Masques: Emmanuel Macron doit répondre en urgence aux héros indignés en blouse blanche

Bonjour

02/03/2020. C’est un abcès national qui doit être au plus vite percé. Et seul, ici, le chef de l’Etat est en situation d’opérer. Nous parlons de ce formidable symptôme, d’une violence sans précédent :   le texte signé par tous les ordres nationaux des professions de santé 1, publié le 30 avril et intitulé « Les masques tombent !». Un document à lire et à relire (nous soulignons) :

« Notre pays connait une crise sanitaire sans précédent. Un état de guerre suivant les mots du Président de la République. Comme en 1870, il ne devait pas manquer un bouton de guêtre à nos combattants. On a vu ce qu’il en a été. Des soignants désemparés par le manque d’équipement de base et notamment les masques. Nos soignants de la première ligne ont dû faire face à la pénurie. Une mobilisation générale a été organisée pour essayer d’améliorer la situation des personnes les plus exposées.

« Tous les professionnels de santé ont dû faire face à l’inquiétude. La leur, de devoir assurer leur mission, au nom de l’idéal de santé publique qu’ils défendent. Celle qu’ils ressentaient intensément pour leur entourage proche avec cette crainte permanente d’être porteur d’une contamination pour ceux qui leur sont chers. Et celles enfin de leurs patients à qui il a fallu expliquer sans relâche qu’on n’avait pas les moyens de les protéger comme il le faudrait, soit le contraire même de ce qui fonde nos métiers. Courageusement, l’ensemble des professionnels de santé ont soutenu et assumé sans faiblir cette ligne. Oubliant les insultes, les procès en irresponsabilité ou incompétence, les vindictes anonymes ou, peut-être pire encore, celles qui ne le sont pas, ils ont tenu la tranchée.

« Aujourd’hui, la consternation s’allie au dégoût. Toute guerre a ses profiteurs. C’est malheureusement une loi intangible de nos conflits. Comment s’expliquer que nos soignants n’aient pas pu être dotés de masques quand on annonce à grand renfort de communication tapageuse des chiffres sidérants de masques vendus au public par certains circuits de distribution. Où étaient ces masques quand nos médecins, nos infirmiers, nos pharmaciens, nos chirurgiens-dentistes, nos masseurs-kinésithérapeutes, nos pédicures-podologues, nos sages-femmes mais aussi tous nos personnels en prise directe avec la maladie tremblaient et tombaient chaque matin ?

« Comment nos patients, notamment les plus fragiles, à qui l’on expliquait jusqu’à hier qu’ils ne pourraient bénéficier d’une protection adaptée, vont-ils comprendre que ce qui n’existait pas hier tombe à profusion aujourd’hui. 100 millions par ici, 50 millions par là. Qui dit mieux ? C’est la surenchère de l’indécence. Nul n’aurait reproché à des circuits de distribution grand public de distribuer des masques grand public. C’était là un complément essentiel qui serait venu compléter utilement l’arsenal de défense contre le virus. Derrière le masque, se trouve le vrai visage. Nous, nous garderons celui de la dignité. Celui-ci ne se retrouvera dans aucun rayonnage. L’heure viendra, nous l’espérons, de rendre des comptes. En attendant, nous allons poursuivre notre mission de professionnels de santé, car c’est notre engagement. Avec néanmoins l’amertume de se dire que la responsabilité n’est pas la mieux partagée de toutes les vertus. »

Emmanuel Macron a trop filé la métaphore guerrière, trop salué les héros en blouses blanches pour ne pas, ici, leur répondre au plus vite et au mieux. Il est des boutons de guêtre, absents, qui renversent des trônes.

A demain @jynau

1 Signataires : Patrick BOUET, Président du Conseil National de l’Ordre des Médecins Anne-Marie CURAT, Présidente du Conseil National de l’Ordre des Sages-Femmes Patrick CHAMBOREDON, Président du Conseil national de l’Ordre des Infirmiers Serge FOURNIER, Président du Conseil National de l’Ordre des Chirurgiens-Dentistes Pascale MATHIEU, Présidente du Conseil National de l’Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes Eric PROU, Président du Conseil National de l’Ordre des pédicures-podologues Carine WOLF-THAL, Présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens

Jean-Luc Mélenchon et Didier Raoult : deux prophètes opposés sur les suites de l’épidémie

Bonjour

29/04/2020. Les épidémies sont des terreaux fertiles pour les oracles. Mardi 18 avril, le chef de file des députés LFI Jean-Luc Mélenchon a brocardé le plan de déconfinement que venait de présenter le Premier ministre Edouard Philippe. L’opposant, dont on connaît les talent de tribun ne voit là qu’ « une sortie hasardeuse » après « une gestion calamiteuse » de l’épidémie. « Nous n’allons pas voter ce qui nous est proposé (…) Nous ne partageons ni vos diagnostics ni le système d’action que vous avez choisi », a lancé M. Mélenchon au chef du gouvernement, depuis la tribune de l’Assemblée nationale.

