Sida, politique et Truvada® : trente ans après, voici le retour médiatique de la polémique

Bonjour

Aux frontières de la virologie et du pouvoir exécutif l’Histoire – et cette étrange propension à  la réplication avec déperdition du sujet. Le Monde daté du 10 juillet 2018 fait ainsi état de l’existence d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) – document qu’il « s’est procuré » 1 – document dont les auteurs savent (mieux que d’autres) à quel point ils réveillent ici de vieux démons judiciaires et médiatiques.

Juillet 20018. Que nous dit Le Monde ?  Qu’ « entre 1 666 et 4 000 » contaminations auraient été évitées si l’Agence nationale de sécurité du médicament avait autorisé plus vite un médicament commercialisé sous le nom de Truvada®.

Le Monde (Paul Benkimoun) donne ici des extraits du rapport de la mission mandatée le 15  mars 2017 par Marisol Touraine, alors la ministre de la Santé – une mission confiée à deux inspecteurs de la prestigieuse institutions – deux « historiques » (MM. Gilles Duhamel et Aquilino Morelle) dont on aurait pu, dans un autre monde, imaginer qu’ils se seraient déportés. Ce qu’ils n’ont pas fait en dépit du concept envahissant de « conflits d’intérêts ».

Retour sur zone : Le Truvada® est un traitement anti-VIH qui peut (aussi) prévenir la contamination d’une personne séronégative lors de rapports sexuels à risques (prophylaxie pré-exposition – PrEP). Le hasard et la fatalité veulent aussi que ce médicament fasse aujourd’hui l’objet d’une peu banale campagne d’affichage par l’association Aides.

Où se nicherait, en cet été 2018, le scandale ? Dans le retard qu’aurait pris l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) à donner son feu vert. Sans ce retard, plusieurs milliers de contaminations auraient pu être évitées. Une sorte de petite réplique tectonique médiatique des retards fautifs pris durant l’été 1985 (sans parler des accélérations coupables décidées en haut lieu quant aux collectes de sang en prison). Autant de sujets que connaissent à la perfection (avec quelques autres) MM Gilles Duhamel et Aquilino Morelle.

Obscurités

« Les retards pointés par l’IGAS ont abouti à des contaminations qui auraient été évitables si la PrEP avait été mise en place, nous explique Le Monde. Pour en évaluer le nombre, la mission IGAS s’est fondée sur des chiffres de la Direction Générale de la Santé qui estimait que  » le nombre de contaminations évitées – grâce à la PrEP – serait potentiellement de 1 000 à 2 400 par an « . Considérant que  » l’instruction de la RTU par l’ANSM s’est anormalement prolongée d’environ vingt mois « ,  » le nombre de contaminations consécutives au retard accumulé  » se situe  » entre 1 666 et 4 000 « , selon les inspecteurs. Toutefois, le nombre de contaminations prévenues serait compris entre 625 et 1 500, du fait que la France n’a pas attendu l’extension de l’autorisation de mise sur le marché européenne du Truvada®, intervenue plus de sept mois plus tard, le 22 juillet 2016. ».

Le Monde, encore :

« La mission  » estime que dans le retard pris par l’ANSM, chacun – des acteurs – porte sa part, variable, de responsabilité « . L’IGAS souligne entre autres  » une faiblesse persistante de la santé publique en France « . La Direction Générale de la Santé est plus épinglée par le rapport pour n’avoir  » pas correctement anticipé les évolutions en termes de prévention de l’infection par le VIH que la chimioprophylaxie allait susciter « . Malgré des réformes depuis plus de vingt ans, cette administration connaît  » un déficit – quantitatif et qualitatif – de compétences et d’expertises qui continue à la pénaliser « . » 

Un verdict auquel  souscrivent les cinq anciens Directeurs Généraux de la Santé que la mission a rencontrés. » Signé : Gilles Duhamel et Aquilino Morelle. Plus d’un quart de siècle après. Conflit d’intérêts ?

A demain

1 Curieusement ce document n’est pas (actuellement) disponible sur le site de l’IGAS. Nul ne doute que ce  manquement à la transparence sera rapidement corrigé.

