Cigarette électronique : combien de temps encore avant que l’on cesse enfin de s’écharper ?

Bonjour

11 novembre 2019. Le Parisien (Elsa Mari) revient sur le combat contre le fléau du tabagisme (80 000 mors prématurées chaque année en France). « Cigarette électronique : les médecins s’écharpent sur la vape. Une étude américaine estime que les vapoteuses pourraient avoir des effets néfastes sur la pression sanguine, ce que contestent plusieurs spécialistes. »

Où l’on revient sur le « nouveau coup dur pour la cigarette électronique » : l’épidémie américaine d’une pathologie pulmonaire causée non pas par la e-cigarette mais par un produit toxique (une forme de vitamine E) du fait de son utilisation frauduleuse . Où l’on cite également « une étude américaine publiée début novembre sur le site de la Société européenne de cardiologie qui affirme que les vapoteuses ‘’pourraient avoir des effets nocifs sur le système cardiovasculaire’’ et juge prématuré de les considérer comme ‘’une alternative sûre’’ au tabac. »

Et Le Parisien de donner la parole à trois spécialistes français :

Jacques Le Houezec, formateur de professionnels de santé et de la vape, très en colère contre ces études « à charge ».  « Oui, il y a des particules fines, mais elles sont liquides et non solides comme celles que l’on trouve dans la cigarette et les pots d’échappement, on ne peut donc pas tirer les mêmes conclusions, d’ailleurs l’étude dit bien qu’il n’y a aucune certitude », argue-t-il.

Marion Adler, médecin. spécialiste de tabacologie (hôpital Antoine-Béclère, Clamart) :  « Il faut rappeler que c’est le tabac qui est toxique ! », Dire que que l’action de la nicotine augmente la pression sanguine ? « C’est aberrant ! Les substituts nicotiniques, patchs ou formes orales, sont même autorisés aux patients fumeurs et cardiaques. Ils n’augmentent pas la pression artérielle ! ».

Daniel Thomas, cardiologue et président d’honneur de la Fédération française de cardiologie. Pour lui cette étude, loin d’apporter un scoop, n’est qu’une « revue de la littérature » scientifique, « bien faite, d’ailleurs ». Pour autant il s’inquiète :  « Il serait dramatique que des vapoteurs reviennent au tabac ».  Pour lui, non, les non-fumeurs ne doivent pas se mettre à l’e-cigarette, mais pour les accros au tabac, vapoter est « beaucoup moins dangereux, y compris sur le plan cardio-vasculaire ». Puis, lorsqu’on est sevré, il faut « essayer d’abandonner la vape le plus vite possible ». Et si on n’y parvient pas ?

Où l’on comprend que les idées éclairées progressent mais qu’il reste encore à beaucoup parler, dans les médias, pour parvenir à faire comprendre ce que peut et devrait être la « réduction des risques » face à un fléau qui tue, prématurément, 80 000 personnes chaque année en France.

A demain @jynau

Agnès Buzyn va devoir autoriser l’usage de la publicité par les dentistes et les médecins

Bonjour

Non. L’Etat français ne peut plus interdire aux médecins et aux chirurgiens-dentistes d’user des outils de la publicité. Cette interdit n’est pas conforme au droit européen. Ainsi vient de décider, dans sa sagesse, le Conseil d’Etat qui entend contraindre désormais le gouvernement « de procéder à l’abrogation » de cette règle « devenue illégale ».

Ce n’est pas faute d’avoir prévenu : dès juin 2018, le Conseil d’Etat avait prévenu dans une étude que cette interdiction était « susceptible d’être affectée par l’évolution de la jurisprudence européenne ». Una an auparavant la Cour de justice de Luxembourg avait en effet acté que les traités fondateurs de l’UE « s’opposent à une législation nationale (…) qui interdit de manière générale et absolue toute publicité » pour les spécialistes de l’art thérapeutique dentaire.

Puis, début 2019, l’Autorité de la concurrence avait à son tour pointé « la nécessité de modifier à brève échéance » le code de la santé publique et rapportait alors que le gouvernement « travaill(ait) à leur refonte (…) dans un délai de 6 à 12 mois ».

