Conseil constitutionnel : de quel droit peut-on  punir  les client.e.s des travailleur.se.s sexuels ?  

Bonjour

La morale et le droit. La sexualité et la santé. Le droit de disposer et de faire commerce de son corps versus l’esclavage du proxénétisme. Il est bien des entrées pour traiter du sujet. En voici une nouvelle avec la décision que vient de rendre le Conseil d’Etat (statuant au contentieux n° 423892 – Médecins du Monde et autres).

« Une victoire  dans notre combat » commentent « neuf associations 1 et cinq travailleur-se-s du sexe ». La plus haute juridiction administrative a accepté de transmettre leur question prioritaire de constitutionnalité (QPC) au Conseil constitutionnel. Celui-ci aura désormais la charge de déterminer si la pénalisation des clients, une des mesures prévues par la loi adoptée en avril 2016, est conforme ou non aux droits et libertés garantis par la Constitution.

Il s’agit ici de la loi du n° 2016-444 du 13 avril 2016 « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées ». Dans son chapitre V (« Interdiction de l’achat d’un acte sexuel ») elle dispose :

 « Art. 611-1.-Le fait de solliciter, d’accepter ou d’obtenir des relations de nature sexuelle d’une personne qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle, en échange d’une rémunération, d’une promesse de rémunération, de la fourniture d’un avantage en nature ou de la promesse d’un tel avantage est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe.  Les personnes physiques coupables de la contravention prévue au présent article encourent également une ou plusieurs des peines complémentaires mentionnées à l’article 131-16 et au second alinéa de l’article 131-17. »

Constats accablants

« Depuis plus de deux ans, nous dénonçons les effets de cette loi instituant la pénalisation des clients des travailleur.se.s du sexe (TDS). Nos réalités quotidiennes sont confirmées par l’enquête nationale, menée par Hélène Le Bail et Calogero Giametta, en avril 2018. Elle révèle les conséquences néfastes de cette loi sur la santé, l’intégrité physique, les droits et les conditions de vie des travailleur.se.s du sexe en France. »

Au regard de ces constats accablants ces militants avaient déposé, avec l’aide de Me Patrice Spinosi, un recours devant le Conseil d’Etat visant à transmettre cette QPC au Conseil constitutionnel. Pour convaincre le Conseil d’Etat de la nécessité d’interroger la conformité de cette mesure législative à la Constitution, ils avaient soulevé plusieurs arguments :

1 L’inefficacité des objectifs de cette mesure de protéger l’ordre et la santé publics dès lors que cette répression favorise l’isolement et la clandestinité, les violences et les pratiques à risques pour les travailleur.se.s du sexe ;

2 L’impact d’une telle mesure sur la situation économique et sociale des TDS, renforçant leur précarité et les éloignant des services de prévention, de soins et d’accès aux droits ;

3 L’incohérence de la pénalisation de clients d’une activité pourtant considérée comme licite.

Le Conseil constitutionnel décidera dans les trois mois de censurer ou non cette mesure législative. Il lui appartient donc d’apprécier la cohérence des choix législatifs au regard des exigences constitutionnelles. Vaste sujet quand on sait que cette  loi va, non seulement à l’encontre des objectifs annoncés par le Gouvernement de protection des personnes mais que bien au contraire elle porte atteinte à la santé, la sécurité et les droits des travailleur.se.s du sexe.

PS.  Sur ce thème : « Travail du sexe: et si pour une fois on écoutait les personnes concernées ? » (Lucile Bellan) Slate.fr 12 novembre 2018

A demain

@jynau

1 Médecins du Monde ; Fédération parapluie rouge ; STRASS (Syndicat du travail sexuel) ; Les Amis du bus des femmes ; Cabiria ; Griselidis ; Paloma ; Aides ; Acceptess-t

Cigarette électronique : un million d’euros d’argent public au cœur d’une polémique

Bonjour

Fête de la Toussaint et, dans l’ombre des mille et une sorcières, début du nouveau rituel du « Mois dans tabac ». Avec cette  information à haut risque de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris : « L’AP-HP lance une étude nationale pour évaluer l’efficacité de la cigarette électronique, avec ou sans nicotine, comme aide au sevrage tabagique, en comparaison à un médicament ».

