Incurie du quinquennat : la France est une très grande malade européenne du tabac.

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Voici bientôt venu le temps des inventaires sanitaires. Pour l’heure voici le rapport conjoint publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission européenne. Deux cents pages qui compilent de multiples indicateurs sur l’état de santé des populations des 28 pays de l’Union européenne et l’accès aux soins : « Panorama de la santé 2016 ». Dans Le Monde notre consœur Pascale Santi en livre une petite synthèse claire-obscure :

Claire : « Les Français vivent en moyenne plus vieux que les habitants des autres pays européens. L’espérance de vie les place dans le peloton de tête, derrière l’Espagne, l’Italie et la Suisse, avec une moyenne – hommes et femmes confondus – de 82,8 ans, contre 80,9 ans chez nos voisins. A l’échelle du continent, les femmes vivent plus longtemps (83,6 ans) que les hommes (78,1), avec un plus fort écart en France (86 ans d’espérance de vie pour les femmes contre 79,5 ans pour les hommes). »

Obscure : « Si la France est reconnue pour la qualité de son système de soins, la prévention reste le parent pauvre, avec seulement 1,9 % des dépenses de santé allouées, contre une moyenne de 3 % pour les pays de l’Union européenne. Les facteurs de risque y sont plus élevés. Le tabagisme a certes diminué dans l’Hexagone ces dernières années, mais reste à des niveaux plus élevés que la moyenne en Europe. En effet, la France compte 22,4 % de fumeurs quotidiens (des études françaises parlent de 28 %), presque le double qu’en Suède (12 %) et bien plus qu’au Royaume-Uni (18 %), selon les chiffres de l’OCDE. De même, en France, près d’un adolescent sur cinq déclare fumer au moins une fois par semaine (un sur sept dans les pays de l’UE). »

Bilans du quinquennat

Viendra, bientôt, le temps des bilans du quinquennat. On prendra alors la mesure de l’incapacité chronique du politique à peser sur la « première cause évitable de morts prématurées ». Une illustration parfaite de l’incurie, ce manque total de soin ou d’application dans l’exercice d’une fonction ou dans l’exécution d’une tâche. Le bilan sera ici d’autant plus cruel que le président de la République avait, en personne, lancé un « Plan national de réduction du tabagisme » solennellement confié à sa ministre de la Santé.

C’était il y aura bientôt trois ans. Des annonces ministérielles à répétition. Des velléités d’action (« paquet neutre ») mais sans l’appui d’une volonté présidentielle et gouvernementale d’augmentation soutenue et constante des prix. Et, au final, aucun résultat – alors même que d’autres pays (l’Australie, le Royaume-Uni, les Etats-Unis) démontrent aujourd’hui au reste du monde que l’on peut progresser dans la lutte contre l’esclavagisme de l’addiction tabagique.

Le bilan sera plus cruel encore quand on prendra la mesure que la ministre de la Santé a, de manière réitérée, refusé d’user du levier « cigarette électronique », outil qui démontre jour après jour son efficacité dans une optique politique de réduction des risques. Combien, à l’avenir, de morts prématurées évitables et qui ne l’auront pas été du fait de l’incurie.

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Intelligence politique : l’épidémie de démence montre de premiers signes de décroissance

 

Bonjour

Le pire n’est (peut-être) pas écrit. On commence, ici ou là, à engranger les premiers signes laissant espérer que la croissance des taux de démences et de maladies neurodégénératives  donne des signes encourageants d’essoufflement.  Des signes certes faibles mais convergents et encourageants dont les responsables politiques devraient s’emparer pour intensifier les recherches et amplifier ce phénomène.

Le dernier symptôme en date est une étude qui vient d’être publiée dans JAMA Internal Medicine : “A Comparison of the Prevalence of Dementia in the United States in 2000 and 2012”. Menée auprès de plus de 21 000 personnes de plus de 65 ans aux Etats-Unis, elle démontre que la proportion des démences (effondrement des fonctions cognitives avec perte massive  d’autonomie) est passée de 11,6% en 2000 à 8,8% en 2012. La BBC relève que des conclusions similaires ont aussi été observées en Europe comme en témoigne une étude parue il y a peu dans The Lancet Neurology :  Dementia in western Europe: epidemiological evidence and implications for policy making.

Intellect et hygiène de vie

« Nos résultats s’ajoutent à un nombre croissant de preuves démontrant que la diminution du risque de démence est un phénomène réel – et que la croissance future attendue des taux démence pourrait ne pas être aussi forte que pronostiqué » explique le Pr  Kenneth Langa (Veterans Affairs Center for Clinical Management Research, Ann Arbor, Michigan) responsable de l’étude américaine.

