«Incontestablement nocives» ? Les cigarettes électroniques victimes d’un coup de Jarnac

Bonjour

C’est une dépêche de l’AFP reprise jusqu’à plus soif par les médias généralistes français. Morceaux choisis :

« Les cigarettes électroniques sont « incontestablement nocives » et devront être régulées, selon un rapport présenté vendredi à Rio de Janeiro par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui déconseille ces dispositifs à ceux qui veulent arrêter de fumer. Le vapotage consiste à inhaler des vapeurs créées par le chauffage à haute température d’un liquide à l’intérieur de la cigarette électronique. La plupart du temps, ces liquides contiennent de la nicotine.

Leur popularité grandissante depuis leur apparition sur le marché, au milieu des années 2000, surtout auprès des jeunes, inquiète les législateurs et autorités sanitaires du monde entier, qui craignent que le vapotage ne conduise les jeunes à fumer du tabac. Bien que ces dispositifs exposent l’utilisateur à moins de substances toxiques que les cigarettes combustibles, elles présentent aussi des « risques pour la santé », assure le rapport de l’OMS, qui évalue les résultats des mesures gouvernementales (MPOWER) préconisées par la convention-cadre de l’institution pour endiguer l’épidémie (CMCT).

Les six stratégies pour décourager l’usage du tabac sont les suivantes: contrôles de la consommation de ces produits et politiques de prévention, protection du public contre la fumée, aides pour cesser de fumer, mises en garde contre les dangers du tabac, faire respecter des interdictions de publicités, promotion ou sponsorisation, et enfin augmentation des taxes. « Bien que le niveau de risque associé aux SEAN (système électroniques d’administration de nicotine) n’ont pas été mesurés de manière concluante, les SEAN son incontestablement nocifs et devront donc être régulés », indique l’OMS.

Elle souligne également qu’il n’y a pas assez de preuves que les e-cigarettes soient efficaces pour arrêter de fumer. « Dans la plupart des pays où elle sont disponibles, les utilisateurs (d’e-cigarettes) continuent en général de fumer des cigarettes combustibles en même temps, ce qui présente très peu, voire aucun impact positif » sur la réduction des risques sanitaires, selon le rapport présenté au Museu do Amanha (Musée de Demain). L’OMS met aussi en garde contre la « menace actuelle et réelle » que représente la désinformation véhiculée par l’industrie du tabac sur les vapoteuses. (…) »

PS : « La consommation de tabac fait chaque année quelque huit millions de morts dans le monde ».

On trouvera ici le communiqué de presse de l’OMS (aucune référence à la cigarette électronique) : « L’OMS présente un nouveau rapport sur l’épidémie mondiale de tabagisme. La lutte antitabac progresse mais il faut agir davantage pour aider les gens à cesser de consommer des produits mortels. »

On trouvera ici le rapport de l’OMS (voir notamment page 56).

On trouvera enfin, ici, quelques éléments explicatif sur le « coup de Jarnac » et sur l’évolution de ce concept depuis près de cinq siècles : « Coup de Jarnac ».

A demain @jynau

Justice et santé publique : étrange épidémie de «non-lieux» dans le scandale de l’amiante

Bonjour

Un vrai scandale peut-il en cacher deux autres ?

Scandale de l’amiante»: c’est ainsi que l’on désigne, en France, le délai qui a existé entre la découverte des effets sanitaires délétères de l’exposition humaine à ce matériau isolant et l’action préventive des autorités sanitaires et politiques. Ce laps de temps, qui apparaît aujourd’hui proprement invraisemblable, s’étale approximativement du milieu des années 1970 à la fin des années 1990 1.

À l’époque, le concept de lanceur d’alerte n’existait pas, pas plus que celui de démocratie sanitaire. À l’époque, les médias généralistes étaient rarement en situation de dénoncer l’action des lobbies. À l’époque, les scandales sanitaires qui devaient suivre –à commencer par les affaires du sang contaminé– n’avaient pas encore conduit à théoriser la dissociation entre l’évaluation médico-scientifique du risque et la gestion politique de ce dernier. À l’époque, enfin, on était à cent mille coudées d’imaginer que l’on inscrirait un jour le principe de précaution au sein de la Constitution.

