Alcoolisme fœtal, grossesse et publicité: à partir de quand faut-il commencer à s’indigner ?

Bonjour

Bloguer c’est aussi, sinon s’indigner, du moins faire part des indignations. Nouvelle polémique à la frontière du sanitaire et du publicitaire. « Une campagne de prévention orchestrée par une association représentant la filière viticole provoque la colère des professionnels de la santé publique » rapporte Le Figaro (Soline Roy).  «Un bon vin peut bien attendre neuf mois.» : tel est le slogan d’une nouvelle campagne de prévention des risques liés à la consommation d’alcool pendant la grossesse qui en a fait bondir plus d’un dans le monde de la santé publique. » Cœur de la controverse : un visuel associant la rondeur d’un verre de vin à celle du ventre d’une femme enceinte

L’affaire vaut d’être rapportée. Elle est menée par Vin & Société, une structure qui  dit représenter les 500.000 acteurs de la vigne et du vin. La nouvelle campagne « émet un message important à l’attention des femmes enceintes : en raison des risques que la consommation d’alcool peut représenter pour la santé du futur bébé, ‘’par précaution, zéro alcool pendant la grossesse’’ ». Pitch :

« La notion de temps long est propre à la grossesse. Elle l’est également au vin : produit culturel, il est ancré dans notre histoire et dans notre patrimoine, il se prépare patiemment au rythme des saisons jusqu’à la vendange. Il vieillit parfois dans nos caves et nous accompagne tout au long d’une vie lors des moments de partage, à table, en famille et entre amis. C’est cette double attente qui s’exprime à travers la signature ‘’Un bon vin peut bien attendre neuf mois’’ et que l’on retrouve dans le visuel, qui évoque le verre de vin et l’arrondi du ventre des femmes enceintes. »

 Une campagne publicitaire au service d’une ambition : « toucher directement les femmes enceintes ou souhaitant l’être » (sic). Une campagne publicitaire et « trois volets complémentaires » : « une annonce diffusée début novembre dans les journaux et les sites mobiles de la presse féminine et familiale – (Parents, Cosmopolitan, Magic Maman) ; une initiative originale avec la création d’un bijou en série limitée (re-sic) avec les créatrices de la marque April Please ; et enfin un dispositif web et digital permettant à la fois la diffusion d’informations pratiques et l’engagement des femmes enceintes qui le souhaitent via la participation de la blogueuse influenceuse Poussine (re-re-sic) ».

 Krystel Lepresle, déléguée générale de Vin & Société :  « Nous avons souhaité nous adresser directement aux femmes enceintes à travers ce dispositif multi-canal, sans les culpabiliser. Nous ne remplacerons jamais les professionnels de santé, ce n’est pas notre rôle. En revanche, nous sommes les mieux placés pour donner le bon mode d’emploi de notre produit. Nous avons toute une vie pour nous faire plaisir, mais pendant la grossesse, et en l’absence d’études concordantes, il est recommandé de ne pas consommer d’alcool »

Pr Michel Reynaud, psychiatre addictologue et président du Fonds Actions Addictions : « C’est terrifiant ! Tout est utilisé pour se donner une bonne image.»

Bernard Jomier, médecin généraliste et sénateur écologiste (apparenté PS) de Paris – très actif sur Twitter : «La prévention doit rester le domaine des acteurs de santé publique. On est dans un contournement très subtil et très bien mené de la loi Évin ».

Guylaine Benech, consultante formatrice en santé publique : « On atteint des sommets de cynisme ! »

Joël Forgeau, président de Vin & Société : « Comme nous nous y sommes engagés en juin 2018 auprès du Président de la République, Vin & Société met en oeuvre des mesures fortes de prévention et de lutte contre les consommations nocives d’alcool. La filière vitivinicole porte une attention particulière au syndrome d’alcoolisation foetale et a une position claire : pendant la grossesse, par précaution, il convient de ne pas consommer d’alcool. Nous avons également proposé au gouvernement d’améliorer la visibilité du pictogramme femme enceinte sur les étiquettes, avec une taille à 0,8 cm et en améliorant le contraste. C’est un rappel utile, mais rien ne vaut la prévention et la parole des professionnels de santé face à un public vulnérable » (re-re-re sic).

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : on attend toujours qu’elle s’exprime sur le sujet.

Palais de L’Elysée : silence complet.

A demain @jynau

Féminicides et violences conjugales: comment diable le politique a-t-il a pu oublier l’alcool?

Bonjour

Celles et ceux qui s’intéressent à la politique féministe gouvernementale, à l’alcool et à la réduction des risques se doivent, aujourd’hui, de lire deux « lettres ouvertes » 1 publiées dans Le Figaro : «Violences contre les femmes: n’oublions pas le rôle de l’alcool !». Ces textes ont été adressés adressées à la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn et à la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Dans les deux cas les signataires dénoncent l’absence de mesures de prévention et de prise en charge de l’alcoolisme et des addictions dans la lutte contre les violences conjugales. Actualité : le « Grenelle contre les violences conjugales » :

« Ce grand dispositif se conclura le 25 novembre 2019, journée internationale contre la violence à l’égard des femmes. Durant cette période, une centaine de Grenelle locaux seront organisés un peu partout sur le territoire national.
 Le Grenelle réunit autour de la table de nombreux acteurs : ministres, parlementaires, élus locaux, administrations, associations, familles et proches de victimes, avocats, médias, professionnels de la santé, du logement, forces de l’ordre…
 Avec un objectif : prendre des engagements concrets et collectifs visant à lutter toujours plus efficacement contre les violences conjugales. Cet objectif implique différents ministères, et s’articule autour de trois grands axes : Prévenir 
; Protéger et prendre en charge ; Punir pour mieux protéger »

Marlène Schiappa et Agnès Buzyn

Or l’analyse des morts violentes au sein du couple survenues en 2018 et plus particulièrement des  121 féminicides, publiée par la délégation d’aide aux victimes, montre que dans 55% des cas au moins l’un des deux, auteur ou victime, est sous l’emprise d’une substance (alcool, stupéfiants, etc.). Faudrait-il rappeler que l’alcool altère les capacités d’autocontrôle, accroît l’impulsivité, l’agressivité et diminue également les capacités de défenses des victimes ?  

