Covid-19: qui porterait des vêtements en vison néerlandais potentiellement contaminés ?

Bonjour

06/07/2029. Lu sur la toile marchande : « Vous aimez la fourrure de vison ? Cette fourrure donne une touche luxueuse et raffinée aux personnes qui la portent. Elle peut durer dans le temps (30 à 40 ans) et qui reste indémodable jusqu’à présent. D’ailleurs, les stylistes ont traité le produit d’une façon plus moderne et plus design pour un résultat plus séduisant ! Les peaux des visons femelles sont les plus appréciées, car elles sont plus douces, plus soyeuses et plus légères que les peaux des mâles. Toutefois, le coût peut être légèrement supérieur. »

Dépêche de l’AFP : Des cas d’infection par le virus du Covid-19 ont désormais été identifiés chez des visons dans vingt élevages aux Pays-Bas depuis le début de l’épidémie. Conséquence : l’abattage de dizaines de milliers de ces petits mammifères, a déclaré ce lundi 6 juillet le ministère néerlandais de l’Agriculture. Le gouvernement a par la suite interdit le transport de ces animaux et rendu le dépistage au Covid-19 obligatoire dans tous les élevages de visons des Pays-Bas, où ils ne sont élevés que pour leur célèbre fourrure.

On se souvient peut-être que les autorités néerlandaises avaient imposé les premiers abattages début juin après l’identification des premières contaminations – afin d’éviter que les élevages ne deviennent des foyers infectieux. Au total, des contaminations ont donc désormais été diagnostiquées dans vingt élevages de visons, tous situés au sud du pays.

La totalité des mammifères ont été abattus dans dix-huit de ces fermes. La mise à mort des visons des deux derniers élevages suivra bientôt a ajouté le ministère, précisant que la dernière ferme où le virus a été officiellement détecté comptait environ « douze mille mères ».

En mai les autorités sanitaires néerlandaises supposaient que deux employés d’élevages avaient «très probablement» contracté le Covid-19 via des visons. Ces deux cas sont susceptibles d’avoir été les «premiers cas connus de transmission» du nouveau coronavirus de l’animal à l’homme estime l’Organisation mondiale de la santé.

Hasard ou fatalité la plus haute instance judiciaire du pays avait, en 2016 ordonné la fermeture des élevages de visons d’ici 2024.

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : contrairement à ce qui fut annoncé, l’histoire n’est pas terminée

Bonjour

06/07/2020. Tout ne serait-il pas encore écrit ? L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé, samedi 4 juillet, que face à la Covid-19, l’association des antiviraux lopinavir/ritonavir (Kaletra), avec ou sans interféron bêta, ne constituait pas une solution thérapeutique (essai clinique Solidarity). Idem, en France, avec l’essai Discovery. « Cette décision sonne le glas du repositionnement de ces antiviraux utilisés contre le VIH » réume Le Monde (Hervé Morin).  Dans ces deux essais, après l’annonce, le 17 juin, de l’arrêt du recours à l’hydroxychloroquine, ne reste en expérimentation, dans ces deux essais, que le remdesivir de l’américain Gilead Sciences. Selon un essai américain, ce médicament permettrait de réduire de quelques jours la durée d’hospitalisation

Remdesivir qui, à ce titre, vient d’être autorisé dans l’Union européenne et dont le prix réclamé par Gilead alimente une vive polémique – comme en témoigne l’Observatoire pour la transparence sur les médicaments (OTMEDS) :

« Gilead fixe un prix indécent et illégitime au remdesivir, une molécule dont l’utilité dans le cadre du COVID-19 est évaluée grâce à de l’argent public. Le nouveau premier ministre Jean Castex a les moyens de freiner ces prétentions illégitimes qui ruinent notre système de santé et entravent l’accès universel aux soins. 

« Gilead vendra le remdesivir aux États-Unis 390 dollars (347 €) la dose quotidienne, pour un prix moyen de traitement sur 6 jours de 2340 dollars (2080 €). Ce prix, qui sera sans doute celui proposé à la France et aux pays à revenus intermédiaires, est exorbitant. Selon l’étude réalisée par Andrew Hill et al., le coût de production d’une dose quotidienne de remdesivir est en effet de 75 centimes de dollars. »

La messe préventive n’est pas encore dite

« Les données américaines sur le remdesivir ne sont pas suffisantes, estime cependant l’infectiologue Yazdan Yazdanpanah cité par Le Monde. Il faut que Solidarity et Discovery se poursuivent pour évaluer l’effet sur la mortalité de cette molécule. »Dès lors, en quoi espérer ? Aujourd’hui seul un ancien corticoïde, la dexaméthasone, a démontré -essai Recovery)  un avantage en termes de réduction de la mortalité dans les cas les plus graves. Un résultat qui n’est en rien une surprise pour les spécialistes des services de réanimation qui, déjà, l’utilisaient.

