Tuberculose : cette fille de la précarité et de la promiscuité s’installe dans la capitale

Bonjour

Ces sont quelques chiffres qui en disent malheureusement long. On les trouve dans le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire 1. Où l’on apprend que le taux de déclaration de la tuberculose (qui avait diminué en Ile-de-France depuis  2000 et qui s’était stabilisé de 2011 à 2014) est en augmentation. Cette publication porte sur les cas de « tuberculose-maladie » déclarés en Ile-de-France entre 2015 et 2017.

En 2015, 1 758 cas de tuberculose confirmés ou probables ont été déclarés en Ile-de-France, 1 809 en 2016 et 1 927 en 2017, soit une croissance de 9,6 %. L’incidence (nombre de nouveaux cas rapportés à la population) est également en hausse : 15,8 cas pour 100 000 habitants en 2017 contre 14,6 en 2015.

Tous les départements franciliens ont franchi le seuil de dix cas de tuberculose/10 000 habitants en 2017. Des disparités infra-régionales sont observées avec notamment une augmentation du nombre de cas plus importante dans la capitale, atteignant un taux de 16,8/10 000  habitants en 2017.

Ce sont quelques mots qui disent tout :

« Le taux de déclaration chez les personnes nées à l’étranger a augmenté contrairement à celui observé chez les personnes nées en France qui, lui, a diminué. Parmi les cas de tuberculose déclarés en Île-de-France, une hausse est observée chez les hommes, chez les résidents en collectivité et, parmi les personnes nées à l’étranger, chez les primo-arrivants. 

« Les populations concernées par cette augmentation sont celles souffrant le plus de précarité et de promiscuité, notamment les personnes nées à l’étranger, en hébergement collectif ou sans domicile fixe et celles arrivées récemment en France. »

Conclusion apolitique des auteurs : «  Ces observations incitent à poursuivre et renforcer l’adaptation du dépistage de ces populations à risque ». On attend la confirmation des services de la (bien nommée) ministre des Solidarités et de la Santé.

A demain

@jynau

1 Mathieu P, Mounchetrou Njoya I, Calba C, Lepoutre A, Marc E, Silue  Y. Épidémiologie de la tuberculose en Île-de-France  : une augmentation des cas déclarés en 2016 et en 2017 ? Bull Epidémiol Hebd. 2019;(14):256-62. http://beh.santepublique france.fr/beh/2019/14/2019_14_2.html

Bérézina anti-vaccinale au Conseil d’Etat : onze immunisations obligatoires et aluminium autorisé

Bonjour

C’est fait, une page vient de se tourner, une bataille est perdue, les pouvoirs législatifs et exécutifs ont gagné : le Conseil d’État vient de valider l’extension de la liste des vaccins obligatoires et de rejetter la demande de retrait de ceux qui contiennent de l’aluminium.  D’une part, le Conseil d’État estime que l’extension de la liste des vaccinations obligatoires à onze vaccins (dont huit étaient précédemment seulement recommandés), « ne méconnaît pas le droit à l’intégrité physique et au respect de la vie privée ». Il juge d’autre part que les autorités sanitaires « ont pu légalement refuser de retirer les vaccins obligatoires contenant des sels d’aluminium destinés à favoriser la réponse immunitaire ».  qui présentent un rapport entre bénéfices et risques favorable.

Dans la première affaire la Ligue nationale pour la liberté des vaccinations avait saisi le Conseil d’État d’une demande d’annulation du décret du 25 janvier 2018 relatif à la vaccination obligatoire, ayant porté de trois à onze le nombre de vaccinations obligatoires (vaccinations contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, les infections invasives à Haemophilus influenzae de type b (Hib), le virus de l’hépatite B, les infections invasives à pneumocoque, le méningocoque de sérogroupe C, la rougeole, les oreillons et la rubéole). L’association requérante invoquait principalement l’atteinte portée par cette obligation législative au droit à l’intégrité physique qui découle du droit au respect de la vie privée, garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

