Guerre des tranchées entre les «bons vivants» et ceux qui entendent bien le rester (1)

Bonjour

Terribles ambivalences de l’alcool. Ambivalences sans cesse amplifiées avec le vin. C’est un texte dont on pourrait rire. Un texte que l’on pourrait maudire. Un texte que l’on dénoncera. Un texte que nous aurions sans doute pu (avec quelques coupes et compléments) signer.

On le trouvera dans Le Figaro sons un titre trop éloquent :  «Arrêtez de culpabiliser les amateurs de vin ! ». Signés par un groupe fort hétérogène de personnalités embrassant un vaste horizon – dont le journalisme 1. C’est aussi une tribune de mauvaise foi puisque ces personnalités s’opposent aux associations qui militent pour un ‘’mois sans alcool’’ en janvier prochain » – une opération qu’elles dénoncent pour ce qu’elle n’est pas… 2

Voilà bien le début (ou plus exactement la résurgence) d’une guerre. Une guerre médiatique des tranchées. Un conflit entre les « bons vivants » autoproclamés et ceux désignés comme étant leur profil inversés. Une guerre et des impasses. Comment avancer ?

Pour commencer voici ce texte, porté par le talentueux Philippe Claudel. Il vaut d’être lu (nous soulignons), relu et débattu:

« À quoi reconnaît-on qu’une civilisation s’effondre? Peut-être au désintérêt dont certains font montre à l’égard de son patrimoine et de sa culture, ouvrant ainsi le chemin à un piétinement général de ses valeurs et de son histoire, et au rétrécissement de son champ d’existence et de liberté.

« Certaines voix autorisées – par qui? – s’élèvent aujourd’hui pour stigmatiser la consommation d’alcool et culpabiliser le buveur à chaque fois qu’il s’apprête à caresser les flancs d’un verre avant de le porter à ses lèvres. On évoque même la possibilité d’un «mois sans alcool» dès janvier prochain, suivant en cela, comme les moutons que nous sommes souvent, la toquade anglo-saxonne et puritaine du «dry january».

« Cette initiative me consterne. Et je ne sais si la placer de plus en janvier, mois de Saint-Vincent, patron des vignerons, relève de la simple bêtise ou de la provocation.

« On dit une partie et on oublie un tout, comme si on évoquait seulement les notes et pas la musique, les couleurs et non la peinture, les lettres de l’alphabet et jamais la littérature.

« On parle d’alcool pour accuser. On dit une partie et on oublie un tout, comme si on évoquait seulement les notes et pas la musique, les couleurs et non la peinture, les lettres de l’alphabet et jamais la littérature.

« Certes, la molécule d’éthanol est présente dans un armagnac ou un vieux calvados, dans un chassagne-montrachet, un flacon de la Coulée de Serrant, un pauillac, un côte-rôtie, un champagne, un grand vin du Languedoc, mais à la façon de l’armature interne d’une sculpture, qui soutient un ensemble mais n’en constitue pas la beauté. Reprochera-t-on à celui qui contemple le travail de Bourdelle ou de Maillol d’être un pervers adorateur du grillage à poulets sur lequel la glaise ou le plâtre s’appuient et la grâce s’élève?

« Le pays de France est un faible territoire, en superficie, mais je ne connais au monde nul autre endroit qui offre une marqueterie de paysages aussi divers, posés les uns au côté des autres, et, reliées à ces paysages, enracinées en eux, y tirant leur sève et leur vérité, autant de cultures qui s’incarnent dans l’architecture, la gastronomie, les savoirs, les arts et le vin.

« Je m’inquiète de l’inquiétude dont les politiques font preuve à mon égard »

« Certes il existe quantité de vignobles sur terre, et des vins remarquables. Mais les plus grands vins naissent dans les terroirs de France, grâce à une géographie unique et un savoir séculaire transmis de génération en génération. Sur cela chacun s’accorde. Faudrait-il commencer à en avoir honte?

« Au même titre que les châteaux de la Loire, les Pensées de Pascal, la peinture de Poussin, la poésie de Rimbaud, la musique de Pierre Boulez, le vin est un haut fait culturel français, sur lequel se portent les regards et les désirs du monde. Nous sommes les dépositaires de cette richesse. Nous en sommes les heureux bénéficiaires, les gardiens et les garants.