Depuis 1998, soit un an après l’interdiction de l’usage de l’amiante en France, le Programme national de surveillance des mésothéliomes pleuraux (PNSM) fournit des données chiffrées aidant à prendre progressivement la mesure de l’ampleur du scandale passé. Vingt ans plus tard, fin juin 2019, Santé publique France a dévoilé un rapport revenant sur ces vingt années de surveillance, qui confirme malheureusement que l’exposition à l’amiante demeure et demeurera encore pendant plusieurs décennies un sujet majeur de santé publique, une forme de tragédie nécessitant le maintien de la surveillance et le renforcement des actions de prévention.

«On estime aujourd’hui que 1.100 nouveaux cas de mésothéliome surviennent annuellement en France. L’augmentation est plus marquée chez les femmes, avec un doublement des cas en vingt ans pour atteindre 310 cas par an. La proportion des personnes atteintes de mésothéliome pleural ayant exercé une activité dans le secteur du BTP est en augmentation constante depuis 1998, pour atteindre 50% en 2016. Une exposition professionnelle à l’amiante est retrouvée de manière probable ou très probable pour 97% d’entre eux.»»

Deuxième scandale

Les maladies générées par l’exposition professionnelle à l’amiante sont inscrites aux tableaux des maladies professionnelles du régime d’assurance-maladie des salarié·es comme des exploitant·es agricoles. Et depuis 2002, toute personne victime des effets de l’amiante peut également obtenir une indemnisation auprès du Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA).

Or, et l’on peut voir là un deuxième scandale, les données du PNSM indiquent que le recours à ces dispositifs est encore loin d’être systématique. Ainsi, entre 2005 et 2017, plus d’une personne sur quatre atteinte de mésothéliome et affiliée au régime général de sécurité sociale n’avait entrepris aucune démarche de reconnaissance en maladie professionnelle, pas plus qu’elle n’avait sollicité le FIVA. Une telle situation est d’autant moins compréhensible que le mésothéliome est une pathologie spécifique et que l’établissement d’un tel diagnostic devrait aussitôt conduire à une prise en charge adaptée.

C’est dans ce contexte que l’on découvre la nouvelle dimension, judiciaire, de l’affaire. « En moins d’une semaine, les magistrats instructeurs du Pôle de santé publique de Paris chargés des dossiers d’exposition à l’amiante viennent d’ordonner deux non-lieux généraux dans des affaires vieilles de vingt-trois ans liées à cette fibre tueuse, reconnue cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) en 1973 » résume Le Monde (Patricia Jolly). De ce point de vue, la décision de non-lieu dans l’affaire Eternit est édifiante.

Le cas d’Eternit est hautement symbolique: l’entreprise était à la fois le premier producteur français d’amiante-ciment jusqu’à l’interdiction de la fibre et le premier producteur visé par une plainte de cette nature, déposée pour homicides et blessures involontaires par d’anciens salariés en 1996. Or, dans leur ordonnance datée du 10 juillet dernier, les juges d’instruction écrivent :

 «Compte tenu de l’impossibilité de dater l’intoxication des plaignants, il apparaît impossible de déterminer qui était aux responsabilités au sein de l’entreprise […] et quelles réglementations s’imposaient à cette date inconnue.[…] En tout état de cause, les investigations menées au cours de l’instruction ont démontré qu’aucune faute de nature pénale ne pouvait être imputée à une ou à plusieurs personnes physiques ou morales en lien avec la société Eternit».

Puis le 17 juillet dans celui de l’équipementier automobile Ferodo-Valeo de Condé-sur-Noireau (Calvados) qui impliquait cinq ex-responsables d’usine. Les personnes visées dans ces deux affaires étaient mises en examen pour « homicides et blessures involontaires ». Ces décisions s’ajoutent à d’autres, analogues, prises depuis un peu plus d’un an dans les affaires de la centrale EDF d’Arjuzanx (Landes), d’Everite-Saint-Gobain, de DCN (chantiers navals militaires), des Charbonnages de France… « Le parquet n’a jamais précisé le nombre de dossiers amiante en cours mais les associations de victimes estiment qu’il en reste une dizaine à régler » précise Le Monde..