« Chez les femmes vivant en couple avec un consommateur dépendant le risque de subir des violences est trois fois plus important que dans la population générale », explique l’un des signataires, le Pr Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions sur la base d’une synthèse d’études portant sur 80.000 personnes. S’il n’est pas le seul facteur en cause impliqué dans ces souffrances et ces drames, c’est un élément très fréquent, massif », et surtout évitable sur lesquels les pouvoirs publics peuvent agir »

Les associations réclament notamment l’application d’une obligation de soins par la justice, un plan de soutien aux proches aidants de malades alcooliques ainsi qu’une campagne nationale d’information sur les répercussions de la maladie alcoolique sur l’entourage. Préconisation : création d’un registre des violences liées à l’alcool et aux psychotropes (avec leurs dosages systématiques) et analyse précise du rôle de ces consommations dans les féminicides pour mieux cerner l’ampleur du phénomène.

Où l’on en vient à se demander pourquoi le gouvernement en général, Marlène Schiappa et Agnès Buzyn tout particulièrement, avaient oublié de chapitre essentiel de la réduction des risques.

A demain @jynau

1 La première lettre ouverte est signée par: Pr Michel Reynaud (psychiatre et addictologue, président du Fonds Actions Addictions), Pr Laurent Bègue (professeur de psychologie sociale à l’Université Grenoble Alpes), Bernard Basset (vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie – ANPAA), Pr Amine Benyamina (psychiatre, addictologue, Président de la Fédération Française d’Addictologie), Pr Mickaël Naassila (Professeur de physiologie à l’université de Picardie Jules Verne et Président de la Société française d’alcoologie) et Dr Jean-Michel Delile (psychiatre addictologue, président de la Fédération addiction).

La seconde lettre ouverte est signée par: Betty Morisset pour le CoPMA (Collectif de proches de malades alcooliques), Françoise Gaudel pour la FPEA (France patients experts addictions), Felix Le Moan pour la CAMERUP (Coordination des associations et mouvements d’entraide reconnus d’utilité publique – aide et accompagnement des personnes en difficulté avec l’alcool et de leur entourage), Jean-Claude Tomczak pour les Amis de la Santé.

Alerte sanitaire : vous êtes invités à placer votre portable à bonne distance de votre corps !

Bonjour

C’est un avis qui pourrait réveiller certaines peurs et faire quelque bruit, dans les médias comme sur les réseaux : « Expositions aux téléphones mobiles portés près du corps ». Rendu public ce 21 octobre 2019, il émane de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Extraits de ce document :

« Rappel : Le contrôle de l’exposition aux ondes émises par les téléphones mobiles a été modifié en 2016, afin de tenir compte de l’évolution des modèles et des usages. Depuis, les fabricants sont tenus d’évaluer l’exposition dans des conditions réalistes d’utilisation, à savoir lorsque le téléphone est placé très près du corps, au maximum à 5 mm de distance. Or, un nombre important de téléphones conformes à la précédente réglementation encore utilisés présentent des niveaux d’exposition élevés lorsqu’ils sont placés près du corps. L’Anses a ainsi été sollicitée afin d’évaluer les éventuels effets sur la santé liés à ces conditions d’expositions. Suite à son expertise, l’Anses recommande que des mesures soient prises afin que les utilisateurs ne soient plus exposés à des niveaux élevés lorsque les téléphones sont portés près du corps.

Le DAS, ou débit d’absorption spécifique, est l’indicateur utilisé pour évaluer la quantité d’énergie absorbée par le corps exposé à des ondes électromagnétiques radiofréquences. La valeur limite réglementaire du DAS en France est établie à 2 W/kg, que le téléphone soit placé au niveau de la tête ou du tronc. Avant leur mise sur le marché, la conformité des téléphones à cette valeur limite de DAS est vérifiée par des mesures en laboratoire. Jusqu’en 2016, la réglementation prévoyait que, lors de la réalisation de cette mesure de DAS, les fabricants puissent choisir la distance d’éloignement entre l’appareil et le corps, comprise entre 0 et 25 mm. La majorité des téléphones mis sur le marché étaient conformes pour une utilisation à une distance de 15 mm.

 L’évolution des technologies et de l’usage des téléphones mobiles, souvent portés très proches du tronc, comme par exemple dans une veste, a amené l’Agence nationale des fréquences (ANFR) à effectuer des mesures du DAS dans des conditions d’utilisation plus réalistes. Des tests sur près de 300 téléphones positionnés à proximité du tronc, au contact et à 5 mm de distance, ont ainsi été réalisés entre 2012 et 2016. Les résultats avaient révélé qu’une grande proportion des téléphones testés présentait des valeurs de DAS supérieures à la valeur de 2 W/kg, certaines dépassant 7 W/kg au contact.

