Cigarette électronique : pourquoi Agnès Buzyn agit-elle comme jadis Marisol Touraine ?

Bonjour

C’est un événement politique et sanitaire à découvrir sur le site du Sénat français : la première prise de position d’Agnès Buzyn sur un sujet majeur de santé publique. La ministre des Solidarités et de la Santé ne s’était encore (depuis près de deux ans) jamais clairement exprimée sur la cigarette électronique, ce levier majeur de la réduction des risques tabagiques. C’est désormais chose faite et il faudra conserver ce document : la réponse de la ministre à une question écrite du sénateur Yves Daudigny (socialiste, Aisne).

Question (posée … le 28 juin 2018) :  « M. Yves Daudigny attire l’attention de Mme la ministre des Solidarités et de la Santé (…)  sur la question du « vapotage ».  Le Gouvernement a fait de la lutte contre le tabagisme une priorité et a pris plusieurs mesures fortes (…) Une solution est pourtant laissée volontairement de côté : le « vapotage ». Le dernier baromètre de Santé publique France indique pourtant que la moitié des fumeurs ayant choisi de se faire aider pour arrêter la cigarette a retenu cette option.

« Tandis que le Royaume-Uni promeut massivement l’utilisation de ces dispositifs pour favoriser le passage de la cigarette vers des pratiques moins risquées, la France, elle, continue de faire le choix des substituts nicotiniques.  Dans la perspective du mois sans tabac de novembre 2018, il est urgent de prendre des mesures qui feront réellement baisser la prévalence tabagique : s’inspirer du modèle britannique, investir dans la recherche et l’information sur le « vapotage », et soutenir son développement pour en faire un outil au service de la santé publique.  Aussi, il demande au Gouvernement de clarifier sa position sur la cigarette électronique et la « vape », notamment comme aide à l’arrêt du tabac. »

Sept mois plus tard, la réponse de la ministre

Il aura donc fallu sept mois pour disposer de la réponse ministérielle, publiée le 17 janvier 2019. Extraits significatifs :

« En quelques années, le vapotage est devenu une pratique qui suscite beaucoup de passions et de discussions : de nombreux points de vue, institutionnels, scientifiques, associatifs voire économiques existent et s’expriment sur ce sujet. Ces divergences nourrissent une controverse, qui est loin d’être tranchée. En effet, les avis des diverses autorités d’expertise (Haute autorité de santé, Haut conseil de la santé publique), permettent d’envisager les produits du vapotage comme un outil de réduction ou d’aide à l’arrêt du tabac pour certains fumeurs, mais seulement lorsque ces produits sont utilisés de manière exclusive et sans consommation concomitante du tabac. Toutefois, les effets de la consommation régulière de ces produits restent à ce jour méconnus (toxicité des molécules utilisées dans les liquides, toxicité des liquides contenant de la nicotine).

« Ainsi, s’il est recommandé aux professionnels de santé de ne pas décourager (sic) et d’accompagner les fumeurs qui sont dans cette démarche, il est indispensable de bien informer le fumeur et son entourage et de leur faire part des avantages et inconvénients des différentes prises en charge existantes pour arrêter de fumer. (…)

«  En ce qui concerne le vapotage plus spécifiquement, le Programme national de lutte contre le tabac  prévoit des actions permettant d’améliorer les connaissances sur les produits du vapotage : les systèmes électroniques de délivrance de nicotine sont l’un des thèmes identifiés dans l’appel à projets de soutien à la recherche piloté par l’Institut national du cancer et l’Institut de recherche en santé publique. L’analyse des données recueillies par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail dans le cadre des déclarations et notifications des industriels du vapotage vont par ailleurs, permettre d’améliorer la connaissance sur la composition de ces produits. (…) »

On lira ici la lecture et les commentaires de Sébastien Béziau, vice-président de #Sovape, sur le site vapyou.com : « Agnès Buzyn  enterre le Groupe de Travail Vapotage et confirme le déni officiel ». Où l’on apprend par ailleurs que la ministre des Solidarités a également répondu, sept mois plus tard, au sénateur Daudigny sur les raisons officielles du sabordage d’une plate-forme originale réunissant la Direction générale de la santé et les acteurs du vapotage et de la réduction des risques – plate-forme créée sous le précédent quinquennat par le Pr Benoît Vallet ancien Directeur général de la santé.