« Le Conseil d’État rappelle que la loi étendant la liste des vaccinations obligatoires poursuit un objectif d’amélioration de la couverture vaccinale pour, en particulier, atteindre le seuil nécessaire à une immunité au bénéfice de l’ensemble de la population. Il relève, d’une part, que les onze infections concernées sont contagieuses, voire très contagieuses, ou s’attrapent facilement, qu’elles sont graves, engageant pour certaines le pronostic vital, ou susceptibles de complications graves, et que la couverture vaccinale est aujourd’hui insuffisante, notamment pour créer une immunité collective dont bénéficient les personnes qui, en raison de contre-indications médicales, ne peuvent être vaccinées. D’autre part, ces vaccins présentent une très grande efficacité, allant jusqu’à 100 % pour certaines maladies, et leurs effets indésirables sont limités au regard de leur efficacité et des bénéfices attendus. Enfin, le Conseil d’État relève que rendre ces vaccinations obligatoires est nécessaire pour atteindre le niveau de couverture vaccinale attendu, la simple recommandation s’avérant insuffisante. »

Le Conseil d’État en déduit qu’en rendant obligatoire la vaccination contre ces onze infections, le législateur a apporté au droit au respect de la vie privée une restriction justifiée par la protection de la santé publique et rejette donc la demande d’annulation du décret attaqué.

Dans la seconde affaire,  3 000 requérants avaient saisi la ministre des Solidarités et de la Santé d’une demande tendant à ce que soient prises les mesures nécessaires pour imposer aux fabricants de vaccins de ne pas utiliser de sels d’aluminium comme adjuvants pour les vaccins obligatoires et pour les contraindre à mettre sur le marché en nombre suffisant des vaccins dépourvus de tels adjuvants. Ils demandaient au Conseil d’État d’annuler son refus.

« Le Conseil d’État précise qu’aucun lien de causalité n’a pu être établi, à ce jour, entre les sels d’aluminium présents dans huit vaccins obligatoires et les maladies auto-immunes ou l’autisme. Il rappelle que ces vaccins ont une efficacité reconnue pour prévenir des maladies infectieuses graves, pouvant mettre en jeu le pronostic vital, et qu’une baisse de la couverture vaccinale entraînerait des risques graves de réapparition de telles maladies. Il relève enfin que le recours à ces sels d’aluminium est, en l’état des connaissances scientifiques, indispensable à l’efficacité de la vaccination elle-même et que ces produits, utilisés depuis 1926, sont bien tolérés et très efficaces et ne pourraient être remplacés dans l’immédiat. »

Le Conseil d’État en déduit que le rapport entre les bénéfices et les risques des vaccins contenant des sels d’aluminium est favorable et que les autorités sanitaires ont donc pu légalement refuser leur retrait.

Où l’on voit, une nouvelle fois, comment le droit français peut tracer les frontières entre l’intérêt de la collectivité et la liberté de chaque citoyen à disposer de son corps. On attend les commentaires des contestataires.

A demain

@jynau

 

Voltarène® (diplofénac) : comment justifier que l’on puisse encore en prescrire tant ?

Bonjour

Question : le diclofénac (Voltarène® ou autre) devrait-il avoir vécu ? « Cet anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) bien connu  est utilisé par habitude, malgré un surcroît de risque avéré d’effets indésirables cardiovasculaires – et alors qu’il n’a aucun avantage par rapport à d’autres AINS comme l’ibuprofène et le naproxène »  peut-on lire dans le dernier éditorial de Prescrire.

Rappel : l’exposition à un AINS augmente les risques d’effets indésirables cardiovasculaires. Parmi les AINS, le diclofénac a été considéré pendant de nombreuses années, comme un bon choix et l’utiliser est devenu une habitude. Puis des interrogations sont apparues, comme nous le rapportions il y a six ans sur ce blog 1.