Depuis 2016, une nouvelle directive européenne, dite « RED », impose de mesurer le DAS en positionnant le téléphone mobile à 5 mm du tronc au maximum, correspondant à des conditions d’utilisation « prévisibles ». Or, des téléphones conformes à la précédente réglementation, mais présentant des valeurs de DAS élevées lorsqu’ils sont placés près du corps, sont encore mis sur le marché. De plus, un grand nombre de ces téléphones sont toujours utilisés.

Nouveau : L’Anses a examiné les études récentes portant sur les effets éventuels liés à de tels niveaux d’exposition. Les publications analysées dans les expertises précédentes de l’Anses sur les risques liés aux radiofréquences ont également été prises en compte. Les données disponibles dans la littérature portent exclusivement sur des études expérimentales réalisées chez l’animal ou sur cultures cellulaires. La méthodologie d’évaluation du niveau de preuve a donc été adaptée, en l’absence d’étude chez l’humain. Les résultats de l’expertise mettent en évidence, avec des éléments de preuve limités, des effets biologiques sur l’activité cérébrale liés à des expositions supérieures à 2 W/kg, mais ne permettent pas de conclure à l’existence ou non d’effets sur d’autres fonctions biologiques spécifiquement associées à de telles expositions au niveau du tronc.

Conclusion : Au regard, d’une part des expositions potentiellement élevées lorsque les téléphones sont placés très près du corps et, d’autre part, des incertitudes qui subsistent sur les éventuels effets sanitaires à long terme en lien avec les ondes émises par les téléphones, l’Anses recommande que des mesures soient prises afin que les utilisateurs ne soient plus exposés à des DAS supérieurs à 2 W/kg (par exemple par le biais de mises à jour des logiciels des téléphones, le rappel de téléphones). L’Agence recommande également de faire évoluer les dispositions normatives afin que les mesures de vérification de conformité du « DAS tronc » des téléphones mobiles soient effectuées au contact du corps.

A retenir : Dans l’attente, l’Agence invite les utilisateurs de ces téléphones, lorsqu’ils sont portés près du corps , à se conformer aux modalités d’utilisation notamment les distances d’éloignement mentionnées dans les notices des téléphones. »

A demain @jynau

Document : comment le pouvoir politique français s’oppose à la réduction des risques tabagiques

Bonjour

Bloguer c’est, aussi, documenter. Nous publions ici in extenso un document politique et sanitaire original autant qu’important : « Principe de précaution et réduction des risques dans le contexte de la vape, une analyse des résistances des décideurs ». Son auteur en est le Pr Benoît Vallet, Conseiller Maître à la Cour des Comptes, ancien Directeur général de la Santé. Ce texte a été prononcé par l’auteur lors du 3ème Sommet de la Vape (Paris, 14 octobre 2019).

C’est une analyse issue du parcours hors norme de cet ancien médecin hospitalo-universitaire (anesthésie-réanimation) devenu grand commis de l’Etat. Un regard documenté sur les blocages-résistances qui interdisent un plein développement, en France, des mécanismes de la réduction des risques. Et une proposition d’action politique dans le champ, essentiel, de la lutte contre le tabagisme en usant, pleinement, du levier offert par le vapotage. A ce titre c’est un appel direct lancé à Agnès Buzyn et à l’exécutif – et document qui fera date.

Voici ce texte :

« Le tabac reste la première cause de mortalité évitable de notre pays (le tabac tue 1 personne sur 8) : 75.000 décès annuels selon le dernier rapport de 2019 de l’Agence Nationale de Santé Publique… soit plus de 8 millions de personnes chaque année dans le monde pour l’OMS dans son dernier rapport de cette année.

Près de 80% du 1,1 milliard de fumeurs dans le monde (pour 740 milliards de cigarettes vendues par an) vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, où les marchés de la cigarette prospèrent….

Chaque jour est confirmée la triste affirmation faite par Robert Proctor dans son ouvrage « Golden Holocauste » selon laquelle la cigarette est « l’invention la plus meurtrière de toute l’histoire de l’humanité »…

Dans un monde où circulent des informations contradictoires, une enquête réalisée par BVA sur internet auprès d’un échantillon de 1.000 français, les 5 et 6 septembre 2019, délivre ce résultat catastrophique : 80% des personnes sondées (18 ans et plus ; ½ de non-fumeurs et ½ d’anciens fumeurs ; pas de différence nette observée entre les catégorie socioprofessionnelles) croient que la nicotine est cancérigène ! Ce sondage nous dit aussi que pour près de 3 français sur 5 vapoter est au moins aussi dangereux que fumer.

Pourquoi cette « résistance » au vapotage ?… alors même que le Baromètre Tabac de l’ANSP de 2019 (les baromètres tabac sont annualisés depuis 2014) indique que le vapotage est le moyen le plus utilisé par les fumeurs pour arrêter de fumer !

Je vous propose 5 points d’analyse (les 5 doigts de la main du vapoteur…) permettant d’expliquer cette « résistance » des décideurs à ce moyen de réduction des risques qu’est le vapotage et la « méfiance » qu’il continue de leur inspirer.

1er point. Un cadre législatif qui n’encourage pas les décideurs

La Directive Européenne a certes permis d’implémenter le programme national de réduction du tabagisme (PNRT ; sept. 2014) dans la Loi de Modernisation du Système de Santé (LMSS) de janvier 2016.