C’est là un sujet majeur de santé publique. Et c’est aussi une affaire éminemment politique et économique. Car s’il est clair que les neurosciences peinent à comprendre les causes premières de maladie d’Alzheimer et des autres maladies neurodégénératives les possibilités de prévention existent. Et leur mise en œuvre est pleinement du ressort des politiques publiques – à commencer par le développement précoce et constant des politiques d’éducation et de stimulation des fonctions intellectuelles – ainsi, plus généralement, que celle « d’hygiène de vie ».

Laïc et catholique

De ce point de vue les premiers symptômes chiffrés pourraient être la traduction des progrès en matière d’éducation accomplis durant les dernières décennies. A l’inverse ces éléments positifs sont menacés par l’augmentation des taux de diabète (de type 2), d’obésité et d’hypertension artérielle – autant de pathologies qui, loin d’être des fatalités individuelles, sont (comme l’éducation ou la lutte contre l’esclavage du tabagisme) également pleinement du ressort des politiques publiques.

Il y a là un facteur d’espérance et un levier d’action dont les responsables politiques ne semblent pas avoir pris conscience. Les turbulences et passions actuellement observées en France à l’occasion des « Primaires de la Droite et du Centre » en témoignent à l’envi. Chômage… temps de travail… réduction de la dette… amitiés franco-russes … et totale impasse sur la décadence de la vieillesse qui pourrait ne plus être une fatalité. Qui sera le premier à s’emparer du sujet ?  Qui, radicalement laïc ou raisonnablement catholique, expliquera que le pire n’est (peut-être) pas totalement écrit ?

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Les buralistes sont les «boucs émissaires» de la lutte contre le tabagisme (Alain Juppé)

 

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Aujourd’hui la France de la droite (et du centre) vote.  Et il faut imaginer le buraliste français heureux. Son site en témoigne  qui reproduit le message que vient de lui adresser  Alain Juppé:

« (…) Je connais bien les sujets qui occupent l’actualité de votre profession (paquet neutre, concurrence déloyale du marché parallèle, hémorragie du réseau des buralistes, etc.) et qui font peser des incertitudes sur l’avenir de votre profession. Je partage votre inquiétude. Vos commerces sont accablés de charges, de normes et de contraintes, qui les empêchent de se développer et les mettent parfois en péril. Il faut soutenir les buralistes qui contribuent au dynamisme de notre économie et à la vitalité de nos territoires, notamment ruraux (…)

 « Je regrette les augmentations de taxes sur le tabac décidées par le gouvernement sans concertation préalable avec les buralistes, dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2017. Si je suis élu, je m’engage à ce qu’aucune augmentation du prix du tabac ne soit décidée au détour d’une loi de finances, sans qu’une concertation et un plan n’aient été travaillés et arrêtés en amont avec les professionnels.

« Les buralistes doivent aussi cesser d’être les boucs émissaires des plans de lutte contre le tabagisme. Bien entendu, il nous faut mener une ambitieuse politique de santé publique et de prévention, notamment auprès des plus jeunes. Mais elle ne peut consister à culpabiliser et à montrer du doigt votre profession. Je souhaite que vous soyez davantage associés aux politiques de santé publique et que vous deveniez des partenaires sur ces sujets. »

 Bouteille de vin neutre

 La veille c’était Nicolas Sarkozy qui flattait le même buraliste.

 « Alors que dans quelques jours, le 20 novembre, vous allez devoir affronter l’arrivée brutale du paquet neutre, je souhaitais réitérer mon soutien à votre profession qui, durant ces cinq dernières années, a été mise à mal et stigmatisée sans relâche … Et ce n’est pas le nouveau contrat d’avenir qui vient d’être signé, qui manque cruellement d’ambition, qui va vous apporter les réponses que vous attendez.

« Le paquet neutre est une mesure stigmatisante pour votre profession et vos commerces, qui a été adoptée sans considération aucune pour le rôle de lien social essentiel que vous jouez dans nos territoires (…)

Accepter le paquet neutre aujourd’hui reviendrait à accepter les bouteilles de vin neutres demain ; et il en serait fini de nos appellations. Je m’oppose à cet acharnement permanent dont vous faites l’objet et souhaite pour le futur un apaisement des relations entre l’Etat et ses préposés que vous êtes ; il faut mettre fin à l’hypocrisie du discours actuel. »

 Nul ne sait (encore) ce que pense Macron Emmanuel de ce sujet majeur de santé publique. On l’attend notamment sur la cigarette électronique.