Et Prescrire de rapporter aujourd’hui les résultats d’une vaste étude danoise 2 qui confirment à nouveau les données déjà disponibles : la prise de diclofénac expose dans les trente jours suivants à davantage d’événements cardiovasculaires tels que des accidents vasculaires cérébraux ischémiques, des insuffisances cardiaques, des infarctus du myocarde, que l’ibuprofène ou le naproxène, sans la moindre contrepartie ni de meilleure efficacité, ni de moindres autres effets indésirables notamment les saignements gastriques.

Lever le pied

C’est là un constat scientifique largement partagé, par exemple par l’Agence européenne du médicament. Mais aussi un constat qui n’est pas suivi par un changement des pratiques médicales et pharmaceutiques. Ainsi, en 2018, l’assurance maladie française a remboursé environ 5,5 millions de boîtes de diclofénac pour prise orale. Prescrire :

« L’inertie des décideurs institutionnels devant le constat qu’un médicament banal est devenu plus dangereux qu’utile est une habitude qui va à l’encontre de la qualité des soins. Les patients et les professionnels qui les soignent peuvent s’affranchir de cette inertie sans attendre les institutions, en remettant en question et en supprimant l’habitude de prescrire et de prendre du diclofénac : il existe des alternatives aussi efficaces et moins risquées. Il n’y a pas de traitement « à vie » : les choix thérapeutiques sont à réviser en fonction de l’évolution des données. »

 On aimerait, ici, connaître les réponses du géant suisse Novartis et, en France, celles des responsables de notre assurance maladie.

 A demain

@jynau

1 « Les rhumatologues demandent de lever le pied sur le diclofénac (Voltarène®) » Journalisme et santé publique, 3 avril 2013

2 « Diclofénac : risque cardiovasculaire plus grand qu’avec l’ibuprofène ou le naproxène » Rev Prescrire 2019 ; 39 (427) : 353. (pdf, réservé aux abonnés)

Les « 34 de la Pitié-Salpêtrière » passent à l’attaque de Christophe Castaner

Bonjour

Salpêtrière-Castaner Acte VI. Le mea culpa linguistique de Christophe Castaner n’aura été d’aucune utilité à l’exécutif. Pire il se transforme aujourd’hui en boomerang politique et démocratique. Samedi 4 mai a, de ce point de vue, été marqué une étape essentielle dans cette affaire sans précédent et profondément moderne : la trentaine de manifestants placés en garde à vue après avoir été interpellés, le 1er mai, « sur un escalier menant à un service de réanimation » de la Pitié-Salpêtrière se sont révoltés.

Ils ont publiquement assuré qu’ils n’avaient fait que « fuir les ultra-violences policières ». En aucun cas ils ne procédaient à une « attaque » de ce service hospitalier en particulier et, a fortiori, de cet hôpital en général. Or il se trouve que cette « version des faits » est pleinement corroborée par les nombreux témoignages précieusement recueillis/recoupés par de nombreux médias ainsi que par le décryptage effectué par ces derniers (Le Monde et Libération notamment). Des témoignages qui mettent également à mal les affirmations formulées  par la directrice de La Pitié-Salpêtrière et par le directeur général de l’AP-HP – affirmations sur lesquelles Christophe Castaner dit d’être appuyé pour parler d’ « attaque » et tweeter cette information radicalement « inappropriée ».

Lors d’une conférence de presse à Paris, une dizaine de ces personnes regroupées au sein du collectif « Les 34 de la Pitié » ont lu, à plusieurs voix, une déclaration commune pour raconter ce qu’ils avaient « vécu ensemble ». « Cette déclaration a été ‘’validée’ par l’ensemble des interpellés, ont-ils souligné » précise l’AFP.

Pluie lacymogènée

L’un d’entre eux, Johann Maheut, ajoute l’agence, avait par ailleurs livré un récit édifiant quelques heures plus tôt sur son compte Facebook. Le 1er mai vers 16 heures, alors que la manifestation est calme et que le cortège est bloqué en attendant de continuer vers la place d’Italie, « une pluie de palets lacrymogènes s’abat sur l’ensemble de la foule compacte […] sans aucune explication, ni sommation », écrit-il. « Autour de moi, pas de casseurs ni de supposés “Blacks-Blocs”, seulement des gens ordinaires de tous âges ».