« Notre responsabilité est considérable. Bien sûr, on peut vivre sans vin, et nul n’est contraint d’en boire. Les censeurs nous diront qu’on peut alors espérer vivre plus longtemps, ce qui reste encore à prouver. Mais qu’on ne contraigne pas non plus quiconque à s’en priver. Et puis vivre sans plaisir et sans joie, sans lumière et sans fête, sans soleil et sans feu, sans mémoire et sans histoire, est-ce vivre?

 « Depuis quelques décennies, je m’inquiète de l’inquiétude dont les politiques font preuve à mon égard. Ils se soucient sans cesse de ma santé et de mon intégrité physique, et paraissent conspirer, en dignes successeurs des grotesques médecins de Molière, à m’amener jusqu’à ma mort en parfaite santé.

« Commencer à interdire, c’est interdire tout court, et à jamais. On commence par un mois, mais un mois, c’est le début de l’éternité. Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas imaginer aussi un mois sans sexe, un mois sans sport, un mois sans paroles, un mois sans pensées, un mois sans imagination, tant on sait combien ces différentes activités peuvent se révéler parfois dangereuses et toxiques pour qui les pratique?

« Plutôt que sur l’interdiction, c’est sur l’éducation qu’il faut mettre l’accent. Apprendre à discerner. Apprendre à connaître. Apprendre à aimer. Apprendre à apprécier le vin, et l’apprécier non pas en fonction de la quantité à boire mais de sa qualité même, car si l’ivresse est à rechercher, c’est bien celle qui naît de l’admiration devant ce qui est singulier, et non celle qui brouille les sens et la raison.

« Le vin est un secret fragile 3. Sa célébration l’est aussi, qui scelle des moments heureux d’amitié et de fête, et des noces mystiques avec des puissances terrestres, géologiques et climatiques, qui nous dépassent. Il n’est pas inutile de rappeler que dans bien des religions polythéistes et monothéistes, le vin se regarde comme un don des dieux, leur boisson aimée, voire leur sang. Tout cela nous dit que le vin n’est en rien banal, qu’il n’est en rien commun, mais qu’il est l’incarnation d’un supplément d’âme dont on voudrait aujourd’hui peu à peu nous priver. »

A suivre : la contre-attaque

A demain @jynau

1 Ce texte a été cosigné par Philippe Claudel, Cyril Lignac, Guy Savoy, Pierre Arditi, Katherine Pancol, Christophe Alévêque, humoriste ; Yannick Alléno, chef restaurateur ; Laurent Batsch, universitaire ; Éric Beaumard, vice-meilleur sommelier du monde (1998) ; Serge Blanco, ancien international de rugby ; Philippe Bourguignon, chef d’entreprise ; Pascal Bruckner, écrivain ; Éric Carrière, footballeur ; Philippe Caubère, comédien ; Antoine de Clermont-Tonnerre, producteur ; Vincent Duluc, journaliste sportif ; Guy Forget, joueur de tennis ; Jean Gachassin, ancien président de la Fédération française de tennis ; Jean-Philippe Girard, PDG d’Eurogerm ; Gérard Idoux, chef cuisinier ; Gaspard Koenig, essayiste ; Emmanuel Krivine, chef d’orchestre ; Jean-Marie Laclavetine, éditeur et romancier ; Christian Le Squer, chef cuisinier ; Dominique Loiseau, présidente du groupe Bernard Loiseau ; Michel Maffesoli, sociologue ; Carole Martinez, écrivain ; Éric Matton, éditeur ; Mathieu Pacaud, chef cuisinier ; Emmanuel Petit, ancien footballeur ; Jean-Pierre Pernaut, journaliste ; Hervé Pierre, sociétaire de la Comédie-Française ; Éric Pras, chef cuisinier ; Denis Robert, journaliste et écrivain ; Jean Sévillia, journaliste et écrivain ;Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie-Française ; Anne Sylvestre, chanteuse ;et Michel Troisgros, chef cuisinier.

2  Voir « ‘’Dry January’’ français: une affaire politico-sanitaire en cinq actes »  Slate.fr  4 décembre 2019

3 NDLR : « La vie mystérieuse du vin » de Bruno Quenioux, Editions du Cherche-midi

Vous souhaitez vous enivrer avec un gaz hilarant ? Il vous en coûtera bientôt 3750 euros

Bonjour

La France est triste et rira moins. Le Sénat français a adopté à l’unanimité, mercredi 11 décembre et en première lecture, une proposition de loi transpartisane visant à interdire la vente aux mineurs du protoxyde d’azote, gaz utilisé dans les siphons de cuisine, détourné de son usage culinaire pour ses effets euphorisants. Très facilement accessible dans le commerce, le protoxyde d’azote, ou «gaz hilarant», se vend sous forme de cartouches destinées notamment aux célèbres « siphons à chantilly ».

