Faux certificats de virginité, gaz hilarants, stupéfiants : le plan du gouvernement

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07/09/2020. L’heure politico-médiatique est donc à la « lutte contre l’insécurité ». Et deux membres du gouvernement s’y emploient à merveille. En témoigne un entretien fleuve donné au Parisien (Olivier Beaumont et Jean-Michel Décugis) par un tandem idéologiquement contre nature : le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin  et sa ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa. Ce duo révèle les grandes lignes de la feuille de route qu’ils présenteront mercredi 9 septembre lors du séminaire gouvernemental de rentrée. Quelques extraits suffiront pour prendre la mesure et les limites de l’entreprise.

1 La lutte contre la drogue, priorité des priorités. « La lutte contre les stupéfiants doit être l’alpha et l’oméga de toutes nos interventions. A travers ce sujet, il y a la lutte contre le crime organisé, avec la traite des êtres humains et le financement du terrorisme, mais aussi une grande mesure de santé publique. Et, bien sûr, un lien avec la lutte contre l’insécurité du quotidien. Quand on voit qu’aujourd’hui un gamin de 14 ans peut gagner plus que son père en faisant le « chouf » (le guet), il ne faut pas s’étonner qu’il y ait une crise d’autorité dans notre pays.

« Il faut s’occuper de tous les trafics. Des gros réseaux jusqu’au bout de la chaîne, c’est-à-dire le consommateur. Il faut sanctionner tout le monde, y compris dans les beaux quartiers de Paris. Grâce à l’action de mon prédécesseur, nous avons tout de même saisi 34 tonnes de cannabis depuis le début de l’année, 6 tonnes de cocaïne. On doit pouvoir encore augmenter ces chiffres (…) Je n’ai pas l’esprit de capitulation. La drogue, c’est de la merde, ça finance le crime organisé, ça tue la vie de milliers de personnes et ça peut concerner toutes les familles de France. Le rôle d’un responsable politique, ce n’est pas d’accompagner tout doucement la mort d’une société.

2 L’interdiction des gaz hilarants. «  J’ai demandé à mon administration de me proposer des dispositions pour interdire purement et simplement l’utilisation des cartouches ou capsules de protoxyde d’azote. Je suis élu local, je sais que cela cause des nuisances et que cela pourrit le quotidien de nombreux Français.

3 Les certificats médicaux de virginité. « Nous allons aussi nous attaquer aux ‘’certificats de virginité’’. Certains médecins osent encore certifier qu’une femme est vierge pour permettre un mariage religieux, malgré la condamnation de ces pratiques par le Conseil de l’Ordre des médecins 1. On va non seulement l’interdire formellement, mais proposer la pénalisation. On va également mettre clairement dans la loi qu’aucun élu ne pourra prendre de dispositions pour favoriser l’inégalité entre les femmes et les hommes pour mettre en place des pratiques communautaires, comme réserver des horaires de piscine à un sexe plutôt qu’un autre.

4 « Ensauvagement » ? Oui, en dépit des interdits du Premier ministre, Gérald Darmanin continuera à employer ce terme. « Oui, je continue à penser qu’il y a des actes de sauvagerie, et un ensauvagement d’une partie de la société. J’ai mes propres mots, ma propre sensibilité, et j’utilise les mots de mes concitoyens de Tourcoing. Mais je respecte la sensibilité de chacun, et celle en particulier du garde des Sceaux. »

Or Eric Dupond-Moretti estime pourtant que c’est reprendre la sémantique du Rassemblement national… Marlène Schiappa : « Si Marine Le Pen dit que le ciel est bleu, je ne vais pas dire qu’il pleut pour me différencier (sic). Je ne fais pas de politique en fonction du RN, mais pour les gens. J’assume l’utilisation de ce terme d’ensauvagement, et personne ne peut me soupçonner d’appartenir à la droite dure. Je viens de la gauche républicaine. Marine Le Pen n’est pas notre boussole (re-sic). Tout notre combat au ministère de l’Intérieur est aussi d’empêcher sa progression. »

A quel prix ? Si elle le sait, Marlène Schiappa ne nous le dit pas.

A demain @jynau

1 « Certificats de virginité » : ce que tout médecin se devrait de savoir quant au respect de l’intimité, Journalisme et santé publique, 3 mars 2019

Le médecin aux mains d’or qui ne parvenait pas à comprendre ses pulsions sexuelles

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06/09/2020. De la richesse de la presse quotidienne régionale. L’affaire vient d’être rapportée dans le détail par L’Indépendant (Laure Moysset). Celle d’un médecin des Pyrénées-Orientales reconnu coupable jeudi 3 septembre de harcèlement sexuel. Un médecin spécialiste en réadaptation fonctionnelle et père de trois enfants. Il passait en jugement devant le tribunal correctionnel de Perpignan pour des faits « d’atteinte et harcèlement sexuels » commis entre 2012 et 2017 – et ce sur sept femmes, infirmière, personnel médical mais aussi sur une patiente. Trois d’entre elles étaient présentes face à lui.

