Grand Débat : Marlène Schiappa osera animer une émission télévisée avec Cyril Hanouna

Bonjour

Janvier 2019 : George Orwell, Guy Debord et Jean-Claude Michéa sont bel et bien là. Ce sera un atelier dans le cadre du débat national. Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, va « co-animer » vendredi 25 janvier avec Cyril Hanouna  une émission spéciale sur la chaîne C8  – propriété du groupe Canal+, filiale du groupe Vivendi qui a pour actionnaire majoritaire le groupe Bolloré, détenu par Vincent Bolloré).

Cela s’appellera « La parole aux Français » : un numéro spécial et en direct de la célèbre émission « Balance ton post ! ». Cela sera diffusé à 22 h 30 et « donnera la parole » (sic)  à des « retraités, infirmiers, demandeurs d’emploi, commerçants, enseignants, agriculteurs » (re-sic) qui « témoigneront de leur quotidien » (re-re-sic).

 « Ensemble, nous tenterons de transformer leurs problèmes en propositions », explique C8 qui  présente cette première comme « un échange citoyen avec des propositions concrètes » et non pas comme un « débat politique » : « Les téléspectateurs voteront en direct pour retenir sept idées qui seront transmises au gouvernement ».

Animal Farm

Désespérante l’affaire ne manque pas non plus d’être cocasse. Wikipédia observe ainsi qu’une « partie de la presse » a « remis en doute » certains des thèmes abordé par « Balance ton post ! » – et ce en dénonçant « une succession de débats surréalistes et de questions jugées absurdes ». Le 13 octobre dernier l’émission avait pour thème : « Pour ou contre l’IVG ? ». Marlène Schiappa avait alors « réagi sur les réseaux sociaux » en rappelant que l’entrave à l’interruption volontaire de grossesse est un délit puni par la loi.

« J’ai regardé l’émission car ma collègue Brune Poirson était invitée en plateau et je regarde dès que possible les passages de mes collègues, avait ensuite expliqué à 20 minutes la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Quand j’ai vu débarquer un militant anti-choix, j’ai immédiatement contacté Cyril Hanouna. Il a lu mes SMS en direct. J’ai notamment rappelé que l’entrave à l’interruption volontaire de grossesse est un délit, puni par la loi et cela a été lu en direct ».

De Orwell on peut relire « La Ferme des animaux » (Gallimard). Et de Jean-Claude Michéa « Le loup dans la bergerie – Qui commence par Kouchner finit toujours par Macron » (Flammarion).

A demain

@jynau

Cigarette électronique : pourquoi Agnès Buzyn agit-elle comme jadis Marisol Touraine ?

Bonjour

C’est un événement politique et sanitaire à découvrir sur le site du Sénat français : la première prise de position d’Agnès Buzyn sur un sujet majeur de santé publique. La ministre des Solidarités et de la Santé ne s’était encore (depuis près de deux ans) jamais clairement exprimée sur la cigarette électronique, ce levier majeur de la réduction des risques tabagiques. C’est désormais chose faite et il faudra conserver ce document : la réponse de la ministre à une question écrite du sénateur Yves Daudigny (socialiste, Aisne).

Question (posée … le 28 juin 2018) :  « M. Yves Daudigny attire l’attention de Mme la ministre des Solidarités et de la Santé (…)  sur la question du « vapotage ».  Le Gouvernement a fait de la lutte contre le tabagisme une priorité et a pris plusieurs mesures fortes (…) Une solution est pourtant laissée volontairement de côté : le « vapotage ». Le dernier baromètre de Santé publique France indique pourtant que la moitié des fumeurs ayant choisi de se faire aider pour arrêter la cigarette a retenu cette option.