Où l’on en revient à la trop célèbre mais médiatiquement (indéboulonnable) hydroxychloroquine plus ou moins associée à l’azithromycine. Un traitement, promu en France par le Pr Didier Raoult mais qui, quoiqu’en dise ce dernier, n’a pas fait la preuve de son efficacité sur les patients hospitalisés dans Solidarity, Discovery et Recovery. Pour autant l’histoire n’est pas finie : il existe d’autres essais cliniques prospectifs ont lancés pour explorer son intérêt préventif – la diminution de l’attaque virale dans la période précoce de l’infection.

C’est l’objectif, par exemple, de l’essai COPCOV, qui entend comparer chloroquine et hydroxychloroquine à un placebo auprès de 40 000 professionnels de la santé d’Europe, d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud. « L’hydroxychloroquine pourrait encore prévenir les infections, et cela doit être déterminé dans le cadre d’un essai contrôlé randomisé », estime le Pr Sir Nicholas White, de l’université d’Oxford, promoteur de cet essai, dont les résultats ne sont cependant pas attendus avant plusieurs mois. Une étude dont la progression peut être consultée ici.

Où l’on comprend que, finalement, au-delà des « gestes barrières » et du masque la messe préventive est encore loin d’être dite.

A demain @jynau

Sapeurs-pompiers français : contre le ministère de la Santé, un rapport au lance-flammes

Bonjour

06/07/2020. On les avait oublié. Ils savent se faire entendre. Un de leur « rapport interne » a « fuité ». Et l’affaire, depuis deux jours, fait grand bruit. C’est une exclusivité du  Parisien (Damien Delseny et Jean-Michel Décugis) : « Covid-19 : le rapport choc des pompiers sur la gestion de la pandémie ». « Dans un rapport au vitriol publié par Le Parisien, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers dénonce une gestion catastrophique de la crise sanitaire du Covid-19 en France, résument Les Echos. L’action du ministère de la Santé est particulièrement critiquée, tout comme le rôle des préfets. »

Vitriol et lance-flammes. Dans la synthèse d’un « retour d’expérience » (Retex) que Le Parisien – Aujourd’hui-en-France s’est procurée avant sa transmission au ministère de l’Intérieur, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France dresse un constat très critique de la gestion d la pandémie.  

Premières cibles des soldats du feu : les structures administratives du ministère de la Santé « lourdes et rigides », les célèbres Agences régionales de santé (ARS) et le Samu. Sollicité par Le Parisien le colonel Grégory Allione, président la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, précise qu’il s’agit d’un document de travail qui n’était pas destiné « à fuiter dans la presse ». Pour autant, il confirme le sentiment « d’un sous-emploi et d’une absence de prise en compte des capacités opérationnelles » de ses collègues au plus fort de la crise.  

« Les pompiers c’est une force de 250 000 personnes réparties dans 7000 casernes sur tout le territoire. Nous sommes rompus à la gestion de tous les événements. On a fait face au A(H1N1), à la grippe aviaire, aux accidents industriels, aux attentats… A chaque fois, on s’adapte, et là le mot d’ordre c’était tout sauf les pompiers. Nous avons tendu la main à des administration qui n’ont pas l’habitude de gérer des situations de crise. Rien dans leur organisation et leur culture ne les prédisposaient à assurer ce rôle. On ne demande pas à des musiciens qui ne répètent pas des gammes quotidiennement de jouer un concert. »

 « Pour être efficace la gestion d’une crise d’ampleur doit mobiliser un directeur unique, un commandant des opérations unique et des conseillers techniques. » Principes « bafoués » souligne le rapport  le rapport qui rappelle que dans un premier temps c’est la Direction générale de la santé qui a piloté la réponse de l’Etat avant que le ministère de l’Intérieur ne rejoigne le dispositif.

Et puis cette phrase, terrible : « On a confié le rôle de commandant de crise à des conseillers techniques », regrette les pompiers. D’où, selon eux, un « travail en silo des administrations, un brouillage des décisions stratégiques ». Le rapport souligne aussi l’installation tardive du centre interministériel de crise le 17 mars rappelant que les « trois premiers cas recensés en métropole dataient du 24 janvier ».

Ministère de la Santé versus ministère de l’Intérieur

Cette « lourdeur » dénoncée trouve selon les pompiers sa manifestation concrète dans le rôle joué par les ARS : « Elles ont répondu à ce pour quoi elles avaient été conçues : une administration de gestion comptable et financière du système de santé, mais aucunement préparées à la gestion des situations d’urgence. » Conclusion des pompiers, « plutôt qu’une crise sanitaire, cette crise a surtout été celle du leadership de la communication ». conduisant à l’incompréhension des « acteurs de terrains, pompiers mais aussi médecins généralistes ».

Et puis ce mot, pour qualifier les évacuations amplement médiatisées des malades par TGV « de l’esbroufe ». Les pompiers, dans leur Retex : « Pures opérations de communication et véritable esbroufe : était-il efficace de faire faire des centaines de kilomètres aux victimes alors que souvent il y avait de la place dans la clinique d’en face? ».

