Le pouvoir exécutif va-t-il bientôt rendre obligatoire le port du masque «grand public» ?

Bonjour

03/04/2020. C’est une prescription qui devrait faire du bruit : le port du masque devrait être rendu obligatoire pour les sorties pendant la période de confinement mais aussi lors de sa levée. Prescription-recommandation de l’Académie nationale de médecine (qui a dû fermer son siège, rue Bonaparte, à Paris mais qui continue de publier en ligne des avis, communiqués et prises de position sur son site).

On sait que des personnes en période d’incubation (ou en état de portage asymptomatique) excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection. Aussi, dans ce contexte, le port généralisé d’un masque par la population française constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur.

Recommandations officielles de l’Académie nationale de médecine :

–  en situation de pénurie de masques, que le port d’un masque « grand public », aussi dit « alternatif », soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement ;

– en phase de décroissance de la courbe épidémique, avec décision de levée du confinement à domicile de la population. Cette levée du confinement doit s’accompagner d’un maintien des mesures barrières actuellement préconisées jusqu’au contrôle de la circulation du virus attesté par l’absence de nouveau cas déclaré pendant une période de 14 jours. Dans le cadre de cette levée du confinement, le port obligatoire d’un masque « grand public » ou « alternatif » par la population devrait être maintenu

Masque « grand public » ? Les indications pratiques pour la fabrication d’un tel masque doivent être « largement portées à la connaissance de la population » recommande encore l’Académie. Qui renvoie vers des tutoriels vidéo en ligne, comme celui pédagogique, de la Société française des sciences de la stérilisation.

Puis l’Académie va plus loin :

 « En Extrême-Orient, depuis de nombreuses années, le port d’un masque anti-projection par la population est à la fois une mesure de prévention et un acte de civisme en situation d’épidémie de virus à tropisme respiratoire (notamment dans les pays les plus frappés par le virus du SRAS en 2003). Face à l’épidémie de Covid-19, cette mesure a contribué à une réduction du taux de reproduction à Taïwan, Singapour et en Corée du Sud. »

En France, conclut-elle, l’habitude n’a pas été prise de constituer un petit stock de masques anti-projection dans chaque foyer. Et d’ajouter : la pénurie de masques risquant de durer encore quelques semaines, force est de recourir, actuellement et en vue de la sortie du confinement, à l’utilisation d’un masque « grand public » ou « alternatif ».

 Prendre le temps de les confectionner durant le confinement. Avant que leur port ne soit rendu obligatoire par le gouvernement ?  

A demain @jynau

Hydroxychloroquine: les nouvelles conclusions du mensuel Prescrire quant à son efficacité

Bonjour

03/04/2020. Le 31 mars Prescrire donnait fort heureusement de la voix dans les turbulences montantes de l’affaire de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19. Voici ce qu’était, alors, la conclusion de de mensuel radicaement indépendant de l’industrie pharmaceutique :

« Avant d’exposer les patients en routine, la conduite d’autres essais comparatifs randomisés, de plus grande ampleur, est justifiée pour explorer cette hypothèse, tel l’essai en cours au niveau européen (essai dit Discovery) ». Où l’on voyait, alors, que Prescrire rejoignait la position et les recommandations de l’Agence nationale de sécurité du médicament.

Le mensuel revient, trois jours plus tard, sur le même sujet. Extraits :

« Des résultats d’un essai comparatif chinois de l’hydroxychloroquine (Plaquénil°) ont été publiés fin mars 2020 sur un site de publication avant relecture par des pairs (peer-review) . Cet essai a comparé un traitement habituel du covid-19 versus l’ajout d’hydroxychloroquine. Le protocole décrit diffère de celui déposé dans le registre chinois des essais cliniques.

