir recours aux médias généralistes ?   Une nouvelle fois, dans le silence de la gauche, Sylviane Agacinski, philosophe et féministe, alerte sur la marchandisation progressive du vivant qu’entrainerait l’adoption du projet de loi bioéthique .C’est à lire dans Le Figaro (Guyonne de Montjou).   Elle nous dit son  « impression de scandale doublée d’une perte de confiance». Selo elle « les puissances de l’argent et les intérêts particuliers sont en train de triompher de la justice. »  La philosophe est selon Le Figaro, l’une des rares figure à gauche « qui conteste l’inéluctabilité du progrès et alerte sur la marchandisation progressive du vivant depuis deux décennies ».

 «Les sénateurs et députés sont soit indifférents, soit inconscients, soit lâches. Oui, les parlementaires ne prennent pas conscience des conséquences de leur passivité. Ils peinent à aller à rebours d’un mouvement qui se dit soi-disant progressiste, craignant d’être traités de réacs ou d’homophobes. Qu’ils se réveillent! Contrairement à ces militants actifs qui servent des intérêts particuliers, les défenseurs de la justice s’attachent à l’éthique et aux principes fondamentaux du droit.» 

«La seule position décente que devrait avoir notre pays serait de travailler à l’abolition pure et simple de la GPA dans le monde. Au lieu de cela, les juges de la CEDH et de la Cour de cassation traitent au cas par cas la transcription des états civils des enfants nés de mères porteuses à l’étranger et admettent ceux qui désignent deux pères comme parents de l’enfant. L’intention et l’argent fondent la filiation. Nous touchons à la distinction fondamentale qui devrait être faite entre une personne et une choseSi les enfants ou les mères porteuses deviennent des marchandises qu’on peut en partie acheter, alors un des piliers du droit s’effondre. Ce qui me choque aujourd’hui, c’est que règne une certaine terreur intellectuelle qui disqualifie les catholiques parce qu’ils sont catholiques.» 

Dans son dernier « manifeste – Tract » 1  elle souligne que «s’évader de son corps ou en acquérir un autre est une question qui hante l’humanité. Nous adoptons le vocabulaire et la logique des instituts technologiques de reproduction humaine californiens qui font que l’enfant n’est plus conçu comme un être engendré mais fabriqué.» Où l’on retrouve, là encore, un peu de la novlangue d’Orwell.

Ce risque de marchandisation de l’humain est également dénoncé par Dominique Bourg, philosophe professeur à l’université de Lausanne et tête de liste d’Urgence écologie aux européennes de 2019, qui s’inquiète tout particulièrement de la levée de l’interdiction des embryons transgéniques et chimères. Il s’était exprimé dans Le Monde. Il le fait aussi dans La Vie. (Marie-Armelle Christien). « Avec cette méthode Crispr-Cas9, qui serait permise par la loi et qu’on a déjà sur les OGM, il y a une ouverture par principe à la technique. Et ceci, afin de ne pas perdre de marché potentiel. Ne pas perdre de marché, c’est la posture d’Emmanuel Macron. Mais chaque nouveau progrès technique, en général, approfondit les inégalités entre les individus. La manipulation des embryons, elle aussi, approfondit les inégalités entre individus ».

Le philosophe estime que « l’enjeu fondamental (…) c’est la possibilité aberrante de produire un être humain à la demande, selon les fantasmes. Nous assistons à la marchandisation et la technicisation de l’engendrement d’êtres humains, sur une base sans référentiel. (…) On est sorti du médical pour entrer dans la plasticité des êtres humains futurs. Il n’y a plus de référentiel, sinon les fantasmes de tout un chacun, rendus possibles par la logique marchande ». Or, « un marché sans limites n’a pas de sens. Aujourd’hui, nous devons réapprendre les limites qu’on donne au marché ». Nous ne souhaitons pas «  la société froide, abstraite, inégalitaire vers laquelle nous nous dirigeons ».

Qui le souhaite ? Et quand défileront-ils.elles ?