« Véritable permis de tuer« 

Me Michel Ledoux, avocat des victimes dans les affaires Eternit et Ferodo-Valeo, prévoit que la quinzaine de dossiers toujours au Pôle Santé seront voués au même sort. « Dans la mesure où le parquet est hostile aux victimes, on s’attend à une pluie de non-lieux motivés par les mêmes arguments dans les semaines à venir, prévient-il. On peut même se demander si le fait de nous les notifier en période de vacances n’est pas une manœuvre supplémentaire pour tenter de nous faire oublier le délai de dix jours pour faire appel. » Dans un communiqué, l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva) a pour sa part dénoncé un « véritable permis de tuer sans crainte de poursuites pénales » délivré par les juges.

Les motivations des ordonnances de non-lieux qui se succèdent sont de véritables copier-coller qui, tous, puisent leur argumentation dans un rapport d’expertise définitif de février 2017. Ce dernier, selon l’interprétation des magistrats, affirme l’impossibilité d’établir la date d’une éventuelle faute ayant entraîné la contamination puis l’intoxication des victimes, et donc d’imputer avec certitude la responsabilité à une personne physique.

Dans les ordonnances des 11 et 17 juillet que Le Monde a consultées, les juges estiment qu’il n’est « pas possible de déterminer a posteriori une date précise d’intoxication par les fibres d’amiante » et donc « de mettre en corrélation le dommage et les éventuelles fautes qui pourraient être imputées à des personnes qui auraient une responsabilité dans l’exposition à l’amiante subie ». Une argumentation « spécieuse » pour Me Michel Ledoux. « Ce qu’ils nous demandent pour l’amiante équivaut à sommer un fumeur d’indiquer quelle cigarette est à l’origine de son cancer bronchopulmonaire, or, pour toute substance cancérogène, mutagène et reprotoxique, on ne peut raisonner que par période d’exposition et pas d’intoxication. Il s’agit d’un processus continu », dit-il.

On peut le dire autrement : les faits sont aujourd’hui prescrits parce qu’on ne peut pas les dater précisément. « Ce que je ne comprends pas, c’est qu en datant la période de contamination, et non pas le jour précis, on doit pouvoir faire partir la prescription du dernier jour où le salarié a été exposé à l’amiante, nous a confié une magistrate particulièrement au fait des questions de santé publique. Tout le débat est de savoir si le délai de prescription des délits,  qui est aujourd’hui de sept ans (et qui était de cinq ans à l’époque)  part du dernier jour d’exposition à l’amiante ou, comme dans tous les délits dits occultes ou cachés, du jour où la toxicité du produit a été découverte. Je pense que le « parquet santé » aurait dû tenter cette analyse juridique pour faire avancer les choses en matière de délits liés à la santé publique, c’est tout de même son travail….. »

A demain @jynau

1 Voir « Le scandale de l’amiante est une bombe à retardement » Slate.fr 19 juillet 2019

Scandale de l’amiante : les dernières et incompréhensibles conclusions des juges d’instruction

Bonjour

« Scandale de l’amiante ». C’est ainsi que l’on désigne, en France, le délai qui a existé entre d’une part la découverte des effets sanitaires délétères de l’exposition humaine à ce matériau isolant et , de l’autre, l’action préventive des autorités sanitaires et politiques. Un délai qui apparaît aujourd’hui proprement invraisemblable – courant approximativement entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1990. Ce n’est pas la seule invraisemblance de ce dossier tentaculaire.

