La « PMA pour toutes/sans père » est-elle vraiment compatible avec les droits de l’Homme ?

Bonjour

C’est d’ores et déjà acté dans La Croix, média plus que sensible à cette nouvelle morale en marche qu’est la bioéthique : dans un avis adopté mardi 20 novembre, les membres de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) « souhaitent l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules ».

« Pour fonder leur argumentaire, ils s’appuient sur le principe d’égalité, écrit Loup Besmond de Senneville. Les soutiens de l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules ne manqueront pas de souligner que ce rapport constitue un ‘’feu vert’’  supplémentaire.  La CNCDH préconise, par 27 voix pour, 3 contre et 8 abstentions, le changement de la loi. Dans ce texte de treize pages, ses membres se positionnent notamment en faveur de l’extension de la PMA, mais aussi pour la levée de l’interdiction du double don de gamètes, pour le remboursement de la PMA par la Sécurité sociale, pour le changement des règles de filiation et l’autoconservation des ovocytes. »

Pour La Croix, rien de très inattendu (encore que…) dans cet avis mis au point par un groupe d’une dizaine de conseillers qui ont auditionné dix-sept  personnes de tous horizons, dont des juristes, des membres d’association et des médecins. « Son originalité consiste davantage dans l’argumentation qui est employée, en particulier celle ayant trait à la notion d’égalité, estime le quotidien catholique.  La Commission estime ainsi que l’extension de la PMA ‘’procède autant d’une consécration du principe d’égalité de traitement que de la cohérence de notre système juridique ’’. »

Comprendra qui le pourra.  Il faudra pour cela gommer la frontière existant entre une thérapeutique et l’expression d’un nouveau droit fondé sur l’expression d’une souffrance. « Si cette interprétation surprend, c’est qu’elle diffère très sensiblement de celle du Conseil d’État en la matière, se plait à souligner La Croix. Ces derniers mois, les membres de la plus haute juridiction administrative ont en effet exprimé à plusieurs reprises une conception très différente de l’égalité. C’est notamment le cas dans l’avis sur la révision des lois de bioéthique rendu en juillet. Dans ce texte, les juristes différenciaient clairement les situations des couples hétérosexuels et des autres ».

Oppositions et confessions

« Avec cet avis, la CNCDH se met en opposition non seulement avec le Conseil d’État, mais aussi avec le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme, analyse, très critique, la juriste Aude Mirkovic dans La Croix. L’égalité ne suppose pas de traiter tout le monde de la même manière, mais de réserver le même traitement à ceux qui sont dans une situation comparable. »

Et La Croix de confesser avoir interrogé un syndicaliste qui siège au sein de la CNCDH. Un homme (ou une femme) qui défend le « sérieux » des auditions menées par le groupe de travail : « Nous avons eu une discussion contradictoire avec des experts de tous bords. »

Néanmoins, confie le quotidien catholique, il/elle fait partie de ceux/celles, « minoritaires », qui sont en désaccord avec une partie des conclusions. « Ma question n’est pas tant de savoir s’il faut un papa et une maman. Elle est autre: pouvons-nous vraiment fonder une société sur l’absence des hommes ? ». Qui répondra ?

A demain

@jynau

 

Fallait-il soigner et sauver Robert Bowers, l’auteur de la tuerie de la synagogue de Pittsburgh ?

Bonjour

La question est provocante et la réponse évidente. Elle vaut néanmoins d’être évoquée à la lumière des propos tenus par les médecins concernés – des propos rapportés notamment par Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long). A la lumière, également, de ce que les médias donnent quotidiennement à voir  quant à l’évolution sociétale d’un pays dirigé par un Donald Trump chaque jour un peu plus désinhibé.

Le samedi 27 octobre 2018, pendant l’office matinal de shabbat  un tueur a fait irruption dans la synagogue « Tree of Life » de Pittsburgh. Selon Jewish Telegraphic Agency, le suspect est entré dans la synagogue où se préparait une cérémonie de circoncision en criant : « Tous les juifs doivent mourir ! » avant d’ouvrir le feu. Le tireur, blessé durant l’affrontement avec la police, a été hospitalisé, placé en garde à vue puis inculpé et emprisonné. Robert Bowers, 46 ans, avait tué onze personnes présentes dans la synagogue – dont un médecin âgé de 66 ans, le Dr Jerry Rabinowitz.