Et le soldat Jean-Luc Mélenchon de dénoncer, face à l’ennemi du coronavirus les « ordres et contrordres qui se sont succédé », notamment sur le port du masque, « tant et si bien que s’est brisé le ressort fondamental de la lutte: la confiance ». « Celui qui a pris toutes ces décisions, Emmanuel Macron, doit en être tenu pour responsable, a-t-il menacé. Nous voici rendus après une gestion calamiteuse à une sortie hasardeuse, alors qu' »il faut planifier, et non pas croire que le libre marché va suffire à remplir les conditions qu’il faut remplir. »

Et le leader des Insoumis de prophétiser, emphatique  : « La deuxième vague de l’épidémie est inéluctable, le deuxième pic est inéluctable et il sera d’autant plus violent que les conditions n’auront pas été réunies pour réussir le déconfinement ».

Disparition de l’épidémie le 22 mai

Il est d’autres visions du futur proche. Une semaine avant la prophétie parisienne de M. Mélenchon, à Marseille, le Pr Didier Raoult s’exprimait devant les caméras de BFMTV  émettait l’hypothèse que le Covid-19 n’était qu’une épidémie saisonnière et qu’elle allait cesser de circuler dans les pays tempérés d’ici un mois : « On a une diminution maintenant constante du nombre de cas diagnostiqués, du nombre de cas d’hospitalisation. Le nombre de morts, ce sera un peu plus long car des gens meurent souvent plus d’un mois après avoir été infectés. On est sur une vague descendante. Je ne prédis pas l’avenir mais si les choses continuent comme ça, on a bien l’impression que ce qui était une des possibilités de cette maladie, c’est-à-dire une maladie saisonnière, est en train de se réaliser. »

Et le Pr Raoult d’ajouter : « Il est possible que d’ici un mois il n’y ait plus de cas du tout dans la plupart des pays tempérés. C’est une possibilité non négligeable ».

Un mois plus tôt Jean-Luc Mélenchon écrivait tout le bien qu’il pensait du Pr Didier Raoult et de sa promotion controversée de l’hydroxychloroquine. « Didier Raoult est trop mal aimé par les belles personnes pour ne pas éveiller l’intérêt. Surtout quand ça part des amis de madame Buzyn, écrivait-il. Bien sûr, j’ignore les raisons pour lesquelles ces gens détestent Didier Raoult et pourquoi ils se sentent obligé de le couvrir de sarcasmes et de suspicions. Pourquoi ne se contentent-ils pas le réfuter sur le plan de la science ? Donc, sachant que sa caricature n’est qu’une projection de la haine de ses détracteurs, je me suis approché avec gourmandise. Et je n’ai pas été déçu. »

C’était avant qu’Emmanuel Macron ne fasse le voyage de Marseille pour, lui aussi, rencontrer et échanger avec le Pr Didier Raoult, ce « mal aimé des belles personnes ».

A demain @jynau

Covid-19 : la nicotine pourrait-elle vraiment, un jour prochain devenir une thérapeutique ?

Bonjour

22/04/2020. C’est une nouvelle découverte à fort potentiel médiatique et qui n’est pas sans risque : la nicotine aurait des vertus préventives contre la maladie Covid-19. L’information résulte d’une une étude menée par des chercheurs du CNRS, de l’Inserm, de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, de Sorbonne université, du Collège de France et de l’Institut Pasteur. Un travail  publié dans les Comptes Rendus de Biologie de l’Académie des sciences « A nicotinic hypothesis for Covid-19 with preventive and therapeutic implications » (Jean-Pierre CHANGEUXZahir AmouraFelix ReyMakoto Miyara).

« L’hypothèse des chercheurs est fondée sur la conjonction de deux approches scientifiques différentes mais complémentaires » résument les institutions sous l’égide desquelles ces travaux ont été menés. Un premier constat, fait dès la publication des séries initiales de patients Covid-19, est celui d’un taux faible de fumeurs dans cette population. » C’est  ce signal (dont l’interprétation était impossible en raison de nombreux biais méthodologiques) qui a suscité une première étude française prenant en compte ces facteurs confondants. Et cette étude « vient confirmer que les fumeurs actifs sont protégés contre l’infection par SARS-Cov-2 ». Attention : les raisons de cette protection ne sont pas établies mais la nicotine pourrait être un candidat.

