Et le «plan 2018-2022 contre les addictions» ? Le gouvernement est aux abonnés absents !

Bonjour

Il y a un an on pouvait encore espérer. Le « Plan national de mobilisation contre les addictions » viserait à créer un élan et à accompagner une prise de conscience dans l’ensemble de la société. Sous l’égide des préfets, il allait être décliné en actions plus fines, au plus près des citoyens, au cœur des territoires, avec la préoccupation de coller à la réalité des trajectoires et aux priorités politiques portées par les collectivités locales.

Il serait porté par un discours public clair sur les risques et les dommages des consommations de substances psychoactives et des usages à risque. Il mettrait l’accent sur la prévention et porte une attention particulière aux publics les plus vulnérables du fait de leur âge ou de leurs fragilités. Il renforcerait la qualité des réponses apportées aux conséquences des addictions pour les individus et la société et témoignerait d’un engagement fort contre les trafics. Il proposerait de nouvelles mesures pour la recherche, l’observation et le développement de la coopération internationale.

Puis cela devint une arlésienne gouvernementale. Et cela commence à prendre des allures de petit scandale.

Climat inflammable

« Le plan national 2018-2022 » devait être publié en mars 2018. Avant d’être reportée à juin. Puis le gouvernement laissa passer l’été.  « Le plan de lutte contre les addictions 2018-2022 devrait être in fine dévoilé courant septembre par le président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), le Dr Nicolas Prisse, écrivait Le Quotidien du Médecin début septembre. Dans la continuité du précédent (et premier) plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives 2013-2017, la nouvelle mouture devrait concentrer son action sur les jeunes et balayer un large spectre d’addictions. » Le Quotidien ajoutait alors:

« Ce plan arrive dans un climat pour le moins inflammable. Les mesures sur l’alcool sont plus qu’attendues : leur absence  dans le Plan national de santé publique publié en mars (« Priorité prévention ») n’a fait qu’accroître l’impatience des acteurs sanitaires. Avant que le désaveu qu’infligea Emmanuel Macron à Agnès Buzyn, qui soutenait que le vin est un alcool comme un autre vu du foie, ne suscite leur indignation. La présentation  d’un « plan prévention » à l’Élysée en juin dernier, par la filière des boissons alcoolisées doté de 5 millions d’euros, n’a pas apaisé leurs inquiétudes quant à la volonté du gouvernement de protéger la santé, et non les lobbies. 

 « Le volet cannabis devrait également être scruté avec attention par les acteurs de terrain, qui réclament une réforme de la loi de 1970 et souhaiteraient que le ministère de la Santé reprenne la main sur le dossier, au détriment de l’Intérieur, pour promouvoir une politique pragmatique de dépénalisation et régulation. » 

Dans les limbes

Septembre passa… Des voix autorisées évoquèrent décembre… Et nous voici en janvier de l’année 2019 avec un plan « 2018-2022 » qui demeure toujours dans les limbes et un gouvernement aux abonnés absents. Entre incurie, désinvolture et impudence.

En dépit des engagements réaffirmés d’Emmanuel Macron en faveur de la prévention le pouvoir exécutif tient ainsi pour quantité négligeable le fait que les conduites addictives constituent un défi majeur pour notre société ; que beaucoup de Français font un usage quotidien de produits psychoactifs : tabac, alcool, cannabis ; que les addictions, ce sont aussi des comportements, comme l’usage excessif des écrans ou des jeux vidéo, qui enferment et qu’on ne peut plus maîtriser ; que tous les territoires, urbains ou ruraux, métropolitains ou ultramarins, sont concernés et que les risques et les dommages sont clairement établis.

Chaque année, le tabac et l’alcool sont responsables en France du décès prématuré de plus de 120 000 personnes. Est-il acceptable de rester inactif quand on s’était engagé à agir ? Depuis un an le silence gouvernemental prend, chaque jour un peu plus les dimensions d’un scandale.

A demain

@jynau

 

 

E-Cigarette et réduction des risques : en 2019, Agnès Buzyn découvrira-t-elle qu’elles existent ? 