« Sept longues années de procédure à nier farouchement les accusations, raconte L’Indépendant. Et une poignée de secondes à la barre du tribunal hier – après le refus d’un huis clos exceptionnel demandé par son avocat pour préserver sa dignité- avant que ce médecin spécialiste en réadaptation fonctionnelle et père de trois enfants, change tout à coup de ligne de défense. L’homme, tenue classique en polo pâle et pantalon en toile, casier vierge, jette ses yeux noirs par-dessus ses lunettes rectangulaires. Demande à faire une déclaration, qu’il a préalablement consignée sur un bout de papier. Et, caché derrière son masque, reconnaît tout. Tout… ce que ces femmes avaient toujours maintenu. »

Où l’on apprend le harcèlement, durant des années ; les propos et comportements déplacés ; les caresses sur la hanche, le bras, le bas du dos, la main sur la cuisse ; les tentatives répétées pour embrasser sur la bouche les soignantes des établissements spécialisées où il travaillait, en les enlaçant, les bloquant dans l’ascenseur ou derrière une porte. « Il assume aussi l’agression d’une de ses patientes, précise L’Indépendant. Les commentaires humiliants sur son maquillage et sa prise de poids, sa proposition d’aller boire un verre à l’extérieur ou encore ces quelques mots dérangeants : ‘’toi un jour je t’aurai’’… »

« En contestant les faits, j’ai contesté ma propre intégrité »

Le médecin : « Je tiens sincèrement et profondément à m’excuser devant toutes les victimes présentes ou non, pour le mal que j’ai fait à cette époque. Je demande pardon. Je ne minimise pas mes responsabilités. Mais c’était la période la plus difficile de ma vie (…) J’ai aujourd’hui conscience de la nécessité de suivre une thérapie spéciale pour aller mieux. J’ai besoin d’être accompagné. Je n’agis pas avec calcul, ni préméditation. J’avais des pulsions que je n’arrivais pas à comprendre. Oui, j’en souffre encore mais j’essaye de les maîtriser de toutes mes forces. C’étaient des horreurs. J’étais très pervers. J’étais dans le déni. En contestant les faits, j’ai contesté ma propre intégrité ».

Des propos d’une particulière intensité mais nullement convaincants pour les avocats des trois victimes présentes – et moins encore pour le procureur : « Il est inadmissible de venir devant nous sans avoir mis en place de mesures de soins, à part des séances de yoga ou de méditation. En outre, ce sont des faits qui portent atteinte à l’image d’une profession car il rompt le lien de confiance ».

L’avocat de la défense évoque « un médecin aux mains d’or qui a commis des actes stupides ». Le tribunal s’en remet alors à l’Ordre des médecins mais, pour autant condamne : 18 mois de prison avec sursis probatoire, assorti d’une obligation de soins et d’indemniser les victimes. Sans oublier 20 000 € d’amende et l’inscription au fichier des délinquants sexuels. Et, conclut L’Indépendant, un message clair : « Réglez vos pulsions tout de suite. Cette décision ne vous donne plus le droit à aucune erreur ».

A demain @jynau

Covid et libertés. Que penser de celles et ceux qui manifestent contre le port du masque ?

Bonjour

06/09/2020. C’est là aussi, là encore, un symptôme à décrypter. Echos de l’AFP mandés d’Australie. Ignorant les avertissements officiels et la réglementation de santé publique, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Melbourne pour protester contre les restrictions destinées à endiguer la pandémie. Les forces de l’ordre ont arrêté près de vingt  personnes participant à cette manifestation illégale, et ont annoncé avoir dressé cent soixante amendes pour infraction à la réglementation sanitaire.

L’affaire, bien évidemment, est politique. Avant cette manifestation, Daniel Andrews, premier ministre de l’Etat du Victoria, où se situe Melbourne, avait appelé la population à rester chez elle et prévenu que le rassemblement pourrait remettre en question le scénario de fin du confinement, dont les détails étaient imminents. « Ce n’est pas prudent, ce n’est pas intelligent, c’est illégal », a-t-il déclaré devant la presse. « En fait, c’est absolument égoïste », a-t-il ajouté.