« Le protoxyde d’azote, aussi connu sous le nom de gaz hilarant, est un gaz d’usage courant stocké dans des cartouches pour siphon à chantilly, des aérosols d’air sec ou des bonbonnes utilisées en médecine et dans l’industrie. Détourné de son usage initial pour ses propriétés euphorisantes, il est transféré dans des ballons de baudruche afin d’être inhalé. Lorsqu’il est expulsé de son conteneur, le protoxyde d’azote devient un gaz très froid, incolore à l’odeur douceâtre. »

Les usagers et les observateurs précisent que quelques inhalations provoquent une euphorie comparable à une ivresse, accompagnée d’un fou rire irrépressible.

Elargir aux majeurs l’esprit de la loi

Mesure phare de la proposition de loi : interdiction de sa vente aux mineurs – y compris sur les sites de commerce en ligne. Non respect de cette interdiction : amende de 3750 euros. Les industriels auraient en outre l’obligation d’indiquer sur l’emballage la dangerosité du produit. Le texte propose aussi de pénaliser l’incitation d’un mineur à faire un usage détourné d’un produit de consommation courante pour en obtenir des effets psychoactifs. Il prévoit encore d’accompagner la politique de prévention menée à l’école.

L’exécutif applaudit des deux mains le législatif sénatorial transpartisan. Adrien Taquet , secrétaire d’Etat auprès d’Agnès Buzyn :  «Nous saluons l’initiative de cette proposition, et nous souhaitons poursuivre le travail pour parfaire collectivement le dispositif proposé. Pour autant, nous devons être lucides, l’interdiction de vente aux mineurs ne permettra pas à elle seule de mettre fin aux pratiques de détournement d’usage de produits de consommation courante».

Valérie Létard, sénatrice (Nord, centre-droit) et auteure de la proposition de loi cosignée par une centaine de ses collègues sur tous les bancs, au premier rang desquels des élus du Nord, département particulièrement touché par le phénomène :  «Nous assistons depuis deux ans à une banalisation de la consommation». Et il y a une quinzaine de jours, les autorités sanitaires se sont alarmées d’une  augmentation des cas de troubles neurologiques graves liés à un usage «récréatif» du gaz hilarant. Depuis le début de l’année près d’une trentaine d’effets sanitaires ont été notifiés, dont des cas graves avec de véritables séquelles.

Reste que la proposition de loi n’atteint pas la cible principale : les «jeunes majeurs ». Adrien Taquet s’est engagé, dans le cadre de la navette parlementaire, à « élargir aux majeurs l’esprit de la proposition de loi » (sic). Fin du récréatif. Interdit à tous et toutes de rire de manière mécanique.

A demain @jynau

Cigarette électronique : à la veille de Noël, la lucidité retrouvée de l’Académie de médecine

Bonjour

On avait (parfois) pris l’habitude de se gausser de la vieille Académie. Notamment quand elle s’égarait sur le cannabis et l’augmentation des risques. Tel n’est pas le cas aujourd’hui avvec le tabac et la cigarette électronique. Comment ne pas saluer cette lucidité retrouvée. Extraits de ce message mandé depuis la rue Bonaparte, Paris (nous soulignons):

« La confiance en la cigarette électronique est aujourd’hui ébranlée par l’observation d’une soudaine épidémie de pathologies pulmonaires localisée aux Etats-Unis ainsi que par le rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui sans argumenter, qualifie la cigarette électronique ‘’d’indiscutablement nocive’’.  La position exprimée par l’Académie en 2015 conseillait de garantir la sûreté des produits, de déclarer les substances présentes dans les e-liquides et surtout d’en interdire la vente aux mineurs ainsi que la publicité et l’usage là où il est interdit de fumer. C’est le cas aujourd’hui en France où les cigarettes électroniques relèvent de normes de qualité et de sécurité, à l’inverse des Etats-Unis.  
 
« Cette crise de confiance pourrait causer la mort de milliers de fumeurs alors que le tabac tue la moitié de ses fidèles consommateurs. Ne pas confondre le contenant nocif avec la toxicité du contenu
 
« L’épidémie américaine d’atteintes pulmonaires est due à un détournement de son usage car, après avoir mis en cause le vapotage en tant que tel, le Center for Disease Control and Prevention (CDC) et la Food and Drug Administration (FDA) reconnaissent que ce détournement est la cause principale de cette épidémie dont sont atteintes en quatre mois près de 2200 personnes avec 42 décès. Il ne faut pas accuser le contenant d’être nocif alors que c’est le contenu qui est en réalité nocif et responsable de l’alerte américaine. 
 
