Emmanuel Macron donnera-t-il son feu vert pour épargner entre 300 et 400 vies chaque année?

Bonjour

Lundi 14 mai, journée de grève annoncée comme « noire » sur l’ensemble des rails de France. Et publication, dans Le Monde d’une tribune percutante. Un texte signé par un collectif rassemblant les anciens délégués interministériels à la sécurité routière 1 ayant exercé entre 1972 et 2015. Un texte de « santé publique » et de « réduction des risques » visant à peser sur le président de la République. Un texte qui n’est pas sans faire songer à tous ceux que le quotidien vespéral a publié, dans les années 1980 et 1990, signés alors par un groupe des « cinq sages » emmenés par le redoutable Pr Claude Got.

Aujourd’hui les dix signataires rappellent, à juste titre, que la sécurité routière est souvent citée comme un modèle de politique publique : reposant sur des connaissances scientifiques, elle aura permis, depuis 1972 (où près de 50 personnes étaient tuées chaque jour sur nos routes), d’éviter que 400 000 personnes soient tuées et que 4 millions deviennent impotentes, estropiées, incontinentes, paralysées, brûlées, cérébro-lésées ou aveugles dans les quelques dixièmes de secondes d’un accident de la route.

« Depuis 1954, près de 850 000 personnes ont été tuées sur nos routes, et environ 8 500 000 gravement blessées, mais cette cause a progressé pas à pas, écrivent-ils. Quand des femmes et des hommes politiques courageux, de tous bords politiques, ont pris les décisions qu’au nom de la science et de la connaissance, et avec l’aide d’associations de victimes, nous leur avons proposées à tour de rôle : limitations de vitesse, taux d’alcoolémie maximal autorisé pour conduire, obligation du port de la ceinture de sécurité, du casque pour les motards, permis à points, installation de radars automatiques, etc. »

Libertés individuelles

Or toutes ces décisions, ou presque, ont été critiquées, vilipendées, attaquées, avec les mêmes arguments invoquant une atteinte à la liberté individuelle. Des polémiques souvent violentes qui ne sont pas sans rappeler celles, actuelles, sur la liberté de pouvoir disposer d’armes à feu.

« La décision de baisser la vitesse maximale à 80 kilomètres/heure sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central s’inscrit totalement dans cette lignée de grandes décisions, expliquent les auteurs de la tribune du Monde. C’est d’abord une mesure guidée par la réalité des faits et attestée par la science. Près de 500 cas d’abaissement de la vitesse moyenne dans le monde occidental ont été étudiés et analysés par des scientifiques. Ils ont démontré qu’en baissant de 1 % la vitesse moyenne pratiquée sur une route, on diminue mécaniquement de 4,6 % le nombre des tués (…) Elle conforte les données qui ont conduit les accidentologues du Conseil national de la sécurité routière à préconiser une mesure qui permettra d’épargner tous les ans entre 300 et 400 vies et de réduire notablement le nombre des blessés graves. »

Pour ces dix spécialistes l’affaire est éminemment politique. Et tous connaissent ici le poids et les lourdeurs du pouvoir exécutif. Les dix soutiennent clairement, haut et fort, la décision du Premier ministre Edouard Philippe qui veut cette réduction à 80 kilomètres/heure. Une décision qui, selon eux, « va dans le sens de l’histoire de la Sécurité routière », c’est-à-dire « d’une belle réussite collective ». Et ce alors même que l’Elysée laisse entendre qu’Emmanuel Macron, fort inquiet de la montée des multiples oppositions sur le sujet, hésiterait encore à soutenir pleinement son chef de gouvernement.

A demain

1 Christian Gerondeau, Pierre Mayet, Pierre Denizet, Jean-Michel Bérard, Isabelle Massin, Rémy Heitz, Cécile Petit, Michèle Merli, Jean-Luc Nevache, Jean-Robert Lopez, anciens délégués interministériels à la sécurité routière entre 1972 (année de création de la fonction) et 2015.

 

Cigarette électronique : Mme Buzyn laissera-t-elle les buralistes ruiner la réduction des risques ?

Bonjour

Guerre ouverte dans les Civettes. Le buraliste de demain ne sera plus jamais celui du passé. Après un siècle ou presque de monopole tranquille la Confédération des marchands de tabac « met les feux»  pour que les buralistes «renforcent et approfondissent leur offre ‘’produits de vapotage’’ ». « Dans un contexte de transformation du métier, la première étape tend à outiller le réseau pour prendre le marché du vapotage » est-il indiqué dans une communication interne révélée sur lemondedutabac.com.

