Alzheimer, ANSM, antibiotiques : abécédaire et dernier inventaire de Marisol Touraine

 

Bonjour

Entretien à la Prévert de Marisol Touraine dans Le Monde daté du 18 novembre  (Laetitia Clavreul, Paul Benkimoun, François Béguin). Comme un inventaire avant soldes. Essai ce classement.

Affaire de l’essai clinique de Rennes et des possibles manquements de l’ANSM. Il s’agit là d’un abcès loin d’être vidé. Et ce d’autant que la direction de l’Agence de sécurité du médicament cherche à faire pression sur des journalistes du Figaro et de Mediapart. Marisol Touraine est-elle en phase avec l’Agence dont elle a la tutelle ? Le sujet n’est malheureusement pas abordé directement dans Le Monde. « Des articles ont mis en cause l’autorisation de l’essai de Rennes par l’ANSM, l’accusant aussi d’avoir édulcoré sa responsabilité. Y-a-t-il eu des manquements de l’ANSM ? » demande le quotidien du soir à la ministre de la Santé. Réponse :

« L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), que j’ai missionnée après le drame, a pointé des failles du côté de l’industriel BIAL, du centre de recherche BIOTRIAL, mais pas de manquements du côté de l’ANSM, seulement des besoins de réorganisation. Des médias (sic) ont fait état de ce que la direction de l’ANSM aurait transmis une version modifiée des conclusions de ses experts. J’ai donc demandé à l’IGAS si le contenu de ces articles remettait en cause les conclusions de son rapport. Elle m’a dit que non. Je ne dispose donc d’aucun élément qui mette en cause l’ANSM. La procédure judiciaire engagée sera amenée à se prononcer le cas échéant sur les responsabilités des uns et des autres. »

Une semaine d’antibiotiques, pas plus

On n’en saura pas plus. La ministre est plus prolixe sur la question des antibiotiques dont la prescription, en France, est redevenue de plus en plus automatique. Elle annonce « un encadrement des prescriptions ». En pratique ne première prescription ne pourra être faite pour une durée supérieure à sept jours (alors qu’en moyenne  ces prescription sont aujourd’hui de dix jours en médecine de ville). Elle annonce aussi un renforcement dépistage sur l’origine virale ou bactérienne des angines par des tests rapides. Un dépistage qui, Brexit ou pas, avance à grande vitesse dans les pharmacies britanniques comme nous l’apprend la BBC: “Sore throat sufferers urged to take pharmacy test.

Rien, ou presque, sur le vertigineux dossier des prix croissants, inaccessibles, de certains médicaments (« Avec le président de la République, je porte cette question au niveau international ») à l’exception d’une pique politique (« Mais quand je vois que tous les candidats à la primaire de la droite annoncent des déremboursements massifs et qu’au Parlement, la droite a systématiquement voté contre les dispositifs de régulation des coûts que j’ai proposés, je me demande où l’on va »).

Hypothèse et question absurdes

Où allons-nous avec sa décision unilatérale est inexpliquée de ne pas dérembourser les médicaments anti-Alzheimer, que la Haute Autorité de santé a jugé inefficaces et dangereux ? Que répond-elle aux lanceurs d’alerte comme Irène Frachon (elle-a-révélé-le-scandale-du-Mediator) l’accusent  de céder au poids du lobby pharmaceutique ?

« C’est absurde ! Jamais un médicament n’a été déremboursé du jour au lendemain. Le faire plongerait les patients et leur famille dans le désarroi, alors que la qualité de la prise en charge est très variable d’un lieu à l’autre. C’est un sujet médical et humain. Je ne serai pas la ministre qui prendra une décision pour des raisons économiques. Aucun pays n’a déremboursé. Si la France décidait de le faire, elle serait la première. Ma décision est transitoire et doit permettre de faire évoluer en douceur notre système de prise en charge. J’ai demandé au professeur Michel Clanet de me faire une proposition en ce sens avant fin janvier. »

Le précédent Xavier Bertrand

Faut-il laisser sur le marché des médicaments inefficaces et dangereux au motif que les retirer « plongerait les et leur famille dans le désarroi » ? Est-ce là une politique ? Si l’on osait on dirait que la réponse de la ministre de la Santé mériterait d’être complétée, débattue, critiquée.

