Hydroxychloroquine: Martin Hirsch (AP-HP) accuse le Pr Raoult de «faux témoignage»

Bonjour

02/07/2020. Envenimement entre Paris et Marseille. Le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, conteste deux déclarations faites par le Pr Didier Raoult lors de son audition par la commission d’enquête sur la Covid-19 de l’Assemblée nationale le 24 juin. Ces déclarations «semblent s’apparenter à un faux témoignage», accuse le directeur de l’AP-HP dans un courrier au président de l’Assemblée nationale dont l’AFP a obtenu copie le mercredi 1er juillet.

«Il me semble essentiel (…) que les travaux de la commission ne puissent être fondés sur des éléments factuellement faux, et que les suites qui s’imposent puissent être données», écrit le directeur général de l’AP-HP Martin Hirsch, dans une lettre adressée à Richard Ferrand. Plus précisément il conteste deux passages de l’audition du Pr Didier Raoult : d’une part, une estimation des taux de décès de malades en réanimation ; de l’autre, des informations concernant sur un patient chinois de 80 ans hospitalisé à Paris fin janvier et qui était décédé mi-février (premier décès de la  Covid-19 officiellement enregistré hors d’Asie).

«Ces déclarations, qui mettent gravement en cause l’AP-HP, faites sous serment, me semblent s’apparenter à un faux témoignage», accuse Martin Hirsch dans ce courrier daté du 26 juin.

Cinq ans d’emprisonnement

Deux jours auparavant, devant les députés et sous serment le Pr Raoult, avait évoqué la question des taux mortalité – expliquant disant s’appuyer sur «un travail» disponible en ligne. «La mortalité dans les réanimations ici, dans ce travail toujours, est de 43%. Chez nous, elle est de 16% », avait-il dit, sans préciser exactement d’où il tirait ces chiffres. «Le soin est passé au second plan», avait poursuivi le Pr Raoult, directeur de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection de Marseille.

Pour sa part Martin Hirsch écrit : «nous n’avons aucune donnée qui place à 43% la mortalité dans les réanimations de l’AP-HP» [sans préciser à combien se monte ce taux, souligne l’AFP].D’autre part, il n’y a à ce jour aucune étude publiée qui analyse comparativement les taux de mortalité en réanimation, évaluées dans des conditions contrôlées, entre les hôpitaux parisiens et marseillais.».

Contacté par l’AFP, « l’entourage du Pr Raoult » renvoie à des résultats du registre Reva (Réseau européen de recherche en ventilation artificielle) figurant dans un «rapport de la cellule de crise de l’AP-HP du 14 avril». Dans ce document, qui date d’il y a deux mois et demi, période du pic de l’épidémie en France, le pourcentage de décès en réanimation était alors évalué à 43% à l’AP-HP et 41% hors AP-HP.

Par ailleurs, lors de son audition, le Pr Raoult a affirmé que le patient chinois de 80 ans s’était présenté «à la Pitié-Salpêtrière», était «rentré chez lui», puis était «revenu 7 jours après» et était «venu mourir dans un hôpital». «Le seul patient chinois de 80 ans auquel peut faire référence le Pr Didier Raoult a été admis le 25 janvier 2020 à l’hôpital européen Georges Pompidou. Il n’a jamais été renvoyé chez lui», assure Martin Hirsch dans son courrier. Il rappelle que ce patient a ensuite été transféré «à l’hôpital Bichat, centre national de référence», où sa fille, elle aussi malade, a également été prise en charge avant de guérir.

 S’agit-il vraiment ici de « faux témoignages » dans une déclaration faite après avoir juré que l’on dira « la vérité, toute la vérité, rien que la vérité » ? Quelles suites pourront-elles être donnée à un tel courrier ? On rappellera qu’en cas de « mensonge » des sanctions pénales peuvent être appliquées, certaines allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Triste envenimement.

A demain @jynau

Gestion de l’épidémie: comment Agnès Buzyn peut-elle affirmer qu’elle a parfaitement œuvré ?

Bonjour

01/07/2018. Toujours la bonne élève et sa petite voix. Une émotion certaine, beaucoup d’hésitations, des souvenirs parfois parcellaires mais aucune faute à se reprocher  : Agnès Buzyn a répondu pendant plus de trois heures, mardi 30 juin, aux questions des députés de la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur la gestion de la crise sanitaire liée au coronavirus. Et au final l’impression donnée que l’ancienne ministre des Solidarités et de la Santé (mai 2017-février 2020) a parfaitement agi, amplement anticipé, œuvré comme il convenait. Une forme de parcours difficile, un presque sans-faute, une gestion de qualité supérieure à ce qui a pu être fait dans des pays voisin.

Aucun mea culpa, pas le moindre regret, autant d’affirmations réitérées qui ne coïncident guère avec les dépositions précédentes des autres acteurs. Pour résumer une position de défense personnelle absolue qui lui imposait de dénoncer les failles de certains – comme l’agence Santé publique France, responsable de la gestion des équipements de protection – à commencer par les masques…

Elle a ainsi par exemple expliqué que ce n’était pas non elle qui avait pris la décision de détruire les masques jugés non conformes alors que le stock n’avait pas encore été reconstitué. « Je lui fais totalement confiance et j’assume totalement les décisions qu’il prend », a-t-elle dit à propos du Directeur général de la santé Jérôme Salomon, proche d’Emmanuel Macron, qu’elle avait nommé en 2018.

Désertion du navire de Ségur

Autre faille, majeure, mise en lumière : face à la tornade épidémique qu’elle prévoyait, sa désertion précipitée du navire ministériel le 16 février pour aller porter les maigres couleurs du parti présidentiel afin de tenter de devenir maire de Paris – entreprise finalement calamiteuse. Où est, ici, la réflexion sur la réduction des risques.