 C’est ainsi que vient d’être créé le site buralistedelavape.fr  (réservé aux marchands). On y trouve « des conseils, un lexique, des arguments de vente, des tutos, des vidéos et divers outils ». « Plus qu’un site c’est un programme d’accompagnement » dit la publicité. On peut y dialoguer entre buralistes, échanger des conseils concrets et pratiques entre collègues, télécharger des affiches, affichettes, des logos pour les pages Facebook, des vidéos pour les clients. « Montrer à vos clients que vous êtes un buraliste de la vape ».

Trois linéaires : le « classique », le « chauffé » et l’ « électronique »

L’affaire est martelée, en province, par Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes lors de ses « visites de terrain » : les professionnels doivent s’adapter aux évolutions et investir, notamment, le marché du vapotage. « Les clients sont là. À nous d’être les meilleurs, à nous de nous donner les moyens de reprendre le marché avec des produits de qualité et du conseil, explique-t-il de Civette en Celtic. Le tabacc’est l’ADN de notre profession. On doit continuer mais élargir l’offre. » Avec cet objectif : « en 2021 les professionnels devront avoir trois linéaires : les produits classiques, la cigarette électronique et le tabac chauffé ».

 C’est là un épineux dossier. Il soulève avant tout la question, politique, de la pérennité de l’entreprise de réduction du risque tabagique – entreprise révolutionnaire initiée et portée par le maillage du monde de la vape contre le ministère de la Santé. Une question médicale aussi à laquelle devront s’atteler les plus affûtés des addictologues. Une interrogation macronienne en diable : peut-on, en un même lieu, vendre monopolistiquement le poison et, en même temps, son antidote ? L’affaire vient, pour l’heure, d’être remarquablement exposée par Sébastien Béziau sur www.vapyou.com : « Quand les buralistes veulent ‘’reprendre’’ le marché de la vape ».

« J’ai longuement hésité avant d’écrire cet article sur la vape et les buralistes et m’exposer aux quolibets, confie l’auteur. L’objectif n’est donc pas de leur « taper » dessus aveuglément, mais de mettre un peu en ordre mes idées et en m’appuyant sur tout ce que je peux lire ici ou là, avis de vapoteurs, pro de la vape, buralistes, et autres ressources. » Extraits :

 « Il y a actuellement ‘’ bataille ‘’ sur la légitimité à vendre de la vape. Les commerçants spécialisés d’un côté. Ils sont là depuis de nombreuses années, ils ont défriché le marché, éduqué les consommateurs, ils ont essuyé les plâtres face aux réglementations. Et finalement, avec 2 à 3000 boutiques qui maillent le territoire, ils ont créé le plus grand réseau français de réduction des risques, toutes substances confondues. Pas moins !

 Lécher les bottes

 « Et tout cela avec des moyens ridicules, sans aucune aide, plutôt que des bâtons dans les roues. Commerçants, fabricants, consommateurs ont construit le marché, des normes sont en place et se développent, la qualité générale des produits, matériels et liquides ne cesse de progresser grâce aux acteurs de la vape. De même sur les « bonnes pratiques » pour faire démarrer des débutants, que ce soit dans boutiques ou dans les réseaux sociaux. Tout cela relève de l’implication, de l’engagement et du travail du ‘’monde de la vape’’. Ils ont fait le job avec abnégation, persévérance et endurance malgré toutes les embûches semées par tous les « adversaires », y compris les anti-tabac, ce qui relève de l’irréel…

 « De l’autre côté, il y a les buralistes. Une corporation qui ronronne depuis des années sur un monopole insensé et une prévalence tabagique dans le pays qui bat des records. Avec 34%, la France est n°2  en Europe. Du délire ! La situation de monopole a créé un rapport de force intolérable avec l’Etat. Même les anti-tabac leur lèchent les bottes. Comment ne pas penser que ce monopole est directement responsable du nombre incroyable de fumeurs en France et des dizaines de milliers de morts prématurées qui s’en suivent ? »

 Que deviendra la Révolution des Volutes ?