Il s’agit ici de l’étude ECSMOKE. Elle vise, très officiellement, « à évaluer et comparer l’efficacité des cigarettes électroniques par rapport à un médicament, la varénicline (Champix®), dans l’arrêt du tabac ». Cette étude randomisée, nationale, multicentrique est financée par les autorités de santé (PHRC 2015). Son coût : entre 900.000 et un million d’euros. Pitch 1 et 2 :

« L’objectif est d’inclure dans l’étude un minimum de 650 personnes fumant au moins dix cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer. Elles pourront se rendre dans un des onze centres hospitaliers ou dans le dispensaire partenaires répartis dans douze villes en France. Les participants seront suivis durant six mois après l’arrêt du tabac. Les résultats de cette première étude en double aveugle sont attendus environ quatre ans après le démarrage des inclusions. Ils pourraient aider à déterminer si la cigarette électronique peut figurer parmi les dispositifs approuvés comme aide au sevrage tabagique. »

L’affaire, on le sait, est d’importance. En France, on estime à environ 1,7 million le nombre d’utilisateurs quotidiens de produits du vapotage (cigarette électronique – données 2016). Pour autant ( et du fait de l’invraisemblable et constant  déni du pouvoir exécutif et de l’Inserm), « les connaissances exactes et détaillées concernant l’efficacité de ces produits et le risque associé à leur utilisation manquent afin de proposer la cigarette électronique comme aide au sevrage tabagique ».

Et c’est ainsi que l’objectif (plus que tardif) de l’étude ECSMOKE (étonnamment promue par l’AP-HP) est désormais de répondre à une question d’ores et déjà définitivement  réglée au Royaume-Uni.

Réduction des risques et conflits d’intérêts

Nous avons demandé leur lecture d’ECSMOKE à plusieurs spécialistes du vapotage, de l’addictologie, et plus généralement de la réduction des risques. Leurs réponses :

Sébastien Béziau : « Toujours les mêmes remarques sur cette étude… Un seul matériel, un seul taux de nicotine (entre 12 et 16, donc pas le maxi pour être efficace), une seule saveur. Mix de « biais » qui dégradera forcément les résultats sur les performances de sevrage. En deux clic sur Internet, les participants pourront savoir qu’ils n’ont pas de nicotine dans leur liquide = pas de hit. Un biais de plus sur le placebo… Mesurer les risques, alors que l’on étudie des anciens fumeurs ? Causalité, vape vs tabac, comment faire la différence ?

« Et nous sommes quatre ans avant les conclusions ! En attendant on fait quoi ? On ne recommande toujours pas officiellement ? Cette étude n’apportera aucune connaissance nouvelle. 1,7 millions de vapoteurs, et on est incapable de chercher à les questionner, savoir s’ils ont arrêté de fumer, tout simplement. Incompétence stupéfiante… sans parler des possibles conflits d’intérêt évoqués il y quelques jours »

Jacques Le Houezec : « Étude inutile et donc subvention mal utilisée. Imaginez ce que d’autres pourraient faire avec 900 000 € … Et quatre ans d’attente … Insoutenable »

Patrick Favrel : « Une étude qui se refuse à prendre en compte en plus d’autres modalités d’arrêt comme Vape + Patchs. Quant aux résultats quatre ans après avec un suivi de six mois  … Quid des consommations des personnes de l’étude (reprise du tabac, autres consommations en tout genre : chichas, joints etc.).  Quelles conclusions pourra-t-on en tirer ?»