La vaporette moins dangereuse que la cigarette aide à l’arrêt et à la diminution de la consommation de tabac. 700 000 fumeurs ont décroché grâce à elle. 
 
(…) Si l’inquiétude est totalement fondée aux USA, ce n’est pas ce qui est constaté en France car les études de Paris Sans Tabac montrent que la consommation globale de nicotine chez les jeunes – vaporette plus tabac – diminue grâce à la réglementation française et européenneL’épidémie de mésusage par les jeunes rappelle aux américains qu’ils ont insuffisamment réglementé son usage. Ce défaut de réglementation explique cette crise, comme celle des opioïdes. En France, nombre de fumeurs qui s’apprêtaient à passer à la vaporette au lieu du tabac ne doivent pas hésiter puisque l’HAS en a fait un produit utile à l’arrêt du tabac et qui a fait ses preuves. » 

L’Académie nationale de médecine conclut en rappelant qu’il « ne faut pas se tromper d’ennemi ». Il n’est pas désagréable de la savoir dans le camp de la politique raisonnée de la réduction des risques. En espérant qu’elle pèse désormais de tout son poids sur le pouvoir exécutif en général et sur la politique menée par Agnès Buzyn.

A demain @jynau

Personnes intersexuées : les écouter, les informer, les soigner, ne jamais plus les mutiler

Bonjour

Longtemps la médecine les ignora. L’intersexualité n’avait de place que dans la mythologie, sous les traits d’Hermaphrodite et des androgynes. Ou dans les religions monothéistes avec les anges et les discussions éternelles quant à leur sexe. Puis, bien après la Renaissance, les considérables avancées de l’anatomie, de la chirurgie et de l’endocrinologie bouleversèrent progressivement la donne.

On redessina les frontières du normal et du pathologique; on entreprit de corriger ce qui était désormais perçu comme insupportable; on postulait qu’il y avait urgence à modifier l’apparence corporelle de personnes que l’on ne pouvait classer dans l’un des deux genres; que ces interventions leur permettraient de retrouver l’une des deux identités dont elles étaient privées depuis la naissance, privation qui ne pouvait être que source de souffrances.

Mais tout cela, c’était avant que l’on ne découvre, assez récemment, qu’en réalité tout était nettement plus compliqué, que la correction médico-chirurgicale était loin d’être la panacée, que l’on n’avait pas assez écouté les premièr·es concerné·es. Et que l’heure était venue de mieux entendre, collectivement, les différences.

A lire, sur Slate.fr : « Personnes intersexes: informer et soigner, sans jamais plus mutiler »

A demain @jynau

Alcoolisme: Agnès Buzyn va-t-elle, royalement, rembourser le baclofène à hauteur de … 15% ?

Bonjour

Pas homéopathique, mais presque. Et, quoi qu’on pense par ailleurs, une forme de mépris des malades de l’alcool. On attend ici le couperet d’Agnès Buzyn.  L’information est tombée aujourd’hui, transmise par les vigies du Flyer (Mustapha Benslimane). Où l’on apprend que le Baclocur® (baclofène) a obtenu de la HAS un Service Médical Rendu (SMR) faible, ouvrant droit au remboursement à… 15% : « Baclofène BACLOCUR, comprimé pelliculé sécable Première évaluation » (nous soulignons):

« Avis favorable au remboursement pour réduire la consommation d’alcool, après échec des autres traitements médicamenteux disponibles, chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool et une consommation d’alcool à risque élevé (> 60 g/jour pour les hommes ou > 40 g/jour pour les femmes). Cet avis est conditionné à la collecte de données d’efficacité et de tolérance dans un délai maximal de 3 ans en vue d’une réévaluation.

