Pédophilie au sein de l’Eglise : l’incompréhensible mea culpa prononcé par Mgr Pontier

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La une et cinq pages : c’est en majesté que notre quotidien dominical traite de la pédophilie dans l’Eglise. Tout, il est vrai converge pour l’évoquer. Un film primé à Berlin et objet de polémique juridique (« Grâce à Dieu » de François Ozon). Un livre-enquête  choc à paraître, signé de notre confrère Frédéric Martel (« Sodoma Enquête au coeur du Vatican», Robert Laffont). Des affaires récurrentes jamais soldées. Et la prochaine réunion, au Vatican par le pape François, d’un « sommet mondial pour prévenir les abus sexuels » – une forme d’émergence d’un politique catholique des risques.

Et dans ce concert, page 3 du Journal du Dimanche, une « exclusivité » : un entretien avec Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France. Une voix plus qu’autorisée dont on n’imagine pas un seul instant qu’elle n’ait pas reçu la bénédiction des autorités suprêmes. Or que nous dit Mgr Georges Pontier, 75 ans, par ailleurs archevêque de Marseille après l’avoir été deDigne et de Saintes ? Mgr Pontier dont le magazine La Vie  nous assure qu’il incarnerait une ligne « foncièrement modérée » à l’opposé de la « ligne Lustiger » ainsi qu’une Église « accompagnatrice spirituelle plutôt qu’une donneuse de leçons ».

L’AFP a résumé le long propos de l’archevêque. Etrange propos plus qu’embarrassé. Douloureuse exégèses à venir. Où l’on entend que pour lui le silence fait autour des abus sexuels dans l’Eglise résulte d’un « péché collectif » et d’un système qui « néglige » la parole des victimes. « Nous devons travailler tous ensemble contre la pédophilie. La hiérarchie [religieuse]n’est pas la seule coupable. Dans certaines familles, des parents très chrétiens ont empêché leur enfant de parler, dit-il encore. C’est un péché collectif ».

« Grâce à Dieu »

Et ces phrases : « Il existe une vénération de l’Eglise qui est malsaine et peut empêcher la libération de la parole (…)  Il y a quelque chose de systémique dans la négligence, le poids et la défense des institutions par rapport aux personnes victimes (…) On ne peut plus rejeter la faute, dire que ce sont les médias ou le monde extérieur qui en voudraient à l’Eglise (…) Les victimes n’ont pas besoin de repentance permanente si les actes ne suivent pas ».

L’actualité ? Mrg Georges Pontier est favorable au report de la sortie du film Grâce à Dieu consacré au père Preynat, un prêtre lyonnais mis en examen pour agressions sexuelles sur mineur et qui n’a pas encore été jugé. Il s’en explique à sa façon :

 « Nous sommes dans un calendrier ahurissant, qui voudrait que l’on termine par la reconnaissance de culpabilité devant les tribunaux après avoir vu tant de choses sur ce père Preynat qui, cela ne fait pas de doute, a commis des faits répréhensibles. Il faut un respect minimum de la présomption d’innocence. »

Interrogé sur l’enquête pour agressions sexuelles visant à Paris l’ambassadeur du pape en France Mgr Ventura, le prélat se montre également prudent : « Si des actes ont été commis qui auraient traumatisé profondément quelqu’un, ce serait, bien sûr, choquant. Je connais bien Mgr Ventura et, pour le moment, je le présume innocent. »

Mais qui a bien pu accuser les médias d’en vouloir à l’Eglise ? Comment confesse-t-on un péché collectif et qui doit faire, alors, pénitence ? Mgt Pontier ne nous le dit pas.

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@jynau

 

Pédophilie au sein du clergé et célibat perpétuel des prêtres imposé par le pape François

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Une nouvelle fois le pape passe à confesse entre Ciel et Terre. Dimanche 27 janvier, lors de la conférence de presse tenue dans l’avion qui le ramenait de Panama François a parlé. Et l’AFP était là. « A un mois de l’organisation de la réunion mondiale sur ’la protection des mineurs’’ au Vatican, le pape  s’est montré plutôt lucide sur son issu. Lucide ou fataliste ?  Il estime que cette réunion suscite des attentes « surdimensionnées » – et ce alors même que la pédophilie est « problème humain qui est partout ». Pour autant, heureusement, tout n’est pas perdu :

« Il faut redimensionner cette attente, parce que, je le dis, le problème des abus continuera.Il faut résoudre le problème dans l’Eglise, mais, en résolvant le problème dans l’Eglise par une prise de conscience, nous contribuerons à le résoudre dans la société, dans les familles, où la honte fait que l’on couvre tout. »

Officiellement, dans le jargon traditionnel, la réunion des présidents des conférences épiscopales convoquée fin février par le pape a pour ambition d’élaborer « des protocoles pour aller de l’avant », une sorte de « catéchèse » sur ce thème d’une particulière gravité et d’une grande ampleur. C’est que, confie le pape, « parfois les évêques ne savent pas quoi faire ». A eux de « prendre conscience du drame » car, assure par ailleurs le Souverain Pontife, « la souffrance est terrible ».

