Covid-19 et risque pandémique. Le jour où le virus aura atteint le vaste continent africain

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19 février 2020. Bulletin quotidien : 75 200 cas, 2012 morts.Un jour prochain il faudra traiter du continent africain. Et pourquoi pas dès aujourd’hui, comme nous y incite The Lancet avec une publication originale : « Preparedness and vulnerability of African countries against importations of COVID-19: a modelling study » 1 Published Online February 19, 2020 https://doi.org/10.1016/ S0140-6736(20)30411-6

Où il apparaît que l’Egypte, l’Algérie et l’Afrique du Sud sont les pays a priori les plus exposés au risque d’apparition de l’épidémie due au nouveau coronavirus chinois. Mais ce sont aussi les pays qui disposent des systèmes de santé les plus préparés du continent et qui, à ce titre sont les moins vulnérables. Les pays à risque modéré (Nigéria, Éthiopie, Soudan, Angola, Tanzanie, Ghana et Kenya) sont quant à eux moins préparés et plus vulnérables. A ce titre il auraient impérativement ont d’un soutien pour les aider à détecter et à gérer les cas importés de Covid-19.

Ces résultats proviennent d’une étude de modélisation qui estime la préparation (la capacité du système de santé) et la vulnérabilité (les conditions démographiques, environnementales, socioéconomiques et politiques qui pourraient avoir une incidence sur la capacité d’un pays à réagir) des pays africains. Sans oublier leur probabilité d’importer des cas de Covid-19 de Chine. Le risque global d’importation de cas en Afrique est plus faible qu’en Europe mais que la capacité de réponse et de réaction est plus limitée en Afrique.

Il faut ici savoir que la Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique et que l’Algérie, l’Éthiopie, l’Afrique du Sud et le Nigéria ont été inclus dans les treize pays prioritaires identifiés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sur la base de leurs liens directs et du volume de leurs voyages en Chine. Un premier cas africain officiel de Covid-19  a été confirmé en Egypte le 14 février 2020.

« Plusieurs mesures visant à empêcher l’importation de cas en provenance de Chine ont déjà été mises en œuvre dans de nombreux pays africains, résume The Lancet.  Cependant, la limitation et le contrôle de la transmission après l’importation nécessitent des mesures supplémentaires : surveillance accrue, identification rapide des cas suspects, transfert et l’isolement des patients, diagnostic rapide, recherche des contacts e suivi des contacts potentiels. Ces mesures nécessitent une expertise et des ressources techniques et opérationnelles, qui dépendent fortement des systèmes de santé.

 «Les pays africains ont récemment renforcé leur état de préparation pour gérer les importations de cas de Covid-19, y compris la surveillance des aéroports, le contrôle de la température aux points d’entrée, les recommandations pour éviter les voyages en Chine et l’amélioration des informations sanitaires fournies aux professionnels de la santé et au grand public. Publique. Cependant, certains pays restent mal équipés », explique le Dr Vittoria Colizza (Inserm, Université de la Sorbonne, France) qui a dirigé ce travail.

Elle ajoute :

«Alors que près des trois quarts de tous les pays africains ont un plan de préparation à une pandémie de grippe, la plupart sont dépassés et jugés insuffisants pour faire face à une pandémie mondiale. En outre, malgré les efforts déployés par l’OMS pour améliorer la capacité de diagnostic, certains pays ne disposent pas des ressources nécessaires pour tester rapidement le virus, ce qui signifie que des tests devront être effectués dans d’autres pays.

« Il est essentiel de former, d’équiper et de renforcer les capacités de diagnostic des laboratoires hospitaliers proches des maladies infectieuses et des services d’urgence afin de réduire le délai de livraison des résultats, de gérer plus rapidement les cas confirmés et les contacts, et de préserver des mesures strictes de contrôle des infections. De même, l’augmentation du nombre de lits et de fournitures disponibles dans les pays à ressources limitées est cruciale pour préparer une éventuelle transmission locale après l’importation.»

