Dons de sang et homosexualité masculine: le gouvernement réduira-t-il la durée d’abstinence ?

Bonjour

La France gronde, les gilets sont jaunes et le pétrolifère amer. Pour autant il est des raisons de ne pas totalement désespérer. Exemple très contemporain en trois actes, sur la toile de fond des très vieilles affaires françaises dites du « sang contaminé ».

I C’était il y a trois ans. On annonçait qu’à compter du 1er juin 2016 les homosexuels pourraient, en France, donner leur  sang. A condition d’assurer  lors de l’entretien préalable au don de ne pas avoir eu de relations sexuelles (même protégées) depuis douze mois. C’est là une décision élaborée non sans difficulté après un travail original  (et sans précédent) qui a réuni les autorités sanitaires et les nombreuses associations de donneurs, de patients et de personnes homosexuelles ; un travail sanitaire et diplomatique sans précédent mené  sous l’autorité du Pr Benoît Vallet, alors Directeur Général de la Santé.

Un arrêté du 5 avril 2016 de la ministre des Affaires sociales et de la Santé fixa ensuite  les critères de sélection des donneurs de sang. Il prévoyait une liste de contre-indications 1 au don de sang en raison des risques pour le donneur ou pour le receveur. Il abrogeait  des dispositions antérieures qui prévoyaient « une contre-indication permanente pour tout homme ayant eu des rapports sexuels avec un homme » et y substituait, pour un don de sang total, une contre-indication de 12 mois après le dernier rapport sexuel.

II Ces « douze mois d’abstinence » firent polémique. Fallait-il les abroger?  En aucune façon trancha le Conseil d’Etat il y a un an, rappelant  que « les autorités sanitaires doivent privilégier les mesures les mieux à même de protéger la sécurité des receveurs lorsque les données scientifiques et épidémiologiques disponibles ne permettent pas d’écarter l’existence d’un risque ». Il faisait ainsi valoir :

« Selon les travaux de l’Institut de veille sanitaire, la prévalence de porteurs du VIH est environ 70 fois supérieure chez les hommes ayant eu des relations sexuelles avec des hommes. (…) La proportion de personnes nouvellement contaminées au cours de l’année 2012 était 115 fois supérieure chez ces hommes que dans la population hétérosexuelle. »

En imposant cette « abstinence d’un an » comme condition au don du sang par les homosexuels, le ministère de la Santé « s’est fondé non sur l’orientation sexuelle mais sur le comportement sexuel et n’a pas adopté une mesure discriminatoire illégale », jugeait le Conseil d’Etat. On pourra voir là un argumentaire directement issu de la rhétorique des collèges jésuites.

III 14 novembre 2018. Santé publique France publie aujourd’hui les premiers résultats de l’enquête dite « Complidon », menée en collaboration avec l’Établissement français du sang (EFS) et le Centre de transfusion sanguine des armées (CTSA). Elle porte sur le respect des critères de sélection au don de sang par les donneurs. Près de 110 000 donneurs ont été interrogés. Et cette surveillance épidémiologique révèle que l’ouverture du don de sang en juillet 2016 aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) n’augmente pas le risque de transmission du VIH par transfusion – risque qui reste extrêmement faible en France : estimé, sur la période 2015-2017, à un don VIH positif non détecté sur 5,2 millions de dons.

« Pour évaluer le respect et la compréhension des critères de sélection des donneurs, Santé publique France a réalisé l’enquête Complidon, à laquelle près de 110 000 donneurs de sang ont répondu. Les résultats indiquent que les contre-indications actuelles au don de sang ne sont pas toujours strictement respectées. Ainsi, parmi les hommes, 0,73% ont déclaré avoir eu des rapports sexuels entre hommes au cours des 12 derniers mois, sans l’avoir indiqué avant le don. »