Une interdiction millénaire

Et puis l’immanquable corollaire. Interrogé sur un possible assouplissement des règles sur le célibat des prêtres, le pape François a clairement rejeté fermement toute remise en cause générale de cette pratique en vigueur dans le catholicisme romain. « Personnellement, je pense que le célibat est un don pour l’Eglise. Deuxièmement, je ne suis pas d’accord pour permettre que le célibat soit optionnel. Non », a déclaré le pape. Et puis, néanmoins, une brèche dans cette muraille théologique.  Il a, nous dit l’AFP, néanmoins envisagé « quelques possibilités pour des endroits très reculés » comme les îles du Pacifique ou l’Amazonie (sic), quand « il y a une nécessité pastorale ». « C’est une chose en discussion avec les théologiens, ce n’est pas ma décision ».

 On sait que le rite romain, observé par l’immense majorité des catholiques, rejette complètement cette possibilité depuis le XIe siècle (et ce alors même qu’auparavant les prêtres ont, pendant des siècles)  pu être mariés. « Les textes bibliques indiquent d’ailleurs que l’apôtre Pierre, dont le pape est officiellement le successeur, avait une belle-mère » observe l’AFP.

En mars 2017, le pape François avait publiquement annoncé « réfléchir » à la possibilité d’ordonner des  viri probati – des hommes mariés d’âge mûr impliqués dans l’Eglise –, excluant donc cette ouverture pour les jeunes hommes, et bien sûr les femmes. L’hypothèse de ces ordinations sera à l’ordre du jour du prochain synode en octobre dédié à l’Amazonie, immense territoire latino-américain souffrant d’un manque de prêtres autochtones.

Réduction des risques

Mais le pape argentin a, dans son avion, confirmé son rejet de la fin du célibat – et ce en citant une phrase de son prédécesseur Paul VI (« Je préfère donner ma vie que de changer la loi du célibat »). Il y a quelques mois, une proposition de l’épiscopat belge de permettre à certains jeunes hommes mariés de devenir prêtres n’a eu aucune suite. Quant à l’Eglise catholique allemande, elle prie pour une discussion en son sein sur le célibat – et ce non pas en raison de la crise des vocations, mais bien après la révélation d’agressions sexuelles sur des milliers d’enfants pendant des décennies.

Et l’AFP de signaler qu’un récent rapport commandé par l’Eglise allemande sur ces sévices sexuels commis par des membres du clergé (entre 1946 et 2014) a identifié le « célibat des prêtres » comme l’une des possibles causes (indirectes) de ces agressions. Où l’on regrette de ne pas connaître la bibliographie des travaux médicaux et scientifiques, épidémiologiques et théologiques qui, sans nul doute, ont, depuis un millénaire, dû être menés sur un sujet d’une telle gravité. Un sujet désormais indissociable d’une politique de réduction des risques.

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@jynau

 

 

 

L’affaire Thill : où l’on voit les dangers, pour une députée macroniste, d’user de la métaphore 

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Députée macroniste (Oise) Agnès Thill n’apprécie guère son collègue macronien Aurélien Taché (Val d’Oise). Au point de le qualifier de « Fouquier-Tinville d’opérette).  AntoineQuentin Fouquiet de Tinvill(1746-1995) célèbre accusateur public du Tribunal révolutionnaire qui vécut et mourut avant l’existence de l’opérette.

Le torchon brûle entre les deux députés depuis que la première a osé exprimer certains désacoords sur quelques questions éthiques sensibles – au premier rang desquelles l’ouverture à « toutes les femmes » de la « procréation médicalement assistée ». Oser parler de « mascarade de démocratie ».