On peut le dire autrement : nous sommes d’ores et déjà ici confronté à un possible problème de santé publique majeur.

A demain @jynau

1 Marius Gilbert, Giulia Pullano, Francesco Pinotti, Eugenio Valdano, Chiara Poletto, Pierre-Yves Boëlle, Eric D’Ortenzio, Yazdan Yazdanpanah, Serge Paul Eholie, Mathias Altmann, Bernardo Gutierrez, Moritz U G Kraemer, Vittoria Colizza. This study was funded by the EU Framework Programme for Research and Innovation Horizon 2020, Agence Nationale de la Recherche. It was conducted by researchers from Université Libre de Bruxelles, Fonds National de la Recherche Scientifiques, INSERM, Sorbonne Université, Institut Pierre Louis d’Epidémiologie et de Santé Publique, Networks and Services Laboratory at Orange Experience Design Laboratory Chatillion, The Semel Institute for Neuroscience and Human Behavior, David Geffen School of Medicine, University of California Los Angeles, Université de Paris, Bichat Claude Bernard Hospital, Assistance publique–Hôpitaux de Paris, Centre Hospitalier Universitaire de Treichville, Université Félix Houphouet-Boigny, Maladies Infectieuses Dans Les Pays à Ressources Limitées, INSERM U1219, University of Bordeaux, University of Oxford, Harvard Medical School, Harvard University, Boston Children’s Hospital.

Covid-19 et croisières : l'OMS, dépassée par les événements, navigue désormais à courte vue

Bonjour

19 février 2020. Bulletin quotidien : 75 200 cas, 2012 morts. A Genève, citant une étude du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies portant sur plus de 72 000 cas, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a précisé que plus de 80 % des patients souffraient d’une forme bénigne de la maladie. Toujours selon ce travail, jusqu’à 39 ans, le taux de mortalité du Covid-19 reste très bas avant 40 ans 0,2 %), puis s’élève progressivement avec l’âge. Que deviennent les 20% souffrant d’une forme « non-bénigne » ? Le patron de l’OMS ne le dit pas.

Jusqu’à présent le principal foyer de contamination hors de Chine demeurait le désormais célèbre paquebot de croisière Diamond-Princess, dont l’évacuation vient de commencer. On se souvient qu’il avait été été placé en quarantaine début février dans le port de Yokohama, près de Tokyo, avec plus de 3 700 personnes à son bord – 2 666 croisiéristes et 1 045 membres d’équipage. Selon le dernier bilan 542 personnes étaient désormais contaminées à bord – soit 88 cas de plus que la veille. A bord, les passagers étaient confinés dans leurs cabines mais pouvaient sortir pour de brèves promenades sur un pont du navire avec l’obligation de porter un masque, des gants et rester à distance des autres croisiéristes. On attend, ici, les témoiganges « vécus ».

La période de quarantaine étant théoriquement terminée aujourd’hui (rappelons que la période maximale d’incubation supposée de la maladie Covid-19 est de quatorze jours) cinq cents passagers ne présentant pas de symptômes (dont les tests se sont révélés négatifs, qui n’ont pas eu de contact avec des personnes porteuses du virus) ont commencé à débarquer mercredi. Une fois libérées, elles ne subiront « aucune restriction à leurs mouvements ». Le débarquement des milliers d’autres passagers devrait se poursuivre durant plusieurs jours, les personnes étant testées négatives au coronavirus pouvant progressivement être évacuées.

« Gestion totalement cahotique de la crise »

Les personnes à bord sont originaires de cinquante-six pays et territoires, dont la moitié du Japon, selon l’opérateur américain Princess Cruises, qui décompte également des centaines d’employés philippins et des centaines de croisiéristes américains. 