Egoïsme, vraiment ? Des rassemblements ont également eu lieu à travers l’Australie pour ce jour nommé « Jour de la liberté », et des manifestants ont été arrêtés à Sydney et Byron Bay. A Rome, en Italie, ce sont environ un millier de personnes qui ont manifesté samedi 6 septembre pour protester contre l’obligation de vacciner les enfants en âge scolaire ou celle du port de masque. « Non à l’obligation de vacciner, oui à la liberté de choix », « Pas de masque à l’école, pas de distanciation », « La liberté personnelle est inviolable » et « Vive la liberté », proclamaient des pancartes brandies par les manifestants dont la majorité ne portait pas de masque.

Méchant coup de règle sur les doigts préfectoraux

A Zagreb, plusieurs milliers de Croates se sont aussi rassemblés au même moment  pour protester contre les mesures imposées par les autorités contre le coronavirus. Depuis mi-juillet, le port du masque y est obligatoire dans les transports publics, les magasins et tous les services en contact avec des clients.

Là aussi le rassemblement a été baptisé « Festival de la liberté » par les organisateurs, des membres de la société civile pour qui les mesures gouvernementales « restreignent les droits fondamentaux et les libertés des citoyens » sans « base médicale ou légale valable », tout en imposant « la distanciation psychique et la privation de contact psychique ».

En France, pays des Droits de l’Homme tout est d’apparence plus calme. Pour l’heure on ne manifeste que par le truchement de la justice. L’État vient ainsi de faire appel des décisions des tribunaux administratifs de Strasbourg et Lyon – décisions demandant aux préfets du Rhône et du Bas-Rhin de modifier leurs arrêtés généralisant le port du masque. L’audience, nous dit l’AFP, était prévue ce dimanche à 11 heures. «Le Conseil d’État examinera la demande de l’État d’annuler les décisions en référé des tribunaux administratifs de Lyon et de Strasbourg, concernant le port obligatoire du masque sur la voie publique», a bien précisé la juridiction.

La veille cela avait été un coup de règle sur les doigts préfectoraux: la justice administrative avait enjoint à la préfecture du Bas-Rhin et à la préfecture du Rhône d’édicter de nouveaux arrêtés – et ce de manière à exclure du port du masque les lieux qui ne sont pas caractérisés «par une forte densité de population» ou«des circonstances locales susceptibles de favoriser la diffusion» du coronavirus. Les deux tribunaux, saisis par deux praticiens hospitaliers alsaciens et par l’association lyonnaise « Les Essentialistes Auvergne-Rhône-Alpes », ont également demandé aux deux préfectures de lever l’obligation du port du masque dans «les périodes horaires durant lesquelles aucun risque particulier de propagation de ce virus n’existe».

Après Berlin, Melbourne, Rome, Zabgeb, Strasbourg et Lyon … A coup sûr les premiers symptôme de révoltes citoyennes contre les exécutifs. Qui saurait prévoir la suite ?

A demain @jynau

Covid et bouc émissaire. Quand Nicolas Sarkozy vole au secours du Pr Didier Raoult

Bonjour

05/09/2020. Nouveaux propos, nouveau sous-chapitre dans cette affaire tentaculaire. On vient d’apprendre que  la Société de pathologie infectieuse de langue française (Spilf) avait déposé plainte contre Didier Raoult, le plus que médiatique directeur de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection – plainte auprès du Conseil départemental de l’Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône. Sanctions encourues : du simple avertissement à la radiation définitive.

C’est dans ce contexte que l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy vient de prendre la défense du microbiologiste marseillais. C’était le vendredi 4 septembre lors d’un forum des entrepreneurs à Marseille. «A chaque crise, il faut trouver des boucs émissaires. C’est une maladie française. L’adversaire, c’est le Covid, c’est pas tel ou tel médecin et je pense notamment au professeur Raoult. Je ne comprends pas pourquoi il y a tant de violence à son endroit», a dit l’ancien chef de l’Etat, selon des propos diffusés sur BFMTV.

Et Nicolas Sarkozy de tresser des couronnes de lauriers. « C’est un homme d’une grande qualité qui a fait son possible pour soigner au mieux ses patients, qui a sans doute fait des erreurs comme on en fait tous, moi le premier ». Avant de commenter. « Mais j’observe qu’en période de crise, il y a les pseudo-spécialistes qui se précipitent et qui disent du mal de quelqu’un. Il faut un coupable et c’est celui-là. Ça m’a paru déplacé. Je n’ai aucune compétence pour dire qui a raison et qui a tort. En tout cas, ce n’était pas le sujet. Chacun a fait comme il a pu, et lui le premier.»