Sur ce sujet on lui conseillerait volontiers de ce reporter à l’éditorial (Bernard Gavid) de la dernière livraison de la Revue du Praticien Médecine Générale. Il rappelle que ces médicaments coûtent chaque années 180 millions d’euros à la solidarité nationale. Il s’interroge : « Comment comprendre les réticences de nos ministre de droite [Xavier Bertrand] ou de gauche [Marisol Touraine] à suivre les recommandations de la HAS ? Les intérêts des lobbies seraient-ils plus importants que ceux des patients ? ».

Nous savons désormais, grâce au Monde, que pour Marisol Touraine cette question est absurde. Nous la reposerons.

A demain

 

Mediapart et Le Figaro accusent l’ANSM de «pressions» sur leurs journalistes

Bonjour

Rien, vraiment rien, ne rapproche Mediapart du Figaro si ce n’est la pratique du journalisme – ce qui, parfois, peut signifier beaucoup. Or voici, précisément que les sociétés des journalistes de ces deux médias se réunissent et font cause commune contre ce qu’il faut bien appeler une étrange menace émanant de l’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM).

La direction de cet Etablissement public français leur reprocherait leur couverture de l’affaire BIOTRIAL, cet essai clinique ayant notamment causé la mort d’un volontaire sain. Une information judiciaire est actuellement ouverte des chefs d’homicide involontaire et de blessures involontaires.

Presse complaisante

Il faut, pour comprendre, lire le communiqué qui vient d’être diffusé « Mediapart et Le Figaro protestent contre les pressions de l’Agence du médicament ». Extraits :

« Les Sociétés des journalistes du Figaro et de Mediapart dénoncent les méthodes de l’agence du médicament (ANSM) dans l’affaire de l’essai clinique de Rennes. Dominique Martin, actuel directeur général de l’agence, n’apprécie pas le travail rigoureux de certains journalistes, et préfèrerait une presse plus complaisante et plus docile. 

« Le 28 octobre, Dominique Martin a écrit à la direction du Figaro et de Mediapart à qui il n’hésite pas à demander ‘’de bien vouloir cesser de citer nommément les agents de l’ANSM’’. Il exige aussi que ces deux médias retirent les noms figurant dans les précédents articles mis en ligne depuis… janvier dernier. L’une des fonctionnaires de l’ANSM, Farida Ouadi, a de son côté fait envoyer par ses avocats, aux deux mêmes journaux, une mise en demeure. Elle exige que l’on cesse de divulguer son identité.  

Rendre compte aux citoyens

« Ni Dominique Martin, ni les avocats de Madame Ouadi, ne s’appuient sur le moindre fondement juridique qui imposerait de respecter l’anonymat des agents de la fonction publique et qui justifierait leurs demandes.  Monsieur Martin, qui fut membre du cabinet de Bernard Kouchner, ministre de la santé (2001-2002), et Madame Ouadi, salariée de l’ANSM, travaillent tous deux dans une agence nationale, qui, à ce titre, a des comptes à rendre aux citoyens. 

« Retirer les noms de personnes citées dans des articles déjà publiés, tout comme s’interdire de les nommer à l’avenir, est contraire à notre métier, celui d’informer. Et cela, d’autant plus que ces personnes ont été parties prenantes dans la chaîne de décision qui a conduit à l’accident mortel. »

L’aval de Marisol Touraine ?

Il  faut ici rappeler que l’ANSM avait validé l’essai clinique de Rennes avant d’enquêter sur ce même essai. Il faut aussi souligner (comme nous l’avons fait à plusieurs reprises sur ce blog) que les enquêtes du Figaro et de Mediapart ont conduit à éclairer de lumières non officielles, certaines des conditions dans lesquelles l’ANSM avait autorisé cet essai. Elles ont aussi conduit à s’interroger sur le fait de savoir si cette puissante agence avait, ici, pleinement rempli les missions de santé publique qui sont les siennes.

Les Sociétés des journalistes du Figaro et de Mediapart  qualifient, justement, les requêtes de Dominique Martin et de Farida Ouadi d’ « inacceptables ». Elles réaffirment leur volonté de poursuivre leur travail d’information, sans céder aux tentatives d’intimidation. On voit mal, à dire vrai, comment, les connaissant, ces tentatives pourraient les intimider.

Ce travail d’information pourrait notamment s’orienter sur les véritables raisons qui conduisent à ces tentatives.  L’une des questions soulevées est celle de savoir si Marisol Touraine, ministre de tutelle de l’ANSM a donné son aval pour que de telles pressions puissent s’exercer. On peut supposer que la réponse ne manquerait pas d’intérêt.