Deux cents morts par jour à cause du tabagisme

« Alors qu’elle n’a jamais pris une heure de son temps pour rencontrer les associations de la vape, Agnès Buzyn choisi de répondre aux questions du sénateur Daudigny, posées il y plusieurs mois, pour exprimer (enfin) un position officielle sur le vapotage en France, écrit  Sébastien Béziau. Les deux cents morts par jour à cause du tabagisme ne méritent donc pas mieux que quelques lignes pour évoquer le plus populaire des outils d’aide à l’arrêt. Au-delà du fond, le message est clair, pas de dialogue avec la ministre. Si son bureau s’ouvre régulièrement aux buralistes, les acteurs de la vape, eux, doivent se contenter d’une fin de non-recevoir qui ne leur est même pas directement adressée. Illustration d’une certaine forme de courage politique face à la société civile. »

Où il reste encore et toujours à comprendre les raisons profondes qui conduisent les ministres de la Santé (et le gouvernement) français à adopter (et à maintenir) une politique du déni; une politique à ce point opposée à la réduction des risques; une politique aux antipodes de cette du gouvernement britannique qui obtient, grâce à son pragmatisme, de remarquables résultats dans la lutte contre le tabac.

A demain

@jynau

 

Cigarettes, vapotage, politique : le retour de Marisol Touraine et de son paquet-neutralité

Bonjour

Où l’on retrouve, prenant la parole, Marisol Touraine « ancienne ministre de la Santé de François Hollande et nouvelle récipiendaire de la Légion d’honneur » (sic). Celle a qui Agnès Buzyn succéda a été « sollicitée » par le Midi-Libre, aussi a-t-elle écrit un article intitulé « Le défi du Grand Débat » qu’elle a également publié sur son blog .

 On se souvient peut-être des hésitations sans fin de la ministre de François Hollande tentée par l’aventure macronienne. Les atermoiement semblent, chez elle, toujours d’actualité :

Acte I« La France est aujourd’hui engluée dans une crise profonde, que le gouvernement a aiguisée en écartant les élus locaux et les acteurs sociaux (…) Cette crise est préoccupante parce qu’aucune alternative politique n’émerge aujourd’hui et que l’esprit de responsabilité semble avoir déserté. La violence est inacceptable et doit être condamnée sans ambiguïté, par les élus de tous bords comme par les “gilets jaunes”. Mais de son côté, Emmanuel Macron a trop tardé à réagir et le gouvernement multiplie depuis les erreurs en ignorant les organisations syndicales réformistes ou en accumulant les couacs sur la taxe d’habitation pour ne prendre que ces exemples.

Acte II « (…) il faut cesser d’expliquer que le débat ne changera rien alors que des attentes s’expriment avec force et que prévaut le sentiment d’un manque de considération : c’est en associant les partenaires, en inventant une nouvelle articulation entre démocratie représentative et démocratie participative que le pouvoir ouvrira un débouché politique à la crise. »

Acte III « En cette période de vœux, je forme celui que le calme et le respect reviennent, permettant un débat de fond, un débat sans fard, sans faux-semblant, qui permette à chacun d’être entendu, à la justice sociale d’être notre boussole collective et à notre pays d’aller mieux. »

Et puis, simple hasard ou tenace fatalité, voici que deux années après l’entrée en vigueur du paquet neutre, Santé publique France publie, ce jeudi 17 janvier, une étude sur la perception du paquet de cigarettes par les fumeurs. On se souvient que ce « paquet neutre » fut le grand œuvre anti-tabagique d’une Marisol Touraine qui sera un jour condamnée pour ne pas avoir perçu la puissance du levier de la cigarette électronique dans le champ de la réduction des risques addictifs. Un dramatique déni politique sur lequel on espère, encore et toujours que l’ancienne ministre parviendra un jour à s’exprimer – sans même parler d’Agnès Buzyn qui suit le même dramatique chemin.

Santé Publique France, donc : « Perception du paquet de tabac neutre par les fumeurs : baromètres 2016 et 2017 »

A dire vrai c’est un peu court : « les résultats confirment que le paquet de tabac neutre est moins attractif pour l’ensemble des fumeurs ». Pauvrement court : « deux indica­teurs ont été utili­sés : le fait que l’aspect du paquet que les fumeurs achètent habituellement leur plaît, et la gêne qu’ils ont à sortir leur paquet à cause de son aspect ». Ce qui donne :

  • la part de fumeurs qui déclarent que l’aspect de leur paquet de cigarettes leur plaît a été divisée par trois en 2017 (16 %) par rapport à 2016 (53 %) ;
  • les fumeurs qui sont gênés de sortir leur paquet à la vue de tous à cause de son aspect sont deux fois plus nombreux en 2017 (12 %) qu’en 2016 (6 %) ;
  • l’appréciation du paquet a particulièrement diminué chez les 18-24 ans.