De même que la visite médiatisée d’Emmanuel Macron au spécialiste marseillais, ces déclarations seront versées au dossier. On rappellera que la Société de pathologie infectieuse de langue française accuse le Pr Raoult a assuré qu’il n’avait jamais reçu aucune notification de cette plainte d’avoir enfreint pas moins de neuf articles du code de déontologie médicale. Elle rappelle que le code de déontologie médicale interdit aux médecins de présenter comme «salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé».

A demain @jynau

Covid-Ibiza  : les stars du PSG contaminées réquisitionnées par le ministre de la santé ?

Bonjour

04/09/2020. L’Equipe va devoir ouvrir une rubrique virologique. Pour l’heure ses lecteurs découvrent le caractère universel des modes de contaminations, la nécessité ubiquitaire de se protéger. Le spectacle sportif est, aussi, surtout, à ce prix. « Marquinhos, qui a ressenti des symptômes depuis deux jours, a été testé positif au Covid-19 ce jeudi 3 septembre et s’ajoute à la liste des joueurs placés en quarantaine par le PSG, annonce ce matin le grand quotidien sportif. Ils étaient tous les quatre à Ibiza pendant les congés accordés par le club de la capitale. Marco Verratti, également présent sur l’île des Baléares, est quant à lui négatif. Le milieu italien avait déjà contracté le virus par le passé. »

Comment leur employeur a-t-il pu laisser ses précieux joueurs partir en « congés » à Ibiza – et ce sans obtenir qu’ils respectent les précautions élémentaires pour se protéger des contaminations ? Ce n’est pas tout : deux autres cas viennent d’être été révélés positifs dans l’effectif parisien par le PSG. « Les derniers tests PCR SarsCoV2 réalisés au sein de l’effectif du Paris Saint-Germain confirment le résultat de nouveaux cas positifs », a indiqué sur Twitter le club. Il s’agit de Keylor Navas et de Mauro Icardi.

Tout, dès lors, est bousculé – les supporters déconfinés sont désespérés. « Retardée pour cause de finale de la Ligue des champions, l’entrée du Paris-Saint-Germain dans la saison 2020-2021 de Ligue 1 risque d’être encore décalée en raison de la situation sanitaire au sein du club, explique l’AFP. Conformément au protocole sanitaire de la Ligue de football professionnel (LFP), tous ces joueurs doivent être placés à l’isolement pour quatorze jours. Cette situation sanitaire compromet le retour sur les terrains du club de la capitale, théoriquement appelé à disputer quatre rencontres de Ligue 1 en onze jours à compter du 10 septembre. »

Le club parisien phare devait théoriquement faire ses débuts dans le championnat 2020-2021 de Ligue 1 en affrontant Lens jeudi 10 septembre, avant d’affronter Marseille, le 13, Metz, le 16 et Nice, le 20. Le match contre Lens, qui devait avoir lieu le 29 août, avait été reporté à la demande du PSG consécutivement à sa finale perdue de Ligue des champions contre le Bayern Munich, le 23 août. Il s’agissait de « faire souffler » l’équipe avant de se relancer dans la compétition nationale. Aller « souffler » à Ibiza ? On en reparlera.

Conformément au protocole en vigueur les joueurs positifs au Covid-19 sont placés à l’isolement pour une durée de quatorze jours. Pendant, ce temps, les entraînements des autres joueurs s’effectuent en petits groupes, sans se croiser. A la fin du septième jour, des tests doivent être pratiqués au sein de l’ensemble du club. Les joueurs testés négatifs à cette occasion peuvent reprendre l’entraînement collectif. Les cas qui étaient positifs au préalable et qui ne le seraient plus après ces nouveaux tests, peuvent reprendre l’entraînement individuellement. Mais ce n’est qu’à partir du quinzième jour qu’ils peuvent rejoindre le collectif et reprendre la compétition.

Un protocole Covid-19 intenable. « Nous voulons que les clubs établissent des listes de 30 joueurs et que, tant qu’il y a 20 membres de l’effectif qui sont négatifs, le match soit maintenu », a déclaré Didier Quillot, le directeur général exécutif de la LFP. Cet allégement du cadre sanitaire doit toutefois être validé par les autorités gouvernementales et sanitaires, notamment le conseil interministériel médical.

Pourquoi ne pas imaginer que les contaminés d’Ibiza viennent expliquer devant leur supporteurs comment ils ont pu commettre une telle erreur ? Et encourager leurs fans à tout mettre en œuvre pour se protéger ? Une opération soutenue, sinon rémunérée, par le ministre des Solidarités et de la Santé.

A demain @jynau

Le Pr Didier Raoult bientôt transformé en martyr scientifique par l’Ordre des médecins ?

