Policiers tués de Paris: rebondissement islamiste. Que restera-t-il, demain, du «coup de folie» ?

Bonjour

L’heure devient d’une extrême gravité. On connaît désormais son nom : Mickaël Harpon, informaticien de 45 ans, travaillait depuis 2003 à la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP). A tué à l’arme blanche, le 3 octobre, quatre fonctionnaires de ses collègues sur son lieu de travail. D’emblée syndicats, autorités et médias ont évoqué « un coup de folie ». L’assaillant « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales », avait aussitôt déclaré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, ce que confirmaient plusieurs syndicats de police. Ni le ministre, ni les syndicats, ni les médias n’expliquaient ce que pouvait désigner la formule « coup de folie ». Mais, déjà, certains médias annonçaient que l’auteur de l’attaque s’était converti à l’islam depuis 18 mois – ajoutant aussitôt ne pas savoir s’il existait un lien entre sa conversion et ce « passage à l’acte ».

Quarante-huit heures plus tard, rebondissement aux conséquences policières et politiques que nul ne peut encore imaginer : l’assaillant «aurait adhéré à une vision radicale de l’islam» et était en contact avec des individus de la «mouvance islamiste salafiste», a indiqué samedi Jean-François Ricard, procureur antiterroriste, cité par l’AFP. Les premières investigations ont relevé son «approbation de certaines exactions commises au nom de cette religion», «son souhait de ne plus avoir certains contacts avec des femmes», «sa justification» des attentats de Charlie Hebdo en 2015, «son changement d’habitude vestimentaire depuis quelques mois», a déclaré le procureur antiterroriste lors d’une conférence de presse.

Procédure pour violences conjugales

Mickaël Harpon abandonnait «toute tenue occidentale au profit d’une tenue traditionnelle pour se rendre à la mosquée», a encore révélé le procureur. Les investigations ont aussi «permis de faire apparaître des contacts entre l’auteur des faits et plusieurs individus, susceptibles d’appartenir à la mouvance islamiste». Cet homme au casier judiciaire vierge mais qui avait fait l’objet d’une procédure pour violences conjugales en 2009 s’était converti à l’islam il y a «une dizaine d’années», a précisé le procureur Ricard, qui a décrit dans le détail le parcours du tueur jeudi, évoquant une scène «d’une extrême violence».

L’assaillant a acheté le matin même de l’attaque deux couteaux, un «couteau de cuisine métallique» de 33 centimètres, et «un couteau à huîtres», qu’il a dissimulés sur lui. C’est à l’aide de ces couteaux qu’il a attaqué, entre 12h53 et 13 heures, plusieurs de ses collègues, avant d’être abattu par un policier stagiaire dans la cour de la préfecture.

L’étude de la téléphonie de son épouse, dont la garde à vue, débutée jeudi, a de nouveau été prolongée samedi pour 48 heures, a révélé que le couple avait «échangé 33 SMS, le matin des faits entre 11h21 et 11h50». «Au cours de cette conversation, l’auteur des faits a tenu des propos à connotation exclusivement religieuse qui se sont terminés par ces deux expressions: « Allah akbar » puis « suis notre prophète bien aimé, Muhammad, et médite le Coran »», a relaté le procureur. Il aurait, selon les témoignages dans son entourage, tenu «des propos similaires dans la nuit».

Où l’on mesure, la somme des questions majeures désormais soulevées, aux confins de la religion et de la psychiatre, du pouvoir policier et du pouvoir politique.

A demain @jynau

Nouvelles lumières sur l’essai clinique sauvage de l’Abbaye de Sainte-Croix à Saint-Benoît

Bonjour

Faire la lumière. Nous sommes moins d’une semaine après l’étrange révélation, fortement médiatisée, de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Et plusieurs éléments nouveaux éclairent l’ « essai clinique sauvage » mené au sein de l’abbaye de Sainte-Croix à Saint-Benoît, près de Poitiers (Vienne). Grâce notamment au travail mené localement par FR3 Nouvelle Aquitaine (V.P. avec Antoine Morel et François Bombard).