Bonjour

Miscellanées addictologiques et politiques de la nouvelle année.

Marisol Touraine fut durant cinq ans la ministre de la Santé de François Hollande, président de la République. Niant les vertus de la cigarette électronique Mme Touraine n’aura rien fait pour la réduction des risques tabagiques – hormis le paquet neutre. Marisol Touraine vient d’être décorée : chevalier de la Légion d’honneur. « Trente ans de service » résume Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long). « Peu appréciée des médecins durant son passage au ministère, Marisol Touraine a été nommée chevalier, le grade le plus bas de la distinction nationale, pour ses 30 années de services rendus à l’État (le code de la légion d’honneur interdit toute nomination ou promotion pendant la durée des fonctions ministérielles) »

Cette même promotion distingue également une dizaine de praticiens hospitaliers nommés au grade de chevalier, ainsi que plusieurs personnalités du monde de la santé. Sans oublier Mgr Michel Aupetit, médecin généraliste de formation devenu archevêque de Paris en 2017.

Message adressé par le Conseil économique social et environnemental (CESE). « Le 1er janvier 2019 est marqué par l’entrée en vigueur des nouveaux prix des paquets de cigarettes. L’augmentation notable (de 20 à 30 centimes pour certains paquets), est une étape supplémentaire dans le train de hausses successives prévues par le Gouvernement pour atteindre, d’ici novembre 2020, un prix de 10 euros. Janvier marque également pour certains l’entrée dans le « mois sans alcool » (« Dry January »).

Si le tabac et l’alcool font partie des produits les plus réglementés, leur pratique demeure néanmoins très répandue et trop souvent addictive. Au-delà de la santé, les conséquences de ces addictions sont bien souvent sociales. Aujourd’hui, il est crucial de lutter contre ce qui correspond respectivement aux première et deuxième causes de mortalité évitable en France.

Dans le cadre d’un partenariat avec la Cour des comptes, qui réalise un important travail d’évaluation des politiques publiques de lutte contre le tabagisme et contre la consommation nocive d’alcool, le CESE s’est emparé de ce sujet éminemment sociétal. Ses préconisations feront l’objet d’une présentation et d’un vote en séance plénière le 9 janvier 2019, à partir de 14h30.

Ce projet d’avis est rapporté par Etienne Caniard (Groupe de la Mutualité), accompagné de Marie-Josée Auge-Caumon (Personnalité associée), pour la Section des Affaires sociales et de la santé, présidée par Aminata Koné (Groupe UNAF). Il sera présenté lors de l’assemblée plénière du Conseil économique, social et environnemental le 9 janvier à 14h30. Vous êtes cordialement invité.e à la présentation de l’avant-projet d’avis, inscription par courriel à l’adresse : pressecese@havas.com. La séance sera retransmise en direct sur le site internet du CESE : www.lecese.fr. »

Cigarette électronique britannique et vidéo trash. Pour lutter contre la désinformation sur le vapotage, le Public Health England (PHE) diffuse depuis quelques jours une vidéo virale qui compare le tabagisme et la vape. L’affaire est excellement traitée par Sébastien Béziau, vice-président de Sovape, sur vapyou.com « Le Public Health England lance une vidéo virale qui compare vape et tabac » :

« Depuis 2015, l’organisme gouvernemental Public Health England (PHE) affirme que vapoter est au moins 95% moins nocif que fumer. Le premier rapport avait été réalisé par des experts suite à la lecture et la compilation de plus de 200 études. En février 2018, le PHE a publié une mise à jour, qui confirme à nouveau ce 95% et qui s’assortit de nombreuses recommandations pour les services de santé et tous les intervenants de la lutte contre le tabagisme. En clair, faire une promotion massive du vapotage auprès des fumeurs.»