Le récit que fait le collectif des gardés à vue ne dit pas autre chose. Alors que le cortège du 1er-mai, scindé en deux par les forces de l’ordre, était noyé sous « une pluie de lacrymogène et de LBD » boulevard de l’Hôpital et que « tout le monde était visé, y compris un grand nombre d’enfants et de personnes fragiles », « seules deux options s’offraient à nous : subir des coups (…) ou se réfugier dans un espace aéré », ont-ils expliqué.

 « Pour fuir ces ultra-violences policières », ces manifestants, « terrifiés », se sont engouffrés par une « grille ouverte » de l’hôpital, où ils se sont « réfugiés sous l’effet de la panique ». Mais, « brusquement », des CRS les ont « chargés », expliquent-ils, alors que « des voltigeurs » sont arrivés de l’autre côté. C’est alors qu’ils ont pris un escalier pour demander « le droit d’asile ».

« A aucun moment nous ne savions qu’il s’agissait du service de réanimation », ont-ils assuré, insistant sur le fait qu’ils n’étaient « jamais rentrés dans le bâtiment » et qu’il ne s’agissait de leur part ni d’une « attaque, ni d’une intrusion violente », mais que « le but » était « bien de se réfugier ».

Humiliations et garde à vue

Ces manifestants ont été interpellés peu après par les CRS auxquels ils n’ont opposé « aucune violence »Johann Maheut raconte la suite sur Facebook « Un CRS fera redescendre tout le monde, alors que j’arrive au bas de l’escalier, une partie de notre groupe ainsi formé est allongé au sol face contre terre, les mains sur la tête. Commence alors notre interpellation et toutes les humiliations qui vont avec. Nous remettons nos pièces d’identité, puis la palpation commence, un par un. La fouille ne donne rien, pas même un masque à gaz. »

« Dans le bus, l’ambiance est détendue même si chacun se demande ce qu’il va nous arriver, nous n’imaginons pas encore la garde à vue. Comme vous le voyez sur ma photo de l’intérieur du bus, le profil des interpellés est loin de la description faite par M. Castaner », poursuit-il.

Le collectif a ensuite dénoncé des « violences » à leur encontre au dépôt de police et raconté les conditions difficiles de leurs « vingt-huit [à] trente heures » de garde à vue, avec une « pression psychologique intense », sans pouvoir voir leurs avocats.

Ce n’est qu’au Palais de justice qu’ils se sont rendu compte, en découvrant la polémique entourant leur histoire, qu’ils avaient été « victimes d’un engrenage politique » qui les « dépassait ». Une manifestation « déclarée et autorisée » s’est « transformée en cauchemar », ont-ils poursuivi, en évoquant des « événements incompréhensibles et inadmissibles ». Auparavant, ces manifestants, « encore sous enquête préliminaire », avaient remercié les « travailleurs et travailleuses de l’hôpital de la Salpêtrière qui ont fait émerger la vérité ».

« Accepter de revenir sur ses mots, ça ne me pose aucun problème, avait déclaré Christophe Castaner lors de qu’il ne voulait pas présenter come un mea culpa. C’est naturel aussi qu’un homme politique soit un homme qui (…) puisse se dire qu’une situation a évolué. »

Jusqu’où ira, désormais, l’évolution de la situation ?

A demain

@jynau

Affaire de la Pitié-Salpêtrière : il aurait fallu interdire Tweeter à Christophe Castaner

Bonjour

Salpêtrière-Castaner Acte V. Vendredi 3 mai Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur a donc reconnu qu’il n’aurait pas dû employer le terme “attaque” » mais plutôt celui « d’intrusion violente ». Or bien loin de calmer le jeu, ce mea culpa a minima ministériel a amplifié les attaques dont il est  désormais la cible.

