La guerre contre l’épidémie nous fera-t-elle oublier celle pour la survie de l’hôpital public ?

Bonjour

07/04/2020. Mémoire: songer à ne pas la perdre. C’est un épisode de campagne qui, soudain, nous rappelle où nous étions encore il y a quelques semaines. Vendredi 2 avril lors d’une conférence de presse téléphonique concernant la situation épidémique dans le Grand Est, Christophe Lannelongue a expliqué, foi du charbonnier, qu’il n’y avait « pas de raison de remettre en cause » le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers. Un « COPERMO ». Ce dernier prévoit notamment la suppression sur cinq ans de 174 lits (sur 1 577 en 2018) et de 598 postes au CHRU de Nancy (sur environ 9 000). « Nous aurons quelques semaines de retard mais la trajectoire restera la même », a-t-il osé.

C’est peu dire que ces propos ont suscité la colère dans une France qui découvre les vertus des soignants et celles de l’hôpital public ; une France qui réinvente chaque soir les rites de la communion laïque et solidaire. Sur les réseaux sociaux, les déclarations de M. Lannelongue ont déclenché une vague indignée :  de réactions outrées : « incompréhensible », « inadmissible », « irresponsable », « inhumain », « monstrueux ».

Olivier Véran a vite pris le pouls de cette ire : le ministre des Solidarités et de la Santé a dû tweeter le dimanche 5 avril : « à Nancy comme partout, l’heure est à la mobilisation de tous pour faire face au #COVID19 ». « L’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent & de refonder notre Hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra ».

« Coûte que coûte »

Maigre tweet qu’il lui a fallu développer dès le lendemain, lors d’une nouvelle conférence de presse. Où l’on entendit le ministre annoncer, avec l’emphase minimale qui est parfois la sienne, la nécessité de « suspendre la portée » des projets et réorganisations hospitalières engagées avant la crise due au Covid-19, – et ce jusqu’à la réalisation de « l’inventaire de l’épidémie avec les soignants ».

« La crise du Covid-19 change la donne hospitalière. Ce changement s’inscrira, à n’en pas douter, dans la durée. Pour sortir de la crise, il conviendra donc, au-delà de l’indispensable reconnaissance due au personnel hospitalier, […] de réinterroger en profondeur nos réflexes et nos manières de penser en matière de gestion hospitalière, pour préparer grand plan d’investissement de notre système de santé » a-t-il annoncé ; il faisait ici référence au « plan massif » pour l’hôpital après la crise sanitaire promis le 25 mars, à Mulhouse, par Emmanuel Macron.

« D’ici là, il convient de considérer avec humilité les projets, les réorganisations engagées avant cette crise, et d’en suspendre toute la portée, jusqu’à ce que l’inventaire de cette épidémie, tout l’inventaire, ait pu être effectué avec tous les soignants. Car l’hôpital devra s’armer pour répondre avec résilience aux épidémies, tout en poursuivant ses missions fondamentales, notamment vis-à-vis des maladies chroniques ou des pathologies fonctionnelles. »

Où l’on retrouve, dans les mots ministériels, le redoutable concept d’humilité. Il tranche désormais radicalement avec les certitudes assénées, sous les ors de la République, hier encore, par l’exécutif en général, le sanitaire en particulier. Quand il fallait « coûte que coûte » réduire le nombre des lits pour mieux voguer vers « l’hôpital-entreprise ». Quand on avait oublié la réalité du risque épidémique. Il conviendra de s’en souvenir.

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : le gouvernement exhorté à autoriser le traitement du Pr Didier Raoult

Bonjour

06/04/2020. Combien de temps encore ? Hier c’était une lettre ouverte de personnalités médicales réunies à l’initiative de Philippe Douste-Blazy – initiative accompagnée d’une pétition ayant, à ce jour, réuni plus de 210 000 signatures.

Aujourd’hui c’est une tribune publiée par Le Figaro : « L’appel de trois grands noms de la santé en faveur des préconisations du PRaoult ». Une tribune qui surprendra car signée de l’ancien directeur scientifique de l’Institut national du cancer, de l’ancien président de la Haute Autorité de santé et de l’ancien directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Soit Fabien Calvo, Jean-Luc Harousseau et Dominique Maraninchi, respectivement professeur émérite de pharmacologie à l’université de Paris-Diderot, ancien professeur d’hématologie à l’université de Nantes et professeur émérite de cancérologie à Aix-Marseille Université.

