Homéopathie et politique : cinq député.e.s vont-ils être exclu.e.s du parti macroniste ?

Bonjour

La foudre va-t-elle s’abattre ? Après leur collègue « anti PMA pour toutes » exclue de leur groupe 1 cinq députés « marcheurs » viennent de franchir la ligne rouge macronienne.. Ils affichent, dans Le Journal du Dimanche, leur opposition à la volonté du Prince exprimée par sa fidèle ministre des Solidarités et de la Santé : dérembourser les granules dites homéopathiques.

Ces cinq rétifs cosigne une tribune avec quarante députés de « divers bords » emmenés par Paul Molac, 57 ans (Morbihan, Libertés et Territoires) riche personnalité culturelle et politique bretonne et française 2. Cinq élus dont la diversité dit tout de la richesse problématique du parti présidentiel. Cinq élus qui ne redoutent pas de prendre des risques politique. Par ordre alphabétique : 

1 Blandine Brocard (Rhône), 37 ans. « Elue depuis 2017. A travaillé comme juriste pour l’association des maires ruraux de France pendant dix ans. En octobre 2017, elle prend part à une conférence de presse avec Laurence Cohen (Parti communiste français) et Michèle Rivasi (Europe Écologie Les Verts) pour réclamer un moratoire avant d’étendre les obligations vaccinales pour les jeunes enfants, comme prévu par le gouvernement. Cette initiative est mise en cause par Richard Ferrand, alors président du groupe macroniste. »  

2 Jean-François Cesarini (Vaucluse), 48 ans. « Enfant et adolescent, il connaît une scolarité mouvementée et sera renvoyé de plusieurs établissements. Plus tard, il obtient un DEA en philosophie. À la suite du décès de son père, il hérite de l’affaire familiale (Cebillord et La Crémaillère). Toutefois, la succession n’est pas simple et sera marquée par plus de dix ans de procès contre sa mère pour faux, usage de faux et détournement d’argent (…)

« Il a contribué à la French Tech Culture, en devenant en 2015 l’un des cofondateurs (de l’incubateur de start up The Bridge (…) Durant le Festival Off d’Avignon de 2018, il se produit presque tous les soirs dans une pièce de théâtre, Demain vite !  Il y interprète le rôle d’un professeur qui donne une conférence sur les mérites du siècle à venir. Il est aussi parolier et a ainsi offert une chanson Taïwanà une délégation venue de ce pays. Il est d’ailleurs le président du groupe d’amitié parlementaire à l’Assemblée nationale entre la France et Taiwan, le groupe d’études à vocation internationale sur les questions liées à l’expansion de l’économie taïwanaise. 

« En octobre 2018, dans le cadre de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, il mène un groupe de 34 députés LREM qui défendent un amendement visant à rendre plus progressive la hausse de la CSG : celui-ci est adopté en commission des Affaires sociales grâce au renfort de députés de l’opposition et de certains MoDem, contre l’avis du groupe LREM et du rapporteur général du PLFSS, Olivier Véran, ce qui occasionne « un remontage des bretelles » de la part de Gilles Le Gendre, président du groupe LREM. »

3 Yves Daniel (Loire-Atlantique), 65 ans. « Rejoint le Parti socialiste en 2010. Investi par ce parti pour les élgislatives de 2012 il bat le député sortant et devient  membre de la commission des Affaires économiques et de la commission des Affaires européennes. Rejoint La République en marche ! au législatives de 2017 et il est réélu au second tour avec 61,79 % des voix face au candidat des Républicains. »

4 Stéphanie Kerbarh (Seine-Maritime), 43 ans. « Mère de deux enfants. Elle est médiatrice économique dans l’industrie et administratrice de l’association Obsar (« Observatoire des achats responsables »). Lors de l’élection présidentielle elle soutient la candidature d’Emmanuel Macron.  Elle est investie par la La République en marche ! pour être candidate aux législative. Elue  avec 62,94 % face à une candidate du Front national. Siège à la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, au sein de la majorité parlementaire. Elle est par ailleurs présidente du groupe d’études RSE – Responsabilité sociale des entreprises et membre du groupe d’études économie verte et économie circulaire. »

5 Benoît Potterie (Pas-de-Calais), 51 ans. « Effectue des études d’audio-prothèse puis s’installe comme opticien à Saint-Omer. Il détient en 2017 huit magasins dans la région des Hauts-de-France. Elu député de la 8e circonscription du Pas-de-Calais avec 56,79 % des voix face à une candicate du Front national au second tour des élections législatives 2017. En août 2018, il cosigne, avec une vingtaine de députés LREM, une tribune qui appelle à « aller plus loin » dans les possibilités d’ouverture dominicale des commerces. »

Les arguments des signataires de cette tribune ne sont en rien originaux.  Selon eux,« l’homéopathie répond à un réel besoin médical. Elle contribue indéniablement à diminuer la consommation médicamenteuse et ainsi à combattre l’antibiorésistance reconnue comme un problème majeur en termes de santé humaine et animale au niveau international. »

« Il est difficile d’accepter l’idée selon laquelle cette pratique, qui a longtemps été reconnue par les autorités et la communauté médicale, exercée pendant plus de deux cents ans par des médecins formés, et inscrite à la pharmacopée française en 1965, puisse soudainement être reléguée au rang de “fake médecine” »  ajoutent-ils.