La LMSS de 2016 a permis la mise en place du paquet neutre, l’extension du forfait pour les substituts nicotiniques (devenu depuis prise en charge de droit commun par l’assurance maladie), autorisé l’extension, à plusieurs professions de santé, de la prescription des substituts nicotiniques, a imposé aussi l’obligation légale de transparence des acteurs de la vie publique vis-à-vis de l’industrie du tabac et la codétermination des prix du tabac par les ministères de la santé et des finances.

Cette dernière mesure a facilité en 2017 la mise en œuvre dans la durée d’une politique de relèvement soutenu des prix et la création d’un Fonds de lutte contre le tabac au sein de la CNAM. Ce Fonds permet aujourd’hui le financement d’actions nouvelles et de recherche en matière de lutte contre le tabac et en faveur du vapotage. J’y reviendrai.

La politique « volontariste » de 2016, accompagnée d’un large « marketing social » avec le lancement de l’opération Moi(s) Sans Tabac, a permis d’obtenir la baisse d’un million du nombre de fumeurs quotidiens entre 2016 et 2017. En complément, l’augmentation des prix de 2017 a entraîné une nouvelle baisse de 600.000 fumeurs, soit, au total, une baisse de 1.6 million de fumeurs entre 2016 et 2018 (BEH de 2019 de l’ANSP ; publié annuellement depuis le PNRT).

Cette baisse de la prévalence du tabagisme de 4 points l’amène aujourd’hui à 25,4% de la population et rend atteignable l’objectif du PNRT, réaffirmé par le Programme National de Lutte contre le Tabac 2018-2022 (PNLT), de passer en 2024 à une prévalence de moins de 20% de la population…

Aujourd’hui, la troisième partie du Code de la santé publique traite de la « lutte contre le tabagisme » et a bien inscrit, à ce titre, un nouveau chapitre sur « les produits du vapotage » distinct du chapitre historique des « produits du tabac ». Si des distinctions ont ainsi bien été apportées entre tabagisme et vapotage, sur les lieux publics de consommation par exemple, il n’en va pas de même, toutefois, pour d’autres sujets, comme celui de la publicité et de la propagande.

Pour autant, la mise en place de la législation actuelle aura servi de contexte favorable à la « mise en place d’une politique publique tournée vers le recours au vapotage pour le sevrage ». Si les ventes de tabac ont baissé de 1,4 % entre 2016 et 2017 et à nouveau de près de 10 % entre 2017 et 2018, que la vente des traitements substituts nicotiniques augmentait de 28,5 %, les ventes des produits du vapotage (e-cigarettes et e-liquides), auront augmenté de 15% en 2017 et de 21% en 2018, selon une étude Xerfi.

Si le vapotage permet de réduire (selon les données de l’ANSP), le nombre de fumeurs de 100.000 par an en moyenne (700.000 en 7 ans entre 2011 et 2018), il est possible d’estimer (estimation personnelle), quelques années après le début du sevrage par le vapotage, une diminution des dépenses de l’assurance maladie d’environ 100 millions d’euros par an, soit 700 millions sur 7 ans (en considérant, au travers d’estimations prudentes, les dépenses liées au tabac à environ 13,5 milliards d’euros par an (chiffre 2017) pour un nombre de fumeurs quotidiens de 13,5M, soit un coût d’environ 1.000€ par fumeur et par an).

La réalité d’une telle économie par l’arrêt du tabac devrait être rapidement appréciable, tout particulièrement en matière de risque cardiovasculaire, pour lequel une réduction de près de 40% est observée dès 5 ans après le sevrage (selon l’étude de Duncan et coll. publiée cette année dans le JAMA).

Comme je l’indiquais précédemment, le PNRT aura bien servi de contexte favorable au vapotage au moins autant qu’aux substituts nicotiniques. Tout étant affaire de perception et de comportement dans ce domaine, le succès de la vape par rapport aux substituts nicotiniques fait, dans une large mesure, appel au registre du « plaisir » (l’obtention du fameux « hit » de la vape) là où les substituts pharmaceutiques sont associés à la maladie et au traitement.

Aujourd’hui les données probantes confirment bien la supériorité du vapotage sur les substituts nicotiniques pour aider au sevrage tabagique, comme en atteste l’étude de Peter Hajek et coll. publiée récemment dans le New England Journal of Medicine, et dans laquelle 886 fumeurs d’âge médian de 41 ans, consommant 15 cig/j ont été randomisés entre 438 vapoteurs (nicotine 18 mg/ml) et 446 utilisateurs de substituts nicotiniques. Il est observé à 12 mois un taux d’abstinence quasi doublé chez les vapoteurs par rapport aux utilisateurs de substituts (18% vs 9,9% ; n = 79 vs 44)… Les critiques de la publication ont bien fait remarquer que 79% poursuivent leur vapotage contre seulement 9% qui poursuivent leurs substituts nicotiniques… Autrement dit, passée l’année de sevrage, les vapoteurs continuent de vapoter… Est-ce un échec pour autant ? Nous allons y revenir.

2ème point. Les décideurs demeurent inquiets d’une toxicité méconnue de la vape…

Les autorités de santé publique indiquent que le vapotage n’offre aujourd’hui qu’un recul de seulement 10 ans depuis son apparition quant à la possibilité d’observer ses conséquences sur le plan sanitaire, et que le « principe de précaution » s’impose donc.