« L’Angleterre est le seul pays au monde où tous les acteurs de la lutte contre le tabagisme sont unis derrière un message positif pour promouvoir massivement le vapotage. L’information est claire et honnête, le STOPTOBER (modèle – lointain – du Mois Sans Tabac), par exemple, incite clairement les fumeurs à essayer le vapotage. Cette année, on trouvait même sur le site officiel de l’opération, un annuaire des boutiques de vape spécialisées, une action menée avec l’association des professionnels indépendants l’IBVTA. »

 La vidéo que diffuse le Public Health England est, pour Sébastien Béziau, un modèle de communication “trash” comme on peut le voir souvent dans les réseaux sociaux, objectif “choc et viral”. « Sauf que cette fois, ce n’est pas réalisé par des amateurs, il s’agit du Dr Rosemary Leonard et du Dr Lion Shahab pour le compte d’un organisme gouvernemental, la vidéo est siglée Public Health England, c’est un discours officiel, écrit-il. L’objectif est bien clair : créer un maximum de buzz avec une vidéo très viraleAucune ambiguïté, à la différence de la “frilosité” en France, les services de santé anglais sont prêts à tout pour alerter la population avec une promotion massive et très engagée pour le vapotage. »

Nous sommes en 2019 et le « Plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 » n’a toujours pas vu le jour. Sa publication était prévue pour mars 2018.

A demain

@jynau

Personnes suicidaires : Agnès Buzyn se tait face au marché des appels téléphoniques surtaxés

Bonjour

Peut-on laisser faire de l’argent coûte que coûte ? C’est à lire dans Le Monde (Jules Darmanin) : « Prévention du suicide : ces numéros surtaxés qui cherchent à se substituer à SOS-Amitié ». Une enquête établissant que depuis quelques mois, les bénévoles qui donnent de leur temps aux lignes d’écoute pour les personnes suicidaires ou en détresse psychologique entendent une question de plus en plus récurrente : « Est-ce que cet appel est payant ? ».

« Cette nouvelle méfiance s’explique facilement, explique Le Monde. En 2018, diverses sociétés ont cherché à investir le créneau de l’aide téléphonique aux personnes suicidaires et qui souhaitent parler à des associations comme SOS-Amitié ou Suicide-Ecoute. Les sites façades de ces sociétés, dont certains sont désormais fermés, s’appellent SOS-Suicide, Allo-Amitié ou Numéro-SOS-Solitude, des noms qui entretiennent la confusion avec les associations reconnues. L’ensemble des acteurs de la prévention du suicide sont préoccupés par ces numéros parasites. D’autant plus que, par manque de bénévoles, SOS-Amitié ne peut répondre qu’à un appel sur trois, d’après Alain Mathiot, son président. »

La simplicité d’utilisation des numéros surtaxés en fait un outil privilégié pour ce genre de pratiques. Pour appeler un numéro à 80 centimes d’euros la minute, il n’est pas nécessaire de donner son numéro de carte bleue. Le prix de l’appel est répercuté sur la facture de téléphone. Avant le début de la conversation, un message automatique précise la surtaxe et son montant. « Mais les personnes qui présentent des risques suicidaires ont généralement des capacités cognitives abaissées, précise le Dr Marc Fillatre, psychiatre (CHU de Tours) et président de l’Union nationale de prévention du suicide (UNPS). On peut appeler ça un abus de faiblesse. » Et Le Monde de préciser que plusieurs bénévoles lui ont fait part de cas d’appelants dont l’état de détresse s’était aggravé après avoir reçu des factures téléphoniques de plusieurs centaines d’euros.

Pour leur promotion, ces services payants se sont principalement appuyés sur le service de publicité de Google : Google Ads. Quand on cherche des termes comme « Ligne écoute suicide » sur le moteur de recherche, le premier résultat affiché est fréquemment une publicité pour SOS-Suicide ou un des sites clones créés par la même entreprise, Bits Brothers (qui gère SOS-AngoisseSOS-DétresseSOS-EcouteSOS-DépressionSOS-Solitude et SOS-Suicide).

Face à ces « abus de faiblesse », que fait la puissance publique ? On peut ici se reporter à la question écrite du député Gilles Le Gendre (LRM, Paris) adressée à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé.