« Cet essai a été mené chez 62 patients atteints de covid-19 (âgés en moyenne d’environ 45 ans), avec signe de pneumonie mais sans altération importante de leur saturation en oxygène. Au cours du suivi durant 6 jours, 4 patients ont eu une forme sévère de covid-19 dans le groupe témoin (traitement habituel) versus aucun dans le groupe avec ajout d’hydroxychloroquine (400 mg par jour pendant 5 jours) (absence de différence statistiquement significative). L’évolution des images radiologiques (scanner thoracique) a aussi paru meilleure dans le groupe hydroxychloroquine. »

Mais pour Prescrire trois questions majeures se posent :

  • des patients sont-ils morts en cours d’essai ?
  • la durée de suivi est-elle suffisante pour évaluer la mortalité étant donné la durée habituelle de la maladie ?
  • la durée de suivi est-elle suffisante pour évaluer les effets nocifs du traitement, alors que la demi-vie d’élimination de l’hydroxychloroquine varie de quelques jours à deux mois, d’où par exemple une longue exposition à des interactions médicamenteuses qui contribuent à allonger l’intervalle QT de l’électrocardiogramme ?

Le mensuel ajoute qu’ « une équipe française » (celle du Pr Jean-Michel Molina de l’hôpital Saint-Louis, Paris) a rapporté quelques données publiées sur une série de patients traités par hydroxychloroquine (600 mg par jour) et azithromycine (500 mg le 1er jour, puis 250 mg par jour pendant 4 jours). « Après 5 à 6 jours de traitement, la PCR était encore positive pour le SARS-CoV-2 dans les prélèvements nasopharyngés chez 8 des 10 patients étudiés, résume le mensuel. Chez un patient, le traitement a été arrêté au 4e jour en raison d’un allongement de l’intervalle QT de l’électrocardiogramme. »

En conclusion l’incertitude demeure, « qui incite à poursuivre les évaluations comparatives, et à continuer à être très prudent dans le maniement de l’hydroxychloroquine, vu ses dangers cardiaques, entre autres ».

Et, trois jours plus tard la même question : ces nouveaux éléments seront-ils de nature à convaincre ceux qui continuent, sur les ondes et les réseaux,  souvent au nom de l’urgence, à faire la promotion de l’hydroxychloroquine avant même (dans quelques jours ou quelques semaines) de connaître les résultats des évaluations comparatives randomisées ?

A demain @jynau

Le Pr Didier Raoult précise sa position sur les rapports «entre le soin et l’expérimentation»

Bonjour

03/04/2020. Hydroxychloroquine contre le Covid-19 : toujours la polémique – et toujours l’attente des premiers résultats des essais cliniques officiels. Reste le débat de fond. Il y a quelques jours le Pr Didier Raoult s’exprimait dans les colonnes du Monde, dénonçant notamment la « dictature morale » des méthodologistes. Aujourd’hui il revient sur le sujet dans Le Quotidien du Médecin  qui l’avait contacté à plusieurs reprises pour qu’il puisse s’exprimer et s’expliquer.  Il le fait sous la forme d’une tribune. Pour lui l’actuelle épidémie est l’occasion de conduire  « une réflexion sur la morale du choix entre le soin et l’expérimentation ».

Le Pr Raoult revient d’abord sur l’histoire des études comparatives randomisées « qui ont bénéficié depuis le début du XXIe siècle d’un engouement considérable, poussé à la fois par l’industrie pharmaceutique et par un nouveau groupe de chercheurs spécialistes d’analyses des data produites par les autres, que sont les méthodologistes ». « Les méthodologistes ont réussi, dans à un certain nombre de cas, à imposer l’idée que leurs pensées représentaient la raison, mais en pratique, ce n’est jamais qu’une mode scientifique parmi d’autres » souligne-t-il. Avant d’ajouter que « le premier devoir du médecin est le soin, et non l’expérimentation ».

Extraits :

« En pratique, les partisans majeurs des essais randomisés ont fini par les introduire comme la preuve unique de l’efficacité d’un traitement, ce qui signifie que l’on ne devrait plus pouvoir utiliser un traitement en disant qu’il est efficace sans avoir fait un essai randomisé.

« Dans ma propre expérience, j’ai déjà mis au point dix traitements différents, dont la plupart se retrouvent dans tous les livres de médecine rapportant les maladies sur lesquelles j’ai travaillé, sans jamais avoir fait d’essais randomisés. Les éléments, qui amènent, généralement, à la découverte des traitements, sont : l’observation anecdotique et les observations de séries correctement analysées.