A demain

Cigarette électronique : la Direction Générale de la Santé va-t-elle en autoriser la publicité ?

 

Bonjour

Il est des dossiers de santé publique qui portent en eux de redoutables dynamiques. C’est le cas de celui de la cigarette électronique. Au rang des dynamiques positives il y a ce jeu de fleuret moucheté entre, d’un côté, le monde de l’addictologie et celui de la vape  et, de l’autre, la Direction Générale de la Santé (Pr Benoît Vallet).

C’est dans ce cadre qu’a été organisée, par #Sovape, une « Consultation publique sur la liberté d’expression concernant le vapotage : propagande, publicité directe et indirecte ». Et le rapport de synthèse de cette consultation a, lundi 14 novembre, été adressé au Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé. Il s’agit ici de nourrir le dialogue avec la DGS et d’argumenter concernant la liberté d’expression sur le vapotage qui avait donné lieu au dépôt d’un recours de 5 associations devant le Conseil d’État.

Le rapport de cette consultation publique est un document anthropologique et politique. Une photographie addictologique, un instantané de la réduction des risques. Extraits:

« La vape s’est répandue dans un premier temps par le bouche à oreille, en l’absence de toute réglementation, un vaste système d’information s’est développé très librement pour répondre aux interrogations des consommateurs sur la santé bien sûr, mais aussi sur les nombreuses autres questions nécessaires  à une bonne pratique : matériels, liquides, techniques et sécurité.

« Découvrant la vape par leurs patients, les professionnels de santé, faute d’informations suffisamment rassurantes des instances de santé publique, se sont aussi nourris de ce système d’information créé par la société civile. La réglementation entrée en vigueur au mois de mai 2016 a initialement été calquée sur celle du tabac. Elle interdit notamment la propagande sans définir le terme. Cette situation risque de circonscrire toute l’information sur la vape aux seules instances officielles de santé.

« Ainsi , les fumeurs très nombreux qui souhaitent arrêter en dehors d’un parcours médical, sont gravement lésés par des interdictions de communication qui pèsent sur les professionnels et les particuliers qui parlent de la vape, des matériels, des liquides et des techniques.  Le consensus est total pour affirmer que les interdictions de publicité et propagande sont absolument contraires à l’expérience vécue jusqu’à aujourd’hui. »

En pratique la question est clairement posée. Les participants à cette consultation estiment indispensable d’obtenir une  modification des articles L3513-4 et L3515-3 du Code de la santé publique – articles qui disposent que « la propagande ou la publicité, directe ou indirecte, en faveur des produits du vapotage est interdite » (100 000 euros d’amende). Modifier la loi n’est pas une simple affaire. Peut-on se contenter, ici, d’une circulaire ?

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Comment faire pour ne pas en finir avec le tabac : Marisol Touraine lirait-elle «Direct Matin» ?

 

Bonjour

Voilà qui ne plaira guère aux buralistes : plus d’un quart des Français jugent que l’interdiction totale du tabac serait la mesure la plus efficace pour faire baisser la consommation de cigarettes. Telle est la conclusion d’un sondage réalisé par l’institut CSA et que vient de publier le quotidien Direct Matin : « Exclusif : plus d’un Français sur quatre favorable à l’interdiction du tabac ». Cette proportion est de 29 % chez les non-fumeurs et de 23 % chez les fumeurs. Plus d’un fumeur sur cinq souhaiterait que l’objet de sa dépendance disparaisse de son paysage quotidien.

Les deux autres mesures plébiscitées sont financières : elles consistent à augmenter le prix des paquets de cigarettes et à rembourser intégralement les aides au sevrage. Chacune est jugée comme étant  la plus efficace chacune par 24 % des sondés. L’écart est toutefois net entre fumeurs et non fumeurs. Les fumeurs privilégient à 39 % le remboursement des aides à l’arrêt du tabac et à seulement 15 % la hausse des prix. Et 27% des non-fumeurs pensent quant eux à qu’une augmentation des prix serait la mesure la plus efficace – tandis que 18 % citent le remboursement total des aides au sevrage.

On observera que depuis cinq ans le gouvernement n’a pas augmenté les prix des cigarettes et que, pour l’essentiel, le fumeur doit payer de sa poche les médicaments (substitut nicotiniques) qui peuvent l’aider à en finir avec sa maladie. Pourquoi une telle exception dans le paysage français de la sécurité sociale et du tiers payant généralisé ? Comment ne pas s’en indigner ?