Aujourd’hui la décision rendue par le Conseil d’Etat contraint désormais Agnès Buzyn à tenir compte de ce « changement de circonstances ». Or la ministre des Solidarités et de la Santé avait précisément rejeté, en octobre 201, la demande d’un médecin qui contestait ce refus « pour excès de pouvoir ». Pour le Conseil d’Etat, dès lors que « l’acte réglementaire est devenu illégal (…), il revient au juge d’annuler ce refus pour contraindre l’autorité compétente de procéder à son abrogation ».

Les loups publicitaires dans la bergerie des soignants

A charge pour le « pouvoir réglementaire » de définir de nouveaux « procédés de publicité compatibles avec les exigences de protection de la santé publique, de dignité de la profession médicale, de confraternité entre praticiens et de confiance des malades envers les médecins ». Cette décision est bien évidemment saluée par Me Fabrice Di Vizio, qui a plaidé ce dossier. Il annonce aujourd’hui dans un communiqué son intention de « poursuivre l’Etat et réclamer des dommages et intérêts pour tous les praticiens sanctionnés à tort ».

On attend désormais avec le plus vif intérêt les suites qu’Agnès Buzyn donnera à cet épineux dossier : comment d’abroger l’interdiction de publicité au profit d’une « libre communication « non commerciale, loyale et honnête » ? Comment se limiter à la seule publication d’informations relatives à leurs compétences, à leurs pratiques professionnelles, aux actes et activités pratiquées habituellement … et s’abstenir de citer des témoignages de tiers, comme des anciens patients (sur le modèle TripAdvisor) ?

Comment concilier la « liberté de communiquer » et l’interdiction qui est faite «d’exercer la profession comme un commerce », conformément à la déontologie médicale consacrée par le droit français et européen ? Comment ne pas attiser ici l’esprit de lucre ? Et comment entrouvrir la porte de la bergerie des soignants sans y faire entrer les loups, toujours affamés, de la publicité ?

A demain

Vaccins, ondes, wifi et homéopathie: est-il encore possible de débattre avec Michèle Rivasi ?

Bonjour

A verser au dossier Rivasi Michèle. C’est un exercice original que vient de réaliser Le Point (Thomas Mahler et Géraldine Woessner) : organiser un entretien avec une eurodéputée Europe Écologie-Les Verts, une élue qui s’estime victime d’une « campagne de déstabilisation » de la part … du Point. Et ce depuis le mois de juin et un dossier de l’hebdomadaire : « Écologie : vérités et fariboles »  qui présentait les positions de Michèle Rivasi – numéro deux de la liste Europe Écologie-Les Verts (EELV) aux élections européennes et agrégée de sciences naturelles – « contre les vaccins, pour l’homéopathie et contre les ondes électromagnétiques ».  soit trois oppositions à des consensus scientifiques. Dans son éditorial, le directeur du Point Étienne Gernelle écrivait, à propos de l’eurodéputée, que «  certaines positions semblent tenir plus du champignon hallucinogène que de la science. Sa posture complotiste contre les vaccins, derrière lesquels elle voit la main des laboratoires, et ses convictions sur la nocivité des ondes, qui vont bien au-delà des faits pour l’instant établis, sont ahurissantes ».

Réplique. Sur le site de Politis Michèle Rivasi évoqua une « campagne calomnieuse » en raison de « son combat contre les lobbys ». « Alors qu’elle nous réclamait, par avocats interposés, un droit de réponse, nous lui avons proposé à la place un grand entretien, estimant que le débat était toujours plus fécond, précise l’hebdomadaire. La rencontre s’est faite dans l’antenne parisienne du Parlement européen. De notre point de vue, ce fut courtois, pour ne pas dire sympathique sur le plan humain, mais scientifiquement totalement surréaliste. Michèle Rivasi a présenté sa position sur les vaccins et, après un semblant de mea culpa, a défendu les ‘’travaux’’ d’Andrew Wakefield, chef de file des anti-vaccins mis au ban de la communauté scientifique. Elle a aussi maintenu ses positions sur l’homéopathie, ravivant la fumeuse mémoire de l’eau de Jacques Benveniste. » Extraits.

I Vaccins.

Michèle Rivasi est-elle ou non « antivaccins » quand elle déclare : « Aujourd’hui, les vaccins créent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent » ? Que répond-elle à Agnès Buzyn qui l’accuse de diffuser des « fake news » ?