Aurélien Taché n’est pas le seuls dans son cas. Il en va de même avec Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement a jugé « inacceptables et méprisantes » certaines des paroles d’Agnès Thill. Et de menacer. La veille, dans une interview vidéo à Oise Hebdoelle avait  comparé « la souffrance des femmes seules » qui souhaitent une PMA à celle des « drogués ». ». « Si un drogué souffre, on lui donne la drogue? Si la femme souffre, est-ce que je lui donne un enfant pour ne plus souffrir? Un enfant n’est pas un médicament ».

« Ça suffit », a tonné M. Griveaux, soulignant que « ces mots blessent des familles et viennent nourrir tous les préjugés ignobles ».

Comment traiter le « cas Agnès Thill » ? Une nouvelle fois, la question se pose à la majorité et embarrasse les dirigeants de La République en marche (LRM), tant le feuilleton semble récurrent. Opposée à l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, la députée macroniste de l’Oise multiplie, depuis plusieurs mois, les prises de positions polémiques pour exprimer son désaccord avec cette mesure soutenue par Emmanuel Macron durant la campagne. Au point de s’attirer les foudres de plusieurs députés LRM, qui exigent son exclusion du groupe majoritaire à l’Assemblée nationale, et de certains ministres.

Ponce Pilate et Gilles Le Gendre

Interrogée par Le Monde (Alexandre Lemarié) Agnès Thill ne se montre aucunement impressionnée par la condamnation du porte-parole du gouvernement. « Ce que j’ai fait est une métaphore. C’est courant. Tous ceux qui s’expriment ont eu des métaphores ou des propos maladroits, lui le premier », rétorque-t-elle, en s’étonnant de n’avoir eu« aucune réponse » sur le fond de ses propos. Avant d’affirmer : « Je défie quiconque de montrer que mes propos sont homophobes, islamophobes, xénophobes ou je ne sais quoi. Tout ce dont on m’accuse est faux. »

Gilles Le Gendre, patron du groupe macroniste à l’Assemblée nationale a annoncé que le « cas d’Agnès Thill » sera examiné jeudi 24 janvier par le bureau du groupe LRM à l’Assemblée. « Ses  propos m’horrifient et m’indignent autant que vous » a-t-il dit à ses collègues. Pour autant, le patron des députés macronistes n’entend pas trancher seul ce cas sensible. Ponce Pilate, en somme. « Toute décision sera prise en commun entre le mouvement et le groupe », a-t-il précisé. « Gilles Le Gendre ne veut pas pratiquer la police de la pensée, explique son entourage. Le fait de ne pas penser comme la majorité du groupe ne peut être un motif d’exclusion. En revanche, cela peut l’être si le groupe et le parti estiment de manière conjointe que la prise de position d’Agnès Thill est contraire aux valeurs du mouvement. »

Interrogé à son sujet lundi sur France Inter, M. Le Gendre avait estimé qu’Agnès Thill avait « toujours sa place dans le groupe ». Qu’en sera-t-il jeudi ? « Dans les rangs macronistes, certains craignent que des élus LRM choisissent, par solidarité avec Agnès Thill, de quitter le groupe si celle-ci était poussée vers la sortie, observe Le Monde.  Un scénario catastrophe pour ce collectif de 307 membres, alors que six élus ont déjà quitté le groupe ces derniers mois : Jean-Michel Clément en avril 2018, Frédérique Dumas en septembre, Paul Molac et François-Michel Lambert en octobre. Sébastien Nadot a été exclu en décembre, après avoir voté contre le projet de budget 2019, tandis que Joachim Son-Forget est lui-même parti après avoir fait polémique sur les réseaux sociaux. »

Il y a quelques jours lors de l’Acte I du « Grand Débat » le chef de l’Etat a souhaité que la « PMA pour toutes »  soit « un sujet sur lequel la France ne se déchire pas ». Métaphore, humour ou euphémisme ?

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@jynau

 

« La République en marche » va-t-elle bientôt excommunier la députée Agnès Thill ?

 

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Aux frontières du Grand Débat, comme un parfum du bûcher. C’était à lire dans Le Journal du Dimanche : « Des députés En marche dénoncent les « théories complotistes » de leur collègue Agnès Thill » (Anne-Charlotte Dusseaulx). Nous avons déjà rapporté ce qu’il en était des convictions de cette ancienne députée socialiste devenue macroniste et opposée à la « PMA pour toutes » -une opposition radicale qui la conduit à faire d’étranges ellipses sur fond d’écoles coraniques. Agnès Thill, donc, députée de l’Oise, 54 ans, élevée dans une famille ouvrière chrétienne, ancienne institutrice et que l’on commence à entendre sur les radios périphériques.