A demain @jynau

1 Agacinski S. L’Homme désincarné. Du corps charnel au corps fabriqué, Gallimard, collection «Tracts».

Jacques Testart retrouve José Bové pour dénoncer une humanité génétiquement modifiée

Bonjour

Bloguer c’est, parfois, relayer le contenu des bouteilles lancée dans la mer médiatique. Ainsi cette tribune lancée dans les colonnes du dernier journal vespéral de la capitale : « Nous ne voulons pas d’une humanité génétiquement modifiée ! ». Comme un radeau de la Méduse – esquif essentiel, visible sur tous les écrans mais dont le monde entier se désintéresserait.  Cinq signataires seulement où l’on retrouve l’alliance (moins étonnante qu’il n’y paraît) entre José Bové, éleveur et Jacques Testart, biologiste-essayiste – les deux ici en compagnie de Dominique Bourg, philosophe. Sans oublier Elena Pasca, philosophe, administratrice de la fondation Sciences citoyennes et Michèle Rivasi, députée européenne (EELV).

On attendait Greta Thunberg. Elle n’y est pas. Voici le contenu de leur bouteille :

« La nouvelle loi de bioéthique est en cours d’examen au Sénat. Tandis qu’elle ouvre la PMA aux femmes seules ou en couple, ce texte approfondit en catimini le droit à la modification génétique d’embryons humains à des fins proclamées de recherche. La naissance d’enfants issus de tels embryons, aujourd’hui prohibée, pourrait être la prochaine étape des glissements progressifs validés au fil des ans par le Parlement.

En effet, la loi de bioéthique de 1994 interdisait les expérimentations sur les embryons humains. A partir de 2004, une dérogation était donnée aux chercheurs pouvant prouver qu’ils contribuaient au progrès médical. Puis ce critère a été supprimé en 2013. En octobre 2018, un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) recommandait que les laboratoires se contentent simplement de déclarer leurs travaux.

L’article 17 de la loi en préparation monte d’un cran dans la possibilité de manipuler l’embryon humain. Il supprime, avec le soutien du gouvernement, l’un des fondements de la bioéthique dans l’actuel code de la santé publique : ‘’La création d’embryons transgéniques ou chimériques est interdite.’’  Il remplace ce texte par : ‘’ La modification d’un embryon humain par adjonction de cellules provenant d’autres espèces est interdite.’’ Pourquoi lever l’interdiction absolue de la transgenèse et des chimères ?

La réponse à cette question porte un nom : Crispr-Cas9.

Cette technique d’édition du génome a récemment bouleversé le monde de la recherche. Elle permet de mettre en œuvre, au niveau de la cellule, des ciseaux génétiques à base de protéines qui font automatiquement muter des séquences d’ADN, sans injection d’ADN extérieur. Les ciseaux génétiques créent des mutations facilement et à un coût dérisoire par rapport aux anciennes techniques. Leur usage pourrait à terme devenir massif dans les laboratoires, même si tous leurs effets biologiques sont loin d’être maîtrisés.

Nous connaissons bien cette technique. Monsanto en possède une licence d’utilisation pour créer des semences génétiquement modifiées. Fin 2018, en Chine, elle a permis la naissance de ‘’bébés OGM’’, censés être immunisés contre le virus du sida, hors de tout cadre légal. Avec la levée de l’interdit chimérique et transgénique, Crispr-Cas9 passerait officiellement de la semence agricole à l’humain. La nouvelle loi pourrait donc ouvrir la voie à l’industrialisation de la modification génétique des embryons humains à une vitesse encore jamais atteinte.

Mais le désastre ne s’arrête pas là. Dans son article 15, la loi autoriserait la fabrication de gamètes artificiels à partir de cellules banales de chaque patient. Potentiellement innombrables, ces gamètes, au génome éventuellement modifié, pourraient créer de très nombreux embryons parmi lesquels on choisirait le plus convenable, sans imposer aux patientes les épreuves liées à la fécondation in vitro. Qui refuserait alors, dans le futur, la promesse d’un bébé « zéro défaut » ?

Le risque est grand d’orienter le génome de notre espèce à la suite de choix d’« amélioration » des enfants partout identiques, sous le prétexte qu’une technique est déjà disponible et qu’il est inutile de l’interdire. Le projet nous semble clairement eugéniste.