« C’est une phrase sortie de son contexte. Je rencontrais une délégation des pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). On me disait que pour résoudre les problèmes de santé en Afrique, il faut des vaccins. J’ai répondu que, parfois, la vaccination ne résout pas tous les problèmes ; qu’il faut plutôt réfléchir à des dispensaires, à assainir la qualité de l’eau… Cette phrase ne doit ainsi pas être généralisée.

« Il y a deux ans, Mme Buzyn m’avait convoquée au ministère de la Santé, à propos de l’obligation vaccinale. Je lui ai dit que je préférais des recommandations à l’obligation, comme ce qui se fait dans beaucoup de pays européens. Je l’avais avertie que l’obligation vaccinale allait faire monter le nombre des antivaccins… Mon objectif en matière de politique vaccinale, ce n’est pas de contraindre, mais de convaincre en restaurant la confiance (…) La perte de confiance est pour moi liée aux scandales, comme la campagne vaccinale contre l’hépatite B et la grippe H1N1 et les 90 millions de doses commandées. Il y a aussi une épidémie de conflits d’intérêts. Les experts ne doivent pas être payés par les laboratoires. Il faut aussi qu’on évalue le rapport bénéfices-risques pour chaque vaccin et que l’on fasse plus de pédagogie plutôt que de l’imposer en infantilisant l’usager. Pour retrouver la confiance, je réclame également une meilleure vaccinovigilance, des études indépendantes sur les adjuvants en aluminium et la multivaccination chez le nourrisson de moins de 18 mois. Ne risque-t-on pas, en vaccinant trop tôt, de fragiliser le système immunitaire des enfants ? En Allemagne, suite à une étude épidémiologique, l’hexavalent a été retiré du marché. En quoi mon discours est-il alarmiste ? »

Pourquoi a-t-elle déclaré qu’il existait un lien de causalité entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques ?

« Non ! Sous le gouvernement de Lionel Jospin  j’étais députée à l’Assemblée nationale. Bernard Kouchner avait demandé qu’on ne vaccine plus les adolescents au niveau du collège, suite à la campagne vaccinale menée par Philippe Douste-Blazy au milieu des années 1990. Le directeur général de la Santé, Lucien Abenhaïm, m’a dit en 1999 qu’il n’y a à l’heure actuelle pas d’élément de preuves entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques, mais qu’il avait deux infirmières qui, après vaccination et rappel, ont déclaré une sclérose en plaques. Il m’a confié être menacé si jamais il évoquait ce lien de causalité…

« Certes, établir un lien de causalité direct est très difficile à faire. En l’espèce, il n’y a que des présomptions de preuves. Saisie en 2015, la Cour de cassation décide alors de surseoir à statuer et de renvoyer une série de questions préjudicielles à la Cour de justice de l’Union européenne. Celle-ci a ouvert la voie en 2017 à des indemnisations dans des procédures entre malades et fabricants de vaccins. L’affaire peut être résumée ainsi : en l’absence de consensus scientifique quant à une relation de causalité, la «  proximité temporelle » entre l’administration d’un vaccin et la survenance d’une maladie et «  l’absence d’antécédents médicaux personnels et familiaux (ainsi que l’existence d’un nombre significatif de cas répertoriés de survenance de cette maladie à la suite de telles administrations) peuvent constituer des indices suffisants pour justifier une indemnisation. »

« Agnès Buzyn, elle-même, m’a dit qu’on s’est aperçu qu’il y a plus de risques à vacciner des ados que des bébés. Voilà ce que m’a déclaré la ministre ! Sur le fond, le lien de causalité est un principe juridique et non scientifique. De même, pour votre gouverne, la justice s’appuie sur des expertises scientifiques. Il faut reconnaître, en l’espèce, qu’il n’y a pas de consensus scientifique, mais vous ne pouvez pas dire que « toutes les études disent le contraire ». Ce serait un déni. » 

II Homéopathie

Pourquoi être contre le déremboursement de l’homéopathie alors que son efficacité n’a pas été scientifiquement prouvée ?