Et cette autre claque : « Le 15 a montré son vrai visage : celui d’un numéro de renseignement, pas d’un numéro d’urgence. » Pendant la crise du coronavirus le rapport estime que « la décision du gouvernement d’orienter vers le 15 les appels des citoyens connaissant un doute sur leur état de santé a eu pour conséquences immédiates de saturer la réception et la régulation des appels ». « Des requérants non-Covid en situation d’urgence vitale n’ont jamais eu de réponse et sont morts dans l’indifférence générale. Un vrai scandale!»

On découvre encore  « les préfets relégués au second plan en raison d’une absence de dialogue avec les ARS », les « instructions ont été données aux ARS locales et aux directeurs d’hôpitaux de mettre un terme à toutes communications avec les préfets, privant ces derniers des informations nécessaires à la coordination des opérations de secours ». Sans oublier « l’oubli des Ehpad  laissant seules les collectivités territoriales face aux décès en nombre de nos aînés ».

Conséquece : le  Retex des pompiers dresse fort utilement une liste de propositions pour « revoir notre modèle de gestion de crise » qui placerait, selon eux, le ministère de l’Intérieur comme « responsable de la conduite opérationnelle des crises ». Faire confiance aux acteurs de terrain et de proximité. « Toutes les leçons doivent être tirées du succès de la gestion du déconfinement dont les préfets et les maires ont été les pivots. »

La charge ne pouvait être sans réponse. Le ministère des Solidarités et de la Santé a aussitôt réagi en jetant un peu plus d’huile sur le feu. Il estime que ce rapport (qui n’aurait jamais dû « fuiter ») « s’apparente plus à une plate -forme de revendication qu’à un retour d’expérience » (sic). Et ce même ministère « regrette qu’une crise comme celle du Covid et la très forte coopération de toutes les forces vives soient instrumentalisées pour refaire vivre le match des pompiers contre le Samu ». C’est un peu court de même que l’on pourra juger quelque peu déplacée l’utilisation qui est faite, ici, par l’exécutif du terme « match ». Peut-être est-ce une référence au partage des pouvoirs qui oppose le ministère de l’Intérieur à celui de la Santé.

La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France sera-t-elle entendue par la Commission d’enquête des députés sur la gestion de l’épidémie ? On peut l’espérer.

A demain @jynau

Transparence : en France le remdesivir (Veklury®) de Gilead sera-t-il à 390 $ le flacon?

Bonjour

04/07/2020. Urgence versus transparence… La Commission européenne a autorisé le 3 juillet la « mise sur le marché conditionnelle » de l’antiviral remdesivir (Veklury®) de Gilead Sciences au sein de l’Union européenne ; et ce pour le traitement des patients gravement atteints de la Covid-19. Una autorisation accordée moins d’un mois après le dépôt de la demande et une semaine seulement après l’avis de l’Agence européenne du médicament (contre plus de deux mois habituellement – et en dépit des accusations du Pr Didier Raoult, Marseille).

« Nous ne négligerons aucun effort pour obtenir des traitements ou des vaccins efficaces contre le coronavirus », a déclaré la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, dans un communiqué. Le remdesivir est le premier médicament autorisé au niveau de l’UE pour le traitement contre le Covid-19, précise l’exécutif européen.

Pour rappel, Le Quotidien du Médecin (Coline Garré) précise que la mise sur le marché conditionnelle (CMA) est l’un des mécanismes réglementaires de l’UE visant à faciliter l’accès à des médicaments « qui répondent à un besoin médical non satisfait », notamment dans des « situations d’urgence en réponse à des menaces pour la santé publique telles que la pandémie actuelle », même si les données sont « moins complètes que prévu ».

Initialement développé contre la fièvre hémorragique Ebola, cet antiviral est la première thérapie à avoir démontré une « certaine efficacité » chez les patients hospitalisés pour le Covid-19 dans un essai clinique de taille significative – et ce même si l’effet peut être considéré comme « modeste ».

La recommandation de l’EMA concerne le traitement du nouveau coronavirus chez les adultes et les adolescents à partir de 12 ans, souffrant de pneumonie et ayant besoin d’un supplément d’oxygène. L’EMA s’appuie principalement sur l’étude américaine du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID), qui démontre que les patients traités par du remdesivir se rétablissent en moyenne quatre jours plus vite que les autres malades. Il n’a pas été prouvé que le remdesivir permettait d’éviter les décès.