Où l’on en vient à se demander, après tant d’autres (élus ou pas) s’il est besoin d’espérer pour entreprendre et de réussir pour persévérer.

A demain @jynau

1 Agnès Thill, députée de l’Oise, ex-macroniste  aujourd’hui « non-inscrite » pour cause de dissidence éthique signe également cette tribune

2 Paul MOLAC, Député du Morbihan, Libertés et Territoires, Emmanuelle ANTHOINE, Députée de la Drôme, Les Républicains, Sophie AUCONIE, Députée d’Indre-et-Loire, UDI et Indépendants, Ian BOUCARD, Député du Territoire de Belfort, Les Républicains, Blandine BROCARD, Députée du Rhône, La République en Marche, Xavier BRETON, Député de l’Ain, Les Républicains, Moetai BROTHERSON, Député de Polynésie Française, Gauche Démocrate et Républicaine, Fabrice BRUN, Député de l’Ardèche, Les Républicains, Michel CASTELLANI, Député de Haute-Corse, Libertés et Territoires, Jean-François CESARINI, Député du Vaucluse, La République en Marche, Jean-Michel CLEMENT, Député de la Vienne, Libertés et Territoires, Josiane CORNELOUP, Député de Saône-et-Loire, Les Républicains, Yves DANIEL, Député de Loire-Atlantique, La République en Marche, Olivier DASSAULT, Député de l’Oise, Les Républicains, Béatrice DESCAMPS, Députée du Nord, UDI et Indépendants, Frédérique DUMAS, Députée d’Ile-de-France, Libertés et Territoires, Olivier FALORNI, Député de Charente-Maritime, Libertés et Territoires, Michel FANGET, Député du Puy-de-Dôme, Mouvement Démocrate et apparentés, Yannick FAVENNEC, Député de Mayenne, Libertés et Territoires, Laurent FURST, Député du Bas-Rhin, Les Républicains, Bruno JONCOUR, Député des Côtes d’Armor, Mouvement Démocrate et apparentés, Sandrine JOSSO, Députée de Loire-Atlantique, Libertés et Territoires, Régis JUANICO, Député de la Loire, Socialistes et apparentés, Stéphanie KERBARH, Députée de Seine-Maritime, La République en Marche, François-Michel LAMBERT, Député des Bouches-du-Rhône, Libertés et Territoires, Marc LE FUR, Député des Côtes d’Armor, Les Républicains, Gilles LURTON, Député d’Ille-et-Vilaine, Les Républicains, Josette MANIN, Députée de Martinique, Socialistes et apparentés, Sophie METTE, Députée de la Gironde, Mouvement Démocrate et Apparentés, Bertrand PANCHER, Député de la Meuse, Libertés et Territoires, Eric PAUGET, Député des Alpes Maritimes, Les Républicains, Bernard PERRUT, Député du Rhône, Les Républicains, Maud PETIT, Députée du Val-de-Marne, Mouvement Démocrate et apparentés, Christine PIRES BEAUNE, Députée du Puy-de-Dôme, Socialistes et apparentés, Bérangère POLETTI, Députée des Ardennes, Les Républicains, Benoît POTTERIE, Député du Pas-de-Calais, La République en Marche, Frédéric REISS, Député du Bas-Rhin, Les Républicains, Jean-Luc REITZER, Député du Haut-Rhin, Les Républicains, Mireille ROBERT, Députée de l’Aude, La République en Marche, Eric STRAUMANN, Député du Haut-Rhin, Les Républicains, Agnès THILL, Députée de l’Oise, Non-inscrite, Patrice VERCHERE, Député du Rhône, Les Républicains, Michèle VICTORY, Députée de l’Ardèche, Socialistes et apparentés, Stéphane VIRY, Député des Vosges, Les Républicains, Michel ZUMKELLER, Député du Territoire de Belfort, UDI et Indépendants.

Justice et santé publique : étrange épidémie de «non-lieux» dans le scandale de l’amiante

Bonjour

Un vrai scandale peut-il en cacher deux autres ?

Scandale de l’amiante»: c’est ainsi que l’on désigne, en France, le délai qui a existé entre la découverte des effets sanitaires délétères de l’exposition humaine à ce matériau isolant et l’action préventive des autorités sanitaires et politiques. Ce laps de temps, qui apparaît aujourd’hui proprement invraisemblable, s’étale approximativement du milieu des années 1970 à la fin des années 1990 1.

À l’époque, le concept de lanceur d’alerte n’existait pas, pas plus que celui de démocratie sanitaire. À l’époque, les médias généralistes étaient rarement en situation de dénoncer l’action des lobbies. À l’époque, les scandales sanitaires qui devaient suivre –à commencer par les affaires du sang contaminé– n’avaient pas encore conduit à théoriser la dissociation entre l’évaluation médico-scientifique du risque et la gestion politique de ce dernier. À l’époque, enfin, on était à cent mille coudées d’imaginer que l’on inscrirait un jour le principe de précaution au sein de la Constitution.