« Tandis que le Royaume-Uni promeut massivement l’utilisation de ces dispositifs pour favoriser le passage de la cigarette vers des pratiques moins risquées, la France, elle, continue de faire le choix des substituts nicotiniques.  Dans la perspective du mois sans tabac de novembre 2018, il est urgent de prendre des mesures qui feront réellement baisser la prévalence tabagique : s’inspirer du modèle britannique, investir dans la recherche et l’information sur le « vapotage », et soutenir son développement pour en faire un outil au service de la santé publique.  Aussi, il demande au Gouvernement de clarifier sa position sur la cigarette électronique et la « vape », notamment comme aide à l’arrêt du tabac. »

Sept mois plus tard, la réponse de la ministre

Il aura donc fallu sept mois pour disposer de la réponse ministérielle, publiée le 17 janvier 2019. Extraits significatifs :

« En quelques années, le vapotage est devenu une pratique qui suscite beaucoup de passions et de discussions : de nombreux points de vue, institutionnels, scientifiques, associatifs voire économiques existent et s’expriment sur ce sujet. Ces divergences nourrissent une controverse, qui est loin d’être tranchée. En effet, les avis des diverses autorités d’expertise (Haute autorité de santé, Haut conseil de la santé publique), permettent d’envisager les produits du vapotage comme un outil de réduction ou d’aide à l’arrêt du tabac pour certains fumeurs, mais seulement lorsque ces produits sont utilisés de manière exclusive et sans consommation concomitante du tabac. Toutefois, les effets de la consommation régulière de ces produits restent à ce jour méconnus (toxicité des molécules utilisées dans les liquides, toxicité des liquides contenant de la nicotine).

« Ainsi, s’il est recommandé aux professionnels de santé de ne pas décourager (sic) et d’accompagner les fumeurs qui sont dans cette démarche, il est indispensable de bien informer le fumeur et son entourage et de leur faire part des avantages et inconvénients des différentes prises en charge existantes pour arrêter de fumer. (…)

«  En ce qui concerne le vapotage plus spécifiquement, le Programme national de lutte contre le tabac  prévoit des actions permettant d’améliorer les connaissances sur les produits du vapotage : les systèmes électroniques de délivrance de nicotine sont l’un des thèmes identifiés dans l’appel à projets de soutien à la recherche piloté par l’Institut national du cancer et l’Institut de recherche en santé publique. L’analyse des données recueillies par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail dans le cadre des déclarations et notifications des industriels du vapotage vont par ailleurs, permettre d’améliorer la connaissance sur la composition de ces produits. (…) »

On lira ici la lecture et les commentaires de Sébastien Béziau, vice-président de #Sovape, sur le site vapyou.com : « Agnès Buzyn  enterre le Groupe de Travail Vapotage et confirme le déni officiel ». Où l’on apprend par ailleurs que la ministre des Solidarités a également répondu, sept mois plus tard, au sénateur Daudigny sur les raisons officielles du sabordage d’une plate-forme originale réunissant la Direction générale de la santé et les acteurs du vapotage et de la réduction des risques – plate-forme créée sous le précédent quinquennat par le Pr Benoît Vallet ancien Directeur général de la santé.

Deux cents morts par jour à cause du tabagisme

« Alors qu’elle n’a jamais pris une heure de son temps pour rencontrer les associations de la vape, Agnès Buzyn choisi de répondre aux questions du sénateur Daudigny, posées il y plusieurs mois, pour exprimer (enfin) un position officielle sur le vapotage en France, écrit  Sébastien Béziau. Les deux cents morts par jour à cause du tabagisme ne méritent donc pas mieux que quelques lignes pour évoquer le plus populaire des outils d’aide à l’arrêt. Au-delà du fond, le message est clair, pas de dialogue avec la ministre. Si son bureau s’ouvre régulièrement aux buralistes, les acteurs de la vape, eux, doivent se contenter d’une fin de non-recevoir qui ne leur est même pas directement adressée. Illustration d’une certaine forme de courage politique face à la société civile. »

Où il reste encore et toujours à comprendre les raisons profondes qui conduisent les ministres de la Santé (et le gouvernement) français à adopter (et à maintenir) une politique du déni; une politique à ce point opposée à la réduction des risques; une politique aux antipodes de cette du gouvernement britannique qui obtient, grâce à son pragmatisme, de remarquables résultats dans la lutte contre le tabac.