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Alzheimer, ANSM, antibiotiques : abécédaire et dernier inventaire de Marisol Touraine

 

Bonjour

Entretien à la Prévert de Marisol Touraine dans Le Monde daté du 18 novembre  (Laetitia Clavreul, Paul Benkimoun, François Béguin). Comme un inventaire avant soldes. Essai ce classement.

Affaire de l’essai clinique de Rennes et des possibles manquements de l’ANSM. Il s’agit là d’un abcès loin d’être vidé. Et ce d’autant que la direction de l’Agence de sécurité du médicament cherche à faire pression sur des journalistes du Figaro et de Mediapart. Marisol Touraine est-elle en phase avec l’Agence dont elle a la tutelle ? Le sujet n’est malheureusement pas abordé directement dans Le Monde. « Des articles ont mis en cause l’autorisation de l’essai de Rennes par l’ANSM, l’accusant aussi d’avoir édulcoré sa responsabilité. Y-a-t-il eu des manquements de l’ANSM ? » demande le quotidien du soir à la ministre de la Santé. Réponse :

« L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), que j’ai missionnée après le drame, a pointé des failles du côté de l’industriel BIAL, du centre de recherche BIOTRIAL, mais pas de manquements du côté de l’ANSM, seulement des besoins de réorganisation. Des médias (sic) ont fait état de ce que la direction de l’ANSM aurait transmis une version modifiée des conclusions de ses experts. J’ai donc demandé à l’IGAS si le contenu de ces articles remettait en cause les conclusions de son rapport. Elle m’a dit que non. Je ne dispose donc d’aucun élément qui mette en cause l’ANSM. La procédure judiciaire engagée sera amenée à se prononcer le cas échéant sur les responsabilités des uns et des autres. »

Une semaine d’antibiotiques, pas plus

On n’en saura pas plus. La ministre est plus prolixe sur la question des antibiotiques dont la prescription, en France, est redevenue de plus en plus automatique. Elle annonce « un encadrement des prescriptions ». En pratique ne première prescription ne pourra être faite pour une durée supérieure à sept jours (alors qu’en moyenne  ces prescription sont aujourd’hui de dix jours en médecine de ville). Elle annonce aussi un renforcement dépistage sur l’origine virale ou bactérienne des angines par des tests rapides. Un dépistage qui, Brexit ou pas, avance à grande vitesse dans les pharmacies britanniques comme nous l’apprend la BBC: “Sore throat sufferers urged to take pharmacy test.

Rien, ou presque, sur le vertigineux dossier des prix croissants, inaccessibles, de certains médicaments (« Avec le président de la République, je porte cette question au niveau international ») à l’exception d’une pique politique (« Mais quand je vois que tous les candidats à la primaire de la droite annoncent des déremboursements massifs et qu’au Parlement, la droite a systématiquement voté contre les dispositifs de régulation des coûts que j’ai proposés, je me demande où l’on va »).

Hypothèse et question absurdes

Où allons-nous avec sa décision unilatérale est inexpliquée de ne pas dérembourser les médicaments anti-Alzheimer, que la Haute Autorité de santé a jugé inefficaces et dangereux ? Que répond-elle aux lanceurs d’alerte comme Irène Frachon (elle-a-révélé-le-scandale-du-Mediator) l’accusent  de céder au poids du lobby pharmaceutique ?

« C’est absurde ! Jamais un médicament n’a été déremboursé du jour au lendemain. Le faire plongerait les patients et leur famille dans le désarroi, alors que la qualité de la prise en charge est très variable d’un lieu à l’autre. C’est un sujet médical et humain. Je ne serai pas la ministre qui prendra une décision pour des raisons économiques. Aucun pays n’a déremboursé. Si la France décidait de le faire, elle serait la première. Ma décision est transitoire et doit permettre de faire évoluer en douceur notre système de prise en charge. J’ai demandé au professeur Michel Clanet de me faire une proposition en ce sens avant fin janvier. »

Le précédent Xavier Bertrand

Faut-il laisser sur le marché des médicaments inefficaces et dangereux au motif que les retirer « plongerait les et leur famille dans le désarroi » ? Est-ce là une politique ? Si l’on osait on dirait que la réponse de la ministre de la Santé mériterait d’être complétée, débattue, critiquée.