Question soumise le 19 juin 2018

« M. Gilles Le Gendre attire l’attention de Mme la ministre des Solidarités et de la Santé sur le développement des services d’écoutes téléphoniques, qui proposent une aide payante, à des tarifs surtaxés, aux personnes en situation de détresse. Ces services, en empruntant des noms et des présentations proches des lignes associatives sans but lucratif (SOS Écoute, SOS suicide, etc.), créent une confusion qui risque d’abuser des clients par définition vulnérables. Une régulation et un meilleur contrôle de ces services doivent être apportés afin d’éviter les risques de cette exploitation financière. Par ailleurs, le manque d’indications quant à la qualification des écoutants, la nature des formations reçues et à la qualité d’écoute de ces services interroge sur déontologie de ces entreprises. L’existence de ces dernières représente enfin une inquiétude légitime pour les associations sans but lucratif proposant un service gratuit, composées d’écoutants bénévoles formés et qui sont reconnues par l’Agence santé publique France. Il lui demande les initiatives qu’elle pourrait prendre pour remédier à cette situation préjudiciable. »

Réponse émise le 18 septembre 2018

« L’écoute téléphonique de personnes en détresse a été construite en France par le secteur associatif et elle s’est ensuite progressivement diversifiée, les associations associant des lignes téléphoniques à des sites internet. L’Agence nationale de santé publique (ANSP) s’est vue confier à partir de 2003 le pilotage et le financement d’une partie (une vingtaine) des services de téléphonie en santé que l’on appelle les services de prévention et d’aide à distance en santé (PADS). Ils sont un moyen de prévention important et portent sur des champs variés : addictions, mal-être, santé des jeunes, sexualité, VIH/sida et hépatites et les infections sexuellement transmissibles et certaines maladies chroniques comme l’asthme et l’allergie. L’ANSP accorde à ces structures un label qualité pour une durée déterminée dès lors qu’un certain nombre de critères sont remplis : formations des écoutants, charte éthique, accessibilité du service, référentiels de pratique d’écoute…Ce label est complété par des financements. Depuis plusieurs années, on assiste néanmoins au déploiement des lignes d’écoute payantes. Dans ce contexte, la construction du site du Service Public d’information en santé prévu par l’article 88 de la Loi de modernisation de notre système de santé est un outil important pour traduire la volonté de l’Etat d’informer et d’accompagner les citoyens en favorisant leur participation aux choix de santé par des contenus fiables et accessibles relatifs aux produits de santé, à l’offre sanitaire, médico-sociale et sociale et donc également sur les dispositifs d’aide à distance. »

Désinvolture

C’est ce que Le Monde nomme « botter en touche ». Avec une récidive dans la désinvolture : contacté, le ministère d’Agnès Buzyn n’a pas donné de réponse aux questions posées par le quotidien. Poursuivant néanmoins son enquête ce dernier annonce « avoir identifié trois entreprises qui se livrent ou se sont livrées à ce genre de pratiques » :  Bits Brothers, société établie dans le 16arrondissement de Paris, qui gère le plus de sites (SOS-AngoisseSOS-DétresseSOS-EcouteSOS-DépressionSOS-Solitude et SOS-Suicide). Tous ces sites présentent des biographies détaillées pour leurs écoutants, illustrées par des portraits factices tirés de banques d’images. DSP, une entreprise d’Aubagne et Stardust Multimédia, une entreprise toulousaine spécialisée dans « les contenus astro, voyance et bien-être », à l’origine du site Voyance-par-telephone.pro ou voyancealice.com, mais aussi de Alloamitie.com.

Le dirigeant de Stardust Multimedia et de sa maison mère Even Media, n’a pas donné suite aux demandes d’interview du Monde. Qui, en dépit des silences, nous aura ici doublement éclairé : à la fois sur l’existence d’une exploitation financière de la détresse et sur l’absence de réponse du ministère en charge de la solidarité.

A demain

 

E-cigarette et Big Tobacco : combien de milliards de dollars pour racheter son âme au diable ?