De fait, des épisodes sanitaires inquiétants et très médiatisés ont été observés récemment. Le 26 août, les CDC d’Altlanta aux USA ont révélé une « mystérieuse » maladie pulmonaire qui a touché plusieurs centaines d’utilisateurs du vapotage dont quelques-uns sont décédés. On rappellera ici, pour faire bonne mesure, que le tabagisme est considéré responsable de 480.000 morts par an (1.500 morts par jour !) aux USA. Le 9 septembre, soit une quinzaine de jours seulement après la déclaration des CDC, la « maladie pulmonaire » des vapoteurs était rattachée à l’utilisation de produits de la vape contenant de l’huile de tétrahydrocannabinol (THC) et d’acétate de vitamine E entraînant une pneumopathie lipidique exogène aiguë, dont le traitement efficace a été le recours à la corticothérapie.

En Europe, et en France à ce jour, aucun cas de pneumopathie équivalente après consommation de produits du vapotage d’origine européenne n’a été enregistré. Le Directeur général de l’ANSES, qui a indiqué que la vitamine E ou les produits à base de THC ne sont pas autorisés en Europe ou en France, a rappelé qu’en Europe un système de déclaration obligatoire impose à tous les fabricants de produits de vapotage de déposer la composition intégrale de ces produits (soit 1.200 produits différents), l’ANSES ayant pour mission de vérifier ensuite par échantillonnage ces déclarations.

Des travaux expérimentaux sont également régulièrement rapportés pour annoncer les risques de lésions tissulaires induites pas la « e-cigarette » et contribuent de fait à la « visibilisation » de la nocivité de la « e-cigarette »… Une dernière étude publiée début octobre cette année (dans les Proceedings of the National Academy of Sciences) indique ainsi que la vapeur issue du vapotage induit des lésions carcinologiques pulmonaires et vésicales chez des souris. Mais… Les auteurs rappellent cependant, dans le même temps, que chez le « rat » (à la différence de la souris) aucun effet carcinogène n’a été observé dans les mêmes conditions expérimentales…

Que dire de ces éléments ?

Premièrement, que la surveillance sanitaire s’impose à tout produit de consommation courante… Il en va des produits du vapotage comme du lait en poudre… ; deuxièmement, que la recherche et son financement doivent favoriser les études de cohorte chez l’humain ; troisièmement, que les e-liquides ne contiennent pas les « plus de 4 000 substances chimiques du tabac fumé, parmi lesquelles des irritants, des produits toxiques (goudrons, monoxyde de carbone…) et plus de 50 substances qui peuvent provoquer ou favoriser l’apparition de cancer » tel que rapporté par l’OMS. L’Organisation considère d’ailleurs que toutes les formes de consommation de tabac sont nocives, y compris les produits du tabac chauffé.

3ème point. Les décideurs estiment que l’usage de la vape se prolonge au-delà du sevrage tabagique…

Une partie des utilisateurs des produits du vapotage sont des fumeurs qu’on appelle des utilisateurs « double » car ils consomment en alternance des cigarettes traditionnelles et des produits du vapotage.

Selon les résultats du dernier Baromètre de l’ANSP, les utilisateurs doubles étaient moins de 1% à n’avoir jamais fumé. 26% de ces utilisateurs double ont baissé de moitié leur consommation avec le vapotage contre seulement 11% parmi les fumeurs exclusifs. Parmi les utilisateurs double, 23% ont fait une tentative d’arrêt d’au moins 7 jours contre seulement 11 % des fumeurs.

Il est en général indiqué que même une petite consommation de tabac (1 à 5 cigarettes par jour) est associée à une augmentation des risques pour la santé. Pourtant l’étude référencée le plus souvent (K Bjartveit, A Tverdal, Tobacco Control 2005) pour étayer cette affirmation montre bien que le risque relatif de développer un cancer du poumon est bel et bien réduit par un facteur 15 quand on diminue le nombre de cigarettes/j d’un paquet ou plus à moins de 5 cigarettes/j…

Notre système de santé français est tourné vers la supériorité des soins curatifs par rapport aux techniques de réduction des risques et préfère ainsi l’abstinence totale par rapport à la substitution d’une consommation addictive par une alternative moins nocive.

4ème point. Les jeunes entreraient dans une nouvelle « addiction », celle de la vape ? Elle engagerait vers une re-normalisation du tabagisme ?

L’alerte médiatique vient une fois encore des Etats-Unis. Ils ont observé que l’usage de la cigarette électronique a doublé chez les adolescents américains entre 2017 et 2019. Le NIDA (l’institut national américain dédié à la toxicomanie) attribue cette hausse au dispositif proposé par Juul Labs introduisant la nicotine lui permettant de devenir le n°1 de la « e-cigarette » dans ce pays. Qu’en sera-t-il de la France alors que cette « e-cigarette » est disponible chez nous depuis décembre 2018 ?

Remarquons ici que Juul Labs (start up créée en 2015) s’est marié avec Altria (propriétaire de Marlboro) et a créé un consortium d’intérêts entre l’industrie du tabac et du vapotage qui n’est pas sans susciter interrogations et inquiétudes, alors même qu’il nous faut veiller (nous dit l’OMS) à ce que les activités de lutte antitabac ne soient pas influencées par les intérêts commerciaux liés aux inhalateurs électroniques, y compris les intérêts de l’industrie du tabac.

Une hausse de l’utilisation des produits du vapotage est bien constatée également chez les jeunes collégiens et lycéens 11-18 ans en France (enquête Enclass OFDT 2018) : l’expérimentation est passée d’un tiers des jeunes sondés en 2015, à la moitié en 2018, mais seulement une minorité a essayé le vapotage sans avoir expérimenté l’usage du tabac (9,8% en 2018 contre 3,7% en 2015).