Les trois recommandent d’appliquer le traitement élaboré par le professeur Didier Raoult – et ce « dès l’apparition des premiers symptômes du coronavirus ». Extraits :

« (…)  Nous souhaitons apporter notre perception à la controverse: nous avons tous trois été cliniciens ou pharmacologues, et investigateurs d’essais cliniques «randomisés», et deux d’entre nous ont dirigé ou présidé l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Haute Autorité de santé (HAS). Ce texte n’est qu’une opinion engagée, que nous voulons contributive à la discussion. Nous savons que les «experts» ont déjà montré qu’ils peuvent se tromper ; la réflexion médicale se doit cependant d’être partagée pour éclairer une décision qui au final sera issue du dialogue médecin-patient. (…)

« La communauté scientifique française et internationale s’est émue que la conception des essais du Pr Raoult ne corresponde pas aux critères classiques de la médecine moderne basée sur les preuves, puisque cette étude n’était pas strictement comparative. Cependant, devant ces premiers résultats «encourageants», et en l’absence de TOUTE autre possibilité dans une crise sanitaire sans précédent depuis un siècle, les autorités françaises ont autorisé l’utilisation de ce traitement chez les malades hospitalisés, donc essentiellement dans les formes graves. La Food and Drug Administration américaine vient de suivre cet exemple pour les patients hospitalisés qui ne participent pas à un essai clinique. (…)

Les auteurs ajoutent que sur la base des dernières observations marseillaises la stratégie serait plutôt « de proposer un traitement précoce avant la survenue de complications respiratoires sévères ». Et ce d’autant que « les cohortes marseillaises rapportées ne montrent pas à l’évidence de survenue d’effets secondaires majeurs liés au traitement, lorsque les règles de prescription et contre-indications sont respectées, après un électrocardiogramme (ECG) et dosage du potassium, ce qui faisait partie des réserves de beaucoup de cliniciens ».

« En l’absence d’autre traitement disponible avéré efficace à ce jour (plus de deux cents essais thérapeutiques enregistrés dans le monde), nous pensons légitime, au vu des résultats préliminaires, de mettre en place une nouvelle stratégie avec, avant tout, un accès élargi aux tests diagnostiques des patients suspects parce que symptomatiques ou ayant été au contact d’un patient infecté. »

Les auteurs vont plus loin : ils demandent  « la mise en place de structures de soins associant les personnels hospitaliers et la médecine de ville pour effectuer le diagnostic, la prescription et la surveillance d’hydroxychloroquine et d’azithromycine chez tous les malades positifs non inclus dans un essai clinique ».

« Cette prescription pourrait être réalisée, en l’absence de contre-indication et avec l’accord du patient, dès le diagnostic confirmé, pendant une durée limitée, et accompagnée de la collecte de données simplifiées. De simples modifications des conditions de prescription et de délivrance peuvent rapidement le permettre. Lors de l’arrivée annoncée de tests en plus grand nombre, la surveillance virologique des patients pourra être mieux documentée pendant et à l’arrêt du traitement. »

Devant l’Ordre, un dossier en béton armé

Et les auteurs d’observer, à l’attention des autorités, que les patients français, « légitimement, ne tolèrent pas que le diagnostic sur leur état de santé soit simplement présumé et qu’il leur soit alors seulement recommandé de rester chez eux avec la crainte de complications, alors même qu’une option thérapeutique simple, sous surveillance médicale, peu onéreuse et possiblement efficace pourrait leur être proposée ».

«  L’accès à l’hydroxychloroquine limité aux seuls malades hospitalisés marque aussi une inégalité dans l’accès aux soins, concluent-ils. Le choix de la précaution est aussi un pari politique. » Est-ce là une tribune aux accents prophétiques ?

Parallèlement à ce texte, après deux tribunes dans Le Monde et Le Quotidien du Médecin, le Pr Didier Raoult a accordé une interview fleuve au  Figaro Magazine (Charles Jaigu).

Il y déclare notamment ceci, à l’adresse de l’exécutif et de ses ennemis :

« Je ne suis pas d’accord quand on interdit aux médecins d’utiliser des médicaments qui sont en circulation depuis des décennies. Je ne suis pas d’accord avec l’interférence de l’État dans la relation entre le médecin et le malade. C’est la responsabilité individuelle des médecins. C’est le serment d’Hippocrate. Ce n’est pas du charlatanisme. Il faut donc que l’exécutif se garde de faire de la médecine à notre place.