On devait rapidement apprendre que Robert Bowers avait été pris en charge et sauvé par des médecins juifs au Allegheny General Hospital (AGH) de Pittsburgh – précisions données par le Dr Jeffrey Cohen, président de l’AGH. Et le Dr Cohen (dont la belle-mère était présente à la synagogue lors de la fusillade) explique lui avoir rendu visite dans son hôpital.

« Les premières personnes à l’avoir pris en charge sont des juifs, a-t-il expliqué aux médias américains. Ce sont des héros, (…) ils ont fait leur travail, en accord avec leurs convictions profondes. Je suis très fier d’eux ». « J’étais curieux de voir qui il était a-t-il ajouté concernant le tueur. Et je voulais aussi m’assurer qu’on prenait bien soin de lui ».

« Mon job c’est de soigner, pas de juger »

Au journaliste qui lui demande : « Qu’avez-vous lu dans ses yeux ? », il répond qu’il s’agit d’un patient comme les autres. « Ils ont peur, ils sont désorientés. Ils ne comprennent pas ce qu’il leur arrive. Mais encore une fois, mon job n’est pas de le juger. D’autres personnes ont cette lourde responsabilité. Mon job, c’est de le soigner. »

L’honneur de la médecine résumé en quelques mots à faire entendre sur les bancs de toutes les facultés : « Le médecin doit écouter, examiner, conseiller ou soigner avec la même conscience toutes les personnes quels que soient leur origine (…) leur réputation ou les sentiments qu’il peut éprouver à leur égard ».

Reste le contexte.Un article publié le jour de la fusillade dans The New Yorker, signé Alexandra Schwartz, expose les symptômes avant-coureurs de l’attentat et la montée de l’antisémitisme aux États-Unis depuis la campagne présidentielle de 2016, avec en particulier une recrudescence de la négation de la Shoah  et l’explosion de « l’antisémitisme au vitriol » sur Internet. Selon l’auteure l’antisémitisme n’avait pas pris une telle ampleur dans la culture américaine depuis le début  années 1940.

A Pittsburgh des médecins ont soigné et sauvé Robert Bowers, 46 ans. Aujourd’hui il risque la peine de mort.

A demain

@jynau

 

Suspicions d’agressions sexuelles : à Rouen et à Gien, deux jeunes prêtres  se sont suicidés 

Bonjour

Troublante coïncidence. On évoquera, au choix, l’époque ou fatalité. On se bornera aux faits, ceux rapportés par l’AFP.

Il y a quelques jours, à Gien (Loiret), le père Pierre-Yves Fumery, 38 ans a été retrouvé pendu dans son presbytère. Il  était visé par une enquête préliminaire pour « suspicion d’agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans ». L’information a été donnée le 22 octobre à la fois auprès du diocèse d’Orléans et du parquet de Montargis. Le corps du père Pierre-Yves Fumery avait été découvert le samedi 20 octobre. « C’est un moment d’épreuve tragique et de souffrance », a déclaré devant la presse l’évêque d’Orléans, Mgr Jacques Blaquart.

 Selon Mgr Blaquart des paroissiens bien intentionnés avaient alerté la cellule « d’écoute des blessures » du diocèse le 7 septembre. Ils auraient, selon lui, été témoins de « comportements inappropriés envers des adolescents de 13-14 ans », notamment une « proximité physique », un « comportement pas ajusté avec une jeune fille qu’il a prise dans ses bras et raccompagnée plusieurs fois en voiture ».

Aucun des gestes mentionnés n’obligeait à saisir la justice, a toutefois précisé l’évêque. Il avait demandé au père Fumery de « prendre du recul et de se faire accompagner, de quitter Gien quelque temps ». Ce qu’a fait l’intéressé. Contacté par un correspondant de l’AFP le procureur de Montargis, Loïc Abrial, a confirmé qu’une enquête préliminaire pour « suspicion d’agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans » avait été ouverte le 21 septembre à la suite à d’« informations préoccupantes ».

