Sapeurs-pompiers français : contre le ministère de la Santé, un rapport au lance-flammes

Bonjour

06/07/2020. On les avait oublié. Ils savent se faire entendre. Un de leur « rapport interne » a « fuité ». Et l’affaire, depuis deux jours, fait grand bruit. C’est une exclusivité du  Parisien (Damien Delseny et Jean-Michel Décugis) : « Covid-19 : le rapport choc des pompiers sur la gestion de la pandémie ». « Dans un rapport au vitriol publié par Le Parisien, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers dénonce une gestion catastrophique de la crise sanitaire du Covid-19 en France, résument Les Echos. L’action du ministère de la Santé est particulièrement critiquée, tout comme le rôle des préfets. »

Vitriol et lance-flammes. Dans la synthèse d’un « retour d’expérience » (Retex) que Le Parisien – Aujourd’hui-en-France s’est procurée avant sa transmission au ministère de l’Intérieur, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France dresse un constat très critique de la gestion d la pandémie.  

Premières cibles des soldats du feu : les structures administratives du ministère de la Santé « lourdes et rigides », les célèbres Agences régionales de santé (ARS) et le Samu. Sollicité par Le Parisien le colonel Grégory Allione, président la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, précise qu’il s’agit d’un document de travail qui n’était pas destiné « à fuiter dans la presse ». Pour autant, il confirme le sentiment « d’un sous-emploi et d’une absence de prise en compte des capacités opérationnelles » de ses collègues au plus fort de la crise.  

« Les pompiers c’est une force de 250 000 personnes réparties dans 7000 casernes sur tout le territoire. Nous sommes rompus à la gestion de tous les événements. On a fait face au A(H1N1), à la grippe aviaire, aux accidents industriels, aux attentats… A chaque fois, on s’adapte, et là le mot d’ordre c’était tout sauf les pompiers. Nous avons tendu la main à des administration qui n’ont pas l’habitude de gérer des situations de crise. Rien dans leur organisation et leur culture ne les prédisposaient à assurer ce rôle. On ne demande pas à des musiciens qui ne répètent pas des gammes quotidiennement de jouer un concert. »

 « Pour être efficace la gestion d’une crise d’ampleur doit mobiliser un directeur unique, un commandant des opérations unique et des conseillers techniques. » Principes « bafoués » souligne le rapport  le rapport qui rappelle que dans un premier temps c’est la Direction générale de la santé qui a piloté la réponse de l’Etat avant que le ministère de l’Intérieur ne rejoigne le dispositif.

Et puis cette phrase, terrible : « On a confié le rôle de commandant de crise à des conseillers techniques », regrette les pompiers. D’où, selon eux, un « travail en silo des administrations, un brouillage des décisions stratégiques ». Le rapport souligne aussi l’installation tardive du centre interministériel de crise le 17 mars rappelant que les « trois premiers cas recensés en métropole dataient du 24 janvier ».

Ministère de la Santé versus ministère de l’Intérieur

Cette « lourdeur » dénoncée trouve selon les pompiers sa manifestation concrète dans le rôle joué par les ARS : « Elles ont répondu à ce pour quoi elles avaient été conçues : une administration de gestion comptable et financière du système de santé, mais aucunement préparées à la gestion des situations d’urgence. » Conclusion des pompiers, « plutôt qu’une crise sanitaire, cette crise a surtout été celle du leadership de la communication ». conduisant à l’incompréhension des « acteurs de terrains, pompiers mais aussi médecins généralistes ».

Et puis ce mot, pour qualifier les évacuations amplement médiatisées des malades par TGV « de l’esbroufe ». Les pompiers, dans leur Retex : « Pures opérations de communication et véritable esbroufe : était-il efficace de faire faire des centaines de kilomètres aux victimes alors que souvent il y avait de la place dans la clinique d’en face? ».

Et cette autre claque : « Le 15 a montré son vrai visage : celui d’un numéro de renseignement, pas d’un numéro d’urgence. » Pendant la crise du coronavirus le rapport estime que « la décision du gouvernement d’orienter vers le 15 les appels des citoyens connaissant un doute sur leur état de santé a eu pour conséquences immédiates de saturer la réception et la régulation des appels ». « Des requérants non-Covid en situation d’urgence vitale n’ont jamais eu de réponse et sont morts dans l’indifférence générale. Un vrai scandale!»

On découvre encore  « les préfets relégués au second plan en raison d’une absence de dialogue avec les ARS », les « instructions ont été données aux ARS locales et aux directeurs d’hôpitaux de mettre un terme à toutes communications avec les préfets, privant ces derniers des informations nécessaires à la coordination des opérations de secours ». Sans oublier « l’oubli des Ehpad  laissant seules les collectivités territoriales face aux décès en nombre de nos aînés ».