Depuis 1998, soit un an après l’interdiction de l’usage de l’amiante en France, le Programme national de surveillance des mésothéliomes pleuraux (PNSM) fournit des données chiffrées aidant à prendre progressivement la mesure de l’ampleur du scandale passé. Vingt ans plus tard, fin juin 2019, Santé publique France a dévoilé un rapport revenant sur ces vingt années de surveillance, qui confirme malheureusement que l’exposition à l’amiante demeure et demeurera encore pendant plusieurs décennies un sujet majeur de santé publique, une forme de tragédie nécessitant le maintien de la surveillance et le renforcement des actions de prévention.

«On estime aujourd’hui que 1.100 nouveaux cas de mésothéliome surviennent annuellement en France. L’augmentation est plus marquée chez les femmes, avec un doublement des cas en vingt ans pour atteindre 310 cas par an. La proportion des personnes atteintes de mésothéliome pleural ayant exercé une activité dans le secteur du BTP est en augmentation constante depuis 1998, pour atteindre 50% en 2016. Une exposition professionnelle à l’amiante est retrouvée de manière probable ou très probable pour 97% d’entre eux.»»

Deuxième scandale

Les maladies générées par l’exposition professionnelle à l’amiante sont inscrites aux tableaux des maladies professionnelles du régime d’assurance-maladie des salarié·es comme des exploitant·es agricoles. Et depuis 2002, toute personne victime des effets de l’amiante peut également obtenir une indemnisation auprès du Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA).

Or, et l’on peut voir là un deuxième scandale, les données du PNSM indiquent que le recours à ces dispositifs est encore loin d’être systématique. Ainsi, entre 2005 et 2017, plus d’une personne sur quatre atteinte de mésothéliome et affiliée au régime général de sécurité sociale n’avait entrepris aucune démarche de reconnaissance en maladie professionnelle, pas plus qu’elle n’avait sollicité le FIVA. Une telle situation est d’autant moins compréhensible que le mésothéliome est une pathologie spécifique et que l’établissement d’un tel diagnostic devrait aussitôt conduire à une prise en charge adaptée.

C’est dans ce contexte que l’on découvre la nouvelle dimension, judiciaire, de l’affaire. « En moins d’une semaine, les magistrats instructeurs du Pôle de santé publique de Paris chargés des dossiers d’exposition à l’amiante viennent d’ordonner deux non-lieux généraux dans des affaires vieilles de vingt-trois ans liées à cette fibre tueuse, reconnue cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) en 1973 » résume Le Monde (Patricia Jolly). De ce point de vue, la décision de non-lieu dans l’affaire Eternit est édifiante.

Le cas d’Eternit est hautement symbolique: l’entreprise était à la fois le premier producteur français d’amiante-ciment jusqu’à l’interdiction de la fibre et le premier producteur visé par une plainte de cette nature, déposée pour homicides et blessures involontaires par d’anciens salariés en 1996. Or, dans leur ordonnance datée du 10 juillet dernier, les juges d’instruction écrivent :

 «Compte tenu de l’impossibilité de dater l’intoxication des plaignants, il apparaît impossible de déterminer qui était aux responsabilités au sein de l’entreprise […] et quelles réglementations s’imposaient à cette date inconnue.[…] En tout état de cause, les investigations menées au cours de l’instruction ont démontré qu’aucune faute de nature pénale ne pouvait être imputée à une ou à plusieurs personnes physiques ou morales en lien avec la société Eternit».

Puis le 17 juillet dans celui de l’équipementier automobile Ferodo-Valeo de Condé-sur-Noireau (Calvados) qui impliquait cinq ex-responsables d’usine. Les personnes visées dans ces deux affaires étaient mises en examen pour « homicides et blessures involontaires ». Ces décisions s’ajoutent à d’autres, analogues, prises depuis un peu plus d’un an dans les affaires de la centrale EDF d’Arjuzanx (Landes), d’Everite-Saint-Gobain, de DCN (chantiers navals militaires), des Charbonnages de France… « Le parquet n’a jamais précisé le nombre de dossiers amiante en cours mais les associations de victimes estiment qu’il en reste une dizaine à régler » précise Le Monde..

« Véritable permis de tuer« 

Me Michel Ledoux, avocat des victimes dans les affaires Eternit et Ferodo-Valeo, prévoit que la quinzaine de dossiers toujours au Pôle Santé seront voués au même sort. « Dans la mesure où le parquet est hostile aux victimes, on s’attend à une pluie de non-lieux motivés par les mêmes arguments dans les semaines à venir, prévient-il. On peut même se demander si le fait de nous les notifier en période de vacances n’est pas une manœuvre supplémentaire pour tenter de nous faire oublier le délai de dix jours pour faire appel. » Dans un communiqué, l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva) a pour sa part dénoncé un « véritable permis de tuer sans crainte de poursuites pénales » délivré par les juges.

Les motivations des ordonnances de non-lieux qui se succèdent sont de véritables copier-coller qui, tous, puisent leur argumentation dans un rapport d’expertise définitif de février 2017. Ce dernier, selon l’interprétation des magistrats, affirme l’impossibilité d’établir la date d’une éventuelle faute ayant entraîné la contamination puis l’intoxication des victimes, et donc d’imputer avec certitude la responsabilité à une personne physique.