On résume : « le nouveau conditionnement des produits du tabac a eu un impact sur la perception par les fumeurs de leurs paquets de cigarettes et a probablement contribué, dans un contexte anti‑tabac particulièrement fort, à dénormaliser encore un peu plus les produits du tabac en France ».

Et, comme toujours chez Santé Publique France,  rien sur les vertus, en France, de la cigarette électronique en matière de santé publique.

A demain

@jynau

Préservatifs : comment faire après les inquiétants constat établis par les services de Bercy ?

Bonjour

On l’apprend: compte tenu des risques encourus par les consommateurs en cas de défaut (transmission d’infections sexuellement transmissibles, grossesses non désirées), les préservatifs sont classés en tant que dispositifs médicaux de classe II b.

Or dans  une enquête publiée jeudi 10 janvier sur leur niveau de qualité et de sécurité, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) dévoile que, « parmi les échantillons prélevés, le taux de non-conformité s’est élevé à plus de 80 % »« Un produit a, en outre, été déclaré non conforme et dangereux », alerte-t-elle : la marque STAR Condoms, qui a fait l’objet d’un avis de rappel :

« Nom du produit : Préservatif STAR VIP

Marque : STAR Condoms

Référence : Boîte de 12 préservatifs fins VIP

Lot : 102047 avec une date d’expiration 2022/01

Risque : Perforation du préservatif

Commentaire : Les possesseurs du produit sont invités à bien vouloir le ramener à leur pharmacie pour remboursement. »

Laissons, sur ce sujet de santé publique, la parole à Bercy :

« Au cours du quatrième trimestre 2017 et du premier trimestre 2018, la DGCCRF a contrôlé la qualité et la sécurité des préservatifs masculins commercialisés en France. L’enquête a ciblé les produits en latex de caoutchouc naturel ne présentant pas la marque NF. La majorité de ces préservatifs étaient fabriqués en Chine, en Malaisie et en Thaïlande. Cette enquête a été décidée à la suite de deux contrôles réalisés début 2017 ayant mis en évidence le danger de deux références de préservatifs.

« Vingt-cinq établissements ont été visités et soixante-dix actions de contrôle menées. Le taux d’anomalies relevé à la suite de ces actions de contrôle s’élève à plus de 4 %. Les manquements relevés portent notamment sur l’absence de déclaration par les opérateurs économiques concernés auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et/ou sur le non respect des règles d’étiquetage. Ce taux d’anomalie témoigne globalement d’une bonne connaissance de la réglementation applicable par les opérateurs économiques du secteur.

Traditionnels et lubrifiés

« Onze prélèvements ont été effectués. Ils ont concerné aussi bien les préservatifs traditionnels que les préservatifs lubrifiés. Ces derniers incluent les préservatifs enduits de spermicides, incorporant un anesthésique local, ainsi que les préservatifs dits « de fantaisie » qui présentent des traitements de surface ou des coloris particuliers. Le taux de non-conformité des échantillons analysés est de 82 %. »

A quoi ces non-conformités sont-elles principalement dues ?

  • A la présence de perforations sur un prélèvement (voir plus haut). Ce distributeur a informé l’ANSM ainsi que le mandataire, basé hors du territoire français, de cette non-conformité. Il s’est engagé à mettre en place un retrait-rappel sur un second lot dans le cas où les analyses futures concluraient au résultat « non conforme et dangereux ». Les professionnels ayant stocké le lot de cette référence de préservatifs ont été invités à le retirer de la vente et à apposer dans leur commerce une affiche à destination de leur clientèle afin que le produit soit ramené dans le lieu de vente;
  • A un défaut de dimension (la largeur mesurée étant inférieure à la largeur indiquée sur l’étiquetage) sur un prélèvement ;

 

  • Au non-respect des exigences en matière d’étiquetage: largeur non indiquée, absence d’indication de lubrification ou non, nom du fabricant ou du mandataire non indiqué, absence de description du préservatif (présence de réservoir notamment),
  • A l’absence d’indications au niveau de la notice d’utilisation: date de publication ou de la dernière révision, nom du fabricant ou du mandataire absent, effets secondaires, précautions de manipulation, mode d’emploi et mentions concernant le retrait du préservatif, instructions concernant l’élimination du préservatif usagé, mention relative à la nécessité de consulter un médecin ou un pharmacien pour ce qui concerne la compatibilité des préservatifs avec différents traitements et prescriptions. Dans certains cas, il a été constaté que la notice n’était pas rédigée en français.