« Parmi les hommes, seuls 0,56 % ont déclaré lors de l’enquête avoir eu des rapports sexuels avec des hommes aux cours des 4 mois précédant leur don. De plus, parmi les hommes ayant eu des rapports sexuels entre hommes au cours des 12 derniers mois, un sur deux (46 %) a déclaré qu’il l’aurait signalé lors de l’entretien pré-don si la durée d’ajournement avait été plus courte. »

« Bien que déclaratifs, ces chiffres indiquent que le respect du critère de sélection concernant les HSH pourrait augmenter avec une période d’ajournement plus courte, fait valoir Santé publique France. À la suite de données similaires, en novembre 2017, le Royaume‑Uni a autorisé les HSH à donner leur sang, à condition qu’ils n’aient pas eu de rapports sexuels entre hommes dans les 3 mois précédant le don. »

Et maintenant ? Ces données chiffrées permettent d’apporter des éléments aux pouvoirs publics, « en vue de considérer une éventuelle ouverture plus large du don de sang aux HSH en France ». L’ensemble de ces résultats a été présenté au comité de suivi de l’arrêté fixant les critères de sélection des donneurs de sang qui réunit, sous l’égide de la DGS, les associations de patients, de donneurs et de défense des droits et les agences sanitaires.

On attend

A demain

@jynau

1 Tout savoir sur les contre-indications au don de sang

Cigarette électronique : les buralistes sont-ils les mieux placés pour lutter contre le tabagisme ?

Bonjour

C’est une photo du tonnerre. On y voit Gérard Darmanin et Philippe Coy : le ministre des Comptes public coude-à-coude avec  le patron des buralistes – sous les ors de la mairie de Tourcoing. Et ce dernier d’arborer une grande affiche : « Chez votre buraliste, Novembre le mois de la Vape » Une cigarette électronique et ce sous-titre : « Le vapotage c’est aussi notre métier ». Ainsi donc le diable est dans ce détail, dans cet « aussi » qui sous-entend précisément son contraire.

Gérard Darmanin a-t-il été piégé, à Tourcoing, par le patron des buralistes ? Quelle est la position de l’exécutif sur ce sujet ? Où sont les choix politiques opérés en matière de santé publique sur ce chapitre essentiel de l’addiction fiscalisée ? Silence total.

Reste ainsi, entière, la question de la cigarette électronique, de sa distribution et de l’apprentissage de son usage. C’est là une question au cœur de la Révolution des Volutes ; une question soudain réactivée par Philippe Coy et son puissant réseau. La grande majorité des buralistes français est bien décidée, autant que faire se peut, à ne pas laisser échapper ce marché jusqu’ici le plus souvent développé par des militants experts dans le maniement de cet outil majeur de réduction des risques tabagiques.

Marisol Touraine et Agnès Buzyn

Une fraction des buralistes a compris l’ampleur du défi de leur survie. Celle-ci passe-t-elle par la cigarette électronique ? On peut très raisonnablement en douter. Buralistes et réduction des risques ne riment qu’en surface. Il leur faudra trouver ailleurs et avec l’aide de la puissance publique des raisons d’espérer. Elles ne manquent pas dans les territoires désertés.

Reste la découverte, l’apprentissage, le maniement de la cigarette électronique, le lent cheminement de cette itinérance mémorielle que sont ces  douloureuses désaccoutumances. C’est un sujet éminemment addictologique, éminemment politique. Jamais traité comme tel par l’exécutif (Cf Marisol Touraine et Agnès Buzyn) qui se suicide dans la fiscalisation des addictions légales.

« Photo du tonnerre », superbe cliché parlant. Contrairement à certaines lectures affûtées Coy n’a nullement « piégé » Darmanin. Le ministre des Comptes publics est consubstantiel du patron des buralistes. Une seule question : jusqu’à quand ?