Un second constat, complémentaire, suggère que l’infection par le SARS-CoV-2 fait intervenir le récepteur nicotinique de l’acétylcholine. « La forte prévalence des manifestations neuropsychiatriques au cours du Covid-19 est en faveur d’un neurotropisme de SARS-CoV-2, expliquent les chercheurs. Le SARS-CoV-2 pourrait se propager à partir de la muqueuse olfactive, puis des neurones du tronc cérébral, allant dans certains cas jusqu’aux centres respiratoires. »

Pourquoi ne pas mettre en garde contre le tabac ?

Cette invasion s’accompagnerait selon eux de la perte du sens de l’olfaction, et chez certains patients, de troubles neurologiques variés jusqu’à, éventuellement, un arrêt respiratoire brutal survenant de manière décalée. « L’état hyper-inflammatoire et l’orage cytokinique décrits chez les patients Covid-19 graves pourrait d’autre part s’expliquer par l’intervention du récepteur nicotinique, ajoutent-ils. L’acétylcholine exerce un effet régulateur de l’inflammation par son action sur le récepteur nicotinique macrophagique. Le dérèglement de ce récepteur entraine une hyperactivation macrophagique avec sécrétion de cytokines pro-inflammatoires comme on l’observe chez les patients Covid-19. Cette altération du récepteur nicotinique est à l’origine de l’état résiduel inflammatoire décrit au cours de l’obésité et du diabète, qui pourrait être amplifié en cas d’infection par le SARS-CoV2. Cette hypothèse expliquerait pourquoi ces deux comorbidités sont si fréquemment retrouvées au cours des cas graves de Covid- 19. »

Ce sont sur ces bases, et au vu de l’urgence sanitaire, que les auteurs de ces travaux estiment souhaitable d’évaluer rapidement l’impact thérapeutique des agents modulateurs du récepteur nicotinique, directs et/ou indirects, addictifs ou non-addictifs sur l’infection par SARS-CoV-2. Des études cliniques devraient être rapidement mises en place pour valider ce qui n’est pour l’heure qu’une hypothèse « Des patches nicotiniques vont être administrés a trois publics différents : des soignants en préventif, des patients hospitalisés et d’autres en réanimation » explique France Inter (Véronique Julia).

On regrettera, ici, que les responsables de la communication développée par tant de prestigieuses institutions (le CNRS, l’Inserm, de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, Sorbonne université, le Collège de France et l’Institut Pasteur) n’aient pas songé à mettre en garde contre la conséquence immédiate de cette vulgarisation scientifique : l’annonce des possibles vertus préventives de la nicotine justifiant la poursuite, voire la reprise ou le début de la consommation de tabac. Et quelle place réserver, ici, pour le vapotage ? On attend, sur ce sujet, les messages  du ministre de la Santé Olivier Véran et du directeur général de la Santé, Jérôme Salomon,  qui, dit-on, ont montré beaucoup d’intérêt pour ces premiers résultats.

A demain @jynau

Anisés, whisky, vodka et confinement : la trop baroque expérience du préfet du Morbihan

Bonjour

20/04/2020. Nous évoquions il y a peu l’étrange décision du préfet du Morbihan : l’interdiction de la vente d’alcool à emporter pour lutter contre les violences intrafamiliales.  «Force est de constater que le duo alcool-confinement font mauvais ménage», soulignait Patrice Faure dans une vidéo postée sur Youtube, évoquant des violences intrafamiliales en hausse de «30% en quelques jours». «Les très nombreuses interventions des forces de l’ordre se font quasi systématiquement sur fond d’alcool. Ce n’est évidemment pas supportable, d’abord pour les victimes mais aussi pour la société.»

Conséquence : interdiction dans l’ensemble du département de la vente d’alcool à emporter – «autre que le vin et la bière». Une mesure, écrivions-nous, qui semblait reposer sur le postulat que les violences familiales sont plus le fruit des alcools obtenus par distillation que par simple fermentation.

L’affaire est reprise aujourd’hui par l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA)  : « Alcool et violence dans le Morbihan : Une décision baroque ». « Le préfet du Morbihan vient de prendre une décision plus surprenante en interdisant la vente uniquement pour les spiritueux, explique l’ANPAA. Cette décision baroque est assez incompréhensible. Par cette décision, le préfet suppose que les violences sont uniquement (ou principalement) dues à la consommation de spiritueux (whisky, vodka, apéritifs anisés…). En réalité, rien ne démontre cette hypothèse, et rien n’interdira aux buveurs de spiritueux de passer au vin ou à la bière avec les mêmes effets. »

Distillation versus fermentation

Et cette association de rappeler que ce n’est pas le type de boisson alcoolique qui compte mais la quantité d’alcool consommée, qu’un demi de bière, un verre de vin ou une dose de whisky contiennent la même quantité d’alcool pur et provoquent les mêmes effets.