Bonjour

03/09/2020. C’est une nouvelle et croustillante étape dans une affaire désormais sans fin : « l’affaire Raoult ». On en trouvera l’essentiel dans Le Figaro (Cécile Thibert). Un développement symptomatique des passions et des colères générées par le comportement du microbiologiste marseillais au sein de sa communauté médicale et scientifique spécialisée.

Il faut ainsi rappeler qu’en juillet, la Société de pathologie infectieuse de langue française (Spilf) avait déposé plainte contre Didier Raoult, le plus que médiatique directeur de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection auprès du Conseil départemental de l’Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône. Sanctions encourues : du simple avertissement à la radiation définitive.

« Promotion d’un traitement qui n’a pas démontré son efficacité, diffusion de fausses informations auprès du public, graves manquements au devoir de confraternité, réalisation d’essais cliniques dont la légalité reste à démontrer… La Spilf – qui rassemble plus de 500 spécialistes des maladies infectieuses – reproche au microbiologiste d’avoir enfreint pas moins de neuf articles du code de déontologie médicale » résume Le Figaro.

Et le quotidien de détailler après avoir pris connaissance d’un argumentaire de six pages dans lequel les plaignants exposent méticuleusement les motifs. À commencer par la promotion et la prescription tous azimuts de l’hydroxychloroquine  par le chercheur marseillais depuis le mois février. «Le Pr Didier Raoult a délibérément prescrit de l’hydroxychloroquine souvent associée à de l’azithromycine à des patients atteints de Covid-19 sans qu’aucune donnée acquise de la science ne soit clairement établie à ce sujet, et en infraction avec les recommandations des autorités de santé», souligne la société savante.

Hydroxychloroquine, essai clinique et cadre légal

Pugnaces les auteurs de la plainte rappellent que le code de déontologie médicale interdit aux médecins de présenter comme «salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé». Et ce alors même que les risques, notamment cardiaques, sont bien établis (150 cas d’atteinte cardiaque liés à l’hydroxychloroquine entre janvier et mai, dont 7 décès, selon l’Agence du médicament).

De même, les médecins sont tenus de ne faire état au public que de «données confirmées», de «faire preuve de prudence» et d’avoir le «souci des répercussions de ses propos». Ce que Didier Raoult n’aurait pas respecté, selon la Spilf,  en affirmant que l’hydroxychloroquine permettait une «amélioration spectaculaire»  – et ce avant de jurer aux députés de la commission d’enquête parlementaire sur la gestion de l’épidémie n’avoir «jamais recommandé ce traitement»

« Les plaignants n’ont pas non plus digéré les multiples offenses du chercheur marseillais, qui a traité de «fous» ceux qui ne prescrivaient pas son traitement, avant d’insinuer que certains avaient délibérément laissé mourir des patients » ajoute Le Figaro. «Ici, à Paris, on comptait les morts, moi je comptais les positifs (…) On n’a pas soigné les gens (…) c’est un choix qui a été fait», a-t-il ainsi déclaré le 25 juin sur BFMTV.

Enfin, et c’est peut-être le plus grave, les auteurs de la plainte accusent le scientifique marseillais de ne pas avoir réalisé ses essais cliniques sur l’homme dans le cadre légal. Une enquête nationale de l’Agence de sécurité du médicament est en cours qui pourrait dépasser le seul cadre des poursuites ordinales.

Et maintenant ? La plainte argumentée doit donner lieu à une « proposition de conciliation » entre les deux parties. Si, comme on peut l’imaginer, celle-ci n’aboutissait pas, le dossier serait instruit par la chambre disciplinaire régionale, présidée par un magistrat. Une procédure qui dure habituellement près d’un an. Avant les éventuels appels. D’ici là le Pr Raoult pourra, une nouvelle fois, amplement dénoncer dans les médias la méchante vindicte professionnelle dont il fait officiellement l’objet– un phénomène qui ne pourra qu’amplifier l’aura dont ce « semi-rebelle » atypique dispose dans l’opinion comme, plus étonnant sans doute, chez une fraction de ses confrères.

A demain @jynau

Eau bénite : pourquoi une aide- soignante en réanimation droguait-elle ses collègues ?

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02/09/2020. Pourquoi ? L’affaire est rapportée par L’Est Républicain (Philippe Piot) : « Pour les infirmières et les aides-soignantes du service de réanimation de l’hôpital Nord Franche-Comté, l’affaire est entendue. Pour elles, il est évident qu’elles ont été droguées à leur insu par une de leurs collègues, sans doute pendant plusieurs mois .»