« Il est clair, si on a la curiosité de regarder, par exemple, Wikipédia « Randomized Controlled Trial » en anglais (celui en français est, comme souvent, mal fait), que la plupart des gens reconnaissent que la découverte ne vient pas des effets randomisés, mais des initiatives individuelles. C’est ce qu’il s’est passé dans 99 % des traitements de maladies infectieuses. Par ailleurs, pour beaucoup de maladies, comme pour le sida ou pour les hépatites, l’efficacité du traitement est extrêmement facile à évaluer par les dosages dans le sang du virus, qui ne nécessite pas d’étude randomisée mais simplement des dosages réguliers. »

Le Pr Raoult évoque ensuite le nouveau coronavirus et ses travaux. « Dès l’annonce officielle des autorités chinoises de l’efficacité des médicaments du groupe de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine, se posait la question de la légitimité de l’utilisation d’une branche placebo d’expérimentation. C’est-à-dire un groupe sans médicaments, dans l’essai Discovery, rappelle-t-il. Ceci, sur le plan de l’éthique du soin, n’était pas tenable. »

Et de conclure : « Personnellement, je souhaite que l’occasion de cette épidémie permette au pays de remettre sur place réellement ce à quoi le comité d’éthique était destiné au départ, c’est-à-dire une réflexion sur la morale du choix entre le soin et l’expérimentation, et non pas sur les dérives que j’ai pu constater dans mon expérience ».

« Morale du choix entre soin et expérimentation ». Voilà un remarquable sujet de réflexion à mener pour le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé. Peut-on imaginer qu’il s’en saisira ?

A demain @jynau

La justice va-t-elle condamner des soignants contaminés qui continuent à travailler ?

Bonjour

02/04/2020. Paradoxes, justice et réduction des risques. Ces sont des informations de l’Agence France Presse reprises par les médias généralistes. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques, Éric Spitz, a annoncé jeudi 2 avril avoir saisi les procureurs de Pau et Bayonne du cas de deux soignants soupçonnés d’avoir poursuivi leurs activités tout en se sachant contaminés par le Covid-19.

Dans le Béarn, «c’est un professionnel du corps paramédical», ni médecin ni infirmier, qui est soupçonné d’avoir exercé en faisant fi du virus, a précisé à l’AFP Cécile Gensac, procureure de la République à Pau. Ce soignant, qui exerce «dans l’agglomération paloise», fait l’objet d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet palois, «pour de premières vérifications».

Au Pays basque, le procureur de la République de Bayonne, Jérôme Bourrier, a été saisi au sujet d’un médecin généraliste qui exerçait dans son cabinet, à Boucau (8300 habitants). «Le signalement fait par le préfet il y a environ une semaine stipule qu’il aurait continué d’exercer après avoir été testé positif au Covid-19», a précisé le procureur. Le mis en cause, le Dr Gilles Lassabe, accusé par un courrier de l’Agence régionale de santé (ARS) de «mise en danger de la vie d’autrui», se dit «choqué» et affirme avoir «fait tout ce qu’il fallait», dans le respect des règles sanitaires.

Il lui est notamment reproché d’avoir fait campagne aux élections municipales, alors même qu’il avait été diagnostiqué Covid+. Testé le 11 mars à l’hôpital de Bayonne, le médecin de Boucau sera déclaré positif deux jours après. Depuis, le maire du Boucau Francis Gonzalez, ainsi qu’un adjoint, sont en réanimation dans le service spécialisé du centre hospitalier de la Côte basque. Dix autres de ses colistiers ont été contaminés et sont (ou ont été) en confinement. Après ses 14 jours d’arrêt, le Dr Lassabe a repris ses activités. «Je suis indigné de ces lettres malveillantes destinées à nuire, dans cette période électorale», a-t-il déclaré à l’AFP.

Une enquête préliminaire, confiée à la gendarmerie de Bayonne, a été ouverte. L’Ordre des médecins a aussi été avisé. Le gouvernement va-t-il saisir, sur le fond, le Comité national d’éthique ?