Reste la question, majeure mais toujours passée sous silence, du prix. On se souvient, ici, de la peu banale « lettre ouverte de Daniel O’Day, CEO, Gilead Sciences »   parlant « ouvertement » de la question de la fixation du prix :

 « Une des principales raisons ayant guidé notre décision est de limiter la nécessité de négociations sur le prix pays par pays. Nous avons fixé ce prix pour rendre le traitement abordable dans l’ensemble des pays développés. Ce prix sera proposé à tous les gouvernements des pays développés dans lesquels l’utilisation du remdesivir est autorisée. Au prix de 390 $ par flacon, le remdesivir devrait permettre aux systèmes de santé de réaliser des économies. »

Questions : Les négociations commerciales entre le gouvernement français et Gilead Sciences seront-elles, comme toujours tenues secrètes ? Ou peut-on un instant espérer, (avec l’arrivée de Jean Castex et Nicolas Revel à Matignon) que  la France s’engagera ici sur la voie d’une transparence avec Big Pharma, transparence démocratique qu’elle a toujours refusée ?

A demain @jynau

Edouard Philippe, Agnès Buzyn et Olivier Véran devant la Cour de justice de la République ?

Bonjour

04/07/2020. Nous voici à un bien étrange carrefour politique – judiciaire- sanitaire. Au moment précis où Edouard Philippe quitte (pourquoi?) Matignon, le voici objet d’une information judiciaire ; une information sur la gestion de la crise due à l’épidémie de Covid-19 ouverte à la Cour de justice de la République (CJR). Outre l’ancien Premier ministre on retrouve ici les ex-ministres de la santé Olivier Véran et Agnès Buzyn. Annonce faite vendredi 3 juillet le procureur général près la Cour de cassation, François Molins.

Rappelons que la CJR est la juridiction française d’exception compétente pour juger les crimes ou délits commis par les membres du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions. Rappelons aussi que le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, est quant à lui irresponsable pénalement des actes réalisés dans l’exercice de ses fonctions. La commission des requêtes, de cette instance (composée de hauts magistrats et qui fait office de filtre) vient de juger recevables neuf plaintes contre ces anciens membres du gouvernement. « Au terme de la procédure, M. Molins est désormais tenu de saisir la commission d’instruction de la CJR, qui agira comme un juge d’instruction et mènera les investigations » précise l’AFP.

Les plaintes devant la CJR avaient commencé à être déposées quelques jours après le début du confinement, à la mi-mars. Elles émanent de particuliers, de médecins, d’associations ou encore de détenus. Les plaignants dénonçaient, selon les cas, des faits de « mise en danger de la vie d’autrui », d’« homicide involontaire » ou de « non-assistance à personne en danger ».

« Abstention de combattre un sinistre »

Quatre-vingt-dix plaintes ont déjà été reçues et cinquante-trois d’entre elles ont été examinées. Parmi elles, trente-quatre ont été déclarées « irrecevables ». Dix autres, visant notamment les ex-ministres Nicole Belloubet (justice), Jean-Yves Le Drian (affaires étrangères) ou Christophe Castaner (intérieur), ont été « classées sans suite ». Les neuf plaintes restantes ont été groupées en vue de la saisine de la commission d’instruction sous un seul chef : « abstention de combattre un sinistre » – et ce à l’encontre de Mme Buzyn et de MM. Philippe et Véran, selon le communiqué du procureur général.

Etrange carrefour politique – judiciaire – sanitaire. Mme Buzyn occupait jusqu’à mi-février le poste de ministre des Solidarités et de la Santé – avant de partir briguer le siège de la mairie de Paris (avec les résultats catastrophiques que l’on sait). la santé. Edouard Philippe et Olivier Véran faisaient partie du gouvernement qui vient de démissionner Premier ministre sortant, Edouard Philippe, a « pris acte » de l’annonce d’une prochaine enquête sur sa gestion de la crise du Covid-19 et y apportera « toutes les réponses nécessaires », a-t-il écrit dans un communiqué à l’AFP.

Etrange carrefour politique – judiciaire – sanitaire. Edouard Philippe a été remplacé par Jean Castex, haut fonctionnaire qui, sous ses ordres, à organisé le « déconfinement ». Jean Castex « découvert » par Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé dont il fut le (directeur de cabinet de 2006 à 2008) – après avoir été  directeur de l’hospitalisation et de l’organisation des soins au ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale où il a participé à introduire la notion d’objectifs dans l’hôpital et une rationalisation des coûts. Les soignants d’aujourd’hui  ne manqueront pas de s’en souvenir.

On ajoutera, toujours au carrefour que Xavier Bertrand vient, devant la Commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale refuser avec force d’endosser la responsabilité du «changement de doctrine» qui a abouti à l’évaporation des stocks stratégiques de masques, au cœur des questions sur la gestion de la crise de la Covid-19 par Edouard Philippe et Emmanuel Macron. Aujourd’hui président de la région des Hauts-de-France M. Bertrand, virulent, a expliqué comment, selon lui, l’Etat s’était lentement mais sûrement désarmé depuis près de dix ans face au risque d’une pandémie.

Pour finir peut-être faut-il préciser, comme le fait Le Monde, que le président du conseil régional des Hauts-de-France, désormais proche du nouveau Premier ministre, « ne fait pas mystère de ses ambitions présidentielles pour 2022 ».

A demain @jynau

L’Etat va-t-il encore continuer à priver de lits hospitaliers les héros en blouses immaculées ?