« La prise en charge de l’alcoolodépendance a fait l’objet de recommandations nationales par la Société française d’Alcoologie. Le baclofène, constitue, en association à un suivi psychosocial axé sur l’observance thérapeutique et la réduction de la consommation d’alcool, une option thérapeutique de dernier recours pour réduire la consommation d’alcool chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool avec consommation d’alcool à risque élevé (> 60 g/jour pour les hommes ou > 40 g/jour pour les femmes), ne présentant pas de symptômes physiques de sevrage et ne nécessitant pas un sevrage immédiatement. Le bénéfice potentiel du traitement est conditionné par l’observance du patient. Conformément au RCP, son utilisation doit s’accompagner d’un suivi médical rapproché en particulier pendant la phase de titration. La dose journalière maximale de baclofène est de 80 mg par jour. Le RCP précise par ailleurs qu’en l’absence d’efficacité après 3 mois de traitement, celui-ci doit être arrêté de façon progressive et qu’il n’existe pas de données issues d’études au-delà de 12 mois. »

Aotal®, Esperal® Revia® Selincro® et … Baclocur®. 

Comment comprendre, quand on sait que le contesté Selincro® (46 euros la boîte de 14) est pris en charge à hauteur de 30% depuis plusieurs années. « On peut noter au passage une baisse continu du taux de remboursement des médicaments pour les troubles liés à l’usage d’alcool, observe Le Flyer. De 65% pour Aotal®, Esperal® et Revia® à 30% pour Selincro®, pour arriver à 15% pour Baclocur®. Le prochain candidat au remboursement risque de ne pas être remboursé du tout s’il peine à démontrer a priori une utilité plus grande que l’existant. Un peu comme si les médicaments pour les troubles liés à l’usage d’alcool servaient de moins en moins l’intérêt des patients et de la collectivité et un peu comme si l’alcool posaient de moins en moins un problème de Santé Publique. »

De se point de vue on se régalera, ici, à la lecture des échanges des membres de la Commission de Transparence du 6 novembre dernier.  « Dans les faits, cela ne changera pas grand-chose, souligne Le Flyer. Les mutuelles prendront en charge le remboursement complémentaire dans la plupart des cas et beaucoup de patients ont déjà une ALD 30 leur ouvrant un droit au remboursement à 100%. Mais, en termes de symbole …. on propose par cet avis que la solidarité nationale intervienne à hauteur de 15% dans la prise en charge d’un traitement dont les cliniciens ont jugé depuis 10 ans son utilité pour des patients, souvent en échec avec d’autres thérapeutiques. »

Et maintenant ? Il reste à Agnès Buzyn de décider. Aura-t-elle la lucidité pour ne pas dire le courage, d’octroyer un taux de remboursement digne d’un médicament qui aide ; jui aussi, à lutter contre le fléau de l’alcool. Le baclofène n’est pas un remède miracle. Mais, Mme Buzyn le sait, les miracles sont assez rares dans le champ de la lutte contre les addictions.

A demain @jynau

Messieurs, tout ce qu’il vous faut savoir avant le médicament contre la chute de vos cheveux

Bonjour

Que ferions-nous sans notre Agence du médicament ? L’ANSM publie aujourd’hui une fiche d’information « à destination des hommes qui prennent actuellement du Propecia® et génériques (finastéride) pour traiter la chute de leurs cheveux ou pour lesquels la prescription est envisagée ». Où l’on voit que la transparence progresse :

« Elaborée en concertation avec les associations de patients et les professionnels de santé concernés, cette fiche vise à renforcer l’information des patients sur le risque de survenue de certains effets indésirables, tels que des troubles psychiatriques et/ou de la fonction sexuelle associés à la prise de finastéride ». Cette fiche rappelle :

  • les bénéfices escomptés au regard des risques associés à la prise de ce médicament indiqué dans certaines formes peu évoluées de calvitie (alopécie androgénétique) chez l’homme âgé de 18 à 41 ans ;
  • l’intérêt de s’accorder un délai de réflexion avant de commencer ce traitement de longue durée ;
  • la conduite à tenir en cas d’effets indésirables (diminution de la libido, troubles de l’érection, problème d’éjaculation tel qu’une diminution du volume de l’éjaculat, dépression) ;
  • et notamment l’arrêt du traitement en cas de modification de l’humeur.

Destinée à être remise par le médecin lors de la consultation et par le pharmacien au moment de la délivrance, cette fiche est un outil de dialogue entre le patient et ses professionnels de santé. Elle est également téléchargeable sur le site de l’ANSM.

L’ANSM poursuit par ailleurs ses investigations dans le double objectif d’améliorer les connaissances sur les effets indésirables du finastéride et de renforcer la sécurité d’utilisation de ce médicament. L’utilisation du finastéride 1 mg fait actuellement l’objet d’une surveillance étroite tant au niveau européen que national. Il importe que les informations relatives à sa sécurité soient largement partagées.