A demain @jynau

Confinement: inquiet pour les personnes autistes Emmanuel Macron annonce des aménagements

Bonjour

02/04/2020. Un président humain, une mesure essentielle de réduction des risques. On sait l’intérêt qu’il porte aux personnes qui souffrent de cette pathologie comme à leurs proches. Emmanuel Macron a annoncé, jeudi 2 avril, un aménagement des règles de confinement les concernant. A l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, le chef de l’Etat a adressé un message vidéo aux autistes et à leurs accompagnants, qui connaissent une période « difficile » avec la crise du coronavirus :

« Depuis le confinement qui a débuté le 16 mars, vos habitudes ont changé et vous êtes peut-être un peu perdus. Vous aviez l’habitude d’aller travailler ou d’étudier tous les jours quelque part, et du jour au lendemain tout cela n’était plus possible (…) Vous aviez l’habitude de sortir de chez vous quand vous le vouliez, et du jour au lendemain, vous avez dû rester chez vous. »

« Je sais que vous ne voulez qu’une seule chose : qu’on vous rende votre vie d’avant », a-t-il ajouté, car « pour certains d’entre vous, rester enfermé chez soi est une épreuve » qui « fait parfois monter une angoisse », « dure pour vous et pour vos proches ».

Pouvoir sortir plus souvent

Le président de la République précise qu’un formulaire d’attestation adapté spécialement pour eux et leurs accompagnants leur permettra de « sortir un peu plus souvent », tout en leur demandant de continuer à respecter les gestes barrières. Cet assouplissement est « une bonne chose, c’était très attendu par les associations et les familles », a aussitôt réagi auprès de l’Agence France-Presse Christine Meignien, présidente de la fédération « Sésame Autisme » : « Quand vous changez l’emploi du temps d’une personne autiste, ça génère des angoisses et des troubles du comportement qui peuvent être extrêmement violents ».

 « On a eu des cas où les pompiers ont dû intervenir pour des crises violentes »« Pour certains, ce qui va les apaiser c’est un tour en voiture, ou une balade de plusieurs heures à pied. Donc on a dit depuis le début qu’il fallait nous autoriser à nous éloigner de plus d’un kilomètre pour aller par exemple courir ou crier dans une forêt… Sinon ça ne sera pas tenable, ni pour les familles ni pour les établissements ».

En écho, l’Académie nationale de médecine souligne que la situation de confinement imposée pendant l’épidémie Covid-19 déstabilise les personnes autistes et leur entourage. « De nombreux enfants, adolescents et adultes autistes, certains avec handicap sévère, habituellement accompagnés par des équipes spécialisées, ont rejoint à temps plein le domicile de leurs parents, souvent dans des conditions de grande promiscuité, observe l’Académie. Les difficultés spécifiques des personnes autistes au quotidien peuvent poser des problèmes complexes de fonctionnement familial notamment pour l’ apprentissage des gestes barrières, la planification de la journée, la gestion des crises comportementales, la continuité de la prise des médicaments, les interventions des professionnels à domicile… »

Et l’Académie de souligner que différentes actions ont été mises en œuvre en urgence par le gouvernement (https://handicap.gouv.fr/) pour répondre au niveau national aux questions et apporter des aides concrètes aux familles, aux personnes autistes ainsi qu’aux professionnels qui les accompagnent et qui les soignent (https://handicap.gouv.fr/actualites/article/covid-19-et-autisme-retrouvez-tous-les-dispositifs-d-appui-mis-en-place). Sans oublier Autisme Info service.

A demain @jynau

Tracking contre Covid-19 : êtes-vous favorable à l’utilisation obligatoire de votre portable ?

Bonjour

02/04/2020. Et, déjà la silhouette d’un Big Brother sanitaire. C’est un sondage édifiant réalisé les 26 et 27 mars auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1 000 Français possédant un téléphone mobile. Il nous apprend qu’une nette majorité de Français seraient favorables à l’utilisation d’une application enregistrant leurs interactions sociales ; une application les avertissant s’ils ont été en contact avec une personne malade du Covid-19 – ou prévenant ceux qu’ils ont côtoyés s’ils sont eux-mêmes infectés.

Il faut toutefois savoir ici que, comme le souligne Le Monde (Martin Untersinger) cette étude a été commandée par une équipe de recherche de l’université britannique d’Oxford qui, précisément, travaille sur ce type d’application pour lutter contre la pandémie  (contact : christophe.fraser@bdi.ox.ac.uk).