Bonjour

Vapotage versus tabagisme : mariage contre nature ou, à terme, concubinage obligatoire ? Une étonnante affaire américaine impose de soulever cette dérangeante question.

« Après avoir vendu le poison, les cigarettiers espèrent faire fortune avec l’“antidote” » titre Le Monde (Philippe Escande). Et de résumer les derniers épisodes de l’histoire de JUUL Labs jeune start-up née californienne fondée sur la cigarette électronique, ses vertus anti-tabagiques et sa place présente et à venir dans le paysage de la réduction des risques. Succès absolu, au-delà des business plans les plus délirants.

« Avec son look moderne et discret, ses parfums envoûtants et son marketing agressif, JUUL est devenue en un an l’une des plus belles start-up des Etats-Unis. A tel point que sa croissance phénoménale et ses marges stratosphériques ont fait de cette jeune pousse de 1 500 personnes l’une des entreprises les plus chères des Etats-Unis. »

Le géant du tabac Altria (ex-Philip Morris) n’a guère tardé devant la bergerie : achat de 35 % des parts de JUUL pour un montant de 12,8 milliards de dollars. Cet investissement, le plus important de l’histoire d’Altria, valorise JUUL à 38 milliards de dollars, plus de deux fois la valeur actuelle (16 milliards) de cette start-up, indique le géant. Et de promettre que JUUL – qui n’est pas coté en Bourse – restera indépendant. Howard Willard, PDG d’Altria :

« Nous agissons avec vigueur pour préparer un futur dans lequel les fumeurs adultes choisissent en masse les produits non-combustibles de préférence aux cigarettes. L’investissement d’Altria est un signal clair que la technologie de Juul nous a donné une opportunité véritablement historique d’améliorer la vie du milliard de gens qui fument des cigarettes. »

Marché du vice

« Pour Altria, il s’agit de sortir du piège de la décroissance de son marché historique. Sa production chute de 3 à 4 % par an et ses marges sont comprimées, ajoute Le Monde. Alors, il se précipite sur d’autres paradis artificiels plus en vogue. Il a jeté son dévolu sur un producteur de marijuana canadien, Cronos, et se développe dans la cigarette électronique et les substituts. Après avoir vendu le poison, il aimerait bien faire fortune dans les antidotes. Son pari sur JUUL est donc compréhensible, même si l’entreprise est désormais dans le collimateur des autorités qui veulent renforcer l’interdiction de vente aux mineurs et de certains parfums addictifs. Les gendarmes de la santé s’aperçoivent avec horreur qu’au lieu de détourner les gros fumeurs de leur vice le petit stylo de JUUL fabrique de nouveaux et jeunes adeptes de l’herbe à Nicot. Le marché du vice est inépuisable. »

Le marché du vice n’est jamais éloigné de celui de l’or, de l’argent et du dollar. Qui n’est pas très loin du diable. Ainsi vient-on d’apprendre que, pour « devancer le mécontentement de ses employés », JUUL va leur verser deux milliards de dollars, soit (en moyenne) 1,3 million de dollars (1,15 million d’euros) chacun. C’est que chez JUUL, jusqu’à présent, Altria était considéré comme un géant à abattre au nom, notamment, de la santé publique.

« Selon la presse américaine, les discussions entre les deux groupes ont duré plusieurs mois. Les responsables de JUUL  se sont finalement laissés convaincre par un chèque de 12,8 milliards de dollars. Mais aussi, assure Kevin Burns, le directeur général, par les promesses du nouvel investisseur. La start-up va conserver son ’ entière indépendance’’, complète Le Monde (Jérôme Marin). Elle va également avoir accès au réseau de distribution d’Altria et pourra glisser des publicités dans ses paquets de cigarettes.)