Conséquece : le  Retex des pompiers dresse fort utilement une liste de propositions pour « revoir notre modèle de gestion de crise » qui placerait, selon eux, le ministère de l’Intérieur comme « responsable de la conduite opérationnelle des crises ». Faire confiance aux acteurs de terrain et de proximité. « Toutes les leçons doivent être tirées du succès de la gestion du déconfinement dont les préfets et les maires ont été les pivots. »

La charge ne pouvait être sans réponse. Le ministère des Solidarités et de la Santé a aussitôt réagi en jetant un peu plus d’huile sur le feu. Il estime que ce rapport (qui n’aurait jamais dû « fuiter ») « s’apparente plus à une plate -forme de revendication qu’à un retour d’expérience » (sic). Et ce même ministère « regrette qu’une crise comme celle du Covid et la très forte coopération de toutes les forces vives soient instrumentalisées pour refaire vivre le match des pompiers contre le Samu ». C’est un peu court de même que l’on pourra juger quelque peu déplacée l’utilisation qui est faite, ici, par l’exécutif du terme « match ». Peut-être est-ce une référence au partage des pouvoirs qui oppose le ministère de l’Intérieur à celui de la Santé.

La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France sera-t-elle entendue par la Commission d’enquête des députés sur la gestion de l’épidémie ? On peut l’espérer.

A demain @jynau

Du cannabis désormais livré comme les burgers Uber : que peuvent Castaner et la police ?

Bonjour

30/06/2020. C’est à déguster sur Slate.fr : « La crise du Covid-19 a confirmé l’efficacité de la livraison de drogue à domicile » (Julie Profizi) . Où l’on apprend que si les trafics ont chuté pendant le confinement une pratique a néanmoins été mise en lumière: la livraison de stupéfiants chez les consommateurs.

« À la veille des annonces du gouvernement, le 17 mars, face au risque de pénurie, les dealers d’Île-de-France ont dû faire face à une demande exceptionnelle, explique Slate.fr. ‘’J’ai acheté 400 euros d’herbe le lundi’’, lance Paul, un consommateur de 25 ans, habitant dans les Hauts-de-Seine. Une aubaine pour les dealers. «On a fait des chiffres indécents, on a pris pas mal de risques mais avec brio», se félicite H., dealer parisien. Son réseau a enchaîné les livraisons dans la capitale et en proche banlieue pendant plus de 48 heures d’affilée.

Puis le 15 mai, Christophe Castaner, toujours ministre de l’Intérieur, a annoncé au siège de l’Ofast (Office antistupéfiants) une baisse de 30 à 40% des trafics. Néanmoins, le ministre de l’Intérieur a mis en garde contre des «nouvelles pratiques», notamment la livraison à domicile. La vie moderne, en somme avec l’effacement des interdits via la technologie. Les plateformes de commande ont d’abord concerné les consommateurs et consommatrices de drogues comme la cocaïne, des gens aisés ou habitant en centre-ville… Avant de s’élargir au cannabis.

Acheter son équipement aux couleurs de la société 

Pour «des personnes qui ne sont pas à l’aise à l’idée de se rendre dans les fours, ces lieux de deals établis dans des endroits un peu chauds», explique à Slate.fr le sociologue David Weinberger, chercheur à l’Institut national des hautes études sur la sécurité et la justice . Florian, policier de la BAC de Paris, a constaté cette généralisation: «Avant les consommateurs de tout Paris allaient à Saint-Ouen pour acheter leur dose.» Il observe, de fait, une désertion des lieux de deals habituels. Pour David Weinberger, cette nette évolution indique «la professionnalisation des méthodes de vente. Ça se voit en France comme partout dans le monde». 

Le confinement a bousculé la livraison et ses modalités, éprouvant «l’ingéniosité criminelle», selon les mots du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Chaque déplacement devant alors être justifié avec une attestation, le risque pour les «coursiers» a augmenté. Les doses minimales de commande sont alors passées chez la plupart des distributeurs de 50 euros à 100 euros. 

« Afin de réduire drastiquement le risque de contrôle sur les routes, nombre de «coursiers» ont eu recours au même stratagème: se grimer en livreurs de repas, type Deliveroo ou Uber Eats, rapporte encore Slate.fr 1. Quoi de mieux pour justifier un déplacement lié au travail qu’une grosse enseigne arborée sur le vélo ?  Mieux : certains coursiers sont d’ailleurs de vrais livreurs, qui arrondissent leurs revenus en vendant de la drogue ; une minorité. La plupart travaillent exclusivement pour un réseau de livraison de stupéfiants. Il suffit pour cela d’acheter son équipement aux couleurs de la société  – très facile à trouver d’occasion sur internet.