A demain

@jynau

 

Médicaments et pharmacie : voici venu, en France, le temps des tickets de rationnement

Bonjour

C’est une « enquête exclusive » dont les résultats viennent d’être rendus publics par France Assos Santé – une enquête réalisée par l’institut BVA « auprès d’un échantillon de 955 personnes représentatif de la population française ». Ce sont aussi des résultats qui confirment une série d’informations récurrentes quant aux « tensions » et autres « pénuries » dont fait régulièrement état l’Agence nationale de sécurité du médicament.

« Des résultats inquiétants, qui pointent les difficultés récurrentes d’accès à certains vaccins et médicaments pour des millions de Français, et leurs conséquences directes sur leur santé et leur qualité de vie » résume l’association. Nous sommes face à un phénomène récurrent et massif. 25% des répondants se sont en effet déjà vus refuser la délivrance d’un médicament ou d’un vaccin pour cause de pénurie.Ce taux monte à 31 % pour les personnes atteintes par une affection longue durée (ALD). »

Tout ceci n’est pas sans conséquences, parfois graves, sur le suivi des prescriptions médicales. « 45% des personnes confrontées à ces pénuries ont été contraintes de reporter leur traitement, de le modifier, voire d’y renoncer ou de l’arrêter complètement, explique France Assos Santé. Une situation jugée anxiogène par 21% des répondants (41% pour les personnes en ALD). Avec à la clé des conséquences potentiellement graves : augmentation des symptômes dans 14% des cas, erreurs dans la prise de médicaments de substitution (4%) et plus inquiétant encore, hospitalisation nécessaire pour une personne sur vingt (4% en population générale, 5% pour les personnes en ALD). »

Recherche en culpabilité

Nous sommes ici non pas dans une politique de réduction des risques mais dans une situation d’incurie avec augmentation des risques individuels et collectifs.

Les coupables ? Pour 56 % des personnes interrogées ce sont les industriels de la pharmacie (qui privilégieraient la production de certains médicaments ou vaccins au détriment d’autres)  loin devant les pouvoirs publics (13%) et les grossistes répartiteurs (14%).

Pour France Assos Santé aucun doute : les industriels sont  très largement responsables de ces pénuries, principalement dues à des stratégies financières contestables, à un désengagement de certains médicaments et à une concentration des sites de productions. L’association réclame une régulation plus efficace de la part des autorités sanitaires nationales et européennes, une information claire sur les causes de ces ruptures, sur les plans de gestion des pénuries mis en place, ainsi que sur les sanctions imposées en cas de manquement aux obligations de notification et de mise en œuvre de ces plans.

Tout ceci porte un nom, un beau nom, un nom que n’a jamais goûté Big Pharma : la transparence.

A demain

@jynau

 

Et le «plan 2018-2022 contre les addictions» ? Le gouvernement est aux abonnés absents !

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Il y a un an on pouvait encore espérer. Le « Plan national de mobilisation contre les addictions » viserait à créer un élan et à accompagner une prise de conscience dans l’ensemble de la société. Sous l’égide des préfets, il allait être décliné en actions plus fines, au plus près des citoyens, au cœur des territoires, avec la préoccupation de coller à la réalité des trajectoires et aux priorités politiques portées par les collectivités locales.

Il serait porté par un discours public clair sur les risques et les dommages des consommations de substances psychoactives et des usages à risque. Il mettrait l’accent sur la prévention et porte une attention particulière aux publics les plus vulnérables du fait de leur âge ou de leurs fragilités. Il renforcerait la qualité des réponses apportées aux conséquences des addictions pour les individus et la société et témoignerait d’un engagement fort contre les trafics. Il proposerait de nouvelles mesures pour la recherche, l’observation et le développement de la coopération internationale.

Puis cela devint une arlésienne gouvernementale. Et cela commence à prendre des allures de petit scandale.