« Quand il y a faute médicale, quand le médecin n’a pas agi conformément à l’état du savoir, il est puni. Moi, si quelqu’un m’attaque parce que j’ai donné de l’hydroxychloroquine, mon dossier devant l’Ordre des médecins sera en béton armé. Ce n’est pas de la sorcellerie. Je sais qu’on a beaucoup jasé sur le pouvoir médical. Mais à la fin, la médecine, c’est un rapport entre un médecin et un malade. »

A demain @jynau

Le pouvoir exécutif va-t-il bientôt rendre obligatoire le port du masque «grand public» ?

Bonjour

03/04/2020. C’est une prescription qui devrait faire du bruit : le port du masque devrait être rendu obligatoire pour les sorties pendant la période de confinement mais aussi lors de sa levée. Prescription-recommandation de l’Académie nationale de médecine (qui a dû fermer son siège, rue Bonaparte, à Paris mais qui continue de publier en ligne des avis, communiqués et prises de position sur son site).

On sait que des personnes en période d’incubation (ou en état de portage asymptomatique) excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection. Aussi, dans ce contexte, le port généralisé d’un masque par la population française constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur.

Recommandations officielles de l’Académie nationale de médecine :

–  en situation de pénurie de masques, que le port d’un masque « grand public », aussi dit « alternatif », soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement ;

– en phase de décroissance de la courbe épidémique, avec décision de levée du confinement à domicile de la population. Cette levée du confinement doit s’accompagner d’un maintien des mesures barrières actuellement préconisées jusqu’au contrôle de la circulation du virus attesté par l’absence de nouveau cas déclaré pendant une période de 14 jours. Dans le cadre de cette levée du confinement, le port obligatoire d’un masque « grand public » ou « alternatif » par la population devrait être maintenu

Masque « grand public » ? Les indications pratiques pour la fabrication d’un tel masque doivent être « largement portées à la connaissance de la population » recommande encore l’Académie. Qui renvoie vers des tutoriels vidéo en ligne, comme celui pédagogique, de la Société française des sciences de la stérilisation.

Puis l’Académie va plus loin :

 « En Extrême-Orient, depuis de nombreuses années, le port d’un masque anti-projection par la population est à la fois une mesure de prévention et un acte de civisme en situation d’épidémie de virus à tropisme respiratoire (notamment dans les pays les plus frappés par le virus du SRAS en 2003). Face à l’épidémie de Covid-19, cette mesure a contribué à une réduction du taux de reproduction à Taïwan, Singapour et en Corée du Sud. »

En France, conclut-elle, l’habitude n’a pas été prise de constituer un petit stock de masques anti-projection dans chaque foyer. Et d’ajouter : la pénurie de masques risquant de durer encore quelques semaines, force est de recourir, actuellement et en vue de la sortie du confinement, à l’utilisation d’un masque « grand public » ou « alternatif ».

 Prendre le temps de les confectionner durant le confinement. Avant que leur port ne soit rendu obligatoire par le gouvernement ?  

A demain @jynau

Le Pr Didier Raoult précise sa position sur les rapports «entre le soin et l’expérimentation»

Bonjour

03/04/2020. Hydroxychloroquine contre le Covid-19 : toujours la polémique – et toujours l’attente des premiers résultats des essais cliniques officiels. Reste le débat de fond. Il y a quelques jours le Pr Didier Raoult s’exprimait dans les colonnes du Monde, dénonçant notamment la « dictature morale » des méthodologistes. Aujourd’hui il revient sur le sujet dans Le Quotidien du Médecin  qui l’avait contacté à plusieurs reprises pour qu’il puisse s’exprimer et s’expliquer.  Il le fait sous la forme d’une tribune. Pour lui l’actuelle épidémie est l’occasion de conduire  « une réflexion sur la morale du choix entre le soin et l’expérimentation ».