«Pour nous les dealers, il y a un avant et un après confinement, confie H. à Slate.fr. Ça nous a prouvé qu’on pouvait s’adapter à tout, malgré les risques. Il y a des trucs et des astuces, qu’on gardera bien après le déconfinement.» Les forces de l’ordre sont prévenues : les produits illicites modifiant les états de conscience sont désormais livrés à domicile, un peu après les repas. Que feront les « guetteurs » ? Que pourra faire la police ? A quand la dépénalisation contrôlée du cannabis ?

A demain @jynau

1 Sur ce thème , on lira avec intérêt : « La vente à emporter dans la restauration va-t-elle s’inscrire dans la durée? » (Alexane Pelissou) Slate.fr 30 juin 2020

La « couillonnade » et l’hydroxychloroquine : le Pr Didier Raoult entre à l’Assemblée nationale

Bonjour

24/06/2020. Jour de gloire pour les Raoultiens : leur héros sera enfin entendu par la représentation nationale. On peut le dire autrement : le Pr Didier Raoult, promoteur de l’hydroxychloroquine pour lutter contre le coronavirus — médicament encensé par Donald Trump ou Jair Bolsonaro contre l’avis d’une large partie du monde scientifique —, sera interrogé mercredi 24 juin, par la commission d’enquête de l’Assemblée sur le Covid-19, où il compte plusieurs partisans.

En hors d’œuvre on peut lire l’entretien qu’il a accordé au Parisien (Elsa Mari et Florence Méréo) – entretien associé à la visite de son temple marseillais au fronton duquel on a gravé cette citation d’Horace: « exegi monumentum aere perennius », « j’ai construit un monument plus durable que l’airain ».

Du vieux et du neuf dans cet énième entretien médiatique. Quelques formules fortes doublées de certitudes pimentées d’anathèmes. « Dans ce pays, on adore décapiter les gens ».  « J’ai traité plus de 3 700 patients avec le médicament hydroxychloroquine. 0,5 % de mortalité, pas de toxicité cardiaque » « On a voulu le diaboliser. » La France en a banni l’usage le 28 mai contre le Covid-19, mais lui seul a obtenu « le droit de l’utiliser de la direction générale de la santé ».

« L’abattage médiatique autour de sa personne » 

Comment expliquer les résultats des études Recovery et Discovery, qui ne mettaient en évidence aucun effet bénéfique de cette spécialité pharmaceutique ? Ce sont des « ignares » qui n’ont pas administré les bonnes doses aux patients. Les bénéfices démontrés de la dexaméthasone ? « Couillonnade 1 pour les médias. Contre l’inflammation, tout le monde donne des corticoïdes. Ça n’aurait jamais dû faire partie d’une étude en soi. »

Puis on le voit s’avancer sur des sables scientifiques mouvants.: « Mon hypothèse est qu’une partie de la population était naturellement immunisée contre le Covid avant le début de l’épidémie », affirme-t-il, estimant entre « 40 et 70 % » le taux de personnes immunisées. Pour autant, il ne prétend pas connaître la raison de cette immunité. Avec, aussitôt, un filet de protection : « Ce qui est sûr, c’est qu’en parlant d’immunité naturelle, je vais me faire allumer par les labos qui travaillent sur les vaccins ». Et de revenir sur, selon lui, l’impossibilité de mettre au point un vaccin anti-Covid-19.  

Avant d’entrer à l’Assemblée nationale une certitude : il refuse et refusera « de se lancer dans la politique » — et ce, précise Le Parisien,  « malgré l’abattage médiatique autour de sa personne ». « Vos méthodes aussi interrogent, osent les deux journalistes du quotidien. Vous publiez trop souvent dans des revues scientifiques pour que ce soit de qualité, disent vos confrères. Que répondez-vous ? »

« Rien ! Est-ce que vous vous demandez comment Mozart a fait ? Je vais même vous dire, en plus de 150 publications par an, j’ai écrit dix livres en même temps. On n’est pas tous égaux. Dans ce pays, on adore décapiter les gens. » Certes, mais pas seulement. On apprécie, aussi, « l’abattage médiatique ».

A demain @jynau

1 A Sottise, bêtise. Ce n’est pas la première couillonnade que je fais, dit Lecca, et je suis toujours vivant (Giono, Bonheur fou,1957, p. 342):Je suis effrayé, épouvanté, scandalisé par la couillonnade transcendante qui règne sur les humains . Flaubert, Correspondance,1859, p. 318.