Et sans revenir sur le dossier, chaque jour plus explosif, de la cigarette électronique on notera que le « paquet neutre » (clef de voûte de la politique gouvernementale de « réduction du tabagisme ») n’est pas même cité.

A demain

Cigarette électronique : elle doit désormais être autorisée dans les hôpitaux publics

 

Bonjour

C’est un appui de poids au service de la réduction des risques. Les troupes et chevau-légers lanciers du « Réseau de prévention des addictions » RESPADD viennent de prendre position sur le terrain (politiquement) brûlant de la cigarette électronique. L’information vient de nous être donnée par le Pr Bertrand Dautzenberg, l’un des rares pneumologues hospitalo-universitaire agissant ici à visage largement découvert.

Il faut ici rappeler que le RESPADD fut à l’origine de la mise en place de la politique Hôpital sans tabac. C’était il y a dix ans. Rappeler aussi qu’il constitue aujourd’hui le plus important réseau d’établissements de santé engagés dans la prévention et la prise en charge des pratiques addictives – et qu’il bénéficie d’une longue expérience de la réduction des risques.

Réduire le tabac

C’est à ces différents titres que ce Réseau  « soutient et accompagne la diffusion de la cigarette électronique comme un outil de réduction du tabagisme à fort potentiel ». Ecoutons les responsables de ce Réseau :

« Les professionnels de santé ont le souci constant d’aider les patients à trouver de nouvelles voies de sortie ou de réduction des risques de leurs addictions. La vape, ou cigarette électronique, apparaît comme un produit non anodin, car contenant le plus souvent de la nicotine, mais également comme un outil de réduction des risques et de sortie du tabagisme quand elle correctement utilisée.

« La vape dans les hôpitaux ne doit pas nuire aux non-vapoteurs et aux non-fumeurs, ni ne doit constituer une incitation à vapoter pour les non-fumeurs. Toutefois, elle doit pouvoir être largement utilisée par les fumeurs, dans le respect des impératifs sus-cités, afin de faciliter l’abandon du tabac. »

Pragmatisme collectif

C’est pour répondre à ces impératifs (et en ayant pris en compte les textes législatifs disponibles en novembre 2016) 1  que le RESPADD formule des recommandations pragmatiques qu’il propose aux établissements de santé – et ce dans un document rendu public ce jour issu d’un consensus d’experts en addictologie 2.

Ce document respecte la législation en vigueur tout en proposant des aménagements des textes, en permettant de créer dans les services de psychiatrie, d’addictologie, de long séjour ou de soins palliatifs, une salle collective dédiée au vapotage. Cette mesure semble en effet préférable aux autres solutions possibles pour certains patients.

Pour le RESPADD il serait souhaitable que les textes d’application de l’article L3513-6 du code de la santé prévoient cette exception à la règle générale. Plus généralement il serait (aussi) souhaitable que celle ou celui qui prendra la suite de Marisol Touraine au ministère de la santé commence à se documenter sur le sujet.

A demain

Article L3513-6. Créé par  Ordonnance n°2016-623 du 19 mai 2016 – art. 1
Il est interdit de vapoter dans : les établissements scolaires et les établissements destinés à l’accueil, à la formation et à l’hébergement des mineurs ; les moyens de transport collectif fermés ; les lieux de travail fermés et couverts à usage collectif.

2 Pr Nicolas Authier, CHU de Clermont Ferrand ; Dr Michel Bolopion, CSAPA et CHS de Gray ; Dr Nicolas Bonnet, RESPADD ; Dr Anne Borgne, RESPADD et CSAPA Victor-Segalen de Clichy-la-Garenne ; Julien Bouvret, CH de Dôle ; Pr Bertrand Dautzenberg, AP-HP Pitié Salpêtrière ; Dr Xavier Guillery, CH Guilaume Régnier, Rennes ; Dr Philippe Michaud, Hôpital Nord-92, Villeneuve-la-Garenne ; Dr Phuc Nguyen, CH de Roanne ; Pr François Vabret, CHU de Caen, Dr Wadji Mehtelli, AP-HP Fernand Widal.

Acceptez-vous, oui ou non, de participer à la réparation des vivants ? Lu et approuvé.