Le Pr Raoult revient d’abord sur l’histoire des études comparatives randomisées « qui ont bénéficié depuis le début du XXIe siècle d’un engouement considérable, poussé à la fois par l’industrie pharmaceutique et par un nouveau groupe de chercheurs spécialistes d’analyses des data produites par les autres, que sont les méthodologistes ». « Les méthodologistes ont réussi, dans à un certain nombre de cas, à imposer l’idée que leurs pensées représentaient la raison, mais en pratique, ce n’est jamais qu’une mode scientifique parmi d’autres » souligne-t-il. Avant d’ajouter que « le premier devoir du médecin est le soin, et non l’expérimentation ».

Extraits :

« En pratique, les partisans majeurs des essais randomisés ont fini par les introduire comme la preuve unique de l’efficacité d’un traitement, ce qui signifie que l’on ne devrait plus pouvoir utiliser un traitement en disant qu’il est efficace sans avoir fait un essai randomisé.

« Dans ma propre expérience, j’ai déjà mis au point dix traitements différents, dont la plupart se retrouvent dans tous les livres de médecine rapportant les maladies sur lesquelles j’ai travaillé, sans jamais avoir fait d’essais randomisés. Les éléments, qui amènent, généralement, à la découverte des traitements, sont : l’observation anecdotique et les observations de séries correctement analysées.

« Il est clair, si on a la curiosité de regarder, par exemple, Wikipédia « Randomized Controlled Trial » en anglais (celui en français est, comme souvent, mal fait), que la plupart des gens reconnaissent que la découverte ne vient pas des effets randomisés, mais des initiatives individuelles. C’est ce qu’il s’est passé dans 99 % des traitements de maladies infectieuses. Par ailleurs, pour beaucoup de maladies, comme pour le sida ou pour les hépatites, l’efficacité du traitement est extrêmement facile à évaluer par les dosages dans le sang du virus, qui ne nécessite pas d’étude randomisée mais simplement des dosages réguliers. »

Le Pr Raoult évoque ensuite le nouveau coronavirus et ses travaux. « Dès l’annonce officielle des autorités chinoises de l’efficacité des médicaments du groupe de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine, se posait la question de la légitimité de l’utilisation d’une branche placebo d’expérimentation. C’est-à-dire un groupe sans médicaments, dans l’essai Discovery, rappelle-t-il. Ceci, sur le plan de l’éthique du soin, n’était pas tenable. »

Et de conclure : « Personnellement, je souhaite que l’occasion de cette épidémie permette au pays de remettre sur place réellement ce à quoi le comité d’éthique était destiné au départ, c’est-à-dire une réflexion sur la morale du choix entre le soin et l’expérimentation, et non pas sur les dérives que j’ai pu constater dans mon expérience ».

« Morale du choix entre soin et expérimentation ». Voilà un remarquable sujet de réflexion à mener pour le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé. Peut-on imaginer qu’il s’en saisira ?

A demain @jynau

Avortement : Olivier Véran refusera-t-il trois aménagements durant le confinement ?

Bonjour

01/03/2020. Où l’on découvre, une fois encore, que l’épidémie met douloureusement à l’épreuve notre système de santé dont il révèle les insuffisances, les failles, l’impréparation. Sans nullement ignorer le courage et la force des soignants, la haute conscience qu’ils ont de leur métier, de leur rôle dans leur métier.

C’est une courte et forte tribune collective, médicale et politique, publiée dans Le Monde : « Il faut ‘’protéger les droits des femmes et maintenir l’accès à l’avortement’’». Plus d’une centaine de professionnels de l’IVG 1 appellent, soutenue par des personnalités du monde politique et de la culture, à des mesures d’urgence et se disent prêts à défier la loi. Extraits :

« Nous, professionnelles de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), avons dès le début de l’épidémie réorganisé la prise en charge des femmes afin de pouvoir répondre à toutes les demandes dans le délai le plus bref et en limitant au maximum tout déplacement. Il est essentiel de protéger les droits des femmes et de maintenir l’accès à l’avortement (…) Malgré cette organisation ultra-précoce et malgré notre investissement collectif, nous sommes confrontés aujourd’hui à trois problèmes dont les femmes sont les premières victimes »

« – Le premier est lié aux questions de ressources humaines avec des soignant(e)s également malades, ce qui met les équipes en tension. Pour limiter la sollicitation des équipes hospitalières, nous souhaitons que les avortements puissent être autorisés par voie médicamenteuse au domicile jusqu’à neuf semaines d’aménorrhée, soit sept semaines de grossesse. Cette option est validée par l’OMS et ne présente pas de danger particulier.