 

Justice et vaccins : le Pr Henri Joyeux victorieux contre l’Ordre national des médecins

Bonjour

Se réjouir, au nom de la liberté d’expression ? Regretter que cette même liberté puisse induire des croyances nuisibles aux intérêts de la santé publique ? C’est un rebondissement dans une déjà vieille affaire 1 – une affaire qui opposait le néoantivaccinal  Pr Henri Joyeux à l’institution ordinale : dans une décision du 19 juin 2018, la « chambre disciplinaire nationale » (juridiction indépendante du conseil national de l’Ordre) a donné raison au Pr Joyeux en annulant la décision de radiation prise à son endroit par la chambre disciplinaire de première instance de Languedoc-Roussillon. Et dans le même temps elle a rejeté la plainte du Conseil national de l’Ordre formée contre ce médecin plus qu’atypique.

Cette décision vient d’être communiquée à la presse par François-Patrice Battais. M. Battais est greffier en chef de la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins. Le caractère exceptionnel de cette communication a été prise au vu du « retentissement médiatique de cette affaire ». Quant au Conseil national de l’Ordre, il ne communique généralement pas sur les décisions des chambres disciplinaires – et ce cas, en dépit de son aura, ne devrait pas faire exception.

Résumons. La « chambre disciplinaire nationale »  a estimé que « dans le contexte de débat scientifique et de controverse dont faisaient l’objet le vaccin contre les papillomavirus et l’indisponibilité du vaccin DTP » et « compte tenu du principe de liberté d’expression », les appels lancés par le Pr Joyeux et les arguments qu’il développait ne « méconnaissaient pas la déontologie médicale ».

Les faits : En 2014, le Pr Joyeux avait, à partir du site internet de « l’Institut pour la protection de la santé naturelle », invité le public à signer une pétition « demandant un moratoire » pour la mise en œuvre des recommandations du Haut Conseil de la santé publique tendant à imposer la vaccination obligatoire à l’école des enfants, dès l’âge de neuf ans, contre les papillomavirus.

Marisol Touraine et George Orwell

Et il avait aussi lancé une autre pétition afin d’obtenir de Marisol Touraine, alors ministre de la Santé que soit remis sur le marché un vaccin trivalent (DTP) correspondant aux seules vaccinations alors obligatoires. Il avait alors fait l’objet de poursuites disciplinaires visant à sanctionner les « manquements à la déontologie médicale ».

En juin 2015, le Conseil national de l’Ordre des médecins décide de porter plainte contre le Pr Joyeux pour ces deux pétitions. La chambre disciplinaire de première instance de Languedoc-Roussillon prononçait alors la radiation du tableau de l’ordre du Pr Joyeux par une décision du 8 juillet 2016. Elle estimait qu’en indiquant des dangers pour la santé de suivre les recommandations du Haut Conseil de la santé publique, le Pr Joyeux avait méconnu les articles R. 4127-2 (respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité), -13 (information du public) et -31 (déconsidération de la profession) du code de la santé publique et tout particulièrement l’article R. 4127-12 aux termes duquel : « le médecin doit apporter son concours à l’action entreprise par les autorités compétentes en vue de la protection de la santé et de l’éducation sanitaire (…) ».

Le 28 juillet et le 8 août 2016, le conseil départemental de l’Hérault de l’Ordre des médecins et le Pr Joyeux interjetaient respectivement appel de cette décision.

Aujourd’hui la  décision de la « chambre disciplinaire nationale désavoue le Conseil national et réintègre dans l’institution ordinale celui qui en était exclu. Elle annule la décision des premiers juges « pour défaut de motivation ». Quant à la la plainte du Conseil national de l’ordre elle observe que la pétition du Pr Joyeux « était constituée d’un ensemble de données scientifiques documentées et vérifiables sur l’inefficacité partielle du vaccin [contre les infections par les papillomavirus] ainsi que sur ses effets indésirables et des positions qu’auraient pris d’autres pays et différents praticiens sur cette question ». « Tout en relevant que le texte de cette pétition comportait des expressions imagées et des affirmations fortes » elle a considéré que celles-ci n’excédaient pas le principe de la liberté d’expression, « y compris dans un contexte de défiance du public à l’égard des vaccinations ».

George Orwell et Marisol Touraine

Quant à la la pétition du Pr Joyeux relative à la disponibilité du vaccin DT Polio, elle constate que les affirmations du texte  étaient corroborées par la décision du Conseil d’Etat du 8 février 2017 enjoignant au ministre de la santé de prendre les mesures nécessaires à ce que soit mis sur le marché un vaccin comportant les seules trois vaccinations obligatoires (antidiphtérique, antitétanique et antipoliomyélitique) – et ce alors que depuis plusieurs années seul était disponible un vaccin hexavalent (confirmant ainsi le bien-fondé des initiatives reprochées au Pr Joyeux.