Des juges d’instruction parisiens viennent ainsi de rendre une ordonnance de non-lieu pour les responsables d’Eternit, (célèbre groupe spécialisé dans la production d’amiante). L’information a été donnée lundi 15 juillet par l’Agence France Presse sur la foi de sources concordantes. Dans cette ordonnance datée du 10 juillet, consultée par l’AFP, les magistrats écrivent :

« (…) compte tenu de l’impossibilité de dater l’intoxication des plaignants, il apparaît impossible de déterminer qui était aux responsabilités au sein de l’entreprise (…) et quelles réglementations s’imposaient à cette date inconnue (…) En tout état de cause, les investigations menées au cours de l’instruction ont démontré qu’aucune faute de nature pénale ne pouvait être imputée à une ou à plusieurs personnes physiques ou morales en lien avec la société Eternit »,

Or le « dossier Eternit » est hautement symbolique : il s’agissait du premier producteur français d’amiante-ciment jusqu’à l’interdiction de la fibre. Eternit est aussi le premier producteur visé par une plainte de cette nature, déposée pour homicides et blessures involontaires par d’anciens salariés en 1996.

Responsables nationaux bientôt visés

Dans un communiqué, l’Association nationale des victimes de l’amiante et autres polluants (AVA) annonce qu’elle allait interjeter appel, estimant que ce non-lieu reposait (comme d’autres auparavant)  sur une « erreur majeure d’interprétation des données scientifiques ». Selon l’association, « c’est l’exposition dans son entier qui contribue à la maladie, et toutes les personnes à l’origine de cette exposition ont une responsabilité pénale ».

L’AVA a aussi indiqué qu’elle déposerait, au cours de la première semaine de septembre, une « citation directe visant les responsables nationaux de la catastrophe sanitaire de l’amiante », affirmant que plus de 1 000 victimes s’étaient déjà jointes à cette procédure destinée à permettre la tenue d’un procès. Le parquet et les juges d’instruction cherchent à « faire durer les procédures le plus longtemps possible pour qu’il n’y ait plus personne à juger », estime l’association, qui souligne que les « responsables (…) décèdent les uns après les autres ». En 2012, les autorités sanitaires estimaient que l’amiante pourrait provoquer, d’ici à 2025, 3 000 décès chaque année causés par des cancers de la plèvre (mésothéliomes) ou des cancers broncho-pulmonaires.

On dispose depuis dix ans, sur ce sujet, de données chiffrées qui aident à prendre progressivement la mesure de l’ampleur du scandale passé. Les derniers résultats officiels montrent qu’en France les mésothéliomes pleuraux sont toujours plus nombreux. On estime aujourd’hui que 1100 nouveaux cas de mésothéliome sont diagnostiqués chaque année.

 « Impossibilité de dater l’intoxication des plaignants » ? Jusqu’à quand ?

A demain

Maladie de Lyme: ce qu’elle nous dit de la rupture entre les médecins et leurs malades

Bonjour

Qui dira la puissance révélatrice de certaines bactéries pathogènes transmises par les tiques ? Ces germes mettent à mal le socle central sur lequel la médecine occidentale officielle s’est construite et fortifiée: pour les médecins, face à leur patientèle, de percevoir les signes, de porter un diagnostic et enfin de prescrire un traitement. Un socle omniprésent dans les amphithéâtres et les questions d’internat

Il y a peu, tout s’emballa : le corps médical prit conscience que cela ne suffisait plus –trop de failles, trop d’erreurs, quelques scandales. Vint alors, complétant scientifiquement l’ensemble, le concept de la médecine basée sur les faits/preuves (ou evidence-based medicine). En d’autres termes, «l’utilisation consciencieuse, explicite et judicieuse des meilleures données disponibles pour la prise de décisions concernant les soins à prodiguer à chaque patient». Ce fut là un progrès indéniable. Pour autant on observe des espaces croissants où l’incertitude demeure, des cas où les symptômes fluctuent, le diagnostic se discute, le traitement fait polémique. L’étrange est là, sous-jacent, qui vient défier la raison et la science. Ainsi avec Lyme …. Lire la suite sur Slate.fr

A demain @jynau

Dépendance aux antalgiques opiacés: Big Pharma condamnée à devoir massivement payer

Bonjour

Le vent américain va-t-il enfin commencer à tourner ? La firme pharmaceutique Purdue Pharma, et la famille majoritairement propriétaire (les descendants de Mortimer et Raymond Sackler) ont accepté de payer 270 millions de dollars (240 millions d’euros) pour mettre fin à une plainte de l’Etat de l’Oklahoma liée à la crise des opioïdes. « Il s’agit d’une victoire majeure contre les industriels accusés d’avoir favorisé la dépendance aux drogues qui ravage les Etats-Unis » résume l’Agence France Presse.