« Je quitte le ministère le 16 février. Il n’y a pas eu de cas nouveaux en France depuis neuf jours. (…) La République en marche n’a plus de candidat à la Mairie de Paris. Moi, j’estime que j’ai fait mon travail de préparation du système de santé. (…) Je quitte le ministère avec le sentiment que j’ai fait la bonne préparation

Autre faille, incompréhensible, ses déclarations au Monde, précisément à cet instant , au lendemain du premier tour des élections municipales, sur sa campagne à Paris et son départ du gouvernement. Elle affirmait notamment avoir « alerté le directeur général de la santé » dès le 20 décembre et « envoyé un message au président sur la situation » le 11 janvier. « Quand j’ai quitté le ministère, assurait-elle dans Le Monde, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. »

Et aujourd’hui cette bien pauvre parade : « Quand la journaliste [Ariane Chemin] m’appelle, je suis intimement persuadée que le deuxième tour ne peut pas se tenir », a-t-elle expliqué aux parlementaires. « Je n’ai pas relu ces propos. Ces verbatim ne m’ont été soumis. » Avant d’ajouter :

« J’avais passé une journée épouvantable. J’étais très fatiguée. On m’accusait sur les réseaux sociaux de n’avoir rien vu venir. C’est tout le contraire. Je me suis battue pendant un mois. (…) Ce que j’ai dit au “Monde” ce jour-là, c’était “arrêtez de dire que je n’ai rien vu”. J’ai tout vu. Cet article laisse penser que je n’ai pas préparé ».

« C’est une sorte de Simone Veil désenchantée »

D’autres propos en défense, brouillons,  suivront : sur les masques, sur les tests, sur le reste, sur son parcours professionnel faisant d’elle l’une des mieux préparées à l’anticipation de la gestion de toutes les crises sanitaires. La preuve : elle aura été la première ministre de la Santé en Europe a organiser une « conférence de presse » sur le sujet (sic). C’était le 21 janvier 2020 lorsqu’elle elle avait expliqué que concernant l’épidémie en Chine : « le risque d’introduction en France de cas liés à cet épisode est faible, mais il ne peut pas être exclu ». Aujourd’hui elle argue de sa réactivité « alors qu’il n’y a pas d’alerte de l’OMS ». Elle explique encore que ce n’est que « le lendemain » de sa conférence de presse que la transmission interhumaine avait été confirmée par l’OMS. Mais encore ?

Elle avait anticipé sur tout, tout préparé à la perfection – avant de tout laisser tomber, de pleurer et de passer les clefs de la maison Ségur à Olivier Véran. Une maison dont on découvrit ensuite que bien des fenêtres étaient en réalité restées ouvertes alors même que la locataire avait prédit le tsunami.  Un exemple marquant : comment comprendre que devant la même commission d’enquête, l’ancien directeur général de Santé publique France, François Bourdillon, a pu affirmer que Santé publique France et la Direction générale de la Santé savaient, dès août 2018, que les stocks de masques étaient en grande partie périmés. Une information qui, selon Agnès Buzyn, ne serait donc pas « remontée » jusqu’à elle pendant un an et demi.

C’est dire s’il reste encore aux députés et aux journalistes beaucoup à découvrir, à comprendre, à soupeser. A commencer par une question jamais posée : pourquoi un(e) ministre « des Solidarités et de la Santé » ? Comment Agnès Buzyn pouvait-elle raisonnablement œuvrer dans un aussi vaste champ incluant notamment l’équilibre de l’ assurance maladie, la réforme des retraites, celle des hôpitaux, le déremboursement de l’homéopathie, la refonte des vaccinations …. et la préparation de la lutte contre tous les risques épidémiques majeurs menaçant le pays.

Olivier Véran est d’ailleurs aujourd’hui exposé aux mêmes risques – et nous avec lui. Il faudrait parvenir, en somme, dans ces sphères, à réduire les addictions au pouvoir pour mieux exercer celui que l’on a l’honneur d’exercer. Trop de responsabilités au sein de exécutif peut tuer l’efficacité. Même chez les bons élèves. Nous saurons bientôt, avec le remaniement du gouvernement, si la tragique leçon aura été tirée par Emmanuel Macron.

Restera, plus tard, à raconter le parcours d’Agnès Buzyn, médecin qui voulut monter et briller en politique et qui, aujourd’hui, doit accomplir un chemin de croix. Ce fut, hier comme le début de l’épilogue d’une série mêlant drame, intrigue politique et pathos individuel « Ça va être dur pour elle. Cette femme a vécu une tragédie. C’est une sorte de Simone Veil désenchantée qui s’est fanée en trois mois. C’est triste », aurait confié un député.

Après elle, ses prédécesseurs au ministère de la santé, Marisol Touraine, Roselyne Bachelot et Xavier Bertrand, seront à leur tour auditionnés par la commission d’enquête. Qu’ont-ils fait ? Que sont-ils devenus ? Combien de regrets ? La série se poursuit.

A demain @jynau

Agnès Buzyn: «Je quitte le ministère avec le sentiment que j’ai fait la bonne préparation»

Bonjour

De même que sur celles des Prs Jérôme Salomon et  Didier Raoult il faudra revenir dans le détail sur l’audition d’Agnès Buzyn par la commission d’enquête sur la crise sanitaire. Audition éminemment politique et riche d’enseignements. Pour l’heure, deux extraits des déclarations d’une ancienne ministre des Solidarités et de la Santé souvent débordée, bousculée, par les interrogations des députés. Une ancienne ministre qui est persuadée d’avoir, personnellement, parfaitement anticipé, parfaitement agi, en temps et en heure.