PS. Conseil de lecture signé Sébastien Béziau , vice-président de Sovape:  la déclaration, majeure, de Ghyslain Armand,  de Vaping Post : « Indépendant de l’industrie du tabac Notre position face à la présence de l’industrie du tabac dans le monde de la vape »

A demain

@jynau

 

 

Rugby : Louis Fajfrowski, mort «d’une commotion cardiaque létale sur cœur pathologique»

Bonjour

Joueur de rugby Louis Fajfrowski, 21 ans, est mort le 10 août dernier lors d’une rencontre amicale à Aurillac. L’affaire avait profondément ému le vaste monde de ce beau sport – et mis en lumière la violente, triste et insupportable dérive dont il est l’objet. Trois mois plus tard l’enquête officielle conclut à une « mort accidentelle ». Plus précisément les résultats complémentaires révèlent que le joueur a succombé à un « traumatisme thoracique ». L’information est donnée par le quotidien La Montagne (Malik Kebour) qui cite le substitut du procureur d’Aurillac : le plaquage subi par le joueur  a été « responsable d’une commotion cardiaque avec accélération du rythme qui a entraîné son décès ». On s’interroge. On relit.

« L’ailier du Stade Aurillacois Louis Fajfrowski est décédé d’un traumatisme thoracique d’après les résultats de l’autopsie. Le joueur avait trouvé la mort dans les vestiaires du stade Jean-Alric, à Aurillac (Cantal), après un choc au cours d’un match amical, le 10 août. Près de trois mois après le décès brutal de l’ailier du Stade Aurillacois, Louis Fajfrowski, survenu vendredi 10 août, après un match amical, le parquet d’Aurillac conclut à une mort accidentelle.

 « L’enquête aux fins de recherche des causes de la mort, ouverte début août, n’a pas pu « démontrer qu’il y avait une quelconque faute imputable à qui que ce soit. C’est un accident malheureux », ajoute le parquet. 

Titulaire lors de la rencontre amicale disputée face à Rodez (Fédérale 1) au stade Jean-Alric, le 10 août, à Aurillac, l’ailier du Stade Louis Fajfrowski est sorti du terrain au cours de la seconde période, peu avant l’heure de jeu, après avoir subi un plaquage appuyé, à mi-hauteur. Resté au sol quelques instants, sonné, il avait été pris en charge par les soigneurs avant de regagner les vestiaires, conscient. Après plusieurs pertes de connaissance, à l’intérieur, il est décédé malgré l’intervention des secours. »

L’autopsie pratiquée juste après la mort n’avait pas permis de connaître les causes exactes du décès. Un classique. Des analyses complémentaires avaient été ordonnées. Le parquet auvergnat précise aujourd’hui que l’enquête n’a pas pu « démontrer qu’il y avait une quelconque faute imputable à qui que ce soit ». En est-on bien certain ?

« Ce sont plusieurs facteurs qui ont conduit au décès », a expliqué le procureur d’Aurillac, Olivier Clémençon. Et de préciser que le joueur a subi « un traumatisme thoracique précordial, responsable d’une commotion cardiaque létale sur un cœur pathologique ». Le parquet a donc conclu « à une mort accidentelle à la suite et non pas à cause d’un plaquage », a précisé le procureur. Cœur pathologique ? On aimerait que le procureur éclaire un peu mieux cette séquence physiopathologique mortelle. Sans doute, sous les volcans, attendra-t-on.

Le jeune joueur, titulaire ce jour-là au centre de l’attaque du Stade Aurillacois, était sorti du terrain (en seconde période du match contre Rodez) après avoir été la cible d’un vigoureux plaquage. « Sonné », il avait pu se relever avec l’aide des soigneurs avant de se rendre par ses propres moyens aux vestiaires, accompagné d’un médecin. C’est dans les vestiaires qu’il avait perdu connaissance – à plusieurs reprises. Pris en charge par le service médical et les secours supplémentaires arrivés sur place, il n’avait pas pu être ranimé.

Dans un éditorial publié le 13 août, et titré « La nausée », le journal Midi Olympique, avait vivement et courageusement regretté que ce sport soit « de plus en plus destructeur », mettant « ses propres acteurs en danger à force de collisions à très grande vitesse ».