L’étude PETAL (OFDT-Inserm) confirme effectivement que la moitié des adolescents de 17 ans ont expérimenté le vapotage (52%) contre 59% pour la cigarette ; la majorité d’entre eux sont des fumeurs quotidiens ; 7,7% d’entre eux n’ont jamais expérimenté le tabac et seulement 2% font état d’un usage régulier du vapotage.

Les chiffres que nous présente aujourd’hui le Dr David Levy (Université Georgestown de Washington) montrent qu’il n’existe pas entre 2011 et 2018 chez les jeunes américains d’augmentation du tabagisme résultant du vapotage, alors même que la réduction du tabagisme chez eux depuis 2004 a bel et bien continué. Elle semble même s’être accélérée depuis l’apparition de la vape en 2011.

Les résultats présentés par le Dr Leonie Brose du King’s College de Londres sont consistants avec ces données nord-américaines : le vapotage n’est utilisé que chez 5% des 16-17 ans, et en majorité par des fumeurs habituels ; en même temps a été observée une réduction continue du tabagisme dans la même classe d’âge de 23% en 2007 à 5% en 2019, avec une accélération ces deux dernières années.

Pour le Pr Bertrand Dautzenberg (Etude de 2013 à 2017 auprès de 17.435 collégiens et lycéens parisiens de 12 à 19 ans sur leur utilisation de l’e-cigarette et de la cigarette classique) le nombre global de vapoteurs, de fumeurs exclusifs et de ceux qui associent les deux diminue depuis 2013 et la proportion de ceux associant les deux modes de consommation est passée de 26% à 16 %.

Rien ne confirme donc à ce jour que les produits du vapotage peuvent servir, chez les jeunes, de passerelle vers le tabagisme ou faciliter la re-normalisation du tabagisme en société comme le craint le dernier rapport de l’OMS.

5ème point. Que dire de l’insuffisance de publications mise en avant par les décideurs?

L’absence de publications est-elle si « criante » ? Manque-t-on totalement de données ? Il me semble que le texte qui précède indique au contraire que beaucoup de résultats de travaux sont aujourd’hui disponibles… Cependant, toujours plus de recherche est nécessaire. La recherche de maintenant c’est la santé de demain. Le financement de la recherche dans le domaine du vapotage constitue donc un enjeu considérable tant sont cruciales les questions relatives à l’observation de l’amélioration de la santé des vapoteurs anciens fumeurs, aux effets du vapotage au long cours, aux sujets relatifs aux sciences humaines et sociales permettant d’approfondir ce qui s’apparente à un nouveau comportement de vie.

Pour mémoire, le Fonds de lutte contre le tabac, issu de la LMSS de 2016, a été doté d’un premier montant de 100 M€ en 2018, et de près de 120 M€ en 2019 dont 15 M€ (seulement ?) chaque année pour des travaux de recherche proposés par l’INCa, l’IReSP ou l’Inserm. Huit projets « e-cigarette » ont ainsi été financés entre 2016-2018 ; et 3 projets ont été soumis pour 2019.

On peut citer pour exemple : 1/PETAL : Les politiques de lutte contre le tabagisme à l’égard des adolescents et jeunes adultes : comprendre l’impact des politiques mises en œuvre et explorer de futures opportunités en matière des politiques publiques ; 2/Electra-Share trajectories of the electronic cigarette use in the i-Share project : la cigarette électronique chez les adultes jeunes : trajectoires d’usage et facteurs associés ; 3/Cig-ElecTra : Étude longitudinale des trajectoires de consommation de cigarettes électroniques et de tabac dans la cohorte CONSTANCES ; 4/YEMI – Marketing et e-cigarette: état des lieux et influences sur les jeunes ; 5/RESPIR (Impact respiratoire de l’exposition à long terme à la cigarette électronique. Modélisation animale des processus addictifs liés à l’usage de la e-cigarette : marqueurs comportementaux, neurobiologiques et marqueurs pulmonaires).

On notera au passage l’absence de projet de recherche sur l’impact économique du vapotage…

Ce qui est certainement le plus déficitaire consiste en l’absence de professionnels de santé formés aux questions du sevrage et des produits de substitution…

La prise de conscience que nos professionnels du soin sont insuffisamment formés à la promotion de la santé est aujourd’hui une évidence.

On ne peut que se féliciter de la mise en place du service sanitaire pour près de 48.000 étudiants en santé par an, depuis la rentrée 2018. Ces étudiants pourront aborder avec un œil neuf les questions relatives à la prévention et à la promotion de la santé, aux questions de dépistages et de repérages précoces, ou de réduction des risques… Mais aussi, nous l’espérons, à celle de la « démocratie en santé »… question de formation qui devrait être abordée avec le secteur associatif !

Les associations du vapotage ont démontré leur capacité à élaborer des solutions favorables au système de santé publique dans lequel nous vivons. Je cite, à titre d’exemples, la FIVAPE (filière professionnelle du vapotage indépendante de l’industrie du tabac) et l’AIDUCE (représentante des usagers de cigarettes électroniques) qui ont œuvré en faveur de la création d’une commission de normalisation à l’AFNOR, afin de donner des gages de respect de certaines normes de production permettant la réduction de la non-qualité… ou la Vape du Coeur qui a obtenu l’autorisation de mener les opérations de distribution de produits du vapotage auprès des populations en difficultés financières, autorisation délivrée par les pouvoirs publics et permettant à l’association d’être reconnue d’intérêt général en 2018 et de bénéficier d’un crédit d’impôt.