« J’ai eu une première alerte totalement par hasard pendant mes vacances de Noël [2019]: un blog en anglais rapportait des cas d’une pneumonie inexpliquée. (…) Mon premier niveau d’alerte est autour du 11 janvier parce que la Chine annonce un premier décès. Je décide à ce moment-là d’informer le président et le premier ministre qu’il existe un phénomène en Chine (…). On a l’information que c’est un nouveau virus de la famille des coronavirus (…)

« Je quitte le ministère le 16 février [2020]. Il n’y a pas eu de cas nouveaux en France depuis neuf jours. Le contexte politique, vous le savez, est particulier. La République en marche n’a plus de candidat à la Mairie de Paris. Moi, j’estime que j’ai fait mon travail de préparation du système de santé. (…) Je quitte le ministère avec le sentiment que j’ai fait la bonne préparation. (…) J’estime avoir préparé le système de santé. »

A demain @jynau

Alerte pandémique chinoise: découverte d’un virus grippal porcin transmissible à l’humain

Bonjour

30/06/2020. Désormais, prendre date face aux premières alertes infectieuses virologiques potentiellement pandémiques. Agnès Buzyn ne dirait pas le contraire qui est aujourd’hui entendue par la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale ; et qui devra répondre de ses actes quand elle était puissante ministre des Solidarités et de la Santé.

Prendre date, en cette fin juin 2020 : une équipe de chercheurs universitaires chinois annoncent publiquement avoir es découvert une souche de virus de grippe porcine présentant toutes les caractéristiques capables de provoquer une future pandémie ; une étude parue lundi dans la revue scientifique américaine PNAS. : « Prevalent Eurasian avian-like H1N1 swine influenza virus with 2009 pandemic viral genes facilitating human infection » PNAS first published June 29, 2020 https://doi.org/10.1073/pnas.1921186117. Un travail dirigé par Jinhua Liu (Key Laboratory of Animal Epidemiology and Zoonosis, Ministry of Agriculture, College of Veterinary Medicine, China Agricultural University, 100193 Beijing, China)

Une alerte aussitôt relayée par la BBC (Michelle Roberts). On sait de longue date que les porcs sont des hôtes intermédiaires dans le processus de formation et d’émergence  des virus des vagues grippales pandémiques humaine. Et l’on se souvient de la pandémie de grippe A(H1N1) de 2009. Les chercheurs chinois expliquent avoir identifié un virus E A(H1N1) « réassorti » (possédant des gènes internes dérivés de pdm / 09 et TR) – un virus dénommé G4, qui est devenu prédominant dans les populations porcines depuis 2016. Comme le virus pdm / 09, les virus G4 ont toutes les caractéristiques essentielles de un virus pandémique candidat. « Il est préoccupant de constater que les travailleurs travaillant à proximité immédiate de ce animaux présentent une séroprévalence élevée pour le virus G4, soulignent-ils. Il est urgent de contrôler les virus G4 E A(H1N1)dominants chez les porcs et de surveiller étroitement les populations humaines, en particulier les travailleurs de l’industrie porcine. »

Un rappel salutaire quant au risque de l’émergence de pathogènes zoonotiques

Leur surveillance sérologique a montré que 10,4% (35/338) des travailleurs porcins étaient positifs pour le virus G4 E A(H1N1) – ceux âgés de 18 à 35 ans ayant des taux de séropositivité de 20,5% (9/44), indiquant que un accroissement du potentiel infectieux chez les humains. « Une telle infectiosité augmente considérablement les possibilités d’adaptation du virus chez l’homme et soulève des inquiétudes quant à l’émergence éventuelle de virus pandémiques » soulignent encore les auteurs de l’étude.

« De 2011 à 2018, 30.000 prélèvements nasaux ont été réalisés sur des porcs dans les abattoirs de dix provinces chinoises et dans un hôpital vétérinaire, permettant d’isoler 179 virus de grippe porcine. La majorité était de la nouvelle variété, qui est devenue dominante chez les porcs depuis 2016, résume l’AFP. Les chercheurs ont ensuite réalisé diverses expériences en laboratoire et sur des furets, des animaux très utilisés dans la recherche sur la grippe car leurs symptômes sont comparables à ceux des humains: ils ont de la fièvre, toussent et éternuent. Ils ont observé que les virus G4 étaient plus infectieux, se répliquaient dans des cellules humaines et provoquaient chez les furets des symptômes plus graves que d’autres souches. En outre, selon des tests in vitro, l’immunité obtenue après contact avec les virus humains de la grippe saisonnière ne protègerait pas contre le G4. »

Le passage du virus dans la population générale ne fait plus aucun doute – sans pour autant que l’on dispose de preuve d’une transmission d’humain à humain – point de départ des épidémies émergentes. «L’inquiétude est que les infections d’humains par les virus G4 ne mènent à une adaptation humaine et n’augmentent le risque d’une pandémie humaine» résument ces chercheurs qui réclament la mise en place d’une surveillance étroite des populations travaillant au contact des porcs.

«Ces résultats sont un rappel salutaire que nous courons constamment le risque de l’émergence de pathogènes zoonotiques, a commenté auprès de la BBC James Wood, chef du département de médecine vétérinaire à l’université de Cambridge. Un rappel salutaire, aussi, que des animaux d’élevage, avec qui les humains sont plus en contact qu’avec des animaux sauvages, sont la source d’importantes pandémies virales.»

Quel ministre, en France, s’intéresse aujourd’hui à l’alerte lancée depuis Pékin ?

A demain  @jynau

Du cannabis désormais livré comme les burgers Uber : que peuvent Castaner et la police ?

Bonjour

30/06/2020. C’est à déguster sur Slate.fr : « La crise du Covid-19 a confirmé l’efficacité de la livraison de drogue à domicile » (Julie Profizi) . Où l’on apprend que si les trafics ont chuté pendant le confinement une pratique a néanmoins été mise en lumière: la livraison de stupéfiants chez les consommateurs.