Bonjour

L’Agence de la biomédecine ne s’en lasse pas et délègue ses tâches. On la dirait presque faite pour cela : du 19 novembre au 4 décembre prochain elle lance une nouvelle « campagne ». Ce sera, cette fois, sur les « nouvelles dispositions législatives pour l’expression du refus sur le don d’organes ».

Depuis 1976 tout allait plus ou moins bien dans une relative hypocrisie générale. La France du prélèvement et de la greffe vivait sous le régime de la loi dite Caillavet : chaque Français était un donneur d’organes présumé – ce qui supposait que ce même Français pouvait, aussi, exprimer son refus. Mais la forme de cette expression restait dans un relatif brouillard. D’où les négociations-incompréhensions parfois douloureuses entre les équipes médico-chirurgicales et les proches d’une personne en état de mort cérébrale maintenue en vie artificielle.

Thérapeutique agissante

 Puis, avec le temps et les progrès de l’informatique, le législateur créa le « registre national des refus » moyen principal d’expression du refus de prélèvement. Mais, toujours, le bât blessait : ce mode d’expression n’était pas exclusif : la présence d’un nom dans le registre excluait, le cas échéant, le prélèvement sur le corps de la personne mais son absence ne le permettait pas ipso facto pour autant.

Les listes d’attente s’allongeaient, il fallait progresser. On se saisit de la loi de modernisation de notre système de santé. Des positions radicales s’exprimèrent, au nom de la thérapeutique agissante. Finalement ce fut un décret (décret du 11 août 2016) qui vint préciser les autres modalités d’expression du refus. Et loin de simplifier la situation se complique :

«  Chaque personne opposée au prélèvement de tout ou partie de ses organes peut faire un écrit, qui devra être confié à un proche. Ce dernier pourra ainsi le transmettre à l’équipe médicale en cas de décès rendant envisageable un prélèvement d’organes-tissus.

« Chacun peut aussi faire savoir son opposition de vive-voix à ses proches. Dans ce cas, il sera demandé de retranscrire par écrit les circonstances précises de l’expression de ce refus et au proche qui l’a fait connaître de signer cette retranscription. »

Carte Vitale®

Il faudra, en somme, s’engager un peu plus en avant : rédiger et signer une petite rédaction. Faute de quoi les prélèvements seront pratiqués. Est-ce progresser, ici, que de passer de l’oral à l’écrit ? Quel est le but recherché ?

Du 19 novembre au 4 décembre, donc, elle nouvelle « campagne » : « spot radio diffusé sur une sélection de stations nationales ; « vidéo virale à l’attention des 15-25 ans » ; « affiches visibles dans la presse écrite et les hôpitaux » etc. L’agence de presse privée travaillant pour l’Agence de biomédecine propose aux journalistes qui le souhaiteraient d’être « mis en relation avec un témoin ou un expert ».

Personne n’a encore songé d’offrir un exemplaire-poche de l’épatant « Réparer les vivants » (2014). Ou un bon d’entrée pour le film éponyme et son premier degré. Cela viendra. Puis, plus tard, on demandera à chacun de faire et dire son choix expressément et de son vivant. Il sera inscrit (et modifiable) sur sa Carte Vitale®.

A demain

1 Une exception dans ce mélo, un homme en blanc : Philippe « Bouli » Lanners (Dr Pierre Revol). A dire vrai la tâche était impossible. Comment imaginer pouvoir mettre en image des passages comme celui-ci :

«Le cœur de Simon migre maintenant, il est en fuite sur les orbes, sur les rails, sur les routes, déplacé dans ce caisson dont la paroi plastique, légèrement grumeleuse, brille dans les faisceaux de lumière électrique, convoyé avec une attention inouïe, comme on convoyait autrefois les cœurs des princes, comme on convoyait leurs entrailles et leur squelette, la dépouille divisée pour être répartie, inhumée en basilique, en cathédrale, en abbaye, afin de garantir un droit à son lignage, des prières à son salut, un avenir à sa mémoire – on percevait le bruit des sabots depuis le creux des chemins, sur la terre battue des villages et le pavé des cités, leur frappe lente et souveraine, puis on distinguait les flammes des torches (…) mais l’obscurité ne permettait jamais de voir cet homme, ni le reliquaire posé sur un coussin de taffetas noir, et encore moins le cœur à l’intérieur, le membrum principalissimum, le roi du corps, puisque placé au centre de la poitrine comme le souverain en son royaume, comme le soleil dans le cosmos, ce cœur niché dans une gaze brochée d’or, ce cœur que l’on pleurait.»