Rappel : cet essai clinique mené sans autorisation de l’ANSM concernait des personnes souffrant de maladies de Parkinson ou d’Alzheimer (ou de « troubles du sommeil »). Il avait été organisé par une structure baptisée « Fonds Josefa » domiciliée à Poitiers.

« Cette structure, précise FR3, a été créée en 2015 avec pour objectif de financer des travaux de recherche de Jean-Bernard Fourtillan, pharmacien mais aussi ingénieur chimiste dont le cursus et les expertises sont détaillés sur le site du Fonds Josefa. Le conseil d’administration du Fonds Josefa est composé de neuf membres, dont les profils sont aussi mis en ligne. Ils sont pharmaciens, ingénieur, cancérologue, professeur émérite de la faculté de médecine, cardiologue , docteur en droit et avocat. »

Parmi eux, ajoute FR3, un ancien professeur du CHU de Poitiers et un médecin en exercice au CHU et à la Polyclinique que l’une de ses équipes a pu joindre par téléphone. Témoignage anonyme : «  Si ces produits apportent un plus et permettent de transformer un Parkinson qui est au fauteuil, qui se remet à marcher et à vivre à peu près correctement, si ça agit de façon bénéfique mais ça, on ne le sait pas encore dans l’Alzheimer, ce sont des travaux futurs qui seront menés dans les facultés. »

Interrogé sur l’organisation du Fonds Josefa, le CHU de Poitiers explique dans un courriel ignorer l’engagement de ce médecin et n’avoir aucun lien avec cette affaire. Selon le CHU la participation de ce professionnel au fonds mis en cause pour des essais cliniques, relève d’un engagement individuel.

La lettre ouverte à Agnès Buzyn

Il faut aussi compter avec la lettre ouverte du Pr Jean-Bernard Fourtillan – lettre adressée au Directeur général de l’ANSM et à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« Les Professeurs Jean-Bernard FOURTILLAN et Henri JOYEUX (Professeur de Pharmacie, Professeur de Médecine) ont décidé en 2015 d’unir leurs efforts pour faire connaître au grand public, en même temps qu’aux Professionnels de santé et aux Chercheurs, une découverte essentielle et les médicaments en cours de préparation qui en découleront. La découverte concerne deux hormones physiologiques (naturelles) sécrétées par la glande pinéale située dans le cerveau : – La Valentonine (hormone du sommeil et de la nuit), découverte par JB Fourtillan en 1994 – Le 6-Méthoxy-Harmalan (hormone de la vigilance et du jour), découverte par W.M.Mac Isaac en 1961

« Ces deux hormones assurent la régulation totale des vies psychiques et végétatives de l’organisme pendant une journée de 24 heures. Cette découverte a permis de comprendre, pour la première fois, les mécanismes, totalement inconnus auparavant, des troubles du sommeil, des dépressions nerveuses et des maladies neurodégénératives de Parkinson et d’Alzheimer. Parce que ces affections sont dues à une insuffisance des sécrétions pinéales nocturnes de ces deux hormones régulatrices, leur administration par patchs transdermiques, pendant la nuit, permet de traiter efficacement ces maladies. C’est dans ce cadre que 402 personnes, dont les Professeurs Fourtillan et Joyeux, atteintes d’une de ces affections, ont librement décidé de se soigner. »

On ajoutera que la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a indiqué à l’AFP avoir reçu « trois signalements, entre novembre 2018 et février 2019 », ayant permis d’avertir les autorités concernées.  Selon ces signalements, « trois soirées, sur trois lieux différents » ont été organisées « pour des professionnels de santé » susceptibles d’avoir parmi leurs patients des personnes atteintes des maladies neurologiques concernées. Anne Josso, secrétaire générale de la Miviludes précise que pour ces malades « des patchs circulaient sous le manteau, vendus au prix de 1.500 euros ». L’objectif assumé était de « lever des fonds pour le financement d’un médicament en cours de développement » – et ce « pour le fonds Josefa ».

Er maintenant ?