« Le 8 octobre, il est revenu à Gien avec mon accord, mais n’a pas repris ses activités normales », a encore indiqué Mgr Blaquart. « Plusieurs auditions ont eu lieu (…) et le prêtre a été entendu le 15 octobre en qualité de témoin », en l’absence d’infraction pénale matérialisée, précise le magistrat. Il s’est pendu peu après.

« Désirer la femme d’autrui »

Un mois plus tôt, à Rouen, le prêtre Jean-Baptiste Sèbe, 38 ans, se suicidait dans une église de la ville après – avoir été accusé d’agression sexuelle et de comportement indécent. Aucune plainte n’avait été déposée contre lui. Ce jeune prêtre  était décrit comme « droit, généreux », apprécié des fidèles – et ce même s’il n’était pas « conventionnel ». Il faisait l’objet d’une dénonciation de la part d’une femme qui l’accusait de comportements indécents et d’agression sexuelle sur sa fille majeure – des faits remontant, selon elle, à au moins deux ans.

Lors d’une conférence de presse l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, a rappelé l’existence d’une « plainte à l’autorité diocésaine d’une maman disant que sa fille lui avait dit que le père Jean-Baptiste Sèbe avait eu, il y a deux ou trois ans, des gestes inappropriés envers elle. Cette dernière était majeure à l’époque des faits allégués. » L’archevêque avait convoqué le prêtre pour qu’il s’explique sur ces accusations. « Il a avoué une conduite inconvenante à l’égard de cette jeune fille. Nous avons échangé et convenu ensemble qu’il s’agissait d’imprudence dans la relation avec cette femme comme cela arrive à un certain nombre d’hommes ou de femmes », a-t-il poursuivi indiquant « qu’il n’y avait pas eu, par la suite, d’autres rencontres avec cette fille ». C’était la veille du suicide.

« Je me confesse tous les mois, a précisé l’archevêque. Moi aussi il m’arrive de mentir, moi aussi, parfois, je désire la femme d’autrui. Je suis archevêque de Rouen mais je ne suis qu’un homme ». Selon lui, « aucun signe ne pouvait laisser prévoir un tel geste de la part du père Jean-Baptiste Sèbe », faisant référence à son suicide. « Nous sommes dans l’incompréhension d’un tel geste même si je savais qu’il connaissait un moment difficile », avait-il écrit dans un courrier adressé mardi à l’ensemble des prêtres du diocèse.

Interrogé pour savoir s’il avait saisi l’autorité judiciaire après avoir recueilli les aveux du prêtre, Mgr Lebrun a expliqué : « C’était une majeure. Il n’y avait pas d’obligation de signalement. » « Le vicaire général avait invité la plaignante à porter plainte si elle considérait que c’était une agression », a-t-il ajouté. Jean-Baptiste Sèbe avait été ordonné prêtre en 2005.

A demain

@jynau

 

Avortement : l’Ordre des médecins français n’est plus pleinement en phase avec le Vatican

Bonjour

La médecine et la religion aident, aussi, à prendre la mesure du temps qui passe. En  octobre 1940 une loi crée, en France, un « Ordre des médecins ». Il sera dissous en 1944 et institué sous une nouvelle forme en 1945.

De 1973 à 1981 c’est le Pr Jean-Louis Lortat-Jacob qui préside le Conseil national. Dès sa nomination, confronté à un manifeste de médecins réclamant la dépénalisation de l’avortement ce chirurgien désigne les signataires du manifeste comme une « association de malfaiteurs ». Une initiative qui ruinera durablement l’image de cette institution ordinale que François Mitterrand, en dépit d’un engagement électoral pré-1981, ne dissoudra pas.

Nous sommes en 2018. Dans son homélie prononcée lors de sa traditionnelle audience place Saint-Pierre le pape François a, 10 octobre, qualifié de « tueurs à gages » les médecins pratiquant des IVG.  C’était une homélie consacrée au commandement biblique de « ne pas tuer ».