Sébastien Béziau :  « Ce qu’on pourrait faire avec cet argent ? Avec nos modestes moyens, j’ai réussi à lancer une mini-campagne de pub sur Facebook (après plusieurs essais censurés)… D’après mes ratios, avec 900.000 € on pourrait attirer entre 200 et 400.000 personnes qui ont décidé de vapoter pour essayer d’arrêter de fumer et leur apporter les meilleurs conseils pour réussir. Une paille… Sans parler de l’effet de levier qu’apporterait un discours clair et honnête des autorités.  Comme en Angleterre : ‘’Time to switch’’ »

Jean-Pierre Couteron : « Quel dommage de dépenser de l’argent pour une étude qui de fait ne servira à rien, puisqu’elle part d’une pratique du vapotage qui n’existe pas.  Il me semble que ce type d’étude dessert la science, justement, elle éloigne des personnes qui ne se sentent pas respectés dans leurs pratiques. Comme le disent, Jacques, Sébastien et Patrick, en excluant de son champ la réalité de la pratique du vapotage, cette étude montre qu’elle ne cherche pas à les aider ou à les éclairer! Cette rigueur est regrettable! »

William Lowenstein : «  Dans cette étude, l’inconscient contre le vapotage est à ciel ouvert ».

A demain

1 Les fumeurs intéressés pour participer à l’étude peuvent contacter le centre coordinateur par téléphone : 0622938609 et/ou retrouver toutes les informations sur  aphp.fr. En pratique des médecins spécialisés dans le sevrage tabagique de douze consultations de tabacologie de plusieurs hôpitaux à Angers, Caen, Clamart, Clermont-Ferrand, La Rochelle, Lille, Lyon, Nancy, Nîmes, Paris, Poitiers et Villejuif prendront en charge chaque fumeur participant à l’étude pendant six mois en leur fournissant une cigarette électronique personnelle à puissance réglable et des liquides spécifiques saveur tabac blond (soit avec 12 mg/ml nicotine, soit sans nicotine) ; des comprimés de varénicline, médicament actif d’aide à l’arrêt du tabac, ou sa version placebo.

Les traitements seront mis à disposition gratuitement et la prise en charge inclura également des conseils d’aide à l’arrêt. Les participants seront répartis (tirage au sort en double-aveugle) dans trois groupes : groupe placebo : comprimés placebo + liquides sans nicotine ; groupe nicotine : comprimés placebo + liquides avec nicotine (12 mg/ml) ; groupe varénicline : comprimés de varénicline + liquides sans nicotine

2 A lire aussi : http://www.vapyou.com/etude-e-cigarette-france-appel-offres-ap-hp/ et  https://fr.vapingpost.com/tag/ecsmoke/

Insupportable : les personnes souffrant de maladie de Parkinson privées de leur médicament

Bonjour

« Médicaments : la grande pénurie » titre Le Parisien Aujourd’hui en France (Elsa Mari et Florence Méréo). Et de donner des extraits de la liste des 530 (je dis cinq cent trente) médicaments en « rupture de stock » ou en » tension d’approvisionnement » 1. « Indigne » éditorialise Nicolas Charbonneau, rappelant que les médicaments ne sont pas des produits comme les autres et que les malades ne sauraient être confondus avec des consommateurs.

Et le quotidien d’interroger Didier Robiliard, président de France Parkinson, association qui vient de lancer une pétition pour non-assistance à personnes en danger.

« Nous,

Malades de Parkinson, soutenus par toutes les personnes proches qui vivent au quotidien à nos côtés, par tous les professionnels qui partagent et comprennent la gravité de notre maladie, par toutes les personnes qui perçoivent ce qu’une rupture de traitement peut induire dans la maladie de Parkinson, appelons à une mobilisation massive, appelons au rassemblement pour dénoncer avec colère et inquiétude les ruptures récurrentes  de médicaments auxquelles nous sommes confrontés.

Après des épisodes répétés de rupture en début d’année il est maintenant annoncé une rupture pour une durée de 7 mois d’un médicament (Sinemet©, du laboratoire MSD) ! D’autres sont à venir, nous le savons ! Ce médicament est  un médicament de fond dans la prise en charge d’un grand nombre de personnes malades de Parkinson. Outre la gravité médicale, l’absence de ce traitement plonge le malade dans une détresse physique et morale terrible.