Climat inflammable

« Le plan national 2018-2022 » devait être publié en mars 2018. Avant d’être reportée à juin. Puis le gouvernement laissa passer l’été.  « Le plan de lutte contre les addictions 2018-2022 devrait être in fine dévoilé courant septembre par le président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), le Dr Nicolas Prisse, écrivait Le Quotidien du Médecin début septembre. Dans la continuité du précédent (et premier) plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives 2013-2017, la nouvelle mouture devrait concentrer son action sur les jeunes et balayer un large spectre d’addictions. » Le Quotidien ajoutait alors:

« Ce plan arrive dans un climat pour le moins inflammable. Les mesures sur l’alcool sont plus qu’attendues : leur absence  dans le Plan national de santé publique publié en mars (« Priorité prévention ») n’a fait qu’accroître l’impatience des acteurs sanitaires. Avant que le désaveu qu’infligea Emmanuel Macron à Agnès Buzyn, qui soutenait que le vin est un alcool comme un autre vu du foie, ne suscite leur indignation. La présentation  d’un « plan prévention » à l’Élysée en juin dernier, par la filière des boissons alcoolisées doté de 5 millions d’euros, n’a pas apaisé leurs inquiétudes quant à la volonté du gouvernement de protéger la santé, et non les lobbies. 

 « Le volet cannabis devrait également être scruté avec attention par les acteurs de terrain, qui réclament une réforme de la loi de 1970 et souhaiteraient que le ministère de la Santé reprenne la main sur le dossier, au détriment de l’Intérieur, pour promouvoir une politique pragmatique de dépénalisation et régulation. » 

Dans les limbes

Septembre passa… Des voix autorisées évoquèrent décembre… Et nous voici en janvier de l’année 2019 avec un plan « 2018-2022 » qui demeure toujours dans les limbes et un gouvernement aux abonnés absents. Entre incurie, désinvolture et impudence.

En dépit des engagements réaffirmés d’Emmanuel Macron en faveur de la prévention le pouvoir exécutif tient ainsi pour quantité négligeable le fait que les conduites addictives constituent un défi majeur pour notre société ; que beaucoup de Français font un usage quotidien de produits psychoactifs : tabac, alcool, cannabis ; que les addictions, ce sont aussi des comportements, comme l’usage excessif des écrans ou des jeux vidéo, qui enferment et qu’on ne peut plus maîtriser ; que tous les territoires, urbains ou ruraux, métropolitains ou ultramarins, sont concernés et que les risques et les dommages sont clairement établis.

Chaque année, le tabac et l’alcool sont responsables en France du décès prématuré de plus de 120 000 personnes. Est-il acceptable de rester inactif quand on s’était engagé à agir ? Depuis un an le silence gouvernemental prend, chaque jour un peu plus les dimensions d’un scandale.

A demain

@jynau

 

 

Dialyse rénale : l’Agence du médicament est confrontée à une troublante affaire sanitaire 

Bonjour

Des « centaines de personnes » dialysées sont-elles, en France, mortes prématurément ? C’est la grave question soulevée aujourd’hui par Le Monde (Pascale Santi) : « Alerte sanitaire sur un produit utilisé pour la dialyse. Une étude montre une surmortalité de 40 % pour des personnes traitées avec un liquide de dialyse contenant du citrate ».

Cette question se fonde sur une étude rétrospective pilotée par le Dr Lucile Mercadal ­ (Inserm, CESP 1018 et hôpital Pitié-Salpêtrière) et réalisée avec une équipe de néphrologues et de biostatisticiens français (REIN-Agence de la biomédecine ABM), à partir des données du registre national REIN – étude présentée le ­3 octobre dernier lors du congrès de la Société francophone de néphrologie, dialyse et transplantation (SFNDT). « Elle n’est pas encore publiée » précise Le Monde.