Monté à bord du bâtiment, le Pr Kentaro Iwata, spécialiste japonais des maladies infectieuses à l’université de Kobe, a fait grand bruit en qualifiant de « totalement chaotique » la gestion de la crise du coronavirus par Tokyo dans des vidéos vues des centaines de milliers de fois. « Ce navire est totalement inapproprié au contrôle de propagation des infections. Il n’y a pas de distinction entre les zones vertes (saines) et rouges (celles potentiellement infectées) » et « le personnel peut circuler d’un endroit à l’autre, manger, téléphoner », raconte-t-il. « J’ai été en Afrique pour traiter l’épidémie d’Ebola. J’ai été dans d’autres pays pour le choléra, en Chine en 2003 pour m’occuper du SRAS (…). Jamais je n’ai eu peur d’être moi-même infecté, dit-il dans la vidéo en anglais. Mais à l’intérieur du Diamond-Princess, j’ai eu peur (…) car il n’y avait aucun moyen de dire où se trouvait le virus. » Il s’est déclaré si inquiet qu’il s’est placé en quarantaine pour quatorze jours afin de ne pas risquer de contaminer sa famille.

Hypermédiatisée l’affaire du Diamond Princess (comme celle d’autres paquebots de croisière « contaminés ») a bouleversé ce secteur de l’économie touristique. Le nombre et la concentration-promiscuité des passagers associés aux contraintes des mises en quarantaine changent brutalement la donne. Au point que l’OMS elle-même s’interroge.

«  Si nous devons interrompre toutes les croisières du monde au cas où il y aurait un contact potentiel avec un possible agent pathogène, où nous arrêterons-nous ? », vient ainsi de déclarer  le Dr Michael Ryan, directeur des urgences de l’OMS. On se souvient que l’organisation onusienne s’était déjà prononcée contre la restriction brutale des voyages – et que son message avait alors été superbement ignoré. Aujourd’hui les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont, entre autres,  interdit l’entrée sur leur territoire aux étrangers s’étant récemment rendus en Chine. Jusqu’à la Russie qui vient d’annoncer qu’elle fermait ses frontières aux ressortissants chinois – prenant le risque de réveiller les mânes marxistes-léninistes.  

Des raisons d’espérer ? Face à l’épidémie, Pékin vient d’annonder une exemption des « droits de douane punitifs » qu’il imposait dans le cadre de sa guerre commerciale avec Washington sur certains produits médicaux américains. Des équipements utilisés pour la transfusion de patients ou pour mesurer la pression artérielle seront ainsi exemptés à partir du 2 mars.

A Macao, les célèbres casinos rouvriront sous peu, après la décision des autorités sanitaires de mettre fin à deux semaines de fermeture.

A demain @jynau

Covid-19-transfusion: Pékin incite les personnes guéries à donner leur sang aux malades

Bonjour

Plasmaphérèse ? Comment traiter une maladie due à un virus émergent ? En Chine les autorités sanitaires viennent de « demander aux personnes guéries de donner leur sang ». Objectif schématique : « en extraire le plasma pour soigner les malades qui sont encore dans un état grave ». Ce n’est là que l’un des essais cliniques plus ou moins contrôlés mis en œuvre en Chine comme nous l’apprend Nature : « More than 80 clinical trials launch to  test  coronavirus  treatments » .

« Le plasma des anciens patients qui avaient été infectés par le virus provoquant l’épidémie de Covid-19 contient des anticorps qui pourraient permettre de diminuer la charge virale chez les malades sévèrement atteints, a indiqué lors d’un point de presse un responsable de la Commission nationale de santé cité par l’AFP. ‘’Je voudrais demander à ceux qui ont guéri de donner leur plasma. Ce faisant ils redonneraient espoir aux malades encore gravement atteints’’, a déclaré Guo Yanhong. »

D’ores et déjà onze patients hospitalisés à Wuhan ont reçu des transfusions a précisé Sun Yanrong, du Centre biologique du ministère des Sciences et Technologies ajoutant :  »L’un d’entre eux est déjà rentré chez lui, un autre a été capable de se lever et de marcher et les autres sont en voie de guérison » ».