« Ce n’est pas parce qu’on ne comprend pas le mode d’action que cela signifie qu’il n’y a pas d’effets ! Ceux de l’homéopathie s’expliqueraient par une vibration. La molécule laisse une trace, en quelque sorte, dans le liquide de dilution… Par ailleurs, je ne comprends pas pourquoi on s’acharne à vouloir dérembourser l’homéopathie, qui ne coûte pas beaucoup à la Sécu, quand on sait que notre pharmacopée contient sur le marché un quart de médicaments coûteux pour la Sécu et dangereux pour la santé comme l’ont dit les professeurs Bernard Debré et Philippe Even. Peut-être faudrait-il commencer par dérembourser ceux-ci !

« Il existe aujourd’hui six ou sept modèles théoriques différents tentant d’expliquer pourquoi l’homéopathie marche (…)

On sait que la science avance et progresse au fil du temps. Il faut bien se garder d’avoir des avis définitifs sur les choses, parce qu’on a d’abord des phénomènes, et après des théories ou des modèles explicatifs pour décrire les choses. Il existe aujourd’hui six ou sept modèles théoriques différents tentant d’expliquer pourquoi l’homéopathie marche : la mémoire de l’eau en est un, l’approche quantique en est un deuxième, des Italiens travaillent sur la notion de nanopharmacologie… Il y a aussi d’autres recherches en cours sur l’homéopathie appliquée aux plantes.

« Mon argumentaire est simple : on utilise l’homéopathie depuis environ deux cents ans. Et cela fonctionne ! L’homéopathie a un effet chez certains patients et sur certaines maladies, sinon on n’aurait pas autant de patients qui se soignent à l’homéopathie. Les gens observent que lorsqu’ils donnent des granules à leurs enfants atteints d’otites ou de maladies ORL, les symptômes disparaissent. Je me dis : c’est très bien ! J’ai aussi rencontré des vétérinaires qui ont montré l’effet positif des granules dans des élevages de poules. Cela interroge sur le seul effet placebo de l’homéopathie. (…)

« Je suis pour la sécurité du patient bien entendu. Supprimer la formation d’homéopathie à l’université me pose d’ailleurs un problème : il faut qu’un médecin puisse dire à quel instant l’homéopathie ne suffit plus, et qu’il faut passer aux antibiotiques. Si on supprime cette formation, on laisse la porte ouverte aux charlatans, aux « guérisseurs » d’antan qui n’auront pas fait d’études de médecine pour administrer l’homéopathie. Pour moi, la sécurité du patient passe par un médecin.

« Et pour tout vous dire, je pense que dans l’homéopathie, il y a un effet placebo. Comme dans tout médicament. Mais si les gens préfèrent recourir à de l’homéopathie plutôt que de consommer d’autres médicaments chimiques, c’est leur droit, quand même ! On a soigné des gens à l’homéopathie, et des études le prouvent, même s’il n’y a pas assez d’études cliniques. »

II Ondes, Linky, wifi

Dénoncer les effets nocifs des ondes électromagnétiques ? Croire en une réalité biologique de l’électrosensibilité ?

« Je suis pour qu’on établisse une liste des symptômes qui ont été autorapportés par ceux qui en souffrent : perte de mémoire, problèmes cognitifs, problèmes cardiaques, problèmes de peau, dépression… Quand bien même l’origine de la maladie n’est pas établie, on est confronté à cette réalité : à l’heure actuelle, des milliers de personnes souffrent en présence des émissions électromagnétiques rayonnées par nos appareils sans fil et le réseau électrique. Essentiellement des femmes parfois jeunes. En tant que politique, vous vous demandez comment aider ces personnes-là. Et c’est mon éthique : je dois aider les plus démunis, les personnes qui se disent victimes de facteurs environnementaux émergents. En ce moment, j’essaie de trouver une zone blanche dans laquelle reloger ces gens. Dans cette zone sera mis en place un suivi médico-social, et une recherche européenne, pour identifier des bio-indicateurs spécifiques pour cette maladie.