Bonjour

03/07/2020. Epidémie ou pas, la mécanique semble irréversible. Avec tous les risques que l’on peut imaginer. Quelques lignes de l’AFP en témoignent; lignes tirées d’un rapport publié ce vendredi 3 juillet par la Drees, le service statistique des ministères sociaux : « Les établissements de santé – édition 2020.

Où l’on apprend que les fermetures de lit se sont inexorablement poursuivies dans les établissements de santé français, publics et privés, qui avaient déjà franchi à la baisse la barre des 400 000 lits d’hospitalisation complète en 2017. C’est ainsi que 4 195 lits d’hospitalisation ont été supprimés en 2018 en France, tandis que les urgences ont enregistré 400 000 passages supplémentaires. Présentation du rapport:

« Cette édition présente les données de l’année 2018, dernière année complète disponible, relatives à la France métropolitaine et aux départements et régions d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe1, Guyane, La Réunion et Mayotte). Elle fournit les chiffres clés sur l’activité et les capacités des structures hospitalières, ainsi que sur les personnels et leur rémunération. L’ouvrage offre une analyse plus détaillée d’activités spécifiques comme la médecine, la chirurgie et l’obstétrique, la psychiatrie, l’hospitalisation à domicile, les soins de suite et de réadaptation ou encore la médecine d’urgence. Il présente également des indicateurs de qualité et de sécurité des soins, ainsi que des éléments de cadrage économique et financier ».

La Dress précise qu’en 2018, plus de 3 000 établissements de santé assurent le diagnostic, la surveillance et le traitement des malades. « Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population et l’augmentation des pathologies chroniques, explique-t-on, les structures hospitalières, dont le nombre continue de diminuer, s’adaptent et modifient en profondeur leur offre de soins, par le biais notamment du développement de l’hospitalisation à temps partiel ou de l’hospitalisation à domicile.

Plus de 21,8 millions de passages aux urgences, en hausse de 2 % en un an.

« Les 3 042 hôpitaux et cliniques français disposaient exactement de 395 670 lits fin 2018, selon le « panorama » annuel de la Drees. Cette perte de capacité d’accueil a été en partie compensée par la création de 1 845 places d’hospitalisation partielle (sans nuitée), portant leur nombre à près de 77 300 précise l’AFP Un rééquilibrage qui illustre le « virage ambulatoire » des soins hospitaliers, avec une nouvelle hausse des hospitalisations partielles (16,1 millions de journées, soit + 2 %) et un nouveau tassement des hospitalisations complètes (118,2 millions de journées, soit − 1 %). »

Toujours en 2018, onze maternités ont fermé leurs portes, le pays comptant désormais moins d’un demi-millier (492) de lieux de naissance. Dans un contexte de baisse de la natalité depuis plusieurs années, quelque 500 lits d’obstétrique ont été supprimés (15 400 au total). A l’inverse, la fréquentation des 709 services d’urgences a encore battu des records, avec plus de 21,8 millions de passages, en hausse de 2 % en un an.

On sait que c’est cette spectaculaire saturation des urgences qui a conduit quelques mois plus tard à une longue grève inédite des soignants, – mouvement qui s’est rapidement étendue à l’ensemble de l’hôpital public, sans que les plans successifs du gouvernement ne parviennent à enrayer ce mouvement social.

On sait aussi que nous en sommes aujourd’hui à un « Ségur de la santé » qui semble plus que jamais peiner à répondre aux attentes des soignants. Tout cela pendant l’épidémie et dans l’attente d’un nouveau gouvernement pour la fin du quinquennat.

A demain @jynau

Covid-19: combien rémunérer les volontaires à qui on va injecter le virus après les avoir vaccinés ?

Bonjour

03 :07/2020. Embarras éthique d’actualité et silence de l’exécutif  : moyennant rémunération substantielle de volontaires vaccinés le «challenge infectieux» (l’inoculation du SARS-CoV-2) permettrait aux firmes pharmaceutiques d’aller plus vite dans la mise au point d’un vaccin contre la Covid-19. Une pratique qui ne prête à aucune transparence – alors même qu’elle soulève de nouvelles questions d’éthique. En France les autorités sanitaires gardent étrangement le silence et le Comité national d’éthique semble déjà en vacances. Pourquoi ? Exposé des principales données du dossier :

A lire sur Slate.fr : « Covid-19: va-t-on injecter le virus aux volontaires qui testent les vaccins ? », 3 juillet 2020

A demain @jynau

Le Conseil scientifique dénonce les propos «infamants», sous serment, du Pr Didier Raoult

Bonjour

02/07/2020. On attendait la réaction des membres du Conseil scientifique du gouvernement après les accusations du Pr Didier Raoult. Une semaine plus tard elle est connue – au lendemain des accusations de « faux témoignage » exprimée par Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP.