« Accepter de revenir sur ses mots, ça ne me pose aucun problème, a encore déclaré Christophe Castaner. C’est naturel aussi qu’un homme politique soit un homme qui (…) puisse se dire qu’une situation a évolué. » Certes. Mais le problème se situe en amont, pas en aval. Il est dans le besoin quasi obsessionnel du ministre de tweeter. Un phénomène épidémique dans les sphère politique ; une obsession qui nourrit à la fois l’ego narcissisé et la quête irréfragable de pouvoir de l’exécutif.

La séquence Castaner-Salpêtrière est, de ce point de vue, parfaitement décryptée dans Le Monde (Cécile Bouanchaud) par  le sociologue Gérald Bronner. Pour ce dernier le ministre de l’Intérieur (une fois encore) a favorisé l’émotion face – et ce alors même que le pouvoir politique a, en démocratie, le devoir de favoriser l’expression de la raison. Extraits :

« (…)  cette précipitation de Christophe Castaner à réagir illustre ce que j’appelle la contamination du croire par le désir. C’est-à-dire croire en un fait ou un récit parce que cela arrange notre représentation du monde. C’est un classique en politique, et pas seulement en politique, nous fonctionnons tous sur ce schéma.

S’agissant de Christophe Castaner, il y a plusieurs hypothèses. La première étant de penser qu’il a entendu de la part de certaines sources qu’il s’agissait d’une attaque et qu’il a repris l’information telle quelle, alors qu’il aurait fallu suspendre son jugement. Dans ce cas, on peut donc, au minimum, lui faire le reproche d’avoir parlé trop vite, en se précipitant sur une ‘’bonne’’ mauvaise nouvelle. Cette précipitation émotionnelle n’est pas admissible de la part d’un homme politique.

L’autre cas de figure est plus cynique et consiste à penser qu’il savait que ce n’était pas une intrusion violente, mais qu’il a décidé de parler d’attaque, se disant que les gens n’en sauraient rien. Dans les deux cas, nous sommes dans des exemples de ce que j’appelle la déchéance de rationalité (…) 

Avec les chaînes d’information en continu et les réseaux sociaux, les politiques semblent être en concurrence permanente entre eux. Il faut être le premier à s’indigner. Les politiques tombent alors dans cette ‘’prise de risque’’ de donner l’information le plus vite possible, pour attirer l’attention, au risque qu’elle soit fausse. Chaque jour, des politiques commentent l’actualité en divulguant des informations imprécises, voire erronées. Il se joue une équation entre l’envie d’être visible et l’envie que telle information soit vraie. »

Gérald Bronner observe encore, comme nous tous la « pression concurrentielle sur le marché de l’information » ouvre continuellement les vannes aux flots émotionnels, et ce d’autant que l’émotion est un accélérateur puissant d’information. Or, précisément, en tant que ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner a des responsabilités spécifiqeus – à commencer, à commencer celle « d’assujettir ses émotions à sa rationalité ». « Plus que jamais, les politiques ont donc le devoir de ralentir la course de l’information et son interprétation, prévient le sociologue. Sans cela, le niveau de méfiance des citoyens, qui n’a jamais été aussi haut, risque d’être encore plus entamé. »

Pour l’heure, hasard ou pas, on gardera en mémoire que le désormais tristement célèbre tweet ministériel émotionnel fut posté à un jet de grenade de la statue de Philippe Pinel . Pinel, médecin psychiatre resté célèbre pour l’abolition de l’entrave des malades mentaux par des chaînes. Pinel qui œuvra pour la raison et dont la mémoire est honorée, à Paris, par une statue érigée devant l’entrée de La Salpêtrière.

A demain

@jynau

Un député macroniste relance la polémique sur la mort de Malik Oussekine (1964-1986)

Bonjour

Mai 2019, nouvelles manifestations, nouvelles violences, nouvelles polémiques avec, déjà la fulgurante « affaire de La Pitié Salpêtrière ». Et puis ce retour vers un passé de trente-trois ans.