« Si une personne électrosensible me dit : je ne peux pas vivre avec Linky, je dois l’écouter. Ce sont des « ondes sales » : vous avez des micro-sautes de tension qui correspondent à des interférences que l’on injecte dans le réseau électrique et qui se « surajoutent » au courant domestique. Et la justice a condamné Énédis à poser un filtre protecteur chez treize personnes électrosensibles ou à laisser le compteur initial. La justice se doit de faire respecter nos droits fondamentaux dont le principe de précaution, inscrit dans notre bloc de constitutionnalité. Il existe de nombreux scientifiques différents. On ne peut considérer la science comme un bloc monolithique. De surcroît, la justice est fondée sur un principe important : celui du contradictoire qui permet dans la transparence entre les parties de faire vivre des controverses scientifiques. »

Pour finir Le Point demande à Michèle Rivasi si elle « éteint son wifi le soir. « Je n’en ai pas chez moi, répond-elle. Je suis câblée. Attention, j’ai aidé le département de la Drôme à avoir la fibre optique. Je suis à fond pour Internet, mais sans ondes ! Le principe de précaution doit guider nos choix politiques et techno-scientifiques. Il y va de la protection de la santé de nos concitoyens. »

Question journalistique et citoyenne, au terme de ce long entretien : est-il encore utile (nécessaire, possible) de débattre avec la députée écologiste Michèle Rivasi ? Que répondrait, ici, Sisyphe ?

A demain @jynau

Charcuteries : les députés se prononcent pour le «jambon coquillettes» avec ses dérivés nitrés

Bonjour

Hier, 24 octobre 2019, grand banquet à l’Assemblée nationale. Vins « premixés » taxés, feu vert aux bières hyperalcoolisées. Et sur la table du législateur, à deux pas de l’éternelle buvette du Palais Bourbon, restait la question de la taxation ou non du jambon – celui qui est trop rosé pour ne pas contenir des additis nitrés.

Nous sommes toujours dans l’examen projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) Au menu, adopté en commission il y a une semaine, l’amendement visant à instaurer une taxation sur les additifs nitrés en charcuterie. Un amendement adopté malgré les (étranges) réticences du rapporteur général, le Dr Olivier Véran (LRM, Isère). 

Défendu par le député Richard Ramos (MoDem, Loiret) ce texte entendait instaurer une taxe de 0,10 centime d’euros par kilogramme sur les produits de charcuterie contenant des additifs nitrés (nitrite, nitrate et/ou sel nitrité). On sait (ou pas…) que ces derniers allongent les durées de conservation et donnent une couleur rosée au jambon. Et on sait mois (voire pas du tout) que ces additifs mais sont accusés de favoriser les cancers colorectaux. Exposé des motifs :

« La mesure proposée consiste à créer une contribution spécifique frappant les produits de charcuterie contenant des additifs nitrés. Cette contribution s’inscrit dans le cadre du plan national nutrition santé publique qui promeut une alimentation équilibrée comme composante essentielle de la santé publique. La charcuterie industrielle est en effet le seul produit alimentaire, avec le poisson salé à la mode cantonaise, classé comme agent cancérigène pour l’homme de niveau 1 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 2015.

Le Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS évalue que « chaque portion de 50 grammes de viande transformée consommée tous les jours augmente le risque de cancer colorectal de 18 % environ. » Le caractère cancérigène de la charcuterie tient à l’ajout d’additifs nitrés dans les produits de charcuterie (nitrates, nitrites, sel nitrité), alors que ces additifs ne sont pas nécessaires.

Le montant de la contribution envisagée, qui s’élève à 0.10 centimes d’euros par kilogramme, vise, en augmentant le prix de ces produits, à dissuader le consommateur et à l’orienter vers des produits similaires mais exempts d’additifs nitrés. Les produits concernés par la contribution sont les produits de charcuterie dans leur ensemble (jambon, saucisson, pâté, rillette…), quel que soit leur circuit de distribution.

Le produit de la contribution est affecté au régime général d’assurance maladie, sur lequel repose le financement des politiques de santé publique. »

Richard Ramos :  « Au-delà de la question du sel nitrité, cet amendement porte sur le bien-manger français ». Il évoque ceux qui avalent un « jambon coquillettes » faute de temps ou de moyens. Et de dénoncer le fait que « 550 députés ont reçu hier de lobbyistes de fausses informations sur la santé ». « Ce vote passera ou ne passera pas, mais il restera sur la conscience des députés », a-t-il tonné, avant que la vice-présidente de l’Assemblée Annie Genevard (LR) lui demande de se calmer. « On ne va pas s’échauffer pour un jambon coquillettes… qui est d’ailleurs très bon », s’est-elle amusée (sic).  On en rit encore à la buvette.