« Interrompre une grossesse, c’est comme éliminer quelqu’un. Est-il juste d’éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ?  Ce n’est pas juste de se débarrasser d’un être humain, même petit, pour résoudre un problème. C’est comme avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème. »

Le pape François a ensuite fustigé « la dépréciation de la vie humaine », en raison des guerres, de l’exploitation de l’homme et de l’exclusion. Et  d’ajouter à cette liste l’avortement « au nom de la sauvegarde d’autres droits ». « Mais comment un acte qui supprime la vie innocente peut-il être thérapeutique, civil ou tout simplement humain ? », a encore demandé le souverain pontife. En juin, le souverain pontife avait déjà comparé l’avortement pratiqué en cas de handicap du fœtus à un eugénisme « en gants blancs », comme celui pratiqué par les « nazis ».

 « Au siècle dernier, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour veiller à la pureté de la race. Aujourd’hui nous faisons la même chose en gants blancs. Pourquoi ne voit-on plus de nains dans les rues ? Parce que le protocole de nombreux médecins dit : il va naître avec une anomalie, on s’en débarrasse. »

Réconciliation

 La Croix rapporte en outre que le 18 mai dernier le pape avait comparé les expérimentations sur des embryons humains et l’avortement d’enfants à naître malades, aux pratiques du médecin nazi Josef Mengele et aux Spartiates qui jetaient les nourrissons faibles du haut d’une montagne. « Nous faisons pareil aujourd’hui, avait-il poursuivi, mais dans les laboratoires et les cliniques. »

Le Conseil national de l’Ordre des médecins français allait-il réagir ? Lointain successeur du Pr Lortat-Jacob le Dr Patrick Bouet vient d’adresser (lettre datée du 11 octobre, lendemain de l’homélie vaticane)  un courrier au représentant du souverain pontife en France, Mgr Luigi Ventura – courrier consulté le 12 octobre par l’Agence France-Presse.

Le pape « a prononcé des mots très durs sur l’avortement, qui ont fortement ému la communauté médicale française que j’ai l’honneur et la responsabilité de représenter » écrit le président du Conseil national de l’Ordre des médecins français.

« Comment ne pas réagir à des termes d’une telle violence, alors que les professionnels de santé ont fait vocation d’écoute, d’aide et de soutien à leurs concitoyennes pour les accompagner dans des moments parfois difficiles de leur vie, et pour leur assurer un accès à l’interruption volontaire de grossesse dans les meilleures conditions possibles si elles en expriment le souhait ? »

« Si je comprends que sa Sainteté, au nom de sa foi, souhaite défendre des principes importants pour l’Eglise qu’il dirige [le Conseil national de l’Ordre] ne peut accepter que l’anathème soit ainsi jeté sur l’ensemble du corps médical, qui s’en retrouve stigmatisé. [L’Ordre]  ne peut non plus tolérer que la souffrance physique, psychique et morale vécue par des femmes en détresse, parfois en grande souffrance quand elles ont recours à l’interruption volontaire de grossesse, soit niée.

« Je perçois aujourd’hui, Monseigneur, l’émotion et l’incompréhension ressenties par les médecins et les femmes ainsi désignées, et souhaite vous les faire connaître en leur nom ».

Les médecins catholiques vont-ils, à leur tour, dénoncer les propos tenus en leur nom par le Dr Bouet ? Et après ? Dieu seul sait combien de temps il nous faudra encore patienter avant la réconciliation ?

A demain

Avortement : quel chrétien accuse le médecin d’être un «tueur à gages», «en gants blancs» ?

Bonjour

Le pape François est sur ses nuages. Et il foudroie : dans son homélie prononcée lors de sa traditionnelle audience place Saint-Pierre il a, mercredi 10 octobre, qualifié de « tueurs à gages » les médecins pratiquant des IVG.  Une homélie consacrée au commandement biblique de « ne pas tuer ».

« Interrompre une grossesse, c’est comme éliminer quelqu’un. Est-il juste d’éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ?  Ce n’est pas juste de se débarrasser d’un être humain, même petit, pour résoudre un problème. C’est comme avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème. »

Le pape François a ensuite fustigé « la dépréciation de la vie humaine », en raison des guerres, de l’exploitation de l’homme et de l’exclusion. Et  d’ajouter à cette liste l’avortement « au nom de la sauvegarde d’autres droits ». « Mais comment un acte qui supprime la vie innocente peut-il être thérapeutique, civil ou tout simplement humain ? », a encore demandé le souverain pontife.