Le contexte : en France, environ 47 000 patients souffrant d’insuffisance rénale terminale sont traités par dialyse. Les patients entrent en dialyse à l’âge moyen de 70 ans, avec souvent d’autres maladies associées, et leur survie médiane est d’environ cinq ans. Plus de 20 % des patients dialysés sont traités avec un « dialysat au citrate ».

Problématique : les patients traités par ce liquide de dialyse présenteraient une surmortalité de 40 % par rapport à des personnes traitées avec d’autres produits plus anciens à l’acétate ou à l’acide chlorhydrique (HCl). Cette surmortalité aurait essentiellement une origine cardio-vasculaire.

Sujet : « Les centres qui ont utilisé le citrate ont une surmortalité, ceux qui ont utilisé le HCl ont une baisse de mortalité », précise le Dr Mercadal, citée par Le Monde. Une conclusion formulée après le croisement de différentes données et qui l’a conduite à stopper l’utilisation de ce produit début novembre au sein du centre de dialyse de la Pitié-Salpêtrière. Selon elle ce produit devrait « être retiré du marché, au nom du principe de précaution, en attendant d’autres études ».

Réaction officielle : Informée de cette étude par l’association de ­patients Renaloo fin novembre, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a ­convoqué une réunion d’urgence pour le mercredi ­ 5 décembre. « L’importance des résultats présentés amène l’ANSM à réunir l’ensemble des parties prenantes », indique l’agence dans son courriel adressé aux parties prenantes (et cité par Le Monde).

« Comment expliquer de tels chiffres ? Pour quelles raisons ni l’ABM, qui gère le registre REIN, ni la SFNDT, ni les industriels ni les médecins n’ont-ils pas prévenu l’ANSM à la suite du congrès du 3 octobre ? » demande le quotidien vespéral après avoir interrogé les deux principaux fabricants de ces dialysats : la société Fresenius et la firme Baxter.

 « Cela illustre la sous-déclaration notoire des ­effets indésirables des produits de la part des industriels comme des professionnels de santé », déplore l’ANSM. Mais encore ? On imagine assez mal qu’une telle Agence puisse se borner à déplorer. Rappelons la question qui lui est posée : des « centaines de personnes » dialysées sont-elles, en France, mortes prématurément ?

A demain

@jynau

 

Valsartan contaminé : le scandale médicamenteux prend d’inquiétantes dimensions

Bonjour

Sous les mots, l’angoisse de l’Agence nationale de la sécurité du médicament : « Un important rappel de médicaments à base de valsartan est réalisé le jeudi 29 novembre 2018, en raison de l’identification de la présence éventuelle d’une impureté dans de nouveaux lots de médicaments à base de valsartan [23 spécialités pharmaceutiques commercialisées par 11 firmes différentes] Dans ce contexte,  la disponibilité du valsartan sur le marché français sera très réduite. Les professionnels de santé sont invités à se mobiliser pour épargner les stocks résiduels afin de permettre aux patients prioritaires de continuer à bénéficier d’un traitement à base de valsartan. »

C’est la suite d’une affaire qui avait éclaté au début du mois d’août quand le laboratoire chinois Zhejiang Huahai avait annoncé le rappel au niveau mondial des médicaments à base de ce même valsartan, substance  très largement utilisée dans la prise en charge de l’hypertension artérielle et de l’insuffisance cardiaque –  et du fait de la contamination du principe actif par la  N-nitrosodiméthylamine (NDMA) classée par l’Organisation mondiale de la santé comme probablement cancérogène pour l’homme en cas d’utilisation prolongée.

De nombreuses questions avaient alors été soulevées – questions aujourd’hui toujours sans réponses. Ce sera peut-être le scandale sanitaire de l’été, voire de l’année. Et à l’échelon mondial » écrivions-nous alors.