Il reste vraiment à espérer que les « sujets de formation aux question de lutte contre le tabac » seront abordés avec suffisamment d’engagement… La formation de tous les professionnels de santé à toutes les ressources utilisables pour le sevrage, en particulier le vapotage, doit être au rendez-vous.

En conclusion : Le paradoxe d’un principe de précaution qui s’oppose à une méthode de réduction des risques…

Si nous assistons bien à une intégration de la cigarette électronique dans les programmes de lutte contre le tabagisme, les pouvoirs publics la reconnaissent-ils ?

La position de précaution à l’égard du vapotage persistante est à double tranchant : d’un côté, elle évite aux pouvoirs publics d’être un jour accusés d’avoir promu une consommation dangereuse pour la santé (si des effets nocifs du vapotage devaient in fine être mis en évidence) ; de l’autre, elle expose ces mêmes pouvoirs publics de n’avoir pas favorisé le vapotage comme une solution de substitution au tabagisme permettant d’éviter millions de morts et de maladies.

Autrement dit, l’utilisation du vapotage est encouragée par les pouvoirs publics (de manière indirecte par le dialogue avec les agences publiques par exemple) mais sans faire l’objet d’une véritable déclaration officielle.

Et pourtant les associations de « militants pro-vape » ont été sollicitées pour jouer un rôle dans les dernières campagnes Moi(s) Sans Tabac et sont intégrées au comité de coordination du PNLT… Ces mêmes associations qui prônent le mode d’encadrement britannique du vapotage.

En effet, la stratégie suivie par la Grande Bretagne (ainsi que celles du Canada et de la Nouvelle-Zélande) est pro-vape et les « stop smoking services » placent la « e-cigarette » (une terminologie que le NHS souhaite abandonner) comme l’outil le plus utilisé pour engager le sevrage. Le NHS indique que le vapotage doit être proposé par les professionnels de santé.

De même, l’interdiction d’être qualifiée de produit du sevrage tabagique ne pèse pas sur la cigarette électronique britannique alors qu’elle s’applique à son homologue française…

Pour conclure de ces cinq points d’analyse, le vapotage se présente aujourd’hui comme un outil efficace de réduction des risques, adopté par des consommateurs responsables et désireux d’éviter les pratiques nocives pour leur santé. Son utilité pourrait être enfin confortée par une décision publique d’encourager son recours reconnu comme outil du sevrage tabagique. »

Big Tobacco : faut-il vraiment s’attaquer à la cigarette par le petit bout de la lorgnette ?

Bonjour

Biaiser. C’est une information du Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret) : « Tabac : un député veut interdire la commercialisation des cigarettes dotées de filtres non recyclables ». Il se nomme François-Michel Lambert (ex-EELV, aujourd’hui membre du groupe Libertés et territoires, Bouches-du-Rhône).

François-Michel Lambert ? Natif de La Havane (Cuba), 53 ans,  après seize années chez Pernod-Ricard (responsable packaging, logisticien) entreprend des études en management logistique pour faire du conseil en prospective, notamment auprès des collectivités territoriales en aménagement du territoire. Député depuis 2012. En 2013, il fonde l’Institut de l’économie circulaire dont il assure la présidence (composé de 200 membres, entreprises, collectivités, ONG, écoles, cet institut a pour objectif de définir et mettre en œuvre une transformation du modèle économique pour sortir d’une société de gaspillage).

Aujourd’hui M. Lambert entend faire interdire par la loi les cigarettes dont les filtres ne seraient pas compostables. « Les mégots constituent la première source de pollution des rivières et des océans » argue-t-il.  Les mégots constituent la première source de pollution des rivières et des océans. Chaque petit bout de cigarette contient une cinquantaine de substances chimiques toxiques et met douze ans pour disparaître ! ».

Libéber les fumeurs de leur esclavage

M. Lambert n’est pas le premier à s’intéresser aux mégots. Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire s’était déjà, il y a un an, vantée de rencontrer, sur le sujet, Big Tobacco.  (et en charge des mégots) a rencontré les ambassadeurs de Big Tobacco. On estime à trente milliards le nombre de mégots jetés chaque année en France. Depuis un an Mme Poirson tente de convaincre les cigarettiers de prendre en charge la collecte et le recyclage. Ecoutée elle n’est guère entendue.

 Ce que l’exécutif peine à obtenir peut-il être imposé via le législatif ? L’application du principe « pollueur-payeur » à l’industrie du tabac, prévue pour le 1er janvier 2021, est d’ailleurs inscrite dans le projet de loi sur l’économie circulaire  qui devrait être examiné à l’Assemblée nationale avant la fin de l’année.

« Mais pour le député Lambert, la mesure est encore trop timide. « Ça équivaut à donner un permis de polluer, explique-t‑il au JDD.  Les fabricants vont verser une écotaxe, mais elle sera reportée sur le prix du paquet. Ce sera du greenwashing, et au final la société continuera de financer les dégâts écologiques. » » D’où son idée d’imposer le « mégot recyclable ». Une idée formulée en un unique et bref article de loi : « Interdire la commercialisation de toute cigarette utilisant un filtre non compostable à partir du 1er janvier 2022. » »

Il suffisait d’y penser. Et on voit mal qui pourrait s’opposer à cette nouvelle tentative de moins dégrader notre environnement. Pour autant on voit mal en quoi la fin des filtres non compostables constituerait une mesure de nature à libérer les fumeurs de leur esclavage. Serait-ce un progrès que de continuer à fumer dans un environnement moins pollué ? Mme Poirson et Mr Lambert sont certes sur le bon chemin, il ne leur reste plus qu’à regarder la cigarette par l’autre bout, sanitaire et politique, de la lorgnette.