« L’essai de ces patchs, soutient le Pr Fourtillan dans Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) n’est pas un essai clinique, au sens réglementaire du terme, qui doit être soumis à l’aval de l’ANSM parce qu’il n’est pas effectué avec un médicament. En témoigne l’emballage des patchs, fabriqués par la société allemande Gen-Plus qui comporte la mention « Technical sample. Not for human use », ce qui signifie« qu’il ne s’agit pas d’un « médicament » et que son utilisation est de l’unique responsabilité des 402 personnes. Ainsi les reproches formulés par l’ANSM dans sa décision sus-mentionnée sont sans fondement. Le test en question est effectué en toute légalité ».

Un argument jugé irrecevable par l’ANSM, contactée par Le Quotidien  : « au même titre que des patchs nicotiniques ou l’implant Mirena, ces patchs sont considérés comme des médicaments et doivent être traités comme tels d’un point de vue réglementaire ».

Le Pr Fourtillan paraît  déterminé à poursuivre son essai, comme semblent le confirmer les témoignages recueillis par le Pr Philippe Damier (CHU de Nantes), neurologue et vice-président du comité scientifique de l’association France Parkinson, qui a lancé l’alerte en mai dernier.  L’ANSM assure que si le Pr Fourtillan ne se plie pas à sa décision de justice sanitaire c’est le pôle santé du parquet de Paris (d’ores et déjà saisi)qui  prendra le relais. « L’Agence n’a pas de droit de perquisition, en dehors des inspections comme celle réalisée dans le laboratoire impliqué dans l’étude. Il nous est donc impossible d’inspecter l’abbaye de Sainte-Croix dans laquelle les patients ont été accueillis, et de saisir les listes de patients ou les patchs », explique l’ANSM.

Convoqué en juin dernier, le Pr Fourtillan ne s’est pas rendu dans les locaux de l’ANSM. Il sait que mener un essai clinique sans autorisation constitue une infraction, au titre de l’article L.1121-1 du code de santé publique, et est passible de 15 000 euros d’amende et d’un an de prison. Il sait aussi que l’Académie nationale de Pharmacie « s’est insurgée des propos fallacieux du Professeur Henri Joyeux sur France Inter faisant allusion à une « publication de ses recherches à l’Académie nationale de Pharmacie. » :

« Le Pr Fourtillan a effectivement présenté à l’Académie ses travaux sur ‘’la glande pinéale et le système veille-sommeil – applications thérapeutiques’’ le 2 décembre 2015 ; cependant, cette présentation a fait immédiatement l’objet d’une critique virulente des Académiciens présents dans l’auditoire, comme il est rapporté dans le compte rendu de la séance. L’Académie nationale de Pharmacie soutient totalement les actions de Madame la Ministre en charge de la Santé ainsi que de l’ANSM sur l’étude illégale menée sur des patients parkinsoniens et atteints de la maladie d’Alzheimer. »

Est-ce assez clair ?

A demain @jynau

PMA : Nouvelle agression méchamment confraternelle contre l’Académie de médecine

Bonjour

Qui veut ruiner une institution séculaire l’accuse d’être « datée ». Agnès Buzyn vient de le faire à propos de l’Académie nationale dé médecine coupable, à ses yeux, de ne pas soutenir la « PMA pour toutes » promise par le Président et voulue par le Gouvernement. Puis vint Laurent Joffrin et ses ‘’vieilles barbes burgraves’’. Dans le sillage ministériel et celui de Libération, aujourd’hui, le Pr Jean-Louis Touraine 1 co-rapporteur du projet de loi. L’ancien immunologiste socialiste devenu député (Rhône) macronien s’exprimait aujourd’hui 24 septembre 2019 sur les ondes de France Culture.

Extraits ciblés sur ses confrères de l’Académie qui voient là « une rupture anthropologique majeure » :

« L’Académie de médecine, très souvent, émet des avis très conservateurs. Elle était contre, en son temps, l’interruption volontaire de grossesse et contre les différentes avancées … Par contre ils font de très bons travaux, de très bonnes analyses, sur le plan médical. Quand ils s’égarent à donner des avis sur des sujets sociétaux, c’est plus incertain car ils ont de la peine à comprendre la société de notre temps (sic). Mais sur le plan médical, ils font des analyses formidables (re-sic).