A demain

Tabac, cigarette électronique et marijuana : Hampstead (Canada) nous montre la voie  

Bonjour

On respire mieux à la lecture d’une affaire qui n’est pas sans inquiéter les buralistes français. Elle est à découvrir dans Le Journal de Montréal et sur Radio Canada. Le conseil municipal de Hampstead (petite municipalité huppée de l’ouest de l’île de Montréal) vient d’adopter un projet de règlement qui interdit de fumer du tabac ou du cannabis dans tous les lieux publics – les trottoirs, les rues, les parcs et les édifices municipaux ainsi que les terrains adjacents à ces édifices.

«La fumée secondaire est dangereuse, particulièrement pour les personnes âgées qui ont des maladies pulmonaires et les enfants, a affirmé le maire de Hampstead, William Steinberg. C’est la raison pour laquelle nous interdisons de fumer en public à Hampstead. Et quand la marijuana deviendra légale, en fumer sera aussi interdit dans les endroits publics.»

La municipalité estime avoir l’autorité de pouvoir bannir le tabac et la marijuana en vertu de la Loi sur les compétences municipales, qui régit notamment ses pouvoirs en matière d’environnement, de nuisance, de paix, d’ordre et concernant le bien-être général de sa population.

Neige et cannabis

« Lorsqu’il est question de la légalisation du pot, nous avons assurément des craintes de voir un plus grand nombre de jeunes fumer la marijuana, a expliqué le maire. Alors, nous ne voulons pas que des gens donnent un mauvais exemple, nous ne voulons pas que des groupes d’adolescents ou de jeunes adultes aillent fumer des joints dans nos parcs ou sur nos trottoirs », avait-il fait valoir. »

Toute personne qui enfreint une disposition du règlement sera passible d’une amende. Les sanctions prévues ont été augmentées entre l’ébauche de règlement et le texte final. Ainsi, dans le cas d’une première infraction, cette amende variera de 250 $ à 750 $. Dans le cas d’une deuxième infraction ou d’une infraction subséquente, l’amende sera de 500 $ à 1500 $.

La cigarette électronique, qui n’est pas considérée comme un produit du tabac, n’est pas visée par ce projet de règlement. Où l’on voit que nos anciens arpents de neige ne sont pas incompatibles avec les politiques éclairées de réduction des risques.

A demain

« Chère Agnès Buzyn, à quand la fin de votre déni des vertus de la cigarette électronique ? »

Bonjour

Ministre des Solidarités et de la Santé, vous venez (enfin !)  d’annoncer la gratuité des médicaments du sevrage tabagique. Merci. Il vous reste encore à sortir de votre déni des vertus de la cigarette électronique. Des dizaines de milliers de vies sont en jeu.

Un an déjà. Voilà bientôt un an que vous avez pris la place de Marisol Touraine à la tête de ce ministère-phare qui est en charge de la santé publique et de la protection sociale. Une petite année qui vous a vu, très prudemment, entrer dans les espaces médiatiques et faire vos premières armes politiques.

Un parcours chahuté face à un monde hospitalier en crise, des soignants prêts à entrer en guerre contre le casse-tête économique qui les épuise et la perte de sens que vous et votre gouvernement leur imposez. Un parcours marqué, dernièrement, par le camouflet d’Emmanuel Macron vous désavouant publiquement sur la question du vin et de la dépendance à l’alcool.

Bientôt un an donc, après la première lettre que nous vous avions adressée, que nous vous attendons sur l’autre sujet politique majeur de santé publique: celui de la lutte engagée par le pouvoir exécutif contre le fléau du tabagisme. (…)

Lire la suite sur Slate.fr :  « Chère Agnès Buzyn, contre le fléau du tabagisme, encore un effort! »

A demain

 

Cannabis-contravention : quand Emmanuel Macron osera-t-il, enfin, traiter des addictions ?

Bonjour

La vie comme elle va, dans les quartiers, chez les dealers, les drogués et dans les médias. « Ce serait une petite révolution : un rapport parlementaire propose d’assouplir les peines — amendes plutôt que prison — à l’encontre des fumeurs de joints » révèle Le Parisien dominical. . C’était une semi-promesse de campagne du candidat Macron et le quotidien a raison de soulever ainsi, politiquement, la question.

