Violence et sexualité : une lecture éclairante pour comprendre les déchirements féministes

Bonjour

La polémique ne s’épuise pas. Mieux elle se prolonge, franchit les frontières, se nourrit d’elle-même. Et se réduit parfois à une « tribune de Catherine Deneuve » contre le nouveau monde féministe bien-pensant. Nous avons rapporté ici, il y a peu, le spectaculaire rebondissement français dans la tentaculaire « affaire Weinstein » : « Animalités, violences et sexualités : faudra-t-il en finir avec la « liberté d’importuner ? ».

D’une part, dans Le Monde daté du 10 janvier un collectif de cent femmes signe une tribune détonante : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ». Parmi elles Catherine MilletIngrid CavenCatherine Deneuve ou Elisabeth Lévy. Elles affirment leur rejet d’une forme de féminisme qui exprime avant tout une « haine des hommes ». Corollaire : ces femmes prennent la défense de la « liberté d’importuner », après ce qu’elles qualifient de « campagne de délation » visant des hommes accusés de harcèlement sexuel dans la foulée de l’affaire Weinstein.

D’autre part la militante féministe Caroline De Haas. Elle répond aux auteures de la tribune du Monde avec une trentaine de militantes et militants féministes. Un texte disponible sur le site de France Info : « Les porcs et leurs allié.e.s ont raison de s’inquiéter » : Caroline De Haas et des militantes féministes répondent à la tribune publiée dans « Le Monde » ».

« Ne me touche pas »

Comment progresser ? Peut-être en prenant conaissance du texte à coup sûr original, peut-être dérangeant que nous a adressé Magali Croset-Calisto, sexologue clinicienne, psychologue et psychoaddictologue (SOS Addictions). Le voici :

« Faire (simplement) état des divergences féminines/istes accentue le schisme et fait la par belle au sexisme/istes. Il manque une analyse derrière.

« La mienne prendrait sûrement la direction de l’analyse générationnelle derrière la polémique. D’un côté les femmes ex soixante-huitardes qui ont vécu un autre rapport au monde, les mères « ce n’est pas si grave ma fille… » qui autorise le rapt et font leur gloire de la renaissance après coups… (« noli me tangere« , un corps est seulement un corps), de l’autre l’autre la « jeune » génération prête à défendre bec et ongles un nouveau rapport au corps et à la sexualité où le consentement (primordial) déconstruit tout notre rapports aux mythes et mythologies. Deux discours différents. Aucun point de rencontre in fine.

« Et cela s’avere contre productif. 1. pour la cause des femmes. 2. Pour les hommes qui aiment (vraiment) les femmes jeunes et moins jeunes. Ils s’avèrent perdus, les pauvres…

« Ce qui est intéressant dans le débat actuel c’est que l’ on assiste à deux approches divergentes, presque générationnelles (mais pas seulement) qui ne semblent trouver aucun point de rencontre. D’une part les femmes issues de la génération 68 pour lesquelles le corps est objectivé. Ce qui induit une reconnaissance en filigrane de l’histoire de la domination masculine et produit une émancipation possible des femmes face à celle-ci. « Ma conscience ce n’est pas mon corps » disait Catherine Millet dernièrement sur France Culture. Voilà pourquoi certaines femmes comme Virginie Despentes, Christine Angot et bien d’autres derrière elles (souvent des intellectuelles) soulignent qu’un viol par exemple n’est pas l’affaire d’une vie, que ce dernier ne marque que le corps et qu’il est donc possible de s’en remettre.

Générations Y et Z

« D’autre part, les jeunes femmes de la génération Y et de la génération Z qui n’ont pas eu les mêmes repères ni les mêmes combats à mener dans la construction de leur identité sexuée  – cela se retrouve en cabinet de consultations en sexologie – et considèrent le corps comme un continuum indissociable de l’esprit. Ce qui signifie que si le soma est violenté, la psyché l’est aussi. Le clivage psycho-corporel n’est pas aussi efficient (ou intégré selon les points de vue) que pour leurs aînées. Du corps-objet libérateur pour les premières on assiste à la revendication d’un corps-sujet pour  la majorité des jeunes femmes des générations Y et Z (outre l’aspect générationnel,  des critères géo-socio-culturels seraient utile au discernement également).

« Dans les deux cas, l’on assiste à la question réitérée, renouvelée d’un corps-parlant. Et c’est ce que je retiendrais de ce débat actuel. La nécessité de dire par des modes différents, les conséquences de la domination masculine historique sur le corps et/ou le coeur des femmes.

Bataille d’Hernani

«  Dire ou ne pas dire le harcèlement, l’abus, le viol… Faire avec, avancer ou dénoncer, voilà ce qui questionne et divise les femmes aujourd’hui.  Dans chaque discours,  qu’il s’agisse des #notmetoo ou des #metoo, un désir de résurrection pour exprimer sa manière d’être au monde en tant que femme apparaît. Dans chaque discours l’expression d’un « noli me tangere » est à déceler.