« À la veille des annonces du gouvernement, le 17 mars, face au risque de pénurie, les dealers d’Île-de-France ont dû faire face à une demande exceptionnelle, explique Slate.fr. ‘’J’ai acheté 400 euros d’herbe le lundi’’, lance Paul, un consommateur de 25 ans, habitant dans les Hauts-de-Seine. Une aubaine pour les dealers. «On a fait des chiffres indécents, on a pris pas mal de risques mais avec brio», se félicite H., dealer parisien. Son réseau a enchaîné les livraisons dans la capitale et en proche banlieue pendant plus de 48 heures d’affilée.

Puis le 15 mai, Christophe Castaner, toujours ministre de l’Intérieur, a annoncé au siège de l’Ofast (Office antistupéfiants) une baisse de 30 à 40% des trafics. Néanmoins, le ministre de l’Intérieur a mis en garde contre des «nouvelles pratiques», notamment la livraison à domicile. La vie moderne, en somme avec l’effacement des interdits via la technologie. Les plateformes de commande ont d’abord concerné les consommateurs et consommatrices de drogues comme la cocaïne, des gens aisés ou habitant en centre-ville… Avant de s’élargir au cannabis.

Acheter son équipement aux couleurs de la société 

Pour «des personnes qui ne sont pas à l’aise à l’idée de se rendre dans les fours, ces lieux de deals établis dans des endroits un peu chauds», explique à Slate.fr le sociologue David Weinberger, chercheur à l’Institut national des hautes études sur la sécurité et la justice . Florian, policier de la BAC de Paris, a constaté cette généralisation: «Avant les consommateurs de tout Paris allaient à Saint-Ouen pour acheter leur dose.» Il observe, de fait, une désertion des lieux de deals habituels. Pour David Weinberger, cette nette évolution indique «la professionnalisation des méthodes de vente. Ça se voit en France comme partout dans le monde». 

Le confinement a bousculé la livraison et ses modalités, éprouvant «l’ingéniosité criminelle», selon les mots du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Chaque déplacement devant alors être justifié avec une attestation, le risque pour les «coursiers» a augmenté. Les doses minimales de commande sont alors passées chez la plupart des distributeurs de 50 euros à 100 euros. 

« Afin de réduire drastiquement le risque de contrôle sur les routes, nombre de «coursiers» ont eu recours au même stratagème: se grimer en livreurs de repas, type Deliveroo ou Uber Eats, rapporte encore Slate.fr 1. Quoi de mieux pour justifier un déplacement lié au travail qu’une grosse enseigne arborée sur le vélo ?  Mieux : certains coursiers sont d’ailleurs de vrais livreurs, qui arrondissent leurs revenus en vendant de la drogue ; une minorité. La plupart travaillent exclusivement pour un réseau de livraison de stupéfiants. Il suffit pour cela d’acheter son équipement aux couleurs de la société  – très facile à trouver d’occasion sur internet.

«Pour nous les dealers, il y a un avant et un après confinement, confie H. à Slate.fr. Ça nous a prouvé qu’on pouvait s’adapter à tout, malgré les risques. Il y a des trucs et des astuces, qu’on gardera bien après le déconfinement.» Les forces de l’ordre sont prévenues : les produits illicites modifiant les états de conscience sont désormais livrés à domicile, un peu après les repas. Que feront les « guetteurs » ? Que pourra faire la police ? A quand la dépénalisation contrôlée du cannabis ?

A demain @jynau

1 Sur ce thème , on lira avec intérêt : « La vente à emporter dans la restauration va-t-elle s’inscrire dans la durée? » (Alexane Pelissou) Slate.fr 30 juin 2020

Covid-19: voulez-vous savoir quel sera, en France, le prix du remdesivir de Gilead Sciences ?

Bonjour

29/06/2020. On savait le controversé remdesivir 1 depuis peu potentiellement autorisé en Europe. Restait à trancher la douloureuse question du prix. Nous avons la réponse aujourd’hui dans une « lettre ouverte de Daniel O’Day, CEO, Gilead Sciences ». Extraits :

« Dans les semaines qui se sont écoulées, depuis que nous connaissons l’intérêt du remdesivir contre la COVID-19, le prix que nous pourrions fixer pour ce médicament a suscité de nombreuses questions. Ces interrogations sont compréhensibles. Notre traitement expérimental, le remdesivir, est le premier antiviral à avoir démontré une amélioration clinique des patients atteints de la COVID-19 dans les essais cliniques et il n’existe pas de règles préétablies pour déterminer le prix d’un nouveau médicament en situation de pandémie. »  

Daniel O’Day dit « être conscient de la responsabilité importante qui lui incombe dans la fixation des prix du remdesivir et de la nécessité d’être transparent quant à sa décision ». Puis, après avoir analysé la situation avec le plus grand soin et de nombreuses discussions, il est désormais en mesure de faire connaître sa décision et de l’expliquer. Objectif : « aider le plus grand nombre de patients le plus rapidement possible et de manière responsable ». « Cette approche nous a guidés dans nos choix pour trouver des réponses rapides et établir la sécurité et l’efficacité du remdesivir, pour augmenter nos capacités de production, ainsi que lorsque nous avons décidé de faire don de l’intégralité de nos stocks de remdesivir jusqu’à la fin du mois de juin » souligne-t-il.  

Mais juin tire à sa fin… Lisons Daniel O’Day, cet écrit constituant un événement dans le monde habituellement triplement feutré de Big Pharma :  

« Dans des circonstances normales, le prix d’un médicament est corrélé à ce qu’il apporte aux patients. Les premiers résultats de l’étude NIAID ont montré que le remdesivir permettrait de raccourcir d’en moyenne quatre jours le rétablissement chez des patients hospitalisés atteints de la COVID-19. En prenant l’exemple des États-Unis, une sortie plus rapide de l’hôpital permettrait de faire une économie d’environ 12 000 $ par patient. Ainsi, en considérant ces seules économies immédiates pour le système de santé, nous pouvons voir l’intérêt du remdesivir. A cette donnée économique, il faut également prendre en compte l’intérêt pour les patients de voir leur séjour à l’hôpital raccourci.  