Dans les ordonnances des 11 et 17 juillet que Le Monde a consultées, les juges estiment qu’il n’est « pas possible de déterminer a posteriori une date précise d’intoxication par les fibres d’amiante » et donc « de mettre en corrélation le dommage et les éventuelles fautes qui pourraient être imputées à des personnes qui auraient une responsabilité dans l’exposition à l’amiante subie ». Une argumentation « spécieuse » pour Me Michel Ledoux. « Ce qu’ils nous demandent pour l’amiante équivaut à sommer un fumeur d’indiquer quelle cigarette est à l’origine de son cancer bronchopulmonaire, or, pour toute substance cancérogène, mutagène et reprotoxique, on ne peut raisonner que par période d’exposition et pas d’intoxication. Il s’agit d’un processus continu », dit-il.

On peut le dire autrement : les faits sont aujourd’hui prescrits parce qu’on ne peut pas les dater précisément. « Ce que je ne comprends pas, c’est qu en datant la période de contamination, et non pas le jour précis, on doit pouvoir faire partir la prescription du dernier jour où le salarié a été exposé à l’amiante, nous a confié une magistrate particulièrement au fait des questions de santé publique. Tout le débat est de savoir si le délai de prescription des délits,  qui est aujourd’hui de sept ans (et qui était de cinq ans à l’époque)  part du dernier jour d’exposition à l’amiante ou, comme dans tous les délits dits occultes ou cachés, du jour où la toxicité du produit a été découverte. Je pense que le « parquet santé » aurait dû tenter cette analyse juridique pour faire avancer les choses en matière de délits liés à la santé publique, c’est tout de même son travail….. »

A demain @jynau

1 Voir « Le scandale de l’amiante est une bombe à retardement » Slate.fr 19 juillet 2019

Au fait, le Roundup® est-il cancérigène ? Si tout va bien, nous le saurons avant la fin de 2021

Bonjour

Sortir du grand flou, celui où aiment se cacher les loups ! A la demande du gouvernement français on devrait, demain ou après-demain, répondre à une question sanitaire essentielle, au cœur d’une polémique politique aux dimensions planétaires – mais une question toujours pendante. Nous venons ainsi d’apprendre que l’Agence nationale française de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) va se bouger. Elle va lancer « un appel à candidature pour améliorer les connaissances relatives à la cancérogénicité du glyphosate, herbicide massivement employé à travers le monde et mieux connu sous le nom de Roundup®.

C’est peu dire que de parler d’un « grand flou » . Le CIRC, agence internationale de recherche sur le cancer de l’OMS avait inscrit en 2015 le glyphosate sur la liste des substances « cancérigènes probables ». Puis l’EFSA (Agence européenne de sécurité sanitaire des aliments) et l’ECHA  (Agence Européenne des produits Chimiques d’autre part) concluaient respectivement en 2015 et en 2017 que le glyphosate était « peu susceptible de présenter un risque cancérogène ». Certains, journalistes et/ou militants déguisés en lanceurs d’alerte virent là l’œuvre d’innombrables lobbies. Puis la justice américaine commença à venir à leur secours en jugeant sur le fondement d’un lien de causalité toujours en pointillé.

C’est dans ce contexte embrouillé que les ministres français en charge de l’écologie, de la santé et de l’agriculture avaient saisi l’ANSES en mars 2018. Puis en juillet  cette agence avait remis « un avis relatif à un cahier des charges d’une étude sur le potentiel caractère cancérogène du glyphosate ». Et c’est finalement à la suite de cet avis que l’ANSES lance un appel à candidature « à l’attention des équipes de recherche publique, nationales et internationales pour réaliser cette étude ». Les résultats seront disponibles « sous 18 mois » et viendront « compléter le dossier de réexamen de l’autorisation de la substance par les États Membres de l’Union Européenne en 2022 ».

Questions citoyennes

Ce qui, d’ailleurs, n’empêcha nullement Robert Genet, directeur général de l’ANSES de déclarer en mai dernier sur Europe 1 que « le glyphosate, utilisé conformément aux réglementations en vigueur, ne présente pas de danger en France ». On rappellera qu’en 2016 l’ANSES estimait que « le niveau de preuve de cancérogénicité chez l’animal et chez l’homme est considéré comme relativement limité » (sic) et que le classement du CIRC  pouvait « se discuter » (re-sic).

Coût de l’étude à venir : 1,2 M€. En complément (et pour ne rien simplifier…) le gouvernement français va « mobiliser l’ANSES » pour qu’elle procède (avec l’appui de l’INRA) au retrait des autorisations de mise sur le marché français des produits contenant du glyphosate – dès lors que des alternatives existent pour chacun des usages couverts par l’autorisation de la mise sur le marché.

Où l’on retrouve Emmanuel Macron, son célèbre concept (« en même temps ») associé au verdissement affiché de son gouvernement. Explication de l’exécutif au citoyen: « Cette démarche permet, sur le fondement des travaux de la communauté scientifique, de mettre en œuvre l’engagement présidentiel de sortie du glyphosate et d’accélérer la transition vers une agriculture moins dépendante aux produits phytosanitaires et plus respectueuse de l’environnement et de la santé. »

S’il pouvait poser une question le citoyen demanderait pourquoi lancer si tard une étude dont les commanditaires semblent déjà connaître les conclusions – conclusions différentes de celles du passé. Et ce même citoyen, soucieux des deniers publics, de demander pourquoi cette étude n’est pas menée (et financée) à l’échelon européen.

A demain @jynau

Médias et e-cigarette : pourquoi ne pas dire clairement qu’elle favorise l’arrêt du tabac ?