Les sénateurs et sénatrices sont par conséquent face à l’enjeu anthropologique de permettre à la technologie de modifier notre espèce de façon irréversible. L’usage des ciseaux génétiques et la possibilité de créer des embryons avec des gamètes artificiels doivent les inciter à revenir sur leurs pas : il faut refuser toute modification génétique des embryons humains ou leur sélection génétique massive. Les parlementaires, loin de faire preuve d’un zèle technophobe quelconque, ne feraient que rejoindre d’autres pays comme l’Allemagne et l’Irlande, qui ont déjà fait ce choix.

La naissance de la brebis Dolly en 1996 avait imposé un interdit mondial aux recherches sur le clonage humain. Mais c’était avant que la compétitivité technologique ne régule la bioéthique… Avec les ciseaux génétiques et la possibilité de créer des gamètes artificiels, la ruine de l’âme frappe aux portes du Parlement. Qui s’y trouvera pour les maintenir closes ? »

Mais qui, en janvier 2020, se souvient de la brebis Dolly, premier mammifère créé par clonage ? Qui comprend une phrase évoquant on ne sait quelle « ruine de l’âme » frappant aux portes d’un Parlement français, laïque et républicain ? Qui oserait raisonnablement imaginer, en l’an de grâce 2020, que les modifications génétiques des plantes et des animaux ne précéderont pas celles de l’humain ? 

A demain @jynau

Christophe Castaner : la gendarmerie française est désormais chargée de lutter contre la haine

Bonjour

Qui nous dira pourquoi les mots et le phrasé de Christophe Castaner, ministre français de l’Intérieur, nous font (parfois) songer à la novlangue de George Orwell ? On en connaît le mortel principe développé dans « 1984 » : une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées potentiellement subversives, à prévenir toute formulation de critique de l’Etat. Objectif ultime : éradiquer l’« idée » même de cette critique. On diminue le nombre de mots et de concepts, on élimine les finesses… et la mauvaise maîtrise de la langue transforme alors rapidement les citoyens éclairés en sujet stupides et dépendants, aisément manipulables par les médias de masse, puis auto-manipulés par les réseaux sociaux.

L’idée fondamentale est de supprimer toutes les nuances d’une langue afin de ne conserver que des dichotomies qui renforcent l’influence de l’État : « si tu n’es pas pour, tu es contre », « il n’y a pas de milieu ». Ce type de raisonnement binaire permet de favoriser les « raisonnements à l’affect », d’éliminer tout « débat », toute « discussion », et donc toute critique du pouvoir exécutif. Outre la suppression des nuances, le novlangue est une incarnation de la « double-pensée » : la double signification des mots survivants interdit bientôt toute pensée spéculative, tout germe de contestation. Le « Ministère de la Vérité » est en réalité celui de la propagande ? Et celui de la guerre est rebaptisé « Ministère de l’Amour ». Le tour est joué. Big Brother et ses écrans ont (presque) triomphé.

Nous n’en sommes pas là, bien évidemment, en France où le ministre de l’Intérieur a annoncé, mercredi 4 décembre, la création d’un « Office national de lutte contre la haine » logé au sein de la gendarmerie française. « Il sera chargé de coordonner pour la gendarmerie nationale, pour que tous les moyens soient mobilisés, l’ensemble des enquêtes sur les actes antisémites, antimusulmans, antichrétiens que nous connaissons sur notre territoire, a expliqué le ministre de l’Intérieur. Il sera chargé aussi d’accompagner l’ensemble des acteurs de tous les territoires et de faire le lien avec la police, la justice, pour que les auteurs de ces actes ignobles soient condamnés ».

« Lutter contre la haine » ? L’exécutif a-t-il choisi le bon terme ? « Haine » : Sentiment de profonde antipathie à l’égard de quelqu’un, conduisant parfois à souhaiter l’abaissement ou la mort de celui-ci. Synon. exécration, ressentiment; anton. amour. « .Je vais enfin dire ma manière de penser, exhaler mon ressentiment, vomir ma haine, expectorer mon fiel, éjaculer ma colère, déterger mon indignation (Flaub., Corresp.,1872, p. 57). Que fera, contre Flaubert, la gendarmerie française ?

A demain @jynau

Pédophilie : l’Eglise de France, son étrange échange en reconnaissance de la souffrance.