« Nous avons décidé de fixer le prix du remdesivir bien en dessous de ce montant. Afin de permettre un accès large et équitable et faire face au besoin médical de par le monde, nous avons fixé un prix de 390 $ par flacon pour les gouvernements des pays développés. Sur la base des schémas de traitement actuels, la grande majorité des patients devrait recevoir un traitement d’une durée de 5 jours soit six flacons de remdesivir, ce qui équivaut à un montant total de 2 340 $.  

« Une des principales raisons ayant guidé notre décision est de limiter la nécessité de négociations sur le prix pays par pays. Nous avons fixé ce prix pour rendre le traitement abordable dans l’ensemble des pays développés. Ce prix sera proposé à tous les gouvernements des pays développés dans lesquels l’utilisation du remdesivir est autorisée. Au prix de 390 $ par flacon, le remdesivir devrait permettre aux systèmes de santé de réaliser des économies.  

« Aux États-Unis, le même prix de 390 $ par flacon s’applique. En raison de la façon dont le système américain fonctionne et des systèmes de compensations existants, le prix pour les compagnies d’assurance privées américaines sera de 520 $ par flacon. Ce prix et les programmes gouvernementaux en place, ainsi que l’aide supplémentaire de Gilead le cas échéant, devraient permettre à tous les patients d’avoir accès au remdesivir.  

« Dans les pays en développement où les ressources, les infrastructures et l’économie des systèmes de santé sont si différentes, nous avons conclu des accords avec des fabricants de génériques pour fournir le traitement à un coût nettement inférieur. Ces solutions alternatives sont conçues pour garantir que tous les pays du monde pourront donner accès au traitement. »  

« En fixant ce prix, nous avons tenu compte de nos responsabilités. Tout d’abord en veillant à ce que le prix ne soit en aucun cas un obstacle à un accès au traitement rapide et large mais aussi en poursuivant nos études en cours sur le remdesivir et en maintenant nos recherches à long terme sur les antiviraux. Cet investissement continu sur l’innovation scientifique est susceptible de pouvoir aider les générations à venir. Comme pour de nombreux autres aspects de cette pandémie, la fixation du prix d’un médicament dans ce contexte reste sans précédent. Nous nous sommes donc adaptés et nous pensons que ce prix du remdesivir est juste et responsable alors que le monde continue à subir les conséquences humaines, sociales et économiques de cette pandémie. »  

Comment mieux défendre son camp ? La France acceptera-t-elle sans sourciller « 390 $ par flacon »  2 ? Qu’en dira le Pr Didier Raoult promoteur de l’hydroxychloroquine et contempteur officiel français du remdesivir et de Gilead ? Et qui nous dira la vérité sur les « conflits d’intérêts » dénoncés par le microbiologiste marseillais devant les députés ?

A demain @jynau  

1 Gilead présente ainsi son médicament : « Le remdesivir est un antiviral qui est étudié dans plusieurs essais cliniques internationaux en cours. Dans le contexte actuel d’urgence de santé publique et au vu des données cliniques disponibles, le statut d’autorisation du remdesivir varie d’un pays à l’autre. Dans les pays où le remdesivir n’est pas autorisé par l’autorité de santé locale, il est considéré comme un médicament en cours de développement, dont la tolérance et l’efficacité ne sont pas établies. 

« Le remdesivir n’a pas été approuvé par la FDA, pour quelque utilisation que ce soit. Aux États-Unis, la FDA a émis une autorisation d’utilisation d’urgence (EUA) du remdesivir pour le traitement de patients hospitalisés atteints d’une forme sévère de COVID-19. Cette autorisation est temporaire, peut être révoquée et ne remplace pas la procédure formelle de dépôt, revue et autorisation d’un nouveau médicament. Pour plus d’informations sur l’utilisation autorisée du remdesivir et les exigences obligatoires de l’EUA aux États-Unis, veuillez consulter la Fiche de données à destination des professionnels de santé et la Lettre d’autorisation de la FDA, disponibles www.gilead.com/remdesivir

2 « Covid-19 : Efficacité, prix, disponibilité, ce que l’on sait sur le remdesivir de Gilead » (Nicolas Vuidez) Industrie Pharma

Découverte d’une «absurdité administrative» à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris

Bonjour

28/06/2020. Encore une découverte due à l’épidémie ; une trouvaille qui réjouira celles et ceux qui entendent bien en finir avec un hôpital public devenu industrie 1. Cela se passe dans le plus grand ensemble hospitalier d’Europe : l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Et l’affaire est racontée dans le Journal du Dimanche par Martin Hirsch, directeur général de l’ensemble ; un petit papier en complément d’un autre (Anne-Laure Barret), édifiant, qui rapporte que les malades de la Covid-19 ne disposent pas de mutuelles « se voient réclamer des milliers d’euros après un passage en réanimation ». On découvre ainsi que l’épidémie met en lumière un phénomène jusqu’ici resté dans l’ombre, celui « des factures impayées qui gonflent la dette des établissements ».

C’est ici qu’intervient Martin Hirsch qui en appelle à « mettre fin à la folie de la paperasse ». Pour tardif qu’il soit, son appel mérite d’être entendu.

Martin Hirsch : « Il y a un paradoxe en France : on cotise beaucoup pour l’Assurance maladie, mais les soins les plus critiques et les plus coûteux ne sont pas les mieux couverts. Et si cette faiblesse n’est pas perceptible pour une grande partie de la population, elle peut être catastrophique pour certains patients, sans mutuelle. Ce problème me préoccupe depuis de nombreuses années. J’avais, avec d’autres, plaidé pour un ‘bouclier sanitaire’ quand j’étais Haut-commissaire aux solidarités actives, en 2007. Un rapport a été vite enterré. » L’auteur ne dit malheureusement pas qui, il y a treize ans, a procédé à l’enterrement. Ni s’il a, depuis, remis l’ouvrage sur le métier.