Sur ce sujet on lui conseillerait volontiers de ce reporter à l’éditorial (Bernard Gavid) de la dernière livraison de la Revue du Praticien Médecine Générale. Il rappelle que ces médicaments coûtent chaque années 180 millions d’euros à la solidarité nationale. Il s’interroge : « Comment comprendre les réticences de nos ministre de droite [Xavier Bertrand] ou de gauche [Marisol Touraine] à suivre les recommandations de la HAS ? Les intérêts des lobbies seraient-ils plus importants que ceux des patients ? ».

Nous savons désormais, grâce au Monde, que pour Marisol Touraine cette question est absurde. Nous la reposerons.

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Mediapart et Le Figaro accusent l’ANSM de «pressions» sur leurs journalistes

Bonjour

Rien, vraiment rien, ne rapproche Mediapart du Figaro si ce n’est la pratique du journalisme – ce qui, parfois, peut signifier beaucoup. Or voici, précisément que les sociétés des journalistes de ces deux médias se réunissent et font cause commune contre ce qu’il faut bien appeler une étrange menace émanant de l’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM).

La direction de cet Etablissement public français leur reprocherait leur couverture de l’affaire BIOTRIAL, cet essai clinique ayant notamment causé la mort d’un volontaire sain. Une information judiciaire est actuellement ouverte des chefs d’homicide involontaire et de blessures involontaires.

Presse complaisante

Il faut, pour comprendre, lire le communiqué qui vient d’être diffusé « Mediapart et Le Figaro protestent contre les pressions de l’Agence du médicament ». Extraits :

« Les Sociétés des journalistes du Figaro et de Mediapart dénoncent les méthodes de l’agence du médicament (ANSM) dans l’affaire de l’essai clinique de Rennes. Dominique Martin, actuel directeur général de l’agence, n’apprécie pas le travail rigoureux de certains journalistes, et préfèrerait une presse plus complaisante et plus docile. 

« Le 28 octobre, Dominique Martin a écrit à la direction du Figaro et de Mediapart à qui il n’hésite pas à demander ‘’de bien vouloir cesser de citer nommément les agents de l’ANSM’’. Il exige aussi que ces deux médias retirent les noms figurant dans les précédents articles mis en ligne depuis… janvier dernier. L’une des fonctionnaires de l’ANSM, Farida Ouadi, a de son côté fait envoyer par ses avocats, aux deux mêmes journaux, une mise en demeure. Elle exige que l’on cesse de divulguer son identité.  

Rendre compte aux citoyens

« Ni Dominique Martin, ni les avocats de Madame Ouadi, ne s’appuient sur le moindre fondement juridique qui imposerait de respecter l’anonymat des agents de la fonction publique et qui justifierait leurs demandes.  Monsieur Martin, qui fut membre du cabinet de Bernard Kouchner, ministre de la santé (2001-2002), et Madame Ouadi, salariée de l’ANSM, travaillent tous deux dans une agence nationale, qui, à ce titre, a des comptes à rendre aux citoyens. 

« Retirer les noms de personnes citées dans des articles déjà publiés, tout comme s’interdire de les nommer à l’avenir, est contraire à notre métier, celui d’informer. Et cela, d’autant plus que ces personnes ont été parties prenantes dans la chaîne de décision qui a conduit à l’accident mortel. »

L’aval de Marisol Touraine ?

Il  faut ici rappeler que l’ANSM avait validé l’essai clinique de Rennes avant d’enquêter sur ce même essai. Il faut aussi souligner (comme nous l’avons fait à plusieurs reprises sur ce blog) que les enquêtes du Figaro et de Mediapart ont conduit à éclairer de lumières non officielles, certaines des conditions dans lesquelles l’ANSM avait autorisé cet essai. Elles ont aussi conduit à s’interroger sur le fait de savoir si cette puissante agence avait, ici, pleinement rempli les missions de santé publique qui sont les siennes.

Les Sociétés des journalistes du Figaro et de Mediapart  qualifient, justement, les requêtes de Dominique Martin et de Farida Ouadi d’ « inacceptables ». Elles réaffirment leur volonté de poursuivre leur travail d’information, sans céder aux tentatives d’intimidation. On voit mal, à dire vrai, comment, les connaissant, ces tentatives pourraient les intimider.

Ce travail d’information pourrait notamment s’orienter sur les véritables raisons qui conduisent à ces tentatives.  L’une des questions soulevées est celle de savoir si Marisol Touraine, ministre de tutelle de l’ANSM a donné son aval pour que de telles pressions puissent s’exercer. On peut supposer que la réponse ne manquerait pas d’intérêt.

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Cigarette électronique : la Direction Générale de la Santé va-t-elle en autoriser la publicité ?