Evoquant les enfants à naître avec un handicap, il a critiqué les conseils donnés aux parents d’interrompre la grossesse. « Un enfant malade est comme chaque nécessiteux de la terre, comme une personne âgée qui a besoin d’assistance, comme tant de pauvres qui ont du mal à joindre les deux bouts », a-t-il affirmé, en estimant qu’il s’agissait aussi d’un « don de Dieu capable de te sortir de l’égocentrisme ».

En juin, le souverain pontife avait déjà comparé l’avortement pratiqué en cas de handicap du fœtus à un eugénisme « en gants blancs », comme celui pratiqué par les « nazis ».

« Au siècle dernier, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour veiller à la pureté de la race. Aujourd’hui nous faisons la même chose en gants blancs. Pourquoi ne voit-on plus de nains dans les rues ? Parce que le protocole de nombreux médecins dit : il va naître avec une anomalie, on s’en débarrasse. »

Et La Croix rapporte que le 18 mai dernier, il avait comparé, dans un discours non-publié au bureau européen de la fédération One of us, les expérimentations sur des embryons humains et l’avortement d’enfants à naître malades, aux pratiques du médecin nazi Josef Mengele et aux Spartiates qui jetaient les nourrissons faibles du haut d’une montagne. « Nous faisons pareil aujourd’hui, avait-il poursuivi, mais dans les laboratoires et les cliniques. »

Le pape François est parfois, ici ou là, qualifié de progressiste.

A demain

Tous les évêques de France partent doucement en croisade contre la « PMA pour toutes »

Bonjour

La guerre est déclarée. Après le « oui » quelque peu étonnant du Conseil national de l’Ordre des médecins, voici le « non » de l’Eglise catholique. Dans un texte signé de tous les évêques de France et publié aux Éditions Bayard-Mame Cerf 1 l’épiscopat prend position sur la PMA.

En plein débat sur la révision des lois de bioéthique, ils soulèvent cinq obstacles éthiques à l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

Dans son édition de ce vendredi, La Croix publie des extraits du texte des évêques, révèle les coulisses de sa préparation, en fait la synthèse et analyse le texte. Pour étayer le texte, Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio répond aux questions de La Croix et explique que « l’enfant doit être voulu pour lui-même et non simplement pour satisfaire un désir d’adulte ». L’argument est connu. Mais encore ?

Le Figaro et Libération viennent de donner écho à ce texte. Nous y reviendrons sous peu.

A demain

(1) «La Dignité de la procréation», les évêques de France, coédition Bayard Éditions, Mame, les Éditions du Cerf.

Religions anti-vaccinations : fatwa indonésienne, Fraternité Saint-Pie-X et anthroposophie

Bonjour

C’est une information du quotidien indonésien Kompas relayée par Courrier International : « Dans le plus grand pays le plus musulman du monde, une fatwa évoquant des « extraits de porcs » dans un vaccin porte un coup à la campagne de vaccination contre la rougeole ».

La fatwa a été publiée le 20 août 2018 par le Conseil des oulémas indonésiens (MUI). Elle se fonde sur l’information selon laquelle le vaccin protégeant de la rougeole et de la rubéole produit par le Serum Institute of India contient des extraits de porc et qu’il est, de ce fait, haram”. 

Dès le paragraphe suivant, précise le journal de Jakarta, « le MUI note qu’il a toutefois décidé, dans l’attente d’un vaccin alternatif halal, d’autoriser l’utilisation de ce vaccin dans la campagne d’immunisation de 31,9 millions d’enfants par le gouvernement indonésien, étant donnée l’urgence de la situation sanitaire ».

Comment comprendre ? « Cette fatwa est de fait une déclaration de soutien du Conseil des oulémas à la campagne de vaccination contre la rougeole et la rubéole », affirme Arifianto, un pédiatre de Jakarta, auteur d’un ouvrage sur la vaccination. Courrier International :

 « Mais le mal est fait, se désole le quotidien national. Dans le pays qui abrite la plus grand population musulmane, beaucoup de citoyens n’ont lu que le premier paragraphe de la fatwa et l’ont fait circuler sur les réseaux sociaux. De nombreux parents refusent désormais que des extraits de porc soient injectés à leurs enfants. Kompas rappelle que selon les chiffres fournis en 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Indonésie est le dixième pays au monde dans le triste palmarès des pays où la population souffre le plus de la rougeole. »