« Débureaucratiser l’hôpital »

Martin Hirsch, toujours : « Là, le problème devrait sauter aux yeux de tous : demander un ticket modérateur de plusieurs milliers d’euros à des patients qui sortent de réanimation après avoir été malades du ­Covid-19 ? N’est-ce pas absurde ? A l’heure où on cherche à tirer les leçons du ­Covid – dont il faut rappeler qu’il touche davantage les plus vulnérables socialement – et à ­’débureaucratiser’ l’hôpital, il y a là une occasion historique de résoudre un double problème : les inégalités d’accès aux soins et la folie de la ­paperasse. A ­l’AP-HP, on a plus de personnel pour s’occuper de ces formalités administratives – 1.500 employés – que de manipulateurs radio pour faire des radiothérapies, des scanners et des IRM.»

L’idéal, selon lui, serait de supprimer ce ticket modérateur à l’hôpital. L’Assurance maladie pourrait payer la totalité du séjour et se faire rembourser auprès des mutuelles ce qui leur revient. « C’est demandé, dit-il par tous les acteurs hospitaliers car ça simplifierait grandement la vie de l’hôpital et consoliderait ses finances. » Le sujet est-il acté au « Ségur de la santé » ? Le ministre Olivier Véran, ancien hospitalier est-il informé de cette absurdité ?

On croit ne pas avoir bien saisi. On relit : « A ­l’AP-HP, on a plus de personnel pour s’occuper de ces formalités administratives – 1.500 employés – que de manipulateurs radio pour faire des radiothérapies, des scanners et des IRM. » Depuis quand ? Pourquoi le découvre-t-on maintenant ? Et l’on voudrait que les soignants ne soient pas en colère ? Quinze jours après une première journée de mobilisation très suivie, les hospitaliers annoncent qu’ils battront à nouveau le pavé, mardi 30 juin, pour réclamer plus de moyens.

A demain @jynau

1 « L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme » (Editions Gallimard, collections Tracts) du Pr Stéphane Velut, chef du service de neurochirurgie du CHU de Tours.

Vérité sur l’hydroxychloroquine : la dernière étude du Pr Didier Raoult ? C’est «nul de chez nul !»

Bonjour

28/06/2020. Se faire désirer. De même que le désir peut loger chez une précieuse, la violence peut ne pas être absente chez les servants de la science. Force est ici de reconnaître que ces dernières semaines le Pr Didier Raoult est parvenu, depuis son Fort Vauban de Marseille, à faire sauter quelques couvercles. Il entrouvre les sombres coulisses d’un spectacle généralement parfaitement rôdé sur scène, impose des réactions violentes, dynamise l’ensemble de la troupe quand il ne la fracture pas.

Dernière représentation en date, 24 juin : Monsieur Loyal face à la commission d’enquête de l’Assemblée nationale. Un spectacle de plus de trois heures que l’on peut revoir, gratuitement, à l’envi et grâce à LCP, en cliquant ici. Trois heures … Nous étions passé trop vite sur un passage édifiant, trois minutes seulement avant la fin. Question du généticien reconnu et député  Philippe Berta (MoDem, Gard). Quand la plupart des députés minaudent, lui parle d’égal à égal avec l’omniscient directeur général de l’IHU Méditerranée Infections, cette « Rolls Royce »  de l’infectiologie obtenue, souligne-t-il, grâce au « grand emprunt ». Question :

 « (…) Pourquoi, mais pourquoi  n’avez-vous pas mené une étude clinique digne de ce nom, dès le départ, qui aurait pu définitivement répondre, oui ou non, l’hydroxychloroquine a un effet ? (….) Je connais tous vos travaux, votre science bien établie (…) Vous saviez très bien que ces pseudo-essais thérapeutiques, ces pseudos essais-cliniques n’étaient absolument pas recevables par qui que ce soit (…). Pourquoi ne l’avez-vous pas fait cet essai ? Cela nous titille tous dans notre communauté, dès le départ. »

« Je reste un grand scientifique après avoir publié ça ! »

 Visiblement surpris, dérangé, agacé par cette froide attaque le Pr Raoult a dit qu’il n’était « pas d’accord avec ça », expliqué que ce qu’il avait fait n’était que de l’ « éthique basale » (résumé : «l’éthique n’a rien à voir avec la méthodologie ; quand on a la preuve que quelque chose marche on arrête l’essai »). Puis, désolé des propos de son confrère, le microbiologiste a dit « aimer beaucoup son essai » (sic), avant d’asséner son coup de marteau : « Contrairement à ce que vous dites « moins il y a de gens dans un essai, plus c’est significatif. (…) Tout essai qui comporte plus de 1 000 personnes est un essai qui essaie de démontrer quelque chose qui n’existe pas. C’est de l’intox…. » Avant de poursuivre sa démonstration et de conclure  : « Je suis un très grand méthodologiste ! (…) J’étais, avant,  un grand scientifique et, après ça je reste un grand scientifique après avoir publié ça. »  Fin des débats parfaitement conduits par Brigitte Bourguignon (LREM, Pas-de-Calais) présidente de la Commission d’enquête

Puis rebondissement : le 25 juin, au lendemain de cet échange éclairant, le Pr Raoult publiait dans Travel Medicine and Infectious Disease (TMAID ;  revue très proche de l’lHU Méditerranée) une vaste étude portant sur 3 119 personnes traitées avec le « protocole Raoult » comparées à d’autres patients ayant bénéficié d’un autre traitement. Conclusion :