Jean de la Fontaine

Dans un communiqué de presse, puis devant ses salariés, M. Burns a reconnu que le cigarettier était un investisseur « contre-intuitif ». Il dit comprendre la polémique suscitée par le rapprochement avec Altria. « Nous étions aussi sceptiques, concède-t-il. Mais au final, cette opération  va nous permettre d’accélérer notre succès pour convertir les fumeurs adultes. »

En interne certains ont vu dans cette alliance avec le premier groupe de tabac comme « un pacte avec le diable », le sang du vapotage versé au bénéfice du monstre des enfers tabagiques.  « Altria aura tout intérêt à pousser JUUl à concevoir des produits qui pénalisent le moins possible les ventes de cigarettes », abonde Matthew Myers, président de l’association Campaign for Tobacco-Free Kids. Les paris sont ouverts. Oublions le diable. Qui, du loup, des bergers et des moutons, l’emportera ?

A demain

@jynau

Cigarette électronique : elle séduirait les ados français qui redoublent, fument et s’alcoolisent

Bonjour

Résumons. La cigarette électronique est un outil majeur de réduction du risque tabagique. La France demeure l’un des pays développé où la consommation de tabac et la prévalence des fumeurs demeurent parmi les plus élevées dans les pays développés. Un problème majeur de santé publique, la première cause de mortalité prématurée évitable en même temps qu’une source majeure de recettes fiscales.

Poursuivons. L’entrée dans cet esclavage addictif se fait pour l’essentiel durant l’adolescence. L’achat de tabac est en théorie impossible avant d’être majeur mais un tiers des adolescents français sont des consommateurs réguliers avant d’avoir 18 ans. Aucune sanction. Dans ce contexte deux questions majeures, sanitaires et politques, se posent. De quelles données disposons-nous quant à l’usage de la cigarette électronique chez les adolescents ? Cette dernière pourrait-elle prévenir l’entrée dans le monde du tabac cancérigène ?

On dispose d’une réponse. Elle vient d’être publiée par l’Observatoire français des drogues et toxicomanies « Usages de e-cigarette chez les adolescents français de 17 ans » (Sandra Chyderiotisa, Stanislas Spilka, François Becka).

On y apprend que L’usage de e-cigarette s’est répandu en France depuis 2010. « Chez les adultes, elle est expérimentée par 41,7 % des 18-75 ans et 3,8 % se déclarent vapoteurs au moment de l’enquête. Utilisée principalement par les fumeurs ou anciens fumeurs, elle est considérée comme moins nocive que le tabac, écrivent les auteurs. Pourtant, ses effets sur la santé, notamment sur le long-terme, ne sont pas parfaitement connus. »

Chicha et boire de l’alcool plusieurs fois par mois

« Chez les adolescents, période privilégiée de l’initiation au tabac, l’expérimentation de e-cigarette est fréquente mais sa place et les raisons de son usage par rapport à celui du tabac ne sont pas encore bien comprises, ajoutent-ils.  Les résultats de l’enquête ESCAPAD 2017 permettent de décrire les usages de e-cigarette chez les adolescents de 17 ans et les facteurs qui lui sont associés. »

Résultats : l’expérimentation de e-cigarette est largement répandue à 17 ans mais son usage récent ne concerne que un adolescent de 17 ans sur six Elle reste largement associée à l’usage de tabac : 3 vapoteurs récents sur 5 fument quotidiennement des cigarettes, et plus de 9 sur 10 ont déjà expérimenté le tabac.

Quels sont les facteurs les plus associés au vapotage récent ? Être un garçon (1,39), avoir redoublé (1,24) Être fumeur quotidien (2,74) Avoir déjà essayé la chicha (2,34) Consommer du cannabis occasionnellement (1,59) Boire de l’alcool plusieurs fois par mois (1,21) Avoir déjà essayé un produit illicite autre que le cannabis (1,13) Être actif ou non scolarisé (0,77) Habiter une zone de plus de 200 000 habitants (0,94). Ajouter la catégorie socioprofessionnelle des parents et le fait d’avoir déjà essayé plus d’un produit illicite autre que le cannabis

On peut aussi le dire de manière inversée : « En comparant les vapoteurs dans le mois selon leur statut tabagique, il apparaît que ceux d’entre eux qui ne sont pas fumeurs quotidiens de cigarettes sont plus souvent des garçons et vivent plus souvent dans les grandes agglomérations. Ils ont par ailleurs moins souvent redoublé, sont moins souvent des apprentis et des actifs/non scolarisés et consomment moins de drogues licites ou illicites. »

Conclusion des auteurs : « il reste à déterminer si la e-cigarette s’ajoute simplement aux produits existants ou si elle a un rôle propre dans les trajectoires tabagiques ». Nous sommes près de dix ans après le début de la diffusion de la cigarette électronique en France, nous n’avons toujours pas de réponses aux deux questions majeures de santé publique.