Bonjour

Quel bien étrange échange. Comment le comprendre ?  Les évêques français viennent de voter, à Lourdes, le principe d’une « somme forfaitaire » qui sera donnée aux victimes des actes de pédocriminalité. Pourquoi ? Cette somme est destinée à la « reconnaissance de la souffrance » a expliqué Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF). Quel montant ? Il n’a pas (encore) été fixé. Quelques milliers d’euros par cas, laisse-t-on entendre. Quelle origine ? Un appel aux dons semble-t-il.

Ce serait là « un geste qui se veut fort » à l’égard des victimes des prêtres pédophiles. Une reconnaissance de l’« agression subie » mais aussi, dans la foulée  le « silence, la négligence, l’indifférence, l’absence de réaction, de mauvaises décisions ou de dysfonctionnements au sein de l’Eglise ». Un mea culpa qui ne saurait être que sonnant et trébuchant ?

Les années 1950, 1960, 1970 …..

est désormais établi, via la « commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise »  (Ciase) que la « majorité des abus sexuels se sont produits dans les années 1950, 1960, 1970, beaucoup plus que dans les décennies ultérieures ». En cinq mois, « 2 800 signalements » ont été réalisés, par des appels téléphoniques, des e-mails et des courriers ; 800 personnes ont répondu à un questionnaire détaillé et une vingtaine de victimes ont été entendues.

Ces précisions chiffrées ont été apportées par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’Etat aujourd’hui à la tête de la Ciase qui  réunit une vingtaine de membres chargés de faire la lumière sur les crimes commis par des clercs ou des religieux depuis les années 1950. Elle doit rendre des préconisations début 2021. Dans l’attente, quel bien étrange marché que cette « somme forfaitaire » donnée en « reconnaissance de la souffrance ».

A demain @jynau

Veille de Toussaint: croisade monothéiste inédite contre l’euthanasie et le suicide assisté

Bonjour

Assistons-nous à une forme inédite de radicalisation ? A la veille de la Toussaint de très hauts représentants des trois religions monothéistes – christianisme, judaïsme et islam – viennent de remettre au pape François un document dans lequel ils se prononcent fermement contre l’euthanasie et le suicide assisté  – des pratiques qui, selon eux, « sont intrinsèquement et moralement répréhensibles». Des pratiques qui doivent être «interdites sans exception». De même que  «toute pression ou action sur des patients pour les inciter à mettre fin à leur propre vie ».

Le Document sur la fin de vie des « religions abrahamiques monothéistes» a été paraphé solennellement au Vatican par un représentant de chaque religion dont le rabbin David Rosen, directeur des affaires religieuses de l’American Jewish Committee, Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie, un représentant du métropolite (orthodoxe) de Kiev, Hilarion, et le président du comité central de la Muhammadiyah indonésienne (association socio-culturelle musulmane), le Dr Samsul Anwar. L’idée de cette déclaration avait été proposée au pape par le rabbin Avraham Steinberg, co-président du Conseil national israélien de bioéthique.

Objection de conscience

Ce Document se prononce dans le même temps en faveur de l’objection de conscience pour le personnel sanitaire de tous les hôpitaux et cliniques :  «aucun opérateur sanitaire ne doit être contraint ou soumis à des pressions pour assister directement ou indirectement à la mort délibérée et intentionnelle d’un patient à travers le suicide assisté ou toute forme d’euthanasie». Ce droit qui doit être «universellement respecté», reste «valable même lorsque ce type d’actes ont été déclarés légaux au niveau local ou pour certaines catégories de personnes». L’Agence France Presse rappelle qu’en Italie, la Cour constitutionnelle a récemment dépénalisé le suicide assisté dans certaines conditions strictes tout en demandant au parlement de légiférer sur le vide juridique existant.

Les signataires du Document encouragent «une présence qualifiée et professionnelle dans les soins palliatifs, partout et accessible à tout le monde». «Même lorsque éloigner la mort est un poids difficile à supporter, nous sommes moralement et religieusement engagés à fournir un réconfort, un soulagement à la douleur, une proximité et une assistance spirituelle à la personne mourante et à sa famille», ajoutent les signataires.