C’est le procureur général de cet Etat du Midwest qui a annoncé, mardi 26 mars, ce paiement dans le cadre d’un accord à l’amiable passé avec le producteur du tristement célèbre OxyContin. Les 270 millions de dollars serviront en grande partie à financer le centre de recherche sur les dépendances de l’université publique de Tulsa. Ce centre va recevoir dès maintenant, de Purdue Pharma, 102,5 millions de dollars – auxquels s’ajouteront 75 millions de dollars sur cinq ans de la famille Sackler, et l’équivalent en médicaments de 20 millions de dollars pour traiter les personnes devenues dépendantes.

« C’est une victoire monumentale » dans la bataille contre la crise « cauchemardesque » des opioïdes qui ravage les Etats-Unis – même si ce n’est qu’« un premier pas », a fait valoir le procureur général. Cet accord à l’amiable n’épuise pas  la plainte déposée en 2017 par l’Oklahoma contre les fabricants d’opioïdes – plainte qui vise aussi les géants Johnson & Johnson et Teva accusés d’avoir fait une promotion sans retenue de leurs spécialités alors même qu’ils connaissaient parfaitement leurs effets néfastes.

Appétits addictifs de Big Pharma

« D’autres accords à l’amiable pourraient suivre dans d’autres juridictions où Purdue Pharma a été attaqué pour des faits similaires : au moins 1 600 plaintes ont été enregistrées au niveau fédéral, supervisées par un juge de Cleveland (Ohio), et des centaines au niveau des Etats, dont New York et le Massachusetts, précise l’AFP. Face à cette avalanche de plaintes, la direction du laboratoire avait évoqué la possibilité de se déclarer en faillite. » Le paiement des 270 millions de dollars semble toutefois assuré.

Quant au Dr Craig Landau, président de Purdue Pharma il  a assuré que l’accord trouvé témoigne de « la détermination de la firme à jouer un rôle moteur pour résoudre la crise des opioïdes ». L’AFP rappelle encore qu’aux Etats-Unis ce sont les pratiques marketing des compagnies pharmaceutiques qui sont visées : « en encourageant les médecins à prescrire, voire à surprescrire, ces analgésiques hautement addictifs, elles sont accusées d’avoir précipité des millions d’Américains dans l’addiction aux médicaments ou aux drogues dures, comme l’héroïne, ou de synthèse, comme le fentanyl. »

Pour l’heure, en dépit de quelques premiers symptômes inquiétants, la France semble ne pas être massivement concernée par ce phénomène. Il ne serait pas inintéressant de comprendre pourquoi. Et de savoir si les décisions américaines freineront, ailleurs dans le monde,  les appétits addictifs de Big Pharma.

A demain

@jynau

Exercer le journalisme face à l’antisémitisme : l’édifiant arrêt d’une retransmission par FR3

Bonjour

C’est une affaire édifiante. Edifiante en ce qu’elle témoigne des impasses présentes et à venir de la pratique du métier de journalisme dans des espaces certes toujours démocratiques mais où la circulation des « informations » fait l’objet d’une dérégulation croissante via les célébrissimes « réseaux sociaux ». Une situation à très haut risque qui est bel et bien de l’ordre de la santé publique. On se gardera de tout commentaire.