Rappel des propos tenus le 24 juin par le Pr Didier Raoult s’exprimant, sous serment, devant les députés de la commission d’enquête sur la gestion politique de la lutte contre l’épidémie de Covid-19 :

« Vous me demandez pourquoi je ne suis pas resté dans ce conseil scientifique. C’est parce que je considérais que ce n’était pas un conseil scientifique et que je ne fais pas. Je ne fais pas de la présence, j’ai pas de temps. Je sais ce que c’est un conseil scientifique. Moi, j’ai un conseil scientifique qui fait rêver le monde entier de qualité. Ce n’était que des stars de leur domaine. Là ce n’était pas ça. Il n’y avait aucun de ceux qui connaissaient le coronavirus dans le conseil scientifique.

Interrogé par le rapporteur Eric Ciotti sur les personnes qui influenceraient de façon néfaste le ministre de la Santé, Olivier Véran, le Pr Raoult donnait des noms; ceux du directeur de l’ANSM (l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), Dominique Martin, et le président de la Haute Autorité de santé, Dominique Le Guludec. « C’est eux qui ont pris les décisions » a-t-il dit.

« Le problème n’est pas résolu. Le problème reviendra. Donc, si vous refaites un groupe en disant (…) ‘pour faire la recherche médicale, on va prendre les gens de l’Inserm, des gens de Pasteur, qui vont se partager les manières de réfléchir et qui vont gérer des hôpitaux, plus deux ou trois personnes qui travaillent avec l’industrie pharmaceutique, je vous le dis, vous retomberez dans la même crise.

« Quand j’ai commencé à parler pour la première fois de la chloroquine. Il y a quelqu’un qui m’a menacé à plusieurs reprises de manière anonyme. Je vous recommande de faire une véritable enquête sur Gilead [un laboratoire pharmaceutique américain producteur d’un médicament expérimenté contre la Covid-19], j’ai porté plainte et j’ai fini par découvrir qu’il s’agissait de la personne qui avait reçu le plus d’argent de Gilead depuis 6 ans ».  

Calomnie

Aujourd’hui, révèle l’AFP,  le Conseil scientifique juge que ces propos sont  « infamants et dépourvus de fondements » et relèvent de la « calomnie ». « La lettre, datée du 30 juin, est adressée à la présidente de la commission, Brigitte Bourguignon, son rapporteur, Eric Ciotti, et au président de l’Assemblée, Richard Ferrand, précise l’AFP. « A la suite des déclarations du Pr Raoult devant la commission d’enquête le 24 juin 2020, les membres du conseil scientifique Covid-19 considèrent ses propos et insinuations comme infamants et dépourvus de fondements », écrit le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, dans une lettre datée du 30 juin. Douze des treize membres du conseil scientifique y sont associés.

Selon le Pr Delfraissy, le Pr Raoult – qui avait brièvement fait partie du conseil scientifique créé début mars, avant de le quitter – a fait preuve d’une « certaine forme “d’intention de tromper” » les députés de la commission en « [entretenant] de manière répétée une confusion entre les notions pourtant bien distinctes de liens et de conflits d’intérêts ».

« Les membres du conseil scientifique souhaitent vous faire part de leur vive réprobation à l’endroit d’allégations sans fondement tenues par le Pr Raoult pourtant sous serment, ainsi que de propos manifestement outranciers dont les intentions et les prétentions ne lui semblent plus guère relever du registre de la science », conclut la lettre.

Ce n’est pas tout. Dans un courrier distinct daté du 1er juillet et adressé à Richard Ferrand, la présidente de la HAS, Dominique Le Guludec, conteste aussi des propos du Pr Raoult sur les conflits d’intérêts. « Affirmer devant la représentation nationale, de manière vague et non étayée, que la HAS est soumise à “des conflits d’intérêts très sérieux” relève de la calomnie, écrit Mme Le Guludec. Je ne saurais accepter que la réputation de la Haute Autorité de santé, son sérieux et son intégrité soient remis en cause avec une telle légèreté à l’occasion d’un moment aussi important qu’une audition par les parlementaires. »

Et maintenant ? Que peut le Parlement contre de telles accusations ? La justice sera-t-elle saisie pour infamie et calomnie ?

A demain @jynau

Hydroxychloroquine: Martin Hirsch (AP-HP) accuse le Pr Raoult de «faux témoignage»

Bonjour

02/07/2020. Envenimement entre Paris et Marseille. Le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, conteste deux déclarations faites par le Pr Didier Raoult lors de son audition par la commission d’enquête sur la Covid-19 de l’Assemblée nationale le 24 juin. Ces déclarations «semblent s’apparenter à un faux témoignage», accuse le directeur de l’AP-HP dans un courrier au président de l’Assemblée nationale dont l’AFP a obtenu copie le mercredi 1er juillet.