Nous alertons les pouvoirs publics sur le risque aigu que font porter ces ruptures sur la santé de personnes déjà durement touchées par la maladie. Nous demandons que cessent ces situations inacceptables ! Nous réclamons que des sanctions soient prévues envers les laboratoires ne remplissant pas leur devoir d’approvisionnement afin que cesse ce nouveau scandale sanitaire.                    

Nous en appelons à la présidence de la République et au gouvernement afin que soit trouvée une réponse urgente à ces  problèmes qui mettent en danger les malades et en cause la crédibilité de nos instances politiques. »

Jusqu’en mars 2019

Le Sinemet©  a un « service médical rendu important dans la maladie de Parkinson et les syndromes parkinsoniens d’origine neurodégénérative ». Son indisponibilité ? Voici tout ce que dit aux patients l’Agence nationale de sécurité du médicament :

« Le laboratoire MSD rencontre actuellement des difficultés de production entraînant l’indisponibilité de certains dosages de Sinemet©. Les ruptures de stock ont débuté fin août 2018 et devraient se poursuivre jusqu’en mars 2019. Les patients actuellement traités par Sinemet© sont invités à consulter leur médecin traitant afin qu’il évalue au cas par cas la conduite à tenir.  Ils ne doivent en aucun cas changer leur traitement sans avis médical. »

Pour le président de France Parkinson la situation actuelle est intolérable et il annonce que son association « va faire du bruit ». « On va alerter encore et encore. Ce qui se passe est une non-assistance à personne en danger. » Qui sera jugé ? Qui sera condamné ?

A demain

@jynau

1 Sur ce sujet se reporter au récent rapport d’information du Sénat : « Pénuries de médicaments et de vaccins : renforcer l’éthique de santé publique dans la chaîne du médicament »

Tabagisme : la belle voix hypnotique de la SNCF sait-elle que la cigarette électronique existe ?

Bonjour

Nous connaissons tous sa voix. Combien connaissent son visage ? « Simone la voix culte de la SNCF » se nomme, dans le civil,  Simone Hérault. Son timbre rythme la vie de plus de trois mille gares en France. Et ce depuis près de quarante ans, depuis que la SNCF a décidé de mettre à quai les « aboyeurs », préposés aux annonces en gare des années 1930.

« Née en 1950 dans le Val d’Oise, cette comédienne a très tôt irrigué les ondes de sa voix claire et apaisante, raconte la Société Nationale des Chemins de Fer. Dès 1972, Simone est animatrice radio chez France Inter Paris (FIP), où elle travaillera jusqu’en 2001. En 1981, après un casting SNCF parmi les ‘’dames de FIP’’, sa voix, ainsi que celle d’une autre animatrice, est retenue. C’est ainsi que les deux collègues commencent à enregistrer les annonces des différentes gares françaises. Au quotidien, elles renseignent ainsi les voyageurs sur les trains et les activités de la gare. Aujourd’hui, seule Simone continue à porter ces messages : SNCF a trouvé sa voix. »

Lèvres brûlées

Simone aura, au total, enregistré plus de 4 000 heures de messages dans le « studio-son » de la Société Nationale et raconté sur papier son parcours ferroviaire 1. Aujourd’hui une indiscrétion du Journal du Dimanche nous apprend que Simone a repris du service : cette voix iconique-hypnotique va pendant une semaine, à compter de ce 29 octobre, indiquer le nombre d’inscrits en temps réel à l’opération « Mois sans tabac ».

La belle voix de Simone invitera les passagers fumeurs (mais, on le sait, interdits de fumer 2) à les rejoindre. Un message diffusé à l’initiative de Médiatransports  (« leader de l’affichage transport ») 3 dans dix grandes gares de France : les quatre de Paris, Lyon Part-Dieu, Marseille Saint-Charles, Lille Flandres, Strasbourg, Rennes et Bordeaux.