 « Les résultats suggèrent qu’un diagnostic, un isolement et un traitement précoces des patients Covid-19 avec au moins trois jours d’administration d’hydroxychloroquine et d’azithromycine conduisent à des résultats cliniques significativement améliorés et à une baisse de la charge virale plus rapide qu’avec d’autres traitements. »

Cette étude était très attendue, évoquée à plusieurs reprises par Didier Raoult comme une sorte de point d’orgue de ses travaux ; une « étude rétrospective » dont les conclusions sont toujours infiniment plus fragiles que le standard des « essais cliniques prospectifs ». Le Monde (Hervé Morin) a patiemment, méthodiquement, journalistiquement, cherché à en évaluer la valeur. Le bilan laisse plus que songeur.  « Nul de chez nul », résume Dominique Costagliola, directrice adjointe de l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Sorbonne Université, Inserm) qui énumère les raisons pour lesquelles la comparaison entre les patients traités et les autres n’est en rien valide.

Mathieu Molimard (université de Bordeaux) pharmacologue et pneumologue : « Que peut-on dire ? On compare des choux et des carottes et même en ajustant la taille des feuilles cela reste des choux et des carottes. » 

Anton Pottegard, professeur de pharmaco-épidémiologie (University of Southern Denmark) qui a récemment contribué à définir des directives pour bien mener de telles études face à l’urgence liée au Covid-19 – directives approuvées par la Société internationale de pharmacoépidémiologie : « Pour faire court, je n’ai pas confiance dans les résultats de l’étude, indique-t-il. Pourquoi ? Parce qu’elle ne répond pas aux exigences les plus basiques auxquelles elle devrait souscrire. Il y a de nombreux problèmes, chacun étant très préoccupant. Pris ensemble, ils rendent cette étude 100 % inutile pour guider la pratique clinique. »

« Embrasser les patients sur le front pendant trois jours »

Il s’explique : « Ceux qui sont traités sont comparés à ceux qui ne le sont pas. Le principal problème est que ceux qui ne survivent pas au traitement sont classés comme non traités. » Il propose une comparaison : « Je pourrais proposer un nouvel essai clinique : embrasser les patients sur le front pendant trois jours. Je comparerais ceux qui auraient reçu les trois baisers à ceux… qui n’auraient pas survécu pour les recevoir. L’effet du traitement serait formidable : aucun des patients ayant reçu mon traitement ne serait mort. » 

Le Monde rapporte encore que Didier Raoult, qui avait espéré faire paraître ses travaux dans The Lancet, nettement plus prestigieux que son TMAID – mais que le journal médical britannique l’avait rejetée d’emblée. Il est vrai, conspirationnisme ou pas que The Lancet, en raison de son tropisme anti-Trump et donc antihydroxychloroquine avait préféré publier une étude défavorable à cette molécule ; étude controversés puis rétractée, qualifiée de «foireuse » par Didier Raoult qui avait ensuite évoqué les « Pieds nickelés » du Lancet et les failles majeures du système de relecture-validation des publications de cette -toujours- prestigieuse revue.

Le dernier clou marseillais est enfoncé depuis le Danemark. « Bien que ça me chagrine, je dois en conclure que sa publication [du Pr Raoult] est un nouvel exemple d’une faillite complète du système de relecture par les pairs » déclare Anton Pottegard. Contactés par Le Monde pour réagir à ces critiques (qui les transforment en arroseurs arrosés) le Pr Didier Raoult et son équipe n’avaient pas répondu au moment du lancement des rotatives numérisées. Cela ne saurait tarder.

A demain @jynau

Diplomatie : le virus de la pandémie est-il ou non désormais détenteur d’un «passeport» ?

Bonjour

27/06/2020. Il n’y aura pas de touristes américains en France cet été. Ni en Europe. Et pas plus de touristes russes. Les ambassadeurs des pays membres de l’Union européenne viennent de parvenir à un accord sur une proposition de réouverture des frontières extérieures à quatorze pays, le 1er juillet. Frontières fermées : celles avec les Etats-Unis, la Russie, Israël, la Turquie et l’Arabie saoudite, la situation de la pandémie de Covid-19 y étant jugée plus grave qu’en Europe. Frontières réouvertes, celles de l’Australie, du Canada, de la Corée du Sud, du Japon, de la Nouvelle-Zélande, du Rwanda, de la Thaïlande, de l’Uruguay, des trois Etats du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) et des trois Etats des Balkans (Géorgie, Monténégro, Serbie). Comme il fait encore partie de l’UE durant la période de transition, avant le Brexit, le Royaume-Uni serait traité comme un Etat membre. Le cas de la Chine n’a pas encore été tranché.

La liste devait être adoptée avant le 29 juin, à la majorité qualifiée. Cette décision aura-t-elle des conséquences politiques ? Si certaines pressions ont clairement été exercées et si des pays membres avaient d’évidentes difficultés à imaginer le bannissement de certaines nationalités – pour des raisons économiques, stratégiques, voire touristiques – un « engagement fort » a finalement prévalu, a affirmé une source diplomatique à notre confrère Jean-Pierre Stroobants (Le Monde).

« Les Vingt-Sept ont privilégié une prudente approche sanitaire. Ils ont pris en compte la situation épidémiologique dans les pays, l’incidence de nouvelles contaminations, la capacité de tests, les règles de prévention en vigueur, etc. explique-t-il. En retenant la notion de nouvelles infections au cours des quatorze derniers jours, les Européens excluaient de fait le Brésil, la Russie et les Etats-Unis, des pays où cette moyenne est actuellement beaucoup plus élevée que dans les pays de l’UE (16 par 100 000 habitants). »

Un élément génétique à la lisière de la vie et de l’inerte 

 Le principe a été admis à Washington, où le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, déclarait le 25 juin que son pays ne voulait « assurément pas causer des problèmes ailleurs » (sic). Il promettait aussi un travail en commun avec les Européens dans les prochaines semaines, « pour bien faire les choses ». Tout en espérant, ajoutait-il, que leurs décisions seraient bien « fondées sur la santé, sur la science ».