Miviludes

Retour en France où, on le sait, les autorités sanitaires observent une recrudescence de la rougeole (plus de 2500 cas depuis novembre 2017. C’est une étude originale et passionnante publiée dans le cadre du rapport annuel de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) (pages 115-138) et heureusement citée par Le Monde. Elle est signée par Lucie Guimier, docteure en géopolitique (Institut français de géopolitique, Université Paris 8). Mme Guimier a travaillé sur la dernière grande épidémie de rougeole, entre 2008 et 2012 et démontre que l’obligation vaccinale est peu respectée au sein de certains groupes religieux et de certaines communautés spirituelles.

Ce refus serait tout particulièrement fort au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X ; le site de cette dernière comptabilise une soixantaine d’écoles « catholiques de tradition » en France. En cartographiant les données épidémiques de la rougeole à partir des données de Santé publique France, la chercheuse note une propagation de la maladie à partir de ces établissements. Lucie Guimier :

« La dispersion rapide de la rougeole à l’échelle intrafamiliale dans le réseau d’obédience lefebvriste résulte de toute évidence d’une couverture vaccinale insuffisante des enfants de la communauté, des carences possiblement liées aux aspirations spirituelles de leur famille ».

Esotérisme et parts de marché

Autre type d’établissements étudié par Mme Guimier : les écoles Steiner-Waldorf et leur doctrine fondatrice, l’anthroposophie, un mouvement ésotérique créé au début du XXe siècle.

 « Sous l’effet de l’expansion du mouvement anthroposophique ces dernières années, de nombreuses études (…) menées après l’apparition d’épidémies de maladies prévisibles par la vaccination ont mis en évidence que les parents adeptes de ce courant de pensée sont moins enclins que les autres à vacciner leurs enfants. »

Extraits de la conclusion de l’étude :

« (…), la défiance vaccinale que l’on observe aujourd’hui est devenue « virale », facilitée par la démocratisation d’Internet et la mise en réseaux des mouvements complotistes ou des groupes opposés à toute vaccination par principe. Lorsqu’elle agit dans un groupe social, l’assimilation de la vaccination comme étant un danger se fait le plus souvent au nom de la défense des libertés individuelles, argument contre lequel il est délicat de se défendre. L’invocation du complot étatique ou des laboratoires pharmaceutiques est également fréquente dans les milieux réfractaires à la vaccination, qui mêlent dans leur discours des éléments véridiques à des arguments non fondés scientifiquement.

« Au terme de cette réflexion, la vaccination apparaît ainsi être en lien avec des idéologies dont des mouvements de nature sectaire peuvent se servir pour gagner des parts de marché. Face à l’idée aujourd’hui répandue que toutes les données disponibles se valent, de l’information scientifique aux « faits alternatifs», la question se pose de savoir comment renforcer la vigilance, notamment pour défendre le symbole que représente la politique vaccinale dans la construction du projet national de santé publique.

«  Internet doit bien sûr être investi par les autorités de santé publique et les scientifiques pour faire la transparence sur les interrogations qui entourent les vaccins. Enfin, il est nécessaire que les principales institutions de l’État soient vigilantes à la propagation de théories et pratiques vaccino-sceptiques en leur sein, comme par exemple à l’école publique, lieu de socialisation et de promotion du vivre-ensemble par excellence. »

A demain

1 Courrier International présente ainsi Kompas (http://kompas.com):

« Fondé en 1965 pour s’opposer à la presse communiste, écrit en indonésien, “Boussole” est le plus grand quotidien national, la référence, avec des enquêtes de fond sur des faits de société et des reportages sur les îles “extérieures”, indonésiennes mais souvent oubliées par le centre, Java.

« Au cours des premières années, beaucoup virent dans ce titre la contraction de “Komando Pastor” (“commando des curés”). Pendant les trente-deux ans de l’ordre nouveau, le régime du général Suharto, “Kompas” prit rarement de risques dans le traitement de ses informations, sous la surveillance du pouvoir. Toutefois, il ouvrait régulièrement ses pages aux intellectuels du pays, devenant alors une tribune où s’exprimaient des idées courageuses, ce qu’il est toujours. »