Avant d’en arriver à son retrait ?

A demain @jynau

Tabac : en France, l’augmentation constante des prix alimente filières criminelles et mafias

Bonjour

10 décembre 2019. Impasses, galères et colères. Omniprésence étouffante, dans les médias, de l’impossible « réforme des retraites » et des angoisses qu’elle alimente. Et puis, en marge, un édifiant papier « société » du Parisien (Florian Loisy et Carole Sterlé) : « Comment le trafic de cigarettes inonde l’Ile-de-France ». Où l’on apprend qu’en dépit des milliers de paquets saisis, des arrestations de revendeurs, des condamnations en justice, le trafic de cigarettes est florissant en Ile-de-France et attire des filières criminelles. Extraits :

« Marlboro, Marlboro! Cigarettes, cigarettes! » A Barbès, dans le quartier de la Chapelle (Paris), mais aussi à la sortie des gares, à Châtillon-Montrouge (Hauts-de-Seine), Garges, Sarcelles (Val-d’Oise), sur le marché du Val-Fourré ou au rond-point de la Vigne-Blanche aux Mureaux (Yvelines), des paquets clandestins sont proposés aux clients de la main à la main. A 5 euros en moyenne (contre 9 euros en moyenne chez un débitant), les clients ne manquent pas. Ils sont parfois plus d’une vingtaine de vendeurs à jouer des coudes sur un seul trottoir. Prêts à allumer une clope pour faire tester la marchandise.

« Près de la gare RER de Grigny, dans l’Essonne, comme ailleurs, le trafic est en constante augmentation. A la fin novembre, après plusieurs semaines d’enquête, les policiers ont interpellé quatre Guinéens, ainsi que le semi-grossiste qui les approvisionnait. Cet homme de 27 ans, qui vit dans le quartier de Grigny 2, avait caché 50 000 cigarettes (250 cartouches) dans un appartement de la cité et dans le coffre d’une voiture épave. Il a écopé de 600 euros d’amende avec sursis. Dès le lendemain, le parquet d’Evry faisait appel de cette décision. A Châtillon-Montrouge (Hauts-de-Seine), entre le terminus de la ligne 13 du métro et celui du tramway T6, une dizaine de vendeurs à la sauvette ont pris position depuis septembre 2018. Jean-Pierre Schosteck, le maire (LR) de Châtillon se dit « scandalisé ». Car malgré les rondes régulières de la police municipale, le trafic perdure. »

Incontestables vertus de la cigarette électronique (réduction des risques)

L’exécutif n’est certes pas inactif. Une brigade spécialisée dans la vente à la sauvette a été créée dans le XVIIIe arronissement en 2017. Composée de vingt-quatre fonctionnaires, elle a saisi, entre le 1er janvier 2019 et le 31 octobre, plus de 19 000 paquets dans ce seul arrondissement. 140 personnes ont été interpellées dans le cadre de ce trafic. «  Elles ont majoritairement fait l’objet d’une « procédure simplifiée » qui permet de ne pas encombrer les tribunaux, et de confisquer puis mettre à la benne la marchandise illégale » précise Le Parisien. Pas inactif, certes, mais quel rapport coût-bébéfice ?

Le sujet est bien évidemment repris par le site des buralistes français. Qui rappelle que l’Ile-de-France est approvisionnée par deux filières principales : celle d’Algérie (cigarettes de contrebande, achetées euro localement et revendues aux grossistes aux environs de 3 euros ; paquets avec des inscriptions en arabe) et celle d’Europe de l’Est (contrefaçon). Dans des entrepôts en Ukraine, Slovaquie, Pologne, les cigarettes sont confectionnées pour 70 à 80 centimes le paquet et seront revendues à 3 euros en France au premier maillon de la chaîne.

Selon une étude du cabinet d’audit KPMG, financée par l’industrie du tabac, estime que près de 8 milliards de cigarettes de contrefaçon et de contrebande et 8 autres milliards de produits rapportés légalement de voyage ont été consommés en France en 2018. En d’autres termes 16 milliards de cigarettes qui échapperaient aux taxes françaises – soit près de 29 % de ce qui est fumé dans l’Hexagone.

Où l’on mesure les étroites limites de la politique d’augmentation des prix dont se félicite pourtant régulièrement le gouvernement. Où l’on regrette, aussi, cette politique d’augmentation des risques inhérente à la sous-estimation chronique, par ce même gouvernement, des incontestables vertus de la cigarette électronique.

A demain @jynau