«Il me semble essentiel (…) que les travaux de la commission ne puissent être fondés sur des éléments factuellement faux, et que les suites qui s’imposent puissent être données», écrit le directeur général de l’AP-HP Martin Hirsch, dans une lettre adressée à Richard Ferrand. Plus précisément il conteste deux passages de l’audition du Pr Didier Raoult : d’une part, une estimation des taux de décès de malades en réanimation ; de l’autre, des informations concernant sur un patient chinois de 80 ans hospitalisé à Paris fin janvier et qui était décédé mi-février (premier décès de la  Covid-19 officiellement enregistré hors d’Asie).

«Ces déclarations, qui mettent gravement en cause l’AP-HP, faites sous serment, me semblent s’apparenter à un faux témoignage», accuse Martin Hirsch dans ce courrier daté du 26 juin.

Cinq ans d’emprisonnement

Deux jours auparavant, devant les députés et sous serment le Pr Raoult, avait évoqué la question des taux mortalité – expliquant disant s’appuyer sur «un travail» disponible en ligne. «La mortalité dans les réanimations ici, dans ce travail toujours, est de 43%. Chez nous, elle est de 16% », avait-il dit, sans préciser exactement d’où il tirait ces chiffres. «Le soin est passé au second plan», avait poursuivi le Pr Raoult, directeur de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection de Marseille.

Pour sa part Martin Hirsch écrit : «nous n’avons aucune donnée qui place à 43% la mortalité dans les réanimations de l’AP-HP» [sans préciser à combien se monte ce taux, souligne l’AFP].D’autre part, il n’y a à ce jour aucune étude publiée qui analyse comparativement les taux de mortalité en réanimation, évaluées dans des conditions contrôlées, entre les hôpitaux parisiens et marseillais.».

Contacté par l’AFP, « l’entourage du Pr Raoult » renvoie à des résultats du registre Reva (Réseau européen de recherche en ventilation artificielle) figurant dans un «rapport de la cellule de crise de l’AP-HP du 14 avril». Dans ce document, qui date d’il y a deux mois et demi, période du pic de l’épidémie en France, le pourcentage de décès en réanimation était alors évalué à 43% à l’AP-HP et 41% hors AP-HP.

Par ailleurs, lors de son audition, le Pr Raoult a affirmé que le patient chinois de 80 ans s’était présenté «à la Pitié-Salpêtrière», était «rentré chez lui», puis était «revenu 7 jours après» et était «venu mourir dans un hôpital». «Le seul patient chinois de 80 ans auquel peut faire référence le Pr Didier Raoult a été admis le 25 janvier 2020 à l’hôpital européen Georges Pompidou. Il n’a jamais été renvoyé chez lui», assure Martin Hirsch dans son courrier. Il rappelle que ce patient a ensuite été transféré «à l’hôpital Bichat, centre national de référence», où sa fille, elle aussi malade, a également été prise en charge avant de guérir.

 S’agit-il vraiment ici de « faux témoignages » dans une déclaration faite après avoir juré que l’on dira « la vérité, toute la vérité, rien que la vérité » ? Quelles suites pourront-elles être donnée à un tel courrier ? On rappellera qu’en cas de « mensonge » des sanctions pénales peuvent être appliquées, certaines allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Triste envenimement.

A demain @jynau

Gestion de l’épidémie: comment Agnès Buzyn peut-elle affirmer qu’elle a parfaitement œuvré ?

Bonjour

01/07/2018. Toujours la bonne élève et sa petite voix. Une émotion certaine, beaucoup d’hésitations, des souvenirs parfois parcellaires mais aucune faute à se reprocher  : Agnès Buzyn a répondu pendant plus de trois heures, mardi 30 juin, aux questions des députés de la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur la gestion de la crise sanitaire liée au coronavirus. Et au final l’impression donnée que l’ancienne ministre des Solidarités et de la Santé (mai 2017-février 2020) a parfaitement agi, amplement anticipé, œuvré comme il convenait. Une forme de parcours difficile, un presque sans-faute, une gestion de qualité supérieure à ce qui a pu être fait dans des pays voisin.

Aucun mea culpa, pas le moindre regret, autant d’affirmations réitérées qui ne coïncident guère avec les dépositions précédentes des autres acteurs. Pour résumer une position de défense personnelle absolue qui lui imposait de dénoncer les failles de certains – comme l’agence Santé publique France, responsable de la gestion des équipements de protection – à commencer par les masques…

Elle a ainsi par exemple expliqué que ce n’était pas non elle qui avait pris la décision de détruire les masques jugés non conformes alors que le stock n’avait pas encore été reconstitué. « Je lui fais totalement confiance et j’assume totalement les décisions qu’il prend », a-t-elle dit à propos du Directeur général de la santé Jérôme Salomon, proche d’Emmanuel Macron, qu’elle avait nommé en 2018.

Désertion du navire de Ségur

Autre faille, majeure, mise en lumière : face à la tornade épidémique qu’elle prévoyait, sa désertion précipitée du navire ministériel le 16 février pour aller porter les maigres couleurs du parti présidentiel afin de tenter de devenir maire de Paris – entreprise finalement calamiteuse. Où est, ici, la réflexion sur la réduction des risques.