Jean-Michel Fauvergue, 62 ans, est député (LREM, Seine-et-Marne). Il est aussi (et surtout) connu des médias pour avoir dirigé le Raid. Connu aussi, depuis peu, pour avoir, sur le plateau de l’émission « C à vous », plaidé pour une stratégie de maintien de l’ordre plus mobile et relancé une peu glorieuse polémique sur la mort, à Paris dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, de Malik Oussekine.

A la veille du 1er-Mai il a évoqué les techniques de maintien de l’ordre actuellement en vigueur. Préconisant une « stratégie mobile » plutôt que « statique » pour cadrer les manifestations, il observe que l’on va davantage «au contact en province». « Paris a été empêché de ça par l’affaire Malik Oussekine, a ajouté Jean-Michel Fauvergue. Il faut l’oublier maintenant, il faut oublier cette affaire Malik Oussekine».

Précisons que les circonstances de la mort de Malik Oussekine, devenue un symbole des violences policières,  entraînera la dissolution des pelotons de «voltigeurs» (un policier conduit la moto tandis que, derrière lui, son binôme est armé d’une matraque) et renforcera le principe de la « mise à distance » par les forces de l’ordre dans les manifestations. Les déclarations de M. Fauvergue ont aussitôt soulevé une polémique.

Violence policière

«Il y a dans [la phrase du député Fauvergue] une défaite morale et politique totale»condamne le fondateur du mouvement Génération·s, Benoît Hamon, qui y voit «banalisation de la répression et encouragement à la violence policière».

 «Voilà pourquoi, LREM, on ne peut avoir confiance dans votre conception du monde», estime le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure.

Son homologue du PCF, Fabien Roussel, fustige pour sa part une «déclaration honteuse d’un député La République en marche… ou plutôt de la République en mode matraque» .

Le député de La France insoumise Alexis Corbière rappelle que «rien ne justifie qu’un être humain meure sous des coups de matraque. L’oublier, c’est trahir la dure mission» confiée aux policiers et aux gendarmes.

Aurélien Taché, rare député LREM à réagir aux déclarations de son collègue, estime, lui, que «ce sont les tragédies comme celles de Malik Oussekine qui affaiblissent la République. Si nous voulons la défendre, il ne faut donc jamais l’oublier».

Sans se dédire, Jean-Michel Fauvergue a voulu préciser ses propos. Dans une interview au Parisien, il assure  qu’«il ne faut pas oublier Malik Oussekine, ce garçon victime de violences policières». «Ce que je veux dire, c’est que dans l’esprit, il ne faut pas que les pouvoirs publics soient empêchés lors des manifestations actuelles de défendre les manifestants et les commerçants. La République doit se défendre», corrige le député, guère ébranlé par l’émoi qu’a suscité sa déclaration. Des critiques qui, à ses yeux, «relèvent de la bien-pensance ».

Malik Oussekine. Les causes de sa mort firent polémiques et les résultats de l’autopsie médico-légale ne furent pas toujours simple à décrypter. Agé de 22 ans, il avait été retrouvé dans le coma, le 6 décembre 1986, à la hauteur du n°20 rue Monsieur-le-Prince, dans le 6ème arrondissement de Paris.  Il souffrait d’insuffisance rénale, conséquence d’une malformation rénale congénitale. Cette malformation avait nécessité une intervention chirurgicale et la pose, en permanence, d’une poche de dérivation urinaire. Depuis plusieurs mois, il suivait des séances de dialyse au centre médical Edouard-Rist, dans le 16e arrondissement. Cette insuffisance rénale ne l’empêchait toutefois pas, au dire de son entourage, d’être très sportif et de pratiquer notamment la course à pied, l’escrime ou l’équitation.

Le 6 décembre rue Monsieur-le-Prince, l’équipe du SAMU a trouvé Malik Oussékine dans un état comateux. Un choc électrique a néanmoins permis une reprise temporaire des battements cardiaques. Après le transfert du corps à l’hôpital Cochin, une autopsie avait été pratiquée durant trois heures dans la matinée du 6 décembre à l’Institut médico-légal par le Dr Dominique Lecomte. Les premiers éléments recueillis par cet expert avaient servi à la rédaction du communiqué publié dans l’après-midi du même jour par Michel Jéol, procureur de la République.