La députée Agnès Thill bientôt excommuniée à la demande d’une vingtaine d’élus La République en marche (LREM) qui portent, la concernant, le diagnostic de complotisme ; très mauvais pronostic. Plusieurs cadres du parti, dont son patron Stanislas Guerini, 36 ans, ancien de l’Ecole alsacienne  et le chef de file des députés du groupe majoritaire Gilles Le Gendre, 60 ans, ancien du collège Sainte-Croix  avaient déjà pris leurs distances avec les propos de leur collègue l’élue, dénonçant des opinions « contraires » aux engagements de leur mouvement politique.

Insultes et complotisme

« Si nous connaissons tous l’opposition d’Agnès Thill à la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, et nous respectons ses convictions, bien que nous ne les partagions pas, le débat politique ne doit en aucun cas être nourri d’insultes ni de théories complotistes » écrivent les vingt députés LREM à leur président comme d’autres le feraient au directeur du collège lors d’un conseil de discipline. Ils rappellent à Gilles Legendre qu’Agnès Thill avait déjà fait l’objet d’un avertissement « l’automne dernier » et attendent une « réponse de fermeté ».

« Nous ne pouvons tolérer les délires islamophobes, homophobes et paranoïaques d’Agnès Thill » écrivent-ils quand cette dernière appelle à « débattre sur le fond ».  Gilles Le Gendre et Stanislas Guérini ont d’ores et déjà pris leur distance (« Ce texte n’engage que son auteure » ; « nombre des opinions qu’il contient sont contraires aux engagements et aux idées portés par LREM et son groupe parlementaire ». Dans le même temps l’entourage de Gilles Le Gendre à fait savoir à Libération qu’ « exclure Agnès Thill serait la pire des décisions ». « On ne veut pas en faire une martyre ». Le groupe LREM compte actuellement 307 membres.

« L’affaire prend de l’ampleur. La dureté des réactions contre la députée LaREM Agnès Thill, hostile à l’extension de la PMA, traduit une volonté de la diaboliser en faisant l’économie du débat de fond qu’elle soulève » souligne Le Figaro (Guillaume Tabard). « Diaboliser » : tenir pour diabolique – un verbe du premier groupe que l’on tenait pour suranné.

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@jynau

 

 

 

«PMA pour toutes» : elle déclenche une vive polémique au sein de La République en marche

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C’était écrit. Voulu par le député-médecin Jean-Louis Touraine, socialiste devenu macronien, le rapport parlementaire sur la bioéthique commence à faire des vagues politiques. Ce document annonce, à sa façon, la possible fin de la « bioéthique à la française ». Il recommande notamment (promesse du candidat Emmanuel Macron) « l’extension à toutes les femmes des techniques de PMA ». Au nom de l’égalité des droits, la mission d’information parlementaire souhaite notamment que toutes les femmes bénéficient des mêmes modalités de remboursement par la Sécurité sociale.

Et son rapporteur, Jean-Louis Touraine, va plus loin. Il préconise plusieurs changements qui, s’ils étaient adoptés, auraient des conséquences pour l’ensemble des couples ayant recours à la PMA. Sur la question de l’accès aux origines, M. Touraine se dit par exemple favorable à ce que les enfants nés d’un don puissent, à leur majorité, accéder à des informations non-identifiantes (caractéristiques médicales) ainsi qu’à l’identité de leur géniteur.

Au lendemain de la publication de ce rapport la députée Agnès Thill (LRM, Oise) annonce publiquement son opposition. Ce qui provoque de violentes au sein du groupe de la majorité présidentielle – un groupe qui prend habituellement soin de ne pas montrer les divisions qui peuvent exister en son sein. On précisera que Mme Thill était membre de la mission d’information sur la révision des lois de bioéthique.

« Débat apaisé » et « écoles coraniques »

Dans une longue lettre adressée jeudi 17 janvier à ses collègues du groupe majoritaire, Mme Thill pilonne le rapport de son collègue Touraine.  Elle estime notamment qu’accepter dans la future révision de la loi le « parent d’intention » (le parent n’ayant pas de lien biologique avec l’enfant) « permet la multiplication des parents », et que le mot « parent » « n’a alors plus aucun sens ». « Il en découle politiquement, que cette absence de sens de genre dans le mot “parent” favorise l’éclosion d’écoles coraniques et le départ de nos élèves vers celles-ci », écrit la députée Thill, 54 ans, qui a grandi dans une « famille ouvrière chrétienne » en Seine-Saint-Denis et qui, après avoir été longtemps institutrice dans l’Oise a dirigé une ‘école primaire à Paris.