« Je quitte le ministère le 16 février. Il n’y a pas eu de cas nouveaux en France depuis neuf jours. (…) La République en marche n’a plus de candidat à la Mairie de Paris. Moi, j’estime que j’ai fait mon travail de préparation du système de santé. (…) Je quitte le ministère avec le sentiment que j’ai fait la bonne préparation

Autre faille, incompréhensible, ses déclarations au Monde, précisément à cet instant , au lendemain du premier tour des élections municipales, sur sa campagne à Paris et son départ du gouvernement. Elle affirmait notamment avoir « alerté le directeur général de la santé » dès le 20 décembre et « envoyé un message au président sur la situation » le 11 janvier. « Quand j’ai quitté le ministère, assurait-elle dans Le Monde, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. »

Et aujourd’hui cette bien pauvre parade : « Quand la journaliste [Ariane Chemin] m’appelle, je suis intimement persuadée que le deuxième tour ne peut pas se tenir », a-t-elle expliqué aux parlementaires. « Je n’ai pas relu ces propos. Ces verbatim ne m’ont été soumis. » Avant d’ajouter :

« J’avais passé une journée épouvantable. J’étais très fatiguée. On m’accusait sur les réseaux sociaux de n’avoir rien vu venir. C’est tout le contraire. Je me suis battue pendant un mois. (…) Ce que j’ai dit au “Monde” ce jour-là, c’était “arrêtez de dire que je n’ai rien vu”. J’ai tout vu. Cet article laisse penser que je n’ai pas préparé ».

« C’est une sorte de Simone Veil désenchantée »

D’autres propos en défense, brouillons,  suivront : sur les masques, sur les tests, sur le reste, sur son parcours professionnel faisant d’elle l’une des mieux préparées à l’anticipation de la gestion de toutes les crises sanitaires. La preuve : elle aura été la première ministre de la Santé en Europe a organiser une « conférence de presse » sur le sujet (sic). C’était le 21 janvier 2020 lorsqu’elle elle avait expliqué que concernant l’épidémie en Chine : « le risque d’introduction en France de cas liés à cet épisode est faible, mais il ne peut pas être exclu ». Aujourd’hui elle argue de sa réactivité « alors qu’il n’y a pas d’alerte de l’OMS ». Elle explique encore que ce n’est que « le lendemain » de sa conférence de presse que la transmission interhumaine avait été confirmée par l’OMS. Mais encore ?

Elle avait anticipé sur tout, tout préparé à la perfection – avant de tout laisser tomber, de pleurer et de passer les clefs de la maison Ségur à Olivier Véran. Une maison dont on découvrit ensuite que bien des fenêtres étaient en réalité restées ouvertes alors même que la locataire avait prédit le tsunami.  Un exemple marquant : comment comprendre que devant la même commission d’enquête, l’ancien directeur général de Santé publique France, François Bourdillon, a pu affirmer que Santé publique France et la Direction générale de la Santé savaient, dès août 2018, que les stocks de masques étaient en grande partie périmés. Une information qui, selon Agnès Buzyn, ne serait donc pas « remontée » jusqu’à elle pendant un an et demi.

C’est dire s’il reste encore aux députés et aux journalistes beaucoup à découvrir, à comprendre, à soupeser. A commencer par une question jamais posée : pourquoi un(e) ministre « des Solidarités et de la Santé » ? Comment Agnès Buzyn pouvait-elle raisonnablement œuvrer dans un aussi vaste champ incluant notamment l’équilibre de l’ assurance maladie, la réforme des retraites, celle des hôpitaux, le déremboursement de l’homéopathie, la refonte des vaccinations …. et la préparation de la lutte contre tous les risques épidémiques majeurs menaçant le pays.

Olivier Véran est d’ailleurs aujourd’hui exposé aux mêmes risques – et nous avec lui. Il faudrait parvenir, en somme, dans ces sphères, à réduire les addictions au pouvoir pour mieux exercer celui que l’on a l’honneur d’exercer. Trop de responsabilités au sein de exécutif peut tuer l’efficacité. Même chez les bons élèves. Nous saurons bientôt, avec le remaniement du gouvernement, si la tragique leçon aura été tirée par Emmanuel Macron.

Restera, plus tard, à raconter le parcours d’Agnès Buzyn, médecin qui voulut monter et briller en politique et qui, aujourd’hui, doit accomplir un chemin de croix. Ce fut, hier comme le début de l’épilogue d’une série mêlant drame, intrigue politique et pathos individuel « Ça va être dur pour elle. Cette femme a vécu une tragédie. C’est une sorte de Simone Veil désenchantée qui s’est fanée en trois mois. C’est triste », aurait confié un député.

Après elle, ses prédécesseurs au ministère de la santé, Marisol Touraine, Roselyne Bachelot et Xavier Bertrand, seront à leur tour auditionnés par la commission d’enquête. Qu’ont-ils fait ? Que sont-ils devenus ? Combien de regrets ? La série se poursuit.

A demain @jynau