« Il serait intéressant de savoir si le préfet a prévu une évaluation de sa mesure, ajoute l’ANPAA. Car on ne peut s’empêcher de penser que cette décision, sans fondement scientifique, est en fait davantage dictée par le sens de la communication que par la recherche d’efficacité. Il aurait pu en revanche interdire la livraison de boissons alcooliques à domicile, plus efficace pour freiner la consommation. »

Trois questions. Le préfet a-t-il ou non mis en place une procédure d’évaluation des effets de sa baroque interdiction ? La consommation des fruits spiritueux de la distillation est-elle plus dangereuse que ceux issus de la simple fermentation ? Et pourquoi une telle décision ne concerne-t-elle que ce département breton ?

A demain @jynau

Alcool, violences et confinement: la bien étrange interdiction prise par le préfet du Morbihan

Bonjour

17/04/2020. L’illusion de l’interdiction. C’était il y a quelques semaines. Le préfet de l’Aisne prenait la décision d’interdire toute vente d’alcool à emporter. Pour « éviter les troubles et les violences notamment intra-familiales ». « A part promouvoir, dans ce département, la distillation au domicile et surcharger les urgences et services hospitalier pour delirium tremens, je ne vois guère l’intérêt de cette mesure préfectorale » commente le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions.

« Cette décision, qui part de l’affichage d’une bonne intention, n’est pourtant pas aussi pertinente qu’on pourrait le penser a priori, explique l’Association nationale de prévention en alcoologie et en addictologie (ANPAA). En effet, si l’alcool est souvent impliqué dans la survenue de violences familiales, comme facteur favorisant ou causal, cela ne saurait justifier l’interdiction totale à l’ensemble d’une population. »  

Les arguments, ici, sont multiples. « Il est hors de question de minimiser le rôle de l’alcool dans les violences intra-familiales, mais la décision du préfet de l’Aisne n’apporte pas de véritable solution et crée de nombreux autres problèmes qui n’ont manifestement pas été pris en compte, observait alors, fort justement, l’ANPAA La maîtrise des risques, plutôt que la prohibition qui a démontré son inefficacité, paraît plus nécessaire que jamais. »

Le préfet de l’Aisne avait vite compris son erreur et annulé son arrêté.

Nous sommes le 17 avril et nous apprenons que le préfet du Morbihan, Patrice Faure, vient d’annoncer l’interdiction de la vente d’alcool à emporter (hors bière et vin – sic)pour lutter contre les violences intrafamiliales.  «Force est de constater que le duo alcool-confinement font mauvais ménage», souligne Patrice Faure dans une vidéo postée sur Youtube, évoquant des violences intrafamiliales en hausse de «30% en quelques jours». «Les très nombreuses interventions des forces de l’ordre se font quasi systématiquement sur fond d’alcool. Ce n’est évidemment pas supportable, d’abord pour les victimes mais aussi pour la société.»

Le préfet annonce donc l’interdiction à compter de ce jour de la vente d’alcool à emporter «autre que le vin et la bière» dans le département breton. «Il en va de l’intérêt des individus et des familles.» On appréciera comme il se doit le souci de laisser, dans ce département breton, le vin et la bière dans les rayons. Une mesure qui repose semble-t-il sur le postulat que les violences familiales sont plus le fruit des alcools obtenus par distillation que par simple fermentation. On attend la démonstration des vertus de son interdiction.

A demain @jynau

Chloroquine : les menaces du Conseil scientifique contre ceux qui ne respectent pas la loi

Bonjour

08/04/2020. Ainsi donc le gouvernement a décidé de rendre public le sixième avis de son Conseil scientifique : « COVID-19, 2 avril 2020 Etat des lieux du confinement et critères de sortie ». Ce texte lui avait été remis cinq jours auparavant. Nous savons qu’à ce stade de la lutte c’est un document essentiel. Par son contenu d’une part. Et, de l’autre parce qu’il éclaire d’un jour nouveau la suite des rapports entre le « scientifique » et le pouvoir exécutif. Que retiendra, demain, Emmanuel Macron de la somme considérable des recommandations que ce Conseil lui prodigue ? Nous y reviendrons.

Mais cet avis comporte aussi un chapitre qui marquera la suite des événements. Un septième chapitre signé par les membres d’un Conseil où ne figure plus le Pr Didier Raoult 1. Ces lignes sont titrées : « Pratique de recherche sur Covid-19 : un rappel aux réglementations ». Les voici :

« La France encadre la recherche scientifique et médicale sur l’être humain de manière rigoureuse afin de respecter le droit des personnes et de garantir un haut niveau de qualité scientifique dans le respect plus général de valeurs essentielles. Cet encadrement fait l’objet de dispositions légales et réglementaires s’appliquant aux acteurs de la recherche, y compris en temps de crise et d’épidémie. La recherche est encadrée par des dispositions légales et réglementaires protégeant la vie privée des personnes participant à cette recherche3 .