Bonjour

Quel est l’intérêt médiatique de produire du doute dans le public ?

Communiqué de #SOVAPE : « Coup sur coup, deux études de suivi de cohortes publiées cette semaine montrent que le vapotage favorise l’arrêt du tabac. La première menée en France par l’Inserm, publiée dans le JAMA Internal Medicine 1 , montre que l’apparition de la vape en 2010 s’accompagne d’un bond de l’arrêt du tabac chez les fumeurs qui ont choisi ce nouveau produit. Ils ont eu près de 1,7 fois plus de chance d’arrêter de fumer que ceux qui ont opté pour d’autres méthodes. Seconde étude : celle des chercheurs de la Harvard School à Boston, publiée dans Nicotine & Tobacco Research 2. Le suivi de la cohorte PATH de fumeurs américains ayant opté pour la vape entre 2013 et 2015 montre que les vapoteurs au quotidien ont eu 77% plus de succès après deux ans d’arrêt de la cigarette que les fumeurs optant pour d’autres méthodes. »

Commentaire : « En 2010, les ex-fumeurs qui avaient accès à des produits encore rudimentaires étaient plus nombreux à rechuter que ceux qui avaient opté pour d’autres méthodes, mais en 2013, c’est l’inverse, ils avaient plus de chance de succès (HR 0.84) que les autres. Cette évolution est très probablement liée à une évolution majeure du matériel survenue à partir de 2012, l’explosion du nombre de boutiques spécialisées et de la scène d’entraide des vapoteurs. Ces deux études montrent que l’apparition du vapotage a encouragé des fumeurs, au profil plus dur (plus de cigarettes fumées par jour, plus de problèmes psychiques, plus de rechutes précédentes, etc.), à tenter l’arrêt de la cigarette, et que l’évolution technique de la vape a permis à un plus grand nombre d’entre eux de sortir du tabac fumé. »

Tout pourrait donc aller pour le mieux au sein de la Révolution des Volutes. Ce serait compter sans les pincettes de nombreux médias généralistes qui ne parviennent pas à accepter la place prise par la cigarette électronique dans le paysage de la réduction des risques tabagiques. Ainsi ces quelques mots : « L’association SOVAPE appelle à la vigilance quant au traitement de l’information sur le vapotage. Il est en effet malheureux que l’évolution survenue entre 2010 et 2013 démontrée par les données de l’Inserm soit occultée, et que soit passée sous silence l’étude similaire dans son objet publiée dans Nicotine & Tobacco Research. »

L’association évoque notamment ici les traitements effectués  par L’Obs : « Les vapoteurs fument moins de cigarettes mais rechutent plus » ou par 20 minutes  « Les vapoteurs fument moins mais rechutent plus ».  Jusqu’à l’Inserm qui, selon elle, induit la même interprétation dans son communiqué (interrogatif) destiné à la presse :

« La cigarette électronique efficace pour réduire le tabagisme à long terme ? Cette étude porte sur 5400 fumeurs et 2025 ex-fumeurs de la cohorte Constances (2012-2016 ; arrêt du tabac à partir de 2010, année de mise en vente de la cigarette électronique en France). (…) En conclusion, la cigarette électronique permet aux fumeurs de réduire leur niveau de tabagisme ou d’arrêter de fumer, mais cet arrêt ne semble pas toujours durable, il est donc nécessaire de surveiller de près les personnes qui vapotent et conseiller l’arrêt complet du tabac pour limiter le risque de rechute. »

Tromperie sur la présentation

Il faut aussi tenir compte du traitement fait par Le Quotidien du Médecin (Coline Garré): « Utile dans le sevrage, la cigarette électronique présenterait plus de risques de rechute à long terme »  qui cite Ramchandar Gomajee, chercheur à l’Inserm et premier auteur de la publication du JAMA Internal Medicine.

Pour #SOVAPE, présenter les choses comme le fait Le Quotidien est trompeur par rapport à la façon dont les choses ont évolué. « Ce taux de rechute concerne une époque révolue, les dispositifs sur le marché étaient des  »cigalike » peu performants, les commerces spécialisés et les conseils avisés inexistants, sans mentionner l’essor considérable des groupes d’entraide autogérés qui a suivi. Une étude d’épidémiologie sans connaissance des réalités de terrain, notamment des usagers, est susceptible de conduire à de mauvaises interprétations des données. »

« M. Gomajee semble ne pas tenir compte que – selon son étude – les utilisateurs de vape étaient des fumeurs à profils plus durs avec un niveau nettement plus élevé en paquets/années de 16,9 contre 12,9 pour les autres ex-fumeurs, ainsi que des symptômes dépressifs plus prononcés (12,6 versus 10,9), observe Nathalie Dunand, présidente de #SOVAPE. Des indicateurs généralement considérés comme des indices de dépendance plus forte, comme signalé dans la publication. Le commentaire de M. Gomajee rapporté par Le Quotidien semble entrer en contradiction avec les résultats de son étude.