A demain

@jyau

 

Harcèlements sexuels, abus et langues de bois : que se passe-t-il donc au sein de l’ONUSIDA ?

Bonjour

Tourmentes sans frontières. ONUSIDA (UNAIDS) est un programme de l’ONU destiné à coordonner l’action des différentes agences onusiennes. Pour pallier l’incurie de l’OMS cette entité a vu le jour il y a vingt-trois ans et se développa sous l’autorité de Peter Piot. Depuis dix ans elle est dirigé par Michel Sidibé. Siège plus que feutré :  Pregny-Chambésy (Suisse). Dernier slogan : « Vivre sa vie positivement » (sic).

Puis, soudain, l’émergence d’invraisemblables turbulences. « La direction d’Onusida mise en cause dans des affaires de harcèlement Un rapport de quatre experts indépendants dénonce la culture et la gestion des cas de harcèlement et ébranle le directeur exécutif, Michel Sidibé » rapporte Le Monde (Paul Benkimoun).

A verser au dossier  le rapport d’un comité d’experts indépendants publié  le 7 décembre et présenté lors du conseil de coordination (Genève, 11-13 décembre). « Cette instance de direction, devant laquelle le secrétariat rend compte, avait mis sur pied, le 20 juillet, le comité d’experts constitué de quatre membres, à la suite de la demande du directeur exécutif de l’Onusida, Michel Sidibé, en février, nous explique Le Monde. Les experts devaient évaluer la culture et la politique internes, et proposer à l’organisation onusienne des recommandations destinées à  »renforcer la mise en œuvre de sa politique de tolérance zéro à l’égard du harcèlement sexuel ». Leur rapport met sévèrement en cause l’équipe dirigeante de l’institution et appelle à la mise en place d’une nouvelle direction. »

Ascenseurs

Plus précisément, si l’on suit bien (et comme souvent) une affaire d’ascenseur mise sur la place publique :

« L’émergence du mouvement #metoo à la fin de l’année 2017 a fait éclore sur la place publique une affaire antérieure d’accusations de harcèlement sexuel de la part du directeur exécutif adjoint d’Onusida, le Brésilien Luis Loures. En novembre 2016, un haut responsable de l’Onusida, Badara Samb, signale un incident, survenu dix-huit mois plus tôt, au cours duquel son supérieur hiérarchique – Luis Loures – aurait tenté d’embrasser de force dans un ascenseur une employée de l’Onusida, Martina Brostrom, qui est la compagne de M. Samb. Auparavant, en mars 2016, M. Samb et Mme Brostrom avaient fait l’objet d’une enquête pour des soupçons d’abus d’autorité et d’inconduite. (..) Luis Loures a quitté l’Onusida en mars. Quatre autres femmes se sont également manifestées et ont signalé des faits analogues contre M. Loures. »

« Agenda du changement »

Mais encore ? Et ensuite ? Parallèlement à la mise en ligne du rapport du comité d’experts le secrétariat d’Onusida a publié sa réponse sous la forme d’un document de 62 pages incluant la mise en place d’un « agenda du changement » (re-sic). On peut aussi, loin des hypocrisies feutrées de la langue anglaise,  en lire une version en français qui ne manque pas de sel : « L’ONUSIDA présente un agenda de transformation pour créer un environnement de travail exemplaire au sein de l’organisation ».

« Cet agenda insiste sur le fait que le harcèlement, y compris le harcèlement sexuel, les brimades et les abus de pouvoir à tous les niveaux seront soumis à une tolérance zéro et que leurs auteurs devront rendre des comptes sur leurs actes.