Ruptures de stocks conséquentes

Quatre mois plus tard l’ANSM explique « avoir eu connaissance d’un nouveau défaut de qualité affectant des médicaments à base de valsartan disponibles sur le marché français ». Ce nouveau « défaut de qualité » (sic) révèle la présence possible d’une autre impureté, la NDEA (N-nitrosodiéthylamine) – classée, tout comme la NDMA, comme probablement cancérogène chez l’homme par l’OMS. Cette découverte fait suite, dit l’ANSM, aux nombreuses investigations entreprises depuis le mois de juillet 2018 au niveau européen concernant le valsartan.

En pratique près de quatre cents lots de médicaments à base de valsartan, « possiblement concernés par ce nouveau défaut de qualité », ont été rappelés à titre de précaution le jeudi 29 novembre 2018, en France. Une démarche analogue est mise en œuvre par d’autres états européens et au niveau international.

Or ce rappel correspond à « plus de 60% du marché français ». Et les firmes fabricants des spécialités à base de valsartan, non concernées par le rappel « ne sont actuellement pas en mesure d’augmenter suffisamment leur production pour couvrir l’ensemble des besoins des patients français ».

Comprendre : « des ruptures de stocks conséquentes sont attendues rapidement ». Traduire : comment va-t-on pouvoir prévenir au mieux les conséquences médicales possiblement grave 1 d’une situation à ce point inédite ? Autre question : cette situation ne pouvait-elle pas être anticipée ?

A demain

@jynau

1 Rappel de l’ANSM : Le risque d’un arrêt brutal de traitement étant important (poussées hypertensives, décompensations cardiaques, accidents neurologiques), les patients ne doivent, en aucun cas, interrompre leur traitement sans avis médical. Aussi, il est préconisé pour les patients de consulter leur médecin pour envisager un autre traitement (cf. conduite à tenir). nombreuses alternatives thérapeutiques disponibles permettant d’assurer une prise en charge optimale des patients actuellement traités par valsartan.

Un numéro vert est mis à la disposition des patients : 0 800 97 14 03.

Liste des médicaments concernés (29/11/2018) (124 ko)

Liste des médicaments non concernés (29/11/2018) (120 ko)

Les médecins prescripteurs « ont reçu ou vont recevoir » un nouveau courrier de l’ANSM leur rappelant les recommandations permettant la prise en charge des patients pour lesquels il n’existe pas d’alternatives au valsartan. Il s’agit des : patients souffrant d’insuffisance cardiaque et non contrôlés par candesartan ou losartan ; des patients en traitement du post-infarctus du myocarde ; des patients atteints d’hypertension artérielle équilibrés, traités en polythérapie (thérapie associant du valsartan à d’autres classes comme les IEC, les bétabloquants et/ou les diurétiques)

Pour ces « patients prioritaires », la mention « traitement indispensable pour ce patient »  devra figurer sur l’ordonnance

Les pharmaciens d’officine :

– Si l’ordonnance présentée précise « traitement indispensable pour ce patient » , ils doivent dispense cette spécialité, s’ils  disposent de stocks de médicaments à base de valsartan non concernés par le rappel.

– Si l’ordonnance initiale ou de renouvellement présentée ne précise pas la mention « traitement indispensable pour ce patient « , ils doivent contacter le médecin prescripteur qui leur indiquera conformément aux recommandations si ce patient relève de la catégorie « traitement indispensable pour ce patient « . Dans ce cas seulement ils délivreront, s’ils en disposent, une spécialité non concernée par le rappel. Dans tous les autres cas, le médecin prescripteur leur indiquera le traitement de substitution à dispenser.

–  Dans tous les cas, s’ils ne disposent plus en stock de boîtes de médicaments à base de valsartan non concernées par le rappel, ils orienteront le patient vers son médecin qu’ils contacteront en parallèle afin qu’il envisage un changement de traitement pour le patient.

Les patients :

Compte tenu de l’importance du rappel  il reste une très faible quantité de spécialités disponibles en pharmacies. Cette situation ne permet pas l’échange de votre boite de valsartan. Si vous êtes actuellement traité par valsartan, vous devez consulter votre médecin qui décidera de la conduite à tenir pour un changement de traitement. Dans l’attente de cette consultation, vous ne devez en aucun cas interrompre votre traitement par valsartan. De nombreuses alternatives au valsartan sont disponibles en France. Elles permettent la prise en charge efficace de tous les patients.