« – Le deuxième est la limitation des déplacements des femmes lors de leur IVG. Pour la respecter au mieux, nous demandons que les mineures soient dispensées du délai de quarante-huit heures qui leur est actuellement imposé avant leur IVG et puissent bénéficier d’une IVG dans la foulée de leur première consultation.

« – Enfin, le confinement aggrave les situations de violences et rend encore plus difficiles les possibilités de consultation pour les femmes qui vivent dans un environnement dangereux. Il s’ensuit des retards de diagnostic et des demandes hors délais. Ces situations donnent en général lieu à une prise en charge à l’étranger (Pays-Bas principalement) à condition que les patientes en aient les moyens, mais cette solution n’est même plus envisageable du fait de la fermeture des frontières (…)  Ces difficultés vont obliger nombre de femmes à conserver leur grossesse contre leur gré, mettant en danger leur autonomie et l’avenir des enfants nés dans ces conditions. Nous souhaitons pouvoir, à titre exceptionnel pendant la durée du confinement, réaliser des aspirations jusqu’à seize semaines d’aménorrhée, soit quatorze semaines de grossesse. »

Il s’agit, en d’autres termes, et pour une période limitée, que l’exécutif donne, au minimum, son feu vert de principe pour que la loi et le règlement ne soit pas toujours pleinement respectés – sans que les soignants puissent en être les victimes. Le gouvernement a prouvé qu’il pouvait prendre des mesures rapides dans la période épidémique que nous connaissons.

« On nous a répondu qu’on ne pouvait pas changer la loi, que c’était compliqué, vient de déclarer sur France Inter  Ghada Hatem, gynécologue-obstétricienne et fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis, Certains politiques, voire des collègues, nous ont même dit que c’était “ignoble” de vouloir profiter de la situation pour faire passer des revendications. On ne profite pas de la situation, on veut juste aider les femmes dans une période encore plus difficile que d’habitude. »

Quatre anciennes ministres soutiennent ces demandes. Or on indique qu’Olivier Véran serait ici fermement opposé à tout changement. Vraiment ? Ce serait d’autant plus surprenant que le nouveau ministre de la Santé a démontré qu’il pouvait (dans le champ des addictions) prendre en urgence des mesures dérogatoires – et ce au nom de la réduction des risques. Et sans avoir besoin de saisir le Comité national d’éthique.

« La loi doit aligner les pratiques médicales sur les besoins sociaux concluent les signataires. Nous y sommes prêt(e)s, et sommes également prêt(e)s à nous mettre hors-la-loi pour appliquer ces trois mesures. » Le Dr Olivier Véran fera-t-il en sorte que l’on puisse ne pas en arriver là ?

A demain @jynau

1 Liste des premiers signataires : Docteur Laurence Danjou, gynécologue Paris ; Docteur Philippe Faucher, responsable CIVG hôpital Trousseau, président de REVHO (Réseau entre la ville et l’hôpital pour l’orthogénie) ; Docteur Danielle Gaudry, gynécologue-obstétricienne, CPEF Maison-Alfort ; Docteur Sophie Gaudu, responsable CIVG, hôpital du Kremlin-Bicêtre ; Docteur Maud Gelly, CIVG, hôpital Avicenne, Bobigny ; Docteur Danielle Hassoun, gynécologue obstétricienne, centre de santé du Square de la Mutualité ; Docteur Ghada Hatem, médecin chef de la Maison des femmes de Saint-Denis. Liste complète des signataires sur le site Internet IVG-Covid.

Ce texte a reçu le soutien de : Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la santé ; Guillaume Gouffier-Cha, député du Val-de-Marne (LRM) ; Anne Hidalgo, maire de Paris, socialiste ; Laurence Rossignol, sénatrice socialiste, ancienne ministre des droits des femmes ; Yvette Roudy, ancienne ministre des droits des femmes ; Marisol Touraine, ancienne ministre de la santé ; Najat- Vallaud-Belkacem, ancienne ministre des droits des femmes. 

Liste complète des soutiens au texte sur le site IVG-Covid.