B.− Chose de peu de valeur. Tu ne vois pas un petit acte, une petite couillonnade quelconque, genre mondain, qui t’occuperait d’ici là? (Colette, Vagab.,1910, p. 135).

Crise épidémique : l’exécutif accusé d’une gestion des masques «à la petite semaine»

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17/06/2020. Le Dr François Bourdillon a été directeur général de Santé publique France depuis sa création en avril 2016 et jusqu’en juin 2019. Il vient d’être interrogé par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale qui débute ses travaux sur la gestion de la crise du Covid-19. Coup de théâtre : il a dit regretter la «croyance» de nombreux responsables sanitaires dans la «non efficacité des masques» pour le grand public, contrairement à l’approche de réduction des risques prônée par cette agence sanitaire. Le Pr Jérôme Salomon, Directeur général de la santé, aura apprécié.

Selon le Dr Bourdillon c’est cette « croyance » qui est  «probablement une des explications du fait» que seuls 100 millions de masques chirurgicaux aient été commandés à l’été 2019 pour reconstituer le stock stratégique d’Etat – stock qui avait chuté de plus de 700 millions à une centaine de millions après la destruction de stocks en mauvais état.

Santé publique France avait alors recommandé de porter ce stock à 1 milliard pour se préparer à une éventuelle pandémie grippale. Un rapport de l’infectiologue Jean-Paul Stahl remis à Santé publique France en août 2018 préconisait en effet de prévoir une boîte de 50 masques par foyer comprenant une personne malade, soit 20 millions de foyers en cas d’atteinte de 30% de la population. François Bourdillon explique avoir transmis, en septembre 2018, cette préconisation à Jérôme Salomon, soulignant que l’état des stocks «ne permet(tait) pas une protection» du pays en cas d’épidémie.

Voltaire et Rousseau

Ce dernier lui a alors donné instruction de commander 100 millions de masques, ce qui a été fait, après lancement d’un appel d’offres, en juillet 2019: 32 millions ont été livrés courant 2019, le reste devant arriver début 2020, lorsque l’épidémie de Covid-19 a éclaté. Le Dr Bourdillon a également expliqué avoir demandé au responsable ministériel une «doctrine claire» sur la destination de ces masques. Officiellement depuis 2013, hôpitaux et cliniques devaient eux-mêmes déterminer la nécessité ou non de constituer des stocks de masques pour protéger leur personnel. Or rien ne permettait de dire, clairement, si les stocks stratégiques gérés par Santé publique France devaient couvrir les besoins du grand public ou également ceux des soignants.

« Auditionnée dans la foulée de François Bourdillon, l’actuelle directrice de Santé Publique France, Geneviève Chêne, a déroulé un exposé scolaire des missions de l’agence, avant de se faire rappeler à l’ordre par la présidente de la commission, la députée (La République en marche Brigitte Bourguignon Pas-de-Calais), rapporte Le Monde (Chloé Hecketsweiler et Solenn de Royer). Visiblement embarrassée par les questions des députés, elle s’est retranchée à plusieurs reprises derrière le récit circonstancié du travail de l’agence pendant la vague épidémique. Il a fallu attendre les toutes dernières minutes de l’audition pour apprendre qu’elle n’a découvert qu’en janvier n’avoir plus que 100 millions de masques conformes en réserve.» Comment est-ce possible ? Comment justifiera-t-on une telle incurie ?

«Pas de commandes, pas de masques et pas d’instructions… On a le sentiment d’une gestion un peu à la petite semaine» 1, a résumé le député, président du groupe LR, Damien Abad. « Avant de savoir, on ne sait pas »  avait, hier, doctement expliqué aux députés-enquêteurs le Pr Jérôme Salomon – référence faite à Voltaire. Se souvenant de la « faute » de ce dernier, on pourrait, aujourd’hui, citer Rousseau et le ruisseau.

A demain @jynau

1 De manière spontanée, sans réfléchir à l’avenir, à court terme. Cette expression peut également signifier : avec médiocrité, sans grande envergure.

Grippe : Emmanuel Macron va-t-il rendre obligatoire cette vaccination «altruiste» ?