Enfin, concernant les effets des vaccins à valence multiple, la toxicité de l’aluminium comme adjuvant et la dangerosité du vaccin contre l’hépatite B, la « chambre disciplinaire nationale »  relève que ceux-ci « font l’objet depuis de nombreuses années de controverses nourries ».  Et si les arguments avancés dans sa pétition par le Pr Joyeux sont « partiels et simplifiés à des fins de vulgarisation », ils « ne font que traduire les points de vue de certains scientifiques dans ce débat ». La chambre en déduit ainsi que le Pr Joyeux n’a pas davantage manqué aux obligations déontologiques. « Ne retenant ainsi aucun des griefs invoqués à l’encontre du Pr Joyeux, la chambre disciplinaire nationale a donc rejeté la plainte du Conseil national formé à l’encontre de ce praticien ».

Se réjouir, au nom de la liberté d’expression ? Regretter que cette même liberté puisse, par effets concentriques, nuire aux intérêts de la santé publique ? Se réjouir, avant tout, avec Orwell, que l’on puisse encore nous laisser dire que deux plus deux ne font pas cinq. C’était en 1984.

A demain

1 Tous les articles de ce blog consacré au Pr Henri Joyeux sont disponibles à cette adresse :  https://jeanyvesnau.com/?s=Henri+Joyeux

 

 

 

 

Cigarette électronique : vers un procès des politiques pour défaut de réduction des risques  

Bonjour

Il faut, pour mesurer l’ampleur des contradictions politiques et sanitaires, lire l’éditorial publié dans le dernier Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire. Intitulé « Mesurer les parts de cancers évitables pour mieux guider la lutte et la prévention » il est signé de Christopher P. Wild, directeur du Centre international de recherche sur le cancer (OMS), Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer et François Bourdillon, directeur général de Santé publique France.

Ces trois responsables de haut niveau présentent ici les résultats d’un vaste travail de plus de quatre-vingts experts travaillant dans les principales institutions de recherche ou de santé publique françaises. C’est, depuis quelques jours, un travail repris à l’envi (mais sans commentaires) par les médias généralistes. Un travail qui conclut qu’en France quatre cancers sur dix environ étaient, en 2015, attribuables aux « facteurs de risque liés au mode de vie et à l’environnement ». En d’autres termes « 142 000 cancers auraient pu être évités, par des actions de prévention primaire, sur les 346 000 nouveaux cas diagnostiqués chez les adultes ». Un travail, aussi, qui inclut de nouveaux facteurs de risque comme l’alimentation (consommation de viandes rouges et de charcuteries, par exemple) et des expositions professionnelles plus nombreuses (trichloréthylène et gaz d’échappement diesel, par exemple).

Corollaire : une part importante des cancers est donc potentiellement évitable par une suppression ou une réduction  de l’exposition à ces facteurs de risque. « Mesurer cette part évitable permet de cibler des priorités d’action pour la prévention du cancer » expliquent doctement les trois auteurs. Ces derniers se gardent bien, toutefois, de faire ici la part entre l’action préventive politique volontariste et la responsabilité personnelle du citoyen informé de ces données.

Et cætera desunt 

Prenons, ici, l’exemple du tabac. Tabac légalement commercialisé et qui constitue le principal facteur de risque dans une France où sa consommation est parmi la plus importante d’Europe. « Les résultats soulignent à nouveau le poids de la consommation de tabac en France, cause de 20% des cancers en 2015, écrivent les trois auteurs. Aussi, la stratégie de réduction du tabagisme doit-elle être maintenue et renforcée dans les futurs plans de santé publique, ce qui est le cas avec la récente annonce de la ministre de la Santé d’un nouveau plan national de lutte contre le tabac. Le million de fumeurs quotidiens de moins entre 2016 et 2017 [chiffre contesté] est un premier signe très encourageant, de même que les augmentations programmées du prix du tabac (passage à 10 € le paquet en 2020), l’amélioration du remboursement de substituts nicotiniques, etc. »

On appréciera cet « et cætera » locution adverbiale issu du latin médiéval « et cætera desunt » utilisée pour montrer qu’une liste n’est pas exhaustive. Les trois auteurs confirment, ici, que le pouvoir exécutif français n’a toujours pas intégré la cigarette électronique parmi les outils de lutte contre le fléau du tabagisme.