Ce communiqué précisait l’absence de fractures. On confirme toutefois de plusieurs sources une fracture importante des os propres du nez, conséquence d’un violent coup en plein visage. Selon ce communiqué, «  les traces de violences constatées (…) ne seraient pas susceptibles d’avoir entraîné la mort. Le décès serait dû à une décompensation cardiaque créée par l’état pathologique rénal antérieur du patient ».

Rapport d’autopsie

Le Monde devait ensuite rapidement publier le contenu du rapport d’autopsie signé du Dr Leconte – huit pages dactylographiées résumant un examen pratiqué avec la plus grande minutie. On y apprenait que l’examen de l’autopsie avait mis en évidence :

«  l) La présence de plusieurs hématomes

– Au niveau de la face, avec une fracture du nez et un petit hématome de la joue, ainsi qu’un petit hématome frontal.

– Un hématome au niveau de l’épaule gauche dans la région postérieure, ainsi qu’un hématome dorsal médian haut.

– Un hématome cervical latéral droit pouvant être en rapport avec la réanimation et notamment la sous-clavière effectuée.

– Un petit hématome de la main et du poignet gauche, ainsi qu’un petit hématome du tiers moyen de la jambe gauche.  »

» Nous n’avons observé, poursuit le docteur Lecomte, aucune fracture du crâne, aucune lésion cérébrale, aucune lésion du rachis dorsolombaire ou des membres.

» 2) Il est constaté une pathologie organique antérieure très importante : à savoir une hydronéphrose bilatérale avec polykystose rénale droite et gauche majeure, ne laissant persister que très peu de parenchyme rénal fonctionnel.

» Une intervention de Goodwin est effectuée avec un abouchement de l’uretère dans sa région urétérale haute au niveau du colon, suivie d’un abouchement du colon à la peau (…). Un abouchement non fonctionnel des uretères à la peau court-circuitant la vessie entre aussi dans le cadre de cette intervention chirurgicale.

» 3) Des lésions de myocardiopathie diffuses, à savoir d’hypertrophie cardiovasculaire gauche et d’un aspect marbré du myocarde sont observées : de telles lésions myocardiques peuvent s’observer chez les insuffisants rénaux chroniques en dialyse ou non.  »

Contexte traumatique

Ce rapport conclut que  » le décès est dû, dans un contexte traumatique, à la décompensation cardiaque, trouble du rythme cardiaque ou cardiomyopathie, telle qu’on l’observe au cours d’une insuffisance rénale chronique majeure. Les lésions de violence observées n’expliquent pas à elles seules le décès ». »

Les rapports de deux inspecteurs de police étaient aussi versés au dossier. Selon l’inspecteur principal Christiane Hérault, Malik Oussekine était porteur d’ » un hématome cervical très important gonflant la joue sur le côté gauche, un autre, moindre, existe sur le côté droit. Enfin, nous remarquons une très importante bosse occipitale et un anus artificiel « . L’inspecteur Daniel Bedel, inspecteur à l’IGS, avait constaté  » un hématome postérieur de l’épaule gauche, un hématome dorsal de 7 centimètres de long et de 4 centimètres de large, un hématome cervical latéral droit et gauche en rapport avec la réanimation, un hématome de la joue gauche, un hématome sus-orbitaire gauche, un hématome superficiel à la jambe « .

L’ensemble des pièces médicales du dossier judiciaire sur la mort de Malik Oussekine, ne permettait alors  nullement de trancher, avec une absolue certitude, quant aux causes précises du décès. On garda en mémoire que « les lésions de violence constatées n’expliquaient pas à elles seules le décès ». Le Dr Lecomte savait alors que la justice pourrait lire que, si la violence n’expliquait pas « à elle seule » le décès, c’est qu’elle y avait bel et bien contribué.