 

Bonjour

Il est des dossiers de santé publique qui portent en eux de redoutables dynamiques. C’est le cas de celui de la cigarette électronique. Au rang des dynamiques positives il y a ce jeu de fleuret moucheté entre, d’un côté, le monde de l’addictologie et celui de la vape  et, de l’autre, la Direction Générale de la Santé (Pr Benoît Vallet).

C’est dans ce cadre qu’a été organisée, par #Sovape, une « Consultation publique sur la liberté d’expression concernant le vapotage : propagande, publicité directe et indirecte ». Et le rapport de synthèse de cette consultation a, lundi 14 novembre, été adressé au Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé. Il s’agit ici de nourrir le dialogue avec la DGS et d’argumenter concernant la liberté d’expression sur le vapotage qui avait donné lieu au dépôt d’un recours de 5 associations devant le Conseil d’État.

Le rapport de cette consultation publique est un document anthropologique et politique. Une photographie addictologique, un instantané de la réduction des risques. Extraits:

« La vape s’est répandue dans un premier temps par le bouche à oreille, en l’absence de toute réglementation, un vaste système d’information s’est développé très librement pour répondre aux interrogations des consommateurs sur la santé bien sûr, mais aussi sur les nombreuses autres questions nécessaires  à une bonne pratique : matériels, liquides, techniques et sécurité.

« Découvrant la vape par leurs patients, les professionnels de santé, faute d’informations suffisamment rassurantes des instances de santé publique, se sont aussi nourris de ce système d’information créé par la société civile. La réglementation entrée en vigueur au mois de mai 2016 a initialement été calquée sur celle du tabac. Elle interdit notamment la propagande sans définir le terme. Cette situation risque de circonscrire toute l’information sur la vape aux seules instances officielles de santé.

« Ainsi , les fumeurs très nombreux qui souhaitent arrêter en dehors d’un parcours médical, sont gravement lésés par des interdictions de communication qui pèsent sur les professionnels et les particuliers qui parlent de la vape, des matériels, des liquides et des techniques.  Le consensus est total pour affirmer que les interdictions de publicité et propagande sont absolument contraires à l’expérience vécue jusqu’à aujourd’hui. »

En pratique la question est clairement posée. Les participants à cette consultation estiment indispensable d’obtenir une  modification des articles L3513-4 et L3515-3 du Code de la santé publique – articles qui disposent que « la propagande ou la publicité, directe ou indirecte, en faveur des produits du vapotage est interdite » (100 000 euros d’amende). Modifier la loi n’est pas une simple affaire. Peut-on se contenter, ici, d’une circulaire ?

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Comment faire pour ne pas en finir avec le tabac : Marisol Touraine lirait-elle «Direct Matin» ?

 

Bonjour

Voilà qui ne plaira guère aux buralistes : plus d’un quart des Français jugent que l’interdiction totale du tabac serait la mesure la plus efficace pour faire baisser la consommation de cigarettes. Telle est la conclusion d’un sondage réalisé par l’institut CSA et que vient de publier le quotidien Direct Matin : « Exclusif : plus d’un Français sur quatre favorable à l’interdiction du tabac ». Cette proportion est de 29 % chez les non-fumeurs et de 23 % chez les fumeurs. Plus d’un fumeur sur cinq souhaiterait que l’objet de sa dépendance disparaisse de son paysage quotidien.

Les deux autres mesures plébiscitées sont financières : elles consistent à augmenter le prix des paquets de cigarettes et à rembourser intégralement les aides au sevrage. Chacune est jugée comme étant  la plus efficace chacune par 24 % des sondés. L’écart est toutefois net entre fumeurs et non fumeurs. Les fumeurs privilégient à 39 % le remboursement des aides à l’arrêt du tabac et à seulement 15 % la hausse des prix. Et 27% des non-fumeurs pensent quant eux à qu’une augmentation des prix serait la mesure la plus efficace – tandis que 18 % citent le remboursement total des aides au sevrage.

On observera que depuis cinq ans le gouvernement n’a pas augmenté les prix des cigarettes et que, pour l’essentiel, le fumeur doit payer de sa poche les médicaments (substitut nicotiniques) qui peuvent l’aider à en finir avec sa maladie. Pourquoi une telle exception dans le paysage français de la sécurité sociale et du tiers payant généralisé ? Comment ne pas s’en indigner ?

Et sans revenir sur le dossier, chaque jour plus explosif, de la cigarette électronique on notera que le « paquet neutre » (clef de voûte de la politique gouvernementale de « réduction du tabagisme ») n’est pas même cité.

A demain