« La communication des résultats de l’étude du BEH auprès du public constitue un autre point crucial, comme le montrent les résultats alarmants des Baromètres cancer sur la perception des facteurs de risque de cancer dans la population en France » écrivent encore MM Wild, Ifrah et Bourdillon. Ils révèlent qu’une étude à paraître « montrera que la part de certaines fausses croyances sur les causes de cancer a encore augmenté par rapport aux enquêtes précédentes ». « Ainsi, trop de personnes enquêtées se représentent que boire des sodas ou consommer des hamburgers serait aussi mauvais pour la santé que boire de l’alcool, ou que la pollution atmosphérique causerait davantage de cancers que l’alcool » expliquent-ils.

A qui la faute ? Et qui peut, d’ores et déjà, être tenu pour responsable de ne pas encore avoir, en France, accordé à la cigarette électronique la place qui doit être la sienne dans une politique de réduction des risques contre une consommation responsable d’un cancer sur cinq ?

A demain

Exclusif  : les buralistes français vont réclamer le monopole des ventes de cannabis « légal »

Bonjour

Nous rapportions il y a peu l’arrivée dans le Jardin de la France du « cannabis légal ». L’affaire rebondit aujourd’hui, toujours dans les précieuses colonnes de La Nouvelle République. Où l’on apprend – une première ! – que nos chers buralistes réclameront sous peu à Emmanuel Macron le monopole de la vente du cannabidiol (CBD).

Le papier est signé Delphine Coutier : « Cannabidiol : les buralistes veulent l’exclusivité ». Tout s’est noué dans la soirée du dimanche 17 juin 2018, lors de l’assemblée générale de la chambre syndicale des buralistes d’Indre-et-Loire. Toile de fond : l’annonce de l’arrivée en cœur de ville, 3 rue Jules-Charpentier, d’une franchise assurant la vente de « cannabis légal ». Et la présence d’une boutique ayant pignon sur rue dans l’ancien fief communiste voisin.

« Drugstores de la vie des Français » 

Tout cela, imprimé sur papier journal, a « mis le feu aux poudres » (sic). « Il faut faire en sorte que cette franchise, qui se sert du code NAF des buralistes, n’ouvre pas », a menacé Matthieu Meunier. président des buralistes d’Indre-et-Loire. Quant à Philippe Cloy « Macron des buralistes » et président national de leur Confédération, présent à cette assemblée générale, il a une nouvelle fois montré toute l’ambivalence qui caractérise cette profession.

D’un côté attendre que la « réglementation soit éclaircie ». De l’autre et en même temps, « demander l’exclusivité de la vente ». Ne pas « jouer les apprentis sorciers » et tout faire auprès de Bercy pour les jouer au plus vite. La Nouvelle République :

« Philippe Coy, qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot, devait envoyer un courrier à la ministre de la Santé : ‘’Une fois la législation éclaircie, si la commercialisation du CBD est autorisée, nous sommes le réseau le plus adapté à en assurer la vente. Nous sommes une profession réglementée. D’ailleurs, nous demandons l’exclusivité de sa vente. Notre formidable réseau de 25.000 buralistes qui accueillent 10 millions de clients par an. C’est le meilleur des maillages pour répondre à un commerce de proximité différencié ‘’ ».

 C’est aussi, dit-on, un bien beau maillage de « liens sociaux » avec amplificateurs politiques. Où l’on retrouve la ministre Agnès Buzyn – Mme Buzyn qui, comme Marisol Touraine, se refuse obstinément à rencontrer les vapoteurs et qui fait mine de ne rien comprendre aux vertus de la réduction des risques. C’est écrit : Agnès Buzyn devra bientôt, une fois encore, composer avec les buralistes, ces tenanciers auto-proclamés et amplificateurs des  futurs « drugstores de la vie des Français ».

A demain

Premier ministre, Edouard Philippe a tranché : on sauvera  entre 300 et 400 vies chaque année

Bonjour

Le pouvoir exécutif exécute : après, hier, le « service sanitaire », le décret d’application abaissant de 90 km/h à 80 km/h la vitesse maximale autorisée sur 400 000 kilomètres de routes secondaires à partir du 1er juillet a été publié dans la nuit du 16 au 17 juin au Journal officiel – et ce après des mois de controverse et de tempêtes au sein même du gouvernement.

En pratique cette limitation de vitesse s’appliquera sur les routes secondaires à double sens sans séparateur central (muret, glissière) – soit 40 % du réseau routier français. Cette mesure vise à réduire la mortalité routière qui, après le plus-bas historique de 2013 (3 427 morts, métropole et Outre-mer), est repartie à la hausse entre 2014 et 2016. En 2017 : 3 684 morts. Et pourtant, paraxoxe caractéristique de l’automobile, un sondage publié en avril dernier concluait que 76 % des Français se déclaraient opposés à cette mesure.