« Emmanuel Macron, qui se targue de faire tomber les totems, de l’ISF à Notre-Dame-des-Landes, osera-t-il rouvrir la « boîte à baffes » sur la question hypersensible du cannabis ? Face à l’explosion de la consommation, notamment chez les jeunes, politiques et experts s’accordent sur la nécessité de revoir à la baisse les sanctions pénales, exorbitantes pour les simples usagers. Une idée semble désormais faire consensus, y compris chez les syndicats de police qui y étaient hostiles lorsque la garde des Sceaux s’appelait Christiane Taubira : une amende de 150 à 200 €, plutôt que la prison. Une petite révolution, jugée plus efficace car plus rapide et systématique. »

C’est la conclusion du rapport de la mission d’information parlementaire qui rendra publics ses travaux cette semaine et dont Le Parisien a obtenu une copie – qui n’est pas allée cette fois (pourquoi?) au Journal du Dimanche.

Rédigé par les députés Eric Pouillat (LREM, Gironde) et Robin Reda (LR, Essonne), ce rapport invite le politique et le législatif à réviser l’échelle des peines de la loi de 1970. Où l’on retrouve la même équation « contravention-dépénalisation-légalisation » à de multiples inconnues – soulevée dernièrement après les propos ambigus de Gérard Collomb en août dernier.

Cigarette électronique

« Faut-il aller jusqu’à supprimer toute notion de délit pour confier aux seules forces de l’ordre le soin de verbaliser la consommation de shit ? Et ce, au risque d’envoyer un message apparemment laxiste à l’opinion publique, prompte à se crisper dès lors qu’on prononce le mot ‘’dépénalisation’’.».

 « Durant la campagne, c’est ce vers quoi semblait s’orienter le pragmatique candidat Macron, partisan d’une «contraventionnalisation». Nicolas Sarkozy aussi en a rêvé, qui s’était prononcé pour la suppression de la case prison pour les fumeurs de joints en 2003 lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, au nom de l’efficacité, puis en 2007 quand il était candidat… avant de se raviser en 2012. François Hollande, peut-être sous la pression de Manuel Valls, n’a jamais osé ouvrir ce débat. Véritable arlésienne, ce sujet, qui transcende gauche et droite, empoisonnait déjà le gouvernement Jospin. C’est dire… »

 Le Parisien croit savoir que « l’exécutif macroniste » semble aujourd’hui « saisi par un vertige » et pourrait s’orienter vers une solution médiane : «  l’amende forfaitaire délictuelle ». Pour la plupart des addictologues tout cela n’est que regarder par le petit bout de la lorgnette le vaste paysage des addictions, qu’elles se situent de part ou d’autre de la loi. Emmanuel Macron et Edouard Philippe verront-il plus loin que le doigt-cannabis quand il faut regarder la lune-santé publique ?

Une demande est en cours auprès de l’exécutif macroniste pour que le Premier ministre confère le label « grande cause nationale » 2018 à la lutte contre l’ensemble des addictions. Celle de 2016 concernait « les comportements qui sauvent » et celle de 2017 « le sauvetage en mer ». Ce serait, en somme, une continuité thérapeutique amplifiée. Et un beau symptôme pour une affaire essentielle, républicaine, de santé publique et de réduction des risques.

A demain

 

Violence et sexualité : une lecture éclairante pour comprendre les déchirements féministes

Bonjour

La polémique ne s’épuise pas. Mieux elle se prolonge, franchit les frontières, se nourrit d’elle-même. Et se réduit parfois à une « tribune de Catherine Deneuve » contre le nouveau monde féministe bien-pensant. Nous avons rapporté ici, il y a peu, le spectaculaire rebondissement français dans la tentaculaire « affaire Weinstein » : « Animalités, violences et sexualités : faudra-t-il en finir avec la « liberté d’importuner ? ».

D’une part, dans Le Monde daté du 10 janvier un collectif de cent femmes signe une tribune détonante : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ». Parmi elles Catherine MilletIngrid CavenCatherine Deneuve ou Elisabeth Lévy. Elles affirment leur rejet d’une forme de féminisme qui exprime avant tout une « haine des hommes ». Corollaire : ces femmes prennent la défense de la « liberté d’importuner », après ce qu’elles qualifient de « campagne de délation » visant des hommes accusés de harcèlement sexuel dans la foulée de l’affaire Weinstein.

D’autre part la militante féministe Caroline De Haas. Elle répond aux auteures de la tribune du Monde avec une trentaine de militantes et militants féministes. Un texte disponible sur le site de France Info : « Les porcs et leurs allié.e.s ont raison de s’inquiéter » : Caroline De Haas et des militantes féministes répondent à la tribune publiée dans « Le Monde » ».