« Le respect de ces dispositions juridiques est garanti par un ensemble d’institutions spécialisées. En cas d’urgence, comme l’état d’urgence sanitaire actuel, la CNIL et les Comités de protection des personnes (CPP) peuvent être mobilisés et donner un accord rapidement. La recherche clinique impliquant des patients, leurs données ou les échantillons biologiques de ces patients, est encadrée par un environnement réglementaire qui est applicable même en situation d’urgence et de situations sanitaires extrêmes grâce à des procédures accélérées, y compris pour les études de cohortes observationnelles et les essais thérapeutiques.

« Les données doivent pouvoir être accessible en ‘’open access’’ par la communauté scientifique comme cela a été demandé par les ministères en charge de la santé et de la recherche. Dans les conditions actuelles de grande pression et dans l’urgence, le Conseil Scientifique tient à saluer le travail des Comités de protection des personnes (CPP) et de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) ainsi que par REACTIng.

« Le Conseil scientifique rappelle que dans le contexte épidémique les chercheurs et toutes les parties prenantes de la recherche sont tenus de respecter les réglementations françaises et internationales encadrant la recherche publique et privée, en particulier dans le domaine des essais cliniques. Il sera attendu, après la crise, que ces pratiques soient évaluées et elles seront jugées à l’aulne des réglementations préexistantes à la pandémie. Il n’existe aucune dérogation aux réglementations en vigueur. »

Où l’on comprend que l’affaire de la chloroquine n’en est, aujourd’hui, qu’à son début 2. Et où l’on saisit le sens de ce coup de semonce : tous les protagonistes doivent désormais, en urgence, choisir clairement leur camp. Et où l’on comprend que de nouveaux affrontements ne sauraient, désormais, tarder.

A demain @jynau

Membres du Conseil scientifique : Jean-François Delfraissy, Président Daniel Benamouzig, Sociologue Lila Bouadma, Réanimatrice Jean-Laurent Casanova, Immunologie/Pédiatrie Simon Cauchemez, Modélisateur Franck Chauvin, Haut Conseil de la Santé Publique Pierre Louis Druais, Médecine de Ville Laetitia Atlani Duault, Anthropologue Arnaud Fontanet, Epidémiologiste Marie-Aleth Grard, Milieu associatif Bruno Lina, Virologue Denis Malvy, Infectiologue Yazdan Yazdanapanah, Infectiologue Correspondant Santé Publique France : Jean-Claude Desenclos En présence de d’un membres en attente de nomination : Aymeril Hoang, Spécialiste des nouvelles technologies

2 Chloroquine: pourquoi le passé de Didier Raoult joue contre lui, Pascale Pascariello. Mediapart, 7 avril 2020.  

La guerre contre l’épidémie nous fera-t-elle oublier celle pour la survie de l’hôpital public ?

Bonjour

07/04/2020. Mémoire: songer à ne pas la perdre. C’est un épisode de campagne qui, soudain, nous rappelle où nous étions encore il y a quelques semaines. Vendredi 2 avril lors d’une conférence de presse téléphonique concernant la situation épidémique dans le Grand Est, Christophe Lannelongue a expliqué, foi du charbonnier, qu’il n’y avait « pas de raison de remettre en cause » le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers. Un « COPERMO ». Ce dernier prévoit notamment la suppression sur cinq ans de 174 lits (sur 1 577 en 2018) et de 598 postes au CHRU de Nancy (sur environ 9 000). « Nous aurons quelques semaines de retard mais la trajectoire restera la même », a-t-il osé.

C’est peu dire que ces propos ont suscité la colère dans une France qui découvre les vertus des soignants et celles de l’hôpital public ; une France qui réinvente chaque soir les rites de la communion laïque et solidaire. Sur les réseaux sociaux, les déclarations de M. Lannelongue ont déclenché une vague indignée :  de réactions outrées : « incompréhensible », « inadmissible », « irresponsable », « inhumain », « monstrueux ».

Olivier Véran a vite pris le pouls de cette ire : le ministre des Solidarités et de la Santé a dû tweeter le dimanche 5 avril : « à Nancy comme partout, l’heure est à la mobilisation de tous pour faire face au #COVID19 ». « L’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent & de refonder notre Hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra ».