A demain @jynau

Rigueur scientifique: comment tuer efficacement des souris grâce à la cigarette électronique

Bonjour

Tout (ou presque) est scientifiquement démontrable à qui entend scientifiquement démontrer. Ou quand l’objectif justifie les moyens techniques. Ainsi cette étude américaine publiée dans les prestigieux PNAS : « Electronic-cigarette smoke induces lung adenocarcinoma and bladder urothelial hyperplasia in mice » (Moon-shong Tang, Xue-Ru Wu, Hyun-Wook Lee, Yong Xia, Fang-Ming Deng, Andre L. Moreira, Lung-Chi Chen, William C. Huang, and Herbert Lepor).

Une étude reprise et heureusement décryptée par France Info : « Que penser de l’étude américaine qui fait le lien entre cigarette électronique et cancer chez les souris ? » (Marie-Jeanne Delepaul). Puis par vapingpost.com : « Vape, souris, et cancer : une nouvelle étude alarmiste pointe le bout de son museau » (Alistair). Ainsi que par Vapolitique « Alerte au nouveau bad buzz sur le risque de cancer chez des souris avec le vapotage » (Philippe Poirson).

On y apprend que 22,5 % des souris exposées à des vapeurs de cigarette électronique développent un cancer du poumon tandis que 57,5% développent des tumeurs de la vessie. Un travail mené sur quarante souris pendant 54 semaines Elles les respiraient les vapeurs quatre heures par jour, cinq jours par semaine.

Frileux politiques français

Pr Bertrand Dautzenberg, pneumo-tabacologue : « C’est un vapotage extrême en-dehors de toute réalité. »

Sébastien Anthérieu, enseignant-chercheur en toxicologie à l’université de Lille : « Ces doses paraissent très élevées, surtout pour une souris. Il s’agit d’une étude isolée portant sur un faible nombre de cas. »

Emmanuel Wiernik, chercheur en épidémiologie : « Même si une étude est bien faite pour l’animal, c’est compliqué de tirer des conclusions pour les humains »

Les humains, précisément, qu’observent-ils sur eux-mêmes ? « La difficulté, c’est que les personnes qui vapotent sont d’anciens gros fumeurs donc c’est compliqué d’analyser ce qui est en cause s’ils développent des cancers ou des pathologies, explique Emmanuel Wiernik à France Info. « Les études publiées sur la question sont pour la plupart biaisées, selon que les chercheurs soient pro ou anti cigarette électronique » accuse le Pr Dautzenberg. 

Où l’on voit (une nouvelle fois) que la passion conduit à toutes les extrémités scientifiques. Et que chez les responsables frileux politiques français le principe de précaution vient contrecarrer l’indispensable réduction des risques tabagiques.

A demain @jynau

Accouchement et transparence: à quand la liste des maternités françaises «malveillantes» ?

Bonjour

La quête de la transparence et la volonté de classement sont désormais sans limites. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) n’est pas épargné. Il vient, rapporte l’AFP, de présenter un nouveau « label » : il sera attribué aux maternités «qui s’engagent à mettre la bienveillance au centre» de leurs activités et «qui acceptent la transparence» sur leurs pratiques.

Cette initiative, dont le projet avait été annoncé fin 2017, est l’une des réponses de la profession aux récentes, récurrentes et troublantes accusations de «violences obstétricales», gestes médicaux « inappropriés » ou « pratiqués sans consentement » – accusations qui s’étaient multipliées sur les réseaux sociaux et dans différents médias généralistes.   

Les maternités labellisées «CNGOF» s’engagent à respecter douze critères (possibilité pour les patientes de «vivre un accouchement démédicalisé» en l’absence de facteur de risque ; amélioration de l’information des femmes enceintes ;  transparence sur les taux d’épisiotomie, d’accouchements déclenchés et de césariennes etc). Le mécanisme a été expliqué pat le Pr Israël Nisand, président du CNGOF au cours d’une conférence de presse. L’évaluation du respect de ces critères ? Elle sera en partie confiée «aux femmes elles-mêmes», avec un questionnaire «trois jours, puis trois mois après leur accouchement».

Appel politique à Agnès Buzyn et à Marlène Schiappa.

 «Nous sommes la première spécialité médicale à procéder ainsi et chaque établissement labellisé disposera d’un précieux baromètre de qualité», souligne le Collège. Une soixantaine d’établissements ont d’ores et déjà demandé à en bénéficier et une dizaine sont déjà labellisés de façon provisoire – sur la base de leurs statistiques d’activité actuelles et de leur engagement à respecter cette démarche de «bientraitance». Par la suite le respect des critères sera ensuite vérifié tous les ans pour prolonger ou retirer le label.

Mieux encore : l’amélioration de l’information des patientes s’appuie sur le site internet Maternys (vidéos thématiques et infographies en 3D illustrant le suivi de la grossesse, le déroulement de l’accouchement et la prise en charge post-natale) – son coût (5 euros par patiente) sera pris en charge par les maternités labellisées. Cette plateforme servira également de support pour recueillir la satisfaction des femmes sur leur suivi de grossesse et le déroulement de leur accouchement.

Pour mieux diffuser cet outil, le Pr Nisand demande publiquement un « soutien politique » à la ministre de la Santé Agnès Buzyn et à la secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa. Il semble d’ores et déjà acquis que cette dernière répondra.

A demain @jynau