« Ne me touche pas »

Comment progresser ? Peut-être en prenant conaissance du texte à coup sûr original, peut-être dérangeant que nous a adressé Magali Croset-Calisto, sexologue clinicienne, psychologue et psychoaddictologue (SOS Addictions). Le voici :

« Faire (simplement) état des divergences féminines/istes accentue le schisme et fait la par belle au sexisme/istes. Il manque une analyse derrière.

« La mienne prendrait sûrement la direction de l’analyse générationnelle derrière la polémique. D’un côté les femmes ex soixante-huitardes qui ont vécu un autre rapport au monde, les mères « ce n’est pas si grave ma fille… » qui autorise le rapt et font leur gloire de la renaissance après coups… (« noli me tangere« , un corps est seulement un corps), de l’autre l’autre la « jeune » génération prête à défendre bec et ongles un nouveau rapport au corps et à la sexualité où le consentement (primordial) déconstruit tout notre rapports aux mythes et mythologies. Deux discours différents. Aucun point de rencontre in fine.

« Et cela s’avere contre productif. 1. pour la cause des femmes. 2. Pour les hommes qui aiment (vraiment) les femmes jeunes et moins jeunes. Ils s’avèrent perdus, les pauvres…

« Ce qui est intéressant dans le débat actuel c’est que l’ on assiste à deux approches divergentes, presque générationnelles (mais pas seulement) qui ne semblent trouver aucun point de rencontre. D’une part les femmes issues de la génération 68 pour lesquelles le corps est objectivé. Ce qui induit une reconnaissance en filigrane de l’histoire de la domination masculine et produit une émancipation possible des femmes face à celle-ci. « Ma conscience ce n’est pas mon corps » disait Catherine Millet dernièrement sur France Culture. Voilà pourquoi certaines femmes comme Virginie Despentes, Christine Angot et bien d’autres derrière elles (souvent des intellectuelles) soulignent qu’un viol par exemple n’est pas l’affaire d’une vie, que ce dernier ne marque que le corps et qu’il est donc possible de s’en remettre.

Générations Y et Z

« D’autre part, les jeunes femmes de la génération Y et de la génération Z qui n’ont pas eu les mêmes repères ni les mêmes combats à mener dans la construction de leur identité sexuée  – cela se retrouve en cabinet de consultations en sexologie – et considèrent le corps comme un continuum indissociable de l’esprit. Ce qui signifie que si le soma est violenté, la psyché l’est aussi. Le clivage psycho-corporel n’est pas aussi efficient (ou intégré selon les points de vue) que pour leurs aînées. Du corps-objet libérateur pour les premières on assiste à la revendication d’un corps-sujet pour  la majorité des jeunes femmes des générations Y et Z (outre l’aspect générationnel,  des critères géo-socio-culturels seraient utile au discernement également).

« Dans les deux cas, l’on assiste à la question réitérée, renouvelée d’un corps-parlant. Et c’est ce que je retiendrais de ce débat actuel. La nécessité de dire par des modes différents, les conséquences de la domination masculine historique sur le corps et/ou le coeur des femmes.

Bataille d’Hernani

«  Dire ou ne pas dire le harcèlement, l’abus, le viol… Faire avec, avancer ou dénoncer, voilà ce qui questionne et divise les femmes aujourd’hui.  Dans chaque discours,  qu’il s’agisse des #notmetoo ou des #metoo, un désir de résurrection pour exprimer sa manière d’être au monde en tant que femme apparaît. Dans chaque discours l’expression d’un « noli me tangere » est à déceler.

« On assiste actuellement à une bataille d’Hernani au féminin entre les Anciens et les Modernes. C’est très violent et cela dessert la cause des femmes. D’un côté le paradigme des femmes qui réfutent #metoo au nom d’une revendication d’un corps objectivé qui fait office de pare-feux préventif et de traitement face aux abus sexuels qui durent et perdurent depuis des siècles.

De l’autre, une plus jeune génération (Y et Z) qui n’a pas vécu l’histoire ni les retombées directes de la libération sexuelle et pense de fait les rapports hommes/femmes selon d’autres paradigmes en laissant entrevoir le consentement comme loi définissant la nouvelle donne des rapports genrés. Deux discours qui recoupent des réalités différentes. L’une tournée vers l’historicité patriarcale des relations hommes/femmes dans notre société, l’autre tournée vers la création de nouveaux systèmes d’échanges relationnels et sexuels.