Des observations d’autant moins acceptables que, toujours selon Bercy, « la plupart des opérateurs ont une bonne connaissance de la réglementation applicable aux préservatifs ». Toutefois, compte tenu des risques élevés liés à d’éventuels défauts de ces produits d’une part, et de l’entrée en application du règlement (UE) 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux en 2020, d’autre part, de nouvelles actions auprès des professionnels seront menées en 2019. Elles permettront notamment de sensibiliser l’ensemble des professionnels au nouveau règlement européen.

En pratique, pour les utilisateurs, que faire d’ici là ? Silence de l’ANSM. La DGCCRF ne le dit pas.

A demain

 

Près de 15.000 euros brut mensuels : Agnès Buzyn soupèse les salaires des Hauts Fonctionnaires

Bonjour

Jusqu’ici étrangement silencieuse face à la marée montante des Gilets Jaunes Agnès Buzyn prend la parole. Elle était, ce 9 janvier 2018, l’invitée de Bourdin Direct sur BFMTV et RMC. En service commandé.

Où l’on apprend que la ministre des Solidarités et de la Santé « regrette » la fuite de Chantal Jouanno. On savait, depuis quelques heures, que la présidente de la Commission nationale du débat public venait de quitter le poste de pilotage du « Grand Débat National ». Désaffection à moins d’une semaine de la grande croisière  sur des eaux mouvementées  – et ce après la vive polémique qui a suivi la découverte du montant de son salaire :  14.666 euros brut mensuels.  Et une ex-capitaine toujours salariée d’un Etat magnanime. Le Nouveau Monde, en somme.

« Elle a une longue expérience politique [ndlr de droite] , c’est une femme raisonnable. Je regrette son départ. C’est son choix »  a commenté la ministre proche, dit-on, d’Emmanuel Macron. Remplacer cette femme de raison ? « Il va falloir quelqu’un qui a l’estime des Français, un sage »  a déclaré Agnès Buzyn – estimant « qu’il n’y en pas tant que ça… qu’il n’y en a plus tant que ça… ». Le Nouveau Monde, en somme.

« Sage » : « Qui a la capacité de comprendre et de juger justement toutes choses ».

Plus généralement Agnès Buzyn estime que « certains » hauts fonctionnaires sont « sûrement » trop payés, mais « peut-être pas tous ». « Il faut regarder le niveau de responsabilité de ces hauts fonctionnaires, le niveau d’exposition, estime-t-elle. Ils gagnent beaucoup plus que tous les élus, les députés, les sénateurs, plus que le président de la République. Moi je pense qu’il faut probablement remettre à plat ces rémunérations en fonction des postes et des responsabilités. »

Comment ne pas voir, ici, l’ampleur de la tâche et, en même temps, l’expression de la sagesse ? Le Nouveau Monde, en somme.

A demain

@jynau

 

Cigarette électronique : sur France Info, le patron de Santé Publique France avala son chapeau

Bonjour

Comment tourner casaque sans avoir à prononcer le moindre mea culpa ? La question se pose à l’écoute de l’émission « Les mots de l’Info » de France Info du 5 janvier dernier.

Invités : le Dr François Bourdillon (directeur général de Santé Publique France) et le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue que l’on ne présente plus. Des propos repris sur le site des buralistes françaiset, pour partie, sur le site vapingpost.com : « La fin de la vape dix ans après la fin du tabac ? » (Guillaume Bailly).

Peut-on raisonnablement, en 2019 imaginer en France une « Génération sans tabac » ?

François Bourdillon : « Oui, c’est l’effet d’une politique cohérente et d’un ensemble de mesures allant du paquet neutre au remboursement des substituts en passant par l’augmentation du prix du tabac et la grande opération de marketing social ‘’Mois sans Tabac’’. On a pris le tabac par les cornes. Tout le monde fume mais de moins en moins les jeunes. Et quand vous avez un million de fumeurs en moins, vous avez ceux qui ont arrêté et ceux qui ne sont pas rentrés dans le tabagisme ».