Bonjour

15/06/2020. Altruisme. Dans sa nouvelle allocution solennelle et « surplombante » le président de la République a estimé que face à la pandémie « l’Etat a tenu » – quand d’autres accusaient, hier le même Etat d’avoir été « lamentable ». Et que d’autres étrillent l’ « union de l’incompétence et de l’arrogance ». Emmanuel Macron ;

« Clore aujourd’hui le moment entamé avec le début du confinement n’avait rien d’une évidence. Si nous pouvons rouvrir le pays, c’est parce qu’à chaque étape de l’épidémie chacun a pris sa part. Le Premier ministre et le Gouvernement ont travaillé d’arrache-pied, le Parlement s’est réuni, l’Etat a tenu, les élus de terrain se sont engagés. »

Reste que « le virus est toujours là » et que gouverner c’est prévoir, anticiper. Tout en organisant le déconfinement et en préparant l’achat massif des premiers vaccins anti-Covid, le gouvernement doit songer, déjà, à la grippe hivernale 2020/2021. Le sujet préoccupe déjà les hautes sphères des responsables sanitaires. Comment agir au mieux ? Comment ne pas être accusé, demain, de n’avoir pas su anticiper ? Imposer ou pas, aux soignants notamment, une vaccination désormais considérée comme « altruiste » et potentiellement réductrice de mortalité chez les plus fragiles ?

Il y a peu Jérôme Salomon, Directeur général de la santé saisissait « en urgence » la Haute Autorité de santé (HAS). Objectif : définir la stratégie nationale de vaccination contre la prochaine vague de grippe saisonnière dans le contexte de l’épidémie de Covid-19. Une vaccination qui débutera à le mi-octobre en France métropolitaine et dans les départements-régions d’Outre-Mer des Amériques (…).

A lire sur Slate.fr :  « Le gouvernement va-t-il rendre obligatoire la vaccination «altruiste» contre la grippe? »

A demain @jynau

Altruisme. Conduite de l’homme responsable qui pose comme but de l’activité morale l’intérêt de ses semblables. Quasi-synon. abnégation, générosité; anton. égoïsme, hédonisme : − Je crois, en effet, Maître, qu’on ferait bien… − Ah! vous le pensez aussi, Bardamu, je ne vous le fais pas dire! Chez l’homme, voyez-vous, le bon et le mauvais s’équilibrent, égoïsme d’une part, altruisme de l’autre… chez les sujets d’élite, plus d’altruismeque d’égoïsme. L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 117.

Emmanuel Macron, de Villiers et le déconfinement: qui dit le faux, qui prêche le vrai ?

Bonjour

10/06/2020. Que cherche-t-il ? Après avoir attaqué le Pr Jean-François Delfraissy accusé d’avoir pris le pouvoir politique, l’ancien ministre, comte et fondateur du parc du Puy-du-Fou Philippe de Villiers a fait état un désaccord entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe. Désaccord au sommet quant au  rythme du déconfinement. Selon lui chef de l’Etat estimait que son Premier ministre était plus prudent car il devait «gérer son risque pénal».

«Le 17 mai, j’ai eu une conversation avec Emmanuel Macron et je lui ai dit: ‘’pourquoi il fait ça, Philippe, pourquoi on ne déconfine pas plus vite ?’’» Il m’a dit, ‘’Philippe, il gère son risque pénal’’», a affirmé sur BFMTV  l’ancien président du parti souverainiste Mouvement pour la France.

«Il y avait un désaccord entre eux, sur le rythme du déconfinement, a poursuivi le célèbre souverainiste. Et Macron est assez amer de voir qu’Edouard Philippe est plus populaire que lui, parce que, en fait, il [Emmanuel Macron] voulait déconfiner plus vite. C’est ce qu’il m’a dit. Il m’a dit: ‘’sinon, le pays va crever’’».

L’AFP nous rappelle qu’Emmanuel Macron avait personnellement  décidé de débuter le déconfinement dès le 11 mai – plus tôt que ce que préconisait son Conseil scientifique et une partie de son entourage. Le chef de l’Etat a ensuite autorisé la réouverture du Puy-du-Fou dès le 11 juin. Une décision qu’il avait communiquée à Philippe de Villiers par un SMS ; document que le souverainiste a rendu public dans lequel il lui écrivait, parfois en majuscules: «DÉCISION prise ce matin en conseil de DÉFENSE: on commence dès aujourd’hui le travail en vue de la réouverture objectif 2 juin. Mandat est donné au préfet de commencer le travail dès aujourd’hui.»

Pourquoi des majuscules ? Que cherche Philippe de Villiers ?  Peut-être la promotion de son dernier livre dans lequel il dit exprimer sa tendresse et de son amitié pour Emmanuel Macron.

A demain @jynau

Ouverture d’une enquête historique de police judiciaire sur la gestion de la crise sanitaire

Bonjour

09/06/2020. C’est sans précédent dans ce qu’il est convenu d’appeler les « affaires (scandales) sanitaires ». Le procureur de Paris, Rémy Heitz, a annoncé à l’Agence France-Presse l’ouverture lundi 8 juin d’une vaste « enquête préliminaire » sur la gestion critiquée de la crise du Covid-19 en France. Elle vise principalement les délits de « mise en danger de la vie d’autrui », d’« homicides et blessures involontaires » et de « non-assistance à personne en péril ».