Tout aurait commencé en juin 2019, lorsqu’une aide-soignante du service de réanimation a fait un malaise à l’hôpital. Il s’est avéré qu’elle était ivre. Ses collègues ont ramassé son sac. Elles y ont découvert des seringues prêtes à l’emploi. « On a alors fait le rapprochement », explique une autre soignante, d’autant qu’au même moment l’actualité braquait ses projecteurs sur l’affaire spectaculaire du Dr Frédéric Péchier, anesthésiste à Besançon.

« Depuis plusieurs semaines, plusieurs mois parfois, elles étaient plusieurs, dans le service, à constater une somnolence, un mal-être, rapporte encore le quotidien régional. Certaines se sont endormies au volant de leur voiture, en repartant du travail, se causant de belles frayeurs. ‘’J’avais les jambes qui flageolaient. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. J’étais patraque tout le temps. Impossible de faire le moindre effort ‘’, raconte une membre du service réa. Des burn-out voire des accidents ischémiques transitoires (AVC) ont été suspectés chez d’autres avec des symptômes qui allaient et venaient. »

Silence à la direction de l’hôpital Nord Franche-Comté

Une constante toutefois : une fois revenues plusieurs jours à la maison, tout allait toujours mieux. « On a commencé à comprendre lorsqu’on a su pour les seringues. On a croisé les dates où on se sentait mal avec le planning du service et il a fallu se rendre à l’évidence : à chaque fois que cela se produisait, il y avait toujours la même personne de service, explique ce membre du service. Elle travaillait à différents horaires avec des gens différents. C’était facile de recouper ».

« Plusieurs membres de l’équipe décident alors d’installer un téléphone portable pour filmer le réfrigérateur où se trouvaient les bouteilles des boissons des soignantes, raconte L’Est Républicain. L’enregistrement vidéo est édifiant. ‘’On y voit une aide-soignante de notre équipe ouvrir nos bouteilles et y verser un liquide à l’aide d’une seringue’’, résume une des victimes qui précise : « Il paraît que lorsqu’elle a été interrogée, elle a dit que c’était de l’eau bénite pour nous protéger… »

Pour ses collègues cette aide-soignante était quelqu’un de prévenant, de très compétent dans son travail, très rigoureuse. Proche de la retraite, elle été rapidement exclue de la fonction publique et ne faisait plus partie du service en septembre 2019. Une dizaine de plaintes ont été déposées. Pour l’heure sans effets visibles. Contacté à plusieurs reprises par Le Quotidien du Médecin, l’hôpital Nord Franche-Comté n’a pas donné suite. Nul ne semble savoir s’il s’agissait bien d’eau bénite.

A demain @jynau

Jean Castex : «Silence dans les rangs ! Maintenant, on ne dit plus ensauvagement !»

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01/09/2020. Rentrée des classes, y compris au gouvernement. Chef d’établissement, le Premier ministre Jean Castex. Il vient d’appeler, lors de la première journée à «fermer le ban». Visés : deux des plus dissipés : le ministre de l’Intérieur et le garde des Sceaux. Les deux en sont venus aux mots devant l’ensemble de l’établissement scolaire. La cause : utiliser ou pas l’expression «ensauvagement».1

«Fermez le ban: il n’y a aucune polémique», a affirmé à la presse le chef du gouvernement lors d’un déplacement scolaire à Châteauroux (Indre). « Le vrai sujet, en revanche, c’est bien celui de mobiliser face à la montée des violences et de l’insécurité» a-t-il ajouté. Y compris et surtout à Châteauroux ?

«La question n’est pas les mots qu’on emploie pour qualifier le phénomène, mais les actions que l’on met et que l’on va mettre en place pour y faire face», a-t-il encore professé. «Le ministre de l’Intérieur, comme l’ensemble du gouvernement, constate effectivement qu’il y a une montée du sentiment d’insécurité et je peux vous dire la totale mobilisation du gouvernement pour y faire face», a assuré Jean Castex.

Peu de temps auparavant, Sur Europe 1, le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti avait récusé «l’ensauvagement de la société» dénoncé par la droite et par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et par la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa. «L’ensauvagement, c’est un mot qui (…) développe le sentiment d’insécurité, avait-il osé déclarer. Or pire que l’insécurité, il y a le sentiment d’insécurité» qui est de l’ordre du fantasme» et est nourri par «les difficultés économiques et certains médias ».

Le ministre de l’Education nationale ? Pour l’heure il se tait. Et nul ne connaît les sanctions prévues à l’encontre de ceux qui, au sein de la classe gouvernementale et politique oseraient encore user de ce mot désormais prohibé.

A demain @jynau

1 Ensauvagement: Chute dans la sauvagerie, dans le fait de vivre à l’écart des autres êtres humains et de la civilisation.