De quoi parle-t-on ? Ces chercheurs ont modélisé mathématiquement l’effet d’une application de pistage permettant d’identifier immédiatement les personnes risquant d’être infectées – et ce avant même qu’elles présentent des symptômes du Covid-19 – ce qui n’est pas sans faire songer à Minority Report. Ils ont estimé qu’une telle application était de nature à « contrôler l’épidémie sans avoir besoin de recourir à des mesures prolongées et très coûteuses de confinement général ». Des travaux qui viennent de faire l’objet d’une publication dans la prestigieuse revue Science.

En pratique : une application, installée sur un smartphone et utilisant la technologie sans fil Bluetooth, capable de détecter si un autre téléphone mobile équipé de cette même application se trouve à proximité immédiate. L’application, telle qu’elle est envisagée n’accède à rien d’autre qu’au Bluetooth (pas d’accès au répertoire, aux messages…) et ne permet pas de géolocalisation : elle se borne à enregistrer les appareils munis de la même application ayant été dans son environnement immédiat pendant au moins quinze minutes – situation tenue pour présenter un risque infectieux vis-à-vis du SRAS-CoV2.

« Dans le système présenté aux sondés, lorsque le possesseur d’une telle application est diagnostiqué positif au Covid-19, ceux que le malade a côtoyés sont avertis immédiatement et il leur est demandé, par les autorités sanitaires, de se mettre en quarantaine stricte, explique Le Monde. Les personnes ainsi alertées ne savent pas qui leur a fait courir le risque d’être contaminé, ni où ».

Proposer ou imposer ?

Nous serions ainsi près de 48 %  à l’installer « sans aucun doute » et 31 % à le faire « probablement ». Huit personnes sur dix envisagent donc directement d’installer une telle application. Sans surprise cette probabilité augmente dans le cas où une infection se déclarerait dans son entourage : nous serions alors presque deux tiers à l’installer « sans aucun doute ». « Paradoxalement, plus de 93 % des personnes interrogées respecteraient la consigne de quarantaine reçue de l’application – soit davantage que de personnes qui installeraient l’application en premier lieu, observe Le Monde. Une part qui augmente si, à cette quarantaine, est assortie la possibilité d’être testé positive. »

Les chercheurs notent qu’en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie (où des sondages ont également été effectués, les résultats sont « très similaires » à ceux observés en France. Ailleurs dans le monde des projets d’applications censées identifier les individus risquant d’être infectés pour avoir côtoyé un malade se multiplient et la Chine comme Singapour ont déjà mis en œuvre cette approche.  

Qu’en sera-t-il en France ? Interrogé à l’Assemblée nationale mercredi 1er avril, le Premier ministre a laissé entendre qu’un dispositif de suivi pourrait être envisageable s’il reposait sur la base du volontariat. « Nous n’avons pas aujourd’hui d’instrument légal et nous ne travaillons pas aujourd’hui sur des instruments qui rendraient obligatoire ce tracking. La question peut être posée de savoir s’il pourrait être volontaire et produire des effets dans ce cas. C’est une question qui, à ce stade, reste encore ouverte », a déclaré Edouard Philippe.

Le gouvernement a d’ores et déjà inscrit sur la feuille de route de son deuxième conseil scientifique 1  « l’opportunité de la mise en place d’une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées ». Proposer ou imposer ? Les citoyens attentent les conclusions des scientifiques. Et la décision de l’exécutif. Sans oublier le point de vue du Comité d’éthique ?

A demain @jynau

1 Il s’agit du Comité analyse, recherche et expertise (CARE) composé de douze chercheurs et médecins et présidé par le professeur Barré-Sinoussi. Il a notamment pour mission « d’accompagner la réflexion des autorités sur notre capacité à réaliser des tests cliniques, ainsi que sur l’opportunité d’une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées ».