Conscient du tollé qu’il allait susciter, le Premier ministre Edouard Philippe s’est toujours dit « prêt à assumer l’impopularité » de cette disposition qui permettra, selon les meilleurs spécialistes, de sauver 300 à 400 vies par an. Réticent (pour des raisons politiciennes) le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, avait préféré brandir un « joker » quand un élu l’avait interrogé sur le sujet. Triste réflexe et carte mortelle. Et silence assourdissant d’Emmannuel Macron, pourtant champion de la prévention.

Le Premier ministre avait été soutenu dans son action avec la publication, dans Le Monde d’une tribune percutante  ignée par un collectif rassemblant les anciens délégués interministériels à la sécurité routière 1 ayant exercé entre 1972 et 2015. Un texte visant à peser sur le président de la République et qui n’était pas sans faire songer à tous ceux que le quotidien vespéral a publié, dans les années 1980 et 1990, signés alors par un groupe des « cinq sages » emmenés par le redoutable Pr Claude Got. 2

Selon les signataires la décision de baisser la vitesse maximale à 80 kilomètres/heure sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central permettrait d’épargner tous les ans entre 300 et 400 vies et de réduire notablement le nombre des blessés graves.

« Réduire le nombre de morts et de blessés sur les routes françaises est un véritable enjeu de politique publique » a fait valoir le Premier ministre. Non sans courage. On aimerait qu’Edouard Philippe élargisse désormais son propos à l’ensemble des pathologies addictives – et développe, enfin, une véritable politique globale de « réduction des risques ». N’en déplaise aux jokers du ministre de l’Intérieur.

A demain

1 Christian Gerondeau, Pierre Mayet, Pierre Denizet, Jean-Michel Bérard, Isabelle Massin, Rémy Heitz, Cécile Petit, Michèle Merli, Jean-Luc Nevache, Jean-Robert Lopez, anciens délégués interministériels à la sécurité routière entre 1972 (année de création de la fonction) et 2015.

2 Ce dernier récidive aujourd’hui dans Le Journal du Dimanche via un longue étude originale réalisée pour la Ligue contre la violence routière. « A chaque fois, c’est la même chose : les routes qui concentrent le plus d’accidents mortels sont peu nombreuses, et sont très souvent sans séparateurs entre les deux voies ».

 

 

Blog, tabac et cigarette électronique : Marisol Touraine persiste dans son déni politique

 

Bonjour

Fidèle au Noble-Joué elle nous avait confié, l’avant-veille, sous les arbres de la préfecture d’Indre-et-Loire, qu’elle reprendrait bientôt le clavier. C’est fait. « Quelle belle occasion de reprendre le chemin de ce blog, écrit Marisol Touraine (28 mai).

« Depuis un an, je me suis imposé de ne pas commenter, sauf exception, les heurs et malheurs de la politique de santé dans notre pays. Mais aujourd’hui, comment ne pas dire ma joie devant les résultats annoncés par Santé-Publique France : 1 million de fumeurs en moins entre 2016 et 2017, grâce notamment à l’entrée plus tardive des jeunes dans le tabac, ce qui était précisément l’objectif du paquet neutre. (…) Et pour la première fois depuis 2000, le tabac recule aussi dans les catégories les plus modestes (sic). »

Puis, sans surprise, l’ancienne ministre de la Santé (2012-2017) de François Hollande de vanter les mérites de son action politique « volontariste » via le Programme national de réduction du tabagisme lancé à l’automne 2014. Confidences :

« Que n’ai-je entendu ! Cela ne marcherait jamais, j’étais liberticide, les seules mesures efficaces étaient celles que le gouvernement ne proposait pas…. Que n’ai-je subi ! La violence des débats a montré que les intérêts en jeu étaient immenses, que les exigences de santé publique avaient du mal à s’imposer en France, que les lobbys étaient d’une puissance redoutable. Aujourd’hui, seul compte le résultat. »

Un résultat obtenu, selon elle, grâce à ses actions : « le paquet neutre, bien sûr », mais aussi « la prise en charge améliorée du sevrage tabagique », le « matraquage » des slogans de santé publique et une « campagne de communication faite pour marquer les esprits », la « lutte contre la contrebande », la « valorisation des résultats positifs avec le lancement du ‘’Moi(s) sans tabac’’, campagne positive, de solidarité collective, inspirée de l’Angleterre, pionnière en Europe ».