Et la politique ? Comment ne pas se souvenir des discours officiels de février où l’hypothèse de la fermeture des frontières était d’emblée exclue, au nom du danger d’un « repli nationaliste » ; et ce d’autant que cette fermeture était réclamée par le Rassemblement national. D’un côté on avait recours à une bien étrange métaphore humanisant le SARS-CoV-2, cet élément génétique à la lisière de la vie et de l’inerte : « ce virus n’a pas de passeport ». Et les « nationalistes » de répliquer : « ce virus n’a pas de passeport, mais les gens qui porte le virus en ont un ».

Dans sa désormais célèbre « Adresse aux Français » du 12 mars Emmanuel Macron avait malencontreusement lui aussi eu recours à cette métaphore. Tout en restant fort prudent sur le sujet. C’était il y trois mois :

« Ce virus n’a pas de passeport (…) Nous aurons sans doute des mesures à prendre, mais il faut les prendre pour réduire les échanges entre les zones qui sont touchées et celles qui ne le sont pas. Ce ne sont pas forcément les frontières nationales. Il ne faut céder là à aucune facilité, aucune panique. Nous aurons sans doute des mesures de contrôle, des fermetures de frontières à prendre, mais il faudra les prendre quand elles seront pertinentes et il faudra les prendre en Européens, à l’échelle européenne, car c’est à cette échelle-là que nous avons construit nos libertés et nos protections. »

Puis, le lendemain l’Union européenne décidait de fermer ses frontières et celles de l’espace Schengen – en contradiction flagrante avec les règles de l’OMS… Aux épidémiologistes (et à l’OMS), désormais, de devoir répondre à une méchante question : la situation mondiale serait-elle différente si d’emblée, toutes les frontières avaient été fermées ?

A demain @jynau

The Lancet : 216 médecins dénoncent la «torture» dont est victime Julian Assange

Bonjour

26/06/2020. S’indigner ? Jouer les blasés ? Voilà une publication du Lancet qui ne sera pas rétractée. Un document qui pourrait aussi, malheureusement, faire date : « The ongoing torture and medical neglect of Julian Assange ». Les 216 signataires de trente-trois pays plus qu’inquiets de l’état de santé et des conditions de détention de Julian Assange. Selon eux situation dans laquelle se trouve Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, s’apparente à de la « torture ».

« Il ne s’agit pas d’un travail de recherche ou de diagnostic, précise Le Monde (Martin Untersinger). Ses auteurs n’ont pas examiné directement Julian Assange et l’on n’y apprend rien sur la situation médicale de l’Australien. Il s’agit en fait d’un éditorial de médecins appartenant à un collectif de soutien à M. Assange, toujours incarcéré dans une prison du sud-ouest londonien dans l’attente de la deuxième partie de son procès en extradition, qui doit se tenir en septembre. »

Faut-il rappeler que Julian Assange (informaticien, journaliste et  »cybermilitant ») est au cœur d’une affaire politico-judiciaire d’envergure internationale depuis 2010 – à la suite notamment de révélations accablantes sur la manière dont les Etats-Unis et leurs alliés mènent la guerre en Irak et en Afghanistan – avant d’être accusé d’agressions sexuelles en Suède ?

« Une escalade dans les tactiques de torture psychologique »,

L’état de santé de M. Assange fait désormais régulièrement l’objet d’alertes de la part de ses défenseurs qui espèrent pouvoir user de cet argument pour faire barrage à son extradition vers les Etats-Unis, où il encourt 175 ans de prison pour avoir publié, il y a dix ans, des documents secrets.

Les médecins signataires du Lancet dénoncent en particulier les « violations continues des droits humains et juridiques de M. Assange, aux mains des autorités judiciaires et pénitentiaires au cours de la procédure d’extradition ». « Ils se font là l’écho des reproches déjà formulés à plusieurs reprises par les avocats du fondateur de WikiLeaks, notamment sur son isolement dans la prison de haute sécurité de Belmarsh et la grande difficulté que rencontrent ses avocats pour s’entretenir avec lui et préparer sa défense » souligne Le Monde. Ainsi, rappellent-ils que, pendant la première partie du procès en extradition, en février, « il a été cantonné à un box en vitres pare-balles d’où il lui était impossible de suivre l’audience, on lui a refusé de s’entretenir avec ses avocats. Il a été fouillé à nu, menotté onze fois, déplacé dans onze cellules différentes et certains documents confidentiels de sa défense ont été saisis ».

« L’isolation et une stimulation insuffisante sont des techniques de tortures majeures, capables de déclencher un désespoir important, de la désorientation, de la déstabilisation et la désintégration de fonctions mentales et psychologiques cruciales », écrivent les signataires. Ces derniers dénoncent aussi le refus de la justice britannique d’accorder une libération conditionnelle afin de la protéger de la pandémie de Covid-19, particulièrement virulente en milieu carcéral. « M. Assange court un risque important de contracter le coronavirus et d’y succomber » affirment-ils.

La publication du texte survient deux jours après que la justice américaine a annoncé un renforcement de l’accusation qui le vise. Cette annonce constitue « une escalade dans les tactiques de torture psychologique », a dénoncé l’une des co-autrices de la lettre, Lissa Johnson, dans un communiqué.  Le 21 octobre dernier, l’Australien de 48 ans était apparu désorienté au cours de sa première apparition en public en six mois, bredouillant pendant une audience à Londres et semblant avoir des difficultés à se rappeler sa date de naissance. C’était le 3 juillet 1971 à Townsville. Il y aura bientôt quarante-neuf ans. S’indigner ?

A demain @jynau