Sans précédent car dans toutes les affaires précédentes plusieurs années séparaient les faits des premières enquêtes de police judiciaire. Or ici l’enquête préliminaire est ouverte alors même que la crise dont la gestion est visée n’est pas, loin s’en faut, terminée. Cette enquête est une première réponse judiciaire à une quarantaine de plaintes reçues par le parquet de Paris pendant le confinement. Elles ont été déposées par des proches de victimes, des organisations professionnelles ou encore, dans une « démarche pétitionnaire », via des plaintes-types publiées sur le site internet plaintecovid.fr

L’AFP précise que ces plaintes contre X ciblent parfois nommément des responsables de l’administration, notamment l’actuel Directeur général de la santé, le Pr Jérôme Salomon, ou encore Santé publique France. Sont également visés l’administration pénitentiaire et le ministère du travail. Les investigations seront confiées à l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp). Elles portent sur les principaux griefs et accusations émis depuis le début de l’épidémie : protection au travail, mise à disposition de masques et de tests, etc. Les Ehpad ne sont pas concernés.

Mettre au jour d’éventuelles infractions pénales 

Attention : « Cette enquête n’est pas là pour définir des responsabilités politiques ou administratives, a expliqué Rémy Heitz,  mais pour mettre au jour d’éventuelles infractions pénales de décideurs nationaux. » A l’exception du chef de l’Etat (irresponsable pénalement) et des membres du gouvernement – dont la responsabilité relève de la Cour de la justice de la République saisie de quatre-vingts plaintes et, peut-être, d’une supplémentaire 1.

Déjà le procureur prévient les citoyens de la suite probable de l’affaire. « S’il y a des fautes pénales, ce seront très probablement – c’est une hypothèse – des fautes non intentionnelles. Or la loi fixe des conditions précises pour établir ces délits : elle exige la preuve d’une “faute qualifiée” qui n’est pas une simple imprudence ou négligence », a détaillé le procureur. Selon lui regrouper ces enquêtes permettra  d’établir un fonds documentaire commun sur l’état des connaissances scientifiques. « Pour ce type d’infractions, le code pénal dit bien qu’il faut apprécier les responsabilités [des décideurs] au regard des moyens et des connaissances dont ils disposaient au moment des décisions », a-t-il souligné.

Le procureur de Paris anticipe d’ores et déjà un travail « considérable », dans une « situation historique » puisque « c’est la première fois que des plaintes sont déposées alors que la crise bat son plein ». Le procureur ne dit pas si son travail, considérable, en sera facilité.

A demain @jynau

1 Le Quotidien du Médecin (Marie Foult) annonce que quarante médecins libéraux et hospitaliers s’apprêtent à porter plainte devant la Cour de justice de la République contre l’ancienne et l’actuel ministre de la Santé, Agnès Buzyn et Olivier Véran, le Premier ministre Édouard Philippe et le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. Distribution des masques, des tests, du matériel, des médicaments indispensables, mais aussi « ingérence » et « injonctions » de l’État… : cette action en justice reprend plusieurs arguments développés dans une tribune publiée fin mars, intitulée « Le gouvernement fait-il vraiment la guerre au coronavirus ? », signée par plus d’une centaine de médecins. Qualifiée « d’exceptionnelle » par ses auteurs, la plainte sera déposée d’ici à la fin de semaine pour « abus de droit » contre les ministres concernés mais aussi « abstention volontaire de combattre un sinistre, homicide involontaire » et « mise en danger délibérée de la vie d’autrui » (contre le DGS).

Face aux nouveaux journalistes d’investigation, deux anciens directeurs généraux de la santé

Bonjour

28/05/2020. C’est une tribune originale, dérangeante, provocatrice. Un texte qui alimentera diverses polémiques dans les champs politique, judiciaire et journalistique. Il est publié dans Le Monde et signé de deux anciens directeurs généraux de la santé : Jean-François Girard (1986-1997) et Joël Ménard (1997-1999) ; deux fortes personnalités médicales.

Un texte que Le Monde présente et résume ainsi : « Pour les anciens directeurs généraux de la santé Jean-François Girard et Joël Ménard, les leçons à tirer de la crise sanitaire liée au Covid-19 ne le seront ni par le journalisme d’investigation ni par les commissions d’enquête ou des actions judiciaires collectives ». Incitons, ici, à sa lecture (et au débat ouvert par Le Monde) à partir de ces quelques extraits :

« La loupe médiatique a jeté son dévolu sur le champ de la santé. Le temps du « Monde de la médecine », sous l’autorité de Mme la docteure Claudine Escoffier-Lambiotte [1923-1996, responsable de la rubrique médicale du Monde de 1956 à 1988], est révolu. La génération de journalistes médicaux qu’elle a contribué à former a presque disparu.