Selon mon point de vue les deux approches sont et doivent être complémentaires – et non concurrentes – pour comprendre les problématiques féminines d’aujourd’hui. Reste une question, où sont les hommes ? Et à quand leur propre révolution ? »

Merci.

A demain

Big Tobacco ne sera plus jamais ce qu’il a été. Que va-t-il se passer avec son «tabac chauffé» ?  

 

Bonjour

Duplicité ou pas l’affaire est dite : le géant Philip Morris annonce officiellement qu’il est sur le point d’« abandonner la cigarette » ; abandon de la combustion du tabac au profit de son chauffage. C’est là un symptôme massif. Les mêmes causes capitalistes produisant les mêmes effets de marché, les concurrents ne peuvent plus ne pas suivre. Nous assistons ainsi à ce qui ressemble fort à une révolution. Après celle de la cigarette électronique (« des volutes ») celle annoncée du « tabac chauffé » et non plus « brûlé ». Fondée depuis plus d’un siècle sur la dépendance et la toxicité massive une puissante industrie meurtrière prend (du moins là où elle ne peut plus faire autrement) un virage historique.

Voilà qui devrait faire phosphorer – à commencer par celles et ceux qui sont en charge de la santé publique. C’est le cas au Royaume-Uni. En France, on le sait, l’électroencéphalogramme demeure toujours aussi plat. Le quinquennat François Hollande-Marisol Touraine était resté muré dans le déni de la cigarette électronique. Celui qui commence va-t-il y associer une double cécité, politique et sanitaire, vis-à-vis du « tabac chauffé » ?

Les chevau-légers de la réduction des risques furent les seuls, en France, à travailler le chapitre essentiel de la cigarette électronique. Seront-ils également isolés face à la nouvelle offensive industrielle et commerciale de Philip Morris & Cie ? Le départ du Pr Benoît Vallet du poste de Directeur général de la santé n’est pas, ici, de nature à rassurer. Comment s’y retrouver ? Comment la situation pourrait-elle évoluer ?

Commentaires bienvenus

Nous avons ici interrogé Philippe Presles médecin, tabacologue et essayiste, membre du comité scientifique de SOS Addictions. Voici ses réponses. Les commentaires seront, comme toujours les bienvenus. Ils nous aideront à progresser.

«   1. Philip Morris met un genou à terre et c’est une grande victoire de la cigarette électronique. Grâce à elle et à son potentiel économique, la recherche mondiale sur les alternatives au tabac est repartie.

  1. Méfions-nous de nous : un maréchal gagne rarement deux guerres. Les associations de lutte contre le tabac qui ont gagné la guerre de la dénormalisation, ont raté celle de la réduction du risque.
  2. Par sa position, Philip Morris s’engage pour la nicotine sans fumée, comme nous le recommandons et comme le recommande le Royal College of Physicians. Cela doit être salué. C’est notre victoire à nous.
  3. Par ses lobbyistes, Philip Morris peut entraîner des gouvernements sur cette voie et de ce fait les amener à reconnaître tous les produits de la nicotine sans fumée, dont les Snus et la cigarette électronique.
  4. A nous de bien évaluer le degré de Réduction des Risques d’IQOS, voire d’émettre des réserves. Nous avons le droit de réclamer des études comme les Etats et les journalistes nous en ont tant demandées pour la e-cig.
  5. A nous d’être cohérents : toutes les recherches sur les produits nicotiniques sans fumées sont fondamentales, y compris celles sur le tabac chauffé.
  6. Et n’oublions pas que les fumeurs ont besoin de beaucoup de solutions différentes pour arrêter de fumer. Plus d’un tiers d’entre eux ne supportent pas la cigarette électronique. Beaucoup s’en lassent. Idem pour les patchs.
  7. Au final, cela devrait augmenter le marché de la vape dans le monde, car si Philip Morris change de stratégie, c’est bien que ses études de marché lui indiquent le sens du vent. Ce ne sont pas des saints, on est bien d’accord. »

On peut voir là, en cette aube de 2018, un nouveau match qui commence, de nouvelles fenêtres de tir, un nouveau et passionnant chapitre à écrire.

A demain