Chaque mois, l’ANSM actualise  sur son site internet les informations relatives à la couverture prévisionnelle en France des besoins en valsartan et autres sartans.

Les implants médicaux «angoisse(aie)nt» Agnès Buzyn, Marisol Touraine et Xavier Bertrand

Bonjour

Nous demandions il y a quelques heures quand Agnès Buzyn parlerait face à l’assaut d’ #Implant Files. C’est fait et c’est dans Le Monde (Chloé Hecketsweiler, Emeline Cazi et Stéphane Horel) : « Agnès Buzyn : ‘’Depuis des années, les implants médicaux, c’est l’angoisse des ministres de la santé ‘’ ». Etrange entretien fuyant dans lequel la ministre des Solidarités et de la Santé ne nie rien mais ne reconnaît, in fine, aucune part de responsabilité. Extraits :

« Depuis des années, les implants médicaux, c’est l’angoisse des ministres de la santé. J’ai toujours entendu Xavier Bertrand et Marisol Touraine 1 dire que leur inquiétude venait des dispositifs médicaux parce que le niveau d’exigence avant la mise sur le marché est bien inférieur à celui du médicament. Tous savent que la réglementation est insuffisamment robuste. Aujourd’hui, les chirurgiens ont l’obligation de donner une carte avec le type de prothèse, son numéro de série. Pour cela, chaque implant doit avoir son code de traçabilité, mais c’est long à mettre en place parce qu’il y a 1 500 000 dispositifs médicaux sur le marché. (…)

« Souvent, les médecins sous-déclarent les effets indésirables. Soit parce que c’est long. Soit parce qu’ils considèrent que c’est un événement habituel, et que cela fait partie des risques. Soit parce que l’événement est tellement inattendu qu’ils considèrent que c’est sans lien avec le dispositif. Pour augmenter la culture de la déclaration, je mène un travail avec l’Ordre des médecins et les professionnels pour qu’elle soit plus systématique et plus automatisée. (…)

« Les ministres qui m’ont précédée ont mené des batailles rudes en Europe, à tel point qu’on a été vus, comme, pardonnez-moi, des emmerdeurs. On a par exemple demandé des études cliniques pour tous les dispositifs qui demandaient le remboursement. Une charte pour encadrer la visite médicale des fabricants de dispositifs médicaux est en train d’être rédigée et des sanctions financières sont prévues pour ceux qui ne la respecteraient pas. Aujourd’hui, normalement, les industriels ne peuvent plus rentrer comme ils le faisaient dans les hôpitaux. »

Agnès Buzyn estime d’autre part « absolument pas normal » que des fabricants mettent à disposition du personnel payé par l’industrie pour assister les chirurgiens au bloc opératoire. Il faudra veiller, à l’avenir, à interdire ces pratiques et de vérifier qui rentre dans les hôpitaux, et dans les blocs opératoires.

La puissante firme Medtronic passant des partenariats avec  des établissements de santé, finançant des salles d’opération en contrepartie de la pose d’implants ? « Je découvre ce contrat, et je ne sais pas si je souhaite que ce genre d’accords se déploie, dit la ministre. Ce qui compte pour moi, c’est qu’on ne demande pas à l’établissement de consommer plus d’implants et que les professionnels gardent leur liberté de prescription. » Et Agnès Buzyn de préciser aux lecteurs du Monde  :

« Au vu des missions que j’ai exercées dans ma vie, je ne suis pas considérée comme faisant des cadeaux aux industriels ! »

A demain

@jynau

1 Sur France Inter Agnès Buzyn a, le 27 novembre, ajouté Roselyne Bachelot à cette liste – et précisé que ces trois ministres pensaient que les prochains « scandales médicaux » concerneraient les implants médicaux.