« Donc je les exhorte à faire le travail auquel il sont habitués, auquel ils sont rompus et pour lequel ils travaillent avec une dextérité remarquable. Là leur avis est simplement une exception parmi tous les autres, comme ceux du comité d’éthique, du Conseil d’Etat ou celui de l’Ordre des médecins qui n’est pas pourtant le plus progressiste des organismes … »  

Et le Pr Touraine de tenter de faire un peu d’anthropologie mineure. Puis de ranger l’Académie nationale de médecine dans la même catégorie que la Conférence des évêques de France. La question est désormais posée : le député macronien du Rhône sera poursuivi pour double manquement à la confraternité ?

A demain @jynau

1 A lire, dans Libération (Eric Favereau) son portrait ripoliné : « Jean-Louis Touraine, médicalement assistant ». Médecin, ce député LREM, rapporteur de la loi de bioéthique défend la PMA, mais plaide aussi pour la GPA «éthique» et la fin de vie

Descente de la police du médicament au sein de l’antique Abbaye Sainte-Croix de Poitiers

Bonjour

Croisement de deux mondes, sans précédent en France. Vertiges religieux, médicaux, éthiques, déontologiques. C’était un « essai clinique sauvage» d’une ampleur rare. Il a été interdit ce jeudi 19 septembre, par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Produit expérimenté : un patch mixte contenant deux hormones (valentonine et 6-méthoxy-Harmalan). Donneur d’ordre : le « Fonds Josefa » 1 et la société Sodeval. Cible : trois-cent cinquante patients. Site : l’antique Abbaye Sainte-Croix, à Poitiers. Aucune autorisation officielle.

Circonstance aggravante selon l’ANSM : cette « recherche interventionnelle » a été menée en dehors d’un lieu de soin « disposant de moyens humains, matériels et techniques adaptés ». Selon sœur Martina, sœur hôtelière du monastère (jointe par l’AFP), « l‘abbaye dispose d’une quinzaine de chambres et cela fait une année à peu près » qu’elles servent pour héberger les patients de cet essai clinique.

Ces derniers souffraient de diverses maladies neurologiques (Parkinson, Alzheimer, dépressions nerveuses, troubles du sommeil etc ). Les patches devaient être appliqués au coucher (les patients passaient une nuit à l’abbaye) puis retirés au matin après « prélèvement de sang pour dosage des hormones pinéales », selon les extraits du protocole 2 qui a été divulgué par l’ANSM.

Un an de prison

Quel effet recherché ? L’ANSM ne le dit pas, qui rappelle toutefois que ces molécules sont proches de la mélatonine, hormone fréquemment utilisée pour mieux dormir – en vente libre mais déconseillée dans certains cas en raison d’effets secondaires.

Deux organismes visés par la procédure d’interdiction et la plainte de l’ANSM : le Fonds Josefa fondé par le Pr Jean-Bernard Fourtillan, et dont le vice président est le célèbre Pr Henri Joyeux, et la société SOVEDAL, également présidée par le Pr Fourtillan. Conseil de l’ANSM aux participants : « ne plus utiliser ces patchs » ; « consulter rapidement leur médecin traitant pour l’informer de la situation, réaliser un bilan de santé et s’assurer que la prise en charge de leur maladie est adéquate ».

En France mener un essai clinique sans autorisation est passible de 15 000 euros d’amende et d’un an de prison. Que l’essai soit mené dans une antique abbaye, ou pas.

A demain @jynau

1 « Fonds Josefa » est un fonds de dotation (à but non lucratif) créé par les Professeurs Jean-Bernard Fourtillan et Henri Joyeux. Il se présente notamment, sur son site Internet comme ayant pour objectif « d’améliorer les traitements des maladies neurologiques à tous les âges et de transformer la vie des nombreuses personnes qui en sont victimes ».