On attendait Agnès Buzyn. « Je ne suis pas soumise à la pression des lobbies de l’alimentation », a assuré la ministre des Solidarités et de la Santé, précisant « ne pas avoir reçu de courrier » (re-sic). Sur le fond, la ministre a jugé l’amendement prématuré et inefficace :

« Pour l’Agence européenne de la sécurité alimentaire, il n’y a pas d’association entre l’ingestion de nitrates et la survenue de la plupart des cancers. L’effet néfaste serait dû à la transformation des nitrates en nitrite, mais cette conversion dans l’organisme humain est très variable et insuffisamment documentée. »

Pour autant la ministre, prudente pour l’avenir, de préciser que des travaux sont en cours, sur le jambon coquillettes, au sein de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

A demain @jynau

1 M. Ramos, Mme Bessot Ballot, Mme Crouzet, M. Prud’homme, M. Philippe Vigier, M. Benoit, M. Potier, M. Balanant, Mme Bannier, M. Barrot, M. Baudu, Mme Benin, M. Berta, M. Bolo, M. Bourlanges, M. Bru, M. Cubertafon, Mme de Sarnez, Mme de Vaucouleurs, Mme Deprez-Audebert, M. Duvergé, Mme El Haïry, Mme Elimas, Mme Essayan, M. Fanget, Mme Florennes, M. Fuchs, M. Garcia, M. Hammouche, M. Isaac-Sibille, Mme Jacquier-Laforge, M. Joncour, M. Lagleize, M. Lainé, M. Laqhila, Mme Lasserre-David, M. Latombe, M. Loiseau, Mme Luquet, M. Mathiasin, M. Mattei, Mme Mette, M. Michel-Kleisbauer, M. Mignola, M. Millienne, M. Pahun, M. Frédéric Petit, Mme Maud Petit, Mme Poueyto, M. Turquois, Mme Vichnievsky et M. Waserman

Alcoolisme fœtal, grossesse et publicité: à partir de quand faut-il commencer à s’indigner ?

Bonjour

Bloguer c’est aussi, sinon s’indigner, du moins faire part des indignations. Nouvelle polémique à la frontière du sanitaire et du publicitaire. « Une campagne de prévention orchestrée par une association représentant la filière viticole provoque la colère des professionnels de la santé publique » rapporte Le Figaro (Soline Roy).  «Un bon vin peut bien attendre neuf mois.» : tel est le slogan d’une nouvelle campagne de prévention des risques liés à la consommation d’alcool pendant la grossesse qui en a fait bondir plus d’un dans le monde de la santé publique. » Cœur de la controverse : un visuel associant la rondeur d’un verre de vin à celle du ventre d’une femme enceinte

L’affaire vaut d’être rapportée. Elle est menée par Vin & Société, une structure qui  dit représenter les 500.000 acteurs de la vigne et du vin. La nouvelle campagne « émet un message important à l’attention des femmes enceintes : en raison des risques que la consommation d’alcool peut représenter pour la santé du futur bébé, ‘’par précaution, zéro alcool pendant la grossesse’’ ». Pitch :

« La notion de temps long est propre à la grossesse. Elle l’est également au vin : produit culturel, il est ancré dans notre histoire et dans notre patrimoine, il se prépare patiemment au rythme des saisons jusqu’à la vendange. Il vieillit parfois dans nos caves et nous accompagne tout au long d’une vie lors des moments de partage, à table, en famille et entre amis. C’est cette double attente qui s’exprime à travers la signature ‘’Un bon vin peut bien attendre neuf mois’’ et que l’on retrouve dans le visuel, qui évoque le verre de vin et l’arrondi du ventre des femmes enceintes. »

 Une campagne publicitaire au service d’une ambition : « toucher directement les femmes enceintes ou souhaitant l’être » (sic). Une campagne publicitaire et « trois volets complémentaires » : « une annonce diffusée début novembre dans les journaux et les sites mobiles de la presse féminine et familiale – (Parents, Cosmopolitan, Magic Maman) ; une initiative originale avec la création d’un bijou en série limitée (re-sic) avec les créatrices de la marque April Please ; et enfin un dispositif web et digital permettant à la fois la diffusion d’informations pratiques et l’engagement des femmes enceintes qui le souhaitent via la participation de la blogueuse influenceuse Poussine (re-re-sic) ».