Comment ne pas applaudir à cette initiative ? Et comment, soucieux de santé publique et de réduction des risques,  ne pas se poser la question qui brûle les lèvres : Simone et Médiatransports savent-ils que la cigarette électronique existe ?

A demain

1 « Grâce à ma voix »  Simone Hérault, Jacques Pagniez (interviewer), Claude Villers (préface) La Vie du Rail (2005).

2  «Pour nous, les choses sont d’une grande simplicité, indique le service de presse de la SNCF. Tout est interdit à bord des trains [fumer et vapoter]. Et dans les gares tout ce qui est autorisé pour le tabac l’est également pour le vapotage: interdiction dans les espaces clos, autorisation sur les quais à l’air libre.» Une précision en phase avec celles de l’Association indépendante des utilisateurs de cigarette électronique (Aiduce). (« La chasse aux fumeurs en plein air est ouverte: quid des vapoteurs ? » Slate.fr 23 août 2018)

3  Médiatransports est la régie publicitaire du groupe Publicis, 3e groupe mondial de communication. Acteur « incontournable » de la publicité dans les « univers » du métro, du bus et des gares, cette société est partenaire des trois plus gros opérateurs de transports RATP, SNCF et SNCF RESEAU ainsi que des autorités organisatrices de transports locaux.

Pour ou contre les vaccinations ? Entre doute et inoculation, «Interception» (France Inter)

Bonjour

Depuis peu « radio d’Etat » selon Jean-Luc Mélenchon,  horripilante à bien des endroits, France Inter n’est pas, non plus, une station sans vertus. On en venait à ce constat, dimanche 28 octobre, à l’écoute inopinée d’« Interception » « le magazine de grands reportages des journalistes de France Inter. 50 minutes d’enquête et de témoignages. Informer, comprendre, apprendre. Au bout du monde ou au coin de la rue. »

Aujourd’hui, au coin de la rue  : « Anti-vaccins : le doute inoculé » 1. On connaît le cadre français :  la récente décision gouvernementale de passer de 3 à 11 le nombre des vaccins pédiatriques obligatoires. Une décision prise, officiellement, pour répondre à la méfiance grandissante à l’égard des vaccins et, plus généralement, envers les multinationale pharmaceutiques capitalistes.

Voilà un sujet journalistique bien difficile dès lors que l’on ne campe pas dans un camp offrant les armes et les croyances, les certitudes et le bagages. Dès lors que l’on entend décrypter ce qui, par certains aspects, n’est pas sans rappeler les guerres menées au nom de telle ou telle religion.

Luc Montagnier et la réalité

Pourquoi cette contagion épidémique du scepticisme ? Pourquoi cette réponse politique autoritaire et automatique ? La santé publique est-elle incompatible avec les espaces pleinement démocratiques ? Quel trébuchet pour mesurer la duplicité des réseaux a.sociaux ?

Entre les lignes ou pas c’est tout cela qui est donné à entendre sur France Inter. A commencer par les étranges arguments développés par les parents ayant recours à des médecins osant signer des certificats de vaccination non pratiquées. Sans parler des paroles de Luc Montagnier, prix Nobel de médecine désormais comme définitivement éloigné d’une réalité que jadis il maîtrisait.

Au terme des quarante-sept minutes de cette Interception on aura renforcé ses convictions immunitaires. Ou pas. France Inter n’est pas, non plus, une station sans vertus.

A demain

@jynau

1 « Anti vaccins, le doute inoculé ».  Reportage de Jérôme Jadot, prise de sons : Hélène Langois ; réalisation : Audrey Ripoull, assistée de Stéphane Cosme ; documentation : Sabine Bonamy

Disclaimer : Le site de l’émission recommande, « pour aller plus loin », l’un de nos papiers publié sur SlateCe que révèlent les mots et les phrases des anti-vaccins (Slate.fr, 7 septembre 2018)

Le baclofène est officiellement autorisé dans la maladie alcoolique. Demander Baclocur®

Bonjour

Beaucoup y verront l’aboutissement d’une longue guerre contre une administration médicamenteuse murée dans son invraisemblable déni. Les autres demanderont encore à voir de quoi il retourne face à cette hydre qu’est la maladie alcoolique.  Reste que c’est bien un événement. Dix ans après le message du Dr Olivier Ameisen, et après mille et une contorsions pincées, l’Agence du médicament (ANSM) a annoncé, mardi 23 octobre, avoir donné une autorisation de mise sur le marché (AMM) au baclofène pour le traitement de l’alcoolisme.