Transmettre d’autres maladies

L’affaire va prendre de l’ampleur en Chine : cet appel intervient au lendemain de l’annonce par un laboratoire d’Etat de résultats positifs lors d’essais cliniques effectués dans un hôpital de Wuhan. Le China National Biotec Group a affirmé sur le réseau WeChat que des malades qui avaient reçu des transfusions de plasma avaient vu leur état «s’améliorer dans les 24 heures». «Des essais cliniques ont montré les transfusions de plasma (de malades guéris) sont sans danger et efficaces», a ajouté Mme Sun. Précaution : les donneurs seront testés pour vérifier qu’ils ne peuvent transmettre le virus, a précisé Wang Guiqiang, chef de service au Peking University First Hospital : «Seul le plasma sera prélevé. Les autres composants du sang, dont les globules rouges et les plaquettes, seront restitués aux donneurs».

Et l’affaire va prendre de l’ampleur en dehors de Chine. À Genève, le directeur des programmes d’urgence de l’OMS, Michael Ryan, a expliqué que l’utilisation du plasma d’anciens patients «s’est avérée efficace» pour certaines maladies. Prudent, il ajoute  que cette pratique « n’est pas toujours couronnée de succès ». «Nous allons devoir examiner comment il est utilisé, quels sont les patients les plus susceptible de bénéficier de son utilisation, (et) à quel moment de la maladie cette pratique apporte un bénéfice», a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse. À ses côtés, la Dr Sylvie Briand, directrice du département Préparation mondiale aux risques infectieux à l’OMS, a jeté le trouble en rappelant :  car «avec les produits sanguins vous pouvez transmettre d’autres maladies».

18 février 2020. A Paris, déjà présent sur les ondes de France Inter le nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran, ne s’est pas exprimé sur le sujet.

A demain @jynau

Covid-19, communisme et argent sale : Pékin met ses billets de banque en quarantaine

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Argent. Quand il faudra un souvenir symbolique on retiendra celui-ci : aujourd’hui 15 février Pékin nettoie et met en quarantaine les billets de banque usagés pour limiter la propagation du Covid-19  (annonce de la Banque centrale chinoise).

« Les billets désinfectés aux rayons ultraviolets ou à haute température sont mis sous scellés et isolés pendant sept ou quatorze jours » rapporte l’AFP. Après cette période de « quarantaine », dont la durée dépend de la sévérité de l’épidémie du coronavirus dans la région concernée, les billets de banque peuvent être remis en circulation, a indiqué Fan Yifei, vice-gouverneur de la Banque centrale chinoise, lors d’une conférence de presse.

Smartphone. Il faut ici savoir que depuis le début de l’épidémie, les Chinois évitent d’utiliser de l’argent liquide par peur de la contamination – et que nombre d’entre eux utilisent leur smartphone pour régler leurs achats au quotidien. La Banque centrale a par ailleurs réalisé avant les congés du Nouvel an lunaire fin janvier «une émission d’urgence» de nouveaux billets de banque pour un montant de 4 milliards de yuans (530 millions d’euros) à l’intention du Hubei, province à l’épicentre de l’épidémie.

Cheveux. Un autre symbole ? Depuis le 12 février, des dizaines de membres du corps médical de Wuhan se sont rasé la tête. Œuvrant au cœur de l’épicentre de l’épidémie ils espèrent ainsi réduire les risques de transmission de la maladie. Nul ne sait ce que nous dit, ici, la virologie.

A demain @jynau

Pourquoi quatre millions de Français vivent-ils aujourd’hui dans des déserts médicaux ?

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Quand les statisticiens officiels s’attaquent aux politiques en place. C’est un travail édifiant que vient de publier 1 la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Une visite chiffrée dans ce qu’il est convenu, depuis une à deux décennies, d’appeler les « déserts médicaux ». Pour les spécialistes de la recherche statistique cela se traduit par des phrases comme celles-ci :

« En raison d’un décalage croissant entre l’offre et la demande de soins, l’accessibilité géographique aux médecins généralistes a baissé de 3,3 % entre 2015 et 2018. En 2018, les Français ont accès en moyenne à 3,93 consultations par an et par habitant, contre 4,06 consultations en 2015. Les inégalités s’accentuent entre les communes les moins bien dotées et celles qui le sont le plus. »