Estimant que «la vie mérite d’être soutenue jusqu’à sa fin naturelle», les trois religions promettent de «soutenir les lois et politiques publiques qui protègent le droit et la dignité des patients en phase terminale pour éviter l’euthanasie et promouvoir les soins palliatifs». Elles s’engagent aussi à «utiliser la conscience et la recherche» pour fournir «un maximum d’informations et d’aide à ceux qui affrontent de graves maladies et la mort». Les trois religions prévoient de «sensibiliser l’opinion publique sur les soins palliatifs à travers une formation adéquate et la mise en œuvre de ressources pour le traitement de la souffrance et la mort». Elles promettent, enfin, outre «d’impliquer les autres religions et toutes les personnes de bonne volonté» dans ce combat.

Radicalisation ou simple rappel de l’essentiel ?

A demain @jynau

Policiers tués de Paris: rebondissement islamiste. Que restera-t-il, demain, du «coup de folie» ?

Bonjour

L’heure devient d’une extrême gravité. On connaît désormais son nom : Mickaël Harpon, informaticien de 45 ans, travaillait depuis 2003 à la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP). A tué à l’arme blanche, le 3 octobre, quatre fonctionnaires de ses collègues sur son lieu de travail. D’emblée syndicats, autorités et médias ont évoqué « un coup de folie ». L’assaillant « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales », avait aussitôt déclaré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, ce que confirmaient plusieurs syndicats de police. Ni le ministre, ni les syndicats, ni les médias n’expliquaient ce que pouvait désigner la formule « coup de folie ». Mais, déjà, certains médias annonçaient que l’auteur de l’attaque s’était converti à l’islam depuis 18 mois – ajoutant aussitôt ne pas savoir s’il existait un lien entre sa conversion et ce « passage à l’acte ».

Quarante-huit heures plus tard, rebondissement aux conséquences policières et politiques que nul ne peut encore imaginer : l’assaillant «aurait adhéré à une vision radicale de l’islam» et était en contact avec des individus de la «mouvance islamiste salafiste», a indiqué samedi Jean-François Ricard, procureur antiterroriste, cité par l’AFP. Les premières investigations ont relevé son «approbation de certaines exactions commises au nom de cette religion», «son souhait de ne plus avoir certains contacts avec des femmes», «sa justification» des attentats de Charlie Hebdo en 2015, «son changement d’habitude vestimentaire depuis quelques mois», a déclaré le procureur antiterroriste lors d’une conférence de presse.

Procédure pour violences conjugales

Mickaël Harpon abandonnait «toute tenue occidentale au profit d’une tenue traditionnelle pour se rendre à la mosquée», a encore révélé le procureur. Les investigations ont aussi «permis de faire apparaître des contacts entre l’auteur des faits et plusieurs individus, susceptibles d’appartenir à la mouvance islamiste». Cet homme au casier judiciaire vierge mais qui avait fait l’objet d’une procédure pour violences conjugales en 2009 s’était converti à l’islam il y a «une dizaine d’années», a précisé le procureur Ricard, qui a décrit dans le détail le parcours du tueur jeudi, évoquant une scène «d’une extrême violence».

L’assaillant a acheté le matin même de l’attaque deux couteaux, un «couteau de cuisine métallique» de 33 centimètres, et «un couteau à huîtres», qu’il a dissimulés sur lui. C’est à l’aide de ces couteaux qu’il a attaqué, entre 12h53 et 13 heures, plusieurs de ses collègues, avant d’être abattu par un policier stagiaire dans la cour de la préfecture.

L’étude de la téléphonie de son épouse, dont la garde à vue, débutée jeudi, a de nouveau été prolongée samedi pour 48 heures, a révélé que le couple avait «échangé 33 SMS, le matin des faits entre 11h21 et 11h50». «Au cours de cette conversation, l’auteur des faits a tenu des propos à connotation exclusivement religieuse qui se sont terminés par ces deux expressions: « Allah akbar » puis « suis notre prophète bien aimé, Muhammad, et médite le Coran »», a relaté le procureur. Il aurait, selon les témoignages dans son entourage, tenu «des propos similaires dans la nuit».

Où l’on mesure, la somme des questions majeures désormais soulevées, aux confins de la religion et de la psychiatre, du pouvoir policier et du pouvoir politique.

A demain @jynau