« On assiste actuellement à une bataille d’Hernani au féminin entre les Anciens et les Modernes. C’est très violent et cela dessert la cause des femmes. D’un côté le paradigme des femmes qui réfutent #metoo au nom d’une revendication d’un corps objectivé qui fait office de pare-feux préventif et de traitement face aux abus sexuels qui durent et perdurent depuis des siècles.

De l’autre, une plus jeune génération (Y et Z) qui n’a pas vécu l’histoire ni les retombées directes de la libération sexuelle et pense de fait les rapports hommes/femmes selon d’autres paradigmes en laissant entrevoir le consentement comme loi définissant la nouvelle donne des rapports genrés. Deux discours qui recoupent des réalités différentes. L’une tournée vers l’historicité patriarcale des relations hommes/femmes dans notre société, l’autre tournée vers la création de nouveaux systèmes d’échanges relationnels et sexuels.

Selon mon point de vue les deux approches sont et doivent être complémentaires – et non concurrentes – pour comprendre les problématiques féminines d’aujourd’hui. Reste une question, où sont les hommes ? Et à quand leur propre révolution ? »

Merci.

A demain

Big Tobacco ne sera plus jamais ce qu’il a été. Que va-t-il se passer avec son «tabac chauffé» ?  

 

Bonjour

Duplicité ou pas l’affaire est dite : le géant Philip Morris annonce officiellement qu’il est sur le point d’« abandonner la cigarette » ; abandon de la combustion du tabac au profit de son chauffage. C’est là un symptôme massif. Les mêmes causes capitalistes produisant les mêmes effets de marché, les concurrents ne peuvent plus ne pas suivre. Nous assistons ainsi à ce qui ressemble fort à une révolution. Après celle de la cigarette électronique (« des volutes ») celle annoncée du « tabac chauffé » et non plus « brûlé ». Fondée depuis plus d’un siècle sur la dépendance et la toxicité massive une puissante industrie meurtrière prend (du moins là où elle ne peut plus faire autrement) un virage historique.

Voilà qui devrait faire phosphorer – à commencer par celles et ceux qui sont en charge de la santé publique. C’est le cas au Royaume-Uni. En France, on le sait, l’électroencéphalogramme demeure toujours aussi plat. Le quinquennat François Hollande-Marisol Touraine était resté muré dans le déni de la cigarette électronique. Celui qui commence va-t-il y associer une double cécité, politique et sanitaire, vis-à-vis du « tabac chauffé » ?

Les chevau-légers de la réduction des risques furent les seuls, en France, à travailler le chapitre essentiel de la cigarette électronique. Seront-ils également isolés face à la nouvelle offensive industrielle et commerciale de Philip Morris & Cie ? Le départ du Pr Benoît Vallet du poste de Directeur général de la santé n’est pas, ici, de nature à rassurer. Comment s’y retrouver ? Comment la situation pourrait-elle évoluer ?

Commentaires bienvenus

Nous avons ici interrogé Philippe Presles médecin, tabacologue et essayiste, membre du comité scientifique de SOS Addictions. Voici ses réponses. Les commentaires seront, comme toujours les bienvenus. Ils nous aideront à progresser.

«   1. Philip Morris met un genou à terre et c’est une grande victoire de la cigarette électronique. Grâce à elle et à son potentiel économique, la recherche mondiale sur les alternatives au tabac est repartie.

  1. Méfions-nous de nous : un maréchal gagne rarement deux guerres. Les associations de lutte contre le tabac qui ont gagné la guerre de la dénormalisation, ont raté celle de la réduction du risque.
  2. Par sa position, Philip Morris s’engage pour la nicotine sans fumée, comme nous le recommandons et comme le recommande le Royal College of Physicians. Cela doit être salué. C’est notre victoire à nous.
  3. Par ses lobbyistes, Philip Morris peut entraîner des gouvernements sur cette voie et de ce fait les amener à reconnaître tous les produits de la nicotine sans fumée, dont les Snus et la cigarette électronique.
  4. A nous de bien évaluer le degré de Réduction des Risques d’IQOS, voire d’émettre des réserves. Nous avons le droit de réclamer des études comme les Etats et les journalistes nous en ont tant demandées pour la e-cig.
  5. A nous d’être cohérents : toutes les recherches sur les produits nicotiniques sans fumées sont fondamentales, y compris celles sur le tabac chauffé.
  6. Et n’oublions pas que les fumeurs ont besoin de beaucoup de solutions différentes pour arrêter de fumer. Plus d’un tiers d’entre eux ne supportent pas la cigarette électronique. Beaucoup s’en lassent. Idem pour les patchs.
  7. Au final, cela devrait augmenter le marché de la vape dans le monde, car si Philip Morris change de stratégie, c’est bien que ses études de marché lui indiquent le sens du vent. Ce ne sont pas des saints, on est bien d’accord. »

On peut voir là, en cette aube de 2018, un nouveau match qui commence, de nouvelles fenêtres de tir, un nouveau et passionnant chapitre à écrire.

A demain