« Coûte que coûte »

Maigre tweet qu’il lui a fallu développer dès le lendemain, lors d’une nouvelle conférence de presse. Où l’on entendit le ministre annoncer, avec l’emphase minimale qui est parfois la sienne, la nécessité de « suspendre la portée » des projets et réorganisations hospitalières engagées avant la crise due au Covid-19, – et ce jusqu’à la réalisation de « l’inventaire de l’épidémie avec les soignants ».

« La crise du Covid-19 change la donne hospitalière. Ce changement s’inscrira, à n’en pas douter, dans la durée. Pour sortir de la crise, il conviendra donc, au-delà de l’indispensable reconnaissance due au personnel hospitalier, […] de réinterroger en profondeur nos réflexes et nos manières de penser en matière de gestion hospitalière, pour préparer grand plan d’investissement de notre système de santé » a-t-il annoncé ; il faisait ici référence au « plan massif » pour l’hôpital après la crise sanitaire promis le 25 mars, à Mulhouse, par Emmanuel Macron.

« D’ici là, il convient de considérer avec humilité les projets, les réorganisations engagées avant cette crise, et d’en suspendre toute la portée, jusqu’à ce que l’inventaire de cette épidémie, tout l’inventaire, ait pu être effectué avec tous les soignants. Car l’hôpital devra s’armer pour répondre avec résilience aux épidémies, tout en poursuivant ses missions fondamentales, notamment vis-à-vis des maladies chroniques ou des pathologies fonctionnelles. »

Où l’on retrouve, dans les mots ministériels, le redoutable concept d’humilité. Il tranche désormais radicalement avec les certitudes assénées, sous les ors de la République, hier encore, par l’exécutif en général, le sanitaire en particulier. Quand il fallait « coûte que coûte » réduire le nombre des lits pour mieux voguer vers « l’hôpital-entreprise ». Quand on avait oublié la réalité du risque épidémique. Il conviendra de s’en souvenir.

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : le gouvernement exhorté à autoriser le traitement du Pr Didier Raoult

Bonjour

06/04/2020. Combien de temps encore ? Hier c’était une lettre ouverte de personnalités médicales réunies à l’initiative de Philippe Douste-Blazy – initiative accompagnée d’une pétition ayant, à ce jour, réuni plus de 210 000 signatures.

Aujourd’hui c’est une tribune publiée par Le Figaro : « L’appel de trois grands noms de la santé en faveur des préconisations du PRaoult ». Une tribune qui surprendra car signée de l’ancien directeur scientifique de l’Institut national du cancer, de l’ancien président de la Haute Autorité de santé et de l’ancien directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Soit Fabien Calvo, Jean-Luc Harousseau et Dominique Maraninchi, respectivement professeur émérite de pharmacologie à l’université de Paris-Diderot, ancien professeur d’hématologie à l’université de Nantes et professeur émérite de cancérologie à Aix-Marseille Université.

Les trois recommandent d’appliquer le traitement élaboré par le professeur Didier Raoult – et ce « dès l’apparition des premiers symptômes du coronavirus ». Extraits :

« (…)  Nous souhaitons apporter notre perception à la controverse: nous avons tous trois été cliniciens ou pharmacologues, et investigateurs d’essais cliniques «randomisés», et deux d’entre nous ont dirigé ou présidé l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Haute Autorité de santé (HAS). Ce texte n’est qu’une opinion engagée, que nous voulons contributive à la discussion. Nous savons que les «experts» ont déjà montré qu’ils peuvent se tromper ; la réflexion médicale se doit cependant d’être partagée pour éclairer une décision qui au final sera issue du dialogue médecin-patient. (…)

« La communauté scientifique française et internationale s’est émue que la conception des essais du Pr Raoult ne corresponde pas aux critères classiques de la médecine moderne basée sur les preuves, puisque cette étude n’était pas strictement comparative. Cependant, devant ces premiers résultats «encourageants», et en l’absence de TOUTE autre possibilité dans une crise sanitaire sans précédent depuis un siècle, les autorités françaises ont autorisé l’utilisation de ce traitement chez les malades hospitalisés, donc essentiellement dans les formes graves. La Food and Drug Administration américaine vient de suivre cet exemple pour les patients hospitalisés qui ne participent pas à un essai clinique. (…)

Les auteurs ajoutent que sur la base des dernières observations marseillaises la stratégie serait plutôt « de proposer un traitement précoce avant la survenue de complications respiratoires sévères ». Et ce d’autant que « les cohortes marseillaises rapportées ne montrent pas à l’évidence de survenue d’effets secondaires majeurs liés au traitement, lorsque les règles de prescription et contre-indications sont respectées, après un électrocardiogramme (ECG) et dosage du potassium, ce qui faisait partie des réserves de beaucoup de cliniciens ».