Tout ou presque est expliqué dans un bref communiqué : « L’ANSM octroie une autorisation de mise sur le marché pour une utilisation du baclofène dans l’alcoolo-dépendance ». Cette AMM a été « octroyée » au laboratoire Ethypharm, spécialisé dans la lutte médicamenteuse contre les addictions.

En pratique il s’agira du Baclocur® (10 mg, 20 mg et 40 mg) indiqué dans l’alcoolo-dépendance – à condition de respecter diverses recommandations et interdictions.

  • le Baclocur® est indiqué « dans la réduction de la consommation d’alcool, en complément d’un suivi psychosocial, après échec des autres traitements, chez l’adulte » ;
  • il pourra être prescrit par tous les médecins ;
  • prévoir une augmentation progressive des doses pour arriver une posologie optimale adaptée à chaque patient, correspondant à la dose la plus faible, pour une bonne réponse thérapeutique et une tolérance acceptable
  • posologie maximale : 80 mg/jour (ce qui ne manquera pas d’être dénoncé et qui risque fort de ne pas être respecté.

« Un suivi renforcé de la spécialité Baclocur® est prévu dès sa commercialisation. Sur la base de cette surveillance et de l’évolution des données scientifiques disponibles, l’ANSM pourra être amenée à réviser les conditions d’utilisation du baclofène dans cette indication » souligne le Dr Dominique Martin, directeur général de l’ANSM. « Ce n’est pas un blanc-seing, dit-il. Ce médicament n’est pas anodin et doit être manié avec beaucoup de précautions. Si le bénéfice n’est pas celui qu’on attendait et s’il apparaît qu’il faut remettre l’AMM en cause, nous pourrions le faire à n’importe quel moment. »

On a connu, dans le passé, des mises sur le marché plus enthousiastes.

A demain

@jynau

 1 Le baclofène est un médicament prescrit depuis les années 1970 comme relaxant musculaire, mais dont l’usage a peu à peu été détourné vers le traitement de l’alcoolisme. Depuis 2014, il était autorisé pour cet usage grâce à une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) qui sera remplacée par l’AMM dès lors qu’un accord sur les prix sera obtenu entre Ethypharm et le gouvernement.

Tous les textes de ce blog sur le baclofène sont disponibles à cette adresse : « Journalisme et santé publique – baclofène »

« Bébés nés sans bras » : le gouvernement ne supporte pas le silence de Santé publique France

Bonjour

Voilà une bien étrange affaire qui ne pouvait que prendre de l’ampleur – précisément à cause de son étrangeté. L’affaire des « bébés nés sans bras ». « Que dire aux médias quand on est, raisonnable et scientifique, confronté à l’étrange » demandions-nous début octobre. Le même jour   un communiqué de Santé publique France commençait ainsi : « La presse fait écho de cas groupés rapportés d’agénésie des membres supérieurs dans l’Ain . Deux autres situations de nature similaire ont été signalées en Bretagne et en Pays-de-Loire. Nous avons conduit une investigation épidémiologique de ces trois signalements rendus public ce jour. »

On apprenait alors que dans le cadre de ses missions, le Registre des Malformations en Rhône-Alpes (REMERA) avait informé l’agence d’une suspicion de sept cas groupés dans l’Ain. Des enfants privé de tout ou partie d’un bras nés entre 2009 et 2014. Conclusion : « l’analyse statistique ne met pas en évidence un excès de cas par rapport à la moyenne nationale, et Santé publique France n’a pas identifié une exposition commune à la survenue de ces malformations ».