« Répétons-le: dans l’étude de l’Inserm à partir de 2013, les vapoteurs ont moins rechuté que les autres ex-fumeurs. Ceci correspond à un tournant de la technologie avec l’apparition de l’Ego, l’explosion des boutiques spécialisées et le moment où le mouvement d’entraide s’est développé, comme par exemple le Forum  E-cigarette. Brice Lepoutre, son fondateur, sera d’ailleurs au Sommet de la vape le 14 octobre à Paris pour parler de son expérience avec plus de 90.000 participants. »

Pour finir #SOVAPE pose une question :  « Quel est l’intérêt de produire du doute dans le public plutôt que des connaissances ? » C’est une assez bonne question.

A demain @jynau

1 Gomajee R, El-Khoury F, Goldberg M, et al. Association Between Electronic Cigarette Use and Smoking Reduction in France. JAMA Intern Med. Published online July 15, 2019. doi:10.1001/jamainternmed.2019.1483 https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/fullarticle/2737916

2 Sara Kalkhoran, Yuchiao Chang, Nancy A Rigotti, Electronic Cigarette Use and Cigarette Abstinence Over Two Years among U.S. Smokers in the Population Assessment of Tobacco and Health Study, Nicotine & Tobacco Research,

Homosexualité, politique et dons de sang : les nouveaux critères seront-ils bien respectés ?

Bonjour

Quelques minutes après l’annonce par Agnès Buzyn d’un assouplissement important des critères d’inclusion dans le don du sang des HSH(passage de douze à quatre mois d’abstinence sexuelle) l’Association française des hémophiles (AFH) et l’association AIDES ont fait savoir qu’elles « prenaient acte de cette décision » 1. Elles rappellent d’emblée que le don du sang « n’est pas un droit » – et que ce don « n’a pas à répondre à une demande sociale des donneurs mais aux besoins des receveurs ». « C’est cette logique et elle seule qui doit être préservée pour garantir la sécurité du système transfusionnel » soulignent les deux associations. Puis elles s’expliquent, en surlignant de manière explicite :

« Parmi l’éventail des mesures, l’exclusion de certains candidats au don du sang vise à réduire le plus possible les risques de contamination. Ces critères d’exclusion ne constituent pas des motifs de discrimination dès lors qu’ils reposent sur des données scientifiques et une certaine proportionnalité. Le modèle reposant sur l’ajournement selon des critères, qui ne concernent pas que les pratiques sexuelles, a permis d’éviter toute contamination à VIH via un don du sang depuis dix-sept ans.

« Ces critères d’ajournement doivent être continuellement évalués scientifiquement et ajustés selon les innovations techniques et l’évolution des taux de prévalence du VIH dans certaines populations. A ce titre, en 2017 en France, les HSH étaient toujours jusqu’à 200 fois plus exposés au VIH que les hétérosexuels et représentaient toujours 41% des nouveaux diagnostics (2 600 HSH). »

« Critères jugés injustes ou intrusifs »

Ces deux associations observent que l’Etat a opté pour une évolution des critères présentant un risque résiduel théorique de transmission du VIH équivalent à la situation actuelle. « Néanmoins, ajoutent-elles, les critères d’ajournement ne sont pertinents que s’ils ne sont pas contournés. Actuellement, des critères jugés injustes ou intrusifs n’empêchent pas déjà une part importante de dons qui auraient été ajournés même si les critères étaient alignés entre HSH et hétérosexuels. La charge incombe à l’Etat de garantir la bonne acceptabilité des critères d’ajournement. »

 On peut le dire autrement, ce que ces deux associations font :

« La responsabilisation individuelle des HSH en matière de don du sang doit  s’accompagner d’une prise de conscience communautaire en matière de santé sexuelle et d’exposition aux risques : il faut pour cela d’abord des moyens dédiés à l’action communautaire et à l’information (campagne de sensibilisation, documents spécifiques disponibles sur les lieux de don de sang, orientation des HSH ajournés vers une offre en santé sexuelle si besoin, etc.).  Une réflexion plus large sur l’organisation de la filière doit aussi s’engager. Pour cela, il est nécessaire de renforcer les moyens alloués à la filière du sang en France9, et de travailler sur la formation des professionnels et plus largement, sur l’amélioration des questionnaires, la conduite des entretiens et la manière dont les donneurs ajournés sont accompagnés. »

Il faut, ici, se souvenir d’un passé récent. « Pour la communauté des personnes vivant avec une maladie hémorragique rare, la sécurité du receveur primera toujours. Le surrisque, même minime, n’est pas acceptable, souligne Nicolas Giraud, président de l’AFH. Le prix à payer des errances en matière de sécurité transfusionnelle nous le connaissons : des centaines de personnes contaminées dans les années quatre-vingt et une communauté décimée. »

A demain @jynau

1 En 2015, lors de la précédente modifications des critères du don du sang pour les HSH, les différentes associations invitées à se prononcer n’avaient pas des positions unanimes. Cinq associations s’étaient alors prononcées en faveur du délai d’ajournement à douze mois (Aides, association IRIS, le CISS, Inter LGBT ainsi que l’Association française des hémophiles). Quatre en revanche avaient, pour des raisons différentes, rejeté l’ensemble des scénarios proposés, parmi lesquelles la Fédération des donneurs de sang bénévoles, l’Union nationale des associations de donneurs de sang bénévoles de La poste et d’Orange, Act Up et SOS homophobie).