« Cet agenda s’appuie sur une approche centrée sur les victimes de harcèlement et permettra de faire en sorte que tous les membres du personnel soient formés, équipés et soutenus pour dénoncer les incivilités, le sexisme et l’intolérance, ainsi que d’autres comportements indésirables et intolérables. Il va permettre de renforcer les systèmes d’encadrement pour s’adapter aux exigences d’une organisation décentralisée et veiller à ce que la prise de décision se fasse au bon niveau, en toute transparence et avec les contrôles internes de conformité aux politiques et aux normes. »

Et maintenant ? Bien évidement des voix tardives se lèvent pour réclamer la démission en urgence d’un Michel Sidibé hier encore vanté par nombre de médias : du toujours puissant rédacteur en chef du Lancet, Richard Charles Horton, au gouvernement suédois, qui vient d’annoncer le gel de sa contribution à l’Onusida tant que le directeur exécutif n’aura pas démissionné. Or Michel Sidibé a fait savoir qu’il n’entendait pas partir. C’est dire si l’abcès est constitué. Qui, désormais, osera publiquement le crever ?

A demain

@jynau

 

 

Rugby : la mort du joueur- espoir Nicolas Chauvin, 19 ans, relance la polémique sur la violence

Bonjour

Usons de la formule consacrée : « le monde du rugby est en deuil ». Le Stade Français a annoncé, mercredi 12 décembre, la mort de Nicolas Chauvin. Ce joueur espoir de 19 ans avait été victime d’un arrêt cardiaque après un double et violent placage lors d’un match contre les espoirs de Bègles-Bordeaux le 9 décembre. « Un nouvel « accident grave » après placage » écrivions-nous alors.

Ce troisième ligne d’avenir avait été placé en réanimation avoir « été victime d’un traumatisme cervical qui a occasionné un arrêt cardiaque et une anoxie cérébrale ». Il ne s’était pas relevé après un plaquage intervenu à la 5e minute du match – que l’arbitre avait immédiatement arrêté.

Graver dans la mémoire

Le monde du rugby est à nouveau en deuil. Cette mort fait suite à celle, survenue le 10 août de Louis Fajfrowski, 21 ans, joueur d’Aurillac (Pro D2) après un plaquage lors d’un match amical contre Rodez. La justice avait conclu, en novembre, que cette mort était due à « un traumatisme thoracique précordial, responsable d’une commotion cardiaque létale sur un cœur pathologique ».

Cette mort avait relancé, au sein du rugby français, un très vif débat sur la réduction des risques auxquels sont exposés les  joueurs de rugby – risques sans cesse plus élevés du fait de l’évolution du jeu, de la violence croissante et des règles qui demeurent en vigueur. La mort de Nicolas Chauvin soulève, à nouveau et de manière tragique, les mêmes questions – à commencer par celles de la modification de la hauteur maximale autorisées pour les placages.

« C’est avec une immense tristessque le Stade Français Paris fait part du décès de Nicolas Chauvin, jeune Espoir du club, qui s’est éteint ce soir au CHU Pellegrin de Bordeaux » a indiqué son club dans un communiqué. Toutes nos pensées vont à la famille de Nicolas à laquelle tous les membres du club adressent leurs plus sincères condoléances. Le Stade Français Paris est en deuil. »

« Effondré face à ce terrible drame. Toutes mes pensées vont à la famille et aux proches de Nicolas Chauvin » écrit  Paul Goze, président de la Ligue nationale de rugby (LNR).

« J’adresse toutes mes plus sincères et profondes condoléances à la famille de Nicolas. Il restera à jamais gravé dans la mémoire du rugby français. Solidarité de la Fédération et de l’ensemble de la famille du rugby » a écrit sur son compte Twitter le président de la Fédération française de rugby (FFR), Bernard Laporte.

« Graver dans la mémoire » ? Si rien ne change, combien de fois encore les responsables du rugby français devront-ils adresser leurs plus sincères et profondes condoléances ? Le monde du rugby est en deuil.

A demain

@jynau