 Tournesols et pesticides

On apprenait encore que Santé publique France avait par ailleurs conduit des investigations similaires sur deux signalements d’agénésie des membres supérieurs survenus en Loire Atlantique (trois cas nés entre 2007 et 2008) et dans le Morbihan (quatre cas nés entre 2011 et 2013). Dans ces deux derniers cas l’investigation avait conclu à un excès de cas. Cependant, aucune exposition commune n’a été identifiée pour les cas groupés de ces deux départements.

Pour résumer : le mystère restait entier en dépit d’un protocole standardisé visant à déterminer si tout ceci était dû au hasard ou non – et d’identifier d’éventuelles expositions communes (prise de médicaments, exposition environnementale, etc.). Nombreuses réactions médiatiques désordonnées mais toujours critiques. A commencer par celle, aux antipodes du scientifique de l’écologiste Yannick Jadot flattant l’opinion en accusant les pesticides et les tournesols.

Réplique immédiate, sur RTL, de Didier Guillaume, le nouveau ministre de l’Agriculture, déclarant qu’il y avait «  peut-être des soupçons, mais aucune preuve scientifique  », concernant la présence de pesticides. Puis dans les colonnes de 20 Minutes, la tonitruante eurodéputée écologiste Michèle Rivasi dénonçait l’arrêt de l’enquête. Puis, face à ces accusations, le directeur général de l’agence Santé publique France, François Bourdillon, s’est dit agressé. « Comme quoi je veux casser le thermomètre, cacher la réalité des choses, alors que l’agence est probablement une de celles qui fait le plus », a-t-il répliqué, interrogé par France info.

Puis vint Le Monde (Stéphane Foucart) accusant, chiffres à l’appui, la méthodologie épidémiologique de Santé Publique France :

« Des erreurs méthodologiques « grossières »« indignes », des marges de confiance « ubuesques »… Le Monde a soumis à trois biostatisticiens le rapport publié jeudi 4 octobre par l’organisme de sécurité sanitaire Santé publique France (SpF), statuant sur un nombre suspect d’enfants naissant sans bras, ou sans main, dans le centre de l’Ain : les trois scientifiques, dont deux ont demandé au Monde de garantir leur anonymat [sic], formulent des critiques assassines à l’encontre du rapport rassurant de l’agence. »

 Santé publique France publiquement désavouée

 Nous sommes aujourd’hui le 21 octobre de la même année. Et l’on apprend que le gouvernement a décidé d’ouvrir une nouvelle enquête. L’information a été donnée par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé, cette dernière  jugeant « insupportable » que ces cas groupés restent sans explication. Avec le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, « nous avons décidé de relancer une enquête » avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et Santé publique France pour avoir des « regards croisés » de médecins et d’experts de l’environnement, a-t-elle déclaré lors du Grand jury RTL – Le Figaro – LCI. « On ne peut pas se satisfaire de dire qu’on n’a pas trouvé de causes, c’est insupportable », a déclaré Mme Buzyn.

Et François de Rugy de tweeter aussitôt en écho :

« Bébés nés sans bras : s’en remettre à la fatalité n’est pas acceptable ! Nous allons lancer avec @agnesbuzyn une nouvelle enquête de l’@Anses_fr et Santé publique France pour faire toute la lumière sur l’origine de ces malformations. 13:33 – 21 oct. 2018 »

Selon Mme Buzyn, on observerait chaque année « entre 80 et 100 naissances par an avec des malformations de membres » en France. Les causes peuvent être génétiques, liées à des contraintes physiques ou dues à des substances toxiques (alimentation, environnement, voire médicaments dans la tristement célèbre affaire de la thalidomide. Or toutes ces causes avaient été écartées par les enquêteurs de Santé publique France.

Une agence aujourd’hui publiquement désavouée par le gouvernement – qui va démissionner ? Un gouvernement qui réclame des « regards croisés » pour faire la lumière pleine et entière. Un gouvernement qui ne peut se résoudre à accepter de voir ici un effet du hasard voire, pire, de la fatalité.

A demain