En juin dernier plusieurs associations de défense des droits homosexuels avaient annoncé avoir porté plainte contre la France devant la Commission européenne pour « discrimination ». Cette période d’abstinence de douze mois « exclut dans les faits 93,8 % des gays du don du sang », faisaient valoir, dans un communiqué commun, Stop Homophobie, Mousse, Elus locaux contre le sida, SOS homophobie et Familles LGBT. « A travers cette plainte, les associations, qui avaient été déboutées par le Conseil d’Etat en 2017, espéraient que la distinction française fondée sur le comportement sexuel des donneurs soit reconnue comme une discrimination illégale en raison de l’orientation sexuelle » résume Le Monde (François Béguin).

Le «cancer», les «jus de fruits» et les «sodas» : non, les médias n’y résistent pas

Bonjour

Ainsi donc, une nouvelle fois, les titres et les brouillards de la causalité présumée. Les médias n’y résistent pas. Jusqu’au Monde : « Sodas et jus de fruits associés à un risque de cancer » (Nathan Mann). Et des auteurs qui, parfois, prennent soin de dire leur vérité en la maquillant suffisamment pour qu’elle justifie une bonne place dans la hiérarchie médiatique. Publier ou périr n’est plus le sujet. Il faut, aujourd’hui, publier en en faire parler.

Sur la scène, une nouvelle exploitation-déclinaison de l’étude de la cohorte française NutriNet-Santé (fonctionnant en autodéclaration sur Internet). Et une publication dans le British Medical Journal « Sugary drink consumption and risk of cancer: results from NutriNet-Santé prospective cohort » (Chazelas E, Desmetz E, Kesse-Guyot E et al). Sans oublier le communiqué de presse de l’Inserm : « Consommations de boissons sucrées et risque de cancer ».

Mathilde Touvier, co-auteure, au Monde :

« Nous avons suivi un peu plus de 100 000 adultes qui ont enregistré régulièrement leur consommation alimentaire (…) entre 2009 et 2019, et nous nous sommes intéressés à la relation entre boissons sucrées et risques de cancers. On a observé que les personnes qui consommaient plus de boissons sucrées avaientune augmentation de risque de cancer de manière globale, et plus spécifiquement de cancer du sein. »

Le Monde : « Ainsi, une fois éliminés les autres facteurs de risque tels que la consommation de tabac ou d’alcool, ou les influences externes comme l’activité physique ou encore le niveau d’étude, la consommation de boissons sucrées est bien corrélée à l’apparition de cancers. Même ‘’un petit verre’’, de 10 centilitres de sirop, de soda ou de jus par jour, soit un tiers d’une canette standard, augmente de 18 % le risque de cancer en général, et de 22 % le risque de cancer du sein (notamment après la ménopause). »

Le communiqué de presse de l’Inserm :

« Cette étude étant observationnelle, un lien de cause à effet ne peut être établi pour les associations observées. Cependant, en plus du design prospectif, de l’effectif important de la population d’étude et de la précision des données alimentaires collectées, les résultats tiennent compte d’un grand nombre de facteurs sociodémographiques et liés au mode de vie dont l’âge, le sexe, le tabagisme, la consommation d’alcool, le niveau d’étude, l’activité physique ainsi que le statut pondéral, les comorbidités métaboliques, les antécédents familiaux. De plus, les résultats étaient robustes après un large spectre d’analyses de sensibilité complémentaires. »

Ridicule

Comment, en somme, affirmer une chose puis laisser entendre que, autrement pesé, cela pourrait être différent. Ce qui n’est pas sans faire songer à la plus belle des scènes de « Ridicule » (le film, 1996) – celle concernant la démonstration d’une existence divine.

Et L’Inserm de flirter (pour une fois ouvertement) avec la politique: « Ces données sont importantes dans un contexte de santé publique où la taxe soda est débattue au niveau national et international. Elles supportent l’intérêt des recommandations nutritionnelles du Programme National Nutrition Santé qui visent à limiter la consommation de boissons sucrées, y compris les jus de fruits 100 %, ainsi que des mesures politiques telles que des restrictions fiscales et commerciales visant les boissons sucrées. »

Sans oublier les jus pressés (y compris frais). « On a plutôt l’impression qu’on fait un acte santé quand on boit des jus de fruits, explique Mathilde Touvier au Monde.Certes ils contiennent des vitamines, quelques fibres, et pas d’additifs comparés à certains sodas artificiels, mais en termes de taux de sucre pour 100 millilitres, ils contiennent des doses comparables par rapport à ce que l’on trouve dans les sodas. » 

Concernant les boissons sucrées contenant des édulcorants, les chercheurs de l’Inserm ne voient pas de corrélation entre leur consommation et la prévalence de cancers. L’absence de lien pourrait s’expliquer par une invisibilité statistique due à la faible consommation d’édulcorants par les membres de la cohorte. Plusieurs études ont montré que la consommation de boissons édulcorées peut engendrer des risques cardio-métaboliques et carcinogènes, rappelle encore Mathilde Touvier.

Ne pas disposer de la solution en somme, mais postuler l’existence d’une invisibilité.

Reste, pour l’heure et pour le lecteur, cette question pendante : quoi boire ?