Le ministre RPR Alain Devaquet (1942-2018) qui avait donné son nom à une réforme des universités à l’origine des contestations de rue présenta sa démission deux jours après la mort de Malik Oussekine. Démission aussitôt acceptée par Jacques Chirac Premier ministre. Charles Pasqua était alors ministre de l’Intérieur et Robert Pandraud ministre délégué à la sécurité.

A demain

@jynau

Justice : les médecines de la vigne ne seraient pas dangereuses pour les enfants des écoles

Bonjour

Cinq ans plus tard justice est dite. Et l’affaire apparaît aussi médiatiquement bruyante que, finalement, exemplaire. En mai 2014, des élèves d’une école primaire de Villeneuve-de-Blaye (Gironde) se plaignaient d’un cortège de symptômes : maux de tête et de gorge, picotement oculaires, nausées… Leur enseignante avait été hospitalisée et les enfants confinés dans l’école.

Hasard ou pas, ce jour-là, deux domaines viticoles voisins avaient traité leurs parcelles avec des fongicides. Y avait-il un lien ? Non, a répondu ce mardi 30 avril 2019 le tribunal correctionnel de Libourne, qui a relaxé les deux propriétés viticoles du Bordelais en appellation Côtes-de-Bourg : le Château Escalette (agriculture traditionnelle) et l’autre en agriculture biologique, le Château Castel La Rose.

« Les magistrats ont suivi les réquisitions du parquet qui, à l’audience du 20 mars, s’en était remis ‘’à la sagesse du tribunal’ mais avait estimé qu’’’aucun lien de causalité entre les malaises et les épandages’ n’a pu être établi » rapporte l’AFP.

En 2014 la Sepanso (Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest) avait déposé une plainte contre X pour ‘’utilisation inappropriée de produits phytopharmaceutiques’’.L’émotion provoquée par cette affaire avait conduit à l’ouverture d’une enquête administrative de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt qui avait conclu qu’il n’était pas possible « d’attester formellement de la matérialité de l’infraction ». Le parquet de Libourne avait donc classé l’affaire sans suite en avril 2015.

La célèbre bouillie bordelaise

Mais les associations, ne lâchant rien,  avaient alors saisi la cour d’appel de Bordeaux – obtenant finalement le renvoi devant un tribunal. Et aux dires de France 3, la justice en venait à mettre en examen, en octobre 2016, les deux châteaux, poursuivis en tant que personnes morales. « Les moyens utilisés » lors du traitement des vignes « étaient manifestement insuffisants », avait alors estimé la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bordeaux pour motiver le renvoi en correctionnelle.

Le château en agriculture conventionnelle avait eu recours aux fongicides Eperon et Pepper, utilisés contre le mildiou et l’oïdium. Quant au Château Castel La Rose il avait eu recours à la célèbre « bouillie bordelaise », fongicide à base de cuivre et de chaux contre lequel les écologistes n’ont pas développé d’anticorps neutralisants.

« Dans cette affaire, les parties civiles reprochaient aux deux exploitations d’avoir procédé à des épandages ce jour-là dans des conditions inappropriées, les enfants pouvant être atteints en raison notamment des conditions de vent, rapporte encore l’AFP.  Pour MeFrançois Ruffié, avocat de l’association de défense de l’environnement Sepanso, ‘’ce qui définit l’infraction c’est l’utilisation de moyens appropriés pour éviter l’étalement du produit en dehors de la parcelle traitée’’. C’est donc sur ce point qu’il compte encore porter le fer et faire appel, estimant que ‘’cette décision est un très mauvais signal pour les excès de la viticulture’’, même s’il reconnaît ’qu’on ne peut pas faire de vin sans traiter la vigne’’.

Sans attendre que passe la justice la médiatisation de cette affaire cette affaire avait fait, rappelle Le Monde, que  l’Assemblée avait voté en juillet 2014 des mesures restreignant l’usage de pesticides près des « lieux sensibles », comme les écoles. Quant aux malaises des élèves et de leur maîtresse ils demeurent, cinq ans plus tard, dans les brouillards de l’étrange.

A demain

@jynau