A ceux qui s’intéressent aux salles de shoot, aux Civettes et à la cigarette électronique

 

Bonjour

Il est des sociologues qui ont l’esprit de synthèse. Ainsi Marie Jauffret-Roustide 1. Elle vient de publier un remarquable petit texte – à lire, précisément,  dans la dernière livraison (novembre) de la revue Esprit  (numéro consacré à « Nos prisons »). On y lit ceci, qui réjouira les lecteurs éclairés d’Esprit :

« La salle de consommation qui vient d’ouvrir à Paris le 17 octobre 2016 n’est en rien une salle de ‘’shoot’’ qui renvoie à l’image glauque des shooting galleries. C’est un espace  vaste et lumineux de plus de quatre cents mètres carrés, accolé à l’hôpital Lariboisière, mais dont l’entrée est indépendante.

« L’usager qui souhaite y réaliser une injection passe par une salle d’attente, montre le produit qu’il prévoit de s’injecter aux professionnels, qui lui remettent du matériel d’injection neuf. L’usager peut ensuite bénéficier d’un box individuel. Une fois son injection réalisée il a la possibilité de rejoindre la salle de repos. »

Insistons : le texte de Marie Jauffret-Roustide est remarquable, qui offre des perspectives éclairantes sur les politiques de réduction des risques. Pour autant on voit bien ce qu’une telle présentation peut avoir de brutal, d’incompréhensible et donc de choquant. L’usager est un toxicomane, le produit est de la drogue illicite, la salle d’attente, le matériel d’injection et la salle de repos sont offerts par la collectivité qui prend en charge le salaire des professionnels. »

Moindre mal

Brutal… incompréhensible… choquant… Et pourtant. Il suffit de remplacer usager par malade et matériel d’injection par matériel de soins pour que l’insupportable le soit moins. Reste à comprendre qu’il ne s’agit plus de quête du plaisir mais d’esclavage de la dépendance. Reste à accepter que le drogué soit (de cette manière) pris en charge par la collectivité. Reste à se résoudre à l’incohérence des frontières (accepter dans un espace public l’entrée d’un poison illicite). Reste à avaler le fait que nous ne sommes pas ici dans l’idéal mais dans la logique du moindre mal (ex duobus malis minor est eligendum ). Ou dans celle de la fin qui, tout bien pesé, justifie les moyens.

« Le ‘’Nerval’’ qui vient d’ouvrir boulevard de Port-Royal à Paris le 17 octobre 2016 est un espace vaste et lumineux de plus de cents mètres carrés, accolé à l’ancien hôpital du Val-de-Grâce, mais dont l’entrée est indépendante.

« L’usager qui souhaite y réaliser un achat de paquets neutres passe devant un comptoir, montre le produit qu’il prévoit de s’administrer aux professionnels, qui lui remettent contre uns somme d’argent dont le montant est strictement fixée par l’Etat. L’usager soit ensuite sortir pour s’administrer son achat. Une fois son inhalation réalisée il a la possibilité de prendre un peu de repos. 

« L’usager peut aussi tenter (toujours à ses frais) de réduire (voire de cesser) ses administrations. Il use pour cela d’un matériel dénommé cigarette électronique qui le protège des substances cancérigènes autorisées à la vente par un Etat-monopole qui en taxe la commercialisation. L’actuel gouvernement socialiste n’est guère favorable à la publicité pour ce matériel. Les spécialistes des addictions ne comprennent toujours pas pourquoi. »

A demain

1 « Diplômée de sciences politiques et d’un doctorat de sociologie, Marie Jauffret-Roustide mène actuellement un programme de recherche à l’Inserm sur la gestion du risque dans le champ des addictions et la place des savoirs profanes dans la construction des politiques de réduction des risques. Elle met en oeuvre une approche pluridisciplinaire alliant sociologie, épidémiologie et science politique, s’appuyant sur des méthodes de recherche quantitatives (enquêtes épidémiologiques transversales, cohortes), qualitatives (entretiens et observations ethnographiques) et méthodes mixtes (analyse des réseaux sociaux). Son programme de recherche se propose d’analyser conjointement les politiques publiques et les pratiques sociales des usagers dans le champ d’analyse de la gestion des risques et dans une perspective de comparaison européenne (France, Royaume-Uni, Pays-Bas). »