A demain @jynau

Rembourser l’homéopathie : Xavier Bertrand, ancien ministre et ses astuces du balayeur

Bonjour

La pression monte. Les poids lourds montent en ligne. Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé, défenseur affiché de l’homéopathie, et président de la région Hauts-de-France en appelle au président de la République : il ne faut pas dérembourser ces produits. Ce serait une «fausse bonne idée», qui mettrait à mal le «pouvoir d’achat» et la «liberté de choix des patients» explique Xavier Bertrand dans une lettre adressée à Emmanuel Macron. Et de proposer ce couper la poire homéopathique en deux : faute de mieux, «maintenir un taux de remboursement de 15%».

 «Vous connaissez ma position (…) constante depuis 2005, quand je déclarais : « dérembourser l’homéopathie serait une fausse bonne idée »», écrit le président des Hauts-de-France (ex-LR) Xavier Bertrand dans cette lettre au président de la République, dont l’AFP a eu connaissance. D’une part, alors que «les patients sont des millions» à utiliser des produits homéopathiques et les médecins «des milliers» à le prescrire, un déremboursement entraînerait «un transfert des prescriptions sur la médecine conventionnelle ce qui, économiquement, coûterait plus cher», estime-t-il.

Garantir la liberté

Le déremboursement pèserait particulièrement sur «le pouvoir d’achat» des Français, poursuit-il : «En effet (…) ce sont nos concitoyens qui ont recours à l’homéopathie qui devront s’acquitter de cette dépense qui peut s’élever à plusieurs dizaines d’euros par mois». Le prix augmenterait par ailleurs «automatiquement», avec une TVA plus élevée pour les produits non remboursés, ajoute l’élu. Dans ce cas, «la liberté de choix pour les patients, essentielle (…) ne peut être garantie», déplore-t-il encore.

Et puis, sans doute, le plus étonnant. S’il est effectivement bien démontré qu’aucune étude scientifique n’a prouvé l’efficacité de l’homéopathie, Agnès Buzyn (qui lui a succédé au ministère des Solidarités et de la Santé) «pourrait engager» de telles études. C’est inefficace uniquement parce que l’on n’a pas démontré le contraire ! Ceci n’est pas sans faire songer à l’ « astuce du balayeur» déjà mise en œuvre par le même Xavier Bertrand en 2012 quand était ministre de la Santé du gouvernement Fillon. Une astuce médicamenteuse dénoncée par la revue Prescrire et que nous avions alors détaillée sur Slate.fr.

Il s’agissait alors des quatre médicaments officiellement autorisés chez les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ; Aricept, Exiba, Exelon et Reminyl alors commercialisées (depuis dix ans ou plus) respectivement par les multinationales Esai, Lundbeck, Novartis Pharma et Janssen Cilag. On savait alors depuis plusieurs années déjà que les firmes qui commercialisent ces molécules étaient incapables d’apporter la preuve de leur efficacité pour prévenir (ou pour ralentir) les processus de dégénérescence neuronale qui caractérisent cette maladie incurable. Et on savait également, avec le recul, que ces médicaments exposent à une toxicité potentielle nullement négligeable les malades qui les consomment, souvent sur de très longues périodes.

Après bien des atermoiements la Commission de la transparence (en charge de l’évaluation des médicaments) de la Haute autorité de santé (HAS) annonçait en octobre 2011 qu’elle avait dégradé l’intérêt thérapeutique de ces quatre spécialités pharmaceutiques. Leur «service médical rendu» (SMR) considéré comme «important» depuis 2007 passait alors à «faible». Aucune information médicale ou scientifique nouvelle n’était pourtant intervenue pour justifier cette dégradation du SMR.

Il y a un an, précisément

Pour sa part, Xavier Bertrand avait anticipé sur la publication des conclusions de la commission (indépendante) de transparence pour annoncer qu’en toute hypothèse ces médicaments inefficaces et potentiellement toxiques continueraient à être commercialisés et à être remboursés. En théorie, la décision prise en octobre par la commission de transparence de la HAS devait conduire à une saisine du Comité économique des produits de santé (CEPS) présidée par Gilles Johanet. Cet organisme interministériel devait à son tour trancher sans décider: proposer de maintenir le remboursement intégral, de réduire le taux de la prise en charge ou de passer au stade du déremboursement.

Puis l’épilogue, le taux de remboursement par la Sécurité sociale de ces quatre spécialités pharmaceutiques (et de leurs copies) passant de 65% à 15%, une décision publiée au Journal Officiel du 15 mars 2012«Cela ne changera rien en pratique ni pour les patients ni pour la collectivité, car ces trois anticholinestérasiques [Aricept, Exelon, Reminyl] et la mémantine [Exiba] sont pris en charge à 100% dans la maladie d’Alzheimer dans le cadre des “affections de longue durée” (ALD)», observait alors Prescrire. Je dérembourse tout en maintenant le remboursement. L’astuce du balayeur, en somme.

Depuis bien des pages se sont tournées. Et il y a un an Agnès Buzyn tranchait politiquement : depuis le 1eraoût 2018 l’achat des médicaments de la maladie d’Alzheimer ne fait plus l’objet d’un remboursement par l’assurance maladie.

« En France, le bien fondé du remboursement des médicaments par l’assurance maladie est régulièrement réévalué par la Haute Autorité de santé afin de s’assurer qu’ils présentent un intérêt thérapeutique suffisamment important » rappelait alors Agnès Buzyn. « A quand, demandions-nous alors, le plan de déremboursement des médicaments homéopathiques ? » C’était il y a un an, précisément.

A demain @jynau