2 Décision du 19/07/2019 portant interdiction d’une recherche impliquant la personne humaine, non autorisée par l’ANSM et mise en oeuvre par l’association Fonds Josefa et la société SODEVAL (19/09/2019)   (1980 ko)

Grandes souffrances hospitalières en France. Genève: espace de recueillement-ressourcement

Bonjour

Les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) ouvrent un espace de ressourcement à la fois pluriconfessionnel et laïque. Il sera destiné aux patients, à leurs proches et aux collaborateurs. Ce nouveau lieu, divisé en quatre sous-espaces, chrétien, israélite, musulman et humaniste, offre désormais un endroit de recueillement et de silence, à toute personne, qu’elle soit croyante ou non-croyante.

Il s’agit, nous dit-on, du premier lieu de ce type ouvert dans un hôpital en Suisse. A quand de tels espaces hospitaliers de ressourcement en France ? Entendons-nous bien : espaces destinés aux patients, à leur proches et aux soignants. Hôpital: silences.

A demain @jynau

Comment peut-on oser offrir aux marchands du temple l’avenir de l’Hôtel-Dieu de Paris ?

Bonjour

Voilà dans Le Monde, une question plus que dérangeante : « Hôtel-Dieu de Paris : ‘’Pourquoi céder un tel patrimoine pour des activités commerciales ?’’ ». C’est une tribune qui fait honneur à ses signataires 1. Ces derniers réclament un débat, en toute transparence : débattre collectivement du destin de ce site hors du commun, dont l’histoire se confond avec celle de Notre-Dame, son immense voisine, aujourd’hui à ciel ouvert.

«  La décision de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) de confier la rénovation de l’Hôtel-Dieu, sur l’île de la Cité, à l’opérateur immobilier Novaxia est stupéfiante, écrivent-ils. Autant parce qu’il s’agit de céder un patrimoine exceptionnel à une société commerciale que par la date de cette annonce, mi-mai, un mois à peine après l’incendie de Notre-Dame. Une précipitation étonnante alors que l’émotion est immense et que le débat est vif sur la restauration du monument. C’est un débat dont on ne peut dissocier le devenir de l’Hôtel-Dieu, tant celui-ci, qui jouxte la cathédrale, sur un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, lui est lié par plus de treize siècles d’histoire. Pourquoi cette hâte alors que le sujet est d’une importance nationale ? »

L’Hôtel-Dieu, bien qu’il conserve une belle activité médicale d’hôpital de jour et de consultations, est en grande partie inoccupé. Ce sont ainsi près de 20 000 mètres carrés que récupère Novaxia pour un bail de quatre-vingts ans moyennant 144 millions d’euros, une somme qui semble faible au regard du prix du mètre carré dans ce secteur, même si de gros travaux de rénovation sont nécessaires.

Impensable mais vrai : Novaxia y développera des commerces et des cafés, un restaurant gastronomique, de la restauration rapide, des espaces de coworking, un « accélérateur de design en santé », des laboratoires de biotechnologies et des entreprises du secteur médical, et, pour faire bonne figure, une crèche, une résidence étudiante et une maison du handicap. Escomptant de fructueuses retombées commerciales, son président, Joaquim Azan, exultait : « Nous sommes fous de joie, c’est un lieu mythique, le berceau de Paris ». Voici la suite de cette tribune :

« Le lieu qu’on lui cède est assurément mythique : « Trésor de misère et de charité », l’histoire de l’Hôtel-Dieu se confond avec celle de Notre-Dame. Fondé en 651 par l’évêque parisien Saint Landry, c’est le plus ancien hôpital encore en activité dans le monde. D’innombrables malades y ont été soignés. Les rois de France l’ont doté, des générations de Parisiens lui ont consacré des legs. Témoin majeur de l’histoire de France, il a toujours accueilli des malades même sous la Terreur, pendant la Commune ou lors de la libération de Paris.