« Un jeu de plus en plus con − on se répète, hélas − à force d’oublier la moitié de son ADN : la recherche de l’évitement, qui lui conféra longtemps une force créatrice enviée par tant d’autres disciplines (…) Il y a désormais urgence : il faut agir pour voir, demain, le rugby changer radicalement dans son approche du jeu, en assumant ses maux actuels et la propre menace qu’il génère pour avoir cédé au tout physique ».

Il n’ a pas une ligne à changer à l’éditorial de Midi Olympique. Et tout à demander aux gros pardessus de la Fédération Française de Rugby. En mémoire de Louis Fajfrowski.

A demain

@jynau

 

Cancer du sein : dénigrement et nouvelle polémique sur son dépistage – dans Le Parisien

Bonjour

Pourquoi lui, et pourquoi ici ? Lui : le Pr Norbert Ifrah. Ici : Le Parisien repris par Le Point : « Les détracteurs du dépistage du cancer du sein sont ‘’irresponsables’’. Le patron de l’Institut national du cancer  dénonce la campagne de dénigrement organisée sur les réseaux sociaux. »

Ainsi donc le directeur de l’Institut national du cancer (INCa), un homme « de nature plutôt discrète », a décidé de réagir face à la montée des critiques qui touchent le dépistage du cancer du sein. En France, nous dit-on, moins d’une femme sur deux se fait dépister à partir de 50 ans. Un chiffre loin d’être satisfaisant pour ce cancérologue. Le Pr Ifrah :

« On assiste en France à une campagne de dénigrement surréaliste, notamment sur les réseaux sociaux. Ses détracteurs, peu nombreux, mais très actifs, sont irresponsables. N’oublions pas que 59 000 nouveaux cancers du sein sont détectés chaque année et que 12 000 femmes en meurent. »

Principal argument, récurrent, des détracteurs :  le risque de « sur-diagnostic » – la détection des lésions qui n’auraient pas forcément évolué en cancer du vivant de la femme et qui ne nécessiteraient pas d’interventions – bien au contraire. Réplique mesurée du Pr Ifrah : « un certain nombre de cancers localisés n’évoluent pas, sans que l’on sache pourquoi ; 80 % vont évoluer, d’où la nécessité d’un suivi régulier (…)  Je ne dis pas qu’il y a zéro opération inutile, mais elles sont très peu nombreuses (…) avec le dépistage organisé, on épargne à près de 12 % des femmes une chirurgie lourde ». Pour le Pr Ifrah « d’après les études mondiales, le dépistage permet d’éviter entre 15 et 20 % de décès ».

Et le PrIfrah de conclure : « C’est pour cela que lire sur les réseaux qu’il existerait de faux cancers me sidère. Ce terme, catastrophique, est nuisible».

Que répondront les réseaux ?

A demain

@jynau

 

 

Drogues : 30 ans après Michèle Barzach, Agnès Buzyn et la réduction des risques en jachère

Bonjour

Il y a trente-et-un ans Michèle Barzach faisait acte de courage 1, dans un gouvernement de droite. Soutenue par quelques militants éclairés de gauche, face à la toxicomanie et au VIH, elle mettait en place les bases de ce qui deviendrait au fil du temps 2 un embryon de politique de Réduction des Risques (RDR).

Aujourd’hui c’est un appel de détresse lancé au nom de la RDR par l’association SAFE. Cette dernière a notamment pour objet de favoriser l’accès aux matériels de consommation à moindres risques pour les usagers de drogues. Elle assure le développement et la promotion des outils et des modalités d’intervention les plus adaptés en matière de lutte contre les contaminations virales, bactériennes et fongiques.

En pratique elle permet d’accéder gratuitement et chaque jour aux matériels de consommation à moindre risque (injection, inhalation, sniff), aux préservatifs, aux kits de dépistage du VIH/SIDA et des hépatites B et C. Elle peut aussi orienter vers des professionnels de santé qui peuvent accompagner les toxicomanes qui peuvent en exprimer le besoin.