Hydroxychloroquine : la voix du mensuel Prescrire, indépendant de l’industrie pharmaceutique

Bonjour

31/03/2020. C’est, aujourd’hui, une nouvelle pièce à verser au dossier de l’affaire : l’analyse consacrée à l’hydroxychloroquine que vient de publier Prescrire ;  mensuel qui n’est plus à présenter, « indépendant de l’industrie pharmaceutique » et, depuis des années, voix autorisée dans le champ des médicaments, leur efficacité et leur innocuité. Extraits de cette analyse :

« Le 23 mars 2020, nous n’avions pas recensé de résultat publié d’essai randomisé de l’hydroxychloroquine (Plaquénil°) dans l’infection par le SARS-CoV-2, dite covid-19. Or des résultats d’un essai randomisé chez 30 patients ont été publiés en chinois début mars dans un journal universitaire (Chen J et coll. « A pilot study of hydroxychloroquine in treatment of patients with common coronavirus disease-19 (covid-19) » Journal of Zhejiang University mars 2020 : 6 pages). Nous avons traduit ces résultats…

« Cet essai chez seulement 30 patients a comparé deux groupes déterminés par tirage au sort, sans différence majeure des caractéristiques des patients de ces groupes lors de l’inclusion. Entre autres, les patients ayant des antécédents cardiaques ont été exclus de l’essai. En moyenne, les patients étaient âgés d’environ 50 ans, avec une infection covid-19 symptomatique depuis 6 jours, sans détresse respiratoire. Le groupe témoin a reçu les soins courants. Le groupe intervention a reçu en plus 400 mg d’hydroxychloroquine une fois par jour pendant 5 jours.

« Au terme de 2 semaines de suivi, l’état de santé de tous les patients s’est amélioré sans différence notable entre les groupes. Aucun patient n’est mort. Le test de diagnostic virologique par PCR sur prélèvement de gorge est devenu négatif après un délai médian de 4 jours dans le groupe hydroxychloroquine versus 2 jours dans le groupe témoin. Le délai médian de disparition de la fièvre a été d’environ 1 jour dans les deux groupes.

« Au 3e jour après l’inclusion, une amélioration radiologique a été constatée (sur scanner thoracique) chez 5 patients dans le groupe hydroxychloroquine, versus 7 patients dans le groupe témoin. L’état de santé d’un patient s’est aggravé dans le groupe hydroxychloroquine versus aucun dans le groupe témoin. Les différences entre les groupes ne sont pas statistiquement significatives. »

Avant d’exposer les patients en routine

« En somme, écrit Prescrire, ces résultats ne montrent pas d’efficacité de l’hydroxychloroquine, sans l’exclure pour autant vu la faible puissance statistique de l’essai. Étant donné les limites de la PCR sur prélèvement de gorge et le constat qu’elle devient le plus souvent rapidement négative chez les patients atteints de covid-19, y compris en l’absence d’hydroxychloroquine, ce critère semble peu pertinent pour évaluer l’intérêt clinique des traitements. Il en est de même avec les études sans comparaison à un groupe témoin recruté comme le groupe traité. » Et Prescrire d’ajouter :

« Au total, dans cet essai randomisé chinois et dans une étude marseillaise médiatisée mi-mars 2020 (avec des résultats complémentaires rendus publics le 27 mars 2020), l’état de santé de plusieurs patients s’est aggravé, tous parmi les patients exposés à l’hydroxychloroquine. Cette donnée peut être interprétée comme un signal de risque d’aggravation du covid-19 par l’hydroxychloroquine, utilisée par ailleurs comme immunodépresseur faible dans certaines affections auto-immunes. »

 Conclusion : « avant d’exposer les patients en routine, la conduite d’autres essais comparatifs randomisés, de plus grande ampleur, est justifiée pour explorer cette hypothèse, tel l’essai en cours au niveau européen (essai dit Discovery) ». Où l’on voit que Prescrire rejoint ici la position et les recommandations de l’Agence nationale de sécurité du médicament.

Question : cette association sera-t-elle de nature à convaincre ceux qui continuent, sur les ondes et les réseaux,  à faire la promotion de l’hydroxychloroquine avant de connaître les résultats des essais comparatifs randomisés ?

A demain @jynau

Chloroquine : Olivier Véran va-t-il céder face à Marine Le Pen et à Philippe Douste-Blazy ?