Etre pris avec de la drogue devient l’équivalent d’une contravention de stationnement

Bonjour

01/09/2020. C’est donc fait. « A compter de ce 1er septembre, toute personne surprise avec un joint au bec ou de la drogue dans les poches pourra se voir adresser une amende de 200 euros par voie postale ou électronique, si l’usager accepte la destruction de son produit, nous rappelle Libération (Charles Delouche). A la manière d’une amende de stationnement, la somme pourra être minorée à 150 euros si elle est payée dans les quinze jours. Mais pourra grimper jusqu’à 450 euros en cas de retard. Lancée dans certaines villes de France depuis la mi-juin, On parle ici d’amende forfaitaire délictuelle (AFD) doit s’appliquer à « toutes les drogues » mais qui vise en particulier les consommateurs de cannabis – un procédé testée depuis juin dans plusieurs villes, dont Reims, Créteil ou Rennes.

Surpris ? Fin juillet, lors d’un déplacement à Nice, le premier ministre, Jean Castex, avait annoncé sa généralisation à la rentrée afin d’aider les forces de l’ordre à « appliquer une sanction sans délai » et de lutter « contre les points de revente qui gangrènent les quartiers ». Dans les villes tests, au 26 août, 545 amendes avaient été infligées, dont 172 à Rennes, selon le procureur de la République de la ville, Philippe Astruc. Sur ces 172 verbalisations, « 166 portaient sur du cannabis et 7 sur de la cocaïne », a-t-il précisé dans un communiqué. « 70 % des avis d’infraction ont été transmis aux contrevenants dont 32 % se sont déjà acquittés du paiement de l’amende », a ajouté le procureur.

Et une fois de plus cette impasse que l’exécutif s’obstine à ne pas vouloir prendre en compte : en dépit d’une politique parmi les plus répressives d’Europe les Français demeurent les premiers consommateurs de cannabis et se placent au troisième rang pour la cocaïne. Ainsi, en août, le ministre de l’Intérieur, Gérard Darmanin, a promis que cette amende, qui sera appliquée « partout en France, dans les quartiers de Créteil comme dans le 16e arrondissement de Paris » (sic), est une « technique qui consiste à tuer tout trafic de drogue » (re-sic).

Rappel et commentaires : la loi de 1970, qui indique qu’un consommateur risque un an de prison et 3 750 euros d’amende, s’est donc vue agrémentée d’une possibilité de verbaliser directement sur la voie publique une personne surprise avec de la drogue. On est passée de la «tronçonneuse inutilisable» de la loi de 1970 à une «agrafeuse de masse» avec cette AFD estime fort justement, dans Libération, le Dr William Lowenstein, addictologue et président de SOS Addictions. «La répression contre le trafic de stupéfiants a sa place en France. Mais à condition qu’elle se fasse en même temps que le soin, la prévention et la réduction des risques, ajoute-t-il. Un pilier sécuritaire ne peut pas à lui seul corriger une politique de santé des addictions.» 

Pour le Dr Lowenstein, une idée efficace, «évoquée depuis quinze ans» pour lutter contre les problèmes d’addiction serait la création d’unités d’urgence en addictologie. «La prohibition seule ne peut pas avoir valeur de protection préventive ». Selon Jean Maxence Granier, également interrogé par Libé, président de l’association Asud (Auto support des usagers de drogues), cette AFD n’est que «la reconduite d’une politique de prohibition qui ne fonctionne pas depuis cinquante ans. La criminalisation de l’usage va à l’encontre de ce qu’il se passe dans le monde en matière de drogues».

Dès le 30 juillet, un collectif d’associations s’est formé en opposition à ce projet. Le Syndicat des avocats de France, la Ligue des droits de l’homme ainsi que des organismes spécialisés dans la santé tels que la Fédération Addiction ou Médecins du monde dénoncent une «promesse de fermeté illusoire» de la part du Premier ministre.

Rien n’y fait. Comme depuis des décennies, lee président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur n’écoutent pas les arguments des soignants. Et l’actuel ministre de la Santé, que l’on avait cru sensible à une politique de réduction des risques, se tait. Désespérer ?

A demain @jynau

Covid-19 : finalement, le port du masque ne devrait pas être imposé aux chanteurs d’opéra

Bonjour

31/08/2020. Mais comment a-t-on pu en arriver à un tel chantier ? Les contradictions, suspicions, controverses et polémiques relatives au masque resteront, en France, comme la grande affaire d’un exécutif dépassé par l’épidémie de Covid-19. Une affaire qui reste à comprendre et dans laquelle la justice sera, un jour, amenée à se prononcer.  Pour l’heure c’est la « rentrée » avec « port du masque généralisé » et les plus grandes confusions demeurent quant aux obligations, interdictions, dérogations.