« En l’absence d’autre traitement disponible avéré efficace à ce jour (plus de deux cents essais thérapeutiques enregistrés dans le monde), nous pensons légitime, au vu des résultats préliminaires, de mettre en place une nouvelle stratégie avec, avant tout, un accès élargi aux tests diagnostiques des patients suspects parce que symptomatiques ou ayant été au contact d’un patient infecté. »

Les auteurs vont plus loin : ils demandent  « la mise en place de structures de soins associant les personnels hospitaliers et la médecine de ville pour effectuer le diagnostic, la prescription et la surveillance d’hydroxychloroquine et d’azithromycine chez tous les malades positifs non inclus dans un essai clinique ».

« Cette prescription pourrait être réalisée, en l’absence de contre-indication et avec l’accord du patient, dès le diagnostic confirmé, pendant une durée limitée, et accompagnée de la collecte de données simplifiées. De simples modifications des conditions de prescription et de délivrance peuvent rapidement le permettre. Lors de l’arrivée annoncée de tests en plus grand nombre, la surveillance virologique des patients pourra être mieux documentée pendant et à l’arrêt du traitement. »

Devant l’Ordre, un dossier en béton armé

Et les auteurs d’observer, à l’attention des autorités, que les patients français, « légitimement, ne tolèrent pas que le diagnostic sur leur état de santé soit simplement présumé et qu’il leur soit alors seulement recommandé de rester chez eux avec la crainte de complications, alors même qu’une option thérapeutique simple, sous surveillance médicale, peu onéreuse et possiblement efficace pourrait leur être proposée ».

«  L’accès à l’hydroxychloroquine limité aux seuls malades hospitalisés marque aussi une inégalité dans l’accès aux soins, concluent-ils. Le choix de la précaution est aussi un pari politique. » Est-ce là une tribune aux accents prophétiques ?

Parallèlement à ce texte, après deux tribunes dans Le Monde et Le Quotidien du Médecin, le Pr Didier Raoult a accordé une interview fleuve au  Figaro Magazine (Charles Jaigu).

Il y déclare notamment ceci, à l’adresse de l’exécutif et de ses ennemis :

« Je ne suis pas d’accord quand on interdit aux médecins d’utiliser des médicaments qui sont en circulation depuis des décennies. Je ne suis pas d’accord avec l’interférence de l’État dans la relation entre le médecin et le malade. C’est la responsabilité individuelle des médecins. C’est le serment d’Hippocrate. Ce n’est pas du charlatanisme. Il faut donc que l’exécutif se garde de faire de la médecine à notre place.

« Quand il y a faute médicale, quand le médecin n’a pas agi conformément à l’état du savoir, il est puni. Moi, si quelqu’un m’attaque parce que j’ai donné de l’hydroxychloroquine, mon dossier devant l’Ordre des médecins sera en béton armé. Ce n’est pas de la sorcellerie. Je sais qu’on a beaucoup jasé sur le pouvoir médical. Mais à la fin, la médecine, c’est un rapport entre un médecin et un malade. »

A demain @jynau

Le pouvoir exécutif va-t-il bientôt rendre obligatoire le port du masque «grand public» ?

Bonjour

03/04/2020. C’est une prescription qui devrait faire du bruit : le port du masque devrait être rendu obligatoire pour les sorties pendant la période de confinement mais aussi lors de sa levée. Prescription-recommandation de l’Académie nationale de médecine (qui a dû fermer son siège, rue Bonaparte, à Paris mais qui continue de publier en ligne des avis, communiqués et prises de position sur son site).

On sait que des personnes en période d’incubation (ou en état de portage asymptomatique) excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection. Aussi, dans ce contexte, le port généralisé d’un masque par la population française constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur.

Recommandations officielles de l’Académie nationale de médecine :

–  en situation de pénurie de masques, que le port d’un masque « grand public », aussi dit « alternatif », soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement ;

– en phase de décroissance de la courbe épidémique, avec décision de levée du confinement à domicile de la population. Cette levée du confinement doit s’accompagner d’un maintien des mesures barrières actuellement préconisées jusqu’au contrôle de la circulation du virus attesté par l’absence de nouveau cas déclaré pendant une période de 14 jours. Dans le cadre de cette levée du confinement, le port obligatoire d’un masque « grand public » ou « alternatif » par la population devrait être maintenu

Masque « grand public » ? Les indications pratiques pour la fabrication d’un tel masque doivent être « largement portées à la connaissance de la population » recommande encore l’Académie. Qui renvoie vers des tutoriels vidéo en ligne, comme celui pédagogique, de la Société française des sciences de la stérilisation.