Ou comme celles-là :

« Cette moindre accessibilité s’explique principalement par la baisse du temps médical disponible, du fait de la diminution globale du nombre de médecins en activité sous l’effet de nombreux départs à la retraite, que les nouvelles installations ne compensent pas quantitativement, en raison de l’effet prolongé des numerus clausus appliqués au cours de ces dernières décennies. Les stratégies visant la libération de temps médical utile (nouvelles organisations territoriales, protocoles de coopérations interprofessionnelles, recours au numérique, etc.) peuvent constituer un levier pour freiner cette tendance structurelle. »

Mesurée à l’échelle du « territoire de vie-santé », la part de la population française vivant « en zone sous-dotée en médecins généralistes » est passée, en quatre ans, de 3,8 % à 5,7 %. La baisse de l’accessibilité est plus marquée dans le centre de la France. De nouveaux territoires sont concernés par cette sous-densité, notamment du centre de la France vers le nord-ouest. C’est si vrai que l’on en vient à se demander, dans le Jardin de la France, si Tours ne va pas, bientôt souffrir cruellement de généralistes 2.  Tours, où trente chefs de service du CHU viennent de démissionner de leurs fonctions administratives.

Les territoires les mieux dotés en médecins généralistes sont aussi les plus attractifs, tant du point de vue de la croissance démographique que des équipements (sportifs, culturels, commerciaux et scolaires). L’accessibilité aux médecins généralistes s’inscrit ainsi dans une problématique plus globale d’aménagement du territoire.

Repousser les déserts loin du périphérique parisien

Il y a un an Agnès Buzyn publiait le communiqué suivant :

« Alors que le nombre de médecins baisse fortement, l’accès aux soins pour tous et partout sur le territoire est plus que jamais au cœur des préoccupations des Français. Beaucoup de praticiens arrivent aujourd’hui à l’âge de la retraite et les nouvelles générations ne sont pas assez nombreuses pour compenser ces départs. Ce phénomène est notamment dû au niveau insuffisant du numerus clausus – c’est-à-dire le nombre d’étudiants en médecine accédant à la 2ème année – pendant les années 1990. Pour les patients, ceci se traduit par des difficultés croissantes à trouver un médecin traitant. Ceux qui en disposent voient les délais d’attente s’allonger pour obtenir un rendez-vous et les consultations sans rendez-vous sont parfois difficiles à obtenir.

Pour remédier à cette situation, une réforme globale des soins de proximité a été prévue. Le plan d’accès aux soins, présenté en octobre 2017 par le Premier ministre et la ministre des solidarités et de la santé, en posait les premiers jalons. La stratégie Ma Santé 2022 vient maintenant donner un nouvel élan à cette dynamique et la doter de nouveaux outils. Cette politique s’appuie sur la mobilisation des acteurs de terrain, à qui elle propose une palette d’outils variés qu’ils peuvent utiliser en fonction des spécificités de leurs territoires. »

Depuis, selon la Drees et la presse, les déserts progressent. Jusqu’où et jusqu’à quand ? Et Paris ? On apprend aujourd’hui que Benjamin Griveaux, candidat de LREM (La République en marche) aux élections municipales entend « mettre fin aux problèmes d’accès aux soins de premier recours dans la capitale ». Sa recette ? « Développer un réseau de maisons de santé, ouverts 7 jours sur 7, de 7 heures du matin à minuit ». Soixante-dix de ces structures seraient ainsi créées à Paris d’ici à 2026, selon les propos de l’équipe du candidat, recueillis par France Info. Objectif : que chaque parisien soit à dix minutes maximum en transport en commun de ces cabinets.

Repousser, en somme, les déserts médicaux loin du périphérique.

A demain @jynau

1 Blandine Legendre. « En 2018, les territoires sous-dotés en médecins généralistes concernent près de 6 % de la population » Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees)

2 Mariella Esvant, « Tours deviendra-t-elle un désert médical ? » La Nouvelle République du 12 février.

Mais pourquoi les généralistes français refusent-ils désormais d'assurer leurs gardes ?