Sa composition : Françoise Barré-Sinoussi (Présidente) : Virologiste, Institut Pasteur/Inserm ; Jean-Philippe Spano : cancérologue. Chef de service du département d’Oncologie médicale à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris) ; Yazdan Yazdanpanah : infectiologue-épidémiologiste à l’hôpital Bichat (Paris). Directeur du consortium Reacting qui coordonne l’essai clinique européen Discovery ; Franck Molina : chercheur au CNRS. Directeur de l’UMR Sys2Diag à Montpellier, spécialiste des technologies de diagnostic et des anticorps monoclonaux ; Dominique Valeyre : professeur de pneumologie à l’hôpital Avicenne à Bobigny ; Bertrand Thirion : chercheur à l’Inria. Directeur de l’institut de convergence DataIA, spécialiste des sciences des données-Intelligence artificielle appliquées au domaine ; Sylviane Muller : chercheuse au CNRS. Immunologiste. Ancienne directrice-adjointe scientifique du CNRS ; Laetitia Atlani-Duault : chercheuse à l’IRD. Anthropologue, expert auprès de l’ONU, spécialiste de la gestion des crises, de l’aide humanitaire ; Marie-Paule Kieny : chercheuse à l’Inserm, infectiologue et ancienne directrice-adjointe de l’OMS ; Muriel Vayssier : Directrice du département santé animale de l’Inra ; Marc Lecuit : professeur d’infectiologie, directeur adjoint du département des maladies infectieuses et tropicales à l’Hôpital Necker, et directeur de l’unité de Biologie des infections à l’Institut Pasteur ; Christophe Junot : chef du département médicaments et technologies pour la santé au CEA.

Hydroxychloroquine, efficacité et danger : les dernières nouvelles en provenance du front

Bonjour

01/04/2020. Prudence est-elle mère de sûreté ? Dans une vidéo mise en ligne mardi 31 mars, l’infectiologue marseillais Didier Raoult explique qu’il n’est n rien un solitaire. Il présente ses collaborateurs et met en garde contre l’utilisation en automédication de l’hydroxychloroquine qu’il préconise en association avec un antibiotique, l’azithromycine, contre le Covid-19.

« Faites attention, ne vous autoprescrivez pas ça. En particulier, il faut qu’un médecin vous le prescrive, il faut un électrocardiogramme et qu’on dose le potassium dans votre sang. Il ne faut pas improviser, ce sont quand même des médicaments et il faut faire attention », explique le directeur de l’IHU Méditerranée Infection, (Marseille).

On sait que, la veille, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait rappelé, dans un communiqué, que « les traitements testés pour soigner les patients Covid-19 ne doivent être utilisés qu’à l’hôpital ». Leur emploi « doit se faire prioritairement dans le cadre des essais cliniques en cours », précisait l’agence sanitaire, qui insistait : « En aucun cas, ces médicaments ne doivent être utilisés ni en automédication, ni sur prescription d’un médecin de ville, ni en autoprescription d’un médecin pour lui-même, pour le traitement du Covid-19. »

Dans la même vidéo, Didier Raoult fait état d’une nouvelle étude chinoise confortant selon lui la piste thérapeutique de l’hydroxychloroquine, sur les personnes « modérément malades ». « Les auteurs de cette étude, qui n’a pas encore été revue par les pairs et n’en est qu’à l’état de prébublication, indiquent avoir observé une baisse de la fièvre et de la toux plus rapide chez les patients traités à l’hydroxychloroquine, ainsi qu’une meilleure amélioration des symptômes de pneumonie sur la durée de l’étude, précise Le Monde. Rappelant qu’il faut ‘’prendre au sérieux’’ les risques d’effets secondaires, ils concluent ‘’qu’en dépit du faible nombre de cas, le potentiel de l’hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19 a été partiellement confirmé’’ ».

Certains observateurs soulignent cependant la faible puissance statistique de cette étude, qui a cependant le mérite, par rapport aux études de Didier Raoult, de comporter un groupe contrôle constitué sur une base aléatoire. Une précédente étude chinoise du même type n’avait pas observé de différences avec la prise en charge standard des malades.

« En France, une étude publiée mercredi 1er avril dans Médecine et maladies infectieuses, porte, elle, sur onze patients atteints de formes sévères de Covid-19, admis à l’hôpital Saint-Louis, à Paris, et traités selon le protocole préconisé par Didier Raoult, observe encore Le Monde. Jean-Michel Molina et ses collègues n’ont pas observé de réductions de charges virales dans les proportions rapportées par l’équipe marseillaise : après cinq à six jours de traitement, huit des dix patients (l’un d’eux était décédé entre-temps) étaient encore porteurs du virus ».

On attend le jugement du Pr Didier Raoult sur la qualité, la pertinence et la portée du travail de ses confères de l’hôpital Sain-Louis de Paris.

A demain @jynau