 Krystel Lepresle, déléguée générale de Vin & Société :  « Nous avons souhaité nous adresser directement aux femmes enceintes à travers ce dispositif multi-canal, sans les culpabiliser. Nous ne remplacerons jamais les professionnels de santé, ce n’est pas notre rôle. En revanche, nous sommes les mieux placés pour donner le bon mode d’emploi de notre produit. Nous avons toute une vie pour nous faire plaisir, mais pendant la grossesse, et en l’absence d’études concordantes, il est recommandé de ne pas consommer d’alcool »

Pr Michel Reynaud, psychiatre addictologue et président du Fonds Actions Addictions : « C’est terrifiant ! Tout est utilisé pour se donner une bonne image.»

Bernard Jomier, médecin généraliste et sénateur écologiste (apparenté PS) de Paris – très actif sur Twitter : «La prévention doit rester le domaine des acteurs de santé publique. On est dans un contournement très subtil et très bien mené de la loi Évin ».

Guylaine Benech, consultante formatrice en santé publique : « On atteint des sommets de cynisme ! »

Joël Forgeau, président de Vin & Société : « Comme nous nous y sommes engagés en juin 2018 auprès du Président de la République, Vin & Société met en oeuvre des mesures fortes de prévention et de lutte contre les consommations nocives d’alcool. La filière vitivinicole porte une attention particulière au syndrome d’alcoolisation foetale et a une position claire : pendant la grossesse, par précaution, il convient de ne pas consommer d’alcool. Nous avons également proposé au gouvernement d’améliorer la visibilité du pictogramme femme enceinte sur les étiquettes, avec une taille à 0,8 cm et en améliorant le contraste. C’est un rappel utile, mais rien ne vaut la prévention et la parole des professionnels de santé face à un public vulnérable » (re-re-re sic).

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : on attend toujours qu’elle s’exprime sur le sujet.

Palais de L’Elysée : silence complet.

A demain @jynau

Grande misère hospitalière : Martin Hirsch et les neuf cents lits gelés au sein de l’AP-HP

Bonjour

C’est un symptôme qui ne trompe que les politiques engoncés dans le déni de la réalité  : neuf cents (900) lits sont actuellement « fermés » au sein de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Pourquoi ? Parce que cette dernière, nous dit l’AFP, est « confrontée à des difficultés de recrutement et de fidélisation chez les soignants, notamment les infirmières ». Et d’ajouter que ces postes sont bien budgétés mais qu’ils non pourvus, faute de personnel. Aucune rumeur syndicale, ici: c’est bel et bien le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, qui a annoncé ce chiffre mardi 8 octobre en commission médicale d’établissement (CME).

Dans un remarquable discours introductif consultable en ligne sur le site de la CME, Martin Hirsch a rappelé les « difficultés de recrutement, particulièrement marquées et concentrées sur certains métiers », rencontrées par le CHU francilien. Ces difficultés,« plus diffuses depuis un an, puisque, par exemple, elles touchent de nombreuses » infirmières, avec 400 postes vacants, « sont en partie liées à des questions indéniables de rémunération, accentuées en Ile-de-France », a déploré le directeur général. « Les attraits du grand CHU ne viennent plus assez contrebalancer la part irréductible d’écart de rémunération entre privé et public », a ajouté Martin Hirsch. Extrait :

« La rémunération des paramédicaux Cela fait plusieurs années que je suis convaincu qu’il y a un problème de fond qui doit être traité. Je ne me suis pas drapé dans mon devoir de réserve pour le dire, pour l’écrire et pousser à ce qu’il soit pris en compte. Il y a un problème en France, et il y a un problème encore plus criant en Île-de-France.