« Son incendie, le 30 décembre 1772, suscita un choc considérable, lointain écho du drame récent de Notre-Dame, qui, symboliquement, relie les deux édifices, d’autant que ce sont les internes de l’Hôtel-Dieu qui, en 1871, sauvèrent la cathédrale d’un début d’incendie allumé par des communards ! Sa reconstruction à son emplacement actuel fit l’objet d’intenses débats architecturaux qui influencèrent la construction de nombreux hôpitaux dans toute l’Europe. L’Hôtel-Dieu, dont des figures majeures de la médecine ont fréquenté les salles, témoigne autant de l’histoire médicale et scientifique que de celle de la solidarité.

« Pourquoi céder un tel patrimoine pour y voir se développer des activités commerciales qui n’ont rien à y faire et qui abondent déjà à Paris ? De même que Notre-Dame n’est pas la possession exclusive des catholiques, l’Hôtel-Dieu n’appartient pas seulement à l’AP-HP, mais à toute la nation. Aussi son destin doit-il être débattu en toute transparence. L’aspect résidentiel ne pourrait-il pas être étendu à certaines catégories du personnel hospitalier ? A la place des commerces, pourquoi ne pas créer un équivalent de ce qu’est le Musée de l’Œuvre Notre-Dame à Strasbourg ou, comme le proposait le Centre des monuments nationaux (CMN), un espace d’accueil pour expliquer aux visiteurs le monument le plus fréquenté d’Europe ?

« Le CMN est légitime pour investir cet espace, comme il le fait dans l’hôtel de la Marine, place de la Concorde, un temps menacé par un projet commercial semblable. Et l’AP-HP a aussi un superbe musée qu’elle a abusivement fermé en 2012, alors que des milliers de visiteurs, dont beaucoup d’étudiants des professions de santé, admiraient ses collections. N’est-il pas temps de rouvrir ce musée sur le site de l’Hôtel-Dieu, où il remplacerait avantageusement un restaurant de luxe ? »

Et les signataires de poursuivre là où cela fait mal :

« Si l’AP-HP ne veut plus de son patrimoine et oublie ses racines, pourquoi ne le cède-t-elle pas pour un euro symbolique à l’Etat puisque ce musée bénéficie de l’appellation ‘’Musée de France’’, ce qui signifie qu’il doit bénéficier prioritairement de son aide ? Ce site transformé pourrait devenir le grand musée de la santé qui manque à Paris et qui fait l’orgueil de Londres avec la Wellcome Collection et ses centaines de milliers de visiteurs annuels : un lieu où le patrimoine serait exposé et étudié et qui aurait ainsi toute la légitimité, le passé éclairant le présent, pour qu’on y débatte des grands enjeux de santé. Un système de chaires annuelles pourrait en faire, par exemple, le lieu d’un enseignement permanent sur la santé ouvert à tous, comme un ‘’Collège de France de la médecine’’. »

Question : n’y a-t-il pas là – pour le président de la République, la maire de Paris, la présidente de la région Ile-de-France, la ministre des Solidarités et de la Santé (sans parler du directeur général de l’AP-HP) – l’occasion d’un grand et noble projet qui ferait de l’Hôtel-Dieu le symbole français d’une politique de la santé à la fois humaniste et solidaire ? Serait-ce trop espérer que d’attendre une réponse ?

A demain @jynau

1 Georges Chapouthier, neurobiologiste et philosophe ; Jean Deleuze, médecin à l’hôpital Cochin, rédacteur en chef de La Revue du Praticien ; Alexandre Gady, professeur d’histoire de l’art moderne ; André Giordan, ancien professeur à l’université de Genève ; Claude Gauvard, professeure émérite d’histoire du Moyen Age ; Adrien Goetz, membre de l’Académie des beaux-arts ; Danielle Gourevitch,ancienne directrice d’études honoraire à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) ; Antoine Grumbach, architecte urbaniste ; Jean-Michel Leniaud, directeur d’études à l’EPHE ; Eugène Michel, écrivain et président du Comité d’honneur du projet Agora ; Claude Origet du Cluzeau, économiste du tourisme ; Elisabeth Roudinesco,historienne de la psychanalyse ; Arnaud Timbert, maître de conférences en histoire de l’art médiéval ; Jean-Michel Tobelem, professeur associé à l’université Paris-I ; Marc Viré, archéologue et historien médiéviste.