Un effet du « paquet neutre » ?  « Oui, ça a marché dans le sens où ça a diminué l’attractivité auprès des jeunes » estime François Bourdillon.

Un effet de l’augmentation du prix du tabac ? « C’est très efficace et le paquet neutre aussi (…) Depuis la forte augmentation de mars (de l’ordre de 13 à 14 %), on a une baisse de consommation plus importante qu’attendue, de l’ordre de 11 %. Et cela sous la conjonction d’autres mesures (…) » explique Bertrand Dautzenberg.

Çela veut dire quoi, exactement, « Génération sans tabac » ?

Bertrand Dautzenberg : « Moins de 5 % de fumeurs quotidiens dans une tranche de population. Moi, je travaille surtout sur Paris.. La baisse est colossale chez les jeunes et on devrait y arriver avant 2030. Ce sont les jeunes nés en 2012 qui seront non-fumeurs. En Ile-de-France, on fume moins que dans les régions frontalières qui ne « bénéficient » pas de l’augmentation du prix puisque les pays voisins sont moins chers. Ou qu’en Corse où les taxes sont de moins 21 % par rapport au continent : le nombre de cancer y est supérieur de 20 %. »

Hier encore adversaire acharné

On n’a pas parlé de la taxation sur le tabac lors du mouvement des « Gilets Jaunes » contre la fiscalité. Est-ce un signe que tout le monde l’accepte ? François Bourdillon : « C’est une grande victoire pour cette taxe comportementale. D’autant qu’elle est recyclée pour faire la promotion de la santé ».

Puis la grande question, celle de la place de la cigarette électronique dans une politique de lutte contre le tabagisme. Où l’on entend, médusé, le directeur de Santé Publique France (hier encore adversaire acharné)  déclarer :

« C’est le moyen le plus utilisé pour arrêter de fumer. C’est important à savoir. Aujourd’hui, il y aurait entre 2,5 à 3 % d’utilisateurs de cigarette électronique. C’est un bon moyen de réduction du risque. Après, elle peut comporter des risques et il faut suivre le comportement des Français afin de s’assurer qu’elle n’est pas détournée, et que ce ne soit pas un objet qui serve les fabricants pour promouvoir les cigarettes ».

Et c’est alors, dans le studio de France Info, le Pr Bertrand Dautzenberg rêva à haute voix:

« Je défends assez la cigarette électronique comme sortie du tabac. D’ailleurs, il n’y a qu’1 % des utilisateurs qui sont non-fumeurs. Cela dit, dix ans après la fin du tabac, je souhaiterais la fin de la vape ».

A demain

@jynau

 

 

 

Officiel : le Plan gouvernemental 18-22 de mobilisation contre les addictions oublie l’alcool

Bonjour

Officiellement le gouvernement était « aux abonnés absents ». Pour autant dans les milieux bien informés (mais tenus à la réserve) c’était un secret de polichinelle : annoncé depuis près d’un an, sans cesse reporté à plus tard le « plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 » avait bel et bien été adopté par le gouvernement dans les denier jour de décembre – mais en catimini, de manière presque honteuse. Il se présente comme un gros document assez jargonneux associé à six feuillets daté du 27 décembre – feuillets adressés aux préfets et signés de Nicolas Prisse , président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).

Dans un éditorial Edouard Philippe, Premier ministre, explique que le « Plan national de mobilisation contre les addictions » vise à créer un élan et à accompagner une prise de conscience dans l’ensemble de la société. Sous l’égide des préfets, il sera décliné en actions plus fines, au plus près des citoyens, au cœur des territoires, avec la préoccupation de coller à la réalité des trajectoires et aux priorités politiques portées par les collectivités locales.

Ce Plan sera « porté par un discours public clair sur les risques et les dommages des consommations de substances psychoactives et des usages à risque ». Il mettra l’accent sur la prévention et porte une attention particulière aux publics les plus vulnérables du fait de leur âge ou de leurs fragilités. Il renforcera la qualité des réponses apportées aux conséquences des addictions pour les individus et la société et témoignerait d’un engagement fort contre les trafics. Il proposera de nouvelles mesures pour la recherche, l’observation et le développement de la coopération internationale.