Contexte : selon un sondage « Odoxa-Dentsu Consulting » 8 Français sur 10 sont inquiets de la situation sanitaire du pays. Un niveau presque aussi élevé que ceux relevés au plus fort de l’épidémie, en plein confinement. L’angoisse des Français en cette rentrée est aussi économique. Plus de 8 sondés sur 10 sont également pessimistes sur l’évolution de la croissance et du pouvoir d’achat.

Enceintes scolaires et universitaires : masque généralisé partout et tout le temps. Mais le port du masque dans les crèches, chez les assistantes maternelles ou pour la garde de petits enfants à domicile ne sera «pas obligatoire en présence des enfants». Pourquoi ?  Le ministère de la Santé et le secrétariat d’État chargé de l’Enfance ne le dit pas. Le masque sera cependant obligatoire pour les parents à l’intérieur des structures et au domicile de l’assistant maternel, ainsi que lors de «toute interaction» entre adultes. Toutefois, «un nouvel avis scientifique a été sollicité pour évaluer l’opportunité de faire évoluer» les règles concernant le port du masque «dans les prochains jours», préviennent les services d’Olivier Véran et d’Adrien Taquet. Comprenne qui pourra.

Entreprises. À partir de demain, mardi 1er septembre, le port du masque sera obligatoire dans «tous les espaces de travail clos et partagés». Sont concernés les salles de réunion, les open-spaces, les couloirs, les vestiaires et les bureaux partagés. Les personnes disposant d’un bureau fermé ne seront pas tenues de porter leur masque (lorsqu’elles y seront seules). Attention toutefois Elisabeth Borne, ministre du travail, évoque des exceptions de « bon sens » (sic). On attend une nouvelle version du protocole sanitaire.

En pratique la mesure pourra être aménagée en fonction des secteurs d’activité et des situations. C’est ce qu’a affirmé dimanche 30 août sur BFM-TV Elisabeth Borne, passant en revue différents cas. Essayons de suivre les grandes lignes des explications de la ministre

1 Le port du masque est la « règle de base » en lieu clos « C’est très important que tous les Français qui vont reprendre le travail soient rassurés sur le fait que sur le lieu de travail on applique les bonnes règles pour protéger leur santé », a estimé Elisabeth Borne. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) avait préconisé dans un avis publié à la mi-août de systématiser le port du masque dans tous les espaces de travail clos et partagés. C’est sur cette base que le gouvernement tranché en faveur de l’obligation du port.

« Vraiment, porter le masque systématiquement en entreprise quand on est à plusieurs, c’est très important pour se protéger, protéger ses collègues et protéger ses proches », a développé la ministre. Ce sera selon elle la « règle de base », « très simple ».

2 Le masque pourra parfois être retiré. L’obligation pourra cependant avoir des exceptions en fonction des situations, a nuancé la ministre, sur la base du « bon sens ». « Evidemment, si vous êtes tout seul dans votre bureau, vous n’êtes pas obligé de mettre un masque », a-t-elle assuré. Autres exemples : « Quand vous êtes dans un open space, vous avez envie de souffler, vous pouvez retirer votre masque dix minutes » ou lorsque « vos collègues sont partis à la cantine, vous êtes quelques-uns à être restés, là vous pouvez retirer votre masque ».

Mieux encore : contrairement à ce que le gouvernement avait laissé entendre Elisabeth Borne a ajouté que dans les entreprises qui ont « toutes les bonnes règles », on pourra « avoir des assouplissements au caractère systématique du port du masque ». Elle a évoqué par exemple des locaux avec « une très bonne ventilation » ou « dans des grands volumes ». La mise en place de protections comme des parois en Plexiglas, ainsi que la densité d’occupation des locaux et la distance entre les salariés, pourraient également entrer en compte.

3 Des assouplissements pourront être autorisés. Soudainement pragmatique, la ministre pense ici aux activités professionnelles qui « par nature sont difficilement compatibles avec le port du masque. On va les recenser avec les partenaires sociaux et on verra les réponses qu’on peut apporter », a par ailleurs dit Elisabeth Borne. Il y a notamment « les ateliers », comme « les garages », où « vous êtes amenés à faire des efforts physiques » et où les salariés pourront être « dispensés du port du masque » si « l’atelier est bien ventilé », avec « les collègues [qui] sont loin », a-t-elle détaillé. « Loin » ?

La ministre a ainsi fait savoir qu’un décret (re-sic) permettrait de dispenser « les chanteurs d’opéra » du port du masque. Ces derniers pourront ainsi, après-demain, pleinement s’exprimer – quand les opéras ne seront plus fermés.

A demain @jynau