Tout cela n’est pas faux, bien sûr. Pour autant ce propos est malheureusement incomplet 1. Où l’on observe, une nouvelle fois, la puissance du déni politique français quant à l’apport majeur, contre le fléau du tabagisme, de la cigarette électronique. Un exemple: comment Marisol Touraine peut-elle, citant l’Angleterre, passer sous silence ce levier massif de la réduction des risques ? Quand acceptera-t-elle, ici, de reconnaître ses failles passées ?

« Aujourd’hui est un jour qui rend optimiste pour l’avenir, écrit-elle. La fatalité n’existe pas, la volonté politique peut payer. » Certes. Mais rien n’interdit d’espérer qu’il en aille de même, au carré, avec la vérité vraie.

A demain

1 Marisol Touraine omet le travail diplomatique original mené par le Pr Benoît Vallet, alors à la tête de la Direction Générale de la Santé (DGS) via le « Groupe de Travail Vapotage ». Les responsables éclairés de ce sujet (réunis dans un groupe inter-associatif) demandent  aujourd’hui à Agnès Buzyn, et au  Pr Jérôme Salomon, nouveau Directeur Général de la Santé, de continuer à donner à cet outil « la place qu’il mérite dans la sortie du tabagisme ». Ni Mme Buzyn, ni le Pr Salomon ne se sont, pour l’heure, publiquement manifestés.

Vape et cigarette électronique : Agnès Buzyn piégée par le prosélytisme des buralistes

 

Bonjour

Que restera-t-il, demain, de la « Révolution des Volutes » ? Pour l’heure télécrans et novlangue fonctionnent. Ainsi, aujourd’hui, la déclaration de Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes : « La baisse conséquente du nombre de fumeurs qui vient d’être annoncée est une bonne nouvelle pour tous. Il faut aller plus loin, à partir des expériences reconnues, pour accompagner les fumeurs qui souhaitent arrêter ou réduire leur consommation vers le vapotage, c’est l’un des engagements forts des buralistes ». Une déclaration du patron des vendeurs de tabac faite à la veille de la Journée mondiale sans tabac 2018.

Ce n’est pas tout. Ainsi :

« La Confédération des buralistes est engagée aux côtés de l’État dans les politiques de santé publique. Elle a encouragé les buralistes à renforcer la qualité de leur gamme de produits de vapotage pour ceux qui souhaitent réduire, voire arrêter, leur consommation de tabac. Le vapotage est une des alternatives les plus efficaces au tabac et la première solution utilisée par des fumeurs ayant tenté d’arrêter de fumer lors du dernier ‘’Mois sans Tabac’’ ».

Où l’on apprend que la profession (de buraliste) se mobilise via son programme «Buraliste de la Vape» pour les aider à accompagner leurs clients vers le vapotage (conseils, coaching, formations) et, d’autre part, en s’associant au « Mois Sans Tabac », en novembre prochain, « conformément au protocole signé avec l’État ».  Ainsi les buralistes travailleraient-ils désormais au futur « Mois de la Vape ». Et ce, « pour sensibiliser leurs clients fumeurs à des alternatives moins nocives » (sic).

Toujours tentés par la victimisation, les mêmes buralistes s’affichent aussi, aujourd’hui, comme des « entrepreneurs responsables ». Ils rappellent avoir conclu, en début d’année, un « protocole d’accord avec l’État pour accompagner la transition de leur métier vers un nouveau modèle économique de commerce de proximité́ ». Où l’on découvre que, grâce aux buralistes, la cigarette électronique entre de plain-pied dans le paysage officiel, politique et économique – là, précisément, où les pionniers de la « Révolution des Volutes » avaient jusqu’ici toujours échoué. Un échec dû, pour l’essentiel, à l’invraisemblable déni de Marisol Touraine ministre en charge des affaires sanitaires (2012-2017) – déni suivi de celui 1, d’Agnès Buzyn (2017-….).

A demain

 1 Agnès Buzyn : « Un dispositif comme la cigarette électronique, qui n’induit pas forcément un arrêt complet du tabac, ne joue pas le rôle que l’on souhaite. Parce que nous souhaitons (…) faire en sorte que les gens ne fument plus du tout (…) ».

Où l’on confirme que la ministre demeure dramatiquement allergique au concept, médical et politique, de « réduction des risques ».