Cela s’est passé en Alsace et les faits sont rapportés par les DNA. Elle explique que France 3 Alsace a indiqué,  mercredi 20 février, avoir suspendu mardi la retransmission en direct sur sa page Facebook de la visite du président Emmanuel Macron au cimetière juif profané de Quatzenheim, en raison de dizaines de commentaires « antisémites et racistes». Voici les explications de FR3 (Aymeric Robert, en charge du numérique) :

« Nous étions préparés. Tout journaliste sait qu’en 2019 et cela vaut pour n’importe quel média, il est toujours compliqué de retransmettre en Facebook live un événement impliquant la venue du chef de l’Etat. Dans un cimetière juif qui plus est, à l’heure où l’antisémitisme se répand comme un mauvais poison. Aujourd’hui, Emmanuel Macron, demain, un autre, mais nul doute qu’il sera soumis au même déchaînement de haine imbécile alimentée par de petits vengeurs de moins en moins masqués.

« Nous faisions partie de ceux qui pensaient encore l’exercice possible. Que le caractère odieux des actes antisémites de Quatzenheim, que le moment d’émotion et de stupeur des familles de ce village bas-rhinois, nous protégerait de ce flot d’immondices redouté. Que la notion de respect était encore vivace. Du respect de l’instant, des hommes et des femmes présents, du respect des morts, de la mémoire de ceux qui ont vécu sur nos territoires et ont forgé leur histoire et à défaut… du respect du cadre légal.

« Heil Hitler », « sales juifs »

« Raté. Au bout de quelques minutes, les commentaires ignobles et illégaux ont largement dépassé notre capacité à les modérer. Deux journalistes, ce n’est plus suffisant pour un tel exercice, sans doute que dix ou vingt non plus d’ailleurs. Que l’exercice n’est tout simplement plus possible en 2019. Une retransmission, d’accord, mais sans commentaire. Tant pis pour la libre parole.

« Nous ne parlons pas des commentaires bêtement stupides ou hors-sujets, ni même des commentaires anti-Macron. Vous avez le droit de critiquer le chef de l’Etat sur nos pages Facebook. Vous ne vous en privez pas. A dire vrai, nous nous réjouissons que vous puissiez le faire. C’est le signe d’une démocratie forte que de critiquer ses élus.
Non, nous parlons d’appels au meurtre explicites, de commentaires ouvertement antisémites et racistes, des « Heil Hitler », des « sale juif  » ou « sales juifs », qu’ils s’adressent à Emmanuel Macron ou aux représentants de la communauté juive.

Responsabilité juridique et morale

« Dégoût et sidération. Ces internautes, pas toujours anonymes à en juger par leur patronyme, savent-ils que ces écrits sont un délit ? Qu’on peut faire de la prison ferme pour un simple commentaire sur Facebook ? A quel moment, est-il devenu normal d’appeler publiquement à tuer quelqu’un, qu’il soit chef de l’Etat ou simple habitant d’un village alsacien ? Rappelons donc que Facebook, aussi virtuel soit-il, n’échappe pas au code pénal, que les internautes ont une responsabilité juridique qui engage France 3 Alsace. Mais au-delà de cette responsabilité juridique, nous refusons d’être un vecteur de haine.

« Ces commentaires sont le fruit pourri d’une minorité d’internautes. La plupart d’entre vous ont suivi ce live sans le commenter, d’autres ont exprimé leur émotion. Mais cette minorité nous interdit aujourd’hui de retransmettre certains événements en Facebook live.

« Ce n’est pas la fin du monde, juste un nouveau rétrécissement du champ d’action de notre métier. Un rétrécissement de la démocratie et de la liberté de jouir de nos droits, de tous nos droits. »

 France 3 Alsace a raison. Ce n’est pas la fin d’un monde. C’est un rétrécissement du champ d’action du métier de journaliste. De ce point de vue, Orwell l’a prophétisé, c’est un rétrécissement du monde.

A demain

@jynau

Harcèlements sexuels, abus et langues de bois : que se passe-t-il donc au sein de l’ONUSIDA ?

Bonjour

Tourmentes sans frontières. ONUSIDA (UNAIDS) est un programme de l’ONU destiné à coordonner l’action des différentes agences onusiennes. Pour pallier l’incurie de l’OMS cette entité a vu le jour il y a vingt-trois ans et se développa sous l’autorité de Peter Piot. Depuis dix ans elle est dirigé par Michel Sidibé. Siège plus que feutré :  Pregny-Chambésy (Suisse). Dernier slogan : « Vivre sa vie positivement » (sic).