« Des journalistes reconnus pour leurs investigations du monde politique enquêtent aujourd’hui sur l’étrange mélange de la médecine et de la politique, de la santé publique et de l’économie, qui s’est installé depuis février. De nos jours, la pression exercée au travers de la course aux nouvelles des multiples chaînes d’information continue est démultipliée par les interprétations que chacun propose ou invente sur les réseaux sociaux. Le démenti d’une fausse nouvelle est en soi une nouvelle de plus.

La défausse, la rancœur, la vengeance, la possibilité de faire parler de soi

« Il est donc normal pour deux anciens directeurs généraux de la santé (DGS) de suivre avec empathie la situation de leurs successeurs quand on les voit affronter une situation difficile (…)  Les personnalités prises dans les filets du journalisme d’investigation ont des doutes sur elles-mêmes. A aucun prix elles ne peuvent craquer sur leurs faiblesses.

« Volontairement ou non s’infiltrent dans la confrontation aux médias des biais comme la peur, la défausse, la rancœur, voire la vengeance ou la possibilité de faire parler de soi. Savoir que l’on est interrogé par des journalistes oriente les réponses, consciemment ou inconsciemment. La recherche de faits ne devrait pas dépendre de manière disproportionnée des aléas de formulation d’une question ou d’une réponse, ni d’un choix arbitraire des interlocuteurs. Il en sera de même pour les commissions dites « d’enquête » (…)

« Les narrations du journalisme d’investigation accompagnent l’actualité, ont un style particulier d’accroche, en particulier dans les titres, mais leur démarche narrative n’est pas l’histoire. Lire ces narrations est intéressant, creuser l’histoire est une tâche différente et plus difficile, où il faudra échapper aux risques de facilité induits par l’accès à un récit anecdotique antérieur bien écrit, qui influence les mémoires et les analyses critiques ultérieures (…)

« Le point majeur, selon nous, est que les leçons à tirer de la pandémie ne le seront pas par le journalisme d’investigation, ni par les commissions d’enquête, les actions judiciaires collectives ou les débats télévisés. La seule urgence est l’avenir du fonctionnement global de la France et de l’Europe, dans leur composante santé. »

A demain @jynau

Nouvelle alerte officielle contre la chloroquine : suspension de tous les essais cliniques !

Bonjour

26/05/2020. Les nuages s’amoncellent sur Marseille et son IHU Méditerranée Infection.  L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient de prendre et d’annoncer une décision sans précédent. Elle explique avoir été informée de la position du comité scientifique de l’essai international Solidarity (en lien avec l’OMS) concernant « la suspension des inclusions de nouveaux patients qui devaient être traités avec de l’hydroxychloroquine » – et ce  dans l’attente d’une réévaluation globale du bénéfice/risque de cette molécule dans les essais cliniques.

« Dans ce contexte et par mesure de précaution, nous avons lancé auprès des promoteurs évaluant l’hydroxychloroquine, une procédure de suspension des inclusions de patients dans  les essais cliniques menés en France, explique l’ANSM. Elle prendra effet après un délai de contradictoire de 24h. Les patients en cours de traitement avec de l’hydroxychloroquine dans le cadre de ces essais cliniques pourront le poursuivre jusqu’à la fin du protocole. »

Paranoïa et démagogie

Depuis le début de l’épidémie à COVID-19, l’ANSM avait autorisé pas moins de seize essais cliniques évaluant l’hydroxychloroquine. Cette décision sans précédent intervient dans l’attente de nouvelles données sur l’utilisation de l’hydroxychloroquine chez les patients atteints par la COVID-19. « Nous rappelons que seuls les résultats d’essais randomisés solides sur l’hydroxychloroquine, associée ou non à l’azithromycine, peuvent permettre d’apporter la preuve de son efficacité et de sa sécurité » conclut l’ANSM.

Après la décision du Haut Conseil de la Santé Publique (et dans l’attente de la mesure d’interdiction que pendra Olivier Véran) cette mesure et de nature à alimenter toutes les paranoïas, tous les excès politiques démagogiques.

A demain @jynau

Emmanuel Macron : quel sera le vrai prix de son acte de contrition de La Pitié-Salpêtrière ?