« Nos amis musulmans, que nous savons opposés à cet éloignement progressif des concepts de père-mère, homme-femme (…) ne vont point dans la rue, ni dans les urnes, pour exprimer leur conception, écrit-elle. Mais ils vivent en créant un monde parallèle dans la République, où les choses sont comme ils veulent (…). Il n’y a pas chez nos amis musulmans de parent 1 et de parent 2 ». Et Mme Thill cite dans sa lettre, parmi les experts qui se sont prononcés sur l’extension de la PMA, des « juristes », des « scientifiques », des « associations » mais aussi des « francs-maçons ».

Réplique immédiate de certains de ses collègues du groupe majoritaire qui estiment que, cette fois, la « ligne rouge » a été franchie. « Marre qu’une députée LRM puisse prononcer des propos homophobes et islamophobes aussi librement… Le courrier reçu par mes collègues et moi-même est un tapis de sottises qui stigmatise inutilement deux minorités. En France, il n’y a pas de “parallèle” à la République », a notamment réagi sur Twitter la députée Laurence Vanceunebrock-Mialon (LRM, Allier), fonctionnaire de police. Quant à Aurélien Taché (LRM, Val d’Oise) il réclame que sa collège Thill soit exclue du groupe « sans plus attendre » : « Stop. Homophobie, islamophobie (…) »écrit-il sur Twitter.

Interrogée par Libération (Sylvain Chazot)  la porte-parole du groupe LRM, Marie Lebec, députée des Yvelines, elle dénonce une lettre « caricaturale, comme Agnès Thill peut l’être ». L’AFP rappelle que ce n’est pas la première fois qu’Agnès Thill est la cible de critiques au sein de son parti pour certains de ses propos. En novembre dernier, LRM avait mis une « dernière » fois en garde l’élue de l’Oise « contre les excès » de ses « prises de position publiques ». La députée avait alors dénoncé l’existence d’un « puissant lobby LGBT à l’Assemblée nationale ».

Où l’on voit que nous sommes encore assez loin du « débat apaisé » qu’Emmanuel Macron appelait de ses vœux avant de pouvoir, dès cette année, légiférer.

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@jynau

 

La « PMA pour toutes/sans père » est-elle vraiment compatible avec les droits de l’Homme ?

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C’est d’ores et déjà acté dans La Croix, média plus que sensible à cette nouvelle morale en marche qu’est la bioéthique : dans un avis adopté mardi 20 novembre, les membres de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) « souhaitent l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules ».

« Pour fonder leur argumentaire, ils s’appuient sur le principe d’égalité, écrit Loup Besmond de Senneville. Les soutiens de l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules ne manqueront pas de souligner que ce rapport constitue un ‘’feu vert’’  supplémentaire.  La CNCDH préconise, par 27 voix pour, 3 contre et 8 abstentions, le changement de la loi. Dans ce texte de treize pages, ses membres se positionnent notamment en faveur de l’extension de la PMA, mais aussi pour la levée de l’interdiction du double don de gamètes, pour le remboursement de la PMA par la Sécurité sociale, pour le changement des règles de filiation et l’autoconservation des ovocytes. »

Pour La Croix, rien de très inattendu (encore que…) dans cet avis mis au point par un groupe d’une dizaine de conseillers qui ont auditionné dix-sept  personnes de tous horizons, dont des juristes, des membres d’association et des médecins. « Son originalité consiste davantage dans l’argumentation qui est employée, en particulier celle ayant trait à la notion d’égalité, estime le quotidien catholique.  La Commission estime ainsi que l’extension de la PMA ‘’procède autant d’une consécration du principe d’égalité de traitement que de la cohérence de notre système juridique ’’. »

Comprendra qui le pourra.  Il faudra pour cela gommer la frontière existant entre une thérapeutique et l’expression d’un nouveau droit fondé sur l’expression d’une souffrance. « Si cette interprétation surprend, c’est qu’elle diffère très sensiblement de celle du Conseil d’État en la matière, se plait à souligner La Croix. Ces derniers mois, les membres de la plus haute juridiction administrative ont en effet exprimé à plusieurs reprises une conception très différente de l’égalité. C’est notamment le cas dans l’avis sur la révision des lois de bioéthique rendu en juillet. Dans ce texte, les juristes différenciaient clairement les situations des couples hétérosexuels et des autres ».