SAFE explique aussi gérer un dispositif régional d’automates d’échange de seringues et de diffusion de kits d’inhalation en Ile-de-France (actuellement plus de soixante sites sur Paris, le 91, le 92, le 93 et le 95) – ce qui inclut l’approvisionnement et la maintenance des machines, la gestion des containers de collecte de seringues usagées, la distribution de matériels de prévention directement aux usagers, ou par l’intermédiaires de pharmacies, associations et services hospitaliers partenaires ou un programme de RDR à distance –  www.rdr-a-distance.fr 01 40 09 04 45 ou contact@safe.asso.fr.

Depuis 2011 la « Réduction des Risques à Distance » est un dispositif national qui s’adresse aux usager.e.s de drogues qui ne peuvent pas ou ne veulent pas avoir recours aux structures spécialisées ou aux pharmacies pour diverses raisons : éloignement, handicaps, matériels distribués non adaptés, peur de la stigmatisation….

« Ce programme permet d’accueillir par téléphone ou par email tou.te.s les usager.e.s de drogues, de leur proposer un conseil personnalisé et de leur adresser par voie postale les seringues et tous les matériels de prévention nécessaires et adaptés à leurs besoins afin de réduire les risques infectieux : VIH, hépatite C etc. explique SAFE. Inclus dans le dernier Plan gouvernemental de lutte contre les drogues et conduites addictives, ce programme a fait ses preuves pour améliorer significativement l’accès aux matériels de consommation à moindre risques auprès des personnes les plus éloignées des dispositifs. »

Et puis ce communiqué :

« L’association SAFE est contrainte depuis le 1er octobre 2018 de suspendre le dispositif de RDR à distance dans les régions où cette action n’est plus financée : Bourgogne Franche-Comté, Corse, Normandie, Pays-de-la-Loire, Provence Alpes Côte d’Azur, Territoires de l’Outre-Mer. »

Plus précisément, depuis le 1er octobre, l’association  a été contrainte pour la première fois depuis vingt-neuf ans, de cesser la distribution de seringues aux personnes usagères de drogues dans les régions où son action n’est plus financée. « Cette suspension intervient malgré plusieurs alertes à la Direction Générale de la Santé restées sans suite, et alors que le nombre de bénéficiaires du dispositif ne cessait d’augmenter, expliquent ses responsables 3. Cette situation est totalement inacceptable du point de vue de la santé publique et risque d’entraîner une recrudescence de nouvelles infections (VIH et hépatites). »

Nécessité absolue

En 2015, la Direction Générale de la Santé avait choisi de décentraliser ce dispositif en confiant le financement aux agences régionales de santé (ARS) et la gestion aux structures spécialisées en région. Cette régionalisation a été l’objet de multiples dysfonctionnements dus à l’inadaptation des pratiques administratives et aux délais de mise en œuvre, mais aussi à une allocation de crédits très inférieure à l’évaluation initiale. A ce jour, certaines ARS n’ont toujours pas débloqué de fonds, ni identifié de structures pour mettre en œuvre le dispositif. D’autres structures ont reçu un financement dédié mais le dispositif n’est toujours pas opérationnel faute de formation des équipes. Six régions françaises sont concernées : Bourgogne Franche-Comté, Corse, Normandie, Pays-de-la-Loire, Provence-Alpes-Côte-d’Azur et l’outre-Mer. Ces deux dernières régions font état d’une prévalence au VIH et au VHC particulièrement importantes, l’’accès au matériel de RDR représente une nécessité absolue.

Jusqu’au 30 septembre 2018, les usager.e.s de ces régions étaient toujours accueilli.e.s et suivi.e.s par SAFE sans qu’aucun financement ne soit versé à l’association pour ces régions. Alors que la Ministre de la santé promeut ce dispositif et a fixé comme objectif d’atteindre une diminution de 90 % des nouvelles infections à l’hépatite C l’association réclame « des actes en cohérence et un engagement à la hauteur de cet enjeu ».