Bonjour

16/05/2020. Ainsi donc hier fut un nouveau jour « historique » dans la petite histoire de la Macronie « Cet épisode sera l’un des marqueurs du quinquennat ! » glissa-t-on, en toute simplicité, à l’attention des médias sous les ors de L’Elysée. De bien grands mots pour une petite surprise présidentielle, sortie semi-secrète et hospitalière. Et finalement le retour en fanfare d’Emmanuel Macron au temple hospitalo-universitaire de la Pitié-Salpêtrière. Même cause, mêmes effets : à  nouveau un chef de l’Etat pris à partie par des soignants exacerbés par de l’incurie récurrente de l’exécutif.  

Il fallait assurer le spectacle. Ce fut comme un étrange acte laïc de contrition/attrition – le besoin soudain de se confesser, d’expier. La grande repentance politique. Où l’on vit ainsi, médusé, le président de la République se présenter comme un « enfant de l’hôpital » : référence à ses attaches familiales, père neurologue au CHU d’Amiens, frère radiologue dans une clinique privée de Seine-Saint-Denis. Et, dans la foulée un mea culpa collectif à très haut risque politique sur la façon dont le système de santé avait été réformé depuis son arrivée à l’Elysée en 2017. « On a sans doute fait une erreur dans la stratégie annoncée il y a deux ans », a-t-il reconnu, en référence à la réforme du système de santé ridiculement baptisé « Ma santé 2022 ».

Ce fut un désaveu cinglant du travail entrepris par son gouvernement – à commencer par Agnès Buzyn qui semble avoir désormais radicalement disparue de la Macronie. Le chef de l’Etat a, rapporte Le Monde, (François Béguin et Cédric Pietralunga) estimé que cette loi « ne portait pas assez de sens » et avait « un rapport au temps et une ampleur qui n’étaient pas du tout suffisants par rapport à l’état où était l’hôpital ». « On mettait fin à quinze ans de baisse des tarifs hospitaliers, on [les] avait même réaugmentés. J’étais convaincu qu’on était en train de changer les choses », et « c’est très cruel pour moi-même », a-t-il ajouté, jugeant que « c’était une super stratégie mais à faire dix ans plus tôt ». Même chose pour les deux plans d’urgence concoctés par Agnès Buzyn à l’automne 2019. « Ils étaient sous-dimensionnés », reconnaît aujourd’hui sans difficultés l’entourage d’Emmanuel Macron.

L’envie, la bonne énergie et le désespoir

Ainsi donc il aura fallu une crise épidémique sanitaire et hospitalière majeure pour susciter une prise de conscience présidentielle – là où, pourtant, tous les feux des soignants étaient au rouge depuis plus d’un an … Où était, alors, le président, cet « enfant de l’hôpital » ? Et comment les mêmes soignants entendront-ils ces nouveaux mots, ce futur « Ségur »de l’organisation du système de santé, du nom de l’avenue parisienne où est situé le ministère de la santé – le type même d’appellation jacobine-administrative  contraire à la révolution girondine-médicale que vient, sous la pression, d’inventer le système de santé français 1

Contrition ? Mea Culpa ?« Il y a un vrai changement de paradigme dans le discours d’Emmanuel Macron, observe le Dr François Salachas, membre du Collectif inter-hôpitaux, qui avait sèchement interpellé le président lors de sa précédente visite à la Pitié le 27 février. Soit on peut être méfiant, soit on peut dire oui, cette crise va permettre de refonder l’hôpital public. »

« Cette soudaine accélération du tempo présidentiel ne doit rien au hasard, souligne Le Monde. Au sein de l’exécutif, les images de cortèges de soignants défilant ces derniers jours devant leur hôpital, à Toulouse, à Saint-Etienne, ou à l’hôpital Robert-Debré à Paris, ont jeté un froid. ‘’On pensait avoir jusqu’à la rentrée pour construire un plan pour l’hôpital, on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas attendre’’, reconnaît un conseiller ministériel. »

Et attendre d’autant moins que les couacs et les impairs s’enchaînent. Comme cette annonce ubuesque de l’attribution d’une « médaille de l’engagement » 2 aux soignants ayant lutté contre le Covid-19. Ou cette annonce d’un défilé de héros en blouses blanches, au pas cadencé, à côté des militaires du 14 juillet déconfiné…

Et puis cette terrible phrase présidentielle, surplombante : « Je n’ai pas envie que la bonne énergie retombe et que le désespoir s’installe ». Il répondait à des infirmières de La Salpêtrière qui l’interpellaient sur leurs trop bas salaires.

A demain @jynau

1 Sur ce thème, écouter les pertinentes analyses du souvent controversé Pr Philippe Juvin, responsable politique (LR) et chef du service des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou. « Pr Juvin : les leçons d’une crise » BFM-TV, 15 mai 2020

2 Sur ce thème, un chef d’œuvre de Denis Pessin, sur Slate.fr : « Ordre du virus »