« Il pose problème à ceux qui travaillent à l’AP-HP avec une reconnaissance insuffisante et ceux qui quittent l’AP-HP ou ne la rejoignent pas en considérant qu’ils s’en sortiront mieux ailleurs. La question est ancienne et toutes les études montrent qu’elle s’est aggravée au cours des 15 ou 20 dernières années. Aujourd’hui, c’est probablement la première raison qui explique nos difficultés de recrutement et de fidélisation et donc les tensions que nous connaissons. »

Agnès Buzyn assure ne pas être dans le déni

Et c’est ainsi que neuf cents (900) lits (sur un total de vingt mille) sont fermés faute d’effectifs suffisants pour assurer les soins. « Un comble à l’heure où certains syndicats, alliés au collectif inter-urgences − à l’origine depuis près de sept mois d’une grève nationale qui touche toujours 267 services – réclament embauches et réouvertures de lits » observe Le Quotidien du Médecin. Et ce à la veille d’une nouvelle manifestation  de grande ampleur lancée par le Collectif inter-hôpitaux.

« Il faut redonner envie aux gens de venir travailler à l’hôpital public, les gens s’en vont parce qu’ils n’en peuvent plus » explique l’infirmier Pierre Schwob Tellier, membre du Collectif inter-urgences. En écho Martin Hirsch  vise des améliorations salariales à court terme de 10 à 20 % pour « 10 ou 20 % des agents », via divers leviers comme les primes prévues pour les personnels des urgences. Dans le même temps les grévistes réclament des hausses de salaires générales de 300 euros par mois.

Que fera, ici, l’exécutif ? Dans une interview aux Échos du 9 octobre (Solveig GodeluckÉtienne Lefebvre) du 9 octobre, Agnès Buzyn a exprimé un souhait et une promesse. Extrait :

« J’ai relancé un travail sur l’attractivité hospitalière. Mais je rappelle que les tensions sont partout ; les libéraux aussi estiment que leurs professions ne sont pas assez valorisées. Il y a cependant un sujet sur l’hôpital public. Je souhaite notamment travailler sur les débuts de carrière, aussi bien pour les médecins que pour les professionnels paramédicaux, travailler également sur les métiers en tension et plus généralement sur la gestion des carrières. Par ailleurs, il y aura un chantier spécifique sur l’Ile-de-France où le problème du pouvoir d’achat est particulièrement criant. Nous ne sommes pas dans le déni. »

Où l’on en vient à ne pas oser imaginer ce qui se passerait si la ministre des Solidarités et de la Santé niait la réalité à laquelle elle sera désormais quotidiennement ou presque confrontée.

A demain @jynau

Urgent-DGS-cigarette électronique : aucune épidémie signalée chez les vapoteurs français

Bonjour

C’est un « urgent » de la DGS : on sait qu’une alerte sanitaire concernant une épidémie de pneumopathies sévères chez des vapoteurs est en cours aux Etats-Unis (au 01/10/2019, 1080 cas dont 18 décès ont été rapportés). Le Ministère des Solidarités et de la Santé (en lien avec Santé publique France, les agences sanitaires, les partenaires du réseau de prévention des addictions et les sociétés savantes de médecine d’urgence, de réanimation et de pneumologie) met en place un dispositif de signalement et d’investigation des cas de pneumopathie sévère chez des utilisateurs de dispositifs de vapotage.

Les médecins peuvent effectuer le signalement des cas sur le portail des signalements: https://signalement.social-sante.gouv.fr/psig_ihm_utilisateurs/index.html#/accueil ( rubrique « Effet sanitaire indésirable suspecté d’être lié à des produits de consommation » sous l’intitulé «vapotage & pneumopathie»). Le « dispositif de surveillance active des pneumopathies sévères en lien avec le vapotage » est détaillé sur le site de Santé Publique France https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/dispositif-de-signalement-des-pneumopathies-severes-liees-au-vapotage. Quant aux modalités de signalement de « tout autre effet inhabituel » en lien avec le vapotage, restent identiques (via les rubriques de toxicovigilance ou d’addictovigilance selon les produits consommés ou suspectés).

Et puis cette information officielle rassurante : à ce jour, en France, il n’a pas été détecté d’épidémie de pneumopathies sévères. La DGS remercie  de leur collaboration toutes celles et ceux qui l’aideront « pour la gestion de cette alerte ». La même DGS ne va pas jusqu’à recommander aux vapoteurs français de continuer à vapoter pour se libérer de l’esclavage du tabac. Et ne dit rien sur les huiles de THC et sur les achats en marge du circuit officiel. Au nom de la réduction des risques, on le regrettera.

A demain @jynau