Vincent Lambert : dans l’attente de sa mort, inéluctable, ses parents rendent les armes

Bonjour

Lundi 8 juillet 2019. Cela fera l’ouverture du journal de France Inter. Hier les parents de Vincent Lambert déposaient plainte au commissariat de Reims contre le docteur Vincent Sanchez, du Centre Hospitalier Universitaire de Reims, pour «tentative d’homicide volontaire». Aujourd’hui ils abandonnent la partie.

«Cette fois, c’est terminé. Nos avocats ont multiplié ces derniers jours encore les recours et mené d’ultimes actions pour faire respecter le recours suspensif devant l’ONU qui bénéficiait à Vincent. En vain», écrivent dans un courrier transmis à la presse Viviane et Pierre Lambert – ainsi que la sœur de Vincent, Anne Lambert, et son demi-frère David Philippon. L’ultime plainte n’est certes pas retirée mais «la situation de santé» de Vincent Lambert a évolué, indique l’un des avocats au Figaro. «Des complications résultent de sa sédation, affirme Me Paillot. Dès lors, remettre en route l’alimentation et l’hydratation amènerait Vincent à se retrouver dans une situation d’obstination déraisonnable».

«Un recours n’aurait plus de sens au regard des dispositions de la loi Leonetti», poursuit l’avocat – qui estime toutefois que Vincent Lambert «meurt aujourd’hui d’une application de la loi Leonetti qui ne lui était pas destinée.» La plainte pénale déposée «était destinée à appeler une dernière fois au secours : vendredi, Vincent était encore susceptible d’être sauvé». «Un jour, on fera les comptes. Mais aujourd’hui est venu le temps du recueillement. Ses parents accompagnent Vincent dans ses derniers moments», insiste le conseil de Pierre et Viviane Lambert, qui appelle à la «dignité» et à la hauteur de vue.»

Prières et pensées

Les médias rappellent à l’unisson que Vincent Lambert est hospitalisé au CHU de Reims après un accident de la circulation survenu en 2008. Que l’ultime décision a été rendue possible le 28 juin par la Cour de cassation. Et que le protocole terminal prévoit notamment l’arrêt de l’hydratation et de la nutrition du patient ainsi qu’une «sédation profonde et continue». Les parents dont les médias rappellent sans cesse que ce sont de « fervents catholiques » :

«La mort de Vincent est désormais inéluctable. Elle lui a été imposée à lui comme à nous. Si nous ne l’acceptons pas, nous ne pouvons que nous résigner dans la douleur, l’incompréhension, mais aussi dans l’espérance. Nous voulions tous vous remercier de votre amitié, de votre amour, de votre soutien, de vos prières pendant toutes ces années. Il n’y a plus rien à faire sinon prier et accompagner notre cher Vincent, dans la dignité et le recueillement. Vous êtes avec nous tous par la pensée et la prière auprès de Vincent».

Face à eux, dans une tragédie jusqu’ici sans fin : l’épouse de Vincent, Rachel, ainsi que six de ses frères et sœurs et son neveu François. Ils plaident depuis des années dans les émdias contre tout «acharnement thérapeutique» et pour laisser mourir cet homme devenu « le symbole du débat sur la fin de vie en France ». Dimanche, le père de Vincent Lambert avait dénoncé, en arrivant au CHU, «l’assassinat» en cours de son fils. Le collectif «Je soutiens Vincent», également opposé à l’arrêt de l’alimentation, a annoncé à l’AFP l’annulation du rassemblement prévu lundi après-midi. Les avocats des parents Lambert avaient déclaré un peu plus tôt à l’AFP qu’ils n’y participeraient finalement pas.

Dans quelques heures, dans quelques jours, le CHU de Reims nous apprendra la mort de Vincent Lambert. On en parlera au journal de France Inter. Chronologie. Derniers commentaires. Premières analyses. Fin du règlement des comptes. Début de l’apaisement. Et peut-être découvrirons-nous alors, plus tard,  que « l’affaire Vincent Lambert » nous aura, collectivement, aidé à progresser dans notre regard sur la mort.

A demain @jynau