Bonjour

30/03/2020. L’affaire « de la chloroquine » prend une nouvelle fois de nouvelles et inquiétantes dimensions. Une situation qui met soudain en difficulté les autorités en charge du médicament et, plus encore, le gouvernement. Nous sommes plus que jamais aux confins du politique et du sanitaire, du scientifique et de l’irrationnel. Nouvelles pièces à verser au dossier :

1 Marine Le Pen vient de juger nécessaire que tous les médecins de ville puissent prescrire le Plaquenil (hydroxychloroquine) de Sanofi-Aventis pour des symptômes « peu graves » du coronavirus. Objectif : prévenir la saturation des hôpitaux et le risque de « tri des malades. » « Je pense qu’il faut tout de suite donner la possibilité à tous les médecins de ville, qui savent ce qu’ils font et connaissent les effets secondaires possibles de ce médicament, la capacité de le prescrire à ceux qui sont contaminés avec des symptômes peu graves », a expliqué la présidente du Rassemblement national sur France Info.

 « Si on peut éviter l’aggravation des cas, si on peut éviter ne serait-ce que 10 % des cas graves, cela voudra dire qu’on ne sera pas obligé de trier les gens à la sortie, qu’on ne laissera pas sur le côté, sans respirateur, sans aide, des personnes âgées parce qu’on n’a pas les moyens matériels de les soigner, a-t-elle fait valoir. Je ne comprends pas que le professeur Raoult qui indique que la chloroquine est utile dès les premiers symptômes, précisément pour éviter l’aggravation d’un certain nombre de cas, se retrouve avec une réponse du gouvernement qui lui dit : on va [l’]utiliser pour les cas très graves ».

2 Philippe Douste-Blazy, médecin et ancien ministre de la Santé partage cette opinion. « L’hydroxychloroquine est un médicament connu depuis longtemps et pris par des millions de gens. Il s’agit d’en donner 600 mg pendant dix jours, donc il n’y aura aucun effet secondaire , assure l’ancien cardiologue sur France Info. Il demande «  au ministre de la Santé de changer le décret pour que les médecins puissent prescrire ce médicament. Plus on le donne tôt, plus ça marche, a prouvé le Pr Raoult. Il a prouvé qu’il n’y a plus de charges virales chez ces malades et qu’ils ne sont plus contagieux au bout de huit jours ».

Et d’insister : « Je préférerais un essai clinique parfait, mais il n’y a pratiquement plus de lits en réanimation disponibles en Île-de-France. On ne va pas attendre. Le ministre de la Santé l’a autorisé pour les cas graves, mais on sait que ça ne marche pas sur ces cas ».

3 « Plusieurs cas mortels d’usage de la chloroquine en France » révèle Le Point (Jérôme Vincent).  Le pharmacien d’un grand CHU français, correspondant du Centre de pharmacovigilance de sa région, a lancé l’alerte vendredi 27 mars auprès de médecins infectiologues et pharmaciens de son établissement. « Des cas de patients Covid-19 positifs [c’est-à-dire dont l’infection a été validée par un test] présentent, sous hydroxychloroquine associée ou non à l’azithromycine [un antibiotique], des troubles du rythme ou de la conduction cardiaque, des arrêts cardiaques dans d’autres centres hospitaliers français. » Certains de ces arrêts se révèlent « fatals ».

« Ces cas sont en cours d’évaluation », a indiqué au Point ce pharmacien, et « seront ensuite transmis à l’ANSM [Agence nationale de sécurité des médicaments] ». L’information a vite circulé en direction d’infectiologues d’autres CHU, d’anesthésistes-réanimateurs, tous ces soignants en première ligne pour sauver des malades victimes de cette épidémie inédite et fulgurante.Selon Le Point, des centres régionaux de pharmacovigilance avaient déjà observé il y a un mois une « recrudescence des commandes de spécialités à base de chloroquine et d’hydroxychloroquine sur le territoire national », à la suite « d’ annonces mirobolantes reposant sur des études d’une extrême faiblesse ».

Les centres de pharmacovigilance appellent le public et les professionnels de santé à ne pas utiliser la chloroquine et l’hydroxychloroquine contre le coronavirus, en raison de ses bénéfices inconnus et de ses risques avérés. Et demandent aux médecins hospitaliers la testant dans un cadre protocolaire comme un essai clinique de procéder à un électrocardiogramme sur leurs patients avant l’instauration du traitement, puis 3-4 heures après, puis deux fois par semaine.

4 « Dans les officines, la ruée sur l’hydroxychloroquine » (Béatrice Gurrey, Le Monde du 31 mars)

A demain @jynau