Puis, soudain, l’émergence d’invraisemblables turbulences. « La direction d’Onusida mise en cause dans des affaires de harcèlement Un rapport de quatre experts indépendants dénonce la culture et la gestion des cas de harcèlement et ébranle le directeur exécutif, Michel Sidibé » rapporte Le Monde (Paul Benkimoun).

A verser au dossier  le rapport d’un comité d’experts indépendants publié  le 7 décembre et présenté lors du conseil de coordination (Genève, 11-13 décembre). « Cette instance de direction, devant laquelle le secrétariat rend compte, avait mis sur pied, le 20 juillet, le comité d’experts constitué de quatre membres, à la suite de la demande du directeur exécutif de l’Onusida, Michel Sidibé, en février, nous explique Le Monde. Les experts devaient évaluer la culture et la politique internes, et proposer à l’organisation onusienne des recommandations destinées à  »renforcer la mise en œuvre de sa politique de tolérance zéro à l’égard du harcèlement sexuel ». Leur rapport met sévèrement en cause l’équipe dirigeante de l’institution et appelle à la mise en place d’une nouvelle direction. »

Ascenseurs

Plus précisément, si l’on suit bien (et comme souvent) une affaire d’ascenseur mise sur la place publique :

« L’émergence du mouvement #metoo à la fin de l’année 2017 a fait éclore sur la place publique une affaire antérieure d’accusations de harcèlement sexuel de la part du directeur exécutif adjoint d’Onusida, le Brésilien Luis Loures. En novembre 2016, un haut responsable de l’Onusida, Badara Samb, signale un incident, survenu dix-huit mois plus tôt, au cours duquel son supérieur hiérarchique – Luis Loures – aurait tenté d’embrasser de force dans un ascenseur une employée de l’Onusida, Martina Brostrom, qui est la compagne de M. Samb. Auparavant, en mars 2016, M. Samb et Mme Brostrom avaient fait l’objet d’une enquête pour des soupçons d’abus d’autorité et d’inconduite. (..) Luis Loures a quitté l’Onusida en mars. Quatre autres femmes se sont également manifestées et ont signalé des faits analogues contre M. Loures. »

« Agenda du changement »

Mais encore ? Et ensuite ? Parallèlement à la mise en ligne du rapport du comité d’experts le secrétariat d’Onusida a publié sa réponse sous la forme d’un document de 62 pages incluant la mise en place d’un « agenda du changement » (re-sic). On peut aussi, loin des hypocrisies feutrées de la langue anglaise,  en lire une version en français qui ne manque pas de sel : « L’ONUSIDA présente un agenda de transformation pour créer un environnement de travail exemplaire au sein de l’organisation ».

« Cet agenda insiste sur le fait que le harcèlement, y compris le harcèlement sexuel, les brimades et les abus de pouvoir à tous les niveaux seront soumis à une tolérance zéro et que leurs auteurs devront rendre des comptes sur leurs actes.

« Cet agenda s’appuie sur une approche centrée sur les victimes de harcèlement et permettra de faire en sorte que tous les membres du personnel soient formés, équipés et soutenus pour dénoncer les incivilités, le sexisme et l’intolérance, ainsi que d’autres comportements indésirables et intolérables. Il va permettre de renforcer les systèmes d’encadrement pour s’adapter aux exigences d’une organisation décentralisée et veiller à ce que la prise de décision se fasse au bon niveau, en toute transparence et avec les contrôles internes de conformité aux politiques et aux normes. »

Et maintenant ? Bien évidement des voix tardives se lèvent pour réclamer la démission en urgence d’un Michel Sidibé hier encore vanté par nombre de médias : du toujours puissant rédacteur en chef du Lancet, Richard Charles Horton, au gouvernement suédois, qui vient d’annoncer le gel de sa contribution à l’Onusida tant que le directeur exécutif n’aura pas démissionné. Or Michel Sidibé a fait savoir qu’il n’entendait pas partir. C’est dire si l’abcès est constitué. Qui, désormais, osera publiquement le crever ?

A demain

@jynau