Bonjour

C’est l’une des clefs qui explique les embolies observées dans les services hospitalier d’urgence. On la retrouvera dans un rapport édifiant que vient de publier le Conseil national de l’Ordre des Médecins : « Bilan de la permanence des soins en 2019 ». Où l’on apprend que le taux de participation des généralistes aux gardes en soirée, la nuit et le week-end a encore reculé en 2019, 

En 2019, sur environ 63 000 médecins généralistes « susceptibles de participer à la permanence de soins », un peu plus de 24 000 ont été inscrits à au moins une garde l’an dernier, soit moins de 4 sur 10. L’âge moyen des médecins participants est de 47 ans.

Alarme dans les EHPAD

La tendance n’est pas nouvelle. C’est là un symptôme du « désengagement » d’une profession par ailleurs en déclin démographique. Un cercle vicieux. Moins nombreux, les volontaires sont aussi amenés à couvrir des « territoires de garde » plus vastes, ce qui peut aussi « conduire à une baisse de la mobilisation des médecins libéraux ».

La situation est très variable selon les départements : 82 % des généralistes participent aux gardes dans les Vosges, contre seulement 5 % à Paris, où « la présence d’associations de type SOS Médecins » entraîne une « professionnalisation » de cette activité. C’est aussi le cas dans d’autres « grands centres urbains », ce qui engendre dans certains départements « des disparités entre les territoires ruraux et urbains », souligne l’Ordre.  Autre constat : « Aucune évolution favorable de l’organisation de la permanence des soins en EHPAD n’a été constatée en 2019, alors que la capacité de réponse aux demandes de soins non programmées des résidents est aujourd’hui alarmante ».

Faut-il imaginer que, faute de SOS Médecins, la solution réside désormais dans des réquisitions préfectorales ? Soigner sous la contrainte ? Ne plus pouvoir être libre de ses soirées, de ses nuits, de ses fins de semaine ? Pourquoi ce qui était accepté hier ne l’est plus aujourd’hui ? Et comment le serait-il demain ?

A demain @jynau

Le Covid-19 et l'explosion statistique : Pékin tiendra-t-il longtemps au four et au moulin ?

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13 février 2020. Ainsi donc il suffisait de modifier la méthode diagnostique pour bouleverser la réalité épidémique et ses conséquences politiques.

Selon le dernier décompte, plus de 60 000 cas, près de 1 500 morts. Pékin annonce aujourd’hui, pour un seul jour, 15.000 contaminations supplémentaires, un « bond record » justifié par une nouvelle définition des cas d’infection. Dorénavant, les autorités locales comptabiliseront les cas « diagnostiqués cliniquement » – ou plus exactement sans recours à la confirmation virologique (que les médias généralistes nomment « test d’acide nucléique »). En d’autres termes les images pulmonaires confirmant les symptômes cliniques suffiront à décréter que le patient est infecté par le COVID-19.  

Comment comprendre ? D’une part les kits des tests virologique n’étaient pas disponibles en quantité suffisante et, de l’autre, leur fiabilité était de plus en plus souvent remise en question. mais nombre de médecins remettaient leurs résultats en cause. Selon le Financial Times, (Yuan Yang and Nian Liu in Beijing) Tong Chaohui, un expert qui conseille le gouvernement, aurait révélé aux médias locaux que, dans les bons hôpitaux du Hubei, les résultats des tests étaient fiables une fois sur deux. Et parfois une fois sur dix.

On sait d’autre part que le Pr Neil Ferguson, spécialiste d’épidémiologie à l’Imperial College de Londres, estime que seuls 10 % des cas sont détectés. A la disponibilité et à la fiabilité des tests il faut ajouter les contraintes inhérentes à leur mise en œuvre, au nombre croissant des patients, à la saturation des services hospitaliers et à la fatigue des soignants.