Puis l’Académie va plus loin :

 « En Extrême-Orient, depuis de nombreuses années, le port d’un masque anti-projection par la population est à la fois une mesure de prévention et un acte de civisme en situation d’épidémie de virus à tropisme respiratoire (notamment dans les pays les plus frappés par le virus du SRAS en 2003). Face à l’épidémie de Covid-19, cette mesure a contribué à une réduction du taux de reproduction à Taïwan, Singapour et en Corée du Sud. »

En France, conclut-elle, l’habitude n’a pas été prise de constituer un petit stock de masques anti-projection dans chaque foyer. Et d’ajouter : la pénurie de masques risquant de durer encore quelques semaines, force est de recourir, actuellement et en vue de la sortie du confinement, à l’utilisation d’un masque « grand public » ou « alternatif ».

 Prendre le temps de les confectionner durant le confinement. Avant que leur port ne soit rendu obligatoire par le gouvernement ?  

A demain @jynau

Le Pr Didier Raoult précise sa position sur les rapports «entre le soin et l’expérimentation»

Bonjour

03/04/2020. Hydroxychloroquine contre le Covid-19 : toujours la polémique – et toujours l’attente des premiers résultats des essais cliniques officiels. Reste le débat de fond. Il y a quelques jours le Pr Didier Raoult s’exprimait dans les colonnes du Monde, dénonçant notamment la « dictature morale » des méthodologistes. Aujourd’hui il revient sur le sujet dans Le Quotidien du Médecin  qui l’avait contacté à plusieurs reprises pour qu’il puisse s’exprimer et s’expliquer.  Il le fait sous la forme d’une tribune. Pour lui l’actuelle épidémie est l’occasion de conduire  « une réflexion sur la morale du choix entre le soin et l’expérimentation ».

Le Pr Raoult revient d’abord sur l’histoire des études comparatives randomisées « qui ont bénéficié depuis le début du XXIe siècle d’un engouement considérable, poussé à la fois par l’industrie pharmaceutique et par un nouveau groupe de chercheurs spécialistes d’analyses des data produites par les autres, que sont les méthodologistes ». « Les méthodologistes ont réussi, dans à un certain nombre de cas, à imposer l’idée que leurs pensées représentaient la raison, mais en pratique, ce n’est jamais qu’une mode scientifique parmi d’autres » souligne-t-il. Avant d’ajouter que « le premier devoir du médecin est le soin, et non l’expérimentation ».

Extraits :

« En pratique, les partisans majeurs des essais randomisés ont fini par les introduire comme la preuve unique de l’efficacité d’un traitement, ce qui signifie que l’on ne devrait plus pouvoir utiliser un traitement en disant qu’il est efficace sans avoir fait un essai randomisé.

« Dans ma propre expérience, j’ai déjà mis au point dix traitements différents, dont la plupart se retrouvent dans tous les livres de médecine rapportant les maladies sur lesquelles j’ai travaillé, sans jamais avoir fait d’essais randomisés. Les éléments, qui amènent, généralement, à la découverte des traitements, sont : l’observation anecdotique et les observations de séries correctement analysées.

« Il est clair, si on a la curiosité de regarder, par exemple, Wikipédia « Randomized Controlled Trial » en anglais (celui en français est, comme souvent, mal fait), que la plupart des gens reconnaissent que la découverte ne vient pas des effets randomisés, mais des initiatives individuelles. C’est ce qu’il s’est passé dans 99 % des traitements de maladies infectieuses. Par ailleurs, pour beaucoup de maladies, comme pour le sida ou pour les hépatites, l’efficacité du traitement est extrêmement facile à évaluer par les dosages dans le sang du virus, qui ne nécessite pas d’étude randomisée mais simplement des dosages réguliers. »

Le Pr Raoult évoque ensuite le nouveau coronavirus et ses travaux. « Dès l’annonce officielle des autorités chinoises de l’efficacité des médicaments du groupe de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine, se posait la question de la légitimité de l’utilisation d’une branche placebo d’expérimentation. C’est-à-dire un groupe sans médicaments, dans l’essai Discovery, rappelle-t-il. Ceci, sur le plan de l’éthique du soin, n’était pas tenable. »

Et de conclure : « Personnellement, je souhaite que l’occasion de cette épidémie permette au pays de remettre sur place réellement ce à quoi le comité d’éthique était destiné au départ, c’est-à-dire une réflexion sur la morale du choix entre le soin et l’expérimentation, et non pas sur les dérives que j’ai pu constater dans mon expérience ».

« Morale du choix entre soin et expérimentation ». Voilà un remarquable sujet de réflexion à mener pour le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé. Peut-on imaginer qu’il s’en saisira ?

A demain @jynau