Elle demande, simplement « un financement suffisant de la Réduction Des Risques à Distance pour les structures engagées dans ce dispositif ». « Une réflexion commune associant institutions, associations et acteurs de terrain est essentielle pour un déploiement rationnel du dispositif en fonction des besoins et permettre une véritable couverture nationale. Nous exigeons une action urgente pour un rétablissement immédiat du service explique  Catherine Duplessy directrice de SAFE.

Pour ces soignants « l’accès aux seringues et matériels de prévention pour les personnes usagères de drogues est un droit et une obligation de santé publique ». C’est ce qu’avait compris Michèle Barzach, ministre de la Santé. Il y a trente-et-un ans. Et maintenant ?

A demain

@jynau

1 « Sida et toxicomanie: les bénéfices massifs de la politique de réduction des risques en trois graphiques » Slate.fr 12 avril 2014

2 « Vive la clope et l’alcool, à bas la coke et l’héro », par Bernard Kouchner Slate.fr, 25 mai 2018

3 Contacts Presse : Act UP Paris : Robin DREVET robin.drevet@actupparis.org – 06 47 72 99 76 ; AIDES : Antoine HENRY ahenry@aides.org – 06 10 41 23 86 ; Médecins du Monde : Fanny MANTAUX fanny.mantaux@medecinsdumonde.net 01 44 92 13 81 ; PsychoActif : Pierre CHAPPARD pierre.chappard@gmail.com – 06 63 55 65 54 ; SAFE : Catherine DUPLESSY catherine.duplessy@safe.asso.fr – 06 84 81 07 77

 

 

«Recertifiés» les médecins français auraient-ils été meilleurs que ceux du passé ?

Bonjour

Voici un beau rapport. Destiné à remplir l’un des innombrables tiroir des bureaux en acajou du pouvoir. On le retrouvera ici (69 pages) : « Mission de recertification des médecins » Et ici ses auteurs 1. Accompagné d’un communiqué de presse transmis aux journalistes par la ministre des Solidarités et de la Santé. Le Dr Agnès Buzyn rappelle à ses confrères  qu’elle avait demandé à Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation « une mission permettant de  définir une procédure  pour l’actualisation régulière des compétences des médecins ». Et ce rapport a été remis aujourd’hui même aux deux ministres.

Rien de bien révolutionnaire ici. Ni de bien contraignant. Chaque docteur en médecine connaît par cœur l’article 11 de son bréviaire de déontologie. Il dispose depuis toujours que « tout médecin entretient et perfectionne ses connaissances dans le respect de son obligation de développement professionnel continu ». « Cette notion de formation et de mise à jour régulière des connaissances et compétences professionnelles est chaque jour un peu plus d’actualité : on estime que 50% des connaissances médicales ont évolué au bout de cinq ans – « rendant impérative une poursuite de la formation au-delà de la délivrance du diplôme » fait souligner le Dr Buzyn.  Un certain nombre de pays anglo-saxons et européens ont d’ailleurs adopté des procédures de certification et de recertification des médecins. » Et la France ?

« Prendre soin »

On se reportera ici, dans l’avenir, au précieux rapport : il préconise une certification et une valorisation périodique du parcours professionnel et des acquis tous les six ans. Et ce pour tous les médecins, et tous les modes d’exercices. « Plus qu’un contrôle, la procédure proposée se veut un exercice de promotion et de valorisation, voire d’évolution des compétences » tempère toutefois le document – et une « démarche » qui  s’appliquerait à « tous les médecins diplômés à partir de 2021, dans le cadre du 3ème  cycle rénové des études médicales ». Qui plus est cette mesure serait entièrement dématérialisée, « chaque professionnel disposant d’un espace personnel numérique, et qu’elle repose en grande partie sur l’auto-évaluation ».