Oppositions et confessions

« Avec cet avis, la CNCDH se met en opposition non seulement avec le Conseil d’État, mais aussi avec le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme, analyse, très critique, la juriste Aude Mirkovic dans La Croix. L’égalité ne suppose pas de traiter tout le monde de la même manière, mais de réserver le même traitement à ceux qui sont dans une situation comparable. »

Et La Croix de confesser avoir interrogé un syndicaliste qui siège au sein de la CNCDH. Un homme (ou une femme) qui défend le « sérieux » des auditions menées par le groupe de travail : « Nous avons eu une discussion contradictoire avec des experts de tous bords. »

Néanmoins, confie le quotidien catholique, il/elle fait partie de ceux/celles, « minoritaires », qui sont en désaccord avec une partie des conclusions. « Ma question n’est pas tant de savoir s’il faut un papa et une maman. Elle est autre: pouvons-nous vraiment fonder une société sur l’absence des hommes ? ». Qui répondra ?

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@jynau

 

Fallait-il soigner et sauver Robert Bowers, l’auteur de la tuerie de la synagogue de Pittsburgh ?

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La question est provocante et la réponse évidente. Elle vaut néanmoins d’être évoquée à la lumière des propos tenus par les médecins concernés – des propos rapportés notamment par Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long). A la lumière, également, de ce que les médias donnent quotidiennement à voir  quant à l’évolution sociétale d’un pays dirigé par un Donald Trump chaque jour un peu plus désinhibé.

Le samedi 27 octobre 2018, pendant l’office matinal de shabbat  un tueur a fait irruption dans la synagogue « Tree of Life » de Pittsburgh. Selon Jewish Telegraphic Agency, le suspect est entré dans la synagogue où se préparait une cérémonie de circoncision en criant : « Tous les juifs doivent mourir ! » avant d’ouvrir le feu. Le tireur, blessé durant l’affrontement avec la police, a été hospitalisé, placé en garde à vue puis inculpé et emprisonné. Robert Bowers, 46 ans, avait tué onze personnes présentes dans la synagogue – dont un médecin âgé de 66 ans, le Dr Jerry Rabinowitz.

On devait rapidement apprendre que Robert Bowers avait été pris en charge et sauvé par des médecins juifs au Allegheny General Hospital (AGH) de Pittsburgh – précisions données par le Dr Jeffrey Cohen, président de l’AGH. Et le Dr Cohen (dont la belle-mère était présente à la synagogue lors de la fusillade) explique lui avoir rendu visite dans son hôpital.

« Les premières personnes à l’avoir pris en charge sont des juifs, a-t-il expliqué aux médias américains. Ce sont des héros, (…) ils ont fait leur travail, en accord avec leurs convictions profondes. Je suis très fier d’eux ». « J’étais curieux de voir qui il était a-t-il ajouté concernant le tueur. Et je voulais aussi m’assurer qu’on prenait bien soin de lui ».

« Mon job c’est de soigner, pas de juger »

Au journaliste qui lui demande : « Qu’avez-vous lu dans ses yeux ? », il répond qu’il s’agit d’un patient comme les autres. « Ils ont peur, ils sont désorientés. Ils ne comprennent pas ce qu’il leur arrive. Mais encore une fois, mon job n’est pas de le juger. D’autres personnes ont cette lourde responsabilité. Mon job, c’est de le soigner. »

L’honneur de la médecine résumé en quelques mots à faire entendre sur les bancs de toutes les facultés : « Le médecin doit écouter, examiner, conseiller ou soigner avec la même conscience toutes les personnes quels que soient leur origine (…) leur réputation ou les sentiments qu’il peut éprouver à leur égard ».

Reste le contexte.Un article publié le jour de la fusillade dans The New Yorker, signé Alexandra Schwartz, expose les symptômes avant-coureurs de l’attentat et la montée de l’antisémitisme aux États-Unis depuis la campagne présidentielle de 2016, avec en particulier une recrudescence de la négation de la Shoah  et l’explosion de « l’antisémitisme au vitriol » sur Internet. Selon l’auteure l’antisémitisme n’avait pas pris une telle ampleur dans la culture américaine depuis le début  années 1940.

A Pittsburgh des médecins ont soigné et sauvé Robert Bowers, 46 ans. Aujourd’hui il risque la peine de mort.

A demain

@jynau