Silence de la ministre des Solidarités

Et Edouard Philippe se souligner que les chiffres de la mortalité prématurée imputable au tabac (73 000 décès par an) et à l’alcool (49 000 décès par an) en France « ne sont pas acceptables ». Pour autant le Plan ne permet guère d’imaginer que la lutte changera véritablement de braquet. On sait déjà ce qu’il en est pour le tabac. Et on sait ce qu’il ne peut en être pour l’alcool après les positions exprimées par Emmanuel Macron, président de la République et les silences d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

« Cette absence de mesure forte sur l’alcool devrait susciter la déception des addictologues qui avaient publié, en avril 2018, une tribune appelant à un véritable plan alcool, prophétise Le Monde (François Béguin). ‘’De ce que l’on sait du plan, il n’y aura pas de mesure contraignante, comme l’instauration d’un prix minimum, l’interdiction des publicités pour l’alcool autour des écoles ou l’encadrement de la publicité sur Internet’’, prédisait, il y a quelques semaines, Nelly David, la directrice générale de l’association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), regrettant l’absence de  politique volontariste’’ des pouvoirs publics sur ce sujet. »

Seule mesure concrète : l’agrandissement « significatif » (sic) du pictogramme « femmes enceintes » pour les boissons alcooliques – mesure déjà annoncé dans un « plan prévention » mais toujours à l’étude …

« Même s’il ne contient pas de mesure flamboyante, c’est un plan techniquement très équilibré, qui tient globalement la route » a déclaré au Monde Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction. Elle estime que le « problème majeur » du texte« c’est sa dimension politique » : « Il souffre de ne pas être porté par l’ensemble du gouvernement, ce qui donne l’impression que la question des addictions n’est pas une priorité pour lui ». Impression amplement confirmée – et ce alors même que la mobilisation contre les addictions est, au premier chef, une question politique.

A demain

@jynau

Rugby : Nathan Soyeux, 23 ans, joueur amateur, mort après un plaquage « dans les règles »

Bonjour

Ce sont des lignes que l’on n’imaginait pas devoir, un jour, lire. Des lignes disponibles sur le site de L’Equipe et sur celui du Bien Public. Des lignes qui vont secouer le monde du rugby. Des lignes pour réfléchir. Les voici :

« Nathan Soyeux, 23 ans, étudiant en Master matériaux-développement durable à l’Esirem (École supérieure d’ingénieurs de recherche en matériaux et en infotronique) de Dijon, est décédé, vraisemblablement des suites d’un choc lors d’un match de rugby amateur. Le 24 novembre dernier, Nathan participait au ‘’Tournoi des 5 ballons’’, une compétition inter-écoles qui existe depuis 1979 où les étudiants s’affrontent lors de matches de foot, volley, basket, hand et rugby.

Suite à un plaquage « dans les règles » selon Albert Dipanda, le directeur de l’Esirem,  le jeune homme, « qui s’est tout de suite relevé et n’a pas perdu connaissance, ne s’est pas senti très bien et nous avons fait appel aux secours qui l’ont dirigé vers l’hôpital. » Transporté au CHU de Dijon le joueur avait d’abord été plongé dans un coma artificiel pendant dix jours avant que son état de santé ne se dégrade, récemment.

Que dire si « les règles » respectées ne préviennent pas les décès ? En changer !

C’est le quatrième décès de jeunes joueurs sur les terrains de rugby français en moins de huit mois. Le 12 décembre, Nicolas Chauvin (18 ans), joueur de l’équipe Espoirs du Stade Français, était décédé à la suite d’un double-plaquage quelques jours plus tôt. Avant lui, deux autres jeunes étaient morts en 2018 après avoir reçu un choc : l’amateur Adrien Descrulhes (17 ans) le 20 mai et le professionnel Louis Fajfrowski (21 ans) le 10 août.

Que dire ? Laisser la parole à Quentin, joueur de rugby, ami de Nathan et à son hommage sur les réseaux sociaux :

« Je persiste à dire que notre sport n’est pas dangereux. Non il n’est pas dangereux, ce sport est beau, ce sport est technique mais nous ne savons plus y jouer. Bien que l’affrontement soit inévitable, le défi purement physique avec des joueurs de plus en plus lourds, puissants et des schémas tactiques qui se résument à se rentrer dedans et à marquer son adversaire ont pris le dessus sur ce qui était destiné à être un sport d’évitement. »

A demain

@jynau