« Malgré la censure sur l’information, de nombreux témoignages montrent que des personnes qui, selon leur médecin, sont porteuses du virus, sont jugées négatives à l’issue du test et envoyées chez elles, observe Le Monde (Frédéric Lemaître).  Quitte à contaminer leur entourage. Qui plus est, seules les dépenses des personnes reconnues porteuses du virus sont prises en charge par l’Etat. Pour les autres, la facture se monte à plusieurs milliers voire dizaine de milliers d’euros. »

Notre confrère ajoute qu’entre les chiffres rassurants publiés depuis peu chaque jour à la baisse et des témoignages contraires diffusés sur les réseaux sociaux, l’écart devenait insupportable. « Sans compter que plus de quarante avions se sont posés lundi 10 février sur l’aéroport de Wuhan, officiellement fermé, précise-t-il. A bord, plusieurs milliers de médecins et d’infirmières, venus de toute la Chine prêter main-forte aux équipes médicales locales débordées… et souvent, elles-mêmes contaminées par le virus. »

Pernod-Ricard, L’Oréal, la France

Trop tardive, la transparence a un coût plus élevé. Pékin va devoir rassurer la population et la communauté internationale en affirmant que la situation est sous contrôle avec des chiffres qui diront précisément le contraire. Les premiers symptômes politiques sont déjà là : le 12 février, à la suite d’une réunion du comité permanent du bureau politique du Parti communiste (PCC)  Ying Yong, jusqu’ici maire de Shanghaï et considéré comme un proche du président Xi Jinping, a été nommé secrétaire du Parti dans le Hubei. Il y remplace Jiang Chaoliang. Quant au secrétaire du PCC à Wuhan, le vrai patron de la ville, a également été limogé.

Loin de Pékin, on enregistre d’autres chiffres. A Paris le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a fait ses comptes : l’épidémie de coronavirus pourrait amputer la croissance française de 0,1 point de pourcentage en 2020. «Admettons que nous ne soyons pas trop loin du pic (sic) » de l’épidémie, «notre évaluation, c’est que l’impact sur la croissance chinoise sera de l’ordre de un point sur l’année», a déclaré le ministre au micro de RMC/BFMTV. «Ce qui voudra dire 0,2 point de croissance en moins au niveau mondial et 0,1 point de croissance en moins pour la France».

Au même instant, à Marseille Pernod Ricard, géant mondial des boissons alcooliques annonçait abaisser sa prévision de croissance sur l’exercice 2019-2020, estimant que la flambée épidémique liée au coronavirus en Chine risquait de peser sur ses performances du troisième trimestre. Qui savait que le deuxième plus grand groupe de « spiritueux » au monde réalise 10% de ses ventes en Chine ? Ricard, prudent,  explique « ne pas pouvoir estimer pour l’instant la durée et l’impact de cette crise sanitaire ». Sans doute en va-t-il de même pour le géant L’Oréal.

Ils ne sont pas les seuls à trembler. Non loin de Pékin Yoshiro Mori, président du comité d’organisation des Jeux olympiques de Tokyo (24 juillet-9 août) a assuré, jeudi 13 février, que l’événement sportif ne serait « ni annulé ni reporté ».   Il a dénoncé les «rumeurs irresponsables». Yoshiro Mori a-t-il bien pris la mesure de ses responsabilités ?

A demain @jynau

 NB. Le Mobile World Congress (MWC), grand-messe de la téléphonie attendue à Barcelone du 24 au 27 février est annulé à case de l’épidémie de Covid-19 Les nouvelles défections de gros opérateurs européens comme Deutsche Telekom et Vodafone ont finalement imposé cette décision. Le 12 février la ville de Barcelone et les autorités espagnoles ont tout fait pour empêcher l’annulation de cet événement qui devait rassembler près de 110 000 participants. Mais, au terme d’une réunion de crise qui s’est déroulée par téléphone (sic), avec la participation d’Orange qui préside le GSMA, la décision a été prise. Le plus grand salon mondial des télécoms est annulé en raison de l’épidémie de coronavirus.