« La certification pourrait reposer sur cinq critères d’évaluation et un critère de valorisation. Parmi les critères d’évaluation, le rapport inclut deux éléments spécifiques : le médecin doit montrer qu’il s’inscrit dans une démarche d’amélioration de la relation médecin-patient. C’est le ‘’prendre soin’’ qui est ici valorisé. La procédure donne également une place à la qualité de vie et à la santé du professionnel. »

Que tous les médecins se rassurent : ce précieux rapport (69 pages) est désormais bien rangé dans l’un des innombrables tiroir des bureaux en acajou du pouvoir.

 A demain

@jynau

 1 Composition de la « mission Recertification » : Président : Pr Serge Uzan, doyen honoraire de la Faculté de Médecine de Pierre et Marie Curie, Assesseur : Pr Yves Matillon, Université de Lyon, Pr Djillali Annane, vice-président de la conférence des doyens de facultés de médecine, Mr Jean-Baptiste Bonnet, président de l’Intersyndicale nationale des internes (Isni), Dr Patrick Bouet, président du Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM), Pr Michel Claudon, président de la conférence des présidents de CME de CHU, Pr Pierre-Louis Druais, président du Collège de la Médecine Générale (CMG), Pr Olivier Goëau-Brissonnière, président de la Fédération des Spécialités Médicales (FSM), Pr Dominique Le Guludec, présidente de la Haute Autorité de Santé (HAS), Mr Samuel Valero, puis Mr Thomas Iampietro, Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), Mr Maxence Pithon, président de l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (Isnar-IMG)Mme Claude Rambaud, vice-présidente du Lien, Dr Jean-François Thébaut, président du haut conseil du Développement Professionnel Continu (DPC), Pr Jean-Pierre Vinel, président de l’université de Toulouse.

 

 

 

 

 

 

 « Tabac chauffé » : l’invraisemblable micmac de Big Tobacco et des autorités de santé

Bonjour

Faire le chemin de la frontière, jusqu’à Ferney-Voltaire pour mieux dissiper les brouillards français.  Ainsi ce papier édifiant de la Revue Médicale Suisse : « Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? »1. Il s’agit ici de lIQOS™ , du gloTM  et du PloomTM Tech des trois géants mondiaux du tabagisme.

Huit spécialistes de santé publique de Lausanne décryptent ici un sujet essentiel – un sujet sur lequel les hauts responsables sanitaires français (et les autres) n’ont pas encore jugé de se pencher : le micmac du « tabac chauffé ». Résumé :

« Face à la diminution constante des ventes de cigarettes conventionnelles, l’industrie du tabac a développé et mis sur le marché depuis 2015 un nouveau type de produits qui ne « brûlent » pas le tabac, dits produits du tabac « chauffé » (heated tobacco products ou HTP). Ils sont vendus comme des produits à risques potentiellement réduits, du fait de leur capacité technique à limiter le processus de combustion et la génération de composés toxiques.

« Toutefois, les principaux composés toxiques émis par la fumée de cigarette conventionnelle sont aussi présents. Actuellement, très peu de recherches indépendantes existent pour vérifier le niveau de risque des HTP, ce qui soulève d’importantes questions parmi la population et les acteurs de santé publique. Cet article fait le point sur ces produits. »

Allégations sans démonstration

Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz ont cherché à faire le tour de la question. Ils rappellent, point essentiel, que les produits HTP diffèrent de la vaporette/vapoteuse/cigarette électronique qui ne contient pas, elle, de tabac. L’absence de combustion ferait des HTP des « produits du tabac moins toxiques que les cigarettes ». Pour sa part, le géant Philip Morris International (PMI) a engagé auprès de l’US Food and Drug Administration (FDA) une demande de certification permettant de présenter son dispositif comme à risque réduit par rapport aux cigarettes classiques. Mais début 2018, le groupe consultatif de la FDA a conclu que l’entreprise « n’avait pas réussi à démontrer qu’une réduction de l’exposition aux produits chimiques pouvait raisonnablement se traduire par une réduction mesurable des maladies ou des décès ».

« L’offensive industrielle du tabac « chauffé » suscite une multitude de questions parmi la population et les acteurs de santé publique : comment ces produits fonctionnent-ils ? Quelle est la composition des émanations de ces produits ? Le tabac « chauffé » est-il véritablement moins à risque pour la santé des utilisateurs et des non-utilisateurs ? Quelles sont les conditions de commercialisation et d’usage de ces produits (cadres légaux) et quelles sont les stratégies marketing développées par les industriels ? »

Il faut ici lire la Revue Médicale Suisse qui esquisse quelques éléments de réponse. Sans oublier de décrypter la publicité de Big Tobacco :

« Les efforts de communication des entreprises vont dans le sens de reconnaître les risques sanitaires de la cigarette conventionnelle et de profiler les produits HTP comme des produits plus « propres » et moins nocifs, notamment par la mise en avant de nouvelles technologies. Des arguments tels que « réduction des émissions toxiques », « sans combustion », cleaner sont usités dans leurs communications marketing.

« Un accent particulier est également porté sur la mise en avant du confort des utilisateurs et de leur entourage (« pas de fumée », « moins d’odeur », « pas de cendre »), tout en permettant aux fumeurs de vivre une expérience très proche de celle procurée par la cigarette, avec du vrai tabac. De cette manière, l’industrie du tabac entend se présenter comme un partenaire fiable de santé publique, tout en conservant sa clientèle maintenue dépendante à la nicotine. »

Quelques premières études indépendantes attesteraient d’une quantité de composés toxiques inférieure à celle comprise dans la fumée de cigarettes conventionnelles,  mais sans pour autant pouvoir conclure que les HTP induisent moins de risques sur la santé que les produits de tabac classiques. « L’absence de combustion n’empêche ni la production de fumée ni la présence des principaux produits toxiques retrouvés dans la fumée de cigarette » résument les auteurs suisses.

Et d’ajouter que le nombre d’études indépendantes concernant les produits HTP est relativement faible, et qu’aucune n’inclut des personnes utilisatrices ou ne porte sur les effets potentiels sur la santé. « Il est donc impératif que d’autres études scientifiques indépendantes de l’industrie du tabac testent la véracité des informations avancées par cette dernière et analysent le contenu de la fumée émise par ces HTP » soulignent-ils.

Recrutement de nouveaux consommateurs

Où l’on retrouve, comme dans le cas de la cigarette électronique, l’invraisemblable passivité des autorités sanitaires nationales (sans parler de l’OMS) sur un sujet majeur de santé publique – un invraisemblable et coupable  désintérêt médical et scientifique pour cette question prioritaire de réduction des risques.

« Actuellement en Suisse et dans d’autres pays, les produits du tabac « chauffé » profitent des brèches laissées par les cadres légaux, notamment en matière d’avertissements sur les emballages, de taxation et d’usage dans les lieux publics. Les cigarettiers, tout en continuant de saper les efforts de prévention du tabagisme, déploient en outre pour les HTP des stratégies marketing renouvelées et sophistiquées 2. Cela laisse craindre le recrutement de nouveaux consommateurs, notamment parmi les jeunes.

« Par ailleurs, il sera très difficile scientifiquement d’évaluer l’impact réel des HTP sur la santé de leurs utilisateurs, en particulier pour celles et ceux qui ont au préalable fumé pendant plusieurs années des cigarettes traditionnelles. La part attribuable, respectivement à la consommation des HTP et à celle des cigarettes traditionnelles, sera méthodologiquement très complexe à apprécier. Quant à celles et ceux qui commenceraient leur exposition au tabagisme directement par la consommation de ces HTP, il faudra de nombreuses années de suivi pour en apprécier le véritable risque, en raison de la latence entre l’exposition et la survenue des cancers dus au tabac. »

A demain

@jynau

1 Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? Rev Med Suisse 2018; volume 14.1935-1941

2 « Philip Morris veut convaincre que son avenir se